Dogme et rituel de la haute magie, tome I: Dogme

Éliphas Lévi · second edition, 1861

Paris, 1861 · Public domain

Dogme et rituel de la haute magie, tome I: Dogme
Dogme et rituel de la haute magie. Par Éliphas Lévi. Deuxième édition, très augmentée. Tome premier: Dogme. Paris: Germer Baillière, 1861.

GAUTHIER (Aubin). Histoire du sonuianiliulisnie, connu chez tous les peuples sous les noms divers d’extases, songes , oracles, visions; examen des doctrines de l’antiquité et des temps modernes sur ses causes, ses effets, ses avantages et l’utilité de son concours avec la médecine. 2 vol.

GOUPY. lüxplication des tables parlantes, des médiums, des esprits et du somnambulisme par divers systèmes de cosmologie, suivie de la Voyante

LAFONTAINE. Art de inagnétiser, ou le Magnétisme animal considéré sous les points de vue théorique, pratique et thérapeutique, par Ch. L.vfontaine.

LOÜBERT (l’abbé J.-B.). I.e magnétisme et le somnambulisme devant les corps savants, la cour de Rome et les théologiens. 1844, 1 vol. de 706 pages. “

P.iris. — Imprimerie L. Martinet, rue Mignon, 2.

do(;me et rituel

DE LA

HAUTE MAGIE

1*AR

ÉLIPHAS LÉVI

Auteur de YHisloire de la magie et de la Clef des grands mgstères

DEUXIÈME ÉDITION TKÊS AUGMENTÉE Avec 24 Figures

TOME PREMIER

Dog;nie

PARIS

GERMER BAILLIÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR

RDE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE, 17 LOIMDRES NEW-YORK

llippoljte BailUère , Regent Street , 219. Ilipp. Baillière brothers , ù(iO , Broadw ay.

MADRID, C. DAILLY-BAILUÈRE, PI.AZA DEL PRINCIPE ALFONSO, 16.

fl) BV A ILEV

CLASSEMENT ET EXPLICATION DES FIGURES

QUI 8E TROUVENT DANS LE I**' VOLUME (dOGMb).

Première figure. Le grand Symbole de Salomon. . . . Frontispice

Le double triangle de Salomon, figuré par les deux vieillards de la cabale ; le macroprosope et le microprosope ; le Dieu de lumière et le Dieu de reflets ; le miséricordieux et le vengeur ; le Jéhovah blanc et le Jéhovah noir.

Les petites figures qui sont des deux côtés sont analogues au sujet principal.

2® FIG. L’Ésotérisme sacerdotale formulant la réprobation. . . 103

Une main sacerdotale faisant le signe de l’ésotérisme et projetant dans son ombre la figure du démon. Au-dessus on voit l’as de deniers du Tharot chinois et deux triangles superposés, un blanc et un noir.

C’est une nouvelle allégorie expliquant les mêmes mystères ; c’est l’origine du bien et du mal ; c’est la création du démon par le mystère.

3® Fig. Le Triangle de Salomon 127

4* Fig. Les quatre grands noms cabalistiques 154

5* Fig. Le Pentagramme de Faust 166

6® Fig. Le Tétragramme de Sohar 223

7* Fig. Les Pentacles d’Ézéchiel et de Pythagore 333

Le chérubin à quatre têtes de la prophétie d’Ezéchiel, expliqué par le double triangle de Salomon.

Au-dessous, la roue d’Ezéchiel, clef de tous les pantaoles, et le pantacle de Pythagore.

Le chérub d’Ezéchiel est représenté ici tel que le décrit le prophète.

Ses quatre têtes sont le quaternaire de Mercavah ; ses six ailes sont le senaire de Bereschit. La figure humaine qui est au milieu représente la raison ; la tête d’aigle, c’est la croyance ; le bœuf, c’est la résignation et le travail; le lion, c’est la lutte et la conquête. Ce symbole est analogue à celui du sphinx des Egyptiens, mais il est plus approprié à la cabale des Hébreux.

8* Fig. AddharNari, grand Pantacle indien 366

Cette image panthéistique représente la Religion ou la Vérité, terrible pour les profanes et douce pour les initiés. Cette figure a plus d’une analogie avec le cherub d’Ezéchiel. La figure humaine est placée entre un veau bridé et un tigre, ce qui forme le triangle de Kelher, de Geburah et do Gedulah ou Ciiesed. Dans le symbole indien, on trouve les quatre signes magiques du Tarot dans les quatre mains d'Addha

VI CLASSEMENT ET EXPLICATION DES FIGURES.

Nari : du côlc derinilic et do la miséricorde, le sceptre et la coupe; du côté du profane, représenté par le tigre, l’épée et le cercle, qui peut devenir soit l’anneau d’une chaîne, soit un collier de fer. Du côté de l’inilié, la déesse est vêtue seulement des dépouilles du tigre ; du côté du tigre, elle porte une longe robe étoilée, et ses cheveux mêmes sont couverts d’un voile. Une source de lait jaillit de son front, coule du côté do l’initié, et forme autour d’Addha-Nari et de ses deux animaux un cercle magique qui les enferme dans une île, représenlalion du monde. La déesse porte à son cou une chaîne magique formée d’anneaux de fer du côté des profanes, et de têtes pensantes du côté des initiés; elle porte sur le front la figure du lingam, et de chaque côté trois lignes superposées qui représentent l’équilibre du ternaire et rappellent les trigrammes de Fo-Hi.

CLASSEMENT ET EXPLICATION DES FIGURES

QUI SE TROUVENT DANS LE II® VOLUME (rITUEl).

l""* Fig. Bouc du Sabbat. — Baphomet et Mendès. . . Frontispice.

Figure panthéistique et magique de l’absolu. Le flambeau placé entre les deux cornes représente l’intelligence équilibrante du ternaire ; la tête du bouc, tête synthétique qui réunit quelques caractères du chien, du taureau et de l’âne, représente la responsabilité de la matière seule et l’expiation, dans les corps, des péchés corporels. Les mains sont humaines, pour montrer la sainteté du travail, elles font le signe de l’ésotérisme en haut et en bas, pour recommander le mystère aux initiés, et elles montrent deux croissants lunaires, l’un blanc qui est en haut, l’autre noir, qui est en bas, pour expliquer les rapports du bien *etdu mal, de la miséricorde et de la justice. Le bas du corps est voilé, image des mystères de la génération universelle, exprimée seulement par le symbole du caducée. Le ventre du bouc est écaillé, et doit être coloré en vert; le demi-cercle qui est au-dessus doit être bleu; les plumes, qui montent jusqu’à la poitrine, doivent être de diverses couleurs. Le bouc a un sein de femme, et ne porte ainsi de l’humanité que les signes de la maternité et ceux du travail, c’est-à-dire les signes rédempteurs. Sur son front, entre ses cornes et au-dessous du flam-

CLASSEMENT ET EXPLICATION DES FIGURES. VII

beau, on voit le signe du microcosme ou le pentagramme la pointe en haut, symbole de l’intelligence humaine, qui, placé ainsi au-dessous du flambeau, fait de la flamme de ce dernier une image de la révélation divine. Ce panthée doit avoir pour siège un cube, et pour marchepied soit une boule seule, soit une boule et un escabeau triangulaire. Dans notre dessin nous lui avons donné la boule seulement, pour ne

pas trop compliquer la figure.

2' Fig. Triangle de Salomon 63

3* Fig. Trident de Paracelse 70

Ce trident, figure du ternaire, est formé de trois dents pyramidales superposées sur un tau grec ou latin. Sur l’une des dents on voit un jod traversant un croissant d’une part, et de l’autre une ligne transversale, figure qui rappelle hiéroglypbiquement le signe zodiacal de l’écrevisse. Sur la dent opposée est un signe mixte rappelant celui des gémeaux et celui du lion. Entre les serres de l’écrevisse on voit le soleil, et près du lion la croix astronomique. Sur la dent dn milieu est tracée biéroglyphiquement la figure du serpent céleste, ayant pour tête le signe de Jupiter. Du coté de l’écrevisse on lit le mot OBITO, va-t’en, recule ; et du côté du lion on lit IMO, quand même, persiste. Au centre et près du serpent symbolique on lit AP DO SEL, mot composé d'une abré- viation, d’un mot composé cabalistiquement et hébraïquement, et enfin d’un mot entier et vulgaire : AP, qu’il faut lire AR, parce que ce sont les deux premières lettres grecques du mot archée ; do, qu’il faut lire OD et SEL. Ce sont les trois substances premières, et les noms occultes d’ Archée et d’Od expriment les mêmes choses que le soufre et le mercure des philosophes. Sur la tige de fer qui doit servir à emmancher le trident on voit trois fois la lettre P. P. P., hiéroglyphe phalloïde et l’ingamique; puis les mots VLI DOX FATO, qu’il faut lire en prenant la première lettre pour le nombre du pentagramme en chiffre romain, et compléter ainsi pentacrammatica liuertate doxa fato, caractère équivalent aux trois lettres de Cagliostro L. P. D.: liberté, pouvoir, devoir. D’un coté, la liberté absolue ; de l’autre, la nécessité ou la fatalité invincible; au milieu, LA RAISON, absolu cabalistique qui fait l’équilibre universel. Cet admirable résumé magique de Paracelse peut servir de clef aux ouvrages obscurs du cabalistique Wronski, savant remarquable qui s’est laissé entraîner plus d’une fois hors do son ABSOLU RAISON par le mysticisme de sa nation et des spéculations pécuniaires indignes d'un penseur aussi distingué. Nous lui rendons toutefois l’honneur et la gloire d’avoir découvert avant nous le secret du trident de Paracelse. Ainsi Paracelse représente le passif par l’écrevisse, l’actif par le lion, l’intelligence ou la raison équilibrante par Jupiter ou l’homme-roi dominant le serpent; puis il équilibre les forces en donnant au passif la fécondation de l’actif figuré par le soleil, et à l’actif l’espace et la nuit à conquérir et à éclairer sous le symbole de la croix. Il dit au passif : Obéis îi l’impulsion de l’actif, et marche avec lui par l’équilibre même de la résistance. Il dit à l’actif : Résiste à l’immobilité de l’obstacle ; persiste et avance. Puis il explique ces forces alternées par le grand ternaire central: liberté, né- cessité, RAISON. Raison au centre; liberté et nécessité en contrepoids. Là est la force du trident : c’en est l’emmanchement et la base ; c’est la loi universelle de la nature ; c’est l’essence même du verbe, réalisée et démontrée par le ternaire de la vie humaine, Varchée

VIII CLASSEMENT ET EXPLICATION DES FIGURES.

ou l’esprit, Vod ou le médiateur plastique, et le sel ou la matière visible.

Nous avons voulu donner à part l’explication de cette figure, parce qu’elle est do la plus haute importance, et donne la mesure du plus grand génie des sciences occultes. On doit comprendre après celte explication pourquoi, dans le courant de notre ouvrage, nous nous inclinons toujours avec la vénération traditionnelle des vrais adeptes devant le divin Paracelse.

4® FiG. Pentagramme lOO

5* Fig. Instruments magiques : la Lampe, — la Baguette, —

l’Épée, — la Serpe 103

7® Fig. Cercle goétique des évocations noires et des pactes. 208 8® et 9® Fig. Divers caractères infernaux tirés d’ Agrippa, d’Apono, de divers grimoires et des actes du procès

d’Urbain Grandier 231 et 232

10® Fig. Signes cabalistiques d’Orion 239

11' Fig. Caractères infernaux des douze signes du zodiaque . 263

12® Fig. Chariot d’Hermès, septième clef du Tarot 332

13® Fig. Carrés magiques des génies planétaires, suivant

Paracelse 342 à 344

15® Fig. Clef apocalyptique. — Les sept sceaux de saint Jean. 364

DES TENDANCES

RELIGIEUSES, PHILOSOPHIQUES ET MORALES DE NOS LIVRES SUR LA MAGIE.

Depuis que la première édition de ce livre a été publiée, de grands événements se sont accomplis dans le monde, et d’autres plus grands peut-être encore sont à la veille de s’accomplir.

Ces événements nous avaient été annoncés comme d’ordinaire par des prodiges : les tables avaient parlé, des voix étaient sorties des murs, des mains sans corps avaient écrit des mots mysté- rieux,.comme au feslin de Balthasar.

'I DOGME ET RITUKL DE l.A HAUTE MAGIE.

Le fanatisme, dans les dernières convulsions de son agonie, a donné le signal de cette dernière persécution des chrétiens annoncée par tous les prophètes. Les martyrs de Damas ont demandé aux morts de Pérouse le nom de celui qui sauve et qui bénit ; alors le ciel s’est voilé et la terre est restée muette.

Plus que jamais la science et la religion, le d‘espotisme et la liberté, semblent selivrer une guerre acharnée et se jurer une haine irréconciliable. N’en croyez cependant pas à de sanglantes apparences : elles sont à la veille de s’unir et de s’embrasser pour toujours.

La découverte des grands secrets de la religion et de la science primitive des Mages, en révélant au monde l’imité du dogme universel, anéantit le fanatisme en donnant la raison des prodiges. Le verbe humain , le créateur des merveilles de l’homme, shnit pour jamais avec le verbe deDieu, et fait cesser l’antinomie universelle en nous faisant comprendre que l’harmonie résulte de l’analogie des contraires.

Le plus grand génie catholique des temps modernes, le comte Joseph de Maistre, avait prévu ce grand événement. « Newton, disait-il, nous ra-

mène à Pythagore, l’analogie qui existe entre la science et la foi doit tôt ou tard les rapprochei*. Le monde est sans religion, mais cette monstruosité ne saurait exister longtemps; le dix-huitième siècle dure encore, mais il va finir. »

Partageant la foi et les espérances de ce grand homme, nous avons osé fouiller les décombres des vieux sanctuaires de l’occultisme; nous avons demandé aux doctrines secrètes des Chaldéens, des Égyptiens et des Hébreux, les secrets de la transfiguration des dogmes, et la vérité éternelle nous a répondu : la vérité, qui est une et universelle comme l’être ; la vérité, qui appartient à la science comme à la foi ; la vérité, mère de la raison et de la justice ; la vérité vivante dans les forces de la nature, les mystérieux Eloim qui refont le ciel et la terre quand le chaos a repris pour un temps la création et ses merveilles, et quand l’esprit de Dieu plane seul sur l’abîme des eaux.

La vérité est au-dessus de toutes les opinions et de tous les partis .

La vérité est comme le soleil ; aveugle est celui qui ne la voit pas. Tel était, nous n’en saurions douter, le sens d’une parole célèbre de Bonaparte, prononcée par lui à une époque où le vainqueur

h DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

de rilalie, résumant la révolution française incarnée en lui seul, commençait à comprendre comment la république pouvait être une vérité.

La vérité, c’est la vie, et la vie se prouve par le mouvement. Parle mouvement aussi, par le mouvement voulu et effectif, par l’action, en un mot, la vie se développe et revêt des formes nouvelles. Or, les développements delà vie par elle-même, et son enfantement des formes nouvelles, nous l’appelons création. La puissance intelligente qui agit dans le mouvement universel, nous l’appelons le Verbe, d’une manière transcendentale et absolue. C’est l’initiative de Dieu, qui jamais ne peut rester sans effet ni s’arrêter sans avoir atteint son but. Pour Dieu, parler c’est faire ; et telle devrait être toujours la portée de la parole, même chez les hommes : la vraie parole est la semence des actions. Uné émission d’intelligence et de volonté ne peut être stérile sans qu’il y ait abus ou profanation de sa dignité originelle. Et c’est pour cela que le Sauveur des hommes doit, non-seulement de toutes les pensées égarées et sans but légitime, mais encore et surtout des paroles oiseuses, nous demander un compte sévère.

Jésus, dit l’Évangile, était puissant en œuvres

et en pcaroles ; les œuvres avant la parole ; c’est ainsi que s’établit et se prouve le droit de parler. Jésus se mit à faire et à parler, dit ailleurs un évangéliste, et souvent, dans le langage primitif de l’Écriture sainte, une action est appelée un verbe. Dans toutes les langues, d’ailleurs, on nomme VERBE ce qui exprime à la fois l’être et l’action, et il n’est pas de verbe qui ne puisse être suppléé par le verbe faire, en diversifiant le régime. Dans le 'principe était le Verbe, dit l’évangéliste saint Jean, Dans quel principe? Dans le premier principe; dans le principe absolu qui est avant toute chose. Dans ce principe donc était le Verbe, c’est-à-dire l’action. Cela est incontestable en philosophie, puisque le premier principe est nécessairement le premier moteur. Le Verbe n’est pas une abstraction: c’est le principe le plus positif qui soit au monde, puisqu’il se prouve sans cesse par des actes. La philosophie du Verbe est essentiellement la philosophie de l’action et des faits accomplis, et c’est en cela même qu’il faut distinguer un verbe d’une parole. La parole peut être quelquefois stérile, comme dans la moisson il se rencontre des épis vides, mais le Verbe ne l’est jamais. Le Verbe, c’est la parole pleine et féconde ; les hommes ne

6 DOGME ET RITUEL UE LA HAUTE MAGIE.

s’amusent pas à l’écouler et à lui applaudir; ils l’accomplissent toujours! souvent sans le comprendre, presque jamais sans iui avoir résisté. Les doctrines qu’on répète ne sont pas celles qui réussissent. Le christianisme était encore un mvstère, que déjà les Césars se sentaient détrônés par le Verbe chrétien. Un système que le monde admire et auquel la foule applaudit, peut'n’être qu’un assemblage brillant de mots stériles; un système que l’humanité subit pour ainsi dire malgré elle,

c’est UN VERBE.

Le pouvoir se prouve par ses résultats, et comme l’a écrit, dit-on, un profond politique des temps modernes : La responsabilité est quelque chose quand on ne réussit pas. Cette parole, que des esprits inintelligents ont trouvée immorale, est également vraie si on l’applique à toutes les notions spéciales qui distinguent la parole du Verbe, la volonté de l’action , Ou plutôt l’acte imparfait de l’acte parfait. L’homme qui se damne, selon la théologie catholique, c’est celui qui ne réussit pas à se sauver. Pécher, c’est manquer le bonheur. L’homme qui ne réussit pas a toujours tort : soit en littérature, soit en morale, soit eu politique. Le mauvais en tout genre , c’est le beau et le bon mal réussis. Et

s’il faut remonter plus haut jusque clans le domaine éternel du dogme, deux esprits se trouvèrent autrefois, chacun desquels voulait la divinité pour lui seul : l’im réussit, et c’est lui qui est Dieu ; l’autre échoua, et devint le démon !

Réussir, c’est pouvoir; échouer toujours, c’est tenter éternellement : ces deux mots résument les deux destinées opposées cie l’esprit du bien et de l’esprit du mal.

Quand une volonté modifie le monde, c’est un Verbe qui parle, et toutes les voix se taissent devant lui, comme le dit le livre fies Machabées, à propos d’Alexandre : mais Alexandre mourutavecson verbe de puissance, parce qu’en lui il n’y avait pas d’avenir ; à moins c[ue la grandeur romaine n’ait été la réalisation de son rêve! Or, de nos jours il se passe cpielque chose de plus étrange: un homme qui est mort dans l’exil au milieu de l’océan Atlantique fait taire une seconde fois l’Europe devant son verbe, et tient encore le monde entier suspendu à la seule puissance de son nom !

C’est que la mission de Napoléon a été grande et sainte; c’est qu’il y avait en lui un verbe de vérité. Napoléon lui seul pouvait, après la révolution française, relever les autels du catholicisme, et l’hé-

8 nCKÎMli KT lUTUl-L Dli LA IIAIJTL MAGIL.

rilier moral do Napoléon avait seul lo droit do ramener Pie IX à Rome. Nous allons dire pourquoi.

Il est dans la doctrine catholique de rincarnation un dogme connu dans les écoles théologiques sous le titre de Communication des idiomes. Ce dogme affirme que, dans Tunion de la divinité et de l’hu * inanité accomplie en Jésus-Christ, le rapprochement des deux natures a été si étroit, qu’il en est résulté une identité et une très simple unité de personne ; ce qui fait que Marie, mère de l’homme, peut et doit être appelée mère de Dieu. (Le monde entier s’est agité pour celte prérogative au temps du concile d’Éphèse.) Ce qui fait aussi qu’on peut attribuer à Dieu les souffrances de l’homme et à l’homme les gloires de Dieu. En un mot, la communication des idiomes, c’est la solidarité des

J

deux natures divine et humaine en Jésus-Christ ; solidarité au nom de laquelle on peut dire que Dieu c’est l’homme, et que l’homme c’est Dieu.

Le magisme, en ré^i^lant au monde la loi universelle de l’équilibre et l’harmonie résultant de l’analogie des contraires, prend toutes les sciences par la base, et prélude par la réforme des mathématiques à une révolution universelle dans toutes les branches du savoir humain : au principe généra-

DISCOURS l’Rlil.IMlNAlUU.

tenu clos nombres il rattache le principe générateur des idées, et par consécpient le principe générateur des inondes, amenant ainsi à la lumière de la science le résultat incertain des intuitions trop physiques de Pythagore ; il oppose à l’ésotérisme théurgique de l’école d’Alexandrie une formule claire, précise, absolue, que toutes les sciences

régénérées démontrent et justifient: la raison première et la fin dernière du mouvement universel, soit dans les idées, soit dans les formes, se résument définitivement pour lui dans quelques signes d’algèbre sous la forme d’une équation. '

Les mathématiques ainsi comprises nous ramènent à la religion, parce qu’elles deviennent, sous toutes les formes, la démonstration de l’infini générateur de l’étendue et la preuve de l’absolu, d’où émanent tous les calculs de toutes les sciences. Cette sanction suprême des travaux de l’esprit humain, cette conquête de la divinité par l’intelligence et par l’étude doit consoi^tmer la rédemption de l’àme humaine et procurer l’émancipation définitive du Verbe de l’humanité. Alors ce que nous appelons encore aujourd’hui loi naturelle aura toute l’autorité et toute l’infaillibilité d’une loi révélée; alors aussi on comprendra que la loi

positive et divine est en môme temps une loi naturelle, puisque Dieu est l’auteur de la nature, et ne saurait se contredire dans ses créations et dans ses lois.

De cette réconciliation du Verbe humain naîtra la vraie morale, qui n’existe pas encore d’une manière complète et définitive. Alors aussi une nouvelle carrière s’ouvrira devant l’Église universelle. En effet, jusqu’à présent l’infaillibilité de l’Église n’a constitué que le dogme, et pour cela sans doute la Divinité ne voulait pas avoir besoin du concours des hommes appelés plus tard à comprendre ce qu’ils devaient croire d’abord. Mais, pour constituer la morale, il n'en est pas de même, car la morale est humaine autant que divine; et celui-là doit nécessairement consentir au pacte qui s’y oblige le plus. Savez-vous ce qui manque le plus au monde à l’époque où nous arrivons ? C’est la morale. Tout le monde le sent, tout le monde le dit, et pourtant des écoles de morale sont ouvertes de tous côtés. Que faudrait-il à ces écoles ? Un enseignement qui inspirât la confiance; une autorité raisonnable, en un mot, au lieu d’une raison sans autorité d’une part, et de l’autre d’une autorité sans raison.

Remarquons que la question morale a été le prétexte de la grande défection qui laisse en ce moment l’Église veuve et désolée. C’est au nom de Vhumanüé, cette expression matérielle de la cAanïé, qu’on a soulevé les instincts populaires contre des dogmes faussement accusés d’être inhumains.

La morale du catholicisme n’est pas inhumaine, mais elle est souvent surhumaine; aussi ne s’adressait-elle pas aux hommes -du vieux monde, et se rattachaitelle à un dogme qui établit comme possible la destruction du vieil homme et la création d’un homme nouveau. Le Magisme accueille ce dogme avec enthousiasme, et promet cette renaissance spirituelle à l’humanité pour l’époque de la réhabilitation du Verbe humain. Alors, dit -il, l’homme, devenu créateur à l’instar de Dieu, sera l’ouvrier de son développement moral et l’auteur de son immortalité glorieuse. Se créer soi-même, telle est la sublime vocation de l’homme rétabli dans tous ses droits par le baptême de l’esprit; et il se manifestera une telle connexion entre l’immortalité et la morale, que l’une sera le complé- ment et la conséquence de l’autre.

La lumière de la vérité est aussi la lumière de vie. Mais la vérité, pour être féconde en immorta-

l'2 DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MA(iIE.

lité, veut ôtre reçue dans des âmes à la fois libres etsoumises, c’est-à-dire volontairement obéissantes. A la splendeur de cette clarté, l’ordre s’établit dans les formes comme dans les idées, tandis que le crépuscule menteur de l’imagination n’enfante et ne peut enfanter que des monstres. Ainsi l’enfer se peuple de cauchemars et de fantômes; ainsi la pagode des jongleurs se remplit de divinités affreuses et difformes; ainsi les ténébreuses évocations de la théurgie donnent aux chimères du sabbat une fantastique existence. Les images symboliques et populaires de la tentation de saint Antoine représentent la foi pure et simple luttant, à l’aurore du christianisme, contre tous les spectres du vieux monde : mais le Verbe humain, manifesté et victorieux, a été prophétiquement figuré par cet admirable saint Michel, à qui Raphaël donne à vaincre, d’une simple menace, un être inférieur portant aussi la figure humaine, mais avec les caractères de la brute.

Les mystiques religieux veulent qu’on fasse le bien uniquement pour obéir à Dieu. Dans l’ordre de la vraie morale, il faudra faire le bien pour la volonté de Dieu toujours, sans doute, mais aussi pour le bien lui-même. Le bien est en Dieu le

juste par essence, qui ne limite pas, mais qui dé- termine sa liberté. Dieu ne peut pas damner la majorité des hommes par caprice despotique. Il doit exister une proportion exacte entre les actions de l’homme et la création déterminante de sa volonté qui en fait définitivement une puissance du bien ou un auxiliaire du mal, et c’est ce que dé- montre la science exacte de la haute magie.

Voici ce que nous écrivions dans un livre publié en 18/i5: « Le temps de la foi aveugle est donc passé, et nous arrivons à l’époque de la foi intelligente et de l’obéissance raisonnable, le temps où nous ne croirons plus seulement en Dieu, mais où nous le verrons dans ses œuvres, qui sont les formes extérieures de son être.

» Or, voici le grand problème de notre époque : » Tracer, compléter et fermer le cercle des connaissances humaines, puis, par la convergence des rayons, trouver un centre qui est Dieu.

» Trouver une échelle de proportion entre les effets, les vouloirs et les causes, pour remonter de là à la cause et à la volonté première.

» Constituer la science des analogies entre les idées et leur source première. r> Rendre toute vérité religieuse aussi certaine

et aussi clairement démontrée que la solution d’un problème de géométrie. »

Voici maintenant ce que dit un homme qui a été assez heureux pour retrouver avant nous la dé- monstration de l’absolu suivant les anciens sages, mais assez malheureux aussi pour ne voirdans cette découverte qu’un instrument de fortune et un pré- texte de cupidité.

« Il nous suffira ici de dire, par anticipation sur la doctrine du Messianisme, d’une part, que l’application de la raison absolue à notre faculté psychologique de la cognition produit en nous la faculté supérieure de la création des principes et la déduction des conséquences, laquelle est le grand objet de la philosophie; et de l’autre part, que l’application de la raison absolue à notre faculté psychologique du sentiment produit en nous la faculté supérieure du sentiment moral et du sentiment religieux , laquelle est le grand objet de la religion. — On pourra ainsi entrevoir comment le Messianisme parviendra à l’union finale de la philosophie et de la religion, en les dégageant l’une et l’autre de leurs entraves physiques et terrestres, et en les ramenant , au delà de ces conditions temporelles, à la raison absolue qui est leur source

coniniuiie. On pourra de plus reconnaître déjà coniinent, par rinlluence de ces conditions temporelles ou de ces entraves physiques, deviennent possibles, d’une part, Terreur dans le domaine de la philosophie, et de Tautre , le péché dans le domaine de la religion ; surtout lorsque ces conditions physiques sont communes à celles de l’héréditaire dépravation morale de l’espèce humaine, qui fait partie de sa nature terrestre. Et Ton comprendra alors comment la raison absolue, qui est au-dessus de ces conditions physiques, de cette souillure terrestre, et qui, dans le Messianisme, doit détruire jusqu’à la source de Terreur et du péché, forme, sous Texpression allégorique de la Vierge qui doit ÉCRASER LA TÊTE DU SERPENT, Taccomplissemeut de cette prédiction sacrée. — C’est donc cette Vierge auguste que le Messianisme introduit aujourd’hui dans le sanctuaire de l’humanité. »

Croyez, et vous comprendrez, disait le Sauveur du monde; — étudiez, et vous croirez, peuvent dire maintenant les apôtres du Magisme.

Croire, c’est savoir sur parole. Or, cette parole divine, qui devançait et suppléait pour un temps la science chrétienne, on devait la comprendre plus tard, suivant la promesse du Maître. Voilà

IG DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MAGIE,

donc l’accord de la science et de la foi prouvé par la foi elle-même.

Mais, pour établir par la science la nécessité de cet accord, il faut reconnaître et établir un grand principe : c’est que l’absolu ne se trouve à aucune des deux extrémités de l’antinomie, et que les hommes de parti, qui tirent toujours vers les extrêmes opposés, craignent en même temps d’arriver cà ces extrêmes, regardent comme des fous dangereux ceux qui avouent nettement leurs tendances, et dans leur propre système redoutent instinctivement le fantôme de l’absolu comme le néant ou la mort. C’est ainsi que le pieux archevêque de Paris désapprouve formellement les forfanteries inquisitoriales de VUnivers, et que tout le parti révolutionnaire s’est indigné des hrutalités de Proudhon.

La force de cette preuve négative consiste en cette simple observation : qu’un lien central doit réunir deux tendances opposées en apparence, ^qui sont dans l’impossibilité de faire un pas sans que l’une entraîne l’autre à reculons; ce qui nécessitera ensuite une réaction toute pareille. Et voilà ce qui arrive depuis deux siècles: enchaînées ainsi l’une à l’autre à leur insu et par derrière , ces deux

puissances sont condamnées à un travail de Sisyphe et se font mutuellement obstacle. Retournezles en les dirigeant vers le point central, qui est l’absolu, alors elles se rencontreront de face, et, s’appuyant l’une sur l’autre, elles produiront une stabilité égale à la puissance de leurs efforts contraires, multipliés les uns par les autres.

Pour retourner ainsi les, forces humaines, ce qui semble au premier abord un travail d’Hercule, il suffit de détromper les intelligences et de leur montrer le but où elles croyaient trouver l’obstacle.

La RELIGION EST RAISONNABLE. VoÜà CO qu’Ü faut

dire à la philosophie, et par la simultanéité et la correspondance des lois génératrices du dogme et de la science on peut le prouver radicalement. La RAISON EST SAINTE. Voilà CO qu’il faut dire à l’Église, et on le lui prouvera en appliquant au triomphe de sa doctrine de charité toutes les conquêtes de l’émancipation et toutes les gloires du progrès.

Or, Jésus-Christ étant le type de l’humanité régénérée, la divinité rendue humaine avait pour œuvre de rendre l’humanité divine : le Verbe fait chair permettait à la chair de devenir Verbe, et c’est ce que les docteurs de l’Église officielle n’ont pas compris d’abord; leur mysticisme a voulu

18 DOGMIi ET RITUEL DE I.A HAUTE MAGIE.

absorber riiiimanité dans la divinité. Ils ont nié le droit bumain au uom du droit divin; ils ont cru que la foi devait anéantir la raison, sans se souvenir de cette parole profonde du plus grand des hiérophantes chrétiens : « Tout esprit qui divise le Christ est un esprit de l’Antéchrist. »

La révolte de l’esprit humain contre l’Église, révolte qui a été sanctionnée par un effrayant succès négatif, aurait donc été, à ce point de vue, une protestation en faveur du dogme intégral, et la révolution, qui dure depuis trois siècles et demi, n’aurait eu pour cause qu’un immense malentendu !

En effet, l’Église catholique n’a jamais nié ni pu nier la divinité humaine, le Verbe fait chair, le Verbe humain ! Jamais elle n’a consenti à ces doctrines absorbantes et énervantes qui anéantissent la liberté humaine dans un quiétisme insensé. Bossuet a eu le courage de persécuter madame Guyon, dont il admirait pourtant et dont nous avons admiré après lui la consciencieuse folie ; mais Bossuet n’a vécu, malheureusement, qu’après le concile de Trente. Il fallait que l’expérience divine eût son cours.

Oui, nous appelons la révolution française une

expérience divine, parce que Dieu, à cette époque, permit au génie humain de se mesurer contre lui; lutte étrange qui devait finir par un étroit embrassement; débauche de l’entant prodigue qui avait pour unique avenir un retour décisif et une fête solennelle dans la maison du père de famille.

Le Verbe divin et le Verbe humain, conçus séparément, mais sous une notion de solidarité qui les rendait inséparables, avaient dès le commencement fondé la papauté et l’empiré : les luttes de la papauté pour prévaloir seule avaient été l’affirmation absolue du Verbe divin ; à cette affirmation, pour rétablir l’équilibre du dogme de l’Incarnation, devait correspondre dans l’empire une affirmation absolue du Verbe humain. Telle fut l’origine de la Réforme, qui aboutit aux droits de l’homme.

Les DROITS de l’homme ! Napoléon les prouva par la gloire dont il environna son épée. Incarnée et résumée dans Napoléon, la révolution cessa d’être un désordre, et produisit par un éclatant succès la preuve irréfragable de son Verbe. C’est alors qu’on vit, chose inouïe dans les fastes des religions ! l’homme tendre à son tour la main à Dieu, comme pour le relever de sa chute. Un pape, dont la piété

et l’orthodoxie n’ont jamais été contestées, vint sanctionner, de l'autorité de tous les siècles chré- tiens, la sainte usurpation du nouveau César, et la révolution incarnée fut sacrée, c’est-à-dire reçut l’onction qui fait les christs de la main même du plus vénérable successeur des pères de l’autorité !

C’est sur de pareils faits, aussi universels, aussi incontestables et aussi brillants de clarté que la lumière du soleil, c’est sur de pareils faits, disonsnous, que le Messianisme a posé sa base dans l’histoire.

L’affirmation du Verbe divin par le Verbe humain, poussée par ce dernier jusqu’au suicide, à force d’abnégation et d’enthousiasme, voilà l’histoire de l’Église depuis Constantin jusqu’à la Réforme.

L’immortalité du Verbe humain prouvée par des convulsions terribles, par une révolte qui a tenu du délire, par des combats gigantesques et par des douleurs semblables à celles de Prométhée, jusqu’à la venue d’un homme assez fort pour rattacher l’humanité à Dieu : voilà l’histoire de la révolution tout entière !

Foi et raison î deux termes qu’on croit opposés et qui sont identiques.

Autorité et liberté, deux contraires qui sont au fond la môme chose, puisqu’ils ne peuvent exister l’im sans l’autre.

Religion et science, deux contradictions qui se détruisent mutuellement en tant que contradictions, et s’affirment réciproquement si on les considère comme deux affirmations fraternelles.

Voilà le problème posé et déjà résolu par riiistoire. Voilà l’énigme du sphinx expliquée par rOEdipe des temps modernes, le génie de Napoléon.

C’est assurément un spectacle digne de toutes les sympathies du génie humain, et nous dirons plus, digne de l’admiration des esprits même les plus froids, que ce mouvement pareil, ce progrès simultané, ces tendances égales, ces chutes prévues et ces rejaillissements également infaillibles, de la sagesse divine, d’une part, épanchée dans l’humanité, et de la sagesse humaine, de l’autre, conduite par la divinité ! Fleuves échappés d’une même source, ils ne se séparent que pour mieux embrasser le monde, et quand ils se réuniront, ils entraîneront tout avec eux. Cette synthèse, ce triomphe, cet entraînement, ce salut définitif du monde, toutes les âmes élevées les pressentaient : mais qui donc, avant ces grands événements qui révèlent

et font parler si haut la puissance de la magie humaine et l’intervention de Dieu dans les œuvres de la raison, qui donc eût osé les pressentir?

Nous avons dit que la révélation avait eu pour objet l’affirmation du Verbe divin, et que l’affirmation du Verbe . humain avait été le fait transcendant et providentiel de la révolution européenne commencée au xvi® siècle.

Le divin fondateur du christianisme a été le Messie de la révélation, parce que le Verbe divin était incarné en lui, et nous considérons l’empereur comme le Messie de la révolution, parce qu’en lui le Verbe humain s’était résumé et se manifestait dans toute sa puissance.

Le Messie divin avait été envoyé au secours de l’humanité, qui périssait épuisée par la tyrannie des sens et les orgies de la chair.

Le Messie humain est venu en quelque sorte au secours de Dieu qu’outrageait le culte obscène de la raison, et au secours de l’Église menacée par les révoltes de l’esprit humain et par les saturnales de la fausse philosophie.

Depuis que la réforme et la révolution à sa suite avaient ébranlé en Europe la base de tous les pouvoirs; depuis que la négation du droit divin trans-

formait en usurpateurs presque tous les maîtres du monde et livrait l’iinivers politique à l’athéisme ou au fétichisme des partis, un seul peuple, conservateur des doctrines d’unité et d’autorité, était devenu le peuple de Dieu en politique. Aussi, ce peuple s’agrandissait-il dans sa force d’une manière formidahle, inspiré d’une pensée qui pouvait

se transformer en Verbe, c’est-à-dire en parole d’action : ce peuple c’était la race vigoureuse des Slaves, et cette pensée, c’était celle de Pierre le Grand.

Donner une réalisation humaine à l’empire universel et spirituel du Messie, donner au christianisme son accomplissement temporel, en unissant tous les peuples en un seul corps, tel devait être désormais le rêve du génie politique transformé par l’idée chrétienne en génie social. Mais où serait la tête de ce colossal empire ? Rome avait eu à ce sujet sa pensée, Pierre le Grand avait la sienne, et Napoléon seul pouvait en concevoir une autre.

La fortune des descendants de Pierre trouvait en effet à cette époque une digue infranchissable dans les ruines du sanctuaire des papes, ruines vivantes où semblait dormir le catholicisme im-

2/l DOGME ET RITUEL DE l.A HAUTE MAGIE.

mortel comme le Christ dans son tombeau. Si la Russie eût été catholique après la réforme, la ré- volution française était étouffée dans son germe. L’empire temporel devait appartenir à celui qui relèverait l’autorité spirituelle dans son expression la plus simple et la plus absolue, parce que les faits suivent toujours les idées. L’autorité divine de Pierre l’apôtre manquait aux projets du czar Pierre. C’était une belle chance que la Russie laissait à la France. Napoléon le comprit; il releva les autels, il se fît sacrer par le successeur d’Hildebrand et d’innocent III, et il crut dès lors à son étoile, parce que l’autorité qui vient de Dieu ne manquait plus à sa puissance.

Les hommes avaient crucifié le Messie divin , le Messie humain fut abandonné au malheur par la Providence; car du supplice de Jésus-Christ accusé par les prêtres devait naître un sacerdoce nouveau, et du martyre de l’empereur trahi par les rois devait naître une royauté nouvelle.

Qu’est-ce, en effet, que l’empire de Napoléon ? C’est une synthèse révolutionnaire résumant le droit de tous dans celui d’un seul. C’est la liberté justifiée par la puissance et par la gloire; c’est l’autorité prouvée par des actes; c’est le despotisme

DISCOURS PRÉLliMlNAlRU. 25

de rhoimeur substitué à celui de la crainte. Aussi, dans la tristesse de sa solitude à Sainte-Hélène, Napoléon, ayant conscience de son génie et comprenant que tout l’avenir du monde était là, eut-il des tentations de désespoir, et ne voyait-il plus d’autre alternative pour l’Europe que d’être républicaine ou cosaque avant cinquante ans.

« Nouveau Prométhée, écrivait-il quelque temps avant de mourir, je suis cloué à un roc et un vautour me ronge.

» Oui, j’avais dérobé le feu du ciel pour en doter la France : le feu est remonté à sa source, et me voilà !

» La gloire était pour moi ce pont que Lucifer a lancé sur le chaos pour escalader le ciel ; elle réunissait au passé l’avenir, qui en est séparé par un abîme.. , Rien à mon fils que mon nom ! »

Jamais rien de si grand que ces quelques lignes n’est sorti de la pensée humaine : et toutes les poésies inspirées par la destinée étrange de l’Empereur sont bien pâles et bien faibles auprès de celle-là : Rien a mon fils que mon nom ! Était-ce seulement un héritage de gloire qu’il croyait transmettre, ou plutôt, dans l’intuition prophétique des mourants, comprenait-il que son nom, inséparable

26 DOGME ET RITUEL DE IA HAUTE MAGIE.

de sa pensée, contenait à lui seul toute sa fortune avec les destinées du monde?

Prétendre que l’humanité s’est trompée dans ses mouvements, qu’elle s'est fourvoyée dans ses évolutions, c’est blasphémer la Providence. Et pourtant ces mouvements et ces évolutions semblent parfois contradictoires; mais les paradoxes opposés se réfutent l’un par l’autre, et, semblables aux oscillations du pendule, qui tendent toujours, en se resserrant, vers le centre de gravité, les mouvements contraires ne sont qu’apparents, et les véri-. tables tendances de l’humanité se retrouvent toujours sur la ligne droite du progrès. Ainsi, quand les abus du pouvoir ont produit la révolte, le monde, qui ne peut se fixer ni dans l’esclavage ni dans l’anarchie, attend l’instauration d’un nouveau pouvoir qui tiendra compte à la liberté de ses protestations et régnera pour elle.

Ce pouvoir nouveau, Paracelse nous le fait connaître dans les admirables prédictions qui sembleraient faites après coup, si un assez grand nombre de pages encore ne se rapportaient à l’avenir.

On n’élude pas plus l’avenir qu’on ne ressuscite le passé, mais on s’en tient toujours à ce qui est durable; or, cela seul est durable qui est fondé

sur la nature même des choses. L’instinct des peuples se conforme en cela même à la logique des idées, et deux fois le suffrage universel, placé entre l’obscurantisme et l’anarchie, a deviné la conciliation de l’ordre avec le progrès, et a nommé Napoléon.

On a dit que l’empereur lui-même n’avait pu

concilier la liberté et l’ordre, et que, pour fonder sa puissance, il avait dû interdire aux Français l’usage de leurs droits. On a dit qu’il nous avait fait oublier la liberté à force de gloire, et l’on ne s’aperçoit pas que l’on tombe dans une évidente contradiction. Pourquoi sa gloire est-elle la nôtre, si nous n’étions que ses esclaves? Ce mot de gloire a-t-il même une signification pour d’autres que pour des hommes libres? Nous avions consenti à sa discipline, et il nous menait à la victoire : l’ascendant de son génie était le nerf de sa puissance, et s’il ne permettait à personne de le contredire, il était pleinement dans son droit, puisqu’il avait raison. « L’Etat, c’est moi! » avait dit Louis XIV en résumant ainsi d’un mot tout f esprit des institutions monarchiques. « Le peuple souverain, c'est moi! » pouvait dire l’empereur en résumant à son tour toute la force républicaine ; et il est évident que

28 DOÜME 1:T lUTUJil. UE LA HAUTE MAGIE.

plus son chef avait d’autorité, plus le peuple fran- çais était libre.

Ce qui a rendu si affreuse l’agonie de Napoléon, ce n’était pas le regret du passé , on ne regrette pas la gloire qui ne saurait mourir; mais c’était l’é- pouvante d’emporter avec lui l’avenir du monde. a Oh ! ce n est pas la mort, murmurait-il, c'est la vie qui me tue! » Puis, portant la main à sa poitrine: « Ils ont enfoncé là un couteau de boucher et ils ont brisé le fer dans la plaie ! »

Puis un moment après, à cet instant suprême où la vie échappe, et où l’homme, illuminé déjà intérieurement de la lumière d’un autre monde, a besoin de laisser son dernier mot aux vivants comme un enseignement et un héritage. Napoléon répéta deux fois ces paroles énigmatiques : « La tête de r armée !)y Était-ce un dernier défi jeté au fantôme de Pierre le Grand, un cri suprême de désespoir ou une prophétie des destinées de la France ? L’humanité tout entière apparaissait-elle alors à l’empereur harmonieuse et disciplinée, marchant à la conquête du progrès, et voulait-il résumer d’un seul mot le problème des temps modernes qui doit être prochainement résolu entre la Russie et la France : La tète de l’armée !

Ce qui donne en ce moment plus de chances à la France, c’est son catholicisme et son alliance avec la papauté, cette puissance que les anarchistes nomment déchue, et que Napoléon estimait plus forte encore qu’une armée de trois cent mille hommes. Si la France, comme le voulaient des anarchistes imbéciles, se fût liguée, en 18/i9, avec l’ingratitude romaine, ou avait seulement laissé restaurer le trône pontifical par l’Autriche et par la Russie, les destinées de la France finissaient, et le Génie indigné de l’empereur, passant au Nord, accomplissait au profit des Slaves le beau rêve de Pierre le Grand.

Pour les hommes qui s’imaginent l’absolu dans les extrêmes, la raison et la foi, la liberté et l’autorité , le droit et le devoir, le travail et le capital sont inconciliables. Mais l’absolu n’est pas plus admissible dans chacune des opinions séparées que l’entier n’est concevable dans chacune de ses fractions. Foi raisonnable, liberté autorisée, droit mérité par le devoir accompli, capital fils et père du travail ; voilà, comme nous l’avons déjà dit en d’autres termes, les formules de l’absolu. Et si l’on nous demande quel est le centre de l’antinomie, (luel est le point fixe de l’équilibre, nous avons

âO DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

déjà répondu cpie c’est l’essence même d’un Dieu à la fois souverainement libre et infiniment né- cessaire.

Que la force centripète et la force centrifuge soient deux forces contraires, cela n’est pas à mettre en question ; mais que de ces deux forces combinées résulte l’équilibre de la terre, c’est ce qu’il serait également absurde et inutile de nier.

L’accord de la Raison avec la Foi, de la Science avec la Religion, de la Liberté avec l’Autorité, du Verbe humain, en un mot, avec le Verbe divin, n’est pas moins évident, et nous en avons suffisamment indiqué les preuves. Mais les hommes ne considèrent jamais comme prouvées les vérités qu’ils refusent d’entendre, parce qu’elles contrarient leurs passions aveugles. A la démonstration la plus ri- • goureuse, ils vous répondent toujours par la difficulté même que vous venez de résoudre. Recommencez vos preuves, ils s’impatienteront, et diront que vous vous répétez.

Le Sauveur du monde avait dit que le vin nouveau ne doit pas être enfermé dans les outres usées, et qu’il ne faut pas coudre une pièce neuve à un vieux manteau. Les hommes ne sont (jue les repré- sentants des idées, et il ne faut pas s’étonner si les

erreurs incarnées repoussent la vérité avec dédain

ou même avec colère. Mais le Verbe est essentiel-

lement créateur, et, à chaque nouvelle émission de sa chaleur et de sa lumière, il fait éclore dans le monde une humanité nouvelle. L’époque du dogme obscur et de la cécité intellectuelle est passée, pourtant ne parlez pas du jeune soleil aux vieux aveugles; appelez-en au témoignage des yeux qui s’ouvrent, et attendez les clairvoyants pour expliquer les phénomènes du jour.

Dieu a créé l’humanité ; mais, dans l’humanité, chaque individu est appelé à se créer lui-même comme être moral et par conséquent immortel. Revivre dans l’humanité, telle est l’espérance vague que le panthéisme et le mysticisme révolutionnaire laissent k leurs adeptes; ne jamais mourir dans son individualité intelligente et morale, telle est la pré- rogative que la révélation assure à chacun de ses enfants î Laquelle de ces deux idées est la plus consolante et la plus libérale? Laquelle des deux surtout donne une base plus certaine et un but plus sublime à la moralité humaine?

Toute puissance qui ne rend pas raison d’elleniême et qui pèse sur les libertés sans leur donner de garanties, n’est qu’un pouvoir aveugle et

transitoire; l’autorité vraie et durable est celle qui s’appuie sur la liberté, tout en lui donnant une règle et un frein. Ceci exprime l’absolu en politique.

Toute foi qui n’éclaire pas et n’agrandit pas la raison, tout dogme qui nie la vie de l’intelligence et la spontanéité du libre arbitre, constituent une superstition ; la vraie religion estcellequise prouve par l’intelligence et se justifie par la raison, tout en les soumettant à une obéissance nécessaire. Ceci est l’indication de l’absolu en religion et en philosophie.

De l’idée que les hommes se sont faite de Dieu ont toujours procédé les notions de puissance, soit au spirituel', soit au temporel , et le mot qui exprime la Divinité ayant été de tout temps la formule de l’absolu, soit en révélation, soit en intuition naturelle , le sens qu’on attache à ce mot a toujours été l’idée dominante de toute religion et de toute philosophie, comme de toute politique et de loute morale.

Concevoir en Dieu la liberté sans nécessité, c’est

rêver une toute-puissance sans raison et sans frein, c’est faire trôner dans le ciel l’idéal de la tyrannie. Telle a été , dans beaucoup d’esprits enthousiastes

DISCOURS PRELIMINAIRE.

el mystiques, la plus dangereuse erreur du moyen âge.

Concevoir en Dieu la nécessité sans liberté, c’est en faire une machine infinie, dont nous sommes, malheureusement pour nous, les rouages intelligents. Obéir ou être brisés, telle serait notre destinée éternelle; et nous obéirions sciemment à quelque chose qui commanderait sans savoir pourquoi : tristes voyageurs que nous serions^ enfermés dans les waggons qu’une formidable locomotive entraînerait à. toute vapeur sur le grand chemin de l’abîme. Celte doctrine panthéistique, matérialiste et fatale, est à la fois l’absurdité et la calamité de notre siècle.

Cette loi suprême de la liberté et de la nécessité régies et tempérées l’une par l’autre se retrouve partout et domine tous les faits où se révèle une vertu, une juste puissance ou une autorité quelconque. Dans le monde, qu’avait tiré des ténèbres de la décadence, et que soutenait sur le chaos de la barbarie, la main providentielle de Charlemagne, il y avait la papauté et l’empire, deux pouvoirs soutenus et limités l’un par l’autre. La papauté alors, dépositaire du dogme initiateur et civilisateur, représentait la liberté, qui tient les

oh DOGME ET RITUEL DE IA HAUTE MAGIE.

clefs de l’avenir ; et l’empereur, armé du glaive, étendait sur les troupeaux que poussait eu avant la houlette des pontifes le bras de fer de la nécessité, qui assurait et réglait la marche de l’humanité dans les voies du progrès.

Qu’on ne s’y trompe pas , le mouvement religieux de notre époque, commencé par Chateaubriand, continué par Lamennais et Lacordaire, ce mouvement n’est pas rétrograde et ne donne pas tort à l’émancipation de la conscience humaine. L’humanité s’était révoltée contre les excès du mysticisme, qui , en affirmant la liberté absolue de Dieu sans admettre en lui aucune nécessité, anéantissait la justice éternelle et absorbait la personnalité de l’homme dans l’obéissapce passive : le Verbe humain, en effet, ne pouvait pas se laisser dévorer ainsi ; mais les passions aveugles essayèrent de pousser la protestation dans l’extrémité contraire, en lui faisant proclamer la souveraineté unique et absolue de l’individualisme humain. On se souvient du culte de la Raison inauguré à Notre- Dame, et des hommes de septembre maudissant la Saint-Barthélemy. Ces excès produisirent vite la lassitude et le dégoût; mais l’humanité ne renonça pas pour cela à ce qui avait rendu sa pro-

testatioii nécessaire. Chateaubriand vint alors désabuser les esprits qu’on avait égarés en calomniant l’Édise. 11 fit aimer la religion en la montrant humaine et raisonnable; le monde avait besoin de se réconcilier avec son Sauveur, mais c’est en le reconnaissant pour être véritablement homme, qu’on se disposait à l’adorer de nouveau comme le vrai Dieu.

Ce que l’on demande aujourd’hui au prêtre, c’est surtout la .charité, cette sublime expression de y humanité divine. La religion ne se contente plus d’offrir à l’âme les consolations de l’autre vie, elle se sent appelée à secourir dans celle-ci les douleurs du pauvre, à l’instruire, à le protéger et à le diriger dans son travail. La science économique vient au-devant d’elle dans cette œuvre de régénération. Tout cela peut-être se fait lentement , mais enfin le mouvement s’opère, et l’Église, secondée par le pouvoir teniporel, ne saurait manquer de retrouver bientôt toute son influence d’autrefois pour prê- cher au monde le christianisme accompli dans la synthèse messianique. Si l’Église avait réellement nié le Verbe humain, si elle était l’ennemie naturelle, par conséquent, de toute liberté et de progrès, nous la regarderions comme morte, et nous

penserions qu’il en sera d’elle comme de la synagogue judaïque ; mais, encore une fois, cela n’est pas et ne saurait être. L’Église, qui, dans sa constitution, réfléchit l’image de Dieu, porte en elle aussi la double loi de liberté et d’autorité contenues, réglées et tempérées l’une par l’autre. En effet, l’Église, tout en maintenant l’intégrité et la stabilité du dogme, lui a donné, de concile eu concile, de superbes développements. Aussi, parmi les hérétiques et les dissidents, pendant que les uns accusaient l’orthodoxie d’immobilisme, d’autres lui reprochaient sans cesse des innovations ; tous les sectaires, pour se séparer de la commune ecclé- siastique, ont prétexté le désir de retourner aux croyances et aux pratiques de l’Église primitive.

Si l’on eût parlé aux catholiques du xv® siècle ou aux philosophes du xviii® d’un accord né- cessaire entre la liberté de conscience et l’autorité religieuse, entre la raison et la foi, on eût indisçné les uns et fait rire amèrement les autres. Parler de paix etd’alliance au milieu d’une bataille, c’est, en effet, prendre assez mal son temps et vouloir perdre ses paroles.

Les doctrines dont nous nous faisons l’interprète, parce que nous les considérons comme l’expression

la plus avancée des tendances de rintelligeiice humaine à l’époque où nous vivons, ces doctrines, pressenties depuis quelques années par un petit nombre d’esprits d’élite, peuvent être émises aujourd’hui avec espoir de les voir accueillies; mais, il y a quelques mois à peine, elles n’eussent trouvé nulle part ni une attention complaisante, ni une tribune ni un écho.

C’est qn’alors les partis extrêmes n’avaient pas encore été contraints d’abdiquer leurs prétentions devant la toute-puissance des événements providentiels, et l’on pouvait difficilement rester neutre au milieu de leur guerre acharnée ; toute concession de l’un à l’autre était alors considérée comme une véritable trahison , et les hommes qui n’abandonnent jamais la justice, étant contraints de la chercher séparément et successivement dans les deux causes séparées, devenaient suspects à tout le monde, comme des renégats ou des transfuges. Avoir des convictions assez énergiques pour pré- férer alors son indépendance consciencieuse aux encouragements des coteries, c’était se condamner à une solitude qui n’était pas sans appréhensions et sans angoisses. Demeurer isolé entre deux armées qui s’attaquent, n’est-ce pas être exposé à tous les

coups? Passer de l’une à l’autre, n’est-ce pas vouloir se faire proscrire clans toutes les deux ? En choisir une au hasard, n’est-ce pas trahir l’autre?

Ce sont ces alternatives cruelles qui ont poussé des hommes comme M. de Lamennais de l’ultramontanismeau jacobinisme, sans leur laisser trouver nulle part ni certitude ni repos. L’illustre auteur des Paroles d'un croyant, épouvanté de voir se dresser devant lui l’anarchie et le néant sous le masque du socialisme, et ne trouvant dans son génie irrité aucune justification de l’antinomie qui le blessait, n’a-t-il pas reculé jusqu’à Zoroastre, et n’a-t-il pas cherché dans les dogmes désolants du manichéisme une explication quelconque de la guerre éternelle des Amchaspandset des Darvands?

Mais les quatre années qui viennent de s’écouler ont été pleines , pour le monde, d’enseignements et de révélations immenses. La révolution s’est expliquée et justifiée une seconde fois parla création d’une autorité absolue, et nous comprenons maintenant que le dualisme constitutionnel n’était autre chose que le manichéisme en politiciue. Pour concilier la liberté et le pouvoir, il faut en effet les appuyer l’un sur l’autre, et non les opposer l’un à l’autre.

La souveraineté absolue fondée sur le suffrage universel, telle est désormais la notion unique de l’autorité véritable, en religion comme en politique.

Ainsi seront constitués les gouvernements de droit

humain, seconde forme du droit divin, qui est imprescriptible dans l’humanité.

C’est par l’intelligence du vrai et la pratique raisonnée du bien que s’affranchissent non-seu-

lement \eh individus, mais les peuples. Sur des hommes dont l’âme est libre, la tyrannie matérielle est impraticable; mais aussi la liberté extérieure des hommes et des multitudes, qui sont intérieurement asservis. à des préjugés ou à des vices, n’est qu’une multiplication et une complication de tyrannie. Quand la majorité des hommes inintelligents est maîtresse, la minorité des sages est esclave.

Aussi faut-il soigneusement distinguer le droit du fait et le principe .de ses applications dans la politique de l’Église.

Son travail a toujours été de soumettre les fatalités de la chair à la providence de l’esprit ; c’est au nom de la liberté morale qu’elle oppose une digue à la spontanéité aveugle des tendances physiques; et si, de nos jours, elle ne s’est pas montrée

/lO DOGMli liT RITUEL DE (.A HAUTE MAGIE.

sympathique au mouvement révolutionnaire, c’est qu’elle sentait d’une manière suréminente et infaillible que là IV était pas la véritable liberté.

Ce sont les abus possibles de la liberté qui rendent l’autorité nécessaire; et l’autorité n’a d’autre mission dans l’Église et dans l’État que de protéger la liberté réglée de tous contre la liberté déréglée de quelques-uns. Plus l’autorité est forte, plus sa protection est puissante. Voilà pourquoi l’infaillibilité a été nécessaire à l’Église; voilà pourquoi aussi toujours, dans un État bien gouverné, force doit rester à la loi. L’idée de liberté et celle d’autorité sont donc indissolublement unies et s’appuient uniquement l’une sur l’autre.

La tyrannie dans l’ancien monde n’était que la liberté absolue de quelques-uns au préjudice de la liberté de tous. L’Évangile, en imposant des devoirs aux rois comme aux peuples a rendu, aux uns l’autorité qui leur manquait, et a garanti aux autres une liberté fondée sur des droits nouveaux, avec la certitude d’un progrès réel et d’un perfectionnement possible à tous.

Si l’intelligence humaine n’était pas perfectible, à quoi servirait, je vous prie, l’enseignement permanent de la Providence, etpour([uoi la révélation

DISCOURS RUÊUMINAIRU. I\\

se serait-elle manifestée sous des formes successives et successivement plus parfaites ? La nature nous montre le progrès clans la constitution de tous les êtres et n’accomplit que lentement ses chefs-d’œuvre. Le mouvement est partout le signe de la vie, et même lorsqu’il paraît s’accomplir en parcourant un cercle, dans ce cercle, du moins, il va toujours en avant, et ne donne jamais, en revenant sur luimême, un démenti à la main qui l’imprime.

La loi du mouvement, si elle n’était point réglée par la Providence dans le ciel et par l’autorité sur la terre, serait une loi de destruction et de mort, parce 'que ce serait une loi de désordre; mais, d’un autre côté, si la résistance cjui règle le mouvement arrive à le paralyser et à vouloir l’arrêter, de deux choses l’une : ou le mouvement brisera la résistance et détruira l’autorité, ou l’autorité anéantira le mouvement et se suicidera ainsi en détruisant sa propre force et sa propre vie.

C’est ainsi que le judaïsme s’est renversé luimême en voulant s’opposer à l’éclosion du christianisme, qui était la conséquence naturelle et le développement nécessaire des dogmes de Moïse et des promesses des prophètes.

La catholicisme n’imitera pas le judaïsme et ne

/l"2 DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

s’opposera pas à la grande synthèse messianique, parce que l’Église catholique porte dans son nom même une promesse d’universalité, qui assigne d’avance son vrai nom à l’Église de l’avenir. Rome et Constantinople ne se disputeront pas une seconde fois l’ernpire du monde : où se manifestera le Verbe, là sera le pontife du Verbe. Le siège que reconnaîtra l’obéissance du monde sera celui du successeur de Jésus-Christ ; et tout chef d’un petit nombre de dissidents, quels que puissent être d’ailleurs ses prétextes et ses prétendus titres, ne sera plus devant le suffrage universel des nations qu’un antipape et un sectaire.

La réunion des deux Églises grecque et romaine est donc la grande révolution tout à la fois religieuse et civile qui doit tôt ou tard changer la face du monde; et cette révolution ne saurait manquer d’être le résultat du développement et de la propagation des doctrines kabbalistiques dans l’Église et dans la société.

En vain nous dirait-on que l’Église se croit parfaite, et affecterait-on de craindre qu’elle ne refuse d’admettre la loi du progrès. Nous avons déjà ré- pondu à cette crainte par un passage décisif de Vincent de Lérins; mais la question est assez im-

portante pour cjue nous ajoutions ici encore quelques fortes autorités.

Un savant pasteur anglais, récemment converti au catholicisme, le docteur John Newman, a publié clans ces derniers temps un ouvrage cpii a obtenu la haute approbation de l’autorité ecclésiastique, et dans lequel il prouve que le développement du dogme, et par conséquent celui de l’intelligence

humaine, a été l’œuvre spéciale du catholicisme, considéré comme principe initiateur et conservateur, dans l’explication et l’application de ces théorèmes divins qui sontla lettre du dogme. Avant de prouver sa thèse, il établit victorieusement l’existence du progrès naturel en toutes choses, mais plus particulièrement dans la révélation. Voici en quels termes il s’exprime :

« D’après l’histoire de toutes les sectes et de tous les partis en religion, et d’après l’analogie et l’exemple de l’Écriture , nous pouvons conclure raisonnablement que la doctrine chrétienne admet des développements formels, légitimes, réels, des développements prévus par son. divin auteur.

» L’analogie générale du monde physique et moral confirme cette conclusion : « Tout le monde » naturel, et son gouvernement, dit Butler, est un

llh DOliMi: KT RJTIIKL I3E LA IIAUTi; MAGlK.

» plan ou uii système, non un système fixe, mais » progressif, un plan dans lecpiel l’essai de divers » moyens a lieu longtemps avant que les fins pro- » posées puissent être atteintes. Le changement des » saisons, la culture des fruits de la terre, l’histoire » même d’une fleur en est une preuve; et il en est » ainsi de la vie humaine. Ainsi les végétaux et les » animaux, quoique formés nécessairement en une » fois, grandissent cependant par degrés pour » arrivera la maturité. Et ainsi les agents raison- » nables qui animent les corps sont naturellement » portés vers le caractère qui leur est propre par » l’acquisition graduelle de connaissances et d’ex- » périence, et par une longue suite d’actions. »

» Notre existence n’est pas seulement successive, comme elle doit l'être de toute nécessité, mais un état de notre être est désigné parle Créateur pour servir de préparation à un autre état et de transition à celui qui lui succède. Ainsi l’adolescence vient après l’enfance, la jeunesse après l’adolescence et fâge mûr après la jeunesse. Les hommes, dans leur impatience, veulent tout précipiter. Mais l’auteur de la nature semble n’opérer que d’après une longue délibération, et arrive à ses fins par des progrès successivement et lentement accom-

DISCOURS PRÉUMINAIRK.

plis. . . Dieu opère de la môme manière dans le cours de sa providence naturelle et dans la manifestation religieuse, faisant succéder une chose à une autre, puis une autre encore à celle-ci, et continuant toujours, par une série progressive de pioyens qui s’étendent au delà et en deçà de notre vue bornée. La loi nouvelle du christianisme nous est représentée dans celle de la nature. »

« Dans une de ses paraboles » , remarque ailleurs le docteur Newman, « Notre-Seigneur compare le royaume du ciel à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. Cette graine est, à la vérité, la plus petite de toutes les graines; mais, quand elle a crû, elle est la plus grande des plantes et devient un arbre; et, comme le dit saint Marc, « cet arbre pousse des branches sur les- » quelles les oiseaux du ciel viennent se reposer. » Et ensuite, dans le meme chapitre de saint Marc : « Le royaume de Dieu est semblable à un homme » qui jette de la semence en terre. Qu’il dorme ou

qu’il se lève, nuit et jour la semence germe et » croît sans qu’il sache comment, car la terre pro- » duit son fruit d’elle-même. » Ici il est question d’un élément intime de la vie, soit principe, soit doctrine, plutôt que d’aucune manifestation

extérieure; et il est à observer que, selon l’esprit du texte, le caractère spontané aussi bien que graduel appartient à la croissance. Cette description du progrès correspond à ce qui a déjà été observé par rapport au développement ; c’est-à-dire qu’il n’est le résultat ni de la volonté, ni de la résolution, ni d’une exaltation factice, ni du mécanisme de la raison, ni même d’une plus grande subtilité de l’intelligence, mais qu’il agit par sa force native, dont l’expansion et l’effet ont lieu dans un moment déterminé. Sans doute que la réflexion, jusqu’à un certain point, le régit et le modifie en l’appropriant au génie particulier des personnes, mais toujours selon le premier développement moral de l’esprit lui-même. »

Il est impossible d’indiquer plus clairement l’existence des deux lois qui se complètent l’une l’autre, bien qu’opposées en apparence, de la né- cessité providentielle et de la liberté humaine. Pour les hommes, la nature elle-même est cette nécessité qui contient et féconde les élans de leur Verbe créateur; Verbe qui constitue dans l’homme la ressemblance de Dieu, et qu’on appelle la liberté !

La tactique des hérésiarques et des matérialistes a été de tout temps d’abuser des mots pour per-

vei'tir les choses ; puis craccuser l’autorité d’apostasie , lorsqu’elle vengeait , en les condamnant eux-mêmes , les vérités mal interprétées par eux et qui leur servaient d’enseignes.

Vous appelez liberté la plus condamnable licence, vous appelez progrès un mouvement tumultueux et subversif; l’Église vous désavoue, et vous l’accusez avec amertume d’être l’ennemie du

progrès et de la liberté ! Elle n’est ennemie que du mensonge, et vous le savez bien. Et c’est pourquoi, voulant persévérer dans votre guerre contre elle, il faut bien toujours que vous mentiez : autrement, vous seriez d’accord avec elle, et il faudrait, bon gré, mal gré, que vous subissiez sa puissance.

Voilà ce qu’on peut dire, au nom de l’Église, à ses adversairês de mauvaise foi. Mais nous avons à répondre ici à des objections plus sérieuses. Des catholiques sincères, mais peu éclairés, plus attachés à la lettre qu’à l’esprit des décisions pontificales, nous diront peut-être que, dans ses encycliques au sujet des doctrines de l’abbé de Lamennais, Rome a formellement condamné les idées de liberté et de progrès.

Nous répondrons par les termes mêmes de la première encyclique : Le pape condamne ceux qui.

/l8 DOGME ET RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

pour régénérer l’Église . veulent la rendre tout humaine^ de divine quelle est dans son autorité et dans son principe.

Donc ce que le juge condamne, ce n’est pas Yaffirmation du Verbe humain, mais la négation du Verbe divin. L’Église est donc ici dans son droit et dansson devoir. Rome a vu le principe de son autorité spirituelle attaqué par les œuvres de l’illustre écrivain, et la preuve qu’elle ne se trompait pas, et que M. de Lamennais ne croyait déjà plus à cette toutepuissance morale dont il avait été naguère le plus zélé et le plus puissant défenseur, c’est qu’il ne s’est pas soumis à ses décisions et qu’il a passé outre, enjambant d’un seul pas rétrograde, l’É- glise, le christianisme et la civilisation tout entière.

Quant à la liberté que l’Église «réprouve, c’est celle qui a voulu détrôner Pie IX, et qui a conduit l’Europe au bord de l’abîme. Mais que peut-il y avoir de commun entre la liberté des enfants de Dieu et celle des enfants de Caïn ?

Nous ne croyons donc pas, encore une fois, que l’Église romaine laisse prendre à* l’Église d’Orient l’initiative du mouvement régénérateur. L’immobilité de la barque de Pierre, au milieu du va-et-vient des vagues révolutionnaires.

n’est qu’une prolestalion divine en faveur du véritable progrès.

Tout ce qui s’accomplit hors de l’autorité s’accomplit hors de la nature, qui est la loi positive de l’autorité éternelle. L’idéal humain peut donc suivre deux voies opposées : ou dévancer la science par rintuition qu’elle doit justifier plus tard, ou s’écarter de la science par l’hallucination qu’elle condamne. Les amis du désordre, les âmes captives de l’égoïsme brutal, craignant le joug de la science et la discipline de la raison, prennent toujours l’hallucination pour guide. Le paganisme a eu ses faux mystiques, et c’est ainsi que le dogme philosophique des anciens Hellènes s’est changé en idolâ- trie; le christianisme a été aussi affligé à son tour delà même plaie, et un ascétisme inhumain, entraînant après lui comme réaction le quiétisme le plus immoral, a fait calomnier la piété véritable et a éloigné bien des âmes des pratiques de la Feligion.

Un des plus remarquables fantaisistes de notre temps, le paradoxal P. -J. Proudhon, ayant un jour k contrarier M. de Lamartine qui était alors au pouvoir, lança contre les poètes une de ces cyniques et éloquentes diatribes qu’il sait si bien faire.

50 DOGMlî ET RITUEL UE LA HAUTE MAGIE.

Nous n’avons pas sous les yeux celle page einporlée comme lanl d’autres par le tourbillon nîvolutionnaire, mais nous nous rappelons avec (quelle verve le trop célèbre rêveur déclamait contre la poésie et contre les rêves ; il était ellrayant de vérité lorsqu’il représentait l’État chancelant et dévoyé, prêt à trébucher dans le sang à la suite de quelque joueur de guitare que l’extase de sa propre musique empêchera d’entendre les imprécations, les sanglots et les râles ! Voilà, s’écriait-il, ce que c’est que le gouvernement des poètes! Puis, s’échauffant pour son idée, comme c’est l’ordinaire, il arrivait à conclure que Néron était l’incarnation la plus complète de la poésie élevée sur le trône du monde. Brûler Rome aux sons de la lyre et dramatiser ainsi la grande poésie de Virgile, n’était-ce pas une colossale et impériale et poétique fantaisie? A la ville des Césars qu’il sacrifiait ainsi comme un décor à la mise en scène de ses vers, Néron voulait substituer une Rome nouvelle, toute dorée et construite d’un seul palais !. . . Oh ! si la grandeur de l’audace et la témérité des rêves font le sublime en poésie, Néron était, en effet, un grand poète! Maisce n’est ni M. Proudhon, ni aucun des chefs du socialisme moderne, qui ont le droit de l’en blâmer.

Néron représente poui* nous la personnification la plus complète de l’idéalisme sans autorité et de la licence du pouvoir: c'est Vanarchie de M. Proudhon résumée en un seul homme et placée sur le trône de runivers; c’est Y absolu des matérialistes en voluptés, en audace, en énergie et en puissance. Jamais nature plus désordonnée n’effraya le monde de ses écarts ; et voilà ce que les révo-

lutionnaires de l’école de M. Proudhon entendent par de la poésie; mais nous ne pensons pas comme eux.

Être poète, c’est créer ; ce n’est pas rêver ni mentir. Dieu a été poète lorsqu’il a fait le monde, et son immortelle épopée est écrite avec des étoiles. Les sciences ont reçu de lui les secrets de la poésie, parce que les clefs de l’harmonie ont été remises entre leurs mains. Les nombres sont poètes, car ils chantent avec ces notes toujours justes, qui donnaient des ravissements au génie de Pythagore. La poésie qui n’accepte pas le monde tel que Dieu l’a fait, et qui cherche à en inventer un autre, n’est que le délire des esprits des ténèbres : c’est Celle-là qui aime le mystère et qui nie les progrès de l’intelligence humaine. A celle-là donc les enchantements de l’ignorance et les faux miracles de la

théurgie ! A celle-là le despotisme de la matière et les caprices des passions! A la poésie anarchique, en un mot, les tentatives toujours vaines, les espérances toujours déçues, le vautour et la rage impuissante de Promélhée, tandis que la poésie soumise à l’ordre, qui lui garantit une liberté inviolable, cueillera les fleurs de la science, traduira l’harmonie des nombres, interprétera la prière universelle et marchera tantôt devant la science, tantôt sur ses traces, mais toujours près d’elle, dans la lumière vivante du Verbe et dans la voie assurée du progrès !

Cet avenir prochain du christianisme retrempé à la source de toute révélation, c’est-à-dire dans les fortes vérités du magisme et de la cabale, a été pressenti par un grand poète polonais, Adam Mickiewisch, qui a créé pour cette doctrine un nom nouveau, et l’a nommée le Messianisme.

Ce nom nous plaît et nous l’adoptons avec plaisir, pourvu qu’il ne représente pas l’idée d’une secte nouvelle. Le monde est las de morcellements et de divisions, et tend de toutes ses forces à l’unité. Aussi ne sommes-nous pas de ceux qui se disent catholi- ' ques et non romains ; ce qui consiilue un contre -sens des plus ridicules. Catholique veut dire universel,

DISCOURS PRÉUMINAIRE. 53

or rimiversaîilé n’est-elle donc pas nécessairement romaine, puisque Rome est clans l’univers?

Le XVIII® siècle a vu les abus de la religion, mais il a méconnu la force de cette môme religion, parce qu’il n’en devinait pas le secret. La haute magie échappe à l’incrédulité et à l’ignorance parce qu’elle s’appuie également et sur la science et sur la foi.

L’homme est le thaumaturge de la terre, et par son verbe, c’est-à-dire par sa parole intelligente, il dispose des forces fatales. Il rayonne et attire comme les astres; il peut guérir par un attouchement, par un signe, par un acte de sa volonté. Voilà ce que Mesmer, avant nous, était venu révé- ler au monde; voilà ce secret terrible qu’on enfouissait avec tant de soin dans les ombres des anciens sanctuaires. Que peuvent prouver maintenant les prétendus miracles de l’homme, sinon l’énergie de sa volonté et la puissance de son magnétisme? C’est donc maintenant cju’on peut dire avec vérité que Dieu seul est Dieu, car les hommes de prestige ne se feront plus adorer. D’ailleurs, la synthèse de tous les dogmes nous ramène à un seul symbolisme, qui est celui de la cabale et des mages. Les trois mystères et les quatre vertus

réalisent le triangle et le carré magique. Les sept sacrements manifestent les puissances des sept génies ou des sept anges, qui, suivant le texte de V Apocalypse, se tiennent toujours devant le trône de Dieu. Nous comprenons maintenant les mathé- matiques sacrées qui multiplient soixante et douze fois le divin tétragramme pour former les empreintes des trente-six talismans de Salomon, Ramenés par des études profondes à l’antique théologie d’Israël, nous nous inclinons devant les hautes vérités de la cabale, et nous espérons que les sages Israélites, à leur tour, reconnaîtront qu’ils n’étaient séparés de nous que par des mots mal entendus. Israël a emporté d’Égypte les secrets du sphinx; mais il a méconnu la croix qui, dans les symboles primitifs de l’Égypte magique, était déjà la clef du ciel. Il ne tardera pas à la comprendre, car déjà il a ouvert son cœur à la charité. Le cri d’angoisse des chrétiens de Syrie a ému les enfants de Moïse, et pendant qu’Abd-el-Kader protégeait nos malheureux frères en Orient et les défendait au péril de sa vie, une souscription s’ouvrait à Paris par les soins de l’avocat Israélite Crémieux.

La grande énigme des siècles anciens, le sphinx, après avoir fait le tour du monde sans trouver de

repos, s’est arrêté an pied de la croix, cette autre grande énigme; et depuis dix-huit siècles et demi, il la contemple et la médite.

Qu’est-ce que l’homme? demande le sphinx à la croix, et la croix répond au sphinx en lui demandant : Qu’est-ce que Dieu?

Déjà dix-huit fois le vieil Aaswérus a fait aussi le tour du globe; et à la fin de tous les siècles, et au commencement de toufes les générations, il passe près de la croix muette et devant le sphinx immobile et silencieux.

Quand il sera las de marcher toujours sans arriver jamais, c’est là qu’il se reposera, et alors le sphinx et la croix parleront tour à tour pour le consoler.

Je suis le résumé de la sagesse antique, dira le sphinx; je suis la synthèse de l’homme. J’ai un front qui pense et des mamelles qui se gonflent d’amour; j’ai des griffes de lion pour la lutte, des flancs de. taureau pour le travail et des ailes d’aigle pour monter vers la lumière. Je n’ai été compris dans les temps anciens que par l’aveugle volontaire de Thèbes, ce grand symbole de la mystérieuse expiation qui devait initier l’humanité à l’éternelle justice; mais maintenant l’homme n’est plus l’en-

56 DOGME ET lUTUEI. DE LA HAUTE MAGIE.

fantmaiidil; qu’un crime originel lait exposer à la mort sur le Cythéron; le père est venu expier à son tour le supplice de son fils, l’ombre de Laïus a gémi des tourments d’OEdipe; le ciel a expliqué au monde mon énigme sur cette croix. C’est pourquoi je me tais en attendant /ju’elle-môme s’explique au monde : repose-toi, Aaswérus, car c’est ici le terme de ton douloureux voyage.

— Je suis la clef de la sagesse à‘venir, dira la croix ; je suis le signe glorieux du stauros que Dieu a fixé aux quatre points cardinaux du ciel, pour servir de double pivot à l’univers.

J’ai expliqué sur la terre l’énigme du sphinx, en donnant aux hommes la raison de la douleur; j’ai consommé le symbolisme religieux en réalisant le sacrifice. Je suis l’échelle sanglante par où l’humanité monte vers Dieu et par où Dieu descend vers les hommes. Je suis l’arbre du sang, et mes racines le boivent par toute la terre, afin qu’il ne soit pas perdu, mais qu’il forme sùr mes branches des fruits de dévouement et d’amour. Je suis le signe de la gloire, parce que j’ai révélé riionneur ; et les princes de la terre m’attachent sur la poitrine des braves. Un d’entre eux m’a donné une cinquième branche pour faire de moi une étoile ; mais

DISCOURS rilÉLlMIINAlRU.

je m’appelle toujours la croix. Peut-être celui qui fut le martyr de la gloire prévoyait-il sou sacrifice, et voulait-il, eu ajoutant une branche à la croix, préparer un chevet à sa propre tête à côté de celle du Christ. J’étends mes bras également à droite el à gauche, et j ai également répandu les bénédictions de Dieu sur Madeleine et sur Marie; j’offre le salut aux pécheurs, et aux justes la grâce nouvelle ; j’attends Caïn et Abel pour les réconcilier et les unir. Je dois servir de point de ralliement aux peuples, et je dois présider au dernier jugement des rois; je suis l’abrégé de la loi, car je porte écrit sur mes branches : Foi, espérance et charité. Je suis le résumé de la science, parce que j’explique la vie humaine et la pensée de Dieu. Ne tremble pas, Aaswérus, et ne redoute plus mon ombre ; le crime de ton peuple est devenu celui de l’univers, car les chrétiens aussi ont crucifié leur Sauveur ; ils font crucifié en foulant aux pieds sa doctrine de communion, ils l’ont crucifié en la personne des pauvres, ils l’ont crucifié en te maudissant toimême et en proscrivant ton exil ; mais le crime de tous les hommes les enveloppe tous dans le même pardon ; et toi, le Caïn humanitaire, toi, l’aîné de ceux que doit racheter la croix, viens te

reposer sous l’uii de ses bras encore teint du sang rédempteur! Après toi viendra le fils de la seconde synagogue, le pontife de la loi nouvelle, le successeur de Pierre; lorsque les nations fauront proscrit comme toi, lorsqu’il n’y aura plus d’autre couronne que celle du martyre, et lorsque la persécution l’aura rendu soumis et doux comme le juste Abel, alors reviendra Marie, la femme régénérée, la mère de Dieu et des hommes ; et elle réconci - liera le Juif errant avec le dernier des papes, puis elle recommencera la conquête du monde pour le rendre à ses deux enfants. L’amour régénéra les sciences, la raison justifiera la foi. Alors je redeviendrai l’arbre du paradis terrestre, l’arbre de la science du bien et du mal, l’arbre de la liberté humaine. Mes immenses rameaux ombrageront le monde entier, et les populations fatiguées se délasseront sous mon ombre; mes fruits seront la nourriture des forts et le lait des petits enfants; et les oiseaux du ciel , c’est-à-dire ceux qui passent

en chantant, portés sur les ailes de l’inspiration

sacrée, ceux-là se reposeront sur mes branches toujours vertes et chargées de fruits. Repose-toi donc, Aaswérus, dans l’espérance de ce bel avenir; car c’est ici le terme de ton douloureux voyage.

Alors le Juif errant, secouant la poussière de ses pieds endoloris, dira au sphinx : Je te connais depuis longtemps! — Ézéchiel te voyait autrefois attelé à ce chariot mystérieux qui représente Tunivers et dont les roues étoilées tournent les unes dans les autres; j’ai accompli une seconde fois les destinées errantes de l’orphelin du-Cythéron; comme lui, j’ai tué mon père sans le connaître; lorsque le déicide s’est accompli, et lorsque j’ai appelé sur moi la vengeance de son sang, je me suis condamné moi-même à l’aveuglement et à l’exil. Je te fuyais et je te cherchais toujours, car tu étais la première cause de mes douleurs. Mais tu voyageais péniblement comme moi, et par des chemins différents, nous devions arriver ensemble; béni sois-tu, ô génie des anciens âges! de m’avoir ramené au pied de la croix !

Puis, s’adressant à la croix elle même, Aaswérus dira en essuyant sa dernière larme : Depuis dixhuit siècles, je te connais, car je t’ai vue portée par le Christ qui succombait sous ce fardeau. J’ai branlé la tête et je t’ai blasphémée alors, parce que je n’avais pas encore été initié à la malédiction; il fallait à ma religion l’anathème du monde pour lui faire ■ comprendre la divinité du maudit; c’est

00 DÜGMIi Eï RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.

pourquoi j’ai soufïcrt avec courage mes (,lix.-huii siècles d’expiation, vivant et souffrant toujours au milieu des générations qui mouraient autour de moi, assistant à l’agonie des empires, et traversant toutes les ruines en regardant toujours avec anxiété si tu n’étais pas renversée; et après toutes les convulsions du monde, je te voyais toujours debout ! Mais je ne m’approchais pas de toi, parce que les grands du monde t’avaient profanée encore, et avaient fait de toi le gibet de la Liberté sainte! Je ne m’approchais pas de toi, parce que l’inquisition avait livré mes frères au bûcher en présence de ton image; je ne m’approchais pas de toi, parce que tu ne parlais pas, tandis que les faux ministres du ciel parlaient, en ton nom, de damnation et de vengeances; et moi, je ne pouvais entendre que des paroles de miséricorde et d’union ! Aussi, dès que ta voix est parvenue à mon oreille, j’ai senti mon cœur changé et ma conscience s’est calmée ! Bénie soit l’heiire salutaire qui m’a ramené au pied de la croix !

Alors une porte s’ouvrira dans le ciel et la montagne du Golgotha en sera le seuil, et devant cette porte, l’humanité verra avec étonnement la croix rayonnante gardée p^r le Juif errant qui aura

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. Cl

déposé à ses pieds son bâton de voyage, et par le sphinx qui étendra ses ailes et aura les yeux brillants d’espérance comme s’il allait prendre un nouvel essor et se transfigurer!

Et le sphinx répondra à la question de la croix en disant : Dieu est celui qui triomphe du mal par l’épreuve de ses entants, celui qui permet la douleur, parce qu’il en possède en lui le remède éternel; Dieu est celui qui est, -et devant qui le mal n’est pas.

Et la croix répondra à l’énigme du sphinx : L’homme est le fils de Dieu qui s’immortalise en mourant, et qui s’atfranchit, par un amour intelligent et victorieux, du temps et delà mort; l’homme est celui qui doit aimer pour vivre, et qui ne peut aimer sans être libre; l’homme est le fils de Dieu et de la Liberté !

Résumons ici notre pensée. L’homme, sorti des mains de Dieu, est esclave de ses besoins et de son ignorance; il doit s’affranchir par l’étude et le travail. La toute-puissance relative de la volonté, confirmée par le Verbe, rend seule les hommes vraiment libres, et c’est à la science des anciens mages qu’il faut demander les secrets de l’émancipation et des forces vives de la volonté.

Nous rapportons aux pieds de l’enfant de Bethléem l’or, l’encens et la myrrhe des anciens mages, maintenant que les rois de la terre semblent le renvoyer dans la crèche. Que les pontifes soient pauvres, mais qu’ils prennent d’une main le sceptre de la science, le sceptre royal de Salomon, et de l’autre la houlette de la charité, la houlette du bon Pasteur; et ils commenceront seulement alors à être vraiment rois dans ce monde et dans l’autre !

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A travers le voile de toutes les allégories hiératiques et mystiques des anciens dogmes, à travers les ténèbres et les épreuves bizarres de toutes les initiations, sous le sceau de toutes les écritures sacrées, dans les ruines deNinive ou deThebes, sur les pierres rongées des anciens temples et sur la face noircie des sphinx de l’Assyrie ou de l’Égypte, dans les peintures monstrueuses ou merveilleuses qui traduisent pour les croyants de l’Inde les pages sacrées des Védas, dans les emblèmes étranges de nos vieux livres d’-alchimie, dans les cérémonies de réception pratiquées par toutes les sociétés mystérieuses, on retrouve les traces d’une doctrine partout la môme et partout soigneusement cachée. La philosophie occulte semble avoir été la nourrice ou la marraine de toutes les religions, le levier secret de toutes les forces intellectuelles, la clef de

toutes les obscurités divines, et la reine absolue de la société, dans les âges où elle était exclusivement réservée à l’éducation des prêtres et des rois.

Elle avait régné en Perse avec les mages, qui périrent un jour, comme périssent les maîtres du monde , pour avoir abusé de leur puissance ; elle avait doté l’Inde des plus merveilleuses traditions et d’un luxe incroyable de poésie, de grâce et de terreur dans ses emblèmes ; elle avait civilisé la Grèce aux sons de la lyre d’Orphée; elle cachait les principes de toutes les sciences et de tous les progrès de l’esprit humain dans les calculs audacieux de Pythagore ; la fable était pleine de ses miracles, et l’histoire , lorsqu’elle entreprenait de juger cette puissance inconnue, se confondait avec la fable ; elle ébranlait ou affermissait les empires par ses oracles, faisait pâlir les tyrans sur leur trône et dominait tous les esprits parr la curiosité ou par la crainte. A cette science, disait la foule, rien n’est impossible : elle commande aux éléments, sait le langage des astres et dirige la marche des étoiles ; la lune, à sa voix, tombe toute sanglante du ciel;

les morts se dressent dans leur tombe et articulent en paroles fatales le vent de la nuit qui siffle dans

leur crâne. Maîtresse de l’amour ou de la haine, la science peut donner à son gré aux cœurs humains le paradis ou l’enfer ; elle dispose à loisir de toutes les formes et distribue comme il lui plaît soit la beauté, soit la laideur; elle change tour à tour, avec la baguette de Circé, les hommes en brutes et les animaux en hommes; elle dispose même de la vie ou de la mort, et peut conférer à ses adeptes la richesse par la transmutation des métaux, et l’immortalité par sa quintescence et son élixir composé d’or et de lumière ! Voilà ce qu’avait été la magie depuis Zoroastre jusqu’à Manès, depuis Orphée jusqu’à Apollonius de ïhyane , lorsque le christianisme positif, triomphant enfin des beaux rêves et des gigantesques aspirations de l’école d’Alexandrie, osa foudroyer publiquement cette philosophie de ses anathèmes, et la réduisit ainsi à être plus occulte et plus mystérieuse que jamais.

D’ailleurs, il courait sur le compte des initiés ou des adeptes des bruits étranges et alarmants ; ces hommes étaient partout environnés d’une influence fatale : ils tuaient ou rendaient fous ceux qui se laissaient entraîner par leur doucereuse éloquence ou par le prestige de leur savoir. Les femmes qu’ils

DOGME DE LA HAUTE MA(iIE.

aimaient devenaient desSti*yges, leurs entants disparaissaient dans leurs conventicules nocturnes, et Ton parlait tout bas en frissonnant de sanglantes orgies et d’abominables festins. On avait trouvé des ossements dans les soutei’rains des anciens temples, on avait entendu des hurlements pendant la nuit; les moissons dépérissaient et les troupeaux devenaient languissants quand le magicien avait passé. Des maladies qui défiaient l’art de la médecine faisaient parfois leur apparition dans le monde, et c’était toujours, disait-on, sous les regards venimeux des adeptes. Enfin, un cri universel de réprobation s’éleva contre la magie, dont le nom seul devint un crime, et la haine du vulgaire se formula par cet arrêt: « Les magiciens au feu ! » comme on avait dit quelques siècles plus tôt : «Les chrétiens aux lions ! »

Or, la multitude ne conspire jamais que contre les puissances réelles; elle n’a pas la science de ce qui est vrai , mais elle a l’instinct de ce qui est fort.

Il était réservé au xvim siècle de rire à la fois des chrétiens et de la magie, tout en s’engouant des homélies de jJean^Jacques et des prestiges de Cagliostro.

Cependant, au fond de la magie il y a la science, comme au fond du christianisme il y a l’amour; et, dans les symboles évangéliques, nous voyons le Verbe incarné adoré dans son enfance par trois mages que conduit une étoile (le ternaire et le signe du microcosme), et recevant d’eux l’or, l’encens et la myrrhe : autre ternaire mystérieux sous l’emblème duquel sont contenus allégoriquement les plus hauts secrets de la cabale.

Le christianisme ne devait donc pas sa haine à la magie ; mais l’ignorance humaine a toujours peur de l’inconnu. La science fut obligée de se cacher pour se, dérober aux agressions passionnées d’un amour aveugle ; elle s’enveloppa dans de nouveaux hiéroglyphes, dissimula ses efforts, déguisa ses espérances. Alors fut créé le jargon de l’alchimie, continuelle déception pour le vulgaire altéré d’or et langue vivante seulement pour les vrais disciples d’Hermès.

Chose singulière ! il existe parmi les livres sacrés des chrétiens deux ouvrages que l’Église infaillible n’a pas la prétention de comprendre et n’essaye jamais d’expliquer : la prophétie d’Ézé- chiel idiV Apocalypse ; deux clavicules cabalistiques réservées sans doute dans le ciel aux commen-

taires des rois mages ; livres fermés de sept sceaux pour les croyants fidèles, et parfaitement clairs pour l’infidèle initié aux sciences occultes.

Un autre livre existe encore ; mais celui-là, bien qu’il soit en quelque sorte populaire et qu’on puisse le trouver partout, est le plus occulte et le plus inconnu de tous, parce qu’il contient la clef de tous les autres; il est dans la publicité sans être connu du public; on ne s’avise pas de le trouver où il est, et l’on perdrait mille fois son temps à le chercher où il n’est pas si l’on en soupçonnait l’existence. Ce livre, plus ancien peut-être que celui d’Hénoc, n’a jamais été traduit, et il est écrit encore tout entier en caractères primitifs et sur des pages détachées comme les tablettes des anciens. Un savant distingué en a révélé, sans qu’on l’ait remarqué, non pas précisément le secret, mais l’antiquité et la conservation singulière ; un autre savant, mais d’un esprit plus fantastique que judicieux, a passé trente ans à étudier ce livre, et en a seulement soupçonné toute l’importance. C’est, en effet, un ouvrage monumental et singulier, simple et fort comme l’architecture des pyramides, durable par consé- quent comme elles; livre qui résume toutes les sciences, et dont les combinaisons infinies peuvent

résoudre tous les problèmes ; livre qui parle en faisant penser ; inspirateur et régulateur de toutes les conceptions possibles; le chef-d’œuvre peut- être de l’esprit humain, et à coup sûr Tune des plus belles choses que nous ait laissées l’antiquité; clavicule universelle, dont le nom n’a été compris et expliqué que par le savant illuminé Guillaume Postel; texte unique, dont les premiers caractères seulement ont ravi en extase l’esprit religieux de saint Martin, et eussent rendu la raison au sublime et infortuné Swedenborg. Ce livre, nous en parlerons plus tard, et son explication mathématique et rigoureuse sera le complément et la couronne de notre consciencieux travail.

L’alliance originelle du christianisme et de la science des mages, si elle est une fois bien démontrée, ne sera pas une découverte d’une médiocre importance, et nous ne doutons pas que le ré- sultat d’une étude sérieuse de la magie et de la cabale n’amène les esprits sérieux à la conciliation, regardée jusqu’à présent comme impossible, de la science et du dogme, de la raison et de la foi.

Nous avons dit que l’Église, dont l’attribut spé- cial est le dépôt des clefs, ne prétend pas avoir

celles de V /J pocahjpse ow des visions d’Ézéchiel. Pour les chrétiens et dans leur opinion, les clavicules scienlifiques et magiques de Salomon sont perdues. Il est cependant certain que, dans lerlomaine de l’intelligence gouverné par le Verbe, rien de ce qui est écrit ne se perd. Seulement les choses dont les hommes cessent d’avoir l’intelligence n’existent plus pour eux, du moins comme verbe; elles rentrent alors dans le domaine des énigmes et du mystère.

D’ailleurs, l’antipathie et même la gueire ouverte de l’Église officielle contre tout ce qui rentre dans le domaine de la magie, qui est une sorte de sacerdoce personnel et émancipé, tient à des causes nécessaires et inhérentes môme à la constitution sociale et hiérarchique du sacerdoce chrétien. L’Église ignore la magie, parce qu’elle doit l’ignorer ou périr, comme nous le prouverons plus tard; elle n’en reconnaît pas moins que son mystérieux fondateur a été salué dans son berceau par les trois mages, c’est-à-dire par les ambassadeurs hiératiques des trois parties du monde connu, et des trois mondes analogiques de la philosophie occulte.

Dans l’école d’Alexandrie, la magie et le christianisme se donnent presque la main sous les aus-

pices crAmmoiiius Saccas et de Platon. Le dogme d’Hermès se trouve presque tout entier dans les écrits attribués à Denis l’Aréopagite. Synésius trace le plan d’un traité des songes, qui devait plus tard être commenté par Cardan, et composé d’hymnes qui pourraient servir à la liturgie de l’église de Swedenborg, si une église d’illuminés pouvait avoir une liturgie. C’est aussi à. cette époque d’abstractions ardentes et de logomachies passionnées qu’il faut rattacher le règne philosophique de Julien, nommé l’Apostat, parce que, dans sa jeunesse, il avait fait , à contre-cœur, profession du christianisme. Tout le monde sait que Julien eut le tort d’être un héros de Plutarque hors de saison, et fut, si l’on peut parler ainsi, le Don Quichotte de la chevalerie romaine ; mais ce que tout le monde ne sait pas, c’est que Julien était un illuminé et un initié de premier ordre; c’est qu’il croyait à l’unité de Dieu et au dogme universel de la Trinité; c’est en un mot, qu’il ne regrettait du vieux monde que ses magnifiques symboles et ses trop gracieuses images. Julien n’était pas un païen, c’était un gnostique entiché des allégories du polythéisme grec et qui avait le malheur de trouver le nom de Jésus -Christ moins sonore que celui d’Or-

DOGIVIIÎ Dli LA IIAUTH MAGIi:.

phée. L’empereur en lui paya pour les goûts de collège du philosophe et du rhéteur; et après qu’il se fut donné à lui-mônie le spectacle et le ])laisir d’expirer comme Épaminondas avec des phrases de Caton , il eut dans l’opinion publique , déjà toute chrétienne, des anathèmes pour oraison funèbre et une épithète flétrissante pour dernière célébrité.

Enjambons les petites choses et les petits hommes du Bas-Empire et arrivons au moyen âge. . . Tenez, prenez ce livre : lisez à la septième page, puis asseyez-vous sur le manteau que je vais étendre et dont nous ramènerons un pan sur nos yeux... La tête vous tourne, n’est-ce pas, et il vous semble que la terre fuit sous vos pieds ? Tenez-vous ferme et ne regardez pas... Le vertige cesse; nous y sommes. Levez-vous et ouvrez les yeux, mais gardez-vous bien de faire aucun signe ni de prononcer aucune parole de christianisme. Nous sommes dans un paysage de Salvator Rosa. C’est un désert tourmenté qui semble se reposer aprèsla tempête. Laluue ne paraît plus au ciel; mais ne voyez -tous pas danser des petites étoiles dans la bruyère ? N’entendez-vous pas voler autour de vous des oiseaux gigantesques qui semblenten passantmurmurer des paroles étranges?

Approchons en silence de ce carrefour dans les rochers. Une rauque et funèbre trompette se fait entendre; des torches noires s’allument de tous côtés. Une assemblée tumultueuse se presse autour d’un siège vide; on regarde et l’on attend. Tout à coup chacun se prosterne, et l’on murmure : Le voilà ! le voilà ! c’est lui ! Un prince à tête de bouc arrive en bondissant ; il monte sur le trône ; il se tourne et présente à l’assemblée en se baissant une figure humaine à qui tout le monde vient, cierge noir en main, donner une salutation et un baiser, puis il se redresse avec un rire strident et distribue à ses affidés de Tor, des instructions secrètes, des médecines occultes et des poisons. Pendant ce temps des feux s’allument, le bois d’aulne et la fougère y brûlent pêle-mêle avec des ossements humains et de la graisse de suppliciés. Des druidesses couronnées d’ache et de verveine sacrifient avec des faucilles d’or des enfants soustraits au baptême et préparent d’horribles agapes. Les tables sont dressées : les hommes masqués se placent auprès des femmes à demi nues, et l’on commence le festin des bacchanales ; rien n’y manque, excepté le sel, qui est le symbole de la sagesse et de l’immortalité. Le vin coule à flots, et laisse des taches

semblables à celles du sang; les propos obscènes et les folles caresses commencent; voilà toute l’assemblée qui est ivre de vin, de crimes, de luxure et de chansons; on se lève en désordre, et l’on court former des rondes infernales... Arrivent alors tous les monstres de la légende, tous les fantômes du cauchemar; d’énormes crapauds embouchent la flûte à contre-sens, et soufflent en se pressant les flancs avec leurs pattes; des scarabées boiteux se mêlent à la danse, des écrevisses jouent des castagnettes, des crocodiles font guimbardes de leurs écailles, des éléphants et des mammouths arrivent vêtus en Cupidon et lèvent la jambe en dansant. Puis les rondes éperdues se brisent et se dispersent... Chaque danseur entraîne en hurlant une danseuse échevelée. . Les lampes et les chandelles de suif humain s’éteignent en fumant dans l’ombre... On entend çà et là des cris, des éclats de rire, des blasphèmes et des râles... Allons, réveillez-vous et ne faites pas le signe de la croix : je vous ai remis chez vous et vous êtes dans votre lit. Vous êtes un peu fatigué, un peu brisé même, de votre voyage et de votre nuit; mais vous avez vu une chose dont tout le monde parle sans la connaître; vous êtes initié à des secrets terribles

comme ceux de l’antre de Trophonius : vous avez assisté au sabbat ! Il vous reste maintenant à ne pas. devenir fou, et à vous maintenir dans une crainte salutaire de la justice, et à une distance respectueuse de l’Église et de ses bdchers !

Voulez-vous voir encore quelque chose de moins fantastique, de plus réel, et véritablement même de plus terrible ? Je vous ferai assister au supplice de Jacques de Molay et de ses complices ou de ses

frères dans le martyre. . . Mais, ne vous y trompez pas, et ne confondez pas le coupable avec l’innocent. Les templiers ont-ils réellement adoré Baphomet? ont-ils donné une accolade humiliante à la face postérieure du bouc de Mendès? Quelle était donc cette association secrète et puissante qui a mis en péril l’Église et l’État, et qu’on tue ainsi sans l’entendre? Ne jugez rien à la légère; ils sont coupables d’un grand crime : ils ont laissé entrevoir à des profanes le sanctuaire de l’antique initiation ; ils ont cueilli encore une fois et partagé entre eux, pour devenir ainsi les maîtres du monde, les fruits de la science du bien et du mal. L’arrêt qui les condamne remonte plus haut que le tribunal même du pape ou du roi Philippe le Bel. «Du jour où tu mangeras de ce fruit, tu seras frappé de

76 DOGME DE LA IlAdTE MAGIE.

mort », avait dit Dieu lui-môme, comme nous le voyons dans le livre de la Genèse.

Que se passe-t-il donc dans le monde, et pourquoi les prêtres et les rois ont-ils frémi ? Quel pouvoir secret menace les tiares et les couroinies? Voilà quelques fous qui courent de pays en pays, et qui cachent, disent-ils, la pierre philosophale sous les haillons de leur misère. Ils peuvent changer la terre en or, et ils manquent d’asile et de pain ! Leur front est ceint d’une auréole de gloire et d’un reflet d’ignominie ! L’un a trouvé la science universelle, et ne sait comment mourir pour échapper aux tortures de son triomphe : c’est le Majorcain Raymond Lulle. L’autre guérit par des remèdes fantastiques les maladies imaginaires, et donne d’avance un démenti formel au proverbe qui constate l’inefficacité d’un cautère sur une jambe de bois : c’est le merveilleux Paracelse, toujours ivre et toujours lucide comme les héros de Rabelais. Ici, c’est Guillaume Postel, qui écrit naïvement aux pères du concile de Trente parce qu’il a trouvé la doctrine absolue, cachée depuis le commencement du monde, et qu’il lui tarde de la leur faire partager. Le concile ne s’inquiète pas même du fou, ne daigne pas le condamner, et passe à l’examen

des graves q uestioiis delà grâce efficace et delà grâce suffisante. Celui que nous voyons mourir pauvre et abandonné, c’est Cornélius Agrippa, le moins magicien de tous, et celui que le vulgaire s’obstine à prendre pour le plus sorcier, parce qu’il était quelquefois satirique et mystificateur. Quel secret tous ces hommesemportent-ils donc dans leur tombe? Pourquoi les admire-t-on sans les connaître? Pourquoi les condarnne-t-on sans les entendre ? Vous demandez pourquoi? Et pourquoi sont-ils initiés tà ces terribles sciences occultes dont l’Église et la société ont peur ? Pourquoi savent-ils ce que les autres hommes ignorent? Pourquoi dissimulent-ils ce que chacun brûle de savoir? Pourquoi sont-ils investis d’un pouvoir terrible et inconnu? Les sciences occultes I la magie î voilà des mots qui vous disent tout et qui peuvent encore vous faire penser davantage ! De Omni re scibili et quibusdœin aliis.

Qu’était-ce donc que la magie? Quelle était donc la puissance de ces hommes si persécutés et si fiers? Pourquoi, s’ils étaient si forts, n’ont-ils pas été vainqueurs de leurs ennemis? Pourquoi, s’ils étaient insensés et faibles, leur faisait-on l’honneur de tant les craindre ? Existe-t-il une magie, existet-il une science occulte qui soit véritablement une

puissance et qui opère des prodiges capables de faire concurrence aux miracles des religions autorisées?

A ces deux questions principales nous répondrons par un mot et par un livre. Le livre sera la justification du mot, et ce mot le voici : owi, il a existé et il existe encore une magie puissante et réelle ; oui, tout ce que les légendes en ont dit était vrai ; ici seulement, et contrairement à ce qui arrive d’ordinaire , les exagérations populaires n’étaient pas seulement à côté , mais au-dessous de la vérité.

Oui, il existe un secret formidable, dont la révé- lation a déjà renversé un monde, comme l’attestent les traditions religieuses de l’Égypte, résumées symboliquement par . Moïse , au commencement de la Genèse. Ce secret constitue la science fatale du bien et du mal, et son résultat, lorsqu’on le divulgue, c’est la mort. Moïse le représente sous la figure d’un arbre qui est au centre du Paradis terrestre, et qui est voisin, qui tient môme par ses racines à l’arbre de vie ; les quatre fleuves mysté- rieux prennent leur source au pied de cet arbre, qui est gardé par le glaive de feu et par les quatre formes du sphinx biblique, le Chérubin d’Ezé-

chiel... Ici je dois m’arrêter, et je crains déjà d’en avoir trop dit.

Oui , il existe un dogme unique, universel, impérissable , fort comme ‘ la raison suprême, simple comme tout ce qui est grand, intelligible comme tout ce qui est universellement et absolument vrai , et ce dogme a été le père de tous les autres.

Oui, il existe une science qui confère à Fbomme des prérogatives en apparence surhumaines; les voici telles que je les trouve énumérées dans un manuscrit hébreu du xvi® siècle:

<« Voici maintenant quels sont les privilèges et les pouvoirs de celui qui tient en sa main droite les clavicules de Schlomoh, et dans la gauche la branche d’amandier fleuri :

N Aleph. — Il voit Dieu face à face, sans mourir, et converse familièrement avec les sept génies qui commandent à toute la milice céleste.

3 Belh. — 11 est au-dessus de toutes les afflictions et de toutes les craintes.

i Ghimel. — H règne avec tout le ciel et se fait servir par tout l’enfer.

1 Daleth. — 11 dispose de sa santé et de sa vie et peut également disposer de celle des autres.

n He. — 11 ne peut être ni surpris par l’infortune,

ni accablé par les désastres, ni vaincu par ses

ennemis.

1 Vau. — 11 sait la raison du passé, du présent et de l’avenir.

T Dzain. ~ 11 a le secret de la résurrection des morts et la clef de l’immortalité.

Ce sont là les sept grands privilèges. Voici ceux qui viennent après :

n Chetli. — Trouver la pierre philosophale.

13 Telh. — Avoir la médecine universelle.

» Jod. — Connaître les lois du mouvement per-

pétuel, et pouvoir démontrer la quadrature du cercle.

D Caph. — Changer en or non-seulement tous les métaux, mais aussi la terre elle-même, et les immondices mômes de la terre.

S Lamed. — Dompter les animaux les plus féroces, et savoir dire les mots qui engourdissent et charment les serpents. '

D Mem. — Posséder l’art notoire qui donne la science universelle.-

J Nun. — Parler savamment sur toutes choses, sans préparation et sans étude.

Voici enfin les sept moindres pouvoirs du mage :

D Samedi . — Connaître à la première vue le fond de ràme des hommes et les mystères du cœur des femmes.

y Gnain. — Forcer, quand il lui plaît, la nature à se livrer.

3 Phe. — Prévoir tous ceux des événements futurs qui ne dépendent pas d’un libre arbitre supérieur, ou d’une cause insaisissable.

T£ Tsade. — Donner sur-le-champ et à tous les consolations les plus efficaces et les conseils les plus salutaires.

P Coph. — Triompher des adversités.

1 Resc/i. — Dompter l’amour et la haine.

V Schin. — Avoir le secret des richesses, en être le maître toujours, et jamais l’esclave. Savoir jouir même de la pauvreté, et ne tomber jamais ni dans l’abjection ni dans la misère.

n Thau. — Ajouteronsnous à ces trois septénaires que le sage gouverne les éléments, qu’il apaise les tempêtes, qu’il guérit les malades en les touchant, et qu’il ressuscite les morts 1

Mais il est des choses que Salomon a scellées de son triple sceau. Les initiés savent, il suffit. Quant

V

aux autres, qu’ils rient, qu’ils croient, qu’ils dou-

tent, qu’ils menacent ou qu’ils aient peur, qu’importe à la science et que nous importe? »

Tels sont, en effet, les résultats de la philosophie occulte, et nous sommes en mesure de ne pas craindre une accusation de folie ou un soupçon de charlatanisme en affirmant que tous ces privilèges sont réels.

C’est ce que notre travail entier sur la philosophie occulte aura pour but de démontrer.

La pierre philosophale, la médecine universelle, la transmutation des métaux , la quadrature du cercle et le secret du mouvement perpétuel ne sont donc ni des mystifications de la science ni des rêves de la folie ; ce sont des termes qu’il faut comprendre dans leur véritable sens, et qui expriment tous les différents usages d’un môme secret, les différents caractères d’une même opération, qu’on définit d’une manière plus générale en l’appelant seulement le grand œuvre.

Il existe aussi dans la nature une force bien autrement puissante que la vapeur, et au moyen de laquelle un seul homme, qui pourrait s’en emparer et saurait la diriger, bouleverserait et changerait la face du monde. Cette force était connue des anciens : elle consiste dans un agent universel dont

Sh DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

la loi siiprôriie est réquililire et dont la direction tient immédiatement au grand arcane de la magie transcendante. Par la direction de cet agent, on peut changer l’ordre môme des saisons, produire dans la nuit les phénomènes du jour, correspondre en un instant d’une extrémité à l’autre de la terre, xoir, comme Apollonius, ce qui se passe à l’autre bout du monde, guérir ou frapper à distance, donner à la parole un succès et un retentissement universels. Cet agent, qui se révèle à peine sous les tâtonnements des disciples de Mesmer, est précisément ce que les adeptes du moyen âge appelaient la matière première du grand œuvre. Les gnostiques en faisaient le corps igné du Saint- Esprit, et c’était lui qu’on adorait dans les rites secrets du sabbat ou du temple, sous la figure hié- roglyphique de Baphomet ou du bouc Androgyne de Mendès. Tout cela sera démontré.

Tels sont les secrets de la philosophie occulte , telle nous apparaît la magie dans fhistoire ; voyonsla maintenant dans les livres et dans les œuvres, dans les initiations et dans les rites.

La clef de toutes les allégories magiques se trouve dans les feuillets que nous avons signalés, et que nous croyons l’ouvrage d’Hermès. Autour de

ce livre, qii’Ôn peut appeler la clef de voûte de tout l’édifice des sciences occultes, viennent se ranger d’innombrables légendes qui en sont ou la traduction partielle ou le commentaire sans cesse renouvelé sous mille formes différentes. Parfois ces fables ingénieuses se groupent harmonieusement et forment une grande épopée qui caractérise une époque, sans que la foule puisse expliquer comment ni pourquoi. C’est ainsi que l’histoire fabuleuse de la Toison-d’Or résumé, en les voilant, les dogmes hermétiques et magiques d’Orphée, et si nous remontons seulement aux poésies mystérieuses de la Grèce, c’est que les sanctuaires de l’Égypte et de l’Inde nous épouvantent en quelque sorte de leur luxe, et nous laissent embarrassés pour le choix au milieu de tant de richesses ; puis il nous tarde d’arriver à la Thébaïde, cette effrayante synthèse de tout le dogme présent, passé et futur, cette fable pour ainsi dire infinie, qui touche, comme le dieu d’Orphée, aux deux extrémités du cycle de la vie humaine. Chose étrange ! les sept portes de Thèbes, défendues et attaquées par sept chefs qui ont juré sur le sang des victimes, ont le même sens que les sept sceaux du livre sacré expliqué par sept génies, et attaqué par un monstre

à sept têtes après avoir été ouvert par un agneau vivant et iinmolé dans le livre allégoricpie de saint Jean ! L’origine mystérieuse d’OEdipe, qu’on trouve suspendu comme un fruit sanglant sur un arbre du Cythéron , rappelle les symboles de Moï§e et les récits de la Genèse. Il lutte contre son père et le tue sans le connaître : épouvantable prophétie de l’émancipation aveugle de la raison sans la science ; puis il arrive en face du sphinx ! le sphinx, le sym - bole des symboles, l’énigme éternelle du vulgaire, le piédestal de granit de la science des Sages, le monstre dévorant et silencieux qui exprime par sa forme invariable le dogme unique du grand mystère universel. Comment le quaternaire se changet-il en binaire et s’explique-t-il par le ternaire? En d’autres termes plus emblématiques et plus vulgaires, quel est l’animal qui le matin a quatre pieds, deux à midi et trois le soir? Philosophiquement parlant, comment le dogme des forces élé- mentaires produit-il le dualisme de Zoroastre, et se résume-t-il par la triade de Pythagore et de Platon? Quelle est la raison dernière des allégories et des nombres, le dernier mot de tous les symbolismes? Œdipe répond une parole simple et terrible qui tue le sphinx et va rendre le divina-

teiir l'oi de Tbèbes : le mot de l’énigme , c’est rbomme!’.. Malbeureux, il a vu trop et pas assez clair, et bientôt il expiera sa funeste et incomplète clairvoyance par un aveuglement volontaire, puis il disparaîtra au milieu d’un orage comme toutes les civilisations qui un jour auront deviné, sans en comprendre toute la portée et tout le mystère, le mot de l’énigme du spbinx. Tout est symbolique et transcendental dans cette gigantesque épopée des destinées humaines. Les deux frères ennemis

expriment la seconde partie du grand mystère complété divinement par le sacrifice d’Antigone; puis la guerre, la dernière guerre, les frères ennemis tués l’un par l’autre , Capanée tué par la foudre qu’il défiait, Amphiaraüs dévoré par la terre , sont autant d’allégories qui remplissent d’étonnement par leur vérité et leur grandeur ceux qui en pénètrent le triple sens hiératique. Eschyle, commenté par Ballanche, n’en donne qu’une bien faible idée, quelles que soient d’ailleurs les majes - tés primitives de la poésie d’Eschyle et la beauté du livre de Ballanche.

Le livre secret de l’antique initiation n’était pas ignoré d’Homère, qui en trace le plan et les principales figures sur le bouclier d’Achille, avec

DOGME D1-: LA HAUTE MAG[E.

une précision minutieuse. Mais les gracieuses fictions criTomère semblent bientôt faire oublier les simples et abstraites vérités de la révélation primitive. L’homme se prend à la forme et laisse l’idée en oubli ; les signes, en se multipliant, perdent leur puissance; la magie aussi, à cette époque, se corrompt et va descendre avec les sorcières de Thessalie aux plus profanes enchantements. Le crime d’OEdipe a porté ses fruits de mort, et la science du bien et du mal érige le mal en divinité sacrilège. Les hommes, fatigués de la lumière, se réfugient dans l’ombre de la substance corporelle : le rêve du vide que Dieu remplit leur semble bientôt plus grand que Dieu même, et l’enfer est créé.

Lorsque, dans le cours de cet ouvrage, nous nous servirons des mots consacrés : Dieu, le Ciel, l’Enfer, qu’on sache bien, une fois pour toutes, que nous nous éloignons autant du sens attaché à ces mots par les profanes que l’initiation est séparée de la pensée vulgaire. Dieu, pour nous, c’est l’Azot des sages, le principe efficient et final du grand œuvre. Nous expliquerons plus tard ce que ces termes ont d’obscur.

Revenons à la 'fable d’OEdipe. Le crime du roi de Thèbes n’est pas d’avoir compris le sphinx, c’est

d’avoir détruit le fléau de Thèbes sans être assez

pur pour compléter l’expiatiou au nom de son peuple; aussi bientôt la peste venge la mort du spbinx, et le roi de Tbèbes, forcé d’abdiquer, se sacrifie aux mânes terribles du monstre, qui est plus vivant et plus dévorant cpie jamais, maintenant qu’il est passé du domaine de la forme dans celui de l’idée. Œdipe a vu ce que c’est que l’bomme, et il se crève les yeux pour ne pas voir ce que c’est que Dieu. Il a divulgué la moitié du grand arcane magique, et, pour sauver son peuple, il faut qu’il emporte avec lui dans l’exil et dans la tombe l’autre moitié du terrible secret.

Après la fable colossale d’OEdipe, nous trouvons le gracieux poème de Psycbé, dont Apulée n’est certainement pas l’inventeur. Le grand arcane magique reparaît ici sous lafigure de l’union mystérieuse entre un dieu et une faible mortelle abandonnée seule et nue sur un rocber. Psycbé doit ignorer le secret de sa royauté idéale , et si elle regarde son époux, elle le perd. Apulée ici commente et interprète les allégories de Moïse ; mais lesEloïm d’Israël et les dieux d’Apulée ne sont-ils pas sortis également des sanctuaires de Mempbis et de Thèbes? Psyché est la sœur d’Ève, ou plutôt

DOGMli Dli LA HAUTE MAGIE.

c’est Ève spiritualisée. Toutes deux veulent savoir, et perdent rinnoceiice pour gagner l’honneur de l’épreuve. Toutes deux méritent de descendre dans les enfers, l’une pour en rapporter la boîte antique de Pandore , l’antre* pour y chercher et y écraser la tôte de l’ancien serpent, qui est le symbole du temps et du mal. Toutes deux commettent le crime que doivent expier le Prornéthée des temps anciens et le Lucifer de la légende chrétienne, l’un délivré, l’autre soumis par Hercule et par le Sauveur.

Le grand secret magique, ^c’est donc la lampe et le poignard de Psyché, c’est la pomme d’Ève, c’est le feu sacré dérobé par Prornéthée, c’est le sceptre brûlant de Lucifer, mais c’est aussi la croix sainte du Rédempteur. Le savoir assez pour en abuser ou le divulguer, c’est mériter tous les supplices; le savoir comme on doit le savoir, pour s’en servir et le cacher, c’est être maître de l’absolu.

Tout est renfermé dans un mot, et dans un mot de quatre lettres : c’est le Tétragramme des Hé- breux, c’est l’Azot des alchimistes, c’est le Thot des Bohémiens, ou le Taro des Cabalistes. Ce mot, exprimé de tant de manières, veut dire Dieu pour les profanes, signifie l’homme pour, les philosophes, et donne aux adeptes le dernier mot des

sciences humaines et la clef du pouvoir divin; mais celui-là seul sait s’en servir qui comprend la nécessité de ne jamais le révéler. Si OEdipe, au lieu de faire mourir le sphinx, l’avait dompté et attelé à son char pour rentrer dans Thèbes, il eût été roi sans inceste, sans calamités et sans exil. Si Psyché, à force de soumissions et de caresses, eût engagé l’Amour à se révéler lui-même , elle ne l’eût jamais perdu. L’Amour est une des images mythologiques du grand secret et du grand agent, parce qu’il exprime à la fois une action et une passion, un vide et une plénitude, une flèche' et une blessure. Les initiés doivent me comprendre, et à cause des profanes, il ne faut pâs en dire trop.

Après le merveilleu.x âne d’or d’Apulée, nous ne trouvons plus d’épopées magiques. La science, vaincue dans Alexandrie par le fanatisme des meurtriers d’Hypatie, se fait chrétienne, ou plutôt se cache sous des voiles chrétiens avec Ammonius, Synésius et le pseudonyme auteur des livres de Denys l’Aréopagite. Il fallait, en ce temps-là, se faire pardonner les miracles par les apparences de la superstition, et la science par un langage inintelligible. On ressuscita l’écriture hiéroglyphique, et l’on inventa les pantacles et les caractères qui

92 DOGMI-: Dlî LA HAUTL MAGIE.

résumaient toute une doctrine dans un signe, toute une série de tendances et de révélations dans un mot. Quel était le but des aspirants à la science? Ils cherchaient le secret du grand œuvre, ou la pierre philosophale, ou le mouvement perpétuel, ou la quadrature du cercle, ou la nuklecine universelle, formules qui les sauvaient souvent de la persécution et de la haine en les faisant taxer de folie , et qui toutes exprimaient une des faces du grand secret magique, comme nous le démontrerons plus tard. Cette absence d’épopées dure jusqu’à notre roman de la Rose ; mais le symbole de la rose, qui exprime aussi le sens mystérieux et magique du poëme du Dante, est emprunté à la haute cabale, et il est temps que nous abordions cette source immense et cachée de la philosophie universelle.

La Bible, avec toutes les allégories qu’elle renferme, n’exprime que d’une manière incomplète et voilée la science religieuse des Hébreux. Le livre dont nous avons parlé, et dont nous expliquerons les caractères hiératiques, ce livre que Guillaume Postel nomme la Genèse d’Hénoch, existait certainement avant Moïse et les prophètes, dont le dogme, identique pour le fond avec celui des anciens

Égyptiens, avait aussi son exotérisme et ses voiles. Lorsque Moïse parlait au peuple, dit allégoriquenient le livre sacré, il mettait un voile sur son visage, et il ôtait ce voile pour parler à Dieu : telle est la cause de ces prétendues absurdités de la Bible, qui ont tant exercé la verve satirique de Voltaire. Les livres n’étaient écrits que pour rappeler la tradition, et on les écrivait en symboles inintelligibles pour les profanes. Le Pentateuque et les poésies des prophètes n’étaient d’ailleurs que des livres élémentaires, soit de dogme, soit de morale, soit de liturgie ; la vraie philosophie secrète et traditionnelle ne fut écrite que plus tard, sous des voiles moins transparents encore. Et c’est ainsi

que prit naissance une seconde Bible inconnue,

ou plutôt incomprise des chrétiens; un recueil, disent-ils , de monstrueuses absurdités (et ici les croyants, confondus dans une même ignorance, parlent comme les incrédules); un monument, disons-nous, qui rassemble tout ce que le génie philosophique et le génie religieux ont jamais pu faire ou imaginer de sublime; trésor environné d’épines, diamant caché dans une pierre brute et obscure : nos lecteurs auront déjà deviné que nous voulons parler du Talmud.

9/l DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

Étrange destinée que celle des Juifs! les boucs- éniissaires, les martyrs et les sauveurs du monde! famille vivace, race courageuse et dure, que les persécutions ont toujours conservée intacte, parce qu’elle n’a pas encore accompli sa mission ! Nos traditions apostoliques ne disentelles pas qu’après le déclin de la foi chez, les Gentils , le salut doit venir encore de la maison de Jacob, et qu’alors le Juif crucifié qu’ont adoré les chrétiens remettra l’empire du monde entre les mains de Dieu son père?

On est saisi d’admiration, lorsqu’on pénètre dans le sanctuaire de la cabale, à la vue d’un dogme si logique, si simplq et en même temps si absolu. L’union nécessaire des idées et des signes: la consécration des réalités les plus fondamentales par les caractères primitifs; la trinité des mots, des lettres et des nombres ; une philosophie simple comme l’alphabet, profonde et infinie comme le Verbe ; des théorèmes plus complets et plus lumineux que ceux de Pythagore ; une théologie qu’on résume en comptant par ses doigts; un infini qu’on peut faire tenir dans le creux de la main d’un enfant; dix chiffres et vingt-deux lettres, un triangle, un carré et un cercle : voilà tous les éléments de

la cabale. Ce sont les principes élémentaires du Verbe écrit, reflet de ce Verbe parlé qui a créé le monde !

Toutes les religions vraiment dogmatiques sont sorties de la cabale et y retournent; tout ce qu’il y a de scientifique et de grandiose dans les rêves religieux dé tous les illuminés, Jacob Bœhme, Swedenborg, Saint-Martin, etc., est emprunté à la cabale; toutes les associations maçonniques lui doivent leurs secrets et leurs syniboles. La cabale consacre seule l’alliance de la raison universelle et du Verbe divin ; elle établit , par les contre-poids de deux forces opposées en apparence, la balance éternelle de l’être; elle concilie seule la raison avec la foi, le pouvoir avec la liberté, la science avec le mystère: elle a les clefs du présent, du passé et de l’avenir!

Pour s’initier à la cabale, il ne suffit |ias de lire et de méditer les écrits de Reuchliu, de Galatinus, de Kircher ou de Pic de la Mirandole; il faut encore étudier et comprendre les écrivains hébreux de la collection de Pistorius , le Sepher Jezirah surtout, puis la philosophie d’amour de Léon l’Hébreu. H faut aussi aborder le grand livre de Sohar, lire attentivement, dans la collection de

1684 intitulée Cabbala denudata, le traité de la pneumatique cabalistique et celui de la révolution des âmes; puis entrer hardiment et courageusement dans les lumineuses ténèbres de tout le corps dogmatique et allégorique du Talmud. Alors on pourra comprendre Guillaume Postel, et s’avouer tout bas qu’à part ses rêves bien prématurés et trop généreux d’émancipation de la femme, ce célèbre et savant illuminé pouvait n’étre pas aussi fou que le prétendent ceux qui ne l’ont pas lu.

Nous venons d’esquisser rapidement l’bistoire de la philosophie occulte, nous en avons indiqué les sources et analysé en peu de mots les principaux livres. Ce travail ne se rapporte qu’à la science; mais la magie, ou plutôt la puissance magique, se compose de deux choses : une science et une force. Sans la force, la science n’est rien, ou plutôt elle est un danger. Ne donner la science qu’à la force, telle est la loi suprême des initiations. Aussi le grand révélateur a-t^il dit : Le royaume de Dieu souffre violence et ce sont les violents qui le ravissent. La porte de la vérité est fermée comme le sanctuaire d’une vierge ; il faut être un homme pour entrer. Tous les miracles sont promis à la foi; mais qu’est-ce que la foi, sinon l’audace d’une

volonté qui n’ hésite pas dans les ténèbres, et qui marche vers la lumière à travers toutes les épreuves et en surmontant tous les obstacles !

Nous n’avons pas à répéter ici Phistoire des anciennes initiations ; plus elles étaient dangereuses et terribles, plus elles avaient d’efficacité : aussi le monde, alors, avait-il des hommes pour le gouverner et pour l’instruire. L’art sacerdotal et Part royal consistaient surtout dans les épreuves du courage, de la discrétion et de la volonté. C’était un noviciat semblable à celui de ces prêtres si impopulaires de nos jours sous le nom de Jésuites, et qui gouverneraient encore le monde s’ils avaient une tète vraiment sage et intelligente.

Après avoir passé notre vie à la recherche de l’absolu en religion, en science et en justice ; après avoir tourné dans le cercle de Faust, nous sommes arrivés au premier dogme et au premier livre de l’humanité. Là nous nous arrêtons, là nous avons trouvé le secret de la toute-puissance humaine et du progrès indéfini, la clef de tous les symbolismes, le premier et le dernier de tous les dogmes. Et nous avons compris ce que veut dire ce mot si souvent répété dans l’Évangile : le royaume de Dieu.

Donner un point fixe pour appui à l’activité humaine, c’est résoudre le prohlème d’Archimède, en réalisant l’emploi de son fameux levier, (yestce que firent les grands initiateurs qui donnèrent des secousses au monde, et ils ne purent le faire qu’au moyen du grand et incommunicable secret. Pour garantie, d’ailleurs, de sa nouvelle jeunesse, le phénix symbolique ne reparaissait jamais aux yeux du monde sans avoir consumé solennellement les dépouilles et les preuves de sa vie antérieure. C’est ainsi que Moïse fait mourir dans le désert tous ceux qui avaient pu connaître l’Égypte et ses mystères; c’est ainsi que saint Paul, à Éphèse, brûle tous les livres qui traitaient des sciences occultes; c’est ainsi, enfin, que la Piévolution française, fille du grand Orient Johannite et de la cendre des Templiers, spolie les églises et blasphème les allégories du culte divin. Mais tous les dogmes et toutes les renaissances proscrivent la magie et en vouent les mystères au feu ou à l’oubli. C’est que tout culte ou toute philosophie qui vient au monde est un Benjamin de l’humanité qui ne peut vivre qu’en donnant la mort à sa mère ; c’est que le serpent symbolique tourne toujours en dévorant sa queue; c’est qu’il faut, pour raison d’être, à toute pléni-

tucle un vide, à toute grandeur un espace, à toute affirmation une négation ; c’est la réalisation éternelle de l’allégorie du phénix.

Deux savants illustres m’ont déjà précédé dans la voie où je marche, mais ils y ont passé pour ainsi dire la nuit et sans lunnère. Je veux parler de Volney et de Dupuis, de Dupuis surtout, dont l’immense érudition n’a pu produire qu’une œuvre négative. Il n’a vu dans l’origine de tous les cultes que l’astronomie, prenant ainsi le Cycle symbolique pour le dogme, et le calendrier pour la légende. Une seule connaissance lui a manqué, celle de la véritable magie, qui renferme les secrets de la cabale. Dupuis a passé dans les antiques sanctuaires comme le prophète Ezéchiel dans la plaine couverte d’ossements, et il n’a compris que la mort, faute de savoir le mot qui rassemble la vertu des quatre vents du ciel, et qui peut faire un peuple vivant de tout cet immense ossuaire, en criant aux anciens symboles: Levez-vous! revêtez une nouvelle forme et marchez!

Ce que personne donc n’a pu ou n’a osé faire avant nous, le temps est venu où nous aurons l’audace de l’essayer. Nous voulons comme Julien rebâ- tir le temple, et nous ne croyons pas donner en

100 DOGMii ülî IA HAUTE MAGIE.

cela un démenti à une sagesse que nous adorons, et que Julien lui-niérne eût été digne d’adorer, si les docteurs haineux et fanatiques de son temps lui eussent permis de la comprendre. Le temple pour nous a deux colonnes, sur rune desquelles le christianisme a écrit son nom. Nous ne voulons donc pas attaquer le christianisme; loin de là, nous voulons l’expliquer et l’accomplir. L’intelligence et la volonté ont alternativement exercé le pouvoir dans le monde ; la religion et la philosophie luttent encore de nos jours, et doivent finir par s’accorder. Le christianisme a eu pour but provisoire d’établir, par l’obéissance et la foi, une égalité surnaturelle ou religieuse entre les hommes, et d’immobiliser l’intelligence par la foi, afin de donner un point d’appui à la vertu qui venait détruire l’aristocratie de la science , ou plutôt remplacer cette aristocratie déjà détruite. La philosophie, au contraire, a travaillé pour faire revenir les hommes par la liberté et la raison] à l’inégalité naturelle, et pour substituer, en fondant le règne de l’industrie, le savoir-faire à la vertu. Aucune de ces deux actions n’a été complète et suffisante , aucune n’a/ conduit les hommes a la perfection et au bonheur. Ce qu’on rêve maintenant sans oser presque

l’espérer, c’est une alliance entre ces deux forces longtemps regardées comme contraires, et cette alliance on a raison de la désirer : car tes deux grandes puissances de l’àme humaine ne sont pas plus opposées l’une à l’autre que le sexe de l’homme n’est opposé à celui de la femme; sans doute elles sont différentes, mais leurs dispositions contraires en apparence ne viennent que de leur aptitude à se rencontrer et à s’unir.

— Il ne ' s’agit donc de rien moins que d’une solution universelle à tous les problèmes?

Sans doute, puisqu’il s’agit d’expliquer la pierre philosophale , le mouvement perpétuel, le secret du grand œuvre et la médecine universelle. On nous taxera de folie comme le divin Paracelse, ou de charlatanisme comme le grand et infortuné Agrippa. Si le bûcher d’Urbain Grandier est éteint, il reste les sourdes proscriptions du silence ou de la calomnie. Nous ne les bravons pas, mais nous y sommes résigné. Nous n’avons pas cherché par nous-même la publication de cette œuvre, et nous croyons que, si le temps est venu de produire la parole, elle se produira d’elle-même, par nous ou par d’autres. Nous resterons donc calme, et nous attendrons.

Notre ouvrage a deux parties : dans l’une, nous établissons le dogme cabalistique et magique dans son entier, l’autre est consacrée au culte, c’est-à- dire à la magie cérémonielle. L’une est ce que les anciens sages appelaient la clavicule ; l’autre, ce que les gens de la campagne appellent encore le grimoire. Le nombre et le sujet des chapitres, qui se correspondent dans les deux parties, n’ont rien d’arbitraire, et se trouvaient tout indiqués dans la grande clavicule universelle dont nous donnons pour la première fois une explication complète et satisfaisante. Que cette œuvre maintenant aille où elle voudra et devienne ce que la Providence voudra : elle est faite, et nous la croyons durable, parce qu’elle est forte comme tout ce qui est raisonnable et consciencieux.

Eliphas LÉVL

DOGME

LA HAUTE MAGIE

DISCIPLINA.

ENSOPH.

KETER.

Lorsqu’un philosophe a pris pour base d'une nouvelle révélation de la sagesse humaine ce raisonnement : Je pense, donc j’existe, il a changé en quelque sorte et à son insu, suivant la révélation chrétienne, la notion antique de l’Ëtre suprême. Moïse t'ait dire à l’Ëtre des êtres: Je suis celui qui suis. Descartes fait dire à l’homme : Je suis celui qui pense, et, comme penser c’est parler intérieurement, l’homme de Descartes peut dire comme le Dieu de saint Jean l’Ëvangéliste : Je suis celui en i[ui est et par qui se manifeste le verbe, In principio erat verbum.

DOGMlî DE I.A HAUTE MAGIE.

1C/l

Qu’est-ce qu’im principe? (Vest une base delà parole, c’est une raison d’ôtre du verbe. L’essence du verbe est dans le principe : le principe c’est ce uni est; l’intelligence, c’est un principe cpii parle.

Qu’est-ce que la lumière intellectuelle? C’est la parole. Qu’cst-ce que la révélation ? C’est la parole; l’être est le princijie, la parole est le moyen, et la plénitude ou le développement et la perfection de l’être, c’est la tin : parler, c’est créer.

Mais dire: Je pense, donc j’existe, c’est conclure de la conséquence au principe, et de récentes contradictions soulevées par un grand écrivain (1) ont prouvé suffisamment l’imperfection philosophique de cette méthode. Je suis, donc il existe quelque chose, nous semblerait être une base plus primitive et plus simple de la philosophie expérimentale.

Je suis, donc l’être existe.

Ego sum qui sum: voilà la révélation première de Dieu dans l’homme et de l’homme dans le monde, et c’est aussi le premier axiome de la philosophie occulte.

n’HK iiüK

L’être est l’être.

(1) Lamennais,

I.M miClPlKNDAlRK.

Cette philosophie a donc pour principe ce (pii est, et n’a rien d’hypothéticiue ni de hasardé.

Mercure Trismégiste commence son admirable symbole connu sous le nom de table d’émeraude par cette triple affirmation : Il est vrai, il est certain sans erreur, il est de toute vérité. Ainsi le vrai confirmé par l’expérience en physicpie, la certitude dégagée de tout alliage d’erreur en philosophie, la vérité absolue indiquée par l’analogie dans le domaine de la religion ou de l’infini , telles sont les premières nécessités de la vraie science, et c’est ce que la magie seule peut accorder à ses adeptes.

Mais, avant toutes choses, qui es-tu, toi qui tiens ce livre entre tes mains et (|ui entreprends de

Sur le fronton d’un temple que l’antiquité avait dédié au Dieu de la lumière on lisait cette inscription en deux mots : Coniiais-toi.

J’ai le même conseil à donner à tout homme qui veut s’approcher de la science.

La magie, que les anciens appelaient le sanctum regnum., le saint royaume ou le royaume dh Dieu, regnum Dei^ n’est faite que pour les rois et pour les prêtres : êtes-vous prêtres, êtes-vous rois ? Le sacerdoce de la magie n’est pas un sacerdoce

106 DOGMIi DE LA HAUTE MAGIE.

vulgaire, et sa royauté u’a rien à débattre avec les princes de ce inonde. Les rois de la science sont les prêtres de la vérib's et leur règne reste caché pour la multitude, comme leui*s sacrifices et leurs prières. Les rois de la science, ce sont les hommes qui connaissent la vérité et que la vérité a rendus libres selon la promesse formelle du plus puissant des initiateurs.

L’homme qui est esclave de ses passions ou des préjugés de ce monde ne saurait être initié, il ne parviendra jamais, tant qu’il ne se réformera pas ; il ne saurait donc être un adepte, car le mot adepte signifie celui qui est parvenu par sa volonté et par ses œuvres.

L’homme qui aime ses idées et qui a peur de les perdre, celui qui redoute les vérités nouvelles et qui n’est pas disposé à douter de tout plutôt que d’admettre quelque chose au hasard, celui-là doit refermer ce livre, qui est inutile et dangereux pour lui: il le comprendrait mal et en serait troublé, mais il le serait bien davantage encore si par hasard il le comprenait bien.

Si vous tenez à quelque chose au monde plus qu’à la raison, à la vérité et à la justice si votre volonté est incertaine et chancelante, soit dans le

bien , soit dans le mal; si la logique vous effraye, si la vérité nue vous fait rougir ; si on vous blesse en louchant les erreurs reçues, condamnez tout d’abord ce livre, et faites, en ne le lisant pas, comme s’il n’existait pas pour vous, mais ne le décriez pas comme dangereux: les secrets qu’il révèle seront compris d’un petit nombre, et ceux qui les comprendront ne les révéleront pas. Montrer la lumière aux oiseaux de nuit, c’est la leur cacher, puisqu’elle les aveugle et devient pour eux plus obscure que les ténèbres. Je parlerai donc clairement, je dirai tout, et j’ai la ferme confiance que les initiés seuls, ou ceux qui sont dignes de l’être, liront tout et comprendront quelque chose.

Il y a une vrai et une fausse science, une magie divine et une magie infernale, c’est-cà-dire mensongère et ténébreuse : nous avons à révéler l’une et à dévoiler l’autre ; nous avons à distinguer le magicien du sorcier et l’adepte du charlatan.

Le magicien dispose d’une force qu’il connaît, le sorcier s’efforce d’abuser de ce qu’il ignore.

Le diable, s’il est permis dans un livre de science d’employer ce mot décrié et vulgaire, le diable se donne au magicien et le sorcier se donne au diable.

DOdMIi DK LA IIAUTK MAfJlK.

Lü magicien est le souverain pontife de la nature, le sorcier n’en est (pie le profanateur.

Le sorcier est au magicien ce (pie le superstitieux et le fanatique sont à l’homme véritablement religieux.

Avant d’aller plus loin, définissons nettement la magie.

La magie est la science traditionnelle des secrets de la nature, qui nous vient des mages.

Au moyen de cette science, l’adepte se trouve investi d’une sorte de toute-puissance relative et peut agir surhumainement, c’est-à-dire d’une ma-

nière qui passe la portée commune des hommes.

C’est ainsi que plusieurs adeptes célèbres, tels que Mercure ïrismégiste, Osiris, Orphée, Apollonius de Thyanes, et d’autres qu’il pourrait être dangereux ou inconvenant de nommer, ont pu être adorés ou invoqués après leur mort comme des dieux. C’est ainsi que d’autres, suivant le flux et le reflux de l’opinion, qui fait les caprices du succès, sont devenus des suppôts de l’enfer ou des aventuriers suspects, comme l’empereur Julien, Apulée , l’enchanteur Merlin , et l’archisorcier , comme on l’appelait de son temps, l’illustre et malheureux Cornélius Agrippa.

Pour parvenir au sanctum regnum, c’est-à-dire à la science et à la puissance des mages, quatre choses sont indispensables : une intelligence éclairée par l’étude, une audace que rien n’arrôte, une volonté que rien ne brise et une discrétion que rien ne puisse corrompre ou enivrer.

Savoir, oser, vouloir, se taire, voilà les quatre verbes du mage qui sont écrits dans les quatre formes symboliques du sphinx. Ces quatre verbes peuvent se combiner ensemble de quatre manières et s’expliquent quatre fois les uns par les autres (1),

' A la première page du livre d’Hermès, l’adepte est représenté couvert d’un vaste chapeau qui, en se rabattant, peut lui cacher toute la tète. Il tient une main élevée vers le ciel, auquel il semble commander avec sa baguette, et l’autre main sur sa poitrine ; il a devant lui les principaux symboles ou instruments de la science, et il en cache d’autres dans une gibecière d’escamoteur. Son corps et ses bras forment la lettre Aleph, la première de l’alphabet, que les Hébreux ont empruntée aux Egyptiens; mais nous aurons lieu plus tard de revenir sur ce symbole.

(1) Voir le jeu du Taro,

Le mage est véritablement ce que les cabalistes hébreux appellent le microprosope, c’est-à-dire le créateur du petit monde. La première science magique étant la connaissance de soi-mème, la première aussi de toutes les œuvres de la science, celle qui renferme toutes les autres et qui est le principe du grand œuvre, c’est la création de soimême : ce mot a besoin d’être expliqué.

La raison suprême étant le seul principe invariable, et par conséquent impérissable, puisque le changement est ce que nous appelons la mort, l’intelligence, qui adhère fortement et s’identifie en quelque manière à ce principe, se rend par là même invariable, et par conséquent immortelle. On comprend que, pour adhérer invariablement à la raison, il faut s’être rendu indépendant de toutes les forces qui produisent par le mouvement fatal et nécessaire les alternatives de la vie et de la mort. Savoir souffrir, s’abstenir et mourir, tels sont donc les premiers secrets qui nous mettent au-dessus de la douleui\ des convoitises sensuelles et de la peur du néant. L’homme qui cherche et trouve une glorieuse mort a foi dans l’immortalité , et l’humanité tout entière y croit avec lui et pour lui, car elle lui élève des

autels ou des statues en signe de vie immortelle.

L’homme ne devient roi des animaux qu’en les domptant ou en les apprivoisant, autrement il en serait la victime ou l’esclave. Les animaux sont la figure de nos passions, ce sont les forces instinctives de la nature.

Le monde est un champ de bataille que la liberté dispute à la force d’inertie en lui opposant la force active. Les lois physiques sont des meules dont tu seras le grain, si tu n’en sais pas être le meunier.

Tu es appelé à être le roi de l’air, de l’eau, de la terre et du feu ; mais, pour régner sur ces quatre animaux du symbolisme, il faut les vaincre et les enchaîner.

Celui qui aspire à être un sage et à savoir la grande énigme de la nature doit être l’héritier et le spoliateur du sphinx ; il doit en avoir la tête humaine pour posséder la parole, les ailes d’aigle pour conquérir les hauteurs, les flancs de taureau pour labourer les profondeurs, et les griffes de lion pour se faire place à droite et à gauche, en avant et en arrière.

Toi donc qui veux être initié, es-tu savant comme Faust? Es-tu impassible comme Job? Non, n’est-

DOGMli DE LA HAUTE MAGIE.

ce pas? Mais tu peux l’ètie si tu veux. As-tu vaincu les tourbillons des pensées vagues? Es-tu sans indé- cision et sans caprices? N’acceptes-tu le plaisir que quand tu le veux, et ne le veux-tu que quand tu le dois? Non, n’cst-ce pas? il n’en est pas toujours ainsi? Mais cela peut être si tu le veux.

Le sphinx n’a pas seulement une tête d’homme, il a aussi des mamelles de femme ; sais-tu résister aux attraits de la femme? Non, n’est-ce pas? et ici tu ris en répondant, et tu te vantes de ta faiblesse morale pour glorifier en toi la force vitale et matérielle. Soit, je te permets de rendre cet hommage à l’âne de Sterne ou d’Apulée; que l’âne ait son mérite, je n’en disconviens pas, il était consacré à Priape comme le bouc au dieu de Mendès. Mais laissons-le pour ce qu’il est, et sachons seulement s’il est ton maître ou si tu peux être le sien. Celui-là seul peut vraiment posséder la volupté de l’amour qui a vaincu l’amour de la volupté. Pouvoir user et s’abstenir, c’est pouvoir deux fois. La femme t’enchaîne par tes désirs : sois maître de tes désirs , et tu enchaîneras la femme.

La plus grande injure qu’on puisse faire à un homme, c’est de l’appeler lâche. Or qu’est-ce donc qu’un lâche ?

Ll< RÉCIPIENDAIRK.

Un lâche c’est celui qui néglige le soin de sa dignité morale pour obéir aveuglément aux instincts de la nature.

En présence du danger, en effet, il est naturel d’avoir peur et de chercher à fuir : pourquoi donc est-ce une honte ? Parce que l’honneur nous fait une loi de préférer notre devoir à nos attractions ou k nos craintes. Qu’est-ce, à ce point de vue, que riioimeur ? C’est le pressentiment universel de l’immortalité et l’estime des moyens qui peuvent y conduire. La dernière victofre que ' l’homme puisse remporter sur la mort, c’est de triompher du goût de la vie, non par le désespoir, mais par une plus haute espérance, qui est renfermée dans la foi, pour tout ce qui est beau et honnête, du consentement de tout le monde.

Apprendre à se vaincre, c’est donc apprendre à vivre, et les austérités du stoïcisme n’étaient pas une vaine ostentation de liberté !

Céder aux forces de la nature, c’est suivre le courant de la vie collective, c’est être esclave des causes secondes.

Résister à la nature et la dompter, c’est se faire une vie personnelle et impérissable, c’est s’affranchir des vicissitudes de la vie et de la mort.

li/l nOGMK DE EA IIAIITIÎ MAGIE.

Tout homme (jui est y)rôt à mourir plutôt (ju’à abjurer la vérité et la justice est véritablement vivant, car il est immortel dans son àrne.

Toutes les initiations antiques avaient pour but de trouver ou de former de pareils hommes.

Pythagore exerçait ses disciples par le silence et les abstinences de toutes sortes; en Egypte, on éprouvait les récipiendaires par les quatre élé- ments; dans rinde, on sait à quelles prodigieuses austérités se condamnaient les faquirs et les brames, pour parvenir au royaume de la libre volonté et de l’indépendance divine.

Toutes les macérations de l’ascétisme sont empruntées aux initiations des anciens mystères, et elles ont cessé parce que, les initiablesne trouvant plus d’initiateurs, et les directeurs des consciences étant devenus à la longue aussi ignorants que le vulgaire, les aveugles se sont lassés de suivre des aveugles, et personne n’a voulu subir des épreuves qui ne conduisaient plus qu’au doute et au désespoir : le chemin de la lumière était perdu.

Pour faire quelque chose, il faut savoir ce qu’on veut faire ou du moins avoir foi en quelqu’un qui le, sait. Mais comment risquerais-je ma vie à

LE RÉCIPIENDAIRE. ^ 'î 5

l’aventure et suivrais-je au hasard celuiqui ne sait pas lui-même où il va?

Dans la voie des hautes sciences, il ne faut pas s’engager témérairement, mais, une fois en marche, il faut arriver ou périr. Douter, c’est devenir fou; s’arrêter, c’est tomber; reculer, c’est se précipiter dans un gouffre. ^

Toi donc qui as commencé la lecture de ce livre, si tu le comprends et si tu veux le lire jusqu’à la fin, il fera de toi un monarque ou un insensé. Quant à toi, fais du volume ce que tu voudras, tu ne pourras ni le mépriser ni l’oublier. Si tu es pur, ce livre sera pour toi une lumière; si tu es fort, il sera ton arme; si tu es saint, il sera ta religion ; si tu es sage, il réglera ta sagesse.

Mais, si tu es méchant, ce livre sera pour toi comme une torche infernale; il fouillera ta poitrine en la déchirant comme un poignard ; il restera dans ta mémoire comme un remords; il te remplira l’imagination de chimères, et il te conduira parla folie au désespoir. Tu voudras en rire, et lu ne sauras que grincer les dents, car ce livre est pour toi comme cette lime de la fable qu’un serpent essaya de ronger, et qui lui usa toutes les dents.

DOr.Mlî DE L\ HAUTE MAGIE.

J’ai dit que la révélation, c’est le verbe. Le verbe, en effet, ou la parole, est le voile de l’ètre et le signe caractéristique de la vie. Toute forme est le voile d’un verbe, parce que l’idée mère du verbe est l’unique raison d’être des formes. Toute flgure est un caractère, tout caractère appartient et retourne à un verbe. C’est pourquoi les anciens sages, dont Trismégiste est l’organe, ont-ils formulé leur dogme unique en ces termes :

Ce qui est au-dessus est comme ce qui est au-dessous, et ce qui est au-dessous est comme ce qui est au-dessus.

En d’autres termes, la forme est proportionnelle à l’idée, l’ombre est la mesure du corps calculée avec sa relation au rayon lumineux. Le fourreau est aussi profond que l’épée est longue, la négation est proportionnelle à l’affirmation contraire, la production est égale à la destruction dans le mouvement qui conserve la vie, et il n’y a pas un point dans l’espace infini qui ne soit le centre d’un cercle dont la circonférence s’agrandit et recule indéfiniment dans l’espace.

Toute individualité est donc indéfiniment perfectible, puisque le moral est analogique à l’ordre

LE UÉCIPIENDAIKE.

physi(iue, et puisqu’on ne saurait concevoir un

point qui ne puisse se dilater, s’agrandir et jeter des

rayons dans un cercle philosophiquement infini.

Ce qu’on peut dire de Pâme entière, on doit le dire de chaque faculté de râme.

L’intelligence et la volonté de l’homme sont des instruments d’une portée et d’une force incalculables.

Mais l’intelligence et la volonté ont pour auxi- « liaire et pour instrument une faculté trop peu connue et dont la toute-puissance appartient exclusivement au domaine de la magie : je veux parler de l’imagination, que les cabalistes appellent le diaphane ou le translucide.

L’imagination, en effet, est comme l’œil de l’àme, et c’est en elle que se dessinent et se conservent les formes, c’est par elle que nous voyons les reflets du monde invisible, elle est le miroir des visions et l’appareil de la vie magique : c’est par elle que nous guérissons les maladies, que nous influençons les saisons, que nous écartons la mort

des vivants et que nous ressuscitons les morts,

parce que c’est elle qui exalte la volonté et qui lui donne prise sur l’agent universel.

L’imagination détermine la forme de l’enfant

clans le sein de la mère et fixe la destinée des

hommes; elle donne des ailes à la contagion et

dirige les armes à la guei're. Etes-vous en danger dans une bataille? croyez-vous invulnérables comme Achille, et vous le serez, dit Pai'acelse. La peur attire les balles, et le courage fait rebrousser chemin aux boulets. On sait que les amputés se plaignent souvent des membres qu’ils n’ont plus. Paracelse opérait sur le sang vivant en médicamentant le résultat d’une saignée ; il guérissait les maux de tête à distance en opérant sur des cheveux coupés; il avait devancé de beaucoup, par la science de l’unité imaginaire el de la solidarité du tout et des parties, toutes les théories ou plutôt toutes les expériences de nos plus célèbres magnétiseurs. Aussi ses cures étaient-elles miraculeuses, et a-t-il mérité qu’on ajoutât à son nom de Philippe Théophraste Bombast celui d’Auréole Paracelse, en y ajoutant encore l’épithète de divin !

L’imagination est l’instrument de V adaptation du verbe.

L’imagination appliquée à la raison, c’est le génie.

La raison est une, comme le génie est un dans la, multiplicité de ses œuvres.

Il y a un principe, il y a une vérité, il y a une raison, il y a une philosophie absolue et universelle.

Ce qui est est dans Tunité considérée comme principe, et retourne à l’ unité considérée comme fin.

Un est dans un, c’est-à-dire tout est dans tout.

L’unité est le principe des nombres, c’est aussi le principe du mouvement, et par conséquent de la vie.

Tout le corps humain se résume dans l’unité d’un seul organe, qui est le cerveau.

Toutes les religions se résunient dans l’unité d’un seul dogme, qui est l’affirmation de l'être et de son égalité à lui-même, qui constitue sa valeur mathématique.

11 n’y a qu'un dogme en magie, et le voici : le visible est la manifestation de l’invisible, ou, en d’autres termes, le verbe parfait est, dans les choses appréciables et visibles, en proportion exacte avec les choses inappréciables à nos sens et invisibles à nos yeux.

Le mage élève une main vers le ciel et abaisse l’autre vers la terre, et il dit: Là-haut l’immensité! là bas l’immensité encore; l’immensité égale l’immensité. Ceci est vrai dans les choses visibles, comme dans les choses invisibles.

IXXJMK 1)1- J.A IIAUTK MACIK.

La première lettre de l’alphabet de la langue sainte, Aleph x , représente un homme qui élève une main vers le ciel, et abaisse l’autre vers la terre.

C’est l’expression du principe actif de toute chose, c’est la création dans le ciel, correspondant à la toute-puissance du verbe ici-bas. Cette lettre à elle seule est un pantacle, c’est-à-dire un caractère exprimant la science universelle.

La lettre î< peut suppléer aux signes sacrés du macrocosme et du microcosme, elle explique le double triangle maçonnique et l’étoile brillante aux cinq pointes : car le verbe est un et la révélation est une. Dieu, en donnant à l’homme la raison, lui a donné la parole; et la révélation, multiple dans ses formes, mais une dans son principe, est tout entière dans'” le verbe uiiRcrsel, interprète de la raison absolue.

C’est ce que veut dire le mot si mal compris de catholicisme, qui, en langue hiératique moderne, signifie infaillibilité.

L’universel en raison, c’est l’absolu, et l’absolu, c’est l’infaillible.

Si la raison absolue conduit la société tout entière à croire irrésistiblement à la parole d’un enfant.

lÆ RliCllUliNDAlRli.

l-il

cet enfant sera infaillible, de par Dieu et de par riiumanité tout entière.

La foi n’est autre chose que la confiance raisonnable dans cette unité de la raison et dans cette universalité du verbe.

Croire, c’est acquiescer à ce qu’on ne sait pas encore, mais à ce que la raison nous rend sûrs d’avance de savoir, ou du moins de reconnaître un jour.

Absurdes donc sont les prétendus philosophes qui disent : Je ne croirai pas ce que je ne sais pas.

Pauvres gens ! si vous saviez, est-ce que vous auriez besoin de croire?

Mais puis-je croire au hasard, et sans raison? — Non certes ! La croyance aveugle et aventurée, c’est la superstition et la folie. Il faut croire aux causes dont la raison nous force d’admettre l’existence d’après le témoignage des effets connus et appréciés par la science.

La science ! grand mot et grand problème !

Qu’est-ce que la science?

Nous répondrons à cette question dans le second chapitre de ce livre.

LES COLONNES DU TEMPI.E.

CHOCMAH.

DOMÜ8.

GNOSIS.

La science, c’est la possession absolue et complète de la vérité.

Aussi les sages de tous les siècles ont-ils tremblé devant ce mot absolu et terrible; ils ont craint de. s’arroger le premier privilège de la divinité, en s’attribuant la science, et ils se sont contentés, au lieu du verbe savoir, de celui qui exprime la connaissance, et, au lieu du moi science, ils ont adopté celui de gnose, qui exprime seulement l’idée de connaissance par intuition.

Que sait l’homme, en effet? Rien, et pourtant il ne lui est pas permis de rien ignorer.

Il ne sait rien, et il est appelé à tout connaître.

Or la connaissance suppose le binaire. Il faut à l’être qui connaît un objet connu.

Le binaire est le générateur de la société et de la loi; c’est aussi le nombre de la gnose. Le binaire

est l’iniité se multipliant d’elle^même pour créer; et c’est pour cela que les symboles sacrés font sortir Ève de la poitrine même d’Adam.

Adam, c’est le tétragramme humain, qui se résume dans le jod mystérieux, image du phallus cabalistique. Ajoutez à ce jod le nom ternaire d'Ève, et vous formez le nom de Jéhova, le tétragramme divin, qui est le mot cabalistique et magique par excellence :

que le grand-prêtre, dans le temple, prononçait Jodchéva.

C’est ainsi que l’unité complète dans la fécondité du ternaire forme, avec lui, le quaternaii’e, qui est la clef de tous les nombres, de tous les mouvements et de toutes les formes.

Le carré, en tournant sur lui-même, produit le cercle égal à lui-même, et c’est la quadrature du cercle que le mouvement circulaire de quatre angles égaux tournant autour d’un même point.

Ce qui est en haut, dit Hermès, égale ce qui est en bas : voilà le binaire servant de mesure à l’unité ; et la relation d’égalité entre le haut et le bas, voilà ce qui forme avec eux le ternaire.

12/| IXHkMIl DK LA UAlJTlv MA(;iK.

Le principe créateur, c’est le phallus idéal ; et le principe créé, c’est le cleïs formel.

L’insertion du phallus vertical dans le cteïs horizontal forme le stauros des gnostiques, ou la croix philosophique des maçons. Ainsi le croisement de deux produit quatre, qui, en se mouvant, déterminent le cercle avec tous ses degrés.

principe ; 2, c’est le verbe ; A, c’est l’actif ; B, c’est le passif; l’unité, c’est Bohas; et le binaire, c’est Jakin.

Dans les trigrammes de Fohi, l’unité, c’est le yang; et le binaire, c’est le yin.

I

yang yin.

Bohas et Jakin sont les noms des deux colonnes symboliques qui étaient devant la porte principale du temple cabalistique de Salomon.

Ces deux colonnes expliquent en cabale tous les mystères de l’antagonisme, soit naturel, soit politique, soit religieux, et ils expliquent la lutte géné- ratrice de l’homme et de la femme : car, selon la

loi Lie la nature, la femme doit résister à l’iiomme, et lui, doit la charmer ou la soumellre.

Le principe actif cherche le principe passif, le plein est amoureux du vide. La gueule du serpent attire sa queue, et, en tournant sur lui -même, il se fuit et il se poursuit.

La femme est la création de l’homme, et la création universelle est la femme du premier principe.

Quand l’être principe s’est fait créateur, il a érigé un jod ou un phallus, et, pour lui faire place dans le plein de la lumière incréée, il a dû creuser un cteïs ou une fosse d’ombre égale à la dimension déterminée par son désir créateur, et attribuée par lui au jod idéal de la lumière rayonnante.

Tel est le langage mystérieux des cabalistes dans le Talniud, et, à cause des ignorances et des mé- chancetés du vulgaire , il nous est impossible de l’expliquer ou de le simplifier davange.

Qu’estce donc que la création ? C’est la maison du Verbe créateur. Qu’est-ce que le cteïs ? C’est la maison du phallus.

Quelle est la nature du principe actif? C’est de répandre. Quelle est celle du principe passif? C’est de rassembler et de féconder.

1^6 DOGMR Dli LA HAUTE MAGIE,

Qu’est-ce que l’horiiiiie? C’est l’iiiitiateui*, celui qui brise, qui laboure etijui sème.

Qu’est-ce que la femme? G’esl la formatrice, celle qui réunit, qui arrose et ([ui moissonne.

L’homme fait la guerre, et la femme procure la paix ; l’homme détruit pour créer, la femme édifie pour conserver ; l’homme c’est la révolution, la femme c’est la conciliation ; l’homme est le père de Caïn, la femme est la mère d’Abel.

Qu’est-ce que la sagesse? C’est la conciliation et l’union des deux principes, c’est la douceur d’Abel dirigeant l’énergie de Caïn, c’est l’homme suivant les douces inspirations de la femme, c’est la débauche vaincue par le légitime mariage, c’est l’énergie révolutionnaire adoucie et domptée par '‘les douceurs de l’ordre et de la paix, c’est l’orgueil soumis à l’amour, c’est la science reconnaissant les inspirations de la foi.

Alors la science humaine devient sage, parce qu’elle est modeste, et se soumet à l’infaillibilité de la raison universelle, enseignée par l’amour ou par la charité universelle. Elle peut alors prendre le nom de gnose, parce qu’elle connaît du moins ce qu’elle ne peut encore se vanter de parfaitement

savoir.

L’unité ne peut se manifester que par le binaire ; runité elle-même et l’idée de l’unité font déjà deux.

L’unité du macrocosme se révèle par les deux points opposés des deux triangles:

L’unité humaine se complète par la droite et la gauche. L’homme primitif est androgyne. Tous les organes du corps humain sont disposés par deux, excepté le nez, la langue, l’ombilic et le jod cabalistique.

La divinité, une dans son essence, a deux conditions essentielles pour bases fondamentales de son être : la nécessité et la liberté.

Les lois de la raison suprême, nécessitent en Dieu

et règlent la liberté, qui est nécessairement raisonnable et sage.

Pour rendre la lumièrevisible. Dieu a seulement supposé l’ombre.

Pour manifester la vérité, il a rendu le doute possible.

L’ombre est le repoussoir de la lumière, et la possibilité de l’erreur est nécessaire pour la manifestation temporelle de la vérité.

Si le bouclier de Satan n’arrêtait la lance de Michaël, la puissance de Fange se perdrait dans le vide ou devrait se manifester par une destruction infinie dirigée de haut en bas.

Et si le pied de Michaël ne retenait Satan dans son ascension, Satan irait détrôner Dieu, ou plutôt se perdre lui-même dans les abîmes de la hauteur.

Satan est donc nécessaire à Michaël comme le piédestal à la statue, et Michaël est nécessaire à Satan comme le frein à la locomotive.

En dynamique analogique et universelle, on ne s’appuie que sur ce qui résiste.

Aussi l’univers est-il balancé par deux forces qui le maintiennent en équilibre : la force qui attire et celle qui repousse. Ces deux forces existent

en physique, en philosophie et en religion. Elles produisent en physique l’équilibre, en philosophie la critique, en religion la révélation progressive. Les anciens ont représenté ce mystère par la lutte d’Éros et d’Antéros, par le combat de Jacob avec l’ange , par l’équilibre de la montagne d’or que tiennent liée, avec le serpent symbolique deFInde, les dieux d'un côté et de l’autre les démons.

Il se trouve aussi figuré par le caducée d’Hermanubis, par les deux chérubins dp l’arche, par les deux sphinx du chariot d’Osiris, par les deux Séraphins, le blanc et le noir.

Sa réalité scientifique est démontrée par les phénomènes de la polarité et par la loi universelle des sympathies ou des antipathies.

Les disciples inintelligents de Zoroastre ont divinisé le binaire sans le rapporter à l’unité, séparant ainsi les colonnes du temple, et voulant écarteler Dieu. Le binaire en Dieu n’existe que par le ternaire. Si vous concevez l’absolu comme deux, il faut immédiatement le concevoir comme trois, pour retrouver le principe unitaire.

C’est pour cela que les éléments matériels analogues aux éléments divins se conçoivent comme

quatre, s’expliquent comme deux, et n’existent finalement que comme trois.

La révélation , c’est le binaire ; tout verbe est double et suppose deux.

La morale qui résulte de la révélation est fondée sur l’antagonisme, qui est la conséquence du binaire. L’esprit et la forme s’attirent et se repoussent comme l’idée et le signe, comme la vérité et la fiction. La raison suprême nécessite le dogme en se communiquant aux intelligences finies, et le dogme, en passant du domaine des idées à celui des formes, se fait participant de deux mondes, et a nécessairement deux sens qui parlent successivement, ou à la fois, soit à l’esprit, soit à la chair.

Aussi dans le domaine moral y a-t-il deux forces: une qui attente, et l’autre qui réprime ou qui expie. Ces deux forces sont figurées dans les mythes de la Genèse par les personnages typiques de Caïn et d’Abel.

Abel opprime Caïn par sa supériorité morale ; Caïn, pour s’affranchir, immortalise son frère en le tuant, et devient la victime de son propre forfait. Caïn n’a pu laisser vivre Abel, et le sang d’Abel ne laisse plus dormir Caïn.

Dans l’Évangile, le type de Caïn est remplacé

par celui de rEiifant prodigue, à qui son père pardonne tout, parce qu’il revient après avoir beaucoup souffert.

En Dieu, il y a miséricorde et justice: il fait justice aux justes et miséricorde aux pécheurs.

Dans l’ànie du monde, qui est l’agent universel, il y a un courant d’amour et un courant de colère.

Ce fluide ambiant et qui pénètre toute chose ; ce rayon détaché de la gloire du soleil et fixé par le poids de l’atmosphère et par la fqrce d’attraction centrale; ce corps du Saint-Esprit, que nous appelons l’agent universel, et que les anciens ont représenté sous la figure du serpent qui se mord la queue ; cet éther électrico-magnétique, ce calorique vital et lumineux, est figuré dans les anciens monuments par la ceinture d’Isis, qui se tourne et se retourne en nœud d’amour autour des deux pôles, et par le serpent qui se mord la queue, emblème de la prudence et de Saturne.

Le mouvement et la vie consistent dans la tension extrême des deux forces.

Plût à Dieu , disait le Maître, que vous fussiez tout froid ou tout chaud !

En effet, un grand coupable est plus vivant

132 DOGMIÎ Dlî IA HAUTE MAGIE.

qu’un homme lâche et tiède, et sou retour à la vertu sera en raison de l’énergie de ses égarements.

La femme qui doit écraser la tête du serpent, c’est l’intelligence, qui surmonte toujours le courant des forces aveugles. C’est, disent les cabalistes, la vierge de la mer, dont le dragon infernal vient lécher les pieds humides avec ses langues de feu qui s’endorment de volupté.

Tels sont les mystères hiératiques du binaire. Mais il en est un, le dernier de tous, qui ne doit pas être révélé: la raison en est, selon Hermès Trismégiste, dans l’inintelligence du vulgaire, qui donnerait aux nécessités de la science toute la portée immorale d’une aveugle fatalité. Il faut contenir le vulgaire, dit-il encore, par la frayeur de l’inconnu ; et le Christ disait aussi : Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds , et que , se retournant contre vous, ils ne vous dévorent. L’arbre de la science du bien et du mal, dont les fruits donnent la mort, est l’image de ce secret hiératique du binaire. Ce secret, en effet, s’il est divulgué, ne peut être que mal compris, et l’on en conclut ordinairement à la négation impie du libre arbitre, qui est le principe moral de la vie. Il est donc dans l’essence

(les choses que la révélation de ce secret donne la mort, et ce n’est pourtant pas encore là le grand arcane de la magie ; mais le secret du binaire conduit à celui du quaternaire, ou plutôt il en procède et se résout par le ternaire, qui contient le mot de l’énigme du sphinx tel cpi’il eût dû être trouvé pour sauver la vie, expier le crime involontaire, et assurer le royaume d’OEdipe.

Dans le livre hiéroglyphique d’Hermès (1), que l’on nomme aussi le livre de Thot, le binaire est représenté soit par une grande prêtresse ayant les cornes d’Isis, la tête voilée, un livre ouvert, qu’elle cache à demi sous son manteau ; ou par la femme souveraine, la déesse Junon des Grecs, tenant une main élevée vers le ciel et l’autre abaissée vers la terre, comme si elle formulait par ce geste le dogme unique et dualiste qui est la base de la magie et qui commence les merveilleux symboles de la table d’émeraude d’Hermès.

ï)3.mV J pocalypse de saint Jean, il est question de deux témoins ou martyrs auxquels la tradition prophétique donne les noms d’Élieet d’Hénoch : Élie, l’homme de la foi, du zèle et du miracle ;Hénoch,

(G Voir le jeu du Taro.

13/l DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

le inêine que les Égyptiens oui appelé Hermès et que les Phéniciens honoraient sous le nom dcÉadmus, l’auteur de l’alphabet sacré et de la clef universelle des initiations au Verbe, le père de la cabale, celui, disent les saintes allégories, qui n’est pas mort comme les autres hommes, mais quia été enlevé au ciel pour revenir à la fin des temps. On disait à peu près la même chose de saint Jean luimême, qui a retrouvé et expliqué dans son Apocalypse les symboles du Verbe d’Hénoch. Cette résurrection de saint Jean et d’Hénoch, attendue à la fin des siècles d’ignorance, sera le renouvellement de leur doctrine par l’intelligence des clefs cabalistiques qui ouvrent le temple de l’unité et de la philosophie universelle, trop longtemps occulte et réservée seulement à des élus que le monde faisait mourir.

Mais nous avons dit que la reproduction de l’unilé par le binaire conduit forcément à la notion et au dogme du ternaire, et nous arrivons enfin à ce grand nombre, qui est la plénitude et le verbe parfait de l’unité.

LE TRIANGLE UE SALOMON.

LE TRI.\NGLE DE SALOMON.

PLKNITDDO YOGIS.

BINAH.

Le Wbe parfait, c’est le ternaire, parce qu’il suppose un principe intelligent, un principe parlant et un principe parlé.

L’absolu, qui se révèle par la parole, donne à

cette parole un sens égal à lui-même, et crée un troisième lui-même clans l’intelligence de cette parole.

C’est ainsi que le soleil se manifeste par sa lumière et prouve cette manifestation ou la rend efficace par sa chaleur.

Le ternaire est tracé dans l’espace par le point culminant du ciel, l’infini en hauteur, qui se rattache par deux lignes droites et divergentes à l’orient et à l’occident.

Mais à ce triangle visible la raison compare un autre triangle invisible, qu’elle affirme être égal au premier : c’est celui qui a pour sommet la profondeur, et doubla b, asp renversée est parallèle

DOGMli lÆ LA HAUTL MAGIE.

à la ligne horizontale ijui va de l’orient à l’occident.

Ces deux triangles, réunis en une seule figure, qui est celle d’une étoile à six rayons, forment le signe sacré du sceau de Salomon, l’étoile brillante du macrocosme (1).

L’idée de l’infini et de l’absolu est exprimée par ce signe, qui est le grand pantacle, c’est-à-dire le plus simple et le plus complet abrégé de la science de toutes choses.

La grammaire elle-même attribue trois personnes au verbe.

La première est celle qui parle, la seconde celle à qui l’on parle, la troisième celle de qui l’on parle.

Le prince infini, en créant, parle de lui-même à lui-même.

Voilà l’explication du ternaire et l’origine du dogme de la Trinité.

Le dogme magique aussi est un en trois et trois en un.

Ce qui est au-dessus ressemble ou est égal à ce qui est au-dessous.

LE TRIANGLE DE SALOMON. 137

Ainsi deux choses qui se ressemblent et le verbe qui exprime leur ressemblance font trois.

Le ternaire est le dogme universel.

En magie, principe, réalisation, adaptation ; en alchimie, azoth, incorporation, transmutation; en théologie, Dieu, incarnation, rédemption; dans l’âme humaine, pensée, amour et action ; dans la famille, père, mère et enfant. Le ternaire est le but et l’expression suprême de l’amour : on ne se cherche à deux que pour devenir trois.

Il y a trois mondes intelligibles qui correspon-

dent les uns avec les autres par l’analogie hiérarchique :

Le monde naturel ou physique, le monde spirituel ou métaphysique, et le monde divin ou religieux.

De ce principe résulte la hiérarchie des esprits divisés en trois ordres , et subdivisés dans ces trois ordres toujours par le ternaire.

Toutes ces révélations sont des déductions logiques des premières notions mathématiques de l’être et du nombre.

L’unité, pour devenir active, doit se ifiultiplier. Un principe indivisible, immobile et infécond, serait l’unité morte et incompréhensible.

Si Dieu n’étail qu’un, il ne serait jamais créateur ni père. S’il était deux, il y aurait antagonisme ou division dans l’infini , et ce serait le partage ou la mort de toute chose possible : il est donc trois pour créer de lui-mème et à son image la multitude infinie des êtres et des nombres.

Ainsi il est réellement unique en lui-même et triple dans notre conception, ce qui nous le fait voir aussi triple en lui-même et unique dans notre intelligence et dans notre amour.

Ceci est un mystère pour le croyant et une nécessité logique pour l’initié aux sciences absolues et réelles.

Le Verbe manifesté par la vie, c’est la réalisation ou l’incarnation.

La vie du Verbe accomplissant son mouvement cyclique, c’est l’adaptation ou la rédemption. Ce triple dogme a été connu dans tous les sanctuaires éclairés par la tradition des sages. Voulez-vous savoir quelle est la vraie religion ? Cherchez celle qui réalise le plus dans l’ordre divin ; celle qui humanisa Dieu et divinise l’homme ; celle qui conserve intact le dogme ternaire, qui incarne le Verbe en faisant voir et toucher Dieu aux plus ignorants;

LF. TRIANGLE DE SALOMON. 139

celle enfin dont la doctrine convient à tous et peut s’adapter à tout ; la religion qui est hiérarchique et cyclique, qui a pour les enfants des allégories et des images, pour les hommes faits une haute philosophie, de sublimes espérances, et de douces consolations pour les vieillards.

Les premiers sages qui ont cherché la cause des causes ont vu le bien et le mal dans le monde; ils ont observé l’ombre et la lumière; ils ont comparé l’hiver au printemps, la vieillesse à la jeunesse, la vie à la mort, et ils ont dit : La cause première est bienfaisante et rigoureuse, elle vivifie et elle détruit.

— Il y a donc deux principes contraires, un bon et un mauvais? se sont écriés les disciples de Manès.

— Non, les deux principes de l’équilibre universel ne sont pas contraires, bien qu’ils soient opposés en apparence : car c’est une sagesse unique qui les oppose l’iin à l’autre.

Le bien est à droi te, le mal est à gauche ; mais la bonté suprême est au-dessus des deux, et elle fait servir le mal au triomphe du bien, et le bien à la réparation du. mal.

Le principe d’harmonie est dans l’unité, et c’est

1/lü DOGME DE LA HAUTE MAGIE,

CG qui donne en magie tant de puissance au nombre impair.

Mais le plus parfait des nombres impairs, c’est trois, parce que c’est la trilogie de runilé.

Dans les trigrammes de Fohi, le ternaire supé- rieur se compose de trois yang ou figures masculines, parce que, dans l’idée de Dieu considéré comme principe de la fécondité dans les trois mondes, on ne saurait rien admettre de passif.

C’est pour cela aussi que la trinité chrétienne n’admet point la personnification de la mère qui est implicitement énoncée dans celle du fils. — C’est pour cela aussi qu’il est contraire aux lois de la symbolique hiératique et orthodoxe de personnifier le Saint-Esprit sous la figure d’une femme.

La femme sort de l’homme comme la nature sort de Dieu : aussi le Christ s’élève lui-mème au ciel et assume la Vierge mère; on dit l’ascension du Sauveur et l’assomptionde la mère de Dieu.

Dieu, considéré comme père, a la nature pour fille.

Comme fils, il a la Vierge pour mère et l’Église pour épouse.

LE TRIANGLE DE SALOMON. m

Comme Saint-Esprit, il régénère et féconde l’humanité.

C’est ainsi que, dans les trigrammes de Fohi, aux trois yang supérieurs correspondent les trois yin inférieurs, car les trigrammes de Fohi sont un pantacle semblable aux deux triangles de Salomon, mais avec une interprétation ternaire des six points de l’étoile brillante.

Le dogme n’est divin qu’en tant qu’il est vraiment humain, c’est-à-dire qu’il résume la plus haute raison de l’humanité : aussi le Maître que nous appelons l’Homme-Dieu s’appelait-il luimême le Fils de l’homme.

La révélation, c’est l’expression de la croyance admise et formulée par la raison universelle dans le verbe humain.

C’est pourquoi on dit que dans l’Homme-Dieu la divinité est humaine et l’humanité divine.

Nous disons tout ceci philosophiquement, et non théologiquement ; et ceci ne touche en rien l’enseignement de l’Église, qui condamne et doit toujours condamner la magie.

i/i2 DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

Paracelse et Agrippa n’ont pas élcîvé autel contre autel, et se sont soumis à la religion dominante dans leur temps. Aux élus de la science les choses de la science; aux fidèles les choses de la foi !

L’empereur Julien, dans son hymne au roi Soleil, donne une théorie du ternaire qui est presque identiquement la même que celle de l’illuminé Swedenborg.

Le soleil du monde divin est la lumière infinie spirituelle et incréée; cette lumière se verbalise, si l’on peut parler ainsi, dans le monde philosophique, et devient le foyer des âmes et de la vérité, puis elle s’incorpore et devient lumière visible dans le soleil du troisième monde, soleil central de nos soleils, et dont les étoiles fixes sont les étincelles toujours vivantes.

Les cabalistes comparent l’esprit à une substance qui reste fluide dans le milieu divin et sous l’influence de la lumière essentielle, mais dont l’exté- rieur se durcit comme une cire exposée à l’air dans les régions plus froides du raisonnement ou des formes visibles. Ces écorces ou enveloppes pétrifiées (nous dirions mieux carnifiées, si le mot était français) sont la cause des erreurs ou du mal, qui tient à la pesanteur et à la dureté des enveloppes

LE TRIANGLE DE SALOMON.

animiqiies. Dans le livre de Soharei dans celui des révolutions des âmes, les esprits pervers, ou mauvais démons, ne sont pas appelés autrement que les écorces, cor lices.

Les écorces du monde des esprits sont transparentes, celles du monde matériel sont opaques; les corps ne sont que des écorces temporaires et dont les âmes doivent être délivrées; mais ceux qui obéissent au corps en celte vie se font un corps intérieur ou une écorce fluidique qui devient leur prison et leur supplice après la mort, jusqu’au moment où ils parviennent à la fondre dans la chaleur de la lumière divine, où leur pesanteur les empêche de monter; ils n"y arrivent qu’avec des efforts infinis et le secours des justes qui leur tendent la main, et pendant tout ce temps ils sont dévorés par l’activité intérieure de l’esprit captif comme dans une fournaise ardente. Ceux qui parviennent au bûcher de l’expiation s’y brûlent euxmêmes comme Hercule sur le mont OEta et se délivrent ainsi de leurs gênes ; mais le plus grand nombre manquent de courage devant cette dernière épreuve, qui leur semble une seconde mort plus affreuse que la première, et restent ainsi dans l'enfer, qui est éternel de droit et de fait,

DOGMK DE LA HAUTE MAGIE.

grec (le TcWangile selon saint Mathieu et dans plusieurs exemplaiiTîS hébraujiies. Le voici dans ces deux langues sacrc^es :

n'nm njSoan ih >a ; tdk iv

Ôti ai) èaxlv r) |3afftXtia xai -n «Suvaj^iç, xa'e -h oô^a, clç Toùç

afwva;. Afxy/v.

Le mot sacré de Malkout, employé pour Keter, qui est son correspondant cabalistique, et la balance de Géburali et de Chesed se répétant dans les cercles ou cieux que les gnostiques appelaient Eones, donnent dans ce verset occulte la clef de voûte de tout le temple chrétien. Les protestants l’ont traduit et conservé dans leur Nouveau Testament, sans en retrouver la haute et merveilleuse intelligence, qui leur eût dévoilé tous les mystères de V Apocalypse; mais c’est une tradition dans l’Église que la révélation de ces mystères est réservée aux derniers temps.

Malkout appuyé sur Géburah et sur Chesed, c’est le temple de Salomon ayant pour colonnes Jakin et Bohas. C’est le dogme adamique, appuyé d’une part sur la résignation d’Abel, et de l’autre sur le travail et les remords de Caïn ; c’est l’équi-

O

LË TRIANGLE DE SALOMON. illl

libre universel de l’être basé sur la nécessité et sur la liberté, sur la fixité et le mouvement; c’est la démonsti’ation du levier universel cherchée vainement par Archimède. Un savant qui a employé tout son talent à se rendre obscur, et qui est mort sans avoir voulu se faire comprendre, avait résolu cette suprême équation, retrouvée par lui dans la cabale, et craignait par-dessus tout qu’on ne pût savoir, s’il s’exprimait plus clairement, l’origine de ses découvertes. Nous avons entendu un de ses disciples et de ses admirateurs s’indigner, peut-être de bonne foi, en l’entendant appeler cabaliste, et pourtant nous devons dire, à la gloire de ce savant , que ses recherches nous ont considé- rablement abrégé notre travail sur les sciences occultes, et que la clef de la haute cabalé surtout, indiquée dans le verset occulte que nous venons ' de citer, a été doctement appliquée à une réforme absolue de toutes les sciences dans les livres d’Hœné Wronski.

La vertu secrète des Évangiles est donc contenue dans trois mots, et ces trois mots ont fondé trois dogmes et trois hiérarchies. Toute science reposé sur trois principes, comme le syllogisme sur trois termes. Il y a aussi trois classes distinctes ou trois

1Û8 DOGMlî DE LA HAUTE MAGIE.

rangs originels et naturels parmi les hommes, qui sont tous appelés à monter du plus bas au plus haut. Les Hébreux appellent ces séries ou degrés du progrès des esprits, Asiah, Jézirah et Briah. Lesgno* stiques, qui étaient les cabalistes chrétiens, les nommaient Hylé, Psyché et Gnosis ; le cercle suprême s’appelait chez les Hébreux Aziluth, et chez les gnostiques Pléroma.

Dans le tétragramme, le ternaire, pris au commencement du mot, exprime la copulation divine, pris à la fin, il exprime le féminin et la maternité. Ève porte un nom de trois lettres, mais l’Adam primitif est exprimé par la seule lettre Jod, en sorte que Jéhova devrait se prononcer léva. Ceci nous conduit au grand et suprême mystère de la magie, exprimé par le quaternaire.

LE TEÏRAGRAMME.

GÉBÜRAH CHESED.

PORTA LIBRORÜM.

ELEMENTA.

11 y a dans la nature deux forces produisant un équilibre, et les trois ne sont qu’une seule loi. Voilà le ternaire se résumant dans l’unité, et, en ajoutant l’idée d’unité à celle du ternaire, on arrive au quaternaire, premier nombre carré et parfait, source de toutes les combinaisons numériques et principe de toutes les formes.

Affirmation, négation, discussion, solution, telles sont les quatre opérations philosophiques de l’esprit humain. La discussion concilie la négation avec l’affirmation en les rendant nécessaires l’une à l’autre. C’est ainsi que le ternaire philosophique, se produisant du binaire antagonique, se complète par le quateriiaire, base carrée de toute vérité. En Dieu, suivant le dogme consacré, il y a trois personnes, et ces trois personnes ne’sont qu’un seul Dieu. Trois et un donnent l’idée de quatre,

150 DOGMIÎ DE LA HAUTE MAGIE.

parce (pie l’unité est nécessaire pouiexpli(pier les trois. Aussi dans pres([ue toutes les langues, le nom de Dieu est-il de quatre lettres, et, en hébreu, ces quatre lettres ne font que trois, car il y en a une qui se répète deux fois : celle qui exprime le Verbe et la création du Verbe.

Deux aÜirmations rendent possibles ou nécessairés deux négations correspondantes. L’être est signifié, le néant n’est pas. L’affirmation, comme Verbe, produit raffirmation comme réalisation ou incarnation du Verbe, et chacune de ces affirmations correspond à la négation de son contraire.

C’est ainsi que, suivant le dire des cabalistes, le nom du démon, ou du mal, se compose des lettres retournées du nom môme de Dieu, ou du bien.

Ce mal, c’est le reflet perdu ou le mirage imparfait de la lumière dans l’ombre.

Mais tout ce qui existe, soit en bien, soit en mal,

soit dans la lumière, soit dans l’ombre, existe et se

révèle par le quaternaire.

L’affirmation de l’unité suppose le nombre quatre, si cette affirmation ne tourne pas dans l’unité elle-même comme dans un cercle vicieux.

Aussi le ternaire, comme nous l’avons déjà observé, s’explique-t-il par le binaire, et se rësout-il par le

LE TÉTRAGIUMME.

quaternaire, qui est runit('* carrée des nombres pairs et la base quadrangulaire du cube, unité de construction, de solidité et de mesure;

Le tétragrarnine cabalistique Jodhéva exprime Dieu dans riuimanité et l’humanité en Dieu.

Les quatre points cardinaux astronomiques sont, relativement à nous, le oui et le non de la lumière:

l’orient et l’occident, et le oui et le non de la cha7 leur : le midi et le nord.

Ce qui est dans la nature visible révèle, comme nous le savons déjà d’après le dogme unique de la cabale, ce qiii est dans le domaine de la nature invisible, ou des causes secondes toutes proportionnelles et analogues aux manifestations de la cause première.

Aussi cette cause première s’est-elle toujours révélée par la croix : la croix, cette unité composée de deux, qui se divisent l’un l’autre pour former quatre ; la croix, cette clef des mystères de l’indè et de l’Égypte, le Tau des patriarches, le signe divin d’Osiris, leStauros des gnostiques, la clef de voûte du temple, le symbole de la maçonnerie occulte ; la croix, ce point central de la jonction des angles droits de deux triangles infinis ; la croix, qui, dans la langue française, semble être là racine

DOGMK Dli LA llAUTli MAGIE.

première et le substantif fondamental du verbe croire et du verbe croître, réunissant ainsi les idées de science, de religion et de progrès.

Le grand agent magique se révèle par quatre sortes de phénomènes, et a été soumis au tâtonnement des sciences profanes sous quatre noms : calorique, lumière, électricité, magnétisme.

On lui a aussi donné les noms de tétragramme, d’inri, d’azoth, d’éther, d’od, de fluide magnétique, d’âme de la terre, de serpent, de lucifer, etc.

Le grand agent magique est la quatrième émanation de la vie-principe, dont le soleil est la troisième forme (voiries initiés de l’école d’Alexandrie et le dogme d’Hermès Trismégiste).

En sorte que l’œil du monde (comme l’appelaient les anciens) est le mirage du reflet de Dieu, et que l’âme de la terre est un regard permanent du soleil que la terre conçoit et garde par impré- gnation.

La lune concourt à cette imprégnation de la terre en repoussant vers elle une image solaire pendant la nuit, en sorte qu’Hermès a eu raison de dire, en parlant du grand agent: Le soleil est son père, la lune est sa mère. Puis il ajoute : Le vent l’a porté dans son ventre, parce que l’atmosphère est

le récipient et comme le creuset des rayons solaires, au moyen descpiels se forme cette image vivante du soleil qui pénètre la terre tout entière, la vivifie, la féconde, et détermine tout ce qui se produit à sa surface par ses effluves et ses courants continuels, analogues à ceux du soleil lui-même.

Cet agent solaire est vivant par deux forces contraires : une force d’attraction et une force de projection, ce qui fait dire à Hermès que toujours il remonte et redescend.

La force d’attraction se fixe toujours au centre des corps, et la force de projection dans leurs contours ou à leur surface.

C’est par cette double force que tout est créé et que tout subsiste.

Son mouvement est un enroulement et un déroulement successifs et indéfinis, ou plutôt simultanés et perpétuels, par spirales de mouvements contraires qui ne se rencontrent jamais.

C’est le même mouvement que celui du soleil, qui attire et repousse en même temps tous les astres de son système.

Connaître le mouvement de ce soleil terrestre, de manière à pouvoir profiter de ses courants et

DOliMK l)k l-A IIAUTIi MAGIE.

les diriger, c’est avoir accompli le grand œuvre, et c’est èlie maître du monde.

Armé d’uiie seinblable force, vous pouvez vous faire adorer, le vulgaire vous croira Dieu.

Le secret absolu.de cette direction a été possédé par quelques hommes, et peut encore être trouvé. C’est le grand arcane magique : il dépend d’un axiome incommunicable et d’un instrument qui est le grand et unique atlianor des hermétiques du plus haut grade.

L’axiome incommunicable est renfermé caba^

listiqüënieiit dans les quatre lettres du tétràgrariime cj disposées de cette manière : ,

dans les lettres des mots AZOTH et INRI, écrites cabalistiquement, et dans le monogramme du Christ, tel qu’il était brodé sur le labarum, et que le cabaliste Poslel interprète par le mot ROTA, dont les adeptes ont formé leur taro ou tarot, en répétant deux fois la première lettre , pour indiquer le cercle et faire comprendre que le mot est retourné.

Toute la science magique consiste dans la connaissance de ce secret. Le savoir et oser s’en servir, c’est la toute-puissance humaine ; mais le révé- ler à un profane, c’est le perdre ; le révéler même à un disciple, c’est abdiquer en faveur de ce disciple, qui, à partir de ce moment, a droit de vie et de mort sur son initiateur (je parle au point de vue magic[ue) , et le tuera certainenhent , de peur de mourir lui-même. (Ceci n’a rien de commun avec les actes qualifiés meurtre en législation criminelle, la philosophie pratique, qui sert de base et de point de départ à nos lois, n’admettant pas les faits d’envoûtements et d’influences occultes.) Nous entrons ici dans les révélations étranges, et nous nous attendons à toutes les incrédulités et à tous les haussements d’épaules du fanatisme incré- dule; car la religion voltairieniie a aussi ses fana-

DOGMli DE LA HAUTE MAGIE

tiques, n’en déplaise aux grandes ombres (jui doivent bouder maintenant d’une manière pitoyable dans les caveaux du Panthéon, pendant que le catholicisme, toujours fort de ses pratiques et de son prestige, chante l’office sur leur tête.

La parole parfaite, celle qui est adéquate à la pensée qu’elle exprime, contient toujours virtuellement ou suppose un quaternaire: l’idée et ses trois formes nécessaires et corrélatives, puis aussi l’image de la chose exprimée avec les trois termes du jugement qui la qualifie. Quand je dis: L’être existe, j’affirme implicitement que le néant n’existe pas.

Une hauteur, une largeur que la hauteur divise géométriquement en deux, et une profondeur séparée de la hauteur par l’intersection de la largeur, voilà le quaternaire naturel composé de deux lignes qui se croisent. 11 y a aussi dans la nature quatre mouvements produits par deux for.ces qui se soutiennent l’une l’autre par leur tendance en sens contraire. Or la loi qui régit les corps est analogue et proportionnelle à celle qui gouverne les esprits, et celle qui gouverne les esprits est la manifestation môme du secret de Dieu, c’est-à-dire du mystère de la création.

Supposez une montre à deux ressorts parallèles , avec un engrenage cpii les fait manœuvrer en sens contraire, de sorte (pie l’un, en se détendant, resserre l’autre : la montre ainsi se remontera d’ellemôme, et vous aurez trouvé le mouvement perpé- tuel. Cet engrenage doit être à deux fins et d’une grande précision. Est-il introuvable? Nous ne le croyons pas. Mais, cpiand un homme l’aura découvert, cet homme pourra comprendre par analogie tous les secrets de la nature : le 'progrès en raison directe de la résistance.

Le mouvement absolu de la vie est ainsi le résul-

tat perpétuel de deux tendances contraires qui ne sont jamais opposées. Quand l’une des deux paraît céder à l’autre, c’est un ressort qui se remonte, et vous pouvez vous attendre à une réaction dont il est très possible de prévoir le moment et de déterminer le caractère ; c’est ainsi qu’à l’époque de la plus grande ferveur du christianisme, le règne de I’An- TECiiRisT a été connu et prédit.

Mais l’antechrist préparera et déterminera le nouvel événement et le triomphe définitif de l’Homme-ftieu. Ceci encore est une conclusion rigoureuse et cabalistique contenue dans les pré- misses évangéliques.

i58 DOGME DE LA HALTE MAGIE.

Ainsi la pro})hélio clmHienne conlient une quadruple révélation: 1“ chute du vieux monde et triomphe de l’Évangile sous le })remier avènement; 2“ grande apostasie et venue *de rant(‘christ ; 8" chute de rantechrist et retour aux idées chré- tiennes; (i° triomphe définitif de l’Évangile, ou second avènement, désigné sous le nom de jugement dernier. Celte quadruple prophétie contient, comme on peut le voir, deux affirmations et deux négations, l’idée de deux ruines ou morts universelles et de deux renaissances; car à toute idée qui

apparaît à l’horizon social on peut assigner sans

craindre d’erreur un orient et un occident , un zénith et un nadir. C’est ainsi que la croix philosophique est la clef de la prophétie , et qu’on peut ouvrir toutes les portes de la science avec le pantacle d’Ezéchiel, dont le centre est une étoile formée du croisement de deux croix.

La vie humaine ne se forme-t-elle pas aussi de ces trois phases ou transformations successives : naissance, vie, mort, immortalité? Et remarquez ici que rimmortalité de Pâme, nécessitée comme complément du quaternaire, est cabalistiquernent prouvée par Panalogie, qui est le dogme unique de la religion vraiment universelle, comme elle est la clef de la science et la loi inviolable de la nature.

La mort, eu effet, ne peut pas plus être une fin absolue que la naissance iPest un commencement réel. La naissance prouve la préexistence de Pêtre humain, puisque rien ne se produit de rien, et la mort prouve Pimmortalité, puisque Pêtre ne peut pas plus cesser d’être que le néant ne peut cesser de ne pas être. Etre et néant sont deux idées absolument inconciliables, avec cette différence que l’idée du néant (idée toute négative) sort de Pidée même de Pêtre, dont le néant ne peut pas même être compris comme une négation absolue, tandis que Pidée de Pêtre ne peut jamais être même rapprochée de celle du néant, bien loin qu’elle en puisse sortir. Dire que le monde est sorti du néant, c’est proférer une monstrueuse absurdité. Tout ce qui est procède de ce qui était, par conséquent rien

de ce qui est ne saurait jamais ne plus être. La succession des tonnes est produite par les alternatives du mouvement ; ce sont des phénomènes de la vie qui se remplacent les uns les autres sans se détruire. Tout change, mais rien ne périt. Le soleil n’est pas mort lorsqu’il disparaît à l’horizon, les formes, môme les plus mobiles, sont immortelles et subsistent toujours dans la permanence de leur raison d’être, qui est la combinaison de la lumière avec les puissances agrégatives des molé- cules de la substance première. Aussi se conservent-elles dans le fluide astral, et peuvent-elles être évoquées et reproduites selon la volonté du sage, comme nous le verrons quand nous traiterons de la seconde vue et de l’évocation des souvenirs dans la nécromancie et autres opérations magiques.

Nous reviendrons sur le grand agent magique au quatrième chapitre du Rituel, où nous achèverons d’indiquer les caractères du grand arcane et les moyens de ressaisir cette formidable puissance.

Disons ici quelques mots des quatre éléments magiques et des esprits élémentaires.

Les éléments magiques sont : en alchimie, le

sel, le mercure, le soufre et Tazotb*, en cabale, le macroprosope, le microprosope et les deux mères; eu biéroglypbes, riiomme, l’aigle, le lion et le taureau ; en physique ancienne, suivant les termes et les idées vulgaires, l’air, l’eau, la terre et le feu.

En science magique, on sait que l’eau n’est pas de l’eau ordinaire; que le feu n’est pas simplement du feu, etc. Ces expressions cacbent un sens plus relevé. La science moderne a décomposé les quatre éléments des anciens et y a trouvé beaucoup de corps prétendus simples. Ce 'qui est simple, c’est la substance primitive et proprement dite ; il n’y a donc qu’un élément matériel, et cet élé- ment se manifeste toujours par le quaternaire dans ses formes. Nous conserverons donc la savante distinction des apparences élémentaires admise parles anciens, et nous reconnaîtrons l’air, le feu, la terre et l’eau pour les quatre éléments positifs et visibles de la magie.

Le subtil et l’épais, le dissolvant rapide et le dissolvant lent, ou les instrutaents du cbaud et du froid, forment en physique occulte les deux principes positifs et les deux principes

nOCJMli: DK LA MADTK MAGIE.

iiégalits du (luaternciirc, cl doiveiil ôtro figurds ainsi :

L’Azolli,

L’Aigle.

L’Air.

Le Soufre. Le I.ion. Le Feu.

Le Sel.

' Le Taureau.

La Terre.

L’air et la terre représentent ainsi le principe mâle, le feu et l’eau se rapportent au principe femelle, puisque la croix philosophique des pantacles est, comme nous l’avons déjà dit, un hyé- roglyphe primitif et élémentaire du lingam des gymnosophistes.

A ces quatre formes élémentaires correspondent les quatre idées philosophiques suivantes :

L’Esprit,

La Matière,

Le Mouvement,

Le Repos.

Le Mercure. L’Homme. L'Eau .

La science tout entière , en effet , est dans l’intelligence de ces quatre choses, que l’alchimie réduisait à trois,

L’Absolu,

Le Fixe,

Le Volatil ;

et que la cabale rapporte à l’idée même de Dieu, qui est raison absolue, nécessité et liberté, triple notion exprimée dans les livres occultes des Hébreux.

Sous les noms de Kéther, de Chocmah et de

Binah pour le monde divin , de Tiphereth , de Chesed etde Géburahdans le monde moral, et enfin de Jesod , Hod et Netsah dans le monde physique, (|ui, avec le monde moral, est contenu dans l’idée de royaume ou malkout, nous expliquerons au dixième chapitre de ce livre cette théogonie, aussi rationnelle que sublime.

Or les esprits créés, étant appelés à l’émancipation par l’épreuve, sont placés dès leur naissance entre ces quatre forces, les deux positives et les deux négatives, et sont mis à même d’affirmer ou de nier le bien, de choisir la vie ou la mort. Trouver le point fixe, c’est-à-dire le centre moral de

la croix, est le premier problème qui leur est donné à résoudre; leur première conquête doit être celle de leur propre liberté.

Ils commencent donc par être entraînés les uns au nord, les autres au midi, les uns à droite, les autres àgaucbe, et, tant qu’ils ne sont pas libres, ils ne peuventavoir l’usage de la raison, ni s’incarner autrement que dans des formes animales. Ces esprits non émancipés, esclaves des quatre éléments, sont ce que les cabalistes appellent des démons élémentaires, et ils peuplent les éléments qui correspondent à leur état de servitude. Il existe donc réellement des sylphes, des ondins, des gnomes et des salamandres, les uns errant et cherchant à s’incarner, les autres incarnés, et vivant sur la terre. Ce sont les hommes vicieux et imparfaits.

Nous reviendrons sur ce sujet au quinzième chapitre, qui traite des enchantements et des démons.

C’est aussi une tradition de physique occulte qui a fait admettre par les anciens l’existence des quatre âges du Gionde ; seulement on ne disait pas au vulgaire que ces quatre âges devaient être successifs, comme les quatre saisons de l’année, et se renouveler comme elles. Ainsi l’âge d’or est passé

et il est encore à venir. Mais ceci se rapporte à l’esprit de prophétie, et nous en parlerons au chapitre neuvième, qui traite de l’initié et du voyant.

Ajoutons maintenant l’unité au quaternaire, et nous aurons ensemble et séparément les idées de la synthèse et de l’analyse divines, le dieu des initiés et celui des profanes. Ici le dogme se popularise et devient moins abstrait; le grand hiérophante intervient.

DOGMK DK IA HAUTE MAGIE.

rj n E.

LE PEINTAGHAMME.

ÜÉBUUAH.

ECCE.

Jusqu’ici nous avons exposé le dogme magique dans ce qu’il a de plus aride et de plus abstrait ; ici commencent les enchantements ; ici nous pouvons annoncer les prodiges et révéler les choses les plus cachées.

Le pentagramme exprime la domination de

LE PENTAGRAMMli. 1B7

l’esprit sur les éléments, et c’est parce signe qu’on enchaîne les démons de l’air, les esprits du feu, les spectres de l’eau et les fantômes de la terre.

Armé de ce signe et convenablement disposé, vous pouvez voir rinlîni à travers cette faculté qui est comme l’œil de votre àme, et vous vous ferez servir par des légions d’anges et des colonnes de démons.

Et d’abord posons des principes ;

Il n’y a pas de inonde invisible, il y a seulement plusieurs degrés de perfection dans les organes.

Le corps est la représentation grossière et comme l’écorce passagère de l’ânie.

L’àme peut percevoir par elle* même, et sans l’entremise des organes corporels, au moyen de sa sensibilité et de son diaphane, les choses, soit spirituelles, soit corporelles, qui existent dans l’univers.

Spirituel et corporel sont des mots qui expriment seulement les degrés de ténuité ou de densité de la substance.

Ce qu’on appelle en nous l’imagination n’est que la propriété inhérente à notre âme de s’assimiler les images et les reflets contenus dans la lumière vivante, qui est le grand agent magnétique.

Ces images et ces reflets sont des révélations

DOGMli D1-: LA IIAUTK MAGIL.

quand la science intervient poin* nous en révéler le corps ou la lumière. L’homme de génie dilîèr«i du rêveur et du fou en cela seulement que ses créations sont analogues à la vérité, tandis que celles des rêveurs et des fous sont des reflets perdus et des images égarées.

Ainsi, pourle sage, imaginer, c’est voir, comme, pour le magicien, parler, c’est créer.

On peut donc voir réellement et en vérité les démons, les âmes, etc., au moyen de l’imagination ; mais l’imagination de l’adepte est diaphane, tandis que celle du vulgaire est opaque -, la lumière de la vérité traverse l’une comme une 'fenêtre splendide, et se réfracte dans l’autre comme dans une masse vitreuse pleine de scories et de corps étrangers.

Ce qui contribue le plus aux erreurs du vulgaire et aux extravagances de la folie, ce sont les reflets des imaginations dépravées les unes dans les autres.

Mais le voyant sait de science certaine que les choses imaginées par lui sont vraies, et l’expérience confirme toujours ses visions.

Nous disons dans le Rituel par quels moyens on acquiert cette lucidité.

C’est au moyen de cette lumière que les vision-

naires statiques se mettent eu communication avec tous les mondes, comme cela arrivait si fréquemment à Emmanuel Swedenborg, qui pourtant n’était pas parfaitement lucide, puisqu’il ne discernait pas les reflets des rayons, et mêlait souvent des rêves à ses plus admirables songes.

Nous disons songes parce que le songe est le résultat d’une extase naturelle et périodique qu’on appelle sommeil. Être en extase, c’est dormir; le somnambulisme magnétique est une reproduction et une direction de l’extase.

Les erreurs dans le somnambulisme sont occa-

sionnées par les reflets du diaphane des personnes éveillées, et surtout du magnétiseur.

Le songe est la vision produite par la réfraction d’un rayon de vérité ; le rêve est l’hallucination occasionnée par un reflet.

La tentation de saint Antoine, avec ses cauche- : mars et ses monstres, représente la confusion des reflets avec les rayons directs. Tant que l’âme lutte, elle est raisonnable; lorsqu’elle succombe à cette : sorte d’ivresse envahissante, elle est folle.

Démêler le rayon direct et le séparer du reflet,

} telle est l’œuvre de l’initié.

Maintenant disons hautement que cette œuvre

s’ost toujours accomplie ])ar ([ucUiues hommes d’élite dans le monde; que la révélation par intuition est ainsi permanente, et qu’il n’y a pas de barrière infranchissable qui sépare les âmes, puisqu’il n’y a dans la nature ni bruscpie interruption ni murailles abruptes qui puissent séparer les esprits. Tout est transition et nuances, et, si l’on suppose la perfectibilité, sinon infinie, du moins indéfinie, des facultés humaines, en verra que tout homme peut arriver atout voir, et par conséquent à tout savoir, du moins dans un cercle qu’il peut indéfiniment élargir.

Il n"y a pas de vide dans la nature, tout est peuplé.

11 n’y a pas de mort réelle dans la nature, tout est vivant.

«Voyez-vous cette étoile? disait Napoléon au cardinal Fesch. — Non, Sire. — Eh bien ! moi, je la vois. » Et certainement il la voyait.

C’est pour cela qu’on accuse les grands hommes d’avoir été superstitieux : c’est qu’ils ont vu ce que le vulgaire ne voit pas.

Les hommes de génie diffèrent des simples voyants par la faculté qu’ils possèdent de faire sentir aux autres hommes ce qu’ils voient eux-

mêmes et de se faire croire par enthousiasme et par sympathie.

Ce sont les médium du Verbe divin.

Disons maintenant comment s’opère la vision.

Toutes les formes correspondent à des idées, et il n’y a pas d’idée qui n’ait sa forme propre et particulière.

La lumière primordiale, véhicule de toutes les idées, est la mère de toutes les formes et les transmet d’émanation en émanation, diminuées seulement ou altérées en raison de la densité des milieux.

Les formes secondaires sont des reflets qui retournent au foyer de la lumière émanée.

Les formes des objets, étant une modification de la lumière, restent dans la lumière où le reflet les renvoie. Aussi la lumière astrale ou le fluide terrestre que nous appelons le grand agent magique, est-il saturé d’images ou de reflets de toutes sortes que notre âme peut évoquer et soumettre à son diaphane, comme parlent les cabalistes. Ces images nous sont toujours présentes et sont seulement effacées par les empreintes plus fortes de la réalité pendant la veille, ou par les préoccupations de notre pensée, qui rendent notre imagina-

tion inattentive au panorama mobile de la lumière astrale. Quand nous dormons, ce spectacle se pré- sente de lui-même à nous, et c’est ainsi que se produisent les rêves : rêves incohérents et vagues, si quelque volonté dominante ne reste active pendant le sommeil et ne donne, à l’insu même de nôtre intelligence, une direction au rêve, qui alors se transforme en songe.

Le magnétisme animal n’est autre chose qu’un sommeil artificiel produit par F union, soit volontaire, soit forcée, de deux âmes dont Tune veille pendant que l’autre dort, c’est-à-dire dont Fune dirige l’autre dans le choix des reflets pour changer les rêves en songes et savoir la vérité au moyen des images.

Ainsi les somnambules ne vont pas réellement aux endroits où le magnétiseur les envoie; elles éii évoquent les images dans la lumière astrale, et ne peuvent rien voir de ce qui n’existe pas dans cette lumière.

La lumière astrale a une action directe sur les nerfs, qui en sont les conducteurs dans l’économie animale, et qui la portent au cerveau ; aussi, dans Fétat de somnambulisme, peut-on voir par les nerfs, et sans avoir besoin môme de la lumière

rayonnante, le fluide astral étant une lumière latente, comme la physique a reconnu qu’il existe un calorique latent.

Le magnétisme à deux est sans doute une merveilleuse découverte ; mais le magnétisme d’un seul se rendant lucide à volonté et se dirigeant lui-même, c’est la perfection de l’art magique; et le secret de ce grand œuvre n’est pas à trouver : il a été connu et pratiqué par un grand nombre d’initiés, et surtout par le célèbre Apollonius de Thiane, qui en a laissé une théorie, comme nous le verrons dans notre Rituel.

Le secret de la lucidité magnétique et la direction des phénomènes du magnétisme tiennent à deux choses : à l’harmonie des intelligences et à l’union parfaite des volontés dans une direction possible et déterminée parla science; ceci est pour le magné- tisme opéré entre plusieurs. Le m.agnétisme solitaire demande les préparations dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, quand nous avons énuméré et fait voir dans toute leur difficulté les qualités requises pour être un véritable adepte.

Nous éclaircirons de plus en plus ce point important et fondamental dans les chapitres qui vont suivre.

ilk DÜGMK 1)Ë l.A llAUTlî MAOIK.

C.ct empire de la volonté sur la lumière astrale, (pii est l’âme physi((ue des (juatre éléments, est figuré en magie par le jientagramme, dont nous avons placé la figure en tête de ce chapitre.

Aussi les esprits élémentaires sont-ils soumis à ce signe lorsqu’on l’emploie avec intelligence, et on peut, en le plaçant dans le cercle ou sur la table des évocations, les rendre dociles, ce qui s’appelle eu magie les emprisonner.

Expliquons en peu de mots cette merveille. Tous les esprits crées communiquent entre eux par des signes et adhèrent tous à un certain nombre de vérités exprimées par certaines formes déterminées.

La perfection des formes augmente en raison du dégagement des esprits, et ceux qui ne sont pas appesantis par les chaînes de la matière reconnaissent à la première intuition si un signe est l’expression d’un pouvoir réel ou d’une volonté téméraire.

L’intelligence du sage donne donc de la valeur à son pantacle, comme sa science donne du poids à sa volonté, et les esprits comprennent immédiatement ce pouvoir.

Ainsi, avec le pentagramme, on peut forcer

les esprits à apparaître en songe, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil, en amenant euxmêmes devant notre diaphane leur reflet^ qui existe dans la lumière astrale, s'ils ont vécu , ou un reflet analogue à leur verbe spirituel, s'ils n'ont pas vécu sur la terre. Ceci explique toutes les visions et déniontre surtout pourquoi les morts apparaissent toujours aux voyants, soit tels qu’ils étaient sur la terre, soit tels qu’ils sont encore dans la tombe, jamais comme ils sont dans une existence qui échappe aux perceptions de notre organisme actuel.

Les femmes enceintes sont plus que d 'autres sous l’influence de la lumière astrale, qui concourt à la formation de leur enfant, et qui leur présente sans cesse les réminiscences de formes dont elle est pleine. C’est ainsi que des femmes très vertueuses trompent par des ressemblances équivoques la malignité des observateurs. Elles impriment souvent à l’œuvre de leur mariage une image qui les a frappées en songe, et c’est ainsi que les mêmes physionomies se perpétuent de siècle en siècle.

L’usage cabalistique du pentagramme peut donc déterminer la figure des enfants à naître, et une femme initiée pourrait donner à son fils les traits de Nérée ou d’Achille, comme ceux de Louis XIV

OU de Napoléon. Nous en indiquons la manière dans notre Rituel.

Le pentagramrne est ce qu’on nomme, en cabale, le signe du microcosme, ce signe dont Goethe exalte la puissance dans le beau monologue de Faust :

« Ah ! comme à cette vue tous mes sens ont tres- » sailli ! Je sens la jeune et sainte volupté de la vie » bouillonner dans mes nerfs et dans mes veines. » Était-il un Dieu celui qui traça ce signe qui » apaise le vertige démon âme, emplit de joie mon » pauvre cœur, et, dans un élan mystérieux, dé- » voile autour de moi les forces de la nature ? Suis- » je un Dieu? Tout me devient si clair; je vois » dans ces simples traits la nature active se révéler » à mon âme. Maintenant pour la première fois » je reconnais la vérité de cette parole du sage : » Le monde des esprits n’est pas fermé ! Ton sens » est obtus, ton cœur est mort. Debout! Baigne, » ô adepte de la science, ta poitrine, encore enve- » loppée d’un voile terrestre, dans les splendeurs » du jour naissant ! »

C’est le 2/1- juillet de l’année 185/i que l’auteur

LE PENTAÜRAMME.

de ce livre, EliphasLévi, fit à Londres rcxpériciice de révocation par le penlagramme, après s’y être préparé par toutes les cérémonies qui sont marquées dans le Rituel (1). Le succès de cette expé- rience, dont nous donnons les raisons et les dé- tails au lo® chapitre du Dogme et les Cérémonies au 13® du Rituel, établit un nouveau fait pathologique que les hommes de vraie science admettront sans peine. L’expérience réitérée jusqu’à trois fois donna des résultats vraiment extraordinaires, mais positifs et sans aucun mélange d’hallucination. Nous invitons les incrédules à faire un essai conscien-

cieux et raisonné avant de hausser les épaules et de sourire.

La figure du pentagramme, perfectionnée d’après la science, et qui a servi à l’auteur pour cette épreuve, est celle qui se trouve au commencement de ce chapitre, et qu’on ne trouve aussi complète ni dans les clavicules de Salomon, ni dans les calendriers magiques de Tycho-Brahé et deDuchenteau.

Observons seulement que l’usage du pentagramme est très dangereux pour les opérateurs qui

(1) Voir le Rituel, chapitre 13.

DOGMlî DE LA HAUTE MAGIE.

ii’eii ont pas la comjilôte ut parfaite intelligence. La direction des pointes de l’étoile n’est pas arbitraire, et peut changer le caractère de toute l’opération, comme nous l’expliquerons dans le Rituel .

Paracelse, ce novateur en magie qui a surpassé tous les autres initiés par les succès de réalisation obtenus par lui seul, affirme que toutes les figures magiques et tous les signes cabalistiques des pantacles auxquels obéissent les esprits se réduisent à deux, qui sont la synthèse de tous les autres: le

signe du macrocosme ou du sceau de Salomon, dont nous avons déjà donné la figure, que nous reproduisons ici,

et celui du niicrocosme, plus ])uissaut encore que le premier, c'est-à-dire le peutagrainme, dont il donne, dans sa philosophie occulte, une minutieuse description.

Si l’on demande comment un signe peut avoir tant de puissance sur les esprits, nous demanderons à notre tour pourquoi le monde chrétien s’est prosterné devant le signe de la croix. Le signe n’est rien par lui-même et n’a de force que par le dogme dont il est le résumé et le Verbe. Or un signe qui résume en les exprimant toutes les forces occultes de la nature, un signe qui a toujours manifesté aux esprits élémentaires et autres une puissance supérieure à leur nature, les frappe naturellement de respect et de crainte et les force d’obéir, par l’empire de la science et de la volonté sur l’ignorance et la faiblesse.

C’est aussi par le pentagramme qu’on mesure les proportions exactes du grand et unique athanor nécessaire à la confection de la pierre philosopnale et à l’accomplissement du grand œuvre. L’alambic le plus parfait qui puisse élaborer la quintessence est conforme à cette figure, et la quintessence ellemême est figurée par le signe du pentagramme,

L’ÉQUILIBRIÎ MAGIQUE.

TIPHERET.

UNCUS.

L’intelligence suprême est nécessairement raisonnable. Dieu, en philosophie, peut n’être qu’une hypothèse, mais c’est une hypothèse imposée par le bon sens à la raison humaine. Personnifier la raison absolue, c’est déterminer l’idéal divin.

Nécessité, liberté et raison, voilà le grand et suprême triangle des cabalistes, qui nomment la raison Keter, la nécessité Chocmah et la liberté Binah, dans leur premier ternaire divin.

Fatalité, volonté et puissance, tel est le ternaire magique qui, dans les choses humaines, correspond au triangle divin.

La fatalité, c’est l’enchaînement inévitable des effets et des causes dans un ordre donné.

La volonté, c’est la faculté directrice des forces intelligentes pour concilier la liberté des personnes avec la nécessité des choses.

Le pouvoir, c’est le sage emploi de la volonté,

L’h'QUlLlBUb: MAGIQUE. 181

qui fait servir la fatalité même à raccomplissemeiit des désirs du sage.

Lorsque Moïse frappe le rocher, il ne crée pas la source d’eau, il la révèle au peuple, parce qu’une science occulte la lui a révélée à lui-môrne au moyen de la baguette divinatoire.

11 en est ainsi de tous les miracles de la magie : une loi existe, le vulgaire l’ignore , l’initié s’en sert.

Les lois occultes sont souvent diamétralement opposées aux idées communes. Ainsi, par exemple, le vulgaire croit à la syinpathie des semblables et à la guerre des contraires; c’est la loi opposée qui est la vraie.

On disait autrefois : la nature a horreur du vide; il fallait dire : la nature est amoureuse du vide, si le vide n’était, en physique, la plus absurde des fictions.

Le vulgaire prend habituellement en toutes choses l’ombre pour la réalité. Il tourne le dos à la lumière et se mire dans l’obscurité qu’il projette lui-même.

Les forces de la nature sont à la disposition de celui qui sait leur résister. Êtes vous assez maître de vous-même pour n’être jamais ivre, vous dis-

posez de lii terrible et fjiltile puissiince de l’ivresse. Si vous voulez enivj'er les autres, duuuez-leur envie de boire, mais ne buvez pas.

Celui-là dispose de l’amour des autres ipii est maître du sien. Voulez-vous posséder, ne vous donnez pas.

Le monde est aimanté de la lumière du soleil, et nous sommes aimantés de la lumière astrale du monde. Ce qui s’opère dans le corps de la planète se répète en nous. Il y a en nous trois mondes analogues et hiérarchiques, comme dans la nature entière.

L’homme est le microcosme ou petit monde, et, suivant le dogme des analogies, tout ce qui est dans le grand monde se reproduit dans le petit. 11 y a donc en nous trois centres d’attraction et de projection fluidique : le cerveau, le cœur ou l’épigastre et l’organe génital. Chacun de ces organes est unique et double, c’est-à-dire qu’on y retrouve l’idée du ternaire. Chacun de ces organes attire d’un côté et repousse de l’autre. C’est au moyen de ces appareils que nous nous mettons en communication avec le fluide universel, transmis en nous par le système nerveux. Ce sont aussi ces trois centres qui sont le siège de la triple opération

l’équilibre magique.

magnétique, comme nous l’expliquerons ailleurs.

Lorsque le mage est parvenu à la lucidité, soit par l’intermédiaire d’une pythonisse ou somnambule, soit par ses propres efforts, il communique et dirige à volonté des vibrations magnétiques dans toute la masse de la lumière astrale, dont il devine les courants à l’aide de la baguette magique, qui est une baguette divinatoire perfectionnée. Au moyen de ces vibrations, il influence le système nerveux des personnes soumises à son action, pré- cipite ou suspend les courants de la vie, calme ou tourmente, guérit ou rend malade, tue enfin ou

ressuscite Mais ici nous nous arrêtons devant

le sourire de l’incrédulité. Laissons-lui le triomphe facile de nier ce qu’elle ne sait pas.

Nous démontrerons plus tard que la mort est toujours précédée d’un sommeil léthargique et ne s’opère que par degrés; que la résurrection en certains cas est possible, que la léthargie est une mort réelle, mais inachevée, et que beaucoup de morts achèvent de mourir après leur inhumation. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans ce chapitre. Nous disons donc qu’une volonté lucide peut agir sur la masse de la lumière astrale, et, avec le concours d’autres volontés qu’elle absorbe et

DOGMIÎ DK I.A IIAUTK MAOIK.

c|ii’clle ciilraîne, déteriniiior de grands ci irrésistibles courants. Disons aussi que la lumière astrale so condense on se raréfie, suivant que les courants l’accinnnlent pins on moins à certains centres. Lorsqu’elle maiHjue de l’énergie sufiisante pour alimenter la vie, il s’ensuit des maladies de décomposition subite, qui font le désespoir de la médecine. Le choléra-morbus, par exemple, n’a point d’autre eause, et les colonnes d’animalcules observées ou supposées par eertains savants en peuvent être l’effet plutôt que la cause. Il faudrait donc traiter le choléra par l’insufflation, si, dans un pareil traitement, l’opérateur ne s'exposait à faire avec le patient un échange trop redoutable pour le premier.

Tout effort intelligent de volonté est une proection de fluide ou de lumière humaine , et ici il importe de distinguel’ la lumière humaine de la lumière astrale, et le magnétisme animal du magnétisme universel.

En nous servant du mot fluide, pous employons une expression reçue, et nous cherchons à nous faire comprendre par ce moyen ; mais nous sommes loin de décider que la lumière latente soit un fluide. Tout nous porterait, au contraire, à préfé-

L’iÎQUll.lBIUi MAGIQUE. 'J 85

rer, dans l’explication de cet être phénoménal, le système des vibrations. Quoi qu’il en soit, cette lumière, étant l’instrument de la vie, se fixe naturellement à tous les centres vivants; elle s’attache au noyau des planètes comme au cœur de l’homme (et par le cœur nous entendons, en magie, le grand sympathique) , mais elle s’identifie à la vie propre de l’être qu’elle anime, et c’est par cette propriété d’assimilation sympathique qu’elle se partage sans confusion. Ainsi elle est terrestre dans ses rapports avec le globe de la terre, et exclusivement humaine dans ses rapports avec les hommes.

C’est pour cela que l’électricité, le calorique, la lumière et l’aimantation produits par les moyens physiques ordinaires non -seulement ne produisent pas, mais tendent, au contraire, à neutraliser les eifetsdu magnétisme animal. La lumière astrale, subordonnée à un mécanisme aveugle et procédant des centres donnés d’autotélie, est une lumière morte et opère mathématiquement suivant les impulsions données ou suivant des lois fatales ; la lumière humaine , au contraire , n’est fatale que chez l’ignorant qui fait des tentatives au hasard; chez le voyant, elle est subordonnée à l’intelligence, soumise à l’imagination et dépendante de la volonté.

C’est cette lumière qui, projetée sans cesse par notre volonté , forme ce (pie Swedenborg appelle les atmosphères personnelles. Le corps absorbe ce qui l’environne et rayonne sans cesse en projetant ses miasmes et ses molécules invisibles; il en est de môme de l’esprit, en sorte que ce phénomène, nommé par quelques mystiques le respir , a réelle* ment l’influence qu’on lui attribue, soit au physique, soit au moral. Il est réellement contagieux de respirer le même air que les malades , et de se trouver dans le cercle d’attraction et d’expansion des méchants.

Lorsque l’atmosphère magnétique de deux personnes est tellement équilibrée que l’attractif de l’une aspire l’expansion de l’autre, il se produit un attrait qu’on nomme la sympathie; alors l’imagination, évoquant à elle tous les rayons ou tous les reflets analogues à ce qu’elle éprouve, se fait un poème de désirs qui entraînent la volonté, et, si les personnes sont de sexes différents, il se produit eu elles ou le plus souvent dans la plus faible des deux , une ivresse complète de lumière astrale , qu’on appelle la passion proprement dite ou l’amour.

L’amour est un des grands instruments du pouvoir magique ; mais il est formellement interdit au

L’i^OUniliRE MAGIQUE.

inagiste, du moins comme ivresse ou comme passion. Malheur au Samsou de la cabale, s’il se laisse endormir parDalila! L’Hercule de la science qui change son sceptre royal contre le fuseau d’Omphale sentira bientôt les vengeances de Déjanire, et il ne lui restera que le bûcher du mont OEta pour échapper aux étreintes dévorantes de la tunique de Nessus. L’amour sexuel est toujours une illusion , puisque c’est le résultat d’un mirage imaginaire. La lumière astrale est le séducteur universel figuré par le serpent de la Genèse. Cet agent subtil, toujours actif, toujours luxuriant de sève , toujours fleuri de rêves séduisants et de douces images; cette force aveugle par ëlle-même et subordonnée à toutes les volontés, soit pour le bien, soit pour le mal ; ce circulus toujours renaissant d’une vie indomptée qui donne le vertige aux imprudents ; cet esprit corporel, ce corps igné, cet éther impalpable et présent partout; cette immense séduction de la nature, comment la définir tout entière et comment qualifier son action ? Indifférente en quelque sorte par elle-même, elle se prête au bien comme au mal ; elle porte la lumière et propage les ténè- bres; on peut également la nommer Lucifer ou Lucifuge: c’est un serpent, mais c’est aussi une

auréole ; c’est, un feu, mais il peut aussi bien appartenir aux tourments de l’enfer qu’aux offrandes d’encens promises au ciel. Pour s’emparer de lui, il faut, comme la femme prédestinée, lui mettre le pied sur la tête.

Ce qui correspond à la femme cabalistique, dans le monde élémentaire, c’est l’eau, et ce qui correspond au serpent, c’est le feu. Pour dompter le serpent, c’est-à-dire pour dominer le cercle de la lumière astrale, il faut parvenir à se mettre hors de ses courants, c’est-à-dire à s’isoler. C’est pour cela qii’ Apollonius de Thyane s’enveloppait entièrement dans un manteau de laine fine sur lequel il posait ses pieds, et qu’il ramenait sur sa tête ; puis il arrondissait en demi-cercle sa colonne vertébrale, et fermait les yeux après avoir accompli certains rites qui devaient être des passes magnétiques et des paroles sacramentelles ayant pour but de fixer l’imagination et de déterminer l’action de la volonté. Le manteau de laine est d’un grand usage en magie, et c’est le véhicule ordinaire des sorciers qui vont au sabbat, ce qui prouve que les sorciers n’allaient pas réellement au sabbat, mais que le sabbat venait trouver les sorciers isolés dans leur manteau et apportait à leur translucide les images

l’équilibre magique.

analogues à leurs préoccupations magiques, mêlées aux rellets de tous les actes du môme genre qui s’étaient accomplis avant eux dans le monde.

Ce torrent de la vie universelle est aussi figuré dans les dogmes religieux par le feu expiatoire de l’enfer. C’est l’instrument de l’initiation, c’est le monstre à dompter, c’est l’ennemi à vaincre; c’est lui qui envoie à nos évocations et aux conjurations de la goëtie tant de larves et de fantômes ; c’est en lui que se conservent toutes les formes dont le

fantastique et fortuit assemblage peuple nos cauchemars de si abominables monstres. Se laisser entraîner à la dérive par ce fleuve qui tournoie, c’est tomber dans les abîmes de la folie, plus effrayants que ceux de la mort ; chasser les ombres de ce chaos et lui faire donner des formes parfaites à nos pensées, c’est être homme de génie, c’est créer, c’est avoir triomphé de l’enfer !

La lumière astrale dirige les instincts des animaux et livre bataille à l’intelligence de l’homme qu’elle tend à pervertir par le luxe de ses reflets et le mensonge de ses images, action fatale et nécessaire quedirigentetrendentplusfuneste encore les esprits élémentaires et les âmes en peine, dont les volontés inquiètes cherchent des sympathies

100 DOGME DE I.A HAUTE MAGIE.

dans nos faiblesses, et nous tentent moins pour nous perdre que pour se faii e des amis.

Ce livre des consciences, (pii, suivant le dogme chrétien, doit être manifesté au derniei'jour, n’est autre que la lumière astrale dans laquelle se conservent les impressions de tous les verbes, c’est- à-dire de toutes les actions et de toutes les formes. Nos actes modifient notre respir magnétique telle sorte qu’un voyant peut dire, en s’approchant d’une personne pour la première fois, si celte personne est innocente ou coupable, et quels sont ses vertus ou ses crimes. Cette faculté, qui appartient à la divination, était appelée par les mystiques chré- tiens de la primitive Église le discernement des esprits.

Les personnes qui renoncent à l’empire de la raison et qui aiment à égarer leur volonté à la poursuite des reflets de la lumièi e astrale sont sujettes à des alternatives de fureur et de tristesse qui ont fait imaginer toutes les merveilles de la possession du démon ; il est vrai qu’au moyen de ces reflets, les esprits impurs peuvent agir sur de pareilles âmes, s’en faire des instruments dociles et s’habituer même à tourmenter leur organisme, dans lequel ils viennent résider psiV obsession ou par

l'équilibre magique.

embryonnat . Ces mots cabalistiques sont expliqués dans le livre hébreu de la Révolution des âmes, dont notre chapitre treizième contiendra l’analyse succincte.

Il est donc extrêmement dangereux de se jouer des mystères de la magie ; il est surtout souverainement téméraire d’en pratiquer les rites par curiosité, par essai et comme pour tenter les puissancçs supérieures. Les curieux qui, sans être adeptes, se mêlent d’évocations ou de magnétisme occulte, ressemblent à des enfants qui joueraient avec du feu près d’un baril de poudre fulminante : ils seront tôt ou tard les victimes de quelque terrible explosion.

Pour s’isoler de la lumière astrale, il ne suffit pas de s’entourer d’étoffe de laine, il faut encore et surtout avoir imposé une quiétude absolue à son esprit et à son cœur, être sorti du domaine des passions et s’être assuré de la persévérance dans les actes spontanés d’une volonté inflexible. Il faut aussi réitérer souvent les actes de cette volonté, car, comme nous le verrons dans l’introduction du Piituel, la volonté ne s’assure d’elle-même que par des actes, comme les religions n’ont d’empire et de durée que par leurs cérémonies et leurs rites.

Il existe des substances enivrantes qui, en exal-

i92 DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

tant la sensibilité nerveuse, augmentent la puiS' sauce des représentations, et par conséquent des séductions astrales; par les mêmes moyens, mais suivant une direction contraire, on peut épouvanter et troubler les esprits. Ces substances, magné- tiques par elles-mêmes et magnétisées encore par les praticiens, sont ce qu’on appelle des philtres ou des breuvages enchantés. Mais nous n’aborderons pas cette dangereuse application de la magie, que Cornélius Agrippa lui-même traite de magie empoisonneuse. Il n’existe plus, il est vrai, de bû- chers pour les sorciers, mais il y a toujours et plus que jamais des peines portées contre les malfaiteurs. Bornons-nous donc à constater, dans l’occasion, la réalité de cette puissance.

Pour disposer de la lumière astrale, il faut aussi en comprendre la double vibration et connaître la balance des forces qu’on appelle l’équilibre magique, et qu’on exprime, en cabale, par le senaire.

Cet équilibre, considéré dans sa cause première, c’est la volonté de Dieu ; dans l’homme, c’est la liberté ; dans la matière, c’est l’équilibre mathé- matique.

L’équilibre produit la stabilité et la durée.

l/l’QU[UBRE MAGIQUE. 193

La liborlÉ eiifaiilc rininiortulilc du l’honmie, et la volonté de Dieu met en œuvre les lois de réternelle raison. L’équilibre dans les idées c’est la sagesse, dans les forces c’est la puissance, L’éi[uilibre est rigoureux. Qu’on observe la loi, il est ; qu’on la viole, si légèrement que ce soit, il n’est plus.

C’est pour cela que rien n’est inutile ni perdu. Toute parole et tout mouvement sont pour ou contre l’équilibre, pour ou contre la vérité : car

l’équilibre représente la vérité, qui se compose du pour et du contre conciliés, ou du moins équilibrés ensemble.

Nous disons dans l’introduction au Rituel comment l’équilibre magique doit se produire, et pourquoi il est nécessaire au succès de toutes les opérations.

La toute-puissance, c’est la liberté la plus absolue. Or la liberté absolue ne saurait exister sans un équilibre parfait. L’équilibre magique est donc une des conditions premières du succès dans les opérations de la science, et on doit le chercher môme dans la chimie occulte, en apprenant à combiner les contraires sans les neutraliser l’un par l’autre.

C’est par l’équilibre magique qu’on explique le

19/i DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

grand et antique mystère do l’existence et de la nécessité relative du mal.

Cette nécessité relative donne, en magie noire, la mesure de la puissance des démons ou esprits impurs, auxquels les vertus qui se pratiquent sur la terre donnent plus de fureur, et en apparence même plus de force.

Aux époques où les saints et les anges font ouvertement des miracles, les sorciers et les diables font à leur tour des merveilles et des prodiges.

(^’est la rivalité qui fait souvent le succès : on s’appuie toujours sur ce qui résiste.

l’épée flamboyante.

L’ÉPÉE FLAMBOYANTE.

NETSAH.

GLADIOS.

Le septénaire est le nombre sacré dans toutes les théogonies et dans tous les symboles, parce qu’il est composé du ternaire et du quaternaire.

Le nombre sept représente le pouvoir magique dans toute sa force ; c’est l’esprit assisté de toutes les puissances élémentaires 5 c’est l’àme servie par la nature, c’est le sanctum regnum dont il est parlé dans les Clavicules de Salomon, et qui est repré- senté dans le Tarot par un guerrier courpnné portant un triangle sur sa cuirasse, et debout sur un cube, auxquels sont attelés deux sphynx, l’un blanc et l’autre noir, qui tirent en sens contraire et détournent la tête en se regardant.

Ce guerrier est armé d’une épée flamboyante, et tient de l’autre main un sceptre surmonté d’un triangle et d’une boule.

Le cube, c’est la pierre philosophale, les sphynx sont les deux forces du grand agent, correspon-

d<antes à Jakiii el à Jiolias, qui sont les deux colonnes du temple ; la cuirasse, c’est la science des choses divines qui rend le sage invulnérable aux atteintes humaines; le sceptre, c’est la baguette magique ; l’épée flamboyante, c’est le signe de la victoire sur les vices, qui sont au nombre de se}>t, comme les vertus; les idées de ces vertus el de ces vices étaient figurées par les anciens sous les symboles des sept planètes connues alors.

Ainsi la foi, cette aspiration à l’infini, cette noble confiance en soi-même, soutenue par la croyance en toutes les vertus, la foi, qui dans les natures faibles peut dégénérer en orgueil, était représentée par le Soleil ; l’espérance, ennemie de l’avarice, parla Lune; la charité, opposée à la luxure, par Vénus, la brillante étoile du matin et du soir; la force, supérieure à la colère, par Mars; la prudence, opposée à la paresse, par Mercure ; la tempérance, opposée à la gourmandise, par Saturne, à qui l’on donne une pierre à manger à la place de ses enfants ; et la justice, enfin, opposée à l’envie, par Jupiter, vainqueur des Titans. Tels sont les symboles que l’astrologie emprunte au culte hellénique. Dans la cabale des Hébreux, le Soleil représente l’ange de lumière; la lame, fange

l'éim-:!-: i-i>A]mi30yante.

des aspirations et des rêves; Mars, Fange exterminateur ; Vénus, Fange des amours; Mercure, Fange civilisateur; Jupiter, Fange de puissance; Saturne, Fange des solitudes. On les nomme aussi Michaël, Gabriel, Samaël, Anaël, Raphaël, Zacharie! et Orifiel.

Ces puissances dominatrices des âmes se partagent la vie humaine par périodes, que les astrologues mesuraient sur les révolutions des planètes correspondantes.

Mais il ne faut pas confondre Fastrologie cabalistique avec Fastrologie judiciaire. Nous expliquerons cette distinction. L’enfance est vouée au Soleil, l’adolescence à la Lune, la jeunesse à Mars et Vénus, la virilité à Mercure, l’âge mûr à Jupiter, et la vieillesse à Saturne. Or l’humanité tout entière vit sous des lois de développement analogues à celles de la vie individuelle. C’est sur cette base que Trithème établit sa clavicule prophétique des sept esprits dont nous parlerons ailleurs, et au moyen de laquelle on peut, en suivant les proportions analogiques des événements successifs, pré- dire avec certitude les grands événements futurs, et fixer d’avance, de période en période, les destinées des peuples et du monde.

Saint Jean, dépositaire de la doctrine secrète du Christ, a consigné cette doctrine dans le livre cabalistique de l’Apocalypse, qu’il représente fermé de sept sceaux. On y retrouve les sept génies des mythologies anciennes, avec les coupes et les épées du Tarot. Le dogme caché sous ces emblèmes est la pure cabale, déjà perdue par les Pharisiens à l’époque de la venue du Sauveur; les tableaux qui se succèdent dans cette merveilleuse épopée prophétique sont autant de pantacles dont le ternaire, le quaternaire, le septénaire et le duodénaire sont les clefs. Les figures hiéroglyphiques en sont analogues à celles du livre d’Hermès ou de la Genèse d’Hénoch, pour nous servir du titre hasardé qui exprime seulement l’opinion personnelle du savant Guillaume Postel.

Le chérub ou taureau symbolique que Moïse * place à la porte du monde édénique, et qui tient à la main une épée flamboyante, est un sphinx ayant un corps de taureau et une tète humaine ; c’est l’antique sphinx assyrien, dont le combat et la victoire de Mithra étaient l’analyse hiéroglyphique.

Ce sphinx armé représente la loi du mystère qui veille à la porte de l’initiation pour en écarter les profanes. Voltaire, qui ne savait rien de tout cela,

l’épée flamboyante.

a beaucoup ri de voir un 'bœuf tenir une épée. Qu’aurait-il dit s’il avait visité les ruines de Memphis etdeThèbes, et qu’aurait eu à répondre à ses petits sarcasmes, tant goûtés en France, cet écho des siècles passés qui dort dans les sépulcres de Psam étique et de Ramsès?

Le chérub de Moïse représente aussi le grand mystère magique, dont le septénaire exprime tous les éléments, sans en donner toutefois le dernier mot. Ce verbum inenarrabile des sages de l’école d’Alexandrie, ce mot que les càbalistes hébreux écrivent nïmet traduisent par KnnKiK, exprimant ainsi la triplicité du principe secondaire, le dualisme des moyens et l’unité tant du premier principe que de la fin, puis aussi l’alliance du ternaire avec le quaternaire dans un mot composé de quatre lettres, qui forment sept au moyen d’une triple et d’une double répétition ; ce mot se prononce Ararita.

La vertu du septénaire est absolue en magie, car le nombre est décisif en toutes choses ; aussi toutes les religions Font-elles consacré dans leurs rites. La septième année chez les Juifs était jubilaire ; le septième jour est consacré au repos et à la prière; il y a sept sacrements, etc.

DOGMIi DK LA JIAin'K MA(ilK.

Les sept couleurs dii prisme, les sept not(;s de la musique, correspondent aussi aux sept planètes des anciens, c’est-à-dire aux sept cordes de la lyre humaine. Le ciel spirituel n’a jamais changé , et l’astrologie est restée plus invarialde que l’astronomie. Les sept planètes , en eiïet , ne sont autre chose que des symboles hiéroglyphiques du clavier de nos aftections. Faire des talismans du Soleil, de la Lune ou de Saturne, c’est attacher magnétiquement sa volonté à des signes qui correspondent aux principales puissances de l’ame; consacrer quelque chose à Vénus ou à Mercure, c’est magné- tiser cette chose dans une intention directe, soit de plaisir, soit de science ou de profit. Les métaux, les animaux, -les plantes et les parfums analogues, sont en cela nos auxiliaires. Les sept animaux magiques sont: parmi les oiseaux correspondant au monde divin, le cygne, la chouette, le vautour, la colombe, la cigogne, l’aigle et la huppe ; parmi les poissons correspondant au monde spirituel ou scientifique, le phoque, l’œliirus, le lucius, le thimallus, le mugil, le dauphin, et la sépia ou sèche; parmi les quadrupèdes correspondant au monde naturel, ce sont le lion, le chat, le loup, le bouc, le singe, le cerf et la taupe. Le sang, la

l’kPKIÎ l'LAMlJÜYANTE.

graisse, le foie et le fiel do ces animaux, servent pour les enchantements ; leur cervelle se combine avec les parfums des planètes, et il est reconnu par la pratique des anciens qu’ils possèdent des vertus magnétiques correspondant aux sept influences planétaires.

Les talismans des sept esprits se font soit sur les pierres précieuses, tels que le carbunculus, le cristal, le diamant, l’émeraude, l’agate, le saphir et l’onix ; soit sur les métaux , comme for , l’argent ,

le fer, le cuivre, le mercure fixé, l’étain et le plomb. Les signes cabalistiques des sept esprits sont : pour le Soleil, un serpent à tète de lion ; pour la Lune, un globe coupé par deux croissants ; pour Mars, un dragon mordant la garde d’une épée; pour Vénus, un lingam ; pour Mercure, le caducée hermétique et le cynocéphale; pour Jupiter, le pentagramme flamboyant dans les serres ou au bec d’un aigle; pour Saturne, un vieillard boiteux ou un serpent enlacé autour de la pierre héliaque. On retrouve tous ces signes sur les pierres gravées des anciens, et particulièrement sur les talismans des époques gnostiques connus sous le nom d’A- braxas. Dans la collection des talismans de Paracelse , Jupiter est représenté par un prêtre en cos-

202 DOGMIÎ DE LA HAUTE MAGIE.

tuine ecclésiastique, et dans le tarot il est figuré par un grand hiérophante coiffé de la tiare à trois diadèmes, tenant en main la croix à trois étages , formant le triangle magique et représentant à la fois le sceptre et la clef des trois mondes.

En réunissant tout ce que nous avons dit de funité du ternaire et du quaternaire, on aura tout ce qui nous resterait à dire du septénaire, cette grande et complète unité magique, composée de quatre et de trois (1).

(1) Voir, pour les plantes et les couleurs du septénaire employées aux usages magnétiques, le savant ouvrage de M. Ragon sur la Maçonnerie occulte.

HOD.

VIVENS.

Les causes se révèlent par les effets, et les effets sont proportionnels aux causes. Le verbe divin, le mot unique, le tétragramme , s’est affirmé par la

création quaternaire. La fécondité humaine prouve la fécondité divine ; le jod du nom divin^st la virilité éternelle du premier principe. L’homme a compris qu’il était fait à l’image de Dieu lorsqu’il a

compris Dieu en agrandissant, jusqu’à l’infini, l’idée qu’il se fait de lui-même.

En comprenant Dieu comme l’homme infini, l’homme s’est dit à lui-même: Je suis le Dieu fini.

La magie diffère du mysticisme en ce qu’elle ne juge à priori qu’après avoir établi à posteriori la base même de ses jugements, c’est-à-dire qu’après avoir compris la cause par les effets contenus dans l’énergie même de la cause, au moyen de la loi universelle de l’analogie; aussi dans les sciences

DL LA liAUTIi .'WA(ili;.

occultes tout est réel, et les théoricîs m s’établissent que sur les bases de l’expérience. Ce sont les réalités qui constituent les proportions de l’idéal, et le mage n’admet comme certain dans le domaine des idées que ce qui est démontré' par la réalisation. En d’autres termes, ce qui est vrai dans la cause se réalise dans l’effet. Ce qui ne se réalise pas n’est pas.

La réalisation de* la parole, c’est le verbe proprement dit. Une pensée se réalise en devenant ^ parole ; elle se réalise par les signes, par les sons et par les figures des signes : c’est là le premier dé- gré de réalisation. Puis elle s’imprime dans la •" lumière astrale au moyen des signes de l’écriture | ou de la parole; elle influence d’autres esprits en se reflétant sur eux ; se réfracte en traversant le diai pliane des autres hommes, y prend des formes et 3 des proportions nouvelles, puis se traduit en actes J et modifie la société et le monde : c’est là le der- 1 nier degré de réalisation. Les hommes qui nais- 1 sent dans un monde modifié par une idée en appor- J tent avec eux l’empreinte, et c’est ainsi que le verbe se fait chair. L’empreinte dé la désobéissance

d’Adam, conservée dans la lumière astrale, n’a pu, être effacée que par l’empreinte plus forte de l’o-\V béissance du Sauveur, et c’est ainsi qu’on peut ^

L\ RÉALISATION.

expliquer le péché originel et la rédemption dans un sens naturel et magique.

La lumière astrale ou Tàme du monde était Fin - strument de la toute-puissance d’Adam, puis est devenue l’instrument de son supplice, après avoir été corrompue et troublée par son péché, qui a mêlé un reflet impur aux imagés primitives qui composaient, pour son imagination encore vierge, le livre de la science universelle.

La lumière astrale, figurée dans les anciens symboles par le serpent qui se mord la queue , représente tour à tour la malice et la prudence, le temps et l’éternité, le tentateur et le Rédempteur. C’est que cette lumière, étant le véhicule de la vie, peut servir d’auxiliaire au bien comme au mal, et peut être prise pour la forme ignée de Satan comme pour le corps du Saint-Esprit. C’est l’arme universelle de la bataille des anges, et elle alimente aussi bien les flammes de l’enfer que la foudre de saint Michel. On pourrait la comparer à un cheval d’une nature analogue à celle qu’on attribue au caméléon, et qui refléterait toujours l’armure de son cavalier.

La lumière astrale est la réalisation ou la forme de la lumière intellectuelle, comme celle-ci est

206 DOGME DE LA UAUTE MAGIE.

la réalisation ou la foi nie de la lumière divine.

Le grand initiateur du christianisme, comprenant que la lumière astrale était surchargée des rellets impurs de la débauche romaine, voulut séparer ses disciples de la sphère ambiante des rellets et les rendre uniquement attentifs à la lumière inté- rieure, afin qu’au moyon d’une foi commune ils pussent communiquer ensemble par de nouveaux cordons magnétiques qu’il nomma grâce, et vaincre ’ ainsi les courants débordés du magnétisme univer- ' sel, auquel il donnait les noms de diable et de Satan, l pour en exprimer la putréfaction. Opposer un ; courant à un courant, c'est renouveler la puissance ^ de la vie fluidique. Aussi les révélateurs n’ont-ils J guère fait que deviner par la justesse de leurs cal- 1 culs l’heure propre aux réactions morales. I

La loi de réalisation produit ce que nous appelons ^

le res^ir magnétique, dont s’imprègnent les objets \ et les lieux, ce qui leur communique une influence ’ conforme à nos volontés dominantes, surtout à J celles qui sont conlirméeset réalisées par des actes. ^ En effet, l’agent universel, ou la lumière astrale latente, cherche toujours l’équilibre; il emplit le^j vide et aspire le plein, ce qui rend le vice contagieux comme certaines maladies physiques, et sert(|

puissaininent au prosélytisme de la vertu. C’est pour cela que la cohabitation avec des êtres antipathiques est un supplice; c’est pour cela que les reliques, soit des saints, soit des grands scélérats, peuvent produire des elïets merveilleux de conversion ou de perversion subite ; c'est pour cela que l’amour sexuel se produit souvent par un souffle ou par un contact, et non -seulement par le contact de la personne même, mais au moyen des objets qu’elle a touchés ou magnétisés sans le savoir.

L’âme aspire et respire exactement comme le corps. Elle aspire ce qu’elle croit du bonheur, et respire des idees qui résultent de ses sensations intimes. Les âmes malades ont mauvaise haleine et vicient leur atmosphère morale, c’est-à-dire mêlent à la lumière astrale qui les pénètre des reflets impurs et y établissent des courants délétères. On est étonné souvent d’être assailli, en société, de pensées mauvaises qu’on n’avait pas crues possibles, et l’on ne sait pas qu’on les doit à quelque voisinage morbide. Ce secret est d’une grande importance, car il conduit à la manifestation des consciences, un des pouvoirs les plus incontestables et les plus terribles de l’art magique.

l.e respir magnétique produit autour de l’âme

DOdMI-: DK LA IIAUTK MAGlK,

un rayomicmcnt dont clic csl Iccciilrc, clcllcs'ciilourc du rcllci de scs œuvres, qui lui tout uii ciel ou un enfer. 11 n’y a pas d’actes solilaires et il ne saurait y avoir d’actes cachés; tout ce (jue nous voulons réellement, c’est-à-dire tout ce que nous confirmons par nos actes, reste écrit dans la lumière astrale, où se conservent nos reflets; ces reflets influencent continuellement notre pensée par l’entremise du diaphane, et c’est ainsi qu’on devient et qu’on reste l’enfant de ses œuvres.

La lumière astrale, transformée en lumière humaine au moment delà conception, est la première enveloppe de l’âme, et, en se combinant avec les fluides les plus subtils, elle forme le corps éthéré ou le fantôme sidéral dont parle Paracelse dans sa philosophie d’intuition (^Phüosophia sagax). Ce corps sidéral, en 'se dégageant à la mort, attire à lui et conserve longtemps, par la sympathie des homogènes, les reflets de la vie passée ; si une volonté puissamment sympathique l’attire dans un courant particulier, il se manifeste naturellement, car il n’y a rien de plus naturel que les prodiges. C’est ainsi que se produisent les apparitions. Mais nous développerons ceci plus complètement an chapitre spécial de la Nécromancie,

Ce corps tluidiqiie, soumis, comme la masse de la lumière astrale, à deux mouvements contraires, attractif à gauche, et répulsif à droite, ou récipro- (piement, chez les deux sexes, produit en nous les luttes des différents attraits etcontribiie aux anxié- tés de la conscience : souvent il est influencé par les reflets des autres esprits, et c’est ainsi que se produisent, soit les tentations, soit les grâces subtiles et inattendues. C’est aussi l’explication du dogmetraditionneldes deux anges qui nous assistent et nous éprouvent. Les deux forces de la 'lumière astrale peuvent être figurées par une balance où sont pesées nos bonnes intentions pour le triomphe de la justice et l’émancipation denotre liberté.

Le corps astral n’est pas toujours du même sexe que le corps terrestre, c’est-à-dire que les proportions des deux forces, variant de droite à gauche, semblent souvent contredire l’organisation visible; c’est ce qui produit les erreurs apparentes des passions humaines, et peut expliquer, sans les justifier en aucune façon devant la morale, les singularités amoureuses d’Anacréon ou de Sapho.

Un magnétiseur habile doit apprécier toutes ces nuances, et nous donnons dans notre Rituel les moyen^ de les reconnaître.

210 DOGMIÎ DE LA HAUTE MAGIE.

Il y a deux sortes de réalisations, la vraie (d la fantastique. La première est le secret exclusif des magiciens, l’autre appartient aux enchanteurs et aux sorciers.

Les mythologies sont des réalisations fantastiques du dogme religieux, les superstitions sont le sortilège de la fausse piété; mais les mythologies même et les superstitions sont plus efficaces sur la volonté humaine qu’une philosophie purement spéculative et exclusive de toute pratique. C’est pour cela que saint Paul oppose les conquêtes de la folie de la Croix à l’inertie de la sagesse humaine. La religion réalise la philosophie en l'adaptant aux faiblesses du vulgaire : telle est pour les cabalistes la raison secrète et l’explication occulte des dogmes de l’incarnation et de la rédemption.

Les pensées qui ne se traduisent pas en paroles sont des pensées perdues pour l’humanité; les paroles qui ne sont pas confirmées par des actes sont des paroles oiseuses, et il n’y a pas loin de la parole oiseuse au mensonge.

C’est la pensée formulée par des paroles et confirmée par des actes qui constitue la bonne œuvre ou le crime. Donc, soit en vice, soit en vertu, il n’y a pas de parole dont on ne soit responsable; il n’y

a surtout pas d’actes inditîéreiits. I.es malédictions et les bénédictions ont toujours leur effet, et toute action, quelle qu’elle soit, lorsqu’elle est inspirée par ramour ou par la haine, produit des effets analogues à son motif, à sa portée et à sa direction. L’empereur dont on avait mutilé- les images, et qui, en portant la main à son visage, disait : « Je ne me sens pas blessé, » faisait une fausse appréciation et diminuait en cela le mérite de sa clé- mence. Quel homme d’honneur verrait de sangfroid les insultes faites à son portéait? Et si réellement de pareilles insultes, faites même à notre insu, retombaient sur nous par une influence fatale, si l’art des envoûtements était réel, comme il n’est pas permis à un adepte d’en douter, combien ne trouverait-on pas plus imprudente, et même plus téméraire encore, la parole de ce bon empereur!

Il est des personnes qu’on n’offense jamais impunément, et, si l’injure qu’on leur a faite est mortelle, on commence dès lors à mourir. 11 en est qu’on ne rencontre même pas en vain, et dont le regard change la direction de votre vie. Le basilic qui tue en regardant n’est pas une fable, c’est une allégorie magique. En général, il est mauvais pour la santé d’avoir des ennemis, et l’on ne brave im-

punément la réprobation de personne. Avant de s’opposer aune force on à un courant, il faut bien s’assurer si l’on possède la force ou si l’on est porté par le courant contraire; autrement on sera écrasé ou foudroyé, et beaucoup de morts subites n’ont pas d’autres causes. Les morts terribles de Nadab et Abiu, d’Osa, d’Ananie et de Saphire, furent causées par les courants électriques des croyances qu’ils outrageaient ; les tourments des Lirsulines de Loudun, des religieuses de Louviers et des convulsionnaires du jansénisme, avaient le même principe et s’expliquent par les mêmes lois naturelles occultes. Si Urbain Grandier n’eût pas été supplicié, il fût arrivé de deux choses l'une, ou que les religieuses possédées seraient mortes dans d’affreuses convulsions, ou que les phénomè- nes de frénésie diabolique eussent gagné, en se multipliant, tant de volontés et tant de force, que Grandier, malgré sa science et sa raison, eût été hallucinélui-même au point de se calomnier comme avait fait le malheureux Gaufridy, ou fût mort tout à coup, avec toutes les circonstances effrayantes d’un empoisonnement ou d’une vengeance divine.

La malheureux poète Gilbert fut, au xviif siècle,

LA RÉALISATIOIN.

victime de son audace à braver le courant de l’opinion et môme du fanatisme philosophique de son époque. Coupable de lèse-philosophie, il mourut fou furieux, assailli des plus incroyables terreurs, comme si Dieu lui-môme l’eût puni d’avoir soutenu sa cause hors de propos; mais il périssait en etfet victime d’une loi de la nature qu’il.ne pouvait connaître : il s’était opposé k un courant électrique, et il tombait foudroyé.

Si Marat n’eût pas été assassiné par Charlotte Corday, il fût infailliblement mort tué par une réaction do l’opinion publique. Ce qui le rendait lépreux, c’était l’exécration des honnêtes gens, et il devait y succomber.

La' réprobation soulevée par la Saint-Barthé- lemy fut runique cause de l’horrible maladie et de la mort de Charles IX, et Henri IV, s’il n’eût été soutenu par une immense popularité, qu’il devait à la puissance de projection ou à la force sympathique de sa vie astrale, Henri IV, disons-nous, n’eût guère survécu à sa conversion, et eût péri sous le mépris des protestants, combiné avec la défiance et les rancunes des catholiques.

L’impopularité peut être une preuve d’intégrité et de courage, mais ce n’est jamais une

21^1 DOGME DE LA HAUTK MAGIE.

preuve (le prudence ou de politiciue; les blessures faites à l’opinion sont mortelles pour 1(3S hommes d’État. On peut se rappelm* encore la fin prématurée et violente de plusieurs hommes illustres, qu’il ne convient pas de nommer ici.

Les flétrissures devant l’opinion peuvent être de grandes injustices, mais elles n’en sont pas moins toujours des raisons d’insuccès, et souvent des arrêts de mort.

En revanche, les injustices faites à un seul homme peuvent et doivent, si on ne les répare pas, causer la perte de tout un peuple ou de toute une société : c’est ce qu’on appelle le cri du sang, car au fond de toute injustice il y a le germe d’un homicide.

C’est à cause de ces lois terribles de solidarité que le christianisme recommande tant le pardon des injures et la réconciliation. Celui qui meurt sans pardonner se jette dans l’éternité armé d’un poignard, et se dévoue aux horreurs d’un meurtre éternel.

C’est une tradition et une croyance invincible

parmi le peuple que celle de l’efficacité des béné- dictions ou des malédictions paternelles ou maternelles. En effet, plus les liens cpii unissent deux per-

sonnes sont iHroits. pins la haine entre eux est terrible clans ses effets. Le tison d’Althée brûlant le sang de Méléagre est, dans la mythologie, le symbole de ce pouvoir redoutable. Que les parents y prennent garde toutefois, car on n allume pas l’enfer dans son propre sang et l’on ne dévoue pas les siens au inalheur sans être brûlé et malheureux soi-même. Ce n’est jamais un crime de pardonner, et c’est toujours un danger et une mauvaise action que de maudire.

DOGMK Dli LA HAUTli MAGIE,

L’JNÏTIATTON.

JESOD.

BONÜU.

L’initié est celui qui possède la lampe de Trismégiste, le manteau d’Apollonius et le bâton des patriarches,

La Lampe de Trismégiste, c’est la raison éclairée par la science ; le manteau d’Apollonius, c’est la possession pleine et entière de soimême, qui isole le sage des courants instinctifs ; et le bâton des patriarches, c’est le secours des forces occultes et perpétuelles de la nature, •

La lampe de Trismégiste éclaire le présent, le passé et .l’avenir, montre à nu la conscience de‘ ; hommes, éclaire les replis du cœur des femmes. La lampe brille d’une triple flamme, le manteau se replie trois fois, et le bâton se divise en trois parties.

Le nombre neuf est celui des reflets divins : il exprime l’idée divine dans toute sa puissance abstraite, mais il exprime aussi le luxe en croyance, et par conséquent la superstition et l’idolâtrie.

l’initiation.

C’est poiirc{iioi Hermès en a fait le nombre de l’initiation, parce cpie l’initié règne sur la superstition et par la superstition, et peut seul marcher dans les ténèbres, appuyé qu’il est sur son bâton, enveloppé de son manteau et éclairé par sa lampe.

La raison a élé donnée à tous les hommes, mais tous^ne savent pas en faire usage; c’est une science qu’il faut apprendre. La liberté est offerte à tous, mais tous ne peuvent pas être libres ; c’est un droit qu’il faut conquérir. La force est pour tous, mais tous ne savent pas s’appuyer sur elle ; c’est une puissance dont il faut s’emparer.

Nous n’arrivons à rien qui ne nous coûte plus d’un effort. La destinée de l’homme est qu’il s’enrichisse de ce qu’il gagne, et qu’il ait ensuite, comme Dieu, la gloire et le plaisir de donner.

La science magique s’appelait autrefois l’art sacerdotal et l’art royal, parce que rinitiation donnait au sage l’empire sur les âmes et l’aptitude à gouverner les volontés.

La divination est aussi un des privilèges del’initié ; or, la divination n’est que la connaissance des effets contenus dans les causes et la science appliquée aux faits du dogme universel de l’analogie.

Les actes humains ne s’écrivent pas seulement

dans la lumière astrale, ils laissent aussi leurs traces sur le visage, ils modilient le port et la démarche, ils changent l’accent de la voix.

Chaque homme porte donc avec lui l’histoire de sa vie, lisible pour l’initié. Or, l’avenir est toujours la conséquence du passé, et les circonstances inattendues ne changent presque rien aux résultats rationnellement attendus.

On peut donc prédire à chaque homme sa destinée. On peut juger de toute une existence sur un seul mouvement ; une seule gaucherie présage une série de malheurs. César a été assassiné parce qu’il rougissait d’être chauve ; Napoléon est mort à Sainte-Hélène parce qu’il aimait les poésies d’Ossiau; Louis-Philippe devait quitter le trône comme il l’a quitté parce qu’il avait un paranluie. Ce sont là des paradoxes pour le vulgaire, qui ne saisit pas les relations occultes des choses ; mais ce sont des raisons pour l’initié, qui comprend tout et qui ne s’étonne de rien.

L’initiation préserve des fausses lumières du mysticisme ; elle donne à la raison humaine sa valeur relative et son infaillibilité proportionnelle, eu la rattachant à la raison suprême par la chaîne des analogies.

l’initiation.

L’initié n’a donc ni espérances douteuses, ni craintes absurdes, parce qu’il n’a pas de croyances déraisonnables ; il sait ce qu’il peut et il ne lui coûte rien d’oser. Aussi, pour lui oser c’est pouvoir.

Voici donc une nouvelle interprétation des attributs de l’initié : sa lampe représente le savoir, le manteau qui l’enveloppe représente sa discrétion, son bâton est l’emblème de sa force et de son audace. Il sait, il ose, et il se tait.

Il sait les secrets de l’avenir, il ose dans le pré- sent, et il se tait sur le passé.

Usait les faiblesses du cœur humain, il ose s’en servir pour faire son œuvre , et il se tait sur ses projets.

Il sait la raison de tous les symbolismes et de tous les cultes, il ose les pratiquer ou s’en abstenir sans hypocrisie et sans impiété, et il se tait sur le dogme unique de la haute initiation.

Il sait l’existence et la nature du grand agent magique, il ose faire les actes et prononcer les paroles qui le soumettent à la volonté humaine, et il se tait sur les mystères du grand arcane.

Aussi vous pouvez le voir souvent triste, jamais abattu ni désespéré; souvent pauvre, jamais avili ni misérable; souvent persécuté, jamais rebuté ni

DOGIMR DF. LA IlAUTli MAGIF.

vaincu. Il so souvienl du veuvage et du uiourtre d’Orpliéc , de l’exil et de la mort solitaire de Moïse , du martyre des prophètes, des tortures d’Apollonius, de la croix du Sauveur ; Usait dans quel abandon mourut Agrippa, dont la mémoire est encore calomniée; il sait à quelles fatigues succomba le grand Paracelse, et tout ce que dut souffrir Raymond Lulle pour arriver enfin à une mort sanglante. 11 se souvient de Swedenborg faisant le fou ou perdant même la raison afin de faire pardonner sa science; de Saint-Martin, qui se cacha toute sa vie; de Cagliostro, qui mourut abandonné dans les cachots de l’inquisition ; de Cazotte, qui monta sur l’échafaud. Successeur de tant de victimes, il n’en ose pas moins, mais il comprend davantage la nécessité de se taire.

Imitons son exemple, apprenons avec persé- vérance ; quand nous saurons, osons et taisons-

nous.

LA ICi^BALE.

LA KABALE.

MALCHUT.

PRINCIPIÜM.

PHALLUS. ^

Toutes les religions ont conservé le souvenir d’un livre primitif écrit en figures par les sages des premiers siècles du monde, et dont les symboles, simplifiés et vulgarisés plus lard, ont fourni à l’Écriture ses lettres, au Verbe ses caractères, à la Philosophie occulte ses signes mystérieux et ses pantacles.

Ce livre, attribué à Hénoch, le septième maître du monde après Adam, par les Hébreux, à Hermès Trismégiste par les Égyptiens, à Cadmus, le mystérieux fondateur de la Ville-Sainte, par les Grecs, ce livre était le résumé symbolique de la tradition primitive, appelée depuis Kabbala ou Cabale, d’un mot hébreu qui est l’équivalent de tradition.

Cette tradition repose tout entière sur le dogme unique de la magie : le visible est pour nous la mesure proportionnelle de l’invisible. Or, les

I

anciens, ayant observe que l’équilibre est, en physique, la loi universelle, et qui résulte de l’opposition apparente de deux forces, conclurent de l’é- quilibre physique à l’équilibre métaphysiiiue, et déclarèrent qu’en Dieu, c’est-à-dire dans la première cause vivante et active, on devait reconnaî- tre deux propriétés nécessaires Tune à l’autre : la stabilité et le mouvement, la nécessité et la liberté, l’ordre rationnel et l’autonomie volitive, la justice et l’amour, et par conséquent aussi la sévérité et la miséricorde ; et ce sont ces deux attributs que les cabalistes juifs personnifient en quelque sorte sous les noms de Géburah et de Chesed.

Au-dessus de Géburah et de Chesed réside la couronne suprême, le pouvoir équilibrant, principe du monde ou du royaume équilibré, que i ous trouvons désigné sous le nom de Malchut dans le verset occulte et cabalistique du Pater dont nous avons déjà parlé.

Mais Géburah et Chesed, maintenus en équilibre, en haut par la couronne et en bas par le royaume, sont deux principes qu’on peut considérer, soit dans leur abstraction, soit dans leur réalisation . Abstraits ou idéalisés, ils prennent les noms supérieurs deChocmah, la sagesse, et de Binali, l’intelligence.

LA KABALE.

Réalisés, ils s’appellent la stabilité et le progrès, c’est-à-dire l’éternité et la victoire : Hod et Netsah.

Tel est , suivant la cabale , le fondement de toutes les religions et de toutes les sciences, l’idée première et immuable des choses: un triple triangle et un cercle, l’idée du ternaire expliquée par la balance multipliée par elle-même dans les domaines de l’idéal, puis la réalisation de cette idée dans les formes. Or les anciens attachèrent les notions premières de celte simple et grandiose théologie à l’idée même des nombres, et qualifièrent ainsi tous les chiffi’es de la décade primitive :

1 . Keter. — La Couronne, le pouvoir équilibrant.

2. Chocmah. — La Sagesse, équilibrée dans son ordre immuable par l’initiative de l’intelligence.

3. Binah. — L’Intelligence active, équilibrée par la Sagesse.

à. Chesed. — La Miséricorde, seconde conception de la Sagesse, toujours bienveillante, parce qu’elle est forte.

DOGMIî Uli LA HAUTE MAGIE.

5. Gebunih. — La Uigiieur néœssitéc par la Sagesse même et par la bonté. Souffrir le mal, c’est empêcher le bien. ‘

G. Tiphereth. — La Beauté, conception lumineuse de l’équilibre dans les formes, l’intermé- diaire entre la couronne et le royaume, le principe médiateur entre le créateur et la création. (Quelle sublime idée ne trouvons-nous pas ici de la poésie et de son souverain sacerdoce !)

7. Netsah. — La Victoire, c’est-à-dire le triomphe éternel de l’intelligence et dela justice.

8. Hod. — L’Éternité des victoires ^^e l’esprit sur la matière, de l’actif sur le passif, de la vie sur la mort.

9. lesod.' — Le Fondement, c’est-à-dire la base de toute croyance et de toute vérité, c’est ce que nous appelons en philosophie I’absolu.

tO. MalcJmt ou Malkout. — Le Royaume, c’est l’univers, c’est la création tout entière, l’œuvre et le miroir de Dieu, la preuve de la raison suprême

LS. KABALE,

la conséquence formelle qui nous force de remonter aux prémisses virtuelles, Fénigme dont le mot est Dieu, c’est-à-dire: raison suprême et absolue.

Ces dix notions premières attachées aux dix premiers caractères de l’alphabet primitif, signifiant à la fois des principes et des nombres^^^sont ce que les maîtres de la Cabale appellent les dix Séphiroth.

Le tétragramme sacré, tracé de cetle manière,

indique le nombre, la source et le rapport des noms divins. C’est au nom de lotchavah, écrit avec ces vingt-quatre signes couronnés d’un triple fleuron de lumière, qu’il faut rapporter les vingt-quatre trônes du ciel et les vingt-quatre vieillards couronnés de V Apocalypse. En Cabale, le principe occulte se nomme le vieillard, et ce principe multiplié et comme reflété dans les causes secondes crée ses images, c’est-à-dire autant de vieillards qu’il y a de

conceptions diverses de son unique essence. Ces images, moins parfaites en s’éloignant de leur source, jettent dans les ténèbres un dernier reflet ou une dernière lueur qui représente un vieillard horrible et défiguré: c’est ce qu’on appelle vulgairement le'diable. Aussi un initié a-t-il osé dire:

« Le diable, c’est'Dieu compris par les méchants » ; et un autre , en termes plus étranges, mais non moins énergiques, a ajouté: «Le diable est formé de déchirures de Dieu. » Nous pourrions résumer et expliquer ces assertions si nouvelles en faisant remarquer que, dans le symbolisme même, le démon est un ange tombé du ciel pour avoir voulu usurper la divinité. Ceci appart’ent au langage allégorique des prophètes et des légendaires. Philosophiquement parlant, le diable est une idée humaine de la divinité surpassée et dépossédée du , ciel par le progrès de la science et de la raison. j

Moloch, Adramelek, Baal, ont été, chez les Orienj

taux primitifs, les personnifications du dieu unique, .) déshonorées par des attributs barbares. Le dieu j

des jansénistes, créant pour l’enfer la majorité des J humains et se complaisant aux tortures éternelles \ de ceux qu’il n’a pas voulu sauver, est une con- ^ ception encore plus barbare que celle de Moloch :

L\ K AB ALE.

aussi le dieu des jansénistes est-il déjcà, pour les chrétiens sages et éclairés, un véritable Satan tombé du ciel.

Les cabalistes, en multipliant les noms divins, les ont tous rattachés ou à l’ unité du tétragramme, ou à la figure du ternaire, ou à l’échelle séphirique de la décade: ils tracent ainsi l’échelle des noms

et des nombres divins :

triangle qu’on peut traduire ainsi en lettres romaines :

J

JEHV ELOIM SABAOT ABARITA ELVEDAAT EL IM GIBOR ELTMSABAOT

L’ensemble de tous ces noms divins formés de

runiquc télragranime, mais en deliors du tétragrammemôiue, est une desl)asesdu UiUiel hébreu, et compose la force occulte ([uc les l’abbius cahalistes invoquent sous le nom de Semhamphoras.

Nous avons à parler ici des Tarots au ]>oint de vue cabalistique. Nous avons déjà indiqué la source occulte de leur nom. Ce livre hiéroglyphique se compose d’un alphabet cabalistique et d’une roue ou cercle de quatre décades, spécifiées par quatre figures symboliques et typiques, ayant chacune pour rayon une échelle de quatre figures progressives représentant l’Iiu inanité : homme, femme, jeune homme et enfant ; maît»’e, maîtresse, combattant et valet. Les vingt-deux figures de l’alphabet représentent d’abord les treize dogmes, puis les neuf croyances autorisées de la religion hébraïque, religion forte et fondée sur la plus haute raison.

Voici la clef religieuse et cabalistique du Tarot, exprimée en vers techniques à la manière des anciens législateurs :

4 N Tout annonce une cause active, intelligente.

2 3 Le nombre sert de preuve à l’unité vivante.

3 a Rien ne peut limiter celui qui contient tout.

4 T Seul, avant tout principe, il est présent partout.

5 n Comme il est le seul mailre, il est seul adorable.

LA K AB ALE.

6 1 II révèle aux cœurs purs son dogme véritable.

7 T Mais il faut un seul chef aux œuvres de la foi,

8 n C’est pourquoi nous n’avons qu’un autel, qu’une loi ;

9 D Et jamais l’Éternel n’en changera la base.

1 0 » Des cieux et de nos jours il règle chaque phase.

1 1 D Riche en miséricorde et puissant pour punir,

12 h 11 promet à son peuple un roi dans l’avenir.

13 O La tombe est le passage à la terre nouvelle,

La mort seule finit, la vie est immortelle.

Tels sont les dogmes purs, immuables sacrés; Complétons maintenant les nombres révérés,

1 4 Û Le bon angle est celui qui calme et qui tempère.

1 5 D Le mauvais est l’esprit d’orgueil et de colère.

16 V Dieu commande à la foudre et gouverne le feu.

17 3 Vesper et sa rosée obéissent à Dieu.

1 8 y 11 place sur nos tours la lune en sentinelle.

1 9 P Son soleil est la source où tout se renouvelle.

20 "1 Son souffle fait germer la poudre des tombeaux

ou '' V Où les mortels sans frein descendent par troupeaux.

ou [fl Sa couronne a couvert le propitiatoire,

Et sur les chérubins il fait planer sa gloire.

A l’aide de cette explication, purement dogmatique, on peut déjà comprendre les figures de

DOGMIi DE LA HAUTE MAGIE.

raljihabet cabalistique du Tarot. Ainsi la figure n“ 1 , appelée le Bateleur., représente le principe actif dans Tunité de l’autotélie divine et humaine ; le n“ 2, appelé vulgairement la Papesse, figure l’unité dogmatique fondée sur les nombres, c’e.st la Cabale ou la Gnose per.sonnifiée; le ir 3 repré- sente la Spiritualité divine sous l’emblème d’une femme ailée qui tient d’une main l’aigle apocalyptique, et, de l’autre, le monde suspendu au bout de son sceptre. Les autres figures sont aussi claires et aussi facilement explicables que ces premières.

Venons maintenant aux quatre signes, c’est-à- dire aux Bâtons, aux Coupes, aux Épées et aux Cercles ou Pantac les, vulgairement appelés Deniers. Ces figures sont les hiéroglyphes du tétragramme : ainsi, le Bâton, c’est le phallus des Égyptiens ou le jod des Hébreux; la Coupe, c’est le cteïs ou le hé primitif; l’Épée, c’est la conjonction des deux ou le lingam, figuré dans l’hébreu antérieur à la captivité par le vau , et le Cercle ou Pantacle, image du monde, est le hé final du nom divin.

Maintenant, prenons un Tarot et réunissons quatre par quatre toutes les pages formant la Boue ou ROTA de Guillaume Postel ; mettons ensemble

LA KABALE.

les quatre as, les quatre deux, etc., et nous aurons dix paq\iets de cartes donnant rcxplication hiéroglyphique du triangle des noms divins sur l’échelle du dénaire que nous avons donné plus haut. On pourra donc les lire ainsi, en ra])portant chaque nombre au Sephirot correspondant:

Quatre signes du nom qui contient tous les noms.

i Keter.

Les quatre as.

La couronne de Dieu porte quatre fleurons.

2 Chocmah.

Los quatre deux.

Sa sagesse s’épanche et forme quatre fleuves.

3 Binah.

Les quatre trois.

De son intelligence il donne quatre preuves,

4 Chesed.

Les quatre quatre

De la miséricorde il est quatre bienfaits.

nor.MR DE LA HAUTE MAGIE.

5 Geburah.

Les quatre cinq.

Sa rigueur quatre fois punit quatre forfaits,

6 Tiphrrrtu.

Les quatre six.

Par quatre rayons purs sa beauté se révèle.

7 Netsah.

Les quatre sept.

Célébrons quatre fois sa victoire éternelle.

' Hod.

Les quatre huit.

Quatre fois il triomphe en son éternité.

9 Iesod.

Les quatre neuf.

Sur quatre fondements son trône est supporté.

1 0 Malchot.

Les quatre dix.

Son unique royaume est quatre fois le même Et conforme aux fleurons du divin diadème.

On voit par cet arrangement si simple le sens cabalisticpie de chaque lame. Ainsi, par e.xemple,

LA KABA LE.

le cinq de bâton signifie rigoureiiseineiit gebiirah de Jod, c’est-à-dire justice du Créateur ou colère de l’homme; le sept de coupe signifie victoire de la miséricorde ou triomphe de la femme ; le huit d’épée signifie conflit ou équilibre éternel ; et ainsi des autres. On peut comprendre ainsi comment s’y prenaient les anciens pontifes pour faire parler cet oracle : les lames jetées au sort donnaient toujours un sens cabalistique nouveau, mais rigoureusement vrai dans sa combinaison, qui seule était fortuite; et, comme la foi des anciens n’accordait

rien au hasard, ils lisaient les réponses de la Providence dans les oracles du Tarot, qu’on appelait chez les Hébreux Théraph ou Théraphims, comme l’a pressenti le premier le savant cabaliste Gaffarel, l’un des magiciens attitrés du cardinal de Richelieu.

Quant aux figures, voici un dernier distique pour les expliquer :

Roi, Dame, Cavalier, Valet.

Époux, jeune homme, enfant, toute l’humanité, Par ces quatre échelons, remonte à l’unité.

Nous donnerons à la fin du Rituel d’autres dé- tails et des documents complets sur le merveilleux

iHXjiMK Dli LA IIAUTK MACilK.

livre du Tarot, et uous démoiilreroiis ([u’il est le livre primitif, la clef de toutes les prophéties et de tous les dogmes, eu im mot le livre ins[)irateur de livres inspirés, ce que n’ont pressenti ni Court de Gebeliii dans sa science, ni x\lliette ou Kteilla dans ses singulières intuitions.

Les dix séphirots et les vingt-deux tarots Forment ce que les cabalistes appellent les trente-deux voies de la science absolue. Quant aux sciences particulières, ils les divisent en cinquante chapitres, qu’ils nomment les cinquante portes (on sait que porte signifie gouvernement ou autorité chez les Orien- ; taux). Les rabbins divisent aussi la cabale en Berej

schit, ou Genèse universelle, et Mercavah, ou ^

chariot d’Ezéchiel ; puis, de deux manières d’ini terpréter les alphabets cabalistiques ils forment deux sciences, nommées la Gématrie et la Temu- ,, rah, et en composent fart notoire, qui n’est autre chose au fond que la science complète des signes o du Tarot et leur application complexe et variée à la divination de tous les secrets, soit de la philosophie, soit de la nature, soit même ^de l’avenir, ’j Nous en reparlerons au vingtième chapitre de cet ouvrage.

LA CllAlNL MAGIQUE.

MÀNU3.

LA FORCE.

Le grand agent magique que nous avons appelé lumière astrale, que d’autres nomment âme de la terre, que les anciens chimistes désignaient sous les noms d’Azotlî et de Magnésie, cette force occulte, unique et incontestable, est la clef de tous les empires, le, secret de toutes les puissances'; c’est le dragon volant de Médée, le serpent du mystère Édenique ; c’est le miroir universel des visions, le nœud des sympathies, la source des amours, de la prophétie et de la gloire. Savoir s’emparer de cet agent, c’est être dépositaire de la puissance même de Dieu; toute la magie réelle, effective, toute la vraie puissance occulte est là, et tous les livres de la vraie science n’ont d’autre but que de le démontrer.

Pour s’emparer du grand agent nmgique deux opéralions sont nécessaires : concentrer et projeter; en d’autres termes, fixer et mouvoir.

L’auteur de toutes clioses a donné pour base et pour garantie au mouvement la fixité; le mage doit agir de même.

L’enthousiasme est contagieux, dit-on. Pourquoi? C’est que l’enthousiasme ne se produit pas sans croyances arrêtées. La foi pi*oduit la foi ; croire, c’est avoir une raison de vouloir; vouloir avec raison, c’est vouloir avec une force, je ne dirai pas infinie, mais indéfinie.

Ce qui s’opère dans le monde intellectuel et moral s’accomplit à plus forte raison dans le monde physique; et, lorsque Archimède demandait un point d’appui pour soulever le monde, il .cl^erchait tout simplement le grand arcane magique.

Sur l’un des bras de l’audrogyne de Henri Kunrath on lit ce mot : Coagula, et sur l’autre : Solve.

Rassembler et répandre sont les deux verbes de la nature ; mais comment rassembler, comment répandre la lumière astrale ou l’âme du monde ?

On rassemble par l’isolement, et l’on répand au moyen de la chaîne magique.

L’isolement consiste pour la pensée dans une indépendance absolue, pour le cœur dans une liberté entière, pour les sens dans une continence parfaite.

Tout homme qui a des préjugés et des craintes, tout individu passionné et esclave de ses passions, est incapable de rassembler ou de coaguler, suivant l’expression de*Kbunratb, la lumière astrale ou Tàme de la terre.

Tous les vrais adeptes ont étQ indépendants jusqu’au supplice, sobres et chastes jusqu’à la mort; et la raison de cette anomalie, c’est que, pour disposer d’une force, il ne faut pas être pris par cette force de manière qu’elle dispose de vous.

Mais alors, vont s’écrier les hommes qui cher-

chent dans la magie un moyen de contenter merveilleusement les convoitises de la nature, à quoi sert une puissance dont on ne peut pas user pour se satisfaire? Pauvres gens qui le demandez, si je vous le dis, comment le comprendrez-vous? Les perles ne sont-elles donc rien, parce qu’elles n’ont aucun prix pour le troupeau d’Épicure?Curtiusne trouvait-il pas plus beau décommander à ceux qui ont de l’or que d’en avoir soi-même ? Ne faut-il pas être un peu plus qu’un homme ordinaire lorsqu’on a la prétention d'être presque Dieu ? D’ailleurs, je regrette de vous affliger ou de vous décourager, mais je n’invente pas ici les hautes sciences; je les enseigne et j’en constate les rigoureuses

DOGME DE ]A IIADTR MAGIE.

nécessités, en posant leurs premières et leurs plus inexorables conditions.

Pythagore était un homme libre, sobre et chaste; Apollonius de Thyanc, Julien-César, ont été des hommes d’un effrayante austérité ; Paracelse faisait douter de son sexe, tant il était étranger aux faiblesses amoureuses ; Raymond Lulle poussait les rigueurs dela vie jusqu’à l’ascétisme le plus exalté; Jérôme Cardan exagéra la pratique du jeûne au point de mourir de faim, si l’on en croit la tradition ; Agrippa, pauvre et coqrant de ville en ville, mourut presque de misère, plutôt que de subir les caprices d’une princesse qui insultait à la liberté de la science. Quel a donc été le bonheur de ces hommes? L’intelligence des grands secrets et la conscience du pouvoir. C’était assez pour ces grandes âmes. Faut-il être comme eux pour savoir ce qu’ils ont su? Non certainement, et ce livre que j’écris en est peut-être la preuve; mais, pour faire ce qu’ils ont fait, il est absolument nécessaire de prendre les moyens qu’ils ont pris.

Mais qu’ont-ils réellement fait? Ils ont étonné et subjugué le monde, ils ont régné plus véritablement que des rois. La magie est un instrument de bonté divine ou de diabolique orgueil, mais

c’est la mort des joies de la terre et des plaisirs de la vie mortelle.

Alors à quoi bon l’étudier? diront les viveurs.

— Tout simplement pour la connaître, et puis peut-être aussi pour apprendre càse défier del’incré- dulité stupide ou de la crédulité puérile. Hommes de plaisir (et comme moitié de ces hommes-Là je compte pour beaucoup de femmes), n’est-ce pas un plaisir très grand que celui de la curiosité satisfaite? Lisez donc sans crainte, vous ne deviendrez pas magiciens malgré vous.

D’ailleurs ces dispositions de renoncement absolu ne sont nécessaires que pour établir les courants universels et changer la face du monde; il est des opérations magiques relatives et bornées à un certain cercle, qui ne demandent pas d’aussi héroï- ques vertus. On peut agir sur les passions par les passions, déterminer les sympathies ou les antipathies, affliger même et guérir, sans avoir la toutepuissance du mage; il faut seulement être prévenu du risque qu’on peut courir d’une réaction proportionnelle il l’action et dont on pourrait facilement être victime. Tout ceci sera expliqué dans le Rituel.

Faire la chaîne magique, c’est établir un cou-

rarit luagnéliquc, qui devient plus fort en raison de l’étendue de la chaîne. Nous verrons dans le l^ituel comment ces courants peuvent se produire et quelles sont les différentes manières de former la chaîne. Le baquet de Mesmer était une chaîne magique assez imparfaite; plusieurs grands cercles d’illuminés, dans différents pays du Nord, ont des chaînes plus puissantes. La société môme de certai js prêtres catholiques célèbres par leur puissance occulte et leur impopularité est établie sur le plan et suivant les conditions des chaînes magiques les plus puissantes, et c’est le secret de leur force, qu’ils attribuent uniquement à la grâce ou à la volonté de Dieu, solution vulgaire et facile de tous les problèmes de force en influence ou en entraînement. Nous aurons à apprécier, dans notre Rituel, la série de cérémonies et d’évocations véritableneent magiques qui composent le grand œuvre de la vocation sous le nom d’exercices de saint Ignace.

Tout enthousiasme propagé dans une société, par une suite de communications et de pratiques arr’ôtées, produit un courant magnétique et se conserve ou s’augmente par le courant. L’action du courant est d’entraîner et d’exalter souvent

outre mesure les personnes impressionnables et faibles, les organisations nerveuses, les tempéraments disposés à l’hystérisme ou aux hallucinations. (^es personnes deviennent bientôt de puissants véhicules de la force magique, et projettent avec force la lumière astrale dans la direction même du courant ; s’opposer alors aux manifestations de. la force, ce serait en quelque manière combattre la fatalité. Lorsque le jeune pharisien Saül ou Schôl vint se jeter, avec tout le fanatisme et tout rentêtement d’un sectaire, en travers du christianisme envahissant, il se mettait lui-même, à son insu, à la merci de la puissance qu’il croyait combattre; aussi fut-il foudroyé par un formidable éclair magnétique, rendu . plus instantané sans doute par l’etfet combiné d’une congestion céré- brale et d’une brûlure solaire. La conversion du jeune israélite Alphonse de Ratisbonne est un fait contemporain absolument de même nature. Nous connaissons telle secte d’enthousiastes dont on rit à distance et dans laquelle on s’enrôle malgré soi dès qu’on s’en approche, même pour la combattre. Je dirai plus, les cercles magiques et les courants magnétiques s’établissent d’eux-mêmes et influencent suivant des lois fatales ceux qu’ils soumettent

2/l2 DOGMli DE LA HAUTE MAGIE.

à leur action. Chacun de nous est altii'é dans un cercle de relations qui est son inonde et dont il subit l’intluence. Jean-Jacques Uousseau, ce législateur de la révolution française, cet honnne que la nation la plus spirituelle du monde accepta comme rincarnation de la raison humaine, Jean- Jacques Rousseau fut entraîné à la plus triste act'on de sa vie, l’abandon de ses enfants, par l’influence magnétique d’un cercle de libertins et par un courant magique de table d’hôte. 11 le raconte simplement et naïvement dans ses Confessions, et c’est un fait que personne n’a remarqué. Ce sont les grands cercles souvent qui font les grands hommes, et réciproquement. Il n’y a pas de génies incompris; il y a des hommes excentriques, et le mot semble avoir été inventé par un adepte. L’homme excentrique en génie est celui qui cherche à se former un cercle en luttant contre la force d’attraction centrale des chaînes et des courants établis. Sa destinée est d’être brisé dans la lutte ou de réussir. Quelle est la double condition de la réussite en pareil cas? Un point central de fixité et une action circulaire persévérante d’initiative. L’homme de génie est celui qui a découvert une loi réelle, et qui par conséquent possède une

A

J

iMiàià

force invincible d’action et de direction. Il peut mourir à l’œuvre ; mais ce cpi’il a voulu s’accomplit malgré sa mort, et souvent même à cause de sa mort : car la mort est une véritable assomption pour le génie. Quand je m’élèverai de terre, disait le plus grand des initiateurs, j’entraînerai tout après moi.

La loi des courants magnétiques est celle du mouvement môme de la lumière astrale. Ce mouvement est toujours double et se multiplie en sens contraire. Une grande action prépare toujours une réaction égale, et le secret des gtands succès est tout entier dans la prescience des réactions. C’est ainsi que Chateaubriand, inspiré par le dégoût des saturnales révolutionnaires^ pressentit et prépara l’immense succès de son Génie du christianisme. S’opposer à un courant qui commence son cercle, c’est vouloir être brisé comme le fut le grand et infortuné empereur Julien ; s’opposer au courant qui a parcouru tout le cercle de son action, c’est prendre la tête du courant contraire. Le grand homme, c’est celui qui arrive à temps et qui sait innover à propos. Voltaire, du temps des apôtres, n’eût pas trouvé d’échos pour sa parole, et n’eût été peut-être qu’un parasite ingénieux des festins

24/i DüGMC DIÎ LA llAUTi; MAGIE.

de ïrinialcyoïi. A réi)oque où nous vivons, tout est prêt pour une nouvelle explosion de l’enthousiasme évangélique et du désintéressement chrétien, précisément à cause du désenchantement universel, du positivisme égoïste et du cynisme public des intérêts les plus grossiers. Le succès de certains livres et les tendances mystiques des esprits sont dis symptômes non équivoques de cette disposition générale. On restaure les églises et l’on en bâtit de nouvelles ; plus on se sent vide de croyances, plus on en espère; le monde entier attend encore une fois le Messie, et il ne peut tarder à venir. Qu’il se trouve, par exemple, un homme haut placé par son rang ou par sa fortune, un pape, un roi, ou même un juif millionnaire, et que cet homme sacrifie publiquement et solennellement tous ces intérêts matériels au salut de l’humanité, qu’il se fasse le rédempteur des pauvres, le propagateur et même la victime des doctrines de dévouement et de charité, et il se fera autour de lui un concours immense, et il se produira un bouleversement moral complet dans le monde. Mais la haute position du personnage est avant tout nécessaire, car, dans nos temps de misère et de charlatanisme, tout Verbe venu d’en bas est suspect d’am-

L\ CIIAINK MAGIQUE.

bition et de fourberie intéressée. Vous donc qui n’étes rien et qui n’avez rien, n’espérez être ni des apôtres ni des messies. Avez-vous la foi et voulezvous agir en raison de votre foi, arrivez d’abord aux moyens d’action, qui sont l’influence du rang et le prestige de la fortune. Autrefois on faisait de l’or avec la science, aujourd’hui il faut refaire la science avec de l’or. On a fixé le volatil, il faut volatiliser le fixe ; en d’autres termes, on a maté- rialisé l’esprit, il faut venir maintenant à spiritualiser la matière. La parole la plus sublime n’est pas écoutée de nos jours, si elle ne se f)roduit pas sous la garantie d’un nom, c’est-à-dire d’un succès qui représente une valeur matérielle. Combien vaut un manuscrit? Ce que vaut en librairie la signature de l’auteur. La raison sociale Alex. Dumas et C'% par exemple, représente une des garanties littéraires de notre époque ; mais la maison Dumas ne vaut que pour ces produits habituels : les romans. Que Dumas trouve une magnifique utopie ou une solution admirable du problème religieux, on ne con-

sidérera ses découvertes que comme des caprices amusants du romancier, et personne ne les prendra au sérieux, malgré la célébrité européenne du Panurge de la littérature moderne. Nous sommes

DüGMK DE LA HAUTE MAGIE.

dans le siècle des positions acquises : chacun vaut en raison de ce qn’il est socialement et commercialement parlant. La liberté illimitée de la parole a produit un tel conflit de discours, qu’on ne demande plus aujourd’hui: Que dit-on? mais: Qui a dit cela? Si c’est Rothschild, ou sa sainteté Pie IX, ou même monseigneur Dupanloup, c'est qtîelque chose. Si c’est Tartempion, Tartempion fût-il d’ailleurs (ce qui est possible après tout) un prodige encore ignoré de génie, de science et de bon sens, ce n’est rien.

A ceux donc qui me diraient : Si tu as le secret des grands succès et de la force qui peut changer le monde, pourquoi ne t’en sers-tu pas? je répondrais : Cette science m’est venue trop tard pour moi-même, et j’ai perdu, pour l’acquérir, le temps et les ressources qui m’auraient mis à même, peut- être, d’en faire usage ; mais je l’offre à ceux qui sont en position de s’en servir. Hommes illustres, riches, grands du monde, qui n’êtes pas satisfaits de ce que vous avez, et qui vous sentez au cœur une ambition plus noble et plus vaste, voulez-vous être les pères d’un monde nouveau, les rois d’une civilisation rajeunie? Un savant pauvre et obscur a retrouvé le levier d’Archi-

LA. CllAlNli MAGIQUE.

mècle, et il vous l’olTre pour le seul bien de riiuuiauité. sans rien vous deimindcren échange.

Les phénomènes qui tout dernièrement ont agité rAmérique el l’Europe à propos des tables parlantes et des manifestations fluidiques ne sont autre chose que des courants magnétiques qui commencent à se former, et des sollicitations de la nature qui nous invite, pour le salut de rhumamté,

. à reconstituer de grandes chaînes sympathiques et religieuses. En effet, la stagnation de la lumière astrale serait la mort du genre humain, et les torpeurs de cet agent secret se sont déjà manifestées par d’effrayants symptômes de décomposition 'et de mort. Le choléra-morbus, par exemple, les maladies des pommes de terre et du raisin, n’ont pas une autre cause, comme l’ont obscurément et symboliquement vu en songe les deux pastoureaux de la Salette.

La foi inattendue qu’a trouvée leur récit, et le concours immense de pèlerins déterminé par un récit aussi singulier et aussi vague que celui de ces deux enfants sans instruction et presque sans moralité, sont des preuves de la réalité magnétique du fait et de la tendance fluidique de la terre ellemême à opérer la guérison de ses habitants.

ns J)0GM1>: D1-: l.A llAUTli MAGIK.

Les superstitions sont instinctives, et tout ce qui est instinctif a une raison d’être dans la nature même des choses : c’est à cela que les scepti([ucs de tous les tenq)s n’ont pas assez rétléchi.

Nous attribuons donc tous les faits étranges du mouvement des tables à l’agent magnétique universel, qui cherche une chaîne d’enthousiasmes pvtt-r former de nouveaux courants. C’est une force aveugle par elle-même, mais qui peut être dirigée par la volonté des hommes et qui est influencée par les opinions courantes. Ce fluide universel, si l’on veut que ce soit un fluide, étant le milieu commun de tous les organismes nerveux et le véhicule de toutes les vibrations sensitives, établit, entre les personnes impressionnables, une véritable solidarité physique, et transmet des unes aux autres les impressions de l’imagination et de la pensée. Le mouvement de la chose inerte, déterminé par les ondulations de l’agent universel, obéit donc à l’impression dominante, et reproduit dans ses révé- lations tantôt toute la lucidité des songes les plus merveilleux, tantôt toute la bizarrerie et tout le mensonge des rêves les plus incohérents et les plus vagues.

Les coups frappés sur les meubles, l’agitation

bruyante de la vaisselle, les instruments de musique jouant d’eux-mômes 5 sont des illusions produites par les mêmes causes. Les miracles des convulsionnaires de Saint-Médard étaient du même ordre et semblaient souvent interrompre les lois de la nature. Exagération, d’une part, produite par la fascination qui est l’ivresse spéciale occasionnée par les congestions de lumière astrale; et de l’autre, oscillations ou mouvements réels imprimés à la matière inerte par l’agent universel et subtil du mouvement et de la vie : voilà tout ce qu’il y avait au fond de ces choses si merveilleuses, comme on pourra facilement s’en convaincre en reproduisant à volonté , par les moyens indiqués au Rituel , les plus étonnants de ces prestiges, et en constatant l’absence, aisément appréciable, de supercherie, d’hallucination ou d’erreur.

Il m’est arrivé plusieurs fois, à la suite d’expé- riences de chaîne magique faites avec des personnes sans bonne intention et sans sympathie, d’être éveillé en sursaut, la nuit, par des impressions et des contacts véritablement effrayants. Une nuit, entre autres, je sentis réellement la pression d’une main qui m’étranglait; je me levai, j’allumai ma lampe, et je me mis tranquillement à travailler

DOGME DE LA [lAUTE MAGIE.

pour utiliser mon insomnie et chasser les fantômes (lu sommeil. Alors des livres se déplaçaient près de moi avec bruit, les papiers s’agitaient et se frottaient les uns contre les autr(3s, les boiseries craciuaient

comme si elles allaient se fendre, et des coups sourds étaient frappés dans le plafond. J’observais ‘^yec curiosité, mais avec tran(|uillité, tous ces phé- nomènes, qui n’en étaient pas moins merveilleux si mon imagination seule en faisait les frais, tant il y avait de réalité dans leurs apparences. D’ailleurs je viens de dire que je n’étais nullement effrayé, et que je m’occupais de toute autre chose que des sciences occultes au moment où ils se produisaient.

C’est par le retour de semblables faits que je fus amené à tenter des expériences d’évocation à l’aide du cérémonial magique des anciens, et que. j’obtins les résultats vraiment extraordinaires que je constaterai au treizième chapitre de cet ouvrage.

DISCITK.

CRUX.

Le grand œuvre, c’est, avant toute chose, la création de Phoinme par lui-môme, c’est-à-dire la conquête pleine et entière qu’il fait de ses facultés et de son avenir; c’est surtout l’émancipation parfaite de sa volonté, qui lui assure l’empire universel de l’Azoth et le domaine de la Magnésie, c’est-à-dire un plein pouvoir sur l’agent magique universel.

Cet agent magique, que les anciens philosophes hermétiques ont déguisé sous le nom de matière première, détermine des formes de la substance modifiable, et l’on peut réellement arriver par son moyen à la transmutation métallique et à la médecine universelle. Ceci n’est pas une hypothèse, c’est un fait scientifique déjà éprouvé et rigoureusement démontrable.

Nicolas Flamel et Raymond Lulle, pauvres tous deux, ont évidemment distribué des richesses immenses. Agrippa n’est jamais arrivé qu’à la pre-

DOGMli mî I.A HAUTE MAGIE.

inièro partie du grand œuvre, et il est mort à la peine, luttant pour se posséder uniquement luimême et fixer son indépendance.

11 y a donc deux opérations hermétiques : Tune spirituelle, l’autre matérielle, et qui dépendent l’une de l’autre.

Toute la science hermétique est d’ailleurs contenue dans le dogme d’Hermès gravé primitivement, dit-on, sur une table d’émeraude. Nous en avons déjà expliqué les premiers articles ; voici ceux qui se rapportent à l’opération du grand œuvre :

« Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie.

» Il monte de la terre au ciel , et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supé- rieures et inférieures.

» Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde , et pour cela toute obcurité s’enfuira de toi.

» C’est la force forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

» Ainsi le monde a été créé. »

Séparer le subtil de l’épais, dans la première opé- ration, qui est tout intérieure, c’est affranchir son iiine de tout préjugé et de tout vice : ce qui se fait par l’usage du sel philosophique, c’est-à-dire de la sagesse ; du mercure, c’est-à-dire de l’habileté personnelle et du travail ; puis enfin du soufre, qui représente l’énergie vitale et la chaleur de la volonté. On arrive par ce moyen à changer en or spirituel les choses môme les moins précieuses, et jusqu’aux immondices de la terre. C’est en ce sens qu’il faut entendre les paraboles de la tourbe des philosophes, de Bernard le Trévisan, de Basile Valentin, de Marie l’Égyptienne et des autres prophètes de l’alchimie ; mais dans leurs œuvres, comme dans le grand œuvre, il faut séparer habilement le subtil de l’épais, le mystique du positif, l’allégorie de la théorie. Si on veut les lire avec plaisir et avec intelligence, il faut d’abord les entendre allégoriquement dans leur entier , puis descendre des allé- gories aux réalités par la voie des correspondances ou analogies indiquées dans le dogme unique:

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et réciproquement.

Le mot ART retourné, ou lu à la manière des écritures sacrées et primitives, c’est-à-dire de droite

DüGMIÎ Dlî l.A HAÜTI-: MAGIK.

à gauche, exprime, ])ar trois initiales, les (lifCérents degrés du grand œuvre. T signifie ternaii-e, théorie et li-avail ; K, réalisation ; A, ada [italien. Nous donnerons, au douzième ctupiitre du Kituel, les recettes des grands maîtres pour l’adaptation, et sjiécialement celle qui est contenue dans la forteresse hermétique d’Henri Khunrath.'

Nous signalons ici aux recherches de nos lecteurs un admirable traité attribué à Hermès Tris-

mégiste, et qui porte le titre de Minerva mundi.

Ce traité se trouve seulement dans quelques édi- . lions d’Hermès, et contient, sous des allégories pleines de poésie et de profondeur, le dogme de la création des êtres par eux-mêmes, ou de la loi de création qui résulte de l’accord de deux forces, de J celles que les alchimistes appelaient le fixe et le i

volatil, et qui sont, dans l’absolu, la nécessité et | la liberté. On y explique la diversité des formes / répand ues dans la nature par la diversité des esprits, I et les monstruosités par la divergence des efforts.

La lecture et la méditation de cet ouvrage sont indispensables à tous les adeptes qui veulent approfondir les mystères de la nature et se livrer sérieusement à la recherche du grand œuvre.

Quand les maîtres en alchimie disent qu'il faut

Llî GRAND OEUVRE.

peu de temps et peu d’argent pour accomplir les œuvres de la science, lorsqu’ils affirment surtout qu’un seul vase est nécessaire, lorsqu’ils parlent du grand et unique athanor (pie tous peuvent mettre en usage, (pii est sous la main de tout le monde et que les hommes possèdent sans le savoir, ils font allusion à l’alchimie philosophique et morale. En effet , une volonté forte et décidée peut arriver en peu de temps à l’indépendauco absolue, et nous possédons tous rinstrument chimique, le grand et unique athanor qui sert à séparer le subtil de répais et le fixe du volatil. Cet instrument, complet comme le monde, et précis comme les mathématiques elles-mêmes, est désigné par les sages sous l’emblème du pentagramme ou de l’étoile à cinq pointes, qui est le signe absolu de l’intelligence humaine. J’imiterai les sages en ne les nommant point : il est trop facile de le deviner.

La figure du Tarot qui correspond à ce chapitre a été mal comprise par Court de Gebelin et par Eteilla, qui ont cru y voir seulement une erreur commise par un Cartier allemand. Celte figure représente un homme, les mains liées derrière le dos, deux sacs d’argent attachés aux aisselles, et pendu par un pied à une potence composée de deux

256 DOGME DE L\ HAUTE MAGIE.

troncs d’arbre ayant cliacnn la racine de six branches coupées et d’une traverse complétant la fipfuredu Tau hébreu n ; les jambes du patient sont croisées et ses coudes forment un triangle avec sa tète. Or le triangle surmonté d’une croix signifie, en alchimie, la fin et la perfection du grand œuvre, signification identique avec celle de la lettre n , qui est la dernière de l’alphabet sacré.

Ce pendu c’est donc l’adepte, lié par ses engagements, spiritualisé ou les pieds tournés vers le ciel ; c’est aussi l’antique Prométhée, subissant dans une torture immortelle la peine de son glorieux larcin. C’est vulgairement Judas le traître, et son supplice menace les révélateurs du grand arcane. Enfin, pour les cabalistes juifs, ce pendu, qui correspond à leur douzième dogme, celui du Messie promis, est une protestation contre le Sauveur reconnu par les chrétiens, et ils semblent lui dire encore: Comment sauverais-tu les autres, toi qui n’as pu te sauver toi-même ?

Dans le Sepher-Toldos-Jeschu, compilation rabbinique antichrétienne, on trouve une singulière parabole: Jeschu, dit le rabbin auteur de la lé- gende, voyageait avec Simon Barjona et Judas l’Iscariote. Ils arrivèrent tard et fatigués à une

LE G H AND OEUVEE

maison isolée ; ils avaient très faim et ne trouvèrent à manger qu’une jeune oie fort petite et très maigre. C’était trop peu pour trois personnes; la partager c’eût été aiguillonner seulement la faim sans la satisfaire. Ils convinrent de la tirer au sort; mais, comme ils tombaient de sommeil : Allons dormir d’abord, dit Jeschu, pendant qu’on préparera le souper ; à notre réveil nous nous raconterons nos songes, et celui qui aura fait le plus beau rêve mangera tout seul la petite oie. Ainsi fut fait. Ils dorment et se réveillent. Moi, dit saint Pierre, j’ai rêvé que j’étais le vicaire de Dieu. Moi, dit Jeschu, que j’étais Dieu même. Et moi, reprit hypocritement Judas, j’ai rêvé qu’étant somnambule je me relevais, je descendais doucement, je retirais l’oie de la broche et je la mangeais. Là-dessus on descendit; mais l’oie avait effectivement disparu : Judas avait rêvé tout éveillé (1).

Cette légende est une protestation du positivisme juif contre le mysticisme chrétien. En effet, pendant que les croyants se livraient à de beaux rêves,

(1) Celle anecdote se trouve, non dans le texte même du Sepher Toldos Jeschut, mais dans les commentaires rabbiniques de cet ouvrage.

l’Israélite proscrit, le Judas de la civilisation diretienne, travaillait, vendait, agiotait, devenait riche, s’emparait des réalités de la vie présente, et se mettait en mesure de [irêter desmoyensd’existence aux cultes mêmes qui l’avaient si longtemps proscrit. Les anciens adorateurs de l’arche, restés fidèles au culte du coffre-fort, ont maintenant la Bourse pour temple, et c’est de là qu’ils gouvernent le monde chrétien. Judas peut, en effet, rire et se féliciter de n’avoir pas dormi comme saint Pierre.

Dans les anciennes écritures antérieures cà la captivité, le Tau hébreu a la figure d’une croix, ce qui confirme encore notre interprétation de la douzième lame du Tarot cabalistique. La croix, géné- ratrice de quatre triangles, est aussi le signe sacré • du Duodénaire, et les Égyptiens l’appelaient, pour ■ cela même, la clé du ciel. Aussi Eteilla, embar- '

rassé dans ses longues recherches pour concilier v les nécessités analogiques de la figure avec son opij nion personnelle (il avait subi en cela l’influence i du savant Court de Gebelin), a-t-il placé dans la tmain de son pendu redressé, dont il a fait laPrudence, un caducée hermétique formé de deuxserpentset d’un Tau grec. Puisqu’il avait compris la f nécessité du Tau ou de la croix, à la douzième page

du livre de Thot, il aurait dû comprendre le multiple et magnifique symbole du pendu hermétique, le Prométhée de la science, l’homme vivant qui ne touche la terre que par la pensée et dont la base est au ciel, l’adepte libre et sacrifié, le révélateur menacé de mort, la conjuration du judaïsme ■contre le Christ, qui semble être un aveu involontaire de la divinité occulte du crucifié, le signe • enfin de l’œuvre accomplie, du cycle terminé, le Tau intermédiaire, qui résume, une première fois,

. avant le dernier denaire, les signes de l’alphabet s sacré.

I

DOGME DF. LA IIAUTK MAGIE.

LA NKCROMÂNCIE.

EX IPSIS.

MOBS.

Nous avons dit que dans la lumière astrale se conservent les images des personnes et des choses. C’est aussi dans cette lumière qu’on peut évoquer les formes de ceux qui ne sont plus dans notre monde, et c’est par son moyen que s’accomplissent les mystères aussi contestés que réels de la nécromancie.

Les cabalistes qui ont parlé du monde des esprits ont simplement raconté ce qu’ils ont vu dans leurs évocations.

Éliphas Lévi Zahed (1), qui écrit ce livre, a évoqué, et il a vu.

Disons d’abord ce que les maîtres ont écrit de leurs visions ou de leurs intuitions dans ce qu’ils appelaient la lumière de gloire.

On lit dans le livre hébreu de la Révolution des

(1) Ces noms hébreux, traduits en français, sont Alphonse- Louis Constant.

âmes qu’il y a des àuies de trois sortes: les filles d’Adam, les filles des anges et les filles du péché. Il y a aussi, suivant le môme livre, trois sortes d’esprits : les esprits captifs, les esprits errants et les esprits libres. Les âmes sont envoyées par couples. Il y a pourtant des âmes d’hommes qui naissent veuves, et dont les épouses sont retenues captives par Lilth et par Naëmah, les reines des stryges : ce sont les âmes qui ont à expier la témérité d’un vœu de célibat. Ainsi, lorsqu’un homme renonce dès l’enfance à l’amour des femmes, il rend esclave des démons delà débauche l’épouse qui lui était destinée. Les âmes croissent et se multiplient dans le ciel ainsi que les corps sur la terre. Les âmes immaculées sont les filles des baisers des anges.

Rien ne peut entrer dans le ciel que ce qui vient du ciel. Après la mort, donc, l’esprit divin qui animait l’homme retourne seul au ciel, et laisse sur la terre et dans l’atmosphère deux cadavres : l’un terrestre et élémentaire, l’autre aérien et sidéral; l’un inerte déjà, l’autre encore animé par le mouvement universel de l’âme du monde, mais destiné à mourir lentement, absorbé par les puissances astrales qui l’ont produit. Le cadavre ter-

rustre est visible : l’autre est invisible aux yeux des

corps tei restres et vivants, et ne peut être aperçu que par les applications de la lumière astrale au translucide, qui communique ses impressions au système nerveux, et afl’ecte ainsi l’organe de la vue jusqu’à lui faire voir les formes qui sont Ci-nservées et les paroles qui sont écrites au livre de la lumière vitale.

Lorsque l’homme a bien vécu, le cadavre astral s’évapore comme un encens pur en montant vers les régions supérieures ; mais si l’homme a vécu dans le crime, son cadavre astral, qui le retient prisonnier, cherche encore les objets de ses passions et veut se reprendre à la vie. Il tourmente les songes des jeunes filles, se baigne dans la vapeur du sang répandu, et se traîne autour des endroits où se sont écoulés les plaisirs de sa vie ; il veille encore sur les trésors qu’il a possédés et enfouis ; il s’épuise en efforts douloureux, pour se faire des organes matériels et revivre. Mais les astres l’aspirent et le boivent; il sent son intelligence s’affaiblir, sa mémoire se perdre lentement, tout son être se dissoudre... Ses anciens vices lui apparaissent et le poursuivent sous des figures monstrueuses; ils l’attaquent et le dévorent... Le malheureux perd

ainsi successivement tous les membres (jui ont servi à ses iniquités; puis il meurt pour la seconde fois et pour jamais, car il perd alors sa personnalité et sa mémoire. Les âmes qui doivent vivre, mais qui ne sont pas encore entièrement purifiées, restent plus ou moins longtemps captives dans le cadavre astral', ou elles sont brûlées par la lumière odique qui cherche k se l’assimiler et à le dissoudre.

’ C’est pour se dégager de ce cadavre que les âmes souffrantes entrent parfois dans les vivants, et y demeurent dans un état que les.cabalistes appellent embryonnat.

Ce sont ces cadavres aériens qu’on évoque par la nécromancie. Ce sont des larves, des substances mortes ou mourantes, avec lesquelles on se met en rapport; elles ne peuvent ordinairement parler que par le tintement de nos oreilles produit par l’ébranlement nerveux dont j'ai parlé, et ne raisonnent ordinairement qu’en réfléchissant ou nos pensées ou nos rêves.

Mais pour voir ces formes étranges, il faut se mettre dans un état exceptionnel , qui tient du sommeil et de la mort, c’est-à-dire qu’il faut se

magnétiser soi-même et arriver à une sorte de somnambulisme lucide et éveillé, La nécromancie

ol)tieiit donc des résidtats réels, cl les évocalioiis de la magie peuvent produire des visions véritables. Nous avons dit que, dans le grand agent magique, qui est la lumière astrale, se conservent toutes les empreintes des choses, toutes les images formées, soit par les rayons, soit par les reflets ; c’est dans cette lumière que nous apparaissent nos songes, c’est cette lumière qui enivre les aliénés et entraîne leur jugement endormi à la poursuite des fantô- mes les plus bizarres. Pour voir sans illusions dans cette lumière, il faut écarter les reflets par une volonté puissante, et n’attirer à soi que les rayons. Rêver tout éveillé, c’est voir dans la lumière astrale ; et les orgies du sabbat, racontées par tant de sorciers dans leurs jugements criminels, ne se pré- sentaient pas à eux d’une autre manière. Souvent les préparations et les substances employées pour parvenir à ce résultat étaient horribles, comme

nous le verrons dans le Rituel ; mais les résultats

iPétaient jamais douteux. On voyait, on entendait, on touchait les choses les plus abominables, les plus fantastiques, les plus impossibles. Nous reviendrons sur ce sujet dans notre quinzième chapitre; nous ne nous occupons ici que de l’évocation des morts.

LA MÎCRUMANGIU.

Au printemps de raniiée 185/i, j’étais allé à Londres pour échapper à dos chagrins d’intérieur et nie livrer, sans distraction, à la science. J’avais des lettres d’introduction pour des personnages éminents et curieux de révélations du monde surnaturel. J’en vis plusieurs, et je trouvai en eux, avec beaucoup de politesse, un grand fond d’indifférence ou de légèreté. On me demandait tout d’abord des prodiges comme à un charlatan . J’étais un peu découragé, car, à vrai dire, loin d’être disposé à initier les autres aux mystères de la magie cérémonielle, j’en avais toujours craint, pour moimême, les illusions et les fatigues ; d’ailleurs ces cérémonies exigent un matériel dispendieux et difficile à rassembler. Je me. renfermais donc dans l’étude de la haute Cabale, et je ne songeais plus aux adeptes anglais, lorsqu’un jour , en rentrant à mon hôtel, je trouvai un pli à mon adresse. Ce pli contenait la moitié d’une carte coupée transversalement, et sur laquelle je reconnus tout d’abord le caractère du sceau de Salomon, et un papier fort petit sur lequel était écrit au crayon : «Demain, à trois heures, devant l’abbaye de Westminster, on vous présentera l’autre moitié de cette carte.» Je me rendis à ce singulier rendez-vous. Une voiture

DOGMli DE IA HAUTE MAGIE.

stationnait sur la place. Je tenais, sans alîectation, mon fragment de cai te à la main ; un domestique s approcha de moi et me fit signe en m’ouvrant la portière de la voilure. Dans la voiture était une dame en noir, dont le chapeau était recouvert d’un voile très épais; elle me fît un signe de monter près d’elle, en me montrant l’autre moitié de la carte (jue j’avais reçue. La portière se referma, la voiture roula ; et, la dame ayant relevé son voile, je pus voir que j’avais affaire à une personne âgée, ayant sous des sourcils gris des yeux noirs extrè- i raement vifs et d’une fixité étrange. «Sir, me dit- ^ elle, avec un accent anglais très prononcé , je sais que la loi du secret est rigoureuse entre les adeptes; une amie de sir B*** L***, qui vous a vu, sait qu’on vous a demandé des expériences, et que vous avez refusé de satisfaire cette curiosité. Peut-être n’aviezvous pas les choses nécessaires : je veux vous montrer un cabinet magique complet ; mais je vous demande, avant tout, le plus inviolable secret. Si vous ne me faites pas cette promesse sur l’honneur, je vais donner ordre qu’on vous reconduise chez vous. » Je fis la promesse qu’on exigeait de : moi, et j’y suis fidèle en ne disant ni le nom, ni la c qualité, ni la demeure de cette dame, que je recou- 1

. Il V uiiii

nus bientôt pour une initiée, non pas précisément du premier ordre, mais (run grade très élevé. Nous eûmes plusieurs longues conversations, pendant lesquelles elle insistait toujours sur la nécessité des pratiques pour compléter l’initiation. Elle me montra une collection de vêtements et d’instruments magique, me prêta même quelques livres curieux qui me manquaient; bref, elle me détermina à tenter chez elle l’expérience d’une évocation complète, à laquelle je me préparai pendant vingt et un jours, en observant scrupuleusement les pratiques indiquées au treizième chapitre du Rituel.

Tout était terminé le 2^i juillet, il s’agissait d’évoquer le fantôme du divin Apollonius et de l’interroger sur deux secrets ; l’un qui me concernait moi-même, l’autre qui intéressait cette dame. Elle avait d’abord compté assister à l’évocation avec une personne de confiance; mais, au dernier moment, cette personne eut peur, et, comme le ternaire ou l’unité est rigoureusement requise pour les rites magiques, je fus laissé seul. Le cabinet préparé pour l’évocation était pratiqué dans une tourelle : on y avait disposé quatre miroirs concaves, une sorte d’autel, dont le dessus de marbre blanc était entouré d’une chaîne de fer aimanté.

268 DOGMli DK LA IIAUTK MAGIK.

Sur le marbre blanc élail gravé et doré le signe du peutagramine, lel qu’il est i-eprésenlé à l;i page 105 de cet ouvrage; et le même signe était tracé, eu diverses couleurs, sur une peau d’agneau blanche et neuve qui était tendue sous l’autel. Au centr(3 de la table de marbre il y avait un petit réchaud de cuivre avec du charbon de bois d’aulne et de laurier; un autre réchaud était placé devant moi sur un trépied. J’étais vêtu d’une robe blanche assez semblable aux robes de nos prêtres catholiques, mais plus ample et plus longue , et je portais sur la

tête une couronne de feuilles de verveine entrela-

cées dans une chaîne d’or. D’une main je tenais une épée neuve et de l’autre le Rituel. J’allumai les deux feux avec les substances requises et préparées, et je commençai, à voix basse d’abord, puis en élevant la voix par degrés, les invocations du Rituel. La fumée s’étendit, la flamme fit vaciller tous les objets qu’elle éclairait, puis elle s’éteignit. La fumée s’élevait blanche et lente sur l’autel de marbre, il me sembla sentir une secousse de tremblement de terre, les oreilles me tintaient et le cœur me battait avec force. Je remis quelques branches et des parfums sur les réchauds, et lorsque la flamme s’éleva , je vis distinctement , devant

LA NLCRüMANClL.

l’autel, une figure d’homme plus grande (lue nature, qui se décomposait et s’etlaçait. Je recommençai les évocations, et je vins me placer dans un cercle que j’avais tracé d’avance entre l’autel et le trépied : je vis alors s’éclaicir peu à peu le fond du miroir qui était en face de moi, derrière l’autel, et une forme blanchâtre s’y dessina, grandissant et semblant s’approcher peu à peu. J’appelai trois fois Apollonius en fermant les yeux; et, lorsque je les rouvris, un homme était devant moi, enveloppé tout entier d’une sorte de linceul, qui me sembla être gris plutôt que blanc ; sa figure était maigre, triste et sans barbe, ce qui ne se rapportait pas précisé- ment à l’idée que je me faisais d’abord d’Apollonius. J’éprouvai une sensation de froid extraordinaire, et, lorsque j’ouvris la bouche pour interpeller le fantôme, il me fut impossible d’articuler un son. Je mis alors la main sur le signe du pentagramme, et je dirigeai vers lui la pointe de l’épée, en lui commandant mentalement, par ce signe, de ne point m’épouvanter et de m’obéir. Alors, la forme devint plus confuse, et il disparut tout à coup. Je lui commandai de revenir : alors je sentis passer près de moi comme un. souffle, et, quelque chose m’ayant touché la main qui tenait l’épée, j’eus immédiate-

DOGMlî Dli LA IIAUTIi MAGIE.

ment le bras engourdi jusqu’à l’éimule. Je crus eomprendre que celte épée olï'eusait l’esprit, (*,t je la plantai par la [lointe dans le cercle auprès de moi. La figure humaine reparut aussitôt; mais je sentis un si grand afiaiblisseinent dans mes membres et une si prompte défaillance s’emparer de moi, que je fis deux pas pour m’asseoir. Dès que je fus assis, je tombai dans un assoupissement profond et accompagné de rêves, dont il ne me resta, quand je revins à moi, qu’un souvenir confus et vague, J’euspendantplusieursjourslebrasengourdi et douloureux. La figure ne m’avait point parlé, mais il me sembla que les questions que j’avais à lui faire s’étaient résolues d’elles-mêmes dans mon esprit. A celle de la dame , une voix intérieure répondait en moi : Mort (il s’agissait d’un homme dont elle voulait savoir des nouvelles) ! Quant à moi, je voulais savoir si le rapprochement et le pardon seraient possibles entre deux personnes auxquelles je pensais, et le même écho intérieur répondait impitoyablement : Mortes !

Je raconte ici les faits tels qu'ils se sont passés, je ne les impose à la foi de personne. L’effet de cette expérience sur moi fut quelque chose d’inexplicable. Je n’étais plus le même homme, quelque chose

rrim autre monde avait passe en moi ; je n’étais plus ni gai, ni triste, mais j’éprouvais un singulier attrait pour la mort, sans être, cependant, aucunement tenté de recourir au suicide. J’analysai soigneusement ce que j’avais éprouvé; et, malgré une répugnance nerveuse très vivement sentie, je réitérai deux fois, à quelques jours seulement de distance, la même épreuve. Le récit des phénomènes qui se produisirent différerait trop peu de celui-ci pour que je doive l’ajouter à cette narration, déjà peut-être un peu longue. Mais le résultat de ces deux autres évocations fut pour moi la révélation de deux secrets cabalistiques, qui pourraient, s’ils étaient connus de tout le monde, changer en peu de temps les bases et les lois de la société tout entière.

Conclurai-je de ceci que j’ai réellement évoqué, vu et touché le grand Apollonius de ïhyanes? Je ne suis ni assez halluciné pour le croire, ni assez peu sérieux pour raffirmer. L’effet des préparations, des parfums, des miroirs, des pantacles, est une véritable ivresse de l’imagination, qui doit agir vivement sur une personne déjà impressionnable et nerveuse. Je n’explique pas par quelles lois physiologiques j’ai vu et touché; j’affirme seulement

nOGMK Dli I,.V llAUTli MAGlli,

(lue j’ai vu ci (jue j’ai IoucIk*, (lue j’ai vu claireiiieiil et (lislinctemcut, sans rêves, et cela sulïit

pour croire à reflicacilé r(*elle des cérémonies

inagicpies. J’en crois, d’ailleurs, la pratique dangereuse et nuisible; la santé, soit morale, soit plivsique, ne résisterait pas à de semblables opérations si elles devenaient habituelles. La dame âgée dont je parle, et dont j’ai eu depuis à me plaindre, en était une preuve : car, malgré ses dénégations, je ne doute pas qu’elle n’ait l’habitude de la nécromancie et de la goétie. Elle déraisonnait quelquefois complètement, se livrait d’autres fois à des colères insensées, dont elle avait peine à bien déterminer l’objet. J’ai quitté Londres sans l’avoir revue, et je garderai fidèlement l’engagement que j’ai pris de ne rien dire à qui que ce soit qui puisse la faire connaître ou donner même l’éveil sur des pratiques, auxquelles elle se livre sans doute à l’insu de sa famille, qui est, à ce que je suppose, assez nombreuse et d’une position fort honorable.

Il y a des évocations d’intelligence, des évocations d’amour et des évocations de haine ; mais rien ne prouve, encore une fois, que les esprits quittent réellement les sphères supérieures pour

s'entretenir avecnous, et le contraire môme est plus probable. Nous évoquons les souvenirs qu’ils ont laissés dans la lumière astrale, qui est le réservoir commun du magnétisme universel. C’est dans celte lumière que l’empereur Julien vit autrefois apparaître les dieux, mais vieux, malades et décrépits : preuve nouvelle de rinflueuce des opinions courantes et accréditées sur les refletsde ce môme agent magique qui fait parler les tables et répond en frappant contre les murailles. Depuis révocation dont j’ai parlé toutà l’heure, j’ai relu avec soin la vie d’Apollonius, que les historiens nous représentent comme un idéal de beauté et d’élégance antique. J’y ai remarqué qu’ Apollonius, vers la fin de sa vie, fut rasé et tourmenté longtemps en prison. Cette circonstance, que j’avais sans doute retenue autrefois sans y penser depuis pour m’en souvenir, aura peut-être déterminé la forme peu attrayante de ma vision, que je considère uniquement comme le rêve volontaire d’un homme éveillé. J’ai vu deux autres personnages, qu’il importe peu de nommer, et toujours diffé- rents, par leur costume et par leur aspect, de ce que je m’attendais à voir. Je recommande, d’ailleurs, la plus grande réserve aux personnes qui

"Il h DOGMlî Dli LA- HA.UTE MAGIE. •

voudraient seliA-rer à de semblables expériences : il en résulte de grandes fatigues et souvent même des ébranlements assez anormaux pour occasionner des maladies.

Je ne terminerai pas ce chapitre sans signaler ici l’opinion assez étrange de certains cabalistes qui distinguent la mort apparente de la mort réelle, et croient qu’elles viennent rarement ensemble. A leiu’ dire, la plupart des personnes qu’on enterre seraient vivantes, et beaucoup d’autres, qu’on croit vivantes, seraient mortes.

La folie incurable, par exemple, serait pour eux une mort incomplète, mais réelle, qui laisse le corps terrestre sous la direction purement instinctive du corps sidéral. Lorsque l’âine humaine subit une violence qu’elle ne peut supporter, elle se séparerait ainsi du corps, et laisserait à sa place l’âme animale ou le corps sidéral, ce qui fait de ces restes humains quelque chose de moins vivant en quelque sorte que l’animal lui-mème. On reconnaît, disent-ils, les morts de cette espèce à l’extinction complète du sens affectueux et moral ; ils ne sont pas méchants, ils ne sont pas bous : ils sont morts. Ces êtres, qui sont les champignons véné- neux de l’espèce humaine, absorbent autant qu’ils

peuvent la vie des vivants; c’est pourquoi leur approche engourdit Tàme et donne froid au cœur.

Ces ôtres cadavéreux, s’ils existaient, réaliseraient tout ce qu’on affirmait autrefois des brucolaques et des vampires.

N’estil pas des êtres près desquels on se sent moins intelligent, moins bon, quelquefois même moins honnête ?

N’en est-il pas dont l’approche éteint toute croyance et tout enthousiasme, qui vous lient à eux par vos faiblesses, vous dominent par vos mauvais

penchants, et vous font lentement mourir au moral, dans un supplice pareil à celui de Mezence?

Ce sont des morts, que nous prenons pour des vivants ; ce sont des vampires, que nous prenons pour des amis!

DOGME DE L\ HAUTE MAGIE.

SPHERA LÜNÆ.

SEMPITERNUM.

AUXILIUM.

Saint Augustin doute sérieusement qu’Apulée ait pu être changé en âne par une sorcière de Thessalie. Des théologiens ont disserté longuement sur la transmutation de Nabuchodonosor en bête sauvage. Cela prouve simplement que l’éloquent docteur d’Hippone ignorait les arcanes magiques , et que les théologiens en question n’étaient pas très avancés en exégèse. Nous avons à examiner, dans ce chapitre, des merveilles bien autrement incroyables, et incontestables pourtant. Je veux parler de la lycanthropie ou de la transformation nocturne des hommes en loups, si célèbre dans les

veillées de nos campagnes, par les histoires de loups-garous; histoires si bien avérées, que, pour les expliquer, la science incrédule a recours à des manies furieuses et à des travestissements en animaux. Mais de pareilles hypothèses sont puériles

et ii’expliqiient rien. Cherchons ailleurs le secret des phénomènes observés a ce sujet, et constatons d’abord :

1“ Que jamais personne n’a été tué par un loupgarou, si ce n’est par suffocation, sans effusion de sang et sans blessures ;

2° Que les loups-garous traqués, poursuivis, blessés môme, n’ont jamais été tués sur place.

o“ Que les personnes suspectes de ces transformations ont été toujours retrouvées chez elles, après la chasse au loup-garou, plus ou moins blessées, quelquefois mourantes, mais toujours dans leur forme naturelle.

Maintenant constatons des phénomènes d’un autre ordre.

Rien au monde n’est mieux attesté et plus incontestablement prouvé que la présence visible et réelle du P. Alphonse de Liguori près du pape agonisant, tandis que le même personnage était observé chez lui, à une grande distance de Rome, en prière et en extase.

La présence simultanée du missionnaire Fran- çois Xavier en plusieurs endroits à la fois n’a pas été moins rigoureusement constatée.

On dira que ce sont là des miracles ; nous répon-

278 DOGME DE LA HAUTE MA(UE.

drons que les miracles, lors([u’ils sont réels, sont tout simplement des phénomènes pour la science.

Les apparitions de personnes qui nous sont chères coïncidant avec le moment de leur mort sont des phénomènes du . même ordre et attribuables à la même cause.

Nous avons parlé du corps sidéral qui est l’intermédiaire entre l’ame-et le corps matériel. Ce corps reste éveillé souvent pendant que l’autre sommeille, et se transporte avec la pensée dans tout l’espace qu’ouvre devant lui l’aimantation universelle. Il allonge ainsi sans la briser la chaîne sympathique qui le retient attaché à notre cœur et à notre cerveau, et c’est ce qui rend si dangereux le réveil en sursaut pour les personnes qui rêvent. En effet, une commotion trop forte peut rompre tout à coup la chaîne, et occasionner subitement la mort.

La forme de notre corps sidéral est conforme à l’état habituel de nos pensées, et modifie, à la longue, les traits du corps matériel. C’est pour cela que Swedenborg , dans ses intuitions somnambuliques, voyait souvent des esprits en forme de divers animaux.

Osons aire maintenant qu’un loup-garou n’est

autre chose que le corps sidéral d’un homme, dont le loup représente les instincts sauvages et sanguinaires, et qui, pendant que son fantôme se promène ainsi dans les campagnes, dort péniblement dans son lit et rêve qu’il est un véritable loup.

Ce qui rend le loup-garou visible , c’est la surexcitation presque somuambulique causée par la frayeur chez ceux qui le voient, ou la disposition, plus particulière aux personnes simples de la campagne, de se mettre en communication directe avec la lumière astrale, qui est le milieu commun des visions et des songes. Les coups portés au loupgarou blessent réellement la personne endormie par congestion odique et sympathique de la lumière astrale, par correspondance du corps immatériel avec le corps matériel. Bien des personnes croiront rêver en lisant de pareilles choses, et nous demanderont si nous sommes bien éveillé ; mais nous prierons seulement les hommes de science de réfléchir aux phénomènes de la grossesse et aux influences de l’imagination des femmes sur la forme de leur fruit. Une femme qui avait assisté au supplice d’un homme qu’on rouait vif accoucha d’un enfant dont tous les membres étaient rompus.

130GMÜ DE LA HAUTE MAGIE.

Qu’on nous explique comment rimpression produite sur l’âme de la mère par un horrible spectacle pouvait atteindre et briser les membres de l’enfant, et nous expliquerons comment les coups poiiéset reçus en rêve peuvent briser réellement et blesser môme grièvement le corps de celui qui les reçoit en imagination, surtout quand son corps est souffrant et soumis à des influences nerveuses et magnétiques.

C’est à ces phénomènes et aux lois occultes qui les produisent qu’il faut rapporter les effets de l’envoûtement, dont nous aurons à parler. Les obsessions diaboliques, et la plupart des maladies nerveuses qui affectent le cerveau, sont des blessures faites à l’appareil nerveux par la lumière astrale pervertie, c’est-à-dire absorbée ou projetée dans des proportions anormales. Toutes les tensions extraordinaires et extranaturelles de la volonté disposent aux obsession set aux maladies nerveuses ; le célibat forcé, l’ascétisme, la haine, l’ambition, l’amour repoussé, sont autant de principes géné- rateurs de formes et d’influences infernales. Paracelse dit que le sang régulier des femmes engendre des fantômes dans l’air ; les couvents, à ce point de vue, seraient le séminaire des cauchemars, et l’on

pourrait comparer les diables aces têtes de l’hydre de Lerne, qui renaissaient sans fin et se multipliaient par le sang môme de leurs blessures.

Les phénomènes de la possession des Ursulines de Loudun, si fatale à Urbain Grandier, ont été méconnus. Les religieuses étaient réellement possédées d’hystérie et d’imitation fanatique des pensées secrètes de leurs exorcistes, transmises à leur système nerveux par la lumière astrale. Elles recevaient l’impression de toutes les haines que ce malheureux prêtre avait soulevées contre lui, et cette communication tout intérieure leur parai.ssait à elles-mêmes diabolique et miraculeuse. Ainsi dans cette malheureuse affaire tout le monde était de bonne foi, jusqu’à Laubardemont, qui, en exé- cutant aveuglément les sentences préjugées par le cardinal de Richelieu , croyait accomplir en même temps les devoirs d’un véritable juge, et se soup- çonnait d’autant moins lui-même d’être un valet de Ponce-Pilate, qu’il lui était moins possible de voir dans le curé, esprit fort et libertin, de Saint- Pierre-du-Marché, un disciple du Christ et un martyr.

La possession des religieuses de Louviers n’est guère qu’une copie de celles de Loudun : les dia-

blés inventent peu et sont plagiaires les uns des autres. Le procès de Gaufridi et de Magdeleine de la Palud porte un caractère plus étrange. Ici ce sont les victimes qui s’accusent elles-mêmes. Gaufridi se reconnaît coupable d’avoir ôté à plusieurs femmes, par un simple souffle dans les narines, la liberté de se défendre contre les séductions. Une jeune et belle fille, de famille noble, insufflée par lui, raconte, dans les plus grands détails, des scè- nes où la lubricité le dispute au monstrueux et au grotesque. Telles sont les hallucinations ordinaires de la fausse mysticité et du célibat mal conservé. Gaufridi et sa maîtresse étaient obsédés par leurs chimères réciproques, et la tête de l’un reflétait les cauchemars de l’autre. Le marquis de Sade luimême n’a-t-il pas été contagieux pour certaines natures débilitées et malades?

Le scandaleux procès du père Girard est une nouvelle preuve des délires du mysticisme et des singulières névralgies qu’il peut entraîner à sa suite. Les évanouissements de la Cadière, ses extases, ses stigmates, tout cela était aussi réel que la débauche insensée et peut-être involontaire de son directeur. Elle l’accusa lorsqu’il voulut se retirer d’elle, et la conversion de cette fille fut une

vengeance, car rien n’est cruel comme les amouA dépravés. Un corps puissant, qui était intervenu dans le procès de Grandier pour perdre en lui le sectaire possible, sauva le père Girard pour riioii" neurde la compagnie. Grandier et le père Girard étaient d’ailleurs arrivés au même résultat par des voies bien différentes, dont nous aurons spécialement à nous occuper dans notre seizième chapitre.

Nous agissons par l’imagination sur les imaginations des autres, par notre corps sidéral sur le

leur, et par nos organes sur leurs organes. En sorte que, par la sympathie, soit d’attrait, soit d’obsession , nous nous possédons les uns les autres et nous nou§ identifions à ceux sur lesquels nous voulons agir. Ce sont les réactions contre cet empire qui font succéder souvent aux sympathies les plus vives l’antipathie la plus prononcée. L’amour a pour tendance d’identifier les êtres; or, en les identifiant souvent, il les rend rivaux, et par conséquent ennemis, si le fond des deux natures est une disposition insociable, comme serait par exemple l’orgueil ; saturer également d’orgueil deux âmes unies, c’est les désunir en les rendant rivales. L’antagonisme est le résultat nécessaire de la pluralité des dieux.

284 DOGMl*: DK J,A IIAUTK MAGIK.

Lorsque nous rôvons crune personne vivante, c’est ou son corps sidéral qui se présente au nôtre dans la lumière astrale, ou du moins le reflet de ce môme corps, et la manière dont nous sommes impressionnés à sa rencontre nous révèle souvent les dispositions secrètes de cette personne à notre égard. L’amour, par exemple, façonne le corps sidéral de l’un à l’image et à la ressemblance de l’autre, en sorte que le medium animiquedela femme est comme un homme et celui de l’homme comme une femme. C’est cet échange que les cabalistes ont voulu exprimer d’une manière occulte lorsqu’ils disent, en expliquant un terme obscur de la Genèse : « Dieu a créé l^amour en mettant une côte d’Adam dans la poitrine de la femme et de la chair d’Ève dans la poitrine d’Adam, en sorte que le fond du cœur de la femme est un os d’homme et le fond du cœur de l’homme de la chair de la femme ; » allégorie qui n’est certainement pas sans profondeur et sans beauté.

Nous avons dit un mot dans le chapitre précédent de ce que les inaîtres en cabale appellent l’embryonnat des âmes. Cet embryonnat, complet après la mort de la personne qui en possède une autre, est souvent commencé de son vivant, soit par l’obses-

sion, soit parramour. J’ai connu une jeune femme à laquelle ses parentsinspiraientunegrande terreur, et qui se livra tout à coup elle-môme envers une personne inoffensive aux actes qu’elle redoutait de leur part. J’en ai connu une autre qui, après avoir pris partà une évocation où il s’agissait d’une femme coupable et tourmentée dans l’autre monde pour certains actes excentriques, imita sans aucune raison les actes de la femme morte. C’est à cette puissance occulte qu’il faut attribuer l’influence redoutable de la malédiction des parents, redoutée chez tous les peuples de la terre, et le danger véritable des opérations magiques lorsqu’on n’est pas parvenu à l’isolement des vrais adeptes.

Cette vertu de transmutation sidérale, qui existe réellement dans l’amour, explique les prodiges allégoriques de la baguette de Circé. Apulée parle d’une Thessalienne qui se transformait en oiseau; il se fit aimer par la servante de cette femme pour surprendre les secrets de sa maîtresse, et n’arriva qu’à se changer en âne. Cette allégorie explique les mystères les plus cachés de l’amour. Les cabalistes disent encore que, lorsqu’on aime une femme élémentaire, soit ondine, soit sylphide, soit gnomide, on l’immortalise avec soi ou l’on meurt avec

t286 DOClMli Dlî LA HAUTE MAGIE.

elle. Nous avons vu que les êtres élémentaires sont des hommes imparfaits et encore mortels. La révé- lation dont nous parlons et qu’on a regardée comme une fable est donc le dogme de la solidarité morale eu amour, qui est le fond de l’amour même et en explique seul toute la sainteté et toute la puissance.

Quelle est donc cette magicienne qui change ses adorateurs en pourceaux et dont les enchantements sont détruits dès qu’elle est soumise à l’amour? C’est la courtisane antique, c’est la fille de marbre de tous les temps. La femme sans amour absorbe et avilit tout ce qui l’approche ; la femme qui aime répand l’enthousiasme, la noblesse et la vie.

On a beaucoup parlé dans le siècle dernier d’un adepte accusé de charlatanisme, et qu’on nommait de son vivant le divin Cagliostro. On sait qu’il pratiquait les évocations et qu’il n’a été surpassé dans cet art que par l’illuminé Schrœpffer (1 ). On sait qu’il se vantait de nouer les sympathies, et qu’il disait avoir le secret du grand œuvre; mais

(O Voir, dans le Rituel, les secrets et les formes do Schrœpffer pour les évocations.

ce qui le rendait encore plus célèbre, c’était un certain élixir de vie qui rendait instantanément aux vieillards la vigueur et la sève de la jeunesse. Cette composition avait pour base le vin de malvoisie, et s’obtenait par la distillation du sperme de certains animaux avec le suc de plusieurs plantes. Nous en possédons la recette et l’on comprendra assez pourquoi nous devons la tenir cachée.

LA MAGIE NOIRE.

SAMAEL.

AUXILUTOU.

Nous entrons dans la magie noire. Nous allons affronter, jusque dans son sanctuaire, le dieu noir du Sabbat, le bouc formidable de Mendès. Ici, •ceux qui ont peur doivent fermer*le livre, et les personnes sujettes aux impressions nerveuses feront bien de se distraire ou de s’abstenir; mais nous nous sommes imposé une tâche, nous la finirons.

Abordons d’abord franchement et hardiment la question : :

Existe-t-il un diahle? . ;

Qu’est-ce que le diable?

A la première question, la science se tait; la

J

philosophie nie au hasard, et la religion seule | répond affirmativement. j

A la seconde, la religion dit que le diahle c’est | l’ange déchu ; la philosophie occulte accepte et ^ explique cette définition. J

L\ MAGIE NOIRE.

Nous ne rcviciulrons pas sur ce que nous en avons iléjà dit, mais nous ajouterons ici une révé- lation nouvelle :

Le diable, en magie noire, c’est le grand

AGENT MAGIQUE EMPLOYÉ POUR LE MAL PAR UNE VOLONTÉ PERVERSE.

L’ancien serpent de la légende n’est autre chose que l'agent universel, c’est le feu éternel de la vie terrestre, c’est l’àme de la terre et le foyer vivant de l’enfer.

Nous avons dif que la lumière astrale est le réceptacle des formes. Evoquées par la raison, ces formes se produisent avec ' harmonie ; évoquées par la folie, elles viennent désordonnées et monstrueuses: tel est le berceau des cauchemars de saint Antoine et des fantômes du Sabbat.

Les évocations de la goëtie et de la démonomanie ont-elles donc un résultat? — Oui certainement, un résultat incontestable et plus terrible que ne peuvent le raconter les légendes !

Lorsqu’on appelle le diable avec les cérémonies voulues, le diable vient et on le voit.

Pour ne pas mourir foudroyé à cette vue, pour n’en pas devenir cataleptique ou idiot, il faut être déjà fou.

nOGMR DE LA HAUTE MAGIE.

Grandie!' élail, liberlin par indévolion, et peiil- êiro déjà par scepticisme; (iirard avait été dépi'avé

et dépravatcur par eiitliousiasme, par suite des égarements de rascétismo et des aveuglements de la foi.

Nous donnerons, au quinzième chapitre de notre Rituel, toutes les évocations diaboliques et les pratiques de la magie noire, non pour qu’on s’en serve, mais pour qu’on les connaisse, qu’on les juge, et qu’on se préserve à jamais de semblables aberrations.

M. Eudes de Mirville, dont le livre sur les tables tournantes a fait dernièrement assez de bruit, peut être à la fois content et mécontent de la solution * que nous donnons ici aux problèmes de la magie ^ noire. En etlet, nous soutenons comme lui la réa- I lité et le merveilleux des eiïets, nous leur assignons comme lui pour cause 1 ancien serpent, le prince occulte de ce monde ; mais nous ne sommes pas | d’accord sur la nature de cet agent aveugle, qui ^ est en même temps, mais sous des directions diffé- | rentes, l’instrument de tout bien et de tout mal, le serviteur des prophètes et l’inspirateur des pylho- “l nisses. En un mot, le diable, pour nous, c’est la J force mise pour un temps au service de l’erreur, :jv

L.V MAGIE NOIRE.

comme le péché mortel est, à nos yeux, la persistance de la volonté dans l’absurde. M. de Mirville a donc mille fois raison, mais il a une fois et une grande fois tort.

Ce cpi’il faut exclure du royaume des êtres, c’est l’arbitraire. Rien n’arrive ni au hasard ni par l’autocratie d’une volonté bonne ou mauvaise. Il Y a deux chambres dans le ciel, et le tribunal de Satan est contenu dans ses écarts par le sénat de la sagesse divine.

DOGMK DE LA HAUTE MAGIE.

IH y O.

LES ENVOUTEiMENTS.

FONS.

OCUMIS.

rULGUR..

L’homme qui regarde une femme avec un désir impur profane cette femme, a dit le grand Maître. Ce qu’on veut avec persévérance, on le fait. Toute volonté réelle se confirme par des actes ; toute volonté confirmée par un acte est une action. Toute action est soumise à un jugement, et ce jugement est éternel. — Ce sont là des dogmes et des principes.

D’après ces principes et ces dogmes, le bien ou le mal que vous voulez, soit à vous-même, soit aux autres, dans l’étendue de votre vouloir et dans la sphère de votre action, arrivera infailliblement, soit aux autres, soit à vous, si vous confirmez votre volonté et si vous arrêtez votre détermination par des actes.

Les actes doivent être analogues à la volonté. La volonté de nuire ou de se faire aimer doit être

Li:S liNVOUTKMENTS. 293

confirmée, pour être efficace, par des actes de haine ou d’amour.

Tout ce qui porte l’empreinte d’une àme humaine appartient à cette âme ; tout ce que l’homme s’est approprié d’une manière quelconque devient son corps, dans l’acception la plus large du mot, et tout ce qu’on fait au corps d’un homme est ressenti, soit médiatement, soit immédiatement, par son âme.

C’est pour cela que toute espèce d’action hostile

au prochain est regardée par la théologie morale comme un commencement d’homicide.

Jéenvoûtemcntest un homicide, et un homicide d’autant plus lâche qu’il échappe au droit de dé- fense de la victime et à la vengeance des lois.

Ce principe établi, pour l’acquit de notre conscience et l’avertissement des faibles, affirmons .sans crainte que l’envoûtemenl est possible.

Allons plus loin, et affirmons qu’il est non-seulement possible, mais en quelque soi1e nécessaire et fatid. Il s’accomplit sans cesse dans le monde social, à l’insu des agents et des patients. L’envoûtement involontaire est un des plus terribles dangers de la vie humaine.

l^a sympathie passionnelle soumet nécessaire-

ment le plus ardent désir à la plus forte volonté. Les maladies morales sont plus contagieuses (jue les maladies physiques, et il y a tels succès d’eiigoûment et de mode qu’on pourrait comparer à la lèpre ou au choléra.

On meurt d’une mauvaise connaissance comme d’un contact contagieux, et l’horrible maladie qui, depuis quelques siècles seulement, en Europe, punit la profanation des mystères de l’amour, est une révélation des lois analogiques de la nature, et ne présente encore qu’une image affaiblie des corruptions morales qui résultent tous les jours d’une sympathie équivoque.

On parle d’un homme jaloux et lâche qui, pour se venger d’un rival, s’infecta lui-même volontairement d’un mal incurable, et en fît à la fois le fléau commun et l’anathème d’un lit partagé. Cette horrible histoire est celle de tout magicien ou plutôt de tout sorcier qui pratique les envoûtements. Il s’empoisonne pour empoisonner, il se damne pour torturer, il aspire l’enfer pour le respirer, il se blesse à mort pour faire mourir ; mais, s’il en a le triste courage, il est positif et certain (iu’il enq)oisonnera et qu’il tuera par la ])rojection seule de sa perverse volonté.

LES ENVOUTEMENTS.

11 peut exister des amours qui tuent aussi bien que la haine, et les envoAtements deia ])ienveillance sont la tortui’e des méchants. Les prières qu’on adresse à Dieu pour la conversion d’un homme portent malheur à cet homme s’il ne veut pas se convertir. 11 y a, comme nous l’avons déjà dit, fatigue et danger à lutter contre les courants fluidiques excités par des chaînes de volontés unies.

Il y a donc deux sortes d’envoûtements: l’envoûtement involontaire et l’envoûtement volontaire. On peut distinguer aussi l’envoûtement physique de l’envoûtement ntoral.

La forcé attire la force, la vie attire la vie, la santé attire la santé: c’est une loi de la nature.

Si deux enfants vivent ensemble, et surtout couchent ensemble, et qu’il y en ait un faible et un fort, le fort absorbera le faible, et celui-ci dépérira. C’est pourquoi il est important que les enfants couchent toujours seuls.

Dans les pensionnats, certains élèves absorbent l’intelligence des autres élèves, et dans tout cercle d’hommes il se trouve bientôt un individu qui s’empare des volontés des autres.

L’envoûtement par courants est une chose très coniniune, conmie nous l’avons remaniué : on est

nOGiMK DG LA DADT1-: MAfDG.

porté par la Ibuic, au moral comme au phvsique. Mais ce (lue nous avons plus ])articulièrenicnt à constater dans ce chapitre, c’est la puissance prescpje absolue de la volonté humaine sur la délerminalion de ses actes et l’innuence de toute' démonstration extérieure d’une volonté sur les choses môme extérieures.

Les envoûtements volontaires sont encore fré- quents dans nos campagnes, parce que les forces naturelles, chez les personnes ignorantes et solitaires, agissent sans être affaiblies par aucun doute ou par aucune diversion^ Une haine franche, absolue et sans aucun mélange de passion repoussée ou de cupidité personnelle, est un arrêt de mort pour celui qui en est l’objet dans certaines conditions données. Je dis sans mélange de passion amoureuse ou de cupidité, parce qu’un désir, étant une attraction , contre-balance et annule la nuis-

sauce de projection. Ainsi, par exemple, un jaloux n’envoûtera jamais efficacement son rival, et un héritier cupide n’abrégera pas par le seul fait de sa volonté les jours d’un oncle avare et vivace. Les envoûtements essayés dans ces conditions retombent sur celui qui les opère, et sont plutôt salutaires que nuisibles à la personne qui eu est l’objet, car il

LKS KXVOL'TEMKNTS. 507

la dégagent dame action baiiieiisc qui se détruit

elle rnônie en s'exaltant outre-mesure.

Le mot envoûtement^ très énergique dans sa simplicité gauloise, exprime admirablement la cbose même qn’ilsignilie : envoiUtement, action de prendre pour ainsi dire et d’envelopper quelqu’un dans un vœu, dans une volonté foémidée.'

L’instrument des envoûtements n’est autre ([ue le grand agent magique lui-môme, qui, sous l’influence d’une volonté mauvaise, devient alors réellement et positivement le démon/

Le maléüce proprement dit, c’est-à-dire l’opé- ration cérémonielle en vuederenvoûlemcnt, n’agit (pie sur l’opérateur, et sert à fixer et à confirmer sa volonté en la formulant avec persévérance et eflort, les deux conditions qui rend(3iit la volonté efficace. - ’

Plus l’opération est difficile ou horrible, plus elle est eibcace, parce qu’elle agit davantage sur rimagination, et confirme l’effort en raison directe de la résistance.

C’est CO qui explique la bizarrerie et l’atrocité même des opérations de la magie noire cbez les anciens et au moyen âge, les messes du diable j les sacrements administrés à des reptiles, les effusions

DOGMIi Dlî LA HAUTE MAGIE.

de sang, les sacrifices humains, et autres monstruosités qui sont l’essence môme et la réalité de la goëtie ou nigromancie. Ce sont de fsemhlables pratiques qui ont attiré de tout temps sur les sorciers la juste répression des lois. La magie noire n’est réellement qu’une combinaison de sacrilèges et de meurtres gradués pour pervertir à jamais une volonté bumaine et réaliser dans un homme vivant le fantôme hideux du démon. C’est donc, à proprement parler, la religion du diable, le culte des ténèbres, la haine du bien portée à .son paroxysme; c’est l’incarnation de la mort et la création permanente de l’enfer.

Le cabaliste Bodin, qu’on soupçonnerait à tort d’avoir été un esprit faible et superstitieux, n’a pas eu d’autre motif d’écrire sa Démonomanie que le besoin de prémunir les esprits contre une trop dangereuse incrédulité. Initié par l’étude delà cabale aux véritables secrets de la magie, il avait frémi en songeant aux dangers auxquels exposerait la société cette puissance abandonnée à la méchanceté des hommes. 11 tenta donc ce que vient d’essayer encore parmi nous M. Eudes de Mirvilles: il recueillit des faits .sans les expliquer, et dénonça aux sciences inattenlives ou préoccu})ées ailleurs

l’existence des influences occultes des opérations criminelles de la mauvaise magie. Bodin ne fut pas plus écouté de son temps que ne le sera M. Eudes de Mirville, parce qu’il ne suffit pas d’indiquer des phénomènes et d’en préjuger la cause pour impressionner les hommes sérieux; cette cause, il faut l’étudier, l’expliquer, en prouver l’existence, et c est ce que nous tâchons de faire. Aurons-nous un meilleur succès?

On peut mourir de l’amour de certains êtres comme de leur haine : il est des passions absor-

hantes sous l’aspiration desquelles on se sent défaillir comme les fiancées des vampires. Ce ne sont pas seulement les méchants qui tourmentent les bons, mais à leur insu les bons torturent les méchants. La douceur d’Abel était un long et pénible envoûtement pour la férocité de Caïn. La haine du bien, chez les hommes mauvais, procède de l’instinct môme de la conservation ; d’ailleurs, ils nient que ce qui les tourmente soit le bien, et s’efforcent, pour être tranquilles, de déifier et de justifier le mal. Abel, aux yeux de Caïn, était un hypocrite et un lâche qui déshonorait la fierté humaine par ses soumissions scandaleuses à la divinité*. Combien ce premier des meurtriers n’a-t-ü

IMHi.MK Dli L.V llAUTIi .MAfilli.

pus du suLifîi'ir uvaiit de sc poilcr ii un npouvuiitable alteiilat contre son frère? Si Abel avait pu le compi'endre, il en eût été effrayé.

L’antipathie n’est autre chose que le pressentiment d’un envoûtement possible, envoûtement (|ui peut être d’amour et de btiine, car on voit souvent

l’amour succéder à l’antipathie. La lumière astrale nous avertit des influences à venir par une action sur le système nerveux plus ou moins sensible et plus ou moins vive. Les sympathies instantanées, les amours foudroyants, sont des explosions de lumière astrale motivées aussi exactement et non moins mathématiquement explicables et démontrables que les décharges de fortes batteries électriques. On peut voir par là combien de dangers imprévus menacent le profane qui joue sans cesse avec le feu sur des poudrières qu’il ne voit pas.

Nous sommes saturés de lumière astrale, et nous la projetons sans, cesse pour lui faire place et en attirer de nouvelle. Les appareils nerveux destinés soit à l’attraction, soit à la projection, sont particulièrement les yeux et les mains. La polarité des

mains réside dans le pouce, et c’est pour cela que, suivant la tradition magique conservée encore dans nos campagnes, il faut, lorsqu’on se trouve en coin

l.KS ENVOUTKMENTS.

pagnie suspecte, tenir le pouce replié et caché dans la main, en évitant de fixer personne, mais tacher pourtant de regarder le premier ceux dont nous avons (pielqiie chose à craindre, afin d’éviter les projections fiuidiqnes inattendues et les regards fascinateurs.

Il existe aussi certains animaux dont la propriété est de l’ompre les courants de lumière astrale par une absorption qui leur est particulière. Ces animaux nous sont violemment antipathiques et ont dans le regard quelque chose de fascinateur : tels sont le crapaud, le basilic et le tard. Ces animaux, apprivoisés et portés vivants ou gardés dans les chambres qu’on habite , garantissent des hallucinations et des prestiges de l’ivresse astrale : I’ivresse astrale, mot que nous écrivons ici pour la première fois, et qui explique tous les phénomènes des passions furieuses, des exaltations mentales et de la folie.

Élevez des crapauds et des tards, mon cher monsieur, me dii-a ici un disciple de Voltaire; portez-en sur vous et n’écrivez plus . A cela, je puis répondre que j’y songerai sérieusement quand je me .sentirai disposé à rire de ce que j’ignore, et à traiter de fous les hommes doiit

o02 DOGMR X)\l LA IIAÜTR MAGIE.

je ne comprendrai ni lu science ni la sagesse.

Paracelse, le pins grand des mages chrétiens, opposait à renvoûtement les pratiques d’un envoû- tement contraire. 11 composait des remèdes sympathiques et les appliquait non pas aux membres souffrants, mais à des représentations de ces mêmes membres, formées et consaci‘ées suivant le cérémonial magique. Les succès étaient prodigieux, et jamais aucun médecin n’a approché des cures merveilleuses de Paracelse.

Mais Paracelse avait découvert le magnétisme bien avant Mesmer, et avait poussé jusqu’aux dernières conséquences cette lumineuse découverte, ou plutôt cette initiation à la magie des anciens, qui, plus que nous, comprenaient le grand agent magique et ne faisaient pas de la lumière astrale, de l’azoth, de la magnésie universelle des sages, un fluide animal et particulier émanant seulement de quelques êtres spéciaux.

Dans sa philosophie occulte, Paracelse combat la magie cérémonielle, dont il n’ignorait certainement pas la terrible puissance, mais dont il veut sans doute décrier les pratiques, afin de discréditer la magie noire. Il place la tonte-puissance du mage dans le magnes intérieur et occulte. Les plus habiles

magnétiseurs de nos jours ue diraient pas mieux. Cependant il veut qu’ou emploie les signes magi- (pies, et surtout les talismans, pour la guérison des maladies. Nous aurons lieu de revenir, dans notre dix-huitième chapitre, sur les talismans de Paracelse, en touchant, d’après Gaffarel, la grande question de l’iconographie et de la numismatique occultes.

On guérit aussi l’envoûtement par la substitution, lorsqu’elle est possible, et par la rupture ou le détournement du courant astral. Les traditions des campagnes sur tout ceci sont admirables et viennent certainement de loin : ce sont des restes de renseignement des druides, qui avaient été initiés aux mystères de l’Égypte et de l’Inde par des hié- rophantes voyageurs. On sait donc, en magie vulgaire, qu’un envoûtement, c’est-à-dire une volonté déterminée et confirmée de mal faire, obtient toujours son effet, et qu’elle ne peut se rétracter sans péril de mort. Le sorcier qui délivre quelqu’un d’un charme doit avoir un autre objet de sa malveillance, ou il est certain que lui-même il sera frappé et périra victime de ses propres maléfices. Le mouvement astral étant circulaire, toute émission azotique ou magnétique qui ne rencontre pas

l)()(i.Ml<: Ol' LA ilAUTl- MACIK.

SOU medium rovioul avec foi-ce ii sou ])oiut du départ: c’est ce (jui expli(iue une (Jes plus étranges histoires d'un livi'e sacré, celle des dénions envoyés dans des pourceaux qui se tirécipitèi'ent à la rner. Cette œuvre de hante inilialion ne fut antre chose que la rupture d’un courant magné- tique infecté par des volontés mauvaises. Je me nomme légion, disait la voix instinctive du patient, parce que nous sommes plusieurs.

Les possessions du démon ne sont autre chose que des envoûtements, et il exi.ste de nos jours une quantité innombrable de possédés. Un saint religieux qui s’est voué au service des aliénés, le frère Hilarion Tissot, est parvenu par une longue expérience et la pratique constante des vertus chrétiennes, à guérir beaucoup de malades, et il pratique à son insu le magnétisme de Paracelse. Ï1 J attribue la plupart des maladies à des désordres.de la volonté ou à l’influence perverse des volontés étrangères; il regarde tous les crimes comme des actes de folie, et voudrait qu’on traitât les méchants comme des malades, au lieu de les exaspérer et de les rendre incurables sous prétexte de les punir. Combien de temps passera encore avant que le pauvre frère Hilarion soit reconnu pour un homme

lÆS ENVOUTEMENTS.

(.le génie! et combien d’hommes graves en lisant ce chapitre, diront encore qu’Hilarion Tissot et moi nous devrions nous traiter l’un l’autre suivant les idées qui nous sont communes, en nous gardant bien de publier nos théories, si nous voulons qu’on ne nous prenne pas pour des médecins dignes d’être envoyés aux Incurables!

Et pourtant elle tourne ! s’écriait Galilée en frappant du pied la terre. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres, a dit le Sauveur des hommes. On pourrait ajouter : Vous aimerez la justice, et la justice vous rendra bien portants. Un vice, c’est un poison, même pour le corps: la véritable vertu est un gage de longévité.

La méthode des envoûtemenls cérémoniels varie suivant les temps et les personnes, et tous les hommes artificieux et dominateurs en trouvent en eux-mêmes les secrets et la pratique, sans même les calculer précisément et en raisonner la succession. Ils suivent en cela les inspirations instinctives du grand agent, qui s’assimile merveilleusement, comme nous l’avons déjà dit, à nos vices et à nos vertus; mais on peut dire que, généralement, nous sommes soumis aux volontés des autres par les analogies de nos penchants, et surtout de nos défauts-,

Cai'esser les faiblesses d’une individualité, c’est s’emparer d’elle et s’en faire un instrument dans l’ordre des mêmes erreurs ou des mêmes dépravations. Or, quand deux natures analogiques en défaut se subordonnent Tune à l'autre, il s’opère une sorte de substitution du plus fort au plus faible, et une véritable obsession d’un esprit par l’autre. Souvent le faible se débat et voudrait se révolter, puis il retombe plus bas que jamais dans la servitude. C’est ainsi que Louis XIII conspirait contre Pdchelieu, puis obtenait eo quelque sorte sa grâce par l’abjandon de ses complices.

Noub avons tous un défaut dominant qui est, pour notre âme,, comme l’ombilic de sa naissance ^ pécheresse, et c’est par là que l’ennemi peut toujours nous saisir ; la vanité pour les uns, la paresse ) pour les autres, l’égoïsme pour le plus grand nombre. Qu’un esprit rusé et méchant s’empare de ce ressort, et vous êtes perdu. Vous devenez alors non pas fou, non pas idiot, mais positivement aliéné, dans toute la force de cette expression, c’est-à-dire soumis à une impulsion étrangère. Dans cet état, vous avez une horreur instinctive pour tout ce qui vous ramènerait à la raison, et vous ne voulez même pas entendre les représenta-

lÆS ENVOUTEMENTS.

lions conlniires à votre démence. C’est une des maladies les plus dangereuses cpii puissent affecter le moral humain.

Le seul remède à cet envoûtement, c’est de s’emparer de la folie même pour guérir la folie, et de faire trouver au malade des satisfactions imaginaires dans un ordre contraire à celui dans lequel il s’est perdu. Ainsi, par exemple, guérir un ambitieux en lui faisant désirer les gloires du ciel, remède .mystique; guérir un débauché par un véritable amour, remède naturel; procurer à un vaniteux des succès honorables; montrer du désintéressement aux avares et leur procurer un juste profit par une participation honorable à des entreprises généreuses, etc.

En réagissant de la sorte sur le moral, on parviendra il guérir un grand nombre de maladies physiques, car le moral influe sur le physique en vertu de l’axiome magique : « Ce qui est au-dessus est comme ce qui est au-dessous. » C’est pour cela que le Maître disait en parlant d’une femme paralytique : Satan l’a liée. Une maladie provient toujours d’un défaut ou d’un excès, et vous trouverez toujours k la source d’un mal physique ün désordre moral : c’est une loi invariable de la nature.

i;ASTIiOI,OGlE.

STKl.LA.

INFLEXUS.

De tous les arts issus du magisme des anciens, l’astrologie est maintenant le plus méconnu. On ne croit plus aux harmonies universelles de la nature et à l’enchaînement nécessaire de tous les effets avec toutes les causes. La véritable astrologie, d’ailleurs, celle qui se rattache au dogme unique et universel de la Cabale, a été profanée chez les Grecs et chez les Romains de la décadence ; la doctrine des sept cieux et des trois mobiles, émanée primitivement de la décade séphirique,le caractère des planètes gouvernées par des anges dont les noms ont été changés en ceux des divinités du paganisme, l’influence des sphères les unes sur les autres, la fatalité attachée aux nombres, l’échelle de proportion entre les hiérarchies célestes correspondantes aux hiérarchies humaines, tout cela a été matérialisé et rendu superstitieux parles géné- thliaques et les tireurs d’horoscopes de la déca-

l’astkologie.

clenceetdu moyen âge. Ramener l’astrologie à sa pureté primitive serait en cpielque façon créer une science toute nouvelle ; essayons seulement d’en indiquer les premiers principes, avec leurs conséquences les plus immédiates et les plus prochaines.

Nous avons dit que la lumière astrale reçoit et conserve toutes les empreintes des choses visibles; il en résulte que la disposition quotidienne du ciel se réfléchit dans cette lumière, qui, étant l’agent principal de la vie, opère, par unç série d’appareils destinés à celte fin par la nature, la conception, rembryonnatet la naissance desenfants. Or, si cette lumière est assez prodigue d’images pour donner au fruit d’une grossesse les empreintes visibles d’une fantaisie ou d’une délectation de la mère, à plus forte raison doit-elle transmettre au tempérament mobile encore et incertain du nouveau-né les impressions atmosphériques et les influences diverses qui résultent à un moment donné, dans tout le système planétaire de telle ou telle disposition particulière des astres.

Rien n’est indifférent dans la nature: un caillou de plus ou de moins sur un chemin peut briser ou modifier profondément les destinées des plus grands

hommes |oü môme des plus grands em])ires*, à plus forte raison la place de telle ou telle étoile dans le ciel ne saurait être inditlérente pour les destinées de l’enfant qui naît, et qui entre par sa naissance même dans rharmonio universelle du monde sidé- ral. Les astres sont enchaînés les uns aux autres par des attractions qui les tiennent en équilibre et les font régulièrement se mouvoir dans l’espace; ces réseaux de lumière vont de toutes les sphères à toutes les sphères, et il n’y a pas un point sur chaque planète auquel ne se rattache un de ces fils indestructibles. Le lieu précis et l’heure de la naissance doivent donc être calculés par le véritable adepte en astrologie ; puis, quand il aura fait le calcul exact des influences astrales, il lui reste à compter les chances d’état, c’est-à-dire les facilités ou les obstacles que l’enfant doit trouver un jour dans son état, dans ses parents, dans le tempérament qu’il a reçu d’eux, et par conséquent dans ses dispositions naturelles pour l’accomplissement de ses destinées. Et. encore faut-il tenir compte de la liberté humaine et de son initiative, si l’enfant arrive un jour à être véritablement un homme et à se soustraire par un courageux vouloir aux influences fatales et à la chaîne des destinées. On voit

l’astrologie.

que nous n’accordons pas trop à l’astrologie; mais aussi ce que nous lui laissons est incontestable, c’est le calcul scientifique et magique des probabilités.

L’astrologie est aussi ancienne et plus ancienne même que l’astronomie, et tous les sages de l’antiquité voyante lui ont7 accordé la confiance la plus entière; or il ne faut pas condamner et rejeter à la légère ce qui nous arrive entouré et soutenu par de si imposantes autorités.

De longues et patientes observations, des comparaisons concluantes, des expériences souvent réitérées, ont dû amener les anciens sages à leurs conclusions, et il faudrait, pour prétendre les réfuter, recommencer en sens contraire le même travail. Paracelse a été peut-être le dernier des grands astrologues pratiques; il guérissait les malades par des talismans formés sous les influences astrales, et reconnaissait sur tous les corps la marque de leur étoile dominante, et c’était là, selon lui, la vraie médecine universelle, la science absolue de la nature, perdue par la faute des hommes et retrouvée seulement par un petit nombre d’initiés. Reconnaître le signe de chaque étoile sur les hommes, sur les animaux, sur les plantes, c’est la

DOGMlî Dli LA IIAUTli MACilE.

vraie science naturelle de Salomon, cette science qu’on dit perdue et dont les principes sont conservés cependant comme tous les autres secrets dans le symbolisme de la Cabale. On comprend que, pour lire l’écriture des étoiles, il faut connaître les étoiles elles-mêmes, connaissance qui s’obtient par la domification cabalistique du ciel, et par l’intelligence du planisphère cabalistique, retrouvé et expliqué par Gaffarel. Dans ce planisfère, les constellations forment des lettres hébraïques, et les figures mythologiques peuvent être remplacées par les symboles du Tarot. C’est à ce planisphère même que Gaffarel rapporte l’origine de l’écriture des patriarches, et l’on aurait trouvé dans les chaî- nes d’attraction des astres les premiers linéaments des caractères primitifs; le livre du ciel eût donc servi de modèle à celui d’Hénoch, et l’alphabet cabalistique serait le résumé de tout le ciel. Ceci ne manque ni de poésie ni surtout de probabilité, et l’étude du Tarot, qui est évidemment le livre primitif et hiéroglyphique d’Hénoch, comme l’a compris le savant Guillaume Postel, suffira pour nous en convaincre.

Les signes imprimés dans la lumière astrale par le reflet et l’attraction des astres se reproduisent

l’astrolügiiî.

donc, comme l’ont découvert les sages, sur tous les corps qui se forment par le concours de cette lumière. Les hommes portent les signes de leur étoile sur le front surtout et dans les mains ; les animaux dans leur forme tout entière et dans leurs signes particuliers; les plantes la laissent voir sur leurs feuilles et dans leur graine ; les minéraux dans leurs veines et dans les aspects de leur cassure. L’étude de ces caractères a été le travail de toute la vie de Paracelse, et les figures de ses talismans sont le résultat de ses recherches; mais il n’en a pasdonnélaclef, et l’alphabet cabalistique astral avec ses correspondances reste encore à faire; la science de l’écriture magique non conventionnelle s’est arrêtée, pour la publicité, au planisphère de Gaffarel.

L’art sérieux de la divination repose tout entier sur la connaissance de ces signes. La chiromancie est l’art déliré dans les lignes de la main l’écriture des étoiles, et la métoposcopie cherche les mêmes caractères ou d’autres analogues sur le front de ses consultants. En effet, les plis formés sur la face humaine par les contractions nerveuses sont fatalement déterminés, et le rayonnement du tissu nerveux est absolument analogue à ces réseaux formés .

entre les mondes par les chaînes d’attraction des étoiles. Les fatalités de la vie s’écrivent donc nécessairement dans nos rides, et l’on reconnaît souvent au premier regard, sur le front d’un inconnu, une ou plusieurs des lettres mystérieuses du planisphère cabalistique. Cette lettre est toute une pensée, et cette pensée doit dominer l’existence de cet homme. Si la lettre est tourmentée et se grave péniblement, il y a lutte chez lui entre la fatalité et la volonté, et déjà dans ses émotions et dans ses tendances les plus fortes tout son passé se révèle au mage; l’avenir alors est facile à conjecturer, et si les événements trompent parfois la sagacité du devin, le consultant n’en demeure pas moins ^ étonné et convaincu de la science surhumaine de ^ l’adepte.

La tête de l’homme est faite sur le modèle des | sphères célestes, et elle attire et elle rayonne, et | c’est elle qui, dans la conception de l’enfant, J se manifeste et se forme la première. Elle subit J donc d’une manière absolue l’influence astrale 1 et témoigne par ses diverses protubérances de ses diverses attractions. La phrénologie doit donc I trouver son dernier mot dans l’astrologie scientifique et épurée, dont nous indiquons les pro-

l’astrologie.

blêmes à la patience et à la bonne foi des savants.

Suivant Ptoléniée, le soleil dessèche, et la lune humecte ; suivant les cabalistes, le soleil représente la .lustice rigoureuse, et la lune est sympathicpie à la Miséricorde. C’est le soleil qui forme les orages; c’est la lune qui, par une sorte de douce pression atmosphérique, fait croître, décroître et comme respirer la mer. On ht dans le Sohar, l’un desgrands livres sacrés de la Cabale, que «le Serpent magique, fils du Soleil, allait dévorer le monde, lorsque la Mer, fille de Ja Lune, lui mit le pi’ed sur la tête et le dompta. » C’est pour cela que, chez les anciens, Vénus était fille de la Mer, comme Diane était identique avec la Lune ; c’est pour cela que le nom de Marie signifie étoile de la mer ou sel de la mer. C’est pour consacrer ce dogme cabalistique dans les croyances du vulgaire qu’on a dit en langue prophétique : C’est la femme qui doit écraser la tête du serpent.

Jérôme Cardan, l’un des plus hardis chercheurs et l’astrologue sans contredit le plus habile de son temps; Jérôme Cardan, qui fut, si l’on croit la légende de sa mort, le martyr de sa foi en l’astrologie, a laissé, un calcul au moyen duquel chacun peut prévoir la bonne ou mauvaise fortune de

SIO IKXiMi: DK LA HAUTE MAlilK.

toutes les an nc(3s de sa vie. H appuie sa théorie sur ses propres expériences et assure (luc ce calcul ne l’a jamais tromj)é. Pour savoir donc (pielle sera la fortune d’une année, il résume les événements de celles, qui l’ont précédée par /i,8, t‘2, 19 et 30 : le nombre /lest celui delà réalisation; le nombre 8, celui de Vénus ou des choses naturelles; le nombre 12, qui est celui du cycle de Jupiter, correspond aux réussites; au nombre 19 correspondent les cycles de la lune, et de Mars; le nombre 30 est celui de Saturne ou de la Fatalité. Ainsi, par exemple, je veux savoir ce qui m’arrivera en cette année 1855 : je repasserai dans ma mémoire ce qui m’est arrivé de décisif et de réel dans l’ordre du progrès et de la vie il y a quatre ans, ce que j’ai eu de bonheur ou de malheur naturel il y a huit ans, ce que j’ai pu compter de succès ou d’infortunes il y a douze ans, les vicissitudes et les malheurs ou les maladies qui me sont venues il y a dix-neuf ans, et ce que j’ai éprouvé de triste ou de fatal il y a trente ans; puis, en tenant compte des faits irrévocablement accomplis et du progrès de l’âge, je compte sur des chances analogues à celles que je dois déjà à l’influence des mêmes planètes, et je dis : En 1851, j’ai eu

l’âstrologik.

des occupations médiocrenieiit mais siifTisammeiit lucratives, avec quelques ombarras de position ; en

soutfrances pour les miens et pour moi; en 18/i3, j’ai voyagé en apôtre, parlant au peuple et persé-

deux mots honoré et proscrit; enfin, en 1825, la . vie de famille a cessé pour moi, et je me suis engagé définitivement dans une voie fatale qui me conduisait cà la science et au malheur. Je puis donc croire que j’aurai cette année travail, pauvreté, gène, exil du cœur, changement de lieu, publicité et contradictions, événement décisif pour le reste de mon existence ; et je trouve déjà dans le présent toutes sortes de raisons de croire à cet avenir. J’en conclus que, pour moi et pour l’année présente , l’expérience confirme parfaitement la justesse du calcul astrologique de Cardan.

Ce calcul se rapporte d’ailleurs à celui des années climatériques, ou mieux climactériques, des anciens astrologues. Climactériques veut dire disposées en échelles ou calculées sur les degrés d’une échelle. Jean Trithème, dans son livre Des causes secondes, a supputé fort curieusement le retour des années

et il est résulté de cette séparation de grandes

cuté par les gens mal intentionnés : j’ai été, en

T)OGMI<: DK LA HAIJTK MAGIK.

licureuses ou lïmesles poiiitous les em])ires du monde ; nous en donnerons une analyse exacte et plus claire que le livre même dans le chapitre vingt et unième de notre Rituel, avec la continuation du travail de Tritliôme jusqu’à nos jours et l’application de son échelle magique aux évé- nements contemporains, pour en déduire les probabilités les plus frappantes relativement à l’avenir prochain de la France, de l’Europe et du monde.

Suivant tous les grands maîtres en astrologie, les comètes sont les étoiles des héros exceptionnels et ne visitent la terre que pour lui annoncer de grands changements; les planètes président aux collections d’êtres et modifient les destinées des agrégations d’hommes; lés étoiles, plus .éloignées et plus faibles dans leur action, attirent les individus et décident de leurs attraits; parfois un groupe d’étoiles influe tout entier sur les destinées d’un seul homme, et souvent un grand nombre d’âmes sont attirées par les rayons lointains d’un même soleil. Lorsque nous mourons, notre lumière intérieure s’en va suivant l’attraction de son étoile, et c’est ainsi que nous revivons dans d’autres univez’s, où l’âme se fait un nouveau vêtement, ana-

l’astrologié.

log'ue aux progrès ou à la décroissance de sa beauté • car nos âmes, séparées de nos corps, ressemblent à des étoiles filantes, ce sont des globules de lumière animée qui cherchent toujours leur centre pour retrouver leur équilibre et leur mouvement; mais elles doivent avant tout se dégager des étreintes du serpent, c’est-à-dire de la lumière astrale non épurée qui les entoure et les captive tant que la force de leur volonté ne les élève pas au-dessus. L’immersion de l’étoile vivante dans la lumière morte est un affreux supplice, comparable

à celui de Mézence. L’âme y gèle et y brûle à la fois, et n’a d’autre moyeu de s’en dégager que de rentrer dans le courant des formes extérieures et de prendre une enveloppe de chair, puis de lutter avec énergie contre les instincts pour affermir la liberté morale qui lui permettra, au moment de la mort, de rompre les chaînes de la terre et de s’envoler triomphante vers l’astre consolateur dont la lumière lui a souri.

Suivant cette donnée, on comprend ce que c’est ' que le feu de l’enfer, identique avec le démon ou avec l’ancien serpent ; en quoi consistent le salut et la réprobation des hommes, tous appelés et tous successivement élus, mais en petit nombre, après

DOGM1-: DE LA IIAUTlî MAGIE.

avoif été exposés par leur faute à loiiilier dans le feu éternel.

Telle est la grande et sublime révélation des mages, révélation mère de tous les symboles, de tous les dogmes et de tous les cultes.

On peut voir déjà combien Dupuis se trompait lorsqu’il croyait toutes les religions issues seulement de l’astronomie. C’est au contraire l’astronomie qui est née de l’astrologie, et l’astrologie primitive est une des branches de la sainte Cabale, la science des sciences et la religion des religions.

Aussi voit-on à la page dixseptième du Tarot une admirable allégorie : Une femme nue, qui représente à la fois la Vérité, la Nature et la Sagesse, sans voile, penche deux urnes vers la terre et y verse du feu et de l’eau; au-dessus de sa tête brille le septénaire étoilé autour d’une étoile à huit rayons, celle de Vénus, symbole de paix et d’amour ; autour de la femme verdissent les plantes de la terre, et sur une de ces plantes vient se poser le papillon de Psyché, emblème de l’àme, remplacé dans quelques copies du livre sacré par un oiseau, symbole plus égyptien et probablement plus antique. Cette figure, qui, dans le Tarot

l’astrologie.

moderne, porte le titre d’Étoile brillante, est analogue à beaucoup de symboles hermétiques, et n’est pas sans analogie avec l’Étoile flamboyante des initiés de la franc-maçonnerie, exprimant la plupart des mystères de la doctrine secrète des roses-croix.

DOGME DE LA IIADTE MAGIE.

JÜ8TITIA.

MTSTEHIÜM.

CANES.

Nous attaquons maintenant i’abus le plus criminel qui puisse être fait des sciences magiques : c’est la magie,- ou plutôt la sorcellerie empoisonneuse. Ici l’on doit comprendre que nous écrivons, non pour enseigner, mais pour prévenir.

Si la justice humaine, en sévissant contre les adeptes, n’eût jamais atteint que les nigromanciens et les sorciers empoisonneurs, il est certain, comme nous l’avons déjà fait remarquer, que ses rigueurs eussent été justes et que les plus sévères intimidations ne pouvaient jamais être excessives contre de pareils scélérats.

Cependant il ne faut pas croire que le pouvoir de vie et de mort qui appartient secrètement au mage ait été toujours exercé pour satisfaire quelque lâche vengeance ou une cupidité] plus lâche

encore; au moyen âge comme clans le monde antique, les associations magiques ont souvent foudroyé ou fait lentement périr les révélateurs ou les profanateurs des mystères, et, quand le glaive magique devait s’abstenir de frapper, quand l’effusion du sang était à craindre, l’aqua Toffana, les bouquets aromatisés, les chemises de Nessus, et d’autres instruments de mort plus inconnus et plus étranges, servaient à exécuter tôt ou tard la terrible sentence des francs -juges.

Nous avons dit qu’il existe en magie un grand et indicible arcane, qu’on ne se communique jamais entre adeptes, et qu’il faut empêcher surtout les profanes de deviner ; cjuiconque autrefois révélait ou taisait trouver aux autres par d’imprudentes révélations la clef de cet arcane suprême était immédiatement condamné à mort et forcé souvent lui-même d’être l’exécuteur de la sentence.

Le fameux dîner prophétique de Cazotte, écrit par Laharpe, n’a pas encore été compris; et Laharpe, en le racontant, a cédé au désir assez naturel demerveiller ses lecteurs en amplifiant les détails. Tous les hommes présents à ce dîner, à l’exception de Laharpe, étaient des initiés et des

révélateurs , ou du moins des profanateurs des mystères. Cazotte, plus élevé qu’eux tous sur l’échelle de l’initiation, leur prononça leur arrêt de mort au nom de l’illuminisme, et cet arrêt fut diversement, mais rigoureusement, exécuté, comme d’autres arrêts semblables l’avaient été plusieurs années et plusieurs siècles auparavant contre * l’abbé de Yillars, Urbain Grandier et tant d’autres, et les philosophes révolutionnaires périrent comme devaient périr aussi Cagliostro, abandonné dans les prisons de l’inquisition, la bande mystique de Catherine Théos, l’imprudent Sçroepfer, forcé de se tuer au milieu de ses triomphes magiques et de l’engoûment universel, le déserteur Kotzebüe, poignardé par Cari Sand, et tant d’autres dont les cadavres sont retrouvés sans qu’oq sache la cause de leur mort subite et sanglante.

On se souvient de l’étrange allocution qu’adressa à Cazotte lui-même, en le condamnant à mort, le président du tribunal révolutionnaire, son confrère et son co-initié. Le nœud terrible du drame de 93 est encore caché dans le sanctuaire le plus obscur des sociétés secrètes ; aux adeptes de bonne foi qui voulaient émanciper les peuples, d’autres adeptes, d’une secte opposée, et qui se rattachaient à des

traditions plus anciennes, firent une opposition terrible par des moyens analogues à ceux de leurs adversaires : ils rendirent la pratique du grand arcane impossible en démasquant la théorie. La foule ne comprit rien, mais elle se défia de tous, et 'retomba, par découragement, plus bas qu’on n’avait voulu l’élever. Le grand arcane resta plus inconnu que jamais ; seulement les adeptes, neutralisés les uns par les autres, n’en purent exercer la puissance ni pour dominer les autres, ni pour se délivrer eux-mêmes; ils se condamnèrent donc mutuellement comme des traîtres et se vouèrent les uns les autres à l’exil, au suicide, au poignard et à l’échafaud.

On me demandera peut-être si des dangers aussi terribles menacent encore de nos jours, soit les intrus du sanctuaire occulte, soit les révélateurs de l’arcane. Pourquoi répondrais-je à l’incrédulité des curieux ? Si je m’expose à une mort violente pour les instruire, ils ne me sauveront certainement pas ; s’ils ont peur pour eux-mêmes, qu’ils s’abstiennent de toute recherche imprudente: voilà tout ce que je puis leur dire.

Revenons à la magie empoisonneuse.

Alexandre Dumas, dans son roman de Monte-

S26 DCfîME DE LA HAUTE MAGIJi,

Cristo, a révélé (luelques-unes des prali(}ues de cette science funeste. Nous ne répéterons pas après lui les tristes théories du crime, comment on empoisonne les plantes, comment les animaux nourris de plantes empoisonnées prennent une chair malsaine, et peuvent, lorsqu’ils servent à leur tour d’aliment aux hommes, leur causer la mort sans que le poison laisse de trace; nous ne dirons pas comment par des onctions venimeuses on empoisonne les murailles des maisons, et l’air respirable par des fumigations qui nécessitent pour l’opérateur le masque de verre de Sainte-Croix ; nous laisserons à l’antique Canidie ses abominables mystères, et nous ne chercherons pas jusqu’à quel point les rites infernaux de Sagane ont perfectionné l’art de Locuste. Qu’il nous suffise de dire que ces malfaiteurs de la pire espèce distillaient ensemble les virus des maladies contagieuses, le venin des l’eptiles et le suc malfaisant des plantes; qu’ils empruntaient au fungus son humeur vireuse et narcotique, au datura stramonium ses principes asphyxiants, au pêcher et au laurieramande ce poison dont une seule goutte sur la langue ou dans l'oreille renverse comme un coup de foudre et tue l’être vivant le mieux constitué et le

plus fort. Ils faisaient cuire avec le suc blanc de la tithymale le lait où ils avaient noyé des vipères et des aspics ; ils recueillaient avec soin et rapportaient de leurs voyages, ou faisaient venir à grands frais, la sève du inancenilier ou les fruits mortels de Java, le suc du manioc et d’autres poisons ; ils pulvérisaient le silex, mêlaient à des cendres impures la bave desséchée des reptiles ; ils composaient des philtres hideux avec le virus des juments échauffées ou les sécrétions des chiennes en chaleur. Le sang humain se mêlait à des drogues infâmes, et l’on en composait une huile qui tuait par sa seule puanteur : cela rappelle la tarte bourbonnaise de Panurge. On écrivait même des recettes d’empoisonnement en les déguisant sous les termes techniques de l’alchimie, et, dans plus d’un vieux livre prétendu hermétique, le secret de la poudre de projection n’est autre que celui de la poudre de succession. Dans le grand Grimoire on trouve encore une de ces recettes, moins déguisée que les autres, mais intitulée seulement Moyen de faire de Vor: c’est une horrible décoction de vertde-gris, de vitriol, d’arsenic et de sciure de bois, qui doit , pour être bonne , consumer immédiatement un rameau qu’on y trempe et ronger rapi-

328 DOGMK m lA HAUTE MAGIE.

clcment im clou. Jcan-Baptise Porta, dans sa Magie naturelle, donne une recette du poison des Borgia; mais, comme on le pense Lien, il se mocpie de son public et ne divulgue pas la vérité, trop dangereuse en pareille matière. Nous pouvons donc donner ici la recette de Porta, seulement pour satisfaire la curiosité de nos lecteurs.

Le crapaud par lui-même n’est pas venimeux, mais c’est une éponge à poisons: c’est le champignon du genre animal. Prenez donc un gros crapaud, dit Porta, et en fermez -le dans un bocal avec des vipères et des aspics ; donnez-leur pour toute nourriture pendant plusieurs jours des champignons vénéneux, de la digitale et de la ciguë, puis irritez-les en les battant, en les brûlant et en les tourmentant de toutes les manières, j usqu’à ce qu’ils meurent de colère et de faim; vous les saupoudrerez alors d’écume de cristal pulvérisé et d’euphorbe, puis vous les mettrez dans une retorte bien bouchée, et vous en absorberez lentement toute l’humidité par le feu ; vous laisserez ensuite refroidir, et vous séparerez la cendre des cadavres de la poussière incombustible qui sera restée au fond de la retorte : vous aurez alors deux poisons , un liquide et un autre en poudre. Le liquide sera aussi efficace

LES PHII/niES ET LES SOUTS. 359

que la terrible aqua TolFana; celui en poudre fera dessécher ou Yieillir en quelques jours, puis mourir au milieu d’horribles souffrances, ou dans une atonie universelle, celui qui en aura pris une pincée mêlée avec son breuvage. Il faut convenir que cette recette a une physionomiemagique des plus laides et des plus noires, et qu’elle rappelle, à soulever le cœur, les abominables cuisines de Canidie et de Médée.

C’étaient de semblables poudres que les sorciers du moyen âge prétendaient recevoir au sabbat, et qu’ils vendaient à grand prix à l’ignorance et à la haine : c’est par la tradition de semblables mystères qu’ils répandaient l’épouvante dans les campagnes et parvenaient à jeter des sorts. Une fois l’imagination frappée, une fois le système nerveux attaqué, la victime dépérissait rapidement, et la terreur même de ses parents et de ses amis achevait sa perte. Le sorcier ou la sorcière était presque toujours une espèce de crapaud humain, tout gonflé de vieilles rancunes, ils étaient pauvres, repoussés de tous, et par conséquent haineux. La crainte qu’ils inspiraient était leur consolation et leur vengeance ; empoisonnés eux-mêmes par une société doFit ils n’avaient connu que les rebuts et

<1110 les vices, ils empoisonnaient à leur tour ceux ({ui étaient assez faibles pour les redouter, et SC vengaient sur la beauté et sur la jeunesse de leur vieillesse maudite et de leur impardonnable laideur.

L’opération seule de ces mauvaises œuvres et l’accomplissement de ces hideux mystères constituaient et confirmaient ce qu’on appelait alors le pacte avec le mauvais esprit. Il est certain que l’opérateur devait appartenir au mal corps et âme, et qu’il méritait à juste titre la réprobation universelle et irrévocable exprimée par l’allégorie de l’enfer. Que des âmes humaines soient descendues à ce degré de méchanceté et de démence, cela doit nous étonner et nous affliger sans doute ; mais ne faut-il pas une profondeur pour base à la hauteur des plus sublimes vertus, et l’abîme des enfers ne démontre-t-il pas par antithèse l’élévation et la grandeur infinie du ciel?

Dans le Nord, où les instincts sont plus comprimés et plus vivaces, en Italie, où les passions sont plus expansives et plus ardentes, on redoute encore les sorts et le mauvais œil ; à Naples, on ne brave pas impunément la jettatura, et l’on reconnaît même à certains signes extérieurs les êtres

LES PHILTRES El' LES SORTS. -S31

malheureusement doués de cette puissance. Pour s’en garantir, il faut porter sur soi des cornes, disent les experts, et le peuple, qui prend tout à la lettre, s’empresse de se décorer de petites cornes, sans songer davantage au sens de cette allégorie.

Les cornes, attributs de Jupiter Ammon, de Bac-

chus et de Moïse, sont le symbole de la puissance morale ou de l’enthousiasme ; et les magiciens veulent dire que, pour braver la jettatura, il faut dominer par une grande audace, par un grand enthousiasme ou par une grande pensée le courairt fatal des instincts. C’est ainsi que presquetoutes les superstitions populaires sont les interprétations profanes de quelque grand axiome ou de quelque merveilleux arcane de la sagesse occulte. Pythagore, en écrivant ses admirables symboles, n’a-t-il^ pas légué aux sages une philosophie parfaite, et au vulgaire une nouvelle série de vaines observances et de pratiques ridicules? Ainsi, quand il disait : Ne ramasse pas ce qui tombe de la table, ne coupe

pas les arbres du grand chemin, ne tue pas le serpeut qui est tombé dans ton enclos , ne donnait-il pas sous des allégories transparentes les préceptes de la charité, soit sociale, soit particulière? Et quand il disait : Ne te regarde pas au miroir à la

DÜGMIÎ Dli LA llAUTli MAGIL.

lumière du flanil)eau, nV‘taii-co pas une manière ingénieuse d’enseigner la vraie connaissance de soi-mème, qui ne saurait exister avec les lumières factices et les préjugés des systèmes? Il en est do môme de tous les autres préceptes de Pythagore, qui, comme on le sait, ont été suivis à la lettre par une foule de disciples imbéciles, au point que, parmi les observances superstitieuses de nos provinces, il en est un assez grand nombre qui remontent évidemment à l’inintelligence primitive des symboles de Pythagore.

Superstition vient d’un mot latin qui signifie survivre. C’est le signe qui survit à la pensée ; c’est le cadavre d’une pratique religieuse. La superstition est à l’initiation ce que l’idée du diable est à celle de Dieu. C’est en ce sens que le culte des images est défendu et que le dogme le plus saint dans sa conception première peut devenir superstitieux et impie lorsqu’on en a perdu l’inspiration et l’esprit. C’est alors que la religion, toujours une comme la raison suprême, change de vêtements et abandonne les anciens rites à la cupidité et à la fourberie des prêtres déchus, métamorphosés, par leur méchanceté et leur ignorance, en charlatans et en jongleurs.

I

H

On peut comparer aux superstitions les emblèmes et les caractères magiques dont le sens n’est plus compris, et qu’on grave au hasard sur les amulettes et les talismans. Les images magiques des anciens étaient des pantacles, c’est-à-dire des synthèses cabalistiques. La roue de Pythagore est un pantacle analogue à celui des roues d’Ézéchiel, et ces deux figures sont les mômes secrets et la même philosophie : c’est la clef de tous les pantacles. et nous en avons déjà parlé. Les quatre animaux, ou plutôt les sphinx à quatre têtes du même prophète, sont identiques avec un admirable symbole indien dont nous donnons ici la figure, et qui se rapporte à la science du grand arcane. Saint Jean, dans son apocalypse, a copié et amplifié Ézéchiel, et toutes les figures monstrueuses de ce livre merveilleux sont autant de pantacles magiques dont les cabalistes trouvent facilement la clef. Mais les chrétiens, ayant rejeté la science dans le désir d'amplifier la foi, voulurent cacher plus tard les origines de leur dogme, et condamnèrent au feu tous les livres de cabale et de magie. Anéantir les originaux, c’est donner une sorte d’originalité aux copies, et saint Paul le savait sans doute

bien lorsque, dans les iiitCMlioiis les plus louables sans doute, il accomplissait son auto-da-te scientifique d’Éphèse. C’est ainsi (jue, six siècles plus tard, le croyant Omar devait sacrifier à l’originalité du Coran la bibliothèque d’Alexandrie, et qui sait si, dans l’avenir, un futur apôtre ne voudra pas incendier nos musées littéraires et confisquer l’imprimerie au profit de quelque engoûment religieux et de quelque légende nouvellement accré- ditée ?

L’étude des talismans et des pantacles est une des plus curieuses branches de la magie, et .se rattache à la numismatique historique.

Il existe des talismans indiens, égyptiens et grecs, des médailles cabalistiques venant des Hébreux anciens et modernes, des abraxas gnostiques, des amulettes byzantines, des monnaies occultes en usage parmi les membres des sociétés secrètes et nommées quelquefois jetons du sabbat, puis des médailles des Templiers et des bijoux de francsmaçons. Coglénius, dans son Traité des merveilles de la nature, décrit les talismans de Salomon et

ceux du rabbin Chaël. La figure d’un plus grand

nombre d’autres et des plus anciens a été gravée

dans les calendriers magiques de Tycho-Brahô et de Duchenteaii, et doivent être reproduits en totalité ou en partie dans les fastes initiatiques de M. Ragon, vaste et savant travail auquel nous renvoyons nos lecteurs.

DOGME DE DA HAUTE MAGIE.

LA PIERRE DES PHILOSOPHES. -ELAGA BAU;.

VOCATIO.

SOL.

AURDM .

Les anciens adoraient le soleil sous la forme d’une pierre noire qu’ils nommaient Elagabale ou Héliogabale. Que signifiait cette pierre, et comment pouvait-elle être l’image du plus brillant des astres ?

Les disciples d’Hermès, avant de promettre à leurs adeptes l’élixir de longue vie ou la poudre de projection, leur recommandent de chercher la pierre philosophale. Qu’est-ce que celle pierre, et pourquoi une pierre?

Le grand initiateur des chrétiens invite ses fidèles à bâtir sur la pierre, s’ils ne veulent voir leurs constructions renversées. 11 se nomme lui-même la pierre angulaire, et il dit au plus croyant de ses apôtres : « Appelle-toi Pierre, car tu es la pierre sur laquelle je bâtirai mon Église. »

Cette pierre^ disent les maîtres en alchimie,

LA PIERRE DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE. 337

c’est le vrai sel des philosophes, qui entre pour un tiers dans la composition de Tazoth. Or Azoth est, comme on sait, le nom du grand agent hermétique et du véritable agent philosophal; aussi représentent-ils leur sel sous la forme d’une pierre cube, comme on peut le voir dans les douze clefs de Basile Valentin ou dans les allégories du Trévisan.

Qu’est-ce donc, en vérité, que cette pierre? C’est le fondement de la philosophie absolue, c’est la suprême et inébranlable raison. Avant de songer à l’œuvre métallique, il faut être' à jamais fixé sur les principes absolus de la sagesse, il faut posséder cette raison qui est la pierre de touche de la vérité. .Tamais un homme à préjugés ne sera le roi de la nature et le maître des transmutations. La pierre philosophale est donc avant tout nécessaire ; mais comment la trouver? Hermès nous l’apprend dans sa table d’émeraude. Il faut séparer le subtil du fixe, avec un grand soin et une attention extrême. Ainsi nous devons dégager nos certitudes de nos croyances et rendre bien distincts les domaines respectifs de la science et de la foi ; bien comprendre que nous ne savons pas les choses que nous

croyons, et que nous ne croyons plus aucune des

choses que nous parvenons à savoir, et qu’ai nsi l’essence des choses de la foi, c’est rinconnu et l’indéfini, tandis qu’il en est tout au contraire des choses de la science. On en conclura que la science repose sur la raison et l’expérience, tandis que la foi a pour base le sentiment et la raison. En d’autres termes, la pierre philosophale, c’est la vrai certitude que la prudence humaine assure aux recherches consciencieuses et au doute modeste, tandis que l’enthousiasme religieux la donne exclusivement à la foi. Or, elle n’appartient ni à la raison sans aspirations ni aux aspirations déraisonnables ; la vraie certitude, c’est l’acquiescement réciproque de la raison qui sait au sentiment qui croit, et du sentiment qui croit à la raison qui sait. L’alliance définitive de la raison et de la foi résultera non de leur distinction et de leur séparation absolues, mais de leur contrôle mutuel et de leur fraternel concours. Tel est le sens des deux colonnes du portique de Salomon, dont l’une s’appelle Jakin et l’autre Bohas, dont l’une est blanche et l’autre noire. Elles sont distinctes et séparées, elles sont môme contraires en apparence; mais, si la force aveugle veut les réunir en les rapprochant, la voûte du temple s’écroulera: car,

LA PIERRE DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE. 339

séparées, elles ont une môme force ; réunies, elles sont deux forces qui se détruisent mutuellement. C’est pour la môme raison que le pouvoir spirituel s’affaiblit dès qu’il veut usurper le temporel, et que le pouvoir temporel périt victime de ses empiétements sur le pouvoir spirituel. Grégoire VII a perdu la papauté, et les rois schismatiques ont perdu et perdront la monarchie. L’équilibre humain a besoin de deux pieds, les mondes gravitent sur deux forces, la génération exige deux sexes. Tel est le sens de l’Arcane de Salomon, figuré par les deux colonnes du temple, Jakin 'et Bohas.

Le soleil et la lune des alchimistes correspondent au môme symbole et concourent au perfectionnement et à la stabilité de la pierre philosophale. Le soleil est le signe hiéroglyphique de la vérité, parce que c’est la source visible de la lumière, et la pierre brute est le symbole de la stabilité. C’est pourquoi les anciens mages prenaient la pierre Elagabale pour la figure môme du soleil, et c’est pour cela aussi que les alchimistes du moyen âge indiquaient la pierre philosophale comme le premier moyen de faire l’or philosophique, c’est-à- dire de transformer toutes les puissances vitales figurées par les six métaux en soleil, c’est-à-dire

Cil vérité et en lumière, première et indispensable opération du grand œuvre, qui conduit aux ada])- tations secondaires, et qui fait, par les analogies de la nature, trouver l’or naturel et grossier aux créateurs de l’or spirituel et vivant,’ aux possesseurs du vrai sel, du vrai mercure et du vrai soufre philosophiques.

Trouver la pierre philosophale, c’est donc avoir découvert l’absolu, comme le disent d’ailleurs tous les maîtres. Or, l’absolu, c’est ce qui n’admet plus d’erreurs, c’est le fixe du volatil, c’est la règle de l’imagination, c’est la nécessité même de l’être, c’est la loi immuable de raison et de vérité ; l’absolu, c’est ce qui est. Or ce qui est est en quelque sorte avant celui qui est. Dieu même n’est pas sans raison d’être et ne peut exister qu’en vertu d’une suprême et inévitable raison. C’est donc cette raison qui est l’absolu ; c’est à elle que nous devons croire, si nous voulons que notre foi ait une base raisonnable et solide. On a pu dire de nos jours que Dieu n’est qu’une hypothèse, mais la raison absolue n’en est pas une : elle est essentielle à l’être.

Saint Thomas a dit : «Une chose n’est pas juste parce que Dieu la veut, mais Dieu la veut parce

LA PILRRL DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE. 3H

qu’elle est juste. » Si saint Thomas avait déduit logiquement toutes les jeonséquences de cette belle pensée, il eût trouvé la pierre philosophale, et, au lieu de se borner à être l’ange de l’école, il en eût été le réformateur.

Croire à la raison de Dieu et au Dieu de la raison, c’est rendre l’athéisme impossible. Ce sont les idolâtres qui ont fait les athées. Lorsque Voltaire disait ; « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer,» il sentait plutôt qu’il ne comprenait la raison de Dieu. Dieu existe-t-il réellement? Nous n’en savons rien, mais nous désirons que cela soit, et c’est pour cela que nous le croyons. La foi formulée ainsi est la foi raisonnable, car elle admet

le doute delà science; et en effet, nous ne croyons

qu’aux choses qui paraissent probables, mais que nous ne savons pas. Penser autrement, c’est délirer; parler autrement, c’est s’exprimer en illuminés ou en fanatiques. Or, ce n’est pas à de pareilles gens que la pierre philosophale est promise.

Les ignorants qui ont détourné le christianisme primitif de sa voie en substituant la foi à la science, le rêve à l’expérience, le fantastique à la réalité; les inquisiteurs qui ont fait pendant tant

3/l2 DOÜME Dli LA lIAUTli MAOlli.

(le siècles à la magie une guerre d’extermination, sont parvenus à couvrir de tenèbres les anciennes découvertes de l’esprit humain; en sorte cpie nous tâtonnons aujourd’hui pour retrouver la clef des phénomènes delà nature. Or, tous les phénomènes naturels dépendent d’une seule et immuable loi, représentée aussi par la pierre philosophale et surtout par sa forme symbolique, qui est le cube. Cette loi, exprimée dans la cabale parle quaternaire, avait fourni aux Hébreux tous les mystères de leur tétragramme divin. On peut donc dire que la pierre philosophale est carrée en tous sens, comme la Jérusalem céleste de saint Jean, et qu’elle porte écrit d’un côté le nom de noSï?,

de l’autre celui de Dieu : sur une de ses faces celui

d’AoAM, sur l’autre celui d’HÉVA, puis ceux d’Azox et ÏNRi sur les deux autres côtés. En tête d’une traduction française d’un livre du sieur de Nuisement

sur le sel philosophique, on voit l’esprit de la terre debout sur un cube que parcourent des langues de feu ; il a pour phallus un caducée, et le soleil et la lune sur la poitrine, à droite et à gauche ; il est barbu, couronné, ettient un sceptreà la main. C’est r^zo^/ides sages sur son piédestal de sel et de soufre. On donne quelquefois à cette image la tête sym-

LA PIliRRE DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE.

boliqiie du bouc de Mondés; c’est le Baphomet des Templiers, le bouc du sabbat et le verbe des gnostiques ; images bizarres qui ont servi d’épouvantails au vulgaire après avoir servi aux méditations des sages, hiéroglyphes innocents de la pensée et de la foi qui ont servi de prétexte aux fureurs des persécutions. Combien les hommes sont malheureux dansleur ignorance, mais combien ils se mépriseraient eux-mêmes s’ils parvenaient à la connaître !

l.A MÉDECINE UNIYEHSELLE.

CAPDT.

RESUnUECTlO.

CmCULUS.

La plupart de nos maladies physiques viennent de nos maladies morales, suivant le dogme magique unique et universel, et en raison de la loi des analogies.

Une grande passion à laquelle on s’abandonne correspond toujours à une grande maladie qu’on se prépare. Les péchés mortels sont ainsi nommés parce qu’ils font physiquement et positivement mourir.

Alexandre le Grand est mort d’orgueil. 11 était naturellement tempérant, et s’abandonna par orgueil aux excès qui lui donnèrent la mort.

François I" est mort d’un adultère.

O

Louis XV est mort de son Parc-aux- Cerfs.

Quand Marat fut assassiné, il se mourait de colère et d’envie. C’était un monomane d’orgueil qui se croyait seul juste, et aurait voulu tuer tout ce qui n’était pas Marat.

la médecine universelle.

Plusieurs de nos contemporains sont morts d’ambition déçue après la révolution de février.

Dès cjue votre volonté est irrévocablement con- ürmée dans une tendance à l’absurde, vous ôtes mort, et l’écueil où vous vous briserez n’est pas loin.

Il est donc vrai de dire que la sagesse conserve et prolonge la vie.

Le grand Maître a dit : « Ma chair est une nourriture et mon sang un breuvage. Mangez ma chair et buvez mon sang, vous aurez la vie. » Et comme le vulgaire murmurait, il ajouta : « La chair n’est pour rien ici ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. » Il voulait donc dire : Abreuvez-vous de mon esprit et vivez de ma vie.

Et, lorsqu’il allait mourir, il attacha le souvenir de sa vie au signe du pain et celui 'de son esprit au signe du vin, et institua ainsi la communion de la foi, de l’espérance et de la charité.

C’est dans le môme sens que les maîtres hermé- tiques ont dit : Rendez l’or potable, et vous aurez la médecine universelle; c’est-à-dire: Appropriez la vérité à vos usages, qu’elle devienne la source à laquelle vous vous abreuverez tous les jours, et vous aurez en vous-mêmes l’immortalité des sages.

DO(iMK DK LA IIALTK MAGIE.

La tempérance, la tranquillité d’ame, la simplicité

de caractèi’e, le calme et la raison de la volonté, rendent riiomme non-seulement heureux, mais bien portant et fort. C’est en se rendant raisonnable et bon que l’homme se rend immortel. Nous

sommes les auteurs de nos destinées, et Dieu ne nous sauve pas sans notre concours.

La mort n’existe pas pour le sage : la mort est un fantôme rendu horrible par l’ignorance et la faiblesse du vulgaire.

Le changement atteste le mouvement, et le mouvement ne révèle que la vie. Le cadavre même ne se décomposerait pas s’il était mort : toutes les molécules qui le composaient restent vivantes et se meuvent pour se dégager. Et vous penseriez que l’esprit s’est dégagé le premier pour ne plus vivre ! vous croiriez que la pensée et l’amour peuvent mourir quand la matière même la plus grossière ne meurt pas !

Si le changement doit être appelé la mort, nous mourons et nous renaissons tous les jours, car tous les jours nos formes changent.

Craignons donc de salir et de déchirer nos vêtements, mais ne craignons pas de les quitter quand vient l’heure du repos.

LA MÉDECINE UNIVERSELLE. 3/|7

L’embaumement et la conservation des cadavres sont une superstition contre nature. C’est un essai de création de la mort; c’est l’immobilisation forcée d’une substance dont la vie a besoin. Mais il ne faut pas non plus trop se bâter de détruire ou de faire disparaître les cadavres ; car rien ne s’accomplit brusquement dans la nature, et l’on ne doit pas risquer de rompre violemment les liens d’une âme qui se détache.

La mort n’est jamais instantanée ; elle s’opère par degrés, comme le sommeil. Tant que le^ang n’est pas complètement refroidi, tant que les n^Ts peuvent tressaillir, l’homme n’est pas complètement mort, et, si aucun des organes essentiels à la vie n’est détruit, l’âme peut être rappelée, soit par accident, soit par une volonté forte.

Un philosophe a dit qu’il douterait du témoignage universel plutôt que de croire à la résurrection d’un mort, et en cela il a parlé témérairement : car c’est sur la foi du témoignage universel qu’il croyait à l’impossibilité d’une résurrection. Qu’une résurrection soit prouvée, qu’en résulterat-il? qu’il faudra nier l’évidence ou renoncer à la raison? Ce serait absurde de le supposer.. Il faudra conclure tout simplement qu’on avait cru à

?>tlS DOfJME l)l*; LA llAUTli MAGIE.

tort le résurrectioiiiiisinc impossible. Ah actu ad passe valet conseculio.

Osons affirmer maintenant que la résurrection est possible, et qu’elle arrive môme plus souvent qu’on ne croit. Combien de personnes dont la mort a été juridiquement et scientifiquement constatée ont été retrouvées mortes, il est vrai, dans leur bière, mais ayant revécu, et s’étant rongé les poings pour s’ouvrir les artères et échapper par une nouvelle mort à d’horribles souffrances. Un ni^ecip nous dira que ces personnes n’étaient pas lïrortes, mais en léthargie. Mais qu’est-ce que la léthargie? C’est le nom que vous donnez à la mort commencée qui ne s’achève pas, à la mort que vient démentir un retour à la vie. On se tire toujours facilement d’affaire avec des mots, quand il est impossible d’expliquer les choses.

L’âme tient au corps par la sensibilité, et, dès que la sensibilité cesse, c’est un signe certain que l’âme s’éloigne. Le sommeil magnétique est une léthargie ou une mort factice, et guérissable à volonté. L’éthérisation ou la torpeur produite par le chloroforme est une léthargie véritable qui finit quelquefois par une mort définitive, quand l’âme, heureuse de son dégagement passager, fait

LA MÉDECINE UNIVERSELLE.

effort de volonté pour s’en aller définitivement: ce qui est possible chez ceux qui ont vaincu l’enfer, c’est-à-dire dont la force morale est supérieure à celle de l’attraction astrale. Aussi la résurrection n’est-elle possible que pour les âmes élémentaires, et ce sont elles surtout qui sont exposées à revivre involontairement dans la tombe. Les grands hommes et les vrais sages ne sont jamais enterrés vivants.

Nous donnerons dans notre Rituel la théorie et la pratique du résurrectionnisme, et, à ceux qui me demanderont si j’ai ressuscité des morts, je

répondrai que, si je le leur disais, ils ne me croiraient pas.

Tl nous reste à examiner ici si l’abolition de la douleur est possible, et shl est salutaire d’employer le chloroforme ou le magnétisme pour les opérations chirugicales. Nous pensons, et la science le reconnaîtra plus tard, qu’en diminuant la sensibilité on diminue la vie, et que tout ce qu’on ôte à la douleur en pareilles circonstances tourne au profit de la mort. La douleur atteste la lutte de la vie ; aussi remarque-t-on que, chez les personnes opé- rées en léthargie, les pansements sont excessivement douloureux. Si l’ofi réitérait à chaque panse-

dogmk de la haute magie.

nient rengoiirdisseraent ])ar le chloroforme, il arriverait de deux choses rune : ou que le malade mourrait, ou qu’entre les pansements la douleur reviendrait et serait continue. On ne violente pas impunément la nature.

LA DIVINAÏION.

DENTES.

FURGA.

AMENS.

L’auteur de ce livre a beaucoup osé dans sa vie, et jamais une crainte n’a retenu sa pensée captive. Ce n’est pourtant pas sous une légitime terreur qu'il arrive à la fin du dogme magique.

11 s’agit maintenant de révéler ou plutôt de revoiler le grand Arcane, ce secret terrible, ce secret de vie et de mort exprimé dans la Bible par ces formidables et symboliques paroles du serpent symbolique lui-même: I Nequaquam moriemini, Il Sed eritis, III SicuT Du, IV Sgientes bonum et

MALUM.

L’un des privilèges de l’initié au grand Arcane, et celui qui résume tous les autres, c’est la Divination.

Suivant le sens vulgaire du mot, deviner signifie conjecturer ce qu’on ignore ; mais le vrai sens du mot est ineffable à force d’être sublime. Devi-

DOGME DE L\ HAUTE MAGIE.

]\ev((livinan), c’est cxerc(3i* la divinité, l.e mot divi- 7ÎUS, en latin, .signifie plus et autre chose que le mot diviis, dont le sens est l’équivalent de riiommedieu. Devin, en français, contient les quatre lettres du mot Dieu, plus la lettre n, qui correspond, par sa forme, à l’aleph hébreu n , et qui exprime cahalistiqueraent et hiéroglyphiquement le grand Arcane, dont le symbole, dans le Tarot, est la figure du bateleur.

Celui qui comprendra parfaitement la valeur numérale absolue d’ multiplié par n, avec la force grammaticale de I’n finale dans les mots qui expriment science, ai't ou puissance, puis qui additionnera les cinq lettres du mot Devin, de manière à faire rentrer cinq dans quatre, quatre dans trois, trois en deux et deux en un, celui-là, en traduisant le nombre qu’il trouvera en lettres hébraïques primitives, écrira le nom occulte du grand Arcane, et possédera un mot dont le saint tétragramme lui-même n’est que l’équivalent et comme f image.

Être devin, suivant la force du mot, c’est donc être divin, et quelque chose de plus mystérieux encore.

Les deux signes de la divinité humaine, ou de

l’humanité divine, sont les prophéties et les miracles.

Être prophète, c’est voir d’avance les effets qui existent dans les causes, c’est lire dans la lumière astrale: faire des miracles, c’est agir sur l’agent universel et le soumettre tà notre volonté.

On demandera à l’auteur de ce livre s’il est prophète et thaumaturge.

Que les curieux recherchent et lisent tout ce qu’il a écrit avant certains événements qui se sont accomplis dans le monde. Quant à ce qu’il a pu dire et faire, s’il le racontait, et qu’jl y eût réellement quelque chose de merveilleux, voudrait-on le croire sur parole ?

D’ailleurs, une des conditions essentielles de la divination, c’est de n’être jamais forcée et de ne se soumettre jamais à la tentation, c’est-à-dire à l’épreuve. Jamais les maîtres de la science n’ont cédé à la curiosité de personne. Les sibylles brû- lent leurs livres quand Tarquin refuse de les appré- cier à leur juste valeur; le grand Maître se tait lorsqu’on lui demande des signes de sa mission divine; Agrippa meurt de misère plutôt que d’obéir à ceux qui exigent de lui un horoscope. Donner des preuves de la science à ceux qui doutent de la

35^1 DOGME DE l.A HAUTE MAGFE.

science inôiiie, c’esl initier des indignes, c’est j)rotaner Tordu sanctuaire, c’est mériter Texconnniinication des sages et la mort des révélateurs.

L’essence de la divination, c’est-à-dire le grand Arcanc magique, est figurée par tons les symboles de la science, et se lie étroitement an dogme unique et primitif d’ïlerir.ès. En pliilosopliie, il donne la certitude absolue; en religion, le secret universel dé la foi ; en physique, la composition, la décomposition, la recomposition, la réalisation et l’adaptation du mercure philosophal, nommé azoth par les alchimistes; en dynamique, il multiplie nos forces par celles du mouvement perpétuel ; il est à la fois mystique, métaphysique et matériel, avec correspondances d’effets dans les trois mondes; il procure charité en Dieu, vérité en science et or en richesse ; car la transmutation métallique est à la fois une allégorie et une réalité, comme le savent bien tous les adeptes de la vraie science.

Oui, Ton peut réellement et matériellement faire de Tor avec la pierre des sages, qui est un amalgame de sel, de soufre et de mercure combinés trois fois en azoth par une triple sublimation et une triple fixation. Oui, l’opération est souvent facile et peut se faire dans un jour, dans un in-

stant : d’autres fois elle demande des mois et des aimées. ^lais, pour réussir dans le grand œuvre, il faut être divmus, ou devin, dans le sens cabalistique du mot, et il est indispensilble d’avoir renoncé, pour sou intérêt personnel, à l’avantage des richesses, dont on devient ainsi le dispensateur. Raymond Lulle enrichissait des souverains, semait l’Europe de ses fondations et restait pauvre ; Nicolas Flamel, qui est bien mort , quoi qu’en dise sa légende, n’a trouvé le grand œuvre qu’après être parvenu par l’ascétisme à un détachement complet des richesses. Il fut initié par l’intelligence qu’il eut soudainement du livre à\dscli Mezai'eph, écrit en hébreu par le cabaliste Abraham, le, même peut- être qui a rédigé le Sepher Jésirafi. Or cette intelligence fut, chez Flamel, une intuition méritée ou plutôt rendue possible par les préparations personnelles de l’adepte. Je crois en avoir dit assez.

La divination est donc une intuition, et la clef de cette intuition est le dogme universel et magique des analogies. C’est par les analogies que le mage interprète les songes, comme nous voyons dans la Bible que le patriarche Joseph le faisait autrefois en Égypte : car les analogies dans Ifs reflets de la lumière astrale sont rigoureuses comme les nuances

des couleurs dans la lumière solaire, et peuvent être calculées et expliquées avec une grande exactitude. Il est seulement indispensable de connaître le degré de vie intellectuelle du rêveur, et on le révélera à lui-même tout] entier par ses propres songes jusqu’à le jeter dans un profond étonnement.

Le somnambulisme, les pressentiments et la seconde vue ne sont qu’une disposition, soit accidentelle, soit habituelle, à rêver dans un sommeil volontaire ou tout éveillé, c’est-à-dire à percevoir les reflets analogiques de la lumière astrale. Nous expliquerons tout ceci jusqu’à l’évidence dans notre Rituel, lorsque nous donnerons le moyen tant cherché de produire et de diriger régulièrement les phénomènes magnétiques. Quant aux instruments divinatoires, ils sont simplement un moyen de communication entre le devin et le consultant, et ne servent souvent qu’à fixer les deux volontés sur un même signe; les figures vagues, compliquées, mobiles, aident à rassembler les reflets du fluide astral, et c’est ainsi qu’on voit dans le marc de café, dans les nuages, dans le blanc d’œuf, etc., des formes fatidiques, et existant seulement dans le translucide, c’est-à-dire dans l’imaiïination des

opérateurs. La vision dans l’eau s’opère par éblouissement et fatigue du nerf optique, qui cède ses fonctions au translucide et produit une illusion du cerveau qui prend pour des images réelles les reflets de la lumière astrale; aussi les personnes nerveuses, ayant la vue faible etrimagiriation vive, sont-elles plus propres à ce genre de divination, qui réussit surtout lorsqu’elle est faite par des enfants. Or, qu’on ne se méprenne pas ici sur la fonction que nous attribuons à l’imagination dans

les arts divinatoires. On voit par l’imagination sans

doute, et c’est là le côté naturel du miracle, mais

on voit des choses vraies, et c’est en cela que consiste le merveilleux de l’œuvre naturelle. Nous en appelons à l’expérience de tous les véritables adeptes. L’auteur de ce livre a expérimenté tous les genres de divination, et a obtenu des résultats toujours proportionnels à l’exactitude de ses opé- rations scientifiques et à la bonne foi de ses consultants.

Le Tarot, ce livre miraculeux, inspirateur de tous les livres sacrés des' anciens peuples, est, à cause de la précision analogique de ses figures et de ses nombres, l’instrument de divination le plus parfait qui puisse être employé avec une entière

DOGME DE I.A HAUTE MAGIE.

confiance. En effet, les oracles de ce livre sont toujours rigoureiiseincnt vrais, au moins dans un sens, et, lorsqu’il ne prédit rien, il révèle toujours des choses cachées et donne aux consultants les plus sages conseils. Alliette, qui de peri'uquier devint cabaliste au siècle dernier, après avoir passé trente ans à méditer sur le Tarot, Alliette, qui s’appelait cabalistiquemcnt Etteilla, en lisantson nom comme on doit lire l’hébreu, a été bien près de retrouver tout ce qui était caché dans ce livre étrange; mais il n’arriva qu’à déplacer les clefs du Tarot, faute de les comprendre, et il a interverti l’ordre et le caractère des figures sans en détruire entièrement les analogies, tant elles sont sympathiques et correspondantes les unes avec les autres. Les écrits d’ Etteilla, devenus assez rares, sont qbscurs, fatigants, et d’un style vraiment barbare ; tous n’ont pas été imprimés, et des manuscrits de ce père des tireurs de cartes modernes sont encore entre les mains d’un libraire de Paris, qui a bien voulu nous les montrer. Ce qu’on y peut voir de plus remarquable, ce sont les études opiniâtres et la bonne foi incontestable de l’auteur, qui a pressenti toute sa vie la grandeur des sciences occultes, et a dû mourir à la porte du sanctuaire sans avoir pu jamais

pénétrer au delà du voile. 11 eslimait peu Agrippa, faisait grand cas de Jean Belot, et ne connaissait rien à la philosophie de Paracelse ; mais il avait une intuition très exercée, une volonté très persé- vérante, et plus de rêverie que de jug(îment : c’était trop peu pour faire un mage, mais c’était plus qu’il ne fallait pour faire un devin vulgaire très habile, et par conséquent très accrédité. Aussi Etteilla eut-il un succès de vogue auquel un magicien plus savant aurait peut-être tort de ne pas prétendre, mais ne prétendrait certainement pas.

En disant, à la fin de notre Rituel, le dernier mot du Tarot, nous indiquerons la manière complète de le lire, et par conséquent de le consulter, non-seulement sur les chances probables de la destinée, mais aussi et surtout sur les problèmes de la philosophie et de la religion, dont il donne lîne solution toujours certaine et de la plus admirable précision, si on l’explique dans l’ordre hiérarchique de l’analogie des trois mondes avec les trois couleurs et les quatre nuances qui composent le septénaire sacré. Tout ceci appartient à la pratique positive de la magie, et ne peut être que sommairement indiqué et établi seulement en principe dans cette première partie qui contient exclu-

DOGMK DK LA HAUTK MAGlK.

sivommil le dogme de la haute magie et la clef philosophique et religieuse des hautes sciences, connues ou plutôt ignorées sous le nom do sciences occultes.

RliSUMli: GÉNÉRAL.

HÉSÜMÉ ET CLEF GÉNÉRALE DES QUATRE SCIENCES OCCULTES.

SIGNA.

THOT. ^

PAN.

Résumons maintenant toute la science par des principes.

L’analogie est le dernier mot de la science et le premier mot de la foi.

L’harmonie est dans l’équilibre, et l’équilibre subsiste par l’analogie des contraires.

L’unité absolue, c’est la raison suprême et dernière des choses. Or cette raison ne peut être ni une personne ni trois personnes : c’est une raison, et c’est la raison par excellence.

Pour créer l’équilibre il faut séparer et unir : séparer par les pôles, unir par le centre.

Raisonner sur la foi, c’est détruire la foi; faire du mysticisme en philosophie, c’est attenter à la

raison.

La raison et la foi s’excliiont iiuituelleincnt par leur nature et s’unissent pail’analogie.

L’analogie est le seul médiateur possible entre le visible et l’invisible, entre le fini et l’infini. Le dogme est l’hypothèse toujours ascendante d’une écpiation présumable.

Pour l’ignorant, c’est l’hypothèse (pii est l’affirmation absolue, et l’affirmation absolue qui est l’hypothèse.

Il y a dans la science des hypothèses nécessaires, et celui qui cherche à les réaliser agrandit la science sans restreindre la foi : car de l’autre côté de la foi il y a l’infini.

On croit ce qu’on ignore, mais ce que la raison veut qu’on admette. Définir l’objet de la foi et le circonscrire, c’est donc formuler l’inconnu. Les professions de foi sont les formules de l’ignorance et des aspirations de l’homme. Les théorèmes de la science sont les monuments de ses conquêtes.

L’homme qui nie Dieu est aussi fanatique que celui qui le définit avec une prétendue infaillibilité. Ou définit ordinairement Dieu en disant tout ce qu’il n’est pas.

L’homme fait Dieu par une analogie du moins au plus : il en résulte que la conception de Dieu

iii-suMK (;i-ni^:ral.

chez l’homme est toujours colle crun homme iuflni qui fait do l’homme un Dieu fini.

L’homme peut réaliser ce qu’il croit dans la mesure de ce qu’il sait en raison de ce qu’il ignore, et fait tout ce qifil veut dans la mesure de ce qu’il croit et en raison de ce qu’il sait.

L’analogie des contraires, c’est le rapport de la lumière à l’ombre, de la saillie au creux, du plein au vide. L’allégorie, mère de tousles dogmes, est la substitution des empreintes aux cachets, des ombres aux réalités. C’est le mensonge de la vérité et la vérité du mensonge.

On n’invente pas un dogme, on voile une vérité, et il se produit une ombre en faveur des yeux faibles. L’initiateur n’est pas un imposteur, c’est un révélateur; c’est-à-dire, suivant l’expression du mot latin revelare, un homme qui voile de nouveau. C’est le créateur d’une nouvelle ombre.

L’analogie est la clef de tous les secrets de la nature et la seule raison d’être de toutes les révé- lations.

Voilà pourquoi les religions semblent être écrites dans le ciel et dans toute la nature ; cela doit être : car l’œuvre de Dieu est le livre de Dieu, et dans ce qu’il écrit on doit voir l’expression de sa pensée,

et par conséquent de son être, ])uisqiic nous ikî le concevons (jue comme la pensée suprême. Dupuis et Volney n’ont vu qu’un plagiat dans cette splendide analogie qui aurait dé les amener à reconnaître la catholicité, c’est-ii-dire l’universalité du dogme primitif, unique, magique, cabalistique et immuable de la révélation par l’analogie.

L’analogie donne au mage toutes les forces de la nature; l’analogie est la quintessence de la pierre philosophale, c’est le secret du mouvement perpétuel, c’est la quadrature du cercle, c’est le temple qui repose sur les ‘deux colonnes Jakin et Bohas, c’est la clef du grand arcane, c’est la racine de l’arbre de vie, c’est la science du.bien et du mal.

Trouver l’échelle exacte des analogies dans les choses appréciables par la science, c’est fixer les bases delà foi et s’emparer ainsi de la baguette des miracles. Or, il existe un principe et une formule rigoureuse, qui est le grand arcane. Que le sage ne cherche pas, il a déjà trouvé; mais que le vulgaire cherche toujours, il ne trouvera jamais.

La transmutation métallique s’opère spirituellement et matériellement par la clef positive des analogies.

RÉSUMÉ GÉNÉRAL.

La médecine occulte n’est que l’exercice de la volonté appliquée à la source même de la vie, à cette lumière astrale dont l’existence est un fait, et dont le mouvement est conforme aux calculs dont Téchelle ascendante et descendante est le grand arcane magique.

Cet arcane universel, dernier et éternel secret de la haute initiation, est représenté dans le Tarot par une jeune tille nue qui ne touche la terre que d’un pied, tient une baguette aimantée de chaque main, et semble courir dans une couronne que supportent un ange, un aigle,' un bœuf et un lion. Cette figure est analogue quant au fond des choses au cherub de Jekeskiel, dont nous donnons la figure, et au symbole indien d’Addhanari, analogue à l’Ado-naï de Jekeskiel, que nous nommons vulgairement Ezéchiel.

L’intelligence de cette figure est la clef de toutes les sciences occultes. Les lecteurs de mon livre doivent déjà la comprendre philosophiquement, s’ils se sont un peu familiarisés avec le symbolisme de la cabale. Il nous reste maintenant à réaliser; ce qui est la seconde et la plus importante opération du grand œuvre. Trouver la pierre philosophale, c’est quelque chose sans doute ; mais coin-

DOGMli Dlî LA HAUTE MAGIE.

ment doit-on lu ti'iliirer pom* en luire lu ])oudre de projection? Quel est l’iisage d(î lu baguette mugi(pie? Quelle est lu puissance réelle des noms divins de la cabale ? Les initiés le savent, et les iniliubles le sauront si, par les indications si imilti pliées et si précises (pie nous venons de leur donner, ils découvrent le grand arcane.

Pourquoi ces vérités si simples et si pures sontelles toujours et nécessairement cachées aux hommes? C’est que les élus de l’intelligence sont en petit nombre sur la terre, et ressemblent, au milieu des sots et des méchants, à Daniel dans la fosse aux lions.

D’ailleurs l’analogie nous enseigne les lois de la hiérarchie, et la science absolue, étant une toute -puissance, doit être le partage exclusif des plus dignes. La confusion de la hiérarchie est la véritable déchéance des sociétés, car alors les aveugles conduisent les aveugles, suivant la parole du Maître. Que l’initiation soit rendue aux prêtres et aux rois, et l’ordre se fera de nouveau. Aussi, en faisant appel aux plus dignes, et, en m’exposant à tous les dangers et à toutes les malédictions qui entourent les révélateurs, je crois faire une chose utile et grande : je dirige sur le chaos social le

RÉSUMÉ GÉNÉRAL.

soiiftle de Dieu vivant dans rhnmanité, et j’evo- ([iie des prêtres et des rois pour le mondiî à venir !

Une chose n’est pas juste parce que Dieu la vent, a dit l’ange de Técole ; mais Dieu la veid parce qu’elle est juste. C’est coniine s’il avait dit: L’absolu, c’est la raison. La raison est par elle-même; elle est parce qu’elle est, et non pas parce qu’on la suppose ; elle est où rien n’existe ; et comment voulez-vous qu’il existe quelque chose sans raison? La folie même ne se produit pas sans raison. La raison, c’est la nécessité, c’est la loi, c’est la règle de toute liberté et la direction de toute initiative. Si Dieu est, c’est par la raison. La conception d’un Dieu absolu en dehors ou indépendamment de la raison, c’est l’idole de la magie noire, c’est le fantôme du démon.

Le démon c’est la mort qui se déguise avec les vêtements usés de la vie; c’est le spectre d’Hirrenkesept trônant sur les décombres des civilisations ruinées, et cachant sa nudité, horrible avec les défroques abandonnées des incarnations de Wis-

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Dogme et rituel de la haute magie, tome I: Dogme. Paris, 1861. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/levi-dogme-et-rituel-de-la-haute-magie-1/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

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