Le Temple de Satan

Stanislas de Guaita · 1891

Paris, 1891 · Public domain

Le Temple de Satan
Essais de sciences maudites, II: Le Serpent de la Genèse, première septaine (livre I): Le Temple de Satan. Par Stanislas de Guaita. Paris: Librairie du Merveilleux, 1891.

Ainsi, la première Septaine — le Temple de Satan — ne se rapporte aux sept premières lames que d'une façon tout indirecte et dàtournâe. Les initiés estimeront cependant ces dérivations d'analogie moins lointaines qu'on ne serait tenté de croire de prime abord.

Dans la Clef de la Magie noire — la deuxième Septaine — nous nous rapprochons beaucoup du sens propre et immédiat de» lames 8 à 14 du Tarot ; nous y touchons mflme à peu près constamment. Il faut voir la cause de celte concordance dans la presque identité des objets : ce livre ne Iraite-t-il pas, en effet, des mys— - lÈres sacrés de la Nature, dont le Tasot nous présente parallÈle-— menl les biéroglyphes? Aussi aurons-nous l'occasion, tout au longp de cette deuxième partit, de décrire et mâme de commenter le^V

J

PARAPHRASE

lames numériqaemeDt correspondaaL*» aux sept chapitres qui la 'Com posent.

Le Problème du Mal — la troisième Septaine ~ nous fait un peu dërier de celte voie ceatrale, eu nous rejetant vers les inlcr- Brélations dérivées et médialcs. Mais, bien que parfois indirectes, le! correspondances avec les vingt-deui clefs du IJpre de Thoth D'en demeurent pas moins irréprochables jusqu'au bout.

' Eo somme, notre ouvrage est construit tout entier sur les proportions mae^iques du Tarot. D'une aile à l'autre, il a pour base et |H>ur soutien, tantôt les constructions, tant')t les siibslructions de a mbi moniftqitoit da l« nnthèw ito^jMqne. BsiBieat Içb oecul- 'Sites Jiqt«r oofr« bnoiUB vtTdl Mlidanteot ^pujâ 4 l'infibnif

l'heure où nous traçons ces lignes, le monde intellectuel est enplein désarroi. Le triomphe de la pire épidémie — l' Agnosticisme — se laisse augurer par trois symptôjnes alarmants entre tous : le délire de l'irrespect, la jnonomanie du relatif H la fièvre de Vindividualistne.

Si, pieux à recueillir les enseignements du jyassè, comme un fils accomplit les dernières volontés de son père, le Docteur moderne interrogeait avec défé- rence le testament des sages primitifs;

Si le Savant, sans négliger l'étude patiente des faits accomplis, ni suspendre la grande enquête anaiytique, veillait au triage progressif de tant d'élè- "wnte épars, en vue d^édifer' une synthèse universelle — où se rangeassent, en quatre hiérarchies ètagées, ^i sciences physique-'^, morales, intellectuelles et

Si le Penseur, enfin, moins soucieux de paraître oj'iginal que sincère et véridique, se montrait aussi

LE SERPENT DE LA OENÈSE

moins prompt à récuser toute autorité traditionnelle, qu'à s'etiquérir avec loyauté des principes éternellement absolus, qu'ils aient été formulés ou non par un autre que lui;

Si tels étaient théologiens, savants et philosophes, alors le xix' siècle serait en vérité le siècle-lumière et Paris la ville-soleil.

Mais non. — A part les minutieux investigateurs du positivisme, qui entassent, infatigablement et sans conclure, sur des Ossas de menues constatations, des Pelions de remarques scrupuleuses ; — à part les dévots mais aveugles parlisa?is de la lettre qui tue, dragons de la sainte caverne et dont le seul mérite est de conserver intact le trésor symbolique du dogme, à Jamais fermé pour eux : que dire de ceux-là que tient encore le souci des vues d'ensemble f

Comme leur ambition se bortie à estampiller de leur nom un système d'ailleurs quelconque — mais qui paraisse bien à eux — ils contestent a priori la doclriîie de leurs devanciers et poussent l'émulation entre collègues jusqu'aux plus mesquins dénigrements. Nul Jie veut être le dernier à dénoncer son voisin, comme envisageant les choses d'un point

de vue inexact, erroné, trompeur Comme si le

rôle de la synthèse n'était pas d'embrasser tous les points de vue relatifs, dans une même et absolue contemplation du vrai! C'est la Haute Science, que celle-là, et Spinosa To magnifiqitement définie, en disant quelle envisage les objets sous un caractère d'éternité.

J

mrRODucnoN il ,

Néanmoinn, quelque tlésespérie que puisse paraUré-m ^^ à cette heure ta cause sainte de rintégrale Vérité^, U est loisible à tobseroateur attentif de percevoir, à côté des synvpt&mes de décomposition et de mort, <q|

d'autres indices non moins certains de restauration Hf . et de retuiissance.

Touteê ces clwses sont providentielles. Des scorieê I se dégage au creuset le noble métal — et le monde noureau, dans son œuvre de laborieuse réédification, viilisera les infimes débris du cieiu: monde, dissocié, désorganisé fort àpoinl, pour fournir de.'t matéi'^ua} tout prétn aux architectes de l'avenir.

Ainsi, le Futur s'alimente du Passé ; ainsi notre Mère Céleste * fait germer et fieurir la vie incorru^Hig'tttr le.fvmier de la mort- — terreau fertile et qu'engraisse T universelle voirie des existences éphé~ Trières, accumulées de jour en jour.

Aux siècles lointains, alors que florissaient des civilisations pluS colossales, mais surtout plus nobles et plus fortes que la nôtre — car elles reposaient sur tunilé de la Synthèse et non sur les morcellements de r Analyse, sur la saine et sainte Hiérarchie et non turVAnarchie morbide et dissolvante; — aux siècles iointains, la Science et la Foi s'identifiaient dans la splendeur une et indivisible de la Totale Connaissance;

' La Sophia des gnostiquea, puis de BÔhme et de Saint- Martin; la Nalunt Daturaate, épouse de l'Eaprit pur; en un Mol la Providence ou la conscience unioerselle de la Vieprincipe.

i2 LE SERPENT DE L\ GENÈSE

fe Sacerdoce et VEnseignement fraternisaient, ouvrant deux voies distinctes sur un même idéal; et dé vénéy^ables Universités religieuses rassemblaient de jeunes élèves dans Tétude et le culte du Vrai. Le pontife et le savant enfin ne faisaient quun maître, chargé, sous le noin d Hiérophante ^, d'initier graduelle^nent les hommes dignes de ce nom. aux quatre hiérarchies de sciences sacrées ^ et d'officier avec leur concours dans les cérémonies publiques : avisi, porté sur les triples ailes de Vétude^ de la contemplation et de la prière^ le néophyte s'élevait par degrés, de la co7inaissance de ce qui est, atuc mystérieux et ineffables arcanes de Celui qui est éternellement.

Tel nous apparaît renseignement scientifique et religieux, dans tout V empire arbitral fondé par Rama ; tely après Irshou et le schisme des Yonijas, le saluonsnous encore dans les coyity^èes qui surent, comme VE- gypte et les Confédérations étrusques, garder intact le trésor traditionnel de V antique orthodoxie.

Z/'Histoire philosophique du Genre humain ^, par Fabre d'Olivet, ne laisse aucun doute sur la certitude de ces faits historiques ; mais ils éclatent surtout d'une lumineitse évidence, pour qui a médité sans parti pris V œuvre plus récente et moins sommaire

^ L'Hiérophante était à la fois ce que nous appellerions Evoque métropolitain et Recteur d'Université; hiérarchiquement groupés autour de lui, les simples professeursprêtres pre^ naient le nom de Mages.

du marquis de Saint-Yves (ÏAlveydre : La Mission des Juifs ^

Blessée dans sa vaniteuse suffisance y notre civilisation d'hier peut mettre des lazzis sur les lèvres de ses sceptiques défenseurs ; opposer le ricanement de Voltaire à la voiw inspirée de Vépopte, qui, brusquement, déchire à nos regards le voile des temps hé- roïques ^. Rien ne prévaut eh définitive contre des faits positivement établis, et quand la Vérité sainte émet son verbe fulgurant, elle enveloppe dans ses roulements de tonnerre V aigre voix des sifflets. Libre aux siffleurs de prolonger ensuite leurs grin- çantes protestations Ce fait n'en démettre pas

moins sans conteste — que le tonnerre a parlé .

Oui, vos débris titanesques, ô 7nonu7nents mysté- rieux des vieux âges, témoignent de civilisatiois formidables et sacrées, où la Science et la Foi (d'accord dans leur principe trois fois sai7it), se jorétaient un mutuel appui : la Religio7i cofisacrait les enseig7iements de la Gnose; la Giiose vérifiait les dogmes de la Religion!.., Et les simples, à travers le cristal dépoli des fables ea)otériques, recevaient le rayonnement de la Vérité-lwnière, au degré d'atténuation proportionnel à la faiblesse de leurs yeux.

Paris, Calmann-Lécy, 188i, 1 vol. grand in-S.

2 Temps héroïques... appellation aussi fâc/ieuse que celles de temps préhistoriques ou fabuleux ; mais pour nous faire mieux comprendre, force nous est d'adopter la terminologie consacrée par V usage.

14 LE SERPENT DE LA l.tENÈSE

Toutes les antinomies conciliées; toutes les connaissances classée-^ ; toutes les réalités contingentes déhourchant dans Vabsolue vérité, comme des fleuves finis dans rinfini de la mer : c'était là une forte synthèse, harmonieuse et hiérarchique!... Telles, dans le corps humain^ les circulations veineuse et artérielle; ainsi, à travers tout Vorganisme de ce colosse, deux courants d'ordre intelligible se croisaient, ascendant et descendant : tun, parti de la multiplicité des observations positives, convergeait vers Vunité du Vrai transcendental et absolu; Vautre, émanant de cette unité sublime, se ramifmit par contre en radieux canaux, A l'infini, pour allei' répartir sa sève de Iwnière sur tinnombrable muUHude df-s faits primitivement observés.

Une Science : celle de l'Être; une Religion : ceUe de Dieu, fusionnaient en un culte scientifique 'ou gnose sacrée, par quoi les adeptes s'élevaient à la totale connaissance de la Vérité divine.

Eduqués à pareille école, les hommes de celte ère bénie étaient des géants ; — noussommes despygmAes.

heur unanime admiration saluait les oeuvres grandioses de rintelligence et de la Justice ; — les meilleurs Centre nous, titillés d'un enthousiasmée malsain, se pi'ostement devant Us idoles sanglantes de la Force arbitraire et brutale.

Nos lointains ancêtres criaient : Pati-ie ! les yeux au ciel tout fleuri d'étoiles; ivres de sang et de fiaine, nous crions : Patrie ! en trébuchant au tertre de ré-

J

cents chayyiiers, et c'est au même refrain que nous rétons de futures et plus meurtrières hétacombes .

So^nynes-notis pas bien crédules, dans twtre py^ê- êomption, quand nous proclamons Vavhiement catiteinporain de la Science et delà Lumière? Pareils au gros^S'ier centu7no7i de Rome y qui traitait les Grecs de barbares y yious n^ avons pas assez de dédain pour les hèy^os des civilisations antiques. Apôtres du scepticisme, nous conspuons leur foi naïve; leur epithousiasme serein nous fait souriy^e, blasés qui n avons plus d^ énergie que pour le mal!

Et si les morts revenaient pourta7it... A la vue de notre société pourrie, Ram ou Zoroastre poury^aient bien railler à leur tour, s'ils ne se sentaient plutôt Venrie de pleurer sur nous et notre présomptueuse décadence.

Es't-rc ci la midiitude des co)Ui(iiss'fUirrs isoUU'.Sy enipé'riqurs, anab/fiqurs ; est-ce nu jtrof/rrs de Ciii- (b'sfi'ie, du luxe et du conf(»*t que se ttwsure une ârilisnfion? — Ces choses, saus (Inufe, ont leur unpartance secondaire, dans lèdlfire dun élut sneinl ; ituiis la caleur réelle d'une société se inesu)'e à sn/i développe ment intellectuel et moruL ù rèqtn'h'lj/'e de Ar.v fonctions organiques, et swtout ù ht perj'eetion de son sj/stèufC unitaire,

Lj'ttteontestable progrès des sciences positires, Viinporto /ice et la i^ariétè de bnn's (/pplieutiùus: h' dèreloppe/ue/it gigantesque de ritulu.strie ; C(tpp(U'(*nte jji'ospéritè des grandes stations, qui finissent toujours

par engloutir les petites; F accroissement général (i gnificatifdCégoïsme) du bien-être matériel; la diffusii très active d'une instruction bienfaisante sans doute} mais bien primaire : toutes ces manifestations progrès, au sens moderne du mx)t, ne nous font-ellà pas illusion sur la valeur et T universalité de not\ État social européen?

Mais à n'envisager que les surfaces^ au seul poif de vv£ des questions sociales y noits apparaît-il si veilleusement enviable^ cet état?

A lions, rentrons en nou^-mêmes et faisons appel à\ notre conscience, afin qu'eUe juge avec équité!

L'état actuel? — Voyons ses fy^its : L'hostilité flagrante de la Science et de la Religion; — la grande lutte des autoritaires et des libéraux, plus farouches et plus irréconciliables que jamais; — le Positivisme aveugle disputant au stérile Eclectisme ^ les plus hautes intelligences , quand elles fie sombrent

(pas dans V individualisme é honte des sceptiques; le Militarisme envahissant tout : la cité bâtissant caserne et la caserne opprimant la cité; — le Socia^\ lisrne s' alliant trop souvent au Nihilisme, pour trii pherpar la dynamite ou sur Véchafaud; — TEcono-^

•• mie politique épuisant sa verve ingénieuse éLdéguiserj sotis d'euphémiques vocables, rimminence des bai queroutes nationales, signes avant-coureurs de pires ; débâcles; — t Agriculture en Europe égorgée pay* le libre échange;. . . — toutes les licences, en U7i mot, sou>s

/ le nom de Liberté; toutes les misère», soies le no7n

^Egalité et, sous le nom de Fraternité, tous les ^s! Sont'Ce là les indices d*une civilisation vilement prospère?

La réponse n'est douteuse, pour qui a comparé Vère rente, non pa^ aux siècles césariens d^Assoûr et de ^empire de Rome (infimes épaves d'un vaste Etat social pleine dissolution), mais bien aux trois mille cinq ^ts ans de la paix du Bélier, qiuind Vempire uni- *sel de Ra^na prodiguait au inonde sa glorieuse vmière, si vive et si douce, que le souvenir de l'âge Tor est resté dans la conscience humaine, comme un réconfort pour le présent et une espérance pour f avenir!

Quels cataclysmes matériels, intellectuels et moraux na-t-il pas fallu, pour jeter à bas cet édifice auguste^ cette sainte cathèthale de Vltarmoiiieux an-

drogyne éternel, V Adam-Eve social? ,., Mai^ debout, mnlgy^é Vaction dissolvante des siècles, — défiant Saturne et sa faux, Neptune et son trident, brava^it Mars et son glaive, — les ruines de ce passe grandiose ont subsisté : des obélisques et des pylônes sont encore là, criblés d'hiéroglyplies...

Une âme latente habite ces squelettes du passe; un verbe puissant fera vibf*er quelque jour les profondeurs de ces nécropoles soixante fois séculaires, et la mort apparente liorera une fois de plus au monde caduc les secrets de la vie !

En atte?idant que la Parole posthume, s exhale de tous ces ossements de V antiquité sainte, de rares pen-

seurs ont déchiffré les inscriptions hiératiques des temples en ruine, les pantacles des manuscrits dé- criés; ils sont à même de prêcher, avec la prudence qui sied, V Evangile nouveau.

Assez longtemps, du haut de sa croix, le Christ douloureux a fait retentir le monde du plus épouvantable cri qui ait jailli des lèvres d'un homme, des lèvres d'un Dieu défaillant un instant, jusqu'à douter de lui-mêm^: — « Eli, Eli, lamma sabachtani! »

L'avènement est proche du Christ glorieux : il est venu pour souffrir, se sacrer dans le sang et s'affir-- mer dans la mort. . . // reviendra pour vaincre, régner dans la paix et triompfier dans la vie.

Jésus-Christ est le soleil idéal de V humanité : c'est dans S071 Evangile qu'il faut chercher la loi de vie éternelle ; son esprit y est tout entier. Mais lui-même (ne V oublions pas) nous a prévenue d'un voile à dé- chirer, si nous voulons que la Minerve se révèle à nous, dans sa nudité chaste et merveilleuse : La lettretue, a-t-il dit, l'Esprit seul vivifie...

C'est à r oubli de ce divin précepte qus les docteursmodernes doivent de n'entendre guère mieux VEvann gile du Christ, qu'ils n'ont compris le Sepher de Moïse, les Prophéties d'Ezéchiel, de Daniel et d'Isaïe, l'Apocalypse de saint Jean. Ils prennent les textes^ sacrés au pied de la lettre mxyrte, attribua7it à d'hicomparables génies, tels que Moïse, Zoroastre ou Jean, les tissus d'inepties que sont le Pentateuque, ou l'Avesta, ou V Apocalypse , pour peu que^ s' attachant

INTROmiGTION 19

Mf récit Uitiral S T interprète oublie âHen dégager îa menée latente, et s'il néglige cP éveiller cette BeDe-auboifi-dannant, qui, dans la forêt enchantée — ineootricable fouiVis de contes allégoriques et de symboles absurdes en soi — attend toujours le Prince Charmant, qui doit lui rendre la vie avec un baiser.

II

Nous avons marqué Tdbtme qui sépare notre état social de celui que le génie de Rama fit prévaloù% trente-cinq siècles durant, sur les deux tiers du monde alors connu : car les preuves abondent et nous ne saurions trop y insister, Vâge dor n'est point un mythe et le Règne de Dieu sur la terre est une réalité dans le passé.

Mesurant notre civilisation contemporaine au patron de V ancienne f nous avons précisé^ par contraste^ les limites — si restreintes, hélas! — de son intelligence et de sa moralité. Et malgré le développement relativement énorme des conquêtes où s'enorgueillit notre science positive, nous somm£s en mesure d'affirmer que la comparaison ne serait pasplm à notre avantage sur ce terrain qice sur les deux autres.

Nous n'avons guèy^e parlé jtcsquici du fatal Serpent, et les quelques pages précédentes ont pu sembler

Lequel n'est rien moins ^un récit

20 LE 8ERPBNT DE LA. OENÂSE

au lecteur un singulier hors-^ œuvre : elles n^en sont un qu^en apparence.

U interprétation èsotèrique — strictement inconnue — d^un texte de Moïse ne pouvait être présentée, sans qu^on ifisistât d'abord sur la coynmune ignorance oit sont les Docteurs, de V esprit caché des Livres saints; d'autre part, avant d'indiquer à quel point V exégèse religieuse est routinière et superficielle, il importait de mettre en lumière — par un effet de repoussoir — le caractère également agnostique de la civilisation moderne, véritable cause de cette routine et de cette légèreté.

Mais il est temps de marquer les étapes que nous allons parcourir.

Cette Genèse, que les Docteurs entendent dans un esprit matériel et anthropomorphique vraiment révoltant, cette Genèse « où la véHté scientifique est cachée, effrayante de hauteur et de profondeur * », va fournir le texte d'une étude qui remplira trois livres suc-' cessifs : car notes développerons les deux sens occultes de ce texte, après en avoir eocposé le sens démotique et vulgaire.

: d^Sn nim ntrry iwh nitrrn hm Sdq diiv hm wnani

(Sepher Berœshith, III, 1.)

Telle est cette phrase d'hébreu mosaïque; la traduction accréditée ne7i livre que la signifieation littè- raie et l'écorce matérielle : — « Or, le Serpent était

^ Mission des Juifs» page 66.

INTRODUCiTION 21

plus subtil qu'aucune bête du cbamp que le Seigneur Dieu eût faite ^ » Fabre d^OUoet, laissant filtrer Ves^ prit Umpide à travers V épaisseur trouble de la lettre, traduit : — « Or, Tattract originel (la cupidité, Vé- goSsme) était la passion entraînante de toute vie élé- mrataire (le ressort intérieur) de la Nature, ouvrage de Ibôah, TEtre des êtres ^. »

Quoi qv^il en soU de ces deux versions si contradictoires en apparence, supplions le lecteur de patienter un peu; le sens intime du texte mosaïque itélucidera de lui-même au cours de développements ultérieurs. Il suffit pour V instant d'esquisser la scène eu premier péché, telle du moins que les plus graves théologiens se la figurent, confiants aux récits de la Vulgate.

Le monde vient de sortir du chaos à Vappel du

Vet^be créateur — et le premier homme, façonné à la

ressemblance de Dieu même, partage avec réponse

(que, par un dédoublement mystérieux, le Seigneur

a fait naître de son flanc) les délices d*un jardin

sans pareil, destiné pour être leur immortelle patrie.

Tout ce que la Terre, dans P épanouissement d'une

sève virginale, a pu faire jaillir de son sein sous les

caresses du Soleil, décore le paradis terrestre : ce ne

sont qvs prodiges de splendeur verdoyante et de mor

jesté fleurie.

Voir une Bible quelconque.

22 LE SERPENT DE LA GENESE

Et le couple amoureux et naïf parcourt — en roi et en reine de la création — ces merveilles écloses pour lui seul.

Un arbre unique est interdit à sa curiosité, et qicatre fleuves^ prenant leur source dans ses racines, s'épanchent en croix au loin, divisant VEden en aur tant de presqu'îles, rivales de grâce et de fécondité. Et le Seigneur a dit à l'Homme : — C'est ici l'Arbre fatal de la Connaissance du Bien et du Mal ; ses fruits donnent la mort, tu n'y toucheras point.

Mais déjà Von assure que l'aimant de la clwse dé- fendue attirait la première femme; qu'oublieuse des mystères de son a^nour nouveaur-nè, Eve ne pouvait plus s'éloigner de Varbre, et rêveuse, fascinée, murmourait : — Puisque ce fruit donne la mort, pourquoi n'en goûterais-je pas?... La Bible (il faut tout dire) présente une autre version : elle attribue la tentation qui poignait Eve au Serpent guetteur, enroulé sur le tronc de V arbre. Mais, au sentiment des arrièrepetits-fils d'Adam, Moïse a dû faire erreur sur ce point.

Passons. Notre devoir est de rester fidèle au récit mosaïque, ou plutôt à la version des traducteurs aur torisès de la Genèse.

Donc, le Serpent, s' adressant à la femme : ^lohîm t'a trompé ; ce fruit ne donne pas la mort; il rend pareil à Dieu même l'audacieux qui Ta goûté...

Et, moins indécise, l'espiègle tend la main vers la pomme d'or. C'en est fait, elle succombe à la tentation...

nrrRODUcnoN S3

Prévaricatrice^ Eve ne saurait ien tenir là : il lui faut la eampUeiti de wn épouœ. Elle a mordu au firmt, eîk y fait mordre Adam, qui friesonne, en^ ktdné dans le crime, à (idée de Celui qui peut à tout instant les appeler...

Déjà s^ élève la voix du Seigneur et le couple s^et^ fuit affolé, ayant hante, pour la première fois, de la nudité de sa chaire

(y est couverts d^un vêtement improvisé de feuilles de figuier, qu^Adam et son aimable instigatrice comr paraissent devant leur juge en couroux.

— >- Adam, où donc est-ta?

— Seigneur, en entradant ta voix, nous nous sommes cachés de ta face, rougissant de nous sentir nus.

— Et qui t'a révélé ta nudité?... Tu as donc mangé du fruit de Tarbre ?

— La femme que tu m'as donnée pour compagne m'en a offert, hélas! et j'en ai goûté...

— Pourquoi, femme, as-tu agi de la sorte?

Et la pauvre Eve tout en pleurs : — Le Serpent m'avait séduite...

— Sois donc maudit, ô Serpent (reprit le Seigneur), maudit entre tous les animaux de la Création ! Tu ramperas sur ton ventre et te nourriras des immondices du sol. Et je mettrai l'inimitié entre la femme et toi, entre sa postérité et la tienne... et de son sang une vierge naîtra, qui du pied t'écrasera la tête, tandis qu'en vain tu t'efforceras de la mordre au talon.

Puis, s' adressant à la femme : — Je te condamne

24 LE SERPENT DE LA GENESE

au travail et à la souffrance; tu enfanteras dans la douleur: tu seras resclave de ton mari...

— Quant à toi (dit encore le Seigneur à V Homme), pour avoir succombé aux séductions de la femme, pour avoir goûté avec elle du fruit défendu : la terre •sera maudite à cause de toi, infructueuse et rebelle. Le labour incessant sera ta vie ; tu mangeras ton pain à la sueur de ta face, jusqu^au jour où la mort rendra ton corps à la poussière dont il est sorti.

Pt(i\* -fi7o/j/m. ayant rètu les deux coupables de prau.c (frossihvs en guise dlèabits, chassa du séjour enrhatitt^ d^Eden le premier couple humain. Et sur U* settiL il mit un Kthmib au glaive de flamme, pour lui en interdire à jamais Ventrée.

Voilà donc, en substance^ d peu de chose près, la fable mosaïque de Voriginel péché. Je veux dire, en sa rep\mm la plus matérielle et voilée, telle que Font constamment rendue des traducteurs ou naïfs, ou feiijnant de Vètre.

Demandons-nous, à cette heure, quel peut bien être ce Serpent mi/stique et formidable, dont la perfidie sut perdre Ece^ puis Adam... Et d'après les sens dirers de cette allégorie, nous établirions les divisions de notre ouvrage.

III

Quel cst'iL a^ Serpent?

^1/ sens vulgaire, a})pay\'nt, on Fa deviné sans

IMTRODUCnON 2S

peme : c'est T Esprit du Mal dégtnsé en reptile; c'est

f éternel Adversairfi, en hébreu : \ms Shatan *. ^ r a

Au premier sens ésotérique, c^est la Lumière as^ < (M trak, ce fluide implacable qtU gouverne les instincts; cet universel dispensateur de la we élémentaire, agent fatal de la naissance et de la mort; rideau de Unmsible, derrière lequel se dérobent les diverses hiérarchies de Puissances auccquelles il sert à la fois de vùHe et de véhicule. Cet être hyperphysique — . inconscient, donc irresponsable, — domine en mettre mr le sorcier, comme au mage il obéit en valet. — To heoTJïotiohe...Il faut atout prix s*en rendre maître, n Von ne veut pas devenir le jouet des grands couvents qui se meuvent en lui, suivant d'invariables lois.

Au sens ésotérique supérieur, le Serpent symbolise fégoïsme primordial, ce mystérieux attrait de Soi vers Soi, qui est le principe même de la divisibilité : cette force qui, sollicitant tout être à s'isoler de VU- nité originelle, pour se faire centre et se complaire dans son Moi, a causé la déchéance d'Adam. — Le passage cité de la Genèse nous conduit au problème

Ce n'est point ici ce qu'on peut appeler^ le sens positif du Symbole, mais au contraire un essai malheureux d'interpré^ talion superlative.

Le sens positif, c'est le fait : Vivresse quelconque, qui, envahissant l'homme, le fait rouler au mal. — Le Temple de Satan nous fournira l'occasion d'analyser celte ivresse en ses pires manifestations, dans toute la fureur de sa mise en œuvre : ainsi cette première Septaine servira de commentaire tout ensemble au sens positif de l'emblème et au sens superlatif erroné que le vulgaire profane lui attribue.

26 LE SERPENT DE LA GENESE

du Mal : il faut y voir la légende de la Chute hur matne, atissi bien collective qu'individuelle; à quoi fait suite, comme complément nécessaire, la grande épopée de la Rédemption.

D'où trois parties dans notre ouvrage * :

1 . Le Temple de Satan. — Notre premier livre sera donc consacré à V examen des œuvres spéciales, caractéristiques de Satan : la Magie Noire et ses hideuses pratiques, envoûtements et maléfices. Nous énumèrerons les ressources infernales de la sorcellerie. Nous iron^ défier dans son antre le prince des tèiièhres étemelles, et au sabbat, le bouc monstrueux aux seins de femme, que les adeptes de ces répugnantes agapes devaient « baiser h*utalement soubs la queue, en signe de grand révérence et d'honr neur ».

2. La Clef de la Magie Noire. — Dans ce second livre du Serpent de la Genèse, nou^ donnerons le sens caché du mythe de Satan. — V étude de laLumière astrale, commue agent suprême des œuvres téné- breuses de la Goëtie, nous permettra de reprendre les rites et les phénomènes que notes aurons décrits, et de les analyser dans leurs causes et leurs effets

^ Voir la note intitulée: Plan ésotérique de cet ouvrage. — Il semble inutile de redire ici ce que nous avons exposé sur la garde de ce livre, touchant le nombre, V enchaînement et la ré* partition des XXII chapitres en trois Septaines et un Epilogue.

INTRm>UGnON 27

nMr, êubom/U les doctrines longtemps secrètes de la Kabbale et de t Hermétisme occulte.

3. lie Froblème du Mal. — La troisième par^ He, ^^fin, sera la synthèse philosophique de notre ZÂore : nous y aborderons la grande énigme du Mal, ^ soulèoerons, dans la mesure où notre conscience et notre initiation nous le permettent, le txMe redoutable et bienfaisant qui dérobe aux yeuœ du prof anum iriilgiis Je Grand Arcane de la Magie. Noîâs pousserons même, plus loin qu*aucun adepte ne crut devoir le faire, jusqu*à cette limite ultime, si formidable à , franchir, où le Kéroub emblématique, le glaive de flamme aupoing, menace de cécité les téméraires conr templateurs du plus aveuglant des soleils.

Qu'est-ce que le Matf — Dieu Va-t^ crééf — Qu'elle est Torigine du Mal, sHl n'a pas positivement de principe? — Qu'est-ce^ au sens véritable, que la chute èdenale? — Qu'était le grand Adam avant la chute? — Que devient-il après? — En quoi le Mystère de la Création s'identifie-t-il avec ceux de la Chute et de rincanialion ? — En quoi le Mystère de la Ré- demption est'il complémentaire de ces derniers? — Ou est-ce que le Rédempteur? le Christ douloureux? le Christ glorieux? — Comment s'analysent habbalistiquement les cinq lettres (nitrrm) hébraïques du nom de Jésus? — A quoi se résout, au point de vue ésotérique, la Question sociale? — Comment Vinacces^ sible Unité se réyèle-t-elle par le Ternaire dans le monde intelligible et se manifeste-^eZfe par le Qua^

ternaire dans le monde sensible? — Où aboutit VEvolution? — Qu'est-ce que Nirvana?

En répondant sans ambages à toutes ces questions et à quelques autres, noi^s ferons voir queUe interprétatio7i peut fournir des dogm£s chrétiens un philosophe initié aux arcanes de la Kabbalah.

Telle est notre seule intention — et pour clore cet avant-propos d'un livre qui prétend ne troubler la paix d'aiccune conscience, on nou^s excusera bien de transcriy^e sans commentaire ce que noies écrivions e?i 1886, au bas d'une page oie notes avions été conduit à parler des œuvres du Ch7nst ; -r- « A cette mission divine, nous croyons prudent de ne pas toucher ici ; où la Foi commence, peut-être conviendrait-il que la Science toujours s'arrêtât, afin d'éviter de tristes malentendus... Et chaque fois qu'au cours de cette rapide étude, il nous faudra toucher aux croyances religieuses, déclarons une fois pour toutes qu'aucunement compétent en matière de Foi, nous envisageons les hommes et les faits du seul point de vue de l'intelligence humaine et sans jamais prétendre à dogmatiser * . »

Stanislas de GUAITA.

Essais de Sciences Maudites, I, Au Seuil du Mystère, par Sta-

Deuxième édition du même, triplée de texte avec figures, —

PBBHIÈBB SBPTAINB

àîÉ^âÀ

CATALOGUE

PBINCIPAUX OUVRAGES OU L'ON RENVOIE LE LECTEUR

AO GOOKS DU

TEMPLE DE SATAN

ANONYMES ET COLLECTIFS

ALMAMAGHS 0U DIABLE, eoBtenaat des prédictions très curieuses

AMI DES SCIENCES (i*). — Reme scientifique, rédigée sous la direction de M. Viclor Meunier.

ADVIS AUX CRIMINALISTES sur les abus qui se glissent dans les Procez de Sorcellerie, dédié aux magistrats d'Allemagne, Hure ires nécessaire en ce tems icy, etc., par le P. M. S.L, théologien romain, imprimé en latin pour la seconde fois à Francfort, en Tannée i632, et mis en François par F. B. de Velledor M. A. D. — A Lyon... cliez CSlaude Prost, à la Vérité, 1660, in-8 (très rare).

BIBLIOTHÈQUE BRITANNIQUE (périodique).

CHYMICA VANNUS (Reconditorium ac reclusorium Opuleutia;

Sapientiasque Numinis Mundi Magni, cui deditur in titulum)

Obtenta quidem et erecta auspice mortale cœpto, sed inventa proauthoribus immortalibus adeptis, etc.. — Amstelodami, apud Jansonium, anno 1666, in-4, fig. (rare et singulier ouvrage, publié par les Rose p{i Croix).

CORRESPONDANCE MYSTIQUE DK J. CAZOTTE avec Laporte et Pouteau, Intendant et Secrétaire de la List 3 civile, pendant les

ouvrages de cet homme célèbre, suivi de soq iolerrogatoire et de son jugement. — Paris, Lerouge et C*«, an VI, in-12, portrait.

DOSSIERS BAPTISTE. — (En voir le déUil à la page 428.)

DRAGON ROUGE (Le), ou Tart de commander les Esprits Célestes, Aériens, Terrestres, Infernaux^ avec le vrai secret de faire parler les morts, de gagner toutes les fols qu'on met aux loteries, de découvrir les trésors cachés, etc...,S. L ,1522, petit in-12,figure8. — (Imprimé au commencement du xix« siècle sur Tédition très

INITIATION (L').— Revue philosophique indépendante des hautes études. Hypnotisme, théosophie, franc-maçonnerie, sciences occultes. — Paris, Carré, grand in-18, fig. (Périodique estimé,

LEVITIKON ou exposé des principes fondamentaux de ladoctrine des Chrétiens-catholiques primitifs, suivi de leurs Evangiles, d'un extrait de la Table d'Or et du Rituel cérémooiaire pour le service religieux, etc., et précédé d'un Statut sur le gouvernement de l'Eglise et la Hiérarchie lévitique. — Paris, à la librairie des Chrétiens primitifs, 1831, in-8 (devenu rare).

LOIS SALIQUES (Recueil de 400 articles dont il n'existe que des textes latins). — Souvent imprimé dans des recueils de jurisprudence.

LOTUS (Le). — Revue des hautes études théosophiques. Paris,

MANUEL DES CHEVALIERS de TOrdre du Temple. — A Paris, chez le chevalier A. Guyot, imprimeur de la Milice du Temple.

NOUVEAU TESTAMENT — (V., de préférence, l'édition Sylvestre

de Sacy.)

RITUEL ROMAIN. — (Edition quelconque.)

RITUEL DE TOUL. — (Idem).

SEXTE ESSENCE DULECTIQUE ET POTENTIELLE (la), tirée d'vne nouuelle façon dalembicquer, saluant les préceptes de laSaincte Magie et inuocation des Démons. — Paris, 1595, in-8 (introuvable).

SOCIÉTÉS SECRÈTES (Des) en Allemagne et en d autres contrées, de la Secte des Illuminés, du Tribunal secret, de l'assassinat de

TABLlE DBS AUTEURS

LE TALHUD. — Recueil saeerdot&l des rabbiog, dont l'édiUon It plm complète est celle de Venise, tsSO, en 12 vol. In-folio.

AGRIPPA (Heiiri>GorneiIle}. — La PfUiotophie oeeultt, divisée en troia livres et traduite du latin. — A la Haye, chez Chr. Alberts, 1727. 2 vol. ia-8, Bg. (Tris rare, surtout les ezempUirei en gnod papier. )

ALBERT LE GRA.\D (les admirables aeereta d"). — Contenant plusieurs Iraîlés sur la conception des femmes, les vertus des herbes, les pierre? précieuses et lus animaux ; augmentés d'an abrégi' curieux de la physionomie, etc., dÎTisés en quatre livni. — A Lyon, chez les héritiers de Bt^ringosfrires, 17M, ia-IS,ag.

ALBERT {Le solide Trésor du petit). — Ou secrets merveilleux de la magie naturelle et cabbalislique... enrichi de figures merveillcnses et la maniâre de les faire. — A Lyon, chei les héritiers de Itéringos frères, flalO, in-IS.

AMMIEN MARCELLIN. — Histoire des Empereurs Romains,

ANDRÉ (Labbé J.-F.). — Affaire Rosette Tamiaier, précédée d'une notice sur Pierre-Michel Vinlras el sa secte.— Carpentras, impr. Devillario, sept. 1851, iD-12, flg.

AVTVS [Le R. P. lacques, capucin), — L'incrédulité sçauante et la erétiulité ignorante au suiet des Magiciens et des Sorciers, auec la respouse à un liure intitulé : Apologie, pour tous les grands personnages qui ont esté faussemeul soupçonnés de Magie. — A Lyon, chez lean Cerle, 1Ô74, to-4, massif.

6A1SSAC (Iules). — Le Diable, la personne du Diable et le Personnel du Diable. — Paris, Dreyfous, 8. d., fort in-8.

— Les grands jours de ta Sorcellerie.— Paris, Klincksieck,

BAUDELAIRE (Charles). — Les Fleurs du MaZ, poésies. — Paris, Poulet-Malassin, in-18.

BEAUMS (le professeur H.). — Le somnambulisme provoqué. —

BEKKER (Balthazar). — Le monde enchanté, où Ton examine les sentiments communs, touchant les esprits, leur nature, leur pouuoir. Traduictdu Hollandois. — Amsterdam, 4 vol. in-12, portrait et fig.

BERBIGUIER (Alexis-Vincent Charles, de Terre-Neuve du Thym). — Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de Tautre monde, orné de 8 superbes dessins lithographies. — Paris, Tau-

BINSFELDII (Pétri). — Traetatusde eonfessionibus malefleorum et Sagarum. — Augustae Treuirorum, 1589, in-8.

BODLN. — De la Demonomanie des sorciers^ à Monseigneur

Chrestofle de Thou reveu, corrigé et attgmeaté d'une grande

partie (avec la Réfutation des opinions de Imn Vuier), — Paris, lacques du Puys, 1587, in-4 (Rare).

BOGUET (Henry, dolanois, grand iuge en la terre de Sainct Oyan de loux, dicle de Saint-Claude, au comté de Bourgongne). — Discours des sorciers, auec six aduis enfaictde Sorcellerie, et vne instruction pour le iuge en semblable matière; n'estant ce que lautheur a cy-deuant mis en lumière sur le même suiect» qu'un eschantillon de ce qui esttraitté en ce livre (d'édition). — A Lyon, chez Pierre Rigaud, 4610, in-8.(Seule édition complète, extrêmement recherchée et rare.)

BURGOA (H.-P.). — Description géographique de la province de Santo- Domingo,

CADET DE GASSICOURT. — Le Tombeau de Jacques Molay, ou histoire secrète et abrégée des initiés anciens et modernes, des templiers, francs-maçons, illuminés, et recherches sur leur influoDce sur la Révolution française; suivie de la clef des loges (2« édition, seule correcte). — Paris, chez Desenne, au V de TEre française, in- 12, ûg

CALMET (Dom Augustin, Abbé de Senones). — Traité sur les apparitions des Esprits, sur les vampires ou les Revenans de

CAYET (Palma). — Histoire prodigieuse et lamentable de Jean Fauate, graod magicien, avec son lestament el sa vie épouvantable. — A Cologne, chez les hérïliers de Pierre Marleau, PIS, in-12, Troalisp. très curieux (rare).

CHABAS tF-), — Eluiiea lur l'antiquité historique, d'apn^s ks souires égyptiennes et les monumenU réputés préhistoriques, 2» édition, reïue et augmenlée. — Paris. Maisonneuïe, Ift73,

CHRISTIAN (P.). — Histoire de la Magie, du monde surnaturel ei <Ie ta fatalité, à travers les temps el les peuples, — Parts,

CLAVEL (F.-F.-B.), — Histoire pittoresque de la Frane-mnçonnerie et des sociétés eecrftes, anciennes et modernes, illustrée de 23 belles gravuras sur acier [â' édilion). — Paris, Pagnerre. (843, gr. in-8.{Tr6a rare, la plus grande partie de l'édition ayant été détruite,)

COLUS DE PI-ANCY (J.-A.-S.). — Dictionnaire infernal, ou recherches et anecdotes sur les démons, les esprits, les Tanldmes, les spectres, les revenants, lea loups-garous, les possédées, les sorciers, le sabbal. les magiciens. les salamandres, les sylphes, lesgnAmes, les visions, les songes, les prodiges, lus charmes, les maléfices, les secrets merveilleux, les talismans, etc., en un mot, SOT tout ce qui tient aux apparitions, h la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux superstitions, aux choses mystérieuses et surnaturelles, etc. — Paris, 1S36, 4 «ol. in-8, avec Allas [c'est l'édilion ta plus complèle). — Depuis, l'auteur est passé de l'exlrême scepticisme à l'extrême cré' dulitê : il a donné de son Dictionnaire, entièrement remanié, une édition di^Dnitive, approuvée par les autorités ecclésiastiques. —

COL'RT DE GEBKI-IN.— Monde primitif (le), analysé el comparé avec le monde moderne, considéré dans son génie allégùriqtie el dans les allégories auxquelles conduisit ce génie. — Paris, 1777,

CROLUUS. — La Royalle Chymie. traduite en françois par L -Marcel, de Boulène. Suiuie du Traieté des signatures, ou vraye et viue anatomie du grand et du petit monde. — A Rouen, titrt Charles Osmont, 1634, pet. in-8 (très rare).

DAUGY (ou Daagis). — Traité sur la magie^ le sortilège, les possessions, obsessions et maléfices , où Ton démontre la vérité et la realité avec une méthode sure et facile pour les discerner et les reglemens contre les devins, sorciers^ magiciens, etc. Par M. D...

DAVID. - Z^s Psaumes (voir une Bible quelconque).

DELLON. — Relation de Vlnquisition de Goa. — Paris, Hoiv

DELRIO (R. P. Martin, jésuite). —L6« Controuerses et recherches magicqueSy traduites par André Ducbesne. — Paris, 16ii, in-4o

(rare).

DENYS (Ferdinand). — Tableau historique^ analytique et critique des Sciences occultes^ etc. — Paris» Mairet et Fournier

DESMARETS (R. P.). — Histoire de Magdelaine Bauent, religieuse du Monastère de Sai net-Louis de Louuiers, avec la confession générale et testamentaire, où elle déclare les abominations, impietez et sacrilèges qu'elle a pratiques et veu pratiquer, tant dans ledit Monastère qu au Sabbat, et les personnes qu'elle y a remarquées. Ensemble Tarrest, etc.... — A Paris, chez lacques le Gentil, 1652, in-4. (Cette édition originale est introuvable, mais l'ouvrage a été souvent réimprimé.)

DU POTET (le baron). — La Magie dévoilée ou principes de la Science Occulte, — Saint-Germain, Eugène Heutte, 1875, grand in-4, fig. (Cet ouvrage n'a pas été mis dans le commerce. M. le baron Du Potet le réservait à ses initiés, auxquels il le cédait au prix de 100 francs l'exemplaire et sur un serment par écrit de ne le communiquer à personne, et de ne point révéler les secrets qui s'y trouvent indiqués. Depuis la mort du baron, la Magie dévoilée se rencontre assez souvent dans les catalogues, à des prix plus abordables.)

EUPHAS LEVI (Fabbé Alphonse-Louis Constant). — Dogme et rituel de la Haute Magie (2<> édition très augmentée, avec

— Hittoire de ta Magie. »ec une eiposilion claire et préciss de ses procâdés, de ses riLes et de ses mystères. — Ibid., 1860,

— La Clef de» Grands Mi/stéres, suivant Hénoch, Abraliam, UrrtDès Tri^mégiste et Saloinon. — Ibid., iseï, I vol. ia-6. tlg.

ERDAN [Alexandre). — La France mistique, tableau des excen- Incttés religieuses de ce lem». — Paris, Coulon-Pincau, 18jj,

FABART (Fêlii). — Hislairiphilosophique et politique de rOeculte; toagi», sorcellerie, splrilismo, avec une pnïface de Camille Flammarion.— Paris, .Marpon, s. d., in-12.

FABHE DOLIVET. — les Vers dorés de Pythagore. expliqués et traduits pour la premii^re fois en vers euniolpiques français, précédés d'un discours sur VEnsenee el ta forme de la Poésie.

— La Langue hébraïque restituée et le véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale; ouvrage dans lequel se trouvent réunis : l' une disserlalion introduclive sur l'origine de la parole, l'élude des langues qui peuvent y conduire et le but que l'auteur s'est propose; — S" une grammaire Ubralque, fondée sur de nouveaux principes et rendue utile à. IVlude des langues en général; — 3° une série de racines Ii'braîques envisagées sous des rapports nouveaux et destinées ■ à faciliter l'intelligence du langage et celle de la science Étymologique; ~ 4° un discours préliminaire; — 5-' une traduction en français des dix premiers chapitres du Sepher, contenant la Cosmogonie de Moyse, etc. — A Paris, cliei l'auteur, Barrois et Eberhart, libraires, 1813-1816, i vol. grand in-4.

— Histoire philosophique du genre humain, ou l'homme considéré dans ses rapports religieux el politiques, dans l'êlat sorial, à toutes les époques et chez les dilTércnts peuples de la lerrc. — (y édilion de ['Èlat social de l'Homme.) — Paris, Briére, 1884,

— Cain. mystère dramatique en trois actes, de Lord Byron, traduit en vers français, et réfulé dans une fuite de reinariues philosophiques et critiques; préccdé d'une letlre ft Lord Byron

sur les motifs et le but de cet ouvrage. ~ Paris, Servier, 1823t

FLAUBERT (GusUve). — La tentation de saint Antoine. —

FONTAINE (lacques). — Des marques des Sorciers et de la réelle possession que le Diable prend sur le corps des hommes ; sur le subiect du procez de Tabo minable et détestable sorcier

Louys Gaurridy, etc.. dédié à la reyne régente — Lyon,

Claude Larjot, 1611, in-8 (très rare).

P

GAFFARKL (J.). — Curiositez inouïes sur la sculpture taliS' manique des Persans^ horoscope des patriarches et lecture des estoilles (auec 2 planisphères). — RoQen, 1632, in -8 (rare).

GARLNET (Jules). — Histoire de la magie en France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours. —

GIBIER (docteur Paul). — Analyse des eAoaea,essai sur la science future, son influence sur les religions, les philosophies, [les arts»

GIRARD (Sur). — Procédures de raffaire Girard, et en particulier: Factum pour Marie Catherine Cadière contre J.-B. Girard, jésuite. La Haye, chez Henri Scheurleer, 1731, in-8. — Mémoire instructif ^ouv le père Girard, contre Catherine Cadière. Ibid., 1731, in-8. — Suite des procédures de Catherine Cadière contre le père Girard, avec réponse au mémoire instructif du Jésuite* Ibid., in-8. — Réponse (autre) au mémoire instructif. Ibid.

GORRES. — La Mystique dioine, naturelle et diabolique^ ou* vrage traduit de l^allemand par Charles Sainte-Foi. — Paris,

OOSSET. — Révélation cabbalistlque d'une médecine unioer» sellCj suivie d'une dissertation sur les lampes sépulcrales. —

GOL'GENOT DES MOUSSE AUX (le chevalier). — Les Hauts phé- nomènes de la Magie, précédés du spiritisme antique, —

GRANOIEH. — Traité du Célibat des prêtres, publia par «. Lu-

Mrche, dapr^s une copie provenatil tic la collcc(ion Jamet.

GRILLANDI. — Traetatu» de gortilegiis, una ctim J.-F. Pon-

linibii traetatu de iamiia ti excellenlia juri» utriusque. —

fiL'AITA (Stanislas dcj. —Essais de sciences maudites : auSeuil du A/f/sf^re, nouvelle édition corrigée, augmpQléc et refondue, avec deux belles fleures magiques d'après Khunrath, et un appendice enliêrement inédit. — Paris, Georges Carré, 18B0, in-8, flg.

— Rosa Mi/stiua, poèmes, avec une prérace pu prose. — Paris, Le-

H

,in(P.aduacateDParleiuenl]. — Des sati/res brutes. monstres et démons, de leur nature et adoration, contre l'opinion de ceux qui ont estimé les sal.vres eslre vne espèce d'hommes iliatincts et séparez des adamicques. Dédié à Mgr lu Maresehal de S. Geran. — A Paris, chei Nicolas Buoa, 1627, in-8 (très curieux et

Ht'LMONT (J.-B. vao), — Les œuures, Iraittant des principes de médecine et de physique, pour la guérison assurée des malktlies ; traduction de H. leun le Comte. — A Lvon, chei Antoine Ruguetan, 1 671, in-4, (Le traité c/e Magne tiea oui nerum eum^tone ne se trouve que dans l'édition latine de 1683, in-4.)

BOMËRE. — L'od'jssée (Iraduction d'E. Kareate, 1842, ou toute autre).

HmORlVS.— Orèmaire du pape Honoriua, aueevn recueil det pluê rares aeereta. Home, 1670, in-t6, flg. (rarissime).

I.-J

JABLONSKI. — Panthéon Ef/i/ptiornm, sive de diis oorum commentarius, cum prolegomenis de religione et theologio Egyplio-

MCOLLIOT (Louis). — Z^ Fils de Dieu. — Paris, Lacroi\, 1873,

— Le spiritisme dans le monde : l'initiation et les sciences occultes dans V Inde et chez tous les peuples de V antiquité. —

lAMBLlCL — De Mtjsteriis Egyptiorum, — 1602, ia-12.

JHOUNEY (Alber). —Les lys no r>«, poèmes. — Paris, Carré, 1888, grand in-8.

J0ACHLM1 (Abbatis). — Vatieinia siue prophetias^ simul et Anselmî Episcopi Marsicaai, cum imaginibus œre iDcisis, etc.. Venetiis, apud Hieronyraum Porrum, 1589, in-4. -r- Frontispice gravé et 34 figures en taille douce (rarissime).

JOSÈPHE (Flavius). — Le^ antiquités judaïques (en XX livres), traduction du P. Joachim Gillet. — Paris, 1756, 4 vol. in-4

KELEPH BEN NATHAN (Dutoit-Mambrini). — La Philosophie divine^ appliquée aux lumières naturelle^ magique, astraie, surnaturelle, céleste et dioine, ou aux immuables vérités que Dieu a révélées de lui-même et de ses œuvres, dans le triple miroir analogique de TUnivers, de THomme et de la Ré-

KHUNRATH (Henrici). — Amphitheatrum sapientiœ mternae^ solius cerx, Chris tiano-Kabalisticum, diuino-magicum, nec non physico-chymicum, tertriunum, catholicon : instructore Henrico Khunrath, lipsensi, tbeosophiœ amatore ûdeli etmedicinœ utrius-

que doctore e millibus vix vui. — Hanouise, excudebat Gui-

lielmus Antonius, 1609, 1 vol., in-fol., frontispice allégorique, portrait et dix figures magiques. (Très rare. En lire la description détaillée dans notre Seuil du mystère.)

LA HARPE (J.-F.de).-« Œuvres complètes.— Paris, 1821, 16 vol.

LANCRE (Pierre de), conseiller du Roy au Parlement de Bourdeaux. — Tableau de V inconstance des mauuais anges et

demona, où il est amplemenl traiclé des Sorciers et de la sorcellprie. Liureires ïlile et oecessairc, non seiilemeat aux iuges, mais à tous ceui qui «iuenl soubs les lois uhrestiennes. Auec va discours coolenatil la procédure Taicle par les loquisileurs d'Espagne et de Nauarre, en la ville de Logrogne en CaslUie, etc. — Paris, chez ?Iicolas Buon, 1S12, iD-4. Avec uoe plauctie du sabbat (1res rare et très recherché).

LEBRL■^ (le P. Pierre, prèlre de l'Oratoire). — Histoire critique des pratiques superstitieuses, qui ont sédull les peuples et embarrassé les savaots. Avec la mélbode et les principes pour discerner les eiïels oalurels d'avec ceux qui ne le sonl pas, — A Amsterdam, cliezJ,-F. Bernard, 1733, 3 vol. ia-8, ligures.

LEGL'É [D' Gabriel). — Urbain Grandier et les possédées de Loudun, documents inédits de M. Charles Barbier. — Paris,

LE LOVER (Pierre, conseiller du Roy au siège presidial d'Angers). — Discours et histoire des spectres, visions et apparitions dev esprits, anges, démons et âmes se monatrans cisibles aux hommes. Diutsez en huict liures, esquels, par les visions meruei lieuses et prodigieuses apparitions auenuës en tous siècles, tirées el recueillies des plus célèbres authcurs tant sacrez que prophanes, est mauirestée la certitude des spectres et visions des esprits ; sont baillées les causes des diuerses sortes d'apparitions d'iceux, leurs efTocls, leurs diflerences ot les moyens pour recognoisire les bons et les mauuais, et chasser les démons. Aussi est traicté des extases et rauisscmenls : de l'essence, nature et origine des âmes, et de leur estât après le deceds do leur corps : Plus des magiciens et sorciers, et leur communication auec les malins esprits ; Ensemble des remèdes pour se préseruer des illusions et impostures diaboliques. — A Paris, chez Nicolas Buon, 1603, 2 vol. in-4 (seule édition complète d'un livre rare et Iras curieux, recommandé aux oceultisles).

LESGLET DLFRESNOY (l'abbé). — Traité historique et do{/matique sur les apparitions, les Disions et les Récétations particulières, avec les observations sur les dissertations du H. P. dom Calinet, abbé de Sénonns, sur les apparitions et les revenans. — Avignon, et se trouve à Paris, chez J.-N. Leioup, 1781,

— Recueil de dissertations anciennes et nouvelles sur lea apparitions, les visions ei les songes, avec une pi'éface his-

LENORMANT (François). — Les sciences occultes en Asie :\. La Magie chez les Chaldéens et les origines aceadiennes. — Paris, Maison neuve, 1874, ia-8.

— Les sciences occultes en Asie : II. La divination et la science des Présages chez les Chaldéens. — Paris, Maison

I.KON IlL — Enehiridion (du pape), envoyé comme présent à l'empereur Ghariemagne. — A Rome, chez le P. Angelo de

LIEBEAULT (le D*" A. -A.). — Le sommeil provoqué et les états

LONfilNI (Cœsaris).— rrmam Ma^icam^siue secretorum magicorum opus, etc.. accessere nonnulla Sécréta secretorum et mirabilia mundi, et Tractatus de proprii cuius que nati daemonis inquisitione. Francofurti, sumptibus Conradi Eifridi, 1629, pet.

LUCAS (Louis, auteur de la Chimie nouvelle). — Le Roman alchimique ou les deux baisers. — Paris, Michel Lévy, 1857,

LUCilKT (le marquis de). — Essai sur la secte des Illuminés.

LUCIEN. — Œuvres complètes, traduction Belin de Ballu. —

M

MARSOLLIER. — Histoire de Vïnquisition et son origine. -^ A Cologne, chez Pierre Marteau (A la Sphère), 1693, pet. in-8 (curieux et recherché).

MARTIN (Henri). — Histoire de France. — Paris, Furne, 1860,

MEYNARDAIE (M. de la, prêtre). — Examen et discussion critique de V Histoire des Diables de Loudun, de la possession des Religieuses Ursulines et de la condamnation d'Urbain Gran-

MiCHAËLIS (Le P.). — Histoire admirable de la possession et conuersion d'vne pénitente séduite par vn magicien, la faisant sorcière et princesse des sorciers au pais de Prouence, conduite à

TABLB BU AUtBURS

la Sainte-Baume» poor y ettre eiereitée en Tan UWjX àA mois et aoneoibre, aotti raothorilé im H. P. SabasUen MldiaiUat prieur do Goiroent Rojal de Sainte Magdelaine à Saini Maiimin, ^ dodit lieu de laSainte-Banme. Commis par luy aox Ezoreismes et raeodl des actes le R. P. F. François DompHos, dœieur en tlMologle en rUniuersitédeLoQoain «., le tout fidèlement recaeillty et Ires bien terlfie. — Ensemble la Pneumatolùgie^ ou Diê^ eourê des EêpHtê do susdit P. Miehaélis, etc. Edition seconde.

très eorieox).

mCHBLKT. — Hiêiùire de France^ illustrée par Vierge. Paris»

lD6lfARD. — Sidie de la monographie du eoffrei du due de Blaeae ou Preuoee du màniehéieme dane V Ordre du Tem

IPRVILLE (M** Eudes de). — Pneumaiotogie. Dee Eêprite et de

lettre manifèetaHone Jiuidiquee. Mémoire adressée à i'Àea

déade (sTec la Question dee Eepriie, ou défense de ce mémdre)«

-> Pneumatologie. Dee Esprits et de leurs manifestations diverses. Deuxième mémoire, Manifestations historiques. —

MOYSE. — Le Pentateuque^ traduction nouvelle avec l'hébreu en regard, accompagné des pointsvoyelles et des accents Ioniques» avec des notes philologiques et 1ittéraires,[par S. Cahen. — Paris» Barrois, Treuttel et Wurtz, i8di-1834, 5 vol. in-8 (rare).

NAVDË (Gabriel). — Apologie pour tous les grands hommes qui ont esté accusés de Magie, — Paris, chez Augustin Besongne» 1069, petit in-12 (édition estimée).

NYDAULD (J. de). — De la Lycanthropie^ transformation et extase des Sorciers, auec la réfutation des argumn de

OLAI MAGNI. -- Historia de gentibus sep tenir ionalibus.

ORIGEiM. » Philosophumena (traité des hérésies eD dix livres, attribué aussi à saint Hippolyte. La meilleure édition est celle publiée par M. Miller, Oxford, 1851, in-8).

PAPUS (Gérard Encausse). — Clef absolue des seienees occultes. Le Tarol des Bohémiens, le plus ancien livre du monde. A Tusage exclusif des initiés. — Paris, Carré, 1889, gr. in-8, fig.

PARAC^:LSI (Aureoli Philippi Theoph. ab Hohenheim). — Opéra Omnia medico-chemico-chirurgica, tribus voluminibus comprchensa. — Gêneuse, sumptibus J. Antonii et Samuelis de Tournes, 1658, 3 vol. in-folio (très rare).

— Prognosiicaiio eximii doctoris Theophrasii Paraeelsi^ ad illustrissimum ac potentissimum principem Ferdinandum Romanorum Regera semper Âugustum, atque archiducum Ausen taille douce (introuvable et sans prix).

PALISANIAS. — Voyage historique en Grèce (traduction Cla-

PÉLADAN (Joséphin;. — Istar, avec un frontispice de F. Rops. —

PEUCER (Gaspar, tresdocte philosophe, mathématicien et médecin de nostre tems). — Les deuins ou commentaire des principales sortes de deuinations : Distingué en 15 liures, esquels les ruses et impostures de Satan sont descouuertes, solidement réfutées, et séparées d*auec les Sainctes Prophéties et d*auec les prédictions naturelles... Nouuellement tourné en françois par S. G. S. [Simon Goulard, senllsien] avec les tables et indices nécessaires pour le soulagement des lecteurs. — En Anuers, par Heu-

PIC DE LA MIRANDOLE. — Conclusiones philosophiez, eabali^

sticx et theolOfjiciV. — Rome, 1486, in-folio (rare).

PISTORH (loannis, Mdani, etc.). — Artis cabalisticw^ hoc est reconditœ theoloyix et philosophix Scriptorum tomus 1 (le seul paru), in quo, prœter Pauli Ricii theologicos et philosophicos libros. sunt latini pêne omnes et hebraei nonnulii praestantissimi scriptores, qui artem commenlariis suis illustrarunt. —

TABLE DES AUTEURS 45

Basiles, per SebasUanum Henricpetri, 1587, in-folio (très rare et très estimé).

PLATON. — Œuvres complètes (traduction Victor Cousin). —

PORPHYRE. — Traité touchant Vahstinence de la chair des animaux^ avec la Vie de Plotin par ce philosophe et une dissertation sur les génies, par M. Burigny. — Paris, De Bure, 1747,

PRIERIAS (Sylvesler). — De Strigio magorum dxmonumque

REGNARD (D' Paul). — Sorcellerie^ Magnétisme^ morphinisme, délire des grandeurs^ ouvrage illustré de 120 gravures. —

REMIGII (Nicolaï). — Demonolatrix libri III. — Lugduni, 1595,

REUVENS.— Lettres à M, Letronne,.. — In-4o avec un atlas in-fol.

ROGER (Abraham, qui a fait sa résidence plusieurs années sur les cosles (du Choromendel) et a fort exactement recherché tout ce qu'il y aiioit de plus curieux). — La porte ouuerte pour paruenir d la connoissance du paganisme caché, ou la vraye repré- sentation de la vie, des mœurs, de la religion et du seruice diuin des Bramines, qui demeurent sur les cosles du Ghoromandcl et aux païs circonuoisins... Auec des remarques des noms et des choses les plus importantes. Enrichie de plusieurs figures en taille douce. Traduite en françois par le sieur Thomas la Grue, maistre es-arts et docteur en médecine. — A Amsterdam, chez Jean Schipper, 1670, i vol. in-4 (curieux et rare).

ROSENROTH (Knorr ab). — Kabbala Denudata, seu Doctrina Hebrseorum transcendentalis et metaphysica atquc theologica. Sulzbaci, 1677.— Francofurti, 1684,2 vol. en trois tomes massifs in-4 (rarissime et très recherché).

ROSSET (François de).— Les histoires tragiques de nosire temps , où sont contenues les morts funestes et lamentables de plusieurs personnes, arriuees par leurs ambitions, amours déréglées, sorti-

46 LE TBMPLE DE SJLTAN

leges, vols, rapines et ptr autres accidents diaers et mémorables. — À Paris, de Fimp. de Fkuçois Huby, 1614, peL în-8 (très rare).

SALNT-ALBIN. — Histoire des Diables de Loudun, ou de la possession des Religieuses Ursulines et de la condamnation et du

supplice d'Urbain Grandier, curé de la même ville Cruels

effets de la vengeance du cardinal de Richelieu. — A Amsterdam, Wolfgang, 1693, petit in-12.

SAINT-JEAN. — Apocalypse. Il sera bon de se référer à l'ouvrage d'Adolphe Bertet [disciple d'EHphas Lévi], Docteur en droit civil et en Droit caoon, avocat près la Cour d'appel de Ghambéry : Apocalypse du bienheureux Jean, apôtre, surnommé le théologien, décodée, contenant l'accord de la foi et de la raison, par Texplication, mise à la portée de tout le monde, des mystères du royaume de Dieu. — Paris, Amauld de Vresse, 1861, 1 vol. in-8. (Outre un texte très correct et une bonne traduction de r Apocalypse, on trouvera, dans cet ouvrage trop peu connu, d'excellenls commentaires ésotériques des 22 chapitres de saint Jean.)

SAINT-MARTIN (Louis-Claude, Marquis de, le philosophe inconnu).

— Correspondance inédite avec Kirschberger, baron de Liebistorf, membre du conseil souverain de la République de Berne (1792-1797). Ouvrage édité par MM. Schauër et Chuquet.

— Paris, Denlu, 1862, 1 vol. gr. in-8, portrait (épuisé et devenu

rare).

— Le Crocodile ou la guerre du bien et du mal, arrivée sous

le règne de Louis XV ; poème épico-magique en 102 chants

OKuvre posthume d'un amateur de choses cachées. — A Paris, de rimprimerie du Cercle social, an VII de la Rép. fr., 1 vol. in-8 (pas commun).

SALNT-YVES D'ALVEYDRE (Alexandre dt),-- Mission des Juifs.

— Pans, Calmann-Lévy, 1884, gr. in-8, portrait.

SPHENGER (Jacques). - Malleus maleficarum de Lamiis et

TABLB DB8 AUTBURfi 47

^ Stry^ihuê et Sagis, joliUque Miigiê et DmmùniaeU mulieri-- buê^ eoramqae arte, potestaie et pœna Traclatas iam Teterum foam recentiorum auctorom. — Francof., 1598, 4 vol. m-4.

SWINDEN (D*' en théologie et caré de la paroisse de Guxton). — Recherches sur la nature du feu de VEfkfer et du lieu où il est situé. Traduit de l'Angiois par M. Bion, ministre de Téglise AogKcane. — k Amsterdam, chez les Wetsteims et Smith, 1728,,

TAILLEPIED (F. Noél, Lectear en théologie). — Psiehologie ou traité de ^apparition des Esprits^ à sçauoir, des âmes sepa-

~ rees, fiuitosmes, prodiges et accidents meraeilleax,qtii précèdent quelquefois la mort de grands personnages, ou signifient changemens de la chose publique. — A Paris, chez Guillaume Bichon, 1588, pet. in-12 \ouvrage très rare ; excellente édition, inconoue

' à MM. Brunet et Graésse, qui donnent celle de Rouen, publiée dooze ans plus tard, 1600, pour Téditiou princeps).

TESTULLIANI (T. Septimi Florent!). — Opéra omnia. — Venetiis,. i746, in-folio.

THIERS (Jean-Baptisle, D'' en théologie, et curé de Vibraie). — Traité des superstitions qui regardent les sacrements, selon l'Écriture sainte, les décrets des conciles et les sentimentsdes saints Pères et des Théologiens. 4* édition. — A Avignon,.

TRITHEME (fabbé lean). — Polygraphie et uniuer selle escripture eabbalistique, traduicte par Gabriel de CoUanges, natif de Tours en Auuergne. — A Paris, chez Jacques Keruer, 1655»

— Steganographia cindicaia, reserata et illustrata ubi

clarissime expUeantur eonjurationes spirituum etc^

Autore Wolfgango Ernesto Heidel. — Norimbergœ, apud Joh» Fridericum Rudigerum, anno 1721, in-4.

VALLEMONT (l'abbé de). — La physique occulte, ou traité de la baguette divinatoire. — A la Haye, chez Adrien Moëtjens,. 4762,2 vol. petit in-8, frontispice et figures.

VINTRAS (Pierre-Michcl-Eugène).— Le glaive sur Roi 868 eomplicee, — Venue et enseignements d'Élie sur mont glorieux de Jésus-Christ. — Londres, chez Dulau/

VILLARS (rabbé de Mootfaucon de). — Le comte de GabaUi entre tienn 8ur les sciences secrètes, nouvelle édition, montée des génies assistons et du gnome irréconcU (ces deux derniers ouvrages, attribués à Tabbé de Villars, du père Androl). — A Londres, chez les Trères Vaillant, I'

WIKR (lean. médecin du duc de Cleues). — Histoires^ dispx et discours des illusions et impostures des diables^ des ciens infâmes, sorcières et empoisonneurs ; des ensoi et Démoniaques et de la guerison cTiceux ; item de la pi tion que méritent les magiciens, les empoisonneurs et] sorcières ; lo tout compris en six liures : avec deux dialogx touchant le pouuoir des sorcières et de la punition quV méritent, par Thomas Erastus, professeur en médecine à dclberg. — (leneuc, 1579, in-8 (rare, réimprimé en 2 vol. il Doiahnye et Lecrosnier, éditeur, 1885).

WIRTII (Oswald). — Les XXII clefs du Tarot KahbalistU, rosliluécH en leur pureté hiéroglyphique. — Paris, 1889, foi iu-18, Poirel, éditeur (dépôt chez Carré, éditeur, et à Librairie du meroeilleux, 29, rue de Trévise, à Paris).

ZIMPEL. — Le Millénaire, extrait de deux ouvrages du docl^ /IMPKL: la XI* heure de l'Antéchrist... et rexplication popl lairo do TApocalypse. 7* édition. — Francfort-sur-Mein, 1861 in-8 (couverture imprimée des plus curieuses}.

DE LA TABLE DES AUTEURS

,E TEMPLE DE SATAN

Le Temple de Satan (livre premier du Serpent de la Genè9€\ sera consacré à la description des œuvres spéciales et caractériel^ tiques de Satan (sens vulgaire de Temblème mosaïque : le Serpent^

Il ne saurait être question de commentaires explicatifs, si ce D^eatl par échappées; ni, à plus forte raison, d'enseignement ésotériqoe»! La Magie noire n'a rien de commun avec la Haute Doctrine. ;

On se bornera à exposer et à classer les faits, réels ou légeoj daires, péle-méle, sans souci d'en fournir une explication scienttlique. Seulement, quand l'occasion s'en présentera, prendra-t-OB soin de nuancer l'exposition, en sorte de faire pressentir le caraiD» tére authentique ou illusoire des phénomènes allégués.

C'est dans la deuxième Septaine (Clef de la Magie noire) qu'on donnera l'exposition de la Doctrine ; et dans la troisième {Le Pro* \ blême du Mal) que la synthèse métaphysique de l'ouvrage prendbnu^ quelque apparence de fermeté. ,

Méfîe-toi, lecteur ami, de porter un jugement superficiel ou pré» mature : ce jugement serait téméraire.

K

Lb Bateleur rUnité le Principe = l'Objet. . . le Diable

Chapitre I

u sens vulgaire — familier à tous ceux que la Science divine ne compte pas au nombre de ses adeptes — le Serpent de la Genèse symbo- Bse le Diable, TEsprit du mal personnifié dans Satan.

— Satan ? le Diable? le Malin ?... Allons, vous voulez rire! Qui donc l'a vu jamais, ce spectre fait de fumée? Où se montre-t-il, si ce n'est dans le brouillard des imaginations troubles et malsaines, ou dans le kaléidoscope obscur des âmes faibles et timorées ?... A-t-il jamais pris une forme accessible à mes sens, au témoignage exclusif desquels je fais profession de croire? — Non. Pas plus que Dieu, son tyrannique antagoniste, pas plus que Dieu, son bourreau sans merci, Satan ne manifeste sa présence dans rUnîvers... Le Diable, Monsieur! vous plairait-il m'enseigner où il habite ?

Au matérialiste qui parle ainsi, nul ne s'avise d'objecter une réplique assez simple : — Il habite en vous.

Partout OÙ les ténèbres fétides de la négation, offusquant Tintelligence de Thomme, abolissent en loi la vue spirituelle et peuvent oblitérer ce sens intérieur qui donne l'intuition du divin et Tassentiment de l'éternel, — en vérité, Satan est là sous sa forme métaphysique : VErreur.

Partout où la perversité corrode les pauvres âmes jusqu'à dissoudre les liens intimes de solidarité qui les rattachent Tune à l'autre; partout où le scepticisme déprave les consciences, jusqu'à confondre en elles les notions du juste et de l'injuste, — en vérité, Satan est là sous la forme psychique : YEgoîsme.

Partout enfin où la libre volonté de l'homme, induisant la Nature (ce miroir du divin) au plus épouvantable mensonge, la force de renier la gloire de son type céleste, en substituant la discordance arbitraire des mauvais vouloirs individuels à la sage harmonie des lois générales, — en vérité, Satan est là sous la forme sensible : la Laideur.

Erreur, cécité des esprits ! Egoïsme, mauvaise haleine des âmes I Laideur, difformité des corps!... C'est toujours la silhouette infâme de Satan, reflétée dans les trois mondes de la pensée, du sentiment et des choses sensibles.

Mais nous sonderons à loisir, dans notre livre II T, la nature de cet être équivoque ; le sens démotique de l'emblème nous doit seul préoccuper ici.

Admirons la prudence de l'Eglise enseignante, qui s'est toujours refusée à définir Satan et son empire,

laissant à ses docteurs le soin de proposer des solutions, sous garantie de leur propre autorité faillible.

Divers textes des saintes Écritures mentionnent Fexistence du Diable : c'est un fait certain ; mais l'interprétation de ces textes douteux reste libre : In duhiis Ubertas. Permis aux théologiens de s'escrimer pour et contre ; nulle décision prise à Rome ex cathedra ne fige définitivement la doctrine au moule d un article de foi ^

Quant au sentiment commun sur le Diable, voici :

Ange déchu de sa splendeur première, créature précipitée dans Tabîme pour avoir prétendu s'égaler au Créateur et rivaliser sa puissance, Satan occupe, avec ses légions complices, le séjour maudit des ténèbres extérieures, où senties larmes et les grincements de dents.

Là se tordent, dit la légende populaire, les agents du Mal éternel, dans les convulsions d'une éternelle agonie. Pêle-mêle avec ses frères rebelles comme lui, Satan rage son éternité. La seule consolation permise à son malheur est dans la croissante multitude des âmes

' Je prie les catholiques de noter ce fait avec soin. — En vain objecleronl-ils l'avis formellement exprimé par certains papes; cet avis n'a de valeur et d'autorité, que proportionnelles à la science et à l'inspiration particulière du pontife, s'exprimant en ce cas comme docteur et non pas comme chef infaillible de l'Église : voir la définition de l'infaillibilité : le pape n'est infaillible que lorsqu'il monte dans la chaire de Saint-Pierre pour promulguer un dogme urbi et orbi. Encore ne fait-il que définir et imposer à la foi des fidèles une croyance qui était de tradition dans l'Église. Telle est la doctrine catholique sur ce point, ne l'oublions pas.

-damnées, que, tentateur insinuant et protéiforme, il s'ingénie à séduire au jour le jour de la terrestre épreuve ; de même qu'en Eden, jadis, sous la figure du serpent, il a su perdre Eve, par Tattrait magique du fruit défendu.

Car il faut bien dire qu'à titre de purs esprits — ou, si l'on préfère, d'esprits impurs — le Diable et ses suppôts jouissent, dans l'imagination du peuple et même dans la croyance des maîtres de l'exégèse, du don précieux d'ubiquité... Tandis qu'aux goufires souterrains, in inferiorihtis terrœ^ ils subissent la peine de leur crime, ils parcourent aussi le monde des vivants; et sans cesse à l'affût de quelque âme lasse et chancelant sur la voie du salut, ils se tiennent prêts à tirer -profit de la moindre défaillance, pour l'enrôlement dans Tarmée du Mal et l'accroissement des infernales cohortes.

Ainsi, c'est dans la bergerie et sous la houlette même du bon pasteur, que se fait le recrutement du loup vorace... et les brebis succombent Tune après l'autre.

Voilà pourtant l'interprétation abusive que l'on fait de cette belle et profonde parole de Jésus : Beaucoup sont appelés y mais peu sont élics!

Qu'on s'étonne maintenant que les théologiens agnostiques, fauteurs d'une aussi lugubre ineptie, restent piteusement indignés, si quelque ami de l'inflexible logique, les poussant au pied du mur, leur décoche à bout portant ce captieux dilemme : — Dieu, dites-vous, est tout-puissant^ omniprévoyant, infiniment miséricordieux et bon. D'autre part, vous ensei-

gnez que la grande majorité des hommes est promise à TEnfer... Il faut être conséquent, même en théologie. Donc Dieu a voulu le Mal et TEnfer... Vainement objecteriez-vous Tinviolabilité du libre arbitre humain : car le mauvais usage que l'homme fait de ce libre arbitre, si Dieu ne Ta pas prévu, son omniscience est en défaut; s'il Ta prévu, mais n'a pu Tempêcher, c'est sa toute-puissance que je nie ; si le prévoyant et pouvant l'empêcher, il ne l'a pas fait, je conteste sa toute-bonté.

N'est-ce pas en poussant à leurs dernières consé- <[uences les pitoyables prémisses de tels théologiens, qu'un poète et un penseur de l'envergure de M. Souiary fut conduit à clamer ce sublime et diabolique blasphème :

ET VIDIT QUOD ESSET BONUM

L'homme a dit : J'ai voulu tout savoir, je sais tout! Dans mon domaine étroit je ne liens plus en place; J'ai vécu tout mon temps, couru tout mon espace; J'ai la vie en horreur et la terre en dégoût!

La Terre a dit : Mon sein s'appauvrit et se glace, Et mon lait en poison pour l'homme se résout; La lèpre du péché qui l'envahit partout S'étend jusqu'à mes os... D'enfanter je suis lasse!

Le Ciel a dit : Uèelair se rouille au glaive ardent Et Fange, au saint parois, s'ennuie — en attendant Qu'un élu des élus commence enfin le nombre!

L'Enfer a dit : Satan se fatigue à tasser

Le damné qui pullule au charnier qui s'encombre!

Le Verbe a dit : néAxM ! c'est a recommexckr ^ !

Joséphin Soulary, Poésies complètes (Lemerre, in-12, 3 vol.). Éphémères, page ii9.

36 LE TMMPLX Ml SJkZAN

Ces quatorze Ters ne scmt-îls pas Tniment épouTtn* tables, le dernier surtout? Telle est — il faut hiea Ift reconnaître ! — la conclusion logique du probl^nft le posé en des termes si témérairement naïfs par les phij! losophes de sacristie.

Et tandis que des logiciens, comme Pierre Bajlef poussent en ricanant le dilemme infernal que j'ai dit; tank dis que de rares poètes restés des penseurs osent bien» \ comme Sonlary, prostituer la langue des dieux à d'aussi ' magnifiques débauches de verbe , les théologiens,se flattant de résoudre le problème formidable du Mal, épui* sent leur dialectique en de stériles disputes touchant la grâce efficace eilà grâce su ffisante ;\e docteur anglais Swinden soutient, en un gros livre ^ que les damnés se tordent dans la substance enflammée du soleil, lequel n'est autre que TEnf er visible à Tœil nu ^ ! Dom Galmet discute gravement la virginité de saint Joseph, et les plus autorisés docteurs décident que le Diable préside en personne à la danse des chapeaux et des guéridons I

Mais passons. — La légende de la chute angélique est trop universellement connue, et je dirai populaire, pour qu'il semble utile d'en retracer ici la scène.

Recherches sur la nature du feu de t Enfer et du lieu où il est situé. Traduit par Bion. Amsterdam, 1728, in-S, fig.

3 Thèse reprise par M« Peladan dans Istar et défendue en un morceau lyrique de la plus grande allure : la Légende de V Inceste, -» Je dois faire observer que les traditions unanimes de la Théosophie concordent pour enseigner, au contraire, que le soleil est, pour notre tourbillon, Tastre paradisiaque par excellence : le bienheureux séjour des âmes glorifiées.

V

Qu'il suffise d'observer que Moïse ne fait aucune mention de la révolte des anges. II parle bien d'un certain Nahàsh ttrn: (déjà connu de nos lecteurs) et que les versions vulgaires rendent par couleuvre ou par serpent ; il signale encore Tunion féconde des Beneî-ha-Elohîm omSuh ^J3, ou Fils des dieux, avec les filles des hommes : mystérieux hymen d'où naquit la grande race des Gibborîm an^a, ou des Nephilîm D^Ss^, dont on a fait des géants ; mais il ne paraît pas que le théocrate d'Israël ait adopté, rien ne prouve même qu'il ait connu le dogme de la chute angélique.

Le Lévitique nomme bien en passant les Esprits Aôbôth m3i«, inspirateurs des sybilles, mais sans rien préciser de plus.

Le premier parmi les auteurs de Y Ancien Testament, Job désigne sous le nom de Shatan pcr, un esprit de la huitième hiérarchie des Kabbalistes (Beni-^Elohîm), chargé par le Seigneur d'une mission spéciale d'épreuve. Plus loin, une phrase obscure et vague d'Isaïe est coutumièrement interprétée comme une allusion à Tange déchu. — C'est tout K

On trouve bien le moi Shatan dans les Nombres (inas ISO), à deux reprises; mais c'est un substantif pris adverbialement, dans le sens de contre [adcersus des Latins). — Exemple :

(Nombres, XXII, 22).

On peut traduire : « Et se plaça Vencoyé de lod-hécê dans le chemin, pour être en obstacle (en Shatan) à lui. »

Étant donné ce sens du vocable hébraïque 7I3U^, il est curieux de voir combien le mot diable serre de près sa signification intime. Diable (en grec Sio^oXo;) vient de Sia;3iX>(i), je jette en travers; peut-on mieux traduire l'idée ^'obstacle f

58 LE TBilPLB DB SATAN

L'examen du Tabnud porte à croire que les Kabbalisles hébreux rapportèrent de Babylone ce dogme, emprunt notoirement fait à la théologie dualistique de Zoroastre.

Chacun peut voir dans ce qui reste des Avestas (livres sacrés des Parses, dus au génie de cet hiérographe) Tantagonisme constant à^ Ahoura-mazda ou à'Ormuzd (la Sagesse vivante), dieu du Bieji, — et àWngramanyou ou AWhHman (le Malintentionné), dieu du Mal.

(]elui-ci, sorte d* Attila divin,traînant à sa suite la horde do ses Dews implacables et maudits, assaille et harcelle sans tr^vo le céleste Bienfaiteur, environné et défendu par la sainte légion de ses Anischaspands . C'est ainsi qu' Ahriman* justifie un nom que l'inspection des racines permet de traduire en français : le malintentionné.

Hàtons-nous de dire que les véritables initiés au Mazdéisme ésotérique ne voyaient en Ormuzd et Abri* man que dos principes principiés, issus d'une cause inolïablo — le Temps sans bornes — qui paraît ellemonie envisagée comme la manifestation d'une Unité

Cliose curieuse et qui permet d'expliquer commenl les rabbÎDS, apri>s la captivité d'IsraîM à Babylone, furent si pressés de voir dans rimpersonnei Nahàsh (le Tentateur de la Genèse) un être distinct el personnel, une sorte de dieu du Mal.

Par une coïncidence étrange, le qualificatif que Moïse accole au substantif Nahàsh est précisément le vocable miy, Haroûm ou Harym, dont Ahriman ou Harym-an, le nom mazdéen de V Adversaire (]10':i7, en caractères hébraïques) ne diffère que par l'addition de la désinence augmentative ?i : il n'y a donc pas seulement ressemblance, mais identité.

LM DUBIiB 89

plus insôéMileiiient occulte (voir le Vendidad Sade, S6^ hâ). D'ailleurs, et nous Tavons fait observer au Seuil du Mystère^ j le couple androgynique Mithraê- MUhra constituait, aux yeux des adeptes, un principe d'équilibre entre Ormuzd et Abriman. Mais le rulgaire ne Fenttodait pas ainsi, et la fausse intelligence d'un pareil système engendra d'incalculables rnaux^

Manès, grèffiuit plus tard le dogme mazdém des deux principes sur le cbristianisme à peine adolescent, eaipoisonna, pour ainsi dire, les sources de la yie mystique : son abominable hérésie, quoique frappée maintes fois de justes anatbèmes, se multiplia dans le temps sous des formes changeantes comme le rôve d'un crime ; la doctrine des meilleurs docteurs en fut infestée. On sent bien que je parle de ceux-là mêmes qui combattirent avec le plus d'acharnement les progrès du manichéisme.

Vraie peste de la peste de la pensée humaine, cette hérésie! La contagion a partout gagné. Sans Manès et ses continuateurs trop souvent inconscients, Nahàsh harym serait sainement considéré par tous comme une force impersonnelle de la nature, comme un agent cosmique, en un mot, non pas comme le Groquemitaine de la théologie ; — et le spectre odieux et bouflfon du Diable ne déshonorerait pas à cette heure la Dog- 'ma tique chrétienne, si Ton avait su la purger du dernier vestige manichéen.

Quelques versets de V Apocalypse (livre incompris de tous ceux qui ne possèdent pas les grandes clefs de la Kabbale) vont trouver ici leur place. Car si ron a coutume d'attribuer un sens agnostique et littéral à la fable de la chute angélique, il n'est point mal à propos de noter que l'interprétation vicieuse de ces versets y a été pour beaucoup.

« Et voilà lia grand dragon roux ayant sept lèles et dix

cornes et sur ses sept tètes sept diadèmes.

« Et sa queue entraînait la tierce partie des étoiles du ciel

« Un grand combat eut lieu dans le ciel ; Michaêl et ses anges combattirent le dragon entouré et soutenu par les siens.

« Mais ces derniers n*ont pu résister et, dès lors, il a été impossible de retrouver leur place dans le ciel.

(c Et le grand dragon a été précipité du ciel, lui qui est cet ancien serpent, séducteur du monde entier ; lui qu*on a nommé des noms de Diable et de Satan.... ».

On lit d'autre part dans les révélations de sainte Hildegarde, écrites soi-disant sous la dictée du Verbe, ces paroles touchant Lucifer : — « Alors toutes les Etoiles de son armée, baignées jusque-là dans les flots de sa lumière, complètement éteintes aujourd'hui, semblent de noirs charbons calcinés par le feu. Un vent irrésistible les précipite vers le nord, à l'opposé du trône, et dans de tels abîmes que jamais il ne sera plus donné à personne de voir aucune d'elles *. »

Ces lignes de la sainte sont visiblement un commentaire des versets transcrits tout à l'heure.

Scivias.

Le marquis Eudes de Mirville, auteur de ce rapprochement mirifique, invoque ce fait, dont il a été frappe : que l'Astronomie moderne évalue à un tiers environ la lacune intersidérale dans la portion du ciel accessible à ses instruments. Le résultat de ces confrontations diverses est pour le marquis un coup de génie, dont il reste en quelque sorte assommé. Gomment, en effet, dans ces étoiles perdues, ne pas voir le tiers du Tsebaoth que le dragon roux a balayé de sa queue, au cours de sa chute vers le gouffre ' ? Pour nier l'évidence, il faut dire de mauvaise foi

Au demeurant, nous laisserons là M. de Mirville, tout étourdi d'un si brusque et lumineu.K éclair. — Mieux vaut reprendre nos investigations sur l'essence de la doctrine dyarcbique.

L'antagonisme des deux principes constitue un dogme antérieur à Zoroastre même et qui date des premiers cycles cosmogoniques de l'Inde. — " Ce qui avait donné naissance à ce dogme (dit Fabre d'Olivet, dans son admirable commentaire de Gain) était une ancienne tradition des Hindous, dans laquelle on apprenait que, dt's l'origine du monde, les génies du nord et du sud de la terre s'étaient divisés au sujet du breuvage d'immortalité, dont ils prétendaient également conserver la possession exclusive. Gette division amena des combatslongs et désastreux, dont le résultat

' l,e sens caclié de la chute angélique est bien réellement lié i l'eiiateoce de l'immense armée des autres, mais d'un rapport tout e et que nous indiquerons au livre lli : Le Problème du Mal.

^^utre et que nous indiq

iVi I.R TKMPLE DE SATAN

fui lit ih^HUito oati^re des génies du sud, appelés AwNortrH, ol Unir asservissement par ceux du nord Hp|Hi|«U l)i^rt8, Oollo tradition, qui se retrouve dans TMilila tlo» SoiUulinavos« presque dans les mêmes lâ»rim»Ni Mi\\{ oouuuo dos Egyptiens, des Grecs et des ItniiuiiuN NouM lo nom do Guen^e des dieux cofitre les

(l'nwl UNMox piquant comme on voit: les vainqueurs U() Huiil ruilMtlioux et ont infligé Tuniforme diabolique \i\\\ \\\\\\\VK^H vaiuous. •îo crois entendre parler ainsi ilâ^H wtM^jiliniioM iMiooiv plus naïfs qu'irrévérencieux... Vi\\\\ iMn^ uiodohuit uu pou trop les choses d'en haut Hiir nOIt^N d*it*i Ims \ s^imuginenMls de très bonne foi i\\u^H\ Tt^inouto oôlosto avait abouti, au lieu d'échouer, .lti|i(»vuh, A cotto liouro. calomnie de cornes et de griffes, Hn vtM'rail n^dnit au rôle fîWheux et subalterne de Hdiiflliuir do mauvais conseils! — Le Mal alors serait II» \\m\ ; ou appellerait lâcheté loubli des injures; buNHt^sst^ la modestie; la charité se verrait réputée hoatiuist^ faiblesse; la chasteté, taxée d'infamie... Pour les vi(*ivM, tout au ivboui^s : Torgueil deviendrait grandeur (IMmo; ravarice, pn^'oyante sagesse; l'arrogance (ît la colore seraient la marque d'une àme généreuse ; rinteiiipérance et la luxure, garantie de belle santé

— Trop, diles-voiis? Kl TaxiAmo d'Hermès : qux superins sieut et quic inferiuat Kl la inôlhodo analogique, fcadement et critérium de rocoullisme? Qu'on faites vous?

— Je laisse l-ouis Lucas répondre, selon celte méthode, par une comparaison : Thomme est Timage de Dieu, et pourtant Dieu n'est pas un animal vertébré.

.physique et morale; la ruse et le mensonge, enfiu, I preuves d'habileté, de finesse et d'esprit. I Est-il possible que des êtres pensants puissent s'a- ^buser de tels sophismes? Ils sont vraiment à plaindre Iceux qui, confiants aux déductions paradoxales d'un mazdéisme incompris ou dégénéré, s'obstineni à ne pas vouloir se rendre compte que dans la lutte mysté- rieusemeiil représentée sous ce profond symbole, le Bien a triomphé parce qu'il est l'ordre, la norme, l'harmonie, en un mot parce qu'il est le Bien ; — et que la cause nécessaire, infailliblement supputable à l'avance, qui, faisant le Mal accidentel et transitoire, le I dévoue au futur anéantissement, c'est qu'il est le dé- ' sordre, l'arbitraire, l'anarcbie, et qu'il s'appelle /fJ/o/.

L'on peut trouver étrange cette insistance à maudire la doctrine des deux principes, source non équivoque, selon nous, de toutes les foHes dégradantes, point de départ de tous les sanglants excès oi"i s'est vautré le moyen âge (pour nous en tenir à un seul, mais bien piteux exemple} : car enfin, toutes les nations ont eu leur mythe expressif du mauvais esprit. Qu'il se nomme Typhon, comme en Egypte, ou même Tchutgour comme chez les Mogols, le Démon n'est-il pas toujours le Démon?

Ainsi pensent, du moins, beaucoup d'honnêtes gens, ^ue j'ai le plus grand regret de contredire. C'est d'un principe qu'il s'agit à présent, il faut y prendre garde. El, bien que d'imperceptibles nuances de forme distinguent seules à la surface ces différents exemplaires

de divinités néfastes, je dis qu'Ahriman (consi<

— d'ailleurs à tort — comme principe absolu du coéternel à Ormuzd, le Principe absolu du Bien), dis qu' Ahriman dijflfère aussi profondément de Typh< (ou de tout autre emblème d'un mal fortuit et relatil que l'Erreur diffère de la Vérité et les Ténèbres de Lumière.

v^ On ne saurait nier Vexistence du Mal (pour essence, c'est autre chose). Sa manifestation dans V^

ni vers est assurément indubitable, au même titre celles du m)id en hiver et de l'ombre pendant la nnU

— Mais vienne la lumière, et l'ombre s'évanouirmj vienne la chaleur, et le froid passera: car l'ombre et froid ne sont doués que d'une existence privative ; i] manquent d'essence propre, étant des négations. Aii en est-il du Mal, transitoire, accidentel, contingent.

Donner une essence au Mal, c'est refuser l'esseni au Bien ; soutenir le principe du Mal, c'est contesl le principe du Bien ; affirmer l'existence propre d\ Diable, en tant qu'absolu du Mal, c'est nier Diei Enfin, soutenir la coexistence de deux absolus conti dictoires, c'est proférer un blasphème en religion une simple absurdité en philosophie.

Ce qui révolte la conscience, ce qui outrage la rai^ son, ce n'est pas tant la personnification symbolû des influences néfastes, en des idoles le plus souv^ odieuses et grotesques : c'est la déification du Mî travesti en principe absolu sous une figure mytholi gique, et comme tel opposé au principe du Bien, divîj nisé pareillement.

Mais le Malin n'est pas là seulement où Thoiprae prétendu dresser son image représentative, offerte isi d'une sorte notoire à la commune adoration. |Sans doute, curieux de démêler le personnage du liable dans toutes ses formes païennes, devrons-nous ►romener un rapide coup d'œil sur ces idoles, figu- Irations plus ou moins naïves des Forces réputées malfaisantes : de toutes parts, on les voit s'estomper jdans la brume, ces fantômes de sinistre augure, pour ►eu que, descendant en esprit le fleuve des temps écoulés, on se laisse voguer à la dérive parmi les vestiges ►nfondus des civilisations et des barbaries antiques. Scrutons les deux berges d'un regard attentif : à ►art ces divim'tés que les nations proclamèrent funestes ti pensèrent honorer d'une religieuse terreur, d'autres [encore nous apparaîtront diaboliques, d'autres que ces peuples n'avaient pourtant marquées d'aucun stigmate [de réprobation. Mais le culte qui leur fut rendu les a rsouillées d'abomination indélébile...

A-t-on bien compris toute la profondeur ésotérique du fameux texte des Psaumes: « Omnes dii gentium daemonia (sunt) (Ps. xcv, 5). » Il appartient au libre arbitre humain de dépraver les plus augustes concepts — et, par une loi mystique évidente, tout symbole religieux, honoré de rites infâmes, s'est métamorphosé parle fait même en une idole où s'incarne Satan.

Avatars de Satan, ces vampires de laGeltide antique, Thor et Teutad (ou Tentâtes) , dont la soif, par la bouche de leurs mille druidesses, hurle, insatiable, du fond de

la nuit sans aurore, pour hâter la vendange du sang humain !

Avatars de Satan, ce Moloch de bronze à tête de veau, l'idole des Ammonites, aux bras largement ouverts pour étreindre les victimes, dont ses entrailles & métal rougi s'apprêtent à dévorer la chair ! — Et ce Belphégor de la Palestine, l'idole barbue dont la bouche béante érigeait en forme de langue un phallos colossal : moins sanguinaire divinité , mais plus abominable encore, exclusivement avide, nous dit Philon, d'offrandes stercoraires et poilu tionnelles.

Avalars de Satan, cet Adramelech de Sepharva&n (le roi magnifique) et ce Mélicerte de Ténédos (le roi delà terre) : jusqu'à leurs narines montait, en guise de cinname, le relent de la chair grillée sur l'autel ardent où les j eunes mères offraient en sacrifice leur enf an t premier-né

Et le prince des mouches,ce dieu Béelzéhub de SyriCr dont la statue attirait tous les moustiques du pays, car on prenait soin de l'entretenir ruisselante de sang !

Et le dieu de MendèSy forme panthéistique de lar synthèse égyptienne, n'incamait-il pas Satan, lorsquele fanatisme du peuple immolait à la lasciveté du bouc nourri dans l'enceinte de son temple, la pudeur des vierges et la fleur des jeunes épousées *?

< Voir JabloDski : — « Nempe Thumi in templo Mendetis, mu-

lieres hirco huic se submittebant [Panth . Egypt., livre II, ch. vu). »

L'analogie est étroile avec le Baphomet des Templiers : symbole, lui aussi, de la Synthèse panthéistique, son culte (s'il en faut croire les pièces du procès) n'était pas moins abominable que celui du dieu de Mendès.

Passons la Méditerranée. — Mentionneraisje l'hommage très analogue rendu par les plus graves matrones à l'impudeur sacrée des Priapes importés de Lampsaque en Italie : idoles de bois toujours impavides, sous leur couche de cinabre, au seuil des jardins et des carrefours? — Faut-il rappeler l'infamie de certaines divinités étrusques et les rites impurs célébrés

aux fêtes de la Bonne-Déesse ? Redirai-je tous ces

scandales dont la fréquence décria les Mystères dégé- nérés, et de quels oripeaux de dévotion surannée se voua longtemps l'abomination des sanctuaires?...

Satan- Panthée, formidable et multiforme, se spécifiait sous mille visages, pour souiller tous les autels.

Vers l'époque du Messie, la parole des Psaumes a reçu son entier accomplissement : autant de dieux, autant de démons : Omnes Dit gentium dsemonia.

Aussi vit-on pâlir tous les astres du firmament mystique, à l'aurore du divin soleil qui se levait à Bethléem !

Elles n'étaient pourtant, toutes ces idoles, que des représentations mythologiques des Puissances suprêmes : symboles antiques, d'une science parfaite et d'une poésie parfois pleine de grandeur ; dignes par

là sans doute de notre vénération Mais les pratiques

immondes ou sanguinaires de ces cultes en consommèrent le déshonneur. Le rite souilla le mythe, les tabernacles s'écroulèrent dans la honte, et l'esprit vivificateur s'envola loin des décombres de la lettre morte.

Pousser plus loin le dénombrement des formes

maudites où s'est complu Satan, usurpateur des divins hommages, serait une tâche fastidieuse à coup sûr.

Pas une contrée dans.l'un ou Tautre monde où les vices divinisés n'aient, sous des milliers de noms, multiplié leurs sacrilèges autels. Ce n'est pas sans étonnement qu'on peut voir les hyènes et les chacals de l'émigration espagnole au xvi* siècle, étouffant dans leur berceau les jeunes et pacifiques civilisations du Mexique et du Pérou, trouver du moins cette excuse à leur lâche et perfide férocité, que le Ciel se courrouçait au spectacle du sang humain versé sur des autels d'idolâtrie. — Mêmes horreurs à Mexico que jadis dans les forêts de la Geltide : quoi de plus semblable au dolmen des druides sacrificateurs, que la pierre pointue où les prêtres américains immolaient annuellement d'innombrables victimes, devant la statue consacrée du dieu-couleuvre, Vitzliputzli?

Actuellement même, en plein xix* siècle, au cœur de cet Indoustan que l'Angleterre pétrit si rudement au moule occidental entre ses griffes de léopard, n'entendons-nous pas le Diable réclamer tout haut son tribut de carnage, sous la forme du dieu Shîva et de la déesse Khalij le roi du suicide et la reine de l'assassinat?

Désireux d'épargner au public le détail des tortures affreuses où se complaît la dévotion des Solitaires et des Fakirs, prompte à toutes les mutilations sous couleur d'austérités méritoires, du moins mentionneronsnous la joie farouche des fanatiques de Shîva, se dé- vouant d'enthousiasme à la plus hideuse des morts :

le char sacré du dieu, le char pesant aux quatre meules roulantes va lacérer leurs chairs et broyer leurs os ; ils le savent, et c'est avec des cris de triomphe, c'est l'éclair du libre sacrifice dans les yeux, qu'ils se couchent par douzaines sur le parcours de l'écrasante idole !

Que dire de cette monstrueuse Kiali — la mangeuse d'hommes — au culte de laquelle des prêtres ne peuvent suffire? Une immense société secrète enveloppe rinde entière de ses réseaux; ses adeptes se nomment les Thuggs : intrépides pourvoyeurs de la mystique ogresse, leur existence entière est dévouée à son culte. Ils s'expatrient au besoin (eux, desindous!) pour aller frapper les victimes marquées d'avance et qui, prévenues à temps pour prendre le paquebot, ont cru se soustraire de la sorte à l'imminence de leur mauvais destin K Christian, dans son Histoire de la Magie ^, rapporte les dernières paroles d'un chef thugg, le fameux Dourga ^, que la police anglaise était parvenue à saisir. Elles sont typiques et valent bien la peine d'être transcrites: « Nos frères, dit le thugg à ses juges, avaient appris que Tétranger dont vous parlez devait partir avec une escorte de cinquante hommes. Nous formâmes tout simplement une troupe trois fois plus nombreuse, pour Taller attendre dans

< De ce que les Anglais réussissent depuis quelque temps à pré- venir la fréquence de pareils massacres, Ton aurait tort d'induire que la bande noire est dissoute.

Dourga est un des noms mystiques de la Déesse, mère de Khali (Bhavani, épouse de Shîva).

les jungles, où s'élevait précisément une image de la déesse Khali. Gomme il nous est interdit par nos prêtres d'engager un combat, parce que nos sacrifices ne sont agréables à Khali qu'autant que nos victimes sont surprises par la mort, nous fîmes bon accueil aux voyageurs, en leur oôrant de cheminer ensemble, pour nous préserver mutuellement de tout péril. Ils acceptèrent sans défiance ; après trois jours de compagnie, nous étions des amis..., chaque étranger marchait entre deux Thuggs. La nuit n'était pas tout à fait obscure ; à la lueur du crépuscule étoile, je donnai le signal à mes frères. Aussitôt, des deux Thuggs qui gardaient chaque victime, l'un lui jette au cou son lacet à nœud coulant, tandis que l'autre le saisissait par les jambes pour le renverser. Ce mouvement fut exécuté dans chaque groupe avec la rapidité de l'éclair. Nous traînâmes les cadavres dans le lit d'une rivière voisine, puis nous nous dispersâmes. »

L'indien ne se faisait aucune illusion sur le sort que lui destinait la justice anglaise ; on s'en rend compte aux quelques mots qu'il prononça, en guise de péroraison : — « Un seul homme nous a échappé ; mais la déesse Khali a les yeux ouverts sur lui: sa destinée s'accomplira tôt ou tard! Quant à moi, j'étais autrefois une perle au fond de l'Océan ; aujourd'hui je suis captif — La pauvre perle est enchaînée : on la percera d'un trou pour la suspendre à un fil et elle flottera misérablement entre le ciel et la terre. Ainsi l'a voulu la grande Khali, pour me punir de ne pas lui avoir offert le nombre de cadavres qui lui appar^

tenait. 0 déesse noire, tes promesses ne sont jamais vaines, toi dont le nom favori est Koun-Khali (lamangeuse^'hommes), toi qui bois sans cesse le sang de& démons et des mortels * ! »

Ainsi qu'il le prévoyait lui-même, le Thugg fut

Nous pouvons nous en tenir là, ce semble: ces lugubres exemples nous sont une autorisation suffisante pour qualifier sans scrupule à' Avatars de Satan toutes ces hideuses idoles.

De la triste réalité, passons aux légendes traditionnelles du vieux monde. Si peu réjouissantes qu'elles puissent être, nous nous éloignons pour un temps des scènes d'efiective barbarie où s'est nécessairement attardée notre plume.

Ici l'abondance et la diversité des documents nous force à faire un choix . Les grimoires des rabbins sont en ce genre d'une excessive richesse: que de profondes leçons, sous Técorce de ces fables parfois grossières et toujours d'un goût douteux !

L'on aurait beaucoup à dire delà Cacopneumatique des talmudistes et des adeptes de la Kabbale. Ceux qui s'en tiennent à la lettre de leurs paraboles attribuent à ces docteurs des enseignements aussi absurdes que pittoresques, sur le rôle du Tentateur et la nature du péché originel. Nous dévoilons ailleurs la portée ésotérique de ces fables.

Histoire de la Magie, pages 39-40.

72 LE TBBiPLE DE SATAN

Il est écrit dans le Zohar Hadasch (section Yitro, page 29) que le Tentateur [Samaël Skdd) complota, de concert avec sa femme Lilith n'»b'»S, la séduction du premier couple humain. La compagne du Malin n'eut point de peine à corrompre la vertu d'Adam, qu'elle souilla de son baiser; le bel archange Samaël s'y prit de même pour déshonorer Eve : et telle fut la cause de la mortalité humaine.

Le Talmud ne s'exprime point en termes moins formels; je cite textuellement : — « A l'heure où le Serpent se mêla avec Eve y il jeta en elle une souillure dont l'infection s'est transmise à tous ses descendants... (Shabbath, fol. 146, recto). » Souvent les expressions deviennent si crues, qu'on hésite à les traduire.

A d'autres pages, le démon mâle prend le nom de Léviathan irr^iS, et la diablesse celui à'Héva >^in. Cette Héva aurait joué longtemps en Eden le rôle d'épouse auprès d'Adam, avant que le Seigneur eût tiré de son flanc l'Eve véritable (primitivement Aïsha^ nwH, puis Hêvah ou Chavah nin). Des amours d'Adam et d'Héva-couleuvre, seraient nées des légions de larves, de succubes et d'esprits semi-conscients (élé- mentaux) .

Au reste, les rabbins font de Léviathan une sorte d'androgyne infernal, dont l'incarnation mâle (Samaël) est pour eux le Seiyent insinuant et Tincarnation femelle (Lilith) la couleuvre tortueuse (voir le Sépher monstres seront anéantis à la fin des temps, ainsi qu'on

peul lire au Sépher Emmech-Aineleb : — « Dans les " temps à venir, le Très-Haut [béni soil-il!) égorgera « l'impie Saraaël, car il esl écrit (Is. XVII, 1) : En ce « temps-là, Jehovah visitera de son épée terrible « Lévîathan, le serpent insinuant qui esl Samaël, et n Léviathan, la couleuvre tortueuse qui est Lilith

Lililh n'est pas, suivant les rabbins, l'unique i5pouse de Samaël ; ils en nomment trois autres : Aggarath mis, yahémah nn;*; et Mochlaih nSna. Mais de ces quatre diablesses, Lilith partagera seule la terrible punition de son époux, pour l'avoir aidé seule à sé- duire Adam et Eve.

Aggarath et Mochlath ne jouent qu'un rôle assez effacé ; il n'en est pas de même des deux autres sœurs. Prions Eliphas Lévi de compléter ces quelques renseignements et nous en aurons fini avec cette démonolo^j'ie des rabbins. « Il y a dans l'enfer, disent les Kabbalistcs, deux reines des Slryges ; l'une, c'est Lilith, la mère des avortemeots, et l'autre, c'est Nahéma, lafatale et meurtrière beauté. Quand un homme est infidèle à l'épouse que lui destinait le ciel, lorsqu'il se voue aux égarements d'une passion stérile, Dieu lui reprend son épouse légitime et sainte, pour le livrer aux embrassemeuts de Nahéraa. Cette reine des Strygessaitse montrer avec tous les charmes de la virginité et de l'amour ; elle détourne le cœur des pères et les engage à l'abandon de leurs devoirs et de leurs enfants ; elle pousse les hommes mariés au «vage et force à un mariage sacrilège les hommes

consacrés à Dieu. Lorsqu'elle usurpe le titre d'épouse, il est facile de la reconnaître: le jour de son mariage, elle est chauve, car la chevelure des femmes étant le voile de la pudeur lui est interdite pour ce jour-là ; puis, après le mariage, elle affecte le désespoir et le dégoût deTexistence, prêche le suicide et quitte enfin avec violence celui qui lui résiste, en le laissant mar* que d'une étoile infernale entre les deux jeux. Nahéma peut devenir m^re, mais elle n'élève jamais ses enfants; elle les donne à dévorer à Lilith, sa funeste sœur ^ »

Rien de plus commun, chez tous les peuples, que ces légendes d'amours, très souvent fécondes, confondant pêle-mêle dieux et mortels ; en tous temps les Fils du Ciel — réprouvés ou non — firent paraître quelque empressement à séduire les filles de la Terre. Il n'est besoin de recourir à la Genèse pour trouver des exemples : qui n'a lu, dans Suétone, cette tradition si singulière, rapportée des ato^oToupiva d'Asclepios mendésien, au sujet de la naissance d'Octave?

S'étant rendue de nuit à un sacrifice solennel en l'honneur d'Apollon, Atys (mère du futur empereur) fait déposer sa litière dans le temple où déjà somrÇieillent les autres matrones, puis s'endort elle-même ; soudain un serpent se glisse jusqu'auprès d'elle et ressort du lit quelques instants plus tard. Atjs, à son

^ Elipb&s Levi, Histoire de la Magie, p. 438.

Voir aussi le Dictionnaire kahhalisiique de Rosearoth et le traité De revolutionibua animarum (!«' et 3* tome de la Kah-

réveil, doit subir la purification d'usage, car elle a conçu; mais sur son corps s'esl spontanément empreinte l'image d'un sorpent, comme si on l'y avait peint, dit Suétone — 'jelut depîcti draconis — stigmate qui par la suite n'a voulu disparaître, à telles enseignes qu'elle se voit contrainte de renoncer à toul jamais aux bains publics... Dix mois après naîl Auguste, que chacun s'empresse de proclamer le fils d'Apollon '.

L'aventure de Pauline et du chevalier romain Mundus ne semblera pas moins étrange. L'historien qui s'en fait garant n'est pas de ceux dont on puisse décemment récuser le témoignage -. D'ailleurs il n'est plus question d'un mythe ou d'une légende, mais d'une histoire véritable et des plus significatives ; ne marquet'elle pas jusqu'où était répandue à Rome, sous Tibère, l'opinion d'un mariage possible avec les Immortels'? Bien plus, on peut en induire la fréquence de pareilles aventures, puisque nul ne songea même à s'étonner qu'un Invisible voulût s'unir d'amour avec l'épouse

É Saturnin, ^oici les faits. — Mundus, jeune débauché, s'est

■ « In Asclepiadis lîbris lego, Atyam, quum ad soleniDe Apollinis sacrum média nocle venissel, posila in leniplo leclica, dum CKtcrœ matrooœ dormirent, obdorintsse; draconem repente irrepsisse ad eam, pauloque post egrcssum; illam expergeractam quasi â concubilu mariti purîficasse se, et slalim iq corpore ejus exlitîsse maculam, velut depîcti draconis, nccpoluisse unquam eximi; adeo ul moi publicis balneis perpetuo abstinnerit; Augustum nalum mense dtcimo, el ob tiisc Apolliais Qlium eiislimalum. » (Suct., Duodeeim Cœsarea : Oclaoianus, XCIV.)

% Flavius -José plie, Antiquités de» Juifa, livre II, chap. iv.

76 UE TSICPLK SC SiàXAS

épeniomeat épris de Iliociaè^ Batnx&e: mais ses assidniUrs oe lui ont ralu «{ue des afroatSw Ed désespoir de cause et sur les ccoseils dldê. Tcae de ses affiranchies, il s'avise de corroin j^re à prix d*or les prêttes d*Anubis, qui tout à l'heure voat rev\>urir à uoe fraude sacrilège, pour lui livrer la trop coaàante Pauline. Ils la font Tenir: lui déclarent qu*elie est aimée d*un dieu et quWnubîs brûle de pO(S^\ier une jeune femme aussi belle et aussi vertueuse : mais qu'il faut son libre consentement. Encore que très ilattée. Pauline est épouse; elle hésite à s'encager sans Taveu de son mari. Celuici. le sénateur Saturnin* fort honoré lui-même du choix qu'a fait Anubis, se fait pn^xénète par dévoti<m. Non seulement il permet, il conseille à sa femme, il lui commande d*aUer passer la nuit dans le temple. G^est là , sous les auspices du Dieu qui n*a garde de troubler uo sacrifice dont toute la gloire lui reste acquise, c'est là que Mundus fait son plaisir de la chaste Pauline et déshonore rorgueUleuse vertu qui Ta tant dédaigné... Mais le succès d*un pareil stratagème enivre llieureux amant jusqu'à l'encourager à trahir lui-même le mystère d^iniquité; il hasarde une requête cynique k sa maîtresse d'une nuit : pourquoi lui marchanderait-on désormais un bonheur qu'il a déjà connu? Té- méraire Mundus! 11 s'est abusé, en comptant sur le silence de sa victime : l'indignation prête à cette nouvelle Lucrèce l'audace de proclamer son déshonneur. Elle crie vengeance à l'empereur Tibère, qui se borne à bannir le principal coupable dont l'amour insensé semble atténuer Tattentat ; mais le temple d'Isis démoli

par ordre, les statues de la déesse et d'Anubis sont jetées dans le Tibre. Quant aux perfides instigateurs de ce sacrilège adultère, Idé l'affranchie et les prêtres complices mourront sur la croix.

Supputer tous les récits, soit historiques, soit légendaires, où — pour parler le langage d'Aristole — Eudémons et Gacodénions ont joué leur petit rôle, serait un travail interminable et fâcheux à tous égards. Puisque nous voilà de nouveau réduitâ faire un choix, sautons les premiers siècles de l'ère chrétienne ; le crépuscule d'une civilisation sauvage fait place aux ténèbres croissantes d'une barbarie plus affreuse encore. Un épouvantail sinistre et bouffon nous barre le chemin : c'est le fantôme du diable au moyen âge... Xéanmoins, avant d'affronter le troupeau bruyant des possédées et la meute enragée des démonologues, il n'est pas sans intérêt de faire voir par quels artifices, toujours et partout le singe de Dieu, Satan oppose, dans l'imagination des peuples, l'ascèse diabolique à l'ascèse divine et l'Antéchrist au Rédempteur.

Déplorablemcnt greffée sur l'arbre dogmatique du catholicisme, la doctrine manichéenne d'un Démon rival de Dieu ' devait avoir pour conséquence première d'évoquer un Verbe diabolique en face du Verbe divin; un Messie infernal en face du céleste Messie.

Il est parlé fort au long dans V Apocalypse de deux bétes monstrueuses, engendrées l'une des fiots de

<_ie dÏB rival de DieD, non pas égal de Dieu, ni coâtemel à lui.

rOcéan. raatre des «MnoD» àt fai Ten^ ; pois d*iin faux prc^diMe. snW de kukmi fmale et gnndÎMe, qui est TAo^mw ée b Bf9f H anfoel «ne poismice formidable est doMièe pcMK' le MKmiMige el pour le mat 11 séduit les hommes et smbjv^ne les natioiis... Saint Jean^ au cliapitre xxx. décrit e^ ces leraies la d^ûte finale des messagers de Tenfer :

réunis |MMir lif T«r loLUiUe i OM fw ■wslitt le gfmad diefal tUiic el i 9MI «nMe.

I ^. — Bl U BfU^ a Hé Cule fri»>Mi«èrr a aivc elk k pMiidaprapbèle, kate«r en ^hi w«i <dk^ prc4igcs^ oat sèdul cmxL qn^ porUient sur €«a k chiffre de k Mie d «imMSI sm idok. Os ottl* été jetés rua et Tmitre dafts uu eU«^ ^>îk cou^ uu fen staguiai et sulfureux.

{ Si. ~ El ks antres ont pèn par k flaif« de Cekd qui monte k cheTal bkne« ce glaive qui lui «rt de k iNMicbe^ etc.

Peut-être un jour, interprétant la tradition johannite, nous sera-t-il permis de soulever le triple voile qui dérobe atix regards profanes de si redoutables mystères. Quoi qu'il en aoit, pour mener à bien une pareille tâche, il faudrait les latitudes d'un cadre spé- cial. U Apocalypse, bâtie sur Tétalon métrique de la synthèse dorienne, avec ses vingt-detix chapitres, combinés d'un art infini sur les numérations occultes du ternaire, du septénaire et du duodénaire cycliques, est un livre de kabbale aussi profond que le Berœs-

^ Comparez cette citation de l'Apocalypse à celle déjà faite plus haut. On voit ordinairement, dans le premier texte, la chute de TAnge rebelle; dans Taulre, la défaite finale de rAnlechrisl. L'une des i>cënes ouvre le cycle des temps dans la profondeur du passé, l'autre clôt ce cycle, à l'issue d'un insondable futur.

chith et le Siphra cT Zenihoûtha ; dans cet athanor approprié, l'Esprit souffle à grands courants : autant de mots, autant d'arcanes.

Ici, de tels commentaires seraient hors de propos; il suffit de désigner l'Apocalypse comme l'originel berceau du mythe fameux de l'Antéchrist.

Un savant pontife des premiers siècles * , paraphra-

Et cette belle définition de l'apôtre bien-aimé : fAnhrist est celui qui divise le Christ^ saint Grégoire le v^» «md livre le sens intime du symbole : il y a, dit-il, deux amours, deux esprits qui partagent les hommes en deux classes, synthétisant à part ces classes en deux corps distincts ; il y a deux mondes, deux sociétés, ou, pour parler avec saint Augustin, deux cités. L une de ces cités, l'un de ces mondes, l'un de ces corps, s'appellera leChrist ; l'autre se nommera l'Antéchrist ; mais une dissemblance essentielle les distingue : la tête du corys céleste a déjà paru, c'est Jésus-Christ; ses membres se formant et croissant petit à petit, constituent son église. Le corps de T Antéchrist est à l'inverse formé de toutes pièces -; mais la tête ne paraîtra qu'à la fin des temps. Un mystique anonyme du siècle dernier compare l'Antéchrist à un dragon qui naîtrait e?i montrant d'abord sa queue ^ qui se produiroit ensuite par son corps et dont la tête naîtroit la dernière ^.

2 C'est en ce sens que, dès l'époque du Messie, saint Jean annon- çait que TAntechrist était déjà dans le monde : Et nunc Jam est in mundo.

La comparaison ne laisse pas que d'être heureuse : elle concorde parfaitement, comme on verra plus loin^ avec Tésotérisme du mythe. Mais la plupart des théo» logiens modernes ne se déclarent satisfaits que d'une interprétation littérale et tout anthropomorphique.

Est-ce donc à dire, suivant la thèse qui leur est si précieuse, qu'à la fin des temps doit paraître un homme en chair et en os, doué d'une puissance irrésistible et d'une infernale malice ? Nombre de Pères l'ont cm ; l'ambiguité de certains textes a même fait penser à plusieurs que l'Antéchrist paraîtrait deux fois : dans cette version, Elie et Hénoch réincarnés lui seraient opposés à son premier avènement; mais la victoire lui restant acquise, ces deux hommes de Dieu mourraient de sa main. — A sa seconde apparition, le Christ adviendrait en personne pour le combattre et le mettre à néant.

N'est-il pas vraiment curieux d'observer à quel point ces traditions touchant l'Antéchrist sont une copie exacte, mais à rebours, de celles qui ont trait au Rédempteur? C'est comme une image dont le reflet se dessine, renversé, à la surface d'une mare immonde. L'on nous annonce deux avènements du Messie de ténèbres, comme deux avènements du Messie lumineux ; à cette différence près, qu'en vertu de la loi d'inversion déjà signalée, Y Antéchrist glorieux (si l'on peut dire sans blasphème) surgit le premier, et le supplice de Y Antéchrist doukfureux doit précisé- ment marquer, à la fin des temps, le triomphe définitif du Christ de gloire.

LU DIABLB

J'ignore si l'auteur deVAoènement d'Eliea mesuré d'un œil conscient la profondeur secrète de sa com- ^ftraisoQ mentioonée ci-dessus : les initiés savent que le seus occulte du mol tête (en hébreu Ra'sch bmt) est au comparatif Puissance virtuelle d'unification, au superlatif Principe d'unité vivante ; ils ne feront point difficulté de comprendre que le corps mystique du Christ (ou son Eglise) est seul à posséder une homogénéité d'essence et une réalité d'archétype : aussi sa tête (son essence virtuelle ou son principe) est-elle r^résentée comme préexistant au développement de son corps et cette tète est Jésus-Christ. — Quant à l'Antéchrist, son corps mystique, tout d'apport et d'aggrégation factice, nous est peint sans tête, c'esl-à- <Ure dépourvu d'essence propre et de principe radical. ■Cette tête, en effet, qui surgit tardive à la consomraatloQ des âges, n'étant que la résultante et le produit du corps, figure une synthèse contingente et non pas absolue, totalisée et non pas radicale, conséquente et non pas antérieure aux éléments groupés en elle.

Car — soit Diable ou Messie du Diable, soit Satan ou son Antéchrist — le symbole éternel de la discordance, du schismeetdela négation, ne saurait à aucun titre devenir un principe d'unité. 11 ne se conçoit que if/pe abstrait d'un état accidentel et transitoire, ou encore, sous un autre jour, si/nthi>se relative des êtres mauvais, envisagés en tant que mauvais, et non pas en tant qu'êtres.

L'AnteebrisI, nous prédisent certains docteurs très iUamiaés,[ sera conçu de Béelzebulh dans le sein

82 ai TEMPLB DB SilTAN

d'une religieuse sacrilège. Toujours ce même parallèle d'opposition avec Jésus-Christ, conçu du Saint- Esprit dans les entrailles d'une vierge immaculée...

Le faux Messie n'aura de corps qu'une apparence âuidique ou spectrale et parlera toutes les langues. Boguet ajoute qu'il sera continuellement en guerre et persécutera les justes; enfin qu'il accomplira les plus étonnants prodiges et marquera ses fidèles d'un signe au front et à la main.

Notre ami Jhounej, dans son beau poème ésoté- rique de Sorath, apostrophe ainsi l'Antéchrist :

Tu lèveras la croix entre tes mains hardies, Tu feraa même des miracles par la croix * I

Soulignons en passant ces deux vers d'une portée réellement occulte. Le poète des Lj/s noirs a ,su frapper le rocher pour en faire jaillir la source vive ; mais tel n'est point le cas habituel des mystiques qui ont parlé du Christ des ténèbres — et nous ne saurions compiler toutes leurs prophéties souvent ridicules et contradictoires. Les curieux consulteront avec intérêt les ouvrages d'Abdeel, de Raban-maur et de Maheiida^ les chefs-d'œuvre du genre.

Jamais, bien entendu, quelque dangereux héré- siarque ou quelque hardi novateur de la philosophie ne parut sur la scène du monde pour entraîner les peuples dans l'erreur, ou dans un courant de vérité

trop brusque (estimé par là prématuré, hasardeux, intempestif), sans que les anthropomorphistes de Torthodoxie ne criassent à l'Anlechrist.

Simonie Magicien, Apollonius de Tyane, Marcion^ Manès, Valentin, Arius, Luther, Zwingle et Calvin * se virent entre autres gratifiés de celte imputation péremptoire. — En partant de la belle définition de saint Jean — spiritus qui solvit Christwn, — on peut dire que toutes ces opinions, trop fiévreusement intransigeantes sans doute, renferment une part de vérité: le lecteur nous y verra souscrire, dans une certaine mesure, au chapitre n.

Mais il n'est point jusqu'à Mahomet, l'illustre civilisateur de l'Afrique, le Moïse d'Ismaël — un missionné d'En-Haut, presque un fils de Dieu — à qui l'on n'ait fait cet injurieux honneur.

Le même soupçon pesa d'autre part sur une quantité de personnages politiques, tels que Julien le Sage (ditTApostal), Frédéric le Grand, Robespierre, Napoléon P"" et même Napoléon 111. Un nombre incroyable de brochures ont été publiées à Tappui de ces deux dernières thèses ^. . 4

T

^ Les hérésiarques et leurs tenants ripostèrent bientôt en désignant le pape pour le véritable Antéchrist, et le calholicisme politique des Césars du Vatican pour la hôte de l'Apocalypse. Edifîant échange d'aménités réciproques !

J'en possède une bien curieuse, intitulée le Millénaire (Francfort-sur-le-Mein, 1866, in-8). Ce pamphlet est l'œuvre d'un certain docteur Zimpfl, dont les facultés mentales semblent en désordre. Sur la coiPverture rose s'étale une gravure double, figurant la Bête de l'Apocalypse avec ses sept têtes, dont l'une est celle de Napoléon 1"'.

84 UB TSMPLX DB SiLTAX

Les liltértteurss philosophes et savants ne furent guère mieuxàrahri du scHipcou : Voltaire, Rousseau, Diderot, dAlembert et d Holbach se virent spécialement dénoncés au xvni* siMe« el je serais bien surpris si quelque brave ecclésiastique n'avait point, au nôtre, cru déchiflfrer sur le front de Darwin et de Thonnète Littré ce stigmate de réprobation !

Ce fut à toute époque Tambitieuse manie des théo* ' logiens les plus orthodoxes, de lire Taccomplisse- ( ment des prédictions antiques* au miroir des faits i contemporains...

Bref, Ton chercha. Ton trouva partout FAntechrist, même et surtout où il n'était point ; — mais qui s'avisa de le voir où il était de toute évidence : sous la barette des inquisiteurs, le capuce des exorcistes et le bonnet doctoral des démonographes?...

Tous trois sont épouvantables dans la perpétration de leurs besognes respectives : odieuses, lugubres besognes...

— L^estampe supérieure nous fail ^oir la Bête marchant à pas lents de droite à gauche ; les tètes et la queue sont l>asses; une jeune divinité (prohablement Timage de la Liberté et de la Civih'sation) est assise sur son dos : sa droite, armée d'un sceptre, pèse sur le septénaire des tètes ; sa main sénestre tient une coupe, d*où s'é- chappent des rouleaux de parchemin. — L*estampe du bas noua montre cette jeune femme gisant à terre ; Ja Bète s*est retournée el 8*élance désormais de gauche à droite. Un homme à mi-corps a poussé soudain, comme une excroissance, sur le col de Tanimal : c*est Napoléon III, très ressemblant : il crispe avec colère son poing gauche, et, de sa droite armée d'une lance, il frappe au flanc la déesse renversée.

Le rôle de l'exorciste se borne à tourmenter les pauvres malades, mais c'est moins dans l'intention de les guérir que dans l'espoir vague de les entendre, au cours d'un accès de frénésie, incriminer quelque pauvre homme de leur avoir jeté un sort.

La tâche de l'inquisiteur est plus atroce : elle con* siste à entreprendre le corps, l'âme et l'esprit de l'inculpé, par le concours de tortures graduées et diversifiées avec art, par la perfidie des mielleuses promesses et l'artifice des interrogatoires insidieux, jusqu'au moment fatal où, le cœur venant à lui dé- faillir, un aveu savamment extorqué jaillisse enfin de ses lèvres.

Mais la besogne du démonographe est la plus barbare à coup sûr et le plus exécrablement efficace! N'est-ce pas lui, tout d'abord, qui, par la contagion des insanités qu'il débite sous la caution de sa gravité doctoral *, crée les sorciers et les sorcières à foison? Lui encore qui, désignantles victimes à l'industrieuse férocité du juge, les dévoue à la fatalité d'une mort soidisant rédemptrice ? — Car c'est sa bâtarde et pédantesque jurisprudence (tout empêtrée de casuistique et puant la fausse théologie) qui taxe le sorcier de criminel si damnable, hélas ! que la seule expiation du bûcher soit censée suffisante, pour fléchir le courroux du Ciel en faveur d'un tel coupable et le sauver ainsi charitablement des flammes éternelles!

Voyons sur ce point les autorités juridiques du xvu' siècle.

IfibffirA Pierre de Lancre. Feiégant et rnoodaÎB ieHJkrdm roy am Parietnemi de Bowrdimmx; qsdçies U^ufiA de sa plume nous dirool quel est le crime da sorder et quel châliiiiefit Q mérite. — « Dancer indeceœmenfr festiner ordemoit. s'acoopler diabolicqaement, sodomiser execrablem^iU blasfem«r scandaleii* semeot, se ranger insidieusement, courir après tous désirs horribles, sales et desnatnrez brutalement, tenir les crapaox, les riperes, les lézards et tonte sorte de poison précieusement ; armer m boucpuant ardeoiment, le carresser amoureusement, s'acointer et 8*a* coupler auec luj horriblement et impudemment : ne sont-ce pas des traicts desreglez d*rne légèreté nonpareille, et d'me inconstance exécrable, qui ne se peuuent expier par autre feu que par celuy que la Iu9tice diuine a logé en enfer * f »

Consultons Boguet, ce grand-iuge de Saint-Claude au cr/mté de Bourgongne, qui fit brûler une femme parce que la croix de son chapelet s*étant ébréchée, il prf^tendit roir là un signe certain de pacte arec le dérnon. Demandons-lui s'il conrient de faire grâce aux sorciers repentants. — « Quant à moy, ie seray touiours d'aduisque sur le moindre fondement on les face mourir, quand il n'y aurait autre raison que celle

Ineonstanee des démons, Paris, Buon, 1612, 4* aduertissement, in fine. Ainsi Lancre n^admet pas même, en sa préface, que Je hAcher soit une suffisante expiation. — Alors pourquoi brûler? De quel droit usurper le rôle de la Providence, anticiper sur Pheure marquée par elle?... Mais ailleurs, ce magistrat se contredit : il se range à l'opinion commune touchant la vertu rédemptrice du bû- cher. Lui aussi brûlera donc par tendresse d*àme

que î ay touchée beaucoup de fois, c'est à sçauoîr qu'ils ne changent iamais de vie K »

Ces deux exemples peuvent suffire à nous donner la note des démonologues. Ajoutons que ce langage est encore modéré, près de celui que tiennent les Bodin, les Sprenger, les Michaëlis ; je ne parle pas de Rémigius, juge criminel en Lorraine, d'autant plus féroce qu'il avait peur de ceux qu'il condamnait. Lui-même se vante d'avoir, en quelque mois, fait brûler plus de huit cents femmes, inculpées de sorcellerie ; pour les hommes, il ne les compte pas.

L'article des possessions n'est pas moins sinistre et ne vaut guère qu'on s'y attarde. Il paraît sage de borner notre plume à l'esquisse d'une de ces scènes d'hystéro'démonopathie ^ agrémentées d'exorcismes — de l'huile sur le feu ! — A les narrer toutes, il faudrait un volume, tant elles se multiplient, toujours identiques, dès le moyen âge et surtout vers lexvii* siècle, où leur conséquence prochaine fut une série célèbre de bû- chers, flambant coup sur coup en différents points de TEurope et nommément de la France.

Ces manières de tragi-comédies infernales se doublant d'ailleurs presque toujours de procès capitaux sur chef de sorcellerie, le chapitre iv offrira bientôt au public d'autres récits du même genre. Puis toutes ces scènes, nous l'avons dit, semblent servilement calquées Tune sur l'autre...

^ Pour parler le langage du U' Calmeil.

' Jasqu*à quel point la libre volonté des àcteurS OV même les calculs des organisateurs intéressés (de prO*-' fit ou de renommée) ont-ils pu s'exercer consciemmeni sur un canevas théâtral déjà connu? — C'est ce qilè je veux laisser à d'autres le soin d'éclaircir. ■ ^ :

Si je choisis, entre taiit d'affaires, celle trop banal» peut-être des Ursulines de Loudun \ c'est queUttUb». n'apparaît aussi complète en ce genre : la possesaiCUL '^ s'y complique d'une accusation formelle de sorcdlôriev.-^ d'un procès et d'un supplice ; nous y verrons le cosh Ij cours de la superstition régnante, de la raison d'État et des rancunes particulières, conspirant à perdre un homme qui reste lui-même une énigme, un homin^ dont on avait assurément de plus d'un côté de puis* sants intérêts à se défaire.

Curé de Saint-Pierre de Loudun et mondain des plus légers, théologien d'ailleurs éloquent et diseitf qui s'était rendu plus populaire encore par la renom- „. mée de ses bonnes fortunes que par le retentissement de sa parole, — il semble hors de conteste qu'Urbaiii Grandier fut passionné sinon précisément pour la magie, du moins pour des recherches singulières sur divers points de théologie et de science, à TétudA^^j

Je classe cetle affaire complexe à l'article Possessions^ «t pw conséquent au chapitre i, intitulé Le Diable. — D autre part je nîl- Yoie les affaires, également complexes et similaires, de Gaaflfridjv de Picard et de Girard, au chapitre iv : La Justice des homme». Doù vient cette apparente anomalie? C'est bien simple : pour mo^p ces trois derniers sont des sorciers de bas étage, et je crois à Fionocence d'Urbain Grandit^r.

desquels l'Église marqua de tous temps une certaine répugnance à voir des fidèles se vouer.

Il est bon de rappeler que parmi les papiers de toute nature saisis chez Grandier — et sans tenir compte du prétendu pacte *, évidemment apocryphe, œuvre de ses ennemis et peut-être de ses juges — on brûla un manuscrit contre le célibat des prêtres^ ouvrage audacieux s'il en fut (M. Luzarche en a donné naguère une édition (1866), d'après une copie provenant delà collection Jamet, et dont, par malheur, l'authenticité semble des plus douteuses) ; enfin l'on trouva deux pièces de vers au moins équivoques et dont les obscurités furent estimées sales et impudicques.

D'autre part, divers libelles ^ plus qu'injurieux au caractère du cardinal de Richelieu, avaient paru quelques années auparavant. L'on sait que le tout-puissant ministre, nature acrimonieuse et rancunière, supportait malaisément qu'une supériorité se produisît avec éclat, en dehors du faisceau de lumières qu'il avait groupées autour de la sienne propre. Peu porté par tempérament comme par politique à l'oubli des injures et au dédain des quolibets que certain parti ne lui mé-

^ Ce qui paraît monstrueux, ce n'est pas tant le fait d*un pacte signé par Grandier : nous verrons que les sorciers avaient coutume d'en écrire; c'est la présentation aux juges et l'étalage au procès, comme pièce à conviction, du double soi-disant écrit et signé des princes de ténèbres. Pièce rédigée en termes incroyables, avec cette mention dans un coin : « La minute est en enfer (Extractum ex inferis) » — On garde également à la Bibliothèque nationale une lettre du diable Asmodée aux exorcistes! L'arrêt de mort fut rendu sur l'examen de ces pièces mirifiques.

^ Celui qui fit tapage est intitulé : La cordonnière deLoudun.

nageait pas, il avait mis sa police sur les dents poar découvrir Fauteur de ces virulents pamphlets ; mais toutes recherches ayant été vaines, sa rancune avait dû se déclarer satisfaite de Tarrét du Parlement, qui n'avait pas eu honte de condamner au gibet Timprimeur, à défaut du pamphlétaire.

Piètre vengeance ! Il est vrai qu'à Loudun la voix publique, ou plutôt la rumeur de tout un clan de la ville, dénonçait Urbain Grandier : devant ces indices, Richelieu n'attendait plus qu'un prétexte pour perdre le libelliste présumé

L'occasion ne tarda guère. Elle s'oflFrit d'elle-même,

Le diable venait de s'installer aux Ursulines de Loudun. Ce couvent, assez mal famé de longue date, offrait à cette heure un spectacle aussi scandaleux qu'extraordinaire : la plupart des religieuses, y compris Jeanne de Belciel, la supérieure, convulsionnaient, possédées du malin Esprit. Les prodiges si surprenants qui caractérisent l'état d'énergumène, y éclataient dans toute leur étrangeté occulte.

On sait que les Rituels distinguent quatre signes décisifs, à quoi l'on peut reconnaître qu'une possession est réelle et non pas feinte : — 1* entendre et parler des langues inconnues ; — 2* révéler des choses futures ou éloignées ; — 3* faire paraître des forces au-dessus de la nature humaine ; — 4* s'élever dans l'air et s'y tenir suspendu sans s'aider d'aucun appui. Tous ces phénomènes se manifestaient, pêle-mêle avec des jongleries, chez un certain nombre de religieuses :

LB DIABLE 91

pas un signe ne manquait au contrôle. Dans les termes mêmes de la définition donnée par la théologie et sous la garantie des critériums que proposent les Rituels, la possession n'était plus contestable. Hurlements, contorsions, poses et propos obscènes, fureur erotique se déchaînant sans nulle contrainte, pas de dévergondage qui fût étranger aux énergumènofB. G^était un pandémonium où tous les cynismes avaient beau jeu, puisqu'ils étaient mis sur le compte du Malin... Des ezorcismes étaient journellement tentés, mais en pure perte.

Lies prodiges s'accentuaient d'ailleurs, par intervalle, si positifs et d'une si frappante authenticité, que leur Tae détermina la conversion soudaine d'un incroyant célèbre, conseiller au Parlement de Bretagne, accouru da fond de sa province pour se moquer des ezorcismes : les religieuses, apostrophant par son nom le sieur Ké- riolet, le bouleversèrent dès l'abord par de telles révé- lations, qu'il s'arrêta pétrifié sur le seuil. Puis, pé- nétrant sa pensée la plus intime, elles lui jetèrent au visage quelques-unes de ses actions passées, dont il croyait bien les derniers vestiges ensevelis dans le secret le plus impénétrable de son cœur. Venu dans l'espoir de beaucoup rire, le vieil athée se sentit remué jusqu*aux larmes : Loudun fut son chemin de Damas, il se confessa et promit de s'amender. Bref, le diable le convertit à Dieu, et si bien, qu'après une rude pé- nitence, ce gentilhomme, qui faisait profession de ne croire à rien, coula le reste de ses jours dans les pratiques de l'ascétisme le plus exalté :

Incidit in Scyllam, capiens vitare Charybdim.

Cependant les possédées, si clairvoyantes avec le sieur de Kériolet, s'obstinaient à dénoncer, dans la personne du curé de Saint-Pierre, le magicien coupable de leur avoir jeté un sort...

Sur ces entrefaites, Laubardemont, Thomme à tout faire du Cardinal, était de séjour à Loudun, pour surveiller la démolition du château, trop propre à servir de refuge aux protestants dans les temps de trouble. . . Il prit soin d'informer Richelieu de tous ces événements anormaux, et même fit une fugue à Paris afin de décider son maître à sévir; puis bientôt il reparut, muni de pouvoirs discrétionnaires et d'un mandat impératif pour l'arrestation et la mise en jugement d'Urbain Grandier. Le procès s'instruisit lentement; Laubardemont avait requis l'assistance de quelques juges des baillages voisins, soigneusement triés pour l'aider en sa besogne ; la sentence qu'il prononcerait était décrétée d'avance souveraine et sans appel.

Le malheureux curé de Saint-Pierre était perdu d'avance. — Tout d'abord, il s'était déclaré fort étourdiment, avec sa franchise habitueUe, du parti de ceux qui s'opposaient de toutes leurs forces au démantèlement du château. Dès longtemps suspect d'entretenir des intelligences avec les chefs politiques du parti huguenot, il avait en outre — lors de démêlés fort graves avec son évêque — invoqué directement la justice du roi, comme si le cardinal-ministre n'eût pas été tout dans l'État. Ce dernier s'était senti d'autant plus froissé que le roi, flatté peut-être qu'on s'adressât à lui, avait cru devoir faire droit à la requête.

Presque en même temps el de son côlé, le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, acquîUant Urbain, rendait en sa faveur un décret de réhabilitation déflnitive. Le curé de Saint-Pierre, quelque peu vain et fanfaron de aa nature, n'avait pas su tenir secrète son intention d'humilier ses ennemis. Simultanément vainqueur devant les autorilés civile et religieuse, il s'était permis à Loudun une insolente rentrée, dans une altitude de triomphateur antique, un rameau de laurier dans la main.

Ce n'est pas tout encore ; car il semble que le pauvre Grandier se soit complu vraiment à entasser imprudence sur imprudence. Prédicateur très admiré, confesseur très couru des dames ', il s'était mis à dos les Ursuhnes, en refusant net et d'un air hautain la direction du couvent qu'on lui avait offerte. Singulier couvent, je l'ai déjà dit ; les mœurs et la façon de vivre n'y étaient pas fort édifiants. Les Ursulines, à force de se monter la tête pour le dédaigneux curé, finirent par l'évoquer en astral el par le voir. C'était, au dire des sœurs, un redoutable magicien : il apparaissait de nuit, portes et fenêtres closes, et déjà la plupart d'entre

< Urlmin Grandier avait une maîtresse dont il était tendrement chéri. C'est pour ceUe jeune fille, aomniée Magdeleine de Brau, qu'il avait écrit son traité contre le célibat des prêtres. — On circonvint Magdeleine: on n'épargna ni promesses ni menaces pour obtenir d'elle quelques révélations. Mais celte courageuse Tille puisa dans son amour la constance nécessaire pour sortir victorieuse de tous ces pièges. Elle se fût laissée écarteler plulôt que de dire un mot qui put compromettre le curé de Saint-Pierre. Il fallut renoncer à tirer d'elle quoi que ce TAU

oUcs s'accusaient sans vergogne de n'avoir plus rien à lui refuser. C'est ainsi que l'hallucination, combinée avec la rancune, les induisit à charger ce pauvre Urbain d'une accusation de sorcellerie, si redoutable au xvir siècle.

Inextricable situation ! Laubardemont seul aurait pu sauver le curé de Saint-Pierre ; mais ce commissaire, d'humeur féline et d'abord cauteleux, n'était pas homme à laisser échapper sa proie .

En vain Grandier, estimant la procédure arbitraire, intorjela-t-il appel devant le Parlement : un arrêt du Conseil d' l'état déclara nul son pourvoi. En vain des citoyens honnotes et courageux adressèrent-ils à Louis XIII dos requêtes et des protestations, paraphées des noms les plus honorables et des plus considérés de la ville. En vain dénonçait-on le fanatisme maladif des Ursulines, le scandale des exorcismes et la partialité des magistrats chargés de l'enquête : Laubardemont réduisit au silence le parti de Grandier et terrorisa toute la ville par la promulgation d'une série d'ordonnances, telles en vérité qu'on n'en avait jamais vu de pareilles.

Cependant l'accusé, dans sa geôle, se voyait en butte aux dernières vexations : il n'avait point de lit. Nous lisons dans une lettre à sa mère qu'il en réclame un, car ^t le corps ne repose (dit-il), Vesprit succombe ; il prie qu'on lui fasse parvenir en outre une Bible et un Saint-Thomas, pour sa coyisolation.

C'est seulement le 14 avril 1634, que s'opère la première confrontation de Grandier avec les religieuses qui le chargent sans merci depuis tant de mois : tandis

qu'au moyen d'exorcismes incessants, tantôt publics, tantôt à huis clos, telle fois de toutes ensemble, telle autre fois de chacune en particulier, on a pris soin d'exaspérer leur mal et de raidir leur obstination farouche, par la répétition journalière des mêmes exercices de calomnies fantastiques, de dévotieuses imprécations. Les exorcistes Barré et Mignon avaient été longtemps les principaux régulateurs de ces petits scandales quotidiens, puis ce fut le tour des capucins Lac tance et Tranquille.

On mit sous les yeux du curé de Saint-Pierre différents pactes et charmes, composés de sang caillé, de débris d'ongles, de cendres et d'autres matières inconnues. Enfin, pour comble d'ironie, on le força .de prendre l'étole et le goupillon, pour exorciser luimême les religieuses possédées . Jeanne de Belciel et ses compagnes en profitèrent pour l'éclabousser des plus grossières injures, — et comme il s'avisait de les interroger en grec, afin de prendre le diable en défaut, le Malin répondit par la bouche de la Supé- rieure: Ah! que tu es fin! tu sçais bien que c est une des conditions du pacte faict entre toi et nous, de 7ie respondre point en grec. Toutes ces soi-disant révé- lations d'outre-monde étaient réputées paroles d'évangile, en dépit des plus étranges intermittences dans l'état lucide des sujets, car il était admis que le Diable n^ peut résister à Vauthoritè de V Eglise.

Détail amusant, trait de vaudeville dans ce lugubre drame : Laubardemont faisait profession d'admettre les yeux fermés, sur la foi des exorcistes, l'infaillible

96 LR TEMPLB DB SATAN

véracité des diables contraints selon les rites. Or, il advint que Tun d'eux déclara net, par la bouche d'une religieuse dûment exorcisée, que le sieur deLaubardemont en toit cocu. — Celui-ci, sans défiance et qui n'avait point coutume de relire les procès-verbaux, signa gravement au bas de la page, en ajoutant de sa main : Ce que l'atteste estre t^iYiy. Cette pièce burlesque, mais parfaitement authentique, où le magistrat se porte garant de la disgrâce du mari, figurait au dossier de l'affaire (voir le ms., n** 7618 du Fonds français).

Coupons court à tous ces détails. Il suffira d'ajouter que les exorcistes obtinrent un tel succès de fourire, que Laubardemont dut encore fulminer une ordonnance plus incroyable que les précédentes : menaçant de graves poursuites ^ quiconque se mêlerait de blâmer ou de tourner en ridicule les religieuses et les bons pères Ainsi toutes les pré- cautions étaient bien prises, pour que les uns et les autres pussent être odieux ou ridicules en paix.

Mais un incident survint, que nul n'avait prévu : un vent de repentir souffla tout à coup sur les énergumènes; on vit la Supérieure des Ursulines et deux autres religieuses se jeter, dans un moment lucide, aux genoux de l'inculpé, puis aux pieds des commissaires, avouant qu'elles s'étaient damnées à mentir et clamant bien haut l'innocence de Grandier ! — On les

^ « Dix mille Hures d'amende et autre plus grande somme et

punition corporelle, si le cas y échoit... »

(Texte même de TOrdonnance.)

F

LB DIABLB 97

it taire; on fitpassei'^ remords qui avait dicté leur

^marche pour une nouvelle ruse de TEsprit impur, raciaux d'arracher un magicien au bûcher qui le lamait déjà.

LfC pauvre prêtre s'entendit condanmer à mort ; il it brûlé vif le jour de l'arrêt (18 août 1634). On ne lui avait épargné ni les humiliations, ni les ttrages, ni les raffinements successifs des tortures laire et extraordinaire, pour en extorquer un 'en... Tout fut inutile : il mourut, sublime de dou- ^ur et de résignation, mais inébranlable. SûÊ le bûcher même, on assure que Lactance lui idit à baiser un crucifix de métal rougi au feu. Ldt voleur imprévue de la brûlure lui ferait, pensait-on^ jeter la tête en arrière : ainsi le peuple, trop pressé le croire innocent, ne pourrait plus douter qu'il lourût dans Timpénitence, au vif retrait de ses lèvres, (imulant un refus.

A Tissue de ce piège infâme, Grandier fut encore ictlme d'une plus infâme perfidie. On lui avait pro- ÎBiis de l'étrangler sitôt que le bois prendrait feu : mais les exorcistes avaient fait des nœuds à la corde, et

A

^malgré tous les efforts du bourreau *, Grandier tomba Hvant dans le cœur du brasier. On put l'entendre

core s écrier dans les flammes : — « Mon Dieu I

ieu ! Pardonne à mes ennemis ! »

Le bourreau se vit contraint de reculer, au moment où il y faidt ses efforts; car, sans attendre le signal, le père Lactance avait ns le feu de ses propres mains, et la flamme montait.

En ce moment précis, un voWe pigeons vint toui noyer sur la tête du martyr. Les hallebardiers s'épu sèrent en vains moulinets pour leur faire prendre I fuite : Grandier mort, la troupe, d'un vol rapide, s perdit dans les nuages. On conçoit quel parti les calom niateurs du pauvre homme surent tirer de cet incideo inattendu : ils crièrent qu'une bande de démons accou rait recevoir Tâme du magicien. D'autres se persuadèrent par contre qu'à défaut des hommes, ces colombe- étaient venues témoigner de la parfaite innocence d'ufttelle victime !

Ce qui parut de brochures et de mémoires pour ^ contre Grandier est chose à peine croyable; ces h' tailles d'opinions passionnèrent longtemps les esprî* Je donne ici quelques strophes qui forment l'Epilog^ d'un livre excellent, publié en Hollande, par un sie^ Aubin (Saint-Aubin, suivant d'autres), et qui jouit é France d'une vogue surprenante pour l'époque : VEp toire des Diables de Loudun (Amsterdam, 1693, pe in-i2) *. Ces vers, d'une trempe et d'une netteté pe communes, semblent écrits d'hier :

L'Enfer a révélé que par d*horriblcs trames Je fis pacte avec lui pour débaucher les femmes.

Le succès de cet ouvrage, dû, comme on sait, à une plume pr lestante, enragea les partisans de la possession et des exorcisme L*un d'eux lui opposa une réfutation merveilleusement inepte, so ce titre : Examen critique de V Histoire des Diables de Loudu par Tabbé de la Meynardaie. Liège, 1749, in-12.

liB DIABLE 09

De ce dernier délit' fonoDoe ne se plaint : Et dans IMiOuste Ami qui me livre au suplice, Le Démon qui m'accuse est auleur et complice, Et reçu pour témola du crime qu'il a feint.

L'Anglais, pour se venger, fit brûler la Pucelle. De pareilles fureurs m*ont fait brûler comme elle. Même crime nous fut imputé faussement. Paris la canonize, et Londres la déteste : Dans Loudun l'un me croit Enchanteur manifeste, L'autre m'absout, un tiers suspend sonjugement

Je fus, comme Hercule, insensé pour les femmes. Je suis mort comme lui consumé dans les fl&mes. Mais son trépas le fit placer au rang des Dieux. Du mien on a voilé si bien les injustices, Qu*on ne sait si des feux funestes, ou propices, . ITont noirci pour TEnfer, on purgé pour les Gieux.

En vain dans les tourmens a relui ma constance, (Test un magique effet. Je meurs sans repenlance. Mes discours ne sont point du stile dos Sermons : Baisant le Crucifix, je lui crache à la joué; Levant les yeux au Ciel, je fais aux Saints la moue : Quand j'invoque mon Dieu, j'appelle les Démons.

D'autres, moins prévenus, disent, malgré renvie, Qu'on peut louer ma mort sans aprouver ma vie; Qu*ètre bien résigné marque espérance et foi ; Que pardonner, soufrir, sans plainte, sans murmure. C'est charité parfaite, et que Pâme s'épure. Quoi qu'on ait vécu mal, à mourir comme moi.

Le ciel parut venger la mémoire du pauvre prêtre, en frappant tous ses bourreaux. Laubardemont, tout Je premier, foudroyé dans ses affections de famille, tomba dans la disgrâce du cardinal; les Pères Lactance et Tranquille moururent presque aussitôt dans les accès d'une frénésie qu'on mil sur le compte du Diable. Le Père Surin, autre exorciste, devint fou. Quant au chirurgien Mannoury, qui fut si cruel à

lOO us mnjE &K s;âTAX

regard da paarra iscolpê. W spectre de sa TÎctime ne le quitta plus. le karcebnt sans répit jusqu'à la tombe«

Vii>ain Grandier arait eu de$ prêdéeesseiurs : il ne fut pa$ le dernier mis à mort sur la déncMiciation dVnergumènes. se prétendant toutes plus ou moins déshonorées par un homme ^« de sa rie, n'^arait eu 1 Oivasion de les roir et de leur parier. La tradition le voulait ainsi : les possédés se piquèrent toujours de la suivre servilement

Sans doute« la Possession i ou^ comme Fappelle le D' Calmeil» rHystero-démonopathie) est une maladie des plus mystérieuses^ féconde en manifestations stn* pédantes et dont bi Faculté de médecine éprouverait quelque embarras à rendre compte, diaprés les lois actuellement admises de ses doctes professeurs ; mais qu'induire de là? — Que certains mystères demeurent impénétrables, quand même la science officielle intervient pour les éclaicir.

Les exorcistes n*entendent pas de cette oreille et voici de quel style ils ont coutume de vaticiner :

Le Diable est Fautetir de tous les phénomènes qui ne s'expliquent point par les lois connues de la Nature. — Dûment exorcisé, le Diable est contraint à dire vrai; son témoignage doit fait^ foi devant la justice.

Ces deux formules, combinées avec art, ont été la condamnation sans appel de bien des innocents. Heu-

LE DIABLB iOi

reusementy si le Diable marque encore des velléités de témoigner en justice, la justice n'a plus souci des témoignages du Diable. Nul ne se plaint aujourd'hui de ce petit changement...

Je me trompe , ami lecteur ; il faut bien t'en faire laveu.

Toute une école contemporaine, dont je veux te toucher un mot, semble regretter l'ère des exorcismes journaliers et des procès de sorcellerie. — Mais avant de te faire faire la connaissance du marquis Eudes de Mirville et de son ami, le chevalier Gougenot des Mousseaux, souffre qu'on te présente un moderne hiérophante, qui fut, vers 1820, plus curieux encore de voir se rallumer les bûchers*. C'est l'auteur de quatorze cents pages in-8 sur les FarfadeW% ouvrage orné de figures et d'un portrait au bas duquel Fauteur

En effet, son plus doux espoir est d'amener, par ses révélations, les souverains à faire revivre les anciens décrets contre les adeptes de la magie. Il entrecoupe constamment de pareilles menaces les invectives qu'il fulmine contre ses persécuteurs : — « Quel fruit recueillerez-vous de vos infâmes procédés? La certitude d'être un jour resserrés dans les cachots de la sainte Inquisition, si sagement instituée pour punir les esprits, les sorciers, les magiciens et môme tous ceux qui douteraient un instant du pouvoir du Dieu suprême.

• J'espère un Jour lire les noms de tous ceux qui s'attachent à me persécuter, sur les listes sanglantes de ce redoutable

Il va jusqu'à émettre ce vœu charitable: « Grand Dieu... faites croître sur la terre assez de bois, pour pouvoir élever en tous lieux des bûchers assez grands et assez spacieux, pour contenir et pulvériser toute la race farfadéenne (tome III, p. 197)! »

^ Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre

décline, de la meilleure grâce, ses noms, titres et qualités : « Alexis -Vincent -Charles Berbiguier de Terre-Neuve-du-Thym, natif de Garpentras, habitant Avignon, momentanément domicilié à Paris... » Nous voilà renseigné.

C'est un possédé véritable, qui ne voit partout que démons (qu'il nomme des Farfadets) et sorciers (qu'il appelle des physiciens) . Il se plaint amèrement d'une société infemalicO'diaboUqtie {sic)j dont il démasque à la face du ciel les principaux affidés — des docteurs, des étudiants, des avocats, des pharmaciens... Les incessantes persécutions que lui font subir ces misé- rables empoisonnent son existence ; il croit s'en venger en dénonçant leurs noms.

Simple fou, dira-t-on. Pourquoi grossir ce chapitre (déjà trop massif), à faire mention d'un pareil être? — Le célèbre abbé de Villars pourrait répondre : — « Dieu m'a fait la grâce de reconnoître que les fols ne sont au monde que pour donner des leçons de sagesse*. »

Et puis Berbiguier n'est point un fou comme les autres; sa folie a cela de particulier qu'elle se fonde sur la perception — absolument indirecte et faussée, j'en conviens — d'un monde très réel que les gens sensés ne soupçonnent pas, et que mon livre ne leur fera conl naître, d'ailleurs, que s'ils se résignent à devenir des Ifous eux-mêmes : je veux dire des êtres susceptibles de

Le comte de Gabalis ou entretiens sur les sciences secrètes* Londres, i742, 2 vol. in-12 (tome I, Nouveaux entretiens, [)age 2).

LB DIAHLB 103

notions et de perceptions, auxquelles restent fermés là plupart de leurs semblables.

Berbiguier est certainement la victime d'une nuée de larves ; mais il attribue ces vexations à des sorciers métamorphosés en monstres de toute sorte et de toute ^T^mdeur. L'examen de ses gravures est des plus curieux à ce point de vue ; ceux dont les yeux ne sont pas faits pour l'astral peuvent du moins étudier en ce miroir la nature protéenne des larves, aptes à revêtir, avec une inconcevable souplesse, les formes les plus paradoxales et plus variées ; il suffit que le pauvre possédé j que leur présence horripile, ait Tappréhension ou l'obsession de quelque hideuse figure, et les larves de se modeler aussitôt en conséquence : c'est une hallucination qui prend corps ; c'est une pensée qui s'objecnive et s'informe dans la substance plastique ambiante, ainsi que je le détaille en l'expliquant, dans la Clef de la Magie noire.

a Lorsque vous entendez, dit noire homme, le bruit que font de gros oiseaux qui battent des ailes, c'est du farfadérisme pur ; il en est de même lorsque vous entendez marcher des monstres d'une grosseur prodigieuse ou d'une forme afireuse, mais que vous ne voyez pas non plus ; lorsque, dans les appartements les mieux clos, vous entendez un vent épouvantable, qui effraye les personnes qui se croient à l'abri... Alors, il faut s'armer d'un grand courage, se munir d'une arme quelconque, ou tranchante, ou pointue, s'il y a moyen, agir sans cesse de droite à gauche, conune si vous espadonniez, et vous entendrez peut-

êlre couler le sang de celui ou de ceux que vous aurez eu le bonheur de blesser (Berbiguier, tome III,

La variété de formes où se multiplient les larves est parfaitement décrite en ces lignes ; mais ce qui est le plus étonnant, c'est que ce maniaque sans lettres ^ étranger de toute évidence aux théories scientifiques de la Kabbale, ait eu l'intuition précise des véritables armes propres à dissoudre ces êtres factices et fugaces : len pointes d'acier, les lames tranchantes — et aussi {Les Farfadets, tome II, pages 27-63) des fumigations particulières!... Du reste, n'insistons pas : nous retrouverons plus loin Berbiguier et tout son arsenal d'armes offensives et défensives (ch. v, pp. 354-357).

Je ne le cite ici qu'à titre de démonologue moderne et c'est comme tel que je veux fournir encore un échantillon de son style.

Tous ceux qui croient au Diable et à l'Enfer sont caractéristiques sous ce rapport. La bizarrerie du langage ne le cède en rien chez eux à la bizarrerie des idées : la forme est digne du fond.

Ecoutez cette diatribe contre les chats : « Puisse ce chapitre... dégoûter les dames de Paris de l'amour qu'elles portent à ces animai4x farfadets ; je n'é- prouve jamais de plus grandes douleurs que lorsque

Toute la partie d'érudition (quelle érudition!) est en effet compilée; quant au style, MM. Pascal Brunet, avocat, et François- Vincent Raspail ont dû, tout en respectant avec soin sa précieuse saveur, faire disparaître du manuscrit les fautes d*orthographe et de grammaire qui remaillaient.

je vois une jolie bouche s'appliquer sur le museau d'une bête qui est de la race des tigres. Ma douleur n'est pas moins grande, quand j'entends ime jolie femme appeler son mari mon chat; il me semble qu'en lui disant mon chatj elle l'invite à se faire recevoir farfadet!

« Je ne serai jamais le chat de la femme vertueuse que je dois épouser. Une des clauses de mon contrat de mariage défendra à celle qui associera sa destinée à la mienne de me donner d'autres titres que cetuc qui flattent les honnêtes gens. J'aime bien mieux qu'on me dise mon ami, que de m'entendre appeler par des noms que repoussent Pamour et la nature (tome II,

Le fléau des farfadets (c'est le nom qu'il se donne lui-même) croit apporter au monde la révélation d'une science nouvelle, en même temps que le moyen de réduire désormais l'Enfer à l'impuissance : « Je ne suis pas toujours de l'avis des savants ; souvent, quand je m£ les comparée, ils ne sont à mes yeux que des sots (tome I, p. 324). » Avec une telle opinion de luimême, Berbiguier ne désespère pas de prendre rang parmi les Pères de l'Eglise : « Je suis au comble de la joie, lorsque mes pensées sont partagées par un apôtre de la foi chrétienne ; c'est pour cela que je me

fais un devoir de ne pas manquer un sermon

Mon livre sera plein de matériaux que les prédicateurs pourront consulter, lorsque, dans le silence du cabinet, ils composeront leurs discours. Ils m'ont fourni matière à mes dissertations ; je me flatte de

la leur 7*endre avec usure... Quelle jouissance nouvelle pour moi, lorsque j'irai au sermon et que je m entendrai citer par le prédicateur^ comme on cite saint Jean, saint Marc, saint Mathieu ou saint Paul!...

Joseph Prudhomme visionnaire : voilà Berbiguier. Les hôtes de TEnfer lui apparaissent sous une forme éminemment traditionnelle, classique et poncive.

Mais soixante-dix ans ont coulé depuis la publication des Farfadets . Soyons modernes ; après Satanrococo^ nous allons voir Satan fiii-de-siècle.

A une époque où ce prince des ténèbres voit nier son empire par les spirites les plus déterminés — car ceuxlà même, pour qui les apparitions de fantômes sont chose toute simple et familière, s'esclaffent au seul nom du Malin ! — la prudence deConrart semble avoir gagné jusqu'aux plus endiablés parangons du diabolisme. Prompts à reléguer dans l'histoire des âges révolus les faits litigieux de sorcellerie, ces docteurs avouent volontiers que les temps sont changés, et que le Démon témoigne quelque répugnance à se produire désormais en personne^ devant un public irrévérencieux et bien capable de lui rire au nez, s'il le montrait.

Il ne faudrait pas croire cette répugnance invincible. Eliphas nous raconte * l'aventure d'un ouvrier de Paris que le démon Astaroth visita, sous la figure

La Clef des grands Mystères, Paris, Baillère, 1861, in-8

d'un pourceau gigantesque, à tête de bœuf. C'était vers le début du second empire.

Mais, respectueux de la tenue correcte et des usages qui sont de rigueur aujourd'hui, Satan se montre parfois moins indécemment archaïque : il sacrifie même aux bienséances, jusqu'à refréner son goût bien connu des travestissements légendaires.

Nous ne saurions clore plus agréablement ce chapitre, qu'en rapportant la véridique aventure qui fut certifiée au chevalier Gougenot des Mousseaux, par un évêque de ses amis. C'est sur l'autorisation expresse de la pénitente et à la honte des apôtres du scepticisme, que le prélat invite M. des Mousseaux à publier la confession d'une pauvre fille, séduite et outrageusement déçue par un diable en habit noir.

Le récit que nous allons transcrire (en l'abrégeant un peu) occupe les pages 376-384 du livre intitulé : les Hauts phénomènes de la Magie (Paris, grand in-8, 1864). Le nom du chevalier des Mousseaux, auteur de cet ouvrage et de plusieurs autres semblables *, fit quelque bruit il y a trente ans — et l'autorité religieuse accorda la plus solennelle sanction aux théories ardemment défendues par lui et par son maître le marquis de Mirville'^

Autres ouvrages de M. des Mousseaux, publiés chez Plou (grand in-8) : Mœurs et Pratiques des Démons (2* édition), 1865; — Médiateurs et moyens de la Magie, 1863; — Magie au

2 Les Esprits et leurs manifestations diverses, ^^lT le marquis

tllH LR TBMPLE DE 8ATA3I

iUi fut toiito une levée de boucliers, dans le camp MllMiinoiiliiiii, on faveur des doctrines au moins saniMiMMiM, dont loH bAchers avaient été, du xn* au ^VM' hlnrln Nurtoui, la conclusion très logique et la

i U\ nt'iH'iMiNoniit impitoyablement d*exagératioD HtfMM MtiM niiilit^ro nuHsi grave, si je ne mettais sous l«*M VKIM du Inr tour quelques-unes des appréciations |t(Mi|fillvMn do (oiiH los ayants-droit : Mgr Donnet, i «fntlMMl Mh'lH^vAquo do Bordeaux; Mgr Gésaire, cardlM»il •Mrliovi^qm» do Uosançon; le T. R. P. Ventura lih MiMilirMi H(^n(W*al dos Théatins, consulteur de la rffMHMw<Mlinti doN llitos, examinateur des évéques, hU : Im m, \\ N'oisin, etc., — Ces approbations, IffMlhQ li«i iMolloM, qiiol(|uo8-unes enthousiastes, peuvent M». Iiih MM liMo du livro d*oi\ j'extrais l'histoire qui va "HUm< litiiiMuo olloN sont d'une grande étendue, je h tii » IImiiU i|uo doH brihos:

hi. lUMMNVi. hoNNKT : — « Déjà, Monsieur, dans yn\^i. Ihiii ilo h .t/iii/M' (tu \\\* iiiècle^ vous avez exaliHio; l'i MhiHio luodoruo dans son principe;... vous »:ii ini;/. M|ilHl^«^ l(«>i oaraoUMvs démouiaques. . . AujourillMil. iImmîi Mtiro ouvra),v dos MtkHateurs^YOnsBÎilez (ihirt luiii, \uu)« ouUv» au oœur de votre sujet, et ft lit Iripliî luiuhVo do rhisloirt\ de la religion et delà |»lilli»hH|ihio, \\\\\H fouilloa dans leurs profondeurs les fiiiMloMUMilH do la Ma^io.

" (ltM»lh»uo/i. Mousiour, {\ combattre l'erreur et à èiu^thy («0 sricur »/»• Ai cthUt^ctUhohqu^ rotre zèle et

votre savoir. . . Continuez à défendre la vérité^ à désabuser les peuples^ et Ton pourra vous appliquer les belles paroles de l'Écriture : — Qui erudiunt multos, quasi êtellœ in perpétuas œtemitates (du 26 juillet 1863). »

De l'archevêque de Besançon: — « Je puis

vous assurer que non seulement vos ouvrages sont trèsorthx)doxes, mais encore qu'ils sont très attachants et très complets (du 9 octobre 1863). »

Du GÉNÉRAL DES Théatins : — '< Vous avez

traité votre sujet en maître: votre vaste savoir, votre immense érudition mettent en évidence C incontestable réalité des faits. Votre impitoyable logique en démontre le caractère surnaturel et la nature démoniaque.

« Parfaitement orthodoxe, vous avez su éviter les erreurs deGôrres..,

« Un vieux proverbe de votre nation dit : noblesse oblige, et personne mieux que vous, Monsieur, ne met en pratique cet axiome. Par votre dernier ouvrage, vous venez de conquérir des lettres de noblesse dans V Eglise, qui vous imposent de nouvelles obligations.

c( Ne vous arrêtez pas eii si beau chemin. Dieu bénira vos efforts, et la vénération et la y^econnaissance des âmes vraiment catholiques honoreront un jour votre mémoire et votre tombeau (1863). »

hauteur de votre sujet Partout vous vous présentez en philosophe sagace et d'une parfaite orthodoxie... Je vous félicite de votre bel et bon livre,

œuvre utile non seulement aiuc séculiers, mais encore à bon nombre d'ecclésiastiques y et non seulement aux gens simples, mais encore aux savants. Continuez votre rôle de champion chrétien et d'apologiste orthodoxe

Après ces citations qui étaient utiles, on en conviendra tout à rheure, j'en arrive aux aveux de la pé- nitente. Gomme ci-dessus, je transcris d'une plume fidèle, mais en élaguant ce qui n'est point essentiel ni typique :

« Par une soirée d'été — c'était le 17 juillet 1844 — notre jeune fille et seize autres amies se trouvent réunies toutes ensemble dans une même maison ; deux hommes seulement figurent au milieu de ces étourdies. On s'est promis de mener vie joyeuse et bruyante : — Si votes le voulez, dit un de ces messieurs ^f en ferai venir UN qui s'y connaît en plaisirs j [sic). — Oui, oui, nous le voulons ! Que va-t-il faire? On se regarde. Les portes sont fermées, bien fermées, les fenêtres closes; l'orateur ouvre un livre qu'il appelle le Grand Albert et marmotte quelques paroles... On s'attend, on s'apprête à rire. Mais tout à coup y ô surprise! apparaît , comme apparaîtrait U7i fantôme y un très beau mo7isieur [sic).,. — Oui, oui, je promets de vous amuser soigneusement, dit à cette joyeuse couvée de folles le nouveau venu, celui qui, d'invisible, vient de devenir visible : Il faut pourtant que nous tombions d'accord; j'y vais mettre une condition facile, n'est-ce pas?

LB DIABLB iii

« Oavrant donc un livre et présentant à chacune d'elles une feuille de papier blanc, l'inconnu dicte ces paroles auxquelles il leur demande de souscrire : — Je renonce à mon nom (cinq d'entre elles s'appelaient Marie), je renonce à la foi^ au cielj à t enfer ; je me donne à toi pour toujours. Et toutes successive^ ment sont mises en demeure de signer cette formule avec lew* sang...

« Une série de danses étranges, hasardées, voluptueuses, puis échevelées, puis ignobles et qui se terminent en scènes de débauche, ouvre cette période de bonheur promis. La nuit se passe, et ton voit^ à un moment donné, Timpudent et beau monsieur «'^- vanouir^ comme s'évanouirait une ombre. Une semaine et des mois s'écoulent .

« Mais quel était donc ce cynique et prodigieux personnage, entrant et sortant portes closes, apparaissant comme un rayon de soleil, disparaissant comme disparaîtrait un fantôme ? Quel était cet effroyable bon vivant, subitement sorti du néant, que chacune avait vu de si près et si fortement senti?... Il fut ce qu'il fallait être pour les folles qu'il se proposait de capter. Il eut ce jour-là figure de jeune homme, visage de quelque trente ans, habit de coupe élégante, et ni plus ni moins de griffes qu'une femme coquette. On peut le dire en connaissance de cause, car il se mit fort promptement à l'aise, et bientôt rien ne resta \ plus caché de sa personne, pas plus ses pieds que ses \ mains : répétons que chacune de nos jeu7ies et licenn : cieuses imprudentes dut à la grâce plénière du conj

tact de savoir ce qu'il était. . . Le témoignage de leurs sens ne fut, hélas I que trop complet.

« Mais limitons-nous aux traits qui se rapportent à la jeune fille : elle se trouvait seule et occupée dans sa chambre le 17 juillet 1845, c'est-à-dire le jour anniversaire de cette apparition... Tout à coup, le même être, subitement formé sous ses yeux^ lui apparut et la fit tressaillir de surprise. — Te rappelles-tu le n juillet fini dit-il en Tabordant... Hésiterais-tuf Signe vite y ou je te tue ! — Et chaque année ^ désormais, ainsi surprise, il me fallut renouveler le bail de ma personne.... La chose faite, nous redevenions bons amis : tout dut se passer conjugalement encore et ce fut ainsi chaque fois qu'il apparut. Je le voyais, je le touchais, je lui parlais, et le temps de ses visites était, pour le moins, de trois bonnes heures. Onze ans de suite il est venu Ses visites commençaient, en gé- néral, par une conversation de près d'un quart d'heure, puis il s'emparait de ma personne...

« Cependant je l'interrogeais avec liberté : — Comment t'y prends-tu donc, lui demandais-je, pour apparaître et disparaît^^e portes fermées et fenêtres closes? — J'ai des permissions. — Mais, pour un corps, cest inco7icevable ; si tu es diable et, par couséquentj un esprit, comment peux-tu donc être pour nous comme un homme? — Je prends un corps mort et avec cela je fais ce que je veux (sic) !

« — Tu ne moun^as jamais, me disait-il, tant que tu me seras fidèle; tu seras étemelle; je veux dire

quà la mort j aurai le pouvoir de te faire reprendre la vie.

« Qu'entendait-il par ces paroles ?

« Ce qu'il y a de certain, c'est que, par une merveille de la grâce de Dieu, la vie rentra dans mon âme

à la suite du remords Aujourd'hui, le pacte est

rompu, Dieu merci ! Ce ne fut pas sans peine. C'est à Dieu que j'appartiens; il était temps! Le remords ne déchire plus mon âme, mais mon repentir est profond. . .

« — Êtes-vous bien certaine que toutes vos ré- ponses à ces questions expriment des choses réelles, et non point des illusions? — Oui, parfaitement certaine; aussi certaine que je puisse être de quoi que ce

soit au monde La certitude de m£s anciennes

amies, ajouta-t-elle, est inébranlable et pareille à la mienne.

c< Cette rédaction étant terminée (nous prévient M. des Mousseaux) d'après les 710 tes et sur les ré- ponses que, depuis trois ans^ m'a successivement . transm^ises M^^ X... et à la suite des conversations que j'eus avec lui sur ce point, je la lui soumets ; il la trouve exacte et bonne à publier telle que je la pu-

Le chevalier Gougeuot des Mousseaux est un trop piquant historien des mœurs sataniques pour que nous ne cédions pas à la tentation de lui laisser la parole quelques instants encore.

Hauts phénomènes de la Mafjie, pages 376-384, passim,

114 LE TEMPLE DE SA.TAN

Nouvel avatar du Malin. — L'auteur nous décrit à quelles fantaisies de goût douteux le Diable se livre, quand la curiosité rassemble, autour d'un médium en vogue, d'élégantes et (pour cette fois du moins) plus pudibondes filles d'Eve :

« De temps en temps, un souffle indiscret et mysté- rieux s'engageant sous les jupes des femmes... les gonflait et les ballonnait. Plusieurs dames, appartenant à la société la plus distinguée et parfaitement étrangères de rapports Tune avec l'autre, m'assurèrent avoir éprouvé de la manière la plus sensible ce désagréable effet, qui, plus d'une fois, les fit battre précipitamment en retraite Jusque-là, rien que d'assez

innocent ; mais un jour, entre deux dames de ma fort intime connaissance, et dont la plus jeune, madame la comtesse de ***, est dans un âge de respectable maturité, une troisième était assise, amie de l'une et de l'autre. Tout à coup, et tout isolée que fût celle-ci du médium et de ses compagnes, elle jette un cri de détresse, recule et porte sa main vers la partie infé- rieure de son buste. Elle est hors d'elle

<( Un autre jour, une dame d'un assez riche embonpoint étant assise à quelques pas du médium, une baleine de son jupon, sur laquelle portait tout le poids de son buste, fut aussi violemment extraite de sa coulisse que le serait une dent de son alvéole. Au même instant, un cri s'échappait de la bouche des autres femmes, qui toictes à la fois^ se sentirent touchées à une même partie du corps. Moitié respect pour la vé- rité, moitié respect pour elles-mêmes, cette partie fut

par ces dames appelée les genoux. Je ne parle pas au hasard, mais je serais lapidé, si je disais plus ^ »

Décidément, Lucifer est un détestable plaisant ou plutôt un gaillard de très mauvaise compagnie. Mais, croyez-moi, la faute en est à certains médiums qui tolèrent chez leurs lutins familiers d'aussi déplorables façons. Si les frères et les maris m'en croyaient, ne pouvant atteindre les inconvenants espiègles de Tinvisible, ils tireraient — par procuration — les oreilles des médiums coupables d'enrôler dans leur troupe d'aussi fâcheux acteurs et de produire, dans leurs baraques, des scènes d'une pareille indécence.

Tous n'ont pas d'ailleurs de commensaux aussi compromettants : c'est assez heureux pour le métier ; car ce genre de caresses surnaturelles n'étant pas habituellement du goût de ces dames, et moins encore du goût de messieurs leurs époux, les médiums risqueraient d'endosser les torts du Diable et le Spiritisme les torts des médiums : bref, si récréatives qu'elles fussent, les séances désertées leur seraient un avertissement, un peu tardif peut-être, de mieux élever à l'avenir leurs potaches de l'autre monde !...

Le style du chevalier n'est pas moins attachant que les historiettes dont il se porte garant : aussi terminerons-nous en jetant sur le papier les quelques fleurs de rhétorique dont il a parsemé TEpilogue de son récit :

Hauts phénomènes de la Magie, pages 349-3o0.

u IjOl même et identique versiofi^ sortie de la bouche dn second témoin, atteignit mon oreille à Faide d'un léger ricochet ménagé par une personne amie, et que j'avais tout simplement mise sur la voie, afin de pouvoir élever mes documents ai^^ssus des régions du doute (page 350). »

C'est délicieux, n'est-ce pas ? Voici mieux : un courroux véhément étreinl le chevalier à la gorge ; il songe aux chrétiens assez mauvais catholiques pour douter des prodiges qu'il rapporte et du consensus universel des démonographes :

« Honte cependant (s'écriel-il) dans la vigne du père de famille y à ces py^otestants de seconde cuvée y qui osent préférer leurs faibles et vacillantes lumières aux lumières itidéfectibles de l'Eglise, leur pauvre et anile raison ne se rendant à t autorité religieuse que lorsque celle-ci, leur appuyant la pointe de la condamnation sur la gorge, leur crie : Croire ou Cenfer ! Se rendre ou mourir ! »

Textuel. — Ah ! je n'invente rien. C'est en toutes lettres, à la page 133.

Il entrait dans mon plan de faire ressortir le langage des docteurs de la démonologie.

Après le style Vincent Berbiguier, j'ai fait goûter à mon public le style Gougenot des Mousseaux...

Quelle triste figure tu fais, partout et toujours, vieux Satan ! Quand tu n'es pas odieux, tu es grotesque. La fange de sottise où tu te vautres éclabousse jus-

qu'à tes adversaires, et le ridicule intense que tu dé- gages rejaillit sur tous ceux qui croient en toi, soit pour te maudire, soit pour t'adorer !

Ta science est une dérision : la Sorcellerie (cette magie à rebours, que les ignorants et les envieux ont trop souvent confondue involontairement ou à dessein avec la Sainte Kabbale) ^ la sorcellerie mêle à tout instant, dans sa cyathe impure, la turpitude au fanatisme, le crime à la déraison !

Les ténèbres ne sont pas ; la lumière seule existe...

Tu n'as qu'une excuse, ô Prince des Ténèbres, c'est que tu n'existes pas I... Du moins tu n'es pas un être conscient : négation abstraite de l'Etre Absolu, tu n'as de réalité psychique et volontaire que celle que te prête chacun des pervers en qui tu t'incarnes. — Et dans ces incarnations mêmes, on te reconnaît partout à tes caractères essentiels, qui sont le Non-être, la Misère, l'Impuissance, la Bêtise et TEnvie. . .Dans tes domaines, ô Satan, nous entrons la tête haute.

Manifester Tinanité des ténèbres infernales, c'est rehausser Téclat de la divine splendeur ; démasquer les pratiques immondes et sacrilèges du nécromant, c'est glorifier les œuvres augustes du Mage.

Nous voici derechef, lecteur, au seuil du mystère, mais du mystère d'opprobre et d'erreur, de nuit et d'iniquité.

Ne stationnons pas devant le portique, indigne de notre attention ; mais, pour pénétrer au cœur de ce temple qui n'est qu'un bouge et qu'un repaire, armons-

nous, comme d'un talisman, de la naïve et méprisante devise dont Henry Khunrath a scellé son Ampk^ théâtre de la Sagesse Etemelle :

Phy Diabolo, terqvb qvaterqvb isti phy : atqvb itervm phy in -«tbrnvm !

La Papesse le Binaire les Facultés = le Sujet...

Chapitre II

Ie tous temps, il s'est rencontré des hommes superstitieux et méchants, curieux des mystères pour les profaner, jaloux de la Science pour en faire abus, ambitieux du pouvoir pour régner dans le désordre et par le crime.

La Magie est apparue à ces pervers comme un triple instrument de tyrannie, de jouissance et d'intimidation — et ce rêve impie d'un despotisme sans frein ni contrôle, étayé sur le monopole des connaissances interdites au vulgaire, les a séduits, trompés et perdus. Car la Science est de droit divin : qui convoite ses trésors dans un espoir de prévarication impunie, s'égare dans le souterrain qui mène au secret caveau; il s'enfonce dans les profondeurs s'il croit remonter, et la clarté lointaine qu'il prend pour la lampe du seuil n'est que le reflet anticipé du bûcher d'expiation.

Cependant, la Nature, respectueuse du libre arbitre,

a doué rhomme de moyens d'action dans Piniquîté comme dans la vertu ; l'agent occulte obéit à toute volonté, sainte ou perverse, et si l'égoïste est inapte à la conquête du Vrai, du moins il peut le Mal.

Dans quelles circonstances le qualificatif de sorcier lui est-il applicable? La question paraît délicate. En effet, les êtres supérieurs qui font servir la science à des œuvres de ténèbres ne sont pas à proprement parler des sorciers, encore qu'ils accomplissent des rites maudits.

Les bateleurs non plus ne sont pas forcément des sorciers, quoique bien des bateleurs soient sorciers, ou si l'on préfère, quoique bien des sorciers soient bateleurs.

Expliquons-nous. — On s'accorde assez communé- ment pour voir dans les sorciers d'audacieux charlatans : je me garde bien de dire qu'on a toujours tort. L'histoire est là pour attester leur dégradation morale ; elle les fait voir trempés dans la lie des crimes, et de tels hommes ne peuvent être que des hypocrites. En mainte occurrence, à force de mystifier autrui, n'ontils pas fini par se mystifier eux-mêmes ? Je le veux bien.

Il messiérait pourtant de généraliser cette hypothèse. S'il y a des sorciers plus ou moins charlatans, il est sûr que nul d'entre eux n'est un sceptique absolu. Leur déchéance intellectuelle et morale — les incitant à croire ce qui est absurde à lexclusion des choses qu'avoue la raison — nous fournit la clef de cette anomalie.

LB 80RGIBR iSi

Parlons-nous du classique sorcier? du ténébreux adepte de la magie noire ? Celui-là croit éperdument à sa propre puissance. Il n'a pas tort, car elle est réelle ; mais il n'en soupçonne pas plus la cause médiate qu'il n'en discerne l'agent médiateur.

Parlons-nous des médiums et autres sorciers contemporains?— Elle est sujette à des intermittences, cette Force qu'ils prétendent diriger et qui les mène, décliainer à leur gré et qui les enchaîne à la fatalité de son propre mouvement : en sorte qu'ils se trouvent réduits au rôle d'escamoteurs, dès qu'elle vient à leur manquer.

C'est ainsi qu'on a pu prendre sur le vif des plus grossières supercheries tel médium d'une incontestable puissance, et qui, la veille, avait réussi — dans des conditions de contrôle scientifique et même d'écrasante évidence — des phénomènes plus surprenants cent fois Mais hier, le médiateur assistait le mé- dium; il lui manque aujourd'hui : et comme l'orgueil ou la cupidité domine le pauvre expérimentateur, il préfère tricher (dût-on le surprendre en flagrant dé- lit!) plutôt que de s'avouer en fait l'humble esclave des puissances occultes dont il s'est targué d'être le haut et puissant seigneur.

Que cet exemple, pris chez les sorciers du jour — galantins de l'Occultisme et ténors du Mystère *,

( Je ne vise ici que certains médiums douteux et charlatanesques ; mais il faut avouer que les médiums consciencieux sont Texception. Encore, parmi ces derniers, faut-il tenir compte de la fraude inconsciente, fréquemment observée chez eux, coinme nous le montre

IS LE TKMPLE DE SA.TAX

fonambiiles d*ime inrisible corde, polichinelles en habit noir et dont la ficeUe ne se voit pas — que cet exemple ne nons déloorne pas du sorcier légendaire, immonde et redouté paria du moyen âge et de la Renaissance : fanatique et borné, craintif comme tous les suspects, téméraire comme tous les poltrons traqués.

EIntre les modernes magiciens, ces hâbleurs obligés des séances pubUques, et les fauteurs de sortilège d'antan, U est un point de rapport et un point de dissemblance. Marionnettes également inconscientes d'un Agent qu'Us prétendent asservi, tous deux ont inébranlablement foi aux essences spirituelles ; mais si le médium, convaincu de l'existence des dèsmcarnés, s'obstine à nier Satan, le sorcier, en revanche, croit de toutes les forces de son être à la puissance du Prince des Ténèbres et à la terrible réalité de ses faveurs.

Que dis-je ?... Envisagé dans son cadre normal (la vie ambiante des xvi* et x vu* siècles) , nous le voyons minuter un pacte dans toutes les formes.

Ce n'est nullement un objet de mystification ou d'intimidation pour les badauds, que ce pacte avec l'Esprit; c'est un contrat rédigé par le sorcier avec un soin minutieux et une conviction sans égale, au péril de ses jours : la découverte de cette seule pièce suffit à motiver sa mort sur le bûcher, à la suite des plus épouvantables tourments.

M. Donald Mac-Nab, dans ses travaux si remarquables sur les phé- nomènes du spiritisme.

LB SORCIER 123

Nous aurons à revenir sur les pactes, an si]get des procès de sorcellerie; n'anticipons pas. Réservant d'ailleurs pour le livre II — autant qu'il nous est possible — tout ce qui ressemble à une explication scientifique, nous allons jeter encore un bref coup d'œil sur le personnage du sorcier vulgaire, ce Juif errant du crime occulte ^ souvent poursuivi de tanière en tanière et fugitif d'exil en exil ; glissant comme une ombre dans les lieux solitaires, en marmottant d'im^ comprëbensibles paroles, et l'œil mobile, égaré, dar* dant partout des regards stupides de rancune ou chargés d'efiroi

Mais il n'est pas toujours menacé. Protégé des grands parfois, la tradition nous le montre aussi la tête haute, se pavanant dans l'odieux et grotesque appareil de sa nullité prétentieuse : c'est même à ces derniers caractères qu'il nous sera plus facile de le reconnaître et de le dénoncer sous tous ses déguisements. Car il est Prêtée et varie selon les époques et les milieux ; ma*is la gynffe satafiiqite reste indélébile sur son front.

Or Satan ne pouvait être, nous croyons l'avoir dit, que le prototype du néant et de la vanité haineuse, il

Ce serait une naïveté insigne que de croire la Perversité, la Ruse et la Puissance incompatibles avec Tlgnorance et la Bêtise.

Des bergers ignares et crétins sont souvent de redoutables jetta" tores; chez eux Tinstinct supplée à TinteUigence avortée. Ils disposent de fluides grossiers, accumulés à haute tension — et la terreur crédule des masses soumet à leur ascendant des êtres infiniment supérieurs à eux-mêmes, mais subjugués par la crainte et la superstition

s'ensuit que le cachet de sa domination, l'empreinte de sa présence, sa signature morale, en un mot, offrent nécessairement toutes les marques dislinclives du non- être, de la misère et de l'en vie.

Ce triple critérium est infaillible. Le lecteur luimême pourra s*en convaincre au chapitre vi : consacré tout entier à la description du sorcier dans son moderne avatar (si différent par la forme de ce qu'il apparaissait jadis), ce chapitre n'étonnera personne; et placé face à face avec les familiers de Béelzebuth, en blouse ou en habit noir, nul, grâce au signalement ci-dessus, n'hésitera sans doute à les reconnaître.

Il est de fait qu'en tous climats comme à tous les âges, le mal se manifeste sous des aspects peu variables : aberration de l'esprit, perversion de l'âme, souillures du corps — ce sont mêmes folies, mêmes passions, mêmes vices et, comme le dit quelque part Eliphas Lévi, « l'Esprit de ténèbres n'est guère inventif ».

Les magiciens noirs se retrouvent donc tout au long de l'histoire des peuples et l'on serait bien empêché de dire une époque ou un pays qu'ait épargné ce genre de peste.

Interrogez les annales de l'antiquité : pas un écrivain qui ne témoigne de leur existence et delà terreur qui gagnait les hommes à leur approche. Les Pères de l'Église proclament à l'envi que les premiers siècles de l'ère chrétienne en furent infestés.

Si l'on se reporte aux chroniques du moyen âge.

LB SORGIBR 125

on les voit pulluler sur la face de l'Europe, avec refiâroyable fécondité propre aux races maudites.

Ils sont les larves de ce long crépuscule... Gommé les libellules de nos étangs, nées de la vapeur d eau sous rinfluence d'un rayon de soleil ; eux semblent naître de l'épaississement des ténèbres sur la vapeur An sang versé.

Mais ce ne sont pas de simples fantômes, hélas I car la grande aurore de la Renaissance ne les dissipe point. Ils ne sont que d'une trop formidable réalité. LfOin qu'il diminue, leur nombre croît de jour en jour : le zèle féroce du magistrat ne le dispute qu'à la ruse perverse du criminel et, toujours capitaux, les procès de sorcellerie ne laissent chômer ni juge, ni procureur, ni bourreaux.

Ceci nous conduit jusqu'en plein xviii* siècle I

A cette heure même, que la torture est abolie et que les nécromans ne risquent guèi'e de démêlés avec la justice, si ce n'est quelque anodine poursuite pour escroquerie ou vagabondage, l'on commettrait une grave erreur à soutenir la disparition de leur postérité funeste.

Etre hybride, presque uniformément malicieux et sot, le sorcier ne témoigne que par exception d'une intelligence à demi-sombrée déjà dans le fanatisme. Ingénieux par instinct aux travestissements les plus inouïs, il a changé d'aspect, de mœurs et de langage. Sous la blouse du paysan, sous la redingote du mé- decin, ailleurs encore nous le retrouvons, presque

1^26 LE TfiMPLB DE 8ATAJi

aussi répandn et j^ajoulerai plus dangereux peut-être ^.^

dans ses modalités nouvelles hélas ! aussi sous la

robe du prêtre. C'est affiiire de statistique ; à toute époque, du reste, il en fut ainsi, (^omme les médecins fournissent à Topiophagie et à ses équivalents le contingent le plus sérieux : de môme et pour des motifs analogues, l'armée de Satan s'est toujours recrutée de préférence dans le sacerdoce. Ce rapprochement ne laisse pas que d'être piquant et la vérification facile de part et d'autre.

Je le répète : jamais sorciers ne furent plus hardis et plus malfaisants qu'à cette époque qui les nie.

Il y a peut-être quelque courage à rompre de visière aux préjugés les plus honoy^ahlement reçus : . mais ce que j'avance, je le soutiendrai par des exemples ; je le démontrerai par des faits ; enfin je l'expliquerai par la mise au jour d'une doctrine singulière et méconnue, médiatrice delà libre raison et des institutions populaires, conciliatrice de la science la plus méfiante et des plus augustes traditions.

Le sorcier, ai-je dit, est de tous les temps, de toutes les latitudes.

Pour remontera la plus lointaine des civilisations — si vaguement estompée dans les brumes du passé, que tous les documents réunis sur elle par les chercheurs tiendraient en une demi-page — nous savons pourtant que les Atlantes, dont un cataclysme sans exemple dans rhistoire engloutit le continent plus de neuf

LE SORCIBH 127

mille ans avant notre ère \ avaient leurs devins et leurs sorciers.

L'Inde a toujours connu les sorciers; mais, à l'origine, ils dissimulaient leur malice et déguisaient leurs pratiques sans nom, que n'eussent point tolérées les sages successeurs du grand théocrate Rama. Ils ne commencèrent à se montrer dans la péninsule qu'à rheure où, sourdement travaillé par la fermentation du schisme imminent, l'Etat social penchait insensiblement vers son déclin.

Pour les modernes Hindous, ils sont descendus jusqu'aux derniers échelons des croyances superstitieuses : l'enchanteur est à la fois, chez eux, oracle, magnétiseur, exorciste, saltimbanque et mendiant. Ce sont surtout les Fakirs et même certains prêtres de bas étage [Pourofûtas], puis les ascètes et les moines quêteurs : tous rivalisent de momeries et perpètrent des phénomènes d'ailleurs surprenants, à grand renfort de /aentrar/is ^ et d'invocations aux Pitris *. On peut lire dans les intéressants ouvrages de Louis Jacolliot — le Spiritis7nc dans l'Inde en particulier et les Fils de Dieu — des détails aussi complets qu'imprévus sur ces sortes d'espèces. L'admiration, la vénération des campagnes leur est universellement acquise. Les brahmcs pandits ^ et les initiés de

Voir Platon (Dialogue de Timée). ^ Conjurations.

' Esprits désincarnés, âmes des ancêtres.

Savants.

LE TBBiPLB DB SATAN

la Haute Doctrine : Dwidjas * et Yoghis ^ véritabli Tchêlas et Shabérons ^ sont presque seuls sur la péiM suie, tout à fait exempts de cette lèpre morale; nous sortons de la caste sacerdotale, à peine qxieh Rajahs et Télite des Xchatrya^ * font-ils exceptioil|

Chez les anciens Hébreux, la Magie noire se boi à révocation des spectres de la lumière négatif Aôbôth, n'i3'i«, si sévèrement proscrite par Moî Les raffinements de la sorcellerie ne s'introduisent Israël que relativement tard.

— Tfj

Deux fois Dés.

Unis en Dieu. ' Shabérons, moines bouddhistes des couvents thibétains;

Tchêlas, disciples de la Science occulte. On en compte assez dans rinde proprement dite.

Rajahs, princes hindous ; — Xchatryas, nobles de la guerrière.

^ Recommandons à ce propos un livre très ancien et fort connu, dont les documents, cueillis au jour le jour dans TIi furent groupés et mis en lumière par un voyageur du xvn* sU missionnaire protestant, Abraham Rogerids, « qui a faict sa dence Tespace de dix années sur les costes du Choromandel, et païs circonuoisins » : La porte ouuerte pour paruenir à la noissance du Paganisme caché, traduit en français par Th. Grue (Amsterdam, Jean Schipper, 1670, i vol. in-4, frontispice gravures très curieuses). Le lecteur y trouvera de précieux d< ments, souvenirs peut-être un peu mêlés de mirage, mais doués la rare et pénétrante saveur qui est propre aux impressions viei absolument sincères et naïves. On sent ce livre écrit d'après enquêtes journalières d'un observateur neuf, ignorant des pi losophies orientales, comme tous ceux de son temps, mais scrupi leux à raconter les choses vues, sans prétention au bel esprit, et qui vaut peut-être mieux encore, sans parti pris d'école. Il y est traité fort au long des superstitions de l'Inde et des maléfii qui s'y exercent.

Mais les Finnois et les Accadiens se révèlent moins novices aux opérations criminelles, et François Lenor- .mant nous signale sur* la nécromancie d'Accad mille détails caractéristiques : on peut voir, dans les nombreux monuments qu'il commente, le théurge très nettement distingué du sorcier, que Ton flétrit du nom ^Jiomme méchant. Les maléfices s'appellent l'cewrr^; les incantations, la 'parole ; les philtres, la chose mor^ telle K

Nous ne mentionnerons que pour mémoire l'existence des magiciens du Mal, dans les autres contrées de l'Orient. Ce n'est point qu'ils soient rares ou que leur influence y soit nulle ; mais à part Geylan, où le Sçîvaïsme dégénéré en sorcellerie (c'est le cas de tous les cultes morts) fait une rude guerre au Bouddhisme triomphant comme religion, les sorciers orientaux manquent de caractéristiques ; ils semblent tous façonnés sur le même patron.

Il est d'ailleurs un malentendu qu'on ne saurait éclaircir d'une plume trop précise, une confusion coutumière à tous les historiens des mœurs orientales et que les narrateurs de voyages — missionnaires ou explorateurs officiels — semblent prendre à tâche de perpétuer. Sur ce point délicat, ils amoncellent à l'envi de compendieuses ténèbres. Qu'il s'agisse de

^ On ne faisait guère alors de difTérence entre le philtre et le poison.

Voir La Magie chez les Chaldéens (4874), La Dioination chez les Chaldéens (1875). 2 vol. in-8, Maisonneuve, éditeur.

récits contemporains ou de documents sur Tépoque la plus reculée, historien ou narrateur parle volontiers de magie ; mais il désigne d'un même substantif et enveloppe d'une même épithète le théurge initié des sanctuaires et le nécromant de bas étage dont Tart, prostitué à des œuvres criminelles et sombres, ne répugne pas non plus aux procédés du plus vidgaire escamotage.

Or, la Magie Noire a pour premiers caractères d*être furtive et antisacerdotale ^ et les rites les plus suspects ne sauraient justifier l'appellation de sorcellerie, lorsqu'ils sont célébrés au grand jour, par les prêtres d'une religion quelconque, devant les fidèles assemblés.

On peut trouver pourtant des circonstances atté- nuantes à la méprise des ethnographes . — Ces écrivains ne remontent guère au-delà des temps dits historiques, alors que les multiples débris de l'antique synthèse religieuse se morcelant de plus en plus, le Polythéisme incompris de ses sectateurs et de ses prêtres même, dérobait à leurs propres yeux le tabernacle catholique de l'Unité. Il est incontestable qu'alors — surtout à l'entour des autels consacrés à des dieux d'ordre analytique et particulier — le culte public consistait en mille cérémonies dont le caractère peut, à bon droit, paraître ténébreux. Les sacrifices humains, pour prendre un exemple significatif, étaient presque universellement consacrés e' légitimés par un symbolisme sacerdotal, déjà maté- rialisé de longue date, et que des prêtres dépravés oi

yénauz se chargeaient de maintenir toujours au niveau de leurs passions et de leurs convoitises — en un mot de leurs intérêts, grands^ on petits.

Dès longtemps disloquée par le schisme, Thérésie et les dissensions politiques, la confédération théocratique du Bélier avait cessé d'être; à peine quelques contrées fragmentaires de ce vaste empire religieux restaient fidèles à renseignement intégral, comme au culte traditionnel. — Elles s'opposaient encore, pétrifiées dans leur immuable orthodoxie, à la marée montante d'iniquités et de corruption, soulevée à flots toujours plus menaçants autour d'elle. Mais partout ailleurs, de récentes autocraties, assez discordantes ^pour s'être attribué chacune des lois, des mœurs et des rites nouveaux^ s'accordaient du moins pour introduire dans leurs usages publics, et revêtir de la sanction religieuse, le principe abominable du sang humain répandu par l'homme, en faveur de la divinité.

Réellement mais obscurément révélateur d'une décadence profonde dans TEsotérisme (en vain monopolisé par les sanctuaires schismatiques), ce rite impur et sacrilège manifestait le Grand Arcane désormais incompris dans un de ses plus sublimes corollaires: l'ineffable identité du Grand Adam et du Verbe diviriy ou, si Ton veut, la Synthèse hominale en Dieu, de qui THomme Universel * est la première extériora-

^ Nous envisageons ici, bien entendu, VHomme universel comoie n'étant autre que le Règne hominale conçu dans son principe d*universalité transcendante.

132 LE TEBiPLE DR SATAN

tion, le premier développement d'ordre purement intelligible.

Donc, si nous entrons en plein Cycle d'Assoûr^ à

cette époque maudite dont le Taureau du Zodiaque redevient l'emblème antisocial après avoir été, tant de siècles auparavant, l'hiéroglyphe astronomique du Cycle de Bharat *, nous trouvons le sacrifice humain sacerdotalement intronisé sous tous les climats.

De l'Inde, où Khali et Shîva revendiquent encore aujourd'hui leur tribut sanglant, jusqu'aux divers États phéniciens, où les entrailles des Rutrem monstrueux et des gigantesques Moloch engloutissaient à date fixe des fournées de victimes humaines; jusqu'en Geltide où les druidesses de Thor et de Teutad aceifrr mulaient sur le dolmen mystique des hécatombes de héros; — et chez les peuples gréco-latins: depuis Hellas immolant Iphigénie et payant en redevance annuelle à la bestialité Cretoise, la fleur des éphèbes et des vierges d'Athènes; jusqu'à la Rome césarienne, faisant tomber sous le couteau sacré les prisonniers gaulois, ce ne sont que des ruisseaux de sang humain sur les autels des nations.

Israël ne se dérobe point à cette coutume d'iniquité et, comme le note malicieusement Tauteur de la Science des Esprits^ j « le Dieu des Juifs avait soif du sang des rois, et Josué lui offrait des hécatombes

Ouverture du Cycle de Bharat: 107 siècles à dater du nôtre, selon les révélations de rinfaillible chronologie brahmanique,

LE BonaBR 133

d^monarques vaincus. Jephté sacrifiait sa fille et rael coupait eu morceaux le roi Agag sur la pierre . Lcrée de OalgaL.. (page 218). Moloch ne différait de Jéhovah que par défaut d'orthodoxie, et le Dieu de Jephté avait des inyètères semblables à ceux de Bélus (page 222} ». — Nom igouteronsi sans avoir le mauvais goût d'y trop insister, que les autodafé de la Sainte Inquisition romaine n'étaient pas sans offiir quelques traits de ressemblance avec l'idole des Gar^ thaginois, dont les entrailles d'airain rougi avaient toujours faim de chair et soif de sang.

: Mais, pour en revenir aux anciens cultes, gardons- ;|iDus de détailler ici des pratiques scu^erdotaJes par essence, donc aucunement suspectes de sorcellerie. On a pu remarquer d'ailleurs, au chapitre précé- dent [le Diable), Tesquisse de ces sombres divinités; car si Thomme qui, du consentement des peuples égarés, sacrifie son semblable sur Tautel d'ime idole, est un prêtre et non pas un sorcier, — il faut voir en revanche dans ces idoles, en l'honneur desquelles tout ce sang était religieusement versé, de véritables incarnations du spectre vague et terrible qu'on est convenu d'appeler Satan.

L'on aurait tort, au demeurant, de croire qu'en ces siècles où les religions de plein jour avaient des rites si voisins de la nécromancie, les nécromans chômassent davantage. Entre le sanctuaire aux candé- labres d'or et la cave voûtée aux cierges noirs, l'an-

134 LB TEMPLE DE SATilN

tagonisme est constant ; hiérophantes et sorciers mettaient toujours de l'hostilité dans le mutuel accomplissement d'œuvres souvent fraternelles.

En Grèce, les Goëtes tiennent boutique de drogues enchantées. Tel philtre inspire l'amour, tel autre procure la mort ; tant il est vrai qu'un rapport mystérieux lie étroitement ces deux divinités farouches, médiatrices souveraines Tune et l'autre entre le Relatif et l'Absolu, le fini et l'infini — entre l'homme et Dieu!... Mille superstitions, d'origine asiatique et nommément phrygienne, se sont acclimatées sous le beau ciel d'Hellas. Les Ophiogènes de THellespont semblent avoir hérité de quelque Orphée infernal et appris à son école l'art de charmer les bêtes les plus répugnantes et les plus redoutées : crapauds et vipères, aspics et tards.

La poésie elle-même subit la contagion: Erato se fait sorcière. Channe ne vientil pas de Carmen; — Incanter^ de Cantus?... Or l'incantation des femmes de Thessalie, habiles à mêler, en l'honneur de la triple Hécate, les sucs perfides et les paroles empoisonnées, est devenue légendaire :

Nérastes végétaux au port majestueux,

Vos graines ont germé par une nuit maudite,

Sous Poeil d'un astre fauve, hostile et monstrueux.

Vos noms même, suspects au Sage qui médite, Furent bannis du Verbe, en ces temps anciens Où savoir vos vertus était chose interdite.

Des Sagas de Colchide et des Egyptiens Déterraient, sous l'horreur de la Lune sanglante, Votre racine, chère aux seuls magiciens.

Qui» mariant la aèfe acarbe iTane plante Atee la ijm|^ morte extraite des os UancSt Sous incantation modolée à Toix lente»

Distillaiant, ^ers oiinoft, ces philtres accablants, Par qooi la chaslell des Yierges de la Grèce Tombait, livrant à nn le trésor de leurs flancs *...

Chacun sait les légendes de l'Ionie : quelles métamorphoses merveilleuses s'accomplissaient à la voix 4es magiciennes, et comment leurs poèmes — pour emprunter le langage de M. Rollinat — fantdmaii^ raient la Nature entière. Lies lampes mystiques s'allumaient aux coins des triangles, dans les lieux de sépul* ture ; alors sortaient des tombeaux de pâles légions 4e spectres, revêtant un corps d'emprunt pour semer répouvante. Les Vampires (aujourd'hui Broucolor -ques) s'aUaient tapir dans les alcôves, pour sucer, minuit sonnant, le sang et la force des humains — san^ Ruinent et rohur. . . Enfin, ce serait une erreur de penser qu'au moyen âge revient Tinvention du Loup-garou. La Lycanthropie était alors aussi commune et peut- être plus redoutée qu'au xv* siècle de notre ère.

La Nécromancie, comme ses sœurs la Lycan^ thropie et VErraticité vampirique^ se rattache au culte de la sanglante Hécate. Une ancienne tradition hellénique veut que les spectres, pour apparaître, empruntent une enveloppe fluîdique — ou corps phosphorescent— à la substance même des rayons lunaires. Citons, à ce propos, un texte entier de conjuration

Rosa Mystiea, par Stanislas do Guaita. Paris, Letnerre, 1885,

136 LE TBBiPLB DB SATilN

évocatoire, rapportée d'Origène [Philosophumena^ page 72) et qu'on peut traduire ainsi :

« VienSy 6 triple Bombo, Déesse infernale, et terrestre, et céleste; déesse des chemins et des carrefours! Ennemie noctambule de la lumière et qui cependant nou^ apportes la lumière, amie et campagne de la Nuit!... Ert^ante parmi les ombres et les sé- pulcres, tu te plais aicœ longs abois des chiens et à la vapeur du sa7ig répandu. Tu désires le sang, et apportes auo) mortels répouvante... 0 Gorgo! Mormo! Lune multiforme, favorise dHun rayon propice ua sacyHfice offert en ton honneur ! » • Pour ce qui est du sacrifice en lui-même, demandez à Théocrite de quelles crapuleuses cérémonies les sagas étaient coutumières : le Sabbat lui-même, l'immonde Sabbat du moyen âge n'atteint pas à ce niveau d'horreurs.

Horace est à Rome l'écho de Théocrite, et de Grèce en Italie les rites varient peu ; le peintre latin soulève également le dégoût par l'intensité de ses peintures. Mais, pour que la nausée s'éteigne dans un éclat de rire, il faut lire Lucien : de quelles lanières il cingle cette hideuse canaille, ingénieux à faire trébucher l'horrible dans l'ornière du ridicule 1 (Lucien, le Faux Prophète).

. C'est surtout sur le déclin de la grande République, alors que les compétitions sanglantes de la dictature .laissaient présager le prochain établissement des Césars, que les sorciers de tout acabit prirent pied à Rome et dans les provinces. Les cliquetis d'armes de

la guerre civile sonnaient le glas de la liberté, Thenre' de la licence était venue. On vit édore toute une génération spontanée des larves du faux Occultisme. Jeteurs de sorts, diseurs de bonne aventure, Phrygiens faisant négoce clandestin de philtres, de charmes et d'amulettes ; faux astrologues, soi-disant Ghaldéens qu'on jugeait versés dans le tréfonds de toutes les connaissances secrètes et prohibées : la lie des peuples avait envahi la. grande cité en fermentation. A défaut de science et de moralité, ces charlatans, qui ne manquaient pas d'audace, faisaient une rude concurrence aux augures, flamines et autres aruspices ; le peuple penchait aux momeries, déjà désenchanté de la religion des ancêtres — et les vainqueurs policéç du monde accueillaient avec faveur les plus dégradantes superstitions des barbares vaincus.

Mais la vogue allait de préférence aux devins, aux astrologues: on vit des citoyens acquérir à prix d'or et consulter dans le plus grand mystère quelques recueils d'énigmes, qu'ils s'obstinaient à regarder comme d'authentiques et inappréciables copies de ces fameux rouleaux que la sybille de Gumes avait brûlés, dit la légende, en présence de Tarquin et de son attitude dédaigneuse.

La Magie devient empoisonneuse à Rome avec Locuste, comme en Golchide et en Thessalie, avec Médée. La mort de Britannicus, scrupuleusement relatée par Tacite jusqu'en ses moindres détails, atteste la connaissance et l'emploi, sous le règne de

Néron, de toxiques dont nous ne possédons plus la formule. Le fait du jeune prince foudroyé dès que la coupe eut touché ses lèvres, fit songer la plupart des scholiastes à V Acide pncssiqtie, le seul* des poisons connus à cette heure, dont l'action sur Torganisme soit assez immédiate pour expliquer la très précise version des contemporains.

Mais cette hjrpothèse nous apparaît elle-même dé- nuée de fondement. — L'on se souvient que l'empereur, par une perfidie vraiment exquise et bien propre à détourner le soupçon, voulut qu'un esclave goûtât le premier au breuvage qu'il destinait à sa victime. Mais Britannicus se récria^ tant la boisson lui parut brûlante et, sans défiance, y versa de l'eau froide. Chose prévue: seule, l'eau froide était empoisonnée... C'est ainsi la que mort se glissa — furtivement, si l'on peut dire — dans la coupe de l'hôte impérial.

Or, l'acide cyanhydrique (ou prussique) est aussi volatil que l'éther. Mêlé à un liquide presque en ébullition, il se fût aussitôt dégagé en torrents d'acres vapeurs ; et non seulement Britannicus eût chancelé, suffoqué du coup, sans avoir pu lever la coupe à hauteur de ses lèvres ; mais l'asphyxie aurait encore terrassé l'échanson lui-même, et peut-être les voisins immédiats du prince. En tout cas, une subtile et péné- trante odeur d'amande amère, envahissant toute la salle,

Toutes les substances susceptibles à la rigueur d^avoir produit une mort aussi rapide, — Nicotine, Conicine, Azotite d' Amyle — sont également volatiles, les deux dernières s^^tout, et douées toutes trois d'une odeur aussi forte que révélatrice.

eût révélé sur-le-champ, en incommodant les convives, la nature du liquide versé. Qu'on se reporte aux récits de Tacite, de Suétone; rien de pareil n'eut lieu.

Qu'en conclure? Est-ce à dire que Locuste possédât le secret de toxiques inconnus à la science de nos jours ?. . . Ou le breuvage qu'elle sut préparer était-il plus ou moins qu'un poison, dans la moderne acception du vocable?

L'école théurgique des néo-platoniciens, fondée à Alexandrie, appartient par tout un côté à l'histoire de la Haute Magie. Elle verse néanmoins dans certaines pratiques plus que suspectes, et c'est sans injustice qu'on lui a reproché souvent, malgré sa science, des tendances entachées d'une évidente superstition.

Ce même grief s'applique plus équitablement encore aux diverses écoles de gnose, même les moins excentriques ; nées dès le berceau du christianisme , ces sectes, sous prétexte d'une protestation de Vesprit contre la lettre morte, réalisèrent V Antéchrist * dans

< Spiritus qui aolvit Christam,., nous connaissons déjà cette défînition profonde de l'Antéchrist : c'est l'esprit de sectarisme, d'intolérance, de division...

Il est bien entendu qu'il ne saurait être question ici des gnostiques orthodoxes: saint Irénée, saint Denis TAréopagite, saint Clé- ment d'Alexandrie, Synésius, etc.

Quant à certains gnostiques dissidents, tels que Marcion et Va- Icntin, nous les blâmons comme sectaires, se mettant d'eux-mêmes en dehors de l'unité ; mais nous ne saurions méconnaître la Science de ces ésotériciens, f^\ rayonne encore, bien que mêlée d'erreurs, sous le voile malheureusemenl éclectique et par conséquent bâtard

140 LB TBBiPLB DB^ SATAN

l'Eglise, en y déterminant le schisme. Ce point de vue capital une fois mis de côté, il n'est guère déniable encore que plusieurs de ces commimautés dissidentes s'adonnèrent presque aussitôt aux plus noires pratiques de la Goëtie.

Simon le Magicien (l'homme au sac à prestiges, mais aussi, comme la plupart de ceux que nous allons citer, Simon, le terrible manipulateur des forces astrales), poursuit dans l'apothéose d'Hélène, sa concubine (incarnation de Séléné ou de la Lune), la réhabilitation de l'abrutissement et de la débauche.

Le nègre Montanus fait de son corps d'eunuque un véritable trépied, où, sybilles de l'hystérie. Maximille et PrisciUe, ses ColombeSj balbutiant dés mots sans suite, se tordent en proie à toutes les frénésies d'un irréalisable amour.

Marcion (le plus coupable peut-être, à coup sûr le plus savant) fonde la secte des Ophites. Non content de porter une main mauvaise, une main sciemment sacrilège, sur l'un des inviolables voiles kabbalistiques, il matérialise encore la plus formidable et la plus occulte des manifestations de la magie cérëmonielle, jusqu'à synthétiser — au ca,s présent, c'est confondre — les notions secrètes de VAgathodémon et du Cacodèmon sous la forme dès lors équivoque d'un ser-

de leur symbolisme. — On peut eu dire autant de Manès lui-même : tout en combattant de toutes nos forces sa doctrine (surtout erronée en somme dans la mauvaise acception qui devait fatalement eo être faite), nous saluons volontiers en lui un beau génie dévoyé.

pent ; enfin (abominable parodie I) il fait de Vifk sacré rinstrument ^ysique dés plus détestables mystères I • • •

Ailleurs, le diacre Marcos, ordonnant prophétesses et prêtresses du Christ des jeunes filles du même coup déflorées et consacrées par lui, les fait monter à Tautel toutes nues et palpitantes au souffle de sa bouche : car c'est d'un souffle impur qu'il a su allumer en elles les flammes — souvent jumelles, hélas ! — du vatidnium magnétique et de dévergondage absolu.

Tous ont prostitué la Sainte Magie au Mal, quelquesuns avec une puissance de perversité consciente, véritablement infernale... Et ce sont là autant d'exemples pris au hasard, et qui suffiront à faire entrevoir les abîmes de honte et de folie, où l'exaltation d'un mysticisme presque toujours ascétique au débuts fait rouler des natures ardentes et généreuses, nées pour le combat de la vie : on a voulu nier la Chair, ou mieux la spiritiuiliser en la matant sous la compression de l'Esprit; mais c'est TEsprit qui descend de son extase pour venir polluer la Chair ! . . .

Ah! quelles révélations nous aurons à faire, au chapitre vi, sur im grand nombre de faits similaires, dont Tauthenticité ne saurait être mise en doute I Nous offrirons au lecteur une gerbe de turpitudes contemporaines, issues d'un mysticisme fou d'orgueil et de délire ; car où l'orgueil sème dans la déraison, c'est toujours Satan qui récolte dans la honte.

C'est alors que le mot célèbre de Pascal nous reviendra en mémoire : — « L'homme n'est ni ange, ni bête, et qui veut faire l'ange, fait la bête. »

Noos Tavons dit ailleurs * : toutes les hérésies des premiers siècles sont empreintes d'un yemis de la plus noire goetie ; tous les hérésiarques sont des sorciers. En voici la raison profonde : protestataires de VEspritj contre la Lettre formulée par l'Eglise enseignante, ils veulent se faire les mages du dogme primitif, révélé dans son ésotérisme, bien ou mal compris par eux. Mais ils oublient qu'en provoquant un schisme, ils ont agi en anarchistes, et que leur œuvre se trouve, de ce fait, viciée dans son principe et stérilisée dans son germe.

Quand on se propose de guérir un malade, il ne faut point amputer d*abord, sous prétexte de le préserver de la contagion, le seul membre que la maladie n'ait pas encore atteint : car le corps malade, même privé d'un membre, peut guérir, se cicatriser et vivre ; tandis que le membre sain séparé du corps se décompose et meurt. — De même, si l'on aspire à réformer l'Eglise, il faut avant toutes choses rester dans l'Eglise ; c'est Elle l'entité vivante et le principe même de l'Unité.

Voilà ce que ne purent comprendre les protestants de la première heure. Leur ambition fut de se faire les pontifes d'un culte rénové : le mauvais lot leur échut seul, de grossir le nombre des sectes maudites ^.

Tandis que les luttes de l'Arianisme ensanglantaient

^ Sans examiner l*œuvre el la doctrine de ces sectaires, on peut les dire marqués a priori d'au moins un des caractères où l'on reconnaît les sorciers : ils portent tous Testampille antisacerdolale.

l'Europe, le Manichéisme — réédition chrétienne du dogme antagoniste des Perses, tel que la vision moins nette du second Zoroastre l'avait défiguré — affirmait (comme nous Tavons exposé dans le précédent chapitre) Tëgalité d'origine et de puissance des deux principes : le Bien et le Mal, le Verbe divin et le Verbe diabolique, le Christ et rAntechrist ^

Méconnaître le caractère relatif et transitoire du Mal, c'était élever au Mauvais Principe divinisé un temple et un autel de ténèbres — véritable point de ralliement pour tous les adorateurs du démon. C'était recruter d'avance et jusque dans les âges futurs, tous les faux mystiques et tous les sorciers.

Nous n'en finirions pas, à poursuivre cette hérésie trompeuse et fugitive dans toutes ses modalités : l'essence de ses mystères se révélera d'elle-même, quand nous étudierons les rites et les cérémonies du Sabbat. Nous n'hésitons pas à maintenir cette allégation, pour injurieuse et paradoxale qu'elle puisse paraître. Albigeois, Cathares, Vaudois, trembleurs des Cévennes et sorciers du pays de Labourt, sont autant de sectes manichéennes à peine déguisées; et le procès des Templiere manichéens ^ éclairera pour nous d'un jour nouveau le caractère infernal et dualistique de cette monstrueuse hérésie.

Nous ne saurions traquer non plus la personnalité

Pour plus de détail, voir au chapitre i les pages 58 à 64.

Chapitre iv : La justice des hommes.

144 LE TBMPLE DE SATAN

fuyante du sorcier sous ces déguisements, à tra) Thistoire du moyen âge et des temps modernes. Ml tracée currente calamo^ une pareille mono^rapl ferait double emploi : en signalant, au chapitre if|| quelques-uns des plus fameux procès, dont rinvari^ issue laisse à toutes les pages de nos annales chré-j tiennes autant de taches de sang, il nous sera loisible! de distinguer à des traits caractéristiques le vrai sorcier du faux.

L'appellation de favuc sorcier ^ dont pourrait s'étonner le lecteur, se justifie d'elle-même, quand on songe que tous les grands hommes, pour peu qu'ils ne se résignassent pas, devant le public, au bonnet d'âne du doctor scholasticiJCSj étaient fatalement accusés de maléfice et d*hérésie I Du même coup, ils risquaient la prison, la torture, le bûcher...

Toute supériorité récalcitrante se voyait timbrée de la fatale étiquette, non seulement au regard des clercs et de leur envieuse médiocratie, mais encore au tribunal do Topinion laïque.

A tous seigneurs, tout honneur : Albert le Grand, Tri thème, Agrippa valent d'être cités en première ligne. — C'étaient des mages ; comment n'en eût-on pas fait des sorciers ?... Saint Thomas d'Aquin luimême, VAnge de r Ecole! ne peut échapper au soupçon de sorcellerie, pas plus que son contemporain, le moine Raymond LuUe de Palma, — le docteur très illuminé.

En humeur d'universelle méfiance, les monomanes de la démonologie n'épargnèrent pas même le trône pon-

LB SOBaER

Ippotsd

nnds

. Il faul croire que les papes Sylvestre II et Gré- i VII passaient encore au xvii" siècle pour des s deBéelzebulh, puisquelesavantGabriel Naudé leur innocence, dans l'excellent et courageux ; qu'il publia en 1625 : Apologie pour tous les hommes qui ont esté accusez île magie ' . ncore est-il aigrement repris de son scepticisme par \ le capucin Jacques d'Autun (de son vrai nom, sieur I de Chevannes), l'auteur d'un inepte in-4'', de plus de 1 mille pages, qui a pour titre : X Incrédulité sçauante I et la crédulité ignorante au suiet des magiciens et des \ sorciers".

lUen n'est plus boufl'on que les accusations portées contre tous les génies par les maniaques entêtés de surnaturel - — accusations dont s'indigne l'honnête Naudé. Nous en citerons deux exemples.

Sur Corneille Agrippa .■ — Delrio rapporte » qu'es- I tant à Louuain, comme le diable eut eslranglé l'vn de I ses pensionnaires, il luy commanda d'entrer dedans I son corps et le faire marcher 7 ou 8 tours deuant la I place publique auparauant que de le quitter, afin qu'il I ne fust mis en peine et soupçonné de sa mort quand I tout le peuple l'auroit iugée subite et naturelle. A ■ ■quoy se r'apporte pareillement ce que Paul loue dit ■en ses Eloges, qu'il mourui fort pauure et abandonné Ide tout le monde dans la ville de Lyon, et que touché Ide repentance, il donna congé à vn grand chien noir

qui rauoit suiui tout le temps de sa vie, luy ostant vn collier plein d'images et figures magiques, et luy disant tout en cholere, Ahi perdita bestia^ quœ me totum perdidisti ; en suitte de quoy, ledit chien s'alla précipiter dedans la Saône, et ne fust depuis ny veu ny rencontré * . »

Sur Saint Thomas d'Aquin : — Naudése chagrine d'entendre attribuer à ce Père de l'Église le mauvais grimoire de Essentiis Essentiarum, où Ton dit qu'Abel renferma dans une pierre un traité d'astrologie ! Hermès, après le déluge, venant à briser la pierre, en tira ce livre « auquel estoit enseigné l'art de faire des images soubs certaines planètes et constellations : et pour luy, comme il estoit incommodé en ses estudes par le grand bruit des chenaux qui passoient tous les iours deuant sa fenestre pour aller boire, il en fit vne d'vn cheval, suiuant les règles dudit liure, laquelle estant mise en la rue 2. ou 3. pieds dans terre, les Palfreniers furent en après contraincts de chercher un autre chemin, n'estant plus en

Naudé, Apologie (édition de Paris, Besongne, 1669, pet. in-12, page 30o). N'ayant sous les yeux que celte édition de Paris, 1669, c'est constamment sa pagination que j'indique.

Bodin rapporte la même anecdote, mais avec une variante : — « Le chien noir d'Âgrippa, qu'il appeloit Môsieur, si tost qu*Agrippa fut mort en l'hospital de Grenoble, s'alla ietter en la riuiere douant tout le monde et depuis ne fust iamais veu (Réfutation des opinions de lean Vvier, supplément à la Demonomanie des Sorbien d'accord sur le prodige du suicide de ce pauvre chien; mais ils ne peuvent s'entendre sur la ville où mourut Agrippa: l'un tient pour Lyon, l'autre pour Grenoble... Cela est bien caractéristique!

leur puissance de faire passer aucun cheual par cet endroit ', »

Ces légendes montrent d'abondant quelle rage aéTÎssait alors — véritable épidémie morale — de TOir partout des magiciens.

On en racontait bien d'autres sur Agrippa ; nous n'encombrerons pas ces pages d'un falras pareil. Écoutons plutôt Naudé : après avoir rappelé nombre de particularités à la louange de celui qu'on llélrissait alors du nom lïarchisorcier, notamment « qu'il fut choisi par le cardinal de Sainte-Croix pour l'assisler au Concile... que le Pape luy escriuit vne lettre pour l'exhorter à poursuiure à bien faire, comme il auoit commencé ; que le Cardinal de Lorraine voulut eslre parrain de l'vn de ses fils en France. .. etc.. et finalement qu'il fut amy singulier de quatre cardinaux, cinq Euesques et de tous les bommes doctes de son

temps que Paule loue l'appelle portentosum inge-

nium, que lacques Gohory le met inler clarissiina sui sseculi lumina; que Lud Vvigius le nomme Veneratiduin Dominum Agrippam, Utlerarumque omniu?n miraculu/n et amorem bonomm, etc.. * » ; Gabriel Naudé, qui ne manque pas de logique, « demanderoit volontiers à Delrio... pourquoy le iugeraent du Pape, l'hautorilé de tant de Cardinaux el d'Euesques, la /aueur de deux Empereurs et autant de Uoys, ne

' Apologie, page 330.

' ?Uudé, Apologie pour les grands hommes, etc., page 20*.

sont des preuues aussi bonnes et légitimes pour d monstrer son innocence... * »

Toutes ces citations n'ont d'autre but que de fai toucher au lecteur, par quelles accusations on essaya alors de ternir, et par quels arguments ou s'efforçi de défendre la mémoire d'un savant tel qu'Henry Co

neille Agrippa Et ces choses se débattaient à

fin du XVII* siècle 1

Un dernier trait, bien propre à révéler l'état d esprits vers cette époque : « Nicolas Remigius, juj criminel en Lorraine, qui fit brûler vives huit cen femmes, voyait de la magie partout : c'était son id( fixe, sa folie. Il voulait prêcher une croisade contre 1 sorciers, dont il voyait l'Europe remplie. Désespé de n'être pas cru sur parole quand il affirmait qi presque tout le monde était coupable de magie, finit par se dénoncer lui-même et fut brûlé sur s propres aveux ^. »

De tels faits peuvent passer pour typiques; lei éloquence répugne à tout commentaire. S'il en fa croire Ferdinand Denis ^, compilateur intelligent i tous les chroniqueurs anciens, on comptait à Pari sous le règne de Charles IX, plus de trente mi sorciers .

Pour être impartial (et même en faisant une lari part à l'exagération des contemporains, motivée par

ElipJias Lévi, Rituel de la Haute Magie, page 290. ' Tableau historique et philosophique des Sciences occult

commune manie de voir parlout des légats de l'enfer), il (aut bien convenir d'une chose : les sorciers pullulaient alors et l'on conçoit l'affolement du populaire; il n'esl pas jusqu'à l'aveuglement des magistrats dont on ne se rende compte en le déplorant. Car — nous ne saurions trop le répéter — la sorcellerio n'est pas an vain mot ; les maléfices, les envoûtements, les sorts ont eu de tous temps et ont encore une réalité formidable... Qu'on ait abusé de l'accusation de magie noire, ce n'esl pas douteux et nous venons d'en produire d'étonnants exemples; mais vraiment est-ce un motif plausible pour affirmer que la sorcellerie n'esljatnais qu'un rêve; les enchanteurs, tous de misérables jongleurs sans puissance ; les maléflciés, toujours de pauvres victimes de leur imagination malade ?

A l'aveugle qui soutiendrait une pareille thèse, la Science moderne — oui, la Science même des Universités — viendrait infliger des démentis quotidiens. Sans invoquer ici l'indéniable réalité de phénomènes occultes dont les docteurs du spiritisme seraient épouvantés (eux qui prétendent ne s'étonner de rien I), je prie le public incrédule de se reporter simplement aux expériences des docteurs Liébeault, Bernheim, Beaunis, Gharcot, Luys et autres coryphées de l'enseignement universitaire.

Je le déclare sans ambages : — Quiconque, ayant pris connaissance des faits scientifiquement enregistrés par ces maîtres de l'hypnotisme, et réfléchi quelque

l sur l'essence de ces phénomènes, nie encore la

possibilité du sortilège, celui-là manque à mes yeuj de bon sens ou de bonne foi... C'est ce que j'espèn prouver en temps et lieu ; mais ici pareille discussion serait un hors-d'œuvre.

Je rentre dans mon sujet et me trouve en présence du sorcier, tel que l'ont connu nos pères du xn* aa xviii* siècle. Celui-là est le type moyen, vraiment classique : il me tardait d'en venir à lui.

Michelet, dans son étonnante monographie ^ Ta sacrifié d'un bout à l'autre à la sorcière : « Pour ui sorcier (dit-il), dix mille sorcières. » — Ah 1 c'es un peu exagéré 2. La statistique des condamnation judiciaires dirait autre chose. Là, comme partout, M: chelet brutalise un peu les faits pour les faire entre de force dans sa thèse, toujours préconçue, fort ék quemment plaidée d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, 1 parti pris, évident à toutes les pages, nuit beaucou à la vraisemblance, parfois même à l'intérêt des s€ tableaux ; — et s'il a fait, en somme, une œuvre adm rable, c'est que toute peinture, même illusoire, s transfigure au souffle de la poésie sauvage qui est e lui.

Sorcières ou sorciers, qu'importe, au demeurant — La question se pose en ces termes : qu'est-ce qu le sorcier^ mâle ou femelle ?

Jugeons l'arbre à ses fruits.

^ Que les sorcières fussent en plus grand nombre que les sorcier c'est certain. La proportion seule est inexacte.

LB SORaBR 151

11 serait facile, sans doute, de transcrire les longues et confuses descriptions de Bodin, ou de tout autre démonographe ; mais nous estimons que le meilleur moyen de faire connaître le sorcier, est de le mettre en scène, dans l'exercice de ses tristes fonctions, sur le terrain du sabbat légendaire.

En offrant au lecteur un crayon du sabbat, nous allons permettre à son imagination de faire revivre ces fous dans le cadre fantastique où s'exerça leur folie... Car il importe de le bien noter, tous les incroyables récits dont on va faire en quelque sorte un résumé-synthèse sonl sortis de la bouche mf'me des prévenus poursuivis pour crime de sorcellerie; ils sont pris sur le vif de leurs aveux souvent spontanés et non pas toujours extorqués par la question. Bien plus, ils savaient d'avance, les inculpés, que de tels aveux les vouaient à anc mort inéluclable, les condamnaient, sans rémission possible, au supplice atroce du bûcher'.

{lour

'dus les bois, dit Pylhagore. ne conviennent pas ur sculpter un Mercure ; tous les emplacements non

plus ne sonl pas propres à ce qu'on y fasse revivre ces

assemblées hebdomadaires - de sorciers et de malins

esprits, qu'on a nommées Sabbats.

11 est des sites où la mère-nature semble sourire à

ses enfants et, par le muet langage des choses, leur

' Ils ublenaient quelquefois que le bourreau les étranglât avant de Irs Jeter aux Hamnies. ' Bi-bebdomadaires, suivanl quelques auteurs.

ptrie d'espénaee et de boahev . D est aassi des arides ei ravag». qn B^'îiisfireBt mm cœur de llKMiime q«e le déseociiantaiieaL la lemvr et la folie

LE SABBAT

ÏÂt» familjers de la chasse aux piqoo^^tes rraicontre»t soareot sur les coDines herbues des bandes circolaires d^on rert plus sombre, où la T^étation plus Umiïuft est aussi plus haute de moitié. Très souvent hémicjcUqjaeSj épanouies parfois en une parfaite cir- ^^onférence, ces bandes différent de diamètre et de lar fçeur : elles semblent tracées au compas et s'empour preni à Tautomne d*un diadème d'oronges et d'autre cryptogames aux vives couleurs.

Une vieille tradition nous affirme que les Fées on dafii»^5 là leur ronde, au clair de lune

Kt, comme les Fées — innocentes et folâtres déités à b Nature — ne vont jamais sans la baguette de mé tamorphoses à la main et le sourire de la bienveil bnc^5 aux lèvres, leur joie exubérante s'épanche au tour déciles en dons merveilleux, et sous leurs pa légcrn Therbe croît en abondance, et la nuit s'éclair' aux lueurs phosphorescentes de leur vol argenté.... KlUtn sont la Vie même, incamée dans la splendeu dcH formes féminines ; elles sont l'Amour qui fécond tout d'un rayon de ses doux yeux!

...Mais n'as-tu pas vu, près des ruines décriées qu hant(înt les mauvais esprits, à l'entour des cimetière

Lélaissés ou sur rescarpement des falaises croulantes, ràpres traînées où l'herbe ne pousse jamais, comme d quelque souffle impur avait, en passant là, stérilisé a glèbe?

— Avance : une haleine glacée a couru dans tes cheveux... Prends au long de ces broussailles as ministre apparence; un instinct infaillible te guide ivec des frissons... Laisse à ta gauche la mare auso wrciers^ cette flaque d'eau croupissant dans un creux et que dissimule une ramée de saulaie au feuillage blêmi. Les traditions naïves du peuple t'en défendent l'approche : ces marécages ombragés de pâles arbustes très bas, ce sont autant de soupiraux d'enfer ! — 0 fées ! bonnes fées I vous n'habitez pas là : où donc âtes-vous ?

Ne l'as-tu pas senti ? — Un fantôme t'a pris la main; c*est lui qui te guide et tu obéis en silence à son

étreinte Vous remontez la pente abrupte où les

buissons roux semblent des spectres accroupis dans les vapeurs du crépuscule.

Un pli de terrain est à franchir encore ; te voilà sur la crête : le sentier aboutit à une lande solitaire ; l'herbe très rare est jaune par endroits...

Devant toi se dresse un édifice sauvage Approche encore, c'est un dolmen : tu vois la pierre gigantesque, où le couteau sacré des druides s'empourprait au sacrifice prescrit, en l'honneur de Thor et de Teutad.

La nuit est tombée tout à fait.

Mais voici qu'un clair sinistre et sanglant frappe

U4 L£ TEMPtM BB SàTA3(

^antique aotel da Moloch de la Celtide. Od dirait du MBg et c*cû est — peat-être !

Allons ! la lone s*est lerée toate rooge à llioriion des bois, aa loin ; la scène s*éclaire d'un jour étrange; Tair pèse, fétide et cronpissant

Hais, comme oo sooflle erraot de Iwasîcr refirokfi. Dans le tsI qui revêt ooe étrmnge flgare, L'q Teot tiède, muet et de maorus augure Booflfe sur riieri>e rare et le boisaoa roidi *...

Maintenant que la lune énorme et qoi s'élère avec lenteur éclaire bien la lande, précisant les objets d'abord indistincts. . . est-ce un sentier, dis-moi, cette bande circulaire et qui contourne le dolmen ?

Ce n*est pas un sentier. L'herbe y est tondue et comme ravagée par une vapeur corrosive, à fleur de sol. C'est tout le contraire du rond des fées.

La fécondité, la vie ont disparu.

Quelques minutes encore et la mort va vomir tout les spectres de son empire ^ : ce sont d'indécises larves

< Maurice Roluïiat : Les Névroses, L'allée des Peupliers.

' Nos renseignements sont puisés dans un grand nombre d'auteurs. Citer nos autorités à chaque détail serait chose fastidieuse, insoutenable à toute ligne, il faudrait des renvois.

Se reporter de préférence à Rogoet, Discours exécrable des Sorciers, Lyon, 1610, in-8. — Nicolas Remigios, Demonolatria, — Le Loyer, Histoire des spectres, Paris, 1605, in-4. — Jacques d'AuTin, La Crédulité sçauante. Lyon, 1674, in-4. — Del Rio (traduit par Du Chesjie), Controuerses magiques, Paris, 1611, petit in-8. -- Binsfeldids, De confessionibus malejicorum, August. Trcv..., 1:')91, in-8. — Taillepied, Apparition dss Esprits. Paris, 1588, petit in-12. — Dom Calmet, Esprits et Vampires,

LB SORCIER 155

qui oscillent et se condensent avec peine; crapauds volants, crocodiles dont Tœil flambe et brusquement alterne; dragons aux gueules d'hippopotame, aux ailes de chauves-souris; énormes chats aux pattes molles et incertaines, comme des tentacules de pieuvre... Voici descendre des femmes toutes nues, hurlantes et farouches et échevelées, caracolant sur un balai qui

rue et se cabre tour à tour

Nous sommes au Sabbat !

Une sorcière incante, accroupie au pied du dolmen : une poignée de verges a pris feu dans sa main droite ; elle trempe deux doigts de sa main gauche dans une cruche de grès, entre ses genoux. — Aye Saraye l crie-t-elle, Aye Saraye ^ /... Une lueur point au fond de la cruche, et voici qu'un petit animal s en échappe, léger, preste, et de la grosseur d'un écureuil : c'est Maître Léonard.

La sorcière s'est levée en signe de respect. Léonard, en une seconde, a grandi de deux mètres ; c'est à cette heure un bouc monstrueux aux cornes torses. La vague fluorescence que tout son corps semble exhaler comme une pâle atmosphère se perd en spirales et pue étrangement.

Mille feux follets voltigent çà et là, par la lande.

Paris, 175i, 2 vol. in-12. — Garinrt, Histoire de la Magie. Paris,

^ Par corruption de l'hébreu n^HK 1tt?N n^HK {yEhieh asher jEhieh) : l'Être est TÊtrc.

156 LB TBMPLB DE SATAN

Soudain l'un paraît s'élancer, crépite et soudain se fixe entre les cornes du Diable-

Car c'est le Diable, que ce Maître Léonard 1...

Des quatre coins de l'horizon l'on voit accourir, des quatre points cardinaux de Tair on voit fondre pêle-mêle sorciers, sorcières et démons. Le ciel se raye au vol des esprits, et sous l'œil enflammé d'Hécate l'air glauque s'enténèbre vaguement ; vaguement la terre s'estompe de mouvantes ombres qui s'entrecroisent.

— Har! Har ! Sabbath!... hurlent les arrivants, pressés en groupe autour du Maître, qui, tour à tour, avec un gracieux empressement, offre à chacun son derrière à baiser. Mais, au lieu des fesses décharnées d'un bouc, c'est un jeune visage d'une merveilleuse beauté — et tout affilié reçoit sur la bouche la caresse de deux lèvres fraîches et vivantes.

Des feux de bruyère et de cyprès s'allument par toute la lande : ils ardent et flamboient, multicolores. De lentes mélodies, qui semblent d'un invisible harmonica, égrènent leurs notes perlées, d'un timbre liquide et d'une ineffable pureté...

Et c'est avec les hurlements des familiers un étrange contraste.

Or, Maître Léonard, après l'hommage de ses féaux, reprend un air ennuyé ; dédaigneusement, il gagne la haute chaire dorée à quoi l'autel druidique sert de piédestal : il domine de là toute l'assemblée.

Par devant, se tient le Maître des cérémonies, son

LB SORCIER 157

bâton de commandement à la main. C'est alors que se fait l'appel des noms et la vérification des marques ou stigmates.

Mais voici qu'un mouton noir, aux yeux incandescents, accourt comme l'ouragan des parties du septentrion. Il bêle pour rassurer celle qu'il porte : superbe fille ' toute nue, à cheval sur sa douce toison. Elle se tourmente fort et pleure... C'est la victime attendue, c'est la Reine de Sabbat.

On s'empresse autour d'elle avec toutes les marques d'une impatience respectueuse. Descendue de sa monture et tandis qu'on l'acclame, elle voile sa bonté dans le désordre de ses longs cheveux.

Le Maître des cérémonies lève sa baguette d'or avec solennité ; le Diable se dresse et salue la jeune fille ; il descend enfin de sa chaire : la Messe noire va commencer.

D'humbles chèvre-pieds ont creusé vers la gauche un trou dans le sol : Léonard s'y rend en grande pompe afin d'uriner le premier. Les principaux de rassemblée l'imitent. C'est Teau lustrale pour les aspersions — et qui sert à baptiser la nouvelle venue. Puis les sorcières, y trempant deux doigts de la main gauche, dévotieusement se signent à rebours.

Voici s'ébranler de nouveau la procession. L'on

« Toutes celles que nous avons vues qualifiées du tiltre de Roy nés estoient douces de quelque beauté plus singulière que les aultres » (Pierre de Lancre, Inconstance des démons, Paris^

IM LE TEMPLB DE SATA:i

nmkîie à Taotel de Teutad la vierge que le Bouc doi^ initier ; elle y reçoit successivement tous les sacrement^ de Tenfer.

Cela fait, on Tenduit d'un onguent à base de cantha^ rides et de stramoine : l'ivresse chatouilleuse envahit par d(3grés son pauvre corps ignorant des spasmes et la voilà maintenant qui se tord, affolée dans sa pudeur par l'automatisme du désir.

A Vhitroït, Satan prescrit qu'on éloigne les enfants» trop jeunes pour prendre part au grand mystère — au grand sacrilège de l'universelle communion d'amour. Ils descendent vers les mares au Diable, de blanches gaule ttes à la main, pour y faire paître la troupe d'innombrables crapauds, tous baptisés et vêtus de velours vert ou de soie écarlate, avec une sonnette au col.

Kntre eux et la Grande assemblée, les lutins de rAër tissent une nuée épaisse, et Léonard procède au Sacre de la nouvelle venue.

Renversée sur l'autel, épeurée et toute pantelante, elle reçoit Tàpre baiser du dieu. C'est un déchirement affreux, la brûlure d'un pal de fer rouge, puis aussitôt Tangoisse d'une inondation abondante, glacée *...

Abrogeons. — Tous les démonologues s'éternisent en trop consciencieux détails -, que nous n'avons garde de reproduire.

• Iftieâtn e55e diaboli mentulaiiu fridduui vero semen ejus, Sab- Imlhî mcrolrioes uoà wk^o confilenlur.

Nous nVn citerons qu'un seul, en lalin : *v Aliquid turpissimum ^quvHi t.auen scHbam\ aslruunl : videlicel divmonem incubum uti jn^/ri6ro jfL'nîuùi bi/urcato, ul simul ulroque \ase abutaiur. »

LE âOBCIBR

Une ronde effrénée, serpentant autour du couple avec des hurlenieuls de joie farouche, mêle, confond les sexes et les rangs, dos à dos.La chaîne n'est rompue que pour les i^bals adultères, incestueux et sodomitiques, épars dans la lande au clair de lune. . . L'inceste est surtout en honneur, car le Sabbat devient parlai l'éternelle pépinière de Satan : « Il n'y eut oncques parfait sorcier et enchanteur, qui ne fust engendré du père et de la fille ou de la mère et du fils '. »

Cependant, sur le corps m&me de la nouvelle prê- tresse — autel palpitant — le Boiicpiiant • officie : il offre du blé à l'Esprit de la Terre qui fait croître les moissons; il donne l'essor à de petits oiseaux qui portent, à travers le ciel nocturne, les vœux des assistants au démon de la Liberté.

Puis un gâteau symbolique est pétri, cuit et consacré sur les reins ensanglantés de la prêtresse : c'est la Confarrealio, l'hostie de l'amour impur, l'offrande du mal universel, la communion infernale qu'on distribue à toute l'assemblée...

L'heure a sonné du festin fraternel, et les pasteurs impubères ramènent de la pâture le bataillon des crapauds contiés à leurs soins vigilants.

Les vieilles furies, pour qui l'amour n'est plus qu'une réminiscence deux fois stérile, ont apprêté

Cette citation de Sylvusteb PHiisniAS en dit assez : à ta lecture de cette turpitude sans nom, prise au hasard entre mille, on s'imaginera facilement ce que peuvent être les autres.

' Bodin, Demonomanie de Sorciers, livre IV, ch. v.

' Je a'iuveotti rieu : Lancre, Ineonatanee, préTaee, vers la fin.

160 LE TEMPLE DE SATAJi

des charognes diverses et fait cuire avec des herbes enchantées des enfants morts avant le baptême.

L'hydromel circule dans les coupes : on se régale, on s'enivre à la ronde. Des monstres hermaphrodites, des diablotins sous des déguisements variés garnissent de pâtisseries d'enfer les tables où le paysan fraternise avec le Seigneur et le Prélat, où les plus fières dames coudoient rustaudes et rustauds. Qu'auraientcllcs affaire, les châtelaines, de mépriser encore les vilains?... Nobles et roturiers, pêle-mêle, la grande Luxure aveugle n'a-t-elle pas mêlé leurs sangs et leurs salives?.

Un gros nuage de plomb a dévoré la lune. Les brasiers rougeoient, éclairant seuls la lande.

Alors une voix épouvantable et sans ton distinct, une voix enrouée et morfondue se fait entendre par deux fois : Vengez-vous j oti vom mown^ez! Sitôt, levant sa queuo touffue, dont il voilait sa présomptueuse impudeur*, Léonard laisse tomber sous lui des graines noirâtres, en chapelet..., puis des poudres fort puantes. De grandes pièces de toile ont été déployées, selon le rite, pour recevoir ces crottins diversement précieux ; ce sont des poisons, des élixirs et des philtres : il en est pour l'amour, pour la folie, pour la mort ; il en est aussi pour les guérisons mystérieuses... D'aucunes sont destinées à rendre les champs stériles, d'autres à infecter Tair pour la production des épidémies. Il en <îst fait une distribution générale.

^ Immane scrotuai, iorvamque meatulam.

Enfin, les crins épars^ tout enhardie et enfiévrée, se relève la Reine du Sabbat, et d'une voix éclatante, en menaçant le Ciel du poing : — Foudre de Dieu, hurle la victime triomphale, Foudre de Dieu, frappe donc,

si tu roses ! Puis elle se jette sur Tun des crapauds

qu'elle déchire avec rage entre ses dents : — Ah! Philippe y si jeté tejiais!

L'horizon pâlit, cependant, aux premières lueurs de l'aube. Soudain, le Bouc s'est métamorphosé en un coq monstrueux, tout noir, à la crête de flammes fulgurantes — et Ton entend un formidable cocorico.

L'assemblée se disperse en hâte et tout a disparu

Il ne faudrait pas croire qu'on a pu condenser en cette courte description toutes les insanités, toutes les turpitudes surtout, dont foisonnent les écrits des Bodin, des Lancre, dcsDelrio, des Boguet,des Sprcnger, des Michaëlis et autres démonologues.

Sans parler de Tintcrminable chapitre des ébats lubriques — restreint par nous à l'espace de quelques lignes encore épurées — nous n'avons rien dit de la danse des crapauds, ni des plaintes que proféraient ces intéressantes petites bétes contre la sorcière trop peu soigneuse de leur chère santé, ni de la confession au diable des péchés que l'on a omis de commettre, ni des récoltes périodiques de chair humaine sous les gibets, ni d'interminables autres détails, d'un goût également

Notre grande ambition fut de restituer la tragi-comédie dans son ensemble : il va sans dire qu'en nous efforçant au groupement logique des principales scènest nous n'avons pu concilier les opinions de tous les auleurs. Loin de s'entendre en effet sur l'ordonnance de la cérémonie, chacun d'eux intervertit avec art les phases diverses qui la composent. Le fond reste invariable chez tous; mais, pour certains détails de forme, il serait difficile d'obtenir un parfait accord.

Nous recherchons par le menu, au cours du livre 11^ ce qu'il peut y avoir de réel dans ce tissu de fantasmagories légendaires — où chacun verra à son gré, suivant le point de vue, soit le plus redoutable des drames,. soit la plus burlesque des pantomimes.

Pour compléter ce tableau , rapportons en quelques lignes ce que les traditions populaires disent de VÉvocation, du Pacte et du transport au Sabbat.

Éliphas Lévi, dans son Rituel de la Haute Magie \ énumère en conscience les cérémonies bizarres , odieuses et ridicules qui sont requises en Goëtie, à l'etfet de conjurer le Démon 2. Nous y renvoyons les chercheurs, curieux de spécifications de ce genre. Mais les règles absolues sont faites pour être violées, les prescriptions impératives sont promulguées pour qu'on les élude, — et de fait, jamais ou presque jamais sorcier ne déploya cet appareil pour contraindre Satanas à paraître.

2 Voir notre chapitre v, à l'article Évocations,

Les annales de la sorcellerie sont pleines de récits d^évocation, ayant parfaitement réussi, sans tout ce Juxe de mise en scène. On voit mêmi^ le Diable se montrer sans qu'on ait eu Tintention de le faire venir, et s'écrier d'une voix de tonnerre : Pourquoi rrCa- TeZ'Vou^ appelé * ? Le plus souvent, le héros de Taventure est un escholier bien pauvret, qui — par curiosité — a parcouru des yeux un grimoire que le

liasard avait placé là Quels artisans de malheur que

le hasard et la curiosité ! Le Diable, qui est un finaud, €t, par surcroît, un mauvais coucheur, fait les gros jeux et la grosse voix : il ne veut pas qu'on l'ait dé- rangé pour rien; il menace, il tempête. Bref, il exige c[u'on se lie à lui par un contrat consenti librement.

Le pauvre imprudent tremble de tous ses membres et ne sait comment sortir d'un si mauvais pas. Mais Satanas, tout à coup radouci, se fait paternel et lui détaille les plus séduisantes propositions. 11 n'est chose si rare et si enviée qu'il ne lui promette, à condition , toutefois. . . Oh! presque rien! Il ne veut que deux lignes d'engagement, signées de cette main qui tremble encore. . Un Pacte, nous y voilà ! L'escholier sera, dans quatre ans, ou dans dix ans, ou dans trente ans, acquis au démon corps et âme — moyennant quoi celui-ci, ce délai durant, s'engage à le servir de toutes ses res-

Entre nous, \e crois que si le Diable apparaît quand on ne rappelle pas, il se refuse assez généralemenl à venir quand on l'appelle.

Dans les deux cas, pour obtenir qu'il se dérange, il faut être prédestiné.

fCi LK TKMPLE DE SATAN

khurco.s (i\ ;i In (Iclfoinlro de tout son art. L'escarcelle 'lu {isiijvn't sf^ni pIoiiKi inépuisablement de doublonset

U'. piMslrcH ; il spfliiira les plus prudes femmes d'un H/'iil H'^'îird; il s<», transportera partout où bon lui M<rrnlih', :iv(u* In rapidité do la pensée, et ses souhaits, qiH'ls qu'ils |)uissont être, seront exaucés, sitôt formulés dîins son mwir, L'olFre est séduisante; le malheuv(*\\\ n'y s;iil point résister. Il signe de sonsang lacé- (IiiNm'ii (lonl)ln: h'. Dinblo emporte l'une; quant àFautre, ô nKTvrilNî! j)Iiicé(î sur la piqûre d'épingle qu'il s'est fiiib! iiu bnis, o\](\ entre dans les chairs, sans élargir l'i'^.'^rîiti^niurcî, (|ui se trouve au contraire cicatrisée du coup.

(Inux qui v(uilout savoir l'épilogue de ces sortes^ d'.'i vrntuHîs (toujours selon la Légende) liront pour leur ^'^ouv(M*nr l(» ninu^t curieux ouvrage dePalma Gayet: llislairr prodif/irtfsr et lamentable de Jean Fatiste, firnnd Mtuilrirny et sa rie (^poaventahle^ ,

Voil:*i le lypo de presque toutes les légendes d'évocîiiion : le fond n'en varie pas, la forme n'en varie

gurn».

(^(^sl ici ce qu'on peut appeler une évocation de hîisîinl; (»n revanche, le pacte est volontaire et parfaiteuHMit exprimé.

dur il faut dire que les théologiens distinguent volontiers entre 1(î pacte exprimé ou formel et le pacte de fait (ipso farlo) non exprimé ou tacite. En man-

^ ('.oIojj;iu»,licnlii»rs de Pierre Marteau, 1712, petit in-12, avec un frontispice gravé, que nous reproduisons ci-contre.

géant la pomme, suivant eux, notre mère Eve a conclu avec le Démon un pacte tacite

Mais trêve à ces ergotages de basse scolastique. Il nous reste à dire un mot du transport des sorciers au Sabbat. Le mode en diffère d'après les auteurs et selon les pays : la personne élastique du Diable se prête à tous les usages ; ses mœurs changent, suivant les êtres qu'il complote de séduire.

Tantôt la sorcière se sent enlevée, minuit sonnant, par une force inconnue, et transportée dans les airs, avec la rapidité du vent, jusqu'au lieu du Sabbat. Tantôt Satan lui apparaît distinctement, sous la forme d'un bouc ou d'un mouton ; il la prend alors sur son dos ou sur ses cornes et l'enlève, comme ci-dessus, par l'orifice de la cheminée. — Ailleurs, il communique aux balais la vertu qu'on sait : entre les mains de leur propriétaire, ces modestes ustensiles deviennent, quand c'est l'heure, des montures infatigables, vites et fidèles.

Mais une heure ou deux avant l'enlèvement (de quelque façon d'ailleurs que l'enlèvement s'opère), celui ou celle qui veut aller au Sabbat doit se graisser le corps, spécialement les cuisses, le ventre et les aines, d'un onguent particulier — la composition en varie peu — dont Satanas et ses compères ont bien soin de tenir constamment pourvus les fidèles de la Synagogue ^

^ Nom donné au Sabbat dans certains procès de sorcellerie.

1(M LB TEMPLE DE SATAN

Quo le lecteur n'oublie pas cette particularité ; c'est

le point capital à prendre en note Au second

livVc, nous reviendrons, comme il sied, sur cette question des pommades magiques ; nous promettons môme de faire ê^ leur sujet des révélations aussi curieuses qu'imprévues.

Qu(5lquefois, les candidats aux infernales agapes hâtaient la vertu merveilleuse de l'onguent par les secr/ites propriétés d'un électuaire qu'ils absorbaient sous la forme d'une assez grosse pilule. Tous ces détails très intéressants veulent être examinés à part le plus sérieusement du monde ; ici, nous ne faisons qu'indiquer.

Attendu que le chapitre vi du Temple de Satan édifiera le lecteur sur le problème du sorcier dans ses plus modernes incarnations, n'y touchons point — et terminons par une étrange aventure, que nous tenons de la bouche même du paysan lorrain à qui elle est arrivée.

Nous Talions consigner, autant que faire se pourra, dans les termes mêmes où elle nous fut contée. Celui qui parle est un homme d'environ trente-cinq ans.

— « Ça s'est passé dans mon enfance. Monsieur : je pouvais avoir cinq ou six ans. C'était à Cutting (village de la Lorraine annexée) en automne de l'année 1859. Un soir que le ciel était comme de l'encre, nous causions en famille près du foyer de notre cuisine, quand une musique ^ d'un caractère tout drôle

^ Mélodie.

se fil entendre dehors. C'était comme le chant de quinze ou vingt personnes, qui toutes, pour la circonstance, auraient pris une voix fine et grêle *. L'air modulé sur deux ou trois notes seulement ne manquait pas de

charme ; sa monotonie même était impressionnante ^. .

« Je m'élançai dehors et ne vis rien. Les voix semblaient venir d'une très grande hauteur ; elles devenaient sensiblement plus nettes, comme si le chœur se fut rapproché de nous.

« J'eus grand peur et les paroles de ma mère ne furent pas pour me rassurer : — Prenez ouate ^ mofeu^^

cest la Haute-Chasse (on appelle ainsi chez nous le voyage aérien des sorciers et des sorcières en route pour le Sabbat).

« Me raidissant contre la frayeur, je me mis àc/iiner ^ ces monstres et à leur crier des injures : le chant soudain s'éteignit. Gomme je me disposais à rentrer chez nous, lui os de cadavre humain, tombant sur ma casquette, faillit m'assommor; je m'étais accroupi pour le ramasser; mais je ne pus me résoudre à le prendre dans ma main, tellement sa puanteur me parut affreuse.

« Je trouvai ma mère aussi terrifiée que moi : des charognes sans nom étaient tombées dans Tâtre, jusqu'à ses pieds, par le trou de notre cheminée.

Une voix de lôte.

2 Ici je traduis de mon mieux les longues circonlocutions du paysan.

Prenez garde, mon fils.

^ Singer, imiter en dérision.

« On ne m'y prendra plus à chiner la Haute- Chasse! »

A cette anecdote, nous nous garderons bien de joindre un seul mot de commentaire. Nous la donnons pour ce qu'elle vaut, estimant du moins que le narrateur est un homme sincère et convaincu.

Gomme nous l'avons dit, le sorcier est sincère, lui aussi : la plupart du temps inébranlable dans sa croyance au démon — son maître — c'est au nom de

l'Enfer qu'il vaticine, promet, menace, maudit Et

bien que basée sur sa foi en \m mensonge, sa puissance n'est pas vaine *.

La foi renverse les montagnes y a dit le Christ... Triste foi,penserez-vous, que la Foi de ces gens-làl D'accord; mais triste ou non, aveugle ou éclairée^ passive ou active, c'est toujours la foi.

Qu'il s'agisse d'un mage ou d'un sorcier, ne cherchez pas ailleurs le secret de la Force occulte.

^ Nous n'avons garde de prétendre que la puissance des sorciers s*étend à tontes les œuvres que nous leur avons attribuées, légende en main. On le verra par la suite de cet ouvrage : il se pourrait que nous fussions moins crédule, au fond, que bien des incrédules de profession.

l«1mpératrice le Ternaire le Rapport = le Verbe.

Chapitre III

[aïs le Mage n'est point en cause : il ne s'agit que du Sorcier. — L'ouvrier nous étant connu, il est temps d'en venir à l'œuvre. Elle fournira le sujet de ce chapitre m.

Nous abordons la sorcellerie, qu'on peut définir la mise en action, pour le mal, des forces occultes de la nature.

Déjà tout à riieure, esquissant la silhouette du Diable et le portrait du sorcier, nous avons plus qu'effleuré le thème du présent discours. Il le fallait ainsi pour l'agrément de nos premières pages. Le tableau du Sabbat, en particulier, a synthétisé et concrète sur le vif le cérémonial d'un certain nombre de maléfices, accomplis dans l'ordre traditionnel de leur groupement.

Mais après la syntlièse, dont le rôle est de noyer les détails dans l'harmonieuse fusion d'une vue d'ensemble, doit venir l'analyse qui, ramenant ces objets

divers l'un après Tautre au premier plan, restitue à leurs contours la fermeté, le trait ; à leurs surfaces, la variété des teintes qui les nuancent... Bref, nous avons di\ réserver pour cette heure l'examen des sortilèges par le menu et la spécification scrupuleuse des rites usuels au magicien noir.

Ce n'est point lecture folâtre que celle d'un Rituel, — et résumer le rituel du plus triste des pontifes, telle est, en somme, notre tâche présente. Faisons des vduix pour que la bienveillante attention du public ne se lasse pas trop à l'implacable monotonie d'une telle nomenclature. Du moins tâcherons-nous d'en rompre l'ennui didactique, au hasard de quelques anecdotes,

Kst-il besoin de rappeler que nous répudions pour l'instant tout commentaire explicatif ? La Clef de la Magic noire * ouvrira pour nous ces arcanes : nous distinguerons alors ce qu'il peut y avoir de réel et de torriblo dans le pouvoir presque illimité que le consensus unanime des peuples a prêté constamment aux sinistres praticiens de la Goëtie ; la raison d'être de ce pouvoir nous sera révélée en même temps que le mécanisme de ses effets.

C'est alors seulement qu'un lecteur judicieux s'estimera en mesure de prononcer et le pourra sans pré- somption, en confrontant les documents fournis à son lovai examen et les explications proposées à son sagaco arbitrage.

Deuxième septaine du Serpent de la Genèse,

Il semble que d'ici là, toute réserve s'impose à lui.

Il n'en saurait être de même pour l'écrivain, dont le premier devoir est de sacrifier la logique même de son plan à l'intérêt et sur toutes choses à la clarté.

Que si, dans cette première septaine, où le sommaire des opinions communément admises devrait seul trouver place en regard des faits allégués, l'auteur laisse préjuger parfois son propre sentiment, ou trahit d'aventure ses préférences doctrinales, il s'en excuse assurément comme d'un vice de forme. Mais la correction du fond dogmatique, voilà l'essentiel. Du moins le croit-il ainsi et le but qu'il a visé sera sans doute atteint, si ses conclusions, prématurément devinées ou pressenties à contre-temps, trouvent deux fois leur justification, et dans l'éloquent plaidoyer des faits euxmêmes, et dans l'enchaînement rationnel des hypothèses explicatives de ces faits.

Nous l'avons vu : le Diable est le singe de Dieu; le sorcier, le singe du prêtre. L'analogie peut fort bien se poursuivre, car la sorcellerie fut de tous temps l'image dépravée des religions et comme un sacerdoce à rebours.

Qu'est-ce, en effet, qu'une religion ? — C'est, d'une part, un ensemble de dogmes et de symboles expressifs des grandes vérités de la Mystique céleste ; d'autre part, un ensemble de rites sacraraentaux, qui sont l'active traduction et l'adaptation vivante de ces symboles : toutes choses destinées, en quelque sorte, à servir de lien entre la divinité et les hommes, entre le ciel et la terre.

172 LE TRMPLB DE SATAN

Le but de la Religion est de relier [religare) l'humanité déchue à son type céleste, le Verbe étemel.

Si Ton retourne celte définition, elle conviendra parfaitement à la sorcellerie, sorte de religion reflétée au miroir infernal, qui en renverse et en déforme rimage. Figurez-vous Dieu à Tenvers, et vous aurez le Diable ; c'est un des axiomes bien connus de la Kabbale : Dœmon est Deiis inversits * .

La sorcellerie a ses dogmes négatifs, ses symboles d'erreur et ses rites d'abomination. Elle a ses sacrements ; on peut même distinguer en eux la matière et la forme^ à l'instar de ceux qu'administre l'Église.

La matière du sortilège consiste en un objet sensible, qui sert de base symbolique à la foi mensongère du sorcier, de traduction expresse à son intention mauvaise, comme à sa volonté funeste il sert encore de point d'appui. — La forme du sortilège est le signe expressif de l'infusion diabolique, la manifestation occulte du verbe intentionnel, qui consacre la matière pour un but préfixe et l'évertué dans la direction voulue d'avance.

Tous les théoriciens de la Goëtie, Tamblique en tête, parlent de substances propres à recevoir les dieux (imprégnation pneumatique) et de signes qui

^ On lit dans la Collection des Kabbalistes de Pistorius [Artis cabbalisticœ,., Tomus I, ex Pistorli BibUotheca^ Basileae, 1587, in-folio, page 792) : « Eaedem sunt liiterae nominis Gacodaemonis (qui est princeps mundi huiusj et nominis nin^ Et qui sciuerit ordinare transpositum, deducet vnum ex alio. »

ŒUVRB8 BB 80RGELLBRIB 173

ont la verta de lier les dieux à ces dites substances. Qui ne recoimallrait là d'emblée la matière et la fbfyne du sacrement magique '?

Lia théorie sacramentelle est identique en Religion, en Magie noire et en Haute Magie. Que nous examinions le prêtre dans l'administration du baptême, le sorcier dans la pratique de l'envoûtement, ou le mage dans la confection d'un talisman ou d'un pantacle , il nous sera pareillement impossible de méconnaître le caractère sacramentel de ces trois opérations^, saintes ou sacrilèges, bienfaisantes ou néfastes, qu'importe? Or, ce caractère est double; il consiste essentiellement — on n'y saui'ait trop insister — dans le concours de deux éléments complémentaires, indispensables l'un à l'autre : la matière du sacrement et sa forme ; en d'autres termes, le corps du sacrement et son âme. L'intention seule varie, — mais, soit eau naturelle pour le baptême, soit figure de cire pour l'envoûtement, soit rondelle de métal pour l'infusion lalis-

Le célèbre Corneille Agrippa, héritier indirect et tardif de cette école plus savante qu'irréprochable, n'est pas moins formel sur ce point; il y revient très souvent au cours de sbl P/nlosophie occulte. Lire particulièrement le chapitre xi du Livre premier : Comment se /ait V infusion des vertus occultes aux espèces des choses par les idées, moyennant Vâme du monde, etc.. On y trouve cette formule excellente, qui donne la clef de la science talismanique : « Les choses d*icy bas reçoivent autant de force et de ■vertu des cieux, que la matière est disposée à en recevoir. » La Philosophie occulte, traduction française. La Haye, 1727, 2 vol.

^ J'emploie les termes sacrement, sacramentel, dans leur sens le plus étendu.

manique, ces objets divers constituent la matière sacramentelle. Et d'autre part, soit invocation céleste, soit imprécation infernale, soit consécration magique, les paroles prononcées constituent la forme sacramentelle.

Gela dit, et sans insister davantage sur ce triple rapprochement, abandonnons au lecteur le soin facile de déduire les nombreuses analogies similaires à celle-là ; rentrons enfin dans le domaine exclusif de la Magie noire, pour nous en tenir désormais le plus possible à la description pure et simple de ses rites et de ses mystères.

On peut répartir en trois grandes catégories les fauteurs de sortilèges, selon le mobile qui leur est attribuable. La première classe comprendrait les dupes de la curiosité malsaine ou du fol orgueil : en imposer aux autres hommes par l'ostentation d'une puissance surnaturelle, quel rêvel... La seconde classe embrasserait ceux-là que dévorent la haine ou la jalousie aveugles, natures ivres de vengeance et qui font le mal pour le mal. Formeraient enfin la troisième classe des magiciens noirs, ceux-là qui se sont laissés séduire par la perspective d*un lucre imaginaire, par les suggestions de Tavarice ou de la luxure, et dont le but est de satisfaire leurs passions cupides ou brutales.

Quant aux œuvres mêmes du sorcier, on les distingue plus naturellement encore en trois classes principales: ses crimes envers Dieu, envers lui-même, envers son prochain.

Moins synthétique et moins complète, quoique plus détaillée, la répartition que fait Bodin, au IV® livre

CEUTRES DB 80RCBLLBRIB 17&

de la Démanotnanie. — Il compte quinze crimes détestables, qui chargent, s'il faut l'en croire, la conscience de presque tous les sorciers : « Il a esté bien vérifié, ditril, que les sorciers qui ont paction expresse avec le Diable, sont ordinairement conlpables de toutes ou de la plupart de ces mechancetez. » * En Yoici rénumération abrégée : — l"" La lèse-majesté Diable ; — 4'' l'abandon au Diable des enfants nés ou à naître ; — ô"" le sacrifice au Diable desdits enfants ; — 6* leur consécration au Diable dès le ventre de leur mère ; — 7* le serment de propagande satanique ; — 8"" le serment prêté au nom du Diable et en son honneur; — 9* rinceste; — lO* l'homicide, en vue de se procurer la chair et les organes humains requis pour la confection des charmes; — il* l'anthropophagie» coutumière aux hôtes du Sabbat; — 12* l'usage des poisons et des philtres; — 13"* le sort qui fait périr les bestiaux ; — 14"* le sort qui stérilise la terre, suscite la grêle et détruit les moissons ; — 15"* enfin, la copulation charnelle avec les démons et monstres vomis par Tenfer.

La tâche serait facile, en se plaçant au point de vue rétrospectif des lois en vigueur dans tout le moyen âge et de la jurisprudence qui prévalait encore au temps où vécut Bodin, de signaler les lacunes qui

Le moindre de ces crioies fflérite, au dire de Bodin, la mort exquise.

font cette classification incomplète et vicieuse : il im- . porte de relever, entre autres, l'omission du crime d'hérésie, infailliblement imputable à tout sorcier. Ce crime — au même titre que ceux d'évocation et d'adoration du Diable, dont il a été question au chapitre précédent — ce crime rentre, selon le point de vue, dans les deux catégories des outrages envers Dieu et des fautes graves envers soi-même .

Quoi qu'il en soit, nous aurons surtout à traiter des maléfices proprement dits, ou sortilèges perpétrés en vue de nuire au prochain.

Nuire au prochain, c'est la grande ambition des vassaux de Satan.

Mais, avant d'entrer dans le détail des pratiques superstitieuses les plus usitées de ces misérables, il paraît opportun de produire, à titre d'exemple, un fait évident et bien constaté de sortilège effectif, que nous emprunterons aux chroniques judiciaires du XVII* siècle.

C'est justice d'observer, à l'honneur du Parlement de Paris, que la tradition était de s'y montrer, en matière de sorcellerie, d'une modération relative. La jurisprudence des Boguet et des Remigius n'y était point admise : mais, à l'encontre des Parlements de province où la coutume allumait des bûchers pour simple délit de superstition*, les magistrats de Paris

Les Cours souveraines de Bordeaux et de Rouen se dislinguaient entre toutes par leur fanatisme indécrotable.

ne livraient d'ordinaire aux flammes que des sorciers dûment convaincus d'avoir, par leurs manœuvres, causé la mort d'une personne, ou tout au moins des dégâts matériels, tels que la perte des bestiaux ou la ruine des récoltes.

Or, le bailli de Pacy, ayant condanmé pour ces derniers crimes, mais en l'absence de preuves péremptoires, plusieurs bergers aux supplices de la corde et du feu (c'«était dans l'intervalle des années 1687-1691), le Parlement avait cru devoir casser le verdict de première instance et substituer à la peine de mort celle des galères. Il tenait pour constante la culpabilité des prévenus, auteurs des préjudices soufferts; mais les ravages étaient-ils dus à des opérations magiques ou «iraplement à des moyens naturels? — La Cour hésitait À se prononcer.

Les preuves décisives ne devaient point se faire longtemps attendre, et celles qui signalèrent le procès du berger Hocque parurent si concluantes, que le retentissement de cette série d'affaires fatigua tous les -échos de l'Europe.

Les faits sont curieux. J'en veux fournir un résumé sommaire.

• \ Le procès instruit contre Hocque avait eu pour mo- **; tif déterminant l'étrange contagion qui décimait alors *' .,'les bestiaux. La voix publique dénonçait en lui l'au-

ieur de cette calamité. •* . • Condamné seulement aux galères par la Haute-Jusfc4ice de Pacy, le 2 septembre 1687, Hocque frappa * /-îfl'appel la sentence du bailli. Mais, dans l'hypothèse

litigieuse de sorcellerie, la Cour de Paris ne révisait guère que les sentences de mort. Ce n'était pas le cas de la sienne, qui fut confirmée par arrêt du Parlement, en date du 4 octobre suivant. L'indulgence du premier juge, conforme cette fois à la jurisprudence de la chambre d'appel, trahissait les doutes de ce magistrat touchant la cause efficiente de Tépidémie, car il n'avait prononcé que la peine des empoisonneurs de troupeaux « par le moïen de gogues et aultres voyes naturelles ». Sur ces entrefaites, nonobstant l'arrestation du berger, la mortalité sévissait plus intense sur le bétail. D'où mille conjectures et le soup- çon qu'on s'était trompé.

Afin de s'en éclaircir — Hocque étant encore en prison à Paris — l'on s'avisa de lui donner pour compagnon de chaîne un certain Béatrix, lequel rentrait . dans cette variété de mouchards qu'on a nonxmés depuis des moutons.

Suivons la marche des événements. La ruse réussit à souhait : Béatrix fait boire le berger qui, sans, défiance, lâche le mot de l'énigme. Il avoue avoir enterré, dans une écurie qu'il désigne, « vne charge d'empoisonnement magique, appelée les neuf coniure- ▼ mens ». L'épidémie ne cessera, s'empresse-t-il d'ajou^ • ter, qu'une fois le charme détruit. t

Que fait Béatrix ? Il va tout raconter au Gomman-i/ dant de laTournelle, homme de prudence et de conseilf qui lui prescrit de faire boire encore le sorcier, afin d'obtenir de lui la rupture du sortilège. Hocque, dans» les fumées du vin, consent à tout, sans songer que

V

l'effet immédiat qui doit suivre la levée du charme, sera sa mort à lui, qui en est l'auteur. Car c'est une loi redoutable en Goëtie — loi dite du choc en retour — que tout courant d'empoisonnement magique, détourné du but où il devait frapper, revient aboutir à son point d'émission avec une violence double ; dès lors, l'envoû- teur est perdu sans ressource, s'il n'a l'adresse de faire dévier l'influx mortel sur la tête d'une tierce personne — victime substituée et qui meurt à sa place.

Passablement ivre, le berger écrit donc à son fils Nicolas Hocque, de faire lever la charge par un sorcier bourguignon nommé Bras-de-fer ; il s'en remet à ce collègue, se bornant à prescrire que son propre nom ne soit pas prononcé. Mais quand, à peine dégrisé, Hocque apprend que sa lettre est partie, la lucidité lui revient ; il entre dans une indescriptible fureur contre Béatrix : « Tu vas être cause de ma mort, s'écrie-t-il, tu mourras ! car tu m'as pris en traître. » El avec l'aide des forçats, toujours empressés à punir un mangeur ^ il se met en devoir d'é- trangler Béatrix. Nul doute que le mouchard n'y eut laissé sa vilaine âme, sans la soudaine intervention du Commandant de la Tournelle, qui se montre entouré déjà de gens d'armes, réprime la sédition qui gronde, et met Béatrix en sûreté.

Cependant Bras-de-Fer, appelé à Pacy, parvient « par des figures et impietez exécrables » à découvrir l'endroit des écuries où gît la charge d^empoi-

^ Un mouchard.

sonnement, qu'il déterre et s'empresse de br&ler, en présence du fermier et des garçons de ferme. « Mais, à l'instant — dit la Relation authentique — il témoigna y auoir grand regret et que l'Esprit luy auoit reuelé que c'estoit Hocque qui auoit faict ladite charge et qu'il estoit mort a 6 lieues dudit Pacy dans le tems qu'il l'auoit leuée, (sans sçauoir qu'il fût à Paris en prison). Ce qui se treutm cstre véritable, tant par Finformation faicte par le commissaire le Marié au chA- teaude la Tournelle, que par celle faicte par le iuge de Pacy sur les lieux, qu'au m,esm£ iour et à la m.esme heure que Bras-de-fer auoit commencé à leuer ladicte charge, Hocque qui estoit vn homme des plus forts et des plus robustes y estoit mort en vn instant, dans des conuulsions estranges et se tourmentant comme vn 'possédé, sans vouloir entendre parler de Dieu ny de confession : ce qui fit voir sensiblement qu'il auoit quelque chose de sur-naturel dans les maléfices de ces bergers... »

On a conservé au greffe de la Cour les pièces authenthiques « du procez qui a esté faict, tant audit Brasde-fer, qu'aux enfans dudit Hocque et aux nommez Pierre Petit et lean Berger, treuués complices... » La Relation poursuit en ces termes : « On treuua les bergers saisis de liures manuscripts, contenans plusieurs moïens de faire mourir les bestiaux, attenter à la vie des hommes et à l'honneur des femmes. Et ceux qui furent pris et interrogez recogneurent au^ir faict des charges d^ empoisonnement sur les bestiaux, appelées entre eux LE BEAV-CIEI^DIEV, auec

ŒUVRES DB SORGBLLBRIB 181

des parties de la saincte Hostie qu^ ils prenaient à la communion, des excremens d^animaïuc et un escript atiec du sang des mesmes animaux m^eslè d^eau henicte et les paroles mentionnées au procez. »

En 1691, on saisit encore deux sorciers de cette même bande, Pierre Biaule et Médard Lavaux, qui furent pendus et brûlés le 2 décembre 1691, en exécution d'une sentence du Bailli de la Ghâtellenie de Pacy, datée du 26 octobre de la même année et confirmée cette fois par le Parlement quatre jours avant Texécution.

On sait à présent ce que nos pères appelaient un charme.

Plus d'un s'étonnera peut-être de voir ce hideux objet décoré d'un nom si chay^mant, L'étymologie justifie tout ; charme^ qui vient de carmen^ exprime donc une préparation rendue efficace par la vertu de paroles magiques, le plus souvent rythmées à l'origine — carmina — parfois chantées : d'où le mot Incantation^ qui signifie l'acte même de cette consé- cration, ou mieux de cette exécration verbale, psalmodiée par Y Enchanteur.

On sait que le charme est d'autant plus puissant, que les substances mêlées sont plus étranges, plus incompatibles, plus repoussantes et, sur toutes choses, de nature à confondre l'esprit par les contrastes de leur mélange. La Clef de la Magie noire fera comprendre pourquoi. C'est pour un motif très analogue à celui-là, que Pic de la Mirandole enseigne cet axiome :

« Les paroles les plus incompréhensibles, les formules d'évocation les plus absurdes en apparence, sont magiquement les plus efficaces *. » Aussi ne faut-il pas s'étonner de lire, dans les grimoires et même dans certains rituels de haute théurgie, des mots et des phrases entières qui sont rebelles à la sagacité des plus savants linguistes. Bien avant Pic de la Mirandole, le théosophe lamblique, dans son livre De Mysteriis (cap. de Nommibus divinis), résolvait de même l'objection soulevée par Porphyre, touchant le sens impénétrable de tels noms barbares, usités dans les cérémonies religieuses; ces noms, dit-il, que leur antiquité rend obscurs, méritent toute notre vénération : ineffables et révélés d'En-Haut, ils se rapprochent davantage de la langue des dieux. — Sans discuter ces opinions, je note la prédilection manifeste des adeptes de la Goëtie pour les paroles inintelligibles et les mélanges inouïs.

Que Tenchanteur élabore des charmes en vue de semer la mort ou de lâcher la bride aux passions dé- réglées, il prend toujours soin d'incorporer des choses saintes, bénites ou consacrées, avec les matières les plus répugnantes et souvent les plus obscènes. C'est un fait curieux à retenir; car, dyarchiste impur, sa dé- lirante ambition paraît constamment d'atteindre à la

On lit également dans les Oracles altribués à Zoroastre (cap. de Dœmonibus et sacrijlciis) : « Nomina barbara nunquam mutaveris; sunl enim nomina apud singulos a Deo data, potentiam in Sacris ineffabilem habentia. » [Trinum Maglcum, Francofurti,

profanation la pins sacrilège et pour ainsi dire la pins intime, en donnant aux substances essentiellement disparates qu^il pétrit ensemble, une monstrueuse apparence d'homogénéité.

Toujours cette fureur manichéenne d'opposer le le Ciel à l'Enfer, pour les mêler, les confondre, les pervertir et les outrager ainsi l'un par l'autre.

Prenons un exemple historique dans les aveux de Magdelaine Bavent, la plus célèbre d'entre les Religieuses de Sainte-Elisabeth de Louviers, dont nous fnentionnons la possession au chapitre iv. Ces aveux ont été publiés sous forme de Mémoires ou d'Autobiographie, par les soins des R. P. Desmarets, prêtre de rOratoire et sous-pénitencier de Rouen, qui futle confesseur de Magdelaine repentie. On lit en tête du chapitre VI: « Quinze iours à peine s'estoient écoulez, que Picard (le directeur du Couvent) prit quelque pré- texte d'aller au iardin, où i'estois avec quelques-vnes des Religieuses. Pour lors, i'auois rincommodité de mes mois. Il nous suiuit, et comme nous fusmes arrestées en certain endroit, il prit vne Hostie dans vn liure qu'il portoit, auec laquelle il recueillit quelques grumeaux du sang tombé en terre. Après, il Tenueloppa dedans, et m'appelant à luy vers le cimetière, me prit le doigt pour luy aider à mettre le tout dans vn trou proche d'vn rozier. Les filles qu'on exorcise ont dict, que c'esloit vn channe, pour attirer les Religieuses à

la lubricité. le n'en sçaurois que dire mais il est

certain que, pour mon particulier, i'estois fort encline à aller en ce même lieu où i'estois trauaillée de ten-

tations sales et tombois en impureté. » {Histoire de

Magdelaine Baient, ensemble V arr est .. . etc , par

le R. P. Desmarets. Paris, Jacques le Gentil, 1652,

Si révoltants que soient ces détails, nous avons du les citer, à Tappui de notre dire^

Les charmes suggestifs d'amour impur prennent le nom caractéristique de Philtres (du grec ?tXtiv, aimer), spécialement lorsqu'ils consistent en élixirs, en breuvages que le sorcier fait boire à sa victime^ ou bien en poudres, en électuaires, qui doivent être mêlés aux aliments.

Quant aux charmes meurtriers, c'est mal à propos que certains auteurs leur ont donné le nom de PMfr^s. Nous les avons vu qualifier plus correctement, ce semble, de charges d'empoisonnement magique.

Le Sortilège désigne, en général, toute opération de magie ténébreuse. Le Maléfice^ appellation déjà moins vague, bien que très élastique encore, désigne tout rite de sorcellerie accompli dans le but de nuire au prochain [maie facere). Quant à l'opération perpé- trée à distance, et dont l'effet doit être de faire languir et dépérir le maléficié, ou de le frapper à mort, c'est

^ Du moins le passage choisi par nous peut-il se transcrire; il en est d'autres, dans le même ouvrage, que nous ne saurions nous résoudre à mettre sous les yeux du Public. C'est fâcheux pour notre thèse, mais nous professons le respect du Lecteur. Bornons-nous à lui signaler, comme très intéressants au point de vue qui nous occupe, les douze derniers chapitres de ce livre, coté LK^,4183, à la Bibltolhèque nationale.

ŒUYRBS DE SORCELLERIE 185

Y Envoûtement proprement dit. « L^Envoûtement, dit Eliphas, mot très éner^âque dans sa simplicité gauloise, est l'action de prendre pour ainsi dire et dVnrelopper quelqu'un dans un vœu^ dans une volonté formulée'. »

En tous les cas, Tobjet chai^mè n'est autre que la matière sacramentelle du Maléfice et V Enchantenient en est la forme.

Dans FEnvoûteraent, la matière prend le nom de

Volt (du latin vidtus, effigie) et la forme s'appelle exécration magiqv£.

Le Volt de TEnvoûtement classique est la figure, modelée en cire, du personnage dont on veut la perte. Plus la ressemblance est parfaite, plus le maléfice a chance de réussir. Si, dans la composition du Volt, le sorcier peut faire entrer, d'une part quelques gouttes de saint chrême ou des fragments d'hoslie consacrée ; d'autre part, des rognures d'ongle, une dent ^, ou des cheveux de sa future victime, il pense que ce sont là autant d'atouts dans son jeu. S'il peut dérober à celleci quelques vieux effets, qu'elle ait beaucoup portés, il s'estime heureux d'v tailler l'étoffe dont il habillera la figurine, le plus possible à l'instar de son vivant modèle.

La tradition prescrit d'administrer à cette poupée

^ Dogme de la Haute Magie, page 297.

^ D'où cette locution populaire de menace, qui est devenue une vague formule de haine ou simplement de rancune : Qu'il prenne garde, fai une dent contre lui.

i86 LE TEMPLE DE SATAN

ridicule tous les sacrements qu'a pu recevoir le destinataire du sortilège : Baptême, Eucharistie, Confirmation, Prêtrise et jusqu'à FExtrême-Onction, si le cas y échoit. Puis l'exécration se pratique en lardant cet objet d'art d'épingles empoisonnées, avec une grande explosion d'injures pour exciter à la haine, ou bien en Técorchant à certaines heures fatidiques, au moyen d'éclats de vitre ou d'épines venimeuses, toutes dégoû- tantes de sang corrompu.

Un crapaud, auquel on donne le nom de celui qu'on désire envoûter, remplace aussi parfois le Volt en cire; mais les cérémonies imprécatoires demeurent identiques. Une autre recette veut qu'on lie le crapaud vivant avec les cheveux qu'on s'est procurés d'avance : après avoir craché sur ce vilain paquet, on Tenterre sous le seuil de son ennemi, ou en tout autre endroit qu'il fréquente tous les jours, par nécessité ' : l'esprit

Voici un exemple de sortilège assez analogue.

Une nuit d*été de Fan 4619, le fossoyeur du cimetière Saint-Sulpice, éveillé par les abois de son chien de garde^ vit trois femmes occupées à un maléfice. Elles contournaient les murs de l'église en traçant des cercles à terre, avec leur bâton. Bientôt elles allèrent creuser un trou près de la tombe d'un charpentier, pour y déposer leur charme. Toutes choses qui se firent à quelques pas du fossoyeur consterné.

Le brave homme, s'étant mis en tête qu'elles enterraient la victime de quelque infanticide, s'en fut consulter sa femme, pour s'éclaircir du parti à prendre en pareille occurrence. Lorsqu'il revint avec son frère^ dont il avait requis l'aide, les trois sorcières étaient en fuite. On n'en put saisir qu'une seule, femme de la lie du peuple, nommée Glaire Martin, et que le bailli de Saint-Germaîndes-Prés fit fustiger publiquement.

Mais le fossoj^eur et son frère ne purent découvrir d'enfant nouveau-né : « Aïant fouy peu auanl auec un ossement de coste de

OSUVRBS DB 80RGBLLBRIB 187

élémentaire du crapaud s'attache à lui désormais et le persécute jusqu'à la tombe, à moins qu'il n'ait l'adresse de le renvoyer à l'envoûteur.

Ëliphas Lévi, qui rapporte ce rite étrange, observe que le maléficié déjoue la manœuvre, s'il prend soin de porter sur lui un crapaud vivant dans une boîte de corne. Le même auteur ajoute, au sujet de ce répugnant batracien : « Le crapaud n'est pas venimeux par luimême ; mais c'est une éponge à poisons : c'est le champignon du règne animal. Prenez donc un gros crapaud, dit Porta, et enfermez-le dans un bocal avec des vipères et des aspics. Donnez leur pour toute nourriture, pendant plusieurs jours, des champignons vénéneux, de la digitale et de la ciguë ; puis irritez-les en les battant^ en les brûlant et en les tourmentant de toutes les manières, jusqu'à ce qu'ils meurent de colère et de faim. Vous les saupoudrerez alors d'écume de cristal pulvérisé et d'euphorbe, puis vous les mettrez dans une retorte bouchée et vous en absorberez lentement toute l'humidité par le feu ; vous laisserez ensuite refroidir et vous séparerez la cendre des cadavres de la partie incombustible qui sera restée au fond de la retorte : vous aurez alors deux poisons, un liquide

trespassé, ils trouuerent vn cœur de mouton, plein de clous à latte, lardé en forme de demy-croix et force bouquets d*espingles y tenant : chose horrible, à laquelle ils ne voulurent point toucher de la main, mais le leuerent et posèrent sur vue pelle à feu... »

A présentation de ce charme, la sorcière n*essaya pas de nier ; ou ne la traita si doucement qu'en raison môme de la spontanéité de ses aveux.

et un autre en poudre. Le liquide sera aussi efficace que la terrible Aqua Toffana ; celui en poudre fera dessécher ou vieillir en quelques jours, puis mourir au milieu d'horribles soufirances, ou dans ime atonie universelle, celui qui en aura pris une pincée mêlée avec son breuvage. Il faut convenir que cette recette a une physionomie magique des plus laides et des plus noires et qu'elle rappelle, à lever le cœur, les abominables cuisines de Ganidie et de Médée *. »

Les rites d'envoûtement se multiplient sous un grand nombre de modes plus ou moins pittoresques. Eliphas Lévi cite encore celui qui consiste à enclouer en forme de croix tous les vestiges empreints sur le sol par celui qu'on tâche ainsi de tourmenter. L'on se sert de clous à forte tête « consacrés pour les œuvres de haine avec les fumigations puantes de Saturne et des invocations aux mauvais génies 2. »

Nous nous en tiendrons là pour Tenvoûtement, du moins sous les formes traditionnelles en Europe et d'après les indications principalement colligées dans, les Grimoires que nous légua le moyen âge.

Mais comment passer sous silence l'Agent occulte et dévastateur des nègres Vaudoux, cet insaisissable nescio quid^ nommé par eux Mandigoës-Obi ; cette puissance inconnue, qui, sous figure d'épidémie pé- riodique, décime les populations de Saint-Domingue et d'autres îles des Antilles ?

I

Dogme de la Haute Magie, pages 328, 329. Rituel, pafire 242.

La secte du Vaudoux, s'il faut en croire M. l'abbé Bertrand, est une confrérie, ou plutôt un culte rapporté d'Afrique. Ce qui tendrait à conlirmer celle assertion, c'est d'un côté, la similitude frappante des vocables Obi, Obiyak, avec YObéah typhonien mentionné dans le Papyrus A?iastasi, VOb des Hébreux et leurs esprits Oboth ', mots d'origine égyptienne et peut être éthiopique, — et, d'autre part, la concordance invariable des significations magiques de ces termes, maintenue à plusieurs ving'talnes de siècles, comme à plusieurs mille lieues de dislance.

La cérémonie capitale des adeptes du Vaudous offre un air étrange de parenté avec celle du Sabbal des Sorciers, telle que nous l'avons décrite au chapilre ir. " La scène, dit M. de Mirville, se passe au fond le plus impénétrable de la forêt, sur la plus ardue des montagnes, sur le bord des volcans ou dans les marais pestiférés. L'appel nominal des fidèles, la constatation de la présence de l'Obi, l'apport du sistre et de la chaudière, regorgement d'une chèvre qui doit s'off'rir d'elle-même à son bourreau et mourir sans pousser un seul cri, la danse orgiastique, l'agenouillement devant des serpents, des hurlements épouvantables, des actes d'une infamie révoltante et trop souvent, dit-on, /'«»- molalion d'un enfant : voilà tout le programme de

' Ob, Oboth, c'est la véritable prononciation des vocables n'iK et pizÎN dont nous avons parlé déjà, et qui a'écrivenl Aûb et Aôbôt/>.

190 LE TEBIPLE DE SATAN

la fête mystérieuse pendant laquelle on inscrit tous les noms désignés à la vengeance K »

Et les ennemis de la secte périssent tour à tour, frappés d'un mal mystérieux, d'une consomption sans cause appréciable !

Un européen habitant la Jamaïque, M. Lond, raconte que, sur la la dénonciation d'une pauvre femme mourante par le fait du Vaudoux, Ton fit une exacte perquisition dans la cabane d'une négresse octogénaire, redoutable magicienne, -notoirement désignée pour telle et convaincue d'avoir lâché VObi sur un nombre considérable d'indigènes... C'étaient chaque jour des victimes nouvelles. Quelques hardes et de menus ossements; puis un vase en terre plein de boulettes d'argile, pétrie, autant qu'on sut distinguer, avec des cheveux et des bouts de linge ; enfin le crâne d'un chat, les dents ei les grifies du même animal, et des perles de verroterie diversement coloriées : voilà tout ce qu'on put saisir de suspect en cette cabane, qu'on prit soin de brûler avec tout ce qu'elle contenait... Aussitôt^ comme par enchantement, l'épidémie cessa*. (Voir la Bibliothèque Britannique, t. IX, page 521.)

Le dieu Vaudoux, dont la puissance paraît sans

^ Des Esprits et de leurs manifestations diverses. Paris,

2 Ces faits se sont passés dans la dernière partie du xviii® siècle. — La secte du Vaudoux est loin d'être éteinte aujourd'hui. Certains auteurs prétendent môme que, depuis la fameuse Révolution de Sainl-Domingue, qui fut indubitablement son œuvre, cette sorte de Franc-Maçonnerie barbare a pris encore une notable extension.

limites, n'est aatov fcmr sb HAb^ fK' sacré. Son cwMt. snnlMde de

relie aux parlé dans

ministre

adeptes da

secrète. *qni n'est pas saas

indienne des Tki^s* àtpk

Le Serpent dnVando«x est. en siC4 puissance tortnense de destmctîan. qne le goêlîen de Tantiipie Egrpte éToqnait en oes termes, as secours de ses rancunes : « O toi qni liais, {orre qne tn as été chassé, je tlnvoqne. tootpaissant soarerain des dieox. destractenr et dépc^iolalenr. toi qm ébranles tout c^ qui z.'^\ 1*45 TàiL-i-j ! Je t'èT-iiqne. ô Tvphon-Seth .' .. Vois : j*àc->:!:iplis le^s riies prescrits par la magir. oV^t par to::; vrs: non- .jne je te somme. Vieiis donc a z::: fraii :ie:i.-=ri.T. car tu ikpeux me refuser... Et ni:.: â-.i5:. jr: Lais telle maiï-:*n qui est prospère, telle famille -p: e^: heureuse : sus contre elle, et renverse-la. oâr elle m'a fait injure 'I ■.

Quelle que soit la suL^tance propre de cet Agent formidaLle. dont le serpeiit a toujours été l'un des emblèmes hiératiques, il est *:^TUin qu'elle se plie à

^ Voir \tb Papyni* Ab^^ta.*! et Sa.;kr. communies par IVgrptologue Reuveos, dans s^§ Lettre* a J/. Lettonne,

raccomplissement de toutes les œuvres mystérieuses. Et les Modernes qui pensent diriger (sous le nom de fluide électrique), et soupçonnent vaguement (sous celui de magnétisme) deux modifications très indirectes de son énergie, se font une idée inexacte et lointaine à tous égards des pouvoirs que peut développer en soi l'homme qui a su pénétrer la nature essentielle de cet Agent.

Acquérir une pareille connaissance, voilà qui n'est donné qu'à une rare élite ; encore ceux qui la composent sont-ils loin de posséder, par le fait même, les privilèges du mage parfait. Pour y parvenir, la science n'est qu'une insuffisante condition : on y doit joindre un empire absolu sur la chair, un entraînement considérable, une audace sans défaillance et le plus inaltérable sang-froid. C'est dire combien le nombre est restreint des inities devenus de véritables adeptes. Il s'en faut que l'auteur se flatte de compter parmi ces Saint-Michel de l'Occultisme, pour qui le dragon est un esclave toujours docile et désarmé. Mais de tels demi-dieux ont existé — témoins Moïse, Orphée, Apollonius et tant d'autres ; — peut-être même en existet-il encore aujourd'hui...

Un trait distinctif les caractérise, à quoi l'on peut infailliblement les reconnaître. Ils ont, toujours et partout, fait usage du sceptre magique en vue d'un bien général, ou tout au moins collectif; nulle part et jamais, en vue d'un intérêt personnel ou d'une mesquine ambition.

Fermons cette parenthèse. Aussi bien les œuvres

ŒUTRBS DE SOKŒLLEKIE în

dont traite notre livre n'ont rien a toL* ît^-; r->i t.tî: — .t miracles delà science et de la voioi:>. >'.:-• i iT-.r:» prononcé leurs grands noms que y^ "z^k^^^ Sr^ échos providentiels josqne dans la CTj'y^. 'j<jr:':j^^^^ où Satan reçoit les hommages de son 'il^n^e y\crJ.^ : ji* magicien noir.

Celui-ci paraît, au premier coup d'*>rlî. r^T>.„ i^H mêmes prérogatives que le Mage de luni-r*:. *>i t^ parfois jusqu'à les confondre. C'est y^T uirr ^r:^,^ d'optique, ou, comme auraient dit nos j^rr^. cV?*' ;,4r l'effet d'un mirage infernal, que î'boîcr.'.f: l,i'r: "îj serpent arrive à se donner ainsi des airs d^ prlr-r-^:-

Le sorcier ne dispose de rien au mor^d-^ : cV/. ^ ^ contraire l'Esprit impersonnel du Mal qui ^\W/r^t <\h sa pauvre personne et qui s'en joue. — l>: ^^Tf:\h7 n'accomplit point ses prestiges au moy^m d-: yK:iU:r: c'est l'Enfer qui les accomplit par le K.v.'e:; . , -%:- cier, qu'il entraîne en son tourbillon de 'iéfLe.'i^:-; f^i;.- tastique, de perversion fatale et de dé-ordre ij:.; ve: •/:! ;

Pas de valet moins libre que le rna^ri'.ien noir: ji^ntin calamiteiix de Tlnvisible, marionnette ineon /:*enîe du Mal, il abdique iouie personfialitê rroiéf '; il noie son libre arbitre dans l'océan funeste don», il va rj^^venir une vague. Mais en revanche, il sera celte va^Mie, et la grande Puissance occulte va désormais w^'w en lui, puis — par son intermédiaire — hors de lui.

Elle se manifestera, cette Puissance, sous tous brs

Le Mage, au contraire, abdique toute peraonnaliic Jaiinut'., <3eci deviendra clair au Livre II.

aspects du mal et du désordre. C'est par elle que nous avons déjà vu le dernier des esclaves, revêtu d'une apparente maîtrise, influencer à distance les êtres^ vivants, les frapper de mort, de consomption ou de folie.

Mais la région accessible à ses maléfices ne se borne point là, comme la suite va le montrer.

Il y a d'abord les charmes qui s'attaquent au sens génésique, soit pour l'exalter, soit pour l'abolir.

Nul n'ignore quel despotique empire a toujours exercé sur la plupaii; des hommes ce tyran malencontreux de l'organisme, qu'on a nommé le sixièine sens. On sait à quel point sont variables les caprices de son appétit, — tantôt avide opiniâtrement des plus tristes mets, ou dédaigneux mal à propos, lorsque pour lui la table se trouve mise avec magnificence.

Les sorciers ont exploité de tous temps une prédisposition aussi aléatoire : faire monter ou descendre à leur gré cette marée fallacieuse du désir, c'est encore un jeu de prédilection pour certains charmeurs de village, et je dois dire qu'ils y excellent : c'est merveille de les voir déprimer l'appétit vénérien jusqu'au calme plat, ou l'exaspérer jusqu'au délire.

Je ne jurerais point que l'habile emploi des excitants et des anaphrodisiaques fût tout à fait étranger à leurs sortilèges ; plusieurs ont certainement recours à ces moyens artificiels, qui, ressortissant plutôt de l'étude physiologique des médicaments, semblent n'avoir rien à faire avec la sorcellerie. Mais, il faut en convenir.

XBE «OKCELUaaS Ml(

drSl» ilfiiiiiii ni le plss sm[t«bi à ias finn tîqses 6t Miipe Bore m résfth»! ^ s^MI ai aMWK

Mon Wlear comail déjà k ocaqNisitkHi $«Mnl^ des plûkres. Tmààtpit^ à litre de cwiosilè^ ^[wlfttM recettes Boins atroces. siaoB moms ridie«k«s p<mr enflanuer VMmoar d'one femoM : les grimoires pres-^ criTent de lu fûre sentir wie pominade à base de <liT^ et d'junlire gris, tritures arec la moelle extraite dapied gauche d'on loup, — oa bieo encore de lui bttilifr la moitié gauche d'un squelette de grenouille^ qu'on s'est procure en exposant Tanimal tout rif dans une four» milière ila moitié droite inciterait à la haine, comme la gauche excite à TamourU Selon d^autres classique» de la sorcellerie, on doit faire prendre à la malheureuse une demi-dragme de la préparation suivante : testicules de lièvre et foie de colombe rais en poudre dans un mortier, avec les écailles friables du sanj? qu'on aura pris soin de se tirer en avril, un vendredi^ et qu'on aura fait sécher au four, dans un petit pi>t vernissé. Le tout avec un assaisonnement de céré- monies sacrilèges et de paroles magiques, dépourvues de tout sens raisonnable ^

On pense bien que toutes ces recettes de haut goîlt

Je cite teitiicllement la rocolte incroyoblo que propose lo Grand Albert, pour aatidote de ces divers philtres : « Si une femme a donné quelque chose à un homme pour s*en faire aimer, et qu'il s*en veuille défaire, il prendra sa chemise (celle de la femmo)> et pissera parla têtière et par la manche droite; aussitôt il sera délivré de tous maléfices. » (Livre 11, page 147.)

sont par elles-mêmes vaines et sans vertu ; tout dépend, nous dit Paracelse, du Magnes intérieur et occulte, c'est-à-dire de la puissance plus ou moins directe du charmeur sur Tastral.

Les plus grotesques formules sont les plus efficaces, les mixtures les plus saugrenues sont les meilleures entre les mains d*un sorcier véritable: puisque les contrastes même de ces mélanges incohérents constituent un élément adéquat à son vouloir désordonné, une base apte à lui servir de point d'appui *.

Mais gardons-nous d'anticiper sur les théories du livre II. Notre cadre nous restreint à l'esquisse des principaux sortilèges.

Si le charme d'amour s'appelle philtre ^ le charme d'impuissance à l'amour prend le nom pittoresque et naïf de nœud de T aiguillette.

C'est ici l'un des plus habituels griefs du populaire contre les sorciers. Ce qu'on a fait périr de malheureux sous ce prétexte, est presque incalculable ; il

faut dire qu'on procédait un peu à la légère Quel

déplaisir plus fréquent, en effet, aux premières nuictées d'amour, que ce marasme paradoxal de la chair,

^ « ...Tout ce que pense l'esprit d'un homme qui aime ardemment a de i*efÛcace pour l'amour, et tout ce que pense Tesprit d'un homme qui hait beaucoup, a de l'efficace pour nuire et pour dé- truire. Il en est de même dans toutes les choses auxquelles l'esprit s'attache fortement, parce que tout ce qu'il pense et tout ce qu'il fait provenant des caractères, des figures, des mots, des discours, des gestes et autres choses semblables, aide Vappétit de Vâme et

acquiert des vertus admirables (Corneille Agrippa, Philos.

alors qoe i* ly

ces cas. i iàiÈBiL l »ur^

Dame Emixiija larrir m

de ce gearç itit ir'^inir^rif. il? ir^iiir^ir la nai^âi:'^ Ils passaiiîac lûire -îa r*--!»* r-iiifct jtï i»îr>ijiiiet ut uémoD, oa fiiiiaî*^îiiH!ir jiiTtt*?^ :aa;iiiiiîr* te ii.*ir:!:r Et malhefiT ii aaoL'^T'-^ it*r^ î^Lr mi i»trîriihr!u -tr* **:»ia- çoas! Ilae*!: iiauioije i^jhiil iiJi'Jiâ -^îiiLi.-iar n n

dune cocid«îprîi*:ît siimiicrttr 1 J iL-^JJjr 11 Hii-T-im:-

plus commuiie .jue ij^r^:-. veu :Mr les erifaals mesme se mesle:.; ie :.•: er resjuille::e. chose qui

merile vn chaslinieLi eî-::.ila:re • ei^rit Boguet,

SOUS le règriie de Henri IV*.

Pierre de Lancre. un contemporain de Boguet,

Discours exécrable des Sorciers. Lyon, Higaud, 10 10» ia-8,

nous apprend que la terreur de ce maléfice est si répandue, au commencement du xvii* siècle, que la plupart des mariages se célèbrent en grand secret et <îomme à la dérobée.

Voilà qui réclame un mot d'explication. Il faut savoir que le rite le plus usuel, pour cette ligature, s'accomplissait communément à l'Église, pendant la •cérémonie nuptiale. Ce rite est fort simple : après s'être muni d'un lacet, on assiste à la célébration du mariage. Lorsque les anneaux s'échangent, on fait au lacet un premier nœud ; on en fait un second, au moment où le prêtre prononce les paroles essentielles au sacrement; enfin, quand les époux sont sous le drap, on en fait un troisième : et l'aiguillette est nouée {Bodin) .

Un autre procédé consiste à entrelacer les doigts •de ses mains, tordues la paume en dehors ; on commence par le petit doigt de la main gauche et l'on continue lentement, jusqu'à ce que les deux pouces se rejoignent : alors le charme est parfait. Ce rite doit s'accomplir dans l'Église, au moment où le mari pré- sente à sa femme l'anneau.

Nous ne nous flattons pas de détailler tous les modes •de ligature vénérienne, qui dépassent la cinquantaine, si l'on en croit Bodin *. D'ailleurs, l'abbé J. B.

^ Le Grand A/6er^ donne une recette plus impertinente et plus bouffonne: « Qu'on prenne la verge d'un loup nouvellement tué; •qu'on aille à la porte de celui qu'on veut lier et qu'on l'appelle par son propre nom. Aussitôt qu'il aura répondu, on liera la verge avec <UQ lacet de ûl blanc, et le pauvre homme sera impuissant aussitôt. »

déUil as «âagnr^ xi m. jrrrt jfffiuHr lJLe=dm:'^ ll«««c ni&aie^ UHHgîii& îtt iwob^ «h» «tan»

misas. SQ» :r'jicr Jt ts^Huisf H^x:^ jiigiiHoe^ Ot mc^

dh rapocrtfài» â Pf^f JLS#fr^. put i? aTi

trois fris kz "xr^ï^aitCL" irHr:_^ irr r»flrj^:3^> s."*:vrf-r3fct$

les vols c::'ils iTzir-ir tin^:.. . ri^I*Zî;ijre ir li Mjdx

non plus branlrrr rzr ^"il^ r-Mir^i.; n^r-n^-. • Cest la main d'un p-endu q-'ci-rSs^^Le an irrand sol^iU

Il faol coDT«QT qu'on iaT^aî^rait diffi«l?m*nt uno Ttvelte plus saugrenue qa« celle-Iâ. — Le* r?celles p-JurrfrfliMurr riiiV"»*'<'<^î'f sont du même zodt.

• Traité de Superstitions, Paris, IT41, 4 toI. in-lî.

La Philosophie orcuite, tome I, pisre 101.

' Page 117, dans la mauvaise édition moderne de Paris* HeuauU»

après l'avoir fait macérer quinze jours dans un mé- lange de zimat (sic), de salpêtre, de sel et de poivre lODg. On en parfait la dessicationdans un four chauffé avec de la verveine et de la fougère ; d'autre part, on compose une chandelle avec de la graisse du même pendu, de la cire vierge et du « sisame de Laponie ». Quand les voleurs veulent piller à loisir quelque maison, ils allument cette chandelle, et, se servant de la main du pendu comme d'un chandelier, ilsentrenthardiment où ils ont affaire ; bien convaincus qu'y eût-il là vingt personnes armées jusqu'aux dents, toutes seront frappéessurlechampdestupeur et d'engourdissement, en sorte qu'ils pourront se livrer sans crainte au pillage, car pas un des témoins de leur crimenebronchera, tant que la chandelle magique ne sera point éteinte. C'est là, du moins, ce que soutiennent les compilateurs de grimoires, qui chantent les louanges de ce prestigieux secret.

Le Glaneur indott-chinois, qui se publiait à Malacca dans la première moitié du xix° siècle, signale un exemple de charme, qui n'est pas sans analogie avec la Main de gloire. Malheureusement, nous n'a-

LA miN DE GLOIRE

ŒUVRES DE SORGELLERIK 201

Tons aucun délai! sur les cérémonies en usage pour l'accomplir; le résultat nous est seul connu : " La curiosité publique, dil le Glaneur, a été vivement excitée depuis quelques jours par la découverte d'une bande de voleurs d'enfants des deux sexes. Cette découverte a été faite par le zèle d'un tisserand en soie, qui, en se promenant dans les rues deKanton,reconuut l'enfant de son maître, perdu depuis quelques jours. />'e/i/fl/(/ 'our«(i sur lui un regard stupide et refusa de le reconnaître. Le tisserand l'emmena de force chez son père.

« Il restait toujours sous le charme de la stupidité; mais on n'eut pas plutôt appelé les prêtres de Bouddha et pratiquées cérémonies efficaces, célébrées en pareille occasion, que le charme disparut et que l'enfant, en versant des larmes abondantes, reconnut son maître et son père. L'affaire et le miracle furent immédiatement communiqués au gouvernement, qui fit cerner le rendez-vous des voleurs d'enfants. On trouva six hommes et trois femmes qui faisaient ce métier depuis plus de vingt ans. Ils avaient enlevé, pendant cette époque, plusieurs milliers d'entants ; il n'en restait plus que dix dans la maison, tous sous Vinfluence du charme stupéfiant, qui, comme celui jeté sur l'enfant du tisserand, disparut par les prières et les cérémonies des préires de Bouddha^ »

Cette compétence aux exorcismes est commune aux ministres de tous les sacerdoces réguliers ; il n'est pas indiflFérent d'y prendre garde.

^' Le Glaneur indou-ekinoia du 8 juillet 1820,

V

Représentants ici-bas de THumanité céleste et mandataires de groupes importants des candidats terrestres à cette humanité, les prêtres de tout culte ont pouvoir de conjurer les forces collectives du Mal, au nom de cette Puissance collective du Bien qui s'appelle la communion des Elus. Dans Tespèce, la réussite immédiate de TExorcisme — car c'en est un — prouve d'abondant que l'état de stupeur où ces enfants se trouvaient plongés n'était point l'effet de quelque narcotique ou de tout autre moyen artificiel : mais bien le résultat d'une action occulte, qu'on veuille l'appeler d'ailleurs charme stupéfiant comme M. deMirville qui rapporte l'anecdote *, ou qu'on préfère lui donner le nom moins archaïque, et plus à la mode aujourd'hui, de phénomène suggestif.

Avant d'entamer Ja description d'un autre ordre de sortilèges, nous signalerons encore le charme dit de taciturnitéy si fameux dans les fastes judiciaires de la Sorcellerie. Charme anesthésique serait une locution plus exacte ^.

C'était, en substance, un diagramme le plus souvent tracé sur une bande minuscule de papier d'une extrême minceur. Les magiciens poursuivis en justice, ayant réduit ce diagramme au plus imperceptible volume, s'ingéniaient à le dissimuler sous l'ongle de leur orteil ou dans une mèche de leurs cheveux. Tant que ce

^ Des Esprits et de leurs manifestations diverses^ tome I,

^ La taciturnité du sorcier n'est, en effet, qu'une conséquence de son étal anesthésiaue.

l'IlUlItr

leors

les saoT^icisi^ fe «OL iiri?». Seirrîîir^ >i»r'-ar «^ drr*^

limmjâres-. «m» yn^^^^Oir i w^ jfmiïiHT'^ im» nntnrgeants €»CïBre-

auteur?.

compte d'une telle :!l: u -^sriiie s? il &::tif esaer un phé- nomène qui est ia co:^î.-:tqueL»:-e Lonnale. immédiate et première de la dou>ur i^br^ique. qii il en tire un grave indice à la charge delaciuse. C'est le cas, f»ense-t-il, d'ordonner de nouvelles j:»erquisîtions. Sitôt le diagramme découvert et hrôlé. les grognements à sec

sans confession se métamorphosent en hurlements entrecoupés d'aveux — et les larmes de couler avec abondance.

Toutes les relations authentiques sont d'accord sur ce point. Quant aux conclusions à tirer de là, nous avons foi dans la sagacité du lecteur, qui n'ignore ni les miracles de l'autosuggestion *, ni les cas si fréquents d'anesthésie hystérique.

A la ruine de l'homme et du bétail ne se limite point la pernicieuse influence du Sorcier. Nuisance est son lot y dit le proverbe : justifier ce dicton de toutes les manières, voilà son ambition. Les sorts jetés sur les moissons ne passaient pas jadis pour les moindres témoignages de son universelle malveillance On attribuait à son seul regard le sinistre privilège de stériliser la terre et de nuire à tout être animé du souffle de la vie ; d'où la locution populaire \ Il a le mauvais œil.

Au demeurant, cette canaille, experte aux pires négoces, tenait boutique de poudres de succession, de charges de contagion, d'élixirs de réparation. Son but? — Abolir toutes fécondités heureuses; faire avorter les récoltes et les femmes ; semer la mort au logis comme à l'étable. L'ouvrier de ces précieuses besognes montrait deux visages comme Janus; empoisonneur ou sorcier — au choix — : compétence double !

^ Empressons-nous d'ajouter qu'il y avait là quelque chose de plus.

No«i avQ» 3i^rDiR lin» imsr Z iinçnÈt :^àiriii? as» ffixirs fiK- âfi: lôôû^ jUr^iHnÉ»:^ f X ÔHir ^a. sr

Eue ac£ £â^sf» biji hks

«. Jjur. OK^ MO. Mwsr^ Jirr aniô: ta sans iir^ rt lo. Ji i»nji.

cite de SC'D s4ri*f vr. — -Tr çjif feiroiie a îôr^ i^autres besognes. Ta. r^y^zt'l 'S^zl*ci^ st^? mystèT^e. Tu toIs. le temps est serein. le ^:W. ^zi^ zii Luare : eh Lien! dis moi

Bognet. Dut/r:tjurt dfb Sjr^:i*^, pare fî*3.

Entre aolre«. I>elrio.

l'endroit du jardin où tu veux que je fasse pleuvoir... — Le père ébahi désigne une petite pelouse située dans Tenclos ; puis il observe la fillette qui s'est retirée à l'écart. Avec une croissante stupeur, il la voit creuser un trou dans le sol, à l'aide d'une gaulette de coudrier; cela fait, remplir la fosse d'un liquide singulier et dont je laisse à deviner la provenance : le fait est qu'elle ne va pas le chercher bien loin, n'ayant qu'à s'accroupir

pour cet exercice Enfin il la voit battre de sa

baguette la surface de cette mare artificielle, en marmottant des paroles qui n'arrivent pas jusqu'à lui. Tout à coup, un frisson s'empare du spectateur dont ces étranges préparatifs n'avaient pas ébranlé le scepticisme : il a cru voir un faible nuage se condenser audessus du carré de gazon; plus de doute possible : car le soleil, toujours aussi brillant dans un azur aussi limpide, darde ses rayons sur ce brouillard léger, y détermine un arc-en-ciel parfait; — et maintenant le météore se résout en gouttelettes fines et abondantes... La pluie s est circonscrite à merveille dans les limites convenues, pas une goutte ne tombe au dehors. Le brave homme, consterné d'avoir dans sa famille une sorcière aussi précoce, veut savoir quel a été son maître dans un art évidemment suspect. L'enfant, pressée de questions, finit par avouer que sa mère Ta conduite au Sabbat ; pour ce qui touche à son savoir faire, elle en tient le secret de son bo7i ami, le Seigneur au pied fourchu. On pense bien que ces révé- lations ne sont pas pour pallier l'épouvante du père, à laquelle déjà se mêlent de cuisants scrupules de cons-

ŒDTBBS DB 80RCBLLBRIB i07

dence... Bref, longtemps perplexe, il se résigne à prendre parti et, comme il est bon chrétien, il livre sa propre femme au magistrat, en se lavant les mains, comme Pilate. « Et fost bmslée toute viue, » conclut la chronique. Rien de plus simple et de plus naturel.

La grêle, les tempêtes, la sécheresse ou Torage, suivant les cas, s'obtenaient par des recettes asseï analogues à celle-là. C'est du moins ce qui résulte de la concordance des aveux et libres témoignages proférés en justice par les inculpés de sorcellerie.

Sans entrer dans la discussion des faits, nous ne saurions omettre de noter au passage Tair de parenté qui relie ces sortilèges aux phénomènes obtenus tous les jours par les Fakirs indous, de l'aveu même des plus sceptiques témoins ^

Ces charmeurs semblent agir avec une toute-puissance relative sur un fluide igné ( akasa ) plus subtil que la foudre, si célèbre elle-même dans les fastes du surnaturel.

S'il en faut croire les démonologues, le Feu du Ciel est un véhicule cher aux esprits malins, lesquels ont accoutumé de mettre la nature entière à contribution pour notre ruine. Sur ce chapitre, les libelles de sorcellerie ne tarissent point de concluantes anecdotes, — el ces légendes d un autre âge n'ont rien, semble-t-il, qui nous doive surprendre.

Nul, en effet, n'ignore quel zèle mettaient nos aïeux

Voir le Spiritisme dans Vlnde, par Jacolliot, pages 228-361.

à doter d'un moi conscient toutes les forces impersoû- nelles ou simplement instinctives de la nature naturée: c'était, chez ces chrétiens naïfs, l'ultime protestation de Tidolâtrie abjurée sous sa forme païenne, mais ingénieuse aux travestissements les plus orthodoxes et toujours vivace, en dépit des apparences.

Les dieux, précipités deTOljrmpe, s'étaient réfugiés en Enfer; simples démons désormais, ils avaient acquis droit de cité dans la foi nouvelle, au prix d'un double sacrifice d'amour-propre : l'acceptation d'un rôle subalterne et l'opprobre d'une torture virtuelle, il est vrai, mais avivée par un flot corrosif d'anathèmes et d'exorcismes sans répit.

A coup sûr, entre tous les agents naturels, la foudre est superlativement mystérieuse et fatidique d'aspect. Que, dès lors, tout éclair plus livide et plus aveuglant qu'un autre ail été, pour les imaginations du moyen âge, prétexte à une éclosion soudaine de diablotins : — encore un coup, il n'est rien là qui nous étonne.

Mais que penserons-nous des graves et troublants aveux qu'un savant contemporain fort honorablement connu, et qui certes, n'est jobard que de nom ^, con* fiait naguère à YA7m des Sciences, revue de M. Victor Meunier? Voici les paroles textuelles de ce physicien : « Je tiens une découverte qui m'effraie !... Il y a deux électricités : l'une, brute et aveugle, est produite par le contact des métaux et des acides ; Vauty^e est intel-

^ Jobard, savant français, mort à Bruxelles, en 1861.

ŒUVRBS DB SORCELLERIE 209

ligente et clairvoyante. L'électricité s'est bifurquée sous les mains de Galvani, Nobili et Mateucci : le courant brut a suivi Jacobi, Bonelli et Moncel, pendant que le courant intellectuel suivait Boisrobert, Thilorier et le Chevalier Duplanty.... Le Tonnerre en houle ^ ou rèlectricité globuleuse contient une PENsés L ■oUf-J qui désobéit à Newton et à Mariette^ 'pour n'en faire

« Il y a dans les Annales de V Académie des nmi .

liers de preuves de Tintelligence de la FoikJ^.... ^''^ *' Mais je m'aperçois que je me laisse empocter. Peu s'en est fallu que je ne vous lâche la olkv qui va nous découvrir le Principe universel fi^vernant les deux mondes : le matériel et Tintellecuiel *. »

Quoi de plus étrange, dans une bouche grave, que confidence pareille, si ce n'est toutefois le parti pris de réticences qu'y laisse percer un homme de ce poids, savant réputé par toute l'Europe pour la fermeté de son esprit, l'étendue de ses connaissances et plus d'une découverte sur le terrain des sciences naturelles ?

Mais trêve de commentaires : ce n'est point ici le lieu de discuter les opinions du physicien Jobard. Dans cette première septaine, nous nous bornons à coUationner les faits.

Nous en citerons deux assez typiques, sur les hauts exploits de la Foudre-Esprit. Le premier n'a d'autre authenticité que le témoignage de gens simples et des

If 10 LB TEMPLE DE SATAN

pluH (îiicliiis à rhallucination rétrospective. Racontée par un autour du xvii* siècle, que cite l'abbé Lenglet- DufroHiioy. L'anecdote est sensiblement poussée au Murniiturol ^; néanmoins, elle est assez curieuse pour trouvrT [)laco dans un chapitre qui traite de diables et (la Honîollerio.

LK (IHANI) FEV, TONNERRE ET FOVDRE DU (ÎIKIi aduenus sur l* Eglise Cathédrale de Quimpercon'uUn^ atiec la vision d'un horrible et très espouitcntnhh* Donxon dans le feu sur ladicte Eglise ^ : — " Samedi, premier iour de Feurier 1620, aduint vn gnind malli(»ur et desastre en la ville de QuimpcM'cornntin, c'est qu'vnc belle et haute Pyramide c()UU(M'le d(î plomb estant sur la nef de la grande Kf<lis(î (»t sur la croisée do ladicte nef fut toute brusléc par la foudre et feu du Ciel, depuis le haut iusques ù ladicte n(^f, sans pouuoir y apporter aucun remède. Et pour sçauoir le commencement et la fin, c'est que ledirl iour sur les sept heures et demie tendant à huicl du malin, so iit vn coup de tonnerre et éclairs terrible entre autres : et à l'instant fut visiblement veu vn Domon horrible et espouuantable en faneur d'vne grande onde de gresle se saisir de ladicte pyramide

• Le mol surnaturel est à nos yeux fort impropre, et nous aurons soin de l'évitci* dans les Jéveloppements métaphysiques où il pourrait créer des confusions. Partout ailleurs, nous remploierons dans le sens vulgaire et que l'usage a consacré.

3 Publié pour la première fois à Rennes, chez Jean Durand, 162Q; puis réimprimé à Paris, chez Abraham Saugrifc.

ŒUVRES DE 80HCELLKBIE 211

par le haut et au dessoubs de la croix, estant ledict Démon de couleur verte, ayant vne longue queue de pareille couleur. Aucun feu ni tumée n'apparût sur ladicte pyramide, qu'il ne fust pri-s d'vne heure de l'apres-midy, que la fumée comineoçaà sortir du haut d'icelle et dura fumant vn quart d'heure : et du meame endroict commença le feu à paroître peu à peu en augmentant tousiours ainsi qu'il deualoit du haut en bas : tellement qu'il se fit si grand el si eapouuentable que l'on craignoit que toute l'Eglise ne fust bruslée,et non seulement toule l'Eglise, mais aussi toute la ville. Tous les trésors de ladicte Eglise, furent tirez hors : les voisins d'icelle faisoient transporter leurs biens le plus loin qu'ils pouuaient de peurdufeu.il y auoil plus de quatre cents hommes pour esleindre ledict feu, et n'y pouuoient rien faire. Les Processions gèrent à l'enlour de l'Eglise et autres Eglises, cbacune en prières. Enfin, ce feu alloit tousiours en augmentant, ainsi qu'il trouuoit plus de bois. Finalement, pour toute resolution, on eut recours à faire mettre les Reliques sainctes sur la nef de ladite Eglise, prez et au deuant du feu. Messieurs du Chapitre (en l'absence de Monseigneur l'Esueque) commencèrent à coniurer ce meschanl Demou, que cbascun voyait appertement dans le feu. tantôt vert, jaune et bleu; iettanl les Agnus Deî, dans iceluy el prez de cent cinquanle bariques d'eau, quarante ou cinquante charetées de fumier, et neantmoins le feu continoit. El pour dernière résolution, l'on fit iettcr vn pain de seigle de quatre sols, dans lequel on y mit vne Hostie

212 LE TEMPLE DE SkTk'S

consacrée, puis on prit de l'eau bénite auec du lait dVne femme nourice de bonne vie, et tout cela fut ietté dedans le feu, tout aussitôt le Démon fut contrainct de quitter le feu : et auant que de sortir, il fit vn si grand remue -ménage, que Ton sembloit estre tous bruslez, et qu'il deuoit emporter l'Eglise et tout auec luy : et en sifflant, il sortit à six heures et demie du soir dudict iour, sans faire aucun mal (Dieu mercy) que la totale ruyne de ladicte pyramide, qui est de conséquence de douze mille ecus au moins.

u Ce meschant estant hors, on eût raison du feu. Et peu de temps après, ledict pain de seigle se trouua encore en essence, sans estre aucunement endommagé ; fors que la croûte estoit vn peu noire.

« El sur les huict ou neuf heures et demie, après que tout le feu fut esteint, la cloche sonna pour amasser le peuple, afin de rendre grâces à Dieu.

« Messieurs du Chapitre auec les choristes et musiciens chantèrent le Te Deum et vn Stabat mater, dans la Chapelle de la Trinité, à neuf heures du soir.

« Grâces à Dieu, il n'est mort personne, fors trois ou quatre blessés.

« Il n'est pas possible de voir chose plus horrible et espouuentable qu'estoit ledict feu. » — pin *.

Ce récit nous est doublement précieux, en ce qu'il

Voir Lknglbt-Ddfresnoy : Recueil de Dissertations anciennes et nouvelles sur les Apparitions, les Visions et les Songes. — Paris-Avignon, Jean-Noël Leloup, 17ol, 4 vol. in-12, tome II,

(EUTRES DE SORCELLERIE 213

consacre, à ia faveur d'un exemple singulier, la croyance populaire aux dénions de la foudre et surtout en ce qu'il décrit par le détail les exorcismes et autres cérémonies religieuses dont nos pères des siècles derniers avaient coutume en pareil cas. — Au demeurant, quoique les exemples d'hallucination collective et spontanée soient assez fréquents, et dû- ment constatés, nous inclinerions à croire que le témoin oculaire, narrateur de ce prodige, avait sciemment chaussé, le jour de l'incendie, des besicles grossissantes, ou pour mieux dire, enchantées.

Mais voici un fait plus moderne affirmé par des témoins dignes de foi, et qui ne présente rien d'incroyable, à quelque point de vue d'ailleurs qu'on l'examine. Nous condensons le récit un peu diffus de M. Gougenot des Mousseaux '.

»" MARIA OPTIMAM PARTEM ELEGIT, QVM NON A^TERETVR AB EA. " C'est celle belle et consolante parole du Christ qu'un grand seigneur polonais avait fait graver en lettres d'or sur la tombe de sa fille adorée, morte à dix-huit ans d'une maladie de langueur. Une demijournée n'est pas révolue, qu'un orage gronde au ciel; la foudre éclate : un livide éclair, se bifurquant en dard de vipère, ravage en deux endroits l'inscription métallique Quatre lettres fondues, volatilisées au

Goufcenot des Kotifseaus, Mœurs et Pratique» de» Démons, j^édil. rprondue. Paris, Pion, 1863, in-8, pages 1H-I6.

, y^ édit. rprondue.

214 LE TESfPLE DE 8ATAK

choc du fluide, laissent le texte saint mutilé — et d'une formule d'amour céleste et d'espoir, font une sentence d'éternelle et suprême réprobation.

H MARIA... IMAM PARTEM ELEOIT, .VM NON AVFERETVR

AB EA. » Marie a choisi sa place au fond de F abîme; anathème sur elle ! Sa place ne lui sera pas ôtée^...

Voilà pour la foudre. Ajoutons qu'à tort ou à raison, nos ancôtres attribuaient les pestes, les contagions, les disettes, à l'influence des mauvais esprits ; comme aussi les cataclysmes imprévus, tels que cyclones, éruptions, tremblements de terre.

Les exorcismes de l'Église nous sont la meilleure preuve de cette attribution, croyance communément répandue et sanctionnée par le clergé, du moins en ce qui concerne les troubles des éléments : « Je vous adjure, grêles et vents, pour que vous vous résolviez en pluie, etc., » liton au Rituel de Toul, page 538. Los Rilicels sont pleins de ces formules.

Or, ces démons, qui donc — au dire du peuple —

Celle anecdote fait penser au présage fulgurant, avant-coureur de la mort d'Auguste.

L'an 14 de Jésus-Christ, la fondre venant à frapper rinscriptioQ de la statue érigée dans le Champ de Mars à la mémoire du Conquérant des Gaules, en mutila la première lettre. De c^sar, le Feu du ciel fit ^esAR. qui était, chez les Etrusques, le nom générique de» Elres appartenant à la race d'*s Dieux (smSn des Hébreux).

Le mage Thrasylle consulté, vit dans la lettre G abattue^ /e symbole des cent jours qui séparaient encore Auguste de V Apothéose. Kn conséquence, il lui prédit qu'à l'expiration de ce délai, il serait mis au rang des dieux. Et de fait, la mort, à cent jours de là, frappait César- Auguste !

(EUTRE8 DE SORCBLLBHIB

déchaînait en trombe leur malveillance à travers la pacifique nature ? — Les adeptes de la Magie noire !

C'est ainsi que le moyen âge, à la grande joie des exorcistes, rejetait tout phénomène anormal sur le compte de l'Enfer et de sa malice, et motivait d'ailleurs la colère vengeresse des monstres d'enfer, en dénonçant la perfide instigation du Sorcier....

Nos pères voulaient trouver à tout une raison d'être miraculeuse ; aujourd'hui nous nions a priori jusqu'à la possibilité d'un prodige. Ils allaient trop loin, peut- être reculons-nous trop en deçà. Ils étaient crédules jusqu'à devenir souvent visionnaires; nous sommes méfiants jusqu'à fermerobstinément les yeux aux splendeurs de l'évidence.

Le Magicien a toujours passé pour le confident des esprits et des fantômes d'outre-tombe ; si sa science est une royauté, l'art des évocations est, sans contredit, le plus beau fleuron de sa couronne.

C'est chose inutile de revenir ici sur l'évocation du Diable et le pacte qui en résulte; d'autant qu'au chapitre V nous devons encore en toucher un mot.

Au chapitre vi, à propos des spirites, nous traiterons l'évocation des morts ou des êtres quelconques qui se donnent pour tels.

Nous ne voulons, en celui-ci, que demander au vieil Homère le témoignage poétique des rites traditionnels de cette opération, — la plus téméraire, à coup sûr, qu'il soit permis à l'homme, ou plutôt qu'il lui soit défendu d'entreprendre. Ouvrons VOdyssêe aux pre-

216 LR TBBiPLE DB SATAN

mières pages de son livre IX. Ulysse nous décrira scrupuleusement les détails de sa tentative ; fions-nous à la compétence d'un guide qui va nous conduire par la main à travers les dédales du sombre Hadès.

Il s'agit, pour le roi d'Ithaque, de consulter le spectre du divin Tirésias : les cérémonies magiques vont commencer.

Ayant creusé une fosse profonde, Ulysse y répand tour à tour, en l'honneur du peuple léger des mânes, le miel et le vin pur, l'eau claire et la fleur de farine. Puis il passe des prières aux invocations, et, brandissant le fer sacré, il égorge enfin les victimes sur la fosse, où le sang coule en ruisseaux noirs.

Soudain, du fond de TÉrèbe, s'élève le peuple ténu des ombres : cependant qu'assoiffées du sang répandu, elles se pressent en hurlant autour de la fosse, le Prince, debout, leur barre la route, le glaive à la main. Les ombres refoulées s'épeurent et se dissipent, vapeurs proléennes déroulées en volutes. Mais de nouveaux spectres leur succèdent, accourus des profondeurs de l'Érèbe ; dans le nombre, Ulysse reconnaît plusieurs compagnons d'armes, et ces amis défunts le supplient de les laisser s'abreuver du liquide mysté- rieux qui doit prêter à leur substance inconsistante une éphémère objectivité!

Inflexible, le nécromancien, suivant le rite occulte, tient ferme la pointe de son glaive à la surface du sanglant breuvage, que Tirésias évoqué doit le premier toucher de ses lèvres. Mais voilà que le Prince, jusqu'alors impavide, sent fléchir son courage : une

ŒUVRES DB SORCBLLBItlB

ombre augusle et chérie est montée du gouffre il

a reconnu sa mère I . . . N'importe, hélas ! les prescriptions sacrées ne souffrent aucun accommodement: l'on ne badine pas avec la loi du Destin. Et, tandis qu'un sanglot se brise en sa poitrine, il ëcarte le fantôme d'Anticlée.

Enfin parait Tirésias, vieillard aux blancs cheveux, son sceptre d'or à la main : — Arrière, fils de Laërte, s'écrie-l-il, retire ton glaive de celte tosse, el laissemoi m'abreuver du sang noir. Quand j'aurai bu, je te révélerai l'avenir 1 Le devin tend sa lèvre à la pourpre sanglante et dénoue la trame du Destin

La mère d'Ulysse est toujours là, sombre et muette ; elle ne reconnaît point son enfant. Le roi consterné demai.de à Tirésias le moyen de se révéler à elle, La réponse du devin vaut d'être prise en note : « Celle des ombres à qui tu permettras de se pencher sur 1 fosse et de mouiller ses lèvres du sang des victimes, te reconnaîtra soudain : lu pourras apprendre d'elle ce j que lu désires savoir. Mais tout fantôme que lu écar- , teras du glaice fuira dans la »uil profonde... Ulysse relire son glaive de la fosse; enfin, sa raèrel peut approcher, el sitôt qu'elle a bu, elle l'aperçoit ei s'écrie : « 0 mon fils, comment as-tn pu descendra

au séjour des ténèbres? » Pendant qu'elle lui

parle, il s'élance par trois fois pour embrasser la chère morte, qui trois fois s'évanouit dans ses bras, comme une ombre sans consistance, ou comme un rêve qui se dissipe, quand on croit le saisir.

Tel est, abrégé, le récit d'Homère, consciencieux

218 LE TEMPLE DE SATAK

témoin des rites de son temps, et révélateur , sous cette apparence fabuleuse, de plus d*un mystère profond. Au surplus, ces cérémonies appartiennent à la Magie noire, par l'usage qu'on y fait du glaive .et du sang. L'effusion mystique du sang est abominable, ainsi qu'on l'expliquera par la suite {Clef de la Magie noire).

Nous n'avons rien à dire ici de l'Évocation par le pantacle stellaire et les parfums consacrés : ces arcanes sont ceux de la Haute et Divine Magie, et la science dont ils ressortissent demeurera pour le Sorcier lettre morte à tout jamais .

Sa science à lui, magicien de ténèbres, est tout autre. A lui l'évocation des esprits de désordre et d'inconsciente perversité ; à lui les aberrations sexuelles et l'aveugle déploiement de cette force subversive de perdition, qui, compactant l'invisible, donne aux fantômes de son délire une objectivité néfaste; à lui le vampirisme et les métamorphoses dégradantes qui assimilent progressivement sa forme astrale aux types inférieurs de l'animalité; à lui les voluptés sans nom du commerce incubique.

Voilà les œuvres propres au magicien noir et vé- ritablement dignes de lui. De ces deux dernières nous n'avons rien dit encore, et nous voulons toucher un mot.

L'Incube et le Succube sont les deux formes spectrales d'un hermaphrodite convertible, si j'ose dire, à prédominance tour à tour phalloïde ou ctéimorphe, selon que l'être brutal dont Tappétit l'évoque, est une sorcière ou un sorcier.

ŒUVBBS DB SOBCKLLERIE 219

Nommés éphialtes par les anciens Grecs, Incube et Succube se confondaient, dans l'imagination populaire, avec la personnification du cauchemar. En effet, dans les rêves pénibles, l'organe génital est souvent inté- ressé. Le plaisir, qui prend alors tous les caraclôres de l'angoisse, a des paroxysmes qui tiennent plutùt de l'é- toutfement que du spasme. Souvent il y a coïncidence des deur; c'est la fusion de tous les contraires ; souffrance et volupté, désir et dégoût. C'est l'amour râlé, le jeu d'Erôs devenu tragique, avec un monstre pour partenaire. Car l'ombre lascive, communément indé- cise, prend tout à coup d'horribles contours.

Quelquefois ce fallacieux objet s'offre sous un aspect moins farouche, voire avec un visage avenant. Ses manières sont plus agréables ; les violences même qu'il exerce sont plus douces ; bref, il se comporte poliment.

Au chapitre premier, nous avons transcrit en détail la confession d'une pauvre fille, victime d'un incube relativement présentable, brutal et parfois violent dans

l'intimité, mais pointdépourvu de tenue En somme,

plus d'une jouvencelle se contenterait d'un tel galant, l'estimant fort possible, en dépit de son extraction. — Le Loyer, conseiller du roy au siège présidial d'Angers, nous propose un autre exemple, qui serait jugé moins tolérable, à moins de goûts spéciaux: h Au païs de Marrée, yeutvnefillequisetrouua grosse du fait du Diable, Ce ne fut pas sans donner àpenseràses parens, qui la pouuoit auoir engrossée, parce qu'elle abhorroit le nopces et n'auoit voulu estrc mariée. Ils la pressent, . . Elle confesse que c'estoit le Diable qui couchoit toutes

les nuicts auec elle, en forme d'vn beau ieune homme. Les pares ne se contentant de la response de la fille^ pratiqué! sa chambrière, qui de nuict les fit entrer dans la chambre auecques torches. Ce fut alors qu'ils apperceurent au lict de la fille vn monstre fort horrible, n'ayant forme aucune d'homme. Le monstre ne fait contenance de vouloir quitter le lict, et fait-on venir le prestre pour Texorciser. En fin, le monstre sort, mais c'est auesques vn tel tintamarre et fracassement, qu'il brusla les meubles qui estoient en la chambre et en sortant descouvrit le toict et couuerture de la maison. Trois iours après, dit Hector Boëce, la Sorcière engendra vn monstre, le plus vilain qui fust oncques né en Ecosse, que les sages-femmes estoufferent ^ »

C'est là ce que Lancre appellerait « vne infauste déception » /

Après l'incube, le succube !... Oyez l'histoire attestée par le Docteur anglais Barnelt. Il s'agit d'un jeune gars du Comté de Sommerset, robuste et bien portant, qu'une consomption rapide conduit en quelques mois au seuil de la tombe. Chaque nuit, visité par un spectre de luxure, il succombe à la tentation, en dépit des sages résolutions prises et renouvelées chaque jour. Enfin, terrifié par la perspective d'une mort immmente (carie mal va toujours empirant), le jeune homme s'arme de courage et se couche, décidé à démasquer le fantôme. Vers minuit, il sent le jeune succube se glisser dans son lit. Avec la rapidité de l'éclair, il

< Histoire dei Spectresy Paris, 1005, in-4, page 315.

empoigne de ses deux mains les cheveux de la nocturne visileuseet demande à grands cris de la lumière. Tandis qu'on en apporte, elle parvient à se dégager dans un etfori suprême, en laissant aux mains deson amant deux poignées de cheveux blâmas. C'éiaii une horrible sorcière du voisinage, vieille comme Saraï, lorsqu'elle fut enlevée par Abimelech M Et cependant affirme le jeune homme, l'haleine de cette créature, — véritable souffle d'entant — la fermeté de ses chairs et tout son être enfin annonçait une jeune fille de vingt ans, saine

et vigoureuse Parquet prestige cette vieille hideur

avait-elle pu se donner telle apparence? Mystère! Quoi qu'il on soit, voici le portrait qu'en trace Gorres, de qui j'emprunte celte anecdote : » Depuis cinquante ans, cette vieille femme passait pour sorcière. Elle était maigre et sèche, courbée par l'âge et ne marchait qu'à l'aide de béquilles. Sa voix était creuse, solennelle, mystérieuse, mais hypocrite en même temps. Ses yeux lan- çaient une lumière pénétrante, qui inspirait l'effroi ■. <>

' Elle avait alors qualre-vingl-dix ans, d'après le récit même de la Voigale (Genèse, chap. svd, t •"]- Ce qui suppose chez Ip roi de Guerar qui l'enlève {Genfiae, chap. xx), soil un goût 1res vif pour les oUTceaux d'archéologie sexuelle, soit des hahitudes galantes dont la violence même scmhlt! le dernier mot de la courtoisie ; ou bien encore, ce qui prouve, h un autre point de vue, que peut-tHre ne s'agil-il ni de galanterie ni de femme mare, mais d'idéographJsme et d'allégorie.

Le petit rapprochement de dates, révélateur de celle anomalie, fait du IX* cliapitre une page qui milite en faveur du sens spirilucl, en dùpil des modernes théologiens qui le dénient i la Genèite, comme aux autres livres de nos deux Testament*.

GôHBts, La Mijgtique dicine, naturelle et diabolique, traduction Sainte-Foi, Paris 1S34, S vol. in S; tome V, page 303.

L'histoire contée par Barnelt peut servir de transition entre les faits d'incubisme proprement dit et ceux de transformation par enchantement d'une part, d'erraticité vampirique de l'autre.

Qui n'a lu quelque effroyable récit de vampires décimant toute une contrée? Les faits sont si nombreux, si concordants et si solennellement attestés, qu'à nier Texistence réelle de cette manière de maladie posthume, il y aurait mauvaise foi!

Toutes les narrations se ressemblent : un homme à réputation trouble, un homme suspect de commerce avec l'Enfer, vient à mourir. Il a communément édicté quelque prescription bizarre, touchant le mode et le lieu de sa sépulture ; après une vie ambiguë, il paraît avoir eu souci de garder jusque dans la mort une attitude inquiétante. . . Quoi qu'il en soit, ses dernières intentions respectées des siens, il va dormir sous terre son meurtrier sommeil : de sorcier, il est devenu vampire ^

Bientôt, en effet, l'on voit dépérir de nombreuses personnes du pays, victimes d'un mal étrange et surnaturel. Des témoins dignes de créance affirment avoir vu chaque nuit un spectre vagabond assaillir les passants, tantôt sous une forme humaine et tantôt sous l'aspect d'un chien monstrueux. Le même fantôme pénétrant aussi dans les maisons, s'attaque à ceux

Le vampirisme serait un mal héréditaire. Plusieurs auteurs citent des familles où cette maladie se transmettait régulièrement de père en flls.

qu'immobilise le sommeil ; il les étouffe en leur coraprimanl la poitrine : plusieurs sont trouvés au matin morts dans leur lit.... Ceux qui survivent après avoir reçu sa néfaste visite, se traînent péniblement, maigris, blêmes, exténués. Toute vitalité semble leur avoir été ravie, dans l'embrassement du monstre, qui passe vulgairement, tant ils sont pâles, pour avoir aspiré le souffle et sucé le sangde ces malheureus. Si le baiser du vampire se renouvelle, ils meurent au deuxième ou troisième assaut...

C'est une consternation générale.

Alors une rumeur s'élève, qui grandit, accusatrice du mort. On se chuchotte à l'oreille des récits de faits similaires, traditionnels dans certaines familles. On sait qu'il faut , en pareille circonstance , violer la sépulture du bandit d'outretombe. Sacrilège notoire, seul remède à un si grand mal.

Les particuliers hésitent-ils à prendre l'initiative d'un tel acte? La pression publique se fait si forte et si tenace, t|uc l'autorité se voit contrainte d'intervenir. On exhume le cadavre, et le soleil éclaire le plus glaçant des spectacles : un mort immobile et froid, dans un élat de parfaite conservation ; mais les lèvres sont vermeilles et parfois les yeux grands ouverts, La barbe, les cheveux, les ongles ont poussé d'un jet extraordinaire. La force semble s'être concentrée en lieux utiles, pour conserver la vitalité végétative du cadavre. La coutume transmise veut qu'on cloue au sol ce hideux vampire, en lui traversant le cœur d'un épieu. Il secoue alors son sommeil de marbre et se

t2â4 LE TEMPLE DE SATAN

tord, avec un dernier hurlement, dans les convulsions d'une agonie posthume; des flots de sang rouge et bien fluide ont jailli sous le fer... et, selon l'énergique expression d'Eliphas, le vampire s'est réveillé dans la mort. Tout n'est pas fini cependant, et dans plusieurs cas, le fantôme continue ses ravages nocturnes ; il faut réduire en cendres le cadavre maudit, pour que tout rentre dans Tordre accoutumé.

Si peu vraisemblables que soient ces faits, il faut cependant les admettre, sous peine d'invalider tous les critères de la certitude historique. Où s'arrêtera le scepticisme des savants, s'ils récusent les plus formels témoignages et frappent de nullité les procèsverbaux authentiques, rédigés sur place par les autorités judiciaires ou communales?

Il convient, d'ailleurs, de corroborer jusqu'à l'évidence la foi des gens raisonnables en l'existence des vampires, par le rapprochement qu'on peut faire de ces faits plus ou moins anciens, avec des faits modernes, sinon tout pareils, du moins entièrement analogues et certifiés par des témoins aussi peu récusables que les premiers.

Je veux parler de l'inhumation de Fakirs en léthargie volontaire, à plusieurs pieds dans le sol — et de leur résurrection, constatée par des médecins, après des mois, quelquefois une année d'enfouissement sous terre. Toutes précautions ont été prises; l'on a eu soin d'opérer avec une minutie péremptoire, afin d'atteindre expérimentalement à la certitude scien-

ŒUVBB8 DE SOHCELLERIB 225

tifique, indubitable, absolue. Pour prévenir jusqu'à la possibilité d'une tentation de fraude, on a semé, puis récolté des céréales, sur l'emplacement de la mystérieuse sépulture, où des sentinelles chargées d'une surveillance de chaque instant se sont renouvelées nuit et jour, sans interruption. Eliphas, dans son Histoire de la Magie (pages 507-512) rapporte, avec un grand luxe de détail, un exemple assez concluant, dont se sont faits garants le Docteur Mac Gregor, Tofâcier anglais Obsborne et le général Ventura '.

Le Docteur Gibier, professeur auMuséum, cile un cas tout récent, que relate aussi le Temps, n" du 31 octore 1885. J'emprunte à son beau livre de r-4nalyse des chosesquelques extraits relatifs à cette expérience, transmise dans ses moindres détails par le Docteur Honigberger, et certifiée par sir Glaudius Wade, ministre anglais en résidence à Laliore.

Après de longues préparations, IIarid<_^s le Yoghi (enta l'aventure, devant Runjet-Sing, rajah de Lahore. « L'adepte entouré de ses disciples et accompagné par le rajah et sa cour, s'avança gravement sur le lieu de l'épreuve. Après qu'on eut étendu un linceul de lin sur le sol, il se plaça au milieu et tournant son visage vers l'Orient, il s'assit en croisant ses jambes dans l'attitude pamadsan de Brahma assis sur le Lotus. Il pa-

' L'ensevelissenieat du Kakir a dure dis mois, de juin 1S:I3 à la

226 LE TBMPLB DB'V4TAN

rut B6 recueillir un instant, puis il fixa ses regards sur la pointe de son nez, après avoir renversé sa langue dans le fond de sa gorge.Bientôtsesyeuxse fermèrent^ ses membres se raidirent ; la catalepsie... se présenta.

« Les disciples du solitaire s'empressèrent alors de lui aviver les lèvres et de lui fermer les oreilles et les narines avec des tampons de lin enduits de cire, sans doute pour le protéger contre les insectes. Ils réunirent les quatre coins du linceul au-dessus de sa tête et les nouèrent ensemble. Le sceau du rajah fut mis sur les nœuds et le corps fut enfermé dans une caisse en bois de quatre pieds sur trois, que Ton ferma hermétiquement et qui fut également recouverte du sceau royal.

« Un caveau muré, préparé à trois pieds sous terre pour contenir le corps du yoghi, reçut la caisse, dont les dimensions s'adaptaient exactement à ce tombeau. La porte fut fermée, scellée et bouchée complètement avec de la terre glaise .

a Cependant, des sentinelles étaient ordonnées pour veiller nuit et jour autour du sépulcre, qu'entouraient d'ailleurs des milliers d'Indous accourus pieusement, comme à un pèlerinage, à l'ensevelissement du saint.

a Au bout de dix semaines, terme convenu pour l'exhumation, une affluence de spectateurs encore plus grande accoururent sur le lieu de l'événement. Le rajah fit enlever la terre glaise qui murait la porte et reconnut que son cachet, qui la fermait, était intact.

« On ouvrit la porte, la caisse fut sortie avec son contenu, et quand il fut constaté que le cachet dont elle avait été scellée était également intact, on l'ouvrit.

n Le Docteur Honigberger fit la remarque que linceul était recouvert de moisissures, ce qui s'expliquait par l'humidité du caveau. Le corps du solitaire, hisse hors de la caisse par ses disciples et toujours entouréde son linceul, fulappuyé contre le couvercle; puis, sans le découvrir, on lui versa de l'eau chaude sur la tête. Enfin on le dépouilla du suaire qui l'enveloppaîl, après en avoir vérifié et brisé les scellés. « Alors le Docteur Honigberger l'examina avec soin. Il était dans la même attitude que le jour de l'ensevelissement, seulement la tète reposait sur une épaule. La peau était plissée ; ses membres était raides. Tout le corps était froid, à l'exception de la tête qui avait été arrosée d'eau chaude. Le pouls ne put être perçu aux radiales, pas plus qu'aux bras ni aux tempes. L'auscultation du cœur n'indiquait autre chose que le silence de la mort...

" La paupière soulevée ne montra qu'un œil vitreux et éteint comme celui d'un cadavre.

i< Les disciples et les serviteurs lavèrent le corps et frictionnèrent les membres. L'un d'eux appliqua sur le crâne du yoghi une couche de pAte de froment chaude, que l'on renouvela plusieurs fois, pendant qu'un autre disciple enlevait les tampons des oreilles et du nez et ouvrait la bouche avec un couteau. Haridès, semblable à une statue de cire, ne donnait aucun signe indiquant qu'il allait revenir à la vie.

Il Après lui avoir ouvert la bouche, le disciple lui prit la langue ot la ramena dans sa position normale, L il la maintint, car elle tendait sans cesse à retom-

^^ il la mair

I

ber sur le larynx. Il lui frictionna les paupières avec de la graisse, et une dernière application de pâte chaude fut faite sur la tête. A ce moment, le corps de l'ascète fut secoué par un tressaillement, ses narines se dilatèrent, une profonde inspiration s'en suivit; son pouls battit lentement et ses membres tiédirent. Un peu de beurre fondu fut mis sur la langue, et après cette scène pénible, dont l'issue paraissait douteuse, les yeux reprirent tout à coup leur éclat.

« La résurrection du yoghi était accomplie, eS comme il aperçut le rajah, il lui dit simplement : « lif ^ « crois-tu, maintenant? »

« 11 avait fallu une demi-heure pour le ranimer* ^ et après un laps de temps égal, bien que faible encore ^ mais revêtu d'une riche robe d'honneur et décoré d'uU collier de perles et de bracelets d'or, il trônait à la table royale.

« A quelque temps delà, le rajah ayant sans doute mis le yoghi au défi, ce dernier se fit de nouveau ensevelir, mais cette fois-ci à six pieds sous le sol. La terre fut battue autour de son cercueil, le caveau fut muré, de la terre fut répandue dessus et on y sema de Torge. Toujours d'après les mêmes témoins oculaires, Haridès fut laissé quatre mois dans ce tombeau ; au bout de ce temps, il revintà la vie comme la première

A quoi qu'on attribue la léthargie des fakirs et des yoghis indous, et si distante qu'on la suppose de l'état

Analyse des choses^ pages 171-175.

Tampirique, tel que nous l'avons déjà décrit plus haut, on n'en conviendra pas moins que ces divers exemples, également attestés et certifiés à plusieurs siècles, comme à plusieurs mille lieues d'intervalle, se soutiennent et se corroborent mutuellement.

Quant à la Lycanthropie, une étroite parenté la relie de toute évidence au vampirisme proprement dît. Dans les deux cas, le spectre assassin court la campagne sous diverses formes d'animaux ; dans les deux cas, il s'attaque volontiers aux ôtres qu'il rencontre : la différence essentielle consiste en ceci précisément, que le loup-garou, tandis que sa forme astrale vagabonde au dehors, est un sorcier vivant qui sommeille dans son lit ; et que le vaynpiye, au contraire, est un sorcier mort qui végète dans sa tombe.

Le vocable Lycanthropie est un terme très impropre ; car il s'en faut que les transformations erratiques du sorcier se bornent à la forme générale du loup ; les traditions de la magie ténébreuse noua font voir les adeptes du Sabbat varier les déguisements animaux sous lesquels ils effectuent leur retour, l'assemblée finie : chai, chien, bouc, mouton, et même escargot, limace ou crapaud ; — le seul embarras est celui du choix. Ce qui permet aux enragés de la démonologie de croiser assez fréquemment des magiciens et des sorcières, retour du Sabbat : car il faudrait bien de la malchance, pour ne pas apercevoir sur sa route un seul de ces divers animaux.

Disons, pour en revenir au loup-garou, que dans

lee csts réek de liilDCS&m ps^eaiàD-Aûixfàùqse, constaté rnÛBlei; £d3S Iiiffitafstatiiâlé ^ r^>€srcufiBÎL fid Imprime ssr le coups et abBesnt la trace des ccmb^a e$ le ftfipiMrle des blessures qui fiODt ponés an &^£Be -sirsâpie. — Ga eXieflDt{de: ^ Emoosre list-on qa>« £oce9e CArgètiiie troifi dasoiedfiB somcâferes assaiffîreBl tm fonne de dbjds TB rillafeois ^ ^ ccmpoît d« kois^ ci ^e se deffefida^ il les Crappa et blessa foit; po«r kfsd iakC il iaH pe« jpres ooastîtaè priscHttier^ ci là ^exr eaisai^ il ÛA rotr qull a'avott blessé des ffiriin, Mais bîea trois cbats, ffwi coaamt espris mafimgs, rajaoi€fit afisailhr pour le teer. deifiiOT « desooure ^pe e'estoit m prestige do diable *. » Les trois sotbières foreot brâlées, comme bien on pesse.

« D sera bien à propos d'adioasier icy ce qui est adnenn en Fan 1568, en td rillage distant enuiron 4»ix lieœs dWpcbon es hautes montagnes d'AniKergne : Vn gentil-homme, estant sur le Tespre es iiec^estres de son chastean, voit passer m chasseur de «a eognoîssance, il le prie de luv apporter à son retour de «a chasse. Le chasseur poursuiuant son chemin le long dVne plaine, fut attaqué par vn groi loup, contre

^ IMiSf n^podant le même fmit, est plus explicite encore : ^ ,,. U f eiA trots Sorcières près Strasbourg, qui assaillirent m UtMmreur tm %nyttt de (rois grands chats, et en se défendant, il t4eft<a ^ ehaftfta les chats, qui se trouuereot au lict malades en UmuH an femmes foK blessées à l'instant mesme... i» (Demoiiomanm, pêftt i(ïH, B.)

Valderama, Hintoire générale du monde^ Paris, 1619, in-8. Tome 11, page ttt.

rEUVIlBS DE SORCELLERIE 231

lequel il delascha vn coup d'arquebuze sans le blesser, ce qui l'occasiona de ioindre le loup, qu'il saisit par les oreilles: mais enfin, estant las, il se depestra du loup, et se reculant mil la main à vu grand coutelas de chasseur, qu'il portoil, duquel il frappa le loup, et luy abaltil l'vne des pattes, qu'il reserra dans sa pouchette, après que le loup eut prins la fuille : et puis se vint rendre au chasleau du gentil-homme, à la veuë duquel il auoit côbatu le loup. Le genlil-homme le prie de luy faire part de sa chasse, ce que le chasseur voulant faire, et pensant tirer la patte de sa pouthette, il tire vne main, qui portoil à l'vn des doigts vne bague d'or, que le gentil-hommme recogneut eslre à sa femme; ce qui le fil aucunement mal soup- çonner d'elle et estant entré en la cuisine, il trouue sa femme qui se chauffoit, ayant son brus sous son deuanteau, lequel il tira, et recogneut qu'elle auoit la main couppée. Surquoy le gentil-homme la prenl par rigueur, mais aussi losl, el mesme après que sa main luy eust esté confrontée, elle confessa que ce n'estoit autre qu'elle, qui auoit eu forme de loup attaqué le

chasseur, et fut depuis bruslée à Ryon ' u

Celle histoire mirifique porte tous les caractères de l'apocryphe : que la châtelaine ait été blessée par répercussion à la main, c'esl un phénomène qui n'a rien d'impossible, comme nous verrons au livre II; mais la métamorphose de la patte en main, dans la potichette du chasseur, constilue. dans l'hypothèse

même d'un pareil phénomène, une addition notoirement mensongère. Ce détail est, de la part du juge de Saint-Claude, une arabesque de style. D^ailleurs, il ne cite point Tarrêt de Riom et ne rapporte Taventure que par ouï-dire. — Telle quelle, celle-ci nous a paru digne d'être transcrite.

Le loup-garou passait communément pour dévorer les victimes de son agression et de préférence les enfants en bas âge. A cette heure encore, ne menacet-on point du loup-garou les bambins terrifiés, quand leur sagesse, ou leur obéissance, vient à fléchir?

Pierre de Lancre a consacré au loup-garou tout un livre de son Tableau de VInconstance (pages 235- 329, soit 95 pages in-4.) Il faut lire son récit du procès de 1603, et de Tarrêt prononcé en robe rouge au Parlement de Bordeaux, contre un jeune loup-garou de treize ans, coupable d'avoir dévoré un garçon et une fillette. Gomme il parut idiot à la Cour, on usa d^indulgence à son égard : il fut seulement renfermé dans un couvent pour le reste de sa vie. Lancre, qui Talla voir en cette retraite, dans le but louable de surveiller sa conversion, fut effrayé de la persistance de ses goûts d'anthropophage : « Il me confessa sans aucune cérémonie, qu'il auoit encores inclination à manger de la chair de petits enfans, parmy lesquels les petites filles luy estoyent ou seroyent en délices, le luy demanday s'il enmangeroit s'iln'estoit prohibé, il me dict franchement qu'ouy , et mieux des filles que des enfans, par ce qu'elles sont plus tendres. Et les religieux m'ont dict, qu'au commencement qu'onlemit

i couuent, ils luy virent manger à cachettes des

tripes ou entrailles du poisson qu'on aprestoit' »

De tous temps, l'accusation d'anthropophagie s'est maintenue dans l'imagination des peuples, comme l'un des pires griefs invoqués à la charge des suppôts de l'Enfer. Les Stryges, Lamies et Magiciennes étaient --*^ censées égorger au Sabbat des enfants soustraits au baptême. Leur chair tendre et savoureuse semblait particulièrement prisée à la Synagogue. Le leste suivant nous prête à penser néanmoins, qu'à défaut de grives, les sorcières s'attaquaient aux merles : " Que si la Stryge est convaincue d'avoir mangé un homme, elle paiera deux cents soldes, i. C'est au chapitre lxvii des Lois Saliqties.

\ Mais ce texte isolé ferait naître une idée fausse ; il faut que le commensal des orgies sataniques nous avoue ses goûts de prédilection. Rarement léopard, plutôt hyène ou chacal, les charognes lui sont une proie coutumière et préférée. Voir les procès de tous les maniaques dont les dépositions devant le juge ont fourni matière à notre description du Sabbat.

Le Sabbat 1 Pandémonium de turpitudes et de scé- lératesses, incarnées dans toutes les formes de la laideur : voilà le théâtre officiel de la sorcellerie classique et légendaire.

Que penser de cette lugubre comédie, déroulée dans un cadre plus lugubre encore ? Quelle réalité

lui reconnaître? N'a-t-elle existé qu'à la manière de cette forêt merveilleuse de Brocéliande, visible encore pour certains mystiques du Finistère (les amis de Tenchanteur Merlin et de la fée Viviane), mais disparue aux regards indifférents, et qu^on chercherait en vain sur la carte de Bretagne?,.. — Voici notre réponse.

Il est certain d'abord que des sorciers en chair et ^n os ont tenu, et tiennent encore, des assemblées où se pratiquent tous les mystères d'ignominie. Nous en connaissons, pour notre part, qui fonctionnent régulièrement en plein Paris et ailleurs. Nous nous portons témoin et garant de leur existence; témoin oculaire, garant écœuré : nous reviendrons sur ce sujet au vf chapitre.

Mais ailleurs encore, il existe un autre Sabbat, plus formidable et plus occulte. Le monde physique, maté- riel, apparent, n'est que l'envers grossier d'un monde plus subtil, tout aussi réel, si ce n'est bien davantage : le monde astral. Voilà le domaine où la Sorcellerie déploie tous les délires de sa furibonde ivresse, tout le luxe de son infamie arrogante, toutes les pompes de son criminel néant ! C'est là qu'elle ébauche, en puissance d'être, les œuvres monstrueuses qui chaque jour avortent, en acte, sur le plan visible : car la nature physique ne peut qu'en se violentant porter à terme les funestes effets d'une cause discordante, antipathique aux lois harmonieuses de 'univers. Ainsi, les avortons n'étant guère viables, 6 mal est-il moindre, quoique sensible encore.

ŒUVRES DR SORCELLERIE 235

Donc, sur le plan de l'existence matérielle, les sortilèges et maléfices ont, à coup sûr, de désastreux effets, mais rarement venus à maturité pleine... Ce rarementlà n'en est pas moins d'une fréquence désolante. Figurez-vous une main perfide, infatigable, semant à profusion des graines vénéneuses sur le monde des vivants : mais ces graines tombées sur un sable infé- cond, pourrissent à la pluie ou se dessèchent au soleil, au lieu de germer sous ces deux influences combinées. Peu d'entre elles poussent une tige grêle et maladive, •et meurent avant la floraison; quelques rares fleurissent et fructifient : fruits amers et clairsemés I II n'en faut pas plus pour empoisonner le passant qui les cueille

Avez-vous compris l'apologue, lecteur ami ?

Le sorcier ne parvient à nuire qu'à l'improviste et par exception, comme un galérien évadé commet un crime avant d'être repris, mais il traîne toujours son boulet et les gendarmes ne sont pas loin I

Le sorcier a convoité la dictature et il est esclave.

Parfois, il se révolte et secoue sa chaîne ; mais la fortune des Spartacus est de courte durée et le monde n'a pas plus à craindre la domination des magiciens noirs, que Rome n'avait à redouter le triomphe des esclaves.

Alors même que le Sorcier réussit à faire le mal, ses œuvres de haine ne lui profitent point ; il en est la première victime.

Sa grande ambition, toujours déçue, serait de frapper autrui sans en recevoir le contre-coup : c'est la

Loi universelle de solidarité qui fait sa misère et sa condamnation.

Il se vautre et se démène dans le désespoir de sa finale impuissance, comme les traîne-cul du Sabbat parmi les reliefs gluants de Torgie patibulaire.

r LVmpereor le Quaternaire la Base cubique t la Puissance... la Justice des Hommes

Chapitre IV

(niDur ISO) Maleficos nonpatieris vivere *.

E laconique verset de Moïse, qui prescrit de ne pas sou^ynr que la sorcière vive (textuel I) sert d'épigraphe au fanatique ouvrage du conseiller Pierre de Lancre et tous les jurisconsultes

Tableau de U Inconstance, sur le titre. — Lancre traduit mal nStt^^D par Malejlcos ; c'est un féminin singulier qui veut dire la Sorcière.

On lit encore, au xx° chapitre du Lèvitique^ t 27 : « Si un homme ou une femme a un Esprit d'Aôb, ou de divination (Idoni), qu'ils soient punis de mort : ils seront lapidés et leur sang retombera sur leurs têtes. »

• Et au Deutéronome, chapitre xviii, t 10-12 : '< Qu'on ne trouve pas près de toi quelqu'un faisant passer par le feu son fils ou sa fille, ni devinant des divinations, ni consultant le Temps ou Nahàshy ni un sorcier ;

« Ni un enchanteur, ni quelqu'un consultant Aôb ou Idoni, non plus qu'un Nécromancien ;

« Car en abomination à lod-hévê est tout homme faisant cela... »

238 LB TEMPLE DE SATAN t

qui ont traité du crime de magie ne manquent jamais de rinvoquer à l'appui de leur thèse sanglante, comme le précepte divin dont les lois et les ordonnances les plus barbares portées contre le Sorcier par les divers législateurs ne seraient que l'adaptation juridique et en quelque sorte l'écho légal, propagé d'âge en âge.

Les coutumes de férocité stupide intronisées au moyen âge sont loin de disparaître avec lui : une recrudescence de fanatisme signale tout le xvi* siècle et la première moitié du xvii*.

Le bûcher semblait alors aux plus modérés une expiation non seulement très juste, mais encore à peine suffisante, d'un tel forfait ; puisque, selon Bodin (l'une des autorités en la matière), le sortilège se décompose en quinze crimes détestables', dont le moindre, à son gré, mérite la mort exquise et à petits cris *.

Vers cette époque, deux voix s'élevèrent seules pour protester contre la rigueur excessive dont on avait coutume : celles du médecin Jean Wier ou Wierus et du pasteur protestant Balthazar Bekker.

Wierus, dans son traité de Lainiis ^ et surtout dans son grand ouvrage des Ilhmons et impostures du Diable '*, soutient que le sorcier est, non pas un criminel qu'il faille brûler, mais un malade qu'il faut guérir. Proposition d'autant plus rare et plus inattendue, que Wier ne conteste ni le pouvoir des démons ni

Voir notre chapitre m, page 175.

^ Démonomanie des Sorciers^ pages 217-220.

LA JUSTICE DBS HOMMES 23»

là réalité de la sorcellerie. Ce fut une clameur universelle d'indignation contre ce généreux penseur : plaider la folie des sorciers, n'était-ce point se déclarer pour eux?... Puis, il était Télève et l'ami de Gomeliu» Agrippa, l'auteur de\^ Philosophie occulte: autre pré- texte pour le mettre en suspicion. Bref, on insinua qu'il plaidait pro domo etpatria, et que lui-même était un suppôt de l'Enfer.

Bodin publia sur-le-champ, à la suite de sa Démonomaniey une Réfutation des opinions de lean Vvier\ qui débute en ces termes : « Sur la fin de cest'œuure, et sur le poinct de la mettre soubs la presse, l'Imprimeur auquel l'en auois donné la charge m'enuoya vn nouveau liure de Lamiis de leaa Vvier, médecin, où il soustient les sorciers... Qui m'a donné occasion de luy respondre, non par haine : maia premièrement pour l'honeur de Dieu, contre lequel il s'est armé. En second lieu, pour leuer l'opinion de quelques iuges, ausquels cest homme-là se vante d'auoir faict changer d'opinion, se glorifiant d'auoir gaigné ce poinct par ses liures, qu'on eslargissoit maintenant les sorciers à pur et à plain^, appellant bourreaux les iuges qui les font mourir: ce qui m'a fort estonné, car il faut bien que telle opinion soit d'vn homme très -ignorant ou tres-meschant. Or lean Vvier monstre

^ La justice criminelle de ces temps était ainsi sujette à d'étranges> întermitlenoes; mais c'est au contraire vers cette époque et surtout au commencement du xvii* siècle, qu'on a peut-ôtre brillé le plusde sorciers.

240 Ltf TEMPLE DE SATAN

par ses liures qu'il n'est pas ignorant, et mesmes qu'il est médecin, et néâtmoins il enseigne en ses liures mille sorcelleries dânables... que ie n'ai pu lire sans horreur. * » — Plus loin, il faut voir de quel air superbe Bodin le renvoie, humble médicastre incapable de haute théologie, à « Vhypostase des vrines » /

Le pauvre Wierus prêchait dans le désert ! — Près d'un siècle plus tard, dans son Monde enchanté^^ Balthazar Bekker reprit et accentua, au nom de Jésus- Christ et de la charité, la thèse que Wierus avait soutenue au nom de la physiologie et de la médecine : il n'eut pas plus de succès. On l'accusa de nier l'existence du Diable ; l'aflFaire fit scandale. . A l'index de ses coreligionnaires eux-mêmes, il se vit déposé de ses fonctions de ministre par ses collègues hollandais réunis en synode.

En niant ap7'iori]e personnage du sorcier, iBekker allait trop loin : il eut mieux fait de s'en tenir à l'opinion de Wierus. Que les adeptes de la goëtie soient des fous, je Taccorde en beaucoup de cas ; mais d'abord ce sont des fous malfaisants. L'on connaît le mot terrible d'un président de cour d'assises : « Si la monomanie est une maladie, il faut, lorsqu'elle

porte à des crimes capitaux, la guérir en place de grève, »

Beaucoup estimeront le remède un peu radical...

2 Ouvrage hollandais traduit en langue française (Amsterdam,

I^ JUSTICE DES HOMMMS i4l

Je pense, pour ma part, que la justice humaine oe peut ni ne doit poursuivre qui que ce soit sous Tinculpation de sortilège * ; mais le procès du Maréchal de Retz nous fournira tout à Theure un exemple des .crimes épouvantables auxquels le sortilège sert parfois de couverture ; ces crimes-là, sans nul doute, il est du devoir de la justice humaine de les rechercher et d'en atteindre les auteurs.

Pour juger avec équité le cruel moyen âge et les tribunaux implacables qui lui survécurent de plusieurs siècles, il faut savoir jusqu'où s'est pu répandre la néfaste influence de ceux qu'ils traquèrent sous le nom de sorciers. Se rendre un compte exact des pratiques familières aux nécromans, percer à jour les ténèbres de la Magie noire ; faire la part de la légende ei celle de rhisloire, la part de l'imagination et celle de la réalité ; apprécier sainement, et la scélératesse et la sottise de ces exploiteurs de la crédulité publique, souvent dupes d'eux-mêmes tous les premiers; la portée de leurs armes, le caractère tantôt illusoire et tantôt efficace de leurs manœuvres : c'est chose plus ardue qu'on ne se figure.

Le discernement, la pénétration, les connaissances spéciales qu'il y faut apporter en font une tâche délicate... Et sans justifier la torture, toujours atroce et condamnable, de rares érudits sont seuls à pouvoir

Co, n'est pas que je conteste dans certains cas la responsabilité des sorciers, ni surtout le caractère criminel des maléfices; mais je récuse, en matière de magie pure, la compétence du magistrat.

Comprendre et s'avouer que les fauteurs de sortilège méritaient pour la plupart, sinon le bûcher, du moins réchafaud.

Ne sied-il pas d'ailleurs d'alléguer, à la décharge des juges sans merci, la panique des populations complices et l'obscurantisme d'une aussi lamentable époque? Cette double circonstance atténuante influera sur l'arrêt de l'impartiale histoire, quand, toutes les pièces du suprême procès définitivement réunies et classées, Conseillers et Procureurs viendront, à leur tour, comparaître à la barre de la postérité.

Le supplice de bien des innocents est à déplorer sans doute et la roue de l'aveugle Fortune en a broyé plus d'uni... — Affolement des accusés, stupidité des témoins, insuffisance de l'instruction criminelle, trop souvent sommaire, et commise à des mains incapables ou prévenues : tout conspirait, pour rendre illusoires les sécurités que tout équitable législateur prend toujours soin de multiplier, autour de l'inculpé sans armes. Que de fois celui-ci, traité prématurément en coupable, tomba victime de la férocité individuelle d'un Procureur, ou de l'incurie collective de magistrats convaincus d'avance 1

D'ailleurs, en matière de sorcellerie, la coutumière procédure n'imposait plus aux juges instructeurs son frein salutaire, n'assurait plus au prévenu la garantie de sa bienfaisante routine : c'était crnme d'exception ! Les pouvoirs des magistrats devenaient discrétionnaires, et souvent leur juridiction était-elle déclarée d'avance souveraine et sans appel. Ce fut ainsi en 1609.

quand le roi Henri IV délégua MM. d'Espagnet, Pré- sident au Parlement de Bordeaux, et de Lancre, conseiller, » pour la recherche des sorciers au pays de Labourt et autres circôuolsins. . . El ce, pour leur faire el parfaire le procez souuerainemël, non obslàt oppositions et appelations quelcôques' ". Ce fut ainsi en 1634, lorsque le roi Louis XIU. impatient de servir les rancunes du Cardinal, donna pleins pouvoirs au sieur de Laubardemont pour aller, à Loudun, terrasser l'indomplabie curé de Saint-Pierre, Urbain Grandîer.

D'autre part, tels criminalisles démonoraanes s'ëtaîent avisés de formuler dans leurs écrits le Code du fanatisme-. Chose inouïe! ces incroyables réglemenlations étaient acceptées des baillis, des parlements, des tribunaux ecclésiastiques ou mixtes comme ayantforce de loi

C'était la victoire des préjugés en délire sur la justice et le bon sens; c'était l'apothéose de l'arbitraire, foulant aux pieds le droit.

Excitée à tort ou à raison sur les plus faibles indices, la réprobation publique marquait du doigt les

' Pierre de Lancre, Inconstance, etc.. (AduertisseraeatJ.

' Je fais surtout allusion au livre de Boguet (déjà cilé) dont les édîlioDs se multiplièrent d'uae sorte si prodigieuse pour l'époque : Discours exécrable ries Sorciers, arec six aduis en faict de Sorcellerie, et une instruction pour on luge en semblable matière : par Henry Boguet, Dolanois, Grand luge en la terre de Saiot-Oyan de loux, dicte de Sainl-CIaude au comté de Bourgongae, n'estant ce que l'auttieur a cy-devant mis en lumière sur le m£me suiect, qu'uQ eschanlilloo de ce qui est trailté en ce Mure (3' édition). A Lyon, chez Pierre Rigaud, IfllO, fort vol. in-8.

Cette édition de 1610 est la seule complète de ce livre qui fll longtemps autorité.

suspects, — et ceux-là pouvaient se dire Youés, par avance, à la fatalité du bâcher. Tout ce triste état de choses paraît imputable au

temps bien plus qu'aux hommes Quoi qu'il en f&t

de ces misères, et combien que des épiB«4e pur froment aient pu tomber sous la faucille âveb Tivraie, n'anathématisons pas à la légère ces juges du temps passé : ils crurent de leur devoir de cautériser au fer rouge une lèpre partout prospère et renaissante ; à leur mission, ces chirurgiens terribles n'ont pas failli; — et la conclusion de cet ouvrage sera, je pense, non point sans doute leur justification, mais à coup sûr leur honorable excuse.

La vérité nous oblige à reconnaître que la sorcellerie fut proscrite en tous temps par les législateurs des nations ei partout punie avec la dernière rigueur. Notons-en les principaux exemples.

Le Vendidad-Sadé * défend, sous les peines les plus sévères, la pratique de Fincantation et des charmes. Ce livre sacré en attribue Tinvention aux Yatous, les ennemis duZoroastre.Si Ton en croit François Lenormant, les sacerdotes accadiens enseignaient déjà, vers une époque bien antérieure à ce théocrate, Fart de conjurer l'envoûtement et de le faire retomber, par une sorte de choc en retour, sur la tête de la sorcière coupable de l'avoir lancé : « Qu'elle meure, et que moi je vivel... » telle était la formule du renvoi ^.

Le papyrus Harris, un manuscrit très ancien, découvert à Thèbes en 1855, fournit les plus précieux renseignements sur la magie pratique en Egypte. Le traducteur de cette pièce importante', M. Chabas, a déchiffré ce qui reste d'un autre manuscrit de la même provenance, également tracé en hiérogrammes secrets; il s'agit du procès et de la condamnation à mort, sous Ramsès III, d'un intendant de troupeaux, peut-être d'un simple berger égyptien... Parmi les sortilèges relevés à la charge de ce hai (de ce pervers) , il est fait mention d'une main paralysée au moyen des hommes de Menh '^, ainsi que d'autres » abominations grandes ». L'arrêt, conçu en termes vagues, porte : qii'il meure lui-même, selon l'oi'dre de Pharaon^ selon ce qui est écrit datis les lignes de la langue divine.

Nous n'avons que faire de rappeler les trois textes formels de Moïse transcrits en tête de ce chapitre.

Personne n'a davantage oublié ce trait caractéristique du Livre des liois : Saiil chez la Pylhonisse d'Endor^. Tourmenté de prophétiques terreurs, que sa conscience, tout endurcie qu'elle fût, ne savait étouffer en elle, le roi se fait conduire, sous un déguisement, chez une femme renommée dans le peuple pour les divinations qu'elle exerçait, à la faveur des spectres Aôbôth; il lui prescrit d'évoquer l'ombre du nabi Samuel. La magicienne fait quelque difficulté d'obéir,

' Publiée par lui, en 1 'Toi de cire.

Pubhee par lui, en 1860.

Tout porle à croire qu'il s'agit d'un onvoùlement par une ligure

objectant la loi de mort renouvelée contre les devins par Saiil lui-même. Celui-ci la rassure et la décide enfin ; mais à peine Tapparition se dessine-t-elle aux yeux de la Pythonisse, qu'elle pousse un grand cri : « Ah ! pourquoi m'avez-voits trompée ! tàr tous êtes SaûL.. — Ne craignez rien^ reprend le roi, mais quaveZ'Vous vu? — J'ai vu la terre s'entr'ouvrir et un dieu monter des profondeurs... C'est la figure d^un vieillard, drapé d'un manteau. » Reconnaissant le saint nabi, Saûl se prosterne jusqu'à terre; mais, chose bien digne de notre attention, avant de prédire au roi rejeté de lod-hévê sa défaite et sa mort, Samuel lui reproche amèrement d'avoir troublé son repos d'outre-tombe, et surtout de l'avoir contraint à repasser la porte sombre que tout mortel ne doit franchir qu'une fois.

Si nous passons en Grèce, nous y trouvons édictée une loi contre les enchanteurs : « Elle porte que tous ceux qui, par charmes, paroles, ligature, image de cire, ou autre maléfice, enchantent ou charment quelqu'un, ou qui s'en servent pour faire mourir les hommes ou le bétail, soient punis de mort *. »

Platon ^ rapporte cette loi. Démosthènes en cite l'application : Lemnia, sorcière, mise à mort sur la dénonciation d'une servante. Pausanias ^ fait mention d'une chambre de justice, spécialement établie

^ Traité de la Police, de M. de Lamarre, tome I, titre VIL ^ Platon, De Legibus, livre IL 3 Pausanias, In Elia , livre V.

par la République d'Athènes, pour réprimer le crime de sorcellerie, et mettre fin à toutes superstitions dangereuses et funestes au culle des dieux nationaux.

A Rome, la Loi des douze Tables ' frappe aussi de mort tout citoyen coupable d'avoir nui, par des charmes ou des incantations, soit aux personnes, soit aux bestiaux, soit aux récoltes. Ce vieux texte juridique stigmatise même le sorcier en le déclarant abominable : Sacer esto! — L'on sait que les Romains n'abusaient pas de cette imprécation, qui était chez eux, comme l'observe très bien Lamarre, une marque de la plus haute indignation.

Pierre de Lancre' rappelle l'exécution de 170 sorcières à Rome, sous le Consulat de Claudius Marcellus et de Valerius Flaccus : elles avaient maléficié diverses personnes, en graissant les portes avec des onguents enchantés.

.Sous Auguste, on recherche e.tactemenl tous les livres de magie qui pouvaient se trouver à Rome : ils sont aussitôt brûlés, au nombre de 2,000, par ordre exprès de l'Empereur. Tibère et Néron confirment, par de nouveaux édits, la vigueur des anciennes lois. Ce dernier bannit même d'Italie tous les philosophes, sous prétexte qu'ils se livrent en secret à l'art de la divination : ce qui n'empêche pas ce prince, animé d'un z^le aussi louable, d'évoquer les mânes de sa mère Agrippine.

' L'Inconstance, etc., page 138.

Les princes chrétiens répriment, bien entendu, avec la dernière sévérité, la pratique des sciences maudites, confondant sous cette appellation la plus haute Magie et la Goëliela plus abjecte, — contre lesquelles le Concile d*Ancyre lance en bloc ses anathèmes(314)

Constantin promulgue, en 319, une loi dirigée contre les Aruspices ; mais deux ans plus tard, une autre loi

rétracte en partie la première Une recrudescence

de sévérité sévit sous Constance, qui ordonne (357) que tout enchanteur ait la tête tranchée.

Après la tentative de restauration polythéiste de Julien le Sage (dit TApostat), la Magie se trouve géné- ralement confondue avec le Paganisme lui-même, dans les édits des empereurs chrétiens qui lui succèdent : Jovien, Valentinien, Valons, Honorius, Théodose, Arcade et Léon.

Quant aux barbares qui s'établissent en Gaule vers cette époque, leurs princes ne déploient pas une sévé- rité moindre. Bien avant la conversion de Glovis au Christianisme (496), la loi salique mentionne et punit le crime de sortilège. Chilpéric III date de 742 un édit contre les Sorders, et Charlemagne, en 772, fonde la Sainte- Vehme, pour les exterminer en Allemagne.

Plusieurs rois de France pourvoient, par des ordonnances successives, à ce que cette engeance soit traquée et décimée selon la rigueur des lois. Nous allons clore cette énumération déjà fastidieuse et pourtant très incomplète, en signalant les ordonnances de Charles VIII (1490\ de la Prévôté de Paris (1493),

de Charles IX aux Etats d'OrléaDs (1560), de Henri III aux Elats de Blois (1579) ; les lettres-patentes de Louis XIII, en date du 20 janvier 1628. enfin l'édit déjà moins barbare de Louis XIV en date de juillet 1^2, que le Parlement de Paris enregristreie 31 août de la même année '.

Pour ce qui est des bulles fulminées par les papes contre les sorciers, des décisions de Conciles, mandements épiscopaux et autres documents émanés de l'autorité religieuse, mon cadre me défend d'y toucher, même encourant. — Aborder le récit des compétitions entre les Pouvoirs ecclésiastique et civil, les conflits entre les Tribunaux des deux ordres, et la création des Cours mixtes, etc., ce serait engager mon lecteur dans un inextricable dédale, où je courrais grand risque de m'égarer avec lui, à moins qu'il n'eûtle cruel bon sens de me fausser compagnie: ce dont je le crois bien capable, car sa patience est à bout (j'imagine), après l'énuniération sèche et mono-

Il y a deuT ordonnances connexes; toutes deui se trouvent reproduiles in extenso vers la fin de l'ouvrage de DauKy • Traité sur la Magie, te Sortilège, les Posseasiong, Obsessions et Maléfices... A Paris, chei Pierre Praull, 1733. in-ia.

Ce sont : 1° Un Ëdit du Hoif pour la punition des différent crimes que/ont decina, magiciens, sorciers, empoisonneurs, etc... (Devins bannis du Royaume, sacrilèges et empoisonneurs punis de mort...)

2* Une Déclaration du Roy rendue contre les Bohèmes et ceux qui leur donnent retraite.., (Galères k perpétuité pour les Bohémiens ; les Bohémiennes rasées, et en cas de récidive, fustigées et bannies).

tone à travers lequelle il a ea la coartoîsie de me suivre tout à Theure.

Je dirai seulement, d'une manière générale, en ce qui regarde la France, qu'un acte du Parlement, décrété en 1281, à la requête de TEvêque de Paris, réservait exclusivement au clergé la connaissance des crimes qui nous occupent * ; mais vers le xv* siècle, la jurisprudence enfin se fixa et le juge lai en fut de nouveau saisi.

Je signalerai encore l'inqualifiable bulle d'Innocent VIII (1484) qui prescrit aux magistrats de ne pas souffrir que le sorcier (souvent idiot et fort incapable de défendre sa vie) se fasse représenter par un avocat, ou même par un défenseur bénévole. — Dans l'immense majorité des cas, les juges les plus féroces et les moins scrupuleux n'ont tenu aucun compte de cette prohibition ; mais elle n'en reste pas moins typique et révélatrice de l'esprit sacerdotal au moyen âge.

Au demeurant, il en fut de cette défense comme il en sera toujours des prescriptions excessives et propres à révolter la conscience publique : on les viole ouvertement et surtout chacun s'empresse de les faire tomber en désuétude.

En veut-on d'autres exemples ? — Le Rituel Romain rappelle aux malades que, par les décrets du Concile

Pour plus amples détails, voyez Gôrres [LaMysiique, déjà citée,

de Latran el par les brefs de plusieurs papes, il est interdit à tout médecin,sou8le8 peines les plus graves, de visiter plus de trois fois ses clients, sans avoir exigé la preuve qu'ils se sont confessés et qu'ils ont reçu l'absolution de leurs fautes '. Quand pareille défense a-t-elle été respectée?... Je ne sache pas qu'on en ail tenu compte, même au temps du plus exécrable fanatisme.

Troisième exemple : ce qu'on reproche si aigrement à Rome d'avoir prescrit en des siècles barbares, le Gouvernement de Louis-Philippe n'a pas eu honte de le reproduire en 1832, après l'émeute du cloître Saint-Merry. Non, je me trompe : il a osé bien pire. M. Gisquet, préfet de Police, a lancé une circulaire, enjoignant à tous les médecins de dénoncer aux conseils de guerre les blessés auxquels ils auraient donné

leurs soins! Pour l'honneur du corps médical

français, ce malencontreux fonctionnaire s'est vu désobéi sur toute la ligne : pas une dénonciation n'a été déposée. Celte circulaire avait soulevé une telle nausée dans l'opinion, que le roi Louis-Philippe (soit contagion ou pudeur) crut devoir témoigner lui aussi qu'il en avait eu le cœur levé.

Mais revenons aux mœurs juridiques des derniers siècles en matière de sorcellerie. Des derniers siècles,

' Voici le Icxle e\&c[ du Bitdel : « An si opus fuerit, tam iaflrnio quam ejus familiaribus vel propjnquis la memoriam revocet, quod Latranensis CoDcilli, ac plurlum Summorum Pontiflcutn decrctis ettvetur aub graoibus pcenia, ne medici ultra iertiam eicem sgrotos Disitent, nisi priun eertoeonst el eonfessionia saeramenlo rite expiaioa fuisse. » jjOi (Ctiapitre DE ViSlTATIONE ET CURA INFIRMOIIUM.)

(Iison8-nou8, car, si atroce qu'ait été le moyen âge^ jamais les exécutions capitales, assaisonnées de cruautés sans nom, ne s'étaient multipliées dans rhiHtoire comme sous les derniers Valois et les premiers Hourbons.

Les juristes, nous l'avons dit, avaient classé les faits qui nous occupent parmi les crimes d'exception; or, nous allons voir ce qu'ils entendaient par là : ces crimcm sont « plus graues et qui tendent plus direcnient au dômage public et affligent la Republique (rvno façon merueilleuse et toute particulière, comme lo (Time de laise Maiesté Theresie la sorcellerie la trahizon la coniuration la falci-

fl(*ation de la monnoye le brigandage , lesquels

criinoH sont communément apellez exceptez, parce qu'ils sont véritablement exceptez de la commune et ordinaire disposition de la loy, en sorte que dans les poursuites et punitions qui se font de tels crimes, l'on n'oHl pas obligé aux communes et ordinaires procediinîs que le droit ordonne pour les autres ^ »

(i*c8t ainsi qu'en matière de Magie la majorité des jurisconsultes tombent d'accord que la rumeur publique, désignant un individu, légitime son arrestation cl sa mise à la torture (Bogtiet).

Que les privilèges en raison de l'âge, du sexe et du rang doivent tomber [Delrio).

< AiluiH aux Criminaliates sur les abus qui se glissent dans les Procès de Sorcellerie, elc... à Lyon, chez Claude Prost, 1640,

Que le fils est admis à déposer contre son père, la lille contre sa mère ' [Bodin). Un seul témoin suffit {Bo(/Het).

Qu'en aucun cas, il ne faut épargner la torture » qui est escellente avec vne ieune fille, vu ieune enfant, ou vne femme délicate, ou quelque mignarl », [Bodin.)

11 faut raser l'inculpé par tout le corps, homme ou femme, afin de voir s'il ne cache point un charme de taciturnlté, « etîam in partihus secret! orih us, si feminre, sint à feminis, si viri à viris. » {Delrio).

(< On peut passer à condemnation ès-crimes atroces et secrets sur des indices, conîectures et présomptions. i> [Boffuel). — Il Le sortilège est en ellet vn crime plus grief qu'empoisonement, >i (Bodin.)

S'il y a des preuves, ou de graves présomptions ou que l'accusé avoue dans les tourments, très rarement on lui tranche la tète ; presque partout la peine est le bûcher. Quelquefois on l'enterre tout vif. S'il témoigne une grande repentance, il peut obtenir <i d'estre estranglé et billoigné auant d'cstre ards » : ce qu'on promit au pauvre Grandîer, mais on ne lui tint pas parole ; le lecteur se souvient qu'il fut jeté vivant dans les flammes ' .

Si les preuves manquent tout à fait, on appliquera la

< On trouve dans Bodin celte phrase abomiDable : « Et quât aux filles, ai elles ont uccii.'é leurs mères anparauâl qu'elles fussent preuenues, elles inerilél pardon. 11 suffira de verges si elles sont en bas aage et penilètes (Bodin, Demonomanie, page 293).

' Voir noire chapitre i, page 97. — On peul consulter aussi Urbain Grandîer et les Possédéen de Loudun, par le D'^ Gabriel

Légué (Paris, Bas

254 LE TEllPLB DB SATAN

peine du banissement, « sans iamais acquitter à pur et à plain ». [Bogitet.)

L'on recommande fort de placer dans les églises des tronc», où les sorciers seront dénoncés par billets anonymes [Badin).

Pour obtenir l'aveu des suspects, il hni leur persuader que, leurs complices les ayant dénoncés, on sait à quoi s'en tenir sur leurs crimes. Par là, le juge pourra voir si l'accusé se déconcerte [Bodin).

Tout ce qu'on vient de lire est singulièrement odieux, n'est-ce pas? Eh bien, c'est peu de chose et voici qui passe tout !

Il est permis et « de bon dol [sic) » de convaincre le sorcier qus Vaveu lui sera très utile pour le rachat de sa vie : entendant par làj la vie étemelle^ celle à coup sûr qui lui doit être la plus précieuse et qu'il peut toujours mériter par sa repentance et sa sincérité devant les juges, sa constance dans la torture ! [le jésuite Delrio) .

Autre chose : on peut promettre au sorcier, s'il avoue, de le nourrir de viande et le soûler de vin jusqu'à la fin de ses jours, et même s'engager à lui faire bâtir une maison. On en est quitte pour formuler à part soi une petite restriction mentale, entendant par la maison une cage de bois où il sera brûlé vif, et par le reste de ses jours ceuo) qui s^écouleront jusqu'à son supplice. Une teUe ruse est licite et de bon dol (le même Delrio) .

Item : on autorisera l'avocat du sorcier à s'entretenir avec son client librement et seul à seul ; mais un

greffier, caché dans un recoin de la pièce, devra prendre des notes, à cette fin d'accabler le pauvre diable, surpris en flagrant délit d'aveu [Delrio. — Bodin).

Mais assez de ces réglementations iniques.

Il nous resterait à détailler les diiférentes tortures enusage, à l'effet de hâter la « confession •> du coupable, mais nous renonçons à mener celte tâche à bien, du moins par nous-même; nous demandons merci : le cœur nous défaut, à la fin! Brodequin, fouet, estrapade, collier, chevalet, question^ de l'eau, question du feu, etc., etc. — Nous citons au lieu de décrire, bien assuré qu'on nous saura gré de cette réserve : en nous faisant grâce à nous-même, n'épargnons-nous pas nos lecteurs -?

' La Question ,'... N'y a-t-il pas dans ce seul mot, pris pour sy- DOnyme de torture préalable, l'euphéniisoie imprévu d'une ironie vraiment sauvage?... La Question... appel au libre aveu!...

' 1) importe pourtant de fournir une rapide indication des tortures le plus en usage. Le \i' Begnard a résumé les délajis essentiels en quelques lignes précises el sommaires. Nous avons pu mé- nager la sensibilité du public, en omettant ces descriptions dans le corps du discours, puisque nous nous proposions de transcrire en note ce curieux extrait du D' Kegnard :

ir La torture la plus ordinaire dans les procès de sorcellerie étaîl la question du brodequin. La jambe de l'accusé était placée entre deux scies, ou bien entre deux planches serrées avec des cordes, el entre la jambe el les planches on enronçait des coins à coups de maillet. La janil>B serrée unissait par éclater, au point, dil un vieil auteur, qu'on en voyait issyr la mouèlle.

« Puis venait Ventrapade. On suspendait le prévenu par les mains k une corde attachée au plafond, et ou lui attachait des poids aux pieds. On le laissait ainsi jusqu'à ce qu'il poussât des liurle-

2S0 LE TEMPLE DE SATAN

8'il se trouvait parmi ceux-ci quelque consciencieux à outrance, qui poussât le courage de l'esprit jusqu'à vouloir tout approfondir par le menu, ou quelque pervers qui se délectât aux détails de ces peintures d*un autre âge, nous les renverrions aux démonographes et aux historiens deTInquisition. G*estlà qu'ils trouveraient Ténumération parfaite et méthodique de tous les genres de tortures K Nous leur signalerions.

ments de douleur. Alors le juge lui ordonnait d*avouer; s'il refusait, Texécuteur le fustigeait violemment avec des verges, et les soubresauts que la douleur imprimait à son corps doublaient encore ses tourments. Si la confession ne venait pas, Texécuteur enlevait la sorcière avec une poulie jusqu*au plafond et la laissait retomber tout d*un coup sur le pavé de la salle. Et cela recommençait jusqu'aux aveux.

« Si l'estrapade était impuissante, on avait le chevalet C'était une poutre de bois triangulaire à angle supérieur aigu, sur laquelle on mettait à cheval la prévenue. Puis on lui suspendait aux pieds une série de poids. L'arôte de bois entrait lentement mais sûrement dans les chairs, et à chaque refus d'avouer, l'exécuteur ajoutait un poids. (Marie Carlier, âgée de treize ans, fut mise au chevalet en 1647 et y resta pendant plusieurs heures, et il fallut ajouter trois fois des poids pour la faire confesser. Elle fut brûlée vive. A cause de son jeune âge, et pour ne pas apitoyer la foule, on décida que l'exécution aurait lieu dès l'aube.)

« On avait encore la ressource du collier. On nommait ainsi un cercle de fer garni de clous à l'intérieur. Il était attaché à un poteau, et l'on y mettait le cou de l'accusée. Les pointes étaient calculées pour entrer à peine dans les chairs. Mais on rôtissait avec des brasiers ardents les jambes de la prévenue, et la douleur faisait qu'en remuant elle s'enfonçait elle-même les pointes de fer dans la gorge. » (D»" Paul Regnard, Sorcellerie, magnétisme, morphiniame, délire des grandeurs, — Paris, Pion et Nourrit, 1887, grand in-8,

< Au moment de mettre sous presse, nous avons connaissance du livre récent de M. Jules Baissac ; Les grands jours de la Sorcellerie (Paris, 1890, grand in-8 de plus de 700 pages). Quoique loin de souscrire à toutes les conclusions de l'auteur, nous ne sau-

en particulier, le Livre V des Conlrovet'ses magiques de Delrio ', que ce bon Piro a presque exclusivemeni consacré à la torture. Nous leur indiquerions enfin les remarquables leçons du professeur Reguard, rapprochées en un beau volume sous ce litre : SorceUerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeurs -, L'auteur, qui nous a tout l'air d'un délicat, d'un chercheur et d'un bibliophile, a reproduit un grand nombre de vieux bois el de cuivres tr^s curieux, extraits des ouvrages, d'ailleurs assez rares el presque inconnus, de Guaccius{im%), de Gilbert de Vos (1625) et à'A- braham Palingh (1659). Plusieurs de ces gravures représentent des supplices variés.

M. Regnard a eu l'heureuse idée de faire revivre quelques vers étonnants, oubhés de longue date et qu'il nous permettra de ciler après lui ^. L'auteur est v.c fameux juge lorrain. Nicolps Rcmi (ou Remigius), qui prétendait que, sur trois personnes prises au hasard dans la rue, il y avait au moins deux sorciers. On se souvient qu'il se vengea de l'incrédulité relative que lui témoignaient ses contemporains, en se dénonçant lui-même, el mourut conleni, hrftlé vif sur ses aveux loul spontanés ! Le poème qu'il écrivit, avant de s'ac-

rions méconualtre le haut méritr de cette étuile e somnie d'érudition dont nllo lémoignc. M. Baissac traite à fond la question des tortures gI nous ne pouvons mieux Tnire que d'y renvoyer les curieux. Voir spécialement les pages U0-16T.

< Traduit et condensé par André du Cbesne, 1611, petit in-8.

C'est l'ouvrage auquel nous avons emprunté ta note de la page précédente.

> Mous restituerons seulement l'orlliographe de l'époque.

wMe. n semMeasKi

Mwn de la rfiapteaMOttr fa'

i>é««t â des pièces Btf<fiocrcs et

UMraer

ledesnuûfrez drt4le Elle tamoit les jeox ci Plvfesgeila àsof da

f C3Dfe» la nsoB d^Tse â gnade

La Sordere alors, deposaat la costraucte :

« H^as ! si'écrîa-i'-eUe en sa vîne doolear,

« VoOàdeUmsaeaBainraboiBÎBableairtiiev!

« n se tient sur ce Bor, placé dans ceste &Ble;

« Poar ne couper la toîx, il seise Fespottiiante.

« Des pattes d*fn homard ses maias ont le contoor ;

« Dans la fjuite fl s^anaiice et reotre tour à tour.

« Parefl ao limaçon qoi rencontre Tne borne.

« Ah ! Toicy qu'il recnlle, aoec sa doobie corne ! »

De la société sages modérateurs. De tous crimes commis inflexibles Tengears, loges, ne craignez poioct de tous monstrer seneres Dans Tos arrêts portez pour punir la sorcière

Sur ce faict, prononcez du bûcher le supplice : Tous les siècles loueront ces actes de iuslice !...

La rime ri est pas riche et le style en est vieux.., ^ mais ce morceau donne Tenvie de connaître le reste-

Il semble que nous ayons suffisamment compilé^ pour qu'on nous veuille octroyer la dispense de nomenclatures nouvelles.

Ce n'est pas en quelques lignes qu'on peut retracer les exploits des démonologues, presque tous doublés d'un juge et d'un législateur. Mais il y aurait un beau livre à taire, lerrible et captivant ! Ces suppôts d'un fanatisme légal ont tous leurs traits distinctifs : chacun d'eux signa son œuvre d'une estampille qui lui est propre ; — et l'on retrouverait aisément ce cachet psychologique, à l'examen des diverses hécatombes dont ils ensanglantèrent à la ronde le territoire de leurs juridictions respectives.

Nicolas Reraigius est un mystique de la férocité ; les neuf cents sorcières qu'il brûle dans la Lorraine en un court laps de temps n'en témoignent pas seules : quatorze femmes inculpées se suicident, pour ne point passer par ses mains, et il s'en vante dans la préface de son livre, dédié au cardinal de Lorraine (1596).

L'Evèque de Genève, grand seigneur des plus hautains, n'est pas moins expéditif, une quinzaine de lustres auparavant : c'est en trois mois qu'il brnie ses cinq cents sociers.

Grillandus, inquisiteur à Arezzo, (1520) avoue mille sept cent soixante-dix victimes : inflexible et solennel, sans colère et sans pitié ' , c'eit un sacer-

< Un Irait de GrillanduB, ronté par Uictielet : « Va jeuue homme traversant la campagne à la première heure de l'aube et suivaal un ruisseau s'enlend appeler d'une voix très douce, mais craintive et tremblante. Et il voit là un objet de pilié, une blanclie ligure de femme à peu près nue, sauf un petit caleçon. Honteuse, Trissonuale, elle était blottis dans les ronces. Il reconnall une voisine; elle le prie de la tirer de là. " Qu'y Faisiez-vousî — Je cherchais mon 4ne. " 11 n'en croit rien, et alors elle fond en larmes Le

doce qu'il exerce ; et nul autre Docteur, sauf peut-être le jésuite Delrio, n'est plus systématique et plus casuiste.

Sprenger, tout à l'inverse, est compatissant et bon ; c'est par charité qu'il grille ses quelque mille justiciables (1485); il veut les sauver de l'enfer, d'abord; puis, attendri par les plaies et les misères du peuple, communément attribuées aux adeptes de la Magie noire, il veut faire cesser cet état de choses, en exterminant jusqu'au dernier magicien.

Pierre de Lancre, conseiller au Parlement de Bordeaux, homme de naturel bienveillant et de mœurs faciles — amoureux des jolies sorcières quand il ne les brûle pas — Pierre de Lancre avoue, avec une désinvolture incroyable, en avoir condamné six cents, dans l'espace de trois mois, au pays de Labourt (1609). Suivant certains historiens, c'est un millier qu'il fallait dire.

A la même époque, le plus férocement slupide de tous, Henry Boguet, juge à Saint-Claude, en fait monter six cents sur les bûchers bourguignons (vers

L'auteur^de la Républiqu£y éloquent avocat, écrivain d'ailleurs libéral et fort en avance sur son siècle, Jean

Diable Ta menée au Sabbat; en la ramenant, il a entendu une cloche et l'a laissée tomber. Elle tâcha d'assurer sa discrétion... Malheureusement le sot ne put tenir sa langue... Elle fut brûlée. Grillandus en parle avec complaisance, et dit (le sensuel boucher) : « Elle était belle et assez grasse, pulchra et satis pinguis, » (La Sor-

Bodin s'esquisse lui-même d'un irait de plume : il érael le vœu de voir réunis les centaines de mille sorciers qui infestent le monde, pour pouvoir, lui Bodin, les griller en un seul tas.

Quant aux autodafé de l'Inquisition romaine, nous n'y insisterons pas dans ce chapitre; les bonnes âmes trouveraient peut-être impie d'assimiler à la justice des hommes l'exécution de ce qu'elles croieni être la justice de Dieu. D'autre part, en nous voyant réclamer le bénéfice de cette catégorie nominale, d'autres bonnes âmes pourraient bien nous juger ironique — et nous voilà voguant à la dérive, de Gharybde en

Nul ne peut contenter tout le monde et son pèt'e, dit la fable. Nous sera-i-il permis du moins de nous tirer de là par l'emploi d'un moyen terme? Ce sera de borner notre plume à l'indication des sources, où chacun sera libre ou non de remonter. L'Histoire de rinquisitton et son origine ', d'une part, et de l'autre la Relation de l'Inquisition de Goa " nous ont toujours paru ne rien laisser à désirer sous ce rapport. L'on pourra consulter encore avec fruit le grand ouvrage de Llorrente, secrétaire général de l'Inquisition, {'Histoire de l'Inquisition d'Espagne ^ .' l'on ne saurait rien écrire de plus judicieux et de plus pondéré, sur une question aussi brûlante.

' Cologne, à la Sphère, chez l'ierre Marleau. 1693. pelilii

idli LE TEMPLB DE SATAN

Un des procès de Magie les plus considérables dont aient retenti les échos de lliistoire, est assarément celui des Templiers. Il viendrait, par ordre de date, en tête des deux ou trois autres que nous allons relater; mais nous croyons avoir d'excellentes raisons pour le mettre en réserve. Nous y viendrons en dernier lieu.

Laissant de côté la figure archangélique de Jeanne d'Arc et sa fulgurante épopée, dont la condusion semble aussi honteuse pour le roi d'Angleterre (qui voulut opiniâtrement cette lâcheté) que pour le roi de France (qui ne risqua point, dans le but de la prévenir, sa couronne et sa vie) ; — toutes les phases de ce procès ont été ressassées et sont connues dans les plus infimes détails ; — il est temps de nous souvenir que nous avons promis d'esquisser le profil du fameux Maréchal de Bretagne, dont la légende s'est emparée pour en faire Barbe-bleue.

Ce magnifique et déplorable Gilles de Laval, seigneur de Retz (ou de Raiz), qui tenait par le sang à la noble famille des Montmorency, compta, vers la première moitié du xv* siècle, parmi les plus intrépides guerriers et surtout parmi les plus opulents seigneurs qui fussent alors. Sa barbe de jais avait des reflets cyaniques d'aile de corbeau, d'où le surnom de Barbebleue, et son œil oblique, des éclairs de férocité contenue et de luxure équivoque.

L'insolence de son faste était tellement en disproportion avec sa fortune, pourtant colossale pour l'époque,

LA. JUSTICE DES HOUMBS 263

qu'il dévora en quelques anuées, dit Garinel ' « deui cent mille écus d'or et plus de trente mille livres de rentes, qui en valent au moins trois cent mille aujour-

E se livrait aux ostentations d'un luxe dévotieux : habillés comme des prélats, ses chapelains tout chamarrés d'or se mettaient chaque jour en quête de nouveaux enfants de choeur, sous prétexte de pourvoir la chapelle magnifique du château de TifFauges, que lui avait apporté en dot sa femme, Catherine de Thouars.

On mêlait habilement les menaces aux promesses, pour obtenir des parents pauvres l'abandon de ces jeunes garçons, que le Maréchal voulait proléger et lancer dans le monde. D'autres enfants se recrutaient d'une façon plus mystérieuse. Michelet nous apprend qu' «' une vieille femme, nommée la Me/fraie, parcourait la campagne, les landes. Elle approchait des petits enfants qui gardaient les bétes ou qui mendiaient; elle les flattait et les caressait, mais toujours en se (enant le visage à moitié caché d'une étamine noire; elle les attirait jusqu'au château du sire de Retz, et on ne les revoyait plus... La hardiesse croissant, on en vint à ceux des villes ^. »

Cependant les habitudes du châtelain devenaient de

' Hisloire de la Magie en France depuis le eommeneement de la Monarchie jHnqu'à nos jours. Paris, Foulon et C', 18)8, in-S, frontispice.

I^s auteurs ne 8onl pas d'acconJ r » On évaluait ses revenus à un million de uo3 jours », dil Ctirialian dans son Hixtnire de la

Hicbelet, Histoire de France, tome VI, page 335.

L

264 LB TEMPLB DE SATAN

plus en plus étranges. Gilles de Laval ne faisait plus un pas sans traîner après lui deux hôtes de sinistre figure : Tun, prêtre apostat du diocèse de Saint-Malo, et l'autre, aventurier florentin du nom de Prélati. Depuis l'arrivée de ces deux hommes au château, il n'était point de jour qu'un des enfants de chœur ne vînt à disparaitre *. Marquait-on quelque velléité d'apprendre ce qu'il était devenu? Sur ce chapitre-là, le seigneur de Retz ne badinait guère ; il n'admettait pas /"ju'on s'informât. Il avait sévèrement interdit toute •question indiscrète et même toute curiosité, dont il considérait l'expression comme une injure personnelle.

La terreur finit enfin par se répandre aux environs. Longtemps contenue, montant à cette heure comme les flots de la mer, la voix publique désignait le Maréchal comme un assassin et comme un sorcier.

Un matin de Tannée 1440, le château se trouva investi par les ordres de Jean V, duc de Bretagne; le Maréchal se vit arrêté au milieu de son faste et de sa puissance — et le monde attentif s'épeura, aux révélations du plus scandaleux procès que relatent les annales de la chrétienté.

Ruiné jusqu'à la corde et criblé de dettes par surcroît, le seigneur de Retz se vautrait, en désespoir de cause, dans les abominations de la plus noire Goëtie. Les charlatans auxquels il s'était confié l'avaient un

< Tel maître tel valet : le seigneur de Relz était bien servi. —Un médecin du Poitou, nommé Corillon ; Sillié, homme d^affaires du Maréchal ; Ponton, Tun de ses pages ; enfin son chambellan, du nom de Henriot, furent ses autres complices.

instant bercé de rêves chimériques : l'un devait lui composer des montagnes d'or par les procédés de l'alchimie ; l'autre se flattait de lui obtenir, par le secours de Satan, la possession des minières inépuisables, où fleurit la rose solaire sur l'arbre des sephirolh métalliques; el l'accès de cavernes merveilleuses, toutes constellées de pierreries. Mais le prétendu disciple d'Hermès réussissait surtout à dissiper le peu d'or que les usuriers avaient encore fourni; quant au souverain maître des Puissances de Ténèbres, il avait persuadé le Maréchal que le diable n'octroierait son aide qu'à de terribles conditions ; au prix des sacrifices quotidiennement renouvelés, du sang le plus innocent et le plus pur...

Les enfants ne se retrouvant pas, la justice fit opérer des fouilles. Les souterrains des ditïérents châteaux de Cbamptocé, deMacbecoul el de Tiffauges vomii-ent au grand jour de l'enquête plus de deux cents petits cadavres horriblement mutilés. On en trouva jusque dans les latrines du château de la Suze.

Ce n'est pas tout. Un tribunal mixte, où l'on voit figurer comme clercs l'Evèque de Saint-Brieuc el Jean Blouyn, officiai de Nantes el inquisiteur de France, se réunit sous la présidence du Sénéchal de Rennes, Pierre de l'Hospilal ; le procès prit aussitôt une singulière tournure et donna une confirmation éclatante aux plus injurieux soupçons.

En effet, l'on avait bien remarqué que Gilles de Laval, toujours entouré de ses pages, affectait à l'égard des femmes une inditféreDce dès lors jugée fort suspecte;

266 LE TBllPLB DE SATAN

bref, son austérité scandaleuse s'était vue taxée d'infar mie. Mais de pareils propos se chuchotaient à roreille; Jamais ces bruits n'avaient pris corps : le maréchal était un si grand et si puissant seigneur 1... Or l'enquête établit qu'à Tiffauges tous les vices honteux s'étaient donné rendezvous, et que le maître de céans savait marier le mieux du monde sa cupidité superstitieuse à la plus féroce des luxures. Le plaisir, qui le fuyait toujours, ne se laissait atteindre qu'à la triple condition de s'exercer, en mode sodomitique, sur d'impubères victimes, palpitantes des derniers spasmes de l'agonie !

Condamné au feu, le 25 octobre 1440, comme assassin, sodomite, hérétique et sorcier, il monta sur le bûcher dans le pré de Magdeleine, près de Nantes, ravi d'avoir obtenu comme une faveur dernière d'être environné jusque dans son supplice de ce luxe royal qui avait été sa vie, et qui s'effondrait avec lui dans la mort.

Eliphas Lévi, qui raconte fort au long ce lamentable procès S fournit, contre son habitude de scrupuleux conteur, des détails dont l'authenticité paraît sujette à caution, mais qui font merveilleusement coïncider l'histoire du seigneur de Retz avec la légende de Barbe-bleue. Que les curieux s'y reportent.

Nous n'avons que faire de retracer toutes les impertinences et toutes les obscénités qui remplissent

< HiMtoire de la Magie, pages 281-290.

les dossiers sans nombre de cette époque ; lant d'autres ont compulsé, depuis la fin du dernier siècle, ce qui restait de typique aux archives des parlements et des baillages !

Nous ne signalerons que pour mémoire l'exposition publique deMaître Guillaume Edeline, prieur deSaint- Germain-en-Laye, que sauva la spontanéité de ses aveux. Il confessa s'être voué au démon, pour obtenir du Grand Séducteur le moyen de satisfaire à toutes les exigences de sa galanterie naturelle, ef par especial pour faire son plaisir d'tne dame ckevaleresse. Il dé- crivit l'assemblée du Sabbat, où s'élant vu transporter achevai sur un balai, il rendit ses devoirs au Diable, déguisé, pour cette fois-là, en un mouton qu'il luy semblait lors baiser brutalement sous ta queue et par le fondement, en sifftie de gratit reuerence et d'hommage Mitre en tête, il fut conduit sur une place

d'Evreux, où l'inquisiteur l'engagea fort, dans l'intérêt de son âme et » pour l'édification d'vn chascun » , à témoigner publiquement de sou repentir. Il ne se fit pas réitérer ce conseil : lors ledict Maixtre Guillaume Edeline commença d gémir et se condouloir de son mefaict, cryant merci/ à Dieu, au Roy et à la iustice (Chroniques de Monstrelet). Il en fut quitte pour la prison perpétuelle et un régime de pain sec trempé d'eau, comme le plus mince escholier.

Pareille clémence était rare.

Aussi les démonologues ont-ils mené grand bruit de l'acquittement d'une pauvre fille aux trois quarts idiote, que l'Inquisition voulait faire brûler à Metz

!268 LE TRICPLB DE SATAN

comme sorcière, et qui dut la vie à Téaergique attitude de Corneille Agrippa. Avocat général et Syndic de la ville (raconte Naudé), « il s'opposa directement à la procédure de Nicolas Sauini, pour lors inquisiteur de la foy en ladicte ville, qui vouloit faire punir vne panure femme de village comme sorcière, et fist en sorte qu'elle fut eslargie, et tous les délateurs et témoins condamnez à une grosse amende ^.. »

Faire acquitter une sorcière I Faire condamner les témoins comme diffamateurs ! ! Grand Dieu ! quel scandale dans le monde chrétien !

Aussi les démonologues s'appuient-ils sur ce fait, entre autres, pour faire d'Agrippa « le plus grand sorcier qui fut oncques de son aage^ ».

Le 13 avril 1611, mourut dans les flammes, à Aix en Provence, un homme que les contemporains ne désignent pas sous un titre moins flatteur : C'est le Prince de la Synagogue et le plus grand et insigne magicien qui fust oncques y chef de tous les sorciers d'Europe depuis Constantinople iusqu'en Espagne^ Messire Loys Goffredy (ou Gaufridy), curé de VE- glise des Accoulez, à Marseille.

L'arrêt du Parlement porte qu'après avoir fait amende honorable devant l'Église Saint-Sauveur d'Aix, « teste niie et pies nudz, la hart au col, tenant vn flambeau ardent en ses mains, et illec demandé

pardoa à Dieu, au Roy et à la luslice..., en après sera liuré à l'exécuteur... Mené, conduict et tenaillé es tous les lieux et carrefours de ceste ville d'Aix, auec des tenailles ardentes en tous les lieux de son corps, il sera ards et bruslé tout vif... et ses cendres îetées au vent... Et auant estre exécuté, sera mis et appliqué à la questiô, en la plus grieue géhenne qui se pourra excogiter, pour auoir de sa bouche la vérité de ses complices... etc., » (Arrêt cité par dom Calmet, en son Traité des Apparitions^ texte complété et corrigé d'aprèala version que donne Jacques Fontaine, dans son livre des Marques des Sorciers-,

Quelques jours après cette barbare exécution, les exorcistes, dont l'acharnement poursuivit le prêtre des .\ccoules jusque dans la mort, publii^rent une Confession de Messire Louys Gaufridy. Que cette pièce soit de la coraposilîon des Pères Michaëlis et Doraptius, ou que les aveux aient été réellement extorqués à Gaufridy par l'acuité des tourments, c'est ce que nous n'avons point à débattre ici. Nous reproduisons les articles principaux de ce document posthume 3 :

CONFESSION DE MESSIRE LOUYS GAUFRIDY, Prince

^ Nous repraduiaons ces aveux n^suoiés tels que les donne Gari' nel, dans les pièces justiflcalives de son Histoire de la Magie en France; seulemenl nous restituons l'orthographe de l'époque. M. Baissac, dans son livre les Grands jours de la sorcellerie. les donne in extenso.

270 LE TBliPLB DE SATAN

des Magiciens, depuis Constantinople iusqu^a Paris. — « Taduoue que le Diable m'est appareu et que i'ay faict vne cedule auec luy. TaduQue que ie lisois le grimoire pour le faire venir. l'adacue que le Diable me promit que par la vertu de mon souffle, i'enâammerois à mon amour toutes les filles et femmes dont i'aurois enuie, pourveu que ce souffle leur arriuast aux narines : et dès lors ie commençay à souffler toutes celles qui me vendent à gré. Faduoue que ie frequentois la maison de M. de la Palud et que i'ay eu enuie de Magdeleine ; mais sa mère la tenoit de si prez, que ce fust cause que ie soufflay sur sa mère, pour qu'elle me Tamenast en ma chambre et qu'elle prist confiance en moy : en sorte que, me

trouuant avec Magdeleine, ie Tay baisée et plus

Faduoue que ie luy donnay un diable nommé Eumodes, pour l'assister, la seruir, et Teschaufier à mon amour ; que ie Tay mariée à Beelzebub qui parust soubs la forme d'vn gentil-homme, et qu'aprez le mariage elle a signé vn pacte. Le Diable dict qu'il feroit tintamarre si ie bruUois ces promesses. l'aduoue que i'ay bruslé le grimoire. l'aduoue que les sorciers, sorcières et magiciens sont marquez auec le petit doigt du Diable et que les parties marquées sont insensibles. l'aduoue que lorsque ie voulois aller au Sabbath, ie me mettois à ma fenestre et que Lucifer m'y transportoit. l'aduoue qu'on adore le Diable, chascun selon son degré; que les masques l'adorent tous couchez à terre ; les sorciers à deux genouz et les Magiciens, comme princes du Sabbath,

LA. JUSTICE DBS B0MHK3 Ï7I

seulement à genouz d'un costé.!'aduoueqae i'ay abusé de Magdeleine, d'une princesse de la Frize,et d'autres filles, ^ur lesquelles i'ay soufflé. l'aduoue que le Diable est vn vray singe de l'Eglise ; qu'on baptise au Sabbath au nom de Beelzebub, de Lucifer et autres ; qu'il y a douze prestres qui y sont qui y disent la messe tour-à-tour et que le Diable sert la messe; que la torche qu'on esleue quand la messe est à la consé- cration est fort lumineuse et puante. l'aduoue que la cloche de la messe est de corne et que son baston est de bois, pour la sonner. l'aduoue qu'il y a quelques masques qui ont charge d'apporter un chat de leurs bastides, pour luy faire manger la communion, que les autres ne veulent manger. »

Voici, sous mesyeus.un curieux recueildu temps', où il est amplement traité De l'horrible et espouuantable sorcellerie de Lo>/s Goffredy, prestre de Marseille (pages 43 à 86). Jamais on ne saurait imaginer les turpitudes et les sottises dont regorge ce procès. Il est hors de doute que Gaufridy ait été l'amant de la demoiselle de la Palud ; il est également certain qu'il se servit de moyens occultes pour la séduire. C'était d'ailleurs un ecclésiastique publiquement scandaleux, et toute la férocité qui fut déployée contre lui par les juges et les inquisiteurs ne réussit pas à le rendre intéressant.

Histoires tragiques de noslre lems, par F. de RosseL Paris, leu, in-lS.

Je renonce à décrire les phases de cette affaire inouïe : la possession de Magdeleine, affligée de Beelzebub, Léviathan, Âsmodée, Baalberith et Astharoth; et d'une autre jeune religieuse, nommée Louise Cappeau, et dans le corps de laquelle le Prince de la Synagogv£ a envoyé les démons Verrine^ Grézil et Sonneillon: les exorcismes des Pères Domps et Michaëlis: les sermons très édifiants du diable Verrine, envoyé par Dieu (sic), pour convertir et dénoncer Gaufridy, c'est-à-dire pour le faire brûler en ce bas monde et le sauver dans l'autre : les convulsions des possédées, agrémentées d'ignobles détails, des poses obscènes de tout le corps, tressants spasmodiques entrecoupés de révélations à faire rougir uneLaïs de maison borgne.

Je pense que mon lecteur est suffisamment édifié sur toutes ces scènes, où le burlesque s'effare de coudoyer l'immonde; j'estime sa curiosité rassasiée jusqu'à la nausée : si je me trompe, qu'il se reporte au massif in-8 publié par le Père Michaëlis, sous ce titre : Histoire admirable de la possession et de la conversion d'une penitefite séduite par un magicien, ensemble la Pneumatologie *.

Toute la première moitié du xvn® siècle est infestée de possession et d'exorcismes, et chaque fois, le bourreau donne l'épilogue, la torche à la main, sur un bû- cher ! — Triste époque! Partout l'horizon s'empourpre de reflets sanglants ; on dirait d'une contrée au pillage.

' Paris, Chastellain, i6i3, in-8.

LA. JUSTICE DBS HOMUBS

Mais cette contrée couvre des milliers de lieues; les peuples sont en paix et des lueurs d'incendie attestent que les cours souveraines font « bonne iuslice au nom du Roy M.

Le 8 juillet 1617, comparaît devant le Parlement de Paris l'épouse du fameux Maréchal d'Ancre, la belle Eléonore Galigaï, qu'on décapite et qu'on brûle pour crimes d'envoûtement el de maléfices. Outre ce qu'on trouva dans sa chambre (des amulettes, des livres de caractères magiques el « des rouleaux de velours constellé pour dominer l'esprit des grands "), il fut établi qu'elle avait fait venir de Nancy deux religieux ambroisiens pour célébrer le sacrifice d'un coq noir; sans parler d'autres sortilèges qu'on détailla; il n'en fallait pas tant pour perdre la maréchale... C'est elle qui, pressée de questions par le président Courtin, lui cloua la bouche d'une si fîère réplique. Comme il lui demandait par quel charme elle avait ensorcelé la reine Marie de Médicis, elle eut la hardiesse de ré- pondre : i< Mon sortilège a exté te pouvoir que les âmes fortes auront éternellement sur les âmes foîbles. »

Nous avons rapporté plus haut', au sujet des possessions, le pitoyable procès et le supplice affreux du curé de Saint-Pierre de Loudun, Urbain Grandier, coupable d'avoir déplu au grand cardinal. Eliphas Lévi laisse entrevoir, dans son Rituel, qu'il y avait peut-être dans la colère du ministre autre chose que le ressentiment qu'on lui prête, relativement au libelle

274 LB TEMPLB DB SATAN

diffamatoire, imputé à Grandier : « Le cardinal de Richelieu, qui ambitionnait toutes les puissances, chercha toute sa vis, saris pouvoir la trouver, la transmission de la Baguette K Son cabaliste Gaffarel ne put lui donner que Tépée et les talismans : tel fut peut-être le motif secret de sa haine contre Urbain Grandier, qui savait quelque chose des faiblesses du Cardinal. Les entretiens secrets et prolongés de Laubardemont avec le malheureux prêtre, quelques heures avant son dernier supplice, et les paroles d'un ami et d'un confident de ce dernier lorsqu'il allait à la mort : « Monsieur, vous êtes habile homme, ne vous perdez pas, » donnent beaucoup à penser à ce sujet*.

Après les religieuses de la Sainte-Beaume^ et les Urselines de Loudan, c'est le tour des Franciscaines de Louviers.

Le diable est dans le couvent. Les religieuses divaguent, convulsionnent et accusent deux prêtres de les avoir ensorcelléés ; l'un vit encore, c'est Boullé ; l'autre, nommé Picard, est mort en 1642. Les scandales ont pris naissance dès les premiers jours de l'année suivante, 1643.

Ces deux ecclésiastiques sont très certainement coupables de sortilèges ^, au même titre que l'infâme

1] s'agit de la Baguette des Mages;

3 Ce fut à la Sainte-Beau me que se flrent les exorcismes, dans l'afTaire de Magdelaine de la Palud.

-• On dirait aujourd'hui : coupable de suggestion dans un but criminel.

David, le plus ancien Directeur du couvent, et le premier, selon toute apparence, qui ait institué un sabbat permanent dans cette communauté religieuse. Mais comme toujours en pareille intrigue, les Encrgumènes chargent sans mesure et sans discernement les auteurs de leur triste état; elles leur attribuent tout ce qui arrive, même ce qu'ils n'ont pu prévoir et combiner. C'est la commune règle et le cas de toutes les possessions que je signale dans ce chapitre ; aussi n'ai-je rappelé que pour mémoire celle des Ursulines de Loudun, qui vaut d'être classée à part. A Loudun, les seuls sorciers sont les exorcistes, auteurs conscients ou non des désordres qui éclatent: Urbain Grandier est innocent'.

11 est visible que Magdelaine Bavent décalque son rôle sur celui de Magdeleine de la Falud"' ; seulement elle s'en tire moins bien, puisque ses aveux et les ré- cits ordurierd dentelle les assaisonne la font enfermer pour toujours dans l'ombre suintante et glaciale de VInpace.

Mais à ce prix, elle est arrivée à ses fins ; l'arrêt dn Parlement de Rouen, daté du 21 août 1047, condamne au feu le vivant et le mort. On viole la sépulture du prêtre Picard, et BouUé, garrotté au même poteau

Tel n'est pas assurËmeoL le cas de Picard tt de Boullé, non plu> que de Gaufridy, ni surtout du P. Girard. — Aussi toutes ces affaires ont-elles été classées comme procès de sorcellerie, en ce quatrième chapitre; tandis que l'alTaire de Loudun avait été préalablement racontée au premier chapitre, comme un cas de possession pure et simple

' On sait que les hystériques mentent souvent, ou du moins amplilienl et brodetit la vérité de la meilleure Toi du monde.

que le cadavre de son complice, périt dans les mêmes

flammes, après avoir été traîné sur la même daie

Et leurs cendres confondues sont jetées au vent !...

Les possessions se multiplient vers cette époque, et principalement dans les couvents. En France, en Angleterre, dans les Flandres, il n'est bruit que de démoniaques et d'exorcistes. Mais, pour s*émouvoir aux échos d'un grand procès comme ceux de Loudun et de Louviers, il faut en arriver au tiers du xvirf siècle. Dès 1730, le Diable repart sur de nouvaux frais; il fait grand tapage au couvent d'OuUioules, près Toulon, avec les fameuses aventures du jésuite Girard et de la belle Catherine Gadière, sa maîtresse. G'est toujours la réédition des mêmes scandales; mais l'ignoble atteint cette fois aux proportions d'un cauchemar. Le sadisme s'accentue, et malgré soi, l'on pense aux Femmes damnées du poète :

A celles dont la gorge aime les scapulaires, Qui, recelant un fouet sous leurs longs vêtements, Mêlent, dans la nuit sombre et les bois solitaires, L'écume du plaisir aux larmes des tourments *...

Quand Baudelaire écrivit cette strophe, il venait sans doute de relire le volumineux dossier de la Gour d'Aix.

G'est, en effet, devant le Parlement de cette ville que les parents de la Gadière, épouvantés, intentent au Père Girard un procès criminel...

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (Femmes damnées,)

Mais ils s'attaquaient à forte partie: Girard avait de nombreux amis dans le sein même du Parlement ; l'influence de la compagnie s'exerça, souveraine, et les magistrats se divisèrent. Quand on en vinl aux voix, douze d'entre elles condamnaient Girard au bûcher ou au gibet; les douze autres se partageaient entre l'acquittement, des peines disciplinaires et la déclaration d'incompétence. Le jésuite, bénéficiant de l'égalité dans les voix, fut purement et simplement renvoyé au juge d'Église, qui l'acquitta (1731).

Pour Catherine, on la rendit à sa mère.

Ces procès, nous l'/ivons vu, présentaient rarement une aussi clémente issue. D'ailleurs, il faut dire que les juges étaient souvent écœurés, mal disposés par là à se montrer débonnaires. Que de scandales et de scènes répugnantes ! Que de boue remuée, en attendant le sang !

En présence de tels abus, on conçoit presque l'exaspération de Jules Garinet, qui se laisse emporter au fanatisme contraire : « Le seul moyen, dit-il, de nous délivrer tout à fait des possessions et des sorciers, c'est d'envoyer à l'hôpilal les béates hystériques qui

se diront possédées à l'avenir Tant qu'on n'enverra

pas dans les bagnes les exorcistes, la race continuera d'exister. Le remède est violent, je l'avoue ; mais c'est le seul qui convienne. Aux grands maux, les grands

' Garinet, Histoire de la Magie en France, page ï92.

Ce chapitre pourrait se clore ici ; mais nous prions le lecteur de redoubler d'attention, et de rétrograder avec nous de quelques centaines d'années. Nous allons assister à un drame terrible...

PROCÈS ET VENGEANCE DES TEMPLIERS

Nous sommes au commencement du xiv* siècle : rOrdre moitié religieux, moitié militaire, établi en Orient vers 1118 par Hugues des Payens, a prodigieusement prospéré. Les Templiers possèdent en Europe près de dix mille seigneuries, et leur opulence, devenue proverbiale, centralise dans leurs mains une puissance presque illimitée.

D'autre part, quoiqu'ils affectent de s'incliner avec respect devant les deux autorités civile et religieuse, on leur prête les projets d'une ambition qui confine à la folie. Héritiers — ils s'en flattent du moins — de cette tradition johanni te * qui constitue la moelle éso-

A ceux qui douteraient de cette assertion, je demanderai de faire un examen attentif du livre curieux et rare publié en i831 sous ce litre : Levitikon, ou exposé des principes fondamentaux des ehrétienS'Catholiques primitifs, Paris, in-8. Dans cet ouvrage, outre le résumé d'un dogme pseudo-johannite, on trouve une version, dite authentique, de TEvangile selon saint Jean, seul adopté par cette Eglise, et la liste des pontifes johannites depuis le Christ et saint Jean jusqu'à nos jours, en passant par tous les Grands Maîtres du Temple.

Que les pseudo-johannites du xix« siècle soient, comme le prétend Clavel [Histoire pittoresque de la Franc- Maçonnerie, 1884, grand in-8, figures), des mystificateurs qui ont prétendu rallumer une flamme éteinte et faire revivre un culte mort, c'est ce que je ne veux point débattre *, ce qui me semble certain, d*après l'examen

tèrique du Christianisme, ils accomplissent, dans l'ombre el le silence de leurs Commanderies. des rites étrang'es el secrets... Bref, la voix populaire, qui les iacrimine de sorcellerie, dénonce également leurs mœurs comme infâmes. Cette dernière accusation ne fui jamais établie sur de bien irréfutables preuves ; mais si les apologistes de l'Ordre ont pu revendiquer équitablement, en faveur des Templiers, le bénéfice du doute, jamais, du moins, n'ont-ils pu les réhabiliter au grand jour de la controverse historique, en lavanl leur mémoire de toul soupçon.

Jules Garinet résume ainsi les griefs portés à la charge des Templiers : » On disait qu'à la réception dans l'Ordre, on conduisait le récipiendaire dans une chambre obscure, où il reniait Jésus-Christ en crachant trois fois sur le crucifix ; que celui qui était reçu baisait celui qui le recevait à la bouche, ensuite in fine sptnœ dorsi et in virga viriU; que les Templiers, dans leurs chapitres généraux, adoraient une lêle de bois doré qui avait une longue barbe, des moustaches touffues et pendantes ; à la place des yeux brillaient deux î escarboucles étincelantes comme le feu'. On

consciencieux à", cef ouvrage, c'est que ce culte a existé réellement dans le passé, à l'état ésotérique et latent. On peut consulter encore le Manuel des Cheraliers du Temple. Paris. 1825, in-12.

■ •> ...Chaqucchapiire, dit Henri Martin, eu possédait une image: c'était une tète tiumainc à longue barbe blanche, ayant, en ta place de» yeux, esearbcueles reluisantes comme ta clarté du ciel, avec un crâae humain el unp peau humaine : certaines de ces idoles étaient à trois Faces et montées sur i|ualre pieds; on en avait saisi une au Temple deParis. «{Henri Martin, Histoire de France, LIV, p.*73.)

SÉÔ LE TEMPLE DE SATAN

.xL^

les accusait encore de faire vœu de sodomie, et de ne rien se refuser entre eux...

« En Languedoc, trois Commandeurs de l'Ordre, mis k la torture, avouèrent qu'ils avaient assisté à plusieurs chapitres de l'Ordre ; que dans l'un de ces chapitres, tenu à Montpellier, et de nuit, suivant l'usage, on avait exposé une tête; qu'aussitôt le diable était apparu sous la figure d'un chat ; qu'on avait adoré ce chat, qui parlait avec bonté aux uns et aux autres ; qu'ensuite plusieurs démons étaient venus, sous forme de femmes, et que chaque frère avait eu la sienne *. »

Quoi qu'on puisse penser de ces stupéfiantes accusations, qui valurent à tant de braves Chevaliers lesaffi*es du bûcher, il nous est impossible de ne pas noter, en passant, quelle ressemblance, sinon quelle absolue identité, assimile de pareilles scènes (qu'on les veuille réelles ou mensongères) au sabbat des sorciers d'une part, tel que nous l'avons décrit au chapitre n, et de l'autre à ces réunions orgiaques et mystiques tout ensemble, qui furent imputées de tout temps aux sectaires de la gnose dissidente, par les auteurs contemporains qui trait^&ide leurs rites et de leurs mystères.

Le marquis de 8amt-Yves, dans un livre remarquable à tant d'égards, glorifie ce qu'il appelle la Mission des Templiers. En eux, il salue les orthodoxes de l'ésoté- risme traditionnel, les mandataires de la paix sociale, les fondateurs et les inspirateurs de ces Etats géné^ vaux — véritable ébauche de synarchie — qui furent,

Histoire de la Magie en France, pp. 78-79.

au long de notre histoire, l'organe intrépide et modérai des revendications populaires, et comme une grande voix, ferme et respectueuse, sortie des entrailles mêmes delà nation.

S'il en est ainsi, les États généraux de Tours [mai 1308) se montrèrent parricides en reniant le Temple, et en abandonnant les Templiers à la fureur de leurs bourreaux. Du reste, avec sa loyauté coutumière, M. de Saint-Yves proclame lui-même ce fait irrécusable, qui sera pour les superficiels une des pierres d'achoppement de son hypothèse : « L'unanimité des Trois Ordres tendit à Philippe le Bel le ter et le feu..., » lit-on à la page 216 de la France vivie ' ftome I).

Cela n'importe guère. Il n'est pas sans exemple de voir le fils suivre les traditions du père, après l'avoir condamné; l'ouvrier revivre dans son œuvre, après être mort par elle. Et sans aUer si loin, saint Pierre, qui renia trois fois son maître Jésus-Christ, n'en fut pas moins le premier chef de l'Église chrétienne. Aussi n'est-ce point de pareils arguments que nous opposerons à l'illustre apôtre des Missions.

Si noble que soit la thèse qu'il soutient, nous voudrions, pour qu'elle fût acceptable, la voir fondée en histoire sur quelque fait avéré. Sans aborder la discussion sur ce terrain, nous allons dire pourquoi, sur celui de la métaphysique pure, cette thèse nous paraît au moins hasardeuse.

Les Chevaliers étaient dépositaires d'une doctrine

282 LE TEMPLE DK SATAN

sociale et religieuse. C'est historiquement certain. Reste à savoir de laquelle.

Que le Temple possédât la tradition orthodoxe, voilà qui n'est guère soutenable. Cet Ordre fameux reste dogmatiquement entaché de manichéisme. Mignard notamment a rapproché des preuves accablantes à l'appui de cette opinion. Les figures emblématiques sculptées en relief sur le coffret de pierre d'Essarois, pièce à conviction * (entre mille) qu'il détaille avec une compétence et une sagacité parfaites, ne sont de nature à laisser aucun doute. Le caractère de mysticisme obscène qui est le propre de ces symboles dyarchistes semble même d'une précision assez typique, pour servir de trait d'union, dans l'espèce, entre les deux grands griefs stipulés contre les Templiers : la goëtie manichéenne et le vice impur.

Ne retenons que le manichéisme à la charge des Templiers. C'est plus qu'il n'en faut pour réfuter l'attribution qui leur est faite d'une doctrine traditionnelle de syncrèse tri-unitaire, mathé tique, ou (comme rappelle excellemment M. de Saint- Yves) d'une tradition synarchique.

L'antagonisme primordial, absolu, de deux principes incompatibles, telle est l'essence du dogme manichéen ; elle exclut le Ternaire synarchique et la Monade dont émane ce Ternaire.

Suite de la monographie du coffret du duc de Blaca8,ou Preuves du Manichéisme dans V Ordre du Tempte, par Mignard. — Paris, 4853, grand iQ-4, figures.

Le manichéisme est la négalion radicale du principe de retour à l'Unité. Allez édifier une synthèse sur une pareille base ! Projet chimérique : aulant vouloir restaurer Babel

Les Templiers, nous l'avons dit, ne passaient pas pour de simples hérétiques.

A part l'imputation de manichéisme — exclusive, selon nous, de rallribution que leur fait généreusement M. de Sainl-Yves de sa propre doctrine, — on incriminait encore les chevaliers de magie noire et de sodomie.

C'étaient crimes capitaux dans la jurisprudence du moyen âge. Si graves d'ailleurs qu'ils semblassent aux juges du xiv* siècle, ils ne furent qu'un trompel'œil invoqué, une excuse au coup d'Élal de 1307, Il faut bien le dire. Quelle excellente occasion pour le roi de France et pour le pape, sa créature, d'abolir d'un coupla puissance de ces superbes défenseurs du trône et de l'aulel, mille fois plus dangereux que les pires ennemis, et quel prétexte tout naturel de se partager leurs prodigieuses dépouilles !

De longue main déjà, le successeur de Pierre et l'héritier de Hugues Gapet avaient préparé ce coup de Maître '; on n'attendait que l'heure propice pour agir de concert

' Ce fui grâce i la proleelion de Philippe le Bel, que Itertrand de Golb, archevêque de Boidcnux en t:iOO, parvint l'an l30Sau trône pantiflcBl, sous le nom de Clément V. Pour acheter la complaisance du monarque, te Tulur pape avait dû souscrire par sur-

Cette heure enfin sonna. Plusieurs dénonciations formelles y celles entre autres de deux Templiers apostats, permettaient de sévir à Timproviste et d'envelopper tous les Chevaliers dans un même réseau. Le filet fut jeté dans la nuit du 12 au 13 novembre 1307, où tous les gouverneurs et officiers du roi reçurent, sous pli scellé, Tordre fatal.

Dès le matin, les Templiers sont arrêtés par toute la France et leurs biens mis sous séquestre. — A Paris, cent quarante chevaliers sont dans les fers ; on procède contre eux avec une rigueur insolite. Jamais la question ne fut plus cruellement infligée. Le R. F. Imbert, inquisiteur de la foi, dirige les interrogatoires, assisté de commissaires nommés par le roi. A leur tête figure Guillaume de Nogaret, homme colérique et dont le fanatisme touche au délire.

En province, l'inquisiteur subdélègue des commissaires ecclésiastiques, et les interrogatoires commencent.

De toutes les procédures intentées à ces malheureux, il ne nous reste que huit relations authentiques: celles de Caen (où 13 Templiers sont dans les fers) ; — de Pont de TArche (10 Templiers) ; de Cahors

ment à six conditions formelles, dont la dernière, tenue secrète, le liait à poursuivre la destruction des Templiers et jusqu'à rabolition de rOrdre.

C*est dire que les protestations de Clément V, si molles, si évidemment faites pour la forme et pour i*édificatioQ de la galerie, ne furent de sa part qu*unc comédie odieuse. On le vit bien à Tempressement qu'il mit ensuite à tout ratifier après on semblant d'enquête, à Poitiers.

LA JOSnCB DBS H0UHK8

(7 Templiers) ; — de Garcassonne (6 Templiers) ; — de Beaucaire (45 Templiersl ; — de Troyes (5 Templiers) ; — de Bayeux (5 Templiers) ; et enfin de Bigorre(ll Templiers).

A Gaen, l'on promet aux accusés grâce entière; néanmoins les rétractaires souffrent la torture.

Tandis que l'affaire s'instruit dans ses états, Philippe le Bel invite les autres potentats de l'Europe à l'imiler dans ses rigueurs,

L'Allemagne ne se hâte point de répondre à son appel ; mais la Sicile, l'Italie, la Castille. l'Angleterre, l'Aragon suivent l'exemple de la France ' . En Flandres on déploie une rigueur moindre. A Chypre, la puissance de l'Ordre rend la tâche des persécuteurs ardue et délicate : Araaury, régent du royaume pour le jeune Hugues IV, se voit forcé de surseoir à la répression, devant l'altitude menaçante des Chevaliers fortifiés dansNimove.

Le procès traîne partout en longueur, dans des alternatives d'aveux et de rétractations : les greffiers ont altéré plusieurs dépositions, d'oii de longs débals sans issue.

' .Nous ne parlons, pour l'inslant. que de l'arreslalioii et des procédures : car, en plusieurs points, celles-ci aboutirent à un acquittcmenL dps Chevaliers, comme à navennc, à MaycDce, à Salamanque (1310), Quoi qu'il en fut d'ailleurs de ces sentences individuelles, l'Ordre, aboli pule Concile de 13ft, ne subsista nulle part, du moins ouvertement et sous son vrai nom. Eu Portugal, VOrdre du Christ s'éleva sur ses débris.

En Aragon, les Templiers avaient 11 ère ment organisé larésislanco à main armée, non sans succès...

Cependant, sous la pression du roi de France qui lui rappelle ses engagements, le pape lance bulle sur bulle pour accélérer la marche des choses ; il en fulmine coup sur coup jusqu'à sept (1308). De nouvelles procédures confiées aux évêques ne donnent point de ré- sultats meilleurs. On réunit des conciles provinciaux...

Mais il est impossible de préciser tous ces détails.

Bref, le pape Clément V rend, en 1310, une dernière bulle, pour ordonner le jugement définitif des Templiers. Un petit nombre a nié ; d'autres ont avoué ; plusieurs, comme je Tai dit, ont rétracté leurs aveux. Les conciles de Sens et de Reims font des accusés quatre catégories : les uns (classes 1, 2, 3), repentants et réconciliés à l'Église, en sont quittes pour une pénitence ecclésiastique ou pour la prison perpétuelle ; on livre les autres (4* classe), déclarés relaps, au bras sé- culier, et les exécutions commencent.

Le 10 mai 1311, en face de l'abbaye Saint-Antoine, on brûle tout vif un premier condamné, dans l'espoir d'intimider les autres qui s'étaient rétractés et de les réduire à la lettre de leurs premiers aveux. Mais ils sont inébranlables.

Huit jours après, cinquante-quatre de ceux-là montent sur des bûchers construits sur le même emplacement. Cette exécution, ralentie à plaisir, pour que la mort vienne plus lente et plus atroce, fait éclater la constance et la haute bravoure de ces martyrs, qui prennent le ciel à témoin qu'ils meurent innocents. Les jours d'après, on brûle encore en deux fois quinze Templiers, qui refusent de se dire coupables.

LA JUSnCE DBS HOUUBS

En Provence el au Piémont, s'étaieiil succédées plusieurs exécutions pareilles.

Cependant le grand maître, Jacques de Molay, languissait encore dans les fers avec ses grands prieurs ; il ne monte sur l'échafaud que le 18 mars 1313 ', en compagnie du Prince-Daupliin qui l'a suivi dans la ré- traclation solennelle de ses premiers aveux. Tous deux sont brûlés à très petit feu, dans l'île située entre les jardins du roi et les Augustins, au lieu précis oil se dresse aujourd'hui la statue équestre de Henri IV, sur le terre-plein du Pont-Neuf. Le lendemain le Chevalier Aumont et sept Templiers, déguisés en ma(,mts, recueillent pieusement les cendres du bftcher. L'Ordre des Francs-MaçOTis a pris naissance...

Dès septembre 1311, le Concile de Vienne, où l'on vit siéger plus de trois cents prélats, avait aboli l'Ordre du Temple : les biens immenses de la communauté, passant aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem récemment établis à Rhodes, ne devaient profiter que d'une sorte indirecte - à l'inique héritier de Hugues

' Nombre d'auteurs, notamment Henri Martin {Hiaiolre de France, tome IV, page 303], lîouillel, dans aoii Dictionnaire d'Histoire et de Géographie, et Collîn de Plancy, dans son /Jic- ^(onnaiW /n/èrna/, donnent une date diiïérente: JH njars 1314. — Nous allons voir que les traditions maçonniques disent de mânie.

Cette apparente contradiction n'a d'autre cause que le remaniement apporté au Calendrier ^ousCtiarles i\, par l'édit de Roussîllon (1.164). L'année qui ne commençait qu'à Pâques remonta jusqu'au ("Janvier. Le supplice du J.icquus Molay un trouva donc à la dale do i;il3 ou de 1314 selon le système qu'on adoptait: l'ancien ou le nouveau. 's de mutation, impiMs. amendes et redevances du toute na-

ture, — conflscatïoa à peine déguisée.

Gapet. Plus ouvertement heureux, les monarques

espagnols réussirent à se faire attribuer tous les biens

que les Templiers possédaient dans leurs Etats.

Quelque réserve que nous ayons apportée dans la qualification des crimes qui furent imputés à ceux-ci, nous ne pouvons éluder une dernière question, qui touche de trop près à l'objet de ce livre : les Templiers étaient'ils des sorciers ?

Il s'agit de bien s'entendre sur les mots Le lecteur nous pardonnera-t-il d'ouvrir une parenthèse ?

C'est une règle de prudence, de se méfier toujours des catégories trop tranchées et des étiquettes trop exclusives...

Un occultiste de nos jours a condensé, dans une double et excellente formule, la définition distinctive des hiérophantes de la Lumière et de la Nuit : — « Le magicien dispose d'une force qu'il connaît; le

sorcier s'efforce d'abuser de ce qu'il ignore Le

Diable (s'il est permis dans un livre de science d'employer ce mot décrié et vulgaire), le Dinble se donne au magicien et le sorcier se donne au Diable *. »

Voilà qui s'appelle pris sur le vif. Il est supérieurement crayonné là, le Janus de l'occultisme, dans l'antithèse de sa double nature: de ces deux faces, l'une sourit, empreinte d'une autorité sereine et douce ; l'autre grimace, flétrie des stigmates jumeaux de l'impuissance finale et de l'envie. Tout semble indiqué

Eliphas Lévi, Dogme, page H 7.

dans chacan par «fl*it de rçjcais*iC«ir : oe qu'il ^^/, ce qu'il saiij ce qu'il ne^tt-l^ ce qn'L î#r«i. ce qu'il <i««e.

Mais, si jadicieuse^ quc^ lef renilie supposer, ces sortes de formuler aiisc-lT]*!^ rç-sient entachées d'an vice redhibitoire : les meSieures d'^intrt elles, énonçant Vumtersel qui est la rê^>e. noa s-eulement négligent, mais démentent le pari^nis^er qui est l'exception.

C'est là recueil où se vieimeiit heurter tous les gé- néralisateurs^ entêtés de sentences laconiques : pour avoir navigué dans leurs eaux. Eliphas Lévi n'a pas pu éviter le récif où U»us finissent par chavirer.

Celui qui s'est donné au Diahle. objectera-t-on à Eliphas, peut se ressaisir, — ne fût-ce qu'une minute. Le Diahle, esclave d'un mortel, peut aussi reprendre un instant ses droits et dominer pour une fois son dominateur de tous les jours. Cela s'est vu.

N'en déplaise aux infaillibles colleurs d'étiquettes indélébiles : dussent se récrier les intraitables décerneurs de qualifications définitives: rien n'est absolument détestable ou parfait, en ce monde relatif et sublunaire. — Le Sa^^^e. tout comme un autre, peut pécher par erreur ou par malice', et s'il a mérité le nom de Sage, c'est que chez lui le mal est l'exception. — Ainsi du mi'^chant : un sentiment généreux peut fleurir parfois au cn^ur du plus criminel, et si Ton a raison de dire cet homme mauvais, c'est que les bonnes pensées sont chez lui Texception.

Précisons: le sorcier qui, d'aventure, ayant acquis

Lo plus «aini, dit l'Ecrilure, pèche sept fois le jour.

^90 LB TBMPLE DE SATAN

rintelligence d'une loi, l'applique au bien, fait œuvre de mage. — De même que le mage, coupable, fût-ce une fois, de prostituer la science au mal, fait évidemment œuvre de sorcier.

Voilà qui détruit ces catégories si commodes , ces magistrales divisions si chères à vos cervelles à tiroir, innombrables Joseph Prud'homme de la psychologie et de la morale I...

C'est assurément très fâcheux. Mais les quelques principes ci-dessus vont trouver leur justification dans un exemple peu connu, dont nul ne contestera sans doute la portée capitale et décisive.

Au cours d'un chapitre intitulé la Justice des^ Hommes, cet exemple est doublement à sa place; car ^ après avoir vu à l'œuvre les tribunaux du fanatisme ,^ accumulant des hécatombes de sorciers du plus bas étage, pêle-mêle avec d'innocentes victimes, nous allons voir des initiés de haut grade se scinder en deux sectes hostiles : lugubre épilogue à la tragédie templière! L'une de ces sectes, diaboliquement et criminellement avide d'une exclusive souveraineté, va proscrire l'autre, et, prostituant aux œuvres les plus basses la science effective et les pouvoirs augustes de la Haute Magie, faire œuvre de so7^ciers, dans le sens le plus strict du mot, et surtout le plus terrible.

Nous frémissions tout à l'heure au résumé rapide du procès des Templiers, au tableau de leur inexpiable supplice. Etaient-ce là des sorciers ? — Je vous laisse juges. Oyez.

LA JUSTICE DBS HOMMES 2M

Riches et puissants, par-Klessus tout ambitieux, revêtus de pouvoirs surprenants et redoutables, que conférait à plusieurs d'entre eux une initiation partielle et relative aux arcanes d'une science souvent contestée, tournée parfois en ridicule, mais toujours proscrite des sacerdoces et des gouvernements absolus, les Templiers pouvaient évidemment, dans Tordre religieux, comme dans l'ordre politique et social, déterminer des bouleversements subits et imprévus, de nature à changer la face de l'Europe et même du monde... Voilà ce que soupçonnèrent vaguement le pape et le roi de France.

A ne prendre garde qu'à la logique toute superficielle des événements interrogés dans leur apparente signification, Clément V ne devait voir dans les Chevaliers du Temple que vaillants défenseurs du Catholicisme et zélés soutiens du trône pontifical; — Philippe le Bel, que sujets pleins de loyalisme et de ferveur à la cause dynastique. Mais une singulière intuition, éveillée au cœur de ces deux potentats, y protestait contre ces apparences.

Pris d'une belle peur, le monarque et le pontife (ce dernier antérieurement même à son élection) résolurent la destruction totale de TOrdre, et poursuivirent ce résultat 'per fas et nefas, au mépris de toutes les voix de la conscience et de l'humanité. Ils furent tour à tour perfides et violents, hypocrites et sans pitié.

Idolâtrie ou sorcellerie ! que leur importait vraiment?... Ce qu'ils s'acharnèrent à ensevelir sous la cendre des bûchers de 1311 à 1313, ce fut la possibi-

292 LE TBMPLE DB SATAN

lité d'une révolution politique, et le plan, indécis encore, d'une réforme sociale et religieuse.

Mais ils avaient compté sans les lois de répercussion et d'équilibre. Ils ignoraient qu'on ne noie pas une idée, même en germe, dans le sang de ceux qui s'en sont faits les apôtres et les légataires.

Cette prudence féroce autant qu'illusoire, et Tinfàme guet-apens qui en fut la résultante les perdirent tous deux aussitôt — et qui plus est, suscitèrent dans le futur, à près de cinq siècles d'intervalle, un choc en retour dont la terre tremble encore; une tardive commotion qui provoqua d'emblée l'écroulement le plus subit et le plus colossal qu'ait enregistré l'histoire des hommes : Dix-sept cent quatre-vingt-treize fut une réplique foudroyante à l'inique arrêt de Treize cent douze !

Clément V et Philippe furent clairvoyants sans doute, lorsqu'ils sentirent quelle vivante menace se dressait devant eux dans la personne des Templiers, et cela en dépit de toutes les protestations imaginables de fidélité et d'amour : mais bien aveugles furent-ils dans leur opiniâtre barbarie, s'ils se purent flatter de l'espoir qu*un autodafé, si complet et si prompt qu'on réussît à l'accomplir, réduirait à néant les Templiers, leur puissance et le Verbe qu'ils portaient en eux.

Ajournés à comparaître devant Dieu — le pape dans les quarante jours et le roi dans l'année — l'Histoire nous les montre tous deux lugubrement fidèles au rendez-vous...

Des deux Chevaliers apostats, dénonciateurs de

rOrdre, le premier, impliqué, Ton ne sait trop comment, dans un obscur procès, fut pendu par arrêt de Justice; on trouva Tautre baigné dans son sang...

Tels compagnons de captivité du Grand Maître, ces deux Chevaliers pusillanimes qui, lors du supplice de celui-ci, avaient déshonoré le Temple, en persistant dans leurs aveux, ne moururent pas moins misérablement...

Une immense société secrète s'était constituée clandestinement sur les débris de l'Ordre.

Désormais, la vengeance préparait dans Tombre les mines et les contre mines dont Texplosion nous terrifiera, quatre cent cinquante ans plus tard : dans Tattente de cette épouvantable et tardive riposte, elle décimait, Tun après l'autre, tous les assassins de Jacques Molay. « En brisant Tépée des Templiers, on en avait fait des poignards, et leurs truelles proscrites ne maçonnaient plus que des tombeaux K »

La ruine du Temple décidée de part et d'autre, le pape et le roi n'avaient pas perdu de temps pour l'accomplir. Jamais rexéculion d'un plan plus vaste n'avait été menée et parfaite avec plus d'ensemble et de promptitude. En moins de six ans, l'épouvantable Moloch à deux têtes, l'une couronnée de honte, l'autre mitrée d'infamie, avait dévoré l'Ordre antique du Temple en ses entrailles d'airain rougi... — Il ne devait mettre que moitié de ce temps, le Moloch révolutionnaire, né de la cendre des Chevaliers du Temple,

Eliphas Lévi, Histoire de la Magie, page 280.

il ne devait mettre que trois ans à dévorer Tancien monde 1

Mais les géants ont une croissance lente... Il va falloir à celui-là quatre siècles d'enfance pour atteindre à l'âge de la force et de la puberté.

Le sablier s'est vidé petit à petit; la coupe s'est

emplie goutte à goutte : ime larme encore , eUe va

déborder.

Alors ce sera le déluge !

Les quatre siècles sont révolus. — Maintenant, il est adulte, le géant collectif des sanglantes revendications, et sorti de sa caverne, il va commencer son travail au grand jour.

Sous quel mode et sous quel aspect ? — Nous Talions voir. Il se montre au soleil, mais couvert d'un masque.

Il portera cinquante ans encore le nom à'IUuminisme, avant d'arborer soudain celui de Révolution française!... ^.

En effet, dès la seconde moitié du xvui* siècle, les sociétés secrètes se multiplient d'une manière surprenante ; elles bourdonnent de tous côtés : c'est comme une multitude d'essaims qu'on verrait sortir de terre, vibrant au soleil dans l'effervescence d'un labeur inaccoutumé.

L'heure sinistre a sonné — le midi du châtiment — et les abeilles industrieuses de la vengeance préparent leur aiguillon pour le grand combat. Déjà le siècle a goûté de leur miel capiteux, dont l'arôme monte au cer-

Teau, poison subtil qui rend aveugle et fait délirer

Ecoutez un moment encore et ce que vous avez pris pour un bourdonnement d'insectes, c'est le grondement d'un orage lointain, mais qui se rapproche; c'est la confuse et croissante rumeur de millions de voix humaines, criant Vengeance et Liberté !

L'Allemagne paraît surtout la pépinière des Illuminés, le point de ralliement des sectes.

De puissants seigneurs, avides de révélations d'outretombe, comblent de bienfaits quelques mystiques de bonne foi qui leur disent : — mon fils ! et surtout de nombreux charlatans qui les bernent et les exploitent.

Puis de mvstérieuses sociétés se forment et se re- -crutent de toutes parts : Weisshaupt^ professeur à l'Université d'Ingolstadt, fonde ses Arèopagites; la curiosité publique s'en mêle et la vogue leur est acquise pour un temps.

Swedenborg dogmatise en Suède ; Schrceppfer «voijue à Leipzig ; Yung-Stillhig vaticine d'un autre côté. D'Echartshausen enseigne à Munich les plus hautes spéculations de la magie numérale de Pythagore; Lavater, le théosophe zurichois, fait le voyage de Copenhague, pour participer aux mystères de V Ecole du Nord, 11 ne s'agit de rien moins que des « manifestations pAys/^'i^^.s delà Cause active et intelr ligente » (le Verbe !). Par intervalles, comme pour se faire la main, les théurgistes danois évoquent saint Jean, Moïse, Elie, sans relater de moindres personnages de l'un et de l'autre Testament. Enfin, les « adeptes » abondent, et ce serait folie de prétendre

à les énumérer au complet. De tous ces Illuminés, il en est peu de bons (exceptons D'Eckarlshausen), beaucoup de médiocres (citons Yung-Stilling, Swedenborg et Lavater), et plus encore de détestables (tels que Schrœppfer, Weisshaupt et tutti qiuinti) . Il s'en faut que les meilleurs semblent eux-mêmes exempts de tares ou de ridicules.

Cette Ecole de Thèm^gie , où Ton accomplit de si séduisantes merveilles, compte un peu partout ses analogues. Chose inouïe : une lettre du baron de Liebistorf à Claude de Saint-Martin (en date de décembre 1793) nous apprend qu'une Cour du Nord, autre que celle de Copenhague*, gouverne dès longtemps d'après des inspirations spi rites. Son cabinet des ministres ne fait pas un pas (textuel), sans consulter les fantômes !

Le lecteur curieux d'un dénombrement systématique des sociétés secrètes, en Allemagne et ailleurs, se reportera aux nombreux ouvrages parus depuis cent ans pour les dénoncer ou les défendre ; il pourra s'instruire ainsi an pour et du contre. Qu'il prenne garde, néanmoins, de se prononcer sur des pièces insuffisantes, dans un procès aussi exceptionnel que complexe, et dont il ne saurait se porter juge qu'en première instance : car l'heure n'a pas encore sonné du verdict dé-

^ Il s'agit sans doute de celle de Prusse,ainsi que le porte à croire une lettre de Saint-Martin au même LiebistorF, en date du 6 mars 1793. On y lit cette phrase : « Je sais que l'Allemagne est remplie de CCS iniliations, je sais que le Cabinet de Berlin ne se conduit et ne conduit son roi que par là. »

finitif que Timpartiale histoire rendra quelque jour, dans le silence tardif et solennel de toutes les passions apaisées.

Pour nous, notre but est de faire voir la fille du Temple proscrit, cette Maçonnerie occulte, se déguisant, insaisissable et multiforme, derrière les mille sectes d'Illuminés qu'elle a su grouper autour d'elle, et préparant dans Tombre, — per fas et nefas, elle aussi

— la réplique vengeresse et souveraine aux bulles de Clément V, comme aux ordonnances de Philippe le Bel.

Nous avons sous les yeux l'édition originale d'un livre paru en 1789, sous ce titre : Essai sur la secte des Illuminés (S. L. in-8). Le marquis de Luchet, auteur anonyme de ce libelle prophétique, décrit tout au loilg les œuvres des Illuminés, les travaux de leurs cercles, les épreuves et les serments de leurs adeptes; il dévoile les Nocturnales de Berlin^ énumère les différentes sectes mystiques dont nous avons touché un mot, depuis YOrdre des Chevaliers de V Apocalypse^ fondé vers 1690 par Gabrino^ cet aventurier qui avait pris le titre de Prince du Septénaire (pp. 129-130), jusqu'à rOrdre des Chevaliers et Frères initiés de VAsie et la secte de Saint-Joachim qui en dérive. Mais, après avoir intitulé deux de ses chapitres : — Que la secte des Illuminés doit nécessairement dé- truire le royaume ou elle sera protégée (pp. 80-94) ;

— Que les rois sont les plus intéressés à détruire la nouvelle secte (pp. 95-107), M. de Luchet n'a garde

de méconnaître le nœud central de tant de fils, ramifiés par toute l'Europe : — « Je ne balancerai pas, dit-il, à présenter pour remède une grande réforme

Puis, prévoyant le bouleversement de l'ancien monde avec une lucidité qui paraîtrait apocryphe, si son livre, publié en 1789, n'avait été signalé par la critique lors même de son apparition , il précise les travaux des loges et les aspirations des affidés dans le style déclamatoire de l'époque : « Tous se croient appelés à faire une Révolution, tous la préparent... La Terre souffre ; un nouveau fléau la tourmente , la Nature gémit, la Société se décompose. . . Ainsi finira elle-même la secte des Illuminés. Que de maux préviendroit celui qui l'étoufferoit au berceau, et justifieroit un moment de violence par les lois que lui impose le

^ C'est bien un partisan du vieux monde qui s'efiare ainsi, n'est-ce pas, lecteur?... Sent-il assez nettement le sol se dérober sous lui ?

Hélas 1 quand on évoque en un miroir rétrospectif toutes les horreurs d'une révolution juste et généreuse dans son principe ; lorsqu'on calcule ce qu'a coûté de sang et de larmes à la France et au monde la vengeance des Templiers, a-t-on bien le droit de reprocher au marquis de Luchet ses terreurs sybillines — et peut-on du moins lui refuser ce témoignage, que debout sur l'Atlandide près de s'engloutir, il a su pré- voir et prédire la marée montante des flots qui devaient la submerger ?

« 0 mes concitoyens, s'écrie-t-il dans sa préface, croyez que nous ne répandons pas de fausses alarmes ; nous avons écrit avec un assez grand courage et nous sommes loin d'avoir tout dit... (p. rv); il s'agit bien d'égards, de ménagements et de politesses avec des hommes de fer, qui, le poignard à la main, marquent leurs victimes (p. xv). »

Plus loin, après avoir dévoilé le mystère des initiations et transcrit in extenso la formule du serment affreux imposé aux affidés, quelque fût leur rang, il ajoute (p. 156) : « Les mystères se célèbrent aujourd'hui dans des lieux retirés et presque inconnus ; dans vingt ans, ils se célébreront dans les temples. » — Quatre années, à partir de cette prédiction, n'étaient pas révolues, que les amis d'Hébert inauguraient le culte de la déesse Raison sur l'autel métropolitain de Notre-Dame!...

Etrange rencontre ! L'homme dont l'intuition suraiguë a su prévoir tant d'événements prochains, semble encore, aux dernières pages de son livre, entrevoir Napoléon et son despotisme dans les ombres d'un avenir plus éloigné : « 0 loi qui remplis la terre de hauts faits et de grandes vertus, ô Renommée, porte ailleurs ta trompette harmonieuse!... Ne publie jamais qu'un capitaine, encore plus emporté que valeureux, compte pour rien les victimes immolées à son ambition, pourvu que leur sang fasse croître les lauriers *...

' M. de Luchet songe sans doute à Lafayeite, mais qu'importe ? Les plus lucides se trompent souvent d'objet, leur prophétie n'en est pas moins frappante. C'est ici le cas.

Etends un voile épais sur les odieuses intrigues filées par des hommes qui ont conspiré la honte des souverains ; manœuvres indignes qui laissent les services sans récompenses y la vertu sans honneur, le talent sans protection, la vérité sans hommage, la Patrie sans gloire, le Trône sans appui, le génie sans emploi, la Société sans harmonie..., les malheureux sans asile, le sage sans espoir et les Rois mêmes sans sûreté. »

Mais indépendamment du grand mouvement théosophique dont l'Allemagne était le centre, nombre de personnages extraordinaires, revêtus de missions secrètes, parcouraient l'Europe entière, dont ils étonnaient les capitales; puis transféraient presque tous à Paris leur magnificence énigmatique et leur suspecte popularité. Le comte de Saint-Germain et Joseph Balsamo (plus tard comte de Gagliostro) valent d*être cités en première ligne. Tous deux, ambassadeurs, suivant Cadet de Gassicourt, ou si Ton veut, missionnaires internationnaux, étaient spécialement chargés d'établir une correspondance efficace entre les divers chapitres : Saint-Germain était l'envoyé de Paris; Gagliostro, celui de Naples *.

Chacun sait la vogue dont jouirent ces personnages, et les enthousiasmes qu'ils eurent l'adresse ou la science de soulever avec la poussière de leurs équipages splendides.

Tombeau de Jacques Molay, Paris, an V, in-12 (page 34).

LA JUSTICE DES HOMMES 30i

Qa'ils fussent acclamés d'un peuple illettré, naïf admirateur de tous les hommes à prestige — depuis les dentistes panachés en foire, jusqu'aux généraux galonnés à la parade — il n'est rien là qui nous puisse stirprendre ; mais qu'en plein xviii* siècle, le monde sceptique et malicieux dont Voltaire, d'Argens et Diderot faisaient les délices quotidiennes, ait accueilli, choyé, odolé des hommes évidemment supérieurs, mais qui ne marchaient qu'environnés de prodiges équivoques, et dont les manières, si belles et si galantes qu'elles fussent, gardaient comme une arrière-senteur de charlatanisme candide et de singulière audace : voilà ce qui semble inouï I

Rien n'est plus vrai cependant. Saint-Germain, racontant d'une voix mélodieuse et toujours égale ses conversations avec Pythagore, Virgile et Josus-Ghrist, n'était assurément pas pour ddplaire ; et quand ses doigts chargés de bagues, courant sur les touches d'un clavecin, éveillaient comme au cœur do Tinstrumont des accords d'un archaïsmo étrange et poignant: si, à Tinterrogation tacile de quelque belle duchesse, il jetait du ton le plus naturel celte réponse à tout le moins bizarre : « C'est là, Madame, un air que je notai vers Tan 2008 avant Jésus-Christ, dans la ville d'Erech, pour faire ma cour à un jeune princesse de Ghaldée, » chacun s'émerveillait, mais nul n'avait le mauvais goût de mettre en doute la véracité du conteur.

Que dire de ces fameux soupers de Cagliostro, dont les plus illustres seigneurs de la Cour se disputaient

les invitations ; de ces fantastiques soupers, où la voix du Grand C aphte peuplait la salle, à l'instant du dessert, A'âmes visibles aux ailes frissonnantes, et faisait asseoir, à droite et à gauche du duc de Richelieu, Sémiramis et Gléopâtre, ressuscitées dans toute la magie de leur légendaire beauté ?

Enchantement, prestige, nécromancie, que sais-je ! . . . Ahl pardon, j'oubliais que vous saviez, votts^ cher lecteur : suggestion^ n'est-ce pas?... C'est cela même : merci I — Donc, la société la plus sceptique, la plus hautaine et la plus polie du monde était docile aux suggestions des Gagliostro et des Saint-Germain.

Or, tandis qu'enivrée, bercée au charme de ces grands seigneurs de l'Occultisme, la haute société parisienne s'abandonnait en leurs bras, du geste vaincu de la femme qui se donne, Saint-Germain, le premier, organisait en silence les clubs tapageurs du lendemain et fécondait de son or intarrissable la future émeute — propre à ébranler le pouvoir d'un roi par la violence ; d'autre part et ensuite, l'infernale prévoyance du divin Gagliostro ourdissait l'intrigue du collier — propre à ruiner l'honneur et le prestige d'une reine, par le soupçon.

/ Le Grand Gophte n'eut qu'à vouloir, pour s'intro- ; duire dans le monde de la Gour ; il créait à cette époque sa Maçonnerie Egyptienne, dont la petite princesse de Lamballe agréait la maîtrise, par ordre exprès de Marie Antoinette. Pauvre reine! Sa confidente, son intime amie était d'ores et déjà marquée, stigmatisée du signe secret de Gagliostro : L. P. D., — initiales dont

Celui dont la puinaHct fait sortir ât i qui lit plus illuitre que toutes la aiilra. la ri' lieu aride et pourrit: c'est ce gui farrive. lî Toi jour H» Lys da (hinips! Demain, comme ilit ■

seras jeti/ dans le four ce qui oeut dire que

dans la solilu.1t, la mine et l'exil; et dans cet universel et sans exemple. Tu seras humilié au sou écoules. Par la prudence et la erainle du Seigneur, rendre les affaitis slahlit el prospères ; iniiii Ta pi cjusè Ta ruine et iioilà qui! Te faut sortir du lui,

( PnOGNOi-nCATiO KX

'^'interprétation, comme s'il se fût agi d'un hiéroglyphe de la Kabbale, offrait trois sens. A Tencontre de ce qui se fait dans l'exégèse normale des symboles ésoté- riques, l'hiérophante livrait volontiers les deux significations supérieures : la superlative * — Liberté de Pen^ ser — c'est l'affirmation de l'initiative indépendante dans l'ordre intelligible ; la comparative — Liberté, Pouvoir, Devoir — c'est le ternaire dans l'ordre moral. Mais il dissimulait avec soin jusqu'à l'existence du sens inférieur, positif: c'était là le secret même de l'Ordre, l'arcane politique et social des Néo-Templiers, la sentence prononcée depuis près de cinq siècles contre les héritiers de Philippe le Bel : Lilia pedibus destruBy foule aux pieds les lys.

Rapportons, au sujet de cette devise régicide et à l'appui de son ancienneté, une anecdocte historique réellement probante : « Le député Grégoire a présenté à la Convention une médaille frappée en 1642 : elle offre d'un côté un bras sortant des nues, moissonnant trois lys avec une épée tranchante. La légende est: Talem dabit ultio messem (telle est la moisson que donnera la vengeance). Au revers, un autre bras lance la foudre sur une couronne et un sceptre brisés, avec ces mots : Flamma metv/>nda tyrannis (à l'aspect de ces feux, les tyrans trembleront^). »

Suivant Tinlerversion maçonnique : L. D. P.

^ Tombeau de Jacques Molny, page 3.

Parmi les Prophéties relatives à la (irande Révolution, il faut signaler en première ligne les 32 pantacles de la Pronoslication Paracelsique, et aussi plusieurs des gravures sybillines attribuées à

Cette médaille peut se voir à la Biblioth^ue nationale, où on l'a conservée.

Voici encore, d'après Cadet de Gassicourt, la traduction d'un avis maçonnique en chiflEre, qui ftit ré- pandu par les soins de Cagliostro, en France aussi bien qu'en Angleterre : « A tous les maçons véritables^ au nom de Jéhovah! le temps est venu où Ton doit commencer la construction du nouveau temple de Jérusalem. Cet avertissement est pour inviter tous les véritables maçons à Londres de se réunir au nom de Jéhovah, le seul dans lequel est une divine trintté, de se trouver demain soir, le 3 du présent

Tabbé Joachini de Flore (ou de Calabre). Je possède deux éditions lalines de Tabbé Joachim : Tune, de 1589 (Venise, in-4), avec un frontispice, un titre gravé et 33 figures en taille-douce d*une prèscience souvent stup(^flantc; Tautre édition est aussi de Venise (1600, in-4}, ornée d'un frontispice cl de six figures gravées en forme de roues.

Quant À la Pronoslication de Paracelsc, j'en possède également deux exemplaires: Tun est l'édition introuvable de 1536, S. -L. in-4, texte latin, avec 32 ligures plus étonnantes encore. Voici le litre exîict : f^rof/nosiicatlo eximii Doctoris Tkeophrasti Paraeelsi (ad illustrissimum hc potentissimum Principem Ferdinandum Romanonim Regem, elc..., anno 1536). L'autre exemplaire est un très beau manuscrit original, contenant une traduction française inédile de Chrislallin (bibliothécaire du Comte de Charolois), écrite de sa propre main (texte latin en regard), avec une pseudo-clef qui consiste en 32 notices d'adaptation téméraire aux événc.nents du règne de Louis XIV. Ce précieux manuscrit est daté de 1712 (trois ans avant la mort du Grand Koi). Format in-4, reliure en veau ancien, ornée sur les plats d«'S armoiries du prince dcCondé; le dos, semé de tleurs de Ivs et de soleils rayonnanls, marque l'époque et nous reporte au règne de Louis XIV :

« Roi-Soloil, férondant les lys épanouis. »

Je donne un spécimen fac-similé dos gravures prophétiques de Paraccîlse et de Joachim.

VNE PROratTU M yOACHIM » FLOKE

5ur Jfiil (c/OHii« J'tnéffle pt»àt\tT i'rièvfit la mbott* dts deax Pouooirt pontifical tt nj^al. D'umr treàiimt murimt ilfvié que Its 4eux tutrti |, iort ■« Wtt armU }m*fati9 fui meaact m deux Pouvoirs.

ComineHl ne pal reconnaître la Pumauce aptugtt S periounelle du peuple, i'alta^aant à la Çouroumt tt è U

Ptu m'imparte a quel ptpe en particMlier Itl tommta-

feur ■> pu faire VappIieatiOH Je celle figurt prepkèttqmr.

toi, tel hiéroglyphe dija fi clatr en toi fl q»i*poHf

'Épigraphe: Ct VT. SEHA p*Ftoui Qve Conïuïio» tx RlOfUt, n»« LA

CoRiL'PTiOK. exprime un étal de choseï qui a êu 'on ap«têt em

1786, sur les 9 heures, à la taverne de Reilly, great ^[Ueen street (grande rue de la reine), pour y former un plan, et poser la première pierre fondamentale du Yéritable temple dans ce monde visible

Pour ceux qui connaissent les symboles maçonniques du temple de Salomon, de la mort d'Adon- Hiram et de sa résurrection future, j'estime que cet avis est clair.

jk Assez de Gagliostro et des adeptes voyageurs : les anecdotes et les commentaires que 'nécessiterait leur

histoire rempliraient la moitié de cet ouvrage

Or, si j'entre dans tous ces détails, en un chapitre qui ne devrait rouler, semble-t-il, que sur les procès de sorcellerie, c'est que je tiens, en multipliant les documents, à faire luire Tévidence d'une lutte de titans entre adeptes de deux initiations différentes; lutte dont les préliminaires mystérieux ont été symbolisés et Tissue nécessaire prédite par Saint-Martin, suivant toutes les règles de Tart ésotérique le plus exquis, dans un poème épico-magique, en cent-deux chants : — Le Crocodile ou la guen^e du Bien et du Mal^ an^ivée sous le règne de Louis XV; œuvre pos thume d'un amateur des choses cachées ^.

Cette guerre formidable — dont je me fais fort de prouver la réalité, sans promettre d'en dévoiler l'histoire,

< Le Tombeau de Jacques Molay, pages 36-37.

306 LE TEMPLtf DB SATAN

ici du moins, — cette guerre rentre, à des titres divers, dans Tobjet d'un chapitre intitulé : La Justice du ho7nmes; et des lecteurs superficiels pourraient seuls y voir une digression stérile et non justifiée : symbole vivant de nos humaines revendications, la Révolution française, doublement juste et légitime dans son principe, s'est montrée doublement inique dans son application; et c'est en quoi la justice des hommes diffère de celle de Dieu.

Faire le Mal en partant d'une loi juste, c'est plus révoltant pour une conscience droite que faire le Mal en vertu d'un principe d'iniquité.

Tout arbre doit porter son fruit, selon sa race; l'arbre mauvais donne un fruit mauvais, c'est dans l'ordre des choses : un jour viendra où l'arbre mauvais sera déraciné, scié et jeté au feu. — Mais l'arbre bon ne peut donner de mauvais fruits que s'il dégé- nère, s'il s'abâtardit ; et le spectacle est toujours navrant d'une pareille altération ; elle ne se peut opérer qu'au laboratoire de Satan, et par la loi du Binairey c'est-à-dire de Tirremédiable antagonisme.

Nous Tavons vu, et nous Talions encore vérifier, le Régime de la Terreur est le fruit du Binaire impur.

Vraiment énigma tique et stupéfiant, ce long délire du plus noble et du plus civilisé des peuples a dérouté la sagacité de tous les historiens. Qui ne s'épuiserait en conjectures impuissantes, à l'aspect de ces marées périodiques de sang national épandu, où la France, métamorphosée en bacchante, prend plaisir à se vautrer avec ces cris frénétiques et sublimes tout ensemble.

qui paraissent empreints d'un fiévreux lyrisme de joie farouche et de désespoir?

Pour faire une brusque lumière sur cette époque étrange, si fertile en cataclysmes, quelques lignes de Tabbé Constant (Eliphas Lévi) vont suffire: « On se souvient de Tétrange allocution qu'adressa à Gazolte lui-même, en le condamnant à mort, le président du Tribunal révolutionnaire, son confrère et co-initié. Le nœud terrible de 93 est encore caché dans le sanctuaire le plus obscur des sociétés secrètes : aux adeptes de bonne foi qui voulaient émanciper les peuples *, d'autres adeptes, d'une secte opposée et qui se rattachait à des traditions plus anciennes, firent une opposition terrible par des moyens analogues à ceux de leurs adversaires; ils rendirent la pratique du grand arcane impossible en démasquant la théorie. La foule ne comprit rien; mais elle se défia de tous et retomba par découragement plus bas qu'on avait voulu l'élever. Le grand arcane resta plus inconnu que jamais ; seulementy les adeptes ncuty^alisés les uns par les autres ne purent exercer la puissance ni pour dominer les autres^ ni pour se délivrer eux-mêmes : ils se condamnèrent donc mutuellement comme traîtres et se vouèrent les uns les autres à Pexil, au suicide, au poignard et à Vèchafaud 2. »

Laissons pour l'instant Gazotte et son procès ; nous rendrons tout à l'heure à cet épisode toute l'attention

Constant parle ici des Néo- Templiers.

3 Eliphas Lévi, Dogme de la Haute Magie, pages 324-32^.

qu'il mérite : heureux de pouvoir fournir aux curieux des détails d'une inattaquable authenticité, et qui, pour être de la plus étrange importance, n'en semblent pas moins généralement ignorés.

Réservant donc, sans la perdre de vue, cette scène si révélatrice du grand drame révolutionnaire, consultons Tauteur d'un intéressant et consciencieux travail paru, en 1819, sous ce titre : Des sociétés secrètes en Allemagne^ de la secte des illuminés , du Tribunal secret^ etc.K

Cet essayiste — qui ne peut avoir en matière d'IUuminisme la compétence de Tabbé Constant — enveloppe tous les adeptes dans une même réprobation. Entre les deux écoles, toute distinction lui est inconnue.

Il est toutefois surprenant de lui voir écrire, quarante ans avant les publications du célèbre occultiste, des phrases de ce goût : « Pour trouver la clef des Révolutions, depuis le supplice de Charles P' jusqu'à celui de Louis XVI, il faut toujours en revenir à cette

secte intraitable Le bonnet rouge, que nous avons

vu en 1793 devenir l'emblème des Jacobins, fut l'ornement des Indépendants britanniques lorsque Cromwell s'éleva au pouvoir. Sans aller plus loin, n'est-il pas bien singulier, qu'au plus fort de notre Révolution, les premiers rôles fussent remplis par les Pache^ les Marat, les Clootz, les Lazouski, les Buonarotti,

les Miranda, tous Illuminés suisses, allemauds, polonais, ilaliens et espagnols !... (page 179).

« Nous avons déjà vu qu'il y avail trois degrés dans l'Ordre des Illuminés. Le rang le plus élevé élail celui du Grand Maître ; le duc d'Orléans en était revêtu en France peu d'années avant la Révolution... (p. 2â6}.

'< Les empereurs Joseph II et Léopold, qui avaient pénétré les secrets des Illuminés, furent victimes de VAqua Tojfana. — Le mouvement insurreclionneldu 5 octobre, ceux du 20 juin et du 10 août furent arrê- tés dans des réunions d'adeptes et d'initiés, à la loge du Contrat social, rue Coq-Héron : je le tiens d'un té- moin oculaire. Robespierre a joué un rôle, mais il ne fut point initié ' : c'est pourquoi il a été renversé. Il voulait s'isoler de la secte dont il était l'instrument : sa tête tomba sur l'échafaud, ...

" Jamais les Illuminés ne s'étaient vus si puissants; ils disposaient, en 1793, de la hache du bourreau... Le génie, la valeur, les talents, les vertus, l'opulence, tout passa sous le fatal niveau de la guillotine : on vit dans le même tombereau Bailly et Custines, Malesherbes et Delaborde, Lavoisier et Westermam, Elisabeth et Vergniaud. Rien ne fut épargné : on vit disparaître sous la faux des Illuminés triomphants tout ce qu'il y avait de majestueux et de sublime ; il ne resta que la bande noire...

H On me demandera, dans cette hypothèse, pour-

' Le publicislc Tait erreur ici: Robrtspieire fut parfaitement initié; il ligurail mi^Die parmi les ctiefs du deuiiËme degré.

quoi le Grand Maître du Chapitre de Paris * et ses acolytes, après avoir renversé le trône, ont péri euxmêmes sur Téchafaud ! Je répondrai par un fait avéré : après leur triomphe, les illuminés se divisèrent ^ ; une partie se retira aux Jacobins et Vautre à lu Convention : Les Jacobins dominèrent jusqu^au 9 thermidor ; c'est alors que Camille Desmoulins, Hébert, Chaumette, Clootz et le Grand Maître du Chapitre furent traînés au supplice. Ce dernier eut beau renier son père à la tribune des Jacobins, et protester que sa mère avait prostitué son lit ; on savait où tendaient ses vœux : c'était trahir la secte ; il fut

« La terre ne présenterait qu'un vaste amas de décombres et de ruines, si la Providence n'eût suscité

tout à coup un homme que la fortune appela aux

plus hautes destinées, et dont la chute, toute désirée qu'elle devait l'être, a replongé l'Europe dans une suite incalculable de Révolutions. La fameuse jour-

< Philippe-Égalité.

' Le publiciste de 1819 n'est pas seul de son opinion : « Philippe (dit de son côté Cadet de Gassicourt), Philippe avait épuisé ses coffres, et son ambition le perdit. Après la mort du roi, pour laquelle il avait voté lui-môme, il croyait saisir les rênes de l*Etat; il eût réussi, sans doute, mais les imitiés s£ divisèrent. La perte des Bourbons, jurée par les Templiers, ne lui permettait de gouverner qu'en perdant son nom; il crut qu'il suffirait d'y renoncer. Il renia son père à la tribune des Jacobins ; il prolesta que sa mère, prostituée, reçut dans son lit un cocher, et qu'il était le fruit de ces impudiques amours. Il supplia humblement qu'on lui olât son nom et il prit celui d'Egalité. Mais Robespierre avait déjà un parti... » (Tombeau de Jacques Molay, pp. 47-48.)

née du 18 brumaire porta un lerrible coup à la secte des Illuminés ; elle vil l'ouvrage de cinquante ans détruit en un jour par le pouvoir d'un soldat (p. 184}.

« La chute de Buonaparte, due en grande partie aux Illuminés, ressuscita leur influence sur tous les points ; elle nous conduisit en peu d'années à cette situation fausse que nous preuonspour le repos (p. 203).

« Cette ligue d'Illuminés, de Voyants invisibles, menace plus que jamais nos propriétés et nos vies ; le liore de sang est ouvert, on y inscrit des noms, et cent mille assassins, qui ont juré de n'épargner ni leurs parents ni leurs amis, sont en mouvement. Le malheureux Fualdès a succombé sous leurs coups

Nous pardonneral-on ces longues citations ? Elles étaient nécessaires. L'opinion qu'y émet le publicisle de 1819 est une singulii^re garantie de véracité pour les allégations d'Eliphas Lévi en 1855. Et quand on y joint les révélations de Cadet de GassicourI, en date de 1796 {Tombeau de Jaequex Molay, an V), le doute n'est plus guère permis.

D'ailleurs, les faits même de la Révolution portent leur estampille templière, et viennent plaider en faveur de notre thèse.

Le nom de Jacobins vient de Jacobus Molay, et non, comme on le croit communément, de l'église des religieux jacobins, — lieu de réunion que la secte occulte de la Maçonnerie dut, à raison même de la coïncidence nominale, choisir de préférence à toute autre.

312 LB TEMPLB DB SATAN

Ces conspirateurs avaient antérieurement fondé, rue Platrière, une loge JeanrJacques Rousseau, dans la maison du publiciste fameux dont le parti de Robespierre devait réaliser les théories. Lors de Tinauguration de cette fameuse loge, le Jacobinisme était déjà nommé de longue date. Mais la connaissance de cette dénomination trop significative était réservée aux seuls maîtres. — Écoutons Cadet de Gassicourt :

« Pour n'admettre à leurs vastes projets que des hommes sûrs, ils (les Néo-Templiers) inventèrent les loges ordinaires de la Maçonnerie, sous le nom de Saint-Jean, de Saint-André. Ce sont celles qu'on connaissoit en France, en Allemagne, en Angleterre ; sociétés sans secrets dont les pratiques ne servent qu'à donner le change et à faire connoître aux vrais maçons les hommes qu'ils peuvent associer à leur grande conspiration. Ces loges, que je pourrois appeler préparatoires y ont un but d'utilité réelle ; elles sont consacrées à la bienfaisance, elles ont établi entre dilFérents peuples des liens de fraternité infiniment estimables ; aussi vit-on les hommes les plus vertueux rechercher avec empressement de telles sociétés. Les vrais templiers ou jacobins ne tiennent pas loge ; leurs assemblées s'appellent chapitres. Il y a quatre Chapitres, un dans chaque ville désignée par Jacques Molay * et composé chacun de vingt-sept

i a Du fond de sa prison, il créa quatre loges-mères: pour TOrienl^ Naples; pour l'Occidenl, Edimbourg; pour le Nord, Stockholm, et pour le Midi, Paris (Tomb. de J, Molay, p. M), »

membres. Leur mol d'ordre est Jakin, Booz, Mac- Benac, AdonaV1314, dont les lettres initiales sont celles de Jacohus Bwyundus Molay beat anno 1314 ', »

Cadet de Gassicourt ajoute à ces détails d'autres révélations sur leurs mots et leurs signes de reconnaissance, leurs doctrines philosophiques et leurs emblèmes. Force m'eal de renvoyer à son ouvrage : je n'en puis tout transcrire et tout cependant y a sa valeur.

Il est des coïncidences bien éloquentes et dont la constatation prête singulièrement à réfléchir ! Ainsi les héritiers de Jacohus ou de Jacques Molay, les descendants et les continuateurs de ces bandits que le moyen âge a nommé /es Jacquex, après avoir fixé leur résidence dans la maison même de Jeaa-Jacques (le philosophe par excellence delà Révolution), finissent ■ par s'établir aux Jacobine, c'est sous le nom de Jacobinisme qu'ils exaltent el propagent leurs doctrines incendiaires.

A ceux que de pareils rapprochements (déjà notés par Eliphas) font sourire de compassion, comment insinuer qu'il y a peut-être quelque chose d'étrange et de significatif dans le choix du local désigné par les Jacobins, pour recevoir le pauvre roi déchu ? C'est le Luxembourg, que l'Assemblée nationale, vu les réparations d'urgence aux Tuileries, avait attribué pour résidence à Louis XVI, après la journée du 10 août. Mais les Jacobins ne sauraient tolérer que le

314 LE TEMPLE DR SATAN

successeur de Philippe le Bel trouvât dans ce palais un asile décent à sa majesté méconnue : au Luxembourg, le roi captif garderait encore l'apparence de sa liberté ; peut-être l'Assemblée serait-elle tentée de lui rendre le fantôme du pouvoir... C'est une prison qu'il faut à leur vengeance ; et quelle prison ? — le

TEMPLE I

Ironie d'un inexorable destin ! C'est à la Bastille * que Jacques Molay et les siens furent jetés sur l'ordre inique d'un roi de France, quand le roi de France était le plus fort ! — A la Bastille, alors simple porte de ville, flanquée de deux tours... Et voilà qu'après quatre siècles et demi de patientes et ténébreuses menées, le roi de France est à son tour vaincu, proscrit, humilié, déchu..., et les héritiers de Jacques Molay, toutpuissants à celte heure, le relèguent dans l'ombre humide de leur ancienne tour; lieu sinistre, jadis à la fois caserne et couvent, aujourd'hui simple prison : Et nunCy Reges, intelligite ; ertcdiminij qui jtidicatis terrant !

La Monarchie profanée, terrassée et mise à néant,

^ « C'est par la prise de la Bastille que commença la Révolution, et les initiés la désignèrent au peuple parce qu'elle avoil été la prison de Jacques Molay, Avignon fut le théâtre des plus grandes atrocités, parce qu'il appartenoit au pape et parce qu'il renfermoit les cendres du Grand Maître. Toutes les statues des rois furent abattues, afin de faire disparottre celle de Henri IV, qui couvroit la place où Jacques Molay fut exécuté. C'est dans cette même place, et non ailleurs, que les initiés vouloient faire élever un colosse foulant aux pieds des couronnes et des thiares, et ce colosse n'étoit que l'emblème du corps des Templiers. » [Tombeau de J, Molay,

les Jacobins se lournent contre le Galholicisme. Chaumette, Anacharsis Cloolz, dès l'année précédenlG, avaient ouvert la persécution ; sous Robespierre, elle atteint son paroxysme. La haine des Néo-Templiers n'élait point assouvie, au spectacle de Philippe le Bel puni dans la personne de Louis XVI ; il fallait que le pauvre Pie VII payât à son tour la dette terrible contractée par Clément V...

— Rapprochements faclices I Spécieuse coïncidence d'événements tout fortuits et nullement solidaires 1 C'est chose facile d'ôLablir après coup un lien de causalité entre des faits qui n'ont d'autre corrélation qu'une vague analogie !... — Nous ne nous dissimulons guère que la majorité de nos lecteurs tiendra ce langage, en dépit du nombre assez notable d'indices pour le moins singuliers, que nous avons pris à tâche de grouper en un faisceau compacte. Si néanmoins, ouvraut un livre imprimé avant lesyrands cataclysmes réoolutionnaires, nous faisions voir le double plan de celte Révolution (anti bourbonnienne et anli cléricale), arrêté de longue date dans les loges d'une Maçonnerie qui se proclame templière, qu'objecteraient à notre thèse ceux-là qui la taxent de chimérique et de paradoxale ?

Nul n'ignore le procès de GagHostro, condamné à mort par arrêt de l'Inquisition, peine qui fut commuée par le pape en celle de la détention perpétuelle. Reportons-nous à la Vie de Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, extraite de la Pôcédure iîistruite contre lui à Rome, en 1790, traduite d'après Poriginal ita-

lien imprimé à la chambre apostolique (Paris, 1791, in-8, portrait). Les pages 129-132 nous offirent le récit détaillé que fît Gagliostro devant ses juges, de son initiation aux mystères de riUuminisme. La scène se passe dans une maison de campagne, à trois milles de Francfort-sur-le-Mein, en 1780. Nous transcrirons cet aveu textuel : «... Nous descendîmes par quatorze ou quinze marches dans un souterrain, et nous entrâmes dans une chambre ronde^ au milieu de laquelle je vis une table ; on l'ouvrit, el dessous étoit une caisse de fer qu'on ouvrit encore et dans laquelle j'aperçus une quantité de papiers : ces deux personnes* y prirent un livre manuscrit, fait dans la forme d'un missel, au commencement duquel étoit écrit : nous,

GRANDS MAITRES DES TEMPLIERS, CtC. GeS mOtS étoicut

suivis d'une formule de serment, conçue dans les expressions les plus horribles, que je ne puis me rappeler, mais qui contenoient rengagement de détruire tous les souverains despotiques. Cette formule étoit écrite avec du sang et avoit onze signatures, outre mon chiffre qui étoit le premier ; le tout encore écrit avec du sang. Je ne puis me rappeler tous les noms de ces signatures, à la réserve des nommés N., N., N.,etc. Ces signatures étoient celles des douze Grands- Maîtres des Illuminés ; mais dans la vérité, mon chiffre n'avoit pas été fait par moi, et je ne sais comment il s'y trouvoit. Ce qu'on me dit sur le contenu de ce livre, qui étoit écrit en françois, et le peu que j'en lus me

Deux illuminés qui accompagnaient Gagliostro.

confirma encore que celte secte avait déterminé de porter ses premiers coups sur la France ; quaprî^s la CHDTB DE CETTE M0NA.RCB1E, elle devoît frapper l'Italie, et romb ex particulier ; que Ximeiiès, dont on a déjà parlé, éloit un des principaux chefs ; qu'ils étoient alors au fort de l'intrig-ue, et que la Société a une grande quantité d'argent dispersé dans les banqnes d'Amsterdam, de Rotterdam, de Londres, de Gènes

insister sur la valenr de cette déposition, ce serait faire outrage à la sagacité du lecteur. Donc, le Triine aboli, l'on s'en prit à l'Autel ; les églises fermées et dévastées ; les prêtres réduits à trahir leurs serments ; la déesse Raison trônant, sous l'emblème vivant d'une prostituée, sur l'aulcl métropolitain de Notre-Dame; tous les biens ecclésiaux mis sous séquestre ou dénaturés ; ces choses et mille autres encore ne furent que les premiers efFetsdela rancune jacobine; — et quand Bonaparte insultait, seize ans plus lard, à la majesté du pape captif à Fontainebleau, et, blême de rage, poussait la violence (dit-on) jusqu'à fendre du haut en bas la blanche robe du pontife d'un coup de son éperon d'acier, cet ennemi de toutes les sectes se fai-

' On lit dans cfilte même Vie de Cagtioatro, publiée sur les dO' cumeots du saint orflce (édition italienne, lîOU: traduction Tran- çaise, 1791], celle phrase significative, au aujel de la secte des llliimines, dite de la Haute Obsenancp : <• Cello-là professe l'irréligion ia plus décidée, emploie la magie dans ses opérations; sous le prélexle spécieux Ue pemjer la mort du Grand Maître des Templiers, elle a principalemenL en vue la destruction totale de la religion catfiolique et de la monarchie •> (page 00).

sait, sans s'en douter assurément, Texécuteur tardif de la vengeance des Templiers.

Que de rapprochements pareils aéraient à faire, si notre cadre s'y prêtait !

Empruntons à Eliphas Lévi, qui les narre si bien^ l'une encore de ces anecdotes terriblement éloquentes de la Révolution française. — Nous sommes en i792.

« Le roi était captif au Temple et Télite du clergé français en exil, ou à l'Abbaye. Le canon tonnait sur le Pont-Neuf, et des écriteaux menaçants proclamaient la patrie en danger. Alors des hommes inconnus organisèrent le massacre. Un personnage hideux, gigantesque, à longue barbe, était partout où il y avait des prêtres à égorger. — Tiens, leur disait-il: avec un ricanement sauvage, voilà pour les Albigeois et les Vaudois! Voilà pour les Templiers 1 Voilà pour la Saint-Barthélémy ! Voilà pour les proscrits des Gé- vennes!... Et il frappait avec rage, et il frappait toujours, avec le sabre, avec le couperet, avec la massue. Les armes se brisaient et se renouvelaient dans ses mains ; il était rouge de sang de la tête aux pieds ; sa barbe en était toute collée, et il jurait avec des blasphèmes épouvantables qu'il ne la laverait qu'avec du sang.

« Ce fut lui qui proposa un toast à la nation à l'angélique M^'* de Sombreuil

(( Après la mort de Louis XVI, au moment même où il venait d'expirer sous la hache de la Révolution, l'homme à la longue barbe — ce juif-errant du

LA JUSTICE I>ES HOMMES 319

meurtre et de la yengeance — monta sur Téchafaud devant la foule époujrantée ; il prit du sang royal j^n ses deux mains, et le secouant sur la tète du peuple^ il dit d'une voix terrible : Peuple français^ je te baptise AU NOM DE JACQUES et de la liberté j ! »

Une autre citation du savant Ëliphas va nous ramener à la personne et au procès de Tinitié Jacques Gazotte, dont nous avons choisi Fétrange aventure pour servir de conclusion à ce chapitre.

On sait dans quelles conditions le kabbaliste Pasqualis-Martinez vint ofirir Tiniliation au romancier du Diable amoureux ; c'est toute une mystérieuse légende sur quoi nous aurons sans doute à revenir ailleurs. — Quoiqu'il en soit, l'abbé Constant, apr^s en avoir esquissé l'histoire, fait suivre son récit des réflexions suivantes : « L'initiation de Gazolte devait en faire un partisan dévoué de l'ordre et un ennemi dangereux pour les anarchistes ; et, en effet, nous avons vu qu'il est question d'une montagne sur laquelle on s'élève pour se régénérer, suivant les symboles de Gagliostro ; mais cette montagne est blanche do lumière comme le Thabor, ou rouge de sang comme le Sinaï et le Calvaire. Il y a deux synthèses chromatiques, dit le Zohar: la blanche, qui est celle do l'harmonie et de la vie morale, et la rouge qui est celle de la guerre et de la vie matérielle : la couleur du jour et celle du sang. Les Jacobins voulaient arborer Tétendard de sang, et leur autel s'élevait déjà

Histoire de la Magie, pages 443-444.

sur la montagne rouge. Gazolte s'était rangé sons l'élendard de lumière, et son tabernacle mystique était posé sur la monlagno blauche. La montagne sanglante

triompha un moment el Cazotte fut prescrit

Cazoïte avait prophétisé sa propre mort', parce que

< La densité decechapitrenotlB interdît de reproduire in extenso la plus Mupétlanle prophétie que bouctie humaine dit prorérée jamais. Chacuo peut d'ailleurs la lire au tome premier des œuvres posthumes de La Harpe, témoia oculaire et auriculaire, qui nous l'a conservée danssesmoindresdétails. Nous résumeFonsdoDCsfMi récit.

C'élail k table, chez le duc d« Nivernais, au commencement de l'année (788. ha, compagnie, aussi nombreuse qu'illustre, se composait de grands seigneurs et de grandes daines, de courtisans el de gens de robe, Snlln d'acaUt^miciens et de poètes. La philosophie négative et libertine des Voltaire et des Diderot était alors d'obligation stricte, même pour les Dames ; l'on avait donc mangé du prêtre, puis conté des anecdotes graveleuses, entrecoupi^es d'exclamations dithyrambiques en l'homieur de la future Hêvolution qui abolirait la pruderie, de celte Révolution qu'appelaient Ions les

Cazolte n'avait supporté cette apologie qu'avec un impa^eint malaise. Soudain, il se lève, pâle et l'œil allume d'une llamme sybilline : devant tous ce» c«nvives enDévrés d'avenir, il déchire brusquement le voile du temps futur.

— Ah ! réjouisseï-vous. Messieurs, car tous vous la verreï, celte sublime Kévolulion qui vous tuera tous, aux noms même de la Fraternité et de la Raison. — Vous, H. de Condorcet, vous mourrez proscrit par Elle, vous mourrez dans un cachot do poison que le bonheur de cette époque vous obligera de toujoui^ porter sur vous; — vous, M. de Champrorl, également proscrit, vous mourrez de vingl-dRUX coups de rasoir; — vous, M. de Vicq d'Azyr, vous aurez une mort toute pareille ; — vous, Aymar du Nîcola'i, je vous voia gravir les marches de l'échafaud; vous, M. Bailly, mourrez sop l'échafaud ; vous aussi, M. Roucher, sur l'échafaud !

Ici je cite textuellement : — " Oh.' c'est une gageure, s'écrîet-on de toutes parts, U a juré de nous exterminer tous.

tjuejtiu'un donc a juré toutes ces proscriptions? Mais qui? —Les Jacobins, le» Néo-Templiers 1... ce n'est que trop clair.

L\ JUSTICE DES HOMMES

sa conscience l'engageait à lutter jusqu'à la mort contre l'anarchie. II continua donc d'obéir à sa cons-

Heprenons. — lleureusemenl (ici c'est La Harpe qui parle), vous ne me tnetfnz pour rien dans tous ces prodiges ! — Vous y serez, H. de La iiarpe, M pour un mirar^le au moins aussi grand; vous serez alors chrélien. — Si nos têtes, s'êcrie-l-on à la ronde, oe doivent tomber que ee jour-là, nous sommes tous immortels 1

— Sommes-Dous heureuses, nous autres Temmes, dit la duchesse de Grammonl, de n'iUre pour rien dans vos ttévolationsl... Du moitn ne s'en preod-on Jamais à notre sexe.

— Voire seïc, pour cette fois, ne vous dèrendra pas. Oui, Madame la ducbesse, trous aussi monterez sur i'écharaud. Le bourreau vous . y conduira dans sa charrette.

— Ah ! du moins me Uisserez-vous mon cirosse di'apii de noir?

— Non point, et de plus t^randes dames que vous s'en passeront...

— Des princesses du sang, alors ?

— De plus grandes dames encore

Ici, Madame de Granimont cent prudent de briser les chiens :

— Vous verrez qu'il ne me lantera pas m*^me un conres.seur!

— Vous n'en aurez point; car le dernier à qui, par grâce, on en accordera un, sera

— Parlez!

— Le roi de France.

Tout le monde se lève; on trouve que la plaisanterie devient trop forte et^surtoul qu'elle se prolonge au-delà des limites de la bienséance. Le maître de la maison court à Cazolle, et d'un ton pénétré, te prie d'abandonner cette lugubre facétie. Mais Cazotle en est pour ce qu'il a diL II ajoute même que six ans nu se passeront pas, que toutes ces choses ne soient accomplies.

Comme il s'apprêtait à sortir Madame de Grammont, déBireuse de faire diversion, l'interpelle :

— U. le Prophëte.vous nous avez dit noire bonne aventure ; jatÀs la vôtre?

— Avez-vouslu,duchessc, le siège de Jérusalem, dans Josftphe?... Va homme, pendant le siège, lit sept jours de suite le toiff-des reraparis, en criant d'unevoix lugubre : — « Malheur ! malheur sur Jérusalem, et malheur sur moi-même !... >i Le septième jour, un« énorme pierre, lancée par les machines ennemies, l'atteignit en plein front et le mit en pièces.

Sans s'expliquer davantige, Cazotte ni sa révérence cl BOrtit.

science, fui arrêté de nouveau ' el parut devant le Tribunal révolutionnaire : il était condamné d'avarice. Le président, après avoir prononcé son arrêt, lui fit une allocution étrange, pleine d'estime et de regret : il l'engageait à être jusqu'au bout digne de lui-même et à mourir en homme de cœur comme il avait vécu '.» Cette page d'Eliphas piqua au vif notre curiosité, si bien que nous résolûmes d'en apprendre plus long sur les dernières heures de Gazotte. Le hasard nous servit à souhait, en taisant tomber sous notre main une brochure peu recherchée sans doute et peu connue, mais qui nous fut une précieuse révélation. C'est le procès in extenso de Gazotte, publié sous le Directoire, probablement par ordre, sous ce titre :

CORRESPONDANCE MYSTIQUE DE JACQUES GAZOTTE OVeC

Laporle et Pouteau, i?itendant et secrétaire de la suivie de son interrogatoire et de son jttgement ^.

Le titre est un peu trompeur, du moins dans la forme. A part huit pages de notice et une page d'épilogue, c'est, comme nous l'avons dit, la minute du procès qui a rempli l'audience du 24 septembre 1792: le Tribunal révolutionnaire condamne Gazotte à la peine de mort, pour crimes de haute trahison et de complot contre les autorités constituées. Seidement,

< II a*ait été KrréliJ une première fois, et sauvé par sa flUe comme Sombreuil, lors des massacres de septembre.

Histoire de la Magie, pp. 439-4iO.

=* Paris, Leroiige, Deroy et Maret, an VI de la République, I vol. ia-12 de 162 pages, avec portrait. 1

I

Uaudience presque tout entière est consacrée à la lecture des lettres que Ca2otte avait écrites à Laporte et aorlout à Pouteau, pour être, par leurs soins, mises sous les yeux du roi.

De temps à autre, quelques bribes d'interrogatoire se glissent entre deux épitres : on questionne l'accusé «vec égards el modération ; il répond avec calme, douceur et fermeté :

D. — Vous êtes peut-être fatigué : le Tribmial est prêt à voua accorder le temps que vous croirez nécessaire, pour prendre nourriture, rafraichiesemeiit ou repos ?

R. — Je suis trùs sensible à l'attention du Tnbunal. La fièvre qui 7ne tient en ce moment me met dans le cas de soutenir le débat; d'ailleurs, plus tôt mon procès ser'a termiiiê et plus tôt j'en seraiquitte, ainsi que MM. les juges et les jurés.

Quand l'inculpé refuse de répondre, le président passe sans insister. Pas un mot de reproche ou de blâme. Quel procès courtois !...

Pour réveiller le lecteur, vraiment charmé de cette discussion polie, où l'on sent l'estime réciproque percer sous chaque parole, il suffit que la phrase terrible de tout à l'heure lui revienne en mémoire : Casotte était condamné d'avance!

Alors, au milieu des passions politiques déchaînées, des grandes haines en ébuUitïon, cette douceur dé- tonne douloureusement, cette courtoisie semble aifectée; enfin — pour user d'une expression vulgaire — ce procès donne froid dans le dos.

Condamné d'avance ! mot effroyable.., etrigoureiH sèment vrai. Si vrai, que le Tribunal repousse, sans considérants, une déclinaison de compétence soulevée à sa barre par le défenseur Julienne : or, si jamais compétence fut justement déclinée, ce fut ce jour-là.

« L'accusé fondait sa protestation sur ce que, ayant été jugé le 2 septembre par le peuple souverain et par des officiers municipaux revêtus de leurs écharpes, qui Tavoient remis en liberté, on ne pouvoit, sans porter atteinte à la souveraineté de ce même peuple, procéder à un jugement contre lui, sur des faits pour lesquels il avoit été arrêté, et ensuite élargi » (p. 19).

Non bis in idem. — L'axiome est bien connu, partout incontesté et domine toutes les législations

Que fait le Tribunal ?

« Le Tribunal, sans s'arrêter ni avoir égard à la protestation présentée par le sieur Gazolte, ordonne

Il ajoute bien que « copie de ladite protestation et expédition du présent jugement seront, à la diligence du commissaire national, adressées au ministre de la Justice j pour être par lui communiqtiées à la Conventio7i Nationale, sHl y a lieu!... » [Ibid.). Mais comme l'arrêt de mort, prononcé dans la journée, fut exécuté le soir même, vers les sept heures, cette restriction servait à grand' chose I Quelle barbare ironie I

Au demeurant, il le faut avouer, la correspondance de Cazotte était, vu les circonstances, aussi compromettante que possible.

Gomme Saint-Martin, disciple du même Martinez, puis élève posthume de Jacob Bôhme ; comme Dutoit- Mambrini, le théosophe de Genève, qui a publié en 1793, sous le pseudonyme de Keleph-hen-Nathan^ un ouvrage admirable * malgré quelques erreurs ; comme Fabre d'Olivet, dont l'initiation date de cette époque ; comme d'autres encore, Gazotte relevait de la plus ancienne tradition; il appartenait à Tinitiation orthodoxe dont il a été question plus haut. Mais moins prudent que Dutoit et que Saint-Martin, il fut de ceux qui travaillèrent activement, sur les trois plans astral, moral et intellectuel, à la contre-Révolution.

Adepte, il fut une des premières victimes delagent jacobine ou néo-templière.

Il faut voir comme les juges de Gazotte veulent le faire parler sur le chapitre de son initiation. Écoutez rinsidieuse question qu'on lui pose :

D. — Quelle est la secte dans laquelle vous êtes entré ? Est-ce celle des Illuminés ? • R. — Toutes les sectes sont illumiyiées ; mais celle âontjeparle dans ma lettre est celle des martinistes. JTy suis resté attaché l'espace de trois ans; différentes calmes m^ont forcé à donney^ ma démission ; néanmoins jfen suis toujours demeuré l'ami (p. 45).

Gazotte répond là avec une rare présence d'esprit. Lui-même avait senti, au moment où la lutte allait

le fils spirituel du théosophe Saint-Georges de xMarsais.

s'ouvrir entre les deux initiations rivales, combien dai)gçreux serait le choc : tout porte à croire qu'il avait voulu d'abord l'éviter. — Reportons-nous à la lettre cataloguée N., en date du 4 avril 1792 :

« Les piques se tourneront contre les piques, mon cher ami; ayez encore un peu de patience... Vous n'êtes pas initié f Applaudissez-vous-en ! Rappelezvous le mot: Et scientia eorum perdet eos. Si je ne suis pas sans danger, moi que la grâce divine a retiré du piège, jugez du risque de ceux qui y restent.

a II y a longtemps qu'on a fait V éloge de la sûreté du plancher des vaches, la gonnoissancb dbs ghosbs

OCCULTES EST UNE MBR ORAGEUSE D'oU l'oN N' APER-

Et cependant il se ravise. — Si inévitable est la terrible lutte, qu'il s'y jette. Il sent tellement qu'il y va pour tous d'une question de vie ou de mort, que lui, cet homme excellent, ce théosophe orthodoxe, lui, ce doux vieillard, après avoir appelé à grands cris l'étranger en France pour rendre au roi le pouvoir absolu, s'écrie encore : « Le roi doit être en garde contre un de ses penchants, c'est la clémence... Qu'il se garde bien d'arrêter le glaive; qu'il réfléchisse aux châtiments qu'ont éprouvés les chefs des Israélites qui ont ménagé les victimes désignées par le Seigneur. Uhomme ne sait ce qu'il fait, lorsqu'il veut épargner ce sang; sa compassion dégénère en cruauté Le plus grand bonheur qui puisse arriver à un criminel, c'est d'être supplicié sur la terre,

LA JUSTICE DBS HOMMES 327

PARCE qu'on ne paie PAS DEUX FOIS * et qu'il est terrible de tomber coupable et impuni dans les maiiu[ ou

Ahl que d'enseignements à tirer de ce livre! que de détails instructifs et inédits sur leshommes, les causes occultes de la grande Révolution... Hélas! il faut nous borner. Déjà trop dense, ce chapitre sort de son cadre normal. Passons donc au dénouement. Écoutons la fin du réquisitoire de Real, accusateur public :

« ... Et vous, dit-il à Taccusé, pourquoi faut-il que j'aie à vous trouver coupable, après soixante-douze années de vertus? Pourquoi faut-il que les deux qui les ont suivies aient été employées à méditer des projets d'autant plus criminels, qu'ils tendoient à rétablir le despotisme et la tyrannie? Pourquoi faut-il que vous ayez conspiré contre la liberté de votre pays? Il ne suffit pas d'avoir été bon fils, bon époux et bon père, il faut, sur toute chose, être bon citoyen... » Et plus loin : « // ne pouvait s'excuser par un défaut d'igno- T^ance, lui philosophe et initié ; lui qui, dans les glaces de la vieillesse, a conservé les feux d'une jeunesse

A la suite du plaidoyer de Julienne, Lavau, président du Tribunal révolutionnaire, assisté des citoyens Ditbail, Jaillant et Naiilin, juges, lit l2i sentence de mort.

Après le prononcé du susdit jugement, le président

• Non bis in trfem/ Pauvre Cazotle! Ce principe incontestable sera pour une fois contesté, lors de son procès, el il lui en coûtera la vie !

a adressé au condamné le discours suivant ' : « Foible jouet de la vieillesse, victime infortunée des préjugés d'une vie passée dans l'esclavage I Toi dont le cœur ne fut pas assez grand pour sentir le prix d'une liberté sainte, mais qui as prouvé, par ta sécurité dans les débats^ qu£ tu savais sacrifier jusqu'à ton existence pour le soutien de ton opinion, écoute les dernières paroles de tes juges ! Puissent-elles verser dans ton âme le baume précieux des consolations ! Puissent-elles, en te détei^minant a plaindre le sort de ceux qui VIENNENT DE TE CONDAMNER, t'iuspircr Cette stoîcité qui DOIT présider à tes derniers instants, et te pénétrer du respect que la loi nous a inspiré à nous-mêmes !...

« tes pairs t'ont entendu, tes pairs t'ont condamné ; mats au moins leur jugement fut pur comme leur conscience ; au moins aucun intérêt personnel ne vint troubler leur décision par le souvenir déchirant du remords. Va, reprends ton courage, rassemble tes forces, envisage sans crainte le trépas ; songe qu'il n'a pas le droit de t'étonner : ce n'est pas un instant qui doive effrayer un homme tel que toi !

« Mais avant de te séparer de la vie, avant de payer à la loi le tribut de tes conspirations, regarde l'attitude imposante de la France, dans le sein de laquelle tu ne craignois pas d'appeler à grands cris l'ennemi. . . .♦ que dis-je?... l'esclave salarié! Vois ton ancienne

. * Celte allocution est de telle nature et de telle portée que je ne me crois pas le droit d*en supprimer un seul mot. Je la transcris

patrie opposer aux attaques de ses vils détracteurs autant de courage que tu lui as supposé de lâcheté. 8i la loi eût pu prévoir qu^elle auroit à prononcer contre un coupable tel qu£ toi, par considération pour tes vieux ans, elle ne t'eût pas imposé d'autre peine ; mais rassuretoi, si elle est sévère quand elle poursuit, quand elle a prononcé le glaive tombe de ses mains. Elle gémit sur la perte même de ceux qui vouloient la déchirer. Ce qu'elle fait pour les coupables en général, elle le fait tout particulièrement pour toi. Regardela verser des larmes sur ces cheveux blancs, qu'elle a cru devoir respecter jusqu'au moment de ta condamnation ; que ce spectacle porte en toi le repentir ; quHl t'engage, vieillard malheureux, à profiter du moment qui te sépare encore de la m^rt, pour effacer jusqu'aux moindres traces de tes complots, par un regret justement sentie

('. Encœ^e un mot. Tu fus homme, chrétien, philosophe, INITIÉ ; sache mourir en homme, sache mour rir en chrétien ; c'est tout ce que ton pays peut encore attendre de toi ! »

L'auteur de la brochure poursuit : « Ce discours, qui frappa de stupeur une partie de rau4itoire, ne fit aucune impression sur Jacques Gazotte. A ces mots : va, reprends ton couragCy rassemble tes forces, envisage sans crainte le trépas, songe qu'il n'a pas

Ici, le fanatisme du Néo-Templier touche au sublime de l'attendrissement ! C'est le sectaire qui voudrait convertir son ennemi avant de le tuer !

le droit de Vétonner , ce rCest pas un instant gnî doive effrayer un homme tel que toiy il leva les maiiu et secoua la tête en levant les yeux au cid avec un visage serein et décidé. Conduit au cabinet criminel^ il dit à ceux qui Tentouroient qu'il ne regrettoit que sa

iille L'exécution dudit jugement a eu lieu sur la

place du Carrousel, vers les sept heures du soir : le condamné a montré le long de la route et jusque sur réchafaud une présence d'esprit et un sang-froid

J'ignore quelle impression est restée au lecteur de ce procès et de cette sentence ; mais je lui proteste qu'il vient d'assister à un drame solennel et formidable : il a senti, sans nul doute, ce qu'il y a là de plus qu'un

simple procès criminel Je craindrais de dénaturer

son émotion, en y mêlant l'expression de la mienne. Je terminerai par quelques nobles paroles d'Eliphas :

« La Révolution, même au tribunal, était une guerre civile, et les frères se saluaient avant de se donner la mort. C'est que, des deux côtés, il y avait des convictions sincères, et par conséquent respectables. Celui qui meurt pour ce qu'il croit la vérité est un héros, même lorsqu'il se trompe, et les anarchistes de la montagne sanglante ne furent pas seulement hardis pour envoyer les autres à l'échafaud : ils y montèrent eux-mêmes sans pâlir. — Que Dieu et la postérité soient leurs juges * I »

téB Pape le Quinaire la Volonté, ses instruments..

r Arsenal du Sorcier

Chapitre V

|ous avons vu Satan trôner en son temple d'ignominie, et le Magicien noir, suprême pontife de son culte, y officier en grande pompe *. Il était curieux pour nous de visiter tous les recoins d*un édifice qui est à la fois le panthéon du Fanatisme et la basilique de la Folie.

Rien de typique ne s'est dérobé sans doute à la patience de nos investigations ; non pas que nous ayons prolongé nos stations auprès de chaque pilier, mais enfin — ne fut-ce qu'une minute — notre regard é'est promené partout, attentif et scrutateur.

L'infamie du sanctuaire nous est connue, et Taboisiination de Tidole, et la honte du desservant, et les

turpitudes du culte.

Selon le rite ancien, traditionnel, archaïque. — Au chapitre vi: Modernes avatars du Sorcier, nous surprendrons encore celui-ci dans Texercice de ses fondions sacerdotales, mais selon le nouveau rite et revêtu d'un costume à la mode du jour.

332 U TBMPLB DB SATAN

Il nous resterait à compléter notre examen par une visite à la sacristie. — La sacristie de Satan, c'est V Arsenal du Sorcier.

A l'œuvre doncl et dressons l'inventaire des objets qui s'y trouvent.

Un mot encore, avant de commencer notre tâche.

Disposant d'un médiocre espace, nous avons dû négliger le dénombrement complet, scrupuleux, mé- thodique, des rites multipliés et des interminables cé- rémonies où se complaisent les trois sœurs jumelles qui légifèrent en ce lieu : la Superstition, la Malice et la Bêtise.

La Somme liturgique du Sorcier se compose d'infolio et d'in-quarto fort massifs, que nous avons très superficiellement feuilletés ensemble, lecteur ami, ne faisant halte qu'aux pages les plus décisives.

h' Inventaire que nous allons entreprendre nous fournira, de temps à autre, prétexte d'y revenir *• Ce ne sera qu'incidemment, à coup sûr ; descriptions et renseignements seront livrés pêle-mêle. Il ne faut point s'attendre à des divisions systématiques...

Et même, pour abréger ce chapitre — en éludant les transitions qui ne relieraient rien, et les éclaircissements comparatifs qui n'élucideraient pas grand-

Beaucoup de renseignements dont ce serait ici la place ont été livrés déjà aux cours des précédents chapitres et parfois avec assez de détail.

Nous jugeons inutile de les produire à nouveau^ mais, quand faire se pourra, nous prendrons soin d'y renvoyer le lecteur, afin d*éviter les redites.

chose — nous allons (comme un huissier) procéder par ordre alphabétique. La lumière jaillira, s'il se peut, du choc éventuel des idées.

Fions-nous aveuglément à la logique du hasard I

INVENTAIRE

(OronpemeDt des Matières par ordre alphabétique)

ADRAHELECH. — Idoli; syrienne; le moyen âge en a fait uo diable,

AGGARATH. — L'une des épouses de Samaêl, dans la Pneumatique des lalmudisles. — Voy, oh. i, page 13.

AIGUILLETTE. —C'est, dans )e langage imagé de la Sorcellerie, le nom du Phallan qu'il s'agil de paralyser, à celle flo d'empê- cher les jeunes époux de rendre te devoir conjugal. Cela s'appelle nouer l'aiguillette (voy. chap. m, pages 198-199).

AIBIANT fl'), — Passait autrefois pour un poison magique. Les sorciers le pilaient et le Taisaient entrer dans la composition de lenrs charmes (voy. ce mot).

La baguette des Mages (voy. ce mot) était creuse et contenait noe lige d'acier magoélique. Suivant Harcellus Empiricus, l'aimant guéril les maux de tâte. Les sectateurs de Basilide en Taisaient des talismana (voy. ce mot) contre la puissance des mauvais esprits.

ALBERT LE GRAND. — Des œuvres de ce tliéologien, évâque de Ralisbonne (1196-1280), l'on a extrait des fragments dont on a composé deux grimoires (voy, ce mot) encore plus stupides que célèbres :

334 LB tBMPLB DE BâTAX

!• Le Grand' Albert (oq /et admirables eeeretm d'Albert le Grand) a élé imprimé on gnod nombre de foi% dans les le premier traite abondammeot des mystères de In génératioo, de la cooceptioD et de la semeoce animale; le second, de la ferta attribuée aux plantes, aux pierres, aox animaux, de rastrologîe et des merveilles du monde ; le troisième offre entre nôtres i DOS méditations un traité des vertus de la fienle et des excré- ments, des propriétés de plusieurs insectes ficheox, et se termine par une riche collection de secrets soi-disant naturels ; le quatrième livre est un traité banal de Physiognomonie et se clét également par une liste de recettes. — Une des meilleores éditions françaises est celle de Lyon, 1775, tn-iS aceejigares.

2* Plus extravagant encore, le Petit-Albert (ou solide trésor du) contient des Tormules de magie noire tout i fait impertinentes et baroques, mais qui n'en réussissent que mieux sur les lèvres de nos bergers et sorciers de village : ils ont mis toute leur confiance dans ce libelle, qui est pour eux TAlpha et TOméga de la science cabalistique, et pour peu qu'ils aient quelque disposition naturelle, la Toi les sacre sorciers. — Voir de préférence Tédilion de Lyon, 6516, i>i-18, « enrichie de figures mystérieuses et la manière de les faire m.

Sous le titre à' Albert-Moderne, on a publié des recueils de recettes scientifiques, dans le but assez louable de modifier les idées régnantes parmi les populations rurales, et de substituer aux formules superstitieuses qui leur sont chères quelques notions de sciences positives. Malgré tout, l'incorrigible berger en revient toujours à son solide trésor.

ALMANAGH DU DIABLE. — Publication semi-prophétique et semi- Auréticuse, dirigée contre les Jansénistes, sous le règne de Louis XV. Quelques prédictions renfimnées dans cet ouvrage parurent sanç doute un peu téméraireb à lautorité, qui fit disparaître diligemment les exemplaires qu'elle put saisir. En sorte que les deux Almanaehs du Diable pour les années 1737 et 1738 (aux Enfers, ln-24), se sont faits rares et montent assez haut dans les ventes de bouquins.

AMULETTES. — L'Amulette est un objet de dévotion superstitieuse, qu'on porte sur soi pour se préserver de quelque malheur, conjurer quelque accident ou échapper à quelque épidémie.

L'Amulette est uo préservatif, un bouclier; on lui attribue une vertu toute passive et de prévention : c'est en quoi V Amulette difl*ère du Talisman (voy. ce mot), auquel on prête communé- ment une propriété actioe et d'acquisition.

L AHSENAL DU SORCIEH 33»

Les Amuleltes varient A l'inllnt : depuis le crapaud vivanl porté dans une boite de corne (voy. chap. m, p. 187), pour se garantir des euToûleraenls, jusqu'aux Agnua Dei, auï médailles bénilts. aux scapulaires et aulnts objets pieux, dont l'Eglise aulorisB el même conseille l'emploi.

Les Mascottes el autres Porte-bonheur, qui furent si Tort à

la mode ces années dernières, sont magiquemenl des objets

de nature bâtarde i-t qui tiennent le milieu entre l'Amulette et

le Talisman.

ANDRODAUAS. — Sorte d'aimant Tabuleux, qui aurait la propriété

d'attirer l'argent, le fer et l'airain. ANDROÏUE. — L'on nommait ainsi certaines statuettes de mâtal, chefs-d'œuvre de mécanique, auxquelles on attribuait la propriété de penser, de parler el de se mouvoir. La toul automatiqueinenl.

Albert le Grand passait pour avoir fabriqué un Androide qui raisonnait métaphysique avec une rigueur infaillible. Comme cet automate ergoteur accumulait syllogismes sur dilemmes intarissablement, saint Thomas d'Aquin, las el impatienté de son assourdissante dialectique, le mit en pièces d'un coup de bâton. Ce rlain s sorciers s'y prenaient d'autre sorte pour obtenir un Androide ou plul6l un Hotniinealua.— Christian extrait d'un grimoire manuscrit celte étonnante recette : « Prenez un œuf de poule noire et faites vn sortir une quantité de glaire égali: au volume d'une grosse fève. Remplacez celle glaire par du aperma vin, el bouchez la fenle de l'œuf eo y appliquant un peu de parchemin vierge, légèrement humecté. Mettez ensuite voire œuf dans une couche de rumicr, le premier jour de la Inné de mars, que vous connaîtrez par la table des épacles. Appfts trente jour» d'incubation, il sortira de l'œuf un petit rounslre ayant quelque apparence de forme humaine. Vous le tiendrez caché dans un lieu secret el vous le nourrirez avec de la graine d'aspic el des vers de terre. Aussi longtemps qu'il vivra, vous serez heureux en tout. » (Christian, Histoire de lu magie, p. 430-451.)

Et voilà comment l'odieux se marie au ridicule. — (Voy. le mot Mandragore.) AîiXEAL'X. — S'il était question de Haula Magie, je parlerais de l'Anneau deSalomon, fait avec les sept métaux mystiques el muni de deux chalons (l'un do pierre de la lune avec l'éluile du Macrocosme, l'autre de cornatine avec celle du Microcosme), gravés aux deux poinçons d'or el d'argent. Pour les détails, je me contente de renvoyer à l'Histoire de la Magie d'Eliphas Lévi,

336 LK TEMPLE DE SATAX

L'Anneau de Gygê9 oa dlnvisibUité, doot cbacac sait la lé- gende, ne doit pas ooqs oecDper doq plus.

Od coote mille extnTasmnces sur les Anneaux dTaHianee et de /Uinçaiiies. Les sorciers conseillenl anx oarîs, quand se fait dei^aot le prêtre rechange des anneaox, d'enfoncer délibérément la bague jusqu'à la racine du doigt de ienrs femmes. Car» « la bague oe descend pas. à celte minute même, plus bas que la deuxième phalange, réponse prend de ce &it ascendant sur son Dob'e époux, qu'elle fera tourner en bourriqoeet |irol>ablement en taureau. Taudis que. si la bagne encercle la racine même de Tan- Dulaire, c'est l'homme qui sera le maître de la maison. Aussi les Jeieuxde aor/s donoent-ils aux jeunes filles qni se sentent de la TocatioD pour porter culotte et reléguer leur maître et seigneor an troisième dessous l'avis perfide, i coup sûr, de plier et de roidir le doigt peodaot la cérémonie.

Il semble que des maris superstitieux, mais prévoyants, pourraient parer cette manœuvre, en passant au doigt conjugal un anneau d'un monstrueux diamètre. — Malheurensement, le cas est prévu par le maître cauteleux de tous prestiges. L*annean trop large e«t symk>olique, lui aussi, d'un Inconvénient que les maris aiment assez à éviter. Ma pudeur me défend d'en dire davantage. Les anneaux sont des manières d*amulette on de talisman» suivant les cas.

ANTECHRIST. — Incarnation du Verbe diabolique, opposée à celle du Verbe divin en Jésus-Christ. (Voir les explications très curieuses que je Tournis à ce sujet, au premier chapitre,

ASTROLABE. — C'est Finstrument dont se servent les Astrologues pour fixer l'état du Ciel, au jour et à l'heure voulus, et dresser le Thème généthliaque dont VHoroscope est le commentaire.

V Astrologie des anciens sanctuaires était une science réelle et profonde; malheureusement elle s'est dépravée en se vulgarisant, jusqu'à devenir méconnaissable.

V Astrologie judiciaire j qui fut si en honneur au moyen âge et qui a encore aujourd'hui de fervents défenseurs, est une des choses les plus illusoires et les plus ridicules qu'on puisse imaginer. — Voir Texceilente dissertation de Fabre d'Olivet sur l'As- Irologie des anciens; c'esl une page aussi profonde que substan- 278, seizième examen).

AVATARS. — On nomme ainsi les formes multiples et variées où s'incarne tour à tour un être. (Voir, dans la théologie brahmanique, les incarnations de Wishnou.)

Je park', au chapitre i, des Anatnrs typii/aes de Satan. - Voiries pages 65-Tt.

BAGUETTE. — Il Qe peiil être ici question de la Baguette des mages, Ligti d'acier magnétique, emprisonnée dans un rameau d'amandier, qui porte à l'un de ses bouts une petite lance de crislal. à l'autre une petite lance de résine. Au reste, Eliphas Lévi en \vw,\.t Aac\.Ko\tniaa Rituel de la Haute Magie (^i%iit 128-

Les sorciers ont aussi leur Baguette, avec laquelle ils tracent le cercle magique (voy. ce mot) et prétendent, dans leur outrecuidance, dominer les éléments. « Cette baguelte doit tUre de coudrier, dit Collin de Planc.v. el do la pousse de l'année. [I faut la couper le premier mercredi de la Lune, entre onze heures et minuit, en prononçant certaines paroles. Le couteau doit être oour et retiré en haut, quand on coupe. On bénit ensuite la baguette; on écrit au gros bout le mot Agla i (mS^K), au milieu ON + (lin) et TEniAGRAMMATO^ f (.liD') au petit bout ; et l'on dit : Conjura te vit'} mihi otiedire..., etc.. " [Diction, infernal). D'autres sorciers, plus avisés, Terrent la branche de coudrier aux deux bouts, avec l'acier de la lame qui a snrvi à trancher le rameau; puis ils aimantent ceadeui extrémités ferrées. Enfin, ils frottent le petit bout avec du sang, et trempent le gros bout dans de l'urine où ils ont éteint un tison. — Ces divers rites. observés par les rabbius-sorciera de l'Alsace, sont extrêmement remarquables au point de vue analogique; ils témoignent d'une science réelle, déviée à gaucbe.

BAGUETTE DÏVINATOIRK. — C'est une branche fourchue de liètre, d'aulne ou de coudri'-r, débarrassée de son Scorce ; on tient de chaque main l'une îles ramitlcations de l'eitlrémilé fourchue, el la baguette s'incline delle-méme vers le sol, pour signaler la présence souterraine d'une source, d'un trésor, ou la retraite d'un malfaiteur.

La Physique occulte de l'abbé de Vallemont (La Haye, Moiitjens, 1690, 2 vol. peL in-8, frotitisp. et curieuses gravures), est entièrement consacrée à l'élude de ta baguette divinatoire. On y donne une théorie de physique, dont le R. P. Lebrun s'est longuement elTorcé, dans son Hisl'/ire critique dea Pratiques superstitieuses (Amsterdam, 1737, 3 vol. in-8, lig,). de produire la réfutation. Ucui forts volumes y sont consacrés, sur trois.

BAMBOU NOIR. -~ Plante magique des Antilles, usitée des sorciers

338 LE TBMPLB DB SiLTAN

nègres pour leurs philtres d'amour. Elle est subsUtuable à la Plante attractive de Van Helmont (yoy. ce mot).

BAPHOMËT. — G*est la figure idolàlrique ou plutôt le symbole occulte, qu*on accusait les Templiers d*adorer (foir les détaUs fournis auch. iv, page 279).

BASILIC. — Animal fabuleux sur lequel on a fait les contes les plus incroyables. « Tout ainsi (dit Boguet) que... la maie qui naist d\n asne et dWne iument: est le Basilic, qui naist d'fn coq

Le môme démonophile dispute gravement si le Basilic lae du regard, comme il est notoire pour « le Serpent Catoblepas^ qui faict sa demeure à Tentour de la fontaine Nigris en Ethiopie, que plusieurs estiment estre la source du Nil ». (Ibid,, p. 187.) Il ¥1 sans dire que Boguet se décide pour l'affirmative.

Dans nos campagnes, on croit encore que les vieux coqs pondent un œuf (!) d*où sort le Basilic.

Le Basilic était un des familiers du Sabbat... Il existe bien aujourd'hui un petit serpent de ce nom, mais qui partit d^une race différente : on souiïre son regard sans mourir — du moins sur le coup — et la couronne naturelle, gemmée d*une escarboucle, qui faisait une crête héraldique au front de ce singulier reptile, a complètement disparu...

BASSIN FATIDIQUE. — Instrument de divination, en alliage des sept métaux mystiques, avec toutes les lettres de Talphabet gravées au pourtour. On suspend, par un lil, au-dessus du bassin que supporte un trépied, une bague chargée de signes théurgiqiies — et Ton évoque les génies sybillins.

Tel fut du moins, s*il en faut croire Ammien, Marcellin et Sozime, le rite célébré par quelques courtisans de Tempereur Valcns, sous la direction du mage Pallade.

Celui-ci prononçait à voix haute les évocations, debout dans le lourd nuage des parfums consacrés. Une couronne de laurier ceignait son front, à la mode des prêtres delphiques, et sa droite agitait une branche de verveine... On vit sur Tinstant l'anneau frémir et osciller au bout du fil. Soudain une note métallique tinta, plaintive; puis une autre, puis deux encore: la bague avait heurté le e de la bande zodiacale; puis TE, puis l'O, enfin le

. — Théodore! s'écria Tun des assistants, et Ton ne jugea pas utile de pousser Topéralion plus avant ce jour-là. (La demande faite aux génies recteurs du Destin concernait le successeur de Valens-Augustc, dont une première réponse des Invisibles avait prophétisé la mort violente.)

Falale prédiction! Le César, qui avail des espions parlout, ne larda guère à toul savoir. Sa colère fui grande, décuplée par son effroi. Il Dt arrêter Pallade, qu'on traîna au supplice, en conipagnie du suspect que l'oracle semblait avoir sacrù pour l'échafaud: TVidodore. Les premières syllabes de ce nom soDnaient aux oreilles impériales comme une menace sacrée... Mais où s'arrêter, SUT la peole de la défiance ? D'autres noms commençaient aussi par les quatre letlres eEOi-.. et cet arrêt fatidique avait frappé l'esprit du tyran. Anxieux qu'il pùl s'agir d'un autre candidat de la Fortune. l'Empereur voua successivement à la mort tous le» Théodose, les Théodore, les Théodat...

Peiue perdue. L'avenir lit bien connaître qu'on peut éluder les édits de César, mais non point se dérober aux arrêts du Destin. Valens succomba dans une guerre contre les lîolhs; il fut brûlé au fond d'une chaumière, où il pensait trouver un asile après la défaite — et son successeur fut en etfet un Théodore (le propre fils d'un de ceux-là que Valens avait fait périr). Les émissaires de mort n'avaient su découvrir ce jeune homme en Espagne, où il vivait retiré.

Ainsi s'accomplit l'oracle de Pallade, l'homme au bassin Ihéur-

BEAI'-CIEL-DIËU. — C'estle nom d'une charge d'empoisonnement magique, dont la composition fut révélée, lors du mémorable procès du berger Hocque. Lire au chapitre Jit de notre ouvrage (pages 476-181) l'histoire de ce procès et la découverte de ce charme.

BEEUÉRIB ou HEELZÈBllTH. - Idole de Syrie, que Je décris au chapitre i, p. 66. Le moyen âge a fait de Bécizébuth un démon.

BELPHÉGOR. — Autre idole de la Palestine, dont les chrétiens ont fait également un des comparses de l'enfer.

BÉTE DE L'APOCALYPSE. — Animal fantastique et liiéroglyphique de la vision de Palmos. Saint Jean le voit s'élever de la mer. (Se référer à la page 18 du chap. i.)

BOUC DU SABBAT. — Forme de prédilection qu'emprunte le prince de ces assemblées, qui a nom Léonard (voir notre

On répulait le Bouc animal fatidique et sorcier. Son sang entrait dans des compositions spéciales, à l'efTet de procurer quelques visions terrifiantes.

Gel animal joue parfois le rôle d'incube. Ainsi nous voyons dans la Bible que certaines femmcsd'Israel s'abandonnaient aux boucs.

340 LB TBIIPLB DB SATAN

BROUCOLAQUES. — Appellation des Vampires de la Grèce; le Dom seul est changé, les histoires sont les mêmes (voir les détails que nous fournissons au chap. m de ce livre, pp. 222-22fr).

CADAVRE. — Si aUentif que je sois à éluder pour Theare les théories dogmatiques delà Haule Magie, je ne puis me résoudre à passer sous silence une page de Porphyre, qui est révélatrice au premier chef de la signification profonde, attribuable aux rites sanglants de l'évocation par le glaive. Ecoutez ce que ce théurge dit en substance :

« L*âme, restant liée au corps, même après la mort physique, par une tendresse étrange et une affinité d'autant plus étroite que cette essc.nce a été séparée plus brusquement de son enveloppe, nous voyons les âmes en grand nombre voltiger, toutes désorientées, autour de leurs dépouilles terrestres. Bien plus, nous les voyons rechercher avec diligence les débris de cadavres étrangers, et, sur toutes choses, le sang fraiehement épandu^ dont la vapeur semble leur rendre pour quelques instants certaines facultés de la vie.

« AuAsi les sorciers abusent-ils de cette notion^ dans V exercice de leur art. Nul d'entre eux qui ne sache évoquer de force ces âmes et les contraindre à paraître j soit eo agissant sur les restes du corps qu'elles ont quitté, soit en les invoquant dans la vapeur du sang répandu. » (Porphyre, des Sacrifices, chap. ii du Vrai Culte,)

Je résume sans commentaires.

CANTH ARIDES. — Mouches d'un vert métallique et brillant, qui doivent à un alcaloïde extrêmement vénéneux ~ la Cantharidine— des propriétés aphrodisiaques, dont les sorciers savaient tirer parti dans la composition de leurs pommades et de leurs électuaires, pour déterminer la direction des rêves erotiques.

Voir le chapitre ii de notre ouvrage, page 158. —Dans \zCle/ de la Magie l>/oire^ nous fournirons, sur le chapitre des pommades, toutes les précisions qu'on saurait désirer.

CARACTÈRES. — Ce sont, en Magie, les signes manifestatifs d'uD verbe, ou simplement expressifs d'une idée. — Isolés, ils se nomment hiérogrammes ; groupés suivant les lois occultes en un ensemble symbolique, on les appelle hiéroglyphes. Quand l'hiéroglyphe se présente sous l'apparence d'un symbole plastique, d'une peinture ou d'un dessin ayant par eux-mêmes une apparente signification, il devient un emblème. Il prend de pré-

férencc enfin le nom de panlacle, s'il affecle une Torrae géomé- trique (rirculaire, triangulaire, slellaire. etc.].

Les Grimoires sont pleins de signes bizarres, représentatifs des démons et des esprits planétaires, et qui semblent à première vue tout à Tait indéchifTrables.

Il n'en est rien pour la plupart d'entre eui. Sans doute ces caractères, primilivemenl composés d'après les régies d'un art invariable, se sont altérés jusqu'à devenir méconnaisiiables parfois : sans doute aussi des mystificateurs ont introduit dans ces ouvrages de nouveaux signes, grillonnés à plaisir, en l'absence de toute régie, et qu'il faut savoir reconnaître el rejeter au premier ciiamcn. Mais pour les autres caractères, il ne s'agit que d'en trouver la clef. Or, les Frères de la Bose ^ Croit ont publié cetlecler. dans un ouvragemysliquedes plus étranges: Chijmica Vannus (Amstel., ap. J.Janson., )666,in-4flg.). Se reporter par exemple aux pages 5H,B'2 du Complément, intitulé Commenfafio de pharmaeo eaifuilieo : l'on verra comment les auteurs ', par la combinaison méthodique des gir/nea radicaux, forment les syllabes hiératiques, el composent des mots par le mariage de ces syllabes entre elles. L'adaptation est purement de spagyrîe, dans le Chymiea Vannus; mais cette adaptation n est qu'un exemple proposé; et la règle, restant identique, peut s'appliquer, d'une sorte toute pareille, à la formation des caractères, dans ledomaine des autres sciencesquisontdosrameaux issus(au même litre que la branche alchimique] de la souche universelle d'Uermés. Il n'est utile que rarement de pousser très loin l'analyse et la synthèse des caractères. Dans la plupart des cas, la liste des signes zodiacaux et planétaires réunis constitue un alphabet primitif très passable, el dont les combinaisons expliquent el jusllBent les hiéroglyphes en apparence les plus rebelles à toute interprétation.

En cette matière, \a Stéganographie de l'abbé Trilhëme, sa Poti/grap/iie surtout, seront consultées avec fruil. Trilhème est le irrand maître des écritures secrètes.

Voir encore la Monaa hieroglyphica de Jean Dée (dans le tome II du Theatrum chymicum de Strasbourg [ArgentoratiJ,

Les caractères des Grimoires passent pour être les signatures de certains démons. Pour évoquer ceux-ci, on a soin de tracer lesdit s caractères au pourtour du Cercle magique [voy. ce mot).

• Ces auteurs se nomment : — « Pro-authorîbus Immortalibus Adeptis, •< lit-on en bas du titre.

CARAFE. — lastrumeot de prévision, dont Cag^iostro notamment a tiré un puissant parti. Soit carafe pleine d'une eaa limpide, oa encore boule de cristal magnétisée: c'est dans de pareils milieux, très réfringents pour la lumière astrale, qu*îl faisait loogaemeot flotter le regard de ses Colombes. Il nommait ainsi de jeunes garçons encore innocents, ou des fillettes qui jouaient le rôle de vof/ants passifs, tandis qu*il les tenait sous rirradiation de son vouloir magnétique. Ces petits êtres voyaient alors se dérouler la chaîne des futurs contingents, sous forme d'une série d'images évidemment sybillines, sortes de prophéties concrètes, qui n'attendaient plus que leur traduction en langage démotique. Les Colombes s'exprimaient par exclamations : Soudain Gagliostro, d'une voix inspirée et vibrante, improvisait un commentaire oratoire ou dithyrambique, et les âmes les plus railleuses et les esprits les plus sceptiques étaient alors subjugués.

On prétend que dans les premières années de son mariage, Marie- An toi nette d'Autriche, étant encore Madame la Oauphine, voulut consulter l'oracle, s'obstinant daus son caprice, malgré toutes les objurgations du Magicien, qui ne s'exécuta enfin que pour obéir à un ordre formel.— Quel affreux mirage la Dauphine vit-elle se condenser dans le cristal éblouissant? — Elle ne le dit jamais; mais il parait certain que le spectacle fut terrible, car elle s'évanouit sur la place.

Ceci n*e$t qu'une légende, peut-être fort embellie en passant de bouche en bouche. Quoi qu'il en soit, après 93, on fit des rapprochements dans ses souvenirs, cl naguère vint éclairer jadis : Cagliostro passa pour avoir fait voir à la fille des Césars un échafaud dressé au milieu d'une populace en tumulte; un bour^ reau dont la main, déjà tachée d'un sang auguste, terrassait une reine au pied d*un billot ; puis un triangle de métal s'abattaot comme un éclair, et une tôte — celle de l'infortunée spectatrice elle-même — une tête blonde et charmante allant rouler dans la corbeille de son!

CATOBLEPAS. — C'est, au dire du démonologue Henry Boguet, une sorte de dragon, dont le regard tue, comme celui du Basilic (voyez ce mot).

Gustave Flaubert donne de cet animal fantastique une tout autre description : « Le Catoblcpas^ buffle noir avec une tête de porc tombant jusqu'à terre et rattachée à ses épaules par un cou mince, long et flasque, comme un boyau vidé. 11 s'est vautré tout à plat, et ses pieds disparaissent sous l'énorme crinière à poils durs qui lui couvre le visage. » (La tentation de saint Antoine,

CERCLE MAGIQUE. — C'est une circonférence Iracéf sur le so! et au centre de laquelle on se tient, dans les expériences de magie céréraonielle, parliculièrement lorsqu'on évoque des esprits; ^- une barrière prolectrice qu'on ne peut franchir, sans tomber au pouvoir des êtres fanlastiques qui ont pu répondre à l'évocation. Tant qu'on demeure à l'abri de ce mystérieux rempart (symbole de la collectivité des vouloirs, bons ou mauvais, avec lesquels on est en communion), l'on ne court aucun risque.

C'est du moins ce qu'assurent les sorciers. Ils ajoutent que si l'on frappe de la baguette magique (voyez ce mot), l'un des démons qui se pressent au pourtour, sous l'apparence dp monstres hurlants, il est aussitôt forcé d'entrer dans le cercle et d'obéir au magicien; il ne peut reprendre sa liberté qu'après avoir obtenu son congé.

Quand à ccf cercles de verdure épaisse et sombre, que l'on rencontre dans les prés, et qui se détachent en vigueur sur la teinte uniforme de l'herbe avoisinante. les paysans les appellent iîonrfsdeaFée» (voir cequej'en disau chap. ii, p. 132-154).

CHANDKLLES. — t.es sorciers font des chandelles en suit de pendu, pour en garnir la Maîn de glolre'{yoy. ce mol).

Pour les chandelles noires du Sabbat, lire la confession de GaufTridy, que je rapporte au chapitre iv (pp. 269-271). Les hôles de ces assemblé'is doivent tenir dans leur main gauche un de ces luminaires, lorsqu'ils se penchent pour baiser la face postérieure de Léonard .

Jérôme Cardan parle, dans ses œuvres, d'une Chandelle magique pour la recherche des trésors. Elle est faîte également avec de la graisse humaine ; on l'adapte à la partie concave d'un croissant noir en bois de coudrier, de façon à figurer le Shin hébraïque (v), symbole du feu élémentaire, ou encore la Qamme du Sabbat entre les deux cornes de Léonard. Quand, muni de ce bizarre objet, on approche du lieu où quelque trésor se trouve enfoui, la chandelle se met à pétiller ; ce phénomène s'accentue à mesure qu'on approche, et la flamme s'éteint lorsqu'on louche au trésor.

CHARGE D'EMPOISONNEMENT MAGIQUE. — On nomme ainsi les charmes composés pour donner la mort au bétail ; on les enterre au seuil des élables ou des bergeries. — Voir le procès de Hocque et les détails que je fournis au chap. m (pp. 178-181).

CHAItMR. — Préparation magique, dont il est amplement traité tout au long du chap. m, et particulièrement aux pages 181-184

344 LE TBIIPLB DE SATAN

CHAT. — TraDsforination de femmes en chattes (volt chap. m^ p. 230). Aolipathie de Berbiguier pour cet animal (foir

CHAUDIÈRE DU SABBAT. — Cesl dans un» chaadière de fer qae les sorciers et leurs compagnes font réduire, en consistance de gelée, le bouillon de petits enfants, avec des herbes enchantée» et le venin des reptiles. — Voyez Shakespeare (A#ac6e^^acte II).

CHAUVE-SOURIS. — Ce nocturne et silencieux animal, qui n'est pas un oiseau, mais qui semble encore moins un mammifère, figure en très bon rang dans la ménagerie classique de Satanas.

Le sang de vespertilion entre dans la composition d*une foule de maléfices ou de charmes (voy. Èvoeation).

Certaines personnes considèrent la Chauve-Souris comme la déité protectrice des maisons, le genius loei^ qu*il faut bien se garder de détruire ou même d'efiaroucher.

Ces manières de pénates-volants sont particulièrement révérés des Caraïbes. L'imprudent qui, chez eux, s'aviserait d'en tuer un, courrait risque de la vie.

CHEMISE DE NECESSITE. — « Il ne faut pas oublier içy la chemise surnommée de nécessité, que les Alemans appellent Nothembdy tant célébrée par nos ayeuls et qu'ils auoyent acoustumé de vestir en la guerre contre les coups des dards, des

balottes et boulets de canon Les femmes grosses ont vsé de

cestc mcsme chemise afin d'accoucher plus soudainement et plus à l'aise.

« Il falloit qu'elle fust faicte en Tvne des nuicts de la huictaîne de Noël : tellement que les vierges filoient le lin au nom do Diable, elles le deuidoyent, tissoyent et en cousoyent la chemise. Elles attachoient deux testes en la poiclrine : celle du costé droict auoit vne longue barbe et comme vn morion en teste; l'autre du costé gauche estoit eflVoyable à voir, et auoit vne couronne semblable à celle du roy Beelzebub. A chaque costé de ces deux testes^ il y auoit vne croix et toute la chemise couuroit l'homme depuis le col iusques à la moitié du corps auec les manches. » (lean Wéer^ Hist^ disputes et dise, des illusions et impostures des Diables, o(c.,aucc deux dialogues d'Erastus,

CHEVILLE. — Les sorciers se servaient de chevilles en bois ou en métal, qu'ils fichaient, avec des imprécations, dans la muraille la plus proche de la victime dévouée à leur maléfice. L'effet assez inattendu de cette opération était, dit-on, de procurer une réten-

tïon d'uriDe, Od mourait parfois du cheville me ni, au dire de Wuecker.

Pour obïier à ce lortilège, il surfil, disent les Grimoires, de cracher dans son soulier droll, avant de le mettre!

CHÈVRE-PIEDS du Sabliat.~Ce qu'ils font dans ces assemblées.

CLAVICULE. — L'on attribue au roi Salomon ce traité fort étrangi! de l'évocation des Esprits, bien postérieur sans doute, mais qui fut de toute évidence l'œuvre d'uu Rabbin initié.

Il faut dire que des éditions imprimées de la Clavicule sont unirormémenl détestables eL sans intérêt.

Quant aui eiemplairea manuscrits, il y en a beaucoup aussi de noloiremenl altérés et ridicules ; mais on en trouve parfois de bonnes copies, constellées d'un grand nombre de caractères et de panlacles en couleur.

Ouvrage infiniment précieux pour qui a la clef de ses hiéroglypbes; pour les autres, s'ils prêtent foi au texte volontiers mysliticateur, ils ne parvieniieot qu'A se faire l'idée la plus fausse de ce que le maître kabbaliste a prétendu enseigner là.

Je possède un très beau manuscrit de la Clacieule, traduit de l'hébreu eu français l'an 1641. et criblé de curieuses figures, panlaculaires et talismaniques. Cet exemplaire provient de la bibliothèque d'Eliphas Lévi, qui en a tiré la planche qu'il donne {h la page SS du son Riluel), comme révélatrice de la composition des aimants et de la loi circulatoire de la foudre. Plus compliquée dans le manuscrit, la figure est tracée aux encres rouge, Jaune, bleue et noire; elle porte le nom de Grand Pantacute.

CLOCHE. — On attribue communément aux cloches la vertu naturelle d'éloigner la foudi'e.

Celte croyance a donné lieu <'he2 les dévots à une pratique étrange. Ils se disputent de petites clochettes en argent, bénites par le pape, el que Rome exporte annuellement par milliers. Quand un orage menace de foudroyer les arbres et de hacher les moissons, lesdils dévots sortent, munis de la clochette qu'ils agitent sur le seuil de leur ferme ou du leur maison ; et — quand Dieu le permet — ils conjurent ainsi la foudre et la grfile, qui v6nt tomber sur les terres des voisins, assez impies pour ne s'élre pas procuré, en temps utile, de petite clocbelte d'argent, bénite par le sainl-pére.

Pour la Cloche de la mesK noire, qui est en corne avec un battant en bois, voir chap. iv, page 271, la confession posthume de Gaufridy.

COCA DU PÉROU. — Assez récemment introduite dans nos pharmacopées, cette substance végétale est la feuille de VErythroxylon eoea (Malpighiacées). La singulière propriété qu'on lui connaît, de calmer la faim la plus opiniâtre et même de soutenir le corps en Tabsence de toute nourriture, la fit considérer comme un tonique et un reconstituant, d'ailleurs assez anodin.

II est certain que le Coca, pris à dose convenable, agit comme un puissant condensateur des forces vitales.

D'autre part, cet étrange produit possède une propriété sédative, qu'il doit à son alcaloïde, la Cocaïne : poudre friable, blancbe, amère et cristalline. Le cblorydrate de cocaïne supprime en effet la douleur physique la plus lancinante; l'action s'exerce souveraine, immédiate et absolue : sans même engager la lutte, la douleur cède et s'éloigne. C'est majestueux... Ni le Chloroforme, ni la Morphine, ni même l'Atropine ou l'Hyosciamine n'offrent rien qui soit comparable. D'afTreuses rages de dents se calment dans la minute. C'est au point qu'on a pu, rien qu'en saupoudrant la gencive de Cocaïne, extraire des dents barrées, sans que le patient se doutât même que la pince du dentiste fût là.

Je laisse à penser si les praticiens novateurs s'empressèrent de doter la matière médicale d*uo pareil agent. Le Coca prit place parmi les toniques nutritifs, stomachiques et reconstituants, et son alcaloïde fut rangé à la tête des sédatifs. Le vin de Coca rivalisa celui de quinquina lui-même, et l'on mit à la mode les piqûres de Cocaïne.

Malheureusement, les propriétés bienfaisantes que j*ai dites ne sauraient défendre de ranger cette plante parmi les plus perfides et les plus dangereux exemplaires du règne végétal.

L'on raconte bien que les Péruviens, qui la mâchent à la manière du bclcl, peuvent fournir dans les mines douze heures et plus de travail continu; qu'ils peuvent soutenir sans nourririture les marches les plus longues et les plus fatigantes, avec une charge d'un quintal sur les épaules; mais on ne dit pas que le Coca les mène à la tombe en moins de trois ans. Les indigènes qui se sont fait une douce habitude de ce régime, ne dépassent guère cette limite. Aussi les Espagnols ont-ils fait tous leurs efiforts pour déraciner au Pérou une habitude si préjudiciable à leurs intérêts, et le deuxième Concile de Lima condamnait-il l'usage

Les Péruviens considèrent les propriétés de cette feuille comme magiques^ et les sorciers de l'Amérique du Sud la font entrer dans tous leurs maléfices. Au risque de me faire conspuer par les positivistes, j'ose prétendre ici que les Péruviens n'ont pas tort.

L ARSENAL DU SORCIER 3i7

Le Coca, comme le Haschiah (voy. ce mol), mais à d'aulres tilres. exerce sur le corps astral une aclion directe el puissante; pon emploi coutumier déaoue, en l'homme, certaios lieas comoressirsde sanalure hypcrphysique, — liens dont la persislaoce ^esl pour le plus grand nombre une garantie de salut.

Si je parlais sans rélicences sur ce poiai-ià. je rencontrerais f des incrédules, mèmeparmi liis occultistes.

Je dois me borner à un conseil. — Vous qui tenez i Totrc vie,

votre raison, à la santé de cotre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de Cocaïne. Sans parler de l'habitude qui se crée fort vile (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois qae toute autre du même genre}, un élat particulier a pris naissance.

Une porte a étS franchie; une barrière s'est écroulée. Brusquement introduit dans un monde inconnu, l'on se trouve en rapport avec des êtres, dont on ignorait jusqu'à l'existence '. Bref, un pacte tac' Ip a été conclu.

Comment? — Par la vertu du sang... Ceci paraîtra clair, si l'on a saisi la portée des quelques lignes traduites de Porphyre, à l'article Cadacre (voy. ce mol). Le sang, comme ce Ihéosophe le laisse entendre, est un aimant des puissances spirituelles; car il leur fournit le moyen de s'objectiver, et de ressaisir un instant quelques-unes des facultés de la vie.

On sait que derrière toutes les substances, même minCralâs, existent iiTétat latent certaines virtualités, bonnes ou mauvaises, et plus ou moins avides d'objectivalions passagères.

La Cocaïne est extraordinaire sous ce rapport ; mais je ne conseillerais A personne de faire passer, même transiloirement, k l'état de nalurc les êtres qui se dérobent à l 'état d'essence derrière son voile cristallin. La puissance conliguralive et plastique du sang peut réagir sur ces êtres potentiels et les manifester au dehors,mais ce mélange thé urgique a la valeur d'un paefe; il sera bon d'y prendre garde. COLLYRES. — L'on nomme ainsi, en magie pratique, certaines préparations qui passent, appliquées sur les yeux, pour donner la vue des choses spirituelles. — Voyez ce qu'en dit Nydauld (De a Li/canthropie, Piris, 131B, in-8).

On trouve dans le Gnome irréconciliable, conte facétieux en sa forme, longtemps attribué à l'abbé de Vitlars, mais qui est en réalité l'œuvre du P. Androl, une page où il est question du

' Si l'on tient k connaître ce monde, mieux vaut y pénétrer par une autre porte que celle-là.

348 LB TBMPLB DB SilTAN

Collyre oeaulte. Nous la transcrirons tout entière, car elle offire aux amateurs plusieurs autres détails d'un précieux intérêt: « ... Je revins sans répugnance au cérémonial. Je repris laluniqoe et le chapeau mistérieux ; les caractères, les fumigations et les lustrations ne furent pas oubliées. Je récitai à genoux et le visage tourné vers l'Orient TEnchiridion du pape L.éon ; on m'appliqua sur les yeux un collire fait avec de certaines herbes dont Psellus se servoit pour voir les esprits; et enfin, après qu'on m'eût fait avaler quelques gouttes d'un élixir extrait d une terre exaltée et purifiée, Magnamara s*assit sur une chaise philosophique, et commanda au Prince des peuples souterrains delà part du grand Dieu de rtJnivers, et en vertu de son nom trèssaint, très auguste et très adorable, de se rendre à Theure même dans sa chambre. Il obéit à la voix du philosophe et se présenta. Magnamara leva alors le collire, et je vis distinctement devant moi le Prince des Gnomes. » [Le comte de Gabalis, ou Entretiens 9ur le» aeienees secrètes, nouvelle édition, Londres, Vaillant, 1742,2 vol.

COLOMBE. — Ce charmant oiseau, consacré jadis à Vénus, joue un grand rôle dans la confection des Philtres (voy. ce mol).

Pour la bande de pigeons qui voltigea autour du bûcher de Grandier et prêta jadis à tant de commentaires (voyez chap. i,

COMÈTES. — On a toujours considéré les comètes comme des signes avant-coureurs des plus lamentables tribulations : guerres, dévastations, pestes, disettes, calamités de toute espèce.

€0Q NOIR. — Le sacrifice du coq noir fait partie des cérémonies de révocation, suivant le Grimoire dHonorius (voy. ce mot).

On lit dans ce grimoire : « Après le lever du soleil, on luera un coq noir, et on prendra la première plume de Taile gauche, qu'on gardera pour s'en servir dans son temps. On lui arrachera les yeux, la langue et le cœur, qu*on fera sécher au soleil, et qu'on réduira ensuite en poudre. Au soleil couchant, on enterrera le reste du coq en un lieu secret, etc.. Lemardi,à Taubedu jour, il (le nécromancien) mettra sur Tautel la plume du coq, laquelle sera taillée avec un canif neuf, et il écrira sur du papier blanc et net, avec le sang de Jésus-Christ (du vin consacré), les figures représentées, etc.. » (pages Set 9 de l'édition prétendue de Rome, 1760, in-12, avec figures coloriées).

Le théosophe Amaravella nous apprend que le sacrifice du Coq noir fait partie des rites d'épreuve, observés par lesHeungté (frères) de la société chinoise du San^ho-hwuy, dont un édit

L ABSKNAL DU SORCIER 349

impérial puait de mort les adeptes. Ces ÏIeuDi;-lé sont des magiciens noirs, unis pour faire le mal (voir le Lotua, 2* aDDée,

CORDES DES VENTS. — » ... Les ptuples de Pioaie. avant leur conver.'ion au ChriMianisme, vendoient les vents aux maleloU, en leur donnant un cordon avec trois nceuds, et les avertissant qu'en dénouant le premier noeud, ils auraient un vent doux et Tavorable, au second nœud, un vent plus véhément, et au troisième nœud, un vent impétueux et dangereux. » [Olaùs Magnua, traduit par Don) Calmet, Traité sur les apparilions des Kaprita eiaurles VampireH,loa\iii, p. -250.)

CRÂNE D'ENFANT. — Les sorciers attribuent au crâne d'un enfant assassiné la vertu de rendre invisible son porteur, Collin de Plancy, dans son Dictionnaire infernal, raconte le procès d'un nommé Vautrin, condamné à mort par la cour d'assises de la Haute-Marne, en février 1857, pour avoir froidement coupé la télé d'un enfanta la mamelle. U comptait en composer un cA arme d'inDisibilité.

CRAPAUD. — L'un des animaux le plus souvent cités dans les Grimoires. Nous en avons compendicusemi^nt traité : chap. ii, pages

11 est certain que la seule vue d'un crapaud produit sur les personnes impressionnables un effet magnétique assez intense; on croit à lo campagne qu'il suflll d'-^tre fixé par cet animal avec un peu de persistance, pour tomber en syncope.

Les sorciers recherchent pour leurs charmes la Crapaudine, sorte de pierre qui se trouverait dans la tête de certains crapauds,

CROIX. — Boguel fil brûler, comme sorcière, une femme nommée Françoise Secrctan, parce que la croix de son chapelet se trou- [ vait ébréchée. C'est là, paraît-il, un indice exlri^mement grave et V révélateurpour lcjuge(voyi'z Discours des sorciers, p. 21)S).

DÉMON nARRU.— Les alchimistes de l'école des Ito;e>{tCroix attribuent à l'intervention d'un démon barbu la réussiln delà pierre phiiosophale.

Cedémon, représentation symboliqucde l'Anima mundi, n'esl autre que le Baphomet des Templiers [voj. ce mol). C'est le

. T vivant, né de la fécondation du $ philosophai par le ^ d'or.

350 LE TBBCPLB DB SATAN

DÉMONS. — Jean Wier, dans son traité de LamiiSj donne noe liste fort complète et détaillée des hiérarchies infernales, sons ce titre : Pseudomonarehia Dœmonum, — Princes et grands dignitaires, Ministres, Ambassadeurs, Justiciers, Officiers de la maison de Lucifer, Maître des cérémonies, rien n'y manque, — jusqu*à l'intendant des menus plaisirs!

Le bon Wier a certainement voulu se servir du ridicule, comme d'une arme terrible, contre les champions de laOémouologie anthropomorphique.

DENTS. — Les Dents disputent aux cheveux et aux rognures d'ongle la priorité dans la composition des maléfices (voy.

DIABLE. — Voir tout notre chapitre i, et au cbap. m les pages

DIVINATION (instruments de). — Us sont innombrables ; on doit placer en tête le Tarot (voy. ce mot).

Citons encore les oiseaux, le blanc d'œuf, le marc de café, l'eau claire, le feu, la terre, et mille autres objeU que les devins se flattent d'interroger doctement. Aux mots Carafe et Bassin fatidique^ on trouvera des détails sur deux genres bien curieux de divination.

Pour le reste, je renvoie à Gaspar Peucer, dont l'ouvrage, traduit en français par Simon Goulard de Sentis, est tout ce qu'on peut rêver de plus complet en ce genre : Des Deuins, ou eommeniaires des principales sortes de deulnation, diuisé en XV liures, esquels les ruses et impostures de Satan sont descou-

uertes, etc (à Anuers, chez Hevdrick Gonnix, 1587, 1 vol. très

DRAGON ROUGE. — J'ai sous les yeux une édition évidemment moderne de ce mémorable grimoire. C'est une réimpression maladroite de l'édilion de 1521, et qui prétend passer pour imprimée l'année suivante (1522).

Le Dragon rouge, ou Uart de commander les esprits célestes, terrestres, infernaux, etc.. S. L., 1522, petit in-12. (Orné d'un frontispice étrangement naïf, imprimé en rouge, comme le titre, et dont nous donnons une copie.)

On jugera de l'œuvre par ces lignes, qui ouvrent le premier chapitre : « Ce grand livre est si rare, si recherché dans nos contrées (sic) que, pour sa rareté, on le peut appeler d après les Rabbins, le véritable grand oecvre; et c'est eux qui nous ont laissé ce précieux original, que tant de charlatans ont voulu contrefaire inutilement en voulant imiter le véritable, qu'ils n'ont

L ARSENAL OU SORaER 351

jamais trouvé *, pour pouvoir attraper de l'argenl des simples qui s'adressent au premier venu, sans rechercher la véritable source. On a copié celui-ci d'api-ès les vérilablea écrits du grand roi Salomon, qu'on a trouves par un pur elTet du hasard^ etc >'

LE DRAGON ROVqE

ïï du Drof/on rouge. — AO una.

I Voilà ce que des gens de mauvaise compagnie appellent : cracher en Voir, pour que le crachat cou» retombe sur le nex...

EAU. — Les sorcières ont accoutumé de battre Teau avec des verges, en invoquant les démons. Cette petite opératioii a pour objet d'exciter des orages et des grêles, ou de faire tomber une pluie abondante (Voircbap. m^ pp. 205-207 : j y raconte l'histoire d'une gamine, précoce aux arts les plus ambigus, et qui porte toujours sur elle Teau qu'elle destine à cette conjuration.)

L'eau servait jadis pour les épreuves. On jetait à la rivière les personnes suspectes de sorcellerie. Se noyaient-elles, on les tenait pour innocentes ; si au contraire elles surnageaient, c'était un infaillible indice de leur culpabilité. Dans oe cas, on les brû- lait. Séduisante alternative !

L'eau bouillante était également usitée aux épreuves. L'accusé devait plonger la main dans une chaudière placée sur un brasier, et rapporter un anneau bénit, suspendu par un fil entre deux eaux.

ELFES. — Démons ou génies, esprits de lumière ou de ténèbres, dans la mythologie de l'Edda. Les démonologues veulent y voir des diables.

ENGHIRIDION. — On peut dire de VEnehiridion ce que j'ai déjà dit des Clavicules de Salomon, Toutes les éditions imprimées sont volontairement altérées, ainsi que la plupart des manuscrits portant ce titre. Cependant, il n'est pas impossible, avec de la persévérance, de découvrir un bon exemplaire manuscrit de ce recueil, riche en formules mystérieuses, et surtout en flgures pantaculaires, où réside l'intérêt tout entier, pour le bibliophile comme pour l'occultiste.

On prétend que le pape Léon III, recevant de Charlemagne le territoire sur quoi se fonda par la suite la prétention des papes au pouvoir temporel, crut s'acquitter avec usure, en faisant hommage au monarque de ce livre cabalistique.

L'une des moins mauvaises éditions latines est celle de Rome, 1670, in-12 : Enehiridion Leonis Papx, serenissimo impera* tori Carolo Magno in munus pretiosum datum^ nuperrimè mendis omnibus purgatum.

Les éditions françaises, et notamment celle soi-disant de Rome, fig., sont d'innomables spéculations de basse librairie.

ENVOÛTEMENT. — Ce sortilège a pour but de frapper un ennemi à distance. — Les sorciers sèment ainsi de par le monde la mort, la consomption, la maladie, ou tout autre fléau, dont l'Enfer les

£PÉE. — " L'Epcc magique, dit le Manuscrit (déjà ciléj de la Clavieitle Salomonienne, doil dire toute neuve ; l'aïanl bien lavée avec du vin, dans le(|iiel tu mêleras un peu de saog d'une colombe blanche qui aura été luée un lundy, à six heures du malin, el après l'avoir essuyée avec des linges bien propres, lu attendras jusqu'au mardy, à six heures du malin, que tu la prendras en la main, el diras ces mois, avec beaucoup d'attention -. Agta, On, Peniagrammaton, On Athanatoa, elc. (suit la conjuration),

" Après quoy, [u graveras ou feras graver sur icelle. avec le burin de l'art, k pareille heure de six heures du matin, les caractères el mois cy-apri>s' :

" Ce qu'étant Tail, lu j'-lleras Je l'encens qui aura été bénit, et diras l'oraison Agia, On, etc.. cy-dessus; ensoilte de quoy, tu la mettras dans son Tourreau qui doit être neuf, et tu la conserveras pour le besoin. » (P. 13 de la Claoieule.)

ÊPHIALTE, — Incube étouiïeur chez les Grecs; /nsu/for des latins. Voyeï les mots /ncu&e, S«cc(*6c el lechap.iir, aux pages -21S-332.

ÉVOCATION [Inairumenta nécessaires à r].- On lilà la page 227 du Rituel d'Eliphas Lévi : « U faut choisir un endroit solitaire et décrié. Ici qu'un cimelîère hanté par les mauvais esprits, une ruine redoutée dans la campagne, la cave d'un couvent abandonné, la place où s'est commis un assassinai, un autel druidique ou un ancien temple d'idoles.

" 11 Tant se pourvoir d'une robe noire^ sans coutures el sans manches;d'unecaloUe de plomb constellée aux signes de la Lune, de Vénus el de Saturne; de deux chandelles de suif humain, plantées en des chandeliers en bois noir taillés en forme de croissant; de deux couronnes de verveine; d'une épce magique à manche noir; de la fourche magique ; d'un vase de cuivre, con-

• Nous donnons un spécimen des caractères étranges qui remplissent ces sortes d'ouvrages; mais il nous a paru bon de nous en tenir là, pour ce genre de reproduction.

354 LB TEMPLB DE SATAN

lenant le sang de la victime ; d*ane oavette contenant les parfums, qui seront du camphre» de TaloèSyde Tambre gris, du storax, incorporés et pétris avec du sang de bouc» de tanpe et de chauve-souris ; il faudra aussi avoir quatre clous, arrachés ao cercueil d*un supplicié ; ia tête d*uQ chat noir, nourri de chair humaine pendant cinq jours; une chauve-souris noyée dans son sang ; les cornes d'un bouc eum quo pueUa eoncubuerit, et le crâne d'un parricide.

« Tous ces objets horribles et assez difficiles à rassembler étant réunis, on les dispose pour l'évocation. »

SANTÔMES. — Appellation générique, désignant tout agrégat visible de molécules auparavant insaisissables aux regards, et soudain compactées en forme d'un être vivant. I Le Fantôme classique n'est autre que le Revenant^ c*est-à- j dire Tapparence d'une personne défunte, objectivée de toutes ' pièces : Simulacrum vita earena.

Les Fantômes ne sont, la plupart du temps, que des coagula- \ tiens arômales, mortes ou mourantes, — résidus de coques astrales en voie de se désintégrer dans l'océan fluidique ; périspHts dépourvus de toute conscience, et qu'une force extérieure n*a réactionnés que pour une existence éphémère.

Quand ils se manifestent, c'est de préférence à l'entour des sépultures, des abattoirs, des amphithéâtres, ou encore des égoùts et des solfatares.

Voir (chap. v, p. 385-406) l'affaire de Gideville et la description des phénomènes spirites. — Dans la Clef de la Magie noire^ nous traiterons en détail la question du fantôme.

FARFADETS. — Lutins familiers, espiègles et bons enfants, auxquels la légende attribue une influence plutôt bienfaisante. Mais Berbiguier, détournant ce terme de sa signincatlon traditionnelle^ Ta immortalisé en l'appliquant aux démons et surtout aux sorciers invisibles qui le persécutent.

Berbiguier est un type à parL On peut lire au chap. i (p. 101-106) les renseignements que je fournis sur ce facétieux croquemort du monde occulle.

Mais j'ai promis de dire un mot des armes qui lui servent à mettre en fuite ces fripons de Farfadets. On pourrait écrire un long chapitre sur l'arsenal magique du seul Berbiguier. Ses moyens de défense ressemblent fort aux moyens d'attaque des justiciables de Lancre et de Boguet.

« Jésus-Christ fut envoyé sur la terre pour laver le genre humain de ses péchés. Je suis peut-être destiné à détruire les ennemis du Très-Haut. »

Telle est Tépigraphe claire et laconique du livre des Farfadets, — Voyons comment le nouveau Messie procède pour détruire ces monstres vomis par l'Enfer. Je résume ses compendieuses explications :

1* La première chose à se procurer est un cœur de bœuf, qu'on fera bouillir dans une marmite, avec deux pintes d*eau. Quand la chaleur faura convenablement attendri, on y fichera des épingles, des clous et des esquilles de bois, en s'exclamant d'une voix terrible : Que tout ce que Je fais te serve de paiement: je désole V ouvrier de BéeUébuth. Puis on clouera ce viscère sur une table, de trois coups de couteau, en redoublant d'impré^* cations;

2* Dans le feu qui fait bouillir la marmite, on jettera du sel et du soufre ;

3* Quand on sentira les Farfadets, sous diverses formes d'animaux invisibles, s'introduire de nuit dans le mystère des alcôves et marcher, sauter, se familiariser jusqu'aux attitudes les plus intimes, dans un déplorable téte-à-tête, on les piquera vivement sur les draps d'un coup de poinçon ou de lardoire;

4* Ou bien on leur jettera du tabac au visage, et tandis qu'ils rouleront aveuglés, étourdis, on s'empressera de les recueillir pêle-mêle avec la poudre de tabac, et d'enfermer le tout dans des bocaux hermétiquement clos, où l'on ajoutera de temps à autre quelques pincées de tabac frais et de poivre de Gayenne, avec un peu de bon vinaigre. — Quelle salade! « Le tabac leur sert de nourriture et le vinaigre les désaltère quand ils ont soif. Ainsi ils vivent dans un état de gène, et ils sont témoins de mes triomphes journaliers : je place mes bouteilles de manière à ce qu'ils puissent voir ce que je fais journellement contre leurs cama-

« 11 est encore un autre moyen de faire la guerre aux Farfadets, c'est de tuer tous les crapauds qu'on peut prendre à la campagne : les crapauds sont les acolytes des esprits infernaux. »

Nous connaissons les armes défensives de Berbiguier.

Terminons par l'examen de son télescope : « Mon baquet révé- lateur est un vase en bois, que je remplis d'eau ; il me sert à

dévoiler les Farfadets, quand ils sont dans les nuages Ce

baquet... placé sur ma fenêtre, me répète dans l'eau toutes les opérations de mes ennemis : je les vois se croiser, se disputer, sauter, danser et voltiger, bien mieux que tous les Forioso et

toutes les Saqui de la terre. Je les vois lorsqu'ils coi^urent le temps, lorsqu'ils amoncellent les nuages," lorsqu'ils allument les éclairs et les tonnerres. L'eau qui est dans le baquet suit tous les mouvements de ces misérables [sic !) Je les vois, tantôt sous la forme d'un serpent ou d'une anguille, tantôt sous celle d'un

sansonnet ou d'un oiseau-mouche — Incrédules, regardez

donc mon baquet, et vous ne me contrarierez plus par vos déné-

Berbiguier qualifle toutes ces belles opérations d'une locution séduisante: mes travaux.

L'on pense si les mauvais plaisants, voyant le brave homme dans ces dispositions d'esprit, prenaient plaisir à le faire écumer, en datant d<' l'Enfer des lettres, apocalyptiques, qu'il a consciencieusement collationnées d'ailleurs, parmi les pièces justiflcatives.

Terminons par quelques-uns de ces extraits: — v L'ambassadeur des Esprits malins^ Rothomago^ le cinquième jour de la lune, à M. Berbiguier, exterminateur de la cohorte infernale.

<r Berbiguier, finiras-tu de me tourmenter, moi et Ions mes collègues? Misérable que tu es ! Tu viens <lc faire périr quatorze cents de mes sujets, et moi-même j'ai failli être victime le jour de tes travaux, lorsque j'étais dans le tuyau de ton poêle ! I Si tu voulais être plus indulgent pour nous, nous te nommerions

notre souverain Tu serais le chef de tous les esprits ;to

jouirais non seulement de ce grand avantage, mais encore de celui de posséder toutes les belles qui seraient dans ton palais; car tu dois savoir que nous avons ici toutes les reines, les princesses, enfin toutes les plus belles femmes qui, depuis 4800 ans, ont fait les délices de tous les plus grands héros de ce monde !.. . Vois et consens, et tu seras le plus heureux de tous les mortels;

sinon nous viendrons en masse te livrer combat avec des

torches foudroyantes, t'exterminer dans le courant de l'été

L'ambassadeur extraordinaire : ROTIIOMAGO. »

Autre épître : —

( Du Comité infernal et invisible

« Fnrfaderieoparafarapines ! Tremble, Berbiguier... C'est nous, Moreau, la vândeval, qui t'écrivons ; nous, que ta is lacérés hier avec sept morlissimelles épingles, nous que tuis

dénoncés au cure Tu te plais aussi, de temps en temps, à

révéler au premier venu les niystèn^s sacrés de VOpoteosonicO'

nigamenaeo. — Tremble ! Rien ne pourra te garantir d

noire vengeance, ni la grosse lévite de bure, ni ta poche gauchi de côté où tu mets tes pièces de 30 sols, qui sera toujours pleine

l'arsbnal du sorcier 357

de nos grifTardets, ni tes voluptueux boudins qui servent de trône à Tamour, et d*où partit le trait qui blessa le cœur de notre

tendre Félicjadoïsca. Que t'avait-elle fait, malheureux ! Un

vieux Rodrigue comme toi, qu'une fille de seize ans voulait emmener avec elle, y a-t-il de quoi crier au secours ?,.,)» (Je m'arrête à temps ; cela devient d'une indécence )

V Si tu veux entrer dans notre société, tu n'as qu'à dire oui à

haute voix, le 16 février, à trois heures treize minutes du soir;

alors tu seras bien reçu; tu seras enlevédans une gondole zéphi-

rine, qui te transportera dans un lieu de délices où tu jouiras ad

libitum.

Adieu. — Signé : MOREAU et VANDEVAL. » (Tome IIÏ,

Pauvre Berbiguier!...

FORME FLUIDIQUE. — C'est le corps astral, double éthéré du corps physique, susceptible de se projeter au dehors et d'agir à distance, tandis que le corps repose immobile. — Voir chapitre m,

FRAPPEURS {Esprits), — L'on nomme ainsi les agents invisibles qui se mauifestent par des coups frappés dans les séances de

FUMIGATIONS. — C'est la fumée odorante des parfums consacrés, que l'on brûle dans les opérations de magie cérémonielle, et nommément dans les évocations théurgiques (voy. le mot Par^ /ums),

GAMAHÉS. — Gaiïarei, auteur des Curiositez inouyes sur la sculpture talismaniqué des Persans; Horoscope des Pa-- triarches et lecture des Estoilles (Rouen, 1631, in-8, avec deux planisphères), — Gaiïarel nomme Gamahez ou Camaïeux les pierres spontanément empreintes de certains hiéroglyphes, auxquelles il attribue des vertus admirables, et qu'il range parmi les talismans naturels.

Suivant sa théorie, renouvelée d'Oswald Croll {Livre des signatures)^ ces empreintes, souvent merveilleuses de finesse et de netteté, sont les signatures des Forces élémentaires qui se manifestent dans les trois règnes inférieurs.

Bien avant Gaiïarel et Crollius, le grand Paracelse connaissait les Gamahés, dont il mettait les merveilleuses vertus à contri

bulion, pour sa médecîae occulle. Dans ses œuvres, il en traite fort en détail et à plusieurs reprises, particulièrement au tome II de ses opéra omnia (édition de Genève, 1658, 3 vol. in-folio). Consulter, entre autres, le tome II à la page 172, colonne 2«.

GÂTEAU MAGIQUE. — L*on distribuait, à la Messe noire, des gâleaox cuits sur les reins de la Reine du Sabbat. La Confarreatio, c'est la communion du diable (voir cbap. n, p. 159).

GHOLES. — Les Gholes ou Goules sont les sorcières qui dévorent au Sabbat dinnomables charognes, et qui déterrent les morts dans les cimetières, pour se nourrir de leurs lambeaux. La loi salique les flétrit sous le nom de strgges ; elle les frappe d'une

GNOMES. — Esprits élémentaires. — Voir Paracelse et le Comtede Gahalis, par Tabbéde Vîllars. Les Gnomes hantent les gouffres souterrains.

GRIMOIRES. — En règle générale, on nomme ainsi tous les libelles de magie superstitieuse, tous les recueils d'abominables recettes, entrecoupées de formules blasphématoires. Autrefois, on rechercbaitavec soin les Grimoires, pour les détruire, et souvent punis* sait-on de mort les malheureux qu*on trouvait nantis de ces sortes de manuels.

Le grand Grimoire^ avec la grande Claoieule de Salomon^ la Magie noire et les forces infernales du grand Agrippa^ etc. S.L. N. D. in-18,est un des plus curieux sans contredit; mais nul n*esl aussi célèbre que Le Grimoire du pape Honorius^ aoec un recueil des plus rares secrets, Rome, 1670, in- 16. Cercles et figures coloriées. (Devenu presque introuvable.) — «Ce Grimoire n*est pas sans importance pour les curieux de la science. Au premier abord, il semble n*étre qu'un tissu de révoltantes absurdités ; mais pour les initiés aux signes et aux secrets de la Kabbale, il devient un véritable monument de la perversité humaine ; le Diable y est montré comme instrument de puissance... La docirine de ce Grimoire est la même que celle de Simon et de laplupart des gnostiques : c'est le principe passif substitué au principe actif la passion, par conséquent, préférée à la raison; le sensualisme déifié; la femme mise avant l'homme, tendance qui se retrouve dans tous les systèmes mystiques anlichrétiens : cette doctrine est exprimée par un panlacle placé en lêlc du livre. La lune isiaque occupe le centre ; autour du croissant sélénique, on voit trois triangles qui n'en font qu'un ; le triangle est surmonté d'une croix ansée à double croisillon; autour du triangle qui est inscrit dans un

cercle, et daas Tiotervalle formé parles trois segments du cercle, on voit d'un côté le signe de l'esprit et le sceau kabbalistique de Salomon ; de Tautre, le couteau magique et la lettre initiale du Binaire; au dessous, une croix renversée, formant la figure du lingham, et le nom de Dieu Sm également renversé ; autour da cercle, on lit ces mots tracés en forme de légende : Obéissez à cos supérieurs et leur soyez soumis, parcequUls y prennent garde, » (Histoire de la ïdagie, par Ëliphas, p. 307-308.)

Ces lignes de Tabbé Constant en disent plus que je ne saurais «n ajouter. Cet excellent magiste s'est beaucoup occupé dans ses <EUvres du Grimoire d'Honorius : il faut lire (Clef des grands Mystères, pages 167-193) la magnifique et sinistre histoire du prêtre Verger, préludant, par des évocations infernales et la lecture jissidue du Grimoire, à la manie furieuse qui devait en faire on assassin.

J'ai déjà transcrit une page du Grimoire d'Honorius, à propos du Coq Noir (voy. ce mot).

L'exemplaire que je possède — édition prétendue de Rome, 1760, in-12; en réalité réimpression moderne de Lille, Blocquel, éditeur — porte à sa dernière page quatre signatures diaboliques (ci-jointes), caractères sanglants qui n'ont été tracés ni avec une plume ni peut-être avec un pinceau :

Ce sont les hiéroglyphes les plus notoirement sataniques et blasphématoires que j'aie vus de ma vie :

1» Une crosse aux trois traverses fourchues, avec deux points carrés à la base ;

2° Un triangle noir, entre deux cornes baphométiques ;

3*»Un5Am tr renversé;

4° Une main opaque, les cinq doigts étendus, sous le w renversé: cette main symbolise la négation du dogme pentagrammatique.

J'ai fait analyser la malière colorante (d'un rouge-brun) qui a «ervi à les tracer : c'est du sang.

Le papier est jauni tout autour, ou plutôt roussi comme à la flamme d'une bougie.

SaDs pousser plus avant mes inductions, Je conclus que ce Grimoire a été la propriété d'un adepte de la sorcellerie.

Parmi les Grimoires les plus singuliers et les plus rares, il foui citer encore Touvrage intitulé la Sexte-Essence dialectique et potentielle t tirée <Vone nouuelle façon d'alembiequer , suyuant les préceptes de la saincie Magie et VInuocation des Démons (Paris, 1595, in-8.) — Hautement curieux; recommandé particulièrement aux amateurs de mysticisme ambigu.

GUI DE CHÊNE. — Le Gui est une plante parasite qui, s*attachant comme un polype végétal aux branches de certains arbres, et notamment du chêne, pompe à soi la vitalité surabondante de la sève.

Les druides le récoltaient avec une serpe d*or, à des époques déterminées, et composaient avec son suc, riche en qualités ma* gnétiques, un élixir d'une puissance prodigieuse. Entre leurs mains, le Gui faisait des miracles; car ils étaient des mages. ~ Aux mains des sorciers, qui voulurent Tezploiter à leur tour, ce végétal vampirique n'a jamais donné que des résultats néfaste» ou dérisoires.

Fabre d'Olivet nous apprend que Ram, le théocrate dtts Hyperboréens migrateurs, dut à une révélation divine Tart de tirer do Gui de chêne un remède, qui guérissait en quelques jours TElé- phantiasis, ce mal terrible, fléau exterminateur des races celtiques,. et qui passait alors pour incurable (voir ]'/^/a/.j9A<708. du genre

M. de Saint-Yves, qui conflrme cette tradition, ajoute que le véritable Gui, déjà fort dirûcile à discerner des parasites similaires, ne déployait sa merveilleuse vertu que récolté dans de certaines conditions, à une heure astronomique précise (voir la Mission des Juifs^ p. 172).

« Les progrès du magnétisme feront découvrir un jour les> propriétés absorbantes du Gui de chêne. On saura alors le secret de ces excroissances spongieuses, qui attirent le luxe inutile des plantes el se surchargent de coloris et de saveur: les champignons, les truffes, les galles d'arbres, les différentes espèces de Gui, seront employés avec discernement par une médecine nouvelle à force d'être ancienne. On ne rira plus alors de Paracelse, qui récoltait Vusnée sur les crânes des pendus... Mais il ne faut pas marcher plus vite que la science; elle ne recule que pour mieux avancer. » (Ëliphas, Histoire de la Magie, p. 237.)

H

HASCHISCH. — Les Orientaux nomment ainsi l'extrait gras de

L ARSENAL DU SOBCIER 361

chanvre indien {Cannabis inrfiea], préparé avec les sommités fleurius, qu'il faut savoir, par un procédé spiïclal, réduire en consistance d'onguent.

Le même chanvre, fumé à la manière du tabac, prend le nom -le Kief.

La fumée du kief, elsurloul l'assimilation du Hascbîscb (pris pur sous forme de bol, ou mélangé à la conlllure de dattes), procurent une ivresse particulière, surmondaine, qui est prisée par certaines natures, mystiques et sensuelles tout ensemble, comme un avantgoût du bonheur paradisiaque des élus.

11 Taut lire les Paradis artificiel* de Baudelaire, oii le style du po^le surpasse, en érudition précise et un Fermeté didactique, le langage habituel des savants. C'est merveille de voir aveu quelle sagacité Baudelaire décompose l'action psychique de cet ingrédient étrange, dont le propre est d'exalter la joie ou d'exacerber la douleur', en portant au superlalir le sentiment qui

- dominait l'âme, à la minulede son ingestion. C'esl un réalisateur ' eipansirdes passions et des idées latentes; parlui, l'Ioconscfent

se manifeste à la Conscience émerveillée — et l'âme, ae contem-

• plant à son propre miroir, se révèle posilivemcnt à elle-même.

On fait ainsi la connaissance d'un ami du dedans, qu'on ne

soupçonnait pas : on cause avec son ange gardien, ou, si l'on pré-

^ fère, avec cet instigateur de perdition que chacun porte en soi.

. Avant ia chute d'Edcn, l'homme universel avait la faculté

quasi-divine d'objectiver toutes ses idées : il pensait des êtres, il

créait en rêvant. Or, il semble que le Haschisch restitue pour une

heure à l'Iiomme individuel cette ineffable puissance, d'eitériori-

ser sans efTort tout ce dont il ports l'image en lui. Il semble que le

- verbccréaleurlui soit rendu, tel qu'il le possédait avant son péché.

Ainsi, par la vertu du Haschisch, l'homme élude ou paraît élu-

' L'enagéralion des sentiments pénibles ne se nianifesle que dans les expériences faites à l'improviste, à raveuglelte et sans préparation; car le Haschisch, pris en connaissance de cause, guérit au contraire les plaies d'une âme ulcérée: il suffit de concentrer son vouloir dans ce sens : puisque l'eiercice du vouloir, aboli ou du moins émoussé dans la région de l'activité physique, devient tout puissant dans la sphère interne et virtuelle.

Méaninoins — pour prendre un exemple — on ne saurait douter que chez les pusillanimes, le Haschisch n élargisse la terreur jusqu'aux frontières du délire. La tentation de suicide est ft'équente alors : on est sollicité de fuir, dans la mort même, la crainte de mourir.

der la senteoce qui fui prononcée contre lui, dans la personne d*Ève, sa fkculté voiitive : — Je multiplierai les obstacles de tes eonceptionsy et tu n* enfanteras plus gu*avee effort; et que les Bibles agnostiques rendent par ces mots : — Je multiplierai les maux et les gémissements de tes grossesses; tu accoucheras dans la douleur.

Nous développerons, au second livre, la théorie explicative de ce prodige. Qu'il nous suffise d'ajouter ici que le Haschisch &vorise toujours et détermine parfois spontanément la sortie du corps astral.

Le chancre indien est une herhe magique, au premier chef.

HAUTE CHASSE. — On nomme ainsi, dans certaines parties de la Lorraine et des provinces septentrionales de la France, le transport aérien des sorciers au Sabbat. — Voir chap. u, pages liHM68.

HIPPOMANES. — Excroissance singulière qui pousserait, selon certains auteurs, sur la tète des poulains. Cette substance char« nue, usitée dans un grand nombre de philtres et de charmes, serait douée au plus haut point de vertus aphrodisiaques. G*est, en tous cas, ce que les démonographes sont unanimes à prétendre.

HUPPE. — Oiseau commun surtout en Asie Mineure : il parait qu'on trouve parfois dans son nid une pierre miraculeuse et dont la possession confère des pouvoirs surnaturels. — G*est elle qu*on doit enchâsser dans le chaton d*une bague, pour en faire un anneau d'invisibilité.

IDOLES. ~ Représentation matérielle d'une Divinité, prise par le vulgaire profane pour cette divinité même. Les idoles peuvent être considérées comme des incarnations de Satan. (Voy. Chap. r,

ILLUMlNiSME. — Il est longuement traité de l'Illuminisme, dans notre chap. iv, pages 293-330, et dans notre Seuil du Mystère, pages 148-170 (De deux sociétés secrètes en 1890 ei Discours d'initiation Martiniste),

IMMORTALITÉ (Élixir d'). — Les alchimistes passaient pour composer, avec la pierre philosophale, une médecine universelle ou Élixir de vie, qui, suivant les uns, prolongeait l'existence au-delà des bornes normales, el suivant d'autres, assurait Timmortalité à tous ceux qui s'entendaient à en régler remploi. IiIn Zanoni^ le superbe roman magique de Sir E. Bulwer Lyfton. Se reporter également aux très curieuses révélations publiées dans le Lotus^

l'arsenâx du sorcier 363

on Chéla. — Qui ne connaît les légendes tradîlionnelles et symboliques de la Ton laine de Jouvence et de Peau d*éternelle jeunesse?... Gagliostro et Saint-Germain passaient pour en avoir

INCUBES. — Fantômes impurs du sexe mâle qui violent les femmes pendant leur sommeil ; par opposition à Succubes (voy. ce mot) spectres féminins qui abusent les hommes et déçoivent leurs rêves. Par extension, 1 on a nommé Incubes et Succubes tous invisibles, censés entretenir un commerce d'amour avec les mortels (voy. Ephialte). Prière de se reporter au Chapitre i, pages 73-

INFIDÉLITÉ. — L'emploi des breuvages d*épreuve (mixtures sans nom, d*un emploi fréquent au moyen âge, et qu'on servait à réponse suspectée, dans le Calice du soupçon) remonte aux plus beaux temps d'Israël.

L'épouse qui persistait à se dire innocente était soumise, par ordre du grand Consistoire, à l'épreuve des Eaux d'amertume. Un prêtre recueillait avec soin de la poussière du tabernacle, dont il mêlait une pincée avec du suc d'herbes amères, dans un peu d'eau. Telle était la boisson que la malheureuse devait avaler d'un trait, à la porte même du Saint des Saints.

Coupable, elle mourait, dit la Légende, les yeux révulsés et dans d'horribles convulsions ; si le breuvage n'avait point d'effet sur elle, la jeune femme était renvoyée avec honneur : son innocence ne pouvait plus être contestée.

KHALI. — Déesse du meurtre, chez les Indous. Ses fidèles constituent la formidable société secrète des Etrangleurs ou Thuggs.

LACETS. — On s'en servait pour les ligatures de toutes sortes, et spécialement pour le nœud de l'Aiguillette (voy. ce mot). Lire Voir aussi le mot : Cordes des Vents.

LAMPES. — Il a été fait mille contes au sujet des lampes merveilleuses et perpétuelle^. On en aurait trouvé une qui jetait, après

tant de siècles, une élrange clarté dans le sépulcre de Tullia, fille de Gicéron.

Gosset a publié une dissertation fort curieuse sur les lampes sépulcrales, à la suite de son ouvrage intitulé : Réoélaiionea' balistique sur la Médecine universelle^ 1735, i vol. petit in-8.

LARVES. — Substances fantastiques inconsistantes, mais réelles, dépourvues d'essence propre et vivant d*une vie d*emproiit. Elles s*altacbent à ceux qui leur ont donné naissance et qui s'épuisent,

LÉMURES. — Sortes de larves, douées dMnstincts pervers. On a pensé que ce pouvaient être les âmes damnées, revenues en ce bas monde pour aider les démons, dans leur tâche de prosélytisme infernal.

LÉONARD. — C*est le démon qui préside aux Sabbats, le plus souvent sous la figure d'un bouc monstrueux (Voy. Chap. u, pp. 155-161.)

LÉVIATHAN. — Les Talmudistes donnent ce nom â l'Esprit androgyne du Mal. Considéré dans son incarnation masculine, il est Samaëly (voy. ce mot) ou le Serpent insinuant^ et dans son incarnation femelle il est :

LILITU, — ou la Couleuvre tortueuse, Lilith est Fépouse de Samaèl (voy. ce mot) et Tincarnation femelle de Léciathan (voy. ce mot). Se reporter au chap. i, pages 72-74.

LOUP-GAROU. — « On appelle Loups-garous, en Sorcellerie, les hommes et les femmes qui ont été métamorphosés ou qui se mé- tamorphosent et se transmuent eux-mêmes en loups » (Collin de Plancy, Dictionnaire infernal).

M

MAGNÉTISME. - C'est l'art d'influencer physiologiquement une personne (qui prend le nom de sujet), de substituer sa propre volonté â celle de cette personne ; en un mot, l'art de s'emparer souverainement de ses organes, de façon à lui faire faire ce qu'elle ne veut pas et à rempôcher de faire ce qu'elle veut. Ce fait habituel de l'intrusion d'une volonté étrangère, substituée à celle du sujet, devrait s'appeler sujétion. On appelle suggeS'

' tion le phénomène isolé de transmission au sujet d'une volonté particulière, à laquelle il obéira.

Le sommeil hypnotii;ue est l'une des maniresUtioDS les plus banales du magnétisme ; pendant que le sujet dort, il est, pour ainsi dire, comme une cire molle entre les doigis du magnétiseur. Mais c'est une erreur de croire qui; la suggestion ne puisse s'exercer que pendant le sommeil : elle s'imprime à merveille dans beaucoup de cas, sur des sujets parfailemenl éveillés.

Voir noire chap. vi, pages 393-427.

Le magnétisme, conçu dans sa signification la plus large, embrasse une très grande partie des phénomènes réalisables : son domaine s'étend fort loin, dans la sphère de la magie pratique. MAIN DE GI-OIHE. — Sortilège décrit au chap. ni, pages i!lU-20ll. MALÉFICES. — En général, tout charme ou toute opération aupersiitilieuse, dans le but de nuire au procbain. Notre chap. m tout entier traite en détail des maléQces. MANDRAGOîlE. — l-a Mandragore (A fro/ï a .Ma nrfraffora) eslune plante narcotique et vénéneuse, de la Tamille des Solanéea, très cousine de la Belladone [Atropa Belladona).

L'on sait que toutes les Solanêes vireuses, telles que Morelle, Belladone, Dalura, etc., entraient, au même titre que la Ciguë, rOEnanthc et le Chanvre, dans la préparation des onguents magiques. .Mais la Mandragore oITre d'autres titres &. notre curiosité. Sa racine, hérissée de filaments touITus, alTecte le plus souvent la figure des cuisses ou des organes génitaux '; elle présente parfois aussi l'ébauche d'une tète humaine.

Une vieille Iradition veut que l'homme ail apparu primitivement sur la terre, sous des Termes de mandragores monstrueuses, animées d'une vie instinctive, et que le soufTle d'Ifn-Haut évertua, transmua, dégrossit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensée et de mouvement propre.

Aussi, fut-ce au moyen âge le rêve ou le délire de eorlains adeptes, aspirants à la Maîtrise vitale, de retrouver la composition du limon-principe, aOn d'y faire croître des mandragores. qu'ils eussent réaclionnécs et suscitées à la vie mentale, par l'infusion de l'Arehée.

D'autres, moins ambitieux, se contentaient d'obtenir de faux Téraphlm (voy. ce mot), en évoquant une laroe (voy. ce mot). dans une mandragore taillée en forme humaine : hideuse idole qu'ils conjuraient pour en tirer des oracles... L'on n'imagine

' Ce qui l'a fait passer pour aphrodisiaque, en vertu de la théorie des signatures naturelles, déjà efDeurée au mot Gamakés,

pas à quelle furieuse vésanie les portait la superstition ! C*est sous les gibets qu*ils allaient chercher la mandragore; pour Tarracher de terre, ils attachaient à sa racine la queue d*un chien, qu*ils frappaient d*un coup mortel. En se débattant, la pauvre bètc agonisante déracinait la mandragore. Alors (croyaient-ils) Tâme sensitive du chien passait dans la mandragore, et, par sympathie, y attirait Tâme spirituelle du pendu !. .

D'autres sorciers forgeaient un Androide métallique, auquel ils ne désespéraient pas de conférer le don de la parole.

Par extension, on appela Mandragores, les Andnddes^ les Homuneulus et les Téraphtm : on en arriva même à nomoser ainsi toute préparation magique, susceptible de rendre un orade.

Se reporter aux mots : Androide et Téraphtm.

MARQUES. — Stigmates imprimés par le Diable sur le corps de ses féaux.

Léonard a ses contrôleurs, qui poinçonnent les sorciers et sorcières, comme on poinçonne les métaux à la Monnaie. La marque affecte le plus souvent les traits d*un crapaud, d*un lièvre, d*une souris, etc.. La place est insensible aux piqûres, et les coups d*épingle n'en font point jaillir même une goutte de sang. La marque est tantôt sur le front ou dans Toeil, plus ordinairement aux replis des muqueuses et dans les parties les

Aussi les chirurgiens ont-ils charge de visiter les prévenus, et de leur planter des aiguilles à toutes les places du corps où l'on suppose que peut se dérober la signature du Diable. Et malheur au pauvre inculpé qui néglige de pousser un cri, chaque fois que la pointe aiguë effleure sa chair. Il est perdu d'avance.

Souvent, comme Lancre au pays de Labourt, le juge charge la sorcière repentie (qui a sauvé sa peau par un aveu spontané), de cette longue, barbare et minutieuse perquisition, sur la personne de tous les complices dénoncés par elle. Je laisse à penser si la malheureuse déploie un zèle abominable, pour acheter, en ce qui la concerne, la clémence du magistrat.

Pierre de Lancre était galant de sa nature , aussi toutes celles d'entre les sorcières qui se savaient passables n'avaient-elles qu'un rAve: éluder Péchafaud et s'esquiver par l'alcôve, en enjambant le lit du juge.

Lancre avait pour favorite une fille de quinze ans, nommée la Murgui, dénonciatrice acharnée de ses anciennes amies, et qui, missionnée du juge pour trouver sur elles le stigma DiaboU, martyrisait de préférence les plus jolies — ses possibles rivales du lendemain !

G*est ce que laissent entendre Michelet {La Sorcière, p. 221) et M. Jules Baissac (Les grands Jours de la sorcellerie^ p. 40t) ; c*est ce qui semble ressortir de la narration même de Lancre.

MÉLICERTE. — Le Roi de la Terre (racine : VIK-iSd) ; divinité sanglante, dont Tidole s'élevait à Ténédos (Voy. chap. i, p. 66.)

MENDËS {le boue de), — Élevé dans le temple du Dieu, avait pour mission de sacrifier la pudeur des jeunes égyptiennes (Voy.

MESSE NOIRE. — Sacrifice obscène et blasphématoire, que le Diable et ses acolytes célébraient au Sabbat (Voy. chap. ii, pp. 457-161.)

MIROIR MAGIQUE. — Voici ce qu'on en raconte : les Sagas de la Thessalie traçaient jadis sur ces miroirs leurs formules sybillines avec du sang : aussitôt la lune ~ autre miroir — réfléchissait ces caractères sanglants ; puis la réponse s'imprimait d'elle-^nème sur son croissant argenté. C'est ainsi qu'était rendu l'Oracle.

Plus tard, on fabriqua des miroirs avec les sept métaux d'Hermès. Ceux qu'on trouve le plus communément sont en élain, constellés de signes diaboliques ou de pantacles. Ces objets n'avaient du miroir que le nom. Ils n'étaient pas polis; mais à la longue, en les fixant, l'imagination s'exaltait : un halo rendait flous les contours du disque élargi, et des images prophétiques s'y dessinaient confusément.

Le miroir du Baron du Potet consiste en un cercle saupoudré de menu charbon — milieu favorable à la réfraction des images.

Tous ces miroirs impressionnent les sensitifs en vertu de la même loi. La Carafe de Cagliostro (voy. ce motj n'est elle-même, à tout prendre, qu'un miroir magique d'une autre forme.

Dans les opérations cérémonielles de la Théurgie, on dispose des miroirs concaves aux quatre murs du cabinet occulte.

MOCHLATH. — L'une des quatre épouses de Samaèl (voy. ce mot), dans la Cacopneumatique des Kabbalistes (Consultez chap. i,

MOLOCH. — L'idole dévorante de Moloch se dressait partout où les Phéniciens avaient des établissements et des colonies (Voy.

MONSTRES. — Il en naissait, disail-on, du commerce impur du Diable avec la Sorcière.

De misérables adeptes de la Goëlie ont quelquefois obtenu des monstres sans nom, en jetant, selon l'énergique parole d'Eliphas,

la semence humaine en terre animale. Un petit nombre arrÎTeni à terme; mais presque tous expirent quelques jours après leur naissance. Quant aux très rares qui deviennent des adultes, ils n*ont aucune chance de faire souche — étant des blasphèmes de li Nature qui se ment à elle-même, toujours à regret

NAGUAL. — Le Nagualisme des Mexicains n*est pas sana analogie avec la Lycanthropie européenne. G*est un pacte de solidarité tacite, d'alliance offensive et défensive, entre un homme et an animal : la sanction d'un pareil pacte est dans la réalité du lien occulte qui les unit

Le Nagual est un crocodile, un lion, un serpent, un oiseau, ou tout autre animal, auquel l'indigène s*est attaché, dès son enfonce, par un lien fluidique indissoluble. La cérémonie qui consacre ce lien ressemble fort à une initiation

Donc, pour chaque indigène initié^ le Sagualeai un alter ego; et toute sa vie, Thomme reste couplé à cette béte qui le chérit et le protège, partageant son existence aventureuse, sa bonne et sa mauvaise fortune, ses chagrins et ses joies, souffrant du mal dont lui-même pâtit. Celle étrange solidarité ne saurait être mise en doute; les faits de Nagualisme sont certifiés par les témoignages les plus honorables et les moins suspects.

Kxemple de Nagualisme, garanti par le H. P. Burgoa :

Un énorme crocodile altaque le R. P. Diego, comme il chevauchait au bord d*un lac. Assez adroit et vigoureux pour se dégager sur l'heure, ce prêtre donne de l'éperon, et, brandissant son bâton ferré, charge le monstre qui s'acharne encore à Tenlrainer au fond du lac. Les ruades de la monture ne viennent pas médiocrement à l'aide du missionnaire, au cours de ce duel d'un nouveau genre. Bref, il peut suivre son chemin, laissant le crocodile pour mort sur la berge. jl # - Mais de retour au siège de la Mission, la première nouvelle

qu'on annonce au père Diego, c'est l'inexplicable agonie d'un jeune indien, qu'il a châUê peu de jours auparavant, avec la

, dernière rigueur Vérification faite, l'indien portait toutes les

blessures faites à son NaguaL Ce jeune homme en mourut — et à la même heure, le crocodile expirait au bord de l'eau (On peut lire les détails circonstanciés de l'a vent ure, au chapitre lxxi de la Description géographique de la province de Santo- Domingo, par le R. P. Burgoa.)

Je note incidemment pour les occultistes, en quoi le Nagua-

li»me diffère au jnslc de la Lyeanlhropie. Le loup-garou n'est que robjectivalion du corps astral erratique d'uD sorcier en calalepsie; landis que le Nagiial constiliic un Ëlre parraitcment distinct du sorcier mexicain, un être de race inférieiire, mais auqubl il se trouve lié par une chaîne de solidarité répercussive, qui paraît iocontestable.

Voyez, au sujet des phénomènes de répercussion, oOlre

NAHËHAH. — Reine des Slrygcs, dans la Cacopneuiiialique das rabbins, et l'une des quatre épouses de Samail {voy. èo mol).

JiÉNUFAR. — Les propriétés anaphrodisiaques du Sénu/ar {Nymphéa alha) sonl magiques k coup sur; car elles provieiioeut précisément, comme celles du Gui de chêne (voy. ce mot), des iutluences d'astres en conjonction efflcace, aux heures où la planle estrueillie et le philtre pcéparé.

Par lui-même, le Nénufar n'est doué que de banales verlua émollienles et sédatives, dues au mucila^ qu'il contient en abondance. Mais les cbarnieurs, experts au\ œuvres de 3 et de I). savaient en faire des breuvages glaci5s et glaçants, dont l'acuité pénétrante engourdissait les sens les plus effrénés.

Le Lotus mystique des Indous, symbolisant à un certain point de vue l'épanouisse ment de Tlilssence spirituelle dans le silence des passions apaisées, est une sorte de iNymphea [Padma].

NOMBRES. — Il existe une science des nombres, dont les mystères tiennent aux plus sublimes arcanes de la magie transcendante. La langue en est perdue pour les modernes.

Hais il existe aussi de nombreuses superstilions relatives aux nombres, et celles-ci tiennent à la sorcellerie (voyez n'importe quel Grimoire).

OBI (Mandigoëa). — Formidable puissance occulte, qui décime ■ la population des Antilles. — Voyei ce que j'en dis au cbap.' m,

ŒUF (B/anc d'). — Matière conUgiirative et réfringente poupj^ . lumière astrale. Beaucoup de sybilles modernes pratiquent avec succès la divination par le blanc d'œuf.

ŒUFS DE SEHPENT. — Le serpent, animal magnétique au premier chef, pond des œufs très riches en une substance mysté- rieuse, que les^lchimisles d'une certatna éc»le ont nommée ce-

rébrote mercurielle. Cetlc substance ne peut servira l'œuvre mé- tallique, parce que \e Ç y eal spécillé pour le Règue animal ; mais sa présence, espliquanl les propriétés occultes des œufs de sei^ pent.juslifle lasagacitédes Druides, qui lesreciieillaient avec soin. Les Hdeptes de la Magie noire n'ignorenl point ces propriétés exceptionnelles; ils en lirenl parti pour leurs maléfices.

OISEAUX. — Quelques bergers mystiques tirent encore du vol Aes oiseaux fasies et néfastes des présages fatidiques, à la mode des aneiens augures.

La symbolique universelle des mages, établissant jadis des correspondances d'un monde à l'autre, avait attribué à certaines Puissanees cosmogoniques des hiéroglyphes d'oiseaux. C'est ainsi que la Colombe exprimait ta vertu plastique et conQgurative de l'épouse céleale lôrtah: le Corbeau, la force dévorante et comprcssive d'Hereb, l'agent occulte du retour à l'essence. Le Phé- nix était l'emblème de l'homogénéité substantielle, sous les transformations illusoires de la malii-re. L'Aigle représentait l'Esprit pur, cic

Mai» bientôt, tout s'embrouilla et la marée de matérialisation générale envahit la srience des symboles.

Pour le Sorcier. l'Aigle n'est plus qu'un oiseau dont la cervelle, mêlée aux aliments, causerait un certain délire; la Colombe leme son sang dans le matras où s'élaborent les ptiiltres impurs; le Corbeau donne une pierre qui aurait la vertu de réconcilier

les ennemis, elc — Le Pélican, le Merle, le lUbou, le Uilan,

enfin la Huppe {dont il a été question déjà), sont prostitués par le Sorcier à des usages aussi ridicules.

ONDINS. — Esprits élémentaires de 1' tique des uéo-cabalistes. Voir ci: qu son Comte de Gabalis.

Ejy,

. 4 Pacte. — Cest un contrat exprés ou tacite, mais librement consenti de part et d'autre, entre le Diable et le Sorcier. — Voy

PARFUMS. — Les parfuma, dit Agrippa {PAt/oa, occulte, livre 111 chap. LXiv) altirent les Esprits " comme l'aimant attire le fer >•, On en tire parti dans les cérémonies du culte et dans les opéralions magiques.

Aussi le Sorcier, toujours singe du prêtre et du mage, ne manque-t-il pas d'y recourir pour ses évocations. Puisque les

L ARSENAL DU SORCIER 3Ï1

parfums suaves ont une verlu évocatoire dans la sphère des purs Esprits, il lui paraît analogique d'évoquer les Esprits impurs par l'etTusion des plus ficheuses odeurs. Il emploie de préférence les rumigalions puantes de Saturne, qui sont, au dire d'Ëliphas I^vi {Rituel, chap. vu, p. 1 19) le Diagridium, la Scammonée. l'Alun, le Soufre et l'Asse fétide. — Voyez le mot Évocation.

PAROLES MAGIQCliS. — Le sorcier les préfère incompréhensibles, car son Credo n'est autre que celui de TertuUien ; ijuia abanrdum. — Sur la raison et la nerlu des paroles barbares et des noms iniDlelltgibles, se reporter au chap. m, pages 181-182. ' PHYLACTÈRES. — Voyez Amuletiea et TaUamana.

PHILTHKS. — En Magie noire, les philtres sont des breuvagns pour troubler l'équilibre psychique et pour inspirer des passions délirantes. — Voir, au chap. m, les pages 183-184.

PISTOLE VOLANTE. — C'est une monnaie diabolique, dout'e d'une singulière vertu ; fîdële & son premier possesseur, die revient d'elle-même dans son escarcelle, au grand diUrimcnl du malheureux auber^stc auquel on l'a donnée pour solde. A la place où il l'avait mise, celui-ci ne retrouve le lendemain dans sa cuisse qu'une feuille sèche, d'aulne ou de bouleau.

PLANTE ATTRACTIVE [de Van Helmont). — On lit k la page 708 des œuvres complète? de ce théosophe spagyrique (publiées à Francfort HDC LXXXIt, in-4) : — « Noui herbaui passini obuiam, qux si teratur et fouealur manu, donec inlepuerit. mox alleriua nianum detinueris, quoad cl illa tebescat amora lui, illc totus continuo ardet, ad aliquot dies. Delinui pedem cuiusdam catuli, hic confestîm peregrinum me secutus adeo. quod noctu uiilo cubiculum ejularel quo eideni aperirem, renunciata hcra sua. Adsunt Bruïellœ mihî huius facli lestes. » (De Magnetiea rulnerum euratione, chap. xivii, p. 708.)

Cette plante fameuse, dont la connaissance est Iraditionnoile chez les Frères de la Rose ^ Croix, n'est autre que la Verbena rustica. Son emploi n'a jamais été à la portée des magiciens noirs, bien que son nom vulgaire se lise — entre mille autres — à toutes les pages de leurs Grimoires.

Si je parle ainsi sans hésilation ni ambages, c'est que d'abord — je le répète — la plante altraetioe est désignée par son vrai nom dans les pires recueils de sorcellerie. C'est surtout que son efUcacité dépend tout entière el de l'heure astronomique evacte où il faut la cueillir, et des rites essentiels à la préparation du philtre foudroyant dont elle fournit ta Inse.

En insinuant qu*il suffit de réchauffer la Verveine dans sa maîD, pour en développer la vertu. Van Helmont donne le change sst les conditions qu'exige son authentique emploi.

Il s'est lu sur ce point; nous devons nous taire comme loi.

PLANTES MAGIQUES. — La plante attractive n'est pas la seale douée de propriétés occultes d'une merveilleuse énergie. Les anciens mages connaissaient XXII plantes, dont la vertu correspondait au sens ésotérique des XXÙ arcanes de la Doctrine absolue. La Verveine se référait à TArcane VI (V Amoureux du Tarot). Les magiciens du moyen âge n'avaient su recueillir que lei épaves de ces traditions. Tardifs héritiers d'une science bien déchue, quoique réelle encore S ils réduisaient à seize noms li liste des plantes sacrées. Encore Tordre numérique du classement normal s*y trouvait-il interverti, et de f&cheuses substitutions altéraient-elles encore davantage une nomenclature déjà méconnaissable. Suivant César Longin, les seize plantes sacrées sont : i^ L* Héliotrope (Ireos des Ghaldéens), Therbe de la sincé- rité; 2* L'Ortie (Royhra\ Therbe de bravoure; 3<» La Virga pastoris (Lor»m6oraQ, Therbe de fécondité; 4* La Chélidoine [Aquilaris)^ Thertie du triomphe ; 5« La Pervenche (Iterisi)^ Therbe de fidélité ; 6<» La Cataire (Bieith), Therbe de vitalité ; 7* La Langue de Chien (Algeil), l'herbe de sympathie ; 8o La Jusquiame {Mansesa)^ l'herbe de mort ; 90 Le Lys (Augo), l'herbe de manifestation ; IQo Le Gui (Luperax), l'herbe de salut; iio La Centaurée [Isiphilon)^ l'herbe aux enchantements; 12« La Sauge (Coloricon), l'herbe de vie ; 13® La Verveine {Ophanas)^ l'herbe d'amour ; 14* La Mélisse {Celeivos), l'herbe de confortation ; 15* La Rose {Eglerisa), l'herbe initiatique ; 16® La Serpentaire (Cartulin), l'herbe des fluides.

POMMADES. — Les sorciers, désireux d'aller au Sabbat, se graissaient tout le corps d'une certaine pommade à base de narcotiques stupéfiants : alors le Diable leur apparaissant à la « medianoche », les transportait « iouxte le lieu » de ces assem-

La science des néo-mages de la Chaldée.

l'arsenal du sorgibr 373

Dans la Clef de la Magie Noire, nous reviendrons sur la composition de ces onguents.

PYTHONS. — Serpents sacrés d* Apollon, qui s'enroulaient au bras des Pythies, quand elles prophétisaient. On a également nommé Pythons les Esprits inspirateurs des Sybilles.

Pour la Pythonisse d*Endor, voy. chap. iv» pages 245-246.

QUESTION. <— Torture préalable infligée aux prévenus, pour leur extorquer l'aveu de leurs crimes ou le nom de leurs complices. Voir la description des différents modes de torture, emprun-

REINE DU SABBAT. — C'était ordinairement la plus belle. Il fallait qu'elle fût vierge et sacrifiât sa pudeur au BoueptiUMt{êie). Reportez-vous à la description du Sabbat, chap. n, pages 152-161^ et plus particulièrement, pages 157-158.

RHOIIBtJS. — Sorte de toupie magique, à ronflement monotone, dont raclion magnétique est des plus puissantes.

Le Rhombus d'Hécate était des plus célèbres chez les sorcières de la Grèce anti«|ue. Il en est question dans les fragments oraculaires attribués à Zoroastre : « Operare circa Hecaticum turbinem (De dœmonibus et saerifleiis). »

SABBAT. — Assemblée de sorciers et de démons, que j'ai décrite tout au long, aux pages 152-161 du chap. ii.— Voir aussi chap. m,

SACREMENTS DU DIABLE. — La Magie Noire, cette religion à rebours, a aussi ses sacrements, où l'on peut distinguer, comme dans ceux quadminislre l'Eglise, la matière et la forme. Il en est longuement traité au chap. lu, pages 172-174.

SACRIFICE. — Les sacrifices humains étaient universellement admis et passés dans les mœurs, chez tous les peuples de l'antiquité. J'en parle au chap. i, pages 65-74, et surtout au chap. u,

SALAMANDRE. — Sorte de lézard qui vit dans l'eau, et passait

autrefois pour doué du singulier privilège de s*ébattre dus la flamme comme dans son élément, et d'y séjourner longtempSi sans le moindre malaise.

C*est en partant de cette tradition, universellement répand» jadis, que les néo-cabalistes ont nommé Salamandres les Esprits élémentaires du Feu.

SAMAKL. — G*est, suivant les Talmudistes, Tincamation mâle di Léviathan (voy. ce mot) ; ils le qualifient encore de Serpent sinueuXf voy. chap. i, pages 72-73.

Le Zohar attribue le péché d*Ève aux séductions de SamaëL De ce dernier, les démonophiles ont fait un des princes de TEnfer.

SANG. — Le sang a une vertu plastique et puissamment expansive^ qui le rend très propre à favoriser toutes les opérations de la Goêtie. Mais si les mages de lantiquité semblent Tavoir répandu dans les évocations, il n'y a plus que les sorciers qui s'avisent aujourd'hui de déshonorer leurs rites par ces lilmtioDS abominables.

Le sang versé engendre abondamment les larves et sert à les objectiver.

t< Le sang est le grand agent sympathique de la vie ; c'est le moteur de Timaginalion, c'est le auhstratum animé de It lumière magnétique ou de la lumière astrale, polarisée dans les êtres vivants ; c'est la première incarnation du fluide universel ; c'est de la lumière vitale matérialisée. Il est fait à l'image et à It ressemblance de l'infini : c'est une substance négative, dans laquelle nagent et s'agitent des milliards de globules vivants et aimantés, globules gonflés par la vie et tout vermeils de cette insaisissable plénitude... Les visions sont le délire du sang... Personne n'inventerait les monstres que sa surexcitation fait éclore : c'est le poète des rêves ; c'est le grand hiérophante du délire. » (Éliphas, La science des Esprits, p. 2i3-215, passim.)

Voy. au mot Cadavre, l'opinion magistrale de Porphyre. Voy. aussi, au chap. m, l'évocation de Tirésias par Ulvsse, pages 215-218.

Le sang des colombes entrait dans la plupart des Philtres, (Voy. ce mot.)

SATAN. — L'ange déchu, le Diable. Tout notre premier chapitre en traite explicitement, et tout notre ouvrage implicitement. Voir surtout au chap. i les pages 52 65.

SATYRES. — Divinités bocagères des païens.

Les premiers Pères de TÉglise en parlent comme d'êtres réels.

I chair et en oa. Sainl Anioine (aous dit saitil Jéi-ôme), fit au désert la reacontre d'un Satyre qui lui oITril des dattes, eD lui demandant des prières .

On a beaucoup disputé sur la question des Satyres. La controverse Tut ardenle de tous temps. Les uns vyulent y voir des singes; d'autres prétendent que les Satyres n'étaient que des hommes des bois, des sarivages. Lire le très curieux ouvrage de

. Hédelin, nialheureuseraenl asseî rare ' : Des satyres brutes, monstres et démons, de leur nature et adoration, contra l'opinion deceux qui ont estimé lea Satyres eitre cne espèce d'hommes distincts et sépares des Adamicqws. (Paris, Buon, \ Inutile d'ajouter que les Satyres (chèvre-pieds) font partie de

ta ménagerie du Sabbat. SECRETS. — Remèdes occultes, composés de paroles et de gestes, pour gui'rip toutes sortes de maladies.

Formules merveilleusement slupides, et que le paysau avare a souvent payées fort cher. Elles sont l'expression verbale d'une influence qui se transmet, de père en (ils, dans cerlaines Tamilies. 11 est à remarquer que, si le possesseur du secrel le donne ou le vend, il le perd pour lui-même.

Kn matière de sorcellerie, la foi Tait tout... Or, jamais le paysan, qui a payé vingt écus que^ue recette imbécile, ne doutera de l'erflcacité d'un trésor aussi cher. Si le secret ne lui a rien coùt^, il a beaucoup moins de prix à ses yeux ; par conséquent moins de chances de Taire miracle entre ses mains.

J'ai vu des bergers u guérir du secret «, en cinq ou dix minutes, une vache, un porc, un cheval, atteints de maladies désespérées, et que le vétérinaire estimait perdus. — Chose curieuse ! Jamais le « guérisseur du setrel « n'accepte un liard pour prix de la cure qu'il opère. C'ksI pour la gloire qu'il Iravaille.

Le Grimoire d'Honorcus contient un certain nombre de recettes pour « guérir du secret >>. Comme il est fort rare, je crois curieux d'en copier une :

i' Contre le flcx do ventrb. — Je suis entré au jardin des olives, j'y ai rencontré sainte Elizabeth ; elle me parla du Uux de son ventre, je lui ai demandé ijcrâce pour le mien ; et elle m'a ordonné de dire trois fois pater en l'honneur de Dieu, et trois fois ace en l'honneur de Monsieur saint Jean {sic)... Dites trois

' Héimprime par Lisieux, mais à très petit nombre.

376 LB TEMPLB DE SATAN

pater et trois are, comme il est dit ci-dessus, et tous serez

C'est là UQ secret pour se guérir soi-même ; mais tootes les formules pour guérir les autres hommes ou les bestiaux sont, à peu de chose près, dans ce goût.

SIGNES. — Le signe est, en Magie, le point d*appuî que requiert la i^olonté, pour se projeter vers un but préflx. Plus le signe est adéquat au verbe intérieur, plus il est parfait et partant efficace. Le contre-signe est une parade, au moyen d*un bouclier oecolte, qui renvoie à Pagresseur le choc en retour du coup qu'il a porté. Je n'en puis dire davantage en cette première septaine. An cours de la seconde (Clef de la Magie noiré)^ je développerai cette théorie.

SORTILÈGES. — Opérations de Magie noire. Il en est traité tout au long du chap. m, mais spécialement aux pages 176 et seq.

SPIRITISME. — Sorte de religion, fondée vers le milieu du siècle, par le pseudonyme Allan Kardec. Les pratiques spirites consistent surtout dans l'évocation des morts aimés. Le cérémonial usité à cet effet n'a rien de ce cachet indélébile de grandeur qui sauve encore, aux yeux de l'artiste, les rites les plus sacrilèges de l'antiquité sacerdotale. Si nos modernes nécromanciens font parler l'oracle de la tombe, c'est par le ministère des chapeaux sybillins, des guéridons parlants et des labiés toumaAies (voyez ce dernier mot).

Se reporter au chapitre vi, où il est question des médiums et du Spiritisme, pages 385-408.

SOURIS BLANCHES. — Certains sorciers, et notamment un misé- rable prêtre renégat passé, avec armes et bagages, au service de Satan, consomment encore des sortilèges, en égorgeant des souris blanches, qu'ils nourrissent avec des hosties consacrées. Ce mode d*Enooûtement (voy. ce mot) est traditionnel dans la fraction gangrenée du clergé romain. — Sur les prêtres sorciers ,voy. chap. n, page 126.

STYLET MAGIQUE. — Les Clavicules de ^aZomon (Manuscrit de 1641, in-4, déjà cité) veulent qu'on le fabrique soi-même. Le manche doit être, comme la lame, en acier fin, constellé de caractères magiques. La consécration du « Stillet » est la même que celle de Vépée (voy. ce mot). Le fourreau sera fait d*un morceau de taffetas rouge, tout neuf.

SUCCUBE. — Démon ou spectre femelle, qui provoque chez les

jeuDes gens des rêves de luxure; lire, au chap. ut (pp. 2tS-â-3l) l'histoire résumée de Gôrres.

Voir les moU Incube et Ephialte : el, au ehap. vi, les pages

SYLPHES. — Lutins, ou Esprits éiéineataires de l'air (doctrine des néo-cabalistes, paracelsîles et rabbins modernes].

TABLF:ST0UIINANTI-:S et parlantes. - voici de la sorcellerie moderne: je neux dire du Spiriliime.

Qu'est-ce, en réalité, que le Spiritisme (voy. ce mot)? — C'est l'art de se mettre en rapport avec les entités vamptriques, Jes élémentaux, les larves, etc.... qui pullulent dans l'espace intersidéral et parfois de rendre une apparence fugitive de vie à des coques astrales vides et mourantes, cadavres aériens en voie de désagrégation.

Est-ce à dire que nous nions toute possibilité dt relations avec les Esprits supérieurs, el même les âmes réintégrées par la mort au rojaurne de la substance cosmogonique éthérée, dont notre monde est l'excrément matériel ? — Assurément non. Seulement il nous paraît que, dans l'espèce, les spirites, avec la meilleure volonté du monde, évoquent neuf cent quatre-vingt-dii-neuf fois sur mille des êtres ambigus, mairaisanls, stupides et brutaux.

Mais ceci rentre dans la discussion des lltéories occultes. NoUii y reviendrons dans la deuxième septaine : Clef de la Magie noire.

On pourra voir, au chapitre vi de ce tome, comment les spirites se servent de tatjles, de guéridons et d'autres meubles encore, pour faire parier leurs prétendus Esprits (pp. 397-3SB).

Voir aussi le .S'eitiï du mystère (pp. 93-94).

TACITLRNITÉ [sort de). — Quand sorcier ou sorcière niait son crime, on les faisait mettre à nu ; puis, les ayant épilés ou rasés par tout le corps, on se livrait sur eux à une invesligalion minu-

Pourquoiî — D'abord, pour trouver le stif/ma Diaboti, la signature du Diable.... A ces endroits, la peau, complètement insensible, se laissait perforer sans tressaillir. Ce n'était pas une mince besogne (voyez Marques).

Maison cliercbait surtout, avant d'infliger la Question (voy. ce mot) aux prévenus, s'ils ne dissimulaient pas, dans quelque pli de chair ou d'ongle, le Charme de Taeitumité : sorte de diagramme, qui avait la vertu occulte de supprimer toute dou-

378 LB TEMPLB DB SATAN

leur, au point que les tortiooaaires eztéoués demandaient grâce, avant que le patient n'eût bronché. Voir ce qui est dit de ce charme au chap. m, pages 202-2Û4.

TALISMAN. ^ C'est un signe, un caractère ou une image, consacrés selon Fart, en vue de porter bonheur dans iioe circonstance déterminée.

11 est des talismans pour l'acquisition des richesses, marqués au signe du 0; des talismans pour l'Amour, composés sous les auspices de 2; des talismans de :^, pour dominer les hommes et contraindre la fortune; des talismans pour la bravoure et la victoire, constellés au signe de c^, et ainsi de suite.

Certains talismans se réclament de la haute Kabbale; d^autres, comme les scapulairea du Diable^ ne relèvent que de la pins infime Goêtie.

Se référer au chap. 11, pages 146-1 47. Voir aussi le molAmo^^.

TAMBOUR MAGIQUE. — Il sert aux Utars de la Sibérie, pour faire paratlre le Diable. C'est une manière de tambour de basque, griiïonné de signes hiéroglyphiques; on rappelle KamlaL Une assourdissante cacophonie prélude aux évocations; le sorcier gambade, gesticule, accompagne en hurlant son instrument sonore. EnÛn lo Diable se produit^ sous forme d'un ours monstrueux, accouru des parties du Septentrion : mais c'est le plus souvent pour rosser Té vocateur.

TARENTULE. — Cette araignée très venimeuse est assez commune dans le Sud italien. Ceux qui en sont piqués, se ruent, dit-on, dans un interminable accès de danse frénétique. Le venin de la Tarentule entrait jadis dans certaines compositions des sorciers napolitains.

TAROT (ou LivRB DE thoth). — Monument hiéroglyphique des anciens Sages, devenu dans la suite Tinstrument par excellence de la divination (voy. ce mot); enfin dégénéré en un simple jea de cartes. Court de Gébelin, dans son grand ouvrage (le Monde Primitif, 1777, 9 vol. in-4)^ attribue Tinvention du Tarot aux mages de l'Egypte. D'autres la font remonter aux cycles primitifs de l'Inde, cette antique éducatrice de Mitzratm : tradition constante chez certaines tribus de bohémiens nomades, originaires des hauts plateaux de THimmalaya, et qui se transmettent — de temps immémorial et de père en Ûls — l'Art divinatoire, inséparable de son prestigieux instrument.

Le Tarot se compose essentiellement : de vingt-deux clefs

magiques, figuratives des XXII Arcanes de la Doctrine absolue ;

— et de quatre quartorzaines de cartes, marquées chacune à

l'un de signes létragrammaliques : du IS/ilon p locl ■^. Principe mâle, TrèJJe vulgaire); — de la Coujie fn Hé Ç, FaculU féminine. Cœur vulgairej; — de VÈpée [1 Vaf », union liii^hamique des deux vertus combinées, Pique vulçairej ; — enfin du Sicle ou Deninr (n, deuïîÈme Hé, D ou ©, fruit de celte union, Carreau vulgaire].

Chaque qualorzaine est constituée par le Dénaire de Pijthagore (e ou «,ou m, nnED Séphiroth des Kabbalisles), et un Quaternaire' de figures emblémaliques, représentant l'applicalion du grand Nom ou Schéma ni>l% à cliacun des dénaire» (le /(0( est ■'a:, la fîetnen g, le Capaiten jel le ValetT^ ©.)

Pour de plus amples détails, on consultera l'ouvrage très riche et Ir&s-complel de Papiis, le Tarot de» BoMmien» ', Do tous les occultistes qui se sont occupés du livre de Tholh, Papus a eu le premier la hardiesse el le talent de déduire scienliflqnement la loi qui préside à ta marche du Tarot. Nul n'est allé plus loin dans celle voie féconde.

On connaît de nombreuses éditions du Tarot; quelques-unes sont foncièrement altérées dans la partie des figures, jusqu'à en (tre méconnaissables. Exemples : les Tarots allemands et chinois, el le jeu prétendu corrigé d'Iilteilla. Plusieurs aulres offrent des variantes très notables, l^s éditions les plus recommandables, au regard de la Sjathèse magique, sont celles dites de Besançon el de Marseille, la dernière surtout. Il s'en faut pourtant qu'on les puisse dire salisfaisanles...

Il élait eupËdienl de réédilier tout au moins l'édiûce aulheatique des .V.\7/ Clef». M. Oawald Wirth a bravement assumé celle lâche ardue; en substituant des dessins correcls à l'informe bariolage des vieux Tarols, ce jeune inilié a fait œuvre des plus méritoires *. Tous les amateurs de Tliéosophie ont à cctle heure connaissance du Tarot '/ePacis. où la symbolique desXXIl clefs se trouve restituée à sa purelé originelle, par les soius da M. Wirth.

Aux mains du Mage, le Tnrol est une machine philosophique, révélatrice de la Synthèse absolue. Aux mains des bohémiens et des tireuses de caries, c'est un médiateur de lucidité divinatoire : et comme, par une alchimie ténébreuse, les pervers savent gâter les meilleures choses, — optimi eorruptio pessima — le Tarol

• Tétractyn de Pythagore.

ouvrages, notre Seuil du Mi/stère ('2* édition), pages 78-79.

» ywletXXnCle/aduJarotde Wirtt(Poirel, éditeur, 1889).

ne dégénère que trop Tréquemment, chez ces modernes sorciers, en un inslrument très lucratif de chantage et même de crime.

Par Hnterversion des quatre lettres du vocable hiérogrammatique Taro^ Ton obtient les mots sacrés : Ator^ Boia^ Tora.

TAUPE. — Le sang de taupe entrait dans un grand nombre de philtres et d*électuaires.

TAUROBOLE. — Sacrifice mystérieux, d'origine mitbriaqae; se ré- férait, chez les Romains, au culte de Cybèle.

Le prêtre immolait le taureau sacré d*un seul coup da glaite sacerdotal, et, s'élaiiçant sous la tiède fontaine qu'il venait d'ouvrir, y trempait sa lèvre tout d*abord, en invoquant les dieux; puis il tendait les épaules au manteau de pourpre vivante, dont Taspersion sacramentelle allait le revêtir.

Quand l'empereur Julien voulut se rendre présents et propices les dieux de son Olympe suranné, il consomma le sacrifice du Taurobole. C'est alors qu'aveuglé par le sang qui llnondait et sufl'oqué par la fétidité de sa vireuse vapeur, il vit paraître, en se relevant, les larves détrônées du Polythéisme antique : pâles et débiles fantômes, ombres craintives et se dérobant en volâtes lé» gères au seul signe de la croix, comme ces brouillards inconsbtants du matin, seadaioement évanouis au premier rayon du soleil.

TKUTAD (ou TKUTATte) et THOR. ^ Deux divinités farouches de la Celtique antique. On versait annuellement en sacrifice le sang humain sur leurs autels, perdus dans la profondeur sacrée des forêts sonnantes — luca sonantia late.

TERAPHIm. — On nommait ainsi l'oracle hiéroglyphique et sacer* dotal des anciens hébreux. Cet oracle répondait aux questions du grand prêtre par Oûrim Dni« et D^mn Thummtm: nous dirions aujourd'hui — ^dx pile ow face.

Pour les faux Té r ap ht m^ y oy. les mots Androîde et Mandragore.

TONNERRE. — Voir au chap. ni, pages 207-21 5, le rôle du tonnerre dans le Merveilleux.

TRANSPORT (des sorciers ad sabbat). — C'est ce que, dans l'Est de la France, on appelle la Haute-Chasse (voy. ce mot). Se référer au chap. ii^ pages 165-168.

UPAS. — De cet arbre (très commun dans les archipels des Mol

luques cl de la Sonde), les naturels savent extraire l'ua des plus redoutables poisons que l'on connaisse.

Généralement, on donne le nomii'Upaa k la préparation véné- neuse elle-m^me. Il y a d'ailleurs deuï (.'/id», également loïiques: lUpa» antiar, extrait par incision d'une tirticée {['AntiarU loxîcaria], et VUptu lieuCé (Tsettick des Javanais) quo l'on prépare en réduisant h consistance d'extrdt l'écorce d'une liane (le Stryehnos tieuté). — C'est à tort que des monographes ont conrondu ces poisons avec le fameux Curare.

Une tradition musulmane veut que les arbres Upas soient miraculeusement sortis du sol de Java, sous la malédiction du prophète, et pour le châtiment du vice inràmc, si commun en Malaisie.

Aux siècles tourmentés du moyen Ùge et de la Renaissance, les adeptes de la magie empoisonneuse, Génois ou Florentins, faisaicnlrevenir à prix d'or ces sucs venimeux et subtils de la vé- gétation tropicale : ils en avaient l'emploi.

URINE. — Les sorciers s'accordent à proclamer que l'urine d'un petit pçarçon ou d'une jeune vierge est un merveilleux spédfique pour toutes sortes de maladies, telles que la teigne, les oreillons, les rhumatismes... — Voir, au chapitre vi (p. 481), les étranges mixtures qu'élabore un sorcier moderne, pour la guérison des malades et l'exorcisme des démons.

Vertu merveilleuse de l'urine, battue selon le rite, en vue d'exciter la pluie et les orages. — Voy. ch. m, pages 203-207,

USNÉE. — I^racelse, qui a fait des prodiges ivecVUsnèe. la

définit une aorte de tartre extrêmement spongieux et ténu, qu'on trouve sur certains bois et sur certaines substances animales en décomposition. La légende dit qu'il allait la récoller jusque sur les crânes des pendus ; elle lui servait à composer des remèdes sympathiques d'une incomparable vertu.

VAMPIRES. — Entités astrales qui, survivant à la dépouille mortelle decerlains individus, en retardent indéfiniment la désagré- gation moléculaire. Ces entités pseudo-animiquos, ombiliquées au cadavre par un invisible lien, deviennent erratiques et s'attaquent aux vivants endormis. Le Vampirisme est, si l'on peut dire — une maladie posthume, héréditaire, souvent épidémlque. — Voir pour plus de détails, notre chap. m, pages 22â-2'29.

VAL'DOUX. — Sorciers d^s Antilles, sectaires fanatiques du Dieuserpent, Vaudoux ou Voudou. — Voy. chap. iii, pages 188-19).

VERGE ENCHANTÉE. — Cette ^erge, qu'on nomme aussi foudroyante, donne la puissance sur les hiérarchies infernales. C'est du moins ce qu'assurent les grimoires.

Pour préparer cette i^erge, on Terre aux deux bouts une 1)&- guette fourchue de noisetier sauvage, avec le fer d'un coutelas qui ait servi à l'engorgement d'un chevreau (lisez d'un petit enfant). On a soin d'aimanter ces deux armatures, et de réserver la peau de la victime, qu'on découpe en une seule bande circalaire ; et pour dessiner le Cercle (voy. ce mot), on fixe au sol cette bande, avec des clous arrachés au cercueil d'un enfant mort sans baptême, etc..

YITZL1PUTZL1. — Le Dieu-couleuvre des Mexicains, dont l'idole est périodiquement arrosée de libations sanglantes. Voy. chap. i,

VOLT. — Figurine de cire, modelée à la ressemblance de celui qu'on veut envoûter. Par extension, touteharme qu'on destine à procurer la mort ou la maladie, par la vertu de resécnlioBi w^ gique.

La matière est traitée au chap. lu (pp. 185-188), avec tout te détail qu'elle comporte. Voyez aussi chap. iv, page 245, les Hommesde Aienh; et chap. vi, pages 481-482.

FIN DE l'inventaire

Nous n'avons pas prétendu tout examiner par le menu; néanmoins nous espérons que ee Cliapitrey mis en reg^ard des trois précédents» ne laissera que peu à. désirer» sous le rapport des rensei^r^ements essentiels à. la JKeU^lots du Sorcier.

Reste à. traquer encore le personnage» sous son moderne accoutrement* Nous y ferons nos elTorts au chapitre iri.

L'Amoureux le Sénaire Opposition = Réciprocité

Moyen terme = Produit...

Chapitre VI

ES sorciers au xix' siècle? De vrais sorciers? La thèse est insoutenable I — Monsieur l'abbi^, je ne crains pas de la soutenir.

— Raillez-vous? A notre époque I Des sorciers

Sous la blouse et sous le frac?

— Sous la soutane même et sous le froc.

— Allons ! vous faites presque des mots ; je l'aime mieux ainsi.

— Je suis lepluss(5rieux du monde et j'espère vous le démontrer.

— Va pour la démonstration ; mais vous aurez quelque peine à me convaincre. Je ne vous cacherai pas que je suis très sceptique par tempérament... Ce fut, voyez-vous, notre grand tort, à nous autres gens d'Église, de prendre jadis trop au sérieux celle piteuse engeance. Le gibet el le bûcher, allons donc I C'était des douches qu'il fallait administrer à ces gaillards-là.

Tel est mon sentiment. Qui ne sait d*ailleurs que le sorcier est mort avec le moyen âge?

— Vous débutez par une assertion fâcheuse, M. Tabbé ! Vous donnez crédit à un cliché courant, j'en conviens avec vous; mais convenez avec moi qu'il court à tort. Il n'y a pas cent ans que Tlnquisition de Rome condamnait au dernier supplice le comte de Gagliostro

— Gomme franc-maçon !

— Et comme sorcier. L'arrêt porte en toutes lettres 'accusation de « Magie superstitietcse »... Au reste, M. l'abbé, nous nous écartons de la question. Vous plaît-il de m'accorder une heur^ d'entretien? Pièces en main, je me fais fort de vous convaincre.

Il était deux heures de l'après-midi. Nousmonfâmës ehez moi et l'abbé *** n'en sortit qu'à la nuit tombante, mais surabondamment convaincu, sans doute, et delà réalité des pouvoirs magiques, et de l'actuelle multiplicité des cas de sorcellerie.

Je dois convenir que j'avais entre les mains de quoi lui faire changer d'avis : plusieurs dossiers d'un ordre unique et d'un caractère véritablement irrécusable. J'éprouve le plus vif regret de n'en pouvoir produire que de courts fragments . Sans parler deç exigences de mon cadre, certains motifs de haute convenance m'imposent une réserve qu'un jour peut-être il me sera possible de mettre en oubli.

' La peine de mort fut commuée en celle du cachot à perpétuité, sans espoir de grâce.

M0DERNH8 AVATARS DU SORCIER 38S

Ces dossiers ont trait à la religion du fameux thaumaturge Eugène Vintras, et plus particulièrement aux faits et gestes de l'un de ses héritiers spirituels.

Mais bien d'autres objets s*offriront à notre examen, avant que d'aborder l'hérétique Vintras et les CQntinuateurs de sa secte gnostique. C'est par eux que je terminerai le présent discours.

Croit-on que magnétiseurs, spirites et médiums ne

soient pas des sorciers? Ils font de la sorcellerie,

comme M. Jourdain de la prose — sans le savoir. Encore plus d'un en fait-il sciemment !

Que si l'on me cherchait une querelle de mots, arguant de l'opinion commune, qui distingue l'Hypnose et le Spiritisme de la Magie noire et de ses sortilèges, je répondrais que l'opinion se trompe. Mais sans dé- buter par une thèse litigieuse, et soucieux de m'établir d'emblée au cœur même de mon sujet, par le récit de phénomènes sur le caractère desquels on ne peut se méprendre, il m'a paru préférable d'ouvrir ce chapitre sur un décor imprévu : le presbytère de Gideville, en

Peut-être n'est-il point, dans les annales do la Magie, un seul procès criminel où les prodiges s'affirment plus positifs et plus inébranlablement établis que dans cette modeste affaire, qui se déroula devant la Justice de paix de Yerville (Seine-Inférieure), au commencement

Ce procès ne sera pas du goût des amateurs de sor-

ceUeries décoratives, accoutumes au majestueux dé- ploiement des drames judiciaires à grand spectacle. Qu'ils s'estiment tenus déplisser une lèvre dédaigneuse, et de ne prêter qu'une oreille médiocrement attentive au résultat d'une enquête instruite en aussi maigre appareil, et qui vint aboutir à l'audience de simple police : nous n*en plaindrons pas moins ces faor curieux^ de vouloir ainsi sacrifier le fond péremptoire à la forme théâtrale, et méconnaître l'intérêt si puissant qui s'attache à des faits formels, attestés sous la foi du serment par im tel nombre d'irrécusables témoins.

Ce qui, frappant l'affaire d'indélébile originalité, la distingue au premier coup d'œil de tous les procès similaires, c'est que la plainte, loin d'être déposée contre le sorcier, émane au contraire de lui.

C'est le berger Thorel qui, devant M. le Juge de paix du canton, poursuit en dommages et intérêts le curé de Gideville, pour trois coups de gourdin que cet ecclé- siastique lui a libéralement octroyés.

L'origine de la cause remonte à Temprisonnement d'un certain G***, sorcier de village, célèbre par toute la contrée d'alentour pour ses prétentions à la médecine occulte. Ce drôle avait poliment conduit au cimetière tels de ses malades, sous prétexte de traitement infaillible ; d'autres clients étaient en bonne voie de les aller rejoindre. Condamné sur la dénonciation du curé Tinel, G*** fulmine quelques menaces vagues et jure de se venger

Le berger Thorel, demandeur à la barre de Yerville,

MODmtlTES AVATARS DU SORCIER

n'est, de son propre aveu, que le mandataire occulte de G*", rexécuteur fidèle des suprêmes volontés d'un maître dont 11 se dît le très humble et très respectueux disciple.

Voici maintenant le résumé des faits, certifiés d'une voix unanime, sous la garantie du serment, par plus d'une vingtaine de témoins ^ J'ai sous les yeux la narration très minutieusement circonstanciée du marquis de Mirville - lui-même, un des témoins oculaires des phénomènes.

Deux jeunes garçons, de douze et de quatorze ans, qui se destinent à la prêtrise, sont élevés par M. le curé au presbytère de Gideville. C'est sur eux que se déchaîne la fureur vengeresse de Thorel, qui a pris soin d'établir au préalable la communication fluidique, en s'approchant du plus jeune, à la faveur d'une vente publique.

Dès lors, une véritable trombe de phénomènes s'abat sur le presbytère, ébranlé jusqu'en ses fondements par les coups frappés dans l'épaisseur de ses murs et de ses cloisons, à tel point que la bâtisse lézardée menace ruine. A plusieurs reprises et des heures durant, les curieux accourus par centaines fouillent les lieux en tous sens, et cela sans parvenir, au plus fort de la bourrasque, à démasquer la cause de ces coups, qui se multiplient sur toutes les surfaces de la

■ Je ne parle, bien entendu, que des lémoins ouTs en Justice! car, à les dénombrer tous, il fMudrail compter par centaines.

Des Esprits et de leurs manifestations Jïuidiquet ; tome 1 du grand ouvrage, pages 331-303.

maison. Pourtant ils s'entendent à deux kilomètres (ici, je soupçonne de quelque exagération les arbitres de la distance), et vraiment on n'a rien négligé dans les explorations, tant au dehors qu'à l'intérieur. Le vacarme demeure inexplicable.

Sur ces entrefaites, l'agent mystérieux daigne manifester son intelligence, en rythmant la cadence de certains airs, qu'il a la courtoisie de varier au caprice des assistants.

M. de Mirville accourt à l'improviste, pose avec rinvisible les conditions d'un dialogue par coups frappés : un coup veut dire out, deux coups équivalent à non; les coups plus nombreux correspondent, en progression normale, au chiffre de classement de toutes les lettres de l'alphabet.

Grâce à cet ingénieux procédé, dont on a peut-être abusé depuis, le Diable — car M. de Mirville ne bronche point en cette magistrale appellation — le Diable réplique avec une infaillible sagacité, un à-propos des plus spirituels et un imperturbable aplomb, à toutes les questions qu'on lui pose : telles que le nom, l'âge, le domicile, la qualité d'une foule de personnes étrangères et inconnues dans le pays. Jamais démon fit-il paraître plus de complaisance?...

Puis, ce sont les objets inertes à qui prend fantaisie d'entrer en danse : et les tables de faire la culbute, et les chaises de déambuler par toutes les pièces ; et les couteaux, les brosses, les bréviaires, de s'envoler par une fenêtre pour rentrer par l'autre !

La pelle invite la pince tte à une mazourque aussitôt

exécutée; les fers de repassage reculent jusqu'au fond de la pièce, poursuivis par la Hamme du foyer, qui se déroule, sinueuse, à l'instar d'un serpent.

Les vitres volent en éclats ; les meubles les plus lourds s'élèvent, et demeurent suspendus. Un énorme pupitre, chargé de livres, s'élance avec force au visage deM. R... de Saint-V..., puis, s'arrêtant brusquement à quelques millimètres de son front, s'écroule sans faire plus de bruit qu'une plume, en tombant à ses pieds.

Toutes choses constatées et affirmées pas un nombre toujours croissant de témoins honorables, accourus des environs : citon^i, entre autres, MM. de V"* propriétaires en la ville d'Eu, le Docteur M... de Bacqueville, l'abbé L*", vicaire à Saint-Roch, enfin le Maire et les autorités municipales de Gideville.

Quant à l'enfant que Thorel a touché, il voit sans cesse derrière lui l'ombre d'un inconnu vêtu d'une blouse. Quelques jours plus tard, on lui montre Thorel, et sans hésiter, il s'écrie : «Voilà- Thomwe! ><

L'un des prêtres présents déclare apercevoir nettement une colonne de vapeur grisâtre, qui se meut, en ondulant, derrière l'enfant obsédé. Plusieurs autres voient serpenter cette sorte de vapeur, qui se condense tour à tour et se dilate, puis disparaît en sifflant par les fentes de la porte.

L'enfant est terrifié ; son état nerveux donne de graves inquiétudes; bientôt arrivent les convulsions. Soudain il voit une main noire et velue s'élancer de la cheminée ; tous entendent le bruit d'un vigoureux

soufflet. L'enfant crie — et c'est avec stupeur que chacun peut distinguer l'empreinte de cinq doigts, parfaitement marqués sur sa joue. Il saute dehors, le pauvret, dans l'espoir fallacieux de voir la main, qui a disparu dans la cheminée, sortir par l'orifice supé- rieur 1

Cependant, l'un des ecclésiastiques en permanence au presbytère hasarde avec timidité une énorme proposition. Il s'accuse d'avoir lu jadis, en un livre de sorcellerie, que les Invisibles redoutent la pointe des épées. Pourquoi n'en pas courir la chance ? — Sitôt dit et fait : si bien qu'après plusieurs épreuves négatives (l'Agent magique est tellement prompt à se dérober!) il se produit un incident d'une importance capitale pour les occultistes, et que nos lecteurs sont priés de prendre en bonne note, car il est révélateur au premier chef. . . La tentative paraissant infructueuse, on était sur le point de l'abandonner, quand un dernier coup de pointe fit jaillir une fiamme crépitante, accompagnée d'un sifflement aigu. Une fumée blanche se répandit aussitôt, assez épaisse et fétide pour qu'on dût ouvrir les fenêtres jusqu'à ce qu'elle fût dissipée...

Ce phénomène imprévu rend confiance aux acteurs de ce duel avec l'Invisible ; l'expérience est reprise de plus belle.

Tout à coup, un mot résonne dans la chambre, faiblement, mais distinctement articulé : Pardouj a dit la voix. Tous ont positivement entendu.

L'on dépose les épées, pour reprendre le dialogue,

■comme ci-dessus : — Pardon... (répliquent ces Messiears), oui, certes, nous te pardonnerons et nous ferons mieux: nous allons passer toute la nuit en pt^ières, pour que Dieu te pardonne à son tour. . . mais à une condition : c'est que, demain, qui que tu sois, iu viendras toi^^même demander pardon à cet enfant. — Nous pardonnes-tu à tous? — Vous êtes donc plu- ■sieui's? — CtTiq, y compris le berger. — Nous pardonnons à tous...

Ce mot n'est pas prononcé, que tout phénomène cesse comme par enchantement, et tout rentre dans le silence, au presbytère, jusqu'au lever de l'aube, dout la première lueur éclaire un groupe de prêtres à genoux.

Dans l'après-midi, un homme se présente au presbytère: c'est Thorel, les yeux baissés, l'attitude contrainte. Son visage, qu'il n'arrive point à dissimuler derrière sa casquette, couvert d'égratignures, saigne en plusieurs endroits...

— Voilà l'homme qui depuis quinze jours me persécute ! s'écrie l'enfant qui se met à trembler de tous ses membres.

Interrogé par le curé sur le motif de sa visite, Thorel répond que son maître l'envoie : il vient chercher le petit orgue.

— Non, Thorel, vous venez pour autre chose... Mais d'où tenez-vous toutes ces écorchures? Le berger veut éluder la question. L'abbé Tinel reprend : — Soyez franc; vou^ êtes venu demander pardon à cet enfant. Voilà, ce qui vous amène... A genoux, Tho-

J.

le misérable, et il se traîne à genoux jusqu'à l'enfant, sur lequel il porte les mains. Depuis cet attouchement, tous observent que Tétat du pauvre petit s'aggrave et que les phénomènes redoublent d'intensité I

Une seconde entrevue a lieu, à la mairie, entre Fecclésiastique elle berger. Celui-ci, devant de nombreux témoins, tombe à genoux comme le jour d'avant : — Pardon j je vous demande pardon...; mais, cette fois, c'est vers le curé qu'il rampe... — De quoi demandez-vous pardon^ Thorel f Eœpliquez-vous ! Cependant Thorel avance toujours, il touche presque la soutane... — Ne me touchez pa^^ au nom du Cielj ou je frappe ! C'est alors que le curé de Gideville, acculé dans un angle de la maison commune, décharge sur le bras du sorcier les trois coups de gourdin qui font la base du procès...

Les phénomènes que j'ai dû omettre, dans ce résumé, ne se comptent pas. Je ne sache point d'affaire plus riche en constatations de tout genre. Rien n'y laisse à désirer : ni la netteté, ni la fréquence, ni la variété des prodiges, pas plus que le concours spontané des plus graves témoins et la parfaite concordance des attestations les plus solennelles.

Le juge de paix dTerville demeure stupéfait : jamais allégations pareilles n'ont étonné les échos de son prétoire. Son verdict, assez vague et obscur, donne acte tout au moins de l'unanimité des témoignages. Le curé défendeur est mis hors de cause ; Thorel, débouté de ses fins, se voit condamné à tous

les dépens de la procédure [Jugement du Tribunal de simple police d'Yerville, en date du 4 Février 1851).

Voilà donc, ausensleplusétroit du mot, un exemple contemporain et parfaitement qualifié de Magie noire.

A s'intituler sorcier, Thorel possède les mêmes titres qu'un Hocque ou qu'un Gaufridy. Les plus puristes seraient mal venus de lui dénier cette qualification, que ses œuvres justifient et daus le fond et dans la forme.

D'autres ne la méritent pas moins, en réalité, modernes nécromanciens qu'absolvent les apparences.

J'ai défini la sorcellerie : la mise en œiwj-e,pour le mal, des forces occultes de la nature. Le Magnétisme tombe sous la définition dans la plupart des cas ; le Spiritisme, dans presque tous.

Tâchons, en effet, d'enfermer la notion de ces deux arts dans une formule générale.

Qu'est-ce que le Magnétisme, au dire même des magnétiseurs ? — La sujétion ' d'un être pensant à la volonté d'un autre être ; je traduis : l'annihilation du libre-arbitre ".

• Ne pas confondrfi Sujétion et Suggestion. Voir la distinction établie au mot Magnétisme dans le petit dictionnaire de noire chapitre v. La Sujétion est l'étal des êtres qui obéissent liabituellement à des suggestions.

Tous les magnétiseurs ne procèdent pas ainsi. Ceux qui se bornent à la lliérapeutique par l'inrusion des Quides vivifiants, sont les adeptes de la Maîtrise vitajf : leur œuvre est saine el louable, généreuse el bienraisanle. Mais, de la Iransmission biologique à l'emploi de la suggestion, la pente est bien glissanle. Quel magné- tiseur peut se Qatler de ne l'avoir jamais francliie?

Qu'est-ce que le Spiritisme j de Faveu même de apologistes ? — L'évocation des morts ; je traduis : la rétrogression temporaire, vers un mode inférieor d'existence, des âmes en voie d'évoluer vers un mode plus parfait *.

Donc, à moins d'un but supérieur, poursuivi (puis atteint), qui légitime le m/il actuel^ en vue cTun pbu grand bien à venir ^ je dis que l'œuvre des magnétiseurs et des spirites est — en principe — une œuvre néfaste.

Quant à la force quelconque mise en action par eux afin d'obtenir ces résultats, nul ne contestera sérieusement qu'elle soit qualifiable d'occulte.

D'où il résulte, qu'en principe et sauf exception, magnétiseurs et spirites, employant une force occulte à l'accomplissement d'une œuvre mauvaise^ sont, sciemment ou non, des sorciers.

Et je conclus de la sorte, en partant de leurs pré- misses I

Que serait-ce, en vérité, si je prenais pour point de départ les principes que pose, sur un autre terrain, la science traditionnelle des mages ? — Sans empié- ter sur les développements du livre II, je puis laisser

' Je sais bien que tous les Spirites a^admettraieat pas cette paraphrase. A les entendre, le but de leur science est de faire tomber la barrière qui sépare Thomme terrestre de rhomme posthume. Pourtant, ils enseignent l'évolution progressive des êtres. Faire revenir momentanément vers une étape déjà fhmchie un être en voie d'ascension, n'est-ce point le faire rétrograder? Mais les Spirites ne se piquent pas d'être toujours conséquents.

entrevoir à quelles conclusions nous amèneraient de telles prémisses.

L'état de sujétion magnétique n*est autre, en définitive, que 1 aliénation temporaire d'un être, auparavant libre et possédé désormais. Cette possession plus ou moins despotique et plus ou moins durable est le fait d'un daîmon^ (existence vampirique et parasitaire), que le magnétiseur a déterminé en puissance dans la personne du sujet.

Il est vrai que les cas différent. — Si la suggestion se limite à contraindre le sujet dans un cas précis, en vue d'accomplir un fait isolé, le daïmon reste potentiel jnsqu'à l'heure voulue, et périt sur le coup, lorsqu'il passe de puissance en acte. — Mais si la suggestion se prolonge, en vue de déterminer une série d'actes similaires, souvent à longue échéance, le daïmon qui constitue le lien virtuel, le vivant substratum de ces actes déterminés en puissance, et dont la réalisation s'échelonne sur la route du futur; ce daïmon, dis-je, s'empare alors du sujet, et le possède en raison directe du déterminisme où se meut la vie latente de ces actes, nécessités à venir^.

Jè donne au mot Démon l'orthographe grecque (dai/Aûv), pour qu'on ne se méprenne point jusqu à supposer qu'il s'agit du Diable, quand j'emploie ce mot — démon — au sens où l'entendaient Porrphyre et lamblique.

> Chacun peut déterminer en soi de pareils êtres, véritables cancers de Tâme, dont la vie, toute d'emprunt, cherche à se développer aux dépens de la vie de Tàme qui les alimente. Ce qu'ici nous enseignons est plus terrible qu'on ne saurait croire. Les penseurs trouveront dans notre théorie (qui sera déduite au livre II) la clef ^des habitudes impérieuses et parfois indéracinables

3% LE TEMPLE DE SA.TAN

Voilà pour le Magnétisme.

Quant au Spiritisme^ disons seulement que la pré- tendue évocation des soi-disant esprits n'a d'autre effi^ en règle générale, que de rendre présents ou même de créer des êtres non moins lémuriens et parasitaires, toujours inutiles, très souvent nuisibles, quelquefois funestes irréparablement.

Madame Blavatsky voyait juste et loin, lorsqu'elle

prédisait que la conséquence ultime de renvahissement

'; spirite en Occident serait, à bref délai, la perte assu-

l rée et la ruine totale de milliers d'âmes, inconscientes

\ victimes d'Allan Kardec et de sa doctrine subversive.^

Plusieurs se sont étonnés de m'entendre émettre une opinion si défavorable au spiritisme et combattre obstinément une sorte de religion qui compte parmi ses apologistes un certain nombre d'écrivains respectables et même de vrais savants. Je dirai plus : tels spirites (Louis-Michel de Figanières, par exemple) étonnent reToccïïUistes parTa puissance de leur intellect et l'audace de leur intuition. Leurs œuvres, chaos d'ombre et de lumière, abondent en vues hardies et profondes : il peut être utile de les étudier au flambeau de l'occultisme.

On voit que je ne nie point de parti pris la valeur des spirites. Je ne suis sévère pour une doctrine au total des plus remarquables, qu'en raison des terribles conséquences où elle aboutit fatalement : la promiscuité psychique et l'anarchie spirituelle.

Ce qui manque aux Docteurs du Spiritisme, c'est le discernement des esprits.

■J'ai dit et je maintiens qu'il n'est pas impossible d'établir, sans tomber par là aux pièges de l'Ennemi. des relations directes avec les Inlelligences supé- rieures et même avec les Ames déliées des entraves charnelles. Le culte des Ancêtres consacre, en Chine et ailleurs, la réalité de ces rapport» ; mais ces rapports ne peuvent s'établir que sur une échelle hié- rarchique. Il y faut une science que ne soupçonnent pas même les adeptes du Spiritisme, et l'emploi de procédés dont l'initiation seule peut conférer le secret."

Il ne faudrait pas croire que le Spiritisme fût d'invention nouvelle. Les formes lémuriennes qui, de tous temps, ont paru se complaire à passer pour des âmes d'outre-tombe, décevaient les hommes, bien avant que les Esprits frappeurs , émigrant du nouveau monde, encombrassent l'ancien de leur présence tapageuse ; bien avant qu'Allan Kardec formulât son Evangile spirile et que le baron de Guldenstubbé obtînt les phénomènes d'écriture directe dont il se montra si glorieux.

L'évocation des morts aimés et des génies ambiants du Cosmos était une coutume familière à tous les peuples antiques : il n'est pas jusqu'au mode de communication devenu de rigueur — tables tournantes et parlantes — qui n'ait été mis en usage dès les temps les plus reculés. Tout l'Orient y avait recours bien des

t*lcetle science estlaThéurgie, et ces procédés tiennent à l'art du pBfchurge.

siècles avant notre ère, et sans sortir du domaine classique de l'érudition gréco-latine, Tertullien non est garant qu'il n'était chose plus commune sous rEo" pire que les tables oraculaires — mensœ divmatorm — qui répondaient au consulteur par un système de coups frappés. Le même auteur signale encore les chèvres sybillines — capellas dimnatùrùiSj — dont le pied fourchu battait la réplique ^ au moyen d'un alphabet percussif également connu d'avance.

On a pu lire aussi, dans Ammien MarceUin, quelles violences déploya contre les fervents de ces sortes d'oracles, le zèle des premiers Empereurs convertis au Christianisme.

Quand se fit en Europe, vers 1853| Tinvasion de la méthode américaine des communicafions spirites, avec tout l'appareil des tables tournantes, des guéridons parlants et des oracles par coups frappés {Knoekings, rappings), ce fut une fureur, un délire... Tout d'abord, les tables avaient craqué, bondi, valsé, sous l'imposition des mains, puis sans contact. L'émulation gagna, par la suite, chapeaux, chaises et guéridons.

Mais la danse des meubles ne tarda guère à paraître banale ; le merveilleux alla crescendo : les crayons écrivirent d'eux-mêmes ; des mains lumineuses, comme celle de l'ange au festin de Balthazar, apparurent à leur tour; elles furent vues, touchées, palpées... Enfin l'Invisible, se familiarisant avec les hôtes du monde matériel,y se fit voir, se compacta, se matérialisa : des fantômes apparurent, sous des formes précises et vivantes.

Que fallaît-il, en dernière analyse, que faul-il encore d'hui, pour voir s'accomplir toules ces merilles? — Une seule condition s'impose, loujours et \ partout invariable : la présence d'un intermédiaire, d'un tnèdknn.

Interpellé de dire en quoi consiste essentiellement un médium, nous le définirions un homme (ou une femme) malade d'une incontinence vitale, et s'épuisant à nourrir de sa substance flui^ique (irop espansive et complaisante aux emprunts), une foule de larves parasitaires, qui grouillent ei se multiplient \dans son atmosphère astrale , dans son nimbe occulte.

Si cette définition semblait obscure, nous supplierions le public de patienter jusqu'à la mise au jour de notre deuxième septaine, oii les dernières précisions lui seront fournies '.

Tous commentaires ésotériques seraient ici mal à leur place — et, qui pis est, prématurés. Nous ne nous sentons que trop de tendance à barioler ce premier livre, purement documentaire, d'entrefilets explicatifs qui sont des hors-d'œuvre.

Donc, la condition sine quâ non des prodiges où les spirites veulent voir l'action directe des âmes désincarnées, c'est l'intervention, strictement passive, d'un bon médium. Autour de lui, éclatent des trombes

< Qu'il veuille se reporter, d'ores et déjà, aux Myaléres de la Solitude, publiés dans les n" 3 et 7 de l'Initiation (2' année, Udqs mystérieuses.

de phénomènes, tout pareil» à ceux de Gideville, décrits plus haut *.

Les prétendus Esprits communiquent-ils par coups frappés ? C'est au moyen d'un alphabet semblable e& tout point à celui qu'imagina M. de Mirville, au presbytère.

Se manifestent-ils par des apparitions 7 C'est sous une forme très analogue à celle du fantôme qui, suivant à la trace le jeune séminariste, se tenait constamment derrière lui.

Pour les spectateurs, tout se passe de même qu'à Gideville : les uns, comme l'enfant, voient une forme humaine; d'autres, comme les ecclésiastiques, distinguent seulement une colonne mouvante et vaporeuse ; il en est, enfin, qui ne perçoivent rien du tout, comme ce fut le cas de plusieurs témoins accourus des environs.

Les analogies ne se bornent point là. Les objets pesants se déplacent, s'envolent, déambulent, reviennent à leur point de départ; ou, s'étant élevés à plusieurs pieds du sol, retombent sans bruit.

Des formes nuageuses se précisent, se condensent; des mains apparaissent... (comment ne pas penser à celle qui décocha sur la joue du pauvre garçon un maître soufflet?).

Oû peut dire à un certain point de vue, qu*à Gideville, le plus jeune des séminaristes était devenu un médium, manifestatif non seulement des larves que mettait en œuvre le berger Thorel, mais aussi de la forme sidérale de ce magicien, elle-même envisagée comme une entité lémurienne et parasitaire.

iLuniineiises le plus souvent, ou encore couleur de ces mains soitenl d'un brouillard mouvant. fBurs conlours, netlemeul accentués, devienftenl indécis vers la ri^gion du poignet : la ligne hésite alors, tremble dans un halo, et finit par se perdre par dégradations insensibles dans le remous vaporeux de l'avant-bras.

Ces mains sont palpables ; ceux qui les ont touchées les comparent volontiers à des gants de peau gonflés d'air tiède ', on n'y sent point d'os, et si, les ayant saisies, on veut les retenir de force ou qu'on les tire à soi d'autorité pour découvrir le bras auquel elles se rattachent, le tout devient une vague ébauche : une agrégation de substance problématique, inconsistante et qui fond sous les doigts...

Parfois encore, les mains apparaissent noires et velues, comme à Cideville. Elles agissent en tous cas, avec une liberté absolue et une parfaite aisance, si bien qu'on ne peut douter qu'elles ne se rattachent à un corps humain bien vivant et normal, quoique invisible. Quand la main s'est bien précisée, seule et ■dépourvue de support apparent, il n'est pas rare de voir le corps invisible s'objectiver à son tour; totales ou partielles, ces coagulations se dissolvent aussi aisément qu'elles se sont compactées.

Visiblement, ces extério rations épuisent le médium : plus elles se multiplient, plus il paraît las. Sentant alors le besoin de faire provision de force nerveuse,

il saisit les mains d'une personne jeune et bien portante, qui éprouve aussitôt la succion fluidique de ce vampire de salon. C'est une sensation délicieuse de langueur, accompagnée de frissons. Et de fait, la température ambiante baisse de plusieurs degrés, en ' moins d'une minute. Des souffles glacés courent en tous sens, à la manière des ventSH^oulis. Ces phénth;, mènes atmosphériques s'accentuent de préférence i l'instant précis des objectivations importantes parleur volume et leur netteté.

Les médiums sont plus ou moins solidaires de tous ces spectres. Je m'explique.

Lorsqu'il advient qu'un spectateur malavisé frappe ou blesse les apparitions lumineuses ou condensées en forme humaine, qui se manifestent autour de ces êtres maladifs, ceux-ci subissent immédiatement le contre-coup de la blessure faite au fantôme. Si l'arme dont on a fait usage est aiguë, l'égratignure, ou tout au moins une marque en apparence de cicatrice, ne tarde point à marbrer la peau du médium.

Ce phénomène répercussif est communément sans gravité, quand l'agresseur n'a lésé qu'une larve évoluant dans le nimbe occulte du médium ; Taccident est beaucoup plus sérieux, si le coup de pointe a entamé la substance même de l'expérimentateur en sortie de corps astral *.

i Le phénomène observé à Cideville, d'une étincelle suivie de fumée, signale la dissolution complète et définitive d'un coagulât fluidique; comme Thorel survit, c'est que la pointe n*a dissous

Dans une séance publique donnée à New-York par Z***, puissant médium à matérialisations, un Yapkee croit spirituel d'essayer son hull-dog sur le fantôme, ju'il frappe d'une balle, à bout portant. Aussitôt un cri ie détresse se fait entendre à plusieurs pas en arrière: le pauvre médium, tombé sans connaissance, a la poitrine tachée d'une profonde ecchymose ; et pourtant il n'a pu recevoir la balle, qui s'est fichée au mur, lans la direction inverse ; car l'Américain, se trouvant gissis juste dans l'espace qui séparait du médium le ipectre condensé, a visé droit devant soi, par consé- quent à l'opposite du médium. Atteint par voie répercussive, ce dernier resta suspendu plus d'un mois entre la vie et la mort. Il ne guérit qu'à grand'peine.

Ce fait, véritablement typique, m'a été certifié par ime personne des plus sérieuses, qui le tenait ellemême d'un témoin oculaire de cette triste scène.

Il n'est point mal à propos de faire un nouveau rapprochement avec le cas du berger Thorel, dont le nsage présente toutes les cicatrices des coups portés la veille à sa forme astrale. Ceci nous amène à mentionner encore un des mille détails que nous avons dû Dmettre, en résumant l'affaire de Gideville. Le curé rinel avait chargé un pistolet de cendrée, pour abattre les moineaux. Au plus fort de la mystérieuse bour-

|u*une larve : UQ pareil coup atteignant le corps astral lui-même 2Ût été mortel au sorcier.

Dans ce cas, on eût trouvé, le lendemain, Thorel mort chez lui, et jans doute eùt-on collé sur cet accident une étiquette péremptoire ; rupture d'anévrisme.

rasque, il tire dans la direction du bruit. L'enfant, qm seul voit distinctement la forme du berger, le déclare atteint de deux plombs en pleine figure. Le lendemain, on vérifie sur le visage de Thorel, la marque des deux plombs, parfaitement distincte!...

L'identité des phénomènes est constamment indé- niable, qu'il s'agisse de Spiritisme ou de Sorcellerie: et nous n'avons que faire de multiplier ici les ezempleB et les témoignages. Si sceptiques et mal disposés que puissent être nos lecteurs à convenir de pareils prodiges, qu'ils veuillent prendre la peine d'assister à quelques séances de Spiritisme, et leur incrédulité tombera devant l'éloquence des faits.

Il y a des médiums de toute sorte : les uns sont dits à effets physiques^ c'est-à-dire que des phénomènes tels que coups frappés, déplacements d'objets, lévitation, etc., se produisent autour d'eux; — d'autres sont dits à matérialisations: des formes visibles et tangibles se condensent en leur présence, formes tantôt lumineuses et diaphanes ou colorées et opaques, tantôt d'êtres vivants, ou même de choses inanimées, tantôt d'objets stables et parfaitement évolués, ou d'agré- gations fugaces et sujettes à se dissoudre. — 11 y a enfin ceux qu'on appelle médiums à incarnations.

Le cas de ces derniers n'est pas le moins surprenant, ni surtout le moins digne d'examen.

Ils offrent pour un temps l'hospitalité de leur corps à des êtres qui s'incarnent en lui, et qui, prenant possession des organes, les actionnent et les gouvernent à leur fantaisie. Nous avons été, dans cet ordre de

MODERNES AVATARS DU SORCffiR

^ phénomènes, témoin de scènes étranges, slupéfiantes... En quelques secondes, le possédé volontaire est modifié, corrigé, transmué de fond en comble, au modèle intérieur du daïmon qui s'est emparé de lui.

La baguette de Gircé n'était pas plus prompte, à coup sûr, ni ses effets plus prodigieux. — Le médium est méconnaissable : sa posture, sa vois, son regard, ses gestes ont cbangé brusquement; ses traits sont transformés eux-mêmes. C'est une soudaine métamorphose de toute sa personne...

Un autre homme est devant vous. Et (chose ef- , frayante I ) il semble parfois que Celui qui est là soit un être connu du spectateur, un être chéri, mort depuis de longues années... ressuscité tout à coup dans la peau d'un étranger, d'un prête-corps, — le premier venu, qui, àcetle heure même,ignore jusqu'au nom, jusqu'au fait de l'existence passée du mort qui revit en lui !

Comment douter, cependant? La ressemblance éclate, positive et paradoxale tout ensemble, — d'autant plus impressionnante qu'elle s'affirme psychique, surmondaine et comme spirilualisée, plutôt que plastique et matérielle; car il faut qu'elle s'accommode aux traits fonciers du médium : l'ossature ne change point, en effet, et seules, les surfaces molles et charnues se modèlent au patron morphogénique du sculpteur interne, dont l'art instantané s'exerce avec empire, du dedans au dehors 1

C'est une autoextérioration : à travers Vécorce charnelle de l'évocateur, transpire l'interne évoqué. L'àme passagère imprime son effigie propre sur la face du

médium qui subit son étreinte intime, virtuelle, hype^ physique...

C'en est fait : la physionomie de Têtre qui s'incarne s'est plaquée sur la maquette passive de Tintermédiaire qui s'offre à Tincarnation.

Et c'est un spectacle émouvant, inoubliable !

Vous retrouvez les gestes, Tattitade ; les inflexions vocales de l'être aimé ; par la bouche du médium, il vous parle des choses de naguère ; il remue la cendre des vieux souvenirs enfouis au plus profond de votre âme, et dont lui seul partageait avec vous le secret!

Des larmes mouillent vos yeux ; une invincible émotion vous étreint au cœur. Plus de doute possible,

Et vous rentrez chez vous bouleversé, sûr de l'avoir revu, — à vrai dire mystifié et déçu par un élémental, ou même une larve de l'atmosphère seconde.

Cet être équivoque, miroir pseudo-psychique, a reflété l'image du défunt, toujours vivante au tabernacle de votre mémoire. Evertuant et précisant, pour les reproduire, des empreintes de jadis sur le point de s'effacer en vous, — cette larve vous a raconté votre âme. . .

On conçoit la portée terrifiante de pareilles mystifications... Les élémentaux, comme tous les êtres ambigus et semi-conscients de la Lumière négative, sont aimantés d'instincts pervers *. La moralité de ceux qu'ils hantent habituellement n'y résiste point.

La lugubre aventure nous est connue d'une veuve irréprochable

MODKRNES AVATARS DD SORaER

^K Un grand nombre de médiums ont glissé sur cette

pente, jusqu'au marais où croupissent les âmes dans

_ la plus abjecte dépravation. L'Onanisme est chez plus

g d'un la moindre conséquence de cette dégénérescence

morale. J'en sais plusieurs qui se nourrissent humano

|. semine; celte habitude dégoûtante est passée chez eus

u À l'état de manie furieuse. C'est au point qu'ils vont de

I porte en porte, offrir à domicile leurs honteux services.

J'en sais qui portent sur leur visage le stigmate

indélébile de cette perturbation profonde des instincts.

Il en est même un, des plus puissants et des plus

connus, que la nature a désigné d'avance pour

d'étranges destinées. Loin de suivre ses collègues dans

la voie des aberrations sexuelles, celui-là n'a qu'un

rêve : l'amour normal. C'est, avec une têle mâle et une

moustache conquérante, la femme la mieux constituée

du monde. Cette androgyncest parfaitement réglée et

d'humeur très galante. Deux de mes amis en savent

quelque chose...

Mais assez sur ce sujet.

On a pu lire, au chapitre premier, quels exploits plus

et des plus dévoles, qui ?i'est perdue à tous les sens, pour s'Alre livrée avec abaadoD au soi-disant esprit de son mari, mort récemment, et qu'elle adorait. Elle n'a été que trop heureuse de le retrouver au paradis des phénomènes spirites.

L'être problénialiquo qui se donnait pour l'âme de son ime, l'a persuadée que des rapports conjugaux pouvaient rétablir entre elle etluirinlimilé d'antao. A l'heure qu'il est, celle malheureuse est tout à Tait sombn^e dans le tréfonds du gouffre incubique. Son corps est mourant, son âme est morte.

qu'indécents sont familiers aux êtres insaisissables et protéiformes qui se meuvent autour des médiums

de profession (voy. p. 114-115). La danse des tables, même obtenue en famille, ne présente pas des dangers moins alarmants pour l'bonneur des femmes, la chasteté des jeunes filles et Tinnocence des enfants. — Pères et mères (s'écrie un savant fort expert aux choses du Spiritisme, M. Bonjean de Ghambérj),. pères et mères, qui ne tenez pas à développer chez vos filles des sentiments prématurés; époux qui tenez au repos de vos moitiés, méfiez-vous de la chaîne magnétique en général, et de la danse des tables en particulier !

L'on n'étonnera personne, en imputant au Magné- tisme des effets tout aussi désastreux, entre les mains d'expérimentateurs téméraires, imparfaitement initiés, ou dépourvus d'une haute et sévère moralité.

J'ai vu, il y a sept ans, réussir cette expérience criminelle : un médecin, que je ne nommerai pas, suggère à une jeune Israélite endormie qu'un verre d'eau, qu'elle trouvera près d'elle en s'éveillant, est plein d'un poison terrible. Ordre lui est donné néanmoins de le boire d'un trait.

— Mais Salomé en moury^a, objecte la juive (ce jeune sujet manifestait dans son sommeil deux individualités très distinctes : il avait coutume de parler de sa propre personne, comme d'un tiers parfaitement îndiflférent).

— Salomé en mourra^ répond le Docteur, sinistre écho.

MODERNÏS AVATARS DU SORCIER 109

La jeune fille s'éveille et vide le verre sans hésiler. Aussitôt, son visage se décompose ;

La malheureuse, n'ayaat pas gardé le moindre souvenir de ce qui lui avait été prescrit dans son sommeil, crojait avoir agi spontanément.

Six minutes après l'ingestion de cette eau claire, elle vomissait, entre deux crises convulsives, une abondance de sang vermeil.

Le Docteur terrifié n'eut que le temps de la rendormir, pour mettre à néant, par une suggestion nouvelle, l'ancienne suggestion.

Il ne lui fut pas difficile d'y parvenir; mais ce qu'il ne put réparer, ce furent les conséquences Iraumatiques de celte inqualifiable expérience. La pauvre enfant vit la mon de près: un ulcère ronds'étant ouvert dans son estomac, elle ne dut qu'à la sève de sa robuste jeunesse la lente guérison d'une affection aussi grave. Et de son côté, le jeune praticien, qui n'était pas un méchant cœur, fut tout àfait guéri, j'imagine, de la démangeaison des expériences téméraires.

J'ai vu également une jeune et jolie fille du peuple, la plus modeste et la plus honnête, so mettre toute nue, et pincer, dans cet appareil, un rigodon des plus lestes. Onze personnes étaient présentes, dont trois jeunes docteurs, quatre étudiants, un pharmacien, tous des jeunes gens !

Pour obtenir ce sacrifice de ses dernières pudeurs, il n'avait pas été même nécessaire de l'endormir. Lui prendre la main et la fixer dans les yeux, en réitérant

deux fois Tordre d'ôter sa robe, avait suffi.... Elle était littéralement ensorcelée : le démon de la danse impure la possédait.

Quand rhabillée et sortie de Tétat de charme, on lui raconta ce qu'elle avait fait, elle rougit jusqu'au cou, mais n'en voulut rien croire.

C'était prévu. — L'inventeur de cette galante équipée, qu'on eût fort surpris en la qualifiant de petite infamie, s'était grossièrement saisi d'une pièce à conviction, la plus insultante qui fût pour la pauvre fille, mais aussi la moins récusable... A présentation de cette preuve matérielle et péremptoire, elle pleura toutes les larmes de ses yeux.

Et quand on la rendit au père trop crédule qui avait, pour un louis, confié sa fille au D' ***, nul ne s'avisa de vanter le succès d'un aussi lâche abus de confiance. Elle-même se tut, dévorant l'outrage que plus de six ans écoulés depuis n'ont pu lui faire oublier!

Enfin j'ai vu, de mes yeux vu, un jeune garçon frapper sa mère, dans la région du cœur, de trois violents coups de poignard (on pense bien qu'il s'agit d'une de ces armes de théâtre, dont la lame rentre dans le manche, au moyen d'une détente habilement ménagée). Le sujet, qui avait dix-sept ans, se trouvait parfaitement éveillé, mais sous le despotique empire d'une suggestion.

Ceux qui savent combien sont fréquents les cas de récidive, dans l'acte impératif interne qui détermine l'accomplissement de la volonté suggérée, comprendront toute la témérité de cette troisième expérience.

Quel fléau que le Magnétisme aux mains imprudentes ou peu scrupuleuses ! Encore les auteurs des trois exploits relatés plus haut ne sont-ils pas des méchants ; leur but n'était point criminel. Ils obéissaient, tout au plus, à une curiosité malsaine décorée à leur propres yeux du nom respectable de zèle scientifique : ils se réclameraient au besoin de ces privilèges de franchise expérimentale, qui sont ré- putés imprescriptibles au tribunal de la conscience moderne.

Mais supposons un criminel assez instruit pour plier les procédés classiques de l'hypnotisme à Taccomplissement de ses mauvais desseins. S'il tombe sur des sujets sensibles, il s'en servira comme de bras occultes, pour frapper quiconque est un obstacle à son ambition : tandis que, souriant et blotti dans l'ombre, sans péril de se voir découvert, il attendra que ses victimes, abattues l'une après l'autre, jonchent de leur cadavre le sentier qu'elles obstruaient de leur encombrante personnalité.

Qu'on y prenne garde ; j'affirme que non seulement le misérable pourra voler, assassiner et le reste par procuration, mais encore se mettre à Tabri de tous soupçons indiscrets.

On a raconté que de savants psychologues, doublés d'habiles physiologistes, avaient pu, dans un cas de ce genre, démasquer un scélérat, en débrouillant Técheveau fort complexe de ses ruses d'hypnotiseur ; mais

je soutiens qu'elles étaient mal ourdies. La Providence avait permis que cet homme, jugeant impossible que les soupçons se portassent tout d'abord sur lui, omit quelque chose dans les précautions dont il s'entoura. Et de fait, ses calculs étaient allés au-delà même de ce qu'il eût importé de prévoir en toute autre circonstance. Il s'était dit : <( Je connais mon somnambule; il ne garde, en l'état de veille, aucun souvenir des choses qui lui sont suggérées pendant l'hypnose. Je vais donc lui mettre en tête de frapper N... à mort ; en commettant ce crime, il croira librement agir. Pour plus de sûreté, je peux lui persuader encore qu'il hait N..., coupable envers lui de quelque injustice supposée; il avouera donc aux magistrats qu'il a tué N... par vengeance. Et tout le monde le croira »• — Le drôle avait parfaitement raisonné ; tout ce qu'il avait prévu se réalisa à la lettre*. Par malheur pour lui, un double hasard providentiel voulut : 1** que le juge instructeur, s'étant pris depuis quelques mois d'une belle toquade pour Thypnotisme, eût l'esprit tourné de ce côté ; 2® qu'il eût appris, on ne sait comment, que l'inculpé servait habituellement de sujet au vrai coupable. Il n'en fallut pas davantage pour perdre celui-ci. Le magistrat flaira de suite la vérité ; ayant pris con-

< Où avons-nous lu le récit de cette affaire? G*est ce qu'il nous a été impossible de retrouver. Aussi ne le donnons-nous que sous d'expresses réserves. — Quoi qu'il en soit, nul expérimentateur un peu averti ne contestera la possibilité de ces faits, ni la logique et la vraisemblance de leur enchaînement : tels quels, ils peuvent servir de base à une argumentation.

seil d'un ami compétent, il s'avisa d'endormir l'homme qui d'ailleurs s'obstinait, comme on l'avait prévu, à soutenir qu'il avait agi de son plein gré, par vengeance. Sitôt endormi, la mémoire lui revint de ses précédents sommeils, et l'odieuse trame de ténèbres s'étala d'elle-même au grand jour.

Mais l'hypnotiseur aurait dû prévoir cet improbable aléa. II semble même étonnant que, criminellement résolu comme il était, il n'ait pas pris la précaution de suggérer le suicide immédiat à l'auteur du fait matériel '. Chacun eût dit : <• Il a tué par vengeance ; il s'est tué par remords!... <>

En admettant même qu'un tel misérable regardât à deux cadavres au lieu d'un — mais était-il homme à reculer devant un forfait de plus? — du moins pouvait-il suggérer à son somnambule de ne garder aucun souvenir dans ses sommeils ultérieurs, ou même lui persuader que jamais plus on ne pourrait l'endormir.

Toutes les suggestions, sur un sujet sensible, s'accomplissent d'une sorte mathématique. Provenant

' Qa'oa ne nous [a\e pas d'imprudence et de légèreté, sous pré- tcite que nous montrons comment le vrai coupabte aurai! pu déjouer les poursuites, ou mCme assurer à (oui jamais son impunllë par un nouveau crime. Sans doute, nous serions impardonnable d'en user de la sorte, si la théorie de ta suggestion n'clait devenue banale, même parmi les iftnoranls. Dieu merci ! nous n'avons pas sur la conscience la faute d'avoir jeté celte arme terribte aux mains des premiers venus; mais enfin, puisque celta divulgation est un Tait accompli, qu'on ne nous parle pas de mesure k garder. La réticence, au point où nous en sommes serait une précaution hypocritement vaine, une parade de sotte prudence, une insupportable coquelteri« de vertu.

même de sources différentes, elles se lient et s'enchainent avec une logique inflexible. L'âme du somnambule est une cire molle, et qui durcit sous les doigts du pétrisseur ; le tout pour le magnéliste est d'arriver premier au modelage *. — L'expérience suivante, dont je me fais garant, en fournit la démonstration péremptoire.

Un jeune docteur de mes amis, sans endormir M"* B..., lui contracte par suggestion les muscles de la main. J'essaye aussitôt, mais vainement, de me mettre en rapport assez intime avec elle, pour rendre cette main crispée à son état normal. Passes, souffle, suggestions, ordres formulés sur tous les tons — chose inutile.

De guerre lasse: « Dormez! » dis-je à la jeune fille. Elle s'endort sur le champ, debout. Je m'assure avec soin que tout son organisme est sous ma domination, sauf la main crispée, qui résiste et s'obstine ! Une idée me traverse l'esprit : « Je romps, m'écrié-je, tout lien, tout rapport entre le docteur et vous ! » En vain:

L'on a cru ruiner la théorie de la suggestion, dans ce qu'elle a d^absolu, en insistant sur la résistance prodigieuse et parfois insurmontable qu'oppose à des suggestions immorales ou criminelles une conscience honnête, façonnée dès l'enfance au Bien. — L'objection est facile à lever. Qu'est-ce, en effet, que l'éducation (cette orthopédie morale), sinon tout un édifice de suggestions antérieures, non seulement superposées avec patience, mais encore cimentées avec art?... Cet édifice, il faudrait l'abolir tout d abord, avant de prétendre y substituer un échafaudage de suggestions inverses. Bref, pour reprendre notre comparaison première, avec de telles natures, l'instigateur au Mal n'est pas arrivé premier au modelage : la cire a durci sous d'autres doigts que les siens.

M0DERNB8 AVATAHS DU SOROSA 415

la contracture est rebelle à ces eflfbrts. Tardivement convaincu de mon impuissance, je réveiUe enfin M"* B... et le docteur s'approche d'elle pour détruire la suggestion première. Stupeur de tous deux : j'ai rompu tout lien suggestif entre elle et lui, si bien qu'il échoue à son tour. C'est ici le point curieux et, je crois, assez neuf de l'expérience : force me fut de rendormir M"* B... et de rétablir le rapport entre elle et mon ami, pour qu'il pût enfin décrisper cette main tenace.

Quand on songe à la toute-puissance relative que, grâce à Mesmer, peut acquérir le premier venu sur certaines natures passives ou timorées, on est tenté parfois d'émettre sur cet homme un jugement sévère jusqu'à l'injustice. C'est un triste cadeau, se dit-on, qu'a fait à l'humanité ce fameux médecin, vulgarisateur étourdi d'une science qui voudrait être pratiquée à l'instar d'un sacerdoce, et que l'antiquité religieuse n'enseignait d'ailleurs à ses adeptes que dans la crypte des mystères, à l'ombre d'un autel où les dieux manifestaient leur présence effective nj'»3ttr Shéekinah^ au sein même de la Lumière de gloire i"i« sio ]'»« Aîn- Soph-Aôr. Dans cette atmosphère sacrée, le dragon de l'Astral inférieur ne pénétrait point. On n'y connaissait pas les mirages de l'illusoire .Tiury Ashiah — et, même en dehors du sanctuaire, les larves avides fuyaient, épeurées, au seul aspect de ceux qui avaient franchi, fut-ce une fois, le quadruple cercle mystique de l'Alliance. Ceux-là portaient un signe au front; le

baptême du feu-principe les avait régénérés. Dès lors, ils pouvaient partir, quitter Memphis ou Thèbes, regagner leur patrie... Thérapeutes de rame et médecins du corps, ils se sentaient missionnés d'En-Haut, pour répandre sur le monde profane rirradiation toujous pure et bienfaisante de cette flamme, dont le foyer taté- laire se concentrait, invisible, dans les profondeurs di tabernacle.

Hélas ! aujourd'hui... Tubiquité du mensonge aslnl nous enserre de son tumultueux influx ; le caducée d'Hermès et d'Esculape se change aux mains des mauvais en glaive exterminateur, quand il ne devient pas la baguette de la plus basse et de la plus abjecte goëtie. — 0 miraculeuse baguette! les savants qui t'ont ramassée te manient gauchement et vont jusqu à nier ton existence, quand tu brilles encore dans leur main...

Cette magnifique puissance, jadis l'apanage des plus hauts initiés, après avoir — très reconnaissable et sublime jusqu'en son abaissement — allumé Tathanor aux officines secrètes des alchimistes Rose i^ Croix du moyen âge et de la Renaissance (les Jéchiel, les Abraham le Juif, les Paracelse, les Fludd, les Van Helmont), s'est prostituée tout à fait par l'entremise de Mesmer, qui l'a livrée, en la vulgarisant, aux mains ignorantes, maladroites et perverses.

Mesmer était-il un intuitif ou un initié? toute la question est là. — Dans le premier cas, en dépit même des lacunes et des incohérences de son système, il fut un remarquable inventeur : on ne peut guère, en bonne

•MODERNES AVATARS DD SORCIEB Ml

justice, le rendre responsable des abus que devait eii- Iraîner sa découverte. Dans l'aulre hypothèse, il fut un grand criminel, un traîlre et un profanateur.

Le Magnétisme, pour n'être que bienfaisant, devait demeurer occulte. Mais au point où nous en sommes, il n'y a plus à reculer : les initiateurs auraient mieux iait peut-être de ne pas entreprendre une pareille divulgation; mais enfin, ils en ont dit trop ou trop peu : f qu'ils parlent donc, puisqu'ils n'ont pas su se taire.

Si le Magnétisme, à l'heure présente, n'est pas divulgué sous son vrai jour, il déterminera fatalement une crise terrible dans l'ordre moral : l'élernel problème du libre-arbitre semblant se résoudre par la négative, on verra la boussole psychique s'affoler et perdre sa normale orientation. Enfin — signe avant-coureur des grands cataclysmes cosmiques — les notions du Mal et du Bien seront de nouveau confondues.

L'on eût évité ce péril extrême, à l'instar des hiérophantes de Thèbes et d'Eleusis, en réservant une telle puissance aux adeptes d'un enseignement hiérarchisé, sous la garantie de l'initiation. Gela n'est que trop vrai. Mais est-il opportun d'y tant insister? A quoi bon récriminer sur des faits accomplis? mieux vaut dire un mot des théoriciens modernes du Magnétisme et ■de leur tentative, à coup sûr généreuse, pour le sauver des hontes de l'exploitation charlatanesque, en l'assimilant aux autres sciences.

Honneur donc aux Deleuze, aux Puységur, aux du Polet, qui ont aimé le Magnétisme d'un assez noble

amour, pour aspirer à le saisir dans son essence. A défaut d'une pleine réussite, du moins leur opiniâtre sagacité, s'exerçant à deviner les grandes lois de 1» nature, a-t-elle reçu comme salaire l'inébranlable foi qu'elles existent. Ces profanes ont intuitivement perçt certains reflets de la vérité-synthèse.

Honneur même aux magnétiseurs psychologues d» Técole de Braid. Si, incapables de pénétrer la nature du grand agent et les lois mystérieuses qui régiss^t les marées astrales, ils ont pris parti de nier ce» choses, du moins ont-ils construit une théorie toute superficielle, mais parfaitement rigoureuse, et qui rend un compte exact des apparences phénoménales. La Suggestion est une excellente méthode pour le groupement et la classification des faits ; rien de plus, rien de moins.

La doctrine en ce jour la plus accréditée rejette apriori Thypothèse du fluide^ instinctivement et Ton peut dire presque aveuglément soutenue par les disciples empiriques de Mesmer et les théoriciens diffus de son école. Ce dogme est à l'index de l'Université et nul n'ignore que ses professeurs monopolisent

' J'ai rendu justice à la théorie de la Suggestion, que les Braidistes ont mise au point, sinon construite de toutes pièces ; je veux dire à cette heure le petit côté de ces universitaires.

Depuis que ces Messieurs de la Faculté, s'étant installés sans vergogne dans la maison de Mesmer, ont eu le mauvais goût d*âccoler Tépithète de charlatan au nom du novateur dont ils dilapidaient (et par surcroît dénaturaient) l'héritage scientifique, la question du Jtuide est devenue pour eux, sans doute en haine ,du mattre, la

MODBRNES AVATARS DU SOROBS 419

^ . Eincore faut-il distinguer dans le camp des Brai- ^ distes. Les hypnographes parisiens ne sont peut-être ^ pas à citer pour modèles.

^ Ceux de l'école de la Salpêtrière, notamment — ^ jj|i» Charcot en tête, — font à vrai dire grand tapage: et l'on va voir que je parle au propre comme au figofé. . .54*^PP®U^^^^ d'amphithéâtre, dont ils décorent une 'ifoB scènes de leurs exploits, est un mot trop long de moitié. Ils soignent la mise en scène avec une sollicitude toute paternelle * : pas d'étalage qui leur répugne;

pierre de touche des hypnographes. — Haussez-vous les épaules à ce

seul mot — lejluide, — vous êtes un homme sérieux, un bon jeune

homme, un physiologiste d*avenir; vous êtes dignus intrare, et

du coup on vous décernera le brevet académique d'hypnotiseur,,,'^

^Aiais si vous avez le Tront de croire au fluide, vous voilà passé

Bjpanre bateleur, saltimbanque, affronteur et le reste. Ces gros mots

^ sont synonymes d'apôtre du magnétisme.

Il faudrait s'entendre, pourtant. — Les Braidistes font profession 1^ de croire que la suggestion se transmet san^ intermédiaire; que I son mécanisme est un phénomène purement interne, en Tabscnce de tout agent extérieur au sujet. — Je crois, avec tous les occultistes, à un médiateur plastique, transmetteur aux organes matériels des ordres du vouloir; j'ai défini, au Seuil du Mystère, CQi \gQiii de convertibilité de la pensée volontaire en acte accompli, ce substratum omnilatent de toute réalité phénoménale. J'estime que le son, la chaleur, la lumière, l'électricité, ces nescio qnid que les vieux physiciens nommaient fluides impondérables, sont les modalités manifestatives de cetagent, quiest leur corrélation, leur synthèse à tous. Je donnerai la preuve de ce que j'avance dans ma Clef de la Magie noire.

Cela dit, j'ajouterai que l'idée m'étant plus chère que les mots, je ne vois pas d'inconvénient à rebapliser le fUdde, comme on a rebaptisé le Magnétisme. Il faut être c(»nciliant... J'offre donc de renoncer au mot — fluide, — s'il est vrai que ce mot ait la vertu magique de rendre hydrophobes les irréconciliables de l'hypnotisme. * Nesont-ils pas les pères nourriciers du somnambulisme officiel — enfknt d'adoption, qu'ils ont eu la gloire de débaptiser, en subs-

420 LE SEMPLE DE SATAN

aucun accompagnement orchestral qui leur soit étranger, — pas plus celui du tamtam et du gong chinois prodigués dans leurs expériences, que celui de la réclame la plus dithyrambique et la plus bruyante, consentie du plus grand nombre d'entre eux, pour ne pas dire encouragée de tous.

En revanche, ils font peu de besogne. Non seulement ils n^ont rien découvert , mais ils hésitent à sanctionner et à promulguer, même sous un nouveau nom, les plus incontestables principes, formulés en termes lucides par les professeurs de Nancy. — Moins tu^ bulente, cette École de Nancy; moins théâtrale, mais plus consciencieuse et plus hardie tout ensemble, et rccommandable à tant d'égards ; hostile à tous les usages du gong et du diapason, du tambour et du tamtam; soucieuse avant tout du vrai et de l'utile: induction rationnelle en théorie, thérapeutique expérimentale dans la pratique. Ses savants et modestes docleurs, les Liébeault, les Bernheim, les Beaimis et les Liégeois ont vérifié, précisé, étendu, consolidé cette belle théorie de la suggestion, entrevue par l'abbé Faria, et que Tanglais Braid devait réduire le premier en formule scientifique. Au point de perfection où les professeurs de Nancy l'ont amenée, c'est une souple et merveilleuse théorie, rendant compte des phénomènes quotidiens et normaux avec une rigueur pour ainsi dire mathématique; n'allant pas (nous Tavons noté)

tituant le nom flatteur 6^ Hypnotisme au vocable impertinent de Magnétisme animal?

jusqu'aux lois hyperphysiques du magnétisme, mais inattaquable dans son mécanisme apparent, sur le terrain du positivisme strict et du réalisme expérimental : gagnant en lucidité ce qui lui manque en profondeur.

L'expérience n'a pas encore ramené les maîtres [nancéïens à la conscience d'un agent biogénique. La \force psychique du savant Grookes leur reste inconnue.

A part M. Liébeault, fondateur incontesté de l'École et fervent de vieille date (alors qu'il y avait du courage et presque de la témérité à prétendre arborer ses opinions en cocarde); à part M. Liébeault, fort ébranlé dans son scepticisme par l'éloquence concluante de telles guérisons qu'il a obtenues, notamment la cure d'enfants à la mamelle, chez qui l'hypothèse de toute suggestion se réfute d'elle-même, tous les honorables praticiens de Nancy opposent à la doctrine du fluide une vigoureuse dénégation. Réaction fatale contre l'enthousiasme affirmatif de si nombreux magnétiseurs, qui s'étaient montrés alternativement d'un empirisme candide jusqu'à la niaiserie et d'un charlatanisme évident jusqu'au scandale. Ce sont ces cabotins sans scrupule, hâbleurs des séances publiques, chez qui l'ignorance présomptueuse se compliquait encore d'une moralité suspecte, qui en exploitant le Magné- tisme ont failli le perdre...

M. Liébeault se distingue de ses collègues braidistes par la mise en oubli des vieilles routines académiques, l'absence radicale des préjugés en matière de science et l'absolu dédain du qu'en-dira-t-on.

422 LE TBMPLE DB SATAN

Aussi va-t-il dans ses constatations beaucoup plus loin que tout autre de la même École.

pharmacien à Charmes, amène au Docteur Liébeaolt un sujet des plus sensibles (M"* Elisa N...), sur laquelle ils réussissent la plus mémorable expérience qui ait été tentée depuis celles de Grookes * : la pose d'un vésicatoire par suggestion ^. — Les péripéties de Texpérience, menée à terme en quarante-huit heures, dans des conditions rigoureuses d'évidence scientifique et de contrôle expérimental, sont consignées dans un procès-verbal dû à la plume du Docteur Beaunis, et que paraphèrent comme témoins MM. Liébeaull, Focachon, Bemheim, Liégeois, Simon, etc.. On conçoit la portée capitale d'un tel résultat, en présence duquel il n'est plus permis de révoquer en doute les phénomènes de stigmatisation, si fréquents chez les extatiques. Le mécanisme autosuggestionnel de ce prétendu miracle n'est-il pas désormais démontré ?

Huit mois plus tard, assistant un matin à la consultation du docteur Liébeault, nous lui proposâmes à

Nous réservons les phénomènes attestés par le savant Grookes pour notre deuxième seplaine : de/ de la Magie noire. Ces faits sont tellement extraordinaires, qu'il semble prudent de n'en traiter que lorsqu'il nous sera possible d'en fournir paralèllement Thypothèse explicative.

s Lire la leltre de M. Focachon à M. Félix Fabart (5 juillet 1885) insérée aux pages 332-337 du livre de ce dernier: Histoire de

On y trouvera tous les détails désirables.

l>rôle-poiirpQmt de tenter sur im de ses malades^ prà au hasJLrd, une espéneuct de suggestion mentale, on plutôt de tranfimisBion de pensée — c^est-à-dire Tun de ces phéDomèanes encore inexpliqués, que M. le Docteur RegnanL Télève et Tami de M. CSharcot. qualifie d'une plume assez cavalière : <« Ces chose^-lâ ne relèvent pas de la science. On n'en parle paf^ en Sorbonne. Xos liospices de Bicêtre et de Charenton. les diverses chambres de nos tribunaux correctionnels sontles seuli endroits où de temps en temps il puisse en âttu question . m ( Conférence faite en Sw^bonne ^ , le

M. liébeaull, qui a toutes les audaces et toutes les loyautés, accota d'emblée notre proposition et, Te^qpé- rience finie, n'hésita pas davantage à signer le procJ^s- Terbal que voici " :

PROCÈS- VERB.iO. MXATAirr TROIS FArrs DE SUGCESTIOX MENTALE

obtexLTiB par IQL Liébeault et de Ghnaita aa domicile du D** LiÉBSiour. 4, rue de Rellevue Nuncv'

« Nous soussignées^ Liébeault (Antoino , d<^^(/>ur en médecine^ et de Guaita (Stanislas), honrm4> </^

> Celle conférence â élé réimprimée par le 0' Re^ânl, dans ^<vn livre déjà cité: Sorcellerie, Magnétisme, etc.. (Pari?, Pion, IS^T,

Nous apprenons que le D* Liébe-auU a publié ce Pny^s-r^rhnl <laas son livre du Sommeil proroqué et de^ états analoijften, professeur Beaunis Taurait donné déjà, dans son onvraifo du Som* nambuUsme provoqué, Paris, J.-B. Bailliérc, inl8.

AU LE TEMPLE DE SATAN

lettres, tous deux demeurant actuellement à Nancyj

attestons et certifions avoir obtenu les résultats q\im

va lire.

« yP^^ Louise Z/**% endo7ynie du sommeil niagné- tique, fut informée qu^elle allait avoir à répondre à une question qui lui sei^ait faite mentalement, sain Vintervention d^ aucune parole ni d^aucun signe.

« Le D^ Lièbeaulty la main appuyée au fixant da sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la demande : — « Quand serez-vous guérie, » qu'il avait Vintention de faire. Les lettres de la somnambule remuèrent soudain : — « Bientôt, » m^urmura-t-elle distinctement.

« On Vinvita alo7*s à y^épéter, devant toutes les^ personnes présentes, la question qu'elle avait intuitif vement perçue. EUe la redit dans les termes mêmes où cette question avait été formulée dans l'esprit de l'expérimentateur.

« Cette p7^emière ecopérie^ice, entreprise par M. le Z)' LiébeauU, à Vinstigation de M. de GvLaita, réussit donc pleinement. Une seconde épreuve donna des résidtats moins rigoureux, 7nais plus curieux peut- être encore, ainsi qu'on va voir.

« M. de Guaita, s'ètant mis en rappoy^t avec la 7nagnètisèe, lui posa mentalement une autre question: — « Reviendrez-vous la semaine prochaine * ? » —

Qucslioa double, donc plus compliquée (note de Tauteur).

« Peut-être » fut la réponse du sujet; mais invité à ^r communiquer aux personnes présentes la question

m^entale ^, il 7^épondit : — « Vous m'avez demandé si

vous reviendriez la semaine prochaine. »

« Cette confusion, portant sur un mot de laphrase, i est très significative : il semble que la jeune fille ait

bronché, en lisant dans le cerveau du magnétiseur,

« Le D^ Liébeaulty afin qu'aiœ une phrase indicative ne fût prononcée y 7néme à voix basse, écrivit sur un billet: — « Mademoiselle, en se réveillant, verra son chapeau noir transformé en un chapeau rouge. »

« Le billet fut passé d'avance à tous les témoifis, puis MM. Liébeault et de Guaita posèrent en silence leur main sur le front du sujet, en formulant mentalement la phrase convenue. Alors la jewie fille, instruite qu'elle vey^rait quelque chose d'insolite dans la pièce, fut réveillée.

« Sans une hèsitatio7i, elle fixa aussitôt so7i chapeau, et avec un g7^and éclat de ri7'e, se 7^écria : — Ce n'était pas son chapeau; elle 7i'en voulait pas. Il avait bien la méîne fo7^me; mais cette plaisanterie avait assez du7^è : il fallait lui reïidre son bien... — Mais enfin, qu'y voyez-vous de changé? — Vous le savez bien; vous avez des yeux comme moi. — Mais encoy^e?... » // fallut insister très longte7nps pour qu'elle coyisentlt à diy^e ce qu'il y avait de changé

Kst-il besoin de dire que celles-ci étaient ciiaque fois informées d'avance de la question qui serait posée? (note de Tauteur).

426 LK TBMPLB DE SATAN

à son chapeau: « On se moquait d'elle... » Pressée de questions, elle dit enfin : « Vous voyez bien qu'il est tout rouge ! »

« Comme elle refusait de le reprendre, force fut de mettre fin à l'hallucination^ en lui affirmant qu'U allait revenir à sa couleur première. Le docteur souffla sur le chapeau, et redevenu le sien à ses yeux, elle consentit à le reprendre,

« Tels sont les faits que nou^ certifions atxnr ofttenus de concert. En foi de quoi nous avons dressé k présent procès-verbal. »

D' A.-A. LiÉBEAULT. Stanislas db Guaita.

Il va sans dire que le docteur Liébeault, extrêmement sceptique en matière de transmission dépensée^ ne comptait aucunement sur la réussite d'une pareille tentative.

Nous avons cité cette expérience et celle, plus étonnante encore, du vésicatoire, pour montrer combien peu le doyen de Técole de Nancy se laisse déconcerter par les propositions les plus inattendues, et avec quelle courageuse franchise il se porte garant des faits universitairement les moins orthodoxes, quand il les a vus et vérifiés par lui-même.

Le despotisme de notre cadre nous défend de stationner plus longtemps dans les sentiers d'Allan Kardec et de Mesmer.

Que les apôtres contemporains du Magnétisme et

lâODERNBS ATATAR8 DU 80RCIBR ti7

surtout du Spiritisme y trébuchent habitueUemenI et glissent dans l'ornière de la sorcellerie — c*esl ce que nous estimons démontré par des raisonnements et par des exemples.

Quant à la cohue des enchanteurs et des charmeuses de bas étage — rebouteurs aux gestes ambigus; «ages-femmes dont l'habileté suspecte se ploie à l'élaboration des philtres, comme aux artifices de Tavortement ; tireuses de cartes à l'œil vipérin , à la voix mielleuse, à l'attitude servile, avec des nuances impertinentes, et dont les phrases à double entente pré- viennent, sollicitent, encouragent tous les aveux (car il est remarquable que le client, venu pour s'entendre dire la bonne aventure, finit par se raconter lui-même, neuf fois sur dix) : — ces comparses de la sorcellerie d'en bas ne présentent qu'un intérêt secondaire, tant en raison de leur nombre assez restreint, que du cercle plus restreint encore de leur influence. Nous n'en dirons rien.

Il nous resterait à présenter au lecteur la cohorte des mystiques douteux, ceux-là beaucoup moins rares et moins inoffensifs qu'on ne croit: leur étude ne manquerait assurément ni d'intérêt ni d'utilité. 11 y aurait des livres à écrire sur l'absolue perversion du sens moral, qui se révèle chez la plupart d'entre eux, sous les formes les plus variées et parfois les plus pittoresques.

Malheureusement, nous avons un devoir de salubrité publique à remplir, qui nous interdit le tableau com

paratif que nous eussions voulu crayonner. Dénoncer une des basses idoles de la Sodome mystique, est une tâche qui requiert un certain nombre de feuillets : cette tâche, nous Tavons assumée, et force nous est de sacrifier à Tunique sectaire dont nous voulons arracher le masque les dernières pages de ce chapitre. Mais notre faux pontife se rattache à une école dont il faut bien toucher un mot : quelques notions s'imposent sur le maître Eugène Vintras (Elie) ; — et nous passerons de suite, avec les turpitudes de Jean- Baptiste, à rétalage affligeant, mais instructif, des révélations promises.

LE CABMEL D'EUGÈNE VINTKAS

ET LE GRAND PONTIFB ACTUEL DE LA. SECTE

€ . . Une abominable asêociation^

S. s. PiB IX. voguant toue leê examens, que

(Bref eondtmnant la t«tcte de Vintras, noui faiêong œuvre de vie. »

10 fdorier 18M.) ^^t cri do balut, par Jean-BapUst*.

A Ils ont élevé un autel au dé- mon de l'impureté et il$ en ont fait leur Dieu, »

(RpigT. d'une brochure du lieur Goizoli, réYélateur dea mystères deTilty-s.-Seoles. ]

Le 20 août 1842, le tribunal correctionnel deCaen condamnait comme escroc à cinq ans de prison, cent francs d'amende et aux frais * le fondateur du

L'escroquerie semble une vertu de tradition dans le Saint-Carmel; car le pontife acluel de la secte, à qui nous ferons la grâce de

tx nipcNMTCUR DEC •SUPRÊMES sâvËoicmMS DE uuiwftiUï

(Lcflrt de B*p(ifle fc M* Maria M*"**,iiMt-i)

430 LE TEMPLE DE 8ATAN

Cartnel ou de VŒuvre de la Miséricorde : Elie Inimême réincarné dans la personne d'un ouvrier prophète, Pierre-Michel Strathanail, de son nom angelique *, — et de son nom vulgaire, Ettgène Vintras.

Le nouveau pontife fit opposition à cette sentence, qui n'en fut pas moins confirmée, en appel à Gaen

Du reste, l'accusation d'escroquerie n'est pas la seule qui fût imputée à sa charge. On est prié de prendre en bonne note ces quelques lignes de l'abbé Constant : a Vintras, que ses sectaires posent en nouveau Christ, eut aussi ses Iscariotes : deux membres de la secte, un certain Gozzoli et un nommé Alexandre Geoffroi, publièrent contre lui les révélations les plus odieuses. A les croire, les sectaires de Tilly-sur-Seules (ainsi se nommait leur résidence) se livraient aux pratiques les plus obscènes ; ils célébraient dans leur chapelle particulière, qu'ils nommaient le cénacle, des messes sacrilèges auxquelles les élus assistaient dans un état complet de nudité ; à un certain moment, tous gesticulaient, fondaient en larmes en criant : amour!

taire son nom, fut également condamné de ce chef à trois années d'emprisonnement, vers la fln du second empire. Citer la date exacte de Tarrêt et dire quel tribunal le prononça, équivaudrait à nommer le personnage... Enfin, il fut condamné et subit sa peine.

' L'un des dogmes de la secte attribuant aux hommes, avant le péché, une origine angélique, le prophète distribue libéralement des noms en « ël » à tous les adeptes du Carmel. Ci'tte désinence constitue la raison sociale de l'établissement. Il est à croire que la statistique nominale des anges incarnés figure aux Archives de l'Œuvre.

r amour! et ils se jetaient dans les bras les uns des r autres ; on nous permettra de supprimer le reste. ; C'étaient les orgies des anciens gnostiques, mais sans qu'on prît la peine d'éteindre les lumières. Alexandre Geoffroi assure que Vintras Tinitia à un genre de prière qui consistait dans l'acte monstrueux d'Onan, exercé au pied des autels ; mais ici le dénonciateur est trop odieux pour être cru sur parole*. »

On verra tout à l'heure combien ces accusations portées contre Vintras concordent avec celles relevées à la charge de son successeur. Il n'est pas jusqu'à la « chapelle particulière » du maître qui ne fasse songer à V « oratoire secret » du disciple. Seulement le premier garde jusque dans ses pires folies une certaine allure — hautaine, primesautière, lyrique et paradoxale — à laquelle Tautre prétendrait en vain^. Eliphas Lévi veut douter de la dernière accusation qu'il relate. . . Sa réserve se conçoit et l'honore, en l'absence de preuves qui fussent décisives. Mais le célèbre magiste savait-il qu'à la date du 25 août 1842, Vintras écrivait à Geoffroi (de son nom d'ange Jehoraël) :

« A range adorateur, au doux Jehoraël, je prêterai assistance. L'amour à ton sacrifice l'unira toujours ^... » (Énigmatique !]

Et au 6 septembre de la même année, ces lignes.

3 Voyez le style de Vintras: souvent ridicule, il se sauve toujours de la platitude. Celui du pontife actuel est uniformément fétide et baveux.

^ La France mystique, par Alexandre Erdan, Coulon-Pineau,

432 LE TBMPLE DE SATAN

qui paraissent moins obscures ; on craint dès lors de comprendre :

« Mon tout aimé Jého, lorsque me» affections cherchent l» tiennes, tout est en feu et je suis prés de toi ! Je plonge alon dans une mer de flammes, dont chaque vague est une iami bouillante. Les jouissances célestes, nous voyant dégagés de dm sens et de leurs rudesses, descendent sur nous; elles nous enivreol d*une sainte et divine volupté ^ »

Langage habituel au prophète. Voyez ce qu'il écrite la comtesse d'***(/)/<oc^do5/), au sujet d'un joli mousse {A zzolethaël) , VAnge des Tropiques , pour qui la grande dame semble avoir eu un béguin — en Dieu :

« Notre Azzolethaël est brûlant d'afTections et de pensées; il est beau de toute la beauté d*une fière et timide candeur. Son regaid est prorond comme sa belle âme; son cœur est suspendu sur ses

lèvres Il t'aime : dans sa prière, il te nomme à Dieu sa mÀre

embrasée, ou à Jésus, dans son mt/stère d^'amour {???), soo eucharistique sœur. » (9 novembre 1846*.)

« Que pourrais-je te dire maintenant, sinon un fait qui va de nouveau incendier tes nobles affections pour VAnge des Tropiques (textuel!). J'ai demandé à lire dans son cœur : le Verbe m'a répondu de le presser sur le mien et de souffler sur son âme (!!?). Je l'ai fait, Dhocedool! II est tombé, criant grâce et merci (nous voilà renseignés) : puis une vie nouvelle qui a surpris physiquement nos chefs {sicl) est devenue sa vie. Ses yeux

lancent le feu; le ciel de ses paupières cache des éclairs » (du

Il ne nous a point paru mal à propos de rappeler ces bribes de correspondance, que cite Alexandre Erdan, au tome T' de sa France Mystique. Ainsi le lecteur est introduit de plain-pied dans les mystères

La France mystique, tome I, page 244. ^ l a France mystique, tome !, page 245. ^ La France mystique. Ibid.

MODBRNBS AVATARS DU SORCIER 433

«ecrets du Garmel, et peut-être trouvera-t-il que les lettres du Pontife sont à leur place, en introduction à celle de son héritier spirituel* : ces deux séries ^pistolaires semblent s'éclairer d'un jour réciproque ; •elles se sont mutuellement un commentaire des plus ^piquants et des plus instructifs.

Nous ne saurions dissimuler, au demeurant, qu'Eugène Vintras n'était point un banal imposteur, ou -quelque dévot vulgaire et perverti. L'abbéL.-F. André, -qui stigmatise cet homme, au nom de la religion et de la morale, confesse « qu'on ne saurait lui refuser un véritable génie et une puissance étonnante d'attraction sympathique. * »

Ce Vintras, un des plus prodigieux médiums qui aient manifesté jamais le grand livre des ambiances hyperphysiques, a bâti toute une synthèse pseudomagique, tohu-bohu de néo-gnosticisme, assaisonné •d'une précieuse dévotion à la Vierge et à saint Joseph : le sublime et le grotesque s'y croisent et s'y marient.

Il est remarquable que cet ouvrier sans lettres, tout à coup saisi de l'Esprit comme les prophètes albigeois, terrassé de la grâce et désormais débordant de révé- lations sous Tinflux divin — telle une coupe trop pleine dans une main fébrile — ait pu produire en quelques années une œuvre aussi massive que la somme

Glaciales, empesées et dogmatiques, celles-ci semblent exposer de sang-froid la doctrine dont celles-là — brûlantes et passionnées — paraissent offrir la vivante adaptation.

2 Affaire Rosette Tamiaier, précédée (Tune notice sur

d*un Thomas d'Aquin; une œuvre où des pages nantcs d'éloquence et d*intuition se distinguent, dans le plus indij^este fatras de platitudes et d* dites que Ton puisse concevoir. Il eût pu rééditer à gloire le mot célèbre : Pleniis siwi sei'^monAus (car parle volontiers latin, sans savoir le premier mot cette langue). Il est même juste d*observer que ses nuscrits abondent en citations de Pères, de Docteurs, textes bibli([uès, etc., références généralement exai et qu'il a jetéos sur le papier à tout hasard et sans soi de vérification. Les témoins de ses extases afi unanimement qu'il n*avait aucun livre sous les jeUt lorsqu'il gritîbnnait ses révélations incohérentes.

Trrs curieuse en somme, cette olla-podrida va Texamen. La seule liste des ouvrages dont elle

compose emplirait plusieurs colonnes. Et ceux-là sont plus nombreux encore, qui demeurèrent manuscrits.

Mais ce qui fit la grande célébrité de Vintras dans le cerclo, déjà important alors, des amateurs du merveilleux, ce furent les prodiges qui éclataient autour de lui, et sur toutes choses, l'api^arition d'hosties sanglantes, partout où il montait à Tautel.

Des dessins bizarres et des signes inconnus apparaissaient en caractères de pourpre sur des hosties immaculées quelques instants auparavant ; un vin dé- licieux ruisselait dans les calices, devant nombre de témoins sans trêve renouvelés; d'un tableau représentant une desconte de croix, le sang découlait, rouge et vivant, à la grande stupeur des magistrats chargés

d'une enquête * ; les cloches sonnaient d'elles-mêmes,

^ Ceci est l'affaire de Rosette Tamisier, à Saint-Salurnin-les-Apt (1850-1851). Nous reproduisons le portrait de celte extatique et le croquis du tableau miraculeux, qui attira tant de curieux et de pè- lerins dans la chapelle du château.

Les 10 novembre, 13 et 16 décembre 1850, Rose Tamisier étant en prière dans la chapelle, on voit le tableau se couvrir de sang. CSe liquide mystérieux (que des médecins — notamment le D^ Clé- ment — ont analysé à Téprouvette et au microscope, et dont ils certiOent l'identité chimique et physiologique), ce liquide semble découler du flanc droit du Sauvt^ur. M. Grave, sous-préfet d*Apt, accouru pour faire cesser ce qu'il considère comme une mascarade, \érifie le miracle dans de telles conditions d'évidence, qu'il en signe le procèsverbal. Il y a longtemps que le maire et le curé de Saint- Saturnin se sont déclarés convaincus. D'autres agents de l'autorité — onicicrs municipaux, capitaine de gendarmerie, etc. — constatant également la réalité du fait, signent une attestation en règle.

Quand le phénomène est sur le point de s'accomplir, la cloche de la chapelle, spontanément ébranlée, sans que nulle main humaine en ait touché la corde, convoqu»? d'elle-même les fidèles à la vérification du prodige.

Les mômes faits se reproduisent encore, le 19 et le 21 décembre.

L'émotion est immense; on accourt de très loin : les pèlerins se pressent dans les auberges du pays, qui regorgent et ne désemplissent pas.

Finalement, l'autorité épiscopale intervient, déclare qu'il n'y a pas miracle (il suffisait, bien entendu, que Rose Tamisier fût suspecte d'affiliation à l'église de Vintras, pour qu'on s'obstinât à nier les faits en dépit de toute évidence). —Bref, la cabale religieuse l'emporte, et Rose, arrêtée, se voit traduite devant le Tribunal correctionnel de Carpentras. Malgré tous les eiïorls du ministère public pour établir la fraude, malgré la pression exercée sur les témoins, on ne peut absolument découvrir aucun indice contre « la sainte » : c'est le nom que donne à Rose la province fanatisée. Le Tribunal, qui d'ailleurs croit sans preuves à la mauvaise foi de cette pauvre fille, se déclare incompétent (jugement du 3 septembre 18*U).

Chose incroyable! le gros argument du Procureur de la République, pour établir qu'il y a jonglerie et non pas miracle, c'est que, dans le dernier phénomène observé, le sang paraissait rigoler de bas en haut, contre les lois de la pesanteur. Ainsi, ce profond logi-

Ji36 LE TBMPLB DE SATAN

Que Viutras fût un thaumaturge puissant, nous ne saurions le mettre en doute. On nous dispensera de rééditer les détails extrêmement curieux, précis et complets, que Tabbé Constant fournit sur Pierre- Michel, dans son Histoire de la Magie (pp. 480-490) et surtout dans sa Clef des Grands Mystères (pp. 150 166 et seq.). Rien n'est mieux établi que l'authenticité parfaite des phénomènes, si ce u*est l'origine médiumnique et nullement céleste de ces prodiges.

Éliphas est fort peu tendre pour le pontife, — et il a raison .

Ily a quelques années, notre éminent ami, l'abbé Roca {qui, tout en rejetant avec fermeté la partie anarchique et inadmissible des dogmes de Vintras, admirait la puissance et la profondeur d'intuition que cet étrange prophète manifeste par intervalles), l'abbé Roca nous fit tenir quatre pages manuscrites de la main d'un vieux prêtre, qui fut un des plus fidèles sectaires deTilly-sur- Seules. Récit évidemment erroné de diverses circonstances qui signalèrent une visite rendue à Vintras en mai 1861 , par Éliphas Lévi, — ce factum enregistre les soi-disant remords du mage, soudainement pénétré de la grâce divine et saluant dans l'Œuvre de la Miséricorde la plus sublime des manifestations providentielles.

Au bas de la quatrième page, on lit cette note, de la plume du Chanoine Roca : — « Prière à M. de Guaita

cien — posant en principe la possibilité du miracle — pari de ce fait qu'il est plus surprenant encore qu'on ne supposait, pour conclure qu*il ne peut y avoir eu miracle!

de vérifier si le jugement critique porté par Èliphas Lévi, sur les doctrines du Garmel, est antérieur ou postérieur kceiieconversation, et si le pamphlet dont il est question ici, et que condamne Eliphas lui-même (1), ne se confond pas avec ledit jugement, tel qu'il subsiste dans ses écrits. Ce point est très important pour moi. »

A cette heure, Éliphas est mort; il est facile de le faire parler.

Malheureusement pour le narrateur de la fameuse entrevue, la Clef des Grands Mystères, où Vintras est exécuté de main de maître, vit le jour dans cette même année 1861, où l'abbé Constant, de passage à Londres, en compagnie de son disciple polonais, le Comte Branitzky, n'avait su résister à la tentation de lui exhiber un prophète : tous deux étaient allés voir Vintras. L'abbé Roca peut lire en outre, à la page 203 de la Science des Esprits, paru en 1865, cette phrase décisive : « Une voix sort du mur; elle nous parle. Nous ne savons pas d'où elle vient. C'est saint Michel I dit ce pauvre Vintras ;c'es{ le Diable! s'écrie ce méchant M. de Mirville, qui s'indigne d'être appelé bon, et tou^ deiuv écrivent de gros livres. Mais enfin, que disait cette voix? — Des pauvretés ^ et alors ce n'est pas saint Michel; des vulgarités, et alors ce n'est pas le Diable. »

Il est difficile d'être plus formel; mais nous avons mieux à offrir à notre ami, l'abbé Roca, c'est-à-dire des preuves plus concluantes encore.

Nous avons déniché en 1886, chezBaillieu, 53, quai des Grands-Augustins, un exemplaire du Glaive sur Rome et ses complices (Londres, Dulau, 1855, in-8).

Ce volume, Tun des plus dithyrambiques qu'ait écrits Vintras, provient de la bibliothèque occulte d'Éliphas Lévi. Ses marges sont criblées de notes autographes très curieuses. Au verso du faux titre, on lit dix vers, également de la main d'Éliphas ; nous les croyons iné- dits et c'est pour nous un plaisir d'en offiîr la primeur au public' :

Éliphas Lévi étant, à notre gré, l'une des plus grandes intelligences du \ix' siècle, nous ne voulons pas perdre une si belle occasion de fournir aux curieux un spécimen de son écriture.

Qu'en diles-vons, mon cher abbé? Vous êtes prié <le prendi-e la date en bonne note: 1864. — Voilà comment, en 1861, Viulras a converti Gonstanl.

Désirez-vous plus encore? — Je puis, pour votre instruction particulière et l'édification de tous les occultistes, cueillir quelques-unes des notes marginales dont Eliphas a bigarré ce livre. Elles sont assez piquantes pour valoir les honneurs de l'impression.

Plusieurs pages de Vlnlroduelion portent cette mention approtialive : Bien. — A la page 1, cette phrase : Ici commence le galimalias. — Pages 11 et 12 -.Impiété, ignorance, bêtise et

détire Cette satire du plus beau de tous les cultes est

ignoble et sotte. — A !a page 17, où l'auteur parle « des riches trépieds » où brûlent des <> dêsiiifcctanls », Constant ricane en marge: Camphre et phénol Bûbœuf. — Page 23: Fureurs slufiiUes contre un doiime qu'il proclamera lui-même. — Vinlras disant, à la page 30, » que Dieu n'a eu recours à aucunes molécules » pour ert'er le monde, on lit en marge ; O M. Prudhomme.'... Ex nihilo nihii. — Page 37 : Galimatias double. — Page i'9 : Cancans de portier. — Page 315 : Ceci, mieux écrit, serait très beau '. — Page 249 : Quelle abominable frénésie! —

Page 290 : Prose en pers blancs Ce n'est pas un sti/le, c'est

une scie. — Vintras s'écriant [mfime page) : « la vie des prophètes, appartenant à tous, n'est vraiment lourde que pour eux, i> Éliphas «ouligiie et observe que leur prose l'est pour les autres! Viulras invoquant » l'Elernel né de Dieu [sic] », Ifliphas s'exclame, en véritable enfant terrible qu'il est parfois : Net de Dieu! S... de Dieu! — Page 296, il ajoute : liien n'est hideux comme ces ébauches ou plutôt ces débauches de poèmes sacrés, et ces vers blancs, eérilablement cadacèreux, qui font la yrimaee et a'applatissent, comme des fœtus mal eonseroés. — Page 302 : Comme il déteste les prêtres, ce faux pontife de iorguetl et de la folie! — l.a page 304 présente cette fine appréciation marginale : Il y a du beau dans ce i/alimaiias : c'est comme du soleil d travers un carreau crotté ! — Vintras vaticine (page 320) : <• Vous

Nul parti pris, comme on peut voir.

«m*z TTi jf» !imii ruH^suiM nr fm mac •:

•r»s «îTirit^îis . SIîpiu» i iflie : parîrmt dm rmatMor : -ir.

m m ▼ it • • De* iistrroos un Mtfwnt Ibbt "rô à smiBr fi

'f -lOL «oiiii^xic ex naos -fit enr wnfce ist la. avor 'ie fieir

ati r^gtT'i II? rauT im ^iS^nuatL \tssr •:fEar«!tIienriiB»^ie (âeiiKM»'»

OHU>ranc : ù-i jtziz^lc P -fr*^ :a.;isr«tfte. iC ce Jai« «Mcor; o^

iif rv-*r Vjtt !>iii: Alc^. pfjor'piai ff«:ix-ra ja'^pi flroÂf 'ffli^CK

Elh bi'ra. ai<>a cher cfaaxiome. que tcnb ett semble? Et ir^juT-rz-TOfiâ p«»rçmpcûire Ia nèpoose d*iizi dis^ ciple d'ÉIiphas au facCiim d'an disciple de Pierre

>* :us âTioQs à cœurd'ab^-ja.lrç la mémoireda snnd

par [-^ LU'îirr** d-» :a 0?aiiniïii«» !*TI . -ioatteraft à piMiser •^n'EÎH aaqori 1 tra^t «t:* aot* : <« Là IriT»^» de ccurtiaan qai rtMuit sur •«rr'ra Ç4.« ►!* r»a«ii<r coatrç l'anr* ^fit^rmiDatear: La cnxi «fot >oaL:iva* p4< -^ ie cette p:ira*«?. izi prîmes en IS53, paraît, à toat pf«Mi<ir*;. ifiranzemect pr«>ptiêti-7ue.

ïiagiste d'un pareil soupçon d'infamante résipiscence. Ce devoir accompli, nous enregistrons volontiers un fait dont on ne saurait disconvenir ; il s'agit de l'irruption, partout où Vintras séjournait, d'un véritable tourbillon de folie, entraînant tout : hommes, b^les, et jusqu'aux choses inanimées; déracinant les convictions les plus atfermies, affolant les plus belles intelligences, faisant dévier de la foi catholique les Docteurs les plus austères et les plus éprouvés '.

M. Madrolle, théologien fameux et fort disert, l'abbé Charvoz. curé de Montlouis-les-Tours, ne sont pas les seules défections tapageuses dans le parti catholique. L'abbé J.-F. André, auteur de l'Affaire Tamisier (Garpentras, sept. 1851, in-12, fig.), s'en explique avec terreur : — « Peu à peu, dit-il, la secte, une des plus séduisantes qui aient paru, s'est glissée partout comme un cancer. Des hommes honorables, des ecclésiastiques estimés se sont enivrés au dangereux calice. L'abbé Léopold Baillard, du diocèse de Nancy, a entraîné un nombre prodigieuxde prosélytes. La mystique société a produit tous les prétendus saints et saintes porteurs de stigmates sanglants — on en compte aujourd'hui plus de trois cents en France. — les visions, les apparitions, les incidents de Béelzébulh et de Behémol et d'autres choses encore. » (Page 5.)

I C'est saas doute en parUnt de celle règle générale, qae ('«aleur du /actum TanUisiste dont il vieDt d'êlre question, met uoft scrupule dans la bouche d'Êliptias ceUi^ phrase incroyablp : » On m'acaitbien dit — nevoyes pas Pierre-Michel, parce qu'il ooua ëéduira ;je cous assure que Je sais parfaitement gagné!

Et plus loin : « L'influence magnétique de VOrgane est sans bornes ; d'un mot il bouleverse les têtes. »

Le duc de Normandie — en d'autres termes, Naûndorf, le prétendu Louis XVII — s'était converti d'autant plus aisément à la nouvelle secte, que son adhésion était intéressée. Le prophète lui prédisait que Dieu l'asseoirait sur le trône de France, et qu'il serait le Grand Monarque.

Car il faut vous dire qu'il y a un emploi de grand monarque, dans la sacrée boutique d' « Élie ». A part les noms angéliques attribués à tout élu du Garmel, à part les ministères qui font entrer chacun dans l'esprit et la vertu d'un grand personnage des livres saints (Abraham, Melchisedech, Daniel, Élie, Jean- Baptiste et même Joseph et la sainte Vierge), il y a dans l'Œuvre de la Miséricorde une profusion de litres, qualités, noms, prénoms, surnoms, etc., à donner le vertige. On sait que les faux mystiques ne détestent point se distinguer par de glorieuses dénominations :

Quand on prend du galon. Von n'en saurait trop prendre.

Bref, sans songer à établir même l'esquisse d'une classification, si générale soit-elle, je vais citer pêlemêle quelques titres éliaques. En tête il faut nommer la grande héroïne du Garmel, la Jeanne du Salut, qui « introduira le Grand Monarque » [sic). Il y a encore trois Jeanne mystiques : Jeanne du Fouet, qui chasse les démons ; Jeanne de V Etoile, dont le rôle est de montrer le chemin du Marisiaque; enfin Jeanne du

Lys, dont la mission est de s'unir du pur amour avec iesplusgranls saiiils. Il y a également trois 7os(^jj/iH(e. Puis viennent les pontifes de Cordiale et Sainte Effusioji, de Cordiale et Sainte Unification, de Prudence, d'Adoration, de Sagesse, de E^génération, etc. Enfin les catégories des âmes, que le prophète a su répartir par provenances angéliques : les Glaivataires {sic), les Virginitaires , les Voxalaires, les Donataires... Voilà quelques spécimens du répertoire sacré des Fils de la Miséricorde. On me fera grâce du reste...

Qu'il me suffise d'ajouter que la sainte Vierge habite Loches, et que Molchisedech va tous les soirs fumer son cigare sur le pont de la Guillotière.

On en sait suffisamment à celte heure sur le comple d'Eugène Vintras et de sa secte, pour qu'il soit possible d'en venir à la doctrine et aux œuvres de l'infâme sorcier qui se flatte de succéder à ce grandiose aventurier du mystf^re.

La tâche que j'assume comme Rose ^ Croix est aussi triste que répugnante; mais je la considère comme un devoir.

L'Ordre kabbalislique de la Rose ^ Croïi' n'a-l-il pas inscrit, en tête de son concordat, la mission qu'il se reconnaît et qu'il proclame, de combattre la sorcellerie partout où il la rencontre sur sa route, de la

' L'Ordre kalibahstique de la Rose ■!« Croix ne doit pas Être coofoodu avec le Tiers-ordre de la Roue-Croix eathùHque, ré- iremment insttluipar Joséfbin Pëlida». — Aucun lien n'existe entre euï.

J

ruiner dans ses œuvres et de l'annihiler dans ses résultats ?

Les Frères se sont engagés d'honneur à poursuivre les adeptes de la Goëtie, soi-disant mages dont l'ignorance, la malice et les ridicules décrient nos mystères, et dont l'attitude ambiguë, non moins que les doctrines scandaleuses, déshonorent la Fraternité universelle de haute et divine Magie, à laquelle ils revendiquent effrontément la gloire d'appartenir.

Puisqu'ils ontl'audacede se dire des nôtres,nou8 aurons la hardiesse d'arracher les masques de dévotieuse vertu dont ils se parent, et, les révélant à tous dans leur hideur inavouée, de les traîner au grand soleil :

Nous les avons condamnés au baptême de la lumière !

Qu'on ne vienne pas nous parler, à leur sujet, de mansuétude et de charité chrétiennes: nous en manquerions à coup sûr, si nous laissions ces Satans faire en paix de nouvelles dupes et grossir le torrent pestilentiel de toute abomination mystique !

Qu'on ne nous taxe point d'exagération : nous serons réticent !

Qu'on ne nous soupçonne pas de calomnie : les calomniateurs ont coutume de nommer celui qu'ils dénoncent, et leur dénonciation reste anonyme ; quant à nous, à l'inverse, nous ne livrerons pas le nom véritable d'un goétien de la pire espèce ; mais c'est sans crainte que nous signerons le nôtre : Stanislas de Guaita ^'.

Que le pontife d'infamie garde donc le domino du pseudonyme : nous ne lui en laisserons aucun autre.

Noire but n'est pas de flétrir un homme, si misérable et si criminel soit-il. Notre but est de dénoncer à l'inquisition du mépris public une doctrine abominable, qui n'a séduit, hélas! que trop de naïfs... Notre but est de confondre une secte honteuse ', im ne compte aujourd'hui qu'un trop grand nombre de prosélytes pour la plupart égarés et d'adhérents, presque tous irresponsables...

Le disciple actuel d'Eugène Vintras, qui se donne pour le légataire spirituel du prophète, le continuateur de sa mission et l'héritier de son pontificat suprême -,

■ M ne faudrait pas croiru que la secte du Carmel de Baptiste — sorte de lupanar mysliquR — constitue un fait isolé, une anomalie dans l'histoire cotiLemporaine des aasociations religieuses.

Nous lisuDs à la page 1S3 du remarijuable ouvrage de M. ie D' Gibier, ['Analyse de» choses, qu' " L'n écrivain anglais de talent... avait réussi â fonder en Orient une communauté, où se trouvaient un certain nombre du Jeunes lllles et femmes anglaises ou américaines de bonne société.

u l.a communauté (poursuit l'auteur) avait, et a encore, au moment précis oi^ J'écris, des adtiérents et des adhérentes en Europe, même à Paris et en Amérique : J'en connait» quelques-uns, des deux sexes. Eh bien! derrii're le piélisme et le mysticisme raffiné des adeptes, se cachaieul, et se cachent encore, les pratiques obscènes les plus dégoûtantes, élevées à la hauteur d'un principe et d'un culte ad majorem Dei gloriam.

« Après ta mort du faux prophète, ses disciples se préparaient h répandre, par initiations occultes, les doctrines qui leur avaient été secrètement confiées et aprùs les précautions que l'on devine ; ua convoi de Jeunes gens des deux sexes, quelques-uns mariés, se pré- paraient à partir pour lu Levant, lorsqu'une Jcunu néophyte du nouveau Priape onanique eut les yeux ouverts h temps : le charme de la suggestion était rompu. Elle lit, avec une grande abnégation, tout son possible pour réparer la mal accompli et l'empêcher de se perpétrer à nouveau, (jrâce i elle, aujourd'hui l'association est en train de se désagréger. »

~ II faut ajouter, pour être vrai, que notre hiérophante n'est que

est un défroqué sexagénaire, docteur en théologie, naguère un des flambeaux de la casuistique.

De même que Vintras prétendait incarner Tesprit du plus illustre nabi d'Israël et signait Élie ! — ainsi son disciple se vante d'incarner le précurseur de la loi chrétienne et signe volontiers — Jean^-Ba^tiste I

Encore est-il des cas où, persuadé qu'en vertu du principe assez commode des unions spirituelles, il fusionne hypostatiquement avec un certain nombre d'autres personnages, il signe — Jean-Baptiste, Élie, Gabriel, Daniel, Abraham...

Ce n'est plus un homme : c*est un consistoire incarné !...

Jean-Baptiste fut condamné, dès le commencement de 1887, comme sorcier et fauteur d'une secte immonde, par un tribunal d'honneur initiatique, secrètement constitué pour connaître de ses œuvres et de ses doctrines.

Cette condamnation, qui portait la mise au jour de certaines pièces, lui fut aussitôt signifiée par une lettre donnait au coupable le temps de la réflexion et du repentir... En dépit de l'avertissement, il n'a pas discontinué de faire des prosélytes et des victimes.

Souverain pontife sehismatique du Carmel cTElie. La plupart des églises carinéliennes se sont séparées de lui, à des époques difTé- renies et sous des prétextes divers ; la grande majorité des Pontifes

Ta renié formellement

Dans ces circonstances, il semble prudent de ne pas généraliser nos accusations, et encore que tout héritage venant de Vintras nous soit à bon droit très suspect, noua n'affirmons rien quen ce qui touche Jean-Baptiste et son école.

MODBRMES AVATARS DU SORCIER 447

On dévoile donc aujourd'hui partie de ses œuvres ténébreuses, mais sans le flétrir nominativement. Il suffit qu'à l'avenir, dupes et victimes possibles soient mises sur leurs gardes.

Le personnage n'est pas totalement inconnu dans le monde de roccultisrae. Pour éviter de livrer son vrai nom, tout en le désignant de telle sorte, qu'il soil aisé- ment reconnu de tous ceux que désormais il tenterait de séduire, nous lui donnerons le pseudonyme de Docteur Baptiste. Bien plus, désireux de nous conformer loul à fait à la tradition catholique de la rigueur envers les œuvres, sans préjudice de la modération à l'égard des personnes, nous tairons jusqu'au lieu où se dresse le Carmel du pontife incriminé. Bornons-nous à dire que ce dogmatisant habite une des grandes villes de France.

L'atlaire du Docteur Baptiste a été très soigneusement et très minutieusement instruite. Les volumineux dossiers' de dépositions, de preuves et des pièces

' Ces dossiers, qui sont en nos mains, rpnferraent nolammcnl : !■ une collcclion de lettres aiitograplies du pontife (plus de iSOO pages des formats ia-4 et in-8) : correspondances avec W" Maria M.,., avec Oswald Wirth, avec Hené Caillié ; — 2» uu très grand nombre de brochures, la pluparl manuscrites ou autographiêes, quelquesunes imprimées ; — 3> quarante et quelques pages iu-4 des dépositions de M'" Maria M..., contresignées par M. Wirtb ; — 4° quelques lettres à notre propre adresse, comme à celle de plusieurs de no» amis; — 3° des notes sur Baptiste, de provenances diverses; — 6° des livres et des manuscrits de sacriilces cl de liturgie éliaque, etc..

Presque loutes les lettres qui condamnent le Docteur sont de »a propre main et signées de lui; d'autres sont de la plume de M. M... (l'hôte généreux iju^. pratique en sa faveur l'hospitalilc & la mode écossaise), mais apostillées par le Docteur. Nous les possé- dons loutes en original. Donc, pas d'erreur possible.

448 LB TBMPLfi DE SATAN

à conviclion sont déposés aux archives de la Rose >^ Croix ; publiés, ils rempliraient sans peine deux volumes in-folio...

C'est dire que nous n'en pourrons citer que d'infimes extraits ; du moins tâcherons-nous de les choisir significatifs et probants.

Précisons d'abord en quoi consiste le grand arcane du Carmel, son mystère de honte et d'iniquité. Nous' ferons la preuve ensuite, pièces authentiques en

main Cette méthode présente un grand avantagea

elle nous dispensera tout à l'heure de commentaires explicatifs, à chaque ligne de nos citations : mis au fait, le lecteur comprendra tout sans effort.

Oal'a vu. L'homme à qui le Docteur se flatte de succéder n'était point le premier venu, comme thaumaturge ni comme mystique.

Vintras, qu'une pénétrante intuition mit à même de plonger dans certains mystères — dont il travestit ensuite la notion, en les accoutrant, au gré de son imagination maladive, des plus incroyables oripeaux, — Vintras avait fort bien saisi la loi de gradation biologique qui, soudant l'un à l'autre tous les chaînons des existences minérale, végétale, animale, hominale, céleste et spirituelle, fait monter des gouffres de la matière (où croupit, dans Tinconscience, le plus infiine instinct) la chaîne ininterrompue et progressive de la vie universelle, qui s'élève, de règne en règne, de sphère en sphère et de hiérarchie en hiérarchie, pour aboutir enfin au pied du trône même de l'Unité.

Vintras connaissait mal le mécanisme de Vlnvolution, ou descente (par sous-multiplication) de TEsprit dans la Matière; mais il paraît certain, je le répète, qu'il avait compris le mécanisme de VEvplutioyi répercussive, ou du retour synthétique des sous-multiples spirituels déchus, s'affranchissant par efforts succesifs des entraves matérielles, pour se réintégrer au sein de la céleste Unité, qui a nom le Verbe éternel.

Gela posé, l'on concevra que l'œuvre du salut, dans la doctrine du Carmel, consiste :

1*" Dans la Rédemption indwiduelley qui n'est autre que l'ascension de la monade humaine, évoluée à travers les étapes d'un progrès indéfini, jusqu'à la parfaite restitution de cette monade au giron de l'Unité- mère, d'où jadis elle émana ;

2* Dans la part que prend chacun à la Rédemption collective, en prêtant assistance aux autres monades adàmiques (soit humaines, soit élémentaires — c'est- à-dire non encore évoluées au stade hominal), à cette fin de « leur faire gravir, échelon par échelon, l'é- chelle ascendante de la vie », et finalement do les assumer avec soi, dans son propre essor vers l'Unité.

Ces vues sont correctes ; mais voyons quelle adaptation le Docteur Baptiste fait de tels principes orthodoxes à l'ontologie religieuse, à la morale et particulièrement à la célébration du culte éliaque, ou néo-chrétien.

Le dogme suprême et secret du Carmel, tel que nous Talions dévoiler ici, rejsort déjà virtuellement de la doctrine primitive d'Eugène Vintras; Jean-Baptiste n'a fait que l'amener à son plein développement. Ce Doc-

450 LE TKMPLB DE SATIN

teur est logique; il est même, en son genre, un sérieux théologien *. — S'il n'a pas le génie de son maître, il a su déduire, des prémisses posées par lui, les plus extrêmes conclusions.

Quoi qu'il en soit, il paraît oiseux de débattre ici la responsabilité imputable à chacun. Que Vintras-ÉUe ait été plus ou moins loin, peu nous importe. Qu'il se soit arrêté là, que son disciple ait poussé jusqu'ici, nous ne saurions nous attarder à ces distinctions, pour nous sans intérêt. Exposons la doctrine carmélienne, telle que l'enseigne le Docteur Baptiste : sous la garantie d'un serment de discrétion absolue. Dénon- çons les rites de son Église, tels que ses fidèles les célèbrent : dans le plus inviolable secret.

Le carmel éliaque admet donc l'ascension rédemptrice des êtres — depuis le plus infime jusqu'au plus glorieux — sur l'échelle progressive de la vie.

Cette ascension, avons-nous dit, peut se concevoir à deux points de vue : individuelle et collective.

Chacun doit en conséquence : 1* travailler à sa propre ascension; 2^ participer dans la mesure de ses forces à l'ascension générale des êtres.

Mais en quelle sorte? Et d'abord, par où s'y prendre? Posons des principes.

Il est de règle absolue que nul ne peut donner que ce qu'il a.

Donc, il faut acquérir avant de vouloir donner; il

Il pa<isait autrefois, paraît-il, pour un des maîtres de i*exégèse.

faut « se célesti/ier » avant de prétendre aider son prochain à revêtir la nature céleste.

Donc, l'ascension collective se subordonne à l'ascension individuelle, qui est le premier devoir ^

Ce devoir, comment l'accomplir ? Nous touchons au grand secret du Garmel.

C/est par un acte d* amour coupable que la chute édenale s'est effectuée; c'est par des actes d'amour religieusement accomplis qu£ peut et doit s'opérer la Rédemption.

N. B. — Le Docteur Baptiste, acceptant au pied de la lettre l'ingénieuse allégorie du Talmud (reproduite au livre de Zohar^), enseigne que l'humanité s'est dégradée par un double adultère, dans les personnes d'Adam, souillé aux caresses de Lilith, et d'Eve, flétrie au baiser de Samaël: ainsi la vitalité corporelle du premier couple fut infectée dans sa source même, par le ferment de la concupiscence, qui s'y mêla... La preuve en est dans la sentence de ré- pression fulminée par l'Eternel. Ne dit-il pas à la femme : « Tu accoucheras dans la douleur? » C'est ainsi qu'Eve fut punie, suivant le proverbe — et litté- ralement — par Oïl elle avait péché.

Poursuivons notre exposé de la Doctrine carmé- lienne.

^ C'est de ce principe que Too conclut à la nécessité d*une purification, avant de se livrer aux actes vivifiants (voir plus loin). * Allégorie exposée dans notre chapitre i, page 72.

L'union des sexes, restitutive de Tandrogynat (qui fut Télat édénal) a pour étemel symbole Tarbre même de la Science du Bien et du Mal.

G^est la clef des ascensions, comme aussi de la déchéance.

L'intention droite ou perverse divinise runion des sexes ou la marque d'un stigmate infernal ; les consé- quences de cet acte sont, suivant les cas, la vie ou la mort. Anormale ou contraire aux lois de la sainteté, l'union d'amour constitue un crime infâme et dégradant ; normale ou conforme à ces lois \ elle est pour rhomme Tunique voie de réintégration aux droits primordiaux de sa nature: c'est le Sacrement des sacrements.

Le rapprochement sexuel peut donc s'effectuer en mode infernal (comme au paradis terrestre, où s'accomplit la chute d'Adam-Ève) ou bien en mode céleste (comme on le pratique dans le Saint Carmel, dont le nom seul veut dire : chair élevée en Dieu).

Le Docteur Baptiste et ses fidèles s'unissent d'amour sur tous les plans et avec les êtres de toute hiérarchie : 1° avec les esprits supérieurs et les élus de la terre, pour « se célestifier », acquérir soi-même des vertus et ascensionner'^ individuellement ; 2^ avec les profanes et les esprits inférieurs, élémentaires, animaux.

^ Nous verrons toiil h l'heure que ces lois sont merveilleusement élastiques.

2 Nous dirions ascondre, si nous ne voulions offrir au public un spécimen du vocabulaire en r.«a?o au <^armel. — Avec ses docteurs» il faut se faire à toules les surprises.

à cette fin de " célestifler » ces pauvres natures déchues, de les faire participantes des vertus acquises. enfin de leur faire gravir, degré par degré, l'échelle ascendante de la vie.

C'est là ce que Jean-Baptiste appelle le Droit de procréation, privilège sacré, qu'il considère comme le plus sublime apanage de l'initialion au Saint-Carmel.

Tous les règnes de la nature sont ouverts au néophyte, qui reçoit, par le fait de son entrée dans cette religion, l'investiture du droit délégatoire de pro-création : son rôle est désormais de faire monter, à tous les êtres en voie d'évolution, l'escalier de la nature universelle. Il jouit pleinement de la sainte liberté des enfants de Dieu '.

Hors des unions, point de salut. Tous les hommes, dans la secte, possèdent toutes les femmes, et réciproquement. Ce communisme de l'amour fait partie inté- grante de la religion : l'autel est un lit; l'hymne sainte, un chaut d'universel épithalame ; le baiser est un acte sacerdotal et qui s'étend à tous les êtres : il se multiplie en s'épanouissant, comme une fleur vivace, à travers toutes les sphères concentriques des natures visible et invisible.

Le problème, on n'y saurait trop insister, se pose donc en ces termes : — I" s'unir d'amour aux êtres supérieurs, aux égrégores des hiérarchies lumineuses, aux saints élus, pour asceudre soi-même : et ce sont

1 Celle liberté est le droit des élus; mais il est formeliemenl enseîfiné plus loin que le droit du ui^ophvlu est celui de l'élu. Ne faut-il pas que I' " apprentissage " soit rendu possible?

les unions de sagesse; — 2* s'unir d'amour aux êtres de nature inférieure, aux esprits élémentairesy aux humanimauœ, pour les faire ascendre avec soi : et ce sont les unions de charité.

Le tout est de leur faire monter Péchelle, sans risquer soi-même de la descendre...

On voit où conduit cette doctrine, en morale et en sociologie religieuse : — 1* à la promiscuité sans limite, à l'ubiquité de l'impudeur ; — 2"* à l'adultère, à l'inceste, à la bestialité ; — S"" à l'incubisme enfin et à l'onanisme... érigés en actes inhérents au culte, en actes méritoires et sacramentaux.

Voilà donc la base dogmatique de cette religion, dont le temple apparaît un lupanar sacré, et dont la croix rédemptrice s'érige en lingham de chair !

Les nombreux extraits que nous allons fournir, et dont nous attestons sur l'honneur l'autlienticité parfaite*, mettront en lumière plusieurs dogmes fondamentaux du Garmel, qui se rattachent au droit de procréation — axe central autour duquel tout pivote : citons etitre autres la théorie curieuse des corps glorieux

Le lecteur est maintenant dans le cas de tout comprendre; il n'a plus que faire de nos explications. Désormais, notre rôle consistera surtout à rapprocher

^ Quand le moindre doute est possible, nous nous hâtons de le faire observer.

MODERNES AVATARS DI' SORCIER

des textes. C'est le Ponlife lui-même qui va prendre la parole; c'est lui-môme qui se trahira.

Mais avant de passer aux extraits, il nous faut rendre compte au public des circonstances qui ont mis dans nos mains toutes ces pièces à conviction; il faut qu'il en comprenne l'authenticité sans conteste, la valeur et la portée.

Lorsque nous croisâmes le Ponlife du Carmel sur notre route d'occultiste, il se donna franchement à nous — d'aucuns diraient effrontément — pour un adepte des plus hauts grades, un héritier des Maîtres de la Sagesse kabbalistique. De Vintras, tout d'abord, il ne fut pas question. Baptiste n'avait en bouche que la '< Tradition orthodoxe des sciences divines ».

Nous crûmes quelque temps à sa bonne foi, comme y crurent aussi plusieurs de nos frères, initiés à la même école que nous, et qui se mirent, vers la même époque, en rapport avec le Docteur. Quant à son initiation, elle ne tarda pas à nous inspirer une singiUière méfiance. L'homme nous paraissait encore sincère, que déjà nous étions désabusé sur le chapitre de l'adepte ; il nous semblait se faire illusion à lui-même. Et présentement que le personnage nous est bien connu sous tant d'aspects déplorables, quelques doutes nous sont restés sur ce point-lil. Il est certain qu'il a des heures de défaillance, où il s'écrie : — " Mais, pourquoi donc Dieu ne me confirme-t-il pas ma mission' parle

^ Dossier n^ i. — Oéposition de M"' Maria M..., supplémeDtj p. 43.

moindre signe ? Car je n'ai rien, absolument rien, qui me soit une preuve de ma grande mission. » Mais à d'autres heures, il se monte la tête, il se bat les flancs, et nous n'estimons pas impossible qu'il en arrive à croire à sa science, à sa mission, à son adeptat.

C'est en raison même de ce doute, qu'il nous a paru convenable de taire son nom et jusqu'à celui de la ville où il fait sa résidence. Nous n'aurions pas ce dernier égard pour un charlatan pur et simple, un vulgaire imposteur. Ces épithètes, il les mérite assurément à plus d'un titre ; mais peut-être son âme de faux prophète s'éclaire-t-elle par intermittences d'une lueur de sincérité...

Tant que nos relations se bornèrent à l'échange de quelques lettres, tout alla bien. Le « missionné du Ciel » se retranchait derrière les méandres d'un langage qui est celui de certains mystiques : ampoulé, filandreux et vague, parabolique et dévot, souvent énigmatique et toujours diflPus. Quand on procède par idées générales et qu'on élude toute controverse pré- cise, il est aisé de ne pas trahir son ignorance. N'avonsnous pas dit d'ailleurs qu'il ne manque pas d'instruction élémentaire, et qu'il est même, à son point de vue, un assez passable théologien ?

Bref, si nous gardions encore quelques illusions à cette époque, elles tombèrent vile, quand nous eûmes l'occasion de voir le prophète et de discuter avec lui. Sa conversation ne soutenait pas l'examen *. Il fuyait

^ Comme il avait interprété « suivant une révélation d'En-Haut »,

notoirement le terraio solide de la controverse. Mis au pied du mur, il se retranchait, soit derrii'-re l'impossibilité de traiter de pareils sujets au hasard d'une conversation à bâtons rompus, soil derrière la réserve que lui imposaient la prudence §1 les traditions mysté- rieuses de son école. 11 nous fit enfin l'aveu qu'il était le successeur d'Eugène Vintras ; nous dûmes réprimer quelque affreuse grimace, car il tint compte de no» répugnances, en ajoutant i> qu'on pouvait s'enlendro sur un autre terrain : celui de l'occultisme traditionnel 11. Nous lui témoignâmes aussitôt le plaisir que nous causait cette déclaration, car Vinlras nous était bien connu et jamais nous n'eussions pu saluer une autorité de ce genre.

Cependant de graves soupçons se faisaient jour dans notre esprit. Prudemment questionnés, deux adeptes de la secte avaient trahi quelque chose des arcanes d'ignominie... Quant à nous, désireux d'en savoir plus long, nous fîmes nos efforts à provoquer de nouvelles confidences. Les plus graves révélations nous furent faites, peu de jours après, spécialement par l'hôle du prophète, brave et digne vieillard, fourvoyé de la meil-

les symbole» conKlituUrs du PenUgramme d^lsillé (tel que le donne Éliphas Lévi), noua fîmes un Jour observer à Baptiste qu'il Iraduis&il par ' Esprits de l'eau et lilsprils du feu t deux « signes » qui étaient tout simplement le» noms d'Adam DTK fl d'Eve nin en hébreu. Sans se déconcerter le moins du monde, il nous Ql cette réponse mémorable (nous avons encore sa lettre) : — Vous acet parfaitement raison, au sens philosophique; mais au point de eue du sens de tOrdre dioin.je ne suis pas moins dans le vrai, de mon eàté!

leurc foi dans un monde interlope : il nous laissa pé- nétrer des mystères dont il ne concevait en aucune façon la gravité. Quand nous quittâmes la ville de X... nous étions fortement en éveil, sinon édifié sur le caractère du personnage

C'est alors que se précipitèrent certains événements imprévus, auxquels se trouva directement mêlé le Docteur Baptiste, et qui eurent pour premiers résultats de manifester son ignorance présomptueuse d'une part, de l'autre, sa vaine audace et sa froide perversité. Son âme fut mise à jour comme son esprit : tous deux se révélèrent conjointement, marqués du quadruple stigmate qui est la signature même de Satan : orgueil, impuissance, bêtise, envie.

C'était en février 1887. Une enquête fut ouverte par un tribunal vehmique. Ses débats n'appartiennent pas au contrôle de l'opinion, mais les présentes révé- lations sont executives de la sentence qui fut alors prononcée.

Qu'il nous suffise de dire qu'un de nos Rose ^ Croix, (chef pour Paris, du 2* degré de l'Ordre), M. Oswald Wirth, remit entre nos mains une volumineuse correspondance, qui levait les derniers doutes, touchant les mystères du Garmel.

M, Wirth avait fait la connaissance du Docteur en août 1885, par l'entremise d'une amie de Châlons, naguère encore fervente sectatrice du Carmel, M"* Maria M... De part et d'autre des relations s'engagèrent; de nombreuses lettres furent échangées.

M0DBRNE9 AVATARS DU SORCIER 459

Mis sur ses gardes, d'un côté par telle demi-confidence échappée à AT** Maria M..., de Taulre par certaines phrases équivoques et à double sens qu'il avait démêlées dans la correspondance de Jean-Baptiste, M. Wirth ne tarda point à deviner l'infamie du sanctuaire et l'immoralité du Pontife.

Dès lors, il conçut et prit à sa charge une mission double, et dont il s'acquitta par la suite avec une modération et une prudence également rares : désabuser M"' Maria M... et faire un coup de jour sur Jean-Baptiste.

Il joua donc près de ce dernier les disciples de la vieille roche, et ne laissa paraître ses véritables sentiments qu'en décembre 1886, quand le Garmel n'avait plus de secrets pour lui. M"* Maria M..., qu'il n'avait point eu grand'peine à convaincre ni à remettre dans la voie du devoir et de la raison, lui fut d'un précieux secours dans cette comédie discipulaire, qu'il sut conduire durant quinze grands mois. 11 amena doucement le Docteur à se trahir par sa propre plume. Ces lettres sont en notre possession, toutes écrites et signées de la main du personnage ^

Les premières n'offrent point pour nous un intérêt bien direct. Celle du 8 juin 1886 contient déjà de» données, qui, pour être encore vagues, nous semblent néanmoins dignes de trouver leur place ici.

« La délégation de la science pour faire ascensionner loa* len

Elles porieni même, amalgam/f« enM;mbl«, le nom myiitique du Docteur et son nom réel.

460 LE TBBiPLE DB SATAN

êtres el de la puissance qui n*est qu*une copaiiicipalion au«poa- \oir créateur, pour faire gravir aux êtres d'en bas les échelons pour avoir une vie de plus en plus parfaite, devait être TapaDige de la nature humaine ; et c*est par là que rhomme est, par droit de pro création, el doit être en fait par Flnitiation, revêtu de U royauté, qui est une association, par délégation, aux droits et i la puissance souveraine du créateur *...

« C'est ici, vous le voyez, que la loi logique nous amène à It question de la chute, par laquelle la nature humaine se trouve privée de cette royauté... 11 faut bien que tout homme avoue et confessé qu'en dehors de Finit iation, non seulement il ignore les voies et moyens de faire ascensionner les êtres, mais qu'il est lui-même sous la domination des lois qui le rendent esclave des vices et des passions.

« Le voilà placé dans une alternative terrible, qui ne lui ofl^ aucune issue, ce roi de la nature. S'il écoute la doctrine du catholicisme romain, il se dit obligé en droit à une continence absolue, et alors la nature en récolte lui inflige les plus terribles démentis, en se refusant plus ou moins à cette compression, que la nature humaine sent ne pas être conforme aux lois de son origine créatrice,

« Mais s*il cesse de prêter l'oreille à cette doctrine catholique, il n'a devant lui que des issues de corruption, qui le précipitent dans la voie des vices et des passions.

(c Tout cela avait attiré mes réflexions, et ce problème, semblable à celui du sphinx, pesait sur ma conscience comme un cauchemar. Je criai vers le ciel, afln de recevoir la solution de cette énigme...

« Il ne tàut pas entrer bien loin dans l'initiation, pour voir que la solution ne pouvait être que dans la voie de Camour.

« Ici donc se posait à son tour la loi des sexes, condition essentielle de toute loi d'amour, selon les lois constitutives de la nature humaine (sic).

« Pourquoi Dieu a-t-il opéré la division des sexes ? — Moïse dit le fait, mais il se tait d'une manière absolue sur la raison de ce fait. Cela était réservé aux seuls initiés,

« L'homme donc se trouve en présence d'un besoin dont LA NATURE LUI FAIT UNE LOI, et il ne Sait à cet égard rien de rien, ni sur la cause' du besoin qui le domine, ni sur les lois divines à suivre.

Excusons-nous près du lecteur de lui soumettre un pareil galimatias : il faut bien qu'il juge.

« Lft société lui oitore les portes du mariage ; mais que d^entraces sociales à cette condition, qui ne résogt hikm, pour ainsi dire, concernantle terrible problème.

>' Nous arrivons ainsi au cœur de uolre sujet : r.'eat ici où la Tiérilable Initiation commence. Nous sommes en face dea générations qui ont quitté la terre et qui liabilent celle armée de mondes qui roulenl dans l'immensité de l'espace... Comment établir des relations de vie aree les êtres de ces mondes T Et puis les uns vivent dans la [umiëre; les autres, au contraire, sont plongés dans les ténèbres. ConimenL se concilier les uns et éviter Wa autres ?.,.

" Et ceux qui oioent sur la terre, n'est-it pas possible d'établir des relations de oie avec les êtres qui se trouvent dans les mêmes dinicuUâs où nous nommes?...

« OM l'Initiation doit résoudre ce easie problème !

•> A coup sâr, ce problème est résolu. — Cher llls, vous êtes digne de le connallre et de recevoir ces sccri>ts que j'ai payés par les épreuves les plus terribles 1 Mais que j'aie la joie de pouvoir vous les transmettre par l'Iniliation.

<< Soyez béni des suprêmes bénédictions de celui qui est vie, lumière, amour vivifiant et réf^cnérant, pour transformer les élres ! » t Jean-Baptiste [Dossier l.—Z.e((/'erfw S Juin ISB6, pansim.)

Six jours après, une longue lettre apportait à M. Wirth de nouvelles révélations.

Le Docteur se répète de toutes les manières. Son style incontinent — liqueur filandreuse, saumâtre et d'une diffusion nauséabonde, — son style est gluant comme sa pensée. Nous ne donnons que des extraits épistolaires, encore sommes-nous obligés de les décanter constamment ' :

u Cbcr (Ils béni du cîel..., il ne faut pas conrondrc le droit de pro création avec celui de la génération, car il en est absolument distinct, et Ift pro-création est différente et indépendante surtout du droit et poucoir de génération.

< C'est-à-dire que nous élaguons les phrases inutiles ou redondantes, mais sans jamaiii changer un iota, comme on pense!

a La nature humaine ayant été divisée en deux sexes, le Droit de pro-eréation n'est possible à exercer que par le fir-

MENT DE VIE DES DEDX, A LIMAGE DU POUVQIB DE GéHÉRATIOIf...

(< Cest le Ferment de vie, produit daos Tétai de pureté et de lumière, que l'iniliation nous apprend à atteindre, qui fait asceasionner les êtres, par le Droit de pro création délégué par Dieu.

« Il est évident que, dans Vexerciee de ee droit et pouvoir de pro-eréation, les deux êtres, élevés par V Initiation à cette royauté, se trouvent dans la sainte Liberté des Enfants de Dieu,

i< La société a établi des lois pour le mariage, et cela avec raison. Mais à Végard du droit de pro-création, il ne saurait en être ainsi. Néanmoins, si des époux légitimes étaient initiés, il n'y aurait pour eux qu'une facilité plus grande à exercer le droit de pro-eréation : car celui-ci s*kxbrge tous les jours, tandis que la génération est soumise à des lois de la nature. ..

« Ces principes remis en mémoire, il reste à établir que le droit et pouvoir de pro création est licite aux initiés^ qu'il est conforme aux lois et aux règles divines, et qu'il re saurait être permis a nui. être d'incriminer l'exercice de ce imorr« EN aucun cas et sous AUCUN PRÉTEXTE, purcc quc Dicu le légitime

en face«,r des initiés Exercer ce droit est l'acte le plus

MORAL qu'il soit possible. . . en vue de faire ascensionner les êtres des trois règnes de la nature, par les ferments de vie dont ils * se sont rendus capables de faire une effusion, dans la lumière, la pureté, la sainteté et la bénédiction qu*ils ont su acquérir

« Ce pouvoir de pro-créalion, essence de la Royauté de la nature humaine, avec le droit de génération, ne saurait être recouvré sans une préparation. Et c'est ici où a été la plus grande difficulté de ma mission

« La Doctrine, en théorie, est possible par lettre; car c'est une voie de science : mais la science expérimentale exige et requiert de se placer sous Végide d'un maître qui surveille les voies

suivies »

« L'iniliation par pure théorie serait vaine et même dangereuse. Connaître les voies et les moyens de ce droit de pro-création... et ne pas en faire une application en faveur des êtres dont nous

1 Ils « les Initiés », non pas « les ttres », comme on pourrait le croire d'après la construction de la phrase. Du reste, le sens général est évident.

«ommes les rois par riailiBlioD, ce sérail le crime dea crimes, le forfait dea forfaits. Ce serait là ce crime contre le SaiDt-Espril,qui n'esl rémissible ni en ce inonde, ni dans l'autre ! Aussi, pour ëvilor ce malheur. Dieu ne permet pas l'Inilialiim parfaite à ceux qui ne t'accepteraient qu'en théorie et pas en pratique. »

{Dossier i. — lettre dunjuin i%m, fragment.)

Deux interminables homélies, datées du 10 el du 13 août 1886, sont en vue de réclamer de M. Wirth une discrétion à toute épreuve. M, WirLh devant, en effet, rendre visite à l'abbé Z*" — une nouvelle conquête du Garmel, du moins les sectaires se berçaient-ils de cette illusion — Baptiste n'était pas tranquille : il appréhendait vivement qu'une parole imprudente ou prématurée n'éveillât des scrupules dans la conscience de l'excellent prêtre, qu'il prétendait conduire aux unions tout doucettement el sans le brusquer. Déjà l'on n'avait été que trop vile en besogne avec cel ecclésiastique, l'objet de toutes les sollicitudes du Docteur. Ce qu'il écrit à ce sujet a bien son mérite :

<i Devant les cliirlés éblouissantes de laDoclrine de Vie, le

cerveau de notre ami (l'abbé Z"*), quoique si admirablement doué, volait en éclals; il se prenait la tête, en disant : " Arrélez-vous, je n'y liens plus ; mon cerveau éclate. " Or, si l'exposé de la doctrine produisait de tels effets, ooua comprenez qu'il était impossible, acant une préparation suffisante, de passer de

la théorie doctrinale à la mise en fpuores Vous le voyeï

donc, nous n'avons pas mfime abordé la question des actes, de la manière d'opérer. . . »

(Dossier 1. — Lettre du l'S août 18S6, passim.)

Quoi qu'il en fût de ces appréhensions et de ces répugnances, le Docteur Baptiste, jugeant l'abbé Z"" en bonne voie de s'apprivoiser, ajoutait, vers la fin de cette même épître :

« Voilà où en est notre ami... Il se prépare, se dispose, et c*esl là la condition indispensable au pouvoir de la pro-créatioo, à ses œuvres et à ses opérations de vie. Il ne va pas au delà, en ce moment.

« Pour vous aussi, il n*y a pas d*obstacle à cette préparation ; si vous le coulez, dites oui, et je ve charge de voos r faire pbi-

PARER ET DISPOSER, comme notre ami, sinon mieux encore

J'attendrai votre bonne réponse »

Je me charge de vous y faire ^préparer ! Qu'entendait par là notre Pontife ? — Une lettre adressée par

lui à M"* Maria M nous l'apprend : cette initiée

au Garmel, nous l'avons vu, habitait alors la même ville que M. Wirth. Or, voici ce que le Docteur lui écrivait, vers la même époque :

« Je vais poser ici les principes de droit éternel qui dominent la question qui nous occupe.

Premier principe, — LasainteLibertédesËnfantsdeDîeun'existe que dans le Uègne glorieux, et nul n*est dans le Règne glorieux que par la foi et la doctrine du Carmei;

« Deuxième principe, — Les apprentis, c'est-à-dire les appelés, ont les mêmes droits que les élus, les uns pour apprendre, les autres pour faire : mais ceci suppose Tacceptation du Garmel;

« Troisième principe. — La loi des Unions est Tarbre de la science du bien et du mal. Celles qui sont faites selon les lois de la dé- chéance conduisent à l'abîme; celles qui sont faites selon les règles divines ouvrent les voies de la destinée,- .

« 11 est facile, d'après ces principes, de connaître la ligne à suivre, concernant le prétendant à rappel (on devine que c'était M. Wirth!). S'il accepte la foi éliaque, s'il regarde la doctrine du Garmel comme vraie et divine, il entre dans les droits des apprentis, qui sont ceux des élus.

« Il est bon de procéder avec prudence, réserve et sagesse,

ET DE NR P\< NODS EXPOSER A ÊTRE MAL JDGÉS. VoUS aveZ VU COmme

nous avons réussi ici avec M. X... et MlleZ... ; mais c'est parce que nous ne nous sommes pas trop hâtés...

« A vous dire vrai, il me paraîtrait bon qu'il (M. Wirth) connût LA >'ÉRiTÉ PAR VOUS, ET MÊME LA PRATIQUE, mais VOUS savcz à quelles conditions, pour le bien et l'honneur du Carmei! »

Ainsi, voilà de quelle sorte le D' Baptiste voulait n'entra pas dans celle manière de voir. Elle s'était <îonstamment refusée aux unions, et pratiquait la reli- ^on carmélienne, à cela près. Le Docteur espérait toujours qu'elle viendrait à ses vues, et souvent il entrait dans de violentes colères, lui déclarant « qu'elle ne parviendrait jamais à rien, si elle ne se pliait à l'obéissance passive. Hors désunions, s'écriait-il, hors /ies unions y point de salut ! »

Une autre lettre du Docteur à M"** Maria M

prouve surabondamment que cette demoiselle, excellente somnambule, qu'il estimait en communication avec les Esprits de lumière, était opposée au régime des unions.

Un jour que les mamans célestes (sic) avaient, par

l'entremise de M"** Maria M , sévèrement flétri ces

pratiques, le Docteur, fort perplexe, écrivit à la Voyante une lettre impayable, que nous allons trans- -crire presque tout entière :

« Je vous remercie, Eve bien-aîmée, de la répoQse de nos chères mamans célestes.

« Qu'il me soit permis de vous mettre sous les yeux ma double situation, comme missionné vis-à-vis de moi-même, pour ma personnelle ascension, et comme missionné vis-à-vis des autres élus.

« Il semble qu'il y ait opposition entre ces deux missions, et cependant il faut que je les concilie :

« 1». — Je dois m'occuperde tout ce qui concerne mon ascension. C'est un devoir absolu, car je ne pourrai que donner ce que j'aurai acquis ;

w 2«». — Mais Jean-Baptisle doit aussi se multiplier par dix * (s/cî et s'il ne se multiplie, il ne fera rien et n'obtiendra rien.

« Mais alors, chère Eve, vous voyez le problème à résoudre pour Jean?

« 1*. — Si Jean ne s'occupe que de sa propre ascension, il peal bien aller dans la voie de sa propre perfection. Mais, dans ce cas^ il ne se multiplie pas par dix ;

« 2*. — S'il veut se multiplier par dix, comme c'est son devoir absolu, sous peine de n'arriver à rien ; dans ce cas, comment concilier les règles qui sont si parfaites pour l'ascension de Jean, avec It nécessité de se multiplier par dix f

« Voilà ce qui m'embarrasse : Je voudrais faire en tout la colonie de nos célestes mamans, car je sais que les règlei qu'elles donnent sont parfaites.

« Mais, Je cous Vavoue, je coudrais aussi me multiplier par dix. .

« La chère Madame S,.., au nom d'Élie, n'avait pas prèscrit des règles si sévères que celles de nos chères mamans célestes!...

« Ouvrez votre cœur à ces grands problèmes; priez bien et voyez ce que vous diront soit Élie, soit nos mamans eélesles...

« Jean-Baptiste... »

Rien h'est bouffon comme la béate perplexité et la mauvaise humeur contenue, que respire cette sorte de consultation épistolaire. Le ton doucereux et cafard^ le style fade et prolixe, Tabondance des répétitions — toutes choses écœurantes partout ailleurs — semblent au contraire décupler le comique de cette pièce réjouissante... Aussi, tenions-nous fort à la produire, contraint que nous sommes de passer sous silence une foule de détails des plus curieux. Notre cadre, en effet, se refuse à de tels développements. Force nous est d'en venir à la conclusion de la correspondance avec M. Oswald Wirth.

Mettre 1 dans le 0, — le phallus dans le cteïs.

Ce jeune occultiste qui, sur beaucoup de questions, en savait infiniment plus que le Docteur ', commen- çait à se lasser de lui départir les titres de «Mage sublime et vénéré, suprême dépositaire de la Vérité sainte, Initiateur céleste des enfants de la terre aui divins arcanes de la Lumière et de la Vie ! » ou encore ceux de « Sublime et illustre Maître, Missionné du Ciel pour la rédemption delà Terre, auguste ei puissant Hiérophante des arcanes du Saint-Carme! '■' ! » Car M. Wirth, ayant résolu de « faire parler » Jean-Baptiste, avait senti, avec une juste sagacité, qu'il ne pouvait conquérir la ciladelle de sa confiance aveugle, qu'en bombardant le donjon de son incommensurable orgueil

Bref. Wirth en avait assez de ce rôle ambigu; il statua d'en finir vers la fin de novembre 1886. II écrivit donc au prophète :

"... Au sujet des sublimes doclrines du divin Cnrmel, je crois que je reçois en ce mninent comme une révi^lalion de cette initialioD suprême, doal j'ai un si ardnnl désir de recevoir l'investiture. J'espère du mains que je ne suis pas te jouet d'une illusion, ou des manœuvres des mauvais esprits...

« Suivant [es intuilioas qui me vienaeal .l'Initié ne peut entrer dans la plénitude de sa puissance théurgique, que par son union avec une. personne du sexe opposé au sien... Mais cette union n'est

• Dès celte époque, en effet, M. Wirth avait pénétré quelques-unes des vérités ésolériques, qui sont encore perceptibles, quoique dé- formées, sous les symboles de la Franc-Mai;onnerie.

> Nous n'exagérons rien ; ces appellations sont textuelles. M. Wirlh, qui les variait avec art, ne manquait jamais d'en faire un étalage pompeui en têla de chacune de ses lettres au pontife. El ce benêt de s'y laisser prendre, comme un geai à la pipi^e.

468 LE TEMPLE DE SâTâK

pas le mariage ordinaire, dont le but est la génération. Ici il ot s*agit que de Tacte religieux par excellence..., mais il faut ooe préparation, une puriûcation préalable bien autrement sérieuse que pour la communion ordinaire; car c'est là le Sacrement des SaerementSj celui qui donne toute la vie, ou toute la mort

« Cet acte est, de plus, essentiellement libre, c'est-à-dire absolument indépendant des convenances physiques, requises en ooe de la génération... Tous les hommes sont les maris cT une même femme, et de même toutes les femmes deoiennent les épouse» d'un seul homme.

« Les affections ne sont pas individualisées, mais deviennent collectives; Fensembledes initiés ne forme plus qu'un seul homme et qu'une seule femme^ et ils sont constitués en cela à l'image de Dieu... «

La question était hardiment posée et la réponse devait être décisive. Elle ne se fit pas attendre. Mis de la sorte au pied du mur, l'hiérophante n'hésita plus à livrer sa pensée tout entière :

« Cher Élu aimél Vous avez très bien compris les voies divines où le Ciel vous conviait et oà il vous dirige f...

« Vous avez bien vu la condition du droit suprême de pro-création... Dans l'exercice de ce droit divin, au degré le plus élevé, nous sommes ce que l'écriture nomme des dieux : Ego dixi, dit estis !

« C'est là le sixième sens, qui a été perdu dans la déchéance, et dont il faut rentrer en possession faic.'). C'est là l'exercice de la royauté hominale sur les êtres des trois règnes de la nature, sur la terre et dans les mondes.

« Cest le Ferment de la vie, qui, greffé sur le principe de vie des êtres des trois règnes^ leur fait monter^ échelon par échelon^ Véehelle ascendante de la vie, voila, bien le sacrement

DBS sacrements, COMME VOUS LE DFTES SI BIEN.

« Mais nul ne peut être seul, dans l'exercice de ce droit de procréation : un seul n'a que des fluides. Le ferment de vie est la combinaison de deux fluides,

« Mais il est, dès lors, d'une nécessité absolue, que les deux opé- rants soient dans la condition d'élévation de la Royauté de la nature humaine.

« La loi logique nous fait clairement voir pourquoi la liberté desjlls de Dieu est, dans ces conditions, un droit absolu : c'est COMME CN ROI QUI PEUT SE MARIER AVEC TOUTES, m,ais à Condition que son épouse soit de race royale.

« Cette liberté, qui semble si grande à l'heure actuelle, où les filles royales sont si rares, n'a pas, vous le voyez, une grande étendue,

« Mais elle s'étendra, à mesure de V Initiation dans VOrdre divin.

« VOTRE CONCEPTION A CET ÉGARD, ET L EXPOSÉ QUE VOUS EN FAITES DANS VOTRE LETTRE, EST D*UNE PARFAITE EXACTITUDE.

« Il est évident que la question de génération est soumise à d'autres lois,..

t< Vous serez le premier disciple de la vie dans Tordre masculia * ; VOUS serez le premier dans cette élection, qui est l'attente de tous les êtres de la création !.. .

« Recevez le saint et vivant baiser de la fraternité de vie. Soyez béni, etc..

« f Jban-Baptistb... »

(dossier 1. —Lettre du 24 novembre iBS%, fragment)

Quelques jours après, estimant n'avoir témoigné qu'un insuffisant enthousiasme, Baptiste revient sur la lettre soi-disant inspirée de M. Wirth. Le Pontife a eu le loisir de tendre les cordes de sa guitare : écoutez l'hymne ardente et triomphale qui vibre sous ses doigts :

— « Cher fils du Ciel, béni de mon cœur et du cœur des élus I Si, depuis dix ans que je connais le divin Carmel, mon cœur a connu bien des joies de Tordre céleste, celle qui m'a inondé l'esprit et l'âme, en lisant votre précieuse lettre, doit être placée au premier rang

« Maintenant, cher Élu, cous êtes le vrai Fils du Ciel. — Quand je vous ai donné ce nom, il semblait très étrange d'appeler Fils du Ciel un être qui vit sur celle terre. Mais je parlais ainsi dans la loi de votre appel, et voici que ce titre est celui que je dois vous donner à cette heure, si je veux parler dans la lumière de la vérité, selon le vœu de mon cœur.

Bien que les autres élus du Carmel soient moins avancés que M. Wirth, on verra plus loin que le Baptiste ne laisse pas que de les faire pro-créer aussi; sans doute à titre d'apprentisl

« Vous dites avec une parfaite exactitude : « J'attends maiotenanl Foccasion de passer de la connaissance scient ifîque aux actes si^ flants; car la science n*acquiert de la valeur que par ses appliatioos. » Vous avez raison: nous aussi, nous sommes prêts; il y a longtemps que nous attendons le jour béni qui se montre à nos yeux.

« Le premier entre les élus, vous allez commencer la chaîne qui va éleoer en haut l'échelle de la oie (sic !) ; soyez le bienvenu que le Ciel a disposé, et que TEtoile qui a brillé à vos yeux vous conduise au milieu de nous!

« Vous alleux devancer tous les autres, et le premier ooiu entrerez dans la craie et éternelle royauté de la nature humaine. Vous n'êtes plds mon disciple, cher élu, vogs êtes ci AUTRE moi-même. Quc votre destinée est belle, et quelle consolation elle apporte à mon cœur!

« Enfin il est résolu, non plus dans ma conscience et dans mon expérience personnelle, mais dans le cœur d*un être libre et indé- pendant, ce problème qui va faire des enfants de la terre de vrais Fils de Dieu !

« Nul, autour de moi, n*est aussi ava.ncé qcb vovs : je ceux parler dans r ordre masculin.

< Dans l'ordre féminin, j*en ai déja^ ainsi que le dit votre lettre. Venez mettre fin a votre initiation, par lbs actes vivifukts

DE cette science SACRÉE, EN VENANT AU MIUBU DE NOUS. VoUS ÊTES attendu AVEC JOIE *, CAR VOTRE ÉLECTION EST CONNUE ICI D£ CELLES QÏH ONT ÉTÉ CHOISIES PAR LE CIEL POUR ENTRER DANS CES VOIES VIRGI- NALES

« Nos dernières lettres sont restées un secret autour de moi. La raison en est que chacun doit rester le maître de l'application qu'il peut faire, de la science qui est donnée.

M C'est une règle de prudence pour éciter les coups de traître; car il y a des êtres pour qui les secrets de conscience des autres ne sont pas sacrés.

« Je ceux qu'ils soient sacrés ; car ils le sont devant Dieu!

« Jean-Baptiste. »

(Dossier 1. — Lettre du 2 décembre 1886, passim.)

Voici maintenant le pot-aux-roses : une lettre du 5 décembre, signée de trois jeunes filles initiées au

Ecoutez le léno, qui propose ses filles! Tout à l'heure, il leur laissera la parole, afin qu'elles s'ofTrenl elles-mêmes.

Garmel, contre-signée ile leur mère (!) el apostillée

d'une approbalioD ponlilicale du Baptiste :

« Béni Fils île Dieu, aimil du Ciel et de nos cœursl.... Nous avons admir-^ l'action céleste de la lumière en voua; car, sans avoir eu l'occasion tf étudier à fond la doctrine d'Ëlte, cous aoet au néanmoins aooir l'intelligence du plus profond des mystères.

« ClRHEL VETIT DIRE CHAin ËLEVÉK EH DIEU, ET LA LnXIÈBK O'e.1 HADT -VODS A FAIT COKNAITRK COMHEnT OH SE CËLESTrFIE ICI-BIS, PAR l'ACTI HËHEQtil A tTÉKT QDI EST ENCORE LA CAUSE DR TODTES LES DÉCHËARCES

UUKALES (Ceci est clair.)

« Aussi, combien noos désihons voos voib ad uilieu de nous! Nous «vons si souvent prié au saiot-autel, afin qu'il nous soit accordé de voir un élu tel que le Ciel le veut et que vous allez l'âtrel

<[ Le Ciel a Tait de grandes promesses au cheT du divin Carmel,

pour le jour où il aura de vrais disciples autour de lui Notre

niBU serait de vous ooir à côté du Père, comme un premier élu, pour faire ta chaîne de oie

ce Si vous venez, vous podrbei constater notre bon vouloir, afm ■QUE DE LA VOIE DE i.A SCIENCE, IL VODS SOIT peuuis o'abbiveu a celle BB LEiPÉniENCE ; Car Dieu ne Juge pan les êtres sur leurs lumières, mais uniquement sur les actes de vie dont ils se montrent capables

<' Celle qui vous a en cordiale aiïection :

11 Nous saluons, comme celle qui a tenu la plume, le Fils du Ciel, dans la bénédiclion de rélection où il entre :

Idhelael. AnandaËi..

'i J'approuve la doctrine de eette lettre, signée des noms angé- liqucs du Trio, et par la mère :

Shephael. « Jeas-Baptiste. »

(DossiEH I.— Lettre du S décembre 188(1, passîm.)

Il semble que cetle épître collective mette les points sur quelques I, mal venus jusqu'alors, dans le texte éliaque.

C'est la seule dont Voriginal ne soit pas entre nos mains : elle fut réclamée el rendue. Mais on eut la prévoyance d'en garder l'empreinte, ce qui revient au même...

Voilà donc où en était la correspondance mystique de Baptiste avec M. Wirth, quand le « Maître de h Sagesse » fut prévenu que son disciple se moquait de lui!

Alors, il crut pouvoir revenir sur ses pas, nier tout son enseignement antérieur ; alors il protesta qu'on ne Tavait pas compris.

On hésite, à lire les dernières lettres du Docteur ; oui, vraiment on hésite, ne sachant ce qu'on doit admirer davantage, de Taudacieuse duplicité ^ que

< La mauvaise foi du Docteur ne se manifeste pas moins criante en d'autres occasions. Elle éclate particulièrement, au sujet du marquis de Saint-Yves. Tant que Baptiste croit que cet illustre tbéosopbe pourra s'incliner devant sa mission, il eo fait un grand prophète, A quelques mois de là, il le critique haineusement.

Dans sa lettre à M. Wirth, en date du 8 féTrier 1886, il parle « ...du grand initié, du voyant illuminé Saint- Yves ». — « Ahf poursuil-il, que j'ai été ému à la lecture des pages qui exposent la base de l'ouvrage de M. Saint- Yves : La Mission des Juifs f Cet élu n*a pas reçu Tinitialion d'un vivant de la terre; il la tient du ciel. Mais quelle science est en lui, et combien il apparaît au-dessus de ses contemporains! Qu'il est doux et bon de lire ces pages y que la lumière d' En-Haut a inspirées! Enfin, je ne suis plus seul... Vous voyez qui nous sommes. Oh! relisez les écrits de M. Saint-Yves, et à cette école vous apprendrez ce qu'est un voyant illuminé, qui a reçu ce que f appelle V initiation!,,. »

Au môme M. Wirth, le Docteur écrivait le 7 juillet 18So, c'est-à- dire cinq mois après l'éloge dithyrambique qu'on a lu : — « La Lumière de la prophétie... est une nécessité; sans cela, on prend pour de l'histoire ce qui n'est que vue de l'avenir, et alors tout est eon-^ fusion. Cest ce qui est arrivé à M. Saint-Yoes. »

Dans une longue épttre — chef-d'œuvre d'outrecuidance — adressée à M. Barlet, en date du 20 août, on peut lire : — « Son

M

MODERNBS ATATARS DU SORCIER 473

fit paraître cet homme, ou de son inconcevable aveuglement.

C'est le 2 décembre, qu'il avait écrit cette lettre enthousiaste (débordant à la fois de joie triomphale et de naïf abandon), où Ton peut lire : « Vous n'êtes plies mon disciple j cher Elu, vous êtes un autre moimême! » C'est le 5 décembre, qu'il apostillait de son approbation la lettre collective des trois fillettes et de leur mère, morceau de choix où Ton remarque cette phrase : « Sans avoir eu roccasion d'étudier à fond la doctrine d'Elie, vous avez su néanmoins avoir P intelligence du plus profond des m,y stères ... »

Eh bien, nous avons sous les yeux deux lettres du même Jean-Baptiste au même Oswald Wirth, l'une datée du il décembre 1886, où l'on trouve ces lignes :

« Je oous ai donné les noms, non qui oous soient dus, mais quon peut mériter après de longues années d'actes méritoires Vous n'avez vu jusqu'ici que le parvis des propanes et

NON LE sanctuaire »

L'autre, datée du 13 décembre, et qui renferme celles-ci :

autorité s'effondrera, devant une critique savante et profonde de son œuvre: La Mission des Juifs. >>

(Dossier 6. — Copie d'une lettre à M, Barlet)

Enfin, dans une lettre adressée à M. René Caillié, en date du 20 novembre 1886,1e Docteur Baptiste parle de deux occultistes de rÉcole occidentale, et il dit : — « M. Saint- Yves avait ouvert une voie fausse à ces ouvriers; mais il y a un mouvement très fort, qui tend à les ramener dans le vrai chemin. »

« Dans les vues que j*avai8 de votre esprit, je dois vous dire que vous m' apparaissiez sous un aspect de plus en plus déftmrable

« Le 7 décembre, je résolus de vous soumettre au Gritériam de

la Lumière d'Ea-Haut je fis appel à votre esprit : il cini

hésitant et tout ténébreux. L'épreuve montra ce que vous étiez; la lettre fut redemandée *. Vous étiez connu, non comme un ixitb,

MAIS COMME CELUI QUI NE COMPREND PAS CE QUE NOOS AVONS EN VUE..^

« Lorsqu'un soleil brille dans le firmament, ceux qui vivent dans les ténèbres ne peuvent arrêter ses rayons (textuel!) »

Ainsi, rélève devenu maître à son tour, le plus avancé d'entre les adeptes, Télu du ciel qui a su découvrir par ses seules forces le Grand Arcane des Arcanes, — celui-là devient, en moins d'une semaine, un aveugle qui n'a rien vu, un imbécile qui n*a rien compris... Voilà ce que soutient notre Pontife interloqué !

Ah ! certes, c'est porter jusqu'à la maîtrise Thypocrisie, le charlatanisme et Timposture — la bêtise aussi.

L'indignation monte à la gorge, en présence d'une aussi stupide audace • Peccatum est stultitia...

Quoi qu'il en soit, ces quelques extraits peuvent donner une idée de la volumineuse correspondance que M. Wirth mit à notre disposition, dans les derniers jours de février 1887.

Au demeurant, nous avions déjà plusieurs cahiers de documents non moins significatifs. Un autre Rose ^ Croix du 2® degré, M. René GaiUié, ingénieur à

Celle des jeunes filles, qui fut rendue, en effet, après empreinte prise.

AvigTion, avait effectué vers la même époque entre nos mains le dépôt de sa propre correspondance avec le Docteur'.

D'autre part, un saint prêtre, qui avait dispensé en pure perte bien de l'éloquence apostolique, pour ramener dans la voie ce misérable et sa nombreuse escorte de dupes et de victimes jnous avons scrupule de nommer cet ecclésiastique, parce qu'ayant plaidé près de nous l'irresponsabilité de Baptiste, peut-être ne nous approuvera-t-il point d'arracher le masque d'un homme en qui sa charité ne veut voir qu'un fou), un saint prêtre nous avait écrit, à la date du 7 janvier 1887;

— - ... La veille de ma rclraile, M. M**" me faisail des rfvé- lalioas dont il ae compreuail pas la gravité, et doal la portée lui échappe complètement. Cn mot vous fera comprendre.

" l.e personnage a un apparlemant iiecrel, qui se compose d'un soi-disant oratoire, où il s'enferme seul deux lois par jour, et d'une petite chambi'e oïl il couche rurtivemenl de temps en temps, pour dépister les Esprits qui tentent de le tuer et qui ignorent, dit-il. ce réduit. Cet appartement est dans le logement à c6lé, qu'habite la famille G...'.

" Deui jours avant. M"" T.... revenant* ses unions oceuUes, dîtes spirituelles, a (lui par me dévoiler cet ofTrayant mystère, la mal- HEonEUse EST obligée dk recevoir les caresses et les emdrassements, NON seuleuext DBS ESPRITS nE LDUiÈRE, NAIS ENcons DE CE qd'ellb

APPELLE LES KDHANIHAUli, MONSTRES PUANTS QUI EHI'ESTENT SA CHAHBRB ET SOX UT, ET QUI SniOSSEST A ELLE POUR s' ÉLEVER A L'HUHANISATIO.I.

« Elle m'assurait qu'ils l'ont engrossée à planteurs reprises, et que, pendant les neuf mois de cette gestation, elle

11 nous sitppliait de sauver six dames de Turin, ses amies, innocentes hirondelles de l'idéal, (|ui s'étaient prises, comme tant d'autres, à la glu hideuse du faux prophète. — Puissions-nous avoir contribué à leur ouvrir les jeux !

Cette famille su compose de trois adhérentes à l'œuvre : deux des jeunes fliles signataires de la lettre collective — et leur mère.

a éprouoé touê les symptômes, mèiie les sigiiss kitékimbs ku GROSSESSE. — Le terme arrivé^ elle accouche sans douleur et ^ s'échappe db& ve^its* de r organe d'où sortent les enjants, quand la délivrance s'opère pour la femme.

« Cest pire, comme vous voyez, que ce que raconte l*abbé de VU- lars, au sujel des sylphides, des salamandres et des lutins. Le comk de Gabalis est dépassé — et de beaucoup *.

€ Je vous rapporte exactement ce que m*a raconté cette ptonf hallucinée ; Je cous le certifie sur mon honneur et je ni Ton

DIS PAS TOCT »

Une enquête fut ouverte, pour recueillir de nouveaux documents. Elle dura deux mois environ. Avant de la clore, on statua de faire appel à la franchise de cette jeime adhérente au Garmel, dont M. Wirth avait désillé les yeux. M . Wirth reçut la mission d'aller recueillir sa déposition détaillée ; il partit à cet effet pour Ghâions (mai 1887). Mademoiselle Maria M..., désabusée et confuse d'avoir été dupe d'un imposteur, eut le courage de tout dire. Elle signa bravement sa déposition, qui fut sur le champ contresignée par M. Wirth (18 mai 1887). Elle lui remit en

Ce sont là, d'après Baptiste, les Corps glorieux dont il sera question tout à l'heure.

3 Baptiste semble, en eiïet, avoir pris à la lettre les théories symboliques et paradoxales du Comte de Gabalis {Entretiens sur les Sciences secrètes, Londres, 1742, 2 vol. in-12). Rien ne ressemble davantage à sa manière de faire ascensionner les humanimaux, que les procédés du comte, pour immortaliser les gnomes, ondins, salamandres et sylphes,

Peut-^tre le Docteur Baptiste a-t-il cru que l'abbé de Villars entendait, par Mariages philosophiques, des actes d'incubisme analogues à ses unions de sagesse,

Beata simplicitas! serait-on tenté de dire avec Jean Huss, s'il n*était plus à propos de s'écrier avec Tertuliien: praoa malejleo^ rum stultitia!

E

I

outre un énorme dossier, où figurent, à côté des lettres autographes du Docteur, des livres de liturgie éliaque, des manuscrits révélateurs en grand nombre, enfin des œuvres autographiées et des reproductions d'hosties sanglantes — toutes pièces relatives aux mystères secrets du Garmel de Jean-Baptiste.

Dès le retour de M. Wirth, examen fait des pièces nouvelles, les occultistes réunis en tribunal d'honneur prononcèrent la condamnation du Docteur Baptiste à l'unanimité des voix (23 mai 1887). Elle lui fut signifiée le lendemain.

Mais avant de mettre en lumière les œuvres du personnage, on lui laissa tout le temps de s'amondor. La condamnation, qui resta près de quatre any HUHpondue sur cette tête coupable, reçoit en ce jour Hon exé- cution tardive. K. 0. P.

Puisse le faux prophète entrer dans la voi«^ du repentir! C'est le vœu des initiés qui se houI \u)vU\h juges de sa conduite, à la face du (Ynû ol dn Inur conscience.

Il nous reste à feuilleter très Hnprîrflrinllnmniil Ion

dépositions de Mademoiselle Maria M <îI U*h (Ic)k-

siers que nous tenons d'elle.

Nous n'écœurerons pas le public, en trop innintont sur la nature des pratiques obscènes qiKî BapliHl^^ a érigées en sacrements, et nous prendrons Hoin, nur toute chose, d'écarter les nombreuse» personnaJitéH dont le nom se trouve mêlé plus ou moins dire^'tement

aux circonstances de cette déplorable affaire. Au surplus, la décence va nous contraindre à traduire en latin quelques phrases trop techniques.

FRAGMENTS DE LA DÉPOSITION DE M"« MARIA M

« En mai 1871... Il (B**^ ou le Docteur Baptiste) commença à me parler des unions à distance, disant que je n'avais qu'à appeler Jean-Baptiste depuis Châloos, pour le sentir aussitôt près de moi dans mon lit. J*eus la curiosité d'expérimenter la chose; mats jamais je ne pus percevoir la moindre trace de Jean-Baptiste, malgré mes appels réitérés.

t M""* T*** m'avait déjà parlé de ces unions à distance ; elle se prétendait même enceinte de cette façon...

« Je ne tardai pas à m'apercevoir des relations qu'entretenait Baptiste avec toutes les adhérentes du Carmel. Un jour qu'il était enfermé avec Madame T***, j'eus à l'avertir d'une visite pressante. Il vint ouvrir la porte et je vis qu'il était en chemise.

« J'appris que du temps d'Élie (Eug. Vinlras), des choses du même genre se passait^nt; mais Élie réservait ses faveurs à des personnes du grand monde, et ne se compromettait pas au milieu des gens vulgaires, dont Baptiste fait ses délices. C'était plus caché, plus décent dans les apparences ; il ne compromettait pas les familles et ne s'adressait qu'aux femmes libres d'elles-mêmes, telles que ia Marquise de *»», la Comtesse d'»**, que Madame Vinlras traitait de

guenons, de p.... qui venaient lui prendre son homme

u Baptiste m'ayant consultée, étant endormie, sur la théorie des corps glorieux donl accouchait Madame T*** et qui devaient servir aux esprits des personnes mortes pour leur ascension, je détruisis

^ Nous ne mettons pas un instant en doute l'absolue sincérité de M'*« Maria M..., qui a dicté une déposition si pleinement concordante avec ce que, d'autre part, nous savons déjà du Carmel. Cependant il est de notre devoir de faire observer que cette déposition n'a que la valeur d'un témoignage, et non celle d'une preuve matérielle, écrasante, comme sont les pièces autographes du Docteur, dont jusqu'ici nous avons donné des extraits.

celte manière de voir, en démonirant que des êlres imparfaits ne pouvaient, par leur propre moyen, en amener d'suires à l'élat de per-

fection

" En mars 1883, «/e Carme/ était danê toute son aedon ".La Père accordail de très fréquenles Tuveurs à Mademoiselle J. G**, tandisque M. L*** élaîl violemment éprisdoMadcmolsclle C. G**. Hais, d'un autre côté, Madame L*" ne trouvait pas une compensation suDisanle à la perte de son mari, dans les rares faveurs accordées à elle par le Pè™. Sa jalousie devint terrible, et Baptiste eut à craindre qu'elle ne divulguât le secret du Carmel... Il fallut rompre la liaison entre L*»* et Mademoiselle C. G'". Cette dernière dut demander pardon à genoux à Madame L*'*, tandin que cette dam-i, couchée avec son mari^ accomplissait une union eé'.esie. Cette rupture coûta beaucoup à Mademoiselle C. G***, qui en Tit une maladie.

(Pages 15-tfl.)

<i Baptiste se servait de HademoiselleJ.G***, « aaeonaotofion, » pour lui amener graduellement toutes les autres adhérentes du Carmel; elle était chargte de leur faire des coolldences, en les engageant à se livrer au Père...

'< 1^ famille G*** ne disposant que dedenx lits, les t/niona avaient lieu dans l'un, où le Père coucbail avec les deui tilles à la fois.

<< U'apr^ ce que j'ai pu voir, Baptiste doit ^Ire atteint de satyriasis, car ses unions avec l'une et l'autre étaient d'une fréquence à faire reculer de beaucoup plus jeunes que lui. Imo, quod pessimum est, ex ipsiusore accepicum, si quando soins cubueril,quod quidem raro accidit, sese Ipsum poUuere.

•' In ventrem ergo cubans, manu stnpralur. Tune fœminei crobro Spiritus vocati apparent, quorum formas modo simul, modo alternis vicibus sibi submissas seotit. Flamuiea: e menlula ejus micant scintillai , etc.

« Ab ipso prœterea me doctam esse testor, nullo sanguiais Tinculo prohiberi, quia et fidèles coéaot invicem : nec patrem cum Qli&, neque cum filio malrem, nequc cum fratre sororem uuquam rite misceri fuisse nefai

<• Eliani et in vasibus indebîlis confilebalur niulierem cum viro aliquando jiingi decere, sî prœsertim fuerit mulier veneri luiaime idooea.

u Huic prœcepto nenipe Doctor litienler iadulget : creatum est os ad edendum, creata lunt geoilalia ad coeuadum. Atlamen interdum

licet communionem in vase buccs sub omnibus speeiebtis fi«i:

vits etenim coUus Saeramentorum Saeramentum nuncuptbitv

apud nos.

vais présage pour son père ^ Baptiste, ayant consulté les esprits, trouva qu*une opération magique avait été dirigée contre M.M**% et devait lui être fatale à un jour fixé

(( Baptiste fit le contre-signe^ et le jour en question on dit force sacrifices. Ainsi M. M*** fut sauvé, et la victoire du Carmd îA

complète sur \es forces adverses

« Le Carmel était toujours dans Tattentédu Grand monarque^] Baptiste entrepiit le voyage de Frohsdorf. — L*argent lui en était remis par M"« L»*» ( la sainte Vierge de Loches), qui consacrait à cet usage la somme qu'elle avait destinée tout d*abord à son enterrement, somme qui devenait superflue, puisqu'elle ne devait jamais mourir, ou plutôt ressusciter ^ au bout de trois jours.

i Baptiste vit Henri V, et lui annonça qu'il avait pour mission d'être le Grand Monarque; et comme preure, il lui annonça la résurrection de Madame L»**.

« A la mort de Henri V, la déception de Baptiste fut grande : car il avait promis tant de choses à ses partisans, pour le jour de Tavènement du Grand Monarque!

« Il ne fut pas embarrassé longtemps, et il se rejeta sur les soidisant descendants de Louis XVIL

M. M***, l'amphitrion du Baptiste. — Prière de ne pas confondre

C'est, on s'en souvient, un des dadas prophétiques du Carmel. 3 Voilà qui atteint le sublime de l'odieux. — Le récit prophétique

de celte résurrection existe au dossier 3, en une pièce autograpbiée en 1877, qui se termine par une proclamation « aux pontifes éliaques et aux élues consacrées du Marisiaque du Carmel » :

« Nous prions les pontifes et les élues..., qui auraient reçu le texte autographié ci-joint, de vouloir bien le conserver avec soin, jusqu'au jour du miracle attendu. Il ser\'ira à attester qu'ils ont été appelés à rendre témoignage à la vérité et à certifier comment tout s'est accompli, dans ce prodige qui ouvre l'ère des temps bénis de la III» Révélation, etc.. »

Allons! allons! voilà qui s'appelle vendre la peau de Tours quand il court encore !

« Moi-même, il devait me donner an Grand Monarque pour les unions, disant que cette fois, du moins, je ne refuserais pas.

u Baptiste me parlait souvent de Magie noire ; dans mon sommeil, il cherchait à découvrir les secrets de certains magiciens

« Son moyen suprême, c'étaient les cataplasmes de matière fécale \ préparés selon des rites à lui...

« Il m'a parlé de souris blanches, nourries avec des hosties consacrées^; mais il prétendait que cela s'était fait par une autre personne, qu'il ne nommait pas

u Je reconnais avoir dicté les 40 pages qui précèdent, et en affirme l'exacte vérité. Chàlons-sor^Marne, le 18 mai 1887. »

Signé : MABIA M Contresigné : OSWALD WIRTH.

Complétons cette déposition, par quelques extraits

d'une lettre supplémentaire de M"' Maria M à

« Cher Monsieur, depuis votre départ de Châlons, j'ai trouvé dans ma mémoire encore différents faits relatifs à Baptiste.

« Il prend des statuettes de saints ou de saintes, les baptise au nom des personnes auxquelles il veut faire arriver quelque chose {sic) Les statuettes sont consacrées à quelque diable, mais la

A ceux qui douteraient de ces cuisines à la Panurge, nous rappellerons que sous le deuxième Kmpire, au cours d'un procès où il fut condamné comme escroc à 3 ans de prison, Baptiste avoua des pratiques toutes semblables, et qu'il déclara devant les juges « con^ /ormes à sa foi. » Il crachait, en guise d'exorcisme, dans la bouche des possédés; mais sa panacée universelle consistait, outre les cataplasmes de matière fécale, en un élixir composé de son urine bénite, €t mêlée dans certaines proportions à celle de la sœur C***.

On voit que, depuis plus de 20 ans, Baptiste n'a pas changé!

^ Lorsqu'en 1886, nous parlâmes de Jean-Baptiste à un jeune homme de lettres do nos amis, dans la famille duquel le Pontife était connu de longue date, notre ami nous assura que Baptiste pratiquait ce sortilège impie, mais il ne nous en donna point de preuves.

formule de consécratioa est une prière adressée à baule voiiin saint ; dans sa pensée, il s'adresse ao Diable, au maumis Esprit.

« 11 y a aussi des cœurs d'animaux transpercés d*épiDgles. U personne (objet du sortilège) se sent piquée au cœur et piife lopération entraîne la mort.

« Il y a encore les commandemenU suprêmes, écrits sur pv-

chemin bénit, avec de l'encre et du sang Les conimandeoab

sont lus à haute voix, avec un certain cérémonial, puis cadiHfS. toujours d'une manière à part et brûlés. Cela brûlé, T Esprit ip on le destine le lit {sie)^ et se trouve forcé de faire ce que le casmandement exige

u U peut se vanter de m'avoir prise dans ses tristes filets..... J à encore en ma possession une certaine fiole qu'il m^avait eofoycc

pour me procurer des Unions de oie: c'est M. Cb qui adéboa

ché le flacon; il a voulu goûter, mais il a cru être empoisonaé. Dans ce dictame, on pourrait reconnaître le sperme. »

(DossiXB 4. — Appendice.)

Il paraît inutile de faire observer que toutes ces pratiques tiennent de près à la plus laide ^oëtie. Le lecteur, pour s'en convaincre, n'a qu'à relire notre chapitre iik où sont détaillés les maléfices de la sorcellerie traditionnelle.

M"' Maria M termine sa lettre, eo priant

M. Wirth de se tenir toujours à sa disposition pour la défendre, au cas où Baptiste voulût lui faire du mal. Elle peut se tranquilliser; Thiérophante n'a plus aucune prise sur elle. Au surplus, on peut dire, en principe, que le sorcier n'est guère à craindre que pour ceux qui en ont peur. Baptiste le sait bien, et il en abuse.

Le fait est que ce triste sire a porté le deuil et la discorde, parfois la mort, dans plus d'une famille d'où il se vil expulsé, après avoir été accueilli. Xous pourrons citer à ce sujet un fragment d'une lettre, qui

nous fut adressée, le 7 mars 1887, par ce même prêtre dont il a été question plus haut :

« Il est vrai que sur les esprits faibles et aotamment sur deux femmes. . . il a réussi à les effrayer de telle manière qu'elles en sont mortes. Lune (Telles, au Haore, à partir de l* heure où il prononça son arrêt de mort, Vaoait sans cesse devant les yeux, menaçant, terrible, aoee un cercueil sous le bras, et lui faisant signe de s* y coucher. Son délire dura plusieurs jours et plusieurs nuits, et le trépas s*en suivit.

« Je mettrai plus tard cette relation sous vos yeux, telle qu'elle m'a été transmise par M. P..., du Havre.

« Je vous dirai aussi ce qu'il alla faire à Frohsdorf, auprès de Henri V, dont il troubla la tête assez longtemps... »

Il peut paraître intéressant à cette heure, avant d'en tinir avec ce lamentable personnage, de transcrire çà et là quelques phrases des manuscrits et des brochures autographiés du Dossier 3. La doctrine secrète du Garmel s'y trahit, mais exprimée en termes vagues, intelligibles le plus souvent aux seuls initiés — comme vous et moi, cher lecteur! Tels quels, ces divers cahiers ne se communiquent, dans la secte, que sous le manteau : ils appartiennent à la liturgie ésotérique ou aux archives occultes du Garmel de Jean-Baptiste.

DÉCLARATION CONCERNANT LES SEPT MYSTÈRES dont la Clef a été apportée par J.-B^* Elle Gabrlel,au St-Carmel

« C'est au ministère de Jean-Baptiste qu'il appartient de nous donner la clef des sept mystères qui constituent Pensemble des vérilés de la ///• Rècélation..,

« Premier mystère, — Adam, de son corps glorieux, s'est fait un corps de pénitence, par sa faute, avec Eve, dans leur chute; et nous, par Jésus-Christ, l'Adam nouveau^ nous po uvons sur cette

terre nous former un corps édenal, que nous appellerons le Corpi spirituel glorieux, ou notre corps d'immortalité, qui est la ro6e nuptiale dont parle l*Évangile..J

« Deuxième mystère, — Nous pouvons régénérer aussi nr cette terre les corps spirituels glorieux de ceux qui sont morts sans posséder cette robe nuptiale...

(« Quatrième mystère, — Nous allons toucher id au M^ tère des mystères du Saint-Carmel. Saint Jean a résumé tout son enseignement dans cette devise : Aimons-nous les uns Ui autres. Il faut comprendre, en effet, comment et par quelle voie nous pouvons aider nos frères à se rendre dignes d*étre généréi dans leur corps spirituel glorieux..., comment et par quelle voie leur ouvrir la voie des ascensions. S*il s*agit des yivants, commeot et par quelle voie nous pouvons les aider à quitter la voie du péché pour faire mourir en eux le vieil homme... Et 8*il est question des esprits qui ne sont pas entrés encore dans les lois de leur humanisation, comment nous pouvons les préparer... — Il faut qu*il nous soit possible de pénétrer dans les mondes de la répression... et d*arracher au Prince des ténèbres les victimes qui sont àoumises au châtiment du péché... De même, il nous faut pouvoir ouvrir les voies des ascensions... ; et ce que nous faisons pour ceux qui sont au-delà de la tombe, il faut le tenter aussi pour ceux qui vivent sur la terre... »

La brochure d'où nous avons détaché ces lignes, fut écrite par Baptiste les 4 et 5 février 188i . — Nous trouvons à la suite une curieuse prière, tracée sur un chiffon de papier, de sa main pontificale. On sera bien aise de la lire :

1 On le voit : c*cst la théorie (mal comprise) de la Faculté plastique, engendrant sans cesse un Corps astral adéquat à la situation actuelle de Tétre quelconque dont il s*agit, et convenable au milieu où il se trouve transitoirement plongé.

Cette magnifique théorie de la Faculté plastique n*a jamais été mise en lumière sous un aspect correct. On a beaucoup et doctement disserté du Corps astral: mais on parait méconnaître la nature et jusqu'à Texistence de son substratum,le potentiel plastique de rame. Nous aborderons ce problème au livre II : Clef de la Magie noire.

PRIÈRE

Pour oélestifier notre esprit, angéliser notre âme et notre

corps et sanctifier notre cœur

Joseph! Daignez nous envoyer les esprits des deux de la gloire, les esprits et les âmes des mondes de la lumière et des mondes divins, nos patrons célestes. Elle et tous ceux qui nous aiment; afin que faction de la grâce divine en nous puisse célestifier notre esprit, angéliser notre nature humaine, Tâme et le corps, et sanctifier notre cœur, par les opérations vivifiantes en nous du pur et saint Amour, pour être des Christs et des Maria-Christs en esprit et en vérité.

« Au nom du Dieu vivant, un et trine en personnes, et en cinq modes de vie : y£/oAtm, Sabaoth, Adonaîy Véronah, Jéhooah, — Amen. Alléluia. »

Nous lisons d'autre part quelques phrases au moins suspectes, dans Texplication autographiée de l'hostie dite Impériamaëlique :

« Les êtres qui veulent se transQgurer et devenir des Christs et Maria-Christs ne doivent pas rester dans Tisolement. Mais comme il est dit dans \e Sacrifice de gloireyWs s'électrisentetse raniment par le principe sacré de l'amour vrai et de Tamour pur.

« Mais il lie suffit pas de constituer un duo sur cette terre, il faut aussi s*unir à un duo de vie, qui est dans les mondes spirituels et célestes... »

Cette manière de partie carrée n'est encore, hélas! qu'en expectative pour les élus. L'auteur poursuit :

« Le Sacriflce indiqué par celte hostie va être offert au sein du Carmel : c'est le sacrifice du soir : celui de la femme précède le sacrifice divin, qui est offert le matin. Ainsi la fin et le commencement s'embrassent et ne font qu'un...

:< Ceux qui sont montés sur la montagne du Carmel sont trans-

formés, régéaérés, transfigurés : ils soot spirituels-célestes, Duu ce cas, ils oot retrouvé Vétat androgyne de lacréatioD. »

Mais c'est le Sacrifice de Gloire divin qui va nous livrer les expressions les plus importantes, les plas significatives.

GeSacrifice n'est pas autographié ; notre exemplaire, écrit tout entier de la main de M. M''**^, porte la mention suivante : « Cette copie est la première; commencée le lundi i""' mars, à neuf heures du matin, et achevée le vendredi 5, à onze heures du matin :

Signé : f Jban-Baptistb Élib Gabribl. »

SACRIFICE DE GLOIRE DIVIN

« ... Aime-les (hommes), aime-les sans mesure; aime-les pour être sans cesse un cri de grâce devant mon père. — Aime-les en restant homme et te donnant perpétuellement pour eux.

« Nous le confessons devant les cieux et les mondes, dans le verbe même d'Elie: l'amodr vrai, soit qu'il son* ad ciel ou sur la

TERRE, APPROCHE TOUT, JUSTIFIE TOUT, SANCTIFIE TOUT. Le Verbe a

prouvé ce qu'est Tamour. Cest lui qui a fait Vhorame, sans que

pour cela il cesse d'être Dieu,,.

« Le Verbe s'est fait chair; il ne s'est pas fait amb, il ne

s'est pas fait esprit, il s'est fait chair! Ob! que tous les élus

du Carmel s'eiïorccnt d'être semblables au Verbe divin, dont le

cœur dit son amour.

« Noms devons être les grands-prêtres des amours^ les

DÉLÉGUÉS DE TOUTES LES PUISSANCES AMOUREUSES DE LA DIYLMTÉ,

pour planer sur toutes les sphères. Il faut tenir dans nos mains les liens qui relient les mondes minerai, végétal, animal, spirituel, et traverser tous les cercles, les incendier de nos feux et triompher.

" Nous allons manger le pain el boire le vin du sacrifice de Gloire, el nourrifi de la consubslanlialité gloriliée, nous ne serons plus nous. NoTRS chaih DEVEnue edchihistique noos fera pëiiëther

DANS l'ixtihitiï des secrets dk l'époux éternel

Il 11 ratil aimer, il faut souverainerneni aimer: notre force, la force deloii9, c'est l'amour

« Entendons le oerbe d'Ëlie : « Si cous tremblez, pous été» perdus. <• Il fact être TÉuËRAinES ; si vous ne l'êtes pas, c'est qoe vous NE CONNAISSEZ PAS l'amodr! L'omour entreprend, il rencerse.il roule, il brise. Élerei-voua ! Sotez grands dans votre FAIBLESSE. Épouvantez le ciel et l'enfer, vous le pouvez

u Oui, Pontifes iliaques, qui âtes transformés, régénérés, transfli;urés sur la inonlagne du Caroiel, dites avec Elle : A nous le dak !

A NOUS l'enpeb ! A NOUS satan ! »

Voilà pour le Sacrifice de Gloire divin.

Dans un autre office, également manuscrit, égalemeat occulte, le Sacrifice Josèphique de Gloire (43 pages in-S), nous relevons les phrases que voici :

« Que notre communion de me aux symboles sacrés de notre sacrifice Josèphique, qui ont été, par la loute-puissaoee divine, cAan^dt en sac.remen^, opèrent en nous runillcationdiviae!

« Que nos cœurs, nés du vieil Adam, cotent le ijrand mystère d'amour s'opérer en eiiir.-qu'ils renaissent de nouveau... >•

Ce manuscrit porte une longue mention de la main même du Docteur : « Gollationné el cerlifié conforme à l'original écrit par Jean-Baptisle... » " Mars 1881. Signé : Jean-Baptiste Élie Gabriel... ><

Arrêtons-nous ià, car il sérail oiseux de dépouiller plus avant ces énormes dossiers, dont l'examen ne nous apprendrait plus maintenant rien de bien nouveau.

En guise de renseignements complémentaires.

quelques titres d'ouvrages suffiront: Le Sacrifice prf^- victimal de Gloire du ynarisinque du Carmel dÈk (45 pages, petit in-4, manuscrit) ; — Le Sacnfia p^ovictimal de Marie (imprimé, Lyon, grand in^, 27 pages) ; — Le Saa^ifice provictimal du chrétien La raison de nos espérances aux jours de deuil w notis som^nes (imprimé, Lyon,* 1878, grand ia-8» in-8, 32 pages); — Aux pieux adhérents de VŒutrt de la Miséricorde (lithog., 7 sept. 1877, in-8, 32 pages) ; — Vision d'Elie à Bruxelles (lith., grand in-8, 6 pages) ; — L'hostie du sanctuaire de la La co7iséc7*ation au Sacré-Cœur (imprimé, Lyon, signes nous pouvons reconnaître si 7ious somnies cation des 7ieuf lettres données par V archange saint Michel (manuscrit, in-8, 34 pages); — Explication dn Tetray rammaton (manuscrit, 1886, 53 pages, petit in-4); — U image des sept transformations (manuscrit, petit in-4, 48 pages), etc..

Ces trois derniers opuscules (manuscrits réputés des plus mystérieux dans le Carmel) seraient vraiment dignes de l'universelle risée. La crasseuse ignorance du Docteur Baptiste en matière d'occultisme, s y étale dans toute sa candeur. Sur cette ignorance, qui perce partout dans les ouvrages du Pontife, nous n'avons

■Jf pas insisté, noire but n'étant poiut de démontrer son ^ inaptitude comme ibéosophe, mais son impiété ■u conune dogmatisant et son ignominie comme sectaire : g ce qni est fait, pensons-nous.

II semble qu'à présent nous puissions nous dérider, au récit d'une dernière anecdote, qui se réfère à l'an de grâce 1886. Ces détails nous viennent de source très reconimandable ; il va sans dire pourtant qu'un récit passé de bouche en bouche ne peut offrir les garanties de rigoureuse exactitude qui sont le caractère des documents aulhentiques.

Gela dit, oyez l'aventure.

Notre grand « Maître de la Sagesse » vivait depuis dix ans dans la retraite, la solitude et le silence — dans l'atlente aussi.

On demandera peut-être : qu'attendait-il? — Trois choses :

Que les anges lui apportassent d'En-Haut le bouclier adamantin de l'invulnérabilité, le glaive flamboyant des victoires et le sceptre phallique des triomphes.. .Voilà ce qu'il atlendail.

Vers le commencement de mars 1886, il déclara tout de go que le Ciel l'ayant invisibleraent armé de l'invisible armure, il était prêt à entreprendre la conquête du monde : il annonça que la période de sa vie cachée étant close, celle de sa vie publique allait s'ouvrir. <c Je suis, ajoula-t-il, Jean-Bapliste, dont Élie'

490 LU TEMPLE DB SATAN

a prophétisé : sa mission est de crier, sans qu'aucune oreille soit fermée à ses cris. »

Et il partit en guerre.

Ami du progrès et des accommodements en toute chose, il fit aussitôt des concessions au g:oût du siède: hien différent en cela d'un autre missionné d'En-Haut, paru Tan dernier sur la scène du monde, sous le nom (trop synthétique peut-être) de Jean et Pierre, eX qui, après s'être fait baptiser en grande pompe sur la plage d'Argelès-les-Bains par un gosse et deux fillettes, enfourcha solennellement un grand diable de cheval blanc, renouvelé de l'Apocalypse, comme lui baptisé, et qui répond au nom zodiacal de Sagittaire... — Jean- Baptiste fut plus moderne : ayant consulté Y Indicateur des chemins de fer, il prit tout bonnement le rapide P. L. M. et débarqua sans façon à Paris.

Que venait-il faire à Paris? — Prêcher les peuples? Evangéiiser les badauds du boulevard? Se faire mettre en croix sur les ailes du Moulin de la Galette?... — Nullement. Ce n'est pas que, pour un prophète, cette dernière perspective manquât de séduction : c*eût été sans doute original de ressembler à la fois au Messie et au Prince des Apôtres, et de souffrir alternativement, au gré des zéphirs, la passion de Notre-Seigneur et le martyre de saint Pierre !...

Quoi qu'il en soit, cette ingénieuse destinée ne lui sourit pas.

Son but était — avant tout — de visiter un théosophe célèbre, qui jouit en fait d'une certaine fortune, et que lui, Baptiste, croyait riche démesurément. Gon-

S' vaincre X***! le conquérir! se l'attacher ! quel triomphe, et surtout quelle aubaine pour le sacré Carmel ! f Jean-Baptiste avait été dès Tabord assez habile (ou ; assez heureux) pour s'emparer de l'abbé Z***, nature enthousiaste et généreuse, alors disciple de X*** et l'un de ses meilleurs amis. L'ecclésiastique en question s'étant amouraché du Carmel, s'offrit à servir d'intermédiaire et de présentateur. Pouvait-il prévoir que le Pontife voulût pénétrer chez son maître, non pour faire échange de lumières, mais en vue d'exploiter, dans la mesure du possible, cette mine d'or?...

Malheureusement X***, informé (par les soins de l'abbé Gh***, le frère d'une victime de Jean-Baptiste), informé, dis-je, delà valeur morale et des pratiques du défroqué, se refusa net à le recevoir. Celui-ci ne se tint pas pour battu ; il usa du bon vouloir de l'abbé Z*** pour faire un siège en règle du petit hôtel de la rue V... — Mais le nouveau catéchumène eut beau, dans ses visites quotidiennes, multiplier ses dithyrambes en faveur d'Élie et de Jean -Baptiste, X*** eut la prudence de tenir bon.

Alors le souverain Pontife changea de tactique. 11 écrivit directement à Madame X***, implorant une audience, et jurant Dieu qu'il guérirait cette dame du mal chronique dont elle souffrait depuis si longtemps. Madame X*** céda, dans Tespoir vague d'un soulagement possible: elle fît répondre au Baptiste qu'il était attendu, fixa le jour et l'heure.

Quand X*** apprit le résultat de ces manœuvres,

il parut fort mécontent, et déclara qull ne tolérerait p3î que ce sorcier de bas étage fût introduit au cheTetde sa femme malade, qu'il n'eût lui-même, au préalable^ dûment questionné visiteur aussi suspect...

Vers cette époque fréquentait quotidiennement cha X*** un brahme pundit, initié des pagodes méridionales de la péninsule, aussi expert d'ailleurs du sentier hermétique que du chemin de la gauche : ce brahme, dont X*** eut à se plaindre depuis, se proposa pour dévisager Jean-Baptiste , et le fit entrer bientôt ; car Texamen n*avait pas révélé en lui un g^redin bien à craindre, du moins dans un milieu éclairé.

Alors se passa, dans l'appartement de Madame X***, une scène à payer les places.

Le brahme s'était fait fort de mettre à nu le sorcier latent sous l'apparence du Docteur, dans Thypothèse qu'il fût (comme d'aucuns l'en accusaient) un redoutable nigroman. — Le brahme donc se fît goëtien, voire charlatan, pour extorquer le secret de son interlocuteur :

— Ainsiy vous êtes initié? lui dit-il à brûle-pourpoint, de sa voix pleine et résonnante.

— Oui, sans doute, reprit le Pontife déjà tout interloqué.

— Votre main, alors, Frère! C'est parfait... Oui, seul, je suis lié; mais à nous deux, nous bouleverserons le monde!... Ah çà (reprit le brahme, philologue d'une science consommée), quelle langue parlez-vous? En fait de langues du mystère, nous avons le chinois, le sanscrit, l'hébreu, le zend, l'éthiopien...

■^ — J'ignore toutes les langues dont vous me parlez là. ■* — Ah bah ! Mais c'est très-nécessaire à un initié — -i je dirai même qu'il lui est indispensable — de connaître a au moins Tune des langues sacrées de l'Ésotérisme... -. Enfin, soit! Parlez-vous grec, du moins? ou allemand, M ou russe?... Ahl c'est l'anglais, peut-être?

— Je ne sais pas l'anglais.

— Bah! bah! mais quelle langue savezvous donc, à part le français ?

Tout désorienté, Baptiste hasarda : le latin.

— Optimè! fit l'indien, et il improvisa sur le champ un discours, dans la pure langue des Salluste et des César.

L'autre , qui voulut répondre, broncha dès le premier mot.

— Allons, dit le brahme, je vois que vous aimez mieux parler français. Vous pouvez être un puissant mage, après tout, sans briller par des connaissances philologiques...

— Bon, bon! n'ayons garde de perdre un temps précieux: à l'œuvre, dès aujourd'hui! Voulez-vous, pour nous faire la main, que nous évoquions votre...

— Votre mère?

ces opérations terribles... la Relig...

— Auriez-vous peur, par hasard?

4lame X***, voulez-vous permettre que nous évoquions votre mère?

Baptiste, à cette réponse inattendue, devint blême,

et quoiqu'il fit plein jour, il évolua derrière un gros fauteuil, pour esquisser en cachette un signe de croix.

M"** X*** et l'indien échangèrent un regard inexprimable. Puis le brahme assura sa grosse voix, qui, de très forte, devint tonnante :

— Or donc , Fils de Schlomôh-benu£lohim, quds sont vos rites familiers ? Procédez-vous par la tête de mort ou par It^peau de sei^pentf

Les genoux du pauvre hère se dérobaient sous lui. Il balbutia:

— Oh! jamais... jamais... Dieul ces sciences dé- fendues ! . . . Mes procédés sont tout autres : la prière, le commandement suprême aux Esprits de Lumière. par la vertu...

— De quoi?

— Allons, allons! unissez-vous à moi d'intention: Dressez-vous! Je vais évoquer, par des incantations communes à votre religion comme à la mienne. — La main iraucho en Tair, la droite fermée vivemea:!... Tous les doigts de la main gauche fermés de même, sauf le pouce et l'auriculaire !... Y êtes-vous?

Et le brahme, avec une verve et une gravité ii.- croyables, lâcha bride aux caprices de son ima^Lûation. à peu près en cette sorte:

9 a Mère des Miséricordes* dont le baptême est d'Ether et de Feu central, d'eau céleste et supercé- leste ! ouvre-nous la fontaine zodiacale, non des reflux f normaux, mais des influx rétrogrades, pour que les I Esprits, répondant à notre appel, nous viennent à ref bours dans la descente, comme ils ont marché, les yeux vers Toi, quand ils montaient dans ta lumière les escaliers de l'Infini !

« Esprit, je t'adjure; Ame, je te conjure; fluide vital, je commande sur toi en union souveraine avec le Fils du Ciel dont je tiens la main, et qui s'unit à moi, dans le rite évocatoire !

« Ange aux yeux morts, obéis, fleur blanche du sépulcre, simulacre vain de celle que la vie terrestre a quittée, et qui gravita cette heure les sentiers de la montagne!... Ange de Téternelle Maj'^a, ouvre ton sanctuaire refroidi, pour recevoir à nouveau la flamme sainte qui va redescendre à ma voix !

« Ame-Esprit, je t'appelle, je t'évoque, je t'adjure! Descends à mon commandement dans la prison fluidique d'un nouvel embryonnat... Nous allons t'y contraindre, moi N*** et lui, Baptiste, unis de volonté dans le Mal et dans le Bien, per fas et nef as... »

Le Pontife du Carmel n'en put supporter davantage. Il s'écroula, tout d'une pièce, plutôt encore à plat ventre qu'à genoux. Quand le brahme regarda de son

Est-il besoin de dire que nous ne répondons pas des termes de galimatias prononcés au coursde cette exhibition inagico-comique ? Le fond étant vrai, nous revendiquons les droits du conteur.

côté, il le vit vautré par terre, qui se couvrait de signes de croix précipités, en mâchonnant avec terreur tout un chapelet de patenôtres...

— Crétin ! murmura l'oriental.

Peut-être Baptiste avait-il eu la colique d'eflfroi. Le fait est qu'il ne chercha pas de prétexte pour se dé- rober sur l'heure, et prit congé d'un air ég^aré...

— Maître, reprit le brahme, quand la porte fut fermée, je sais ce je voulais savoir : ce drôle est inotTeih sif . Il ne pourra jamais rien que sur les esprits faibles et les natures pusillanimes... C'est un parfait imbécile, et je me fais garant de son ignorance enGoëtie *. Il n'a jamais abordé sérieusement le Sentier de la gauche^ et s'il le tentait un jour, il mourrait de frayeur, avant d'avoir su cueillir une seule des fleurs monstrueuses et fatales, qu'y récoltent les intrépides du crime et de la folie...

Le brahme se tourna vers Madame X*** :

— Madame, vous pouvez recevoir ce sot moineau

^ Le brahme est trop exclusif; nous citons son opinion telle quelle, mais nous ne la partageons pas — sans réserve, du moins.

Il faut se souvenir que Baptiste lui a été présenté comme un initié : il le juge insuffisant comme tel. Il a raison. Ce qu'il appelle le sentier de la f/auche,cesi la voie d'un puissant adepte qui dévie vers le mal, et devient un dougpa* En Occident, nous attribuons un autre sens au mot sorcier.

Nous serons de l'avis du brahme, s'il veut dire que Baptiste est incapable de lutter, sur le plan astral, contre une volonté ferme et éclairée. Mais nous savons quelle action funeste il a pu exercer sur des natures superstitieuses et timides.

11 n'en est d'ailleurs que plus dangereux : il s*attaque aux faibles.

MODËRI^ËS AVATARS DU SORCIER 497

sans le moindre inconvénient : je réponds de son innocuité !

— Mais faudra-t-il me laisser soigner par lui?

— Il m'a dit qu'il comptait opérer par la prière... Or, la prière, Madame, n'a jamais fait de mal à personne.

Et sur ce, le brahme prit congé à son tour.

Je me suis laissé conter que Baptiste avait fait de sa rencontre chez X*** tout un roman. Je poursuis, •d'après des renseignements de troisième main, par conséquent sous toutes réserves.

Un brahme, aurait-il dit, était venu du fond de Tlnde pour le voir, lui Baptiste, et aussi un peu — subsidiairement — pour voir X***. Ce brahme s'était rué surle-champ aux genoux de Jean-Baptiste, en disant : « Maître, vous êtes celui devant qui se prosternent tous les Enfants de la Lumière : ordonnez, nous obéirons ! Ah! si vous vouliez être avec nous, le

triomphe serait assuré par le Saint-Garmel, et, sous votre direction, nous bouleverserions le monde !... »

A ces paroles, Jean-Baptiste releva avec honte le fils des soleils de V Asie {sic), brahme-bouddhiste [sic) du premier ordre et initié parfait,et, oubliant son propre rang, il lui donna le baiser de paix. Ainsi le Prince •des Sages jamais ne déroge : car sa charité aplanit les situations inégales, en nivelant les castes spirituelles

Baptiste vit donc Madame X***, pria à son chevet, fit force commandements atix Esprits de Luynière — le tout en vain La cause de cet insuccès réside

dans la foi de Madame X^*, qui n'est pas assez Tife, paraît-il.

Il offrit en outre à Madame X*** un médaillon de cristal, monté en argent, qui (disait-il) contenait des reliques et diverses choses saintes. Ehi réalité, ce mé- daillon renfermait une hostie consacrée et d'autres objets qu'il vaut mieux taire : le prêtre apostat rep^ raissait là.

Madame X*** ne put refuser ce médaillon, qui repré- sentait bien une valeur de vingt-cinq francs : ce doot elle fut vivement contrariée.

De son côté, le savant X***, étant donné que Baptiste avait été reçu chez lui, fit auprès de cet individu, le jour de son départ, la démarche banale d'une courte visite. Traduisons en style Baptiste : « Il vint prendre congé de moi, me remercier et me demander un mot d'ordre pour l'avenir. Je lui traçai une lig^ne de coftduite, j y dus joindre quelques conseils, et il reçut, avant mon départ, le baiser de paix. Puis (ce qui est faux) il me conduisit à la gare de Lyon. »

En revanche, ce qui est vrai, c'est que l'illustre théosophe trouva le Docteur dans une chambre sordide et couvert de vêtements rapiécés. On était encore en hiver et le Pontife n'avait pas fait de feu... Non qu'il manquât d'argent: M. M*** avait eu soin de garnir généreusement sa bourse de voyage. Mais il convenait à Jean-Baptiste d'être, sinon couvert de bouse de vache, nu à mi-corps et oint de graisses puantes, comme dans sa première incarnation de Précurseur, du moins de paraître austère à l'excès. Qui ne sait d'ailleurs

3: qu'en pareil cas un peu de crasse n'est pas pour

nuire?

t Bref, la vue d'un vieillard d'aspect maladif et plongé ï dans un dénûment pareil, toucha vivement X***, déjà : fort embarrassé par le cadeau du médaillon. Avant de partir, il demanda de quoi écrire, glissa cent francs dans une enveloppe, qu'il remit aux mains de Baptiste, d'un air pénétré : « Pour vos pauvres du midi, » lui dit-il.

Plus tard, Baptiste, prétendant avoir montré chez X*** ce médaillon (inestimable joyau, d'un prix plus inestimable encore), soutint du ton le plus naturel qu'il

l'avait oublié rue de V — Par bonheur, cet objet

d'art avait été religieusement serré dans un tiroir, et fut renvoyé de suite au Docteur, par colis postal recommandé. Baptiste était déjoué : il ne pouvait faire du bruit de cette aventure.

Il se dédommagea en insinuant que X*** était un redoutable magicien: le fait est que l'héritier de Vintras quitta Paris, terrifié. Il refusait de s'expliquer sur X*** ; seulement, dans ses minutes d'expansion, il laissait entendre que cet effroyable nécromancien, confident des Puissances de Ténèbres, se faisait servir par tout l'Enfer [sic) .

De pareils soupçons devaient en effet paraître abominables à un Elu, qui se célestifie toutes les nuits au baiser des anges de Lumière, Sahaël, Anandhaël et autres, et se fait assaillir a posteriori par le fantôme lubrique du circoncis Ezéchiel.

Cet Israélite d'outre-tombe procède suivant un mode

500 LE TEMPLE DE aUTAN

curatif , encore qu'insolite — et il paraît qu'an de assauts vaut à lui seul une purge et une saignée. 1 il dispose, en faveur de ses partenaires, des fluide vificateurs et bienfaisants qui font monter aux ii échelon par échelon^ Véchélle ascendante die la t Et nung^ lenonbs, iNTELLiarrs : brudimini,

JUDICATIS LUPANAR 1

Le Chariot le Septénaire Triomphe ^mmation Plénitude JEliohesse = Superflu..

Fleurs de V Abîme

Chapitre VII

FLEURS DE UABIME

|n dernier mot aux curieux de la Magie noire. Penchés avec nous sur Tabîme, dont ils ont pu saisir l'escarpement et sonder la nuit vertigineuse, peut-être n'ont-ils pas vu sans surprise s'épanouir, sur les bords et jusque dans la ravine qui mène au gouffre, certaines fleurs d'une beauté sauvage et fatale, d'un capiteux et troublant parfum...

Ignorent-ils que le Mal a sa poésie? — Du mystère d'abomination même se dégage un idéal fantastique, attrayant et funeste, où plusieurs se sont laissé séduire de tout temps.

Que les curieux y prennent garde I C'est là le grand péril des excursions excentriques, dans les mondes interdits aux caprices profanes. Qui s'aventure sans guide sur la piste des émotions inédites, foule déjà le sentier de sa perdition prochaine : tout, autour de lui, conspire sa ruine et la présage. Sur la porte qu'il va

502 LB TEMPLE DU SATAIT

franchir, Dante aurait pu graver lé tercet menaçant de VInferno :

Pcr me si va nella citta dolente;

Fer me si va nell' eterao dolore :

Tels, il est vrai, ne demandent à la Sorcellerie que le charme d'art qui lui est inhérent ^ : pour ceux-Ii, bieù moindre est le danger. Ils s'en tiennent au pittoresque assez superficiel du Grimoire ; leur dent ne mord qu'à l'écorce du fruit défendu.

Mais d'autres, téméraires, savourent à même la poé- sie intime du Mal. La tentation pour eux fut trop forte; ils n'ont pas su réagir. L'esprit de malice les a séduits, qui maintenant les possède. Us vogueront désormais au torrent fluidique de la perversité, vers Tabime d'inconscience qui doit un jour les engloutir. Ce suicide est l'aboutissement de leur destin : de gré ou non, tous

Par moi, l'on va dans la cité dolente ;

Par moi, Ton va dans 1 éternelle douleur :

Par moi, Ton va se minier à la gent perdue (aux damnés)!... 2 Nous avons encore dans l'oreille une boutade coutumière à l'un de nos amis de letlrcs, le subtil théoricien del*" École symboliste «. Ceux cfui connaissent l'allure et l'accent de cet aède émigré d'Hellas, qui a d'ailleurs rétolTc d'un grand poôlc français, s*imagineroQt aisément de quel ton exotique et magistral il s'exclamait naguère, en nous abordant : — Toiy tu es un mage ; moi^je suis un sorcier : et c'est bien plus décoratif!... Kl, de fait, M. Moréas est un arlisic ensorceleur. Qu'on ouvre ses Cantilènes aux pages de Mélusine et de la Sorcière de Berkeley : on conviendra qu'il serait difficile de mieux saisir le côté prestigieux et décoratif de la magie noire, et d'en traduire l'impression dans un style plus adé- quat cl plus intense.

Jean Moréas est un grand sorcier de lettres — au sens enviable et (latleur de ce terme.

FLEUnS DE L ABIME

f convergent ; quelques-uns, par des voies 1res détournées. Tels n'abolissent même leur individu qu'à force de l'exalter : dût la (îëvre d'un égotisme intraitable décevoir ceux-là en d'inédites pérégrinations, à la conquête d'une originalité exclusive, — efforts stériles, illusoire conquête, — ils succomberont. Loin de se créer un Moi factice, ils n'auront peiné qu'à dissoudre en eus le Moi réel.

Le gouffre de l'Inconscient! Voilà le Maëlslrom où. le grand Séducteur attire insensiblement leurs pauvres nefs, en fascinant les yeux du pilote à la fantasmagorie de ses mirages imposteurs. Un sourd murmure s'élève, qui bientôt s'accroît et gronde ; mais le marinier, à peine distrait de sa rêverie, ne s'aperçoit pas que le navire évolue en cercle, à l'entourd'un remous encore lointain ; que sa marche s'accélère ; qu'il penche à biibord, décrivant une spirale dont le diamètre se rétrécit à vue d'œC. Cependant l'illusion magique a redoublé de captivants prestiges... Le gouffre tonne à quelques encablures ; mais le pilote n'a rien entendu. Déjà l'entonnoir béant areçu la frêle embarcation, qui vole, emportée comme une plume au pivot de la paroi interne ; mais le pilote n'a rien vu, — el le voici disparaître au fond du vortex, l'esprit toujours en extase et les yeux perdus dans l'azur de son rêve I

Les initiés savent pourquoi l'inconscience est l'élé- ment propre de Satan-Panthée, le point central où — fatalement — l'inflexible logique de la Goëlie ramène ses fidèles directs ou indirects, ses sectateurs de fait ou d'intention. Que si l'on nous invitait à préciser par

504 LE TEMPLE DS SATAN

quels symptômes se manifeste, éhez les adeptes de la Goëlie — conscients ou non — ce processus vers Vioconscience, noiis répondrioiùr qu'il se décèle d*abord par Tabolition progressive du sem^ moral et la décadence des facultés logiques ; par le prosélytisme des philosophies négatives du libre arbitre et de ^imma^ talité ; enfin, après la mort, par la rétrogression vers les formes les plus infimes de la nature élémentaire. Le satanisme pur, avoué, voulu et militant (si Ion peut dire), est un mal d'exception. Les Gilles de Laval, les David de Louviers, les chanoines Docre * sont très

Le chanoine Docre : type curîeax de prêtre-sorcier, dans Là'BdSy le dernier roman de M. i.-K. Haysmaos. — Là-Ba» t récemmenl galvanisé la torpeur du public matérialiste, et nous avons tout lieu d'être ravi que Poccasion s*offre à qous d'en toucher un mot. Cette remarquable étude, si consciencieuse quant à la monographie du sire de Raiz, apparaît criblée d'inexaclitudes et grosse d'imputations outrageantes à l'égard des occultistes contemporains. — D'où cette étrange anomalie? — La réponse est bien simple : si les pages où revit le châtelain de Tiffauges sont scrupuleusement documentées, c'est que M. Huysmans^ curieux de cette restitution évocatoire, ne s'est f\é là qu'en sa propre initiative de bibliophile et de paléographe. Que ne se montra-t-il toujours aussi jaloux do se renseigner par lui-môme? Ses pages de moderne enquête égaleraient celles d'érudition rétrospective, et la documentation de son livre se maintiendrait constamment au niveau de l'écriture. Là-Bas serait un chef-d'œuvre.

Pour rendre M. Huysmans responsable des erreurs de fait — et, qui pis est, des calomnies toutes gratuites — dont il s'est fait l'éditeur naïf, il faudrait que ses dossiers ne vinssent pas d'une tierce pei^ sonne, puissamment intéressée à mentir. Or nous savons, de source très certaine, que le romancier a écrit son œuvre, avec une inconcevable légèreté, sur des documents imposteurs que lui avait fait tenir l'aiïrcux drôle exécuté au chapitre vi de notre ouvrage, sous le pseudonyme de Docteur Baptiste, M. Huysmans a été la dupe de ce venimeux hypocrite, qui s'était entièrement emparé de sa confiance. Cela est si vrai que M. Huysmans a fait à Tun de ses

rares, Dieu merci! Mais les cas de sorcellerie indirecte lie se notnbrent pas.

Mesmériens trop aventui'eux, Spirites et Médiums excentriques, valétudinaires d'un Idéal frelaté ou fervents d'un mysticisme trouble, les uns, dont nous traitâmes au précédent chapitre, s'égarent à la poursuite d'un merveilleux sans g'randeur : le •phénomène à tout prix, — c'est là le cri de ralliement des plus fanatiques. Ils vous exhiberont le surnaturel, fût-ce à l'avantcuisine, ces bourgeois de la sorcellerie ; ou, thaumaturges patentés, vous les verrez, surdestréteauxforains, débitant d'authentiques miracles.

Sous cette même rubrique de sorcellerie indirecte, se peuvent cataloguer d'autres exemplaires, moins indignes de fixer l'attention : artistes ou penseurs, ceux-là se perdent non moins fatalement, en quête de leur toison d'or ; la nostalgie les tourmente de quelque imaginaire Olympe, dont île seraient le Jupiter tonnant ; ou encore la fièvre d'un altruisme impraticable ; ou la gésine d'une conception étrange, parfois mons-

inlimes l'aveu d'avoir transcrit les noies du défroqué, sans que l'idée lui vtnlmâme d'ea coDtrôlcr l'exactitude. C'eût été si facile !...

Au surplus, lauleur de Là-Daa charge les Kosc^iCroIn des plus invraisemblables accoaaliona. saus fournir l'ombre il'uoe preuve; nous Dous (laitons, par contre, de n'avoirrien avancé sur Baptiste, que nous n'ayons péremptoirement établi. — Le pontife du Carmel a eu la chance d'emprunter une coupe d'or, où déverser le fiel et la fange de ses calomnies; tant mieux ou tant pis pour lui. Quant & M. Huysmans, si notre vi" chapitre vient à tomber sous ses yeux, nous ne doutons pas un instant qu'il ne reconnaisse son eiTeur, niivré dans l'âme de s'être fuit, de la meilleure fui du monde, pro< pagateur d'un faux concept el complice d'une mauvusc action.

506 LB TBMPLB DE SATAN

trueuse et sublime, de philosophie, de science ou d'art. Ils sont à coup sûr, ces maniaques de génie, les patriciéhs de la sorcellerie moderne ; ils ont droit, en dépit de leur aberration même, à tout notre inté- rêt ; nous dirions presque — à toute notre sympathie. Sans doute, ce sont des pervers : le lyrisme du mal les obsède; ils ne vibrent plus qu'à ces accords de perdition, et même ils les propagent... Car, sans compter que les fièvres de l'intelligence sont contagieuses, le prosélytisme infernal est de règle, chei les sorciers de toute caste et de tout rang. — Notre esprit réprouve ces puissants hérésiarques de la pensée et du sentiment; d'où vient que notre âme ne les peut haïr? — Ah! c'est qu'ils sont de la race des Ghibborim de Moïse et des demi-dieux païens : Icares d'un ineffable firmament, ils ont plané très haut, avant que d'être précipités ; leur chute fulgurante illumine les profondeurs du mal — et c'est là le secret de notre sympathie pour eux !

Éternellement s'exerce le charme séducteur de l'abîme, et d'autres s'y laisseront attraire à leur

Un enivrant arôme, émané d'en bas, ondule et dé- roule ses pesantes volutes, avec lenteur. C'est une exhalaison lascive et languide, flottant dans l'air ; elle s'infuse de proche en proche... Voici que la contagion semble avoir gagné jusqu'aux fleurs du ravin, dont le calice penche et vacille, alourdi d'amour. Et comme lasses d'elles-mêmes et malades de leur propre haleine

embaumée, toutes les corolles sollicitent la main de les cueillir.

Et leur parfum grise — et donne le vertige.

Le barathre s'éclaire d'en bas. Une vision fallacieuse s'allume aux noires profondeurs de l'inconnu: c'est, dans une gloire aveuglante, Satan lui-même, transfiguré, travesti en ange de lumière !

Cette vue éblouit — et donne le vertige.

Et cette voix ! Elle monte du plus creux du gouffre, mélodieuse et perfide comme celle des sirènes ; fautrice de négation, instigatrice d'une voluptueuse dé- sespérance...

Son chant trouble l'entendement — et donne le vertige.

Cette voix, qui semble s'exhaler de l'essence même des choses, parle à l'àme éperdue une langue dissolvante, très amère et très douce, que l'âme entend, hélas ! sans jamais l'avoir apprise. On dirait le murmure confidentiel des ambiances, comme si la nature vivante se révélait tout entière dans cette voix, qui s'identifie si profondément avec votre verbe intime, qu'elle parle en vous tout ensemble et hors de vous.

Et voilà qu'à l'intérieur un rideau se déchire: toutes les idées obscures, s'éclairant d'un jour subit ; tous les sentiments inavoués, s'avouant au tribunal de votre Conscience, s'affirment indépendants, s'accusent anarchiques et révèlent à votre individualité morale la présence d'une autre personne, que vous ne soupçonniez pas — et qui vivait en vous. Un mystère d'incertitude, de langueur et d'insouci s'empare avec force

du libre arbitre et le terrasse : le Moi s* affole de» sentir coudoyé, pénétré, violé par le Non-moi !

Bientôt, les deux contraires se confondent. Vous doutez de toute chose et de vous-même. Rien, il ^ vrai, qui ne vous semble possible; mais rien aussi qù vous paraisse assuré... Ce doute universel, qui le {o^ mule? Est-ce votre Moi qui parle, où le Soi collectii des entités extérieures au Moi? — Vous Tignorei.

Quel spasme formidable vous étreint, vous énene et vous accable? Quelle pollution psychique, infligée à Funiverselle nature, vous fait communier avec délice à la dégradation des êtres et des choses? — Cette ivresse multiple est latente en Tatmosphère qui vous baigne, et vous savourez malgré vous jusqu'à la lie la coupe du faux mysticisme, où tant d'extases se mêlent à tant de déboires !

Fausse initiation. . . initiation maudite et mensongère, où rinitiateur se dérobe et reste inconnu ! Sa parole incohérente, ambiguë et malgré tout sugrgestive prodigieusement, sa parole semble tour à tour d'un Dieu, puis d'un démon. C'est un enseignement qui mêle tous les contraires, afin de rester équivoque : la Vérité ne s'y formule que pour être prostituée au coït de l'Erreur.— Tel est le caractère très étrange de cette leçon venue de l'abîme : affirmations et négations se croisent, s'enlacent, se marient... La voix est-elle ironique en affirmant ? Ou ne nie-t-elle que pour réfuter ses propres négations ? Ne blasphème-t-elle que pour condamner ses propres blasph<'»mes? — C'est ce que le néophvte ne peut discerner, et son trouble s'en accroît.

Nous avons entendu cetle Voix, qui est celle de n-Panlhée. Ce qu'elle enseigne, ce qu'elle sujr- , nul ne le saura sans doute, qui n'aura pas perçu l son murmure confidentiel, indéfini... Entreprendre I d'emprisonner en des phrases cette subtile essence IL serait vain : elle vibre, sonore et (luide — insaisissable. (i Nous lâcherons seulement de faire soupçonner son li accent captieux, son timbre énigmatique. ■ Nous avons entendu cette Voix... Peut-être, lecteur, ( vous sera-t-il donné de l'ouïr: Dieu vous garde de I l'écouter jamais !

LA KAHBALli DB SATAN-PANTHÉE

— Tu Vas plantée au cœur de la Tetve, ta fulgurante épée, 6 Kéroub .' Au cœur de l'infidèle amante, qui des baisers d'un dieu n'a gardé dans son sein que des germes de mensonge et de déception. Tu l'as plantée au cœur de la Terre, ô Kéroub ! Et lagarde s'épanouit en croix de lumière — comme une fleur.

Ton glaive viril féconde, ô Kéroub, les blessui^es qu'il a faites ; sitôt écloses, les plaies cicatrisées sont des matrices de lumière; et les seins que tu as perces sont devenus maternels ; et les êtres que tu bénis de ta rigueur enfantent la lumière et la oie! Mais en vain ton glaive a traversé le sein de la prostituée du néant : son sein n'a point tressailli, demeuré stérile; et ses brunes mamelles ne se gonfleront point du lait

de V immortalité. . . Epouse du vieuo) KronoSy eUe %î gardé de la vierge que les plus tristes apanagn: deux privilèges de mort — la froideur et Tinfècmdite.

0 Terre, le baiser de ton époux ne t'a pas tf^omit féconde; ton époux a maudit tes flancs toiijoun glacés pour lui, et ses ardeurs en vain ^enouteim n*ont pas ranimé ton marbre: il ne s'échauffe çu* dans V adultère, aux morsures de V Adversaire et Sfm T étreinte du Mauvais... Ta constante infidélité tm- çoit infatigablement et tour à tour enfante la décevante illusion. Tu n^as donné le jour qu'à des spectre^ et les lain^es infernales sont les fruits de tes criminelles entrailles.

Mais r Adversaire n'est point : tes nuits mautaim sont un rêve coupable, et tes fils innombrables^ de tro^npeuses apparences, qui déçoivent ta stérilité.

Et tels sont les blasphèmes de tes enfants: — « aleph! L'Absolu n'est point. — beth! La Foi nous trompe et la Science se trompe elle-7néme; et stérile est Véterjiel combat de ces deux forces différemment mensongères. — omMEL! Vey^be cfc FétrCj tu es un 7iéant co7nme lui: tu n*es que le reflet dUoie ombre, ou Vomhy^e d^un reflet, — dalbth 1 La pierre cubiqiœ n^est point assurée sur sa base. — hé ! La matièy^e est seule féconde, pour servir au culte de Moloch : V Esprit n'enfayite pas. — vau I L^-iynour

^^est une lutte étemelle et sans issue. — zaïn! La ^, Force est seule victorieuse dans le présent y comme ^, elle a triomphé dans le passé y et commue elle sera glorifiée dans le futur.., »

0 Terre, ô Terre y écoute : tels sont les blasphèmes ' de tes enfants!

— « HETH ! U Équilibre est la mort par V immobilité; le Mouvement est la mort par le combat. 0 Vie, tu te mens à toi-même. — teth ! Le Ternaire se nie trois fois dans le mystère abhorré. — iod ! La cause première n'est point Esprit. — gaph ! La Force prime le Droit. — lamed ! Le SacyHfîce est une ironie stérile et qui s'insulte elle-même. — mem I L'Amour n'enfante point pour la Vie, mais pour la Mort. La Mort trône seule et impérissable sur le fumier des âges. — noun! Toute Transformation est un leurre, tout changement une déchéance : rien ne grandit qu£ pour offrir plus de surface à la destruction, plies de pâture à la mort. Le Progrès se résout â une illusion d'optique; la Vie universelle équivaut â une agonie

0 Terre, ô Terre, écoute : tels sont les blasphèmes de tes enfants!

— « samegh! Le roi de la nature est Shatan^ celui qui n'affirme que pour nier. — ayin ! La Vertu^ VArt, la Science édifient dans les nuages leurs chimériques Babel, que le feu du ciel décapite. — phé ! L'Idéal n'existe que pour ces asty^ologues du sentime7it, qui liassent leur vie à lorgner les étoiles. — TZADÉ ! Dans la lutte pour V existence j la Perfidie est

une tactique y la Ruse une nécessité, F Embuscade t^

droit : il faut tuer y afin de vivre ou se résoudre

mourir y pour faire place à ceux-là qui veulent vim en tuant. — qouf! UOr est le seul dieu doi jamais les hommes n'aboliront f autel. Sois-nous dm propice j auguste divinité ! A ta lumière, astre ( gloire y toute vertu fond et se dissout, comme cif^ei brasier.., Jupiter terrestre et solaire, univet^sel Dt Jxuiny sois favorable à nos vœu^^ car tu peux toi sur les âmes : omnibus luces, omnibus imperas; qu resistet tibif — rbsh! La matière est V étemel ph nix, qui seul renaît de ses cendres. Vâm^, succe sion de sentiments et dépensées; la Pensée et Sentiment^ éphémères sublimations de la matiè\ organisée, meurent avec elle. A la m/yrt^ le cervec cesse de sécréter ces volatiles essences... L'ImmorU lité? Chimère. — shin ! U Amour f Stupidité ( folie... Se dévouer? Rôle de dupe. »

0 Terre y ô Tet^Cy écoute : tels sont les blasphèm de tes enfayits ! Or y voici le dernier, qui les souUg\ et les résume :

— « THAU ! Le monde est mauvais, et si Dieu i créé, c'est Dieu qui a voulu le mal. S'iï a voulu 7naly c'est un Dieu à y^ebours : son nom n'est pas lo HÉvè, 7nais hévê-jod, c'est-à-dire Shatan ! »

0 Terre y tu as entendu les blasphémées de tes en fan Ainsi s'exclament les Fils du Maudit^ l'oppy^obre

tes entrailles. Les inductions de leur logique humaine fulgurent en sinistres éclairs , et tonnent en imprécations contre le Ciel !

Et le Ciel crie anathème à la raison de Vhomm£. Le Dieu d'en liaut répudie la Déesse d'en bas, la Déesse Raison... Sur la falaise de son orgueil, r homme a bâti la citadelle de rébellion. Le feu du Ciel doit réduire en poussière ce temple impie, où trône une idole y rivale du Seigneur...

Mais toi-même, ô terr^estre Epouse, n'as-tu pas glorifié dans ton délire le fruit d'un inexpiable adultère: ce spectre de pensée, ce souffle d'un jour — r homme raisonnable? En opposant à la gloire du divin Logos l'incohérente vanité du verbe humain, n'as-tu pas bu l'ivresse d'un sacrilège espoir? 0 Terre, n'as-tu pas voulu t' égaler au Ciel ?

Vain espoir! Coupable pensée... Tu t'étais dit : j'ai sublimé la fleur de ma virtuelle énergie; j'ai distillé Vélixir de m.a propre essence; j'ai suscité l'Homme — celte Raison vivacité — consubstantiel à Dieu !

Mais voici que V Homme raisomiable, déployant sa Raison pour confiyyner cette chimère d'identité, voici que l'Homme a démontré que Dieu n'est point, et que

lui-même n'a pas d'essence, étant un devenir

Désonnais le Ciel et la Terre sont à niveau, dans l'égalité du néant!

0 Terre, voilà do7ic ton chef-d'œuvre — l'Homme ! Et toi, l'Homme, déplorable et chère illusion d'wie conscience déchue et d'une divinité abolie; toi, l'Homme,

vaUà ta matrice d'iniquité — la Terre /... Écou moi tous deux.

Tu fes trompée, 6 Terre, à vouloir élaborer essence vers un céleste idéal. Rentre dans toninsti$ dors et rêve!

Quant à toi, F Homme, qui aurais mieux fait ne pas naître à ^illusion d'une objectivité consciet puisque te voilà, mensonge de la Nature infériei piteuse contrefaçon des races de tEmpyrée, rer^ dans ton instinct. — Qui que tu sois, enfin, rer< dans T Inconscient : dors et rêve !

VoiS'tu ce fleuve éthérien, tumultueux et caressa formidable et doux, dont Vor fluide pétille en ch riant, à travers les mxmdes, V ivresse collective eooistences englouties? Salut au débordement Un de la Vie impersonnelle; salut à Vuniversel disi vaut des entités factices. Plonges-y! Tâche de noyer. C'est la dèlim^ance! C'est la vie bienJieure du rêve, ou c'est le rêve d'une vie de bonheur.

Qui penses-tu que je sois ? Voix on ne sait d venue, qui charme et console... messagè7'e d'eé ratice, en tous cas!... Si je suis l'Illusion, etic apporte-je à la Réalité défaillante un réconfort rêve ; si je suis la Réalité y j'efface les caucliem malsains d'une satanique Illusion.

Viennent donc à moi ceux qui souffrent et dé. pèrent! Je les bercerai dans un songe intey^nifm

A

de lumière et de parfums... Le songe! Il n'est illusoire qu'en tant qu'exceptionnel dans la vie terrestre. Supposez la veille devenue exception, et le songe, état coutumier, c'est-à-dire normal... De ce fait, il sera la Réalité méms, seule vraie, seule durable; de ce fait, la vie terrestre n'apparaîtra plus qu'un cauchemar accidentel et passager.

A moi, tous les désolés, tous les endoloris, tous les calamitev^ . . . à moi ! Car j'apporte la vie du Rêve, ou le Rêve de la vie !

La voix de Satan-Panlhée est ondoyante et multiple, comme cet Univers physique dont il est Tâme. Elle parle à chacun son langage familier : à Tartiste, elle parle d'art ; elle parle d'occultisme au mystique, et d'intrigue à l'homme d'action. Mais, quoi qu'elle ait dit — quand elle a parlé — toutes les notions confondues laissent l'âme délirante en proie à cette seule conviction, qui la ronge comme un cancer: tout est vain, rien n'est sûr... Et de ce chaos d'incertitude se dégage un dernier concept impératif, péremptoîre: l'urgence de l'abdication morale individuelle.

En dernière analyse, qu'affirme donc cette voix? — Des négations : le néant du verbe humain, voilà ce qu'elle démontre; la rétrogression vers l'instinct, voilà ce qu'elle propose; l'apothéose de l'inconscient*,

^ D'après la tradition ésotérique, l'homme terrestre, Conscience individuelle, se trouve placé entre deux Inconscients : VInconscient supérieur ou Esprit universel, et V Inconscient inférieur

voilà ce qu'elle célèbre. Et comme moyen d'atteindre à ce faux idéal, meurtrier de Tâme, elle suggère de se noyer au fleuve sans rive et sans fond de la vie physique universelle.

Dans ce suicide, est l'alpha et Tomégra de la Goede (voyez chap. m, p. 193). Aussi bien, pour nousj résoudre, Satan-Panthée — qui est aussi Satan-Protée — s'ingénie à déguiser son invitation sous les formes les plus imprévues, les plus attrayantes souvent La Goëtie ne se limite point aux besognes grossièrement pittoresques du sorcier vulgaire; nous l'avons définie la mise en œuvre, pour le mal, des forces occultes de la nature : prompte à s'insinuer, comme un virus subtil, dans toutes les sphères visibles et invisibles, — partout où l'homme déploie son énergie, cette peste étend ses ravages.

Et de fait, les arts, la littérature, la philosophie, la théologie même furent à toute époque plus ou moins imprégnés de Tâcre ferment de pessimisme que le grand Séducteur inocule aux générations, comme le

ou Instinct collectif. Selon qu*il se met en rapport avec Tun ou avec l'autre, l'homme reçoit: d'en haut, V Inspiration divine, ou d'eo bas, {Intuition physique. Libre donc à chacun de s'assimiler de l'un ou de l'autre breuvage, dans la mesure de sa capacité ; mais il ne faut pas plus se noyer ou dissoudre son Moi dans l'Esprit universel que dans l'Instinct collectif. — Au demeurant, l'Esprit universel ne se nomme Inconscient (supérieur) que par opposition à la Conscience individuelle ; comme on pourrait l'appeler encore iVbn-Afof (supérieur), pour le distinguer du Moi individuel. Est-ce à dire qu'il soit dépourvu en soi de conscience ou d'entité ? Conclure de la sorte, ce serait jouer sur les mots. — Au cas particulier, il ne s'agit que de V Inconscient inférieur.

plus sûr moyen de leur faire écouter sa voix, instigatrice du suicide moral.

Souple à tous les travestissements, Satan-Pan thée ne laisse pas de se transfigurer en Christ glorieux — voire en Bouddha. Ne Tavons-nous pas vu, récemment, emprunter à Tlnde les charmes de son quiétisme exotique et toute la magie de ses séculaires traditions, pour enchanter les yeux novices par d'insidieux mirages, et faire dévier de la voie ces âmes de jour en jour plus nombreuses, qui, répugnant au bourbier matérialiste et lasses des horizons étroits de l'éclectisme universitaire, tâchaient à s'orienter sur la lueur à peine entrevue d'un mystique idéal ? Une certaine théosophie, faussant en eifetles plus sublimes concepts de Tésotérisme, semblait prendre à tâche de faire briller pêle-mêle, avec des étincelles de vérité, les feux follets de l'erreur. C'est ainsi que plus d'un soidisant interprète des énigmatiques Mahatmas répandait d'utiles enseignements; tandis qu'on a pu voir d'autres frères, dépravant la notion de l'Absolu jusqu'à l'instituer pour base d'une synthèse athée, réduire au néant l'insondable Parabrahm. Et, pour que leur morale fuit digne de leur théodicée, ils prônaient, sous couleur d'altruisme, le suicide de la personnalité vraie : c'était leur façon d'interpréter Nirvana (l'état des sous-multiples humains réintégrés dans l'Unité divine) ; à telles enseignes qu'en route avec leur cohorte d'élus vers cet idéal patibulaire, ils semblaient autant de bouchers, défilant avec leur troupeau sur le chemin de l'abattoir ! . . .

Certaine littérature, comme certaine philosophie, comme certain mysticisme, comme certain art, relèveil donc de la Goëtie, d'une sorte immédiate ou médiate. C'est qu'il n'est point de mode où s'exerce l'activité de l'homme, que le satanisme ne soit susceptible d'envahir et d'imprégner ; comme il n'en est pas, que l'Inspiration divine ne puisse évertuer et annoblir. La raison profonde en est dans l'essence du Verbe humain, Agent démiurgique et mitoyen entre l'absolu et le relatif, entre l'esprit et la matière, entre Dieu et Satan.

Soit bonne ou mauvaise — la Puissance magique I réside ici-bas tout entière dans le Verbe humain. Le \ Verbe humain apparaît un agent intermédiaire et convertible : le trait d'union de la terre au ciel, le moyen- ' terme de tous les extrêmes, le substratum universel de relation.

Dans ses rapports avec V Absolue Vérité j le Verbe humain se formule par une vertu active : la Foi. — Dans ses rapports avec la réalité contingente y il se manifeste par une vertu passive : la Science. — Dans ses rapports avec le Verbe divin^ le Verbe humain s'exprime par une puissance d'identification du relatif à l'absolu, du fini à l'infini, du sous-multiple à l'unité: la Conscience, qui est neutre, c'est-à-dire active à l'é- gard de la Science, passive à l'égard de la Foi.

Le Verbe humain, se reconnaissant à son propre miroir, telle est la Conscience *. Son orientation vers

Lorsqu'elle est en mode d activité, la Conscience peut faire

^■la Science ou vers la Foi ouvre donc à l'homme indi- "viduel une double sphère d'action — positive el mys- * tique — où déployer ses potentialités ; quelle que soit '- d'ailleurs la tendance de l'individu, dans l'une comme ■ dans l'autre sphère, à la rectitude ou à la perversité, !» au Bien ou au Mal.

fc Ces principes étant posés, on comprendra mieux } que l'Art a aussi sa magie, ténébreuse ou splen- I dide, néfaste ou bienfaisante ; puisque l'Art n'est que I l'adaptation du Verbe humain, modalisé au moule de ' chaque individu, et s'irradiant en émanations qui s'inj corporent en des formes adéquates, symboliquement 1 expressives de ce verbe individuel.

Toute œuvre d'art ne semble, à première vue, que l'incarnation d'une pensée. — Soit ; mais esl-il vrai que cette pensée s'immobilise, se stérilise, s'éteigne en se fixant ? Est-il vrai que la forme où elle s'emprisonne soit son ultime aboutissement ? qu'à se créer cette écorce, elle ait épuisé sa virtuelle énergie ? — On aurait lort de le croire. C'est une loi, en physique générale, que la force se transforme et jamais ne se perd. Une pensée ne meurt pas, de ce fait qu'elle prend un corps. Pareille à une âme, elle ne s'incarne

«sage de son rritéi-ium, qui est la Rainon ; en mode passiT, elle ne le peut pas. Et voilà pourquoi la Raison (critérium de la Conscience), est compétenlç aux choses de la Science, incompétente aux ctioses de la Foi. Car si, relativement à la Foi, la conseieuce ne se déploie qu'en mode passif, elle ne peut donc se servir de son critérium humaio, qui est la raison ; il Tant bien qu'elle subisse dès lors le «ritérium divin (sensorium cœleste) qu'on pourrai! déllnirla Logique de l'Absolu.

au contraire que pour s'affirmer sur le plan matériel; elle ne revêt une figure sensible que pour agir surfe sens ; une forme plastique et objective, quepouracquéiir droit de cité dans le monde plastique et objectif . Cette forme même lui sert de médium* de véhicule et d'instrument, pour déployer son énergie dans une nouvelle «phère. Toute œuvre d'art est donc grosse d'une vertu latente de réalisation, qui nécessitera tôt ou tard une série d'effets réels, conséquents à son principe inné: ces effets produits seront la traduction magique de ridée incluse en cette œuvre.

D'où Ton peut conclure, au résumé : toute œuvre d'art est une œuvre magique, bonne ou mauvaise ; l'idéal qui est son àme incline son potentiel efficace à droite ou à sénestre ; la vertu de réalisation latente en elle constitue l'agent magique de son déterminisme^ pour le bien ou pour le mal. Tout artiste enfin est un mage ou un sorcier — plus souvent, hélas ! un sorcier qu'un mage.

Les Mages de l'art pur, et les Goëtes de Tari impur ! Théurgie ou Nigromancie de la plume, de la musique et du pinceau ! Quel beau livre à écrire sur ce thème transcendental ! Mais une telle œuvre passerait nos forces à tous égards K Requis du moins d'ébaucher en quelques traits un schéma synthétique de l'art à ce point de vue, nous emprunterions volon-

^ Notre ami Emile Michelet, auteur d'un très remarquable essai sur VÉsotérisme dans Vart^ semble élu pour accomplir un jour cette tâche, bien digne d'un poète platonicien touché de modernisme.

tiers à la mythologie d'Hellas quatre types bien distincts, symboliques (nous semblet-il) des quatre familles d'art qu'on peut imaginer primordiales. Ces types — par leurs combinaisons — , ces familles — par leurs alliances — donneraient un cadre subdivisé en manière d'échiquier et propre aux classements méthodiques, à l'instar d'un arbre de généalogie.

Ne pourrait-on distinguer, par exemple : — l** L'art d' APOLLON, les Chrysopoètes (presque tout le grand art; nommément Orphée, Virgile, saint Jean, Lamartine et Vigny ; Raphaël et Michel-Ange ; Bach, Mozart et Rossini. — Références astrologiques : © et ^; co7i^espondance d'effets galéniqices: les vins géné- reux solaires); — 2"" l'art d'hécate, les Ensorceleurs (démonomanes : Remigius et Bodin ; mystiques vertigineux: comme Bôhme et Swedenborg; Poë, Hoffmann, Baudelaire et RoUinat; Rembrandt et Gallot, Salvator Rosa ; Chopin, Berlioz: la Damnation de Faust. — Rèfér. astroL : 3 et ^\ corresp. galén.: opium et surtout cocaïne) ; — 3*" l'art d'éros, les Erotiques (Anacréon et Sapho, Catulle, TibuUe et Pétrone, Crébillon fils et le marquis de Sade ; Musset : poésies ; beaucoup de graveurs du xviii® siècle; Prudhon : papiers bleus; Rops: eaux-fortes; Holmes; Massenet, dansEsclarmonde. — Réfèr. astroL ; 9 et Ç; corresp, galén. : opium canlharidé) ; — 4** l'art d'atropos, les Nihilistes (Lucrèce: de naturâ rerum; Voltaire: Candide; Jean-Jacques, Diderot; Goethe : Werther; Byron : Caïn et Manfred ; Stendhal : Rouge et noir ; Musset: Confessions d'un enfant du siècle; Richepin :

les Blasphèmes ; Goya, Zurbaran. — Rèfèr. astral.: ^ et cr^ ; corresp.galén. .-Datura, Gonium, Hyosciamus). Il suffit ; tous les détails dont nous pourrions aloIl^ dir ce tableau ne sauraient défendre qu'il restât foacièrement incomplet — et même inexact, puisque, pour préciser le compartiment attribuable à chaque artiste, il eût fallu élargir le cadre minuscule ci-dessus et l'ouvrir à Tenvahissant échafaudage des sub£- visions très complexes dont on a parlé. Gomment loo User d'ailleurs, en des cases à étiquettes, d'universels génies : un Shakspeare, un Léonard, un Beethow^? assujettir au tuteur ces prodigieuses natures d'art, dont la sève exubérante, débordant en tout sens, an mépris des lattes de séparation, ferait disparaître tout l'espalier sous des grappes de fleurs multicolores? Y songer serait folie... Est-ce à dire illusoires, les types d'art ci -dessus esquissés ? — Nous ne le pensons pas. Qu'on nous permette un rapprochement avec la belle Théorie des tempéraments de MM. Polti et Gary : l'analogie est toute proche, puisqu'il s'agit pour nous de tempéraments d'art. Eh bien ! n'est-il pas fort exceptionnel, sinon tout à fait impossible, de rencontrer un sujet qui incarne absolument l'un des quatre types primordiaux (B, L, N, ou S), à l'exclusion des trois autres? Cependant ces quatre éléments radicaux, qu'il a fallu sélecter et construire de toutes pièces — par dissociation analytique d'abord, puis par synthèse abstraite — , ont chacun sa valeur propre et nullement arbitraire ; si bien que leur classement, par ordre de prédominance, permet de fournir au pre-

FLEURS DE l'aBIMB 523

— Ider examen la formule physiognomonique d'un sujet. B^eufr4tre pourrait-on composer pareillement des for- «■aules, roulant sur la combinaison méthodique des s: j(uatre types d'art : Apollon^ Hécate j Eros et Atropos . aci^ous ne pousserons point cette digression plus avant, ^a'ayant voulu que signaler une possible voie.

^ff Nous espérons qu'on discerne à cette heure quelles i^ceuvres nous avons dénoncées comme perfides, sous ^l'emblème des fleurs de l'abîme. Ce n'est ni l'adaptaytion littéraire des théories occultes aux cadres du j poème, du conte ou du roman, comme le Diable amour Il reux de Gazotte, V Étrange histoire de Bulwer, ou les ^ nouvelles si captivantes de Lermina ; ni moins encore ^ les légendes fabuleuses de l'Orient, ou les Contes de ^ ma mère VOie. Si de telles fleurs furent cueillies sur i le bord de l'abîme, il faut convenir qu'elles ne distillent pas le poison ; leur subtil arôme n'a donné à per- I sonne le vertige des noires profondeurs... Non, ce ji'est pas le merveilleux dans l'art que nous incriminerons jamais.

De tout temps, nous eûmes un faible pour le bavardage des aïeules : au risque de baisser dans l'estime •des gens graves, avouons-le sans détour, car c'est ^insi. 0 les délicieuses fantaisies du poète Perrault ! Mais sont-ce bien là des fantaisies?... Le royaume des fées et des génies doit exister sans doute sur quelque chère et lointaine planète, ou bien les rêves migrateurs de notre enfance en auraient menti. Nous ne saurions l'admettre : c'est si triste, un rêve qui ment 1 La

iaitjr

du ccxtit Tc ::.

Lli"

de rabiifi-. _ e vertiiîe .- A le mervr:— rr--^

îamais.

bîeaL fèoies (i

seule réalité devrait avoir le privilège de l'imposture. — Vous ne voulez plus croire à rien de cette vie, jeune désabusé, dont le monde réel a froissé l'âme? Du moins, ne reniez pas les rêves de votre enfance ; qu'ils vous soient un refuge où le flot du siècle brutal expire. Il est doux et réconfortant de les revivre ; il est sain de respirer leur brouillard lumineux... A dix-huit ans, nous avions essayé de leur faire prendre corps, à ces rêves aimés ; ils s'y prêtèrent d'assez mauvaise grâce : Tincarnation fut insuffisante ; en sorte qu'ils ont conservé une apparence nébuleuse et des allures de fantôme. Les contours hésitent, indéfiniment vagues. Aussi prîmes-nous soin depuis de faire oublier cette débile tentative, cette œuvre d'une médiocre venue, sans couleur et sans accent. Eh bien ! sans conseillera personne de mordre au fruit vert de notre poétique inexpérience, dirons-nous que tout à Theure, comme nous relisions ces Rinies fantastiques ^ — hélas ! elles riment mal — le sentiment qui domine en ces vers dont la sincérité fait le seul mérite, nous a surpris et presque ému : la conscience vague, mais très réelle, d'un monde au delà, s'y fait jour à toutes les strophes.

Les chères fées sont-elles vraiment très loin?

— Mère grand', qui narrez si bien, contez-nous encore une histoire du temps passé! Nous sommes de grands enfants, et nos oreilles, blasées au vacarme suraigu de la cité moderne, sauront s'ouvrir encore,

^ Oiseaux de passage. Rimes fantastiques^ Rimes (Tébéne, par Stanislas de Guaita. Paris, Berger-Levrault, 188!, iQ-l2.

FLEURS DB L ABIMB 525

". lélicates et attentives, au murmure très doux des . »ources miraculeuses ; tressaillir à renchantement les musiques dont nul n'a perçu les sons qu'à travers la voix cassée des vieilles qui racontent, — telles on perçoit de vagues mélodies flûtées à travers le ronflement sourd d'une voiture sur les cailloux. Nous 'aurons des larmes pour les imaginaires infortunes, nous dont les yeux restent secs au spectacle navrant des réelles misères. Notre cœur mort peut revivre une vie artificielle, religieusement entr'ouvert à Tamour d'une adorable Belle-au-Bois-Dormant !

Fais-nous sourire et pleurer encore — nous et ceux-là même dont le spleen a pâli les lèvres et bistré les yeux — fais-nous pleurer et sourire encore, naïve légende qui nous viens du passé obscur, sur le riche langage banalement fleuri, sur le langage héréditaire des vieilles inintelligentes I... La nostalgie nous prend des pays fantastiques, l'amour nous prend de celles qui n'ont jamais respiré que dans les blancs rideaux de l'enfant endormi, jamais parlé que dans les brises d'un printemps idéal, vers qui nous portent de puérils et superstitieux regrets : regrets évocateurs d'un pays peuplé de rêves — et que connaît à fond notre songeuse ignorance...

Hélas ! hélas! nous restons froids à la voix vibrante des vierges qui voudraient aimer, des courtisanes qui semblent aimer, des épouses qui aiment. Mais nous trouvons de vraies larmes et des baisers sincères pour les fantômes qui surgissent dans un rais de lune, à ta voix cassée, ô Mère grand' !

La première Septaine est olose; les deux an ne rouleront plus sur des histoires, des faits et légendes, mais sur des théories de soience hermét et de philosophie ooculte. — La Clbf db la Maoib ? suivra de près le Temple db Satan ; le PROBLàME dd Tiendra ensuite fermer la série du

SERPENT DE LA GENÈSE

TABLE DES MATIÈRES

LE SERPENT DE U GENÈSE

Plan isoiÉiiiQUE dd Srhpent de la Genèse. — Divisions de l'ouvrage, établies sur le patron dit Tarot

' iHTRODOCTtOn

Étal des EspHlB, à la fin du ïix' siècle. — La grande makdia intellectuelle, rAgnoslicisme; ses symplAmes. — Absence detoute synthèseiabusdesméthodesanalytiques. — AcAlé des marques de décadence, certains signes avantcoureurs

■ laissent présager une restauraliou. — La loi du Devenir. — Civilisations antiques, fondées sur une rigoureuse sjn- Ibèse : la Science et la Poi conciliées; unité des enseignements universitaire et religieux. — Le cycle de Ram; Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre : temps héroïques.

Parallèle entre ces antiques civilisations et la nôtre. — Le double courant de la vie intellectuelle, dans un état social, analogue aux deux circulations artérielle et veineuse, dans le corps humain. — Caractères comparés de notre état social anarchique et de l'état social théocratique et biérarchtsé des vieux âges: géants ou pygmées? — La paix de l'âge d'or-

L'édiflcedel'anciennesynthfïge est écroulé; mais on en peut Taire parler les débris. — UTaut que l'âme du passé nous enseigne les voies du Fulur : l'ère du Christ douloureux ne tardera guère à se clore, et ce sera l'avènement du Christ de gloire. — Livres sacrés : la lettre tue, et l'esprit oieifie. — Éveillons la Belle-au-Bois-Dormant, c'est- à-dire l'ésotérisme renfermé au cœur des vieux symboles.

Le Serpent de lalîenése. — Moïse va nous fournir le texte d'une étude qui remplira trois livres successifs. — Une ligne d'hébreu et ses deux traductions, suivant la Viitgale et suivantFabre d'Olivet. — La fable mosaïque de l'originel péché, telle que se l'imaginent les théologiens exotériques, confiants à la lettre de la Vulgate

Trois sens attribuables au mythe du Serpent. Il signifie: au sens vulgaire, le Diable; au sens ésotérique moyen, la

Lumière astrale ;9iusens ésotérique supérieur, VEgoîtmB primordial, iosUgateur de la chute édéoale. — Cette triple interprétation délennine el commande Jes trois parties de notre ouvrage : le Serpent de la Genèse : — Livre I, le Temple de Satan (les faits) : — livre n. Clef de la magie noire (les théories) ; — livre III, le Problême du mal (synthèse métaphysique de l'ouvrage). ~ Réserves de fauteur en matière de foi ; il ne prétend point dogmatiser

PREMIÈRE SEPTAINE

(Livre 1}

Catalogue des principaux ouvrages où ton renvoie le

lecteur, au cours du Temple de Satan

!f. B. Avertissement relatif à la première septaine

Chapitre I. — LE DIABLE

Existe-t-il? ^ Dans le monde intellectuel, il s'appelle TErreur; dans le monde moral, il a nom l*Ëgoîsme; dans le mondephysiqueenfin, il s'incarne sous toutes les formes de la Laideur. — Prudence deTEgiisc enseignante, qui na jamais défini le Diable. — Idée qu*on se fait communément du Prince de l'enfer; ridicules et contradictions inhérents à celte croyance. — Un dilemme de Bayle et un sonnet de Soulary

Le dogme de la chute des Anges. — Ce dogme, inconnu i Afowe, rapporté de Babylone par les rabbins, est un emprunt fait à la théogonie de Zoroastre. — Mazdéisme exotérique et csotérique. — Fille bâtarde de .Mazdéisme incompris, rhérésie monstrueuse de Manès empeste encore la dogmatique chrétienne. — Une page de VApocali/pse el un rragment de sainte Hildegarde, interprétés dans le sens de la chute angêlique. — Conjecture plaisante du Marquis de MiroiUe, — Le dogme des deux principes hostiles remonte aux premiers cycles cosmogoniques de l'Inde : les AsHours ellesDeras; guerre entre les génies du Mal et du Bien. — Le Bien peut-il être vaincu? ....

Les Incarnations mythologiques de Satan. — Typhon et

TABLE DES MATIÈRE!

W^Tchntfjour. — Lr mal n'est doué que d'une existence pri-

h VlUve; il manque d'essence propre, i^Unt une négation. —

IK Opposera Dîou le maiddflé, c'esl tomber dans l'hypolhëse

41 absurde des deux inBnis contradictoires. — Caractère

:• diabolique de beaucoup de divinités païennes ; tout sym-

fft bole religieux, honoré de rites Infâmes, devient une idole

,^ où s'incarne Satan. — Avatars de Satan : Thor, Teutart,

0 Moloch, Belphégor, Adramelech, Melieerte, Beel-

aébuth. Mendèg, Priapes, elc. — Mystères de la bonne

Déesse. — Omnes dii gentium dœmonia. — Cultes

horribles rendus ft des idoles, représentatives des vicps

divinisés. — Shipa et la déesse Khali. — Le suicide

religieux aux Indes. Les T'A (tp^s, confraternité des Ëtran-

gleurs. — Aveux d'un Thugg devant la justice anglaise ;

récit d'une hécatombe dans les Jungles 63

l^ Cocopncumatique des Talraudistcs et des adeples de la Kabbale. — La séduction d'Adam et d'Éoe, d'après le Ta!mud et le Zohar Hadash. — Eve femme et Héoa couleuvre. — Léoiathan; son incarnation mâle qui est 5'ama^f, et son incarnation femelle, qui est Lililfi. — Lc Sepher Ammudé-Sehihaelh Sepher Emeek-Ammelek. Autres épouses de SamaSl : Aggarath, Na/iémah et

Moehlath. — Une citation à'ÉUpha» Léci Il

Légendes d'amours entre dieux et mortels. — Tradition étrange rapportée de Suéione, au sujet de la naissance d'Octave. — Aventure de Pauline et du chevalier Mundus,

d'après Jùnèphe 7

Le diable au moyen â^e. — Messies de lumière et de ténè- bres ; \e ChriatolV Antéchrist. Un texte àçYApoealypae touchant l'Antéchrist. — Le mythe de TAnlechrist et l'opinion de somi GréjoiVe Ze Grand. — Deux avènements de l'Aulechrisl; réincarnation A'Élie&t à'Hénoeh; avè- nement du Christ de gloire. — La tfile et le corps du dragon; ésotérisrae profond de ce symbole. — Délinition mystique du Diable et de son messie. — Prophéties diverses. — Sorath, poème A'Alber Jhouney. — Personnages historiques où l'on a cru voir l'Antéchrist. — l..e Millénaire du Docteur Zimpel; Napoléon III k cheval sur la béto de

l'Apocalypse 77

Incarnations positives de l'Antéchrist : le dêmonographe, VexorcisteetV inquisiteur, O^xniQn dn Pierre de Lancre et de Henry Boguet, sur le chapilre de la 'sorcellerie. Scènes de posseaaion, ou (pour parler avec le D' Calmeil)

û'hgatéro'démanopathie 84

Les L'rsulines de Loudun, — Récit détaillé du procès d'Urbain Crandier.— Conversion du sieur de Kéricllot. — Achar-

nement de Laubardemonl et du cardinal de Richelieu. — Eiorcismes.— Laubardemont coeu^ en signe ratlesUtion de sa propre main. — Supplice de Grandier. — Relentissement de ce procès ; V Histoire des Diaàfes de Loadun.— Strophes du temps, où Ton plaide rianocence de Graodier.

— Fin misérable de tous ses persécuteurs. — Jurisprudence du moyen âge : le Diable admis à témoigner en justice.

Partisans contemporains de llnquisition et des bûchers. — Berbiguier et le livre des Farfadets, — Ce malheureux est victime d'une nuée de larves. — Digression sur le Monde Astral et sur les êtres lémuriens qui ie hantent.

— L'arsenal de Berbiguier : pointes d*acier, fumigations, etc.. — Le style de Berbiguier; sa diatribe contre les chats ; ses prétentions scientifiques. — Joseph Frudhomme visionnaire

Satan /in-de-sièele ; il se déguise en gentleman. — Modernes démoQOgrapbes : le Marquis de Mirvilie et le Chevalier Gougenot des Mousseaux ; leurs ouvrages. — Approbations formelles de l'autorité ecclésiastique : citations des Cardinauxarchevêques de Bordeaux et de Besançon, du général des Théatins, du R. P. Voisin, etc...

— Histoire d'une malheureuse, séduite par un Diable en habit noir ; récit fait par un évêquc au Chevalier des Mousseaux. — Exploitis des médiums et de leurs « esprits » : souffles indiscrets sous les jupes des dames, baleine arrachée à un corset, caresses d'outre-tombe, etc.. — Si innocents que soient les médiums de pareilles indécences, ils pourraient bien endosser les torts du Diable. — Le style de M. Gougenot des Mousseaux ' .

Caractéristiques du Diable : Non-être, misère, impuissance, bêtise, envie. — Au seuil du mystère d'iniquité. — Méprisante devise (ï Henry Khunrath

Chapitre IL — LE SORCIER

L'ambilion d'un despotisme sans contrôle, étayé sur le monopole des connaissances interdites au vulgaire, voilà ce qui a perdu tant d'hommes, en les faisant rouler à l'ornière de la sorcellerie. — Définition du sorcier; sa dégradation morale. — Sorciers contemporains, les mé- diums. — Pourquoi voit-on les meilleurs médiums frauder

dans certains cas? — Le médium et le médiateur.

Comme lui marionnette de l'invisible, le sorcier moderne dilTôre de l'ancien, en ce qu'il nie communément l'existence du Diable. — Les Jettatores, — Tout sorcier porte la griffe de Satan : c'est là môme un infaillible critérium. —

TABLE DES MATIERES

^KLe sorcier esl de tous Ips lempa, comme de lous les pajs,

«i». — Danger des sorciers à notre époque qui les nie

Le sorcier cheï les différents peuples, — Devins et enchanteurs des Atlantes.— L'Inde ancienne el l'Inde moderne.

— Superslilions dégradantes.— Fakirs ti Pourohitaa. — Les Mentrama et le culte des PUris. — Les ouvrages do Jacolliol et le vieux livre A' Abraham Roger sur l'Inde. — Chez les Hébreux, la magie noire se borne à révocation desAôbûth. —Sorcellerie des Finnois et dts Aeeadiena : V homme méchant, \3. parole el la chose mortelle.— Le Shioaisme à Ce^/lan dégénère en sorcellerie ....

Conrusion fâcheuse, entretenue par les ethnographes, entre le sscerdole-tbéurge et le sorcier. — La magie noire est essenliellement Turtivc et an li sacerdotale. — Digression sur les sacrifices sanglants el leur origine; les culles les plus conlradicloires sont unanimes à les prescrire. — Le grand arcane el son corollaire adamique, également méconnus. — Cycle de Bharat et Cijcle d'AasoAr. — Sacrifices humains dans YInde {Khali et Shloa), dans les divers États phéniciens [Rulrem et Sioloch). dans la CeltiUe { Thor el Teu(Œd),en Grèce [sacrifice d'iphigénie), en Crête (le Minotaure), à Rome (prisonniers gaulois), jusqu'en Israël (sacrifices d'Abraham, de Jephté, immolation du roi Agag. etc.). — L'inquisition el les bûchers .

La sorcellerie en anlagonisme constant avec les sacerdoces officiels. — La Goétie en Grèce. — Drogues enchantées inspirant l'amour ou procurant la mort. — Les Ophiogènes de l'Hellesponl. — Erato se fait sorcière ; incantations des Thessaliennes. — Les F/cHra vénéneuses {Rosa Mystiea). — Lycanthropes et vampires ; évocations infernales. — Une antique tradition veut que les speclres empruntent un corps lumineux à la substance des rayons lunaires : ce qui explique comment ces arts ambigus se ratlachenl au culte de la sanglante Hécate. — Texte de conjuration évocatoire, rapporté des PhUosophumena.

— La sorcellerie dans les œuvres de Théoerite. d'Horace et de Lucien

La Sorcellerie fait invasion à Rome, surloul vers la fln de la République. — Les larves du faui occultisme. — Les Phrygiens vendent des philtres; de soi-di?ant Chaldéens débitent des horoscopes. — Les fameux rouleaux sybillins.

— La magie devient empoisonneuse à Rome avec Locuste.

— La morl de Brilannicus, d'après Tacite et Suétone, — Pourquoi le poison versé sur l'ordre de Néron ne pouvait être, comme on l'a cm, de l'acide prussique î

L'école Ihéurgique d'Alexandrie esl suspecle de Hagio noire.

— Les gnostiques versent plus évidemment encore dans ces pratiques défendues. — (Réserves touchant Marcion et Valentin, sans parler des gnostiques orthodoxes). — Simon le Magicien divinise Hélène sa concubine. — Le nègre MontantiB et ses Colombes hystériques, MoLximiUe et Priseille, — Marcion et le redoutable arcaoe du serpent fluidique. — Marcos poilue et ordonne sur J*autel do Christ de jeunes vierges que son souffle a sacrées propbé- tesses. — Le mysticisme ascétique aboutit souvent à la luxure. U homme n'est ni ange ni bête (Pascal) 139

Pourquoi les hérésies sont-elles toutes plus ou moins parentes de la Magie noire? — Les protestants de la première heure. Manichéisme et Arianrsme. — Albigeois^ Cathares^ Vaudois, Trembleurs des Céoennes et Sorciers de Labouri sont autant de sectes manichéennes à peine déguisées 142

Les faux sorciers. — Tous les grands génies taxés de sorcellerie : Albert le Grande Raymond Lulle^ Trithéme, Agrippa et jusqu'aux papes Siloestre II et Grégoire VIL

— Courageuse plaidoirie de Gabriel Naudé en faveur des grands hommes accusés de Magie, et réplique inepte de Jacques dWutun, — Légendes ridicules touchant Agrippa: il ordonne au Diable d'entrer dans un cadavre et de promener ce corps par la ville; il maudit son Démon familier, qui va, sous forme de chien, se jeter dans la Saône. — Récits contradictoires de Paul Jove et de Jean Bodin, — Légendes sur saint Thomas d^Aquin : un traité antédiluvien d'astrologie, enfermé dans une pierre, et retrouvé par Hermès, permet à ce bon Père de graver un talisman dont il obtient merveille, etc.. — Étrange manière dont Naudc est contraint de défendre un homme tel qu'Agrippa. — Le juge Rémigius, navré qu*on ne veuille pas croire tout le monde sorcier, se dénonce luimême et meurt sur le bûcher ^44

Trente mille sorciers en France, sous Charles IX. — On a sans doute abusé de l'accusation de sorcellerie, mais les découvertes modernes permettent de confondre les sceptiques qui nieraient la terrible eflicacité des maléfices. — l^e sorcier du moyen âge est le type moyen, le type classique. — Michelet le sacrifie à la sorcière. — Faisons revivre l'un et l'autre, dans le cadre fantastique du Sabbat légendaire. 148

Le Sabbat. — Les bandes herbues, dans les prés, ou ronds des fées; elles ont dansé là. — Sur la lande du Sabbat, au contraire, l'herbe est tondue et rare. — Un dolmen druidique au milieu. — Coucher du soleil. — Elfet de crépuscule. — Fantômes. — Une sorcière incanle. — La

TABLE DES MATIÈBES 333

PlgM

cruche d'où s'échappe LéoDard. — Léonard a grandi, mainlpnant il esl monalrunux. In Feu Tollel sh loge entre ses deux cornes, el le Sabbal commence ; arrivée des magiciens et des sorcières. — Har ! Sabbath! — Feui de couleur et mélodies. — L'hommage A Léonard; chaque survenant lui baise le derrière. — Véri^cation des marques.

— Un mo'ilon noir accourt au galop; une beile Hlle, vierge et nue, sanglote à chevai sur ce mouton. — On l'acclame; Léonard la salue et descend de son trdne. — La Messe noire. — L'élixir de Y Aspergea. — La pommade enchantée.

— A l'introït, on éloigne les enranls, qui vont Taire paître à l'écart les crapauds vêtus de velours. — Le sacrifice; Léonard consomme, sur l'aulel, te stupre de la vierge, aussitôt proclamée Reine du Sabbal. — La ronde el l'orgie. — L'inceste de rigueur. — Le Boacpuant orticle sur le corps ensanglanté de la prêtresse. — Offrande du hié à VEsprit de la Terre et des oiseaux au Démon de laliberté. — L^ Con/arreatio, l'hostie de l'amour impur; toute l'assemblée communie. — Les entanls rappelés pour la fraternelle agape. — Seigneur et paysanne, pré- lat, châtelaine et rustaud fralernisent. — Venyez-couf, ou çoua mourrez ! — Les dons de Léonard ; leur usage.

— Foudre de Dieu, frappe donc, ai tu l'onea .' — Le bouc se fait coq noir à crête fulgurante. — Cocorico.' Tout a disparu ISS

Détails omis dans la synthèse du Sabbat. — L'évocation; rites requis ; sont-ils indispensables ? — La scène classique de l'évocation ; comment se signe le pacte ; ce qu'il énonce. — Épilogue de ces sortes d'aventures ; la légende de Fauste. — Pacte formel, pacte tacite. — Transport des sorciers au Sabbat ; le mode en varie. — Le iJalai légendaire. — Onguents magiques. — Électuaires. — La Haute-Chasse : récit d'un paysan. — Mélodie aérienne.

— Grêle de charognes. —La foi du sorcier ; toute sa force occulte esl là 161

Chapitre III. — ŒUVRES DE SORCELLERIE

Sorcellerie, sa définition : détail de ses pratiques. — On répudie, pour l'instant, tout commentaire. — Avertissement au lecteur. — Le Diable, singe de Dieu ; la sorcellerie, religion à rebours; qu'esl-cequ'une religion ? — La théorie du sacrement, identique en religion, en magie noire et en haute magie. — Lesorlilêge, ses caractères sacramentels; on dislingue en lui matière el forme. ~ Développement

de cette idée. — Trois catégories desorciers. — Lesquinie crimes du sorcier, d'après BodÎQ ; classification vicieuse. Ift

Du Afa/ëyic6 proprement dit —Exemple d'un maléfice eflectif et dûmeut constaté : le procès du berger Hoque et de ses complices.— Le 6eatt-^<e/-d<ea: charge d*empoisoonemeiit pour les bestiaux. — La trahison de Beatrix ; levée du Charme. — Mort de Hocque, frappé de choc en retour. — La loi de répercussion, en goêtie. — Révélations devant les juges ; condamnations diverses {7

Le Charme, — V Incantation . » Composition baroque et sacrilège des charmes. — Efficacité en magie noire des paroles incompréhensibles ; opiniondeP<er/e la Mirandole ei de lamblique, —Manichéisme des sorciers. — Les aveux de Magdeleine Bavent ; charme enterré près d'un rosier (extrait du livre du Père Desmarets, confesseur de Magdeleine). — Philtres, — Charges. — Sortilèges, — L'Envoûtement ; sa matière et sa forme : le voit et Vexécration magique, — Détails curieux. — Envoûtement par la figure de cire, — Par le crapaud baptisé. — Un sortilège dans le cimetière de Saint-Sulpice, en 1619. — Comment on déjoue Tenvoûtement, au dire d*É]iphas : crapaud dans une boîte de corne. — Usage du crapaud dans la Ma^ie empoisonneuse ; recette étrange d'après Porta. L'envoûtement par les vestiges encloués 11

MandifjoëS'ôbi ; le sortilège des nègres oaudoux. — L'Obéah eiVOb de Moïse. — Le Sabbat des Vaudoux ; exemple cité par M. Lond. — Le serpent sacré, ses prt>lres cl ses fidèles. — Le serpent chez los Égyptiens : invocation à Tf/p/ton-Seth (Papyrus Anastasi et Sallier). — Digrression sur le prand Agent de toutes les œuvres de ténèbres. Le magnétisme et réleclricilé ne sont que des modalités très indirectes de son énergie. — l' Initié aX. V Adepte, — Pour devenir Mage^ la science ne suffit pas; rareté des vrais mages. — Le sorcier est un esclave, qui se donne des allures de madré. — Il sr noie dans l'Océan funeste, dont il va devenir une vague 1

Sortilèges pour Texacerbalion et la dépression vénériennes. — Les caprices du sens génésique. — Aphrodisiaques et anaplirodisiaques. — Recette de grimoire : la moelle extraite du pied gauche d'un loup ; le squelolle de grenouille ; les testicules de lièvre, etc. — Recette impertinente du Grand Albert, pour guérir les malades d'amour. — Le Mat/nès intérieur et occulte de Paracelse. — Cilalion de Corneille Agrippa. — Le nœud de l'aiguillette : ce crime était un des plus fréquents et des plus sévèrement punis. — L'Émotion est une redoutable noueuse d*aiguillettes. — Jugements

TABLE DES MATIÈRES :i3o

léfflêraires. — Sentences porlêes k la légère. — L'opinion

àe Pierre de Lanere el d'Henry Bnguei. — Kiles usuels > pour lenii^udde l'aiguillelte ; détails précis.— Autres pro- ^ cMus pour cette ligature.— Encore une recelle du Grand

• Aiberl. — L'abbé Thiera el son Traité des super sti lions. 19* Charmes d'en'jourd'itsement.^L& main degloire{ti\.TtM

du Petit Albert). — Sa préparation, la main et la graisse du pendu. — Usage du charme d'engourdissement, pour voler des enfants, en Chine. — Exemple tiré du Glaneur indou-chinois : exorcisme des prfltres de Bouddha. — Digres.sion louchant les exoreiamen : lous les ministres des sacerdoces réguliers y sont compétents ; le Pourquoi ésotérique de celle compétence. — La Communion des Saintx et la Communion des pervers. — Le sort de iaeiturnité. — Comment \ee accusés mis à la torture dissimulaient le diagramme anesthésique. — Traditions judiciaires : perquisitions, sondages. — La question ; axiome : les sorciers crient, mais ne pleurent jamais. — Indices qu'on tirait de leur attitude dans les tourments. —

Uaneathèaie hijëlériqae cl la Suggestion 199

Autres œuvres du sorcier: Nuisance est son lot. —Le Mauvais <Kil. — Sortsjelés sur les biens de la terre. — Le sorcier dans son laboratoire. — Poudre pour faire pulluler les insectes nuisibles (fio^ue/). — Le charme pour faire pleuvoir (exemple tiré de Detrio). — Une fillette bat son urine dans un trou ; résultats de cette opération. — Malé- fices pour exciter la grille, les tempêtes, les cyclones, etc.

— Le feu du ciel el les esprits malins ; digression sur les dieux du paganisme. — L'intelligence de la foudre : troublants aveux du phycisien Jobard. — Les exploits de la foudre-esprit. — Le grand/eu, tonnerre el foudre du C'el. aduenus sur l' Église de Quimper-Corentin, etc. {reproduction d'une pièce curieuse].. — Autres anecdotes: les oracles el les sentences de la foudre. —Cxsar,j£sar,

— Les démons auteurs des intempéries, exorcisraes pour les enchaîner -.leRiluelde Taui. -— Nos pères péchaient par excès de crédulité, nous péchons par l'excès contraire 304

Évocations des morts.— Homère eiVOdijssée. — Détail des rites accomplis par Ulysse, pour évoquer l'ombre de Tirésias. — Les évocations par le sang et par le glaive relèvent de lago<-tie 2(S

L'Ineube et le Succube. — l.'Epfiialte des Grecs et le cauchemar. — l'hénomènes erotiques durant le sommeil.

— Caractères de l'incube; la brutalité. — Légende d'un monstre incube, rapportée par Pierre le Loger : une Olle

enceinte accouche d'un monstre. — Le Succube ; histoire vraie (racontée par Gôrres et certifiée par Bamelt) d'un succube octogénaire. — Spectres de luxure ; fascinationB, li%

Le Vampirisme^ maladie posthume : comment on devient vampire. — Vampirisme héréditaire ; faits avérés. — Victimes du vampire ; gens étouiïés dans leur lit. On déterre le vampire : détails complets, description du cadavre. - On lui perce le cœur ; on réduit son corps en cendres. •— Certitude des phénomènes de vampirisme. — Faits similaires, également attestés, irrécusables. — Enterrement des Fakirs vivants ; leur léthargie, leurexhumation et leur réveil après plusieurs mois. — Précautions prises pourque l'expérience soit concluante. — Témoignages positifs. — Emprunt fait au livre du Z)' Gibier : F Analyse des choses ; histoire d'Haridès le yoghi 32S

La Lycanthropie; ce que c'est que le Loup-garou; en quoi magiquement il diffère du Vampire. — Métamorphoses du sorcier en diverses formes d'animaux. — Phénomènes répercussifs observés dans iescdLSvéelsdebilocattonpseU' domorphique. — Exemples : histoires tirées de ValderamUy de Boguetf de Bodin et de Lanere . — La patte du loup et la main de la châtelaine; caractère apocryphe de celte dernière anecdote. . 219

V Anthropophagie des sorciers ; légendes d'enfants égorgés au Sabbat. — Un texte de la Loi salique, — Encore le Sabbat : Sabbat réel, Sabbat en Astral. — Où se limite la puissance des sorciers 23Î

Chapitre IV. — LA JUSTICE DES HOMMES

Le sorcier voué à la mort par l'unanimité des législateurs. — Trois textes impitoyables de Moïse. Opinion de Bodin, qui réclame pour le sorcier la mort exquise et à petits cris, — Deux voix s'élèvent seules, vers cette époque, dans le sens de la pitié : le médecin Wierus, au nom de la physiologie (xvr siècle), et le pasteur Bekker, au nom de la charité chrétienne (xvii« siècle), protestent contre les bûchers. — Indignation de Bodin contre Wierus; il le renvoie à rhypostase des urines. — Culpabilité réelle du sorcier ; relève-l-elle des tribunaux humains? — Si cruel qu'ait été le moyen âge pour les sorciers qui l'infestèrent, l'histoire lui accordera des circonstances atténuantes. — Législation et jurisprudence ineptes en matière de soi-cellerie. — La Magie crime d'exception. — Le code de Boguet. 237

Los sorciers traqués de tous temps et par tous pays. — Le

iidad Sade. — Le Papyrus Narrië ; bergpr ^gjp- OCODdamaé k mort pour ses maléGces. — Ed Israël : le tore des Hoîs ; Saûl chez la Pr/thonissed'Endor. Les

^ôbôth ; sinistre appai-itîoo de Samuel évoque. — Lois

I en GrÈcp contre les enchanteurs (V. Platon. Démosihène» ik etPûKsanJM).— ARome.la Loi des XI l Tables n'ef,\çA& |g moins sévère: 170 sorciËres exiSculËes, Clauilius Marcellus la étant consul. — Mesures prises par Auguste, Tibère, k Néron, Constance et les Empereurs elirètiens, — Chez g les Francs, la Loi salique punit les SCryt/es. — Moyen Il âge et temps modernes ; ordonnances successives de I Charles VIII. Charles IX, Henri lll. Louis XIII el

f LouisXIV. 2«

'Compétitions des pouvoirs ecclésiastique et civil ; tribunaux milles, pour la répression des crimesde Magie. — Le juge lai en est de nouveau saisi. — Bulle inqualifiable d'Innocent VIII; n'a jamais été appliquée. — Digression sur l'inanilé des mesures propres à révolter la conscience publique; deux eiemples de pareilles prescriplions éludées: le Rituel Romain et la défense de soigner les malades impénitents ; une ordonnance, sous Louis-Philippe, prescrivant la dénonciation des insurgés blessés. . 24E» Les Crimes d'exception. — Coutumes spéciales au crime de magie: détails multipliés el curieux. — Le bon dot du jésuite Delrio. — La torture ; questions de Ceau et du. feu; le brodequin, Vestrapade, le fouet, le cheralet, le coUier, etc. — Le livre du ly Regnard : Sorcellerie, Magnétisme, etc. — Des vers de Nicolas Remy. — Les démooologues ; leurs caractères propres : Rémigius, Sprenger, Bodin, Lanere, Boguet, Delrio. etc. — L'Inquisition et ses auto-da-fé. — Les ouvrages de

Dellon, de MarsoUier et de Llorrente 252

Quelques procès fameux. — Joanne-d'Arc. — Gilles de Laeal, aire de Retz, el la légende de Barbe-Bleue. Luxe scandaleux du maréchal; il se ruine, en dépit de sa fortune colossale. Les enfants de chœur de la chapelle de TilTauge-s. La Mejfraie; enlèvements déjeunes garçons. Les enfants de cbœur disparaissent l'un après l'autre. Allures mystérieuses du sire de Heli; mœurs équivoques. La magie, l'alchimie, el l'usure ; Prélati et le prflire de Sainl-Malo. La voix publique désigne Retz comme assassin, sodomite et sorcier. Le duc Jean V (Hit investir Mâchecoul, où il s'est réfugié. Hetz prisonnier; enquête el procès. Fouilles dans tous ses châteaux ; exhumation de deux centspelitscadavresmulilés.Hévelalions inattendues; détails épouvantables. Un tribunal mixte, sous la prési-

dence du Séoéchal de Rennes, condamne Gilles de Retz à mourir sur un bûcher. Son exécution aux portes de Nanles (1440). — Exposition et amende honorable de Maître Guillaume Edeline^ qui a été an sabbat — Paysanne idiote, accusée de sortilège par rinqnisitioB, sauvée par Agrippa^ avocat général à Metz. — L'afT&lre de la Sainte- Baume: procès de Gaufridy ; texte de Tarrét qui le condamne à périr dans les tourments (1611). Confession de Gaufridy, publiée après sa mort par lés exorcistes. Détails incroyables : Magdeleine de la Palud et ses cinq diablotins; Louise Cappeau. possédée par Verrine^ Grézil et Sonneillon, Sermons édifiants do diable Vcrrine. Les exorcismes des PP. Domps et Miehaëiis, Livre écœurant de ce dernier. — Recrudescence des procès et des supplices, au seuil du xvn* siècle. — Procès d'Eléonore Galigai (1617), pièces à conviction trouvées chez elle; sa fière réplique au président Couriin, — Encore Urbain Grandier : le grand cardinal et la baguette magique, — L'affaire des religieuses de Louviers: dans cette communauté, DartVi a institué un Sabbat à permanence. Procès de ses successeurs Picard et Boullé; arrêt du Parlement de Rouen (1647), qui condamne le vivant et le mort à être réduits en cendres sur un même bûcher. — Les possessions se multiplient. — Affaire scandaleuse du jésuite Girard et de la belle Cadière. L'influence des jésuitesdivise le Parlement d*Aix; évidemment coupable, Girard bénéficie du partage des l'acquitte. — Opinion de Jules Garme^, touchant les possédées et les exorcistes

Procès kt Vengeance des Templiers. — VOrrJre du Temple et la tradition Johannile. Le Léoitikon et la liste dos pontifes Johannites, depuis Jésus et saint Jean. — Richesse et ambition des Templiers. — Accusations portées contre les Templiers : le Daphomet, le Reniement du crucifix f hSodomief le diabolisme; le Démon en forme de chat; les Succubes. — Les orgies gnostiques. — La Mission des Templiers, suivant le Marquis de Saint- Ydcs d*Aloet/dre: leur doit-on l'établissement des Etats géné- raux? — Manichéisme des Templiers; preuves rapprochées par .Wp/iarc/ ; le coffret de pierre d'Essarow. — Incompatibilité du dogme manichéen et de la tradition orthodoxe . .

Conspiration du pape et du roi de France contre l'ordre du Temple. — Détails historiques. — Le coup d^Élat de 1307. Arrestation des Templiers par toute la France. — Attitude des gouvernements étrangers : les Templiers en Allé"

TABLE DES MATIÈRES

^SPEapayne, à Chi/pre. — Le procès Irainc en longueur. , — * Septence définitive. — Une part des Templiers échappe ^"Hb mort, en eonfe^sanl les crimes dont on lea charge : les ^?\tre9, déclarés relaps, montent sur le bûcher, — Le ^~1raJid Mailre rélpacle de premiers aveux extorqués par J'Jk question ; il est brOlé vif, en compagnie du Prince Daii- ^^lin[13f3). — Le chevalier .AMmonf et sept Templiers ^*'ftguiséa en maçona recueillent leurs cendres: l'Ordre des ^^llfranes- Maçon» a pris naissance. — Dès 13H, le Concile ^*^e Vienne a prononcé l'abolilion du Temple. — Qae ^■(«viennent les immenses richesses de l'Ordre ? — Les HÂiiapIiersélaienl-ilsdes sorciers?Oui et non ; digression ^^pir le danger des étiquettes trop absolues. — Pourqnoi HBÎt Acharnement de Clément V et de Philippe le Bel contre PBpà Ordre si dévoué aux ialérËts de l'Église et de la monsrl^iieî 283

ril de répercussion dans l'hisloire: 1193 et un choc en retour des événements de 1313. — Une formidable société secrète s'est édifiée sur les débris du Temple. —En atlent§ dant l'heure de la vengeance, elle décime, parle poignard p et le poison, dénonciateurs el bourreaux. ~ Quatre f siècles durant, l'exécuteur des hautes œuvres templières

t grandit et travaille dans l'ombre; enfin il se montre au grand jour, sous le nom d'Illumîmsme d'abord, puis il

i arbore soudain celui de Réoolutton Française 292

IliCS Sociétés secrètes, dans la seconde moitié du xvui" siècle.

— Fermentalion générale. L'Allemagne est le point de ralliemenlde toutes les sectes — Weisahaupl cl ses Aréopagîtes. — Swedenborg, Schmpp/er, Yung-Stilling, Eckartahausen, Laoater. — Le?i mystères de V Ecole du Nord. — Le spiritisme d'état, à lier lin e\ à Copenhague.

— La Maçonnerie occulte. — Libelle prophétique du Mart/uii de Ltichel: Essai sur la secte des Uluminéa (1789) ; analyse du livre, citations témoignant d'une étonnante prescience 294

Les loges-mères; 'missionnaires internalionaux. — Saint- Germain et Cagliostro; vogue prodigieuse de ces aventuriers, idolâtrés du peuple, choyés des plus grands seigneurs. — Anecdotes incroyables. — Prestige ou... suggestion f— Le Grand Co/)A(eelsa Maçonnerie Égyptienne ; initiation delà Princesse de Laml/aUe, — L.?.D. Triple signification de cesinislre hiérogramme.— Médaille prophétique Trappée en li>42, et présentée à la Convention par Grégoire. — La Pronostieation de Paracelse et les prophétie» de Joaehim de T^'/ore. — Circulaire maçon-

nique chiffrée. —Guerre à mort entre adeptesde deoxioiiitioDs rivales. — 1^ Crocodile de Saint-Martin, a^k Guerre du Bien et du Mal. — Le Binaire impur porte » fruiU: le règne de la Terreur. — Une citation SEUfim Léoi. — Extraits importants d'un livre publié eo tSd: Des Sociétés secrètes en Allemagne. -^ RapprodM- ments étranges. — Les Jacques^ Jean-^aeques^ Jacqm Molay et le Jacobinisme. — Les Jacobins^ les .Vfo- Templiers ; termes synonymes. — Jakin, Boos, Mfl^ benacj AdonaîjiSU. — L« Tombeau de Jacques Mol^, par Cadet de Gassicourt. — L*émeute du 10 mai 1T92; I Assemblée décide que le roi sera installé au Luxemboorg. Les Néo-Templiers en ont décidé autrement : le roi ai Temple. — Nouveaux rapprochements significatifs. — Louis XVI payera pour Philippe le Bel, et plus tard Pie VII pour Clément Vi. — Le double plan de la Révolution française arrêté de longue date dans les loges de U Maçonnerie occulte, fille du Temple. Preuve matérielle, indiscutable: aveux sybillins de Cagliostro en 1790. Soa procès en cour de Rome. Révélations surprenantes.^ lionaparte et Pie VII ; le pape à Fontainebleau. — Nouveaux extraits d'Ellphas Léoi. — Le Juif errant da Meurtre et de la Vengeance. — Pasqualis^Martinei et rinitiation de Casotte. — Les deux synthèses chromatiques, d'aprôs le Zohar. — La Prophétie de Cazotte,

rapportée par La Harpe, témoin auriculaire

Le procès de Jacques Cazotte, et sa Correspondance mystique aoee Laporle et Pouteau. — Détails inconnus. — Gazotte devant ses juges, il est condamné d'avance. — Les deux sectes rivales aux prises. — Gazette et les Martinistes, — « Vous n'élcs pas initié ? Applaudissezvous-en !» — L.a Conspiration de Gazotte. — Iléquisitoire de Real, accusateur public. — Non bis in idem. — Gazotte condamné à mort. — Discours in extenso de Lavau, Néo-Templier, président du Tribunal Révolutionnaii*e. Le sectaire, avant de tuer son ennemi, voudrait le convertir! — Exécution de Gazotte. — Conclusion . . . .

Chapitre V. — L'ARSENAL DU SORCIER

La Sacristie, après le Temple. — Dressons Tinventaire. . LNVE!tiTAiRE DE l^Arsëmal uu Sorcier (groupement des matières par ordre alphabétique)

A. — Adramelech, — Aggarath, — Aiguillette. —

TABLE DBS MATIÈRES

tuini. — Albert le Grand {le Grand et le Petit »ei*(. SubslaoM de ces deux grimoires ineptes)- — tnanachs du DiaOle. — Amulettes (l'AmuIelle el le isman, l'Apnus Del, la Haseolle et le Porte-bonheur).— girodamas. — Androide {l'Androide d'Albert le knd, sens de la légende. L'Homunculua : sperme dans œuf, etc.) — Anneaux (Anneau de Salomon. Bagues Uançailles; superstilions y relatives. I.'anneau trop

■ge, ou Irop étroit ) — Antéchrist. — Astrolabe

loroscope, l'Astrologie jugée par Fabre d'Olivet). —

^patar

K- Baguette (Baguette des magts. La baguette du sorcier « le cercle évocatoire ; préparation do la baguette du cou- ■rier. L'urine et le sang ; pratiques des rabbins-sorciers de WAlaace). — Baj/ue/ie d'P'/ia(0(re {Description, fabricatioR-, la Physique Oeenltedt Va lie mont qI la réfulation Uu H. P. Lebrun). — Bambou noir (Pbillre d'amour des Morciers nègres). — Bap/iomet. — Basilic (né d'un coq et d'un crapaud. L'œuf du eoq. Le vrai basilic), — /îoamin/alidit/ue (Récit détaillé, d*aprés Ammien-Mareelilin et Sosîme, de l'opéralion théurgique accomplie par le tnage Pallade). — Beau-Ciel-Dieu. — BeeUébub. - Belphégor. — Béie de l'Apocalypse. — Bouc du Sabbat. — Broucolaques.

. — Cadaore (Tbéorie magique de Porphyre). — Cant/iarides. — Caractères (Hiérogrammes, hiéroglyphes, emblèmes, panlaclesjdériaitiona. Caractères des grimoires; leur clef, Caraclérea apocryphes, & rejeter au premier coup d'œil. Le Chgmiea Vannua et la ciet des Rose ifi Croix. Analyse et synlhÈse des caractères. — La monas — hierogl'jphiea deJefinDi^e).— Curt^/'p (Instrument de di- M vînalioD, usité par Caglioatro. Ses colombes, voyants pas- '^ aifs. Cagliostro fait voir à Marie-Antoinette la guillotine tachée du sang royal). — Cntoblepas. — Cercle magique (Théorie ésotériquo du cercle ; les Démons au pourtour du cercle. Konds des fées). — Chandelles {La main de gloire. La chandelle magique de Cardan, pour découvrir les trésors cachés), — Charges d'empoisonnement magique.

— Charmes. — Chat. — Chaudière du Sabbat. — Chauve-Souris (pénates -volants, superstition des Canlbes). — Chemise de nécessité (Citattoo de Jean Wier).

— Cheoille. — Chèore-piedt du Sabbat. — Clavicule {Clacieules de Salomon, imprimées et manuscrites. Dé- tails pour les bibliophiles. Le Grand pantacule). — Cloche ( Vertu d'éloigner la foudre ; clochettes béfltles par le Saint-

S

Père). — Coca du Pérou (Détails complets. PropriAâ ancsthésiques et toniques. 1^ Cocaïne. Dangers de » substances. Rivages au Pérou ; décision du roQcil« <li Lima (1567). Le coca, arbre magique. En quoi? Avi« in imprudents. La barrière du monde hyperphysique ; cobment elle s\»croule. Pacle tacite, par la vertu du san?.- Colltjres (le Gnome irréconciliable et l'évocation de Sir gnamara). — Colombe. — Comètes. — Coq noir (Sienflce du Coq noir, dans le Grimoire d*Honorius. Sorciers en Chine : les Heung-té), ^ Cordes des vents (CitiUoi d'Olaûs Magnus).— Crâne d'enfant (Charme d'invisibilité: un sorcier devant les Assises, en 1857). — Crapaud (Pui^ sance magnétique du crapaud). — Croix

D. — Démon barbu (le Baphomet des Alchimistes). - Damons (hiérarchies infernales, selon Wier). — Dents. - Diable^ — Divinations (le livre de Peueer). — Dragam rouge (Détails sur ce Grimoire)

E. — Eau (les Batteurs d'eau : charme pour faire pleuvoir. Les épreuves de Peau froide et de l'eau bouillante]. — Elfes, — Enchiridion (Détails bibliographiques Cba^l^ magne et Léon III). — Envoûtement. — Épée (Fabriation de TÉpée magique, caractères secrets). — Ephialte,

— Évocation (Prescriptions détaillées du rituel, d*après Eliphas)

F. — Fantôme» (Définition occulte). — Farfadets {Berbiguier, son arsenal magique, détails complets. Le cœur de bœuf; les épingles, le sel, le soufre, le tabac, le poi\re et le vinaigre. Manière de procéder. Le baquet révélateur. Nombreuses citations. Lettres de Rothomagro ; menace? de Moreau et de la Vandeval). - Forme fluidique. — Frappeurs (Esprits). — Fumigations

G. — Gamahès (les Curiosités inouïes de Gaffarel ; la théorie des signatures astrales, renouvelée de Crollius el de Paracelse). — Gâteau magique. — Ghole.f. — Gnomes. — Grimoires (le Grimoire d'Honorius. détails curieux, explication d'Elipha^. Signatures diab*jliques, tracées avec du sang. La Sexte-essenee dialectique et potentielle), — Guide chêne (Propriétés occultes du gui ; les druides et la serpe dor. Ce qu'en disent Fabre d'Olivet, Saint' Yoes et Eliphas)

H. — Haschisch (sa préparation; lekief; Textrail gras. Propriétés. Les Paradis artificiels de Baudelaire. Manifestalion de Tinconscient; vertu occulte. Adam avant la chute. Tu accoucheras dans la douleur). — Haute-chasse.

— Hippomanes. — Huppe

1. — Iihks. — llluminisme. — ImmortalitÈ (l'Élixir d'immortalilê ; Zanoni. Le Lolus). — Incubes (Ephialte). — Infidélité (Breuvages d'épreuve ; le Calice du soup- çon : les Eatix d'ameriume) 362

h. ~ Lacel». — Lampes (L&mps perpétuelle daos le sépulcre de Tullia). — Larves. — Lémures. — Léonard. — Léciat/ian. — Lilith. — Loup-Garou 303

M. — Magnétisme {Mi^aMians: Suggeslion etSujélion. La cire molle el l'eraprelnte). — Main de ijloire. — Malé- fices. -— Mandragore H'Alropa Mandragora. Les aolaoées vireuses. L'homme-msndragore et le rSve des Alchimistes, la mallrise vitale el l'Arctiée. Les Téraphlm el les Homoneulus. Evocatiou d'uue larve dans une mandragore. L'âme du chien et l'ànie du pendu). —Marques (les conlrôleurs de Léonard: poinçonnage des sorcicra. Les chirurgiens et le Stigma Diaboli; Lanere el la Murgui). — Mélicerte. — Mendés (et boq bouc). — Messe noire. ■— Miroir magique (Miroir des Sagas de la Grèce, Ihforie de la seconde vue. Miroir de Dupotei. Miroirs concaves). — Mochlath. — Moloeh. — Monstres (la semence humaine en terre animale) 304

N- — Naguat (le Nagualisme el la Ljcanlhropie, L'Aller ego du sorcier mexicain. Phénomènes de répercussion. Le crocodile el le père Diego ; un duel au bord d'un lac). — Nahémah. — Nénti/ar (les antiaphrodisiaques el les œuvres de la Lune el de Saturne. Le Lotus el le nymphéa padma). — Nombres 368

0. — Obi. — ŒM/(Divinalion par le blanc d'œuf). — Œu/a de serpent (Les druides, et la cérébrote mercurielle des herméliques). — Oiseaux (Présages : oiseaux sacrés hié- roglyphiques : colombe, corbeau, phénix, aigle. Oiseaux des sorciers). Ondins 369

P. — Pacte. — Parfums (Pumigalions occultes). — Paroles magiques. — Phiilaetères. ~ Philtres. — Pistolc rotante. — Plante attraclioe de Van Helmont (un texte de cet adepte; tradition des Rose iji Croiï. La verveine el l'heure astronomique où il Taul la cueillir). — Plantes magiques (les ffi plante» et les 22 an^ancs. Perte de la tradition; les 16 plantes occultes d'après César Longin). — Pommades. — Pi/thons 370

R. — Reine du Sabbat. — Rhombus (U loupie magique et les oracles de Horoastre) 373

I.E TtCHPLB DB SATAl

S. — Sabhat. — Sacrements du DiaMe. — Sacrifltr. - Salamandres. — Samail. — Sang (Verlu con&gunlnt du sang : une page iVEUphas Léoi). — Satan. — i'afyrw (Le livre de F. Hédelin]. — Secrets {liitérirda *ecp*t:termules iaeptes, fai^aal merveille aux mains de Mrtiiu bergers. Détails piquants. L'a secret contre te Jtiix rfa centre). — Signes (le Signe et la cliose signifiée]. — So^ lilègea. — Spiritisme (DélinitioR, le royaume des lentures). — Souris blanches (nourries d'hosties conîacrécs). — Stylet magique. — Succube. — Si/iphe. . . ,

T. — Tables tournantes et partantes (encore le Spirilînu et les larves. Esl-il impossible d'évoquer les morts?) - Taeiturnité. — Talisman (DélinUioti ; en quoi il dillïre de l'amuleltu. Scapulaires du diable). — Tambour magique (le Diable en Sibérie). — Tarentule. — Tarot (Origine du Tarol. Le livre de Court de Gébelin. L'indt. l'Egypte el les Bobétniens. Correspondances ésolérique*. La Marche du Tarol el le livre de Papua. Tarots altérés. Les XXII clefs, restaurées par M. Wirth. Le mage et U Sorcierl. — Taupe. — Taiirobole (Détails curieui; Jolien le Sage et les dieun de l'Olympe grec). — Teutad. - TéraphimiOârimel T/iummim ; fûn ou face).— Tonnerre. — Transport des sorciers au Sabbat.

U. — Vpas (Poisons des sauvages ; le Tsellik et le Curare. L'Upas né du sol de Java, sous les malédictions de Maborael). - Urine. — Uanée [Paracelse el les crânes de

V. — Vampires. — Vaudoux. — Verge encAantée (sa préparation; la verge foudroyante). — ViLsliput*U. —

Voit ,

Nota bene

- MODRRNES AVATARS DU SORQ

Des sorriers au xix' siècle? — Je réponds oui. les mains pleines de preuve». — Dossiers sur Viptras et sa secte néo-gnostique. — Magnétiseurs, spirilds el médiums Tonl de la sorcellerie comme M. Jourdain de la prose, sans le savoir. — Ces assertions. Je les jusllfiersi tout à l'heure.

Un procès de sorcellerie, en France, l'an 1831. — Tribunal d'Yerville : le berger Ttiorel inlenlc une action au curé de Cideville, qui lui a donné trois coups de gourdin. — Origine de l'alTaire: ellei^moale i un certain i:"*,aon:îer

TABLE DRS UATtÈRES

-$e villagi', nrrOlé sur la dénuocialion du rur#. pour pxer- ^^Sce illégal de la médeciDe. Thorel n'est que IVxi!ciiteiir des ^ibsutes œuvres de G"', qui a promis de se venger. — Alpeiix jeunes sém mariâtes, élevés au presbytère. — Tronilie l^llephËnoniËues ; coups dans les murs, rhytinaut la cadrncc Ifllde certains airs. — Convcrsalioa par coups frapp^^ ; rè\&- ftUtioDS slup<ïliaales. — Les pupitres se heurtent ; les

Î objets s'earoleut; ta pelle et [a pJDcelte dansent par la chambre. — L'n des séminaristes aperçoit derrii^re liii ■f rombred'un homme en blouse, c'est Thorcl. —Corps Dui- ^ dique, scrpenlant. — La main noire et le souftlcl. — p^ Les ecelésiastiquess'escrinient contre l'invisible. — /'nrf£ don.' — Voilà l'homme qui me persécute .' — Thorel M au presbytère ; il touche l'enfant ; les phénomènes L redoublent. — Scène entre le curé et Thorel ; coups du I gourdin. — Verdict du juge de paiit; aulhcnlicitédcs phiV

I Ou'est-ce que le Magnétisme? — La sujétion d'un Ctro à Ia volonté d'un aulr«. — Qu'est ce que le Spiritismef — L'évocation des morls. — Spiiites et magniftisours sont, sciemment ou non, des sorciers. — Digression sur lo daïmon de ta suggestion; théories occultes sur le Magné- tisme et le Spiritisme. — AllaiIKardecutM'"' Dlaval/ky, — Pourquoi je combats te spiritisme: promiscuiti^ payehiquo et anarchie spirituelle. — L'évocation dus morts; Ir culte

des ancùtres. 31):)

Le Spiritisme dan» l'antiquité. — En Orient. — A Homo : Tcrtullicn parle lies tables oraeulaires et des ehéorta aybit/ines. — liuasiou du spiritisme en Europe, vors IHS:t.

— Knockings, rappings. — Crayons enchantés, main^ ■ lumineuses, af^»rilions. — Condition indispon sable pour

la production des pliéaomùnes: un médium. — Qu'esl-co |

qu'un médium? -7 Identité des phénomènes spiriles et du ceux observés ii Cideville. ~ OescriptioD dos phéiiomèuas ; ^ détails curieux. — OLiju dilations d'âtccs ou d'objets; tus ^ expériences épuisentle médium. — Vampirisme île salon. — Sourflus glacés. -r Solidarité du médium nt du rautâmc. — Phénomènu de rfpercussian ; théoriea<iSpult(!s.

— Un Tantôme r appè 4'(iAe balle; le mâlium A laniorL — Heloiir aux Taits observes k Cidevilto ; Ttiorcl porte lu clcn- Iricedesplombs tirés sursafonne astrale.»— l'Iusicurssorlus de mâdiums; médiums dits d effpttfiht/siquea, d mati}- rialiaation, à incarnation, — Btuda-de nDcarnatioii spirite : choogcment â vue d'ceil; le /ir4(e-corp«. —Spectacle inoubliable, mais Tallucieiu. — Implication ésatû- rique du phénomiino* — Le gouffre incubique et le spiri-

546 LB TBliPLB DE SATAN

iisme. -* Dépravalion de certains médiums. — Anomalies sexuelles. — Un androgyne. — Dangers du spirilisme: opinion de M. Bonjean, de Ghambéry "^

Dangers du magnétisme. — Expériences téméraires. — Salomé en mourra; empoisonnement par suggestion. — Jeune fille toute nue, pinçant un rigodon. — Une pièce à conviction. — Un jeune homme frappe sa mère d'un coup de poignard. — Hypothèse d*un criminel habile, initié aux mystères du magnétisme. — La suggestion en cour d'assises. — Moyens de déjouer tout soupçon. — L'Éducation d'un enfant est un édiûce de suggestions. — L*àme humaine est une cire molle, qui durcit sous les doigts du pétrisseur. — Logique d'enchaînement des suggestions. — L'expérience de la main crispée 4C

Mesmer aurait-il fait à l'humanité un triste cadeau ? — Le magnétisme dans la crypte des mystères antiques : Shéekinah; VAin-Soph-aôr, — Le dragon é^Aahiah et le cercle mystique de l'alliance. — Le caducée d'Hermès et la baguette des miracles, tombés aux mains ignorantes, ou perverses. 11 fallait que le Magnétisme demeurât occulte; mais puisqu'on en a commencé la divulgation, il faut aller jusqu au bouL — L'initiation hiérarchique \

Deleujiey Puységur^ Dupotet; vagues intuitions. — L'école de Braid ; la Suggestion T théorie toute superficielle, mais parfaitement rigoureuse. ~ Ridicules des Braidistes : l'hypothèse du fluide. Il faudrait pourtant s'entendre. — M. Charcot el VÉcole de la Salpétrière. — La mise en scène ; le lambour, le gong et le tam-tam ; beaucoup de bruit el peu de besogne. — V Ecole de Nancy ^ moins théâ- trale, mais plus sérieuse : les 13" Liébeauiû, Bernheim, Beaiinis cl Liégeois, — Le doyen de l'École de Nancy, Liébeault, cl la question du fluide ; il est ébrank^ dans

son scepticisme par la cure d'enfants à la mamelle.

Expérience de M. Focachon : la pose d'un vésicaloirc par suggestion. — La stigmatisation: mécanisme autosuggeslionnel de ce prétendu miracle. —Tentative de transmission dépensée. — Procès-verbal, relatant trois faits de suggestion mentale, obtenus par MM, Lié- 6eaM//e/ c/e G aa^ïa; métamorphose d'un chapeau ....

Enchanteurs, charmeuses, rebouteurs, tireuses de cartes, comparses de la sorcellerie d'en bas. — Les mystiques douleux. — Notre cadre nous limite un seul exemple: Tune des idoles de la .Sodome m^jf/i'gae

TABLE DES MATIÈRES

D PONTIFE ACTUEL

L'escroquerie, vertu de Iradition dans le Carmel : Vintraa nondamoé à cinq ans de prison comme escroc; BapHate, son successeur, à Irois ans. — t. es myslèrcs de Tilly'Sur- Seules : révélations de liozzoli el de OeotTroy; pratiques obscènes et sacrilèges. — l.'oraloire sccrel. — Bribes de corresponduace équivoque de Vjnlras avec ses lidËles : Jéhoraêl, Attolethaël (l'anged<^s tropiques), DhoeéHoÉl.

— L'n béguin, en Dieu. — Vinlrax, puissant médium; sa Torcii d'attraclion sympathique. — Son œuvre, curieuse olla podrida. — Les prodiges de Vinlras : hosties sanglantes, marbrées de caractères secrets ; vin miraculeux ; cloches sonoanl d'elles-mâmes. — L'alTaire Rosette Tamisier : phénomènes stupéllanls ; lu snus-prérel d'Api, les nutables de Saint-Saluruio en signent le procès-verbal.

— Affluence énorme. L'êvèque fait arrêter Rose Tamisier; la sainte en police correctionnetle; déclaration d'ineompélence. \a logique d'un procureur. — Vintras jugé

par Eliphas Lévi 428

Une visite d'Blipha.s Lévi chez le prophële Vinlras ; prétendue résipiscence du mai^c, désormais ^affit' au Carmel — Un ami nous prie deconlrdler ce phénomène, attesté par un procès-verbal. —Fausseté maniTeste du procès-verbal ; les preuves abondent; rapprochements de dalns ; un texte formel de la i'eience rfes e»/*rtÏ8; reproduction fac-similé de vers autographes d'Klîphas, écrits en I8flt sur la garde d'un liire du prophèle; notes marginales très pi- ^

quanles et des plus péromptuires, d'où il résulte que Vabbé

Canslant a toujours Condamné le Carmd 436

L'hérésie de Vintias; defeclions tapageuses dans le camp catholique: les abbés Baillard, etc. — Un livre de l'abbé André: extraits signilicatifs. — (iénéralilés sur le Carmel : Nfl("(/i(/or/el l'emploi de Grand Monarque; \ti3 \oma anf/èliifaes; le.> Ministères; les trois Jeanne et les I pois Joséphîne msili<\ues; les pontifes; là prove- .^ nance angeliquc des ftmes : Glaioataires , Virgiai-

tairea, Voxataires, Donataire», elc itl

Le successeur de Vintras. — La Rose ^ Croix el les sorciers : pourquoi nous voulons démasquer Jean-Baptiste et confondre ta siicle honteuse dont il est le chef. — Turpitudes mystiques MmJla!res;cxtrail du D' Gibier sur la Communauté da Priape onamqiie. — Vintras el son héritier spirituel : Élie et Jean-Ba/i tinte. — Un consistoire dans

Cite this text

Le Temple de Satan. Paris, 1891. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/guaita-le-temple-de-satan/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

Transcription

Machine-read text of the Internet Archive scan letempledesatan00guaigoog; the reading is uncorrected apart from the removal of page numbers, running heads, line-end hyphens and the scan's own marks.