Toutes les passions déréglées, toutes les voluptés égoïstes, toutes les forces effrénées de rhumanité et toutes ses faiblesses tyranniques précèdent la pro- • priétaire avare de notre vallée de douleurs, et, la faucille à la main, ces ouvrières infatigables font une éternelle moisson.
La reine est vieille comme le temps, mais elle cache son squelette sous les débris de la beauté des femmes qu’elle enlève à leur jeunesse et à leurs amours.
Sa tête est garnie de cheveux froids qui ne sont pas à elle. Depuis la chevelure de Bérénice, toute brillante d’étoiles, jusqu’aux cheveux blanchis avant l’age que le bourreau coupa sur la tète de Marie-Antoinette, la spoliatrice des fronts couronnés s’est parée de la dépouille des reines.
Sou corps pâle et glacé est couvert de parures, flétries et de suaires en lambeaux.
Ses mains osseuses et chargées de bagues, tiennent des diadèmes et des fers, des sceptres et des ossements, des pierreries et de la cendre.
Quand elle passe, les portes s’ouvrent d’ellesmêmes; elle entre à travers les murailles, elle pénètre jusqu’à l’alcove des rois, elle vient surprendre les spoliateurs du pauvre dans leurs plus secrètes orgies, s’assied à leur table et leur verse à boire, ricane à leurs chansons avec ses dents dégarnies de gencives, et prend la place de la courtisane impure qui se cache sous leurs rideaux. »
Elle aime à rôder autour des voluptueux qui s’endorment; elle cherche leurs caresses comme si elle espérait se réchauffer dans leurs étreintes, mais elle glace tous ceux qu’elle touche et ne se ^ réchauffe jamais. Parfois cependant on la dirait ^ prise de vertige ; elle ne se promène plus lentement, elle court ; et si ses pieds ne sont pas^-assez rapides, elle presse les flancs d’un cheval pâle et le lance tout essoufflé à travers les multitudes. Avec elle galope le meurtre sur un cheval roux ; l’incendie, déployant sa chevelure de fumée, vole devant elle en balançant ses ailes rouges et noires,
et la famine avec la peste la suivent pas à pas sur des chevaux malades et décharnés, glanant les rares épis qu’elle oublie pour lui compléter sa moisson.
Après ce cortège funèbre, viennent deux petits enfants rayonnants de sourire et de vie, l’intelligence et l’amour du siècle, à venir, le double génie de rbumanité qui va naître.
Devant eux, les ombres de la mort se replient comme Iq nuit devant les étoiles de l’aurore; ils effleurent la terre d’un pied léger et y sèment à pleines mains l’espérance d’une autre année.
Mais la mort ne viendra plus impitoyable et terrible, faucher comme de l’herbe sèche les épis mûrs du siècle à venir ; elle cédera la place à l’ange du progrès qui détachera doucement les âmes de leur chaîne mortelle, pour les laisser monter vers Dieu.
Quand les hommes sauront vivre, ils ne mourront plus; ils se transformeront comme la chrysalide qui devient un papillon brillant.
Les terreurs de la mort sont filles de notre
ignorance, et la mort elle-même n’est si affreuse
que par les débris dont elle se couvre et les couleurs sombres dont on entoure ses imas^es. T^a
f\ RlTUlil/ ]>C LA HAUTIÎ MA(iIL.
mort, c’est véritablement le travail d(j la vie.
H est dans la nature une force qui ne meurt pas, et cette force transforme continuellement les êtres pour les conserver.
Cette force, c’est la raison ou le verbe de la nature.
11 existe aussi dans l’homme une force analogue à celle de la nature, et cette force, c’est la raison ou le verbe de l’homme.
Le verbe de l’homme est l’expres§ion de sa volonté dirigée par la raison.
Ce verbe est tout-puissant lorsqu’il est raisonnable, car alors il est analogue au verbe même de Dieu.
Par le verbe de sa raison l’homme devient le conquérant de la vie et peut triompher de la mort.
La vie entière de l’homme n’est que la parturition ou l’avortement de son verbe. Les êtres hurnains qui meurent sans avoir compris et sans avoir formulé la parole de raison, meurent sans espérance éternelle.
Pour lutter avec avantage contre le fantôme de la mort, il faut s’être identifié aux réalités de la
vie.
i)Li’importe à Dieu un avorton ({ui meurt, puisque la vie est éternelle ?
Qu’importe à la nature une déraison qui périt, puisque la raison toujours vivante conserve les clefs de la vie ?
I.a force terrible et juste qui tue éternellement les avortons a été nommée, par les Hébreux,
Samaël.} par les Orientaux, Satan; et par les Latins, Lucifer.
Le Lucifer de la cabale n’est pas un ange maudit et foudroyé, c’est l’ange qui éclaire et qui régénère en brûlant ; il est aux anges de paix ce que la comète est aux paisibles étoiles des constellations du printemps.
L’étoile fixe est belle, radieuse et calme; elle boit les célestes arômes et regarde ses sœurs avec amour; revêtue de sa robe splendide et le front paré de diamants, elle sourit en chantant son cantique du matin et du soir; elle jouit d’un repos éternel que rien ne saurait troubler, et elle marche solennellement sans sortir du rang qui lui est assigné parmi les sentinelles de la lumière.
La comète errante cependant, tonte sanglante et tout échevelée, accourt des profondeurs du ciel ; elle se précipite à travers les sphères paisibles,
RITUEL UK LA HAUTE MAUIE.
comme un char de guerre entre les rangs d’une procession de vestales; elle ose affronter le glaive brûlant des gardiens du soleil, et, comme une épouse éperdue qui cherche l’époux rêvé par ses nuits veuves, elle pénètre jusque dans le tabernacle du roi des jours, puis elle s’échappe, exhalant les feux qui la dévorent et traînant après elle un long incendie; les étoiles pâlissent à son approche, les troupeaux constellés qui paissent des fleurs de lumière dans les vastes campagnes du ciel, semblent fuir son souffle terrible. Le grand conseil des astres est assemblé, et la consternation est universelle : la plus belle des étoiles fixes est chargée enfin de parler au nom de tout le ciel , et de proposer la paix à la courrière vagabonde.
Ma sœur, lui dit-elle, pourquoi troubles-tu l’harmonie de nos sphères? quel mal t’avons-nous fait, et pourquoi, au lieu d’errer au hasard, ne te fixes-tu pas comme nous à ton rang dans la cour du soleil? Pourquoi ne viens-tu pas chanter avec nous l’hymne du soir, parée comme nous d’une robe blanche, qui se rattache sur la poitrine par une agrafe de diamant? pourquoi laisses-tu flotter, à travers les vapeurs de la nuit, ta chevelure qui ruis.selle d’une sueur de feu? Oh! situ prenais
une place parmi les filles du ciel, combien lu paraîtrais plus belle ! Ton visage ne serait plus enflammé par la fatigue de tes courses inouïes; tes yeux seraient purs, et ton visage souriant serait blanc et vermeil comme celui de tes heureuses sœurs; tous les astres te connaîtraient, et, loin de craindre ton passage, ils se réjouiraient à ton approche ; car tu serais unie à nous par les liens indestructibles de rharmonie universelle, et ton existence paisible ne serait cpi’une voix de plus dans le cantique dé l’amour infini.
Et la comète répond à l'étoile fixe :
Ne crois pas, ô ma sœur! que je puisse errer à l’aventure et troubler l’harmonie des sphères; Dieu m’a tracé mou chemin comme à toi, et si ma course te paraît incertaine et vagabonde, c’est que tes rayons ne sauraient s’étendre assez loin pour embrasser le contour de l’ellipse qui m’a été donnée pour carrière. Ma chevelure enflammée est le fanal de Dieu ; je suis la messagère des soleils, et je me retrempe dans leurs feux pour les partager sur ma route aux jeunes mondes qui n’ont pas encore assez de chaleur, et aux astres vieillissants qui ont froid dans leur solitude. Si je me fatigue dans mes longs voyages, si je suis d’une beauté moins douce
RlTUliL DE LA HAUTE MA(ilE.
que la liemie, si ma parure est moins virginale, je n’en suis pas moins, comme toi , une noble fille du ciel. Laissez-moi le secret de ma destinée terrible, laissez-moi répouvante qui m’environne, maudissez-moi si vous ne pouvez me comprendre ; je n’en accomplirai pas moins l’œuvre qui m’est imposée, et je continuerai ma course sous l’impulsion du souffle de Dieu ! Heureuses les étoiles qui se reposentet qui brillent comme de jeunes reines dans la société paisible des univers ! Moi, je suis la proscrite qui voyage toujours et qui ai l’infini pour patrie. On m’accuse d’incendier les planètes que je réchauffe, et d’effrayer les astres que j’éclaire ; on me reproche de troubler l’harmonie des univers parce que je ne tourne pas autour de leurs centres particuliers, et que je les rattache les uns aux autres en fixant mes regards vers le centre unique de tous les soleils. Sois donc rassurée, belle étoile fixe, je ne veux pas t’appauvrir de ta lumière paisible; je m’épuiserai au contraire, pour toi, de ma vie et de ma chaleur. Je puis disparaître du ciel quand je me serai consumée; mon sort aura été assez beau ! Sachez que dans le temple de Dieu brillent des feux différents, qui tous lui rendent gloire ; vous êtes la lumière des chandeliers d’or, et
moi la llannnc du sacrifice : accomplissons nos destinées.
En achevant ces paroles, la comète secoue sa chevelure, se couvre de son bouclier ardent, et se plonge dans les espaces infinis où elle semble disparaître pour toujours.
C’est ainsi qu’apparaît et disparaît Satan dans les récits allégoriques de la Bible.
Un jour, dit le livre de Joh, les fils de Dieu étaient venus pour se tenir en la présence du Seigneur, et parmi eux se trouva aussi Satan.
A qui le Seigneur dit : D’où viens-tu ?
Et lui répondit : J’ai fait le tour de la terre et je l’ai parcourue.
Voici comment un évangile gnostique, retrouvé en Orient par un savant voyageur de nos amis, explique, au profit du symbolique Lucifer, la genèse de la lumière
« La vérité qui se connaît est la pensée vivante. La vérité est la pensée qui est en elle -même; et la pensée formulée, c’est la parole. Lorsque la pensée éternelle a cherché une forme, elle a dit : « Que la lumière soit. >>
Or, cette pensée qui parle, c’est le Verbe ; et le Verbe dit: « Que la lumière soit, parce que
RITUEL DE LA IIAUTIÎ MAGIE.
le Verbe lui-même est la lumière des esprits. »
La lumière incréée, qui est le Verbe divin, rayonne parce qu’elle veut être vue ; et lorsqu’elle dit : « Que la lumière soit ! » elle commande à des yeux de s’ouvrir; elle crée des intelligences.
Et lorsque Dieu a dit : « Que la lumière soit ! » rintelligence a été faite et la lumière a paru.
Or, l’Intelligence que Dieu avait épanchée du souffle de sa bouche, comme une étoile détachée du soleil, prit la forme d’un ange splendide et le ciel le salua du nom de Lucifer.
L’Intelligence s’éveilla et se comprit tout entière en entendant cette parole du Verbe divin : r Que la lumière soit ! »
Elle se sentit libre, parce que Dieu lui avait commandé d’être; et elle répondit, en relevant la tête et en étendant ses ailes :
— : Je ne serai pas la servitude !
— Tu seras donc la douleur ? lui dit la voix incréée.
— Je serai la Liberté! répondit la lumière.
— L’orgueil te séduira, reprit la voix suprême , et tu enfanteras la mort.
— J’ai besoin de lutter contre la mort pour conquérir la vie, dit encore la lumière créée.
Dieu alors détacha de son sein le fil de splendeur qui retenait l’ange superbe, ^et en le regardant s’élancer dans la nuit qu’il sillonnait de gloire, il aima l’enfant de sa pensée, et souriant d’un ineffable sourire, il se dit à lui-même : « Que la lumière était belle ! »
Dieu n’a pas créé la douleur ; c’est l’Intelligence qui l’a acceptée pour être, libre.
Et la douleur a été la condition imposée à l’être libre, par celui qui, seul, rie peut se tromper, parce qu’il est infini.
Car l’essence de l’intelligence, c’est le jugement ; et l’essence du jugement, c’est la liberté.
L’œil ne possède réellement la lumière que par la faculté de se fermer ou de s’ouvrir.
S’il était forcé d’être toujours ouvert, il serait l’esclave et la victime de la lumière ; et, pour fuir ce supplice, il cesserait de voir.
Ainsi, l’Intelligence créée n’est heureuse d’affirmer Dieu, que par la liberté qu’elle a de nier Dieu.
Or, l’Intelligence qui nie, affirme toujours quelque chose, puisqu’elle affirme sa liberté.
C’est pourquoi le blasphème glorifie Dieu; et c’est pourquoi l’enfer était nécessaire au bonheur du ciel.
lirnjlîL DK LA, IIAUTK MAGIK.
Si la liiuiièro n’était pas repoussée par l’omljre, il n’y aurait pas de t'ormes visibles.
Si le premier des Ranges n’avait pas affronté les profondeurs de la nuit, l’enfantement de Dieu n’eût pas été complet et la lumière créée n’eût pu se séparer de la lumière par essence.
Jamais l’Intelligence n’aurait su combien Dieu est bon, si jamais elle ne l’avait perdu !
Jamais l’amour infini de Dieu n’eût éclaté dans les joies de sa miséricorcte, si l’enfant prodigue du ciel fût resté dans la maison de son père.
Quand tout était lumière, lalumière n’était nulle part, elle remplissait dans le sein de Dieu qui était en travail pour l’enfanter.
Et lorsqu’il dit : «Que la lumière soit! » il permit à la nuit de repousser la lumière, et l’imivers sortit du chaos.
La négation de l’ange qui, en naissant, refusa d’être esclave, constitua l’équilibre du monde, et le mouvement des sphères commença.
Et les espaces infinis admirèrent cet amour de la liberté, assez immense pour remplir le vide de la nuit éternelle, et assez fort pour porter la haine de Dieu.
Mais Dieu ne pouvait haïr le plus noble de ses
!NTROnUCT[ON.
enfants, et il ne l’éprouvait par sa colère que pour le confirmer dans sa puissance.
Aussi le Verbe de Dieu lui-même, comme s’il eût été jaloux de Lucifer, -voulut-il aussi descendre du ciel et traverser triomphalement les ombres de l’enfer.
Il voulut être proscrit et condamné; et il médita d’avance l’heure terrible où il crierait, à l’extré- mité de son supplice : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné? »
Comme l’étoile du matin précède le soleil, l’insurrection de Lucifer annonça à la nature naissante la prochaine incarnation de Dieu.
Peut-être Lucifer, en tombant dans la nuit, entraîna-t-il une pluie de soleils et d’étoiles par l’attraction de sa gloire !
Peut-être notre soleil est-il un démon parmi les astres, comme Lucifer est un astre parmi les anges.
C’est pourquoi, sans doute, il reste calme en éclairant les horribles angoisses de l’humanité et la lente agonie de la terre, parce qu’il est libre dans sa solitude et qu’il possède sa lumière.
Telles étaient les tendances des hérésiarques des premiers siècles. Les uns, comme les Ophites,
adoraient le démon sous la figure du serpent; d’autres, comme les Caïnites, justifiaient la révolte du premier des anges comme celle du premier des meurtriers. Toutes gcs erreurs, toutes ces ombres, toutes ces idoles monstrueuses de l’anarchie que rinde oppose dans ses symboles à la magique trimourti, avaient retrouvé dans le christianisme des prêtres et des adorateurs.
Nulle part il n’est parlé du démon dans laCenèse. C’est un serpent allégorique qui trompe nos premiers parents. Voici ce que la' plupart des traducteurs font dire au texte sacré :
« Or, le serpent était plus subtil qu’aucune bête » du champ que le Seigneur Dieu eût faite. »
Et voici ce que dit Moïse :
: £Z3>nSx îzDiny ,
Wha-Nahàsh haîah hâroum mi-chol hàîath hci-shadeli asher ’hâshah Jhôah Ælohîm.
C’est-à-dire en français, suivant Fabre d’Olivet :
« Or, l’attract originel (la cupidité) était la pas- « sion entraînante de toute vie élémentaire (le » ressort intérieur) de la nature, ouvrage de Jhôah , » l’Être des êtres. »
Mais ici, Fabre d’Olivet est à côté de la véritable interprétation, parce qu’il ignorait les grandes clefs de la cabale. Le mot Nahasch, expliqué par les lettres symboliques du Tarot, signifie rigoureusement :
Ih 2 N un. — La force qui produit les mélanges.
5 n He. — Le récipient et le producteur passif des formes.
21 V Scfiin. — Le feu naturel et central équilibré par la double polarisation.
Le mot employé par Moïse, lu cabalistiqiiement, nous donne donc la description et la définition de cet agent magique, universel, figuré dans toutes les théogonies par le serpent et auquel les Hébreux donnaient aussi le nom d’Oo, quand il manifeste sa force active ; le nom d’Os, quand il laisse apparaître sa force passive , et celui d’AouR, quand il se révèle tout entier dans sa puissance équilibrée, productrice de la lumière dans le ciel et de l’or parmi les métaux.
C’est donc là cet ancien serpent qui enveloppe le monde et qui apaise sa tête dévorante sous le
pied d’imc Vierge, figure de l'iiiiliatioii ; de celle Vierge, qui présente un petit enfant nouveau-né à l’adoration des rois mages et reçoit d’eux, en échange de cette faveur, de l’or, de la myrrhe et
de l’encens.
Le dogme sert ainsi dans toutes les religions hiératiques à voiler le secret des forces de la nature dont peut disposer l’initié, les formules religieuses sont les résumés de ces paroles pleines de mystère et de puissances qui font descendre les dieux du ciel et les soumettent à la volonté des hommes. La Judée en a emprunté les secrets à l’Égypte, la Grèce envoya ses hiérophantes et plus lard ses théosophes à l’école des grands prophètes ; la Rome des Césars minée par l’initiation chrétienne des catacombes s’écroula un jour dans l’Église et l’on refit un symbolisme avec les débris de tous les cultes qu’avait soumis la reine du monde.
Selon le récit de l’Évangile, l’inscription par laquelle était déclarée la royauté spirituelle du Christ était écrite en hébreu, en grec et en latin ; c’était l’expression de la synthèse universelle.
L’hellénisme, en effet, cette grande et belle religion de la forme, n’avait pas moins annoncé la venue du Sauveur que les prophètes du judaïsme ;
I
la fiihle do Psyché est une abstraction plus que chré- tienne, et le culte des panthées, en réhabilitant Socrate, préparait les autels à cette unité de Dieu, dont Israël avait été le mystérieux conservateur.
Mais la synagogue renia son Messie, et les lettres hébraïques furent effacées, du moins aux yeux aveuglés des juifs.
Les persécuteurs romains déshonorèrent l’hellé- nisme, que ne put réhabiliterla fause modération de Julien le philosophe, surnommé peut-être injustement l’Apostat, puisque son christianisme n’avait jamais été sincère. L’ignorance du moyen âge vint ensuite opposer les .saints et les vierges aux dieux, aux déesses et aux nymphes ; le sens profond des symboles helléniques fut plus incompris que jamais ; la Grèce elle-même, non-seulement perdit les traditions de son ancien culte, mais elle se sépara de l’Église latine; et ainsi, pour les yeux latins, les lettres grecques furent effacées, comme les lettres latines disparurent aux yeux des Grecs.
Ainsi, l’inscription de la croix du Sauveur disparut entièrement, et il n’y resta plus que des initiales mystérieuses.
Mais, lorsque la science et la philosophie, réconciliées avec la foi, réuniront en un seul tous les
clilïerents symboles, alors toutes les magnificences des cultes antiques refleuriront dans la mémoire des hommes, en proclamant le progrès de l’esprit humain dans l’intuition de la lumière de Dieu ;
Mais de tous les progrès le plus grand sera celui qui, remettant les clefs de la nature entre les mains de la science, enchaînera pour jamais le hideux fantôme de Satan et en expliquant tous les phénomènes exceptionnels de la nature, détruira l’empire de la superstition et de la sotte crédulité.
C’est à l’acomplissement de ce progrès que nous avons consacré notre vie et que nous passons nos années dans les recherches les plus laborieuses et
les plus difficiles. Nous voulons affranchir les autels
en renversant les idoles, nous voulons que l’homme d’intelligence redevienne le prêtre et le roi de la nature et nous voulons conserver en les expliquant toutes les images du sanctuaire universel.
Les prophètes ont parlé en paraboles et en images, parce que le langage abstrait leur a manqué, et parce que la perception prophétique, étant le sentiment de l’harmonie ou des analogies universelles, se traduit naturellement par des images.
Ces images, prises matériellement par le vul-
gaire, sont devenues des idoles ou des mystères impénétrables.
L’ensemble et la succession de ces images et de ces mystères sont ce qu’on appelle le symbolisme. ^
Le symbolisme vient donc de Dieu, quoiqu’il soit formulé par les hommes.
La révélation a accompagné l’humanité dans tous ses âges, et elle s’est transfigurée avec le génie humain; mais elle a toujours exprimé la même vérité.
La vraie religion est une , et ses dogmes sont simples et à la portée de tous.
Toutefois, la multiplicité des symboles n’a été qu’un livre de poésie nécessaire à l’éducation du génie humain.
L’harmonie des beautés extérieures et la poésie de la forme devaient révéler Dieu à l’enfance humaine; mais Vénus eut bientôt Psyché pour rivale, et Psyché séduisit l’Amour.
C’est ainsi que le culte de la forme devait céder à ces rêves ambitieux de l’âme qu’embellissait déjà l’éloquente sagesse de Platon.
La venue du Christ était ainsi préparée, et c’est pourquoi elle était attendue ; il vint parce que le
monde Tatlendait, et la philosophie se transforma en croyance pour se populariser.
Mais, affranchi par cette croyance même, Fesprit humain protesta bientôt contre l’école qui voulait en matérialiser les signes, et l’œuvre du catholicisme romain fut uniquement de préparer à .son insu l’émancipation des consciences, et de jeter les bases de l’association universelle.
Toutes ces choses ne furent que le développement régulier et normal de la vie divine dans l’humanité ; car Dieu est la grande âme de toutes les âmes, il est le centre immuable autour duquel gravitent toutes les intelligences, comme une poussière d’étoiles.
L’intelligence humaine a eu son matin ; son plein midi viendra, puis ensuite son déclin, et Dieu .sera toujours le même.
Mais il semble aux habitants de la terre que le soleil se lève jeune et timide, qu’il brille au milieu du jour dans toute sa force, et qu’il se couche fatigué le soir.
C’est pourtant la terre qui tourne, et le soleil est immobile.
Ayant donc foi dans le progrès huipain et dans la stabilité de Dieu, l’bomme libre respecte la reli-
gion dans ses Ibrnies passées, et ne blasphémerait pas plus Jupiter que Jéhova; il salue encore avec amour la rayonnante image de l’Apollon Pythien, et lui trouve une ressemblance fraternelle avec le visage glorieux du Rédempteur ressuscité.
Il croit à la grande mission de la hiérarchie catholique, et se plaît à voir les pontifes du moyen âge opposer la religion pour digue au pouvoir absolu des rois ; mais il proteste avec les siècles révolutionnaires contre l’asservissement de la conscience que voulaient emprisonner les clefs pontificales : il est plus protestant que Luther, car il ne croit pas même à l’infaillibilité de la confession d’Augsbourg et plus catholique que le pape, car il n’a pas peur que l’imité religieuse soit brisée par la malveillance des cours.
Il se confie à Dieu plus qu’à la politique de Rome pour le salut de l’idée unitaire j il respecte la vieillesse de l’Église; mais il ne craint pas qu’elle meure; il sait que sa mort apparente sera une transfiguration et une assomption glorieuse.
L'auteur de ce livre fait un nouvel appel aux mages de l’Orient pour qu’ils viennent reconnaître encore une fois le Maitre divin dont ils ont salué le berceau , le grand initiateur de tous les âges.
RITUEL DE I.A HAUTE MAGIE.
Tous ses emieinis sont tombés; tous ceux qui le condamnaient sont morts; ceux qui le persécutaient sont couchés pour toujours, et lui, il est toujours debout!
Les hommes d’envie se sont coalisés contre lui, ils se sont accordés sur un seul point; les hommes de division se sont unis pour le détruire, ils se sont faits rois, et ils l’ont proscrit ; ils se sont faits hypocrites, et ils l’ont accusé; ils se sont faits juges, et ils lui ont lu sa sentence de mort ; ils se sont faits bourreaux, et ils l’ont exécuté; ils lui ont fait boire la ciguë, ils l’ont crucifié, ils l’ont lapidé, ils l’ont brûlé et ont jeté ses cendres au vent; puis ils ont rugi d’épouvante: il était debout devant eux, les accusant par ses blessures, et les foudroyant par l’éclat de ses cicatrices.
On croit l’égorger au berceau à Bethléem, il est vivant en Égypte! On le traîne sur la montagne pour le précipiter ; la foule de ses assassins l’entoure et triomphe déjà de sa perte certaine : un cri se fait entendre ; n’est-ce pas lui qui vient de se briser sur les rochers du précipice ? Ils pâlissent et ils se regardent ; mais lui, calme et souriant de pitié, il passe au milieu d’eux et s’en va.
Voici une autre montagne qu’ils viennent de
teindre de son sang; voici une croix et un sépulcre ; des soldats gardent son tombeau. Insensés ! le tombeau est vide, et celui qu’ils croyaient mort, chemine paisiblement, entre deux voyageurs, sur la route d’Emmaüs.
Où est-il ? où va-t-il ? Avertissez les maîtres de la terre ! dites aux césars que leur puissance est menacée! Par qui? Par un pauvre qui n’a pas une pierre où reposer sa tête, par un homme du peuple condamné à la mort des esclaves. Quelle insulte ou quelle folie ! n’importe, les césars vont déployer toute leur puissance : de sanglants édits proscrivent le fugitif, partout des échafauds s’élèvent , des cirques s’ouvrent tout garnis de lions et de gladiateurs, des bûchers s’allument, des torrents de sang ont coulé, et les césars, qui se crêient victorieux, osent ajouter un nom à ceux dont ils rehaussent leurs trophées, puis ils meurent, et leur apothéose déshonore les dieux qu’ils ont cru dé- fendre. La haine du monde confond, dans un même mépris, Jupiter et Néron; les temples, dont l’adulation a fait des tombeaux, sont renversés sur des cendres proscrites, et sur les débris des idoles, sur les ruines de l’empire , lui seul, celui que proscrivaient les césars, celui que poursuivaient tant de
n RITUEL OL LA HAUTE MA(iIE.
satellites, celui que torturaient tant de bourreaux, luiseul est débout, lui seul règne, lui seul triomphe !
Cependant ses disciples mômes abusent bientôt de son nom, l’orgueil envahit le sanctuaire; ceux qui devaient annoncer sa résurrection, veulent immortaliser sa mort, afin de se repaître, comme des corbeaux, de sa chair toujours renaissante. Au lieu de l’imiter dans son sacrifice et de donner leur sang pour leurs enfants dans la foi, ils l’enchaînent sur le Vatican, comme sur un nouveau Caucase, et se font les vautours de ce divin Prométhée. Mais que lui importe leur mauvais rêve ? Ils n’ont enchaîné que son image; pour lui, il est toujours debout, et il marche d’exil en exil et de conquête en conquête.
C’est qu’on peut enchaîner un homme, mais on ne retient pas captif le Verbe de Dieu. La parole est libre et rien ne peut la comprimer. Cette parole vivante est la condamnation des méchants, et c’est pourquoi ils voudraient la faire mourir ; mais ce sont eux enfin qui meurent, et la parole de vérité reste pour juger leur mémoire!
Orphée a pu être déchiré par les bacchantes, Socrate a bu la coupe de poison, Jésus et ses apôtres ont péri du dernier supplice, Jean Hus, Jérome de
Pragues et tant d’autres ont été brûlés, la Saint- Barthélemy et les massacres de septembre ont fait tour à tour des martyrs ; l’empereur de Russie a encore à sa disposition des cosaques, des knouts et les désèrts de la Sibérie *,. mais l’esprit d'Orphée, de Socrate, de Jésus et de tous les martyrs restera toujours vivant au milieu des persécuteurs morts à leur tour ; il reste debout au milieu des institutions qui tombent et des empires qui se renversent !
C’est cet esprit divin, l’esprit du Fils unique de Dieu, que saint Jean représente, dans son Apocalypse debout, au milieu des chandeliers d’or, parce qu’il est le centre de toutes les lumières, tenant sept étoiles dans sa main, comme la semence de tout un ciel nouveau, et faisant descendre sa parole sur la terre sous la figure d’une épée à deux tranchants.
Quand les sages découragés s’endorment dans la nuit du doute, l’esprit du Christ est debout et il veille.
Quand les peuples, las du travail qui délivre, se couchent et s’assoupissent sur leurs fers, l’esprit du Christ est débout et il proteste, i Quand les sectateurs aveugles des religions devenues stériles, se prosternent dans la poussière
RITUEL !)E LA HAUTE MAGIE.
des vieux temples et rampent servilement dans une crainte superstitieuse, l’esprit du Christ reste debout et il prie.
Quand les forts s’affaiblissent, quand les vertus se corrompent , quand tout se plie et s’amoindrit pour chercher une vile pâture, l’esprit du Christ reste debout en regardant le ciel et il attend l’heure de son Père.
Christ veut dire prêtre et roi par excellence.
Le Christ initiateur des temps modernes est venu pour former par la science et surtout par la charité de nouveaux rois et de nouveaux prêtres.
Les anciens mages étaient des prêtres et des rois.
La venue du Sauveur avait été annoncée aux anciens mages par une étoile.
Cette étoile, c’était le pentagramme magique qui porte à chacune de ses pointes une lettre sacrée.
Cette étoile est la figure de l’intelligence qui régit, par l’unité de force, les quatre puissances élémentaires.
C’est le pentagramme des mages.
C’est l’étoile flamboyante des enfants d’Hiram.
C’est le prototype de la lumière équilibrée, vers
chacune de ses pointes un trait de lumière remonte.
De chacune de ses pointes un trait de lumière descend.
Cette étoile représente le grand et suprême athanor de nature qui est le corps de l’homme.
L’influence magnétique part en deux rayons de la tête, de chaque main et de chaque pied.
Le rayon positif est équilibré par un rayon négatif.
La tête correspond avec les deux pieds, chaque main avec une main et un pied, les deux pieds chacun avec la tête et une main.
Ce signe régulier de la lumière équilibrée représente l’esprit d’ordre et d’harmonie.
C’est le signe de la toute-puissance du mage.
Aussi ce même signe, brisé ou irrégulièrement tracé, représente-t-il l’ivresse astrale, les projections anormales et déréglées du grand agent magique, par conséquent les envoûtements, la perversité, la folie, et c’est ce que les magistes nomment la signature de Lucifer.
Il existe une autre signature qui représente aussi les mystères de la lumière ;
C’est la signature de Salomon.
28 RITUEL DE I,A UAUTE MAGIE.
Les talisnitans de Salomon portaient, d’mi C(Mé, l’empreinte de son sceau dont nous avons donné la figure dans notre Dogme (1).
De l’autre côté était la signature dont voici la forme :
Cette figure est la théorie hiéroglyphique de la composition des aimants et représente la loi circulatoire de la foudre.
On enchaîne les esprits déréglés en leur inon-
traiit; soit l’étoile flamboyante du pentagramme, soit la signature de Salomon, parce qu’on leur fait voir ainsi la preuve de leur folie en même temps qu’on les menace d’une puissance souveraine capable de les tourmenter en les rappelant à l’ordre.
Rien ne tourmente les méchants comme le bien.
Rien n’est aussi odieux à la folie que la raison.
Mais si un opérateur ignorant se sert de ces signes sans les connaître,
C’esf un aveugle qui parle de lumière aux aveugles ;
C’est un âne qui veut apprendre à lire aux enfants.
Si l’aveugle conduit l’aveugle, a dit le grand et divin Hiérophante, ils tombent tous deux dans la fosse.
Un dernier mot pour résumer toute cette introduction.
Si vous êtes aveugle comme Samson lorsque vous secouez les colonnes du temple, les ruines vous écraseront.
Pour commander à la nature, il faut s’être fait supérieur à la nature par la résistance ét-ses entraînements.
Si votre esprit est parfaitement libre de tout préjugé, de toute superstition et de toute incré- dulité, vous commanderez aux esprits.
Si vous n’obéissez pas aux forces fatales, les forces fatales vous obéiront.
Si vous êtes sage comme Salomon, vous ferez les œuvres de Salomon.
Si vous êtes saint comme le Christ, vous ferez les œuvres du Christ.
Pour diriger les courants de la lumière mobile, il faut être fixé dans une lumière immobile.
Pour commander aux éléments, il faut avoir dompté leurs ouragans, leurs foudres, leurs abîmes et leurs tempêtes.
Il faut SAVOIR pour oser.
Il faut OSER pour vouloir.
Il faut VOULOIR pour avoir l’Empire.
Et pour régner, il faut se taire.
RITUEL
LA HAUTE MAGIE
CHAPITRE PREMIER.
Toute intention qui ne se manifeste pas par des actes est une intention vaine, et la parole qui l’exprime est une parole oiseuse. C’est l’action qui prouve la vie, et c’est aussi l’action qui prouve et constate la volonté. Aussi est-il dit dans les livres symboliques et sacrés que les hommes seront jugés, non pas selon leurs pensées et leurs idées, mais selon leurs œuvres. Pour être il faut faire.
Nous avons donc à traiter maintenant la grande et terrible question des œuvres magiques. Il ne s’agit plus ici de théories et d’abstractions ; nous * arrivons aux réalités, et nous allons mettre entre les mains de l’adepte la baguette des miracles, en lui disant: Ne t’en rapporte pas seulement à nos paroles ; agis toimôme.
RITUEr, DE LA HAUTE MAGIE.
Il s’agit ici des œuvres d’une toute-puissance relative, et du moyeu de s’empai'erdes plus grands secrets de la nature et de les faire servir à une volonté éclairée et inflexible.
La plupart des Rituels magiques coijnus sont ou des mystifications ou des énigmes, et nous allons déchirer pour la première fois, après tant de siècles, le voile du sanctuaire occulte. Révéler la sainteté des mystères, c’est remédier à leur profanation. Telle est la pensée qui soutient notre courage et nous fait affronter tous les périls de cette œuvre, la plus hardie peut-être qu’il ait été donné à l’esprit humain de concevoir et d’accomplir.
Les opérations magiques sont l’exercice d’un pouvoir naturel, mais supérieur aux forces ordinaires de la nature. Elles sont le résultat d’une science et d’une habitude qui exaltent la volonté humaine au-dessus de ses limites habituelles.
Le surnaturel n’est que le naturel extraordinaire ou le naturel exalté : un miracle est un phénomène qui frappe la multitude parce qu’il est inattendu ; le merveilleux est ce qui émerveille, ce sont des effets qui surprennent ceux qui en ignorent les causes ou qui leur'assigiifent des causes non proportionnelles à de pareils résultats. Il n’y a de miracles que pour
les ignorants; mais, comme il n’existe guère de science absolue parmi les hommes, le miracle peut encore exister, et il existe pour tout le monde.
Commençons par dire cpie nous croyons à tous les miracles, parce cpie nous sommes convaincu et certain, môme par notre propre expérience, de l.eur entière possibilité.
Il en est que nous n’expliquons pas, mais que nous n’en regardons pas moins comme explicables. Du plus au moins et du moins au plus les consé- quences sont identiquement relatives et les proportions progressivement rigoureuses.
Mais, pour faire des miracles, il faut être en dehors des conditions communes de l’humanité; il faut être ou abstrait par la sagesse, ou exalté par la folie, au-dessus de toutes les passions ou en dehors des passions par l’extase ou la frénésie. Telle est la première et la plus indispensable des préparations de l’opérateur.
Ainsi, par une loi providentielle ou fatale, le magicien ne peut exercer la toute-puissance qu’en raison inverse de son intérêt matériel; l’alchimiste fait d’autant plus d’or qu’il se résigne davantage aux privations et qu’il estime plus la pauvreté, protectrice des secrets du grand-œuvre.
â/l RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
L’adepte au cœur sans passion disposera seul de l’amour et de la haine de ceux dont il voudra faire les instruments de sa science : le mythe de la Genèse est éternellement vrai, et Dieu ne laisse approcher de l’arbre de la science que les hommes assez abstinents et assez forts pour n’en pas convoiter les fruits.
Vous donc qui cherchez dans la magie le moyen de satisfaire vos passions, arrêtez-vous dans cette voie funeste : vous n’y trouveriez que la folie ou la mort. C’est ce qu’on exprimait autrefois par cette tradition vulgaire, que le diable finissait tôt ou tard par tordre le cou aux sorciers.
Le magiste doit donc être impassible, sobre et chaste, désintéressé, impénétrable et inaccessible à toute espèce de préjugé ou de terreur. Il doit être sans défauts corporels et à l’épreuve de toutes les contradictions et de toutes les peines. La première et la plus importante des œuvres magiques est d’arriver à cette rare supériorité.
Nous avons dit que l’extase passionnée peut produire les mêmes résultats que la supériorité absolue, et cela est vrai quant à la réussite, mais non quant à la direction des opérations magiques.
La passion projette avec force la lumière vitale
et imprime des mouvements imprévus à l’agent universel ; mais elle ne peut retenir aussi facilement qu’elle a lancé, et sa destinée alors est de ressembler à Hippolyte traîné par ses propres chevaux, ou à Phalaris, éprouvant lui-même Fim strument de supplice qu’il avait inventé pour d’autres.
La volonté humaine réalisée par Faction est semblable au boulet de canon quj ne recule jamais devant l’obstacle. Fdle le traverse, ou elle y entre et s’y perd, lorsqu’elle est lancée avec violence ; mais, si elle marche avec patience et persévérance, elle ne se perd jamais, elle est comme le flot qui revient toujours et finit par ronger le fer.
L’homme peut être modifié par l’habitude, qui devient, suivant le proverbe, une seconde nature en lui. Au moyen d’une gymnastique persévérante et graduée, les forces et l’agilité du corps se développent ou se créent dans une proportion qui étonne. Il eh est de même des puissances de l’âme. Voulez-vous régner sur vous-mêmes et sur les autres? Apprenez à vouloir.
Comment peut-on apprendre à vouloir? Ici est le premier arcane deFuiitiation niagiqpe, et c’est pour faire comprendre le fond même de cet arcane
30 RITUKL DK KA IIAUTK MAGIK.
que les anciens dépositaires de l’art sacerdotal environnaient les accès dn sanctuaire de tant de terreurs et de prestiges. Ils ne croyaient à une volonté que lorsqu’elle avait fait ses preuves, et ils avaient raison, l.a force ne peut s’affirmer que par des victoires.
La paresse et l’oubli sont les ennemis de la volonté, et c’est pour cela que toutes les religions ont multiplié les pratiques et rendu leur cul lé minutieux et difficile. Plus on se gêne pour une idée, plus on acquiert de force dans le sens de cette idée. Les mères ne préfèrent-elles pas ceux de leurs enfants qui leur ont causé le plus de douleur et leur ont coûté le plus de soins? Aussi la force des religions est-elle tout entière dans l’inflexible volonté de ceux qui pratiquent. Tant qu’il y aura un fidèle croyant au saint sacrifice de la messe, il y aura un prêtre pour la lui dire, et tant qu’il y aura un prêtre disant tous les jours son bréviaire, il y aura un pape dans le monde.
Les pratiques les plus insignifiantesen apparence et les plus étrangères en elles-mêmes au but qu’on se propose, conduisent néanmoins à ce but par l’éducation et l’exercice de la volonté. Un paysan qui se lèverait tous les matins à deux ou trois
lÆS PRËI’AKATIONS.
heures et qui irait bien loin do chez lui cueillir tous les jours un brin de la môme herbe avant le soleil levé pourrait, en portant sur lui de cette herbe, opérer un grand nombre de prodiges. Cette herbe serait le signe de sa volonté et deviendrait par cette volonté même tout ce qu’il voudrait qu’elle devînt dans l’intérêt de ses désirs.
. Pour pouvoir il faut croire qu’on peut, et cette foi doit se traduire immédiatement par des actes. Lorsqu’un enfant dit : Je ne peux pas, sa mère lui répond : Essaye. La foi n’essaye même pas; elle commence avec la certitude d’achever, et elle travaille avec calme comme ayant la toute-puissance à ses ordres et l’éternité devant elle.
Vous donc qui vous présentez devant la science des mages, que lui demandez-vous ? Osez formuler votre désir, quel qu’il soit, puis mettez-vous immé- diatement à l’œuvre, et ne cessez plus d’agir dans le même sens et pour la même fin : ce que vous voulez se fera, et c’est déjà commencé pour vous et par vous.
Sixte-Quint, en gardant ses bestiaux, avait dit: Je veux être pape.
Vous êtes besacier et vous voulez faire de l’or : mettezvous à l’œuvre et ne cessez plus. Je vous
. 38 RITUEI. DE L\ HAUTE MAGIE.
promets au uom de la science tous les trésors de Flamel et de Raymond Lulle.
Que faut-il faire d’abord ? — il faut croire que vous pouvez, puis agir. — Agir comment? — Vous lever tous les jours à la même heure et de bonne heure ; vous laver en toute saison avant le jour à une fontaine ; ne porter jamais de vêtements sales, et pour cela les nettoyer vous-même s’il le faut; vous exercer aux privations volontaires, pour mieux supporter les involontaires; puis imposer silence à tout désir qui n’est pas celui de raccomplissenient du grand-œuvre. — Quoi ! en me lavant tous les jours à une fontaine, je ferai de l’or? — Vous travaillerez pour en faire. — C’est une moquerie. — Non, c’est un arcane. — Gomment puis-je me servir d’un arcane que je ne saurais comprendre ? — Croyez et faites; vous comprendrez ensuite.
Une personne me disait un jour : Je voudrais être une fervente catholique, mais je suis voltairienne. Combien ne donnerais-je pas pour avoir la foi ! — Eh bien ! lui ai-je répondu, ne dites plus : Je voudrais ; dites : Je veux, et faites les œuvres de la foi ; je vous assure que vous croirez. Vous êtes voltairienne, dites-vous, et parmi les différentes manières de comprendre la foi, celle des jésuites
VOUS est la plus amipathicpie et vous semble pourtant la plus désirable et la plus forte.... Faites, et recommencez sans vous décourager, les exercices de saint Ignace, et vous deviendrez croyante comme un iésuite. Le résultat est infaillible, et, si vous avez alors la naïveté ’de croire que c’est un miracle, vous vous trompez déjà en vous croyant voltairienne.
Un paresseux ne sera jamai'S magicien. La magie est un exercice de toutes les heures et de tous les instants. Il faut que l’opérateur des grandes œuvres soit maître absolu de lui-même ; qu’il sache vaincre battrait du plaisir, et l’appétit et le sommeil,; qu’il soit insensible au succès comme à l’affront. Sa vie doit être une volonté dirigée par une pensée et servie par la nature entière, qu’il aura assujettie à l’esprit dans ses propres organes, et par sympathie dans toutes les forces universelles qui leur sont correspondantes.
Toutçs les facultés et tous les sens doivent prendre part à l’œuvre, et rien dans le prêtre d’Hermès n’a le droit de rester oisif; il faut formuler l’intelligence par des signes et la résumer par des caractères ou des pantacles; il faut déterminer la volonté par des paroles et accomplir les paroles par
RlTUlîr- DE LA HAUTE MAGIE.
des actes; ilfaiit traduire l’idée magique en lumière pour les yeux, en harmonie pour les oreilles, en parfums pour Podorat, en saveurs pour la Ijouche, et en -formes pour le toucher ; il faut, en un mot, que l’opérateur réalise dans sa vie entière ce qu’il veut réaliser hors dé lui dans le monde ; il faut qu’il devienne un aimant pour attirer la chose désirée; et, quand il sera suffisamment aimanté, qu’il sache que la chose viendra sans qu’il y songe et d’elle-même.
Il est important que le mage sache les secrets de la science ; mais il peut les connaître par intuition et sans les avoir appris. Les solitaires, qui vivent dans la contemplation habituelle de la nature, devinent souvent ses harmonies et sont plus instruits dans leur simple bon sens que les docteurs, dont le sens naturel est faussé par les sophismes des écoles. Les vrais magiciens pratiques se trouvent presque toujours à la campagne, et ce sont souvent des gens sans instruction et de/simples bergers.
Il existe aussi certaines organisations physiques mieux disposées que d’autres aux révélations du monde occulte ; il est des natures sensitives et sympathiques auxquelles l’intuition dans la lumière
LKS rHÉl’ARÂTIONS.
astrale est pour ainsi dire innée; certains chagrins et certaines maladies peuvent modifier le système nerveux, et en faire, sans le concours de la volonté, un appareil de divination plus ou moins parfait ; mais ces phénomènes sont exceptionnels, et géné- ralement la puissance magique doit et peut s’acquérir par la persévérance et le travail.
Il est aussi des substances qui produisent l’extase et disposent au sommeil magnétique ; il en est qui mettent au service de l’imagination tous les reflets les plus vifs et les plus] colorés de la lumière élé- mentaire ; mais l’usage de ces substances est dangereux, parce qu’elles'produiseut eu général la stupé- faction et l’ivresse. On les emploie toutefois, mais dans des proportions rigoureusement calculées, et dans des circonstances tout à fait exceptionnelles.
Celui qui veut se livrer sérieusement aux œuvres magiques, après avoir affermi son esprit contre tout danger d’hallucination et d’épouvante, doit se purifier extérieurement et intérieurement pendant quarante jours. Le nombre quarante est sacré , et sa figure même est magique. En chiffres arabes, il se compose du cercle, image de l’infini, et du /i, qui résume le ternaire par l’unité. En chiffres romains, disposés de la manière suivante.
/|2 RlTUliL DE LA HAUTE MAGIE.
il représente le signe du dogme fondamental d’Hermès et le caractère du sceau de Salomon :
X
La purification du mage doit consister dans fabstinence des voluptés brutales, dans un régime végétal et doux, dans la privation des liqueurs fortes, et dans le règlement des heures du sommeil. Cette préparation a été indiquée et repré- sentée dans tous les cultes par un temps de pénitence et d’épreuves qui précède les fêtes symboliques du renouvellement de la vie.
Il faut, comme nous l’avons déjà dit; observer pour l’extérieur la propreté la plus scrupuleuse : le plus pauvre peut trouver de l’eau aux fontaines. Il faut aussi nettoyer ou faire nettoyer avec soin les vêtements, les meubles et les vases dont on fait usage. Toute malpropreté atteste une négligence, et en magie la négligence est mortelle.
Il faut purifier l’air en se levant et en se cou-
LES PRÉPARATIOINS.
chfuil avec un parfum composé de sève de lauriers, de sel, de camphre, de résine blanche et de soufre, et dire en même temps les quatre mots sacrés, en se tournant vers les quatre parties du monde.
Il ne faut parler à personne des œuvres qu’on accomplit; et, comme nous l’avons assez dit dans le Dogme, le mystère est la condition rigoureuse et indispensable de toutes les opérations de la science. 11 faut dérouter les curieux en supposant d’autres occupations et d’autres recherches, comme des expériences chimiques pour des résultats industriels, des prescriptions hygiéniques, la recherche de quelques secrets naturels, etc.; mais le mot décrié de magie ne doit jamais être prononcé.
Le magiste doit s’isoler en commençant, et se montrer très difficile en relations pour concentrer en lui sa force et choisir les points de contact; mais autant il sera sauvage et inabordable dans les premiers temps, autant on le verra plus tard entouré et populaire, quand il aura aimanté sa chaîne et choisi sa place dans un courant d’idées et de lumière.
Une vie laborieuse et pauvre est tellement favo-
h h KITUlil. Dlî LA llAUTli MAÜIL.
rable à rinitialion par la prati(juc, que les plus grands maîtres Pont cherchée, môme alors qu’ils pouvaient disposer des richesses du monde. (7est alors que Satan, c’est-à-dire l’esprit d’ignorance, qui ricane, qui doute, et qui hait la science parce qu’il la craint, vient tenter le futur maître du monde en lui disant: Si tu es le fils de Dieu, 'dis que ces pierres deviennent du pain. Les hommes d’argent cherchent alors à humilier le prince de la science en entravant, en dépréciant ou en exploitant misérablement son travail; on lui rompt en dix morceaux, afin qu’il tende la main dix fois, le morceau de pain dont il veut bien paraître avoir besoin. Le mage ne daigne pas même sourire de cette ineptie, et poursuit son œuvre avec calme.
Il faut éviter, autant qu’on le pourra, la vue des choses hideuses et des personnes laides, ne pas manger chez les personnes qu’on n’estime pas, éviter tous les excès, et vivre de la manière la plus uniforme et la plus réglée.
Avoir le plus grand respect de soi-même et se regarder comme un souverain méconnu qui consent à l’être pour reconquérir sa couronne. Être doux et digne avec tout le monde ; mais, dans les
LES rRl'iPARATIONS.
rapporls sociaux, ue se laisser jamais absorl)er, et se retirer des cercles où l’on n’aurait pas une initiative quelconque.
On peut enfin et l’on doit même accomplir les obligations et pratiquer les rites 'du culte auquel on appartient.- Or, de tous les cultes, le plus magique est celui qui réalise le plus de miracles, qui appuie sur les plus sages raisons les plus inconcevables mystères, qui a des lumières égales cà ses ombres, qui popularise les miracles et incarne Dieu dans les hommes par la foi. Cette religion a toujours existé, et a toujours été dans le monde, sous divers noms, la religion unique et dominante. Elle a maintenant, chez les peuples de la terre, trois formes hostiles en apparence l’une à l’autre, qui se réuniront bientôt en une seule pour constituer une Église universelle. Je veux parler de l’orthoiteie russe, du catholicisme romain, et d’une transfiguration dernière de la religion de Bouddha.
Nous croyons avoir assez fait comprendre par ce qui précède que notre magie est opposée à celle des Goëtiens et des Nigromans. Notre magie est à la fois une science et une religion absolue, qui doit, non pas détruire et absorber toutes les opinions et tous les cultes, mais les régénérer et les diriger, en
k() RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
reconstituant le cercle des initiés, et en donnant ainsi aux masses aveugles des conducteurs sages et clairvoyants.
Nous vivons dans un siècle où il n’y a plus rien à détruire ; mais tout est à refaire, puisque tout est détruit. — Refaire quoi? le passé? — On ne refait pas le passé. — Reconstruire quoi? un temple et un trône? — A quoi bon, puisque les anciens sont tombés ? — C’est comme si vous disiez : Ma maison vient de tomber de vieillesse, à quoi bon en construire une autre? — Mais la maison que vous allez bâtir sera-t-elle pareille à celle qui est tombée ? — Non : celle qui est tombée était vieille, et celleci sera neuve. — Mais enfin, ce sera toujours une maison ? — Que voulez-vous donc que ce soit?
CHAPITRE IL
L’équilibre est la' résultante de deux forces.
Si les deux forces sont absolument et toujours égales, l’équilibre sera l’immobilité, et par consé- quent la négation de la vie. Le mouvement est le résultat d’une prépondérance alternée.
L’impulsion donnée à l’un des plateaux d’une balance détermine nécessairement le mouvement de l’autre. Les contraires agissent ainsi sur les contraires, dans toute la nature, par correspondance et par connexion analogique.
La vie entière se compose d’une aspiration et d’un souffle; la création est la supposition d’une ombre pour servir délimité à la lumière, d’un vide pour servir d’espace à la plénitude de l’être, d’un principe passif fécondé pour appuyer et réaliser la puissance du principe actif générateur.
Toute la nature est bissexiielle, et le mouvement qui produit les apparences de la mort et de la vie est une continuelle génération.
Dieu aime le vide qu’il a fait, pour l’emplir; la
A8 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
science aime l’ignorance, qu’elle éclaire ; la force aime la faiblesse, ([u’elle soutient ; le bien aime le mal apparent, qui le glorifie ; le jour est amoureux de la nuit et la poursuit sans cesse en tournant autour du monde: l’amour est à la fois une soif et
une plénitude qui a besoin d’épanchement. Celui qui donne reçoit, et celui qui reçoit donne; lemou- Yement c’est un échange perpétuel.
Connaître la loi de cet échange, savoir la proportion alternative ou simultanée de ces forces, c’est posséder les premiers principes du grand arcanc magique, qui constitue la vraie divinité humaine.
Scientifiquement on peut apprécier les diverses manifestations du mouvement universel par les phénomènes électriques ou magnétiques. Les appareils électriques surtout révèlent matériellement et positivement les affinités et les antipathies de certaines substances. Le mariage du cuivre avec le zinc, l’action de tous les métaux dans la pile galvanique, sont des révélations perpétuelles et irrécusables. Que les physiciens cherchent et découvrent : les cabalistes expliqueront les découvertes de la science.
Le corps humain est soumis, comme la terre, à
l’iîquilibre magique.
une double loi : il attire et il rayonne; il est aimanté d’un magnétisme androgyne et réagit sur les deux puissances de l’ame, l’intellectuelle et la sensitive, en raison inverse, mais proportionnelle des prépondérances alternées des deux sexes dans son organisme physique.
L’art du magnétiseur est tout entier dans la connaissance et l’usage de cette loi. Polariser l’action et donner à l’agent une force bissexuelle et alternée, c’est le moyen encore inconnu et vainement cherché de diriger à volonté les phénomènes du magnétisme ; mais il faut un tact très exercé et une grande précision dans les mouvements inté- rieurs pour ne pas confondre les signes de l’aspiration magnétique avec ceux de la respiration ; il faut aussi connaître parfaitement l’anatomie occulte et le tempérament spécial des personnes sur lesquelles on agit.
Ce qui apporte le plus grand obstacle à la direction du magnétisme, c’est la mauvaise foi ou la mauvaise volonté des sujets. Les femmes surtout, qui sont essentiellement et toujours comédiennes; les femmes qui aiment à s’impressionner en impressionnant les autres, et qui parviennent à se tromper les premières lorsqu’elles jouent leurs
mélodrames nerveux; les femmes sont la vraie magie noire du magnétisme. Aussi sera-t-il impossible à des magnétiseurs non initiés aux suprêmes arcanes et non assistés des lumières de la cabale de dominer jamais cet élément réfractaire et fugitif. Pour être maître de la femme, il faut la distraire et la tromper habilement en lui laissant supposer que c’est elle-même qui vous trompe. Ce conseil, que nous donnons ici spécialement aux médecins magnétiseurs , pourrait peut-être trouver aussi sa place et son application dans la politique conjugale.
L’homme peut produire à son gré deux souffles, l’un chaud et l’autre froid ; il peut également projeter à son gré la lumière active ou la lumière passive; mais il faut qu’il acquière la conscience de cette force par l’habitude d’y penser. Un même geste de la main peut alternativement respirer et aspirer ce qu’on est convenu d’appeler le fluide ; et le magnétiseur lui-même sera averti du résultat de son intention par une sensation alternative de chaud et de froid dans la main, ou dans les deux mains s’il opère des deux mains à la fois, sensation que le sujet devra éprouver en même temps, mais en sens contraire, c’est-à-dire avec une alternative tout à fait opposée.
Le penlagraiiiuie, ou le signe de microcosme, représente, entre autres mystères magiques, la ' doublé sympathie des extrémités humaines entre elles et la circulation de la lumière astrale dans le corps humain. Ainsi, en figurant un homme dans l’étoile du pentagramme, ’œmme on peut le voir dans la philosophie occulte d’Agrippa, on doit remarquer que la tête correspond en sympathie masculine avec le pied droit et en sympathie féminine avec le pied gauche; que la main droite correspond de même avec la main et le pied gauche, et la main gauche réciproquement : ce qu’il faut observer dans les passes magnétiques, si l’on veut arriver à dominer tout l’organisme et à lier tous les membres par leur propres chaînes d’analogie et de sympathie naturelle.
Cette connaissance est nécessaire pour l’usage du pentagramme dans les conjurations des esprits, et dans les évocations des formes errantes dans la lumière astrale, appelées vulgairement nécromancie, comme nous l’expliquerons au cinquième chapitre de ce Rituel; mais il est bon d’observer ici que toute action provoque une réaction, et qu’en magnétisant ou influençant magiquement les autres, nous établissons d’eux ;ï nous un couranl
fl’influence contraire, mais analogue, qui peut nous soumettre à eux au lieu de les soumettre à nous, comme il arrive assez souvent dans les opérations qui ont pour objet la sympathie d’amour. C’est pourquoi il est essentiel de se défendre en même temps qu’on attaque, afin de ne pas aspirer à gau- •che en même temps qu’on souffle à droite. L’androgyne magique (voir la figure en tête du Rituel) porte écrit sur le bras droit solve, et sur le bras gauche coagula, ce qui correspond à la figure symbolique des travailleurs du second temple, qui tenaient d’une main l’épée et de l’autre la truelle. Fn même temps qu’on bâtit il faut défendre son œuvre en dispersant les ennemis : la nature ne fait pas autre chose lorsqu’elle détruit en même temps qu’elle régénère. Or, suivant l’allégorie du calendrier magique de Duchenteau, l’homme, c’est-à- dire l’initié, est le singe de la nature, qui le tient à la chaîne, mais qui le fait agir sans cesse en imitation des procédés et des œuvres de sa divine maîtresse et de son impérissable modèle.
L’emploi alterné des forces contraires, le chaud après le froid, la douceur après la sévérité, famour après la colère, etc., est le secret du mouvement perpétuel et de la prolongation de la puissance ;
L tyUlLlliKE MAGIQUE.
c’est ce que sentent instinctivement les coquettes, qui font passer leurs adorateurs de respérance à la crainte et de la joie à la tristesse. Agir toujours dans le môme sens et de la même manière, c’est surcharger un seul plateau d’une balance, et il en résultera bientôt la destruction absolue de l’équilibre. La perpétuité des caresses engendre vite la satiété, le dégoût et l’antipathie, de môme qu’une froideur on une sévérité constante éloigne
T
cà la longue et décourage l’affection. En alchimie un feu toujours le môme et continuellement ardent calcine la matière première et fait parfois éclater le vase hermétique; il faut substituer, à des intervalles réglés, à la chaleur du feu celle de la chaux ou du fumier minéral. C’est ainsi qu’il faut, en magie, tempérer les œuvres de colère ou de rigueur par des opérations de bienfaisance et d’amour, et que, si l’opérateur tient sa volonté toujours tendue de la même manière et dans le môme sens, il en résultera pour lui une grande fatigue et bientôt une sorte d’impuissance morale.
Le magiste ne doit donc pas vivre exclusivement dans son laboratoire, entre son Athanor, ses élixirs et ses pantacles. Quelque dévorant que soit le
lUTUKl. DK KA HAUTE MAGIE.
regard de cette Circé ([ii’oii appelle la puissance occulte, il faut savoir lui présenter à propos le glaive d’Ulysse et éloigner à temps de nos lèvres la coupe qu’elle nous présente. Toujoui-s une opération magique doit être suivie d’un repos égal à sa durée et d’une distraction analogue, mais contraire à son objet. Lutter continuellement contre la nature pour la dominer et la vaincre, c’est exposer sa raison et sa vie. Paracelse a osé le faire, et toutefois dans cette lutte même il employait des forces équilibrées et opposait l’ivresse du vin à celle de l’intelligence ; puis il domptait l’ivresse par la fatigue corporelle, et la fatigue corporelle par un nouveau travail de l’intelligence. Aussi Paracelse était-il un homme d’inspiration et de miracles ; mais il a usé sa vie dans cette activité dévorante, ou plutôt il en a rapidement fatigué et déchiré le vêtement: car les hommes semblables à Paracelse peuvent user et abuser sans rien craindre : ils savent bien qu’ils ne sauraient pas plus mourir qu’ils ne doivent vieillir ici-bas.
Rien ne dispose mieux à la joie que la douleur, et rien n’est plus voisin de la douleur que la joie. Aussi l’opérateur ignorant est-il étonné d’arriver toujours à des résultats contraires à ceux qu’il se
l’équilibuk magique. 55
propose, parce qu’il ne sait ni croiser ni alterner son action ; il veut envoûter son ennemi, et il devient lui-même malheureux et malade ; il veut se faire aimer, et il se passionne misérablement pour des femmes qui se moquent de lui; il veut faire de l’or, et il épuise ses dernières ressources : son supplice est éternellement celui de Tantale , l’eau se retire toujours lorsqu’il veut boire. Les anciens, dans leurs symboles et dans leurs opérations ma-
giques, multipliaient les signes du binaire, pour n’en pas oublier la loi, qui est celle de l’équilibre. Dans leurs évocations, ils construisaient toujours deux autels différentset immolaient deux victimes, une blanche et une noire; l’opérateur ou l’opératrice, tenant d’une main l’épée et de l’autre la baguette, devait avoir un pied chaussé et l’autre nu. Toutefois, comme le binaire serait l’immobilité et la mort sans le moteur équilibrant, on ne pouvait être qu’un ou trois dans* les œuvres de la magie ; et quand un homme et une femme prenaient part à la cérémonie, l’opérateur devait être une vierge, un androgyne ou un enfant. On me demandera si la bizarrerie de ces rites est arbitraire et si elle a uniquement pour but d’exercer la volonté en multipliant à plaisir les difficultés de
56 RITUKL DK LA JIAIJTL MA(Dt:.
l’œuvre magique. Je répondrai qu’eu magie il n’y a rien d’arbitraire, parce que tout est réglé et dé- terminé d’avance parle dogme unique et universel d’Hermès, celui de l’analogie dans les trois mondes. Tout signe correspond à une idée et à la forme spéciale d’une idée ; tout acte exprime une volonté correspondante à une pensée et formule les analogies de cette pensée et de cette volonté. Les rites sont donc déterminés d’avance par la science ellemême. L’ignorant, qui n’en sait pas la triple puissance, en subit la fascination mystérieuse; le sage les comprend et en fait l’instrument de sa volonté; mais, lorsqu’ils sont accomplis avec exactitude et avec foi, ils ne sont jamais sans effet.
Tous les instruments magiques doivent être doubles; il faut avoir deux épées, deux baguettes, deux coupes, deux réchauds', deux pantacles et deux lampes ; porter deux vêtements superposés et de deux couleurs contraires, comme le pratiquent encore les prêtres catholiques; il faut n’avoir sur soi aucun métal, ou en avoir au moins deux. Les couronnes de laurier, de rue, d'armoise ou de verveine, doivent également être doubles; dans les évocations, on garde Tune des couronnes et l’on brûle l’autre, en observant comme
L’iiQLULimVE MAGIQUE.
un augure le bruit qu’elle fait en pétillant et les ondulations de la fumée qu’elle produit.
Cette observance n’est pas vaine, car, dans l’œuvre magique, tous les instruments de l’art sont magnétisés par l’opérateur , l’air est chargé de ses parfums, le feu consacré par lui est soumis à sa volonté , les forces de la nature semblent l’entendre et lui répondre ; il lit dans toutes les formes les modifications et les compléments de sa pensée.
C’est alors qu’on voit l’eau se troubler et comme bouillonner d’elle-même, le feu jeter une grande lumière ou s’éteindre, les feuilles des guirlandes s’agiter, la baguette magique se mouvoir d’ellemême, et qu’on entend passer dans l’air des voix étranges et inconnues. C’est dans de pareilles évocations que Julien vit apparaître les fantômes trop aimés de ses dieux déchus, et s’épouvanta malgré lui de leur décrépitude et de leur pâleur.
Je sais que le christianisme a supprimé pour toujours la magie cérémonielle et proscrit sévèrement les évocations et les sacrifices de l’ancien monde : aussi notre intention n’est-elle pas de leur donner une nouvelle raison d’être en venant après tant de siècles en révéler les antiques mystères.
58 lUTUliL Dlî LA lIAUTIi MAülii.
Nos expériences, même dans cet ordre de faits, ont été des recherches savantes, et rien de plus. Nous avons constaté des faits pour apprécier des causes, et jamais nous n’avons eu la prétention de renouveler des rites à jamais détruits.
L’orthodoxie israélite, cette religion si rationnelle, si divine et si peu connue, ne réprouve pas moins que le christianisme les mystères de la magie cérémonielle. Pour la tribu de Lévi, l’exercice même de la haute magie devait être considéré comme une usurpation de sacerdoce, et c’est la même raison qui fera proscrire par tous les cultes otFiciels la magie opératrice, divinatrice et miraculeuse. Montrer le naturel du merveilleux et le produire à volonté, c’est anéantir pour le vulgaire la preuve concluante des miracles que chaque religion revendique comme sa propriété exclusive et son argument définitif.
Respect aux religions établies, mais place aussi à la science. Nous ne sommes plus, grâce à Dieu, au temps des inquisiteurs et des bûchers; l’on n’assassine plus de malheureux savants sur la foi de quelques fanatiques aliénés ou de quelques filles hystériques. Qu’il soit d’ailleurs bien entendujque nous ^faisons des études curieuses.
et non une propagande impossible, insensée. Ceux (pii nous blâmeront d’oser nous dire magicien n’ont rien à craindre d’un tel exemple, et il est plus cpie probable qu’ils ne deviendront jamais
sorciers.
UlTUEL DE LA HAUTE MAGIE.
CHAPITRE 111.
LE TRIANGLE DES PANTACLES.
L’abbé ïrilhème, qui fui en magie le maître de Cornélius Agrippa, explique dans sa Stéganographie le secret des conjurations et des évocations d’une manière très philosophique et très naturelle, mais peut-être, pour cela même, trop simple et trop facile.
Évoquer un esprit, dit-il, c’est entrer dans la pensée dominante de cet esprit, et, si nous nous élevons moralement plus haut dans la même ligne, nous entraînerons cet esprit avec nous et il nous servira; autrement il nous entraînera dans son cercle et nous le servirons.
Conjurer, c’est opposer à un esprit isolé la résistance d’un courant et d’une chaîne : cum jurare, jurer ensemble, c’est-à-dire faire acte d’une foi commune. Plus cette foi a d’enthousiasme et de puissance, plus la conjuration est efficace. C’est pour cela que le christianisme naissant faisait taire les oracles : lui seul alors possédait l’inspira-
LE TRIANGLE DES PENTACLES. 01
tion et la force. Plus tard, lorsque saiüt Pierre eut vieilli, c’est-à-dire lorsque le monde crut avoir des reproches légitimes à faire à la papauté, l’esprit de prophétie vint remplacer les oracles; et les Savonarole, les Joachim de Flore, les Jean Hus et tant d’autres, agitèrent tour à tour les esprits et traduisirent en lamentations et en menaces les inquiétudes et les révoltes secrètes de tous les cœurs.
On peut donc être seul pour. évoquer un esprit, mais pour le conjurer il faut parler au nom d’un cercle ou d’une association; et c’est ce que repré- sente le cercle hiéroglyphique tracé autour du mage pendant l’opération, et dont il ne doit pas sortir s’il ne veut perdre à l’instant môme toute sa puissance.
Abordons nettement ici la question principale, la question importante : l’évocation réelle et la conjuration d’un esprit sont-elles possibles, et celte possibilité peut-elle être scientifiquement démontrée ?
A la première partie de la question on peut d’abord répondre que toute chose dont l’impossibilité n'est pas évidente peut et doit être admise provisoirement comme possible. A la seconde partie
nous disons qu’en vei’tu du grand dogme magique de la hiérarchie et de l’analogie universelle, on peut démontrer cabalistiquement la possibilité des évocations réelles ; quant à la réalité phénoménale du résultat des opérations magiques consciencieusement accomplies, c’est unequestiorurexpérience ; et, comme nous l’avons déjà dit, nous avons constaté par nous-môme cette réalité, et nous mettrons par ce Rituel nos lecteurs à môme de renouveler et de confirmer nos expériences.
Rien ne périt dans la nature, et tout ce qui a vécu continue à vivre toujours sous des formes nouvelles ; mais les formes mêmes antérieures ne sont pas détruites, puisque nous les retrouvons dans notre souvenir. Ne voyons-nous pas en imagination l’enfant que nous avons connu et qui maintenant est un vieillard? Les traces mômes que nous croyons effacées dans notre souvenir ne le sont pas réellement, puisqu’une circonstance fortuite les évoque et nous les rappelle. Mais comment les voyons-nous? Nous avons déjà dit que c’est dans la lumière astrale qui les transmet à notre cerveau par le mécanisme de l’appareil nerveux.
D’une autre part, toutes les formes sont proportionnelles et analogiques à l’idée qui les a détermi-
LE TRIANGLE DES PENT ALLES. 63
nées ; elles sont le caractère naturel, la signature (le cette idée , comme disent les magistes, et dès qu’on évoque activement l’idée, la forme se réalise et se produit.
SchrœplTer, le fameux illuminé deLeipsik, avait jeté par ses évocations la terreur dans toute l’Allemagne, et son audace dans les opérations magiques avait été si grande, que sa réputation lui devint un insupportable fardeau ; puis il se laissa entraîner par l’immense courant d’hallucinations qu’il avait laissé se former ; les visions de l’autre monde le dégoûtèrent de celle-ci, et il se tua. Cette histoire doit rendre circonspects les curieux de magie céré- monielle. On ne violente pas impunément la nature, et l’ou ne joue pas sans danger avec des forces inconnues et incalculables.
C’est par cette considération que nous nous sommes refusé, et que nous nous refuserons toujours, à la vaine curiosité de ceux qui demandent
à voir pour croire ; et nous leur répondons ce que nous disions à un personnage éminent d’Angleterre qui nous menaçait de son incrédulité:
« Vous avez parfaitement le 'droit de ne pas croire ; nous n’en serons pour notre part ni plus découragé, ni moins convaincu. »
A ceux qui viendraient nous dire qu’ils ont scrupuleusement et courageusement accompli tous les rites et que rien ne s’est produit, nous dirons qu’ils feront bien de s’en tenir là, et que c’est peut-être . im avertissement de la nature qui se refuse pour eux à ces œuvres excentriques, mais que, s’ils persistent dans leur curiosité, ils n’ont qu’à recom* mencer.
Le ternaire, étant la base du dogme magique, doit nécessairement être observé dans les évocations ; aussi est-il le nombre symbolique de la réalisation et de l’effet. La lettre ^ est ordinairement tracée sur les pantacles cabalistiques qui ont pour objet l’accomplissement d’un désir. Cette lettre est aussi la marque du bouc émissaire dans la cabale mystique, et Saint-Martin observe que cette lettre, intercalée dans l’incommunicable tétragramme, en a fait le nom du Rédempteur des hommes nwn». C’est ce que représentaient les mystagogues du moyen âge, lorsque, dans leurs assemblées nocturnes, ils exhibaient un bouc symbolique portant sur la tête entre les deux cornes un flambeau allumé. Cet animal monstrueux, dont nous décri- .rons au quinzième chapitre de ce Rituel les formes allégoriques et le culte bizarre, représentait la
Llî TRIANGLE DES PANTaCLES. 65
nature vouée à l’anathème, mais rachetée par le signe de la lumière. Les agapes gnostiques et les priapées païennes qui se succédaient en son honneur révélaient assez la conséquence morale que les adeptes voulaient tirer de cette exhibition. Tout ceci sera expliqué avec les rites, décriés et regardés maintenant comme fabuleux, du grand sabbat de la magie noire.
Dans le grand cercle des évocations on trace ordinairement un triangle, et ü faut bien observer de quel coté on doit en tourner le sommet. Si l’esprit est supposé venir du ciel, l’opérateur doit se tenir
au sommet et placer l’autel des fumigations à la base; s’il doit monter de l’abîme, l’opérateur sera à la base et le réchaud placé au sommet. Il faut
lUTÜEL DE LA HAUTE MAGIE.
en outre avoir sur le front, sur la poitrine et sur la main droite le symbole sacré des deux triangles réunis, formant l’étoile à six rayons dont nous avons déjà reproduit la figure, et qui est connue en magie sous le nom de pantacle ou de sceau de Salomon .
Indépendamment de ces signes, les anciens faisaient usage dans leurs évocations des combinaisons mystiques des noms divins que nous avons donnés dans le dogme d’après les cabalistes hé- breux. Le triangle magique des théosophes païens est le célèbre ABRACADABRA, auquel ils attribuaient des vertus extraordinaires, et qu’ils figuraient ainsi :
ABRACADABRA
ABRACADABR
ABRACADAB
ABRÀCADA
ABRACAD
ABRACA
ABRAC
ABRA
A
Cette combinaison de lettres est une clef du
LE TRIANGLE DES PANTACLES.
pentagramiiie. L’A principiaiit y est répété cinq fois et reproduit trente fois, ce qui donne les éléments et les nombres de ces deux figures.
L’A isolé représente l’unité du premier principe ou de l’agent intellectuel ou actif. L’A uni au B représente la fécondation du binaire par l’unité. L’R est le signe du ternaire, parce qu’il représente hiéroglyphiquement l’effusion qui résulte de l’union des deux principes. Le nombre li des lettres du mot ajoute l’unité de l’initié au dénaire de Pythagore ; et le nombre 66, total de toutes les lettres additionnées, forme cab^listiquementle nombre 12, qui est le carréfdu ternaire et par conséquent la quadrature mystique du cercle. Remarquons en passant que l’auteur de V Apocalypse, cette clavicule de la cabale chrétienne, a composé le nombre delà
68 RITUliL Di: LA HAUTE MAGIE.
hôte, c’est-à-dire de l’idolâtrie, en ajoutant un G au double senaire de l’ABRACADABRA : ce qui donne cabalistiquement 18, nombre assigné dans Me Tarot au signe hiéroglyphique de la nuit et des profanes, la lune avec les tours, le chien, le loup et l’écrevisse ; nombre mystérieux et obscur, dont la clef cabalistique est 9, le nombre de l’initiation.
Le cabaliste sacré dit expressément à ce sujet : Que celui qui a l’intelligence (c’est-à-dire la clef des nombres cabalistiques) calcule le nombre de la bête, car c’est le nombre de l’homme, et ce nombre est 666. C’est en effet la décade dePythagore multipliée par elle-même et ajoutée à la somme du Pantacle triangulaire d’Abracadabra; c’est donc le résumé
de toute la magie de l’ancien monde, le programme
entier du génie humain, que le génie divin de l’Évangile voulait absorber ou supplanter.
Ces combinaisons hiéroglyphiques de lettres et de nombres appartiennent à la partie pratique de la cabale, qui, sous ce point de vue, se subdivise en gématrie et en témurah. — Ces calculs, qui nous paraissent maintenant arbitraires ou sans intérêt, appartenaient alors au symbolisme philosophique de l’Orient, et avaient la plus grande importance dans l’enseignement des choses saintes
LE TRIANGLE DES EANTACLES. 69
émanées des sciences occultes. L’alphabet cabalistique absolu, qui rattachait les idées premières aux allégories, les allégories aux lettres et les lettres aux nombres, était ce qu’on appelait alors les clefs de Salomon. Nous avons déjà vu que ces clefs, conservées jusqu’à nos jours, mais complètement méconnues, ne sont autre chose que le jeu du Tarot, dont les allégories antiques ont été remarquées et appré- ciées pour la première fois, de nos jours, par le savant archéologue Court de Gébelin.
Le double triangle de Salomon est expliqué par saint Jean, d’une manière remarquable. Il y a, dit-il, trois témoins dans le ciel : le Père, le Logos et le Saint-Esprit, et trois témoins sur la terre : le souffle, l’eau et le sang. Saint Jean est ainsi d’accord avec les maîtres de philosophie hermétique, qui donnent à leur soufre le nom d’éther, à leur mercure le nom d’eau philosophique, à leur sel la qualification de sang du dragon ou de menstrué de la terre : le sang ou le sel correspond par opposition avec le Père, l’eau azotique ou mercurielle avec le Verbe ou Logos, et le souffle avec le Saint-Esprit. Mais les choses de haut symbolisme ne peuvent être bien entendues que par les vrais enfants de la science.
70 lUTÜliL DE LA HAUTE MAGIE.
Aux combinaisons triangulaires on unissait dans les cérémonies magiques, les répétitions des noms par trois fois, et avec des intonations différentes. La baguette magique était souvent surmontée d’une petite fourche aimantée, que Paracelse remplaçait par un trident dont nous donnons ici la figure :
Le trident de Paracelse est un pantacle exprimant le résumé du ternaire dans l’unité, qui complète ainsi le quaternaire sacré. Il attribuait à cette figure toutes les vertus que les cabalistiques hébreux attribuent au nom de Jéhova, et les propriétés thaumaturgiques de l’Abracadabra des hiérophantes d’Alexandrie. Reconnaissons ici que c’est un pantacle, et par conséquent un signe concret et absolu de toute une doctrine qui a été celle d’un cercle magnétique immense, tant pour
LE TRIANGLE DES PANTACLES. 71
les philosophes anciens cpie pour les adeptes du moyen âge. En lui rendant, de nos jours, sa valeur primitive par l’intelligence de ses mystères, ne pourrait-on pas lui rendre toute sa vertu miraculeuse et toute sa puissance contre les maladies humaines?
Les anciennes sorcières, lorsqu’elles passaient la nuit dans un carrefour de trois chemins, hurlaient trois fois en l’honneur de la triple Hécate.
Toutes ces figures, tous ces actes analogues aux figures, toutes ces dispositions de nombres et de caractères, ne sont, comme nous l’avons déjà dit, que des instruments d’éducation pour la volonté, dont ils fixent et déterminent les habitudes. Ils servent en outre à rattacher ensemble, dans l’action, toutes les puissances de l’âme humaine, et à augmenter la force créatrice de l’imagination. C’est la gymnastique de la pensée qui s’exerce à la réalisation : aussi l’effet de ces pratiques est-il infaillible comme la nature lorsqu’elles sont faites avec une confiance absolue et une persévérance inébranlable.
Avec la foi, disait le grand Maître, on transplanterait des arbres dans la mer et l’on déplacerait des montagnes. Une pratique, même superstitieuse,
72 RITUEL DE IA HAUTE MAGIE.'
môme insensée, esl efficace, parce que c’est une réalisation de la volonté. C’est pour cela qu’une prière est plus puissante si on va la faire à l’église que si on la fait chez soi, et qu’elle obtiendra des miracles si, pour la faire dans un sanctuaire accré- dité, c’est-à-dire magnétisé à grand courant par l’affluence des visiteurs, on fait cent lieues ou deux cents lieues en demandant l’aumône et’ les pieds nus.
Ou rit de la bonne femme qui se prive d’un sou de lait le matin, et qui va porter aux triangles magiques des chapelles un petit cierge d’un sou qu’elle laisse brûler. Ce sont les ignorants qui rient, et la bonne femme ne paye pas trop cher ce qu’elle achète ainsi de résignation et de courage. Les grands esprits sont bien fiers de passer en haussant les épaules, ils s’insurgent contre les superstitions avec un bruit qui fait trembler le monde : qu’en résulte-t-il? Les maisons des grands esprits s’écroulent, et les débris en sont revendus aux fournisseurs et aux acheteurs de petits cierges, qui laissent crier volontiers partout que leur règne est à jamais fini, pourvu qu’ils gouvernent toujours.
Les grandes religions n’ont jamais eu à craindre
L15 TRIANGLE DES PANTACLES. 73
qu’une rivale sérieuse, et cette rivale, c’est la magie.
La magie a produit les associations occultes, qui ont amené la révolution nommée renaissance ; mais il est arrivé à l’esprit humain, aveuglé par les folles amours, de réaliser en tout point l’histoire allégorique de l’Hercule hébreu : en ébranlant les colonnes du temple il s’est enseveli lui-même sous les ruines.
Les sociétés maçonniques ne savent pas plus maintenant la haute raison de leurs symboles que les rabbins ne comprennent le Sepher Jesirah et le Sohar sur l’échelle ascendante des trois degrés, avec la progression transversale de droite à gauche et de gauche à droite du septénaire cabalistique.
Le compas du G.*.A.*. et l’équerre de Salomon sont devenus le niveau grossier et matériel du jacobinisme inintelligent réalisé par un triangle d’acier : voilà pour le ciel et pour la terre.
Les adeptes profanateurs auxquels l’illuminé Cazotte avait prédit une mort sanglante ont surpassé de nos jours le [péché d’Adam : après avoir cueilli témérairement les fruits de l’arbre de la science, dont ils n’ont pas su se nourrir, ils les ont jetés aux animaux et aux reptiles de la terre. Aussi
Ih lUTUliL üli LA HAUTE MAGIE.
le règne do la superstition a-t-il commencé et doitil durer jusqu’au temps où la vraie religion se reconstituera sur les bases éternelles de la hiérarchie à trois degrés et du triple pouvoir que le ternaire exerce fatalement ou providentiellement dans les trois mondes.
LA CONJURATION ÜlîS QUATRE.
CHAPITRE IV.
Les quatre formes élémentaires séparent et spécifient par une sorte d’ébauche les esprits créés que le mouvement universel dégage du feu central. Partout l’esprit travaille et féconde la matière par la vie ; toute matière est animée ; la pensée et l’âme sont partout.
En s’emparant de la pensée, qui produit les diverses formes, on devient le maître des formes et on les fait servir à ses ujsages.
La lumière astrale est saturée d’âmes, qu’elle dégage dans la génération incessante des êtres. Les âmes ont des volontés imparfaites qui peuvent être dominées et employées par des volontés plus puissantes ; elles forment alors de grandes chaînes invisibles et peuvent occasionner ou déterminer de grandes commotions élémentaires.
Les phénomènes constatés dans les procès de magie, et tous récemment encore par M. Eudes de Mirville, n’ont pas d’autres causes.
76 uiTuiir. i)i: la haltil magie.
Les esprits élémentaires sont comme les enfants : ils tourmentent davantage ceux qui s’occupent d’eux, à moins qu’on ne les domine par une haute raison et une grande sévérité.
Ce sont ces esprits que nous désignons sous le nom d’éléments occultes.
Ce sont eux qui déterminent souvent pour nous les songes inquiétants ou bizarres, ce sont eux qui produisent les mouvements de la baguette divinatoire et les coups frappés contre les murailles ou contre les meubles; mais ils ne peuvent jamais manifester une autre pensée que la nôtre, et si nous ne pensons pas, ils nous parlent avec toute l’incohérence des rêves. Ils reproduisent indifféremment le bien et le mal, parce qu’ils sont sans libre arbitre et par conséquent n’ont point de responsabilité ; ils se montrent aux extatiques et aux somnambules sous des formes incomplètes et fugitives. C’est ce qui a donné lieu aux cauchemars de saint Antoine et très probablement aux visions de Swedenborg ; ils ne sont ni damnés ni coupables, ils sont curieux et innocents. On peut user ou abuser d’eux comme des animaux ou des enfants. Aussi le magiste qui emploie leur concours assume-t-il sur lui une responsabilité terrible, car il devra expier
tout le mal qu’il leur fora faire, et la grandeur de ses tourments sera proportionnée à l’étendue de la puissance qu’il aura exercée par leur entremise.
Pour dominer les esprits élémentaires et devenir ainsi le roi des éléments occultes, il faut avoir subi d’abord les quatre épreuves des anciennes initiations, et, comme ces initiations n’existent plus, y avoir suppléé par des actions analogues, comme de s’exposer sans frayeur dans un incendie, de traverser un gouffre sur un tronc d’arbre ou sur une planche ; d’escalader une montagne à pic pendant un orage j de se tirer à la nage d’une cascade ou d’un tourbillon dangereux. L’homme qui a peur de l’eau ne régnera jamais sur les ondins ; celui qui craint le feu n’a rien à commander aux salamandres ; tant qu’on peut avoir le vertige il faut laisser en paix les sylphes et ne pas irriter les gnomes, car les esprits inférieurs n’obéissent qu’à une puissance qu’on leur prouve en se montrant leur maître jusque dans leur propre élément.
Lorsqu’on a acquis par l’audace et l’exercice cette puissance incontestable, il faut imposer aux éléments le verbe de sa volonté par des consécrations spéciales de l’air,- du feu, de l’eau et de la
terre, et c’est ici le coinmencemeiit indispensable de toutes les opérations inagicpies.
On exorcise l’air en soufflant du côté des quatre points cardinaux et en disant :
Spiritus Dei ferebatur super aquas, et inspiravit in faciera honiinis spiraculuin vitæ. Sit Michael dux meus, et Sabtabiel servus meus, in luce et per lucem.
Fiat verbum halitus meus ; et imperabo spiritibus aeris hujus, et refrænabo equos solis voluntate cordis mei, et cogitatione mentis meæ et nutu oculi d extri.
Exorciso igitur te, creatura aeris, per Pentagrammaton et in nomine Tetragrammaton, in quibus sunt voluntas firma et fides recta. Amen. Sela, fiat. Qu’il en soit ainsi.
Puis on récite l’oraison des sylphes, après avoir tracé en l’air leur signe avec une plume d’aigle.
ORAISON DES SYLPHES.
Esprit de lumière, esprit de sagesse, dont le souffle donne et reprend la forme de toute chose ; toi devant qui la vie des êtres est une ombre qui change et une vapeur qui passe ; toi qui montes
les nuages et qui marches sur l’aile des vents; toi qui respires, et les espaces sans fin sont peuplés; toi qui aspires, et tout ce qui vient de toi retourne à toi : mouvement sans fin dans la stabilité éternelle, sois éternellement béni. Nous te louons et nous te bénissons dans l’empire changeant de la lumière créée, des ombres, des reflets et des images, et nous aspirons sans cesse à ton immuable et impérissable clarté. Laisse pénétrer jusqu’à nous le rayon de ton intelligence et la chaleur de ton amour : alors ce qui est mobile sera fixé, l’ombre sera un corps, l’esprit de l’air sera une âme, le rêve sera une pensée. Et nous ne serons plus emportés par la tempête, mais nous tiendrons la bride des chevaux ailés du matin et nous dirigerons la course des vents du soir pour voler au-devant de toi. O esprit des esprits, ô âme éternelle des âmes, ô souffle impé- rissable de la vie, ô soupir créateur, ô bouche qui aspirez et qui respirez l’existence de tous les êtres dans le flux et le reflux de votre éternelle parole, qui est l’océan divin du mouvement et de la vérité. Amen.
On exorcise l’eau par l’imposition des mains, par le souffle et par la parole en y mêlant le sel con-
RITUEL DE LA. HAUTE MA(Î1E.
sacré avec un peu de cendre qui reste dans la cassolette des parfums. L’aspersoir se fait avec des branches de verveine, de pervenche, do sauge, de menthe, de valériane, de frêne et de basilic, liées par un fil sorti de la quenouille d’une vierge, avec un manche de noisetier qui n’ait pas encore porté de fruits’ et sur lequel vous graverez avec le poin- çon magique les caractères des sept esprits. Vous bénirez et consacrerez séparément le sel et la cendre des parfums en disant :
SUR LE SEL.
In isto sale sit sapientia, et ab omni corruptione servet mentes nostras et corpora nostra, perHochmaël et in virtute Ruach-Hochmaël, recedant ab isto fantasmata hylæ ut sit sal cœlestis, sal terræ et terra salis, ut nutrietur bos triturans et addat spei nostræ cornua tauri volantis. Amen.
SUR LA CENDRE.
Revertatur cinis ad fontem aquarum viventium, et fiat terra fructificaus, et germinet arborem vite per tria nomina, quæ sunt Netsah, Hod et Jesod, in principio et in fine, per Alpha et Oméga qui sunt in spiritu azotii. Amen.
En mêlant l’eau, le sel et la cendre.
In sale sapientiæ æternæ, et in aqua régénérationis, et in cinere germinante terram novain , omnia fiant per Eloïm Gabriel, Raphael^et Uriel, in sæcula et æonas. Amen.
Exorcisme de l’eau.
Fiat firmamentum in medio aquanmi et separet aquas ab aquis, quæ superius sicut quæ inferius , et quæ inferius sicut quæ superius, ad perpetranda miracula rei unius. Sol ejus pater est, luna mater et ventus banc gestavit in utero suo, ascendit a terra ad cœlum et rursus a cœlo in terram descendit. Exorciso te, creatura aquæ, ut sis mihi spéculum Dei vivi in operibus ejus, et fons vitæ, et ablutio peccatonim. Amen.
Oraison des ondins.
Roi terrible de la mer, vous qui tenez les clefs des cataractes du ciel et qui renfermez les eaux souterraines dans les cavernes de la terre ; roi du déluge
8‘2 KiTUEL DE LA HAUTE MAGIE.
et des pluies du printemps; vousqui ouvrez les sources des fleuves et des fontaines; vous qui commandez à l’humidité, qui est comme le sang de la terre, de devenir la sève des plantes, nous vous adorons et nous vous invoquons. Nous, vos mobiles et changeantes créatures, parlez-nous dans les grandes commotions de la mer, et nous tremblerons devant vous; parlez-nous aussi dans le murmure des eaux limpides, et nous désirerons votre amour. O immensité dans laquelle vont se perdre tous les fleuves de l’être, qui renaissent toujours en vous ! O océan de perfections infinies ! hauteur, qui vous mirez dans la profondeur ; profondeur, qui vous exhalez dans la hauteur, amenez-nous à la véritable vie par l’intelligence et par l’amour ! Amenez-nous à l’immortalité par le sacrifice, afin que nous soyons trouvés dignes de vous offrir un jour l’eau, le sang et les larmes, pour la rémission des erreurs. Amen.
On exorcise le feu en y jetant du sel , de l’encens, de la résine blanche, du camphre et du soufre, et en prononçant trois fois les trois noms des génies du feu : Michael, roi du soleil et de la foudre ; Samael, roi des volcans, et Anael, prince de la lumière astrale ; puis en récitant l’oraison des salamandres.
Oraison des salamandres.
Immortel, éternel, ineffable et incréé, père de toutes choses , qui es porté sur le chariot roulant sans cesse des mondes qui tournent toujours; dominateur des immensités éthérées, où est élevé le trône de ta puissance, du haut duquel tes yeux redoutables découvrent tout, et tes belles et saintes oreilles écoutent tout, exauce tes enfants, que tu as aimés dès la naissance des siècles ; car ta dorée et grande et éternelle majesté resplendit au-dessus du monde et du ciel des étoiles; tu es élevé sur elles, ô feu étincelant; là, tu t’allumes et t’entretiens toi-même par ta propre splendeur, et il sort de ton essence des ruisseaux intarissables de lumière qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit infini nourrit toutes choses, et fait ce trésor inépuisable de substance toujours prête pour la génération qui la travaille et qui s’approprie les formes dont tu l’as impré- gnée dès le principe. De cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très saints qui sont autour de ton trône, et qui composent ta cour, ô père universel ! ô unique! ô père des bienheureux mortels et immortels.
Tu as créé eu particulier des puissances qui sont merveilleusement semblables à ton éternelle pensée et à ton essence adorable ; tu les as établies supé- rieures aux anges, qui annoncent au monde tes volontés ; enfin tu nous as créés au troisième rang dans notre empire élémentaire, La, notre continuel exercice est de te louer et d’adorer tes désirs; là, nous brûlons sans cesse en aspirant à te posséder. O père! ô mère, la plus tendre des mères! ô archétype admirable de la maternité et du pur amour ! ô fils, la fleur des fils! ô forme de toutes les formes, âme, esprit, harmonie et nombre de toutes choses! Amen!
On exorcise la terre par l’aspersion de l’eau, par le souffle et par le feu, avec les parfums propres pour chaque jour, et l’on dit l’oraison des gnomes.
Oraison des gnomes.
Roi invisible, qui avez pris la terre pour appui et qui en avez creusé les abîmes pour les remplir de votre toute-puissance ; vous dont le nom fait trembler les voûtes du monde, vous qui faites cou-
LA CONJURATION UliS QUATRE. 85
1er les sept métaux dans les veines de la pierre , monarque des sept lumières, rémunérateur des ouvriers souterrains, amenez-nons à l’air désirable et au royaume de la clarté. Nous veillons et nous travaillons sans relâche, nous cherchons et nous espérons, par les douze pierres de la cité sainte, par les talismans qui sont enfouis, par le clou d’aimant qui traverse le centre du monde. Seigneur, Seigneur, Seigneur, ayez pitié de ceux qui souffrent, élargissez nos poitrines, dégagez et élevez nos têtes, agrandissez-nous. O stabilité et mouvement, 6 jour enveloppé de nuit, ô obcursité voilée de lumière ! ô maître, qui ne retenez jamais par devers vous le salaire de vos travailleurs ! ô blancheur argentine, ô splendeur dorée ! ô couronne de diamants vivants et mélodieux! vous qui portez le ciel à votre doigt comme une bague de saphir, vous qui cachez sous la terre dans le royaume des pierreries la semence merveilleuse des étoiles, vivez, régnez et soyez l’éternel dispensateur des richesses dont vous nous avez fait les gardiens. Amen.
Il faut observer que le royaume spécial des gnomes est au nord, celui des salamandres au midi,
86 RITUliL Dli LA HAUTE MAGIE.
celui des sylphes à l’orient, et celui des ondins k l’occident. Ils influent les quatre tempéraments de l’homme , c’est-à-dire les gnomes sur les mélancoliques, les salamandres sur les sanguins, les ondins sur les flegmatiques et les sylphes sur les bilieux. Leurs signes sont : les hiéroglyphes du taureau pour les gnomes, et on leur commande avec l’épée ; du lion pour les salamandres, et on leur commande avec la baguette fourchue ou le trident magique; de l’aigle pour les sylphes, et on leur commande avec les saints pantacles; enfin du Verseau pour les ondins, et on les évoque avec la coupe des libations. Leurs souverains respectifs sont Gob pour les gnomes, Djîn pour les salamandres, Paralda pour les sylphes, et Nicksa pour les ondins.
Lorsqu’un esprit élémentaire vient tourmenter ou du moins inquiéter les habitants de ce monde, il faut le conjurer par l’air, par l’eau, par le feu et par la terre, en soufflant, en aspergeant, en brûlant des parfums, et en traçant sur la terre l’étoile de Salomon et le pentagramme sacré. Ces figures doivent être parfaitement régulières et faites soit avec les charbons du feu consacré, soit avec un roseau trempé dans diverses couleurs
qu’on mélangera d’aimant pulvérisé. Puis, en tenant à la main le pantacle de Salomon, et prenant tour à tour l’épée, la baguette et la coupe, on prononcera en ces termes et à voix haute la conjuration des quatre ;
Caput mortuum, imperet tibi Dominus per vivum et devotum serpentem.
Cherub, imperet tibi Dominus per Adam Jotchavah ! Aquila errans, imperet tibi Dominus per alas Tauri. Serpens, imperet tibi Dominus tetragrammaton per angelum et leonem!
Michael, Gabriel, Raphaël, Anael!
Fluat üdor per spiritum Eloïm.
Maneat Terra per Adam Iot-Chavah.
Fiat Firmamentum per Iahuvehu-Zebaoth.
Fiat Judicium per igneni in virtute Michael.
Auge aux yeux morts, obéis, ou écoule-toi avec cette eau sainte.
Taureau ailé, travaille, ou retourne à la terre si tu ne veux pas que je t’aiguillonne avec cette épée.
Aigle enchaîné, obéis à ce signe, ou retire-toi devant ce souffle.
Serpent mouvant, rampe à mes pieds, ou sois
KITUliL Dli ],A HAUTli MAGIE.
loiirineiité pear le fou sacré et évapore-toi avec les parfums que j’y brûle.
Que l’eau retourne à l’eau; que le feu brûle; que l’air circule ; que la terre tombe sur la terre par la vertu du pentagramme, qui est l’étoile du matin, et au nom du tétragramme qui est écrit au centre de la croix de lumière. Amen.
Le signe de la croix adopté par les chrétiens ne leur appartient pas exclusivement. Il est aussi cabalistique, et représente les oppositions et l’équilibre quaternaire des éléments. Nous voyons par le verset occulte du Pater que nous avons signalé dans notre Dogme qu’il y avait primitivement deux manières de le faire, ou du moins deux formules bien différentes pour le caractériser : l’une réservée aux prêtres et aux initiés ; l’autre accordée aux néophytes et aux profanes. Ainsi, par exemple, l’initié, en portant la main à son front, disait :
A toi; puis il ajoutait: appartiennent; et continuait en portant la main à sa poitrine : le royaume; puis à l’épaule gauche, la justice; à l’épaule droite, et la miséricorde. Puis on joignait les deux mains en ajoutant’ : dans les cycles générateurs. Tibi sunt Malchut et Geburah et Ghesed per æonas. ^ — Signe de croix absolument et magnifiquement
I
IA CONJURATION ÜUS QUATRE. 89
cabalistique, que les profanations du gnosticisme ont fait perdre complètement à l’Église militante et oflicielle.
Ce signe fait de cette manière doit précéder et terminer la conjuration des quatre.
Pour dompter et asservir les esprits élémentaires, il ne faut jamais s’abandonner aux défauts qui les caractérisent. Ainsi jamais un esprit léger et capricieux ne gouvernera les sylphes. Jamais une nature molle, froide et changeante ne sera maîtresse des ondins ; la colère irrite les salamandres, et la grossièreté cupide rend ceux qu’elle asservit les jouets des gnomes.
Mais il faut être prompt et actif comme les sylphes, flexible et attentif aux images comme les ondins, énergique et fort comme les salamandres, laborieux et patient comme les gnomes; en un mot, il faut les vaincre dans leur force sans jamais se laisser asservir à leurs faiblesses. Lorsqu’on sera bien affermi dans cette disposition, le monde entier sera au service du sage opérateur. Il passera pendant l’orage, et la pluie ne touchera pas sa tête ; le vent ne dérangera pas même un pli de son vêtement; il traversera le feu sans être brûlé; il marchera sur l’eau, et il verra les diamants à travers
RITUEL DE IA HAUTE MAGIE.
l’épaisseur de la terre. Ces promesses, qui peuvent sembler hyperboliques, ne le sont que dans l’inintelligence du vulgaire ; car, si le sage ne fait pas matériellement et précisément les choses que ces paroles expriment, il en fera de bien plus grandes et de plus admirables. Cependant il est indubitable qu’on peut par la volonté diriger les éléments dans une certaine mesure, et en changer ou en arrêter réellement les effets.
Pourquoi, par exemple, s’il est constaté que des personnes, dans l’état d’extase, perdent momentanément leur pesanteur, ne pourrait-on pas marcher ou glisser sur l’eau? Les convulsionnaires de Saint-Médard ne sentaient ni le feu ni le fer, et sollicitaient comme des secours les coups les plus violents et les tortures les plus incroyables. Les étranges ascensions et l’équilibre prodigieux de certains somnambules ne sont-ils pas une révélation de ces forces cachées de la nature? Mais nous vivons dans un siècle où l’on n’a pas le courage d’avouer les miracles dont on est témoin, et si quelqu’un vient dire : J’ai vu ou j’ai fait moi-même les choses que je vous raconte, on lui dira : Vous voulez vous amuser à nos dépens, ou. vous êtes malade. Il vaut mieux se taire et agir.
LA CONJURATION DUS QUATRE.
L(‘s métaux qui correspondent aux quatre formes élémentaires sont l’or et l’argent pour l’air, le mercure pour l’eau, le fer et le cuivre pour le feu, et le plomb pour la terre. On en compose des talismans relatifs aux forces qu’ils représentent et aux effets qu’on se propose d’en obtenir.
La divination par les quatre formes élémentaires, qu’on nomme aéromancie, hydromancie, pyromancie et géomancie, se^ fait de diverses manières, qui toutes dépendent de la volonté et du translucide ou imagination de l’opérateur.
En effet, les quatre éléments ne sont que des instruments pour aider la seconde vue.
La seconde vue est la faculté de voir dans la lumière astrale.
Cette seconde vue est naturelle comme la première vue ou vue sensible et ordinaire; mais elle ne peut s’opérer que par l’abstraction des sens.
Les somnambules et les extatiques jouissent naturellement de la seconde vue ; mais pelte vue est plus lucide quand l’abstraction est plus complète.
L’abstraction se produit par l’ivresse astrale, c’est-à-dire par une surabondance de lumière qui
sature complètement et rend par conséquent inerte l’instrument nerveux.
Les tempéraments sanguins sont plus disposés à raéromancie,les bilieux à la pyroraancie, les pituiteux à l’hydromancie, et les mélancoliques à la géomancie.
L’aéromancie se confirme par l’onéiromancie ou divination par les songes ; on supplée à la pyromancie par le magnétisme, à l’hydromanciepar la cristallomancie, et à la géomancie par la cartomancie. Ce sont des transpositions et des perfectionnements de méthodes.
Mais la divination, de quelque 'manière qu’on puisse l’opérer, est dangereuse, ou tout au moins inutile, car elle décourage la volonté, entrave, par conséquent, la liberté, et fatigue le système
nerveux.
LE l'ENTAGRAMME FLAMROYANT.
CHAPITRE V.
LE PENTAGRAMME FLAMBOYANT.
Nous arrivons à l’explication et à la consécration du saint et mystérieux pentagramme.
Ici. que l’ignorant et que le superstitieux ferment le livre : ils n’y verront que ténèbres, ou seront scandalisés.
Le pentagramme, qu’on appelle dans les écoles gnostiques l’étoile flamboyante, est le signe de la toute-puissance et de l’autocratie intellectuelles.
C’est l’étoile des mages; c’est le signe du Verbe fait chair; et, suivant la direction de ses rayons, ce symbole absolu en magie représente le bien ou le mal, l’ordre ou le désordre, l’agneau béni d’Ormuz et de saint Jean ou le bouc maudit de Mendès.
C’est l’initiation ou la profanation; c’est Lucifer ou Vesper, l’étoile du matin ou du soir.
C’est Marie ou Lilith ; c’est la victoire ou la mort; c’est la lumière ou la nuit.
Le pentagramme élevant en l’air deux «le ses
pointes représente Satan on le bouc du sabbat, et il représente le Sauveur lorsqu’il élève en l’air un seul de ses rayons.
Le pentagramme est la figure du corps humain avec quatre membres et une pointe unique qui doit représenter la tète.
Une figure humaine la tête en bas représente naturellement un démon, c’est-à-dire la subversion intellectuelle, le désordre ou la folie.
Or, si la magie est une réalité, si cette science occulte est la loi véritable des trois mondes, ce signe absolu, ce signe ancien comme l’histoire et plus que l’histoire, doit exercer et exerce en effet une influence incalculable sur les esprits dégagés de leur enveloppe matérielle.
Le signe du pentagramme s’appelle aussi le signe du microcosme, et il représente ce que les cabalistes du livre de Sohar appellent le microprosope.
L’intelligence complète du pentagramme est la clef des deux mondes. C’est la philosophie et la science naturelle absolues.
Le signe du pentagramme doit se composer des sept métaux, ou du moins être tracé en or pur sur du marbre blanc.
On peut aussi le dessiner avec du vermillon sur
LE PENTAGRAMME FLAMBOYANT. 95
une peau d’agneau sans défauts et sans taches, symbole d’intégrité et de lumière.
Le marbre doit être vierge, c’est-à-dire n’avoir jamais servi à d’autres usages; la peau d’agneau doit être préparée sous les auspices du soleil.
L’agneau doit avoir été égorgé au temps de Pâques avec un couteau neuf, et la peau doit avoir été salée avec le sel consacré par les opérations magiques.
La négligence d’une seule de ces cérémonies difficiles et arbitraires en apparence fait avorter tout le succès des grandes œuvres de la science.
On consacre le pentagramme avec les quatre élé- ments ; on souffle cinq fois sur la figure magique ; on l’asperge avec l’eau consacrée; on la sèche à la fumée des cinq parfums, qui sont l’encens, la myrrhe, l’aloès, Iq soufre et le camphre, auxquels on peut joindre un peu de résine blanche et d’ambre gris ; on souffle cinq fois, en prononçant les noms des cinq génies, qui sont Gabriel, Raphaël, Anael, Samael et Oriphiel ; puis on pose alternativement le pautacle sur la terre au nord, au midi, à l’orient, à l’occident et au centre de la croix astronomique, et l’on prononce l’une après l’autre les lettres du tétragrarnrne sacré ; puis on dit tout bas les noms
bénis de l’Aleph et duThau mystérieux réunis dans le nom cabalistique d’AzoTii.
Le pentagrarnme doit être placé sur l’autel des parfums et sous le trépied des évocations. L’opé- rateur doit aussi en porter sur lui la figure avec celle du macrocosme, c’est-à-dire de l’étoile à six rayons, composée de deux triangles croisés et superposés.
Lorsqu’on évoque un esprit de lumière, il faut tourner la tête de l’étoile, c’est-à-dire une de ses pointes, vers le trépied de l’évocation et les deux pointes inférieures du côté de l’autel des parfums. C’est le contraire s’il s’agit d’un esprit de ténèbres ; mais il faut alors que l’opérateur ait soin de tenir le bout de la baguette ou la pointe de l’épée sur la tête du pentagrarnme.
Nous avons déjà dit que les signas sont le verbe actif de la volonté. Or la volonté doit donner son verbe complet pour le transformer en action ; et une seule négligence, représentant une parole oiseuse ou un doute, frappe toute l’opération de mensonge et d’impuissance, et retourne contre l’opérateur toutes les forces dépensées én vain.
11 faut donc s’abstenir absolument des cérémo-
LE FENTAGRAiMME FLAMBOYANT.
nies magiques, on les accomplir scrupuleusement et exactement toutes!
Le peiitagramme tracé en lignes lumineuses sur du verre au moyen de la machine électrique exerce aussi une grande influence sur les esprits et terrifie les fantômes.
Les anciens magiciens traçaient le signe du pentagramme sur le seuil de leur porte pour empê- cher les mauvais esprits d’entrer et empêcher les bons de sortir. Cette contrainte résultait de la direction des rayons de l’étoile. Deux pointes en dehors repoussaient les mauvais esprits, deux pointes en dedans les retenaient prisonniers ; une seule pointe en dedans captivait les bons esprits.
Toutes ces théories magiques, basées sur le dogme unique d’Hermès et sur les inductions analogiques de la science, ont toujours été confirmées par les visions des extatiques et par les convulsions des cataleptiques se disant possédés des esprits.
Le G que les francs-maçons placent au milieu de l’étoile flamboyante signifie gnose et génération, les deux mots sacrés de l’ancienne Kabbale. 11 veut dire aussi grand architecte, car le penta-
gramme, de quelque côté qu’on le regarde, repré-
sente un A.
lUTÜliL DE LA HAUTE MAGIE.
Eli 1(3 clisposaul de imuiière que deux de ses pointes soient en haut et une seule pointe en bas , 011 peut y voir les cornes, les oreilles et la barbe du bouc hiératique de Meiid(3s, et il devient le signe des évocations infernales.
L’étoile allégorique des mages n’est autre chose que le mystérieux pentagramme; et ces trois rois, enfants de Zoroastre , conduits par l’étoile flamboyante au berceau du Dieu microcosmique, suffiraient pour prouver les origines toutes cabalistiques et véritablement magiques du dogme chrétien. Un de ces rois est blanc , l’autre est noir, et le troisième est brun. Le blanc offre de l’or, symbole de vie et de lumière ; le noir de la myrrhe, image de la mort et de la nuit ; le brun présente l’encens, emblème de la divinité du dogme conciliateur des deux principes ; puis ils retournent dans leur paj^s par un autre chemin, pour montrer qu’un culte nouveau n’est qu’une nouvelle route pour conduire l’humanité à la religion unique, celle du ternaire sacré et du rayonnant pentagramme, le seul cMholicisme éternel.
Dans l’Apocalypse, saint Jean voit celle même
étoile tomber du ciel sur la terre. Elle se nomme
alors absynthe ou amertume, et toutes les eaux
LE PENTÀGRAMME FLAMBOYANT. 99
deviennent amères. C'est une image saisissante de la matérialisation du dogme, qui produit le fanatisme et les amertumes de la controverse. C’est au christianisme lui-même qu’on peut alors adresser - cette parole d’Isaïe : Comment es-tu tombée du ciel, étoile brillante, qui étais si splendide à ton matin ?
Mais le pentagramme, profané par les hommes, brille toujours sans ombre dans la main droite du
Verbe de vérité, et la voix inspiratrice promet à celui qui vaincra de le remettre en possession de l’étoile du matin: réhabilitation solennelle promise à l’astre de Lucifer.
Comme on le voit, tous les mystères de la magie, tous les symboles de la gnose, toutes les figures de l’occultisme, toutes les clefs cabalistiques de la prophétie, se résument dans le signe du pentagramme, que Paracelse proclame le plus grand et. le plus puissant de tous les signes.
Faut-il s’étonner après cela de la confiance des magistes et de l’influence réelle exercée par ce signe sur les esprits de toutes les hiérarchies ? Ceux qui méconnaissent le signe de la croix tremblent à l’aspect de l’étoile du microcosme* Le mage, au contraire, lorsqu’il sent sa volonté faiblir, porte
100 lUTUHI. Dli I>.\ llAü'Ui MAGIE.
les yeux vers le symbole, le prend dans la main droite, et se sent armé de la toute-puissance intellectuelle, pourvu qu’il soit vraiment un roi digne d’être conduit par l’étoile au berceau de la réalisation divine; pourvu qu’il sac/ie, qu’il o^e, (\ui\ veuille et qu’il se taise ; pourvu qu’il connaisse les usages du pentacle, de la coupe, de la baguette et de Té- pée; pourvu enfin que les regards intrépides de son âme correspondent à ces deux yeux que la pointe supérieure de notre pentagramme lui pré- sente toujours ouverts.
CHAPITUE VI.
Nous avons dit que pour acquérir la puissance magique il faut deux choses: dégager la volonté de toute servitude et l’exercer à la domination.
T
La volonté souveraine est représentée dans nos symboles par la femme qui écrase la tête du serpent, et par l’ange radieux qui réprime et contient le dragon sous son pied et sous sa lance.
Déclarons ici sans détours que le grand agent magique , le double courant de . lumière, le^ feu vivant et astral de la terre, a été figuré par le serpent à tête de taureau, de bouc ou de chien, dans les anciennes théogonies. C’est le double serpent du caducée, c’est l’ancien serpent de la Genèse ; mais c’est aussi le serpent d’airain de Moïse, entrelacé autour du tau, c’est-fà-diredu lingam générateur; c’est aussi le bouc du sabbat et le Baphomet des templiers ; c’est l’Hylé desGnosl iques; c’est la double queue du serpent qui forme les jambes du coq solaire des Abraxas; c’est enfin le diable de M. Eudes de Mir-
ville, et c’est réellement la force aveugle que les âmes ont à vaincre pour s’affrancliir des chaînes de la terre; car, si leur volonté ne les détache pas de cette aimantation fatale, elles seront absorbées dans le courant par la force qui les a produites, et retourneront au feu central et éternel .
Toute l’œuvre magique consiste donc à se dégager des replis de l’ancien serpent, puis à lui mettre le pied sur la tête et à le conduire où l’on voudra. Je te donnerai, dit-il dans le mythe évangélique, tous les royaumes de la terre si tu tombes et si tu m’adores. L’initié doit lui répondre : Je ne tomberai pas, et tu ramperas à mes pieds; tu ne me donneras rien, mais je me servirai de toi et je prendrai ceque je voudrai : car je suis ton seigneur et maî- tre ! Réponse qui est comprise, mais voilée, dans celle que lui fait le Sauveur.
Nous avons déjà dit que le diable n’est pas une personne. C’est une force dévoyée, comme son nom l’indique d’ailleurs. Un courant odique ou magnétique, formé par une chaîne de volontés perverses, constitue ce mauvais esprit, que l’évangile appelle légion, et qui précipite les pourceaux dans la mer : nouvelle allégorie de l’entraînement des êtres bassement instinctifs par les forces aveu-
La Lampe, la Baguette, l’Épée et la Serpe (page 103)
gles que peuvent mettre en mouvement la mauvaise volonté et T erreur.
On peut comparer ce symbole à celui des compagnons d’Ulysse changés en pourceaux par la magicienne Circé.
Or, voyez ce que fait Ulysse pour se préserver Ini-môme et délivrer ses compagnons : il refuse la coupe de l’enchanteresse et lui commande avec l’épée. Circé, c’est la nature avec toutes ses voluptés et ses attraits ; pour jouir d’elle il faut la vaincre : tel est le sens de la fable homérique, car les poëmes d’Homère, véritables livres sacrés de l’ancienne Hellénie, contiennent tous les mystères des hautes initiations de l’Orient.
Le medium naturel, c’est donc le serpent, toujours actif et séducteur, des volontés pai'esseuses, auquel il faut toujours résister en le domptant.
Un mage amoureux, un mage gourmand, un mage en colère, un mage paresseux, sont des monstruosités impossibles. Le mage pense et veut ; il n’aime rien avec désir, il ne repousse rien avec passion : le mot passion représente un état passif, et le mage est toujours actif et victorieux. Le plus difficile dans les hautes sciences, c’est d’en arri-
RITUEL DE I.A HAUTE MAGIE,
âoli
ver il cetlc réalisation ; aussi, (juand le mage s’est créé lui-même, le grand œuvre est-il accompli, du moins dans son instrument et dans sa cause.
Le grand agent ou médiateur naturel de la toutepuissance humaine ne peut être asservi et dirigé que par un médiateur exlra-naturel, qui est une volonté affranchie. Archimède demandait un point d’appui hors du monde pour soulever le monde. Le point d’appui du mage, c’est la pierre cubique intellectuelle, la pierre philosophale d’Azoth, c’est- à-dire le dogme de l’absolue raison et des harmonies universelles par la sympathie des contraires.
Un de nos écrivains les plus féconds et les moins fixés^ dans leurs idées, M. Eugène Sue, a bâti toute une épopée romanesque sur une invididualité qu’il s’efforce de rendre odieuse et qui devient intéressante malgré lui, tant il lui accorde de puissance, de patience, d’audace, d’intelligence et de génie! Il s’agit d’une espèce de Sixte-Quint, pauvre, sobre, sans colère, qui tient le monde entier enlacé dans le réseau de ses combinaisons savantes.
Cet homme excite à sa volonté les passions de
Lli MÉDIUM ET LE MÉDIATEUR.
ses adversaires, les détruit les unes jiar les autres, arrive toujours où il veut arriver, et cela sans bruit, sans éclat, sans charlatanisme. Son but, c’est de délivrer le monde d’une société que l’auteur du livre croit dangereuse et perverse, et pour cela rien ne lui coûte: il est mal logé, mal vêtu, nourri comme le dernier des pauvres, mais toujours attentif à son œuvre. L’auteur, pour rester dans son intention, le représente pauvre, sale, hideux, dégoûtant à toucher, horrible à voir. Mais, si cet extérieur môme est un moyen de déguiser l’action et d’arriver plus sûrement, n’estce pas la preuve d’un courage sublime?
Quand Rodin sera pape, pensez-vous qu’il sera encore mal vêtu et crasseux? M. Eugène Sue a donc manqué son but; il veut flétrir le fanatisme et la superstition, et il s’attaque à l’intelligence, à la force, au génie, à toutes les grandes vertus humaines! S’il y avait beaucoup de Rodins chez les jésuites, s’il y en avait même un seul, je ne donnerais pas grand’chose de la succession du parti contraire, malgré les brillants et maladroits plaidoyers de ses illustres avocats.
Vouloir bien, vouloir longtemps, vouloir toujours, mais ne jamais rien convoiter, tel est le
secret de la force; et c’est cet arcaiie magique que le Tasse mèt en action dans la personne des deux chevaliers qui viennent délivrer Renaud et détruire les enchantements d’Arrnide. Ils résistent aussi bien aux nymphes les plus charmantes qu’aux animaux féroces les plus terribles ; ils restent sans désirs et sans crainte, et ils arrivent à leur but.
Il résulte de ceci qu’un vrai magicien est plus redoutable qu’il ne peut être aimable. Je n’en disconviens pas, et, tout en reconnaissant combien sont douces les séductions de la vie, tout en rendant justice au génie gracieux d’Anacréon et à toute l’efflorescence juvénile de la poésie des amours, j’invite sérieusement les estimables amis du plaisir à ne considérer les hautes sciences que comme un objet de curiosité, mais à ne s’approcher jamais du trépied magique : les grandes œuvres de la science sont mortelles à la volupté.
L’homme qui s’est délivré de la chaîne des instincts s’apercevra d’abord de sa toute-puissance par la soumission des animaux. L’histoire de Daniel dans la fosse aux lions n’est pas une fable, et plus d’une fois, pendant les persécutions du christianisme naissant, ce phénomène se renouvela en
présence de tout le peuple romain. Rarement nu homme a quelque chose à craindre d’un animal dont il n’a pas peur. Les balles de Gérard, le tueur de lions, sont magiques et intelligentes. Une fois seulement il courut un véritable danger : il avait laissé venir avec lui un compagnon qui eut peur, et alors, regardant cet imprudent comme perdu d’avance, il eut peur aussi, lui, mais pour son camarade.
Beaucoup de personnes diront qu’il est difficile et môme impossible d’arriver à une résolution pareille, que la force de volonté et l’énergie de caractère sont des dons de la nature, etc. Je n’en disconviens pas, mais je reconnais aussi que l’habitude peut refaire la nature ; la volonté peut être perfectionnée par l’éducation, et, comme je l’ai dit, tout le cérémonial magique, semblable en cela au cérémonial religieux, n’a pour but que d’éprouver, d’exercer et d’habituer ainsi la volonté à la persévérance et à la force. Plus les pratiques sont difficiles et assujettissantes, plus elles ont d’effet: on doit maintenant le comprendre.
S’il a été jusqu’à présent impo.ssible de diriger les phénomènes du magnétisme, c’est qu’il ne s’est pas encore trouvé de magnétiseur initié et vérita-
108 IIITUEI, DR LA HAUTR MAGIE.
blomeiit afTraiichi. Qui peut on dîet sc ilaltor d(‘ rèlre? et n’avoiis-iious pas toujours à faire de uouveaux efforts sur nous-mônies? 11 est toutefois certain que la nature obéira au signe et à la parole de celui qui se sentira assez fort pour ne pas douter. Je dis que la nature obéira, je ne dis pas qu’elle se démentira ou qu’elle troublera l’ordre de ses possibilités. Les guérisons des maladies nerveuses par une parole, un souffle ou un contact; les résurrections dans certains cas; la résistance aux volontés mauvaises capable de désarmer et de renverser des meurtriers; la faculté même de se rendre invisible en troublant la vue de ceux auxquels il est important d’échapper: tout cela est un effet naturel de la projection ou du retrait de la lumière astrale. C’est ainsique Valens fut frappé d’éblouissement, de terreur, en entrant dans le temple de Césarée, comme autrefois Héliodore, foudroyé par une démence subite dans le temple de Jérusalem, s’était cru fouetté et foulé au pieds par des anges. C’est ainsi que l’amiral de Coligny imposa le respect à ses assassins, et ne put être tué que par un homme furieux qui se jeta sur lui en détournant la tête. Ce qui rendait Jeanne d’Arc toujours victorieuse, c’était le prestige de sa foi et le mer-
LE MÉDIUM ET LE MÉDIATEUK. 109
veilleux de son audace: elle paralysait les bras (pii voulaient la frapper, et les Anglais ont pu sérieusement la croire magicienne ou sorcière. Elle était en effet magicienne sans le savoir, car elle croyait elle-inôme agir surnaturellement , tandis qu’elle disposait d’une force occulte, universelle et toujours soumise aux mêmes lois.
Le magiste magnétiseur^doit commander au medium naturel, et par conséquent au corps astral qui fait communiquer notre âme avec nos organes; il peut dire au corps matériel : Dormez! et au corps sidéral : Rêvez ! Alors les choses visibles changentd’aspect, comme danslesvisionsdu hatschieb. Cagliostro possédait, dit-on, cette puissance, et en aidait l’action par des fumigations et des parfums; mais la vraie puissance magnétique doit se passer de ces auxiliaires plus ou moins vénéneux pour la raison et nuisibles à la santé. M. Ragon, dans son savant ouvrage sur la maçonnerie occulte, donne la recette d’une série de médicaments propres à exalter le .somnambulisme. C’est une connaissance qui n’est sans doute pas à rejeter, mais dont les magistes prudents doivent bien se garder de faire usage.
La lumière astrale se projette par le regard, par
RITUlîL DK LA HAUTE MAGIE,
voix, par les pouces et la paume des mai
isimip, pst lin niii<ï«:ant nnvilinivA fin ]<a vniv
musique est
mains. La
la est venu le mot di enchantement. Nul instrument de musique n’est plus enchanteur que la voix humaine, mais les sons lointains du violon ou de l’harmonica peuvent en augmenter la puissance. On prépare ainsi le sujet qu’on veut soumettre; puis, quand il est à demi assoupi et comme enveloppé de ce charme, on étend la main vers lui et on lui commande de dormir ou de voir, et il obéit malgré lui. S’il résistait, il faudrait, en le regardant fixement, poser un pouce sur son front entre les yeux, et l’autre pouce sur sa poitrine , en le touchant légè- rement d’un seul et rapide contact ; puis aspirer lentement, respirer doucement un souffle chaud, et lui répéter à voix basse: Dormez ou Voyez.
A
LE SEPTÊNAIUE DES TALISMANS.
CHAPITRE VIL
Les cérémonies, les vêtements, les parfums, les caractères et les figures étant, comme nous l’avons dit , nécessaires pour employer l’imagination à l’éducation de la volonté, le succès des œuvres magiques dépend de la fidèle observation de tous les rites. Ces rites, comme nous l’avons dit, n’ont rien de fantastique ni d’arbitraire ; ils nous ont été trmismis par l’antiquité, et subsistent toujours par les lois essentielles de la réalisation analogique et du rapport qui existe nécessairement entre les idées et les formes. Après avoir passé plusieurs années à consulter et à comparer tous les grimoires et tous les rituels magiques les plus authentiques, nous sommes parvenu, non sans travail, à reconstituer le cérémonial de la magie universelle et primitive; Les seuls livres sérieux que nous ayons vus sur ce sujet sont manuscrits, et tracés en caractères de convention, que nous avons déchiffrés à l’aide de la polygraphie de Trithème ; d’autres sont tout entiers
lUTlJEL Diî LA llAUTIi MAGlli.
dans les hiéroglyphes et les syniholes dijnt ils sont ornés, et déguisent la vérité de leurs images sons les fictions superstitieuses d’un texte mystificateur. Tel est , par exemple , V Enchiridion du pape Léonin, qui n’a jamais été imprimé avec ses vraies figures, et que nous avons refait pour notre usage particulier d’après un ancien manuscrit.
Les rituels connus sous le nom de Clavicules de Salomon sont en grand nombre. Plusieurs ont été imprimés, d’autres sont restés manuscrits et ont été copiés avec un grand soin. Il en existe un bel exemplaire, fortélégament calligraphié, à la Bibliothèque impériale ; il est orné des pentacles et de caractères qui se retrouvent, pour la plupart, dans les calendriers magiques de Tycho-Brahé et de Duchenteau. Il existe enfin des clavicules et des grimoires imprimés qui sont des mystifications et des spéculations honteuses de basse librairie. Le livre si connu et si décrié de nos pères sous le nom du Petit Albert appartient par tout un côté de sa rédaction à cette dernière catégorie; il n’a de sérieux que quelques calculs empruntés à Paracelse et quelques figures de talismans.
Lorsqu’il s’agit de réalisation et de rituel, Paracelse est, en magie, une imposante autorité. Per-
lÆ SEPTÉNA1RI-: DKS TALISMANS.
sonne n'ci accompli de plus grandes œuvres que les siennes, et pour cela même il cache la puissance des cérémonies, et enseigne seulement dans la philosophie occulte l’existence de l’agent magnétique de la toute-puissance de la volonté ; il résume aussi toute la science des caractères en deux signes, qui sont les étoiles macro Qi microcosmiques. C'éidÀi assez dire pour les adeptes, et il importait de ne pas initier le vulgaire. Paracelse donc n’enseignait pas le rituel, mais il pratiquait, ej. sa pratique était une suite de miracles.
Nous avons dit quelle importance ont en magie le ternaire et le quaternaire. De leur réunion se compose le grand nombre religieux et cabalistique qui représente la synthèse universelle et qui constitue le septénaire sacré.
Le monde, à ce que croyaient les anciens, est gouverné par sept causes secondes, comme les appelle Trithème, secundæi, et ce sont les forces universelles désignées par Moïse sous le nom pluriel d’Eloïm, les dieux. Ces forces, analogues et contraires les unes aux autres , produisent l’équilibre par leurs contrastes et règlent le mouvement des sphères. Les Hébreux les appellent les sept grands archanges, et leur donnent les noms de Michael,
I I/j lUTUtJ. Dli LA IIAIJTL MAGlL.
Gabriel, lîapliael, Aiiael, Saiiiael, Zadkiel et Oi'ipliiel. Les gnosLiqiics chrétiens noiimient les (iuaire derniers Uriel, Baracliiel, Sealtiel et Jéhudiel. Les autres peuples ont attribué à ces esprits le gouvernement des sept planètes principales, et leur ont donné les noms de leurs grandes divinités. Tous ont cru à leur influence relative, et l’astronomie leur a partagé le ciel antique et leur a attribué successivement le gouvernement des sept jours de la semaine.
Telle est la raison des diverses cérémonies de la semaine magique et du culte septénaire des planètes. ^
Nous avons déjà observé que les planètes, ici, sont des signes, et pas autre chose ; elles ont l’influence que la foi universelle leur attribue, parce qu’elles sont plus réellement encore des astres de l’esprit humain que des étoiles du ciel.
Le soleil, que la magie antique a toujours regardé comme fixe, ne pouvait être une planète que pour le vulgaire; aussi représente-t-il dans la semaine le jour du repos, que nous appelons, on ne sait pourquoi, dimanche, et que les anciens nommaient le jour du soleil
Les sept planètes magiques correspondent aux
sept couleurs du prisme et aux sept notes de l’octave musical ; elles représentent aussi les sept vertus, et, par opposition, les sept vices, de la morale chré- tienne.
Les sept sacrements se rapportent également à ce grand septénaire universel. Le baptême, qui consacre l’élément de reau, se rapporte à la lune; la pénitence rigoureuse est sous les auspices de Samael, l’ange de Mars; la confirmation, qui donne l’esprit d’intelligence et compiunique au vrai croyant le don des langues , est sous les auspices de Raphaël, l’ange de Mercure ; l’eucharistie substitue la réalisation sacramentelle de Dieu fait homme à l’empire de Jupiter ; le mariage est consacré par l’ange Anael, le génie purificateur de Vénus; l’extrême-onction est la sauvegarde des malades prêts à tomber sous la faux de Saturne, et l’ordre, qui consacre le sacerdoce de lumière, est plus spécialement marqué des caractères du soleil. Presque toutes ces analogies ont été remarquées par le savant Dupuis, qui en a conclu à la fausseté de toutes les religions, au lieu de reconnaître la sainteté et la perpétuité d’un dogme unique, toujours reproduit dans le symbolisme universel des formes religieuses successives. 11 n’a pas compris la révé-
IIG lUTUEI. DE JA HAUTE .MAGIE,
lalioii permanente transmise au génie de rhomme par les harmonies de la nature, et n’a vu qu’une série d’erreurs dans cette chaîne d’images ingé- nieuses et d’éternelles vérités.
Les œuvres magiques sont aussi .au nombre de sept : 1° œuvres de lumière et richesse, sous les auspices du soleil ; 2° œuvres de divination et de mystères, sous l’invocation de la lune ; 3" œuvres d’habileté, de science et d’éloquence, sous la protection de Mercure ; œmvres de colère et de châ- timent, consacrées à Mars; 5° œuvres d’amour, favorisées par Yénus ; 6° œuvres d’ambition et de politique, sous les auspices de Jupiter; 1° œuvres de malédiction et de mort, sous le patronage de Saturne. En symbolisme théologique, le soleil repré- sente le verbe de vérité ; la lune représente la religion elle-même; Mercure, l’interprétation et la science des mystères; Mars, la justice; Vénus, la miséricorde et l’amour; Jupiter, le Sauveur ressuscité et glorieux ; Saturne, Dieu le père, ou le Jéhova de Moïse, Dans le corps humain, le soleil est analogue au cœur, la lune au cerveau, Jupiter à la main droite, Saturne cà la main gauche. Mars au pied gauche et Vénus au pied droit, Mercure aux parties sexuelles, ce qui a fait représenter parfois
le génie de cette planète sous une figure androgyne.
Dans la face humaine, le soleil domine le front, Jupiter l’œil droit, Saturne l’œil gauche; la lune règne entre les deux yeux, à la racine du nez, dont Mars et Vénus gouvernent les deux ailes ; Mercure enfin exercé son influence sur la bouche et sur le menton. (Ces notions formaient chez les anciens la science occulte de la physionomie, retrouvée imparfaitement depuis par Lavater.
Le mage qui veut procéder aux œuvres de lumière doit opérer le dimanche, de minuit à huit heures du matin, ou de trois heures de l’après-midi jusqu’à dix heures du soir. Il sera revêtu d’une robe de pourpre, avec une tiare et des bracelets d’or. L’autel des parfums et le trépied du feu sacré seront entourés de guirlandes de laurier, d’héliotropes et tournesols ; les parfums seront le cinname, l’encens mâle, le safran et le sandal rouge; l’anneau sera d’or, avec une chrysolithe ou un rubis ; les tapis seront des peaux de lions ; les éventails seront de plumes d’épervier.
Le lundi on portera une robe blanche lamée d’argent, avec un triple collier de perles, de cristaux et de sélénites ; la tiare sera couverte de soie
jaune, avec des caractères d’argent formant en liébren le monogramme de Gabriel, tels qu’on les trouve dans la philosophie occulte d’ Agrippa; les parfums seront le sandal blanc, le camphre, l’ambre, l’aloès et la semence de concombre pulvérisée ; les guirlandes seront d’armoise, de sélénotropes et de renoncules jaunes. On évitera les tentures, les vêtements ou les objets de couleur noire , et l’on n’aura sur soi aucun autre métal que l’argent.
Le mardi, jour des opérations de colère, la robe sera couleur de feu, ou de rouille, ou de sang, avec une ceinture et des bracelets d’acier ; la tiare sera cerclée de fer, et l’on ne se servira pas de la baguette, mais seulement du stylet magique etde l’épée; les guirlandes seront d’absinthe et de rue, et l’on aura au doigt une bague d’acier avec une améthyste pour pierre précieuse.
Le mercredi, jour favorable à la haute science, la robe sera verte ou d’une étoffe à reflets et de différentes couleurs : le collier sera de perles en verre creux contenant du mercure ; les parfums seront le benjoin, le macis et le storax; les fleurs, le narcisse, le lys, la mercuriale, la fumeterre etla marjolaine ; la pierre précieuse sera l’agate.
Le jeudi, jour des grandes œuvres religieuses et
politi([iios, la robe sera d’écarlate, et l’on aura sur le front une lame d’étain avec le caractère de l’esprit de Jupiter et ces trois mots : Giarar, Bétiior, Samgabiel ; les parfums seront l’encens, l’ambre gris, le baume, la graine de paradis, le macis et le safran ; l’anneau sera orné d’une émeraude ou d’un saphir; les guirlandes et les couronnes seront de chêne, de peuplier, de figuier et de grenadier.
Le vendredi, jour des opérations amoureuses, la robe sera d’un bleu azuré; les tentures seront ver-
tes et roses, les ornements de cuivre poli; les couronnes seront de violettes ; les guirlandes, de roses, de myrte et d’olivier ; l’anneau sera orné d’une turquoise; le lapis-lazuli et le béryl serviront pour la tiare et les agrafes ; les éventails seront de plumes de cygne, et l’opérateur aura sur la poitrine un talisman de cuivre avec le caractère d’Ânael et ces paroles: Aveeva Vadelilith.
Le samedi, jour des œuvres funèbres, la robe sera noire ou brune, avec des caractères brodés en soie de couleur orangée; on portera au cou une médaille de plomb avec le caractère de Saturne et ces paroles : Almalec, Aphiel, Zarahiel ; les parfums seront le diagridium, la scamrnonée, l’alun, le soufre et Tassa fœtida; la bagne aura une
l'2() RITUliL DIÎ LA HAUTE MAGIE.
pierre d’onyx; les guirlandes seront de trône, de cyprès et d’ellébore noir; sur l’onyx de la bague on gravera avec le poinçon consacré et aux heures de Saturne une double tôte de Janus.
Telles sont les antiques magnificences du culte secret des mages. C’est avec un semblable appareil que les grands magiciens du moyen âge procé- daient à la consécration quotidienne des pentacles et des talismans relatifs aux sept génies. Nous avons déjà dit qu’un pentacle est un caractère synthétique résumant tout le dogme magique dans une de ces conceptions spéciales. C’est doncja véritable expression d’une pensée et d’une volonté complètes; c’est la signature d’un esprit. La consécration cérémonielle de ce signe y attache plus fortement encore l’intention de l’opérateur, et établit entre lui et le pentacle une véritable chaîne magnétique. Les pentacles peuvent être indifféremment tracés sur leparchemin vierge, sur le papier ou sur les métaux. On appelle talisman une pièce de métal portant soit des pentacles, soit des caractères, et ayant reçu une consécration spéciale pour une intention déterminée. Gaffarel, dans un savant ouvrage sur les antiquités magiques, a démontré, par la science, le pouvoir réel des talismans, et la confiance en leur
vertu est d’ailleurs tellement clans la nature, c[u’on porte volontiers sur soi des souvenirs de ceux c[u’on aime, avec la persuasion c]ue ces reliques nous pré- serveront du danger et devront nous rendre plus heureux. On failles talismans avec les sept métaux cabalistiques, et Ton y grave, aux jours et aux heures favorables, les signes voulus et déterminés. Les figures des sept planètes, avec leurs carrés magiques, se trouvent dans le Petit Albert, d’après Paracelse, et c’est un des rares endroits sérieux
de ce livre de magie vulgaire. Il faut remarquer que Paracelse remplace la figure de Jupiter par celle d’un prêtre, substitution cjui n’est pas sans une intention mystérieuse bien marquée. Mais les figures allégoriques et mythologiques des sept esprits sont devenues de nos jours trop classiques et trop vulgaires pour c[u’on puisse encore les tracer avec succès sur les talismans ; il faut recourir à des signes plus savants et plus expressifs. Le -pentagramme doit être toujours gravé sur l’un des côtés du talisman, avec un cercle pour le soleil, un croissant pour la lune, un caducée aile pour Mercure, une épée pour Mars, un G pour Vénus, une couronne pour Jupiter et une faucille pour Saturne. L’autre côté du talisman doit porter le signe de
Salomon, c’est-à-dire l’étoile à six rayons faite de deux triangles superposés; et au centre on mettra une figure humaine pour les talismans du soleil, une coupe pour ceux de la lune, une tête de chien pour ceux de Mercure, une tête d’aigle pour ceux de Jupiter, une tète de lion pour ceux de Mars, une colombe pour ceux de Vénus, une tête de taureau ou de bouc pour ceux de Saturne. On y joindra les noms des sept anges, soit en hébreu, soit en arabe, soit en caractères magiques semblables à ceux des alphabets de Trithème. Les deux triangles de Salomon peuvent être remplacés parla double croix des roues d’Ezéchiel, qu’on retrouve sur un grand nombre d’anciens pantacles, et qui est, comme nous l’avons fait observer dans notre Dogme, la clef des trigrammes de Fohi.
On peut aussi employer les pierres précieuses pour les amulettes et les talismans ; mais tous les objets de ce genre, soit en métal, soit en pierreries, doivent être enveloppés avec soin dans des sachets de soie de la couleur analogue à l’esprit de la planète, parfumés avec les parfums du jour correspondant, et préservés de tous regards et de tous contacts impurs. Ainsi, les pentacles et les talis-
maiis du soleil ne doivent êtres vus ni touchés par les gens difformes et contrefaits ou par les femmes sans mœurs ; ceux de la lune sont profanés parles regards et par les mains des hommes débauchés et des femmes ayant leurs mois; ceux de Mercure perdent leur vertu s’ils sont vus ou touchés par des prêtres salariés; ceux de Mars doivent être cachés aux poltrons; ceux de Vénus aux hommes dépravés et à ceux qui ont fait vœu de célibat; ceux de Jupiter aux impies; et ceux de Saturne aux vierges et aux enfants, non que les regards ou les contacts de ces derniers puissent jamais êtres impurs, mais parce que le talisman leur porterait malheur et perdrait ainsi toute sa force.
Les croix d’honneur et autres décorations de ce genre sont de véritables talismans qui augmentent la valeur ou le mérite personnels. Les distributions solennelles qu’on en fait en sont les consécrations. L’opinion publique peut leur donner une prodigieuse puissance. On n’a pas assez remarqué l’influence réciproque des signes sur les idées et des idées sur les signes; il n’en est pas moins vrai que l’œuvre révolutionnaire des temps modernes, par exemple, a été résumée symboliquement tout entière
l!2/l RITUFX Dlî LA HAUTE MAGIE.
par la substition napoléonienne de l’étoile de l’honneur à la croix de saint Louis. C’est b* pentagramine substitué au labarum, c’est la réhabilitation du symbole de la lumière, c’est la résurrection maçonnique d’Adonhiram. On dit que Napoléon croyait à son étoile, et, si on eût pu lui faire dire ce qu’il entendait par cette étoile, on eût trouvé que c’était son génie : il devait donc adopter pour signe le pentagramme, ce symbole de la souveraineté humaine par l’initiative intelligente. Le grand soldat de la révolution savait peu ; mais il devinait presque tout : aussi a-t-il été le plus grand magicien instinctif et pratique des temps modernes. Le monde est encore plein de ses miracles et le peuple des campagnes ne croira jamais qu’il soit mort.
Les objets bénis et indulgenciés, touchés par de saintes images ou par des personnes vénérables, les chapelets venus de Palestine, les agnus Dei composés avec la cire du cierge pascal, et les restes annuels du saint chrême, les scapulaires, les médailles, sont de véritables talismans. Une de ces médailles est devenue populaire de notre temps, et ceux même qui n’ont aucune religion la mettent au cou de leurs enfants. Aussi les figures en sont-
LE SELTËiXÂlRL UES TALISMANS. 1*25
elles si parfaitement cabalistiques que cette médaille est vraiment un double et merveilleux pentacle. D’un côté on voit la grande initiatrice, la mère céleste du Sohar, l’Isis de l’Égypte, la Vénus Uranie des Platoniciens, la Marie du christianisme, debout sur le monde et posant un pied sur la tête du serpent magique. Elle étend les deux mains de manière qu’elles fassent un triangle dont la tête de la femme est le sommet; ses mains sont ouvertes et rayonnantes, ce qui en faitun doublepentagramme, dont les rayons se dirigent tous vers la terre, ce qui représente évidemment l’affranchissement de l’intelligence par le travail. De l’autre côté on voit le double Tau des hiérophantes, le Lingam au double Ctéis ou au triple Phallus, supporté, avec entrelacement et double insertion, par TM cabalistique et maçonnique représentant l’équerre entre les deux colonnes Jakin et Bohas; au-dessus sont placés, sous un même niveau, deux cœurs aimants et souffrants, et autour, douze pentagrammes. Tout le monde vous dira que les porteurs de cette médaille n’y attachent pas cette signification ; mais elle n’en est, par cela même, que plus parfaitement magique, ayant un double sens, et, par conséquent, une double vertu . L’extatique sur les révélations de laquelle
126 RITUliL DE LA HAUTE MAGIE.
CG talisman fut gravé l’avait vu déjà existant et parfait dans la lumière astrale, ce qui démontre une fois de plus l’intime connexion des idées et des signes, et donne une nouvelle sanction au symbolisme de la magie universelle.
Plus on met d’importance et de solennité à la confection et à la consécration des talismans et des pentacles, plus ils acquièrent de vertu, comme on doit le comprendre d’après l’évidence des principes que nous avons établis. Cette consécration doit se faire aux jours spéciaux que nous avons marqués, avec l’appareil dont nous avons donné les détails. On les consacre par les quatre éléments exorcisés, après avoir conjuré les esprits de ténèbres par la conjuration des quatre; puis on prend le pentacle dans sa main, et l’on dit en y jetant quelques gouttes d’eau magique :
In nomine Eloïm et per spiritum aquarum viventium^ sis mihi in signum lucis et sacramentum voluntatis.
En le présentant à la fumée des parfums on dit :
Per serpentem œneum sub quo cadunt serpentes ignei^ sis mihi {etc»)i
LE SEPTÉNAIRE DES TALISMANS. Il27
• En soufllanl sept fois sur le pentacle ou sur le talisman on dit :
Per fîrmamentim etspiritum vocis, sis milii [etc.).
Enfin, en y plaçant triangulairement quelques grains de terre purifiée ou de sel, il faut dire:
In sale terræ et per virtiilem vüœ œlernœ, sis mihi (etc.).
Puis on fait la conjuration des sept de la» manière suivante :
On jette alternativement dans le feu sacré une pastille des sept parfums et l’on dit :
Au nom de Michael ,*que Jéhovah te commande et t’éloigne d’ici, Chavajoth !
Au nom de Gabriel, qu’Adonaï te commande et t’éloigne d’ici, Bélial !
Au nom de Raphaël, disparais devant Elchim, Sachabiel !
Par Samael Zébaoth et au nom d’Eloïm Gibor, éloigne-toi, Adraméleck!
Par Zachariel et Sachiel-Méleck, obéis à Elvah, Samgabiel !
Au nom divin et humain de Schaddaï et par le signe du pentagramme que je tiens dans ma main
128 UlTUliJ. DE LA HAUTE MAGIE.
droite, au nom de l’auge Anael, par la puissance d’Adam et d’IIéva, (jui sont Jotchavah, retii*e-toi, Lilith; laisse-nous en paix, Nahémah !
Par les saints Eloïm et les noms des génies Cashiel, Schaltiel, Aphiel et Zaraliiel, au commandement d’Orifiel, détourne-toi de nous, Moloch! nous ne te donnerons pas nos enfants à dévorer.
Pour ce qui est des instruments magiques, les principaux sont; la baguette, l’épée, la lampe, la coupe, l’autel et le trépied. Dans les opérations delà haute et divine magie on se sert de la lampe, de la baguette et delà coupe ; dans les œuvres de la magie noire on remplace la baguette par l’épée et la lampe par la chandelle de 0ardan. Nous expliquerons cette différence à l’article spécial de la magie noire.
Venons à la description et à la consécration des instruments.
La baguette magique, qu’il ne faut pas confondre avec la simple baguette divinatoire, ni avec la fourche des nécromans ou le trident de Paracelse; la vraie et absolue baguette magique doit être d’un seul jet, parfaitement droit, d’amandier ou de noisetier, coupé d’un seul coup avec la serpette magique ou la faucille d’or, avant le lever du soleil
lÆ SliPTÉNAlHfc: DES TALISMANS. 129
et au moment où l’arbre est prêt à tleiirir. 11 faut la perforer dans toute sa longueur sans la fendre ni la rompre, et y introduire une longue aiguille de fer aimanté cpii en occupe toute l’étendue; puis on adapte à l’une de ses extrémités un prisme polyèdre taillé triangulairement, et à l’autre bout une figure pareille en résine noire. Au milieu de la baguette on placera deux anneaux, l’un de cuivre rouge, l’autre de zinc; puis la baguette sera dorée du côté de la résine et argentée du côté du prisme jusqu’aux anneaux du milieu, et on la revê- tira de soie jusqu’aux extrémités exclusivement. Sur l’anneau de cuivre il faut graver ces caractères niytprtD’Vüri’ et sur l’anneau de zinc nnhv "iSan . La consécration de la baguette doit durer sept jours, en commençant à la nouvelle lune, et doit être faite par un initié possesseur des grands arcanes et ayant lui-même une baguette consacrée. C’est la transmission du sacerdoce magique, et cette transmission n’a pas cessé depuis les téné- breuses origines de la haute science. La baguette et les autres instruments mais la baguette surtout doivent être cachés avec soin, et sous aucun prétexte le magiste ne doit les laisser voir ou toucher aux profanes ; autrement ils perdraient toute leur vertu .
^30 RlTüKL DE IA HAUTE MAHIE.
I.e inoile de transmission île la IjagiicUcesl un des arcanes de la science qu’il n'est jamais permis de révéler.
La longueur de la baguette magique ne doit pas excéder celle du bras de l’opérateur. J^e magicien ne doit s’en servir que lorsqu’il est seul, et ne doit meme jamais la toucher sans nécessité. Plusieurs anciens magistes la faisaient seulement de la longueur de l’avant-bras et la cachaient sous de longues manches, montrant seulement en public la simple baguette divinatoire, ou quelque sceptre allégorique fait d’ivoire ou d’ébène, suivant la nature des œuvres.
Le cardinal de Richelieu, qui ambitionnait tourtes les puissances, chercha toute sa vie, sans pouvoir la trouver, la transmission de la baguette. Sou cabaliste Gaffarel ne put lui donner que l’épée et les talismans: tel fut peut-être le motif secret de sa haine contre Urbain Grandier, qui savait quelque chose des faiblesses du cardinal. Les entretiens secrets et prolongés de Laubardemont avec le malheureux prêtre quelques heures encore avant son dernier supplice, et les paroles d’un ami et d’un confident de ce dernier lorsqu’il allait à la mort : «Monsieur, vous êtes habile homme, ne vous per-
LE SEPTÉNAIRE DES TALISMANS. 1 âl
(lez pas» , donnent beaucoup à penser sur ce sujet.
La baguette magique est le Verendum du mage ; il ne doit pas même en parler d’une manière claire et précise ; personne ne doit se vanter de la posséder, et l’on ne doit en transmettre la consécration que sous les conditions d’une discrétion et d’une confiance absolues.
L’épée est moins occulte, et voici comment il faut la faire:
Il faut qu’elle soit de pur acier, avec une poi-
!?née de cuivre faite en forme de croix avec trois pommeaux, comme elle est représentée dans l’Enchiridion de Léon 111, ou ayant pour garde deux croissants, comme dans notre figure. Sur le nœud central de la garde, qui doit être re^^êtu d’une plaque d’or, il fiiut graver d’un côté le signe du macrocosme et de l’autre celui du microcosme. Sur le pommeau il faut graver le monogramme hébreu de Michael, tel qu’on le voit dans Agrippa, et sur la lame, d’un côté ces caractères hddd et de l’autre le monogramme du labarum de Constantin, suivi de ees paroles : V ince in hoc, Deo duce, ferro comité. (Voir pour l’authenticité et l’exactitude de ces figures les meilleures éditions anciennes de VEnchiridion.)
J 32 lUTUI'L Dli JA HAUTE MAGIE.
La consécration de l’épée doit se faire le dimanche, aux heures du soleil, sous l’invocation de Michael. On mettra la lame de l’épée dans un feu de laurier et de cyprès; puis on en essuiera et on en polira la lame avec les cendres du feu sacré, humectées de sang de taupe ou de serpent, et l’on dira: Sis mihi gladius Michaelis, in virtute Eloïm Sabaoth fugiant a te spiritus tenebrarum et reptilia terrœ ; puis on la parfumera avec les parfums du soleil, et on la renfermera dans de la soie avec des branches de verveine qu’il faudra brûler le septième jour.
La lampe magique doit être faite de quatre métaux : l’or, l’argent, l’airain et le fer. Le pied sera de fer, le nœud d’airain, la coupe d’argent, le triangle du milieu en or. Elle aura deux bras, composés de trois métaux tordus ensemble, de manière toutefois à laisser pour l’huile un triple conduit. Elle aura neuf mèches, trois au milieu et trois à chaque bras. (Voir la figure.) Sur le pied on gravera le sceau d’Hermès et au-dessus l’Andro-
gyne à deux têtes de Khuurath. La bordure infé- rieure du -pied représentera un serpent qui se mord la queue.
Sur la coupe ou récipient de l’huile on gravei’a
lÆ SEPTÉNAIRE DES TALISMANS
le signe île Salomon. A cette lampe s’adapteront deux globes; l’im orné de peintures transparentes, représentant les sept génies, l’autre plus grand et double, pouvant contenir dans quatre compartiments, entre deux verres, de l’eau teinte en diverses couleurs. Le tout sera renfermé dans une colonne de bois tournant sur elle-même el pouvant laisser échapper à volonté un des rayons de la lampe qu’on dirigera sur la fumée de l’autel au moment des invocations. Cette lampe est d’un grand secours pour aider les opérations intuitives des imaginations lentes, et pour créer immédiatement devant les personnes magnétisées des formes d’une réalité effrayante, qui, étant multipliées par les miroirs, agrandironttoutà coup et changeront en une seule salle immense remplie d’âmes visibles le cabinet de l’opérateur; l’ivresse des parfums et l’exaltation des invocations transformeront bientôt cette fantasmagorie en un rêve réel: on reconnaîtra les personnes qu’on a connues, les fantômes parleront ; puis, si l’on referme la colonne de la lampe en redoublant le feu des parfums, il se produira quelque chose d’extraordinaire et d’inattendu.
RFTUEI, DE I,A HAUTE MAGIE.
l.Vl
CHAPITRE VI 11.
Comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois, les opérations de la science ne sont pas sans danger.
Elles peuvent conduire à la folie ceux qui ne sont pas affermis sur la base de la suprême, absolue et infaillible raison.
Elles peuvent surexciter le système nerveux et produire de terribles et incurables maladies.
Elles peuvent, lorsque l’imagination se frappe et s’épouvante, produire l’évanouissement et même la mort par congestion cérébrale.
Nous ne sauriôns donc trop en détourner les personnes nerveuses et naturellement exaltéés, les femmes, les jeunes gens, et tous ceux qui ne sont pas dans l’habitude de se maîtriser parfaitement et de commander à la crainte.
Rien n’est plus dangereux également que de faire
de la magie un passe-temps, comme certaines
personnes qui en font l’agrément de leurs soirées.
Les expériences magnétiques même, faites dans de pareilles conditions, ne peuvent que fatiguer les
sujets, égarer les opinions et dérouter la science. On ne joue pas impunément avec les mystères de la vie et de la mort, et les choses qu’on doit prendre au sérieux doivent être traitées sérieusement et avec la plus grande réserve.
Ne cédez jamais au désir de convaincre par des effets. Les effets les plus surprenants ne seraient pas des preuves pour des personnes non convaincues d’avance. On pourrait toujours les attribuer à des prestiges naturels, et regarder le mage comme un concurrent plus ou jmoins adroit de Robert Houdin ou d’Hamilton. Demander des prodiges pour croire à la science, c’est se montrer indigne ou incapable de la science. Sancta sanc-
TIS.
Ne vous vantez jamais non plus des œuvres que
I
vous avez opérées, eussiez-vous ressuscité des morts. Craignez la persécution. Le grand maître recommandait toujours le silence aux malades qu’il gué- rissait; et si ce silence eût été fidèlement gardé, on n’eût pas crucifié l’initiateur avant l’achèvement de son œuvre.
Méditez sur la douzième figure des clefs du Tarot ; songez au grand symbole de Prométhée, et taisez-
vous.
Tous les mages ijui oiitdivulgué leurs œuvres sont morts de mort violente, et plusieurs ont été réduits au suicide , comme Cardan , Schroeppfer, Cagliostro, et tant d’autres.
Le mage doit vivre dans la retraite et se laisser approcher difficilement. C’est ce que représente le \ symbole de la neuvième clef du Tarot, où l’initié est figuré par un ermite enveloppé tout entier dans son manteau.
Cependant cette retraite ne doit pas être de l’isolement. 11 lui faut des dévouements et des amitiés; mais il doit les choisir avec soin et les conserver à tout prix.
Il doit avoir une autre profession que celle de magicien : la magie n’est pas un métier.
Pour se livrer à la magie cérémonielle, il faut être sans préoccupations inquiétantes ; il faut pouvoir se procurer tous les instruments de la science et savoir au besoin les confectionner soi-même ; il faut enfin s’assurer un laboratoire inaccessible, où l’on n’ait pas à craindre d’être jamais surpris ou * dérangé.
Puis, et c’est ici la condition essentielle, il faut savoir équilibrer les forces et contenir les élans de sa propre initiative. C’est ce que représente la
huitième fio’ure des clefs d’Hermès, où l’on voit une femme assise entre deux colonnes, tenant d’une main une épée droite et de l’autre une balance.
Pour équilibrer les forces, il faut les maintenir simultanément et les faire agir alternativement, double action qui est représentée par l’usage de la balance.
Cet arcanè est également représenté par la double croix des pentacles de Pythagore et d’Ézéchiel (voir la figure de la page 255 du Dogme), où les croix sont équilibrées l’une à F, autre et où les signes planétaires sont toujours en opposition. Ainsi, Vénus est l’équilibre des œuvres de Mars, Mercure tempère et accomplit les œuvres du Soleil et de la Lune, Saturne doit balancer Jupiter. C’est par cet antagonisme des anciens dieux que Prométhée, c’est-à-dire le génie de la science, parvint à s’introduire dans l’Olympe et à dérober le feu du ciel.
Faut-il parler plus clairement? Plus vous serez doux et calme, plus votre colère aura de puissance ; plus vous serez énergique, plus votre douceur aura de prix ; plus vous serez habile, mieux" vous profiterez de votre intelligence, et même de vos vertus; plus vous serez indifférent, plus il vous sera facile de vous faire aimer. Ceci est d’expé-
l.‘^8 RITURL DE LA HAUTE MAGIE.
rionce dans l’ordre moral et se réalise rigoureusement dans la sphère de Faction. Les passions humaines produisent fatalement, lorsqu’elles ne sont pas dirigées, les effets contraires à leur désir effréné. L’amour excessif produit l’antipathie; la haine aveugle s’annule et se punit elle-même ; la vanité conduit à l’ahaissernent et aux plus cruelles humiliations. Le grand maître révélait donc un mystère de la science magique positive lorsqu’il a dit : Voulez-vous accumuler des charbons ardents sur la tête de celui qui vous a fait du mal, pardonnez-lui et faites-lui du bien. On dira peut-être qu’un semblable pardon est une hypocrisie et ressemble fort à une vengeance raffinée. Mais il faut se rappeler que le mage est souverain. Or un souverain ne se venge jamais, puisqu’il ale droit de punir. Lorsqu’il exerce ce droit il fait son devoir, et il est implacable comme la justice. Remarquons bien d’ailleurs, pour que personne ne se méprenne au sens de mes paroles, qu’il s’agit de châtier le mal par le bien et d’opposer la douceur à la violence. Si l’exercice de la vertu est une flagellation pour le vice, personne n’a droit de demander qu’on la lui épargne ou qu’on prenne pitié de ses hontes et de ses douleurs.
Celui qui se livre aux œuvres de la science doit prendrechaque jour un exercice modéré, s’abstenir des veilles trop prolongées et suivre un régime sain et régulier. Il doit éviter les émanations cadavériques, le voisinage de l’eau croupie, les aliments indigestes ou impurs. Il doit surtout se distraire tous les jours des préoccupations magiques par des soins matériels, ou des travaux soit d’art, soit d’industrie, soit même de métier. Le moyen de bien voir, c’est de ne pas regarder toujours, et celui qui passerait sa vie à viser toujours au meme but finirait par ne plus jamais l’atteindre.
Une précaution dont il ne faut également jamais se départir, c’est de ne jamais opérer lorsqu’on est malade.
Les cérémonies étant, comme nous l’avons dit, les moyens artificiels de créer les habitudes de volonté, cessent d’être nécessaires quand ces habitudes sont prises. C’est dans ce sens et en s’adressant seulement aux adeptes parfaits que Paracelse en proscrit l’usage dans sa Philosophie occulte. Il faut les simplifier progressivement, avant de les omettre tout à fait, suivant l’expérience qu’on peut faire des forces acquises et de l’habitude établie dans l’exercice du vouloir extra-naturel.
' UlTUiiL Dli IA HAUTE MAGIE.
■l/iO
CHAPITUE IX.
LE ClîlRÉMONlAL DES INITIÉS.
La science se conserve par le silence et se perpétue par l’initiation. La loi du silence n’est donc absolue et inviolable que relativement à la multitude non initiée. La science ne peut se transmettre que par la parole. Les sages doivent donc quelquefois parler.
Oui, les sages doivent parler, non pas pour dire, mais pour amener les autres à trouver. Noli ire, fac venire, c’était la devise de Rabelais, qui. possé- dant toutes les sciences de son temps, ne pouvait ignorer la magie.
Nous avons donc à révéler ici les mystères de l’initiation.
La destinée de l’homme est, comme nous l’avons dit, de se faire ou de se créer lui-même; il est et sera le fils de ses œuvres pour le temps et pour l’éternité.
Tous les hommes sont appelés à conco urir ; mais le nombre des élus, c’est-à-dire de ceux qui réussissent, est toujours petit ; en d’autres tenues, les
LE CliRÉ.MONlAL DES INITIÉS.
illi
hommes désireux d’être quelque chose sont en grand nombre, et les hommes d’élite sont toujours rares.
Or, le gouvernement du monde appartient de droit aux hommes d’élite, et quand un mécanisme ou une usurpation quelconque empêche qu’il ne leur appartienne de fait , il s’opère un cataclysme politique ou social.
Les hommes qui sont maîtres d’eux-mêmes se rendent facilement maîtres des autres; mais ils peuvent mutuellement se faire obstacje s’ils ne reconnaissent pas les lois d’une discipline et d’une hié- rarchie universelle.
Pour se soumettre à une même discipline, il faut être en communion d’idées et de désirs, et l’on ne peut parvenir à cette communion que par une religion commune fondée sur les bases mêmes de l’intelligence et de la raison.
Cette religion a toujours existé dans le monde, et c’est la seule qui puisse être appelée une , infaillible, indéfeçtible et véritablement catholique, c’est-à-dire universelle.
Cette .religion, dont toutes les autres ont été successivement les voiles et les ombres, c’est celle ([ui démontre l’être par l’être, la vérité par la rai-
U\''2 lUTUliL DE E.\ HAUTE MAGIE.
son, la raison par révidciice et lo sens commun.
C’est celle qui prouve par les réalités la raison d’ètre des hypothèses, et qui ne permet pas de raisonner sur les hypothèses indépendamment et en dehors des réalités.
C’est celle qui a pour hase le dogme des analogies universelles, mais qui ne confond jamais les choses de la science avec celles de la foi. 11 ne peut jamais être de foi que deux et un fassent plus ou moins de trois; que le contenu en physique soit plus grand que le contenant; qu’un corps solide, en tant que solide, puisse se comporter comme un corps fluide ou gazeux; qu’un corps humain, par exemple, puisse passer à travers une porte fermée sans opérer ni solution ni ouverture. Dire qu’on croit une pareille chose, c’est parler comme un enfant ou comme un fou ; mais il n’est pas moins insensé de définir l’inconnu et de raisonner, d’hypothèses en hypothèses, jusqu’à nier k priori l’évidence pour affirmer des suppositions téméraires. Le sage affirme ce qu’il sait, et ne croit à ce qu’il ignore que suivant la mesure des nécessités raisonnables et connues de l’hypothèse.
Mais cette religion raisonnable ne saurait être celle de la multitude, à laquelle il faut des fables,
LE CÉRÉMONIAL DES INITIÉS. i/lO
des mystères, des espérances définies et des terreurs matériellement motivées.
C’est pour cela que le sacerdoce s’est établi dans le monde. Or, le sacerdoce se recrute par l’initiation .
Les formes religieuses périssent quand l’initiation cesse dans le sanctuaire, soit par la divulgation, soit par la négligence et l’oubli des mystères sacrés.
Les divulgations gnostiques , par exemple , ont éloigné l’église chrétienne des hautes vérités de la Kabbale, qui contient tous les secrets de la théologie transcendante. Aussi, les aveugles étant devenus les conducteurs des autres aveugles, il s’est produit de grands obscurcissements, de grandes chutes et de déplorables scandales; puis les livres sacrés, dont les clefs sont toutes cabalistiques, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, sont devenus si peu intelligibles aux chrétiens, que les pasteurs ont, avec raison, jugé nécessaire d’en interdire la lecture aux simples fidèles. Pris à la lettre et compris matériellement, ces livres ne seraient, comme l’a trop bien démontré l’école de Voltaire, qu’un inconcevable tissu d’absurdités et de scandales.
i/i/i IllTUEL DK LA HAUTE MAGIE.
11 en est de môme de tous les dogmes anciens, avec leurs brillantes théogonies et leurs poétiques légendes. Dire (pie les anciens croyaient, en Gnice, aux amours de Jupiter, ou adoraient, en Égypte, le cynocéphale et Fépervier comme les dieux vivants et réels , c’est être aussi ignorant et d’aussi mauvaise foi qu’on le serait en soutenant que les chré- tiens adorent un triple Dieu, se composant d’un vieillard, d’un supplicié et d’un pigeon. L’inintelligence des symboles est toujours calomniatrice. C’est pourquoi il faut bien se garder de se moquer tout d’abord des choses qu’on ne sait pas, lorsque leur énoncé semble supposer une absurdité ou même une singularité quelconque; ce serait aussi peu sensé que de les admettre sans discussion et sans examen.
Avant qu’il y ait quelque chose qui nous plaise ou qui nous déplaise, il y a une vérité, c’est-à-dire une raison, et c’est par cette raison que nos actions doivent être réglées plutôt que par notre plaisir, si * nous voulons créer en nous l’intelligence, qui est la raison d’être de l’immortalité, et la justice, qui en est la loi.
L’homme vraiment homme ne peut vouloir que ce qu’il doit raisonnablement et justement faire;
LE CÉRÉMONIAL DES INITIÉS. 1Ù5
aussi impose-t-il silence aux convoitises et à la crainte, pour n’écouter que la raison.
Un pareil homme est un roi naturel et un prê- tre spontané pour les multitudes errantes. C’est pour cela que l’objet des initiations antiques s’appelait indifféremment art sacerdotal et art royal.
Les anciennes associations magiques étaient des séminaires de prêtres et de rois, et l’on ne parvenait à y être admis que par des œuvres vraiment sacerdotales et royales, c’est-à-dire en se mettant au-dessus de toutes les faiblesses de la nature.
Nous ne répéterons pas ici ce qui se trouve partout sur les initiations égyptiennes, perpétuées, en s’affaiblissant, dans les sociétés secrètes du moyen âge. Le radicalisme chrétien , fondé sur la fausse intelligence de cette parole: Vous n’avez qu’un père et qu’un maître, et vous êtes tous frères, a porté un coup terrible à la hiérarchie sacrée. Depuis ce temps, les dignités sacerdotales sont devenues le résultat de l’intrigue ou du hasard ; la médiocrité active est parvenue à supplanter la supériorité modeste, et par conséquent méconnue, et cependant, l’initiation étant une loi essentielle de la vie religieuse, une société instinctivementmagique
l/l6 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
s’est tonnée au déclin de la puissance pontiticale, et a bientôt concentré en elle seule toute la puissance du christianisme, parce que seule elle a compris vaguement, mais exercé positivement, le pouvoir hiérarchique par les épreuves de rinitiation et la toute-puissance de la foi dans l’obéissance passive.
Que faisait, en effet, le récipiendaire dans les anciennes initiations? Il abandonnait entièrement sa vie et sa liberté aux maîtres des temples de Thébès ou de Memphis ; il s’avançait résolument à travers des épouvantes sans nombre qui pouvaient lui faire supposer un attentat prémédité contre luimême ; il traversait les bûchers , passait à la nage les torrents d’eau noire et bouillante, se suspendait à des bascules inconnues, sur des précipices sans fond... N’était-ce pas là de l’obéissance aveugle dans toute la force du terme? Abjurer momentanément sa liberté pour parvenir à une émancipation, n’est-ce pas l’exercice le plus parfait de la liberté? Or, voilà ce que doivent faire et ce qu’ont toujours fait ceux qui aspirent au sanctum regnum de la toute-puissance magique. Les disciples de Pythagore se condamnaient à un silence rigoureux de plusieurs années \ les sectateurs même d’Epicure
LE CÉRÉMONIAL DES INITIÉS. 147
no comprenaient la souveraineté du plaisir que par la sobriété acquise et la tempérance calculée. La vie est une guerre où il faut faire ses preuves pour monter en grade: la force ne se donne pas; il faut la prendre.
L’initiation par la lutte et par les épreuves est donc indispensable pour arriver à la science pratique de la magie. Nous avons déjà dit comment on peut triompher des quatre formes élémentaires : nous n’y reviendrons pas, et nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître les céré- monies des initiations anciennes aux ouvrages du baron de Tschoudy, auteur de V Étoile flamboyante de la maçonnique adonhiramite et de plusieurs autres opuscules maçonniques très estimables.
Nous devons insister ici sur une réflexion : c’est que le chaos intellectuel et social au milieu duquel nous périssons a pour cause la négligence de l’initiation, de ses épreuves et de ses mystères. Des hommes en qui le zèle était plus fort que la science, impressionnés par les maximes populaires de l’E- vangile, ont cru à l’égalité primitive et absolue des hommes. Un halluciné célèbre, l’éloquent et infortuné Rousseau, a propagé avec toute la magie de son style ce paradoxe : que la société seule déprave
:1/|8 UITUIiL DK L.\ IIAUTK MAGIE.
les hommes, comme si l’on disait que la concurrence et l’émulation du travail rendent les ouvriers paresseux. La loi essentielle de la nature, celle de l’initiation par les œuvres et du progrès laborieux et volontaire a été fatalement méconnue; la maçonnerie a eu ses déserteurs, comme le catholicisme avait eu les siens. Qu’en est-il résulté? Le niveau d’acier substitué au niveau intellectuel et syml)olique. Prêcher l’égalité à ce qui est en bas sans lui dire comment on s’élève, n’est-ce pas s’engager soi-même à descendre? Aussi est-on descendu, et l’on a eu le règne de la carmagnole, des sansculottes et de Marat.
Pour relever la société chancelante et déchue, il faut rétablir la hiérarchie et l’initiation. La tâche est difficile, mais tout le monde intelligent sent déjà la nécessité de l’entreprendre. Faudra-t-il pour cela que le monde passe par un nouveau déluge? Nous désirons vivement qu’il n’en soit pas ainsi, et ce livre, la plus grande peut-être, mais non la dernière de nos audaces, est un appel à tout ce qui est vivant encore, pour reconstituer la vie au milieu même de la décomposition et de la mort.
IX CLEF DE l’occultisme.
CHAPITRE X.
LA CLEF DE l’oCCÜLTISME.
Approfondissons maintenant la question des pentacles, car là est toute la vertu magique, puisque le secret de la force est dans l’intelligence qui la dirige.
Nous ne reviendrons pas sur les pentacles de Pythagore et d’Ezéchiel, dont nous avons déjà donné l’explication et la figure; nous prouverons dans un autre chapitre que tous les instruments du culte hébraïque étaient des pentacles, et que Moïse avait écrit en or et en airain dans le tabernacle et tous ses accessoires le premier et le dernier mot de la Bible. Mais chaque magiste peut et doit avoir son pentacle particulier, car un pentacle bien entendu , c’est le résumé parfait d’un esprit.
C’est pour cela qu’on trouve dans les calendriers magiques de Ticho-Brahé et de Duchenteau les pentacles d’Adam, de Job, de Jérémie, d’Isaïe et de tous les autres grands prophètes qui ont été, cha-
Clin à son époque, les rois de la Kabbale et les grands rabbins de la science.
Le pentacle, étant une synthèse complète et parfaite, exprimée par un seul signe, sert à rassembler toute la force intellectuelle dans un regard, dans un souvenir, dans un contact. C’est comme un point d’appui pour projeter la volonté avec force. Les nigromans et les goétiens traçaient leurs pentacles infernaux sur la peau des victimes qu’ils immolaient. On trouve dans plusieurs clavicules et grimoires les cérémonies de l’immolation, la manière d’écorcher le chevreau, puis de saler, de sécher et de blanchir la peau. Quelques cabalistes hébreux sont tombés dans les mêmes folies, sans se rappeler les malédictions prononcées dans la Bible contre ceux qui sacrifient sur les hauts lieux ou dans les cavernes de la terre. Toutes les effusions de sang opé- rées cérémoniellement sont abominables et impies, et depuis la mort d’Adonhiram la Société des vrais adeptes a horreur du saug, Ecclesia abhorret a sanguine.
Le symbolisme initiatique des pentacles adopté dans tout l’Orient est la clef de toutes les mythologies anciennes et modernes. Si l’on n’en connaît pas l’alphabet hiéroglyphique, on se perdra dans les
LA CLEF DE l’oCCüLTISME.
obscurités des Védas, du Zend-Avesta et de la Bible, l.’arbre générateur du bien et du mal, source unique des quatre fleuves, dont run arrose la terre de l’or, c’est-à-dire de la lumière, et l’autre coule dans l’Ethiopie ou dans le royaume de la nuit; le serpent magnétique qui séduisit la femme, et la femme qui séduit l’homme, révélant ainsi la loi de l’attraction ; puis le Cherub ou Sphinx placé à la porte du sanctuaire édénique avec l’épée flamboyante des gardiens du symbole, puis la régéné- ration par le travail, et l’enfantement par la douleur, loi des initiations et des épreuves; la division de Caïn et d’Abel, identique au symbole de la lutte d’Autéros et d’Eros; l’arche portée sur les eaux du déluge comme le coffre d’Osiris, le corbeau noir qui ne revient pas, et la colombe blanche qui revient, nouvelle émission du dogme antagonique et équilibré : toutes ces magnifiques allégories cabalistiques de la Genèse, qui, prises à la lettre et acceptées pour des histoires réelles, méritaient encore plus de risée et de mépris que ne leur en a prodigué Voltaire, deviennent lumineuses pour l’initié, qui salue alors avec enthousiasme et amour la perpétuité du vrai dogme et l’universalité de la même initiation dans tous les sanctuaires du monde.
Les cinq livres de Moïse, la prophétie d’Ezécliiel et V Apocalypse de saint Jean, sont les trois clefs cabalistiques de tout l’édifice biblique. Les sphinx d’Ezéchiel identiques avec ceux du sanctuaire et de l’arche, sont une quadruple reproduction du quaternaire égyptien ; ses roues, qui tournent les unes dans les autres, sont les sphères harmonieuses de Pythagore; le temple nouveau dont il donne le plan sur des mesures toutes cabalistiques est le type des travaux de la maçonnerie primitive. Saint Jean, dans son Apocalypse, reproduit les mêmes images et les mêmes nombres, et reconstitue idéalement le monde édénique dans la nouvelle Jérusalem ; mais à la source des quatre fleuves, l’agneau solaire a remplacé l’arbre mystérieux. L’initiation par le travail et par le sang est accomplie, et il n’y a plus de temple parce que la lumière de la vérité est universellement répandue et que le monde est devenu le temple de la justice.
Ce beau rêve final des saintes Ecritures, cette utopie divine dont l’Église a renvoyé avec raison la réalisation à une vie meilleure, ont été Técueil de tous les hérésiarques anciens et d’un grand nombre d’idéologues modernes. L’émancipation simultanée et l’égalité absolue de tous les hommes suppose la
LA CLlîF DE l’occultisme. 153
cessation du progrès, et par conséquent de la vie: sur la terre des égaux, il ne peut plus y avoir d’enfants ni de vieillards; la naissance et la mort ne sauraient donc y être admises. C’en est assez pour prouver que la nouvelle Jérusalem n’est pas plus de ce monde que le paradis primitif, où l’on ne devait connaître ni le bien ni le mal, ni la liberté, ni la génération, ni la mort; c’est donc dans l’éternité que commence et que finit le cycle de notre symbolisme religieux.
Dupuis et Volney ont dépensé une grande érudition pour découvrir cette identité relative de tous les symboles, et en ont conclu à la négation de toutes les religions. Nous arrivons parla même voie à une affirmation diamétralement opposée, et nous reconnaissons avec admiration qu’il n’y a jamais eu de fausses religions dans le monde civilisé ; que la lumière divine, cette splendeur de la raison suprême du Logos, du Verbe, qui illumine tout homme venant dans le monde, n’a pas plus manqué aux enfants de Zoroastre qu’aux fidèles brebis de saint Pierre ; que la révélation permanente, unique et universelle, est écrite dans la nature visible, s’explique dans la raison et se complète par les sages analogies de la foi; qu’il n’y a enfin qu’une vraie reli-
gion, qu’un dogme et qu’une croyance légitime, comme il n’y a qu’un Dieu, qu’une raison et qu’un univers; que la révélation n’est obscure pour personne , puisque tout le monde comprend peu ou beaucoup la vérité et la justice, et puisque tout ce qui peut être ne doit être qu’analogiquement à ce qui est. L’être est l’être rt>nN 7^^ i“prtN .
Les figures, si bizarres en apparence, que pré- sente V Apocalypse de saint Jean , sont hiéroglyphiques, comme celles de toutes les mythologies orientales, et peuvent se renfermer daîïs une suite de pentacles. L’initiateur vêtu de blanc, debout entre les sept chandeliers d’or et tenant dans sa main sept étoiles, représente le dogme unique d’Hermès et les analogies universelles de la lumière.
La femme revêtue du soleil et couronnée de douze étoiles, c’est i’Isis céleste, c’est la gnose dont le serpent de la vie matérielle veut dévorer l’enfant; mais elle prend les ailes d’un aigle et s’enfuit au désert, protestation de l’esprit prophétique contre le matérialisme de la religion officielle.
L’ange colossal dont le visage est un soleil, l’auréole un arc-en-ciel, le vêtement un nuage, les
LA CLEF DE l’oCCULTISME,
jambes des colonnes de feu, et qui pose un pied sur la terre et l’autre sur la mer, est un véritable Pantliée cabalistique.
Ses pieds représentent l’équilibre de Briah ou du monde des formes; ses jambes sont les deux colonnes du temple maçonnique .Takin et Bohas ; son corps, voilé de nuages, d’où sort une main qui tient un livre, est la sphère de .Tezirah ou des épreuves initiatiques; la tête solaire, couronnée du septénaire lumineux, est le monde d’Aziluth ou de la révélation parfaite, et l’on ne saurait trop s’étonner de ce que les cabalistes hébreux n’ont pas reconnu et divulgué ce symbolisme, qui rattache si étroitement et si inséparablement les plus hauts mystères du christianisme au dogme secret, mais invariable, de tous les maîtres en Israël.
La bête à sept têtes est, dans le symbolisme de saint Jean, la négation matérielle et antagonistique du septénaire lumineux, la prostituée de Babylone correspond de la même manière à la femme revê- tue du soleil; les quatre cavaliers sont analogues aux quatre animaux allégoriques; les sept anges avec leurs sept trompettes, leurs sept coupes et leurs sept épées caractérisent l’absolu de la lutte du bien contre le mal par la parole, par l’association reli-
lUTÜEL DE JIAUTE MAGIE.
gieiise et par la force. Ainsi, les sept sceaux du livre occulte sont levés successivement etrinitiationuniverselle s’accomplit. Les commentateurs qui ont cherché autre chose dans ce livre de haute Kabbale ont perdu leur temps et leur peine pour arriver à se rendre ridicules. Voir Napoléon dans l’ange Apob lyon, Luther dans l’étoile qui tombe, Voltaire et Rousseau dans les sauterelles armées en guerre, c’est de la haute fantaisie. 11 en est de môme de toutes les violences faites à des noms de personnages célè- bres pour leur faire renfermer en chiffres quelconques le fatal 666 que nous avons suffisamment expliqué; et quand on pense que des hommes nommés Bossuet et Newton se sont amusés à ces chimères, on comprend que l’humanité n’est pas aussi malicieuse dans son génie qu’on pourrait le supposer à l’aspect de ses vices.
CHAPITRE XI.
Le grand œuvre, en magie pratique, après l’éducation de la volonté et la création personnelle du mage, c’est la formation de la chaîne magnétique, et ce secret est véritablement celui du sacerdoce et de la royauté.
Former la chaîne magnétique, c’est faire naître un courant d’idées qui produise la foi et qui entraîne un grand nombre de volontés dans un cercle donné de manifestations par les actes. Une chaîne bien formée est coriime un tourbillon qui entraîne et absorbe tout.
On peut établir la chaîne de trois manières: par les signes, par la parole et par le contact. On établit la chaîne par les signes en faisant adopter un signe par l’opinion comme représentant une force. C’est ainsi que tous les chrétiens communiquent ensemble par le signe de la croix, les maçons par celui de l’équerre sous le soleil, les magistes par celui du microcosme qui se fait avec les cinq doigts étendus (etc.).
Les signes, une fois reçus et propagés, acquiè- rent de la force par eux-mêmes. La vue et T imitation du signe de la croix suffisaient dans les premiers siècles pour faire des prosélytes au christianisme. La médaille dite miraculeuse a opéré encore de nos jours un grand nombre de conversions par la même loi magnétique. La vision et l’illumination du jeune Israélite Alphonse de Ratisbonne ont été le fait de ce genre le plus remarquable. L’imagination est créatrice, non-seulement en nous, mais hors de nous, par nos projections fluidiques, et il ne faut sans doute pas attribuer à d’autres causes les phénomènes du labarum de Constantin et de la croix de Migné.
La chaîne magique par la parole était repré- sentée, chez les anciens, par ces chaînes d’or qui sortent de la bouche d’Hermès. Rien n’égale l’éleotricité de l’éloquence. La parole crée l’intelligence la plus haute au sein des masses les plus grossiè- rement composées. Ceux même qui sont trop loin pour entendre comprennent par commotion et sont entraînés comme la foule. Pierre l’Hermite a ébranlé l’Europe en criant: Dieu le veut! Un seul mot de l’Empereur électrisait son armée et rendait la France invincible. Proudhon a tué le socialisme
par son paradoxe célèbre: La propriété, c’est le vol. Il suffit souvent d’im mot qui court pour ren* verser uue puissance. Voltaire le savait bien, lui qui a bouleversé le monde par des sarcasmes. Aussi lui, qui ne craignait ni papes, ni rois, ni parlement, ni bastilles, avait-il peur d’un calembour.
On est bien près d’accomplir les volontés de l’homme dont on répète les mots.
La troisième manière d’établir la chaîne magique, c’est par le contact. Entre personnes qui se voient souvent, la tête du courant se révèle bien-
tôt, et la plus forte volonté ne tarde pas à absorber les autres • le contact direct et positif de la main à la main complète l’harmonie des dispositions, et c’est pour cela que c’est une marque de sympathie et d’intimité. — Les enfants, qui sont guidés instinctivement par la nature, font la chaîne magné- tique soit en jouant aux barres, soit en jouant en rond. Alors la gaîté circule et le rire s’épanouit. Les tables rondes sont plus favorables aussi aux joyeux banquets que celles de toute autre forme. La grande ronde du sabbat qui terminait les réunions mystérieuses des adeptes du moyen âge était une chaîne magique qui les unissait tous dans les mêmes volontés et dans les mêmes œuvres ; ils la formaient
'iOO RITUEL DE LA. HAUTE MAGIE.
en se plaçant dos à dos et en se tenant |)ar les mains, le visage en dehors du cercle, à riinitation de ces antiques danses sacrées dont on retrouve encore des images sur les bas-reliefs des anciens temples. Les fourrures électriques de lynx, de panthère et môme de chat domestique, étaient, à Tirnitation des anciennes bacchanales, attachées à leurs vêtements. De là est venue cette tradition que les mécréants, au sabbat, portent chacun un chat pendu à leur ceinture, et qu’ils dansent dans cet appareil.
Les phénomènes des tables tournantes et parlantes ont été une manifestation fortuite de la communication fluidique au moyen de la chaîne circulaire; puis la mystification s’en est mêlée, et des personnages même instruits et intelligents se sont passionnés pour cette nouveauté au point de se mystifier eux-mêmes et de devenir dupes de leur engouement. Les oracles des tables étaient des réponses suggérées plus ou moins volontairement ou tirées au sort ; elles ressemblaient aux discours qu’on tient ou qu’on entend dans les rêves. Les autres phénomènes plus étranges pouvaient être des produits extérieurs de l’imagination commune. Nous ne nions pas, sans doute, rintervention possible
lies esprits élémentaires dans ces manifestations comme dans celles de la divination par les cartes ou par les songes; mais nous ne croyons pas qu’elle soit prouvée en aucune manière, et que rien par conséquent puisse nous obliger à l’admettre.
Un des pouvoirs les plus étranges de l’imagination humaine, c’est celui de la réalisation des désirs de la volonté, ou même de ses appréhensions et de ses craintes. On croit aisément ce qu’on craint ou ce qu’on désire, dit le proverbe, et l’on a raison, puisquele désir et la crainte donnentà l’imagination une puissance réalisatrice dont les effets sont incalculables.
Comment est-on atteint, par exemple, de la maladie dont on a peur? Nous avons déjà rapporté les opinions de Paracelse à ce sujet, et nous avons établi dans notre dogme les lois occultes constatées par l’expérience; mais, dans les courants magnétiques et par l’entremise de la chaîne, les réalisations sont d’autant plus étranges, qu’elles sont presques toujours inattendues quand la chaîne n’est pas formée par un chef intelligent, sympathique et fort. Elles résultent en effet de combinaisons purement fatales et fortuites. La frayeur vulgaire
des convives superstitieux lorsqu’ils se trouvent
16^2 RlTUliL Dlî LA HAUTL MAGIE.
treize à tables, et la conviction où ils sont qu’un malheur menace le plus jeune et le plus faible d’entre eux, est, comme la plupart des superstitions un reste de science magique. Le duodénaire, étant un nombre complet et cyclique dans les analogies universelles de la nature, entraîne toujours et absorbe le treizième, nombre regardé comme malheureux et superflu. Si le cercle d’une meule de moulin est représenté par douze, le nombre treize sera celui du grain qu’elle doit broyer. Les anciens avaient établi sur de semblables considérations la distinction des nombres heureux et malheureux, d’où s’ensuivait l’observance des jours de bon et de mauvais augure. C’est en pareille matière surtout que l’imagination est créatrice, et les nombres et les jours ne manquent guère d’être favorables ou funestes à ceux qui croient à leur influence. C’est donc avec raison que le christianisme a proscrit les sciences divinatoires, car, en diminuant ainsi le nombre des chances fatales, il a donné plus de ressources et plus d’empire à la liberté.
L’imprimerie est un admirable instrument pour former la chaîne magique par l’extension de la parole. En effet, pas un livre n’est perdu : les écrits vont toujours où ils doivent aller, et les aspirations
de la pensée attirent la parole. Nous l’avons éprouvé cent fois pendant le cours de notre initiation magique: les livres les plus rares s’ offraient toujours à nous sans recherches de notre part dès qu’ils nous devenaient indispensables. C’est ainsi que nous avons retrouvé intacte cette science universelle que bien des érudits ont cru ensevelie sous plusieurs cataclysmes. successifs; c’est ainsi que nous sommes entré dans la grande chaîne magique qui commence à Hermès ou à Hénoch pour ne plus finir (pi’avec le monde. Alorsnous avons pu évoquer et
nous rendre présents les esprits d’Apollonius, de Plotin, de Synésius, de Paracelse, de Cardan, de Cornélius Agrippa, et de tant d’autres moins connus ou plus connus, mais trop religieusement célèbres pour qu’on les nomme à la légère. Nous continuerons leur grand œuvre', que d’autres reprendront après nous. Mais à qui sera-t-il dcmné de l’achever?
RITUEL DE L\ HAUTE MAGIE.
CHAPITKE XIJ.
LE GRAND OEUVRE.
Être toujours riche, toujours jeune et ne jamais mourir : tel a été de tout temps le rêve des alchimistes.
Changer en or le plomb, le mercure et tous les autres métaux, avoir la médecine universelle et Félixir de vie : tel est le problème à résoudre pour accomplir ce souhait et réaliser ce rêve.
Comme tous les mystères magiques, les secrets du grand oeuvre ont une triple signification: ils sont religieux, philosophiques et naturels.
L’or philosophal, en religion, c’est la raison absolue et suprême; en philosophie, c’est la vérité; dans la nature visible, c’est le soleil ; dans le monde souterrain et minéral, c’est l’or le plus parfait et le plus pur.
C’est pour cela qu’on appelle la recherche du grand œuvre la recherche de l’absolu, et qu’on désigne cet œuvre même par le nom d’œuvre du soleil ^
Tous les maîtres de la science reconnaissent
LK GRAND OFAIVRR.
qu’il est impossible d’arriver aux résultats matériels si l’on n’a pas trouvé clans les deux degrés sup<‘- rieurs toutes les analogies de la médecine universelle et de la pierre philosophale.
Alors, disent-ils, le travail est simple, facile et peu dispendieux; autrement, il consume infructueusement la fortune^ la vie des souffleurs.
La médecine universelle, pour l’âme, c’est la raison suprême et la justice absolue; pour l’esprit, c’est la vérité mathématicjue etpratic[ue; pour le corps, c’est la quintessence , qui est une combinaison de lumière et d’or.
La matière première du grand œuvre, dans le monde supérieur, c’est l’enthousiasme et l’activité ; dans le monde intermédiaire, c’est l’intelligence et l’industrie ; dans le monde inférieur, c’est le travail ; et clans la science, c’est le soufre, le mercure et le sel, qui, tour à tour volatilisés et fixés, composent l’azoth des sages.
Le soufre correspond à la forme élémentaire du feu, le mercure à l’air et à l’eau, et le sel à la terre.
Tous les maîtres en alchimie qui ont écrit sur le grand œuvre ont employé des expressions symboliques et figurées, et ils ont dû le faire, tant pour .
RITIJKL DK LA HAUTK MAGIE.
eloigner les proiaues d’uii travail dangereux pour eux qiu? pour se faire bien entendre des adeptes en leur révélant le monde entier des analogies que régit le dogme unique et souverain d’flermès.
Ainsi, pour eux, l’or et l’argent sont le roi et la reine, ou la lune et le soleil; le soufre, c’est l’aigle volant; le mercure, c’est l’androgyne ailé et barbu mon té sur un cube et couronné de flammes ; la matière ou le sel, c’est le dragon ailé; les métaux en ébullition sont des lions de diverses couleurs; enfin l’œuvre tout entière a pour symbole le pélican et le phénix.
L’art hermétique est donc en même temps une religion, une philosophie et une science naturelle. Comme religion, c’est celle des anciens mages et des initiés de tous les temps; comme philosophie, on peut en retrouver les principes dans l’école d’Alexandrie et dans les théories de Pythagore ; comme ^ science, il faut en demander des procédés à Paracelse, à Nicolas Flamel et à Raymond Lulle.
La science n’est réelle que pour ceux qui admettent et comprennent la philosophie et la religion, et ses procédés ne peuvent réussir qu’à l’adepte
lÆ GRAND OEUVRE.
parvenu à la volonté souveraine, et devenu ainsi le roi du monde élémentaire ; car le grand agent de l’opération du soleil, c’est cette force décrite dans le symbole d’Hermès de la table d’émeraude; c’est la puissance magique universelle; c’est le moteur spirituel igné; c’est l’od, selon les Hébreux, et la lumière astrale, suivant l’expression que nous avons adoptée dans cet ouvrage.
C’est là le feu secret, vivant et philosophal, dont tous les philosophes hermétiques ne parlent qu’avec les plus mystérieuses réserves ; c’est là le sperme universel dont ils ont gardé le secret, et qu’ils représentent seulement sous la figure du caducée d’Hermès.
Voici donc le grand arcane hermétique, et nous le révélons ici pour la première fois clairement et sans figures mystiques : ce que les adeptes appellent matières mortes ce sont les corps tels qu’ils se trouvent dans la nature; les matières vives sont des substances assimilées et magnétisées par la science et la volonté de l’opérateur.
En sorte que le grand œuvre est quelque chose de plus qu’une opération chimique : c’est une véritable création du verbe humain initié à la puissance du verbe de Dieu môme.
mTin-l. DE LA HAUTE MAUIE.
n’on Sdi:; np3 Sd CD>3DiDn -iNtüi •
hjh iS:j3 cnno in><
Sx \Z2r^2TÿDD CZJ’KlDjn : m-nvm rmSpn
Ce texte hébreu, que nous transcrivons comme preuve de l’authenticité et de la réalité de notre découverte, est du rabbin juif Abraham, le maître de Nicolas Flarnel, et se trouve dans son commentaire occulte sur le Sepher-Jezirah, le livre sacré de la Cabale. Ce commentaire est fort rare; mais les puissances sympathiques de notre chaîne nous en ont fait trouver un exemplaire qui a été conservé jusqu’en 16/i3 dans la bibliothèque de l’église protestante de Rouen. On y lit, écrit sur la première page : Ex dono; puis un nom illisible: Dei magni.
La création de l’or dans le grand œuvre se fait par transmutation et par multiplication.
Raymond Lulleditque, pour faire de l’or, il faut de l’or et du mercure ; que, pour faire de l’argent, il faut de l’argent et du mercure. Puis il ajoute: « J’entends par le mercure cet esprit minéral si fin et si épuré qu’il dore même la semence de l’or et
lÆ (iRAND OEUVRE.
argente celle de l’argent. » Nul limite qu’il ne parle ici de l’od ou lumière astrale.
lx‘ sel et le soufre ne servent dans l’œuvre qu’à la préparation du mercure, et c’est au mercure surtout qu’il faut assimiler et comme incorporer l’agent magnétique. Paracelse, Raymond Liille et Nicolas Flamel paraissent seuls avoir connu parfaitement ce mystère. Basile Valentin etleTrévisan l’indiquent d’une manière imparfaite et qui peut être interprétée autrement. Mais les choses les plus curieuses que nous ayons trouvées à ce sujet sont indiquées
par les figures mystiques et les légendes magiques d’un livre d’Henri Khunrath intitulé: Amphüheairum sapientiœ œternœ.
Khunrath représente et résume les écoles gnostiques les plus savantes, et se rattache dans la symbolique au mysticisme de Synésius. Il affecte le christianisme dans les expressions et dans les signes; mais il est facile de reconnaître que son Christ est celui des Abraxas, le pentagramme hmuneux rayonnant sur la croix astronomique, l’incarnation dans l’humanité du roi-soleil célébré par l’empereur Julien; c’est la manifestation lumineuse et vivante de ce Ruach-Elhoimqui, suivant Moïse, couvrait et travaillait la surface des eaux à la nais-
170 RlTUIiL DI<; h\ IIAUTI- MAGIE.
sance du luondiî; c’est riioimue-suleil, c’est le roi de lumière, c’est le mage suprême, maître et vaiiicpieur du serpent , et il trouve dans la quadruple légende des évangélistes la clef allégorique du grand œuvre. Dans un des pantacles de son livre magique, il représente la pierre philosophale debout au milieu d’une forteresse entourée d’une enceinte à vingt portes sans issues. Une seule conduit au sanctuaire du grand œuvre. Au-dessus de la pierre est un triangle appuyé sur un dragon ailé, et sur la pierre gravé le nom du Christ qu’il qualifie d’image symbolique de la nature entière. « C’est par lui seul, ajoute-t-il, que vous pouvez parvenir à la mé- decine universelle pour les hommes, pour les animaux, pour les végétaux et pour les minéraux. » Le dragon ailé, dominé par le triangle, représente donc le Christ de Khum^ath, c’est-à-dire l’intelligence souveraine de la lumière et de la vie ; c’est le secret du pentagramme, c’est le plus haut mystère dogmatique et pratique de la magie traditionnelle. De là au grand et à jamais incommunicable arcane il n’y a qu’un pas.
Les figures cabalistiques du juif Abraham, qui donnèrent à Flamel l’initiative de la science, ne sont autres que les vingt-deux clefs du Tarot, imi-
LE GRAND OEUVRE. '171
tues et résumées d'ailleurs dans les douze clefs de Basile Valentin, l.e soleil et la lune y reparaissent sous les figures de l’empereur et de l’impératrice ; Mercure est le bateleur; le grand Hiérophante, c’est l’adepte ou l’abstracteur de quintessence ; la mort, le jugement, l’amour, le dragon ou le diable, l’ermite ou le vieillard boiteux, et enfin tous les i autres symboles s’y retrouvent avec leurs principaux attributs et presque dans le même ordre. Il n’en saurait être autrement, puisque le Tarot est lie livre primitif et la clef de voûte des sciences I occultes: il doit être hermétique' comme il est i cabalistique, magique et théosophique. Aussi trouvons-nous dans la réunion de sa douzième et de sa vingt-deuxième clef, superposées l’une à l’autre, la révélation hiéroglyphique de notre solution des mystères du grand œuvre.
La douzième clef représente un homme pendu par un pied à un gibet composé de trois arbres ou bâtons formant la figure de la lettre hébraïque ; les bras de l’homme forment un triangle avec sa tête, et sa forme hiéroglyphique tout entière est celle d’un triangle renversé surmonté d’une croix, symbole alchimique connu de tout les adeptes et qui représente l’accomplissement du grand œuvre.
17*2 RITUI'L OR L\ IIAUTR MAGIE.
La viiigUleiixième clef, qui porte le nombre !21 parce que le Ibu qui la précède dans l’ordre cabalistique ne porte point de numéro, représente une jeune divinité légèrement voilée et courant dans une couronne fleurissante supportée aux quatre coins par les quatre animaux de la cabale. Celle divinité tient une baguette de chaque main dans le tarot italien, et dans le tarot de Besancon, elle réunit dans une seule main deux baguettes et pose l’autre main sur sa cuisse, symboles également remarquables de l’action magnétique, soit alternée dans sa polarisation, soit simultanée par opposition et par transmission .
Le grand œuvre d’Hermès est donc une opération essentiellement magique, et la plus haute de toutes, car elle suppose l’absolu en science et en volonté. Il y a de la lumière dans l’or, de l’or dans la lumière, et de la lumière en toutes choses. La volonté intelligente qui s’assimile la lumière dirige ainsi les opérations de la forme substantielle, et ne se sert de la chimie que comme d’un instrument très secondaire. L’influence de la volonté et de l’intelligence humaines sur les opérations de la nature, dépendantes en partie de son travail est d’ailleurs un fait si réel que tous les alchimistes sérieux ont
LE GRÂNÔ OEUVRE. 173
réussi eu raison de leurs connaissances et de leur loi et ont reproduit leur pensée dansle phénomène de la fusion, de la salification et de la recomposition des métaux. Agrippa, homme d’une immense érudition et d’un beau génie, mais pur philosophe et sceptique, n’a pu dépasser les limites de l’analyse et de la synthèse des métaux. Eteilla, cabaliste confus, embrouillé, fantasque, mais persévérant, reproduisait eii alchimie les bizarreries de son tarot mal compris et défiguré ; les métaux prenaient dans ses creusets des formes singulières qui excitaient la curiosité de tout Paris, sans autre résultat pour la fortune de l’opérateur que les honoraires qu’il exigeait de ses visiteurs. Un souffleur obscur de notre temps, qui est mort fou, le pauvre Louis Cambriel, guérissait réellement ses voisins, et ressuscita, au dire de tout son quartier, un forgeron de ses amis. Pour lui l’œuvre mélallique pre • liait les formes les plus inconcevables et les plus illogiques en apparence. Il vit un jour dans son creuset la figure de Dieu même incandescent comme le soleil, transparent comme le cristal, et ayant un corps composé d’assemblages triangulaires que Cambriel compare naïvement à des tas de petites poires.
17/l RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
Un cabaliste de nos amis qui est savant, mais qui appartient à une initiation que nous croyons erronée, a tait dernièrement les opérations chimiques du grand œuvre; il est arrivé à s’alhiiblir les yeux par rincandescence de l’athanor, et a créé un nouveau métal qui ressemble à l’or, mais qui n’est pas de l’or, et n’a par conséquent aucune valeur. Raymond Lulle, Nicolas Flamel, et très probablement Henri Khunrath, ont fait de l’or véritable et n’ont pas emporté leur secret avec eux, puisqu’ils l’ont consigné dans leurs symboles et ont indiqué les sources où ils ont puisé pour le découvrir et en réaliser les elfets. C’est ce même secret que nous publions aujourd’hui.
CHAPITRE Xlll.
Nous avons énoncé hardiment notre pensée ou ! : plutôt notre conviction sur la possibilité du résurhrectionisme en certain cas; il faut ici compléter - Àà révélation de cet arcane et en exposer la prai I tique.
■ La mort est un fantôme de l’ignorance; elle I n’existe pas : tout est vivant dans la nature, et c’est [ {parce que tout est vivant que tout se meut et change [ l’incessamment de formes.
I La vieillesse est le commencement de la régéné- \ - ’ation ; c’est le travail de la vie qui se renouvelle ,
I le mystère de ce que nous appelons la mort était iaguré chez les anciens par cette fontaine de Jou-
r^ence où l’on décrépit et d’où l’on sort enfant.
Le corps est un vêtement de l’âme. Lorsque ce •'êtement est complètement usé ou gravement et rrréparablement déchiré, elle le quitte et ne le reprend plus. Mais lorsque, par un accident quel* conque, ce vêtement lui échappe sans être ni usé 1 li détruit, elle peut, en certains cas, le reprendre,
suit ])jiT son propi‘0 effort, soit avec l’assistance | (riiiic autre volonté plus forte et ])lus active (^ue lasienne.
La mort n’est ni la fin de la vie ni le coinm^nceinent de l’immortalité ; c’est la continuation et la transformation de la vie.
Or, une transformation étant toujours un progrès, il est peu de morts apparents qui consentent à revivre, c’est-à-dire à reprendre le vêtement qu’ils viennent de quitter. C’est ce qui rend la résurrection une des œuvres les plus difficiles de la haute initiation. Aussi le succès n’en est-il jamais infaillible et doit-il être regardé presque toujours comme accidentel et inattendu. Pour ressusciter un mort, il faut resserrer subitement et énergiquement la plus forte des chaînes d’attraction qui puissent le rattacher à la forme qu’il vient de quitter. Il est donc nécessaire de connaître d’abord cette chaîne, puis de s’en emparer, puis de produire un effort de volonté assez grand pour la resserrer instantané- ment et avec une puissance irrésistible.
Tout cela, disons-nous, est extrêmement difficile, mais n’a rien qui soit absolument impossible. Les préjugés de la science matérialiste n’admettant pas de nos jours la résurrection dans l’ordre naturel.
on est disposé à expliquer tous les phénomènes de cet ordre par les léthargies plus ou moins compliquées des symptômes de la mort et plus ou moins longues. Lazare ressusciterait aujourd’hui devant nos médecins, qu’ils constateraient simplement dans leur rapport aux académies compétentes le cas étrange d’une léthargie accompagné d’un commencement apparent de putréfaction et d’une odeur cadavéreuse assez forte ; on donnerait un nom à cet accident exceptionnel, et tout serait dit.
Nous n’aimons à froisser personne, et, si par respect pour les hommes décorés qui représentent officiellement la science, il faut appeler nos théories résurrection istes l’art de guérir les léthargies exceptionnelles et désespérées , rien ne nous en empêchera, je l’espère, de leur faire cette concession. •
Si jamais une résurrection s’est faite dans le monde, il est incontestable que la résurrection est possible. Or, les corps constitués protègent la religion; la religion affirme positivement le fait des résurrections : donc les résurrections sont possibles. Il est difficile de sortir de là.
Dire qu’elles sont possibles en dehors des lois de
la nature et par une influence contraire à rharinonie universelle , c est affirmer que l’esprit de désordre, de ténèbres et de mort, peut être l’arbitre souverain de la vie. Ne disputons pas avec les adorateurs du diable, et passons.
Mais ce n’est pas la religion seule qui atteste les faits de résurrection : nous en avons recueilli plusieurs exemples. Un fait qui avait frappé l’imagination du peintre Greuze a été reproduit par lui dans un de ses tableaux les plus remarquables: un fils indigne, près du lit de mort de son père, surprend et déchire un testament qui ne lui était pas favorable ; le père se ranime, s’élance, maudit son fils, puis il se recouche et meurt une seconde fois. Un fait analogue et plus récent nous a été attesté par des témoins oculaires : un ami, trahissant la confiance de son ami qui venait de mourir, reprit et déchira une attestation de fidéicommis souscrite par lui ; à cette vue , le mort ressuscita et resta vivant pour défendre les droits des héritiers choisis que cet infidèle ami allait frustrer; le coupable devint fou, et le mort ressuscité fut assez compatissant pour lui faire une pension.
Lorsque le Sauveur ressuscite la fille de Jaïr, il entre seul avec ses trois disciples affidés et favoris ;
il éloigne ceux qui faisaient du bruit et (|ui pleuraient, en leur disant : « Cette jeune fille n’est pas morte, elle dort. » Puis, en présence seulement du père, de la mère et des trois disciples, c’est-à-dire dans un cercle parfait de confiance et de désir, il prend la main de l’enfant, la soulève brusquement et lui crie : « Jeune fille, levezvous ! » La jeune fille, dont l’ame indécise errait sans doute auprès de son corps, dont elle regrettait peut-être l’extrême jeunesse et la beauté, surprise par les accents de cette voix , que son père et sa mère écoutent à genoux et avec des frissons d’espérance, rentre dans son corps , ouvre les yeux, se lève, et le Maî- tre ordonne aussitôt qu’on lui donne à manger, pour que les fonctions de la vie recommencent un nouveau cycle d’absorption et de régénération.
L’histoire d’Élisée, ressuscitant le fils de la Sunainite, et de saint Paul, ressuscitant Eutyque, sont des faits du même ordre; la résurrection de Dorcas par saint Pierre, racontée avec tant de simplicité dans les Actes des apôtres, est également une bis* toire dont la vérité ne saurait guère être raisonnablement contestée. Apollonius de Thyanes paraît aussi avoir accompli de semblables merveilles,
KITL’LL Dl!, LA HALTE MAGIE,
Nous avuiis cU'i iiüus-inèiiiu tciiiuiii de raiLs (|ui ne sont pas sans analogie avec ceux-là, mais l’espril du siècle dans lecpiel nous avons de vivre nous impose à ce sujet la plus discrète réserve, les thaumaturges étant exposés de nos jours à un assez médiocre accueil devant le bon public: ce (|ui n’empêche pas la terre de tourner, et Galilée d’être un grand homme.
La résurrection d’un mort est le chef-d’œuvre du magnétisme, parce c[u’ il faut, pour l’accomplir, exercer une sorte de toute-puissance sympathique. Elle est possible dans les cas cle mort par congestion, par étouffement, par langeur, par hystérisme.
Eutyque, qui fut ressuscité par saint Paul, après être tombé du troisième étage, n’avait sans doute rien de brisé intérieurement, et avait succombé sans doute soit à l’asphyxie occasionnée par le mouvement de l’air pendant la chute, soit au saisissement et à la frayeur. 11 faut, en ])areil cas, et lorsqu’on se sent la force et la foi nécessaires pour accomplir une pareille œuvre, pratiquer, comme l’apôtre, l’insufflatiou bouche contre bouche, en y joignant le contact des extrémités pour y rappeler la chaleur. S’il se fût agi tout simplement de ce que les ignorants appellent un miracle, Élie et
LA N lie KOM A NC IR.
saint Paul, dont les procédés, en pareil cas, ont été les mêmes, eussent simplement parlé au nom de Jéhovah ou du Christ.
11 peut suffire quelquefois de prendre la personne par la main et de la soulever vivement en l’appelant d’une voix forte. Ce procédé, qui réus- I sit d’ordinaire dans les évanouissements , peut ; , avoir de l’action même sur la mort, quand le I magnétiseur qui l’exerce est doué d’une parole I puissamment sympathique et possède ce qu’on I pourrait appeler l’éloquence de la voix. Il faut aussi I qu’il soit tendrement aimé ou respecté de la per- \ sonne sur laquelle il jveut agir, et qu’il fasse son j œuvre par un grand élan de foi et de volonté, I qu’on ne trouve pas toujours en soi-même dans le I premier saisissement d’une grande douleur.
Ce qu’on appelle vulgairement nécromancie n’a rien de commun avec la résurrection, et il est au moins fort douteux que, dans les opérations relatives à cette application du pouvoir magique, on se mette réellement en rapport avec les âmes des mortsqu’on évoque. 11 y a deux sortes de nécromancies : la nécromancie de lumière et la nécroman-
cie des ténèbres, l’évocation par la prière, lepantacle Pt les parfums, et l’évocation par le sang, les
TU'l'UKL DK \A HAUTE MAGIE.
iuiprécatioiis elles sacrilèges. C’est lajiremière seulement que nous avons pratiquée, et nous ne conseillons à personne de s’adonner à la seconde.
11 est certain que les images des morts apparaissent aux personnes magnétisées qui les évoquent ; il est certain aussi qu’elles ne leur révélent jamais rien des mystères de l’autre vie. On les revoit telles qu’elles peuvent être encore dans le souvenir de ceux qui les ont connues, telles que leurs reflets sans doute les ont laissées empreintes dans la lumière astrale. Quand les spectres évoqués répondent aux questions qu’on leur adresse, c’est toujours par les signes ou par impression intérieure et imaginaire, jamais avec une voix qui frappe réellement les oreilles ; et cela se comprend assez ; comment une ombre parlerait-elle? avec quel instrument feraitelle vibrer l’air en le frappant de manière à faire distinguer les sons?
On éprouve cependant des contacts électriques lors des apparitions, et ces contacts semblent quelquefois produits par la main môme du fantôme ; mais ce phénomène est tout intérieur et doit avoir pour cause unique la puissance de l’imagination et les affluences locales de la force occulte que nous appelons lumière astrale. Ce qui le prouve, c’est
LA NKCHOMANCIE.
que les esprits, ou du moins les spectres prétendus tels, nous touchent bien parfois, mais qu’on ne saurait les toucher, et c’est une des circonstances les plus effrayantes des apparitions, car les visions ont parfois une apparence si réelle, qu’on ne peut sans être ému sentir que la main passe a travers ce qui nous semble un corps sans pouvoir rien toucher * ni rencontrer.
On lit dans les historiens ecclésiastiques que Spiridion, évêque de Trémithonte qui fut depuis invoqué comme saint, évoqua l’esprit de sa fille Irène pour savoir d’elle où se trouvait caché un dépôt d’argent qu’elle avait reçu d’un voyageui;. Swedenborg communiquait habituellement avec les pré- tendus morts dont les formes lui apparaissaient dans la lumière astrale. Nous avons connu plusieurs personnes dignes de foi qui nous ont assuré avoir revu pendant des années entières des défunts qui leur étaient chers. Le célèbre athée Sylvain Maréchal apparut à sa veuve et à une amie de cette dernière pour leur donner connaissance d’nne somme de 1500 francs en or qu’il avait cachée dans un tiroir secret d’un meuble. Nous tenons cette anecdote d’une ancienne amie de la famille.
Les évocations doivent toujours être motivées et
\sii
RITUEL DE I.A HAUTE MAGIE.
avoir un but louable; aulreiiieul, si* sont des opé- rations de ténèbres et de Iblie, très dangereuses pour la raison et pour la santé. Ëvo(iueipar pure curiosité et pour savoir si Ton verra quelque chose, c’est être disposé d’avance à se fatiguer en pure perte. Les hautes sciences n’admettent ni le doute ni les puérilités.
Le motif louable d’une évocation peut être ou d’amour ou d’intelligence.
Les évocations d’amour exigent moins d’appareil et sont de toutes manières plus faciles. Voici comment il faut y procéder :
On doit d’abord recueillir avec soin tous les souvenirs de celui ou de celle qu’on désire revoir, les objets qui lui ont servi et qui ont gardé son empreinte, et meubler soit une chambre où la personne ait demeuré de son vivant, soit un local semblablCj où l’on mettra son portrait, voilé de blanc, au milieu des fleurs que la personne aimait et que l’on renouvellera tous les jours.
Puis il faut observer une date précise, un jour de l’annee qui ait été, soit sa fête, soit le jour le plus heureux pour notre affection et pour la sienne, un jour dont nous supposons que son âme, quelque heureuse qu’elle soit d ailleurs, n’a pu perdre le souve-
LA :;iU;ro^l\nci1‘.
I
nir: c’est ce joiir-là niAme qu’il faut choisir pour révocation, à laquelle on se préparera pendant quatorze jours.
Pendant ce temps, il faudra observer de ne donner à personne les mômes preuves d’affection que le défunt ou la défunte avait droit d’attendre de nous; il faudra observer une chasteté rigoureuse, vivre dans la retraite et ne faire qu’un modeste repas et une légère collation par -jour.
Tous les soirs, à la môme heure, il faudra s’enfermer ftvec une seule lumière peu éclatante, telle qu’une petite lampe funéraire ou un cierge, dans la chambre consacrée au souvenir de la personne regrettée ; on placera cette lumière derrière soi et l’on découvrira le portrait, en présence duquel on restera une heure en silence ; puis on parfumera la chambre avec un peu de bon encens, et l’on en sortira à reculons. .
Le jour fixé pour l’évocation, il faudra se parer dès le matin comme pour une fête, n’adresser le premier la parole à personne de la journée, ne faire qu’un repas composé de pain, de vin et de racines ou de fruits ; la nappe devra être blanche ; on mettra deux couverts et l’on rompera une part du p.dn, qui devra être servi entier; on mettra aussi
186 UITUüL DE LA HAUTE MAGIE.
quelques gouUes de vin dans le verre de la personne qu’on veut évoquer. Ce repas doit être fait en silence, dans la chambre des évocations, en pré- sence du portrait voilé; puis on emportera tout ce qui aura servi pour cela, excepté le verre du défunt et sa part de pain qui seront laissés devant son portrait.
Le soir, à l’heure de la visite habituelle, on se rendra dans la chambre en silence; on y allumera un feu clair avec du bois de cyprès, et l’on y jettera sept fois de l’encens en prononçant le nom de la personne qu’on veut revoir ; on éteindra ensuite la lampe et on laissera le feu mourir. Ce jour-là on ne dévoilera pas le portrait.
Quand la flamme sera éteinte, on remettra de l’encens sur les charbons, et l’on invoquera Dieu suivant les formules de la religion à laquelle appartenait la personne décédée et suivant les idées qu’elle avait elle-même de Dieu.
Il faudra , en faisant cette prière , s’identifier à la personne évoquée , parler comme elle parlerait , se croire en quelque sorte elle-même ; puis, après un quart d’heure de silence, lui parler comme si elle était présente, avec affection et avec foi, en la priant de se montrer à nous; renouveler cette
LA NliCROMANClIi.
prière mentalement et en couvrant son visage de ses deux mains, puis appeler trois fois et à haute voix la personne; attendre à genoux et les yeux fermés ou couverts pendant (jiielques minutes en lui parlant mentalement ; puis l’appeler trois fois encore d’une voix douce et affectueuse, et ouvrir lentement les yeux. Si l’on ne voyait rien, il faudrait renouveler cette expérience l’année suivante et ainsi jusqu’à trois fois. Il est certain qu’au moins la troisième fois on obtiendra l’apparition désirée, et, plus elle aura tardé, plus elle sera visible et saisissante de réalité.
Les évocations de science et d’intelligence se font avec des cérémonies plus solennelles. S’il s’agit d’un personnage célèbre, il faut méditer pendant vingt et un jours sa vie et ses écrits, se faire une idée de sa personne, de sa contenance et de sa voix ; lui parler mentalement et s’imaginer ses réponses, porter sur soi son portrait ou au moins son nom, s’assujettir à un régime végétal pendant les vingt et un jours, et à un jeûne sévère pendant les sept derniers ; puis construire l’oratoire magique tel que nous l’avons décrit au chapitre treizième de notre dogme. L’oratoire doit être entièrement fermé ; mais, si l’on doit opérer de jour, on peut laisser une
1H8 IUT[îi:i. DK LA IIAUTK MAGIK.
«Hl’oile oiivertiiro du cAtd nù doit donner le soleil à l’heure de révocation, et placer (levant celte ouveiture un prisme triangulaire, puis devant le prisme un globe de cristal rempli d’eau. Si l’on doit opé- rer de nuit, on disposera la lampe magique de manière à faire tomber son unique rayon sur la fumée de l’autel. Ces préparatifs ont pour but de fournir à l’agent magique des éléments d’une apparence corporelle, et de soulager d’autant la tension de notre imagination, qu’on n’exalterait pas sans danger jusqu’à l’illusion absolue du rêve. On comprend assez, d’ailleurs, qu’un rayon de soleil ou de lampe diversement coloré et tombant sur une fumée mobile et irrégulière ne peut en aucune façon créer une image parfaite. Le réchaud du feu sacré doit être au centre de l’oratoire, et l’autel des parfums à peu de distance. L’opérateur doit se tourner vers Torient pour prier, et vers l’occident pour évoquer; il doit être seul ou assisté de deux personnes qui observeront le plus rigoureux silence; il aura les vêtements magiques tels que nous les avons dé- crits au chapitre septième, sera couronné de verveine et d’or. Il aura dû se baigner avant l’opération, et tous ses vêtements de dessous devront être d’une intacte et rigoureuse propreté.
L\ NÉCUOMANCIli.
On cümmenceru par une prière appropriée au génie de l’esprit qu’on veut évoquer, et qu’il pourrait approuver kii-mênie s’il vivait encore. Ainsi l’on n’évoquerait jamais Voltaire, par exemple, en récitant des oraisons dans le goût de celles de sainte Brigitte. Pour les grands hommes des temps antiques, on dira les hymnes deCléanthe ou d’Orphée, avec le serment qui termine les vers dorés de Pythagore. Lors de notre évocation d’Apollonius, nous avions pris pour rituel la magie philosophique de Patricius, contenant les dogmes de Zoroastreet les ouvrages d’Hermès Trismégistè. Nous lûmes à haute voix le Nuctéméron d’Apollonius en grec, et nous y ajoutâmes la conjuration suivante^
UouXyÎç 5’ô TraTY/O iràvTwv , xat xaBriyY)7ï}ç b rpiaficytSTOç Épfx-7/;. iarpcx7ç o’o À cxXyjirt'oç ô Htfdicdov. te xa'c
fxufxvç TtàXtv Octp:; p£ <5 wv w texvov àuTÔ(7t7u. ^tXoao-ptaç St ÂpyeCà<7xtvcç. n orr,Z(xri; <5e iràXjv b ÀçxXeTTtoî, ° Ipouôïîç.
()uToc r’à xphnra, (fZaiv Ép^v7ç, twv e^cov CTTtyvocov. Tac ypàpfjtarov TràvTwv, xac ôcaxpcvoOac, xat ztya. fxzvavrot x(xzi(j‘/_r)<Jtv y. 0£ xac Trpô; rjtpytcca; ^yrjvcoy wQàvtt , a-nXat xa": b^t^iyxoïç
''^apa.^cùCiy.
^îay£cav, o AîtoÀXwvco; , i ATroXXcov'loç, ô ArroXXtoy'coç SiSy-zxcc; Toj Tioùoiazpyj. Toü Qpo'jaCvj, èatt St toüto, 9îwv G.'pà-
TEca.
Pour révocation des esprits appartenant aux reli-
lUTUliL Dli lA HAUTE MAGIE.
gioiis émanées du judaïsme, il faut dire rinvocalioii cabalistique de Salomon, soit en hébreu, soit ou toute autre langue qu’on sait avoir été ramiliore à l’esprit qu’on évoque :
Puissances du royaume, soyez sous mon pied gauche et dans ma main droite ; Gloire et Éternité, touchez mes deux épaules et dirigez-moi dans les voies de la victoire: Miséricorde et Justice, soyez l’équilibre et la splendeur de ma vie ; Intelligence et Sagesse, donnez-moi la couronne; esprils de Malchuth, conduisez-moi entre les deux colonnes sur lesquelles s’appuie tout l’édifice du temple; anges de Netsah et de Hod, affermissez-moi sur la pierre cubique de Jesod^
O Gédulael ! ô Geburael ! ô Tiphereth ! Binael, sois mon amour; Ruach Hochmael, sois ma lumière; sois ce que tu es et ce que tu seras, ô Kétheriel!
Ischim^ assistez-moi au nom de Saddaï.
Cherubim, soyez ma force au nom cI’Adonaï.
Beni~Elohim ^ soyez mes frères au nom du fils et par les vertus de Zébaoth,
Eloïm, combattez pour moi au nom de Tetragrammaton.
Malachim. protégez-moi au nom de mn>.
Seraphim, épurez mon amour au nom d’ELVOH.
Hasmalim, éclairez-nioi avec les splendeurs d’ELoï et de Schechinah.
Aralim^ agissez; Ophanlm^ tournez et resplendissez.
Hajoth a Kadosh, criez, parlez, rugissez, mugissez : Kadosh, Kadosh., Kadosh, Saddaï, Adonaï,
JoTCHAVAH , EiEAZEREIE.
Hallelu-jah, Hallelu-jah, Hallelu-jah. Amen,
11 faut bien se rappeler surtout, dans les conjurations, que les noms de Satan, de Beelzebub, d’A- dramelek, et les autres, ne désignent pas des unités spirituelles, mais des légions d’^esprits impurs. Je me nomme légion, dit dans l’Évangile l’esprit de ténèbres, parceque noussommes en grand nombre. En enfer, règne de l’anarchie, c’est le nombre qui fait la loi et le progrèss’y accomplit en sens inverse, c’est-à-dire que les plus avancés en développement satanique, les plus dégradés par conséquent, sont les moins intelligents et les plus faibles. Ainsi, une loi fatale pousse les démons à descendre lorsqu’ils croient et veulent monter. Aussi ceux qui se disent les chefs sont-ils les plus impuissants et les plus mé- prisés de tous. Quant à la foule des esprits pervers, elle tremble devant un chef inconnu, invisible, incompréhensible, capricieux, implacable, qui n’ex-
19*2 lUTUKL Dli LA HAUTE MAGIE.
pliqiiu jamais ses lois, cl qui a toujours le bras éleiulu pour frapper ceux (jui u’ont pu le deviner. Ils donnent à ce fantôme les noms de Baal, de Jupiter, ou d’autres même plus vénérables, et qu’on ne prononce pas en enfer sans les profaner: mais ce fantôme n’est que l’ombre et le souvenir de Dieu, défigurés par leur perversité volontaire, et restés dans leur imagination comme une vengeance de la justice et un remords de la vérité.
Lorsque l’esprit de lumière qu’on a évoqué se montre avec un visage triste ou irrité, il faut lui offrir un sacrifice moral, c’est-à-dire être intérieurement disposé à renoncer à ce qui l’offense; puis il faut, avant de sortir de l’oratoire, le congédier en lui disant: Que la paix soit avec toi! Je n’ai pas voulu te troubler, ne me tourmente pas; je travaillerai à me réformer en tout ce qui t’offense; je prie et je prierai avec toi et pour toi ; prie avec moi et pour moi et retourne à ton grand sommeil, en attendant le jour où nous nous réveillerons ensemble. Silence et adieu !
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans ajouter, pour les curieux, quelques détails sur les céré- monies de la nécromancie noire. On trouve dans plusieurs anciens auteurs comment la pratiquaient
LA NÉCilüMANClE.
les sorcières île Thessalie cl les Canidies de Rome. On creusait une fosse, au bord de laquelle on égorgeait une brebis noire; puis on éloignait avec l’épée magique les psylles et les larves qui étaient supposées présentes et empressées à boire le sang ; on I invoquait la triple Hécate et les dieux infernaux, et on appelait trois fois l’ombre qu’on voulait voir apparaître. '
Au moyen âge, les nécromans profanaient les 1 tombeaux, composaient des philtres et des onguents üavec la graisse et le sang des cadavres ; ils y me- Ikient l’aconit, la belladone et le champignon véné- 1 lieux ; puis ils recuisaient et écumaient ces affreux imélanges sur des feux composés d’ossements huumains et de crucifix dérobés aux églises; ils y mê- laient des poudres de crapauds desséchées et de la .cendre d’hosties consacrées; puis fisse frottaient les •tempes, les mains et la poitrine de l’onguent inferlaal traçaient le pantacle diabolique, évoquaient les morts sous les gibets ou dans les cimetières abanllonnés,. On entendait de loin leurs hurlements, 3t les voyageurs attardés croyaient voir sortir de t erre des légions de fantômes ; les arbres mêmes
|*^jrenaient à leurs yeux des figures qui faisaient neur ; on voyait scintiller des yeux de feu dans les
19/l '• RITUEL DE LA HAUTE MAGIE,
Ijuissoiis, et les grenouilles des marais semblaient répéter d’une voix rauque les paroles mystérieuses du sabbat. C’était le magnétisme de riiallucination et la contagion de la folie.
Les procédés de la magie noire ont pour but de troubler la raison et de produire toutes les exaltations fiévreuses qui donnent le courage des grands crimes. Les grimoires que l’autorité autrefois faisait saisir et brûler partout où elle les rencontrait n’étaient certes pas des livres innocents. Le sacrilège, le meurtre et le vol sont indiqués ou sous-entendus comme moyens de réalisation dans presque toutes ces œuvres. C’est ainsi que dans le Grand Grimoire et dans le Dragon rouge, contrefaçon plus moderne du Grand Grimoire, on lit une recette intitulée : Composition de mort, ou pierre philosophale. C’est une espèce de consommé d’eau-forte, de cuivre, d’arsenic et vert de gris. On y trouve aussi des procédés de nécromancie qui consistent à fouiller la terre des tombeaux avec ses ongles, à eu retirer des ossements qu’on tiendra en croix sur sa poitrine, à assister ainsi à la messe de minuit, la nuit de Noél, dans une église, et au moment de l’élévation se lever et s’enfuir en criant : Que les , morts sortent de leurs tombeaux ! puis retour-
lier au cimetière, prendre une poignée de terre cpii touche du plus près un cercueil, revenir en courant à la porte de Téglise qu’on aura épou- ’ vantée de sa clameur y déposer les deux os en croix en criant encore : Que les morts sortent de leurs tombeaux! et, s’il ne se trouve là personne pour vous arrêter et vous conduire à la maison des fous, ^s’éloigner à pas lents et compter quatre mille cinq cents pas sans se détourner ce qui fait supposer ou que vous suivrez une grande route ou que vous escailaderez les murailles. Au bout de ces quatre mille icinq cents pas, vous vous coucherez par|terre ; après lavoir semé en croix la terre que vous tenez dans la tmain, vous vous placerez comme on est dans le ^ cercueil, et vous répéterez encore d’une voix lugubre: Que les morts, etc., et vous appellerez trois ifois celui que vous voudrez voir paraître. Il ne faut pas douter que la personne assez folle et assez per- , verse pour se livrer à de pareilles œuvres soit disposée déjà à toutes les chimères et à tous les antômes. La recette du Grand Grimoire est donc certainement très efficace, mais nous ne conseillons : i aucun de nos lecteurs d’en faire usage
lUTUEL DE IA HAUTE MAGIE.
CHAPITRE XIV.
LES TR'aNSMUTATIONS.
Saint Augustin, avons-nous dit, se demande si Apulée a pu être changé en âne, puis rendu à sa première forme. Le même docteur pouvait se pré- occuper également de l’aventure des compagnons d’Ulysse changés en pourceaux par Circé.Les transmutations et les métamorphoses ont toujours été,
lÆS TRANSMUTATIONS.
dans l’opinion du vulgaire, l’esseuce même de la magie. Or, le vulgaire cpii se fait l’écho de l’opinion, reine du monde, n’a jamais ni parfaitement raison ni entièrement tort.
La magie change réellement la nature des choses, ou plutôt modifie à son gré leurs apparences, suivant la force de volonté de l’opérateur et la fascination des adeptes aspirants. La parole crée sa forme, et, quand un personnage réputé infaillible a nommé une chose d’un nom quelconque, il transforme réellement cette chose en la substance signifiée par le nom qu’il lui donne.' Le chef-d’œuvre de la parole et de la foi, en ce genre, c’est la transmutation réelle d’une substance dont les apparences ne changent pas. Si Apollonius avait dit à .ses disciples en leur donnant une coupe pleine de vin : Voici mon sang que vous boirez à jamais pour perpétuer ma vie en vous, et si ses disciples avaient pendant des siècles cru continuer cette transformation en répétant les mêmes paroles, et pris le vin, malgré son odeur et sa saveur, pour le sang réel, humain et vivant d’Apollonius, il faudrait reconnaître ce maître en théurgie pour le plus habile des fascinateurs et le plus puissant de tous les mages. 11 nous resterait à l’adorer.
On suit (|ue les niugTi('*liseiirs donnonl à l’eau f)üLir leurs somnambules toutes les saveurs qui leurs plaisent , et si l’on suppose un magiste assez puissant sur le fluide astral pour magnétiser en même temps toute une assemblée de gens préparés d’ailleurs au magnétisme par une surexcitation suffisante, on expliquera facilement, non pas le miracle évangélique deCana, mais des œuvres du même genre.
Les fascinations de l’amour, qui résultent de la magie universelle de la nature, ne sont-elles pas véritablement prodigieuses et ne transforment-elles pas réellement les personnes et les choses? L’amour est un rêve d’enchantements qui transfigure le monde : tout devient musique et parfums, tout devient ivresse et bonheur. L’être aimé est beau, il est bon, il est sublime, il est infaillible, il est resplendissant, rayonne la santé et le bien-être ;
et, quand le rêve se dissipe, on croit tomber des nues; on regarde avec dégoût la sorcière immonde qui a pris la place de la belle Mélusine, le Thersite qu’on prenait pour Achille ou pour Nérée. Que ne ferait-on pas croire à la personne dont on e.st aimé? mais aussi quelle raison et quelle justice peut-on faire comprendre à celle qui ne nous aime plus ?
L’amour commence par être magicien, il finit par être sorcier. Après avoir créé les mensonges du ciel sur la terre, il y réalise ceux de l’enfer; sa haine est aussi absurde que son enthousiasme, parce qu’il est passionnel, c’est-à-dire soumis à des influences fatales pour lui. C’est pour cela que les sages l’ont proscrit en le déclarant ennemi de la raison. Les sages étaientils à envier ou à plaindre lorsqu’ils condamnaient ainsi sans l’avoir entendu , sans doute, le plus séduisant des coupables ? Tout ce qu’on peut dire c’est que, lorsqu’ils parlaient ainsi, ils n’avaient pas encore aimé ou n’aimaient plus.
Les choses sont pour nous ce que notre verbe intérieur les fait être. Se croire heureux, c’est être heureux ; ce qu’on estime devient précieux en proportion de l’estime même : voilà comment on peut dire que la magie change la nature des choses. Les Métamorphoses d’Ovide sont vraies, mais elles sont allégoriques comme l’âne d’or du bon Apulée. La vie des êtres est une transformation progressive dont on peut déterminer, renouveler, conserver plus longtemps ou détruire plus tôt les formes. Si l’idée de la métempsycose était vraie, ne pourrait-on pas dire que la débauche figurée par Circé change
200 RITlllî!. Dlî IA llAUTl- MAGIE.
réellemcni et malériellevnenl les honmies en pourceaux, car les vices dans cette hypothèse auraient pour châtiment la rechute dans les Formes animales qui leur sont correspondantes? Or, la métempsycose, qui a été souvent mal comprise, a un côté parfaitement vrai ; les formes animales communiquent leurs empreintes sympathiques au corps astral de rhomme, et ce reflètent bientôt sur ses traits, suivant la force de ses habitudes. L’homme d’une douceur intelligente et passive prend les allures et la physionomie inerte d’un mouton ; mais, dans le somnambulisme, ce n’est plus un homme à physionomie moutonne, c’est un mouton qu’on aperçoit, comme l’a mille fois expérimenté l'extatique et savant Swedenborg. Ce mystère est exprimé dans le livre cabalistique du voyantDaniel par la légende de Nabuchodonosor changé en bête, qu’on a eu le tort de prendre pour une histoire réelle comme il est arrivé de presque toutes les allégories magiques.
Ainsi, on peut réellement changer les hommes en animaux et les animaux en hommes ; on peut métamorphoser les plantes et en changer la vertu ; on peut donner aux minéraux des propriétés idéales : il ne s’agit que de vouloir.
On peut également, à volonté, se rendre visible
OU invisible, et nous expliquerons ici les mystères de l’annean de Gygès.
Éloignons d’abord de l’esprit de nos lecteurs toute supposition de l’absurde, c’est-à-dire d’un elfet sans cause ou contradictoire à sa cause. Pour se rendre invisible, de trois choses l’une est nécessaire : ou interposer un milieu opaque quelconque entre la lumière et notre corps, ou entre notre corps et les yeux des assistants, ou fasciner les yeux des assistants de telle manière qu’ils ne puissent pas faire usage de leur vue. Or, de ces trois manières de se rendre invisible, le troisième seulement est magique.
N’avons-nous pas remarqué souvent que, sous Tempire d’une forte préoccupation nous regardons sans voir, et que nous allons nous heurter contre des objets qui étaient devant nos yeux? « Faites qu’en voyant ils ne voient pas » , a dit le grand initiateur ; et l’histoire de ce grand maître nous apprend qu’un jour, se voyant sur le point d’être lapidé dans le temple, il se rendit invisible et sortit.
Nous ne répéterons pas ici les mystifications des grimoires vulgaires sur l’anneau d’invisibilité. Les uns le composent de mercure fixé et veulent qu’on
le garde dans une boîte de môme métal, après y avoir enchâssé une petite pierre qui doit infailliblement se trouver dans le nid de la huppe (au lieu de huppe, c’est dupe qu’il faudrait lire). L’auteur du Petit Albert veut qu’on fasse cet anneau avec des poils arrachés sur le front d’une hyène furieuse : c’est à peu près l’histoire du grelot de Rodilard. Les seuls auteurs qui aient parlé sérieusement de l’anneau de Gygès sont Jamblique Porphyre et Pierre d’Apono.
Ce qu’ils en disent est évidemment allégorique, et la figure qu’ils en donnent, ou qu’on peut en faire d’après leur description, prouve que par l’anneau de Gygès ils n’entendent et ne désignent autre ' chose que le grand arcane magique.
L’une de ces figures représente le cycle du mouve- ] ment universel harmonique et équilibré dansl’ôtre impérissable; l’autre, qui doit être fait de l’amalgame des sept métaux, mérite une description par- 1 ticulière.
Il doit avoir un double chaton et deux pierres précieuses, une topaze constellée au signe du soleil, et une émeraude au signe de la lune; intérieurement, il doit porter les caractères occultes des planètes et extérieurement leurs signes connus, répé-
tés deux fois et en opposition cabalistique les uns avec les autres, c’est-à-dire cinq à droite et cinq à gauche, les signes du soleil et de la lune résumant les quatre intelligences diverses des sept planètes. Cette configuration n’est autre chose qu’un pantacle exprimant tous les mystères du dogme magique, et le sens symbolique de l’anneau, c’est que, pour exercer la toute-puissance dont la fascination oculaire est une des preuves les plus difficiles à donner, il faut posséder toute la science et savoir en faire usage.
La fascination s’opère par le magnétisme. Le magiste ordonne intérieurement à toute une assemblée de ne point le voir, et l’assemblée ne le voit pas. Il entre ainsi par des portes gardées ; il sort des prisons devant ses geôliers stupéfaits. On éprouve alors une sorte d’engourdissement étrange et l’on se rappelle avoir vu le magiste comme en rêve, mais seulement après qu’il est passé. Le secret d’invisibilité est donc tout entier dans un pouvoir qu’on pourrait définir : celui de détourner ou de paralyser l’attention, en sorte que la lumière arrive à l’organe visuel sans exciter le regard de l’àme.
Pour exercer cette puissance, il faut avoir une
20/j RirURL DK LA IIAI TR MAOIR.
volonté habiiuf'‘e aux ados énergiques ol soudains, line grande présence d’esprit, et une non moins grande habileté à faire naître des distractions dans la foule.
Qu’un homme, par exemple, poursuivi par des meurtriers, après s’ètre jeté dans une rue de traverse, se retourne tout à coup, et vienne, avec un visage calme, au devant de ceux qui courent après lui , ou qu’il se mêle avec eux et paraisse occupé de la même poursuite, il se rendra certainement invisible. Un prêtre, qu’on poursuivait en 93 pour l’accrocher à la lanterne, tourne rapidement une rue, et là il met habit bas et se penche au coin d’une borne dans l’attitude d’un homme affairé. La multitude de ceux qui le poursuivaient arrive immédiatement : pas un ne le voit, ou plutôt pas un ne s’avise de le reconnaître : il était si peu probable que ce fût lui !
La personne qui veut être vue se fait toujours remarquer, et celle qui veut rester inaperçue s’efface et disparaît. La volonté est le véritable anneau de Gygès ; c’est aussi la baguette des transmutations, et c’est en se formulant nettement et fortement qu’elle crée le verbe magique. Les paroles toutespuissantes des enchantements sont celles qui expri-
LES IRANSMUTATIONS.
meut ce pouvoir créateur des formes. Le tétragramme , qui est le mot suprême de la magie , signifie : 11 est ce qu’il sera ; et, si on l’applique à quelque transformation que ce soit avec une pleine intelligence, il renouvellera et modifiera toutes choses, en dépit même de l’évidence et du sens commun. Le hoc est du sacrifice chrétien est une traduction et une application du tétragramme ; aussi cette simple parole opère-t-elle la plus complète, la plus invisible, la plus incroyable et la plus nettement affirmée de toutes les transformations. Un mot dogmatique plus fort encare que celui de transformation a été jugé nécessaire par les conciles pour exprimer cette merveille : c’est celui de transsubstantiation .
Les mots hébreux m.T, .thk, ont été regardés par tous les cabalistes comme les clefs de la transformation magique. Les mots latins est^ sit^ esto, fiat, ont la même force quand on les prononce avec une pleine intelligence. M. de Montalembert raconte sérieusement, dans sa légende de sainte Elisabeth de Hongrie, qu’un jour cette pieuse dame, surprise par son noble époux, auquel elle voulait cacher ses bonnes œuvres , au moment où elle portait aux pauvres des pains dans son tablier, lui
dit qu’elle portail des roses, et, vi'irifi cation faite, il se trouva qu’elle n’avait pas menti : les pains s’étaient changés en roses. Ce conte est un apologue magique des plus gracieux, et signitie (pie le vrai sage ne saurait mentir, que le verbe de sag(;sse
détermine la forme des choses, ou môme leur suh-
stanee indépendamment de leurs formes. Poiir(|uoi par exemple, le noble époux de sainte Elisabeth, bon et solide chrétien comme elle, et qui croyait fermement à la présence réelle du Sauveur en vrai corps humain sur un autel où il ne voyait qu’une hostie de farine, n’aurait-il pas cru à la présence réelle des roses dans le tablier de sa femme sous les apparences du pain? Elle lui montra du pain, sans doute ; mais comme elle avait dit : Ce sont des roses, et qu’il la croyait incapable du plus léger mensonge, il ne vit et ne voulut voir qpe des roses. Voilà le seeret du miracle.
Une autre légende rapporte qu’un saint dont le nom m’échappe, ne trouvant à manger qu’une volaille, en carême ou un vendredi, commanda à cette volaille d’être un poisson et en fit un poisson. Cette parabole n’a pas besoin de commentaire, et nous rappelle un beau trait de saint Spiridion de Trémithonte, le même qui évoquait l’âme de sa fille
Irène. Un voyageur arriva le jour même du vendredi saint chez ce bon évêque, et, comme en ce temps-là les évêques, prenant le christianisme au sérieux, étaient pauvres, Spiridion, qui jeûnait régulièrement, n’avait chez lui que du lard salé qu’on préparait d’avance pour le temps pascal. Toutefois, comme l’étranger était exténué de fatigue et de faim, Spiridion lui présenta* de cette ’ viande, et, pour l’encourager à en manger, il se mit à table avec lui et partagea ce repas de la charité, transformant ainsi la chair même que les Israélites regardaient comme la plus impure en agapes de pénitence, se mettant au-dessus du maté- riel de la loi par l’esprit de la loi même et se montrant un vrai et intelligent disciple de l’homme- Dieu, qui a établi ses élus rois de la nature dans les trois mondes.
CHAPITRE XV.
LE SABBAT DES SORCIERS.
Nous voici revenus à ce terrible nombre (luiiize, qui, dans la clavicule du tarot, présente pour symbole un monstre debout sur un autel, portant une mitre et des cornes, ayant un sein de femme et les parties sexuelles d’un homme, une chimère, un sphinx difforme, une synthèse de monstruosités; et, au-dessous de cette figure, nous lisons en inscription toute franche et toute naïve : le diable.
Oui , nous abordons ici le fantôme de toutes les épouvantes, le dragon de toutes les théogonies, l’Arimane des Perses, le Typhon des Égyptiens, le Python des Grecs, l’antique serpent des Hébreux, la vouivre, le graouilli, la tarasque, la gargouille, la grande bêle du moyen âge, pis encore que tout cela, le Baphomet des templiers, l’idole barbue des alchimistes, le dieu obscène de Mendès, le bouc du sabbat.
Nous donnons en tête de ce Rituel la figure exacte de ce terrible empereur de la nuit avec tous ses attributs et tous ses caractères.
CERCLE GOETIQÜE
Des Évocations noires et des Pactes (page 208).
IA- SABBAT DBS SÜRCIBIIS.
Disons mainleiuini, j)onr réditicalion du vul- , gaire, pour la salisi’acliou de M. le eouite de Mirville, pour la jiistiücatiou de Bodiu le démoiiomane, pour la plus grande gloire de l’Église, qui a persécuté les templiers, brûlé les magiciens, excommunié les francs-maçons, etc., etc.; disons hardii ment et hautement que tous les initiés aux sciences occultes (je parle des initiés inférieurs et profanai leurs du grand arcaoe) ont adoré, adorent encore et adoreront toujours ce qui est signifié par cet . épouvantable symbole.
Oui, dans notre conviction profoilde, les grands ; maîtres de l’ordre des templiers adoraient le Baphoinet et le faisaient adorer à leurs initiés; oui, il a
• existé et il peut exister encore des assemblées pré- 'sidées par cette figure, assise sur un trône avec sa I torche ardente entre les cornes; seulement les ado- 1 rateurs de ce signe ne pensent pas comme nous, que
• ce soit la représentation du diable, mais bien celle
• du dieu Pan, le dieu de nos écoles de philosophie I moderne, le dieu de théurgistes de l’école d’A- I lexandrie et des mystiques néoplatoniciens de nos 1 jours, le dieu de Lamartine et de M. Victor Cousin, lie dieu de Spinosa et de Platon, le dieu des écoles .-guosti(|ues primitives; le Christ même du sacerdoce
RiriJKL DE LA HAUTE MAGIE.
ilissicleiit; et cette dernière (jiialitication (loiiiiep an bono de la magie noire n’étonnera pas ceux qui étudient les antiquités religieuses et qui ont suivi dans leurs diverses transformations les phases du symbolisme et du dogme soit dans l’Inde, soit dans l’figypte, soit dans la J udée.
Le taureau, le chien et le bouc, sont les trois animaux symboliques de la magie hermétique dans, laquelle se résument toutes les traditions de l’É- gypte et de l’Inde. Le taureau représente la terre ou le sel des philosophes; le chien, c’est Hermanubis, le Mercure des sages, le fluide, l’air et l’eau : le bouc représente le feu, et il est en même temps le symbole de la génération .
En Judée on consacrait deux boucs, l’un pur, l’autre impur. Le pur était sacrifié en expiation des péchés; l’autre, chargé par imprécation de ces mêmes péchés, était envoyé en liberté dans le dé- sert. Chose étrange, mais d’un symbolisme profond ! la réconciliation par le dévoùmenf et l’expiation par la liberté ! Or, tous les pères qui se sonl occupés du symbolisme juif ont reconnu dans le bouc immolé la figure de celui qui a pris, disentils, la forme même du péché. Donc les gnostiques n’étaient pas en dehors des traditions symboliques
LE SABBAT DES SORCIERS.
lors((ivils cloiinaiem au Christ libérateur la figure mystique du bouc.
Toute lakalibaleettoutcla magie se partagent eu efïet entre le culle du bouc sacrifié et celui du bouc einissaire. 11 y a donc la magie du sanctuaire et celle du désert, l’église blanche et l’église noire, le sacerftoce des assemblées publiques et le sanhédrin du ^sabbat.
Le bouc qui est représenté dans notre frontispice porte sur le front le signe du pentagramme, la pointe en haut, ce qui suffit pour en faire un 'Symbole de lumière ; il fait des deux, mains le signe ■ de foccultisme, et montre en haut la lune blanche .de Cbesed., et en bas la lune noire de Géburah. Ce 'Signe exprime le parfait accord de la miséricorde avec la justice. L’un de ses bras est féminin, f autre nnasculin, comme dans l’androgyne de Khunrath fdont nous avons dû réunir les attributs à ceux de ( notre bouc, puisque c’est un seul et même sym- Ihole. Le flambeau de l’intelligence qui brille entre <ses cornes, est la lumière magique de l’équilibre ‘Universel: c’est aussi la figure de l’âme élevée au- < dessus de la matière, bien que tenant à la matière
' même, comme la flamme tient au flambeau. La
itête hideuse de l’animal exprinie l’horreur du pé-
UlTUtL DE l.A HAUTE MAGIE.
clié, düiil ragent materiel, seul respoiisalile, doit seul et à jamais porter la peine: car l’àme e.st impassible desa nature, et n’arrive à souifrirqu’en se matérialisant. Le caducée, (]ui tient lieu de l’organe générateur, représente la vie éternelle; le ventre couvert d’écailles c’est l’eau ; le cercle qui est audessus, c’est l’atmosphère; les plumes qui viennent ensuite sont l’emblème du volatile; puis l’humanité est représentée par les deux mamelles et les bras androgynes de ce sphinx des sciences occultes.
Voilà les ténèbres du sanctuaire infernal dissipées, voilà le sphinx des terreurs du moyen âge deviné et précipité de son trône: quomodo cecidisti^ Lucifer’} Le terrible Baphomet n’est plus, comme toutes les idoles monstrueuses énigmes de la science antique et de ses rêves qu’un hiéroglyphe innocent et même pieux. Comment l’homme adorait-il la bête, puisqu’il exerce sur elle un souverain empire? Disons, pour l’honneur de l’humanité, qu’elle n’a jamais adoré les chiens et les boucs plus que les agneaux et les pigeons. En fait d’hiéroglyphe, pourquoi pas un bouc aussi bien qu’un agneau ? Dans les pierres sacrées des cbrétiens gnostiques de la secte de Basilidès, on voit des re’présentations du Christ sous
LE SABBAT DES SORCIERS.
les diverses figures des animaux de la Kabbale: ttaiilôt c’est im taureau, tantôt un lion, tantcM un 'Serpent à tête de lion ou de taureau ; paiiout il porte en même temps les attributs de la lumière comme notre bouc que son signe du pentagramme : défend de prendre pour une des images fabuleuses de Satan.
Disons bien haut, pour combattre des restes de I manichéisme qui se révèlent encore tous les jours ichez nos chrétiens, que Satan, comme personnalité ^supérieure et comme puissance n’existe pas. Satan
fc’est la personnification de toutes les erreurs, de ttoùtes les perversités, et par conséquent aussi de doutes les faiblesses. Si Dieu peut être défini celui iqui existe nécessairement, ne peut-on pas définir vson antagoniste et son ennemi, celui qui nécessairrement n’existe pas?
L’affirmation absolue du bien implique la négattion absolue du mal; aussi dans la lumière l’ombre t-elle-même est lumineuse. C’est ainsi que les esprits l'égarés sont bons par tout ce qu’ils ont d’être et (de vérité. Il n’y a pas d’ombres sans reflets ni de ! nuits sans lune, sans phosphores et sans étoiles. Si d’enfer est une justice, c’est un bien. Personne n’a i jamais blasphémé Dieu. Les injures et les moque-
lUTI lilmi LA IIAIJTL MAGlIi.
ries qu’on adresse à ses images délij^urées ne l’atteignent pas.
Nous venons de noimner le manichéisme, et c’est par cette monstrueuse hérésie que nous expli- (pierons les aberrations de la magie noire. Le dogme de Zoroastre mal compris, la loi magique des deux forces qui constituent l’équilibre universel, ont fait imaginer à quelques esprits illogiques une divinité négative, subordonnée mais hostile à la divinité active. C’est ainsi que se forma le binaire impur. On eut la folie de scinder Dieu ; l’é- toile de Salomon fut séparée en deux triangles, et les manichéens imaginèrent une trinité de la nuit. Ce Dieu mauvais, né dans l’imagination des sectaires, devint l’inspirateur de toutes les folies et de tous les crimes. On lui offrit de sanglants sacrifices; l’idolâtrie monstrueuse remplaça la vraie religion; la magie noire fit calomnier la haute et lumineuse magie des vrais adeptes, et il y eut dans les cavernes et dans les lieux déserts d’horribles conventicules de sorciers, de goules et de stryges : car la démence se change bientôt en frénésie, et des sacrifices humains à l’anthropophagie il n’y a qu’un pas.
Les mystères du sabbat ont été diversement ra-
Lli SABHAT DES SORCIERS.
contes, niais ils tigiirenl toujours dans les grimoires et dans les procès de magie. On peut diviser toutes les révélations qui ont été faites à ce sujet eu trois séries : 1” celles qui se rapportent à un sabbat fantastique et imaginaire ; 2° celles qui trahissent les secrets des assemblées occultes de vrais adeptes; 3° les révélations d’assemblées folles et criminelles ayant pour objet les pratiques de la magie noire.
Pour un grand nombre de malheureux et de malheureuses adonnés à de folles et abominables pratiques, le sabbat n’était qu’un long cauchemar dont les rêves leur semblaient des réalités, et qu’ils se procuraient au moyen de breuvages, de fumigations et de frictions narcotiques. Porta, que nous avons déjà signalé comme un mystificateur, donne dans sa Magie naturelle la prétendue recette de l’onguent des sorcières, au moyen duquel elles se font transporter au sabbat. Il le compose de graisse d’enfant, d’aconit bouilli avec des feuilles de peuplier et quelques autres drogues; puis il veut qu’on y mêle de la suie de cheminée, ce qui doit rendre peu attrayante la nudité des sorcières qui vont au sabbat frottées de cette pommade. Voici une autre recette plus sérieuse donnée également par Porta,
RITlIIîL DE LA HAUTE MAGIE.
et que nous transcrivons en latin pour lui laisser tout son caractère de grimoire :
Jiecipe : suim^ acorum vulgare, pentaphyllon ^ vei'spertillionis sanguinem solanu7n sormnferim et oleum, le tout bouilli et incorporé ensemble jusqu’à consistance d’onguent.
Nous pensons que les compositions opiacées, la moelle de chanvre vert, le datura stramonium, le laurier-amande, entreraient avec non moins de succès dans de semblables compositions. La graisse ou le sang des oiseaux de nuit, joints à ces narcotiques avec des cérémonies de magie noire, peuvent frapper l’imagination et déterminer la direction des rêves. C’est à des sabbats rêvés de cette manière qu’il faut rapporter les histoires de boucs qui sortent d’une cruche et y rentrent après la cérémonie, de poudres infernales recueillies derrière le même bouc , appelé maître Léonard , de festins où l’on mange des avortons bouillis sans sel avec des serpents et des crapauds , de danses où figurent des animaux monstrueux ou des hommes et des femmes à formes impossibles, de débauches effrénées où les incubes donnent un sperme froid. Le cauchemar seul peut produire de pareilles choses et seul peut les expliquer. Le malheureux curé Gaufridyetsa
LE SABRAT DES SORCIERS,
pénitente débauchée, Madeleine delà Paliid, devinirent fous de pareilles rêveries, et se compromirent :poni‘ les soutenir jusqu’au bûcher. 11 faut lire dans i leur procès les dépositions de ces pauvres malades ipour comprendre jusqu’à quelles aberrations peut ^s’emporter une imagination blessée. Mais le sabbat m’a pas toujours été un rêve, et il a existé réellemient; il existe même encore des assemblées secrètes tet nocturnes oii l’on a pratiqué et où l’on pratique Hes rites de l’ancien monde, et de ces assemblées les urnes ont un caractère religieux et un but social, les jaiitres sont des conjurations et des orgies. C’est jsous ce double point de vue que nous allons cousi- I dérer et décrire le vrai sabbat, soit de la magie ! lumineuse, soit de la magie de ténèbres.
Lorsque le christianisme proscrivit l’exercice j public des anciens cultes, il réduisit les partisans . des religions à se réunir en secret pour la célébra- Uion de leurs mystères. A ces réunions présidaient I des initiés qui établirent bientôt parmi les diverses muances de ces cultes persécutés une orthodoxie t que la vérité magique les aidait à établir avec d’au- : tant plus de facilité, que la proscription réunit les volontés et resserre les liens de la fraternité entre les hommes. Ainsi, les mystères d’isis, de Cérès
il8 RITIIKL Üli LA HAUTE MAGIE.
I^^leiisine, de Hacclius, se réunirent à ceux do la bonne déesse et du druidisme primitif. Les assemblées se tenaient ordinairement entre les jours de Mercure et de Jupiter, ou entre ceux de Vénus et de Saturne; on s’y occupait des rites de l’initiation, on échangeait les signes mystérieux, on chantait les hymnes symboliques, on s’unissait pardesban- (juets, et l’on formait successivement la chaîne magique par la table et par la danse ; puis on se séparait après avoir renouvelé les serments entre les mains des chefs et reçu leurs instructions. Le
récipiendaire du sabbat devait être amené ou plutôt apporté à l’assemblée les yeux couverts par le manteau magique, dont on l’enveloppait tout-entier; on le faisait passer sur de grands feux etd’on faisait autour de lui des bruits épouvantables. Lorsqu’on lui découvrait le visage, il se voyait entouré de monstres infernaux et en présence d’un bouc colossal et monstrueux qu’on lui enjoignait d’ado-S rer. Toutes ces cérémonies étaient des épreuves de sa force de caractère et de sa confiance en ses initiateurs. La dernière épreuve surtout était décisive , parce qu’elle présentait d’abord à l’esprit du récipiendaire quelque chose d’humiliant et de ridicule : il s’agissait de baiser respectueusement le
LE SAHHÀT DES SüHClEUS.
derrière du bouc, et l’ordre eu étaitdouné sansiiié- iiagement au uéopbyle. S’il refusait, ou lui revoiliiit la tête et ou le transportait loin de l’assemblée avec une telle rapidité, qu’il croyait avoir été voiture par les nuages; s’il acceptait, on le faisait
touriier autour de l’idole symbolique, et là il trou-
vait, non un objet repoussant et obscène, mais le jeune et gracieux visage d’une prêtresse d’Isis onde Maïa, qui lui donnait un baiser maternel ; puis il était admis au banquet.
Quant aux orgies qui, dans plusieurs assemblées de ce genre, suivaient le banquet, il faut bien se garder de croire qu’elles aient été généralement admises dans ces agapes secrètes ; mais on sait que plusieurs sectes gnostiques les pratiquaient dans leurs conventicules dès les premiers siècles du christianisme. Que la chair ait eu ses protestants dans les siècles d’ascétisme et de compression des sens, cela devait être et n’a rien qui nous étonne ; mais il ne faut pas accuser la haute magie de dérèglements qu’elle n’a jamais autorisés. ïsis est chaste dans son veuvage ; la Diane Panthée est vierge ; Herman ubis, ayant le^ deux sexes, ne peut en satisfaire aucun; l’Hermaphrodite hermétique estchaste. Apollonius de ïyane ne s’abandonna jamais aux
220 RITUF.L m I.A ll.VUTR MAGIE.
siMluctioiis du plaisir; l’iMiipereiir Julien était d’une cliasteté sévére ; Plotiu d’Alexandrie était rigoureux dans ses mœurs comme un ascète; ]\aracelse était si étranger aux folles amours, qiron le crut d’un sexe douteux; Raymond Lulle ne fut initié aux derniers secrets de la science qu’après un dé- sespoir d’amour qui le rendait chaste à jamais.
C’est aussi une tradition de la haute magie que les pantacles et les talismans perdent toute leur vertu quand celui qui les porte entre dans une maison de prostitution ou commet un adultère. Le sabbat orgiaque ne doit donc pas être considéré comme celui des véritables adeptes.
Quant au nom même du sabbat , on a voulu le faire venir du nom de Sabasius; d’autres ont imaginé d’autres étymologies. La plus simple, selon nous, c’est celle qui fait venir ce mot du sabbat judaïque, puisqu’il est certain que les juifs, dépositaires plus fidèles des secrets de la kabbale, ont été presque toujours en magie les grands maîtres du moyen âge.
Le sabbat était donc le dimanche des cabalistes, le jour de leur fête religieuse où plutôt la nuit de leur assemblée régulière. Cette fête, environnée de mystères, avait pour sauvegarde l’épouvante même du
LE SABBAT DES SOUCIEKS.
vulgaire et échappait à la persécution par la terreur.
Quant au sabbat iliabolicpie des nécroinanciens, c'était une contrefaçon de celui des mages et une assemblée de malhiiteurs qui exploitaient des idiots et des fous. On y pratiquait d’horribles rites, et Ton y composait d’abominables mixtions. Les , sorciers et les sorcières y faisaient leur police et se renseignaient les uns les autres pour souteiîir mu - tuellement leur réputation de prophétie et de divi- I nation, car les devins alors étaient généralement ; consultés, et faisaient un métier lucratif tout en I exerçant une véritable puissance.
I Ces assemblées de sorciers et dé sorcières n’ai vaient d’ailleurs et ne pouvaient pas avoir de rites I réguliers: tout y dépendait du caprice des chefs et I des vertiges de l’assemblée. Ce qu’en racontaient ceux qui avaient pu y assister servait de type à ! tous les cauchemars des rêveurs, et c’est du mélange de ces réalités impossibles et de ces rêves démoniaques que sont issues les dégoûtantes et sottes histoires du sabbat qui figurent dans les procédures de magie et dans les livres desSpranger, des Delancre, desDelrio et des Bodin.
Les rites du sabbat gnostique se sont transmis en Allemagne à une association qui a pris le nom
I
RITIJEI, Dli LA HAUTE MAGIE.
de Mopses ; on y a remplacé le bouc c-abalislique par le chien herméticpic, et, lors de la réce])lion d’im candidat ou d’une candidate (car Toixlre admet les dames), on l’amène les yeux bandés ; on tait autour de lui ou d’elle ce bruit intèiTial qui a lait donner le nom de sabbat à toutes les inexplicables rumeurs ; on lui demande s’il a peur ou si elle a peur du diable, puis on lui propose brusquement le choix entre baiser le derrière du grand maître el baiser celui du Mopse, qui est une petite figure de chien recouverte de soie, et substituée à l’ancienne grande idole du bouc de Mendès. Les Mopses ont pour signe de reconnaissance une grimace ridicule qui rappelle les fantasmagories de l’ancien sabbat et les masques des assistants. Du reste leur doctrine se résume dans le culte de l’amour et de la liberté. Cette association se produisit quand l’Église romaine persécuta la franc-maçonnerie. Les Mopses affectaient de ne se recruter que dans le catholicismej et l’on avait substitué au serment de réception un solennel engagement sur l’honneur de ne rien révéler des secrets de l’association. C’é- tait plus qu’un serment, et la religion n’avait plus rien à dire.
Le Baphomet des templiers, dont le nom doit
t.E SABBAT DES SORCIERS.
s’épeler cabalistiqiieiiieiit en sens inverse, se compose de trois abréviations: Tem oiip ab, TempH omnium hominwn pacis abbas, le père du temple, paix universelle des hommes ; le Baphomet était, suivant les uns, une tête monstrueuse; suivant d’autres, un démon en forme de bouc. Un cotïret sculpté a été déterré dernièrement dans les ruines d’une ancienne commanderie du temple, et les antiquaires y ont observé une figure baphométique conforme, quant aux attributs, à notre bouc
de Mendès et à l’androgyne de Khunrath. (^ette figure est barbue avec un corps entier de femme ; elle tient d’une main le Soleil, et de l’autre la Lune, attachés à des chaînes. C’est une belle allé- gorie que cette tête virile qui attribue à la pensée seule le principe initiateur et créateur. La tête, ici, représente l’esprit, et le corps de femme la matière. Les astres enchaînés à la forme humaine et dirigés par cette nature dont l’intelligence est la tête, offrent aussi la plus belle allégorie. Le signe, dans son ensemble, n’en a pas moins été trouvé obscène et diabolique par les savants qui l’ont examiné. Qu’on s’étonne, après cela, de voir s’accréditer de nos jours toutes les superstitions du moyen âge ! Une seul chose me surprend, c’est que,
croyant ail diable et à scs suppôts, on ne rallnnie pas les bûchers. M. Venillot le voudrait, et c’est chez lui de la logique: il faut toujours honorer le.s hoimnesqui ont le couragc'dc leurs opinions.
l-'oursuivons nos recherches curieuses et arrivons aux plus horribles mystères du grimoire, ceux qui se rappoi’tent à révocation des diables et aux pactes avec l’enfer.
Après avoir attribué une existence réelle à la négation absolue du bien, après avoir intronisé l’absurde et créé un dieu du mensonge, il restait àla folie humaine d’invoquer cette idole impossible, et c’est ce que les insensés ont fait. On nous écrivait dernièrement que le très respectable père Ventura, ancien supérieur des théatins, examinateur des évêques, etc. , etc. , après avoir lu notre dogme, avait déclaré que la Kabbale, à ses yeux, était une invention du diable^ et que l’étoile de Salomon était une autre ruse du même diable poui* persuader au monde que lui, diable, ne fait qu’un avec Dieu. Et voilà ce qu’enseignent sérieusement ceux qui sont maîtres en Israël ! L’idéal du néant et des ténèbres inventant une sublime philosophie qui est la base universelle de la foi et la clef de voûte de tous les temples ! le démon ap))osant sa
V
LK SABBAT DBS SORCIEKS.
siu:natui’e à côté de celle de Dieu ! Mes Yéuéi'cTbles
maîtres en théologie, vous êtes plus sorciers qu’on ne pense et que vous ne pensez vous-mêmes; et celui qui a dit : Le diable est menteur ainsi que son ipère, aurait peut-être bien quelques petites choses à .redire aux décisions de vos paternités.
Les évocateurs du diable doivent avant, toute chose être de la religion qui admet un diable créateur et rival de Dieu. Pour s’adresser à une puissance, il faut y croire. Étant donc donné un ifernie croyant à la religion du diable, voici com- .inent il devra procéder pour correspondre avec son ipseudo-dieu :
Axiome magique.
Dans le cercle de son action, tout verbe crée ce Qu'il affirme.
Conséquence directe.
Ce\u\ qui affirme le diable crée ou fait le diable.
[Ce (luil faut avoir pour réussir dans les évocations
infernales.
1’ Un entêtement invincible ;
Une conscience à la fois endurcie au crime et très accessible au remords et à la peur ;
226 RITUKL DE LA HAUTE MAGIE.
'è° Une ignorance alîectée on naturelle ;
/i'’ Une foi aveugle en tout ce (|ui n’est pas croyable ;
5“ Une idée complètement fausse de Dieu.
J1 faut ensuite :
Premièrement, profaner les cérémonies du culte auquel on croit, et en fouler aux pieds les signes les plus sacrés ;
Secondement, faire un sacrifice sanglant ;
Troisièmement, se procurer la fourche magique. C’est une branche d’un seul jet de noisetier ou d’amandier qu'il faut couper d’un seul coup avec le couteau neuf qui aura servi au sacrifice ; la baguette doit se terminer en fourche ; il faut ferrer cette fourche de bois avec une fourche de fer ou d’acier faite de la lame même du couteau avec lequel on l’aura coupée.
Il faut jeûner pendant quinze jours, ne faisant qu’un repas sans sel après le soleil couché ; ce repas sera de pain noir et de sang assaisonné avec des épices sans sel ou de fèves noires, et d’herbes laiteuses et narcotiques ;
Tous les cinq jours s’enivrer, après le soleil couché, de vin dans lequel on aura fait infuser pendant cinq heures cinq têtes de pavots noirs et >
T.E SABBAT DES SORCIERS.
cinq onces de chènevis trituré : le tout contenu dans un linge qui ait été filé par une femme prostituée (à la rigueur, le premier linge venu pourra servir s’il a été filé par une femme).
L’évocation peut se faire soit dans la nuit du lundi au mardi, soit dans celle du vendredi au samedi.
Il tant choisir un endroit solitaire et décrié, tel (ju’un cimetière hanté par les mauvais esprits, une ruine redoutée dans la campagne, la cave d’un couvent abandonnée, la place où s’est commis un assassinat, un autel druidique ou un ancien temple d’idoles.
11 faut se pourvoir d’une robe noire Sans coutures et sans manches, d’une calotte de plomb constellée aux signes de la lune, de Vénus et de Saturne, de deux chandelles de suif humain plantées dans des chandeliers de bois noir taillés en forme de croissant, de deux couronnes de verveine, d’une épée magique à manche noir, de la fourche magique, d’un vase de cuivre contenant le sang de la victime, d’une navette contenant les parfums, qui seront de l’encens, du camphre, de l’aloès, de l’ambre gris, du storax, incorporés et pétris avec du sang de bouc, de taupe et de chauve-
lUTUliI, 1)L L\ IIAUTK MAGil-.
souris; il Faudra aussi avoir quati'c clous arrachés au cercLi(3il d’un supplicié, la tète d’un chat noir nourri de chair huniaine pendant cinq jours, une chauve-souris noyée dans le sang, les cornes d’mi bouc ciim quo puella concubuerit, et le crâne d’uii parricide. Tous ces objets horribles et assez difficiles à rassembler étant réunis, voici comment on les
dispose:
On trace un cercle parfait avec l’épée en réservant toutefois une rupture ou un chemin de sortie ; dans le cercle on inscrit un triangle, on colore avec le sang le pantacle que l’épée a tracé ; puis, à l’un des angles du triangle, on place le réchaud à trois pieds, que nous aurions pu compter aussi parmi les objets indispensables; à la base opposée du triangle on fait trois petits cercles pour l’opérateur et ses deux assistants, et derrière le cercle de l’opérateur on trace, non pas avec le sang de la victime, mais avec le sang même de l’opérateur, le signe du labarum, ou le monogramme de Constantin. L’opérateur ou ses acolytes doivent avoir les pieds nus et la tête couverte.
On aura aussi apporté la peau de la victime immolée; cette peau, découpée en bandes, sera placée dans le cercle, et formera un autre cercle intérieur
I.l>: SABBAT DBS SORCIERS.
(|n’on fixera aux quatre coins avec les (jualre clous (lu supplicié ; près des quatre clous et en dehoi’s du cercle ou placera la tète de chat, le crâne liui main ou plutcM inhumain , les cornes de houe et , la chauve-souris; on les aspergera avec un rameau de bouleau trempé dans le sang de la victime, puis on allumera un feu de bois d’aune et de cyprès ; les deux chandelles magiques seront placées à droite et à gauche de l’opérateur dans les couronnes de verveine. (Voir la figure en tête de ce chapitre.)
On prononcera alors les formules d’évocation qui se trouvent dans les éléments magiques de Pierre d’Apono ou dans les grimoires, soit manuscrits , soit imprimés. Celle du Grand Grimoire, répétée dans le vulgaire. Dragon rouge, a été volontairement altérée à l’impression. La voici telle qu’il faut la lire :
«Per Adonaï Eloïm, Adouaï .leliova, Adonaï Sabaoth, Metraton On Agla Adonaï Mathon, verhum pythonicum, mysterium salamandræ, conventus sylphorum , antra gnomorum, dæmonia Cœli Gad, Almousin, Gibor, .Tehosua, Evam, Zariatnatmik, veni, veni, veni.
La grande appellation d’ Agrippa consiste seule-
t2oü IlITUlil, Dli LA HAUTL MAGIL.
uieiil driiis ces paroles: Dies mies .Ieschet bok\e- ÜOESEF DüUVEMA ENITEMAÜS. NoUS 116 llOUS llallOlJS
pas de comprendre le sens de ces paroles qui peut- être n’en ont aucun, et ne doivent en avoir du moins aucun qui soit raisonnable, puisqu’elles ont la puissance d’évoquer le diable, qui est la souveraine déraison.
Pic de la Mirandole, sans doute par le même motif, affirme qu’en magie noire les mots les plus barbares et les plus absolument inintelligibles sont les plus efficaces et les meilleurs.
Les conjurations se répètent en haussant la voix et avec des imprécations, des menaces, jusqu’à ce que l’esprit réponde. Il est ordinairement précédé, lorsqu’il va paraître, d’un vent violent qui semble faire hurler toute la campagne. Les animaux domestiques tremblent alors et se cachent ; les assistants sentent un souffle devant leur visage, et leurs cheveux humectés d’une sueur froide se dressent sur leur tète.
La grande et suprême appellation, suivant Pierre d’Apono, est celle-ci :
« Hemen~Étan! Hemen-Etan! Hemen-Etan I EP Ati* Titeip* Azia* Hyn* Teü* Minosel* Achadon’^ vay* vaa* Eye* Aaa‘ Eie^ Exe* A EL EL EL A^
lÆ SABBAT UES SORCIERS.
CHAYA.TOTH.
Aie Saraye, aie Saraye, aie Saraye! per Eloym, Archirna, Rabin*, Bathas super Abrac rueiis superveiiiens Abeor super ABER.EKO/Kivcijoth! Ohuvüjoth ! Chavajoth! impero tibi per clavem Salomonis et nomen magnum Semuamphoras. »
Voici maintenant les signes et signatu res ordinaires des démons :
Ce sont là les signatures des simples démons; voici les signatures officielles des princes de l’enfer, signatures constatées juridiquement (juridiquement ! 0 M. le comte de Mirville I), et conservées dans les archives judiciaires comme pièces de cou-
HlTUKl. DK K\ IIAUTK MAGIK.
vicliou pour le procès du mallieureux Uri)am (jraii- (lier.
Ces signatures sont apposées au bas d’un pacte dontM. Collin de Plancy adonné le fac-similé dans l’atlas de son Dictionnaire infernal, et qui porte en apostille: « La minute est en enfer, dans le cabinel de Lucifer» , renseignement assez précieux sur une localité fort mal connue et sur une époque si voisine encore de nous, antérieure pourtant au procès des jeunes Labarre et d’Étalonde, qui, comme tout le monde le sait, furent contemporains de Vi'dtaire.
LK SABBAT DES SORCIERS.
Les évocations étaient souvent suivies tlo pactes.
• qu’on écrivait sur dn parchemin de peau de l)Ouc . avec une plume de fer et une goutte de sang qu’on devait se tirer du bras gauche. La cédule était double : le malin en emportait une, et le réprouvé volontaire avalait l’autre. Les engagements réciproques étaient, pour le démon, de servir le sorcier pendant un certain nombre d’années, et, pour le sorcier, d’appartenir au démon après un temps déterminé. L’Église, dans ses exorcismes, a consacré la croyance à toutes ces choses, et l’on peut dire que la magie noire et son prince ténébreux .sont une création réelle, vivante, terrible, du catholicisme romain ; qu’ils en sont même l’œuvre spé- ciale et caractéristique, car les prêtres n’inventent pas Dieu. Aussi les vrais catholiques tiennent-ils du fond de leur cœur à la conservation, à la régé- nération même de ce grand œuvre qui est la pierre philosophale du culte officiel et positif. On dit que, dans la langue des bagnes, les malfaiteurs appellent le diable le boulanger : tout notre désir, et nous parlons ici non plus en magi.ste, mais en enfant dé- voué du christianisme et de l’Église, à laquelle nous devons notre première éducation et nos premiers enthousiasmes, tout notre désir, disons-nous, est
’2'6l\ ritui-:l de i-a iivute magie.
(jiie le laiiLônie de Satan ne puisse plus ôlie appelé aussi le boulanger des ministres de la murale et des l'eprésentantsde la plus haute vertu. Cornprendrat-on notre pensée, et nous pardonnera-t-on la hardiesse de nos aspirations en faveur de nos intentions dévouées et de la sincérité de notre foi?
La magie créatrice du démon, cette magie qui a dicté le Grimoire du pape Honorius, rEnchiri-
dion de Léon III, les exorcismes du Rituel, les sen-
tences des inquisiteurs, les réquisitoires de Laubardemont, les articles de MM. Yeuillot frères, les livres de MM. de-Falloux, de Montalembert, de Mirville, la magie des sorciers et des hommes pieux qui ne le sont pas est quelque chose de vraiment condamnable chez les uns, et d’infiniment déplorable chez les autres. C’est surtout pour combattre, en les dévoilant, ces tristes aberrations de l’esprit humain, que nous avons publié ce livre. Puisset-il servir au succès de cette œuvre sainte !
Mais nous n’avons pas encore montré ces œuvres impies dans toute leur turpitude et dans toute leur montrueuse folie; il faut remuer la boue sanglante des superstitions passées, il faut compulser les annales de la démonomanie, pour concevoir certains forfaits que l’imagination seule n’inventerait pas.
lÆ SAülîAT DKS SÜRCIKRS.
[ iLe cabaliste Bodin, Israélite de conviction ctcalholiqiie par nécessité, n’a eu d’autre intention, dans Nsa Démononianie des sorciers, que d’atteindre le .catholicisme dans ces œuvres, et de le saper dans de plus grand de tous les abus de sa doctrine.
1 L’œuvre de Bodin est profondément machiavélique t.et frappe au cœur les institutions et les hommes iqu’il semble défendre. On s’imaginerait difficileiment, sans l’avoir lu, tout ce qu’il a ramassé et (entassé de choses sanglantes et hideuses^ d’actes de ïsuperstition révoltante, d’arrôts et d’exécutions d’une férocité stupide. Brûlez tout ! semblaient dire I les inquisiteurs. Dieu reconnaîtra bien les siens ! De ] pauvres fous, des femmes hystériques, des idiots, 'étaient brûlés sans miséricorde pour crime de ma- . gie ; mais aussi que de grands coupables échap- : paient à cette injuste et sanguinaire justice ! C’est ce que Bodin nous fait entendre lorsqu’il nous raconte des anecdotes du genre de celle qu’il place à la mort du roi Charles IX. C’est une abomination peu connue et qui n’a encore, que nous sachions, môme aux époques de la plus fiévreuse et de la plus désolante littérature, tenté la verve d’aucun romancier.
Atteint d’un mal dont aucun médecin ne pouvait
découvrir la cause ni expliquer les eflVayauls symptômes, le roi Charles IX allait mourir. La reinemère, qui le gouvernait entièrement et qui pouvait tout perdre sous un autre règne ; la reine-mère, qu’on a soupçonnée de cette maladie, contre ses intérêts mêmes, parce qu’on supposait toujours à cette femme, capable de tout, des ruses cachées et des intérêts inconnus, consulta d’abord ses astrologues pour le roi, puis eut recours à la plus détestable des magies. L’état du malade empirant de jour en jour et devenant désespéré, on voulut consulter l’oracle de la tête sanglantej et voici comment on procéda à cette infernale opération :
On prit un enfant, beau de visage et innocent de mœurs ; on le fit préparer en secret à sa première communion par un aumônier du palais; puis, le jour venu, ou plutôt la nuit du sacrifice arrivée, un moine, jacobin apostat et adonné aux œuvres occultes de la magie noire, commença à minuit, dans la chambre du malade, et en pré- sence seulement de Catherine de Médicis et de ses affidés, ce qu’on appelait alors la messe du diable.
A cette messe, célébrée devant l’image du dé- mon, ayant sous ses pieds une croix renversée, le sorcier consacra deux hosties, une noire et une
Ll<: SAIJIJAT DES SORCIERS.
hlaiiclie. La blanche fut donnée à l’enfant, qu’on amena vôtn comme pour le baptême, et (pii fut égorgé sur les marches mômes de l’autel aussitôt après sa communion. Sa tête, détachée du tronc d’un seul coup, fut placée, toute palpitante, sur la ; .grande hostie noire qui couvrait le fond de la pa- . tène, puis apportée sur une table où brûlaient des . lampes mystérieuses. L’exorcisme alors commença,
; -et le démon fut mis en demeure de prononcer un ! oracle et de répondre par la bouche de cette tête à une question secrète que le roi n’osait faire tout I haut, et n’avait même confiée à personne. Alors : lune voix faible, une voix étrange et qui n’avait plus irien d’humain, se fit entendre dans cette pauvre ; petite tête de martyr. « J’y suis forcé » , disait cette voix eu latin : Vim patior. A cette réponse, qui annonçait sans doute au malade que l’enfer ne le protégeait plus, un tremblement horrible le saisit, ses bras se roidissent... Il crie d’une voix rauque :
« Eloignez cette tête ! él^oignez cette tête ! » et jusipi’à son dernier soupir on ne l’entendit plus dire autre chose. Ceux qui le servaient, et qui n’étaient pas dans la confidence de cet affreux mystère , crurent qu’il était poursuivit par le faptôme de Coligny, et qu’il croyait revoir devant lui la tète
UiTtJKL DE DA HAUTE MAUlk:.
de r illustre amiral ; mais ce (lui agitait le mourant, ce n’était déjà plus un remords, c’était une épouvante sans espoir et un enfer anticipé.
Cette noire légende magique de Bodin rappelle les abominables pratiques et le supplice bien mérité de ce Gilles de Laval, seigneur de Raiz, qui passa de l’ascétisme à la magie noire, et se livra, pour se concilier les bonnes grâces de Satan, aux plus révoltants sacrifices. Cet aliéné déclara dans sou procès que Satan lui était souventes fois apparu, mais l’avait toujours trompé en lui promettant des trésors qu’il ne lui donnait jamais. 11 résulta des informations juridiques que plusieurs centaines de malheureux enfants avaient été les victimes de la cupidité et des imaginations atroces de cet assassin.
LFS ENVOUTEMENTS ET LES SORTS.
CHAPITRE XYI.
LES ENVOUTEMENTS ET LES SORTS.
Ce que les sorciers et les nigromans cherchaient surtout dans leurs évocations de l’esprit impur, c’était cette puissance magnétique qui est le partage du véritable adepte, et qu’ils voulaient usurper pour eu abuser indignement.
La folie des sorciers étant une folie méchante, un de leurs buts surtout, c’était le pouvoir des envoûtements ou des influences délétères.
Nous avons dit dans notre Dogme ce que nous pensons des envoûtements, et combien cette puissance nous paraît dangereuse et réelle. Le vrai magiste envoûte sans cérémonie et par sa seule réprobation ceux qu’il réprouve et qu’il croit nécessaire de punir ; il envoûte même par son pardon ceux qui lui font du mal, et jamais les ennemis des initiés ne portent loin l’impunité de leurs injustices. Nous avons constaté par nous-mêmes de nombreux exemples de cette loi fatale. Les bourreaux des martyrs périssent toujours malheureu-
“2'lO lUTUliL l>li LA HAUT1-: MAGIL.
semciil, üt les cideptcs" sont les iiiarlyrs de Tiiilelligeuee; mais la Providence semble mépriser ceux qui les méprisent et fait mourir ceux qui cherchent à les empêcher de vivre. La légende du Juif-Erraiil est la poésie populaire de cet arcane. Un peuple a envoyé un sage au supplice ; il lui a dit : « xMarche ! « lorsqu’il voulait se reposer un instant. Eh bien ! ce peuple va subir une condamnation pareille, il va être proscrit tout entier, et pendant des siècles on lui dira: « Marche ! marche ! » .sans qu’il puisse trouver ni pitié ni repos.
Un savant avait une femme qu’il aimait passionnément et follement dans l’exaltation de sa tendresse, et il honorait cette femme d’une confiance aveugle, et se reposait de tout sur elle. Vaine de sa beauté et de son intelligence, cette femme devint envieuse de la supériorité de son mari, et le prit en haine. A quelque temps de là, elle le quittait en se compromettant elle-même pour un homme vieux, laid, sans esprit et immoral. C’était son premier châtiment, mais là ne devait pas se borner la peine. Le savant prononça contre elle seulement cette sentence : « Je vous reprends votre intelligence et votre beauté. » Un an après, ceux qui la rencontraient ne la reconnaissaient déjà plus; fem-
LES ENVOUTEMENTS ET LES SORTS. !2/ll
bonpoiiit commençait à la défigurer; elle retlétait sur sou visage la laideur de ses nouvelles affections. Trois ans après, elle était laide... ; sept ans après, elle était folle. Ceci est arrivé de notre temps, et nous avons connu les deux personnes.
Les mages condamnent à la manière des médecins habiles, et c’est pourquoi on n’appelle pas de leurs sentences lorsqu’ils ont prononcé un arrêt contre un coupable. Ils n’ont ni cérémonies, ni invocations à faire; ils doivent seulement s’abstenir de manger à la môme table que le condamné, et, s’ils sont forcés de s’y assf3oir, ils ne doivent ni accepter de lui ni lui offrir le sel.
Les envoûtements des sorciers sont d’une autre sorte, et peuvent être comparés à de véritables empoisonnements d’un courant de lumière astrale. Ils exaltent leur volonté par des cérémonies au point de la rendre venimeuse à distance ; mais, comme nous l’avons fait observer dans notre Dogme, ils s’exposent le plus souvent à être tués les premiers par leurs machines infernales. Dénonçons ici quelques-uns de leurs coupables procédés. Ils se procurent soit des cheveux, soit des vêtements, de la personne qu’ils veulent maudire; puis ils choisissent un animal qui soit à leurs yeux le symbole
niTUi:i, DK LA IIAUTL MAL IL.
de cüU(3 ])orsoHiic ; ils iiicUeiil au moyen des elieveux ou* des vûlcmeiils cet aidmal en i*ai)j)ori niagnéli((iie avec elle; ils lui donnent son nom, puis ils le tuent d’un seul coup du couleau magique, lui ouvrent la poitrine, lui arrachent le cœur, enveloppent ce cœur palpitant dans les objets magné- tisés, et pendant trois jours, à toutes les heures, ils enfoncent dans ce cœur des clous, des épingles rougies au feu ou de longues épines, en prononçant des malédictions sur le nom de la personne envoûtée. Ils sont persuadés alors (et souvent c’est avec raison) que la victime de leurs infâmes manœuvres éprouve autant de tortures que si elle avait en effet toutes ces pointes enfoncées dans le cœur. Elle commence à dépérir, et , au bout de quelque temps, elle meurt d’un mal inconnu.
Un autre envoûtement usité dans les campagnes consiste à consacrer des clous pour les œuvres de haine avec les fumigations puantes de saturiie et des invocations aux mauvais génies, puis à suivre les traces de la personne qu’on veut tourmentei’, et à encloLier en forme de croix toutes les empreintes de ses pus qu’on pourra retrouver sur la terre ou sur le sable.
lÆS LNVÜUTEMENTS ET lAiS SORTS.
Un autre })liis abominable so pratique ainsi : on prend un gros crapaud, et on lui administre le baptême en lui donnant les nom et prénoms de la personne qu’on veut maudire; on lui fait avaler ensuite une hostie consacrée sur laquelle on a prononcé des formules d’exécration, puis on l’enveloppe dans les objets magnétisés, on le lie avec les cheveux de la victime, sur lesquels l’opérateur aura d’abord craché, et on enterre le tout soit sous le seuil de la porte du maléfîcié, soit à un endroit où il soit obligé de passer tous les jours. L’esprit élémentaire de ce crapaud deviendra pour ses songes un cauchemar et un vampire, à moins qu’il ne sache le renvoyer au malfaiteur. ^
Viennent ensuite les envoûtements par les images de cire. Les nigromans du moyen âge, jaloux
de plaire par des sacrilèges à celui qu’ils regar-
daient comme leur maître, mêlaient à cette cire de l’huile baptismale et des cendres d’hosties brû- lées. Des prêtres apostats se trouvaient toujours pour leur livrer les trésors de l’Église. On formait avec la cire maudite une image aussi ressemblante (jue possible de celui qu’on voulait envoûter ; on revêtait cette image de vêtements semblables aux siens, on lui donnait les sacrements que lui-même
avait reçus, puis on prononçait sur la tôte de l’image toutes les malckliclions (jui exprimîiieiit la haine du sorcier, et on infligeait chaque jour à cette figure maudite des tortures imaginaires, pour atteindre et tourmenter par sympathie celui ou celle que la figure représentait.
L’envoûtement est plus infaillible si l’on peut se procurer des cheveux, du sang, et surtout une dent de la personne envoûtée. C’est ce qui a donné lieu à cette façon de parler proverbiale : Vous avez une dent contre moi.
On envoûte aussi par le regard, et c’est ce qu’on appelle en Italie Và jettatura, ou le mauvais œil. Du temps de nos discordes civiles, un homme en boutique avait eu le malheur de dénoncer un de ses voisins. Le voisin, après avoir été détenu quelque temps, fut mis en liberté, mais sa position était perdue. Pour toute vengeance, il passait deux fois par jour devant la boutique de son dé- nonciateur, le regardait fixement, le saluait et passait. A quelque temps de là, le boutiquier, ne pouvant plus supporter le supplice de ce regard, vendit son fonds à perte et changea de quartier en ne laissant pas son adresse ; en un mot, il fut ruiné.
LES ENVOUTEMENTS ET LES SORTS. '*2/|5
Une menace est un envoûtement réel, parce ({u’elle agit vivement sur rimagination, surtout si cette imagination accepte facilement la croyance d’un pouvoir occulte et illimité. La terrible menace de l'enfer, cet envoûtement de l’humanité pendant plusieurs siècles, a créé plus de cauchemars, plus de maladies sans nom, plus de folies furieuses, que tous les vices et tous les excès réunis. C’est ce que figuraient les artistes hermétiques du moyen âge par les monstres incroyables et inouïs qu’ils incrustaient au portail de leurs basilic[ues.
Mais l’envoûtement par la menace produit un effet absolument contraire aux intentions de l’opé- rateur, quand la menace est évidemment vaine, quand elle révolte la fierté légitime de celui qui est menacé, et provoque par conséquent sa résistance, enfin quand elle est ridicule à force d’être atroce.
Ce sont les sectateurs de l’enfer qui ont discré- dité le ciel. Dites à un homme raisonnable que l’é- ([uilihre est la loi du mouvement et de la vie et que l’équilibre moral, la liberté, repose sur une distinction éternelle et immuable entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal ; dites-lui que, doué
RlTüRL DI-: L.\ IIAUTR MAGII-.
Ûl\C)
(l’une vnloiiU* libre, il doit se faire place par ses œuvres dans l’empire de la vérité et du bien, ou retomber éternellement, comme le rocher de Sysiphe dans le chaos du mensonge et du mal : il comprendra ce dogme, et, si vous appelez la vérité et le bien ciel, le mensonge et le mal enfer, il croira à votre ciel et à votre enfer, au-dessus desquels l’idéal divin reste calme, parfait et inaccessible à la colère comme à l’offense, parce qu’il comprendra que, si l’enfer en principe est éternel comme la liberté, il ne saurait être en fait qu’un tourment passager pour les âmes, puisque c’est une expiation , et que l’idée d’expiation suppose né- cessairement celle de réparation et de deslruclion du mal.
Ceci dit, non pas dans des intentions dogmatiques qui ne sauraient être de notre ressort, mais pour indiquer le remède moral et raisonnable à l’envoûtement des consciences par les terreurs de l’autre vie, parlons des moyens de se soustraire aux influences funestes de la colère humaine.
Le premier de tous, c’est d’être raisonnable et juste, et de ne jamais donner de prise ni de raison à la colère. Une colère légitime est fort k craindre. C’est pourt[uoi hâtezvous de reconnaître et d’ex-
I.ES ENVOUTEMENTS ET I ES SORTS. "2/|7
pior vos torts. Si la colèro persisiu après cola, elle procède certainement d’un vice : cbei’chez à savoir (piel est ce vice, et nnissez-vons fortement aux courants magnétiques de la vertu contraire. L’envodtement alors n’aura plus de pouvoir sur vous.
Faites laver avec soin avant de les donner ou brûlez les linges et les vêtements qui ont été à votre usage ; ne faites jamais usage d’un vêtement qui ait servi à un inconnu sans avoir purifié ce vêtement par l’eau, par le soufre et par les aromates, tels que le camphre, rencens, l’ambre, etc.
Un grand moyen de résister à l’envoûtement, c’est de ne le pas craindre : l’envoûtement agit à la manière des maladies contagieuses; Eu temps de peste, ceux qui ont peur sont frappés les premiers. Le moyen de ne pas craindre le mal, c’est de ne pas s’en occuper, et je conseille avec un grand désintére.ssement, puisque c’est dans un livre de magie dont je suis l’auteur que je place un pareil conseil, je conseille fortement aux personnes nerveuses, faibles, crédules, hystériques, super.stitieuses, dévotes, sottes, sans énergie, sans volonté, de ne jamais ouvrir un livre de magie, de fermer celui-ci si elles l’ont ouvert, de ne pas écouter ceux
H[TUKr. 1)1- LA IIAUTIÎ MAGIK.
qui parlent des scioiiC(5s occulles, de s’en mofjuei-, de n’y jamais croire et de boire frais, coin me le disait le grand magicien pantagriiéliste, rexcellent curé de Meiidon.
Pour ce qui est des sages (et il est temps de nous occuper d’eux après avoir fait la part des fous), pour ce qui est donc des sages, ils n’ont guère d’autres maléfices à craindre ({ue ceux de la fortune ; mais comme ils sont prêtres et médecins, ils peuvent être appelés à guérir des maléficiés, et voici comment ils devront s’y prendre :
Il faut engager la personne maléficiée à faire un bien quelconque à l’envoùteur, à lui rendre un service qu’il ne puisse pas refuser, et à tâcher de l’amener, soit directement, soit indirectement, à la communion du sel.
La personne qui se croira envoûtée par l’exé- cration et l’enterrement du crapaud devra porter sur elle un crapaud vivant dans une boîte de corne.
Pour l’envoûtement par le cœur percé, il faudra faire manger à la personne malade un cœur d’agneau assaisonné avec de la sauge et de la verveine, et lui faire porter un talisman de Vénus ou de la lune contenu dans un sachet plein de camphre et de sel.
Li:S ENVOUTKMKNTS ET TES SORTS. Ül\d
Pour l'envoûtement parla figure de cire, il faut ! faire une figure plus parfaite, lui mettre de la peri sonne même tout ce qu’elle pourra donner, lui I .attacher au cou les sept talismans, la placer au milieu d’un grand pantacle représentant le penta- : gramme, et la frotter légèrement tous les jours id'un mélange d’huile et de baume, après avoir
prononcé la conjuration des quatre pour détourner
1 l’influence des esprits élémentaires. Au bout de sept jours, il faudra brûler l’image dans le feu consa- • cré, et l’on pourra être sûr que la statuette fabriquée par l’envoûteur perdra au même moment toute sa vertu.
Nous avons déjà parlé de la médecine sympathique de Paracelse, qui médicamentait des membres de cire et opérait sur le sang rendu par les plaies pour guérir les plaies elles-mêmes. Ce système lui permettait l’emploi des remèdes les plus violents ; aussi avait-il pour spécifiques principaux le sublimé et le vitriol. Nous croyons que l’homœopathie est une réminiscence des théories de Paracelse et un retour à ses pratiques savantes. Mais nous aurons à revenir sur ce sujet dans un traité tout spécial qui sera consacré exclusivement à la médecine occulte.
RlTllKL DE LA HAUTE. MAdlE.
Les vœux des parents engageant l’avenir d(^ leurs enfants sont des envoûtements (ju’on ne saurait trop condamner: les enfants voués au blanc, par exemple, ne prospèrent presque jamais; ceux qu’on vouait autrefois au célibat tombaient ordinairement dans la débauche, ou tournaient au désespoir et à la folie. Il n’est pas permis à l’homme de violenter la destinée, encore moins d’imposer des entraves au légitime usage de la liberté.
Nous ajouterons ici , en manière de supplé- ment et d’appendice à ce chapitre , quelques mots sur les mandragores et les androïdes, que plusieurs magistes confondent avec les figurines de cire qui servent aux pratiques des envoûtements.
La mandragore naturelle est une racine chevelue qui présente plus ou moins, dans son ensemble, soit la figure d’un homme, soit celle des parties viriles de la génération. Cette racine est légèrement narcotique, et les anciens lui attribuaient une vertu aphrodisiaque qui la faisait rechercher parles sorcières de la Thessalie pour la composition des philtres.
Cette racine est-elle, comme le suppose un cer-
EWOl'TEMKNTS El’ LES SORTS. "251
tain mysticisme magique, le vestige ombilical de notre origine terrestre? Cesi ce que nous n’oserions sérieusement aüirmer. Tl est certain cependant que l’homme est sorti du limon de la terre : il a donc dû s’y former en première ébauche sous la forme d’une racine. Les analogies de la nature exigent absolument qu’on admette cette notion, au moins comme une possibilité. Les premiers hommes eussent donc été une famille de gigantesques mandragores sensitives que lersoleil eût animées, et qui d’elles-mêmes se seraient détachées de la terre, ce qui n’exclut en rien et suppose même, au contraire, d’une manière positive, la volonté créatrice et la coopération providentielle de la première cause, que nous avons raison d’appeler Dieu.
Quelques anciens alchimistes, frappés de cette idée, ont rêvé la culture de la mandragore, ont cherché à reproduire artificiellement une bourbe assez féconde et un soleil assez actif pour humaniser de nouveau cette racine et créer ainsi des hommes sans le concours de femmes.
D’autres, qui croyaient voir dans l’humanité la synthèse des animaux, ont désespéré d’animer
RlTUl'L Dlv LA HAUTE MAGIE.
la mandragore; mais ils ont croisé les accouplemenls monstrueux, et ont jeté la semence humaine en terre animale, sans produire autre chose que des crimes honteux et des monstres sans postérité.
La troisième manière de former l’androïde, c’est par le mécanisme galvanisé. On attribue à Albert le Grand un de ces automates presque intelligent, et l’on ajoute que saint Thomas le brisa d’un seul coup de bâton, parce qu’il était embarrassé de ses réponses. Ce conte est une allégorie. L’androïde d’Albert le Grand, c’est la théologie aristotélicienne de la scolastique primitive, qui fut brisée par la Somme de saint Thomas, ce hardi novateur qui substitua le premier la loi absolue de la raison à l’arbitraire divin, en osant formuler cet axiome, que nous ne craignons pas de répéter à satiété, puisqu’il émane d’un pareil maître : Une chose n’est pas juste parce que Dieu le veut; mais Dieu le veut parce qu’elle est juste.
L’androïde réel, l’androïde sérieux des anciens, était un secret qu’ils cachaient a tous les regards, et que Mesmer le premier a osé divulguer de nos jours : c’était l’extension de la volonté du mage
LKS ENVOUTEMENTS ET LES SORTS. ‘25o
dans un autre corps, organisé et servi par un esprit élémentaire ; en d'antres termes plus modernes et plus intelligibles, c’était un sujet magné- tique.
RITUEL DE LA HAUTE :\1AG1E.
Do/i
CIIAIMTP.E XVII.
l’IiCRITURE des 1-TOII.ES.
Nous en avons fini avec Tenfer, et nous i*esi)i- Tons à pleine' poitrine en revenant à la luniière après avoir traversé les antres de la magie noire. Retire-toi, Satan ! nous renonçons à toi. à tes pompes, à tes œuvres, mais encore plus à tes laideurs, à tes misères, à ton néant, à tes mensonges! Le grand initiateur t’a vu tomber du ciel comme la foudre. La légende chrétienne te convertit en te faisant poser doucement la tète de dragon sous le pied de la mère de Dieu. Tu es pour nous l’image de l’inintelligence et du mystère ; tu es la déraison et le fanatisme aveugle ; tu es l’inquisition et sou enfer ; tu es le dieu de Torquemada et d’Alexandre VI ; tu es devenu le jouet de nos enfants, et ta dernière place est fixée à côté de Polichinelle ; tu n’es plus rien maintenant qu’un personnage gi’O- tesque de nos théâtres forains, et un motif d’enseigne pour quelques boutiques soi-disant religieuses.
Après la seizième clef du Tarot, qui représente
l’i-CIUTUIUÎ des itlOlLES.
a ruine du temple de StUaii, nous trouvons a la ;tix-septièmo page un magnifique et gracieux emolème.
Une femme nue, une jeune immortelle, épanche ssur la terre la sève de la vie universelle qui coule de (lieux vases, run d’or, l’autre d’argent; près d’elle mst un arbuste én fleurs sur lequel se pose le papildon de Psyché; au-dessus d’elle, une étoile brillante .à huit rayons, autour de laquelle sont rangées sept ^.autres étoiles.
Je crois à la vie éternelle ! Tel est le dernier article • du symbole des chrétiens, et cet article à lui seul (.est toute une profession de foi.
Les anciens, en comparant la calme et paisible limmensité du ciel, toute peuplée d’immuables lu- ; mières aux agitations et aux ténèbres de ce monde, (Ont cru trouver dans ce beau livre aux lettres d’or Te dernier mot de l’énigme des destinées; ils ont '.tracé, par l’imagination, des lignes de corresj pondance entre ces points brillants de l’écriture (divine, et l’on dit que les premières constellations . arrêtées par les pasteurs de la Chaldée furent aussi les premiers caractères de l’écriture cabalistique.
Ces caractères, exprimés d’abord par des lignes, puis renfermés dans des figures hiéroglyphiques,
lUTUEL DE LA HAUTE MA(HE.
aiiraicni, suivant M. Moreau de Damiiiarün, auleiir d’uu traité fort curieux sur rorigine des caractèi’es alphabétiques, déterminédes anciens mages dans le choix des figures du Tarot, que ce savant reconnaît comme nous pour un livre essentiellement hiératique et primitif.
Ainsi, dans l’opinion de ce savant, le tseu chinois, l’aleph des Hébreux et l’alpha des Grecs, exprimé, hiéroglyphiquement par la figure du bateleur, seraient empruntés à la constellation de la grue voisine du poisson astral de la sphère orientale.
Le tcheou chinois, le beth hébreu et le B latin,’ correspondant à la papesse ou à Junon, ont été formés de la tête du bélier; le yn chinois, le ghimel hébreu et le G latin, figurées par l’impératrice, seraient empruntés à la constellation de la grande Ourse, etc.
Le cabaliste Gafiarel, que nous avons déjcà cité plus d’une fois, a dressé un planisphère où toutes les constellations forment des lettres hébraï- ques : mais nous avouerons que la configuration nous en semble souvent plus qu’ai-bitraire, et que nous ne comprenons pas pourquoi, sur l’indication d’une seule étoile par exemple, Gaffarel trace plu-
L’iiCm'lTlRE DES ÉTOILES.
Ilot un 1 qu’un i ou qu’uu \ : quatre étoiles égaleimeiit douueiit aussi bien un n , ou un n , ou un n qu’un n . C’est ce qui nous a délourué de doniiier ici une copie du planisphère de Gaffarel, dont les ouvrages ne sont d’ailleurs pas extrêmement 1 rares. Ce planisphère a été repro/luit dans l’ou- ’vrage du Père Montfaucon sur les religions et les ^superstitions du monde, et l’on en trouve également une copie dans l’ouvrage sur la magie publié ■ par le mystique Eckartshausen.
Les savants, d’ailleurs, ne sont pas d’accord sur la conOguration des lettres de l’alphabet primitif. i|lLe Tarot italien, dont il est bien à désirer que les ttypes gothiques soient conservés, se rapporte, par ila disposition de ses figures, à l’alphabet hébreu • qui a été en usage depuis la captivité, et qu’on iappelle alphabet assyrien ; mais il existe des frag-
Iirnents d’autres Tarots antérieurs à celui-hà où la idisposition n’est plus la même. Comme il ne faut irien hasarder en matière d’érudition, nous attenidrons, pour fixer notre jugement, de nouvelles et [plus concluantes découvertes.
Pour ce qui est de l’alphabet des étoiles, nous croyons qu’il est facultatif, comme la configuration Il des nuages, qui semblent prendre toutes les formes
I
lUTUlîL DK IA nAUTK MAGIK.
([lie noire imaginalion leur prôle. H en (3sl des groupes d’étoiles comiiie des points de la géomancie et de l’assemblage des cartes’dans la moderne cartomancie. C’est un prétexte pour se magnétiser soimômeet un instrument qui peuttix(3r et déterminer l’intuition naturelle. Ainsi un cabaliste habitué aux hiéroglyphes mystiques verra dans les étoiles des signes que n’y découvrira pas un simple berger; mais le berger, de son côté , y trouvera des combinaisons qui échappeiaient au cabaliste. Les gens de la campagne voient un rateau dans la ceinture et l’épée d’Orion ; un cabaliste hébreu verrait dans le môme Orion, considéré en son entier, tous les mystères d’Ézéchiel, les dix sephiroh disposés en ternaire, un triangle central formé de quatre étoiles puis une ligne de trois formant le jod, et les deux ligures ensemble exprimant tous les mystères du Bereschit, puis quatre étoiles formant les roues de Mercavah et complétant le chariot divin. Eu regardant d’une autre manière et en disposant d’autres lignes idéales, il y verra un j , ghimel, parfaitement formé et placé au-dessus d’un » , jod, dans un grand i , daleth, renversé; figure qui représente la lutte du bien et du mal, avec le triomphe définitif du bien. En effet, le j , fondé sur le jod, c’est
i/ëciuture des étoiles.
le ternaire produit par Tunité, c’est la manifestation divine du Verbe, tandis que le daletli renversé c’est le ternaire composé du mauvais binaire multiplié parlui-môme. La figure d’Orion, considérée
ainsi, serait donc identique avec celle de l’ange Micbacl luttant contre le dragon, et l’apparition de ce signe, sc ])résentant sous cette forme, serait,
2()0 RITUfiL DR LA HAUTE MAGIE.
pour le cabaliste,'uii présage de 'victoire et de bonheur.
Une longue contemplation du ciel exalte l’imagination ; les étoiles alors répondent à nos pensées. Les lignes tracées mentalement de rune à l’autre parles premiers contemplateurs ont dû donner aux hommes les premières idées de la géomé- trie. Suivant que notre âme est agitée ou paisible, les étoiles semblent rutillantes de menaces ou scintillantes d’espérances. Le ciel est ainsi le miroir de Pâme humaine, et lorsque nous croyons lire dans les astres, c’est en nous-mêmes que nous lisons.
Gaffarel, appliquant aux destinées des empires les présages de l’Écriture céleste, dit que les anciens n’ont pas vainement figuré dans la partie septentrionale du ciel tous les signes de mauvais augure, et qu’ainsi de tout temps, les calamités ont été regardées comme devant venir du nord pour se répandre sur la terre en envahissant le midi.
C’est pour cela, dit-il, que « les anciens ont » figuré à ces parties septentrionales du ciel un » serpent ou dragon tout auprès de deux ourses, » puisque ces animaux sont les vrais hiéroglyphes » de tyrannie, de saccagement et de toute sorte
» d’opprossioii. Et de fait, parcourez les annales, » et vous verrez que toutes les grandes désolations » qui sont jamais arrivées sont venues des parties » du septentrion. Les Assyriens ou Chaldéens, ani- » inésparNabuchodonosoretSalmanasar, ont assez » fait voir cette vérité à l’embrasement d’un tem- » pie et d’une ville, les plus somptueux et les plus » saints de F univers, et à l’entière ruine d’un peu- » pie dont Dieu même avait pris la singulière pro- » tection, et dont il se disait particulièrement le » père. Et l’autre Jérusalem, l’heureuse Rome, n’a- » t-elle pas encore souvent éprouvé les furies de » cette mauvaise race du septentrion, lorsque, par » la cruauté d’Alaric, Genseric, Attila, et le reste » des princes goths, huns, vandales et alains, elle » a vu ses autels renversés et les sommets de ses » superbes édifices égalés au niveau des char-
» dons Très bien donc, dans les secrets de
» cette écriture céleste, on lit du côté du septen- » trionles malheurs et les infortunes, puisque a sep- » tentrione pandetur omîie malum. Or le verbe nnan » que nous traduisons par pandetur , signifie aussi » bien depingelur ou scribetur^ et la prophétie si- » gnifie également: Tous les malheurs du monde - » sont écrits dans le ciel du côté du nord. »
lUTlIia, DJi LA MAUTIi MA(;iL.
Nous avons transcrit en entier ce passage de Gailarel, parce qn’il n’est pas sans actualité dans notre temps, où le nord semljle menacer encore toute l’Europe (1 ) ; mais il est aussi dans les destinées des frimas d’être vaincus par le soleil, et les ténèbres doivent se dissiper d’elles-mêmes en arrivant à la lumière. Voilà pour nous le dernier mot de la pro phétie et le secret de ravenir.
Gaffarel ajoute encore quelques pronostics tirés des étoiles, celui par exemple de l’affaiblissement progressif de l’empire ottoman ; mais, comme nous rayons déjà dit, ses figures de lettres constellées sont assez arbitraires. Il déclare, du reste, avoir emprunté ces prédictions à un cabaliste hébreu nommé Rabbi Chômer, qu’il ne se flatte pas luimême de bien comprendre.
Voici le tableau des caractères magiques qui ont été tracés par les anciens astrologues d’après les constellations zodiacales; chacun de ces caractères représente le nom d’un génie, bon ou mauvais. On sait que les signes du Zodiaque se rapportent à diverses influences célestes, et par conséquent expriment une alternative annuelle de bien et ilc mal.
(I) Ce passage a élé écrit avant la guerre de Crimée. (.Vole de la seconde éjiliiiou)
Les noms des génies désignés par ces caractères sont :
Pour le Bélier, Sataaran et Sarahiel ;
Pour le Taureau, Bagdal et Araziel ;
Pour les Gémeaux, Sagras et Saraîel;
Pour l’Ecrevisse, Baiidar et Phaîdel;
Pour le Lion, Sagiiam et Seraliel;
RITUEL DE LA HAUTE MARIE.
l^our la Vierge, ïadara et Schaltiel;
l^oiir la Balance, Giiasgarben et Iladakiel;
Pour le Scorpion, Riehol et Saissaiel ;
Pour le Sagittaire, Vhnori et Saritaiel;
Pour le Capricorne, Sagdalon et Semakiel;
Pour le Verseau, Archer et Ssakmakiel ;
Pour les Poissons, Rasamasa et Facabiel.
Le sage qui veut lire clans le ciel doit observer aussi les jours de la lune, dont rinfluence est très grande en astrologie. La lune attire et repousse successivement le fluide magnétique de la terre, et c’est ainsi qu’elle produit le flux et le reflux de la mer : il faut donc en bien connaître les phases et savoir en discerner les jours et les heures. La nouvelle lune est favorable au commencement de toutes les œuvres magiques: depuis le premier cjuartier jusqu’à la pleine lune , son influence est chaude ; de la pleine lune au dernier quartier, elle est sèche ; du dernier quartier jusqu’à la fin, elle est froide.
Voici maintenant les caractères spéciaux de tous les jours de la lune, marqués par les vingtdeux clefs du Tarot et par les signes des sept planètes :
L’iiClUTUlll!: DIÎS ÉTOILliS.
\ . Le bateleur ou le mage.
Le premier jour de la lune est celui de la création de la lune elle-môme. Ce jour est consacré aux initiatives de l’esprit, et doit être propice aux innovations heureuses.
2. La papesse^ ou la science occulte.
Le second jour, dont le génie eshÉnédiel, fut le cinquième de la création, puisque la lune fut faite au quatrième jour. Les oiseaux et les poissons, qui furent créés en ce jour, sont les hiéroglyphes vivants des analogies magiques et du dogme universel d’Hermès. L’eau et l’air, qui furent alors remplis des formes du Verbe, sont les figures élé- mentaires du Mercure des sages, c’est-à-dire de l’intelligence et de la parole. Ce jour est propice aux révélations, initiations et aux grandes découvertes de la science.
3. La mère céleste ou r impératrice.
Le troisième jour fut celui de la création de riiomme. Aussi la lune, en cabale, est-elle ap- ])eléc MÈiui, lorsqu’on la représente accompagnée
lUTUl'L DK LA IIAUJK MALIK.
du iiOîiiljn3 O. Ce jour est lavorable à la génération et généralement à toutes les productions, soit du corps, soit de l’esprit.
/l . V empereur, ou le dominateur.
Le quatrième jour est funeste : ce fut celui de la naissance de Caïn ; mais il est favorable aux entreprises injustes et tyranniques.
5. Le pope, ou l’hiérophante.
Le cinquième est heureux : ce fut celui de la naissance d’Abel.
6. L’ amoureux^ ou la liberté.
Le sixième est un jour d’orgueil : ce fut celui de la imissancedeLameth, celui qui disait à ses femmes : J’ai tué un homme qui m’avait frappé et un jeune homme qui m’avait blessé. Maudit soit qui prétendra m’en punir ! Ce jour est propice aux conspirations et aux révoltes.
7. Le chariot.
Au septième jour naissance d’Hébron, celui qui donna son nom à la première des villes saintes d’Israël. Jour do religion, de prières et de succès.
8. La justice.
Meurtre d’Abel. Jour d’expiation.
9. Le vieillard ou V ermite.
, Naissance de Mathusalem. Jour de bénédiction ^oour les enfants.
10. La roue de fortune d/Ezécliiel.
Naissance de Nabuchodonosor. Règne delabôte.
! Jour funeste.
Naissance de Noé. ]jes visions de ce jour-Là sont 1 trompeuses, mais c’est un jour de santé et de lon- (.'gévité pour les enfants qui naissent.
12. Le sacrifié, ou le pendu.
Naissance de Samuel. Jour prophétique et cabai listique, favorable à l’accomplissement du grand œuvre.
Jour de la naissance de Chanaan, le fils maudit de Cham. Jour funeste et nombre fatal.
UrrUIiL DE LA HAUTE MAGIE.
\k. L'ange de tempérance.
Bénédiction de Noé, le quatorzième jour de la lune. A ce jour préside l’ange Cassiel de la hiérarchie d’Uriel.
15. Typhon ou le diable.
Naissance d’Ismaël. Jour de réprobation et d’exil.
16. La tour foudroyée.
Jour de la naissance de Jacob et d’Ésaü et de la prédestination de Jacob pour la ruine d’Ésaü.
• 17. L'étoile rutilante.
Le feu du ciel brûle Sodome et Gomorrhe. Jour de salut pour les bons et de ruine pour les mé- chants, dangereux s’il tombe un samedi. Il est sous
le règne du Scorpion.
Naissance d’Isaac, triomphe de l’épouse. Jour d’affection conjugale et de bonne espérance.
19. Le soleil.
Naissance de Pharaon. Jour bienfaisant ou fatal pour les grandeurs du monde, suivant les différents mérites des izrands.
O
l’écrituriî des étoiles
50. Le jugement.
Naissance de Jonas, l’organe des jugements de IDieu. Jour propice aux révélations divines.
Naissance de Saül, royauté matérielle. Danger ipour l’esprit et la raison.
22. Influence de Saturne.
Naissance de Job. Jour d’épreuve et de doulleur.
23. I nfliience de . V énus.
Naissance de Benjamin. Jour de préférence et de 'tendresse.
2/i. Influence de Jupiter.
Naissance de Japhet.
25. Influence de Mercure.
Dixième plaie d’Égypte.
26. Influence de Mars.
Délivrance des Israélites et passage de la mer IBouge.
27. Influence de Diane ou dllécate.
Victoire éclatante remportée par Juda iMachabée.
28. Influence du soleil.
Samson enlève les portes de Gaza. Jour de force et de délivrance.
29. Le fou du Tarot.
Jour d’avortement et . d’insuccès en toutes choses.
Par cette table rabbinique, que Jean Belot et d’autres ont empruntée aux cabalistes hébreux, on peut voir que ces anciens maîtres concluaient a 'posteriori des faits aux influences présumables, ce qui est complètement dans la logique des sciences occultes. On voit aussi combien de significations diverses sont renfermées dans ces vingt-deux clefs qui forment l’alphabet universel du Tarot, et la vérité de nos assertions, quand nous prétendons que tous les secrets de la cabale et de la magie, tous les mystères de l’ancien monde, toute la science des patriarches, toutes les traditions historiques, des temps primitifs, sont renfermés dans ce livre
l’échiturk des étoiles. "i71
hiéroglyphique de Thot, trilénocli ou do Cadinus.
Un moyen fort simple de trouver les horoscopes célestes par onomaiicie est celui que nous ah Ions dire ; il concilie Gatfarel avec nous et peut donner des résultats fort étonnants d’exactitude et de profondeur.
Ayez une carte noire dans laquelle vous découperez à jour le nom de la personne pour laquelle vous consultez ; placez cette carte au bout d’un tube aminci du côté de l’œil de l’observateur, et plus large du côté de la carte ; puis vous regarderez vers les quatre points cardinaux alternativement, en commençant par l’orient et en finissant par le nord. Vous prendrez note de toutes les étoiles que vous verrez à travers les lettres, puis vous convertirez les lettres en nombres, et, avec la somme de l’addition écrite de la môme manière, vous renouvellerez l’opération ; vous compterez combien vous avez d’étoiles ; puis, ajoutant ce nombre à celui du nom, vous additionnerez encore et vous écrirez le total des deux nombres en caractères hébraï- ques. Vous renouvellerez alors l’opération, et vous inscrirez n part les étoiles que vous aurez rencontrées ; puis vous chercherez dans le planisphère
272 UlTUlü. Dlî LA IIAUTIÎ MAGIK.
céleste les noms de toutes les étoiles ; vous en ferez la classification suivant leur grandeur et leur éclat, vous choisirez la plus grande et la plus brillante pour étoile polaire de votre opération astrologique; vous cherchez ensuite dans le planisphère égyptien (il s’en trouve un assez complet et bien gravé dansl’atlas du grand ouvragede Dupuis), vous cherchez les noms et la figure des génies auxquels appartiennent les étoiles. Vous connaîtrez alors quels sont les signes heureux ou malheureux qui entrent dans le nom de la personne et quelle sera leur influence, soit dans l’enfance (c’est le nom tracé à forient), soit dans la jeunesse (c’est le nom du midi), soit dans l’âge mûr (c’est le nom de l’occident), soit dans la vieillesse (c’est le nom du nord), soit enfin dans toute la vie (ce sont les étoiles qui entreront dans le nombre entier formé par l’addition des lettres et des étoiles). Cette opé- ration astrologique est simple, facile, et demande peu de calculs ; elle nous reporte à la plus haute antiquité, et appartient évidemment, comme ou pourra s’en convaincre en étudiant les ouvrages de Gaffarel et de son maître Rabbi Chômer, à la magie primitive des patriarches.
Cette astrologie onomantique était celle de tous
l’kCRITURE DliS ih’ülLKS
les anciens cabalistes hébreux, coinme le prouvent leurs observations conservées par Rabbi Chômer, IRabbi Kapol, Rabbi Abjuclan et antres maîtres en cabale. Les menaces des prophètes aux divers : empires du monde étaient fondées sur les caractères des étoiles qui se trouvaient verticalement au- . dessus d’eux dans le rapport habituel de la sphère
• céleste à la sphère terrestre. C’est ainsi qu’en écrivant dans le ciel même de la Grèce son nom en diébreu qv, ou av, et en le traduisant en nombres,
lils avaient trouvé le mot 3"in, qui signifie détruit,
• désolé.
GHARAB.
Détruit , Désolé.
Somme 12.
JAVAN.
Grèce. Somme 12.
Ils en conclurent qu’après un cycle de douze pé- riodes la Grèce serait désolée et détruite.
27/| lUTUEL DE LA HAUTE MAGIE.
Un peu avant riiiceiidic et la (lestmctien du temple de .lérusaleni par Nabuzardau, les cabalisles avaient remarqué verticalement au-dessus du temple onze étoiles ainsi disposées :
et qui entrèrent toutes dans le mot écrit du septentrion à l’occident : Hibschich, ce qui signifie réprobation et abandon sans miséricorde. La somme du nombre des lettres est 423, juste le' temps de la durée du temple.
Les empires de Perse et d’Assyrie étaient menacés de destruction par quatre étoiles verticales qui entrèrent dans ces trois lettres dit , Rob, et le nombre fatal indiqué par les lettres était 208 ans.
Quatre étoiles annoncèrent aussi aux rabbins cabalistes de ce temps-là la chute et la division de l’empire d’Alexandre , en se rangeant dans le mot Tiâ, parad, diviser, dont le nombre 284 indique la durée entière de ce royaume, soit dans sa racine, soit dans ses branches.
Suivant Rabbi Chômer, les destinées de la puis-
l’écriture des étoiles.
• sauce otiomaiio à Constantinople seraient fixées ' d’avance et annoncées par quatre étoiles qui, rangées clans le mot fîK3, caah, signifient être faible,
I malade, tirer à sa fin. Les étoiles qui, dans la lettre iK, étaient plus brillantes, indiquent un grand n et donnent à cette lettre la valeur de mille. Les trois i lettres réunies font 1025, c{u’il faut comptera I partir de la prise de Constantinople par Mahomet II, calcul cjiii promet encore plusieurs siècles
• d’existence à l’empire affaibli des sultans, main- I tenant soutenu par toute l’Europe réunie.
Le Mane Thecel Phares que Balthasar , dans •son ivresse, vit écrit sur le mur de son palais par ile rayonnement des flambeaux, était une intuition
• onomantique du genre de celle des rabbins. Balithasar, initié sans doute par ses devins hébreux à
la lecture des étoiles, opérait inachinalement et ! instinctivement sur les lampes de sa fête nocturne (Comme il eût pu faire sur les étoiles du ciel. Les : trois mots qu’il avait formés dans son imagination (devinrent bientôt ineffaçables à ses yeux et firent î pâlir toutes les lumières de sa fête. Il n’était pas difficile de prédire à un roi c[ui, clans une ville as- 'siégée, s’abandonnait àclesorgies une fin semblable ià celle de Sarclanapale. Nous avons dit et nous
rôpoHons pour conclusion de ce chapitre cpie les intuitions magnétiques donnent seules de la valeur et de la réalité à tous ces calculs cabalistiques et astrologiques, puérils peut-être et complètement arbitraires si on les taisait sans inspiration , par curiosité froide et sans une puissante volonté.
CHAPITRE XYHI.
Voyageons maintenant dans la Thessalie au pays des enchantements. C’est ici qii’Apulée fut trompé comme les compagnons d’Ulysse, et subit une honteuse métamorphose. Ici tout est magicien, les oiseaux qui volent, les insectes qui ,bruissent dans l’herbe, et jusqu’aux arbres et aux fleurs; ici se composent au clair de la lune les poisons qui font aimer ; ici les stryges inventent des charmes qui les rendent jeunes et belles comme les Charités. Jeunes hommes, prenez garde à vous.
L’art des empoisonnements de la raison ou des philtres semble en effet, suivant les traditions, avoir développé avec plus de luxe en Thessalie que partout ailleurs son efflorescence venimeuse ; mais là encore le magnétisme a joué le rôle le plus important, car les plantes excitantes ou narcotiques, les substances animales maléfîciées et maladives, tiraient toute leur force des enchantements, c’est-à-dire des sacrifices accomplis par les sorcières et des paroles qu’elles prononçaient
lUTUEl. DE Lk HAUTE MAGIE.
en préparant leurs philtres et leurs breuvages.
Les substances excitantes et celles qui contiennent le plus de phosphore sont naturellement aphrodisiaques. Tout ce qui agit vivement sur le système nerveux peut déterminer la surexcitation passionnelle, et si une volonté habile et persévé- rante sait diriger et influencer ces dispositions naturelles, elle se servira des passions des autres au profit des siennes, et réduira bientôt les personnalités les plus fières à devenir, dans un temps donpé, les instruments de ses plaisirs.
C’est d’une pareille influence qu’il importe de se préserver et c’est pour donner des armes aux faibles que nous écrivons ce chapitre.
Voici d’abord quelles sont les pratiques de l’ennemi :
Celui qui veut se faire aimer (nous attribuons à un homme seulement toutes ces manœuvres illégitimes, ne supposant pas qu’une femme en ait jamais besoin), celui donc qui veut se faire aimer doit d’abord se faire remarquer et produire une impression quelconque sur l’imagination de la personne qu’il désire. Qu’il la frappe d’admiration, d’éionnement ou de terreur, d’horreur même, s’il n’a que cette ressource ; mais il faut à tout prix que pour elle il
î sorte du rang des hommes ordinaires et qu’il prenne de gré ou de force une place dans ses souvenirs, dans ses appréhensions et dans ses rêves. Le Loveilace n’est certes pas l’idéal avoué des Clarisses; imais elles y pensent sans cesse pour les réprouver, ipoiir les maudire, pour plaindre leurs victimes, ipour désirer leur conversion et leur repentir ; puis .elles voudraient les régénérer parle dévouement et le pardon ; puis la vanité secrète leur dit qu’il seirait beau de fixer l’amour d’un Lovelace, de l’aiimer et de lui résister. Et voilà ma Clarisse qui se ^surprend à aimer le Lovelace ; elle s’en veut de l’ai- .mer, elle eu rougit, elle y renonce mille fois et ne : l’aime que mille fois davantage; puis, quand vient lie moment suprême, elle oublie de lui résister.
Si les anges étaient aussi femmes que les repré- ; sente le mysticisme moderne, Jéhovah eût agi en ipère bien prudent et bien sage lorsqu’il a rais Satan ; à la porte du ciel.
Une grande déception pour l’amour-propre de (Certaines femmes honnêtes, c’est de trouver bon et I irréprochable au fond l’homme dont elles s’étaient ' éprises en le prenant pour un brigand. L'ange alors . quitte le bonhomme avec mépris en lui disant : Tu ! n’es pas le diable !
t280 RITUKL DK LA HA UT K MAGIK.
Grimez-vous doue eu diable le plus parfaitement possible, vous qui voulez séduire un auge.
Ou lie permet rien à uu homme vertueux. Pour qui, en elïet, cet homme-là nous pfeud-il? disent les femmes; croit-il qu’on ait moins de mœurs que lui? Mais on pardonne tout à un vaurien : que voulez-vous attendre de mieux d’un pareil être?
Le rôle d’homme à grands principes et d’un caractère rigide ne peut être une puissance que près des femmes qu’on n’a jamais besoin de séduire ; toutes les autres sans exception adorent les mauvais sujets.
C’est tout le contraire chez les hommes, et c’est ce contraste qui a fait de la pudeur l’apanage des femmes: c’est chez elles la première et la plus naturelle des coquetteries.
Un des médecins les plus distingués et un des plus aimables savants de Londres , le docteur Ashburner, me contait, l’année dernière, qu’un de ses clients, en sortant de chez une grande dame, lui avait dit un jour: « Je viens de recevoir un étrange compliment. La marquise de *** m’a dit eu me regardant en face : Monsieur, vous ne me ferez pas baisser les yeux avec votre affreux regard ;
vous avez les yeux de Salaii. — Eh bien ! lui ré- pondit le docteur en souriant, vous vous êtes sans doute jeté iinniédiateuient à son cou et vous l’avez embrassée ? — Mais non ; je suis resté tout étonné de cette brusque apostrophe. — Eh bien! mon cher, ne retournez plus chez elle ; vous devez être perdu dans son esprit. »
On dit assez ordinairement que les offices de bourreau se transmettent de père en fils. Les bourreaux ont donc des fils? Sans doute, puisqu’ils ne manquent jamais de femmes. Marat avait une maî- tresse dont il était tendrement aimé, lui, l’horrible lépreux; mais aussi c’était le terrible Marat, qui faisait trembler tout le monde.
On pourrait dire que l’amour, surtout chez la femme, est une véritable hallucination. A défaut d’un autre motif insensé, elle se déterminera souvent pour l’absurde. Tromper Joconde pour un magot, quelle horreur ! — Eh bien ! si c’est une horreur, pourquoi ne pas le faire ? Ce doit être si agréable de faire de temps en temps une petite horreur.
Étant donnéecette connaissance transcendentale de la femme, il y a une seconde manœuvre à opé- rer pour attirer son attention : c’est de ne pas s’oc-
ciipcr d’elle, ou de s’en occuper d’une manière qui humilie son amour-propre, en la traitant comme un enfant et en rejetant bien loin l’idée de lui faire jamais la cour. Alors les rôles changeront : elle fera tout pour vous tenter, elle vous initiera aux secrets que les femmes se réservent, elle s’habillera et se déshabillera devant vous en vous disant des choses comme celles-ci : — Entre femmes — entre vieux amis — je ne vous crains pas — vous n’êtes pas un homme pour moi, etc. , etc. Puis elle observera vos regards, et si elle les trouve calmes, indifférents, elle sera outrée ; elle se rapprochera de vous sous un prétexte quelconque, vous effleurera avec ses cheveux, laissera son peignoir s’entr’ouvrir On en a vu même, en pareille circon-
stance, risquer elles-mêmes un assaut, non par tendresse, mais par curiosité, par impatience, et parce qu’elles sont agacées.
Un magicien qui a de l’esprit n’a pas besoin d’autres philtres que ceux-là ; il dispose aussi des paroles flatteuses, des souffles magnétiques, des contacts légers, mais voluptueux, avec une sorte d’hypocrisie, comme si l’on n’y songeait pas. Les donneurs de breuvages doivent être vieux, sots, laids, impuissants ; et alors à quoi bon le philtre ? Tout
liomme qui est vraiment un homme a toujours à ‘sa disposition les moyens de se faire aimer, tant qu’il ne cherchera pas à occuper une place déjà I prise. Il serait souverainement maladroit de tenter lia conquête d’une jeune mariée par amour penidant les premières douceurs de sa lune de miel, )0u d’une Clarisse renforcée ayant déjà un Lovelace I qui la rend très malheureuse ou dont elle se reproche amèrement ramour.
Nous ne parlerons pas ici des saletés de la magie noire au sujet des philtres ; nous en avons fini avec les cuisines de Canidie. On peut voir dans les Epodes d’Horace comment cette abominable sorcière de Rome composait les poisons, et l’on peut, pour les sacrifices et les enchantements d’amour, relire les Églogues de Théocrite et de Virgile, où les cérémonies de ces sortes d’oeuvres magiques sont minutieusement décrites. Nous ne transcrirons pas ici les recettes des grimoires ni du Petit Albert, que tout le monde peut consulter. Toutes ces différentes pratiques tiennent au magnétisme ou à la magie empoisonneuse , et sont ou naïves ou criminelles. Les breuvages qui affaiblissent l’es- })rit et troublent la raison peuvent assurer l’empire déjà conquis par une volonté mauvaise, et c’est
UlTUliL Dli ]A IIAUTIÎ MAGll-:.
ainsi que l’impéralrice r.ésonie fixa, clit-on, l’anionr féroce de Caligula. L’acide priissique est le plus terrible agent de ces empoisonnements de la pensée. C’est pourquoi il faut se garder de toutes les distillations ayant le goût d’amande, éloigner de sa chambre à coucher les lauriers-amandes et les dateras, les savons d’amandes, les laits d’amandes, et en général toutes les compositions de parfumerie où l’odeur des amandes dominerait, surtout si son action sur le cerveau était secondée par celle de l’ambre.
Diminuer l’action de l’intelligence, c’est augmenter d’autant les forces d’une passion insensée. L’amour, tel que veulent l’inspirer les malfaiteurs dont nous parlons ici, serait un véritable hébétement et la plus honteuse de toutes les servitudes morales. Plus on énerve un esclave, plus on le rend incapable de s’affranchir, et c’est là véritablement le secret de la magicienne d’Apulée et des breuvages de Circé.
L’usage du tabac, soit à priser, soit à fumer, est un auxiliaire dangereux des philtres stupéfiants et des empoisonnements de la raison. La nicotine, comme on sait, n’est pas un poison moins violent que l’acide prussique, et se trouve en plus
-grande quantité dans le tabac que cet acide dans les amandes.
L’absorption d’une volonté par une autre change souvent toute une série de destinées, et ce n’est pas seulement pour nous-mêmes que nous devons veiller sur nos relations et apprendre à discerner les atmosphères pures des atmosphères impures: car les véritables philtres, les philtres les plus dangereux, sont invisibles; ce sont les courants de lumière vitale rayonnante qui, en se mêlant et en s’échangeant, produisent les attractions et les sympathies, comme les expériences magnétiques ne laissent pas lieu d’en douter.
Il est parlé dans l’histoire de l’Église d’un héré- siarque nommé Marcos, qui rendait folles de lui toutes les femmes en soufflant sur elles ; mais son pouvoir fut détruit par une courageuse chrétienne qui souffla sur lui la première, en lui disant: Que Dieu te juge !
Le curé Gaufredy, qui fut brûlé comme sorcier, prétendait rendre amoureuses de lui toutes les femmes que touchait son souffle.
Le trop célèbre Père Girard, jésuite, fut accusé par une demoiselle Cadière, sa pénitente, de lui avoir complètement fait perdre le jugement en
i28G RITUEL DE JA HAUTE MAGIE.
souillant sur elle. 11 lui fallait bien cette excuse pour atténuer l’horreur et le ridicule de ses accusations contre ce Père dont la culpabilité d’ailleurs n’a jamais été bien prouvée, mais qui, bon ^^u’c mal gré, avait certainement inspiré une bien honteuse passion à cette misérable fille.
« Mademoiselle Ranfaing, étant devenue veuve en 16.., dit dom Cal met dans son Traité sur les apparitions, fut recherchée en mariage par un médecin nommé Poirot. N’ayant pas été écouté dans ses poursuites, il lui donna d’abord des philtres pour s’en faire aimer, ce qui causa d’étranges dé- rangements dans la santé de mademoiselle Ranfaing. Rien tôt des choses si extraordinaires arrivèrent à cette dame, qu’on la crut possédée, et que les médecins, déclarant ne rien comprendre à son état, la recommandèrent aux exorcismes de l’Église.
» Après quoi, par l’ordre de M. de Porcelets, évêque de Toul , on lui nomma pour exorcistes M. Yiardin docteur en théologie, conseiller d’État du duc de Lorraine, un jésuite et un capucin; mais dans le cours de ces exorcismes, presque tous les religieux de Nancy, ledit seigneur évêque, l’évêque de Tripoli , suffragant de Strasbourg ,
M. de Sancy, ci-devant ambassadeur du roi très chrétien à Constantinople, et alors prêtre de l’Oratoire, Charles de Lorraine, évêque de Verdun, deux docteurs de Sorbonne envoyés exprès pour assister aux exorcismes, Tout souvent exorcisée en hébreu, en grec et en latin, et elle leur a toujours ré- pondu pertiuement, elle qui à peine savoit lire le ' latin.
»On rapporte le certificat donné par M. Nicolas de Harlay, fort habile en langue hébraïque qui reconnoît que mademoiselle Ranfaing étoit réellement possédée, et lui avoit répondu au seul mouvement de ses lèvres, sans qu’il prononçât aucunes paroles, et lui avoit donné plusieurs preuves de sa possession. Le sieur Garnier, docteur de Sorbonne, lui ayant aussi fait plusieurs commandements en langue hébraïque, elle lui a de même répondu pertinement, mais en françois, disant que le pacte était qu’il ne parleroit qu’en langue ordinaire. Le démon ajouta : N’est-ce pas assez que je te montre que j’entends ce que tu dis? Le même M. Garnier lui parlant grec, mit par mégarde un cas pour un autre. La possédée, ou plutôt le diable, lui dit : Tu as failli. Le docteur lui dit en grec : Montre ma faute. Le diable répondit: Contente-toi que je te
288 lUTUKL DE 1A' HAUTE MAUIE.
montre la faute ; je ne t’en dirai pas davantage. düclcur lui disant en grec de se taire, il lui répondit : ïu me comniaudes de me taire, et moi je ne veux pas me taire. »
Ce remarquable exemple d’aflection hystérique portée jusqu’à l’extase et la démonomanie à la suite d’un philtre administré par un homme qui se croyait sorcier, prouve mieux que tout ce que nous pourrions dire la toute-puissance de la volonté et de l’imagination réagissant l’une sur l’autre, et l’étrange lucidité des extatiques ou somnambules, qui comprennent la parole en la lisant dans la pensée sans avoir la science des mots. Je ne révoque pas un instant en doute la sincérité des témoins nommés par dom Calmet ; je m’étonne seulement que des hommes aussi graves n’aient pas remarqué cette dilFiculté qu’éprouvait le prétendu démon à leur répondre dans une langue étrangère à la malade. Si leur interlocuteur eût été ce qu’ils entendaient parmi démon, il eût non-seulement compris le grec, mais il eût aussi parlé grec : l’un ne coûterait pas plus que l’autre à un esprit aussi savant et aussi malin.
Dom Calmet ne s’en tient pas là sur l’histoire de mademoiselle Ranfaing ; il raconte toute une suite
PHILTRES ET MAGNI'TISME.
le questions insidieuses et d’injonctions peu graves le la part des exorcistes, et une série de réponses jhis ou moins congrues de la pauvre malade, toujours extatique et somnambule. Ce bon Père ne . nanque pas d’en tirer les conclusions lumineuses
le cet autre bon M. de Mirville. Les choses qui se
'■ cassaient étant au-dessus de l’intelligence des assis- ; ants , on doit en conclure que tout cela était ■’œiivre de l’enfer. Belle et savante conclusion ! Le olus sérieux de l’aifaire, c’est que le médecin Poii ’ot fut mis en jugement comme magicien, confessa I comme toujours, à la torture, et fut brûlé. S’il i iiivait réellement, par un philtre quelconque, at- : centé à la raison de cette femme, il méritait d’être i -OLini comme empoisonneur : c’est tout ce que nous ■ iMi pouvons dire. ^
! Mais les philtres les plus terribles, ce sont les i •3xaltaiions mystiques d’une dévotion mal enj t»'.endue. Quelles impuretés égaleront jamais les caui -^hemars de saint Antoine et les tourments de sainte I Thérèse et de sainte Angèle de Foligny ? Cette dernière appliquait un fer rouge à sa chair révoltée, 'ît trouvait que le feu matériel était un rïffraîchiscenient pour ses ardeurs cachées. Avec quelle vio- • ence la nature ne demande-t-elle pas ce qu’on lui
rel’tise en y pensant conlinuellernent pour le détester ! C’est par le mysticisme qu’ont commencé les ensorcellements prétendus des Magdeleine Bavan, des demoiselles de la Palud et de la Cadière. La crainte excessive d’une chose la rend presque toujours inévitable. En suivant les deux courbes d’un cercle on arrive et l’on se rencontre au même point. Nicolas Rémigius, juge criminel en Lorraine, qui fît brûler vives huit cents femmes comme sorcières, voyait de la magie partout : c’était son idée fîxe, sa folie. Il voulait prêcher une croisade contre les sorciers, dont il voyait l’Europe remplie ; désespéré de n’être pas cru sur parole quand il affirmait que presque tout le monde était coupable de magie, il finit par se déclarer sorcier lui-même et fut brûlé sur ses propres aveux- .
Pour se préserver des mauvaises influences, la première condition serait donc de défendre à l’imagination de s’exalter. Tous les exaltés sont plus ou moins fous, et l’on domine toujours un fou eu le prenant par sa folie. Mettez-vous donc au-dessus des craintes puériles et des désirs vagues; croyez à la sagesse suprême, et soyez convaincus que cette sagesse, vous ayant donné l’intelligence pour unique moyen de la connaître, ne peut vouloir tendre
(les pièges à votre intelligence ou à votre raison. ’Vous voyez partout autour de vous des effets projportionnés aux causes; vous voyez les causes diri- .gées et modifiées dans le domaine de Tliomme par rintelligence ; vous voyez en somaie le bien être jplus fort et plus estimé que le mal : pourquoi sup- I poseriezvous dans l’infini une immense déraison, (Puisqu’il y a de la raison dans le fini? La vérité me se cache à personne. Dieu est visible dans ses (Oeuvres, et il ne demande rien aux êtres contre lies lois de leur nature, dont il est ki-même l’au- Iteur. La foi, c’est la confiance; ayez confiance,
: non dans les hommes qui vous disent du mal de lia raison, car ce sont des fous ou des imposteurs, imais dans l’éternelle raison qui est le verbe divin, (.cette lumière véritable offerte comme le soleil à ll’intuition de toute créature humaine venant en ce imonde.
Si vous croyez à la raison absolue et si vous dé- ssirez plus que toute chose la vérité et la justice, vous me devez craindre personne, et vous n’aimerez que ( ceux qui sont aimables. Votre lumière naturelle re- ! poussera instinctivement celle des méchants parce qu’elle sera dominéepar votre volonté. Ainsi lessub- > stances même vénéneuses qui pourraient vous être
UITIIKL DK LA JIAUTK MACIK.
administrées iratîecteront pasvotre intelli)2ence. On pourra vous rendre malades, on ne vous l’endra jamais eriminels.
Ce qui contribue à rendre les femmes hystériques, c’est leur éducation molle et hypocrite. Si elles faisaient plus d’exercice, si on leur enseignait les choses du monde franchement et libéralement, elles seraient moins capricieuses, juoins vaines, moins futiles, et par conséquent moins accessibles aux mauvaises séductions. La faiblesse sympathise toujours avec le vice, parce que le vice est une faiblesse qui se donne l’apparence d’une force. La folie a la raison en horreur et se complaît en toutes choses aux exagérations du mensonge. Guérissez donc d’abord votre intelligence malade. La cause de tous les envoûtements, le venin de tous les philtres, la puissance de tous les sorciers, sont là.
Quant aux narcotiques ou autres poisons qui vous auraient été administrés, c’est l’affaire de la médecine et de la justice ; mais nous ne pensons pas que de pareilles énormités se reproduisent beaucoup de nos jours. Les Lovelaces n’endorment plus les Clarisses autrement que par leurs galanteries, et les breuvages, comme les enlèvements par des hommes masqués et les captivités dans des souter-
I rains, ne seraient plus de mise même dans nos romans modernes. H faut reléguer tout cela dans le confessionnal des pénitents noirs ou dans les ruines du château d’Udolpli
CHAPITRE XIX.
LE MAGISTÈRE DU SOLEIL.
Nous arrivons au nombre qui dans le Tarot est marqué au signe du soleil. Le denaire de Pythagore et le ternaire multiplié par lui-même représentent en effet la sagesse appliquée à l’absolu. C’est donc de l’absolu que nous allons parler ici.
Trouver l’absolu dans l’infini, dans l’indéfini et dans le fini, tel est le grand œuvre des sages, ce qu’Hermès appelle l’œuvre du soleil.
Trouver les bases inébranlables de la vraie foi religieuse de la vérité philosophique et de la transmutation métallique, c’est le secret d’Hermès tout entier, c’est la pierre philosophale.
Cette pierre est une et multiple ; on la décompose par l’analyse on la recompose par la synthèse. Dans l’analyse, c’est une poudre, la poudre de projection des alchimistes ; avant l’analyse et dans la synthèse, c’est une pierre.
La pierre philosophale, disent les maîtres, ne doit pas être exposée à l’air ni aux regards des pro-
LE MAGISTÈRE DU SOLEIL.
fanes; il faut la tenir cachée et la conserver avec soin clans l’endroit le plus secret de son laboratoire, et porter toujours sur soi la clef du lieu où elle est renfermée.
Celui cjui possède le grand arcane est un roi véritable et plus cpi’un roi, car il est inaccessible à toutes les craintes et à toutes les espérances ’ vaines. Dans toutes les maladies de l’âme et du corps, une seule parcelle détachée de la précieuse pierre, un seul grain de la divine poudre, sont plus cjue suffisants pour le guérir. Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre ! comme disait le Maître. Z'
Le sel , le soufre et les mercure ne sont que des éléments accessoires et des instruments passifs du grand œuvre. Tout dépend, commenousTavonsdit, du magnés intérieur de Paracelse. L’œuvre est tout entière dans la ;?royec^fon, et la projection s’accomplit parfaitement par l’intelligence effective et réalisable d’un seul mot.
Il n’y a qu’une seule opération importante dans l’œuvre : elle consiste dans la sublimation^ qui n’est autre chose, selon Geber, que l’élévation de la chose sèche par le moyen du feu, avec adhérence à son propre vase.
Celui qui veut parvenir à niilelligeiice du grand mot et à la possession du grand arcaiie doit, api-ès avoir médité les principes de notre dogme, lire avec attention les philosophes hermétiques, et il |)arviendra sans doute à l’initiation comme d’autres y sont parvenus ; mais il faut prendre pour clef de leurs allégories le dogme unique d’Hermès, contenu dans sa table d’émeraude, et suivre, pour classer les connaissances et diriger l’opération, l’ordre indiqué dans l’alphabet cabalistique du Tarot, dont nous donnons l’explication entière et absolue au dernier chapitre de cet ouvrage,
Parmi les livres rares et précieux qui contiennent les mystères du grand arcane, il faut compter au premier rang le Sentier chimique ou Manuel de Paracelse, qui contient tous les mystères de la physique démonstrative et delà plus secrète cabale. Ce livre manuscrit, précieux et original, ne se trouve que dans la bibliothèque du Vatican. Sendivogius en a tiré une copie dont le baron de Tschoudy s’cst servi pour composer le catéchisme hermétique contenu dans, son ouvrage intitulé : U Étoile flamboyante. Ce catéchisme, que nous indiquons aux sages cabalistes comme pouvant tenir lieu du traité incomparable de Paracelse, contient tous les prin-
LK MAGISTERK DU SOLEIL.
cipes véritables du grand œuvre d’une manière si satisfaisante et si claire, qu’il faut manquer absolument de l’intelligence spéciale de l’occultisme pour ne pas arriver à la vérité absolue en le méditant. Nous allons en donner une analyse succincte avec quelques mots de commentaire.
Raymond Lulle, un des grands et sublimes maîtres de la science, a dit que pour faire de l’or il faut d’abord avoir de l’or. On ne fait rien de rien ; on ne crée pas absolument la richesse : on l’augmente et on la multiplie. Que des aspirants à la science comprennent donc bien qu’il ne faut demander à l’adepte ni tours d’escamotage ni miracles. La science Jiermétique, comme toutes les sciences réelles, est mathématiquement démontrable. Ses résultats, môme matériels, sont aussi rigoureux que celui d’une équation bien faite.
L’or hermétique n’est pas seulement un dogme vrai, une lumière sans ombre, une vérité sans alliage de mensonge ; c’est aussi un or matériel, réel, pur, et le plus précieux qui se puisse trouver dans les mines de la terre.
Mais l’or vif, le soufre vif ou le vrai feu des philosophes, doit se chercher dans la maison du mercure. Ce feu s’alimente de l’air ; pour exprimer sa
puissance attractive et expansive, on ne peut donner une meilleure comparaison que celle delà foudre, qui n’est d’abord qu’une exhalaison sèche et terrestre unie à la vapeur humide, mais qui, à force de s'exalter, venant à prendre la nature ignée, agitsurl’humide qui lui est inhérent, qu’elle attire à soi et transmue en sa nature ; après quoi elle se précipite avec rapidité vers la terre, où elle est attirée par une nature fixe semblable à la sienne.
Ces paroles énigmatiques pour la forme, mais claires pour le fond, expriment nettement ce que les philosophes entendent par leur mercure fécondé par le soufre, qui devient le maître et le régénérateur du sel : c’est I'azoth, la magnésie universelle, le grand agent magique, la lumière astrale, la lumière de vie, fécondée par la force animique, par l’énergie intellectuelle, qu’ils comparent au soufre à cause dê ses affinités avec le feu divin. Quant au sel, c’est la matière absolue. Tout ce qui est matière contient du sel, et tout sel peut être converti en or pur par l’action combinée du soufre et du mercure, qui parfois agissent si rapidement, que la transmutation peut se faire en un instant, dans une heure, sans fatigue pour l’opérateur et presque
LE MAGISTÈRE DU SOLEIL.
sans frais , d’autres fois, et suivant les dispositions plus contraires des milieux atmosphériques, l’opé- ration demande plusieurs jours, plusieurs mois, et parfois môme plusieurs années.
Comme nous l’avons déjà dit, il existe dans la nature deux lois premières, deux lois essentielles qui produisent, en se contre-balançant l’équilibre universel des choses : c’est 'la fixité et le mouvement, analogues, en philosophie, à la vérité et à l’invention, et, en conception absolue, à la nécessité et à la liberté, qui sont ressence^même de Dieu. Les philosophes hermétiques donnent le nom de fixe il tout ce qui est pondérable, à tout ce qui tend par sa nature au repos central et l’immobilité; ils nomment volatil tout ce qui obéit plus naturellement et plus volontiers à la loi du mouvement, et ils forment leur pierre de l’analyse, c’est-à-dire de la volatilisation du fixe, puis de la synthèse, c’est- à-dire de la fixation du volatil, ce qu’ils opèrent en appliquant au fixe, qu’ils nomment leur sel, le mercure sulfuré ou la lumière de vie dirigée et rendue toute-puissante par une opération secrète. Ils s’emparent ainsi de toute la nature et leur pierre se trouve partout où il y a du sel, ce qui fait dire qu’aucunesubstance n’est étrangère au grand œuvre
oOO KITUEI. DE L\ HAUTE MAGIE.
et qu'on peut changer en or les matières même les plus méprisables et les plus viles en apparence, ce qui est vrai dans ce sens que, comme nous l’avons dit, elles contiennent toutes le sel principiant, représenté dans nos emblèmes par la pierre cubique elle-même, comme on le voit dans le frontispice symbolique et universel des clefs de Basile Valentin.
Savoir extraire de toute matière le sel pur qui y est caché c’est avoir le secret de la pierre. Cette pierre est donc une pierre saline que Yocl on lumière universelle astrale décompose ou recompose: elle est unique et multiple, car elle peut se dissoudre comme le sel ordinaireets’incorporercà d’autres substances. Obtenue par l’analyse, on pourrait la nommer le sublimé universel; retrouvée par voie de synthèse, c’est la véritable ;>a72acée des anciens, car elle guérit toutes les maladies, soit de l’âme, soit du corps, et a été appelée par excellence la médecine de toute la nature. Lorsqu’on dispose par l’initiation absolue des forces de l’agent universel, on a toujours cette pierre à sa disposition car l’extraction de la pierre est alors une opération simple et facile bien distincte de la projection ou réalisation métallique. Cette pierre, à l’état de sublimé, ne doit pas être laissée en contact avec l’air
Lli MAGISTERE DU SOLEIL.
atmosphérique, qui pourrait la dissoutlrc eu partie et lui taire perdre sa vertu. Il ne serait pas sans danger d’ailleurs d’en respirer les émanations Le sage la conserve plus volontiers hausses enveloppes naturelles, assuré qu’il est de l’extraire par un seul effort de sa volonté et une seule application de l’agent universel aux enveloppes, que les cabalistes nomment les écorces. C’est pour exprimer hiéroglyphiquement cette loi de prudence qu’ils donnaient à leur mercure, personnifié en Égypte par Hermanubis, une tète de chien, etàleur soufre, re-
présenté par le Baphomet du temple, ou le prince du sabbat, cette tète de bouc qui a tant fafi décrier les associations occultes du moyen âge (1).
(l) Pour l'œuvre minérale, la matière première est exclusivement minérale, mais ce n’est pas un mêlai. C’est uu sel métallisé. Cette matière est appelée végétale, parce qu’elle ressemble à un fruit, et animale, parce qu’elle donne une sorte de lait et une sorte de sang. Elle contient seule le feu qui doit la dissoudre. (Note importante de la seconde édition).
CHAPITRE XX.
Nous avons défini les miracles les effets naturels des causes exceptionnelles.
L’action immédiate de la volonté humaine sur les corps, ou du moins cette action exercée sans moyen visible, constitue un miracle dans l’ordre physique.
L’influence exercée sur les volontés ou sur les intelligences soit soudainement, soit dans un temps donné, et capable de captiver les pensées, de changer les résolutions les mieux arrêtées, de paralyser les passions les plus violentes, cette influence constitue un miracle dans l’ordre moral.
L’erreur commune, relativement aux miracles, c’est de les regarder comme des effets sans causes, comme des contradictions de la nature, comme des fictions soudaines de l’imagination divine ; et l’on ne songe pas qu’un seul miracle de cette sorte briserait l’harmonie universelle et replongerait l’univers dans le chaos.
11 y a des miracles impossibles à Dieu même : ce sont les miracles absurdes. Si Dieu pouvait être absurde un seul instant, ni lui ni le monde n’existeraient plus l’instant d’après. Attendre de l’arbitraire divin un effet dont on méconnaît la cause ou dont la cause môme n’existe pas, c’est ce qu’on appelle tenter Dieu ; c’est se précipiter dans le vide.
Dieu agit par ses œuvres : dans le ciel il opère par les anges et sur la terre par les hommes. Donc, dans le cercle d’action des anges, les anges peuvent tout ce qui est possible à Dieu, et dans le cercle d’action des hommes, les hommes disposent également de la toute-puissance divine.
Dans le ciel des conceptions humaines, c’est l’humanité qui crée Dieu, et les hommes pensent que Dieu les a faits à son image parce qu’ils le font à la leur.
Le domaine de l’homme, c’est toute la nature corporelle et visible sur la terre, et, s’il ne régit ni les grands astres ni les étoiles, il peut du moins en calculer le mouvement, en mesurer la distance et identifier sa volonté à leur influence ; il peut modifier l’atmosphère, agir jusqu’à un certain point sur les saisons, guérir et rendre malades ses sem-
lUTUliL Dlî LA HAUTE MAGIE.
ao/i
blables, conserver la vie et donner la mort, et par la conservation de la vie nous entendons même comme nous l’avons dit, la résurrection en certains cas.
l.’absolu en raison et en volonté est la plus grande puissance qu’il soit donné à l’homine d’atteindre, et c’est au moyen de cette puissance qu’il opère ce que la multitude admire sous le nom de miracles.
La plus parfaite pureté d’intention est indispensable au thaumaturge, puis il lui faut un courant favorable et une confiance illimitée.
L’homme qui est parvenu à ne rien convoiter et à ne rien craindre est le maître de tout. C’est ce qui est exprimé par cette belle allégorie de l’É- vangile où l’on voit le Fils de Dieu, trois fois victorieux de l’esprit impur, être servi dans le désert par les anges.
Rien ne résiste sur la terre à une volonté raisonnable et libre. Quand le sage dit: Je veux, c’est Dieu même qui veut, et tout ce qu’il ordonne s’accomplit.
C’est la science et la confiance du médecin qui font la vertu des remèdes, et il n’existe pas d’autre médecine efficace et réelle que la thaumaturgie.
Aussi, la thérapeutique occulte est-elle exclusive (le toute niéclicamentation vulgaire. Elle emploie surtout les paroles, les insufflations, et communique par la volonté une vertu variée aux substances les plus simples: l’eau, l’huile, le vin, le camphre, le sel. L’eau des homœopathes est véritablement une eau magnétisée et enchantée qui opère par la foi. Les substances énergiques qu’on y ajoute en quantités pour ainsi dire infinitésimales sont des
consécrations et comme des signes de la volonté du médecin.
Ce qu’on appelle vulgairement le charlatanisme est un grand moyen de succès réel en médecine, si ce charlatanisme est assez habile pour inspirer une grande confiance et former un cercle I de foi. En médecine surtout, c’est la foi qui sauve.
11 n’y a guère de village qui n’ait son faiseur (OU sa faiseuse de médecine occulte, et ces gens-là «ont presque partout et toujours un succès incomparablement plus grand que celui des médecins •approuvés par la Faculté. Les remèdes qu’ils presicrivent sont souvent ridicules ou bizarres, et n’en I réussissent que mieux, parce qu’ils exigent et réalisent plus de foi de la part des sujets et desopé-* rateurs.
Un ancien négociant de nos amis, homme d’un caractère bizarre et d’iin senliment religieux très exalté, après s’ôtre retiré du commerce, s’est rnis à exei’cer gi’atuitemet et par charité chi-étienne la médecine occulte dans un département de la France. Il n’emploie pour tous spécifiques que l’huile, les insufflations et les prières. Un procès qui lui a été intenté pour exercice illégal de la médecine a mis le public à même de constater que dans l’espace d’environ cinq ans on lui attribuait dix mille guérisons, et que le nombre des croyants augmentait sans cesse dans des proportions capables d’alarmer sérieusement tous les médecins du pays.
Nous avons vu au Mans une pauvre religieuse qu’on disait un peu folle, et qui guérissait tous les malades des campagnes voisines avec un élixir et un sparadrap de son invention. L’élixir était pour l’inténeur, le sparadrap pour l’extérieur, et de cette manière rien n’échappait à cette panacée universelle. L’ emplâtre ne s’attachait jamais à la peau qu’aux endroits où son application était nécessaire ; partout ailleurs il se l’oulait sur lui-même et tombait; du moins c’est ce que prétendait la bonne sœur et ce qu’assuraient ses malades. Cette thaumatui*ge
LA TilALMATURGlIi.
eut aussi des procès de concurrence, car elle appauvrissait la clientèle de tous les médecins du pays. Elle fut étroitement cloîtrée, mais bientôt il fallut la rendre au moins une fois par semaine à l’empressement et à la foi des populations. Nous avons vu, le jour des consultations de la sœur Jeanne- Françoise, des gens de la campagne, arrivés de la veille, attendre leur tour couchés à la porte du couvent; ils y avaient dormi sur la dure, et n’attendaient pour s’en retourner que l’élixir et l’emplâtre de la bonne sœur.
Le remède étant le même pour toutes les maladies, il semblerait que la bonne sœur n’avait pas besoin de connaître les souffrances de ses malades. Elle les écoutait toutefois avec une grande attention, et ne leur confiait son spécifique qu’avec com naissance de cause. Là était le secret magique. La direction d’intention donnait au remède sa vertu spéciale. Ce remède était insignifiant par lui-même. L’élixir était de l’eau-de-vie aromatisée et mêlée à des sucs d’herbes amères; l’emplâtre était fait d’un mélange assez analogue à la thériaque pour la couleur et pour l’odeur: c’était peut-être de la poix de Bourgogne opiacée. Quoi qu’il en soit, le spé- cifique faisait merveille, et l’on se fût attiré des
allai l'es parmi les gens de la campagne si l’on avait révoqué en doute les miracles de la bonne sœur.
Nous avons connu près de Paris un vieux jardinier thaumaturge qui faisait aussi des cures merveilleuses et qui mettait dans ses fioles le suc de toutes les herbes de la Saint-Jean. Ce jardinier avait un frère esprit fort qui se moquait du sorcier. Le pauvre jardinier, ébranlé par les sarcasmes de ce mécréant, se mit alors à douter de lui-même : les miracles cessèrent ; les malades perdirent leur confiance, et le thaumaturge, déchu et désespéré, mourut fou.
L’abbé Thiers, curé de Vibraie, dans son curieux Traité des superstitions, rapporte qu’une femme, atteinte d’une ophthalmie désespérée en apparence, ayant été soudainement et mystérieusement guérie, vint se confesser à un prêtre d’avoir eu recours à la magie. Elle avait longtemps importuné un clerc qu’elle supposait magicien pour qu’il lui donnât un caractère à porter sur elle, et le clerc lui avait remis un parchemin roulé, en lui recommandant de se laver trois fois par jour avec de l’eau fraîche. Le prêtre se fit remettre le parchemin, et y trouva ces paroles ; Eruat diabolus oculos tuos et repleat ster-
l.\ TllAüxMATUUGlli.
coribus loca vacaniia. Il Iracluisit ces paroles à la bonne teinine, qui resta stupéfaite; mais elle n’en était pas moins guérie.
L’insufflation est une des plus importantes pratiques de la médecine occulte, parce que c’est un signe parfait de la transmission de la vie. Inspirer 'Cn effet veut dire souffler sur quelqu’un ou sur I quelque chose, et nous savons déjà, par le dogme unique d’Hermès, que la vertu des choses a créé lies mots et qu’il existe une proportion exacte entre les idées et les paroles, qui sont les formes preimières et jes réalisations verbales des idées.
Suivant que le souffle est chaud ou froid, il est attractif ou répulsif. Le souffle chaud correspond . à l’électricité positive, et le souffle froid à l’élecitricité négative. Aussi les animaux électriques et ! nerveux craignent-ils le souffle froid, comme on ipeut en faire l’expérience en soufflant sur un chat idont les familiarités sont importunes. En regardant I fixement un lion ou un tigre et en leur soufflant à lia face, on les stupéfierait au point de les forcer à ^se retirer et à reculer devant nous.
L’insufflation chaude et prolongée rétablit la cirfculation du sang, guérit lesdouleurs rhumatismales • et goutteuses, rétablit l’équilibre dans les humeurs
I
310 lUTUIiL Dlî LA. HAUTE MAGIE.
et dissipe la lassitude. De la part d’une personne sympathique et bonne, c’est un calmant universel. L’insufflation froide apaise les douleurs qui ont pour principes les congestions et les accumulations fluidiques. 11 faut donc alterner ces deux souffles, en observant la polarité de l’organisme humain, et en agissant d’une manière opposée sur les pôles, qu’on soumettra, l’un après l’autre, à un magné- tisme contraire. Ainsi, pour guérir un œil malade par inflammation, il faudra insuffler chaudement et doucement l’œil sain, puis pratiquer sur l’œil échauffé des insufflations froides à distance et en proportions exactes avec les souffles chauds. Les passes magnétiques elles-mêmes agissent comme le souffle, et sont un souffle réel par transpiration et rayonnement d’air intérieur, tout phosphorescent de lumière vitale; les^ passes lentes sont un souffle chaud qui rassemble et exalte les esprits ; les passes rapides sont un souffle froid qui disperse les forces et neutralise les tendances à la congestion. Le souffle chaud doit se faire transversalement ou de bas eu haut ; le souffle froid a plus de force s’il est dirigé de haut en bas.
Nous ne respirons pas seulement par les narines et par la bouche : la porosité universelle de notre
corps est un véritable appareil respiratoire, iiisiif- üsant, sans doute, mais très utile à la vie et à la santé. Les extrémités des doigts, auxquelles aboutissent tous les nerfs, font rayonner la lumière astrale ou l’aspirent suivant notre volonté. Les passes magnétiques sans contact sont un simple et léger souille; le contact ajoute au souffle Timpression sympathique équilibrante. Le contact est bon et même nécessaire pour prévenir les hallucinations dans le commencement du somnambulisme. C’est une communion de réalité physique qui avertit le
cerveau et rappelle l’imagination qui s’égare ; mais il ne doit pas être trop prolongé lorsqu’on veut magnétiser seulement. Si le contact absolu ef prolongé est utile dans certain cas, l’action qu’on doit exercer alors sur le sujet se rapporterait plutôt à l’incubation ou au massage qu’au magnétisme proprement dit.
Nous avons rapporté des exemples d’incubation tirés du livre le plus respecté parmi les chrétiens ; ces exemples se rapportent tous à la guérison des lé- thargies réputées incurables, puisque nous sommes convenu d’appeler ainsi les résurrections. Quant au massage, il est encore en grand usage chez les Orientaux, qui le pratiquent dans les bains publics
A
312 lUTUKL DE LA HAUTE MAGIE.
et s’eii trouvent fort bien. C’est tout un système de frictions, de tractions, de pressions, exercées longuement et lentement sur tous les membres et sur tous les muscles, et dont le résultat est un équilibre nouveau dans les forces, un sentiment complet de repos et de bien-être avec un renouvellement très sensible d’agilité et de vigueur.
Toute la puissance du médecin occulte est dans la conscience de sa volonté, et tout son art consiste à produire la foi dans son malade. Si vous pouvez croire, disait le Maître , tout est possible à celui qui croit. Il faut dominer son sujet par la physionomie, par le ton, par le geste, lui inspirer de la confiance par quelques manières paternelles, le dé- rider par quelque bon et joyeux discours. Rabelais, qui était plus magicien qu’il en avait l’air, avait pris pour panacée spéciale le pantagruélisme. Il faisait rire ses malades, et tous les remèdes qu’ils faisaient ensuite leur réussissaient mieux ; il établissait entre eux et lui une sympathie magnétique au moyen de laquelle il leur communiquait sa confiance et sa bonne humeur; il les flattait dans ses préfaces, en les appelant ses malades très illustres et très pré- cieux, et leur dédiait ses ouvrages. Aussi sommesnous convaincu que le Gargantua et le Pantagruel
I ont guéri plus d’hunieurs noires, plus de disposi- I lions à la folie, plus de manies atrabilaires, à cette époque de haines religieuses et de guerres civiles,
I que la Faculté de médecine tout entière n’eiU pu . alors en constater et en étudier.
.La médecine occulte est essentiellement sympathique. Il faut qu’une affection réciproque ou tout iau moins un bon vouloir réel s’établisse entre le médecin elle malade. Les sirops et les juleps n'ont guère de vertu par eux-mêmes ; ils sont ce que les fait l’opinion commune à l’agent et au patient : aussi la médecine homœopathiqué les suprimet-ellesans de graves inconvénients. L’huile et'le vin combinés, soit avec le sel, soit avec le camphre, pourraient suffire au pansement de toutes les plaies et à toutes les frictions extérieures ou applications calmantes. L’huile et le vin sont les médicaments par excellence de la tradition évangélique. C’est le baume du Samaritain, et dans X Apocalypse, le prophète, en décrivant de grandes exterminations, prie les puissances vengeresses d’épargner l’huile et le vin, c’est-à-dire de laisser une espérance et un remède pour tant de blessures. Ce qu’on appelle parmi nous l’extrême-onction était, chez les premiers chrétiens et dans l’intention de l’apôtre
RITUEL DE LA UAUTE MAGIE.
sailli Jacques, qui a consigné le précepte claps sou Épîlre aux fidèles du inonde entier, la pratique pure et simple de la médecine traditionnelle du Maître. Si quelqu’un est malade parmi vous, écrit-il, qu’il fasse venir les anciens de l’Église, qui prieront sur lui et lui feront des onctions d’huile en invoquant le nom du Maître. Cette thé- rapeutique divine s’est progressivement perdue, et l’on a pris l’habitude de regarder l’extrême-onction comme.une formalité religieuse nécessaire avant de mourir. Cependant la vertu thaumaturgique de l’huile sainte ne saurait être mise complètement en oubli par le dogme traditionnel, et l’on en fait mémoire dans le passage du catéchisme qui se rapporte à l’extrême-onction .
Ce qui guérissait surtout parmi les premiers chrétiens, c’était là foi et la charité. La plupart des maladies prennent leur source dans des désordres moraux : il faut commencer par guérir râme et le corps ensuite sera facilement guéri.
CHAPITRE XXT.
Ce chapitre est consacré à la divination.
I.a divination, dans son sens le plus large et suivant la signification grammaticale du mot, est l’exercice du pouvoir divin et la réalisation de la science divine.
C’est le sacerdoce du mage.
Mais la divination, dans l’opinion générale, se rapporte plus spécialement à la connaissance des choses cachées.
Connaître les pensées les plus secrètes des hommes, pénétrer les mystères du passé et del’avenir, évoquer de siècle en siècle la révélation rigoureuse des effets par la science exacte des causes, voilà ce qu’on appelle universellement divination.
De tous les mystères de la nature, le plus profond, c’est celui du cœur de l’homme ; et pourtant la nature ne permet pas que la profondeur en soit inaccessible. Malgré la dissimulation la plus pro-
RlTUliL UK LA IIAUTK MAGIK.
Ibiiclc, malgré la politique la plus habile, elle li-ace ellemôme et laisse observer dans les formes du corps, dans la lumière des regards, dans les mouvements, dans la démarche, dans la voix, mille indices révélateurs.
L’initié parfait n’a pas môme besoin de ces indices; il voit la vérité dans la lumière, il ressent une impression qui lui manifeste l’homme entier, il traverse les cœurs de son regard, et doit même feindre d’ignorer, pour désarmer ainsi la peur ou la haine des méchants qu’il connaît trop.
L'homme qui a mauvaise conscience croit toujours qu’on l’accuse ou qu’on le soupçonne; s’il se reconnaît dans un trait d’une satire collective, il prendra pour lui la satire tout entière et dira bien haut qu’on le calomnie. Toujours défiant, mais aussi curieux que craintif, il est devant le mage comme le Satan de la parabole ou comme ces scribes qui l’interrogaient pour le tenter. Toujours opiniâtre et toujours faible, ce qu’il craint par-dessus tout, c’est de reconnaître ses torts. Le passé l’inquiète, l’avenir l’épouvante ; il voudrait transiger avec lui-même et se croire un homme de bien à des conditions faciles. Sa vie est une lutte continuelle entre de bonnes aspirations et de mau-
I-A SCIENCIÎ DlîS PROPHÈTES. 317
vaisos habitudes; il se croit philosophe à la manière d’Aristippe ou d’Horace en acceptant toute la corruption de son siècle comme une nécessité qu’il doit subir; puis il se distrait avec quelque passetemps philosophique, et se donne volontiers le sourire protecteur de Mécène, pour se persuader qu’il n’est pas tout simplement un exploiteur de la famine en complicité avec Verrès ou un complaisant de Trimalcion.
De pareils hommes sont toujours exploiteurs, même lorsqu’ils font de bonnes œuvres. Ont-ils résolu de faire un don à l’assistance publique, Is ajournent leur bienfait pour en retenir l’escompte. Ce type, sur lequel je m’appesantis à dessein, n’est pas celui d’un particulier : c’est celui de toute une classe d’hommes, avec lesquels le mage est exposé, surtout dans notre siècle, à se trouver souvent en rapport. Qu’il se tienne dans la défiance dont euxmêmes lui donneront l’exemple, car il trouvera toujours en eux ses amis les plus compromettants et ses plus dangereux ennemis.
L’exercice public de la divination ne saurait, à notre époque, convenir au caractère d’un véritable adepte, car il serait souvent obligé de recourrir à la jonglerie et aux tours d’adresse pour conserver
ÎM8 RlTllEI. DE l.A HAUTE MAGIE.
sa clientèle et émerveiller son public. Les devins et les devineresses accrédités ont toujours une police secrète qui les instruit de certaines choses relatives à la vie intime ou aux habitudes des consultants. Une télégraphie de signaux est établie entre l’antichambre et le cabinet ; on donne un numéro au client qu’on ne connaît pas et qui vient pour la première fois ; on lui indique un jour et on le fait suivre; on fait causer les portières, les voisines et les domestiques, et l’on arrive ainsi à ces détails qui bouleversent l’esprit des simples et leur donnent pour un charlatan l’estime qu’il faudrait ré- server à la science sincère et à la divination consciencieuse.
La divination des événements à venir n’est possible que pour ceux dont la réalisation est déjà en quelque sorte contenue dans leur cause. L’âme, en regardant par l’appareil nerveux tout entier dans le cercle de la lumière astrale qui influence un homme et reçoit une influence de lui, l’âme du divinateur, disons-nous, peut embrasser dans une seule intuition tout ce que cet homme a soulevé autour de lui d’amours ou de haines; elle peut lire ses intentions dans sa pensée, prévoir les obstacles qu’il va rencontrer sur son chemin, la mort vio-
I lente peut-être qui l’attend ; mais elle ne peut pré- ' voir ses déterminations privées, volontaires, capriicieuses, de l’instant qui suivra la consultation, à I moins que la ruse du devin ne prépare elle-même I l’accomplissement de la prophétie. Exemple: vous dites à une femme sur le retour et qui désire un I mari : Vous irez ce soir ou demain soir à tel spectacle, et vous y verrez un homme^^ui vous plaira.
' Cette homme ne sortira pas sans vous avoir remarquée, et, par un concours bizarre de circonstances, il en résultera plus tard un mariage. Vous pouvez être sûr que, toute affaire cessante, la dame ira au spectacle indiqué, y verra un homme dont elle se croira remarquée, et espérera un prochain mariage. Si le mariage ne se fait pas, elle ne s’en prendra pas à vous, car elle ne voudra pas perdre l’espoir d’une nouvelle illusion, et elle reviendra, au contraire, assidûment vous consulter.
Nous avons dit que la lumière astrale est le grand livre de la divination ; ceux qui ont l’aptitude pour lire dans ce livre l’ont naturellement ou l’ont acquise. Il y a donc deux classes de voyants, les instinctifs et les initiés. C’est pour cela que les enfants, les ignorants, les bergers, les idiots mêmes, ont plus de dispositions à la divination naturelle que les sa-
3!20 RITUEL DE I.A HA.UTE MAGIE.
vanis el les penseurs. David, simple pasteur, était prophète comme l’a été depuis Salomon, le roi des cabalistes et des mages. Les aperçus de l’instinct sont souvent aussi sûrs que ceux de la science ; les moins clairvoyants en lumière astrale sont ceux qui raisonnent le plus.
Le somnambulisme est un état d’instinct pur: aussi les somnambules ont-ils besoin d’ètre dirigés par un voyant de la science ; les sceptiques et les raisonneurs ne peuvent que les égarer.
La vision divinatrice ne s’opère que dans l’état d’extase, et pour arriver à cet état il faut rendre le doute et l’illusion impossibles en enchaînant ou en endormant la pensée.
Les instruments de divination ne sont donc que des moyens de se magnétiser soi-même et de se distraire de la lumière extérieure pour se rendre uniquement attentif à la lumière intérieure. C’est pour cela qu’ Apollonius s’enveloppait tout entier dans un manteau de laine, et fixait, dans l’obscurité, ses regards sur son ombilic. Le miroir magique de Du Potet est un moyen analogue à celui d’Apollonius. L’hydromancie et la vision dans l’ongle du pouce bien égalisé et noirci sont des variétés de miroir magique. Les parfums et les
LA SCIENCK DES PROPHÈTES. 0*i l
évocations assoupissent la pensée ; l’eau ou la couleur noire absorbe les rayons visuels : il se produit alors un éblouissement, un vertige, qui est suivi de la lucidité dans les sujets qui ont pour cela une aptitude naturelle ou qui sont convenablement disposés.
La géomancie et la cartomancie sont d’autres moyens pour arriver aux mêmes fins ; les combiliaisons des symboles et des nombres, étant tout à la fois fortuites et nécessaires, donnent une image .assez vraie des chances de la destinée pour que rimagination puisse voir les réalités à l’occasion des symboles. Plus l’intérêt est excité, plus le désir de voir est grand, plus la confiance dans l’intuitiori est complète, et plus aussi la vision est claire. Jeter au hasard des points de géomancie ou tirei* les cartes à la légère, c’est jouer comme les enfants qui tirent à la plus belle lettre. Les sorts ne sont des oracles que lorsqu’ils sont magnétisés par l’intelligence et dirigés par la foi.
De tous les oracles, le Tarot est le plus surprenant dans ses réponses, parce que toutes les combinaisons possibles de cette clef universelle de la cabale donnent pour solutions des oracles de science et de vérité. Le Tarot était le livre unique des an-
o'22 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
ciens mages; c’est la Bible [irimitive, comme nous le prouverons dans le chapitre suivant, et les anciens le consultaient, comme les premiers chré- tiens consultèrent plus tard les Sorts des saints, c’est- à-dire des versets de la Bible tirés au hasard et déterminés par la pensée d’un nombre.
Mademoiselle Lenormand , la plus célèbre de nos devineresses modernes, ignorait la science du Tarot , ou ne le connaissait guère que d’après Eteilla, dont les explications sont des obscurités jetées sur la lumière. Elle ne savait ni la haute magie, ni la Cabale, et avait la tête farcie d’une érudition mal digérée; mais elle était intuitive par instinct, et cet instinct la trompait rarement. Les ouvrages qu’elles a laissés sont un galimatias légitimiste émaillé de citations classiques; mais ses oracles inspirés par la présence et par le magné- tisme des consultants, avaient souvent de quoi surprendre. C’était une femme chez qui l’enflure de l’imagination et la divagation de l’esprit se substituèrent toujours aux affections naturelles de son sexe. Elle a vécu et est morte vierge, comme les anciennes druidesses de l’île de Savne.
Si la nature l’eût douée d^ quelque beauté, elle eût facilement. des époques plus reculées, joué
dans les Gaules le rôle d’une Mélusine ou d’une Yelléda.
Plus on emploie de cérémonies dans l’exercice de la divination, plus on excite l’imagination de ses consultants et la sienne. La conjuration des quatre, la prière de Salomon, l’épée magique pour écarter les fantômes, peuvent alors être employées avec succès ; on doit aussi évoquer le génie du jour et de l’heure où l’on opère et lui olfrir son parfum spécial; puis on se met en rapport magné- tique et intuitif avec la personne qui consulte, en lui demandant quel animal lui est sympathique et quel autre lui est antipathique, quelle fleur elle aime et quelle couleur elle préfère Les fleurs, les couleurs et les animaux se rapportent en classification analogique aux sept génies de la cabale. Ceux qui aiment le bleu sont id^dtstes et rêveurs ; ceux qui aiment le rouge, matérialistes et colères ; ceux qui aiment le jaune, fantastiques et capricieux ; les amateurs du vert ont souvent un caractère mercantile ou rusé ; les amis du noir sont intluencés par Saturne; le rose est la couleur de Vénus, etc. Ceux qui aiment le cheval sont laborieux, nobles de caractère, et pourtant flexibles et dociles ; les amis du chien sont aimants et fidèles ;
RlTUlil. DK J. A IIAU'l'K MA(;iK.
ceux du chat sont iudép(3iulaiits et liherlius. Les personnes franches ont peur surtout des araignées ; les âmes fières sont antipathiques au serpent; les personnes probes et délicates ne peuvent souffrir les rats et les souris ; les voluptueux ont en horreur le crapaud, parce qu’il est froid, solitaire, hideux et triste. Les fleurs ont des sympathies analogues à celles des animaux et des couleurs, et comme la magie est la science des analogies universelles, un seul goût, une seule disposition d’une personne, fait deviner toutes les autres. C’est une application aux phénomènes de Tordre moral de Taiiatomie analogique de Cuvier.
La physionomie du visage et du corps, les rides du front, les lignes de la main, fournissent également aux magistes des indices précieux. La métoposcopie et lachiromanciesontdevenuesdessciences à part, dont les observations, risquées et purement conjecturales, ont été comparées, discutées, puis réunies en un corps de doctrine par Goglenius, Belot, Romphile, ïndagine et Taisnier. L’ouvrage de ce dernier est le plus considérable et le plus complet; il réunit et commente les observations et
les conjectures de tous les autres.
Un observateur moderne, le chevalier d’Arpen-
LA SClliNCL DLS PROIMIÈTES. 325
tigiiy, a tlonné à la chiromancie un nouveau degré de certitude par ses remarques sur les analogies qui existent réellement entre les caractères des personnes et la forme, soit totale, soit détaillée, de leurs mains. Cette science nouvelle a été développée et précisée depuis par un artiste qui est en même temps un littérateur plein d’originalité et de finesse. Le disciple a surpassé le maître, et l’on cite déjà comme un véritable magicien en chiromancie raimable et spirituel Desbarrolles, run des voyageurs dont aime à s’entourer dans ses romans cosmopolites notre grand conteur Alexandre Dumas.
11 faut aussi interroger le consultant sur ses songes habituels : les songes sont les reflets de la vie, soit intérieure, soit extérieure. Les philosophes anciens y faisaient une grande attention ; les patriarches y voyaient des révélations certaines , et la plupart des révélations religieuses se sont faites en rêve. Les monstres de l’enfer sont les cauchemars du christianisme, et, comme le remarque spirituellementrauteurde Smarra, jamais le pinceau ou le ciseau ii’eût reproduit de pareilles laideurs si elles n’eussent été vues en rêve.
32G ■ RITUEL DE JA HAUTE MAGIE.
Jl faut se défier des pei'soiines dont l’iinaginalion reflète haljituellement des laideui’s.
Le tempéi’arnent se manifeste aussi par les songes, et comme le tempérament exei’ce sur la vie une influence continuelle, il est nécessaii'e de le bien connaître pour conjecturer avec certitude les destinées d’une personne. Les rêves de sang, de plaisir, et de lumière, sont les indices d’un tempérament sanguin ; les rêves d’eau, de boue, de pluie, de larmes, sont les résultats d’une disposition plus flegmatique; le feu nocturne, les ténèbres, les terreurs, les fantômes, appartiennent aux bilieux et aux mélancoliques.
Synésius, l’un des plus grands évêques chrétiens des premiers siècles, disciple de la belle et pure Hypathie, qui fut massacrée par des fanatiques après avoir été glorieusement la maîtresse de cette belle école d’Alexandrie, dont le christianisme devait partager l’héiâtage ; Synésius, poète lyrique comme Pindare et Calliniaque, religieux conirae Orphée , chrétien comme Spiridion de Trémithonte, a laissé un traité des songes qui a été commenté par Cardan. On ne s’occupe plus guère de nos jours de ces magnifiques recherches de l’esprit, par-
coque les fanatismes successifs ont presque forcé le monde à désespérer du rationalisme scientifique et religieux. Saint Paul a brûlé Trisniégiste ; Omar a brûlé les disciples de Trisniégiste et de saint Paul. O persécuteurs! ô incendiaires! ô moqueurs! quand
donc aurez-vous fini votre œuvre de ténèbres et de destruction?
Trithème,run des plus grands magistes de la pé- riode chrétienne, abbé irréprochable d un monastère de bénédictins, théologien savant et maître
de Cornélius Agrippa, a laissé, parmi ses ouvrages inappréciés et inappréciables, un traité intitulé . De septem secundeis^ id est intelligentiis sive spiritibus orbes post Dewn moventibus . G est une clef de toutes les prophéties anciennes et nouvelles, et un moyen mathématique, historique et facile, de surpasser Isaïe et Jérémie dans la prévision de tous les grands événements à venir. L’auteur esquisse à grands traits la philosophie de Thistoire, et partage l’existence du monde entier entre les sept génies de la cabale. C’est la plus grande et la plus large interprétation qui ait jamais été faite de ces sept anges de Y Apocalypse qui apparaissent tour à tour avec des trompettes et des coupes pour répandre le verbe et la réalisation du verbe sur le monde.
lUTUiîJ. mi LA IIALITJÎ MAGIli.
Le règne de cha((ue ange est de 35/i ans et l\ mois. Le premier est Oritiel, l’ange de Saturne, ([ui a commencé son règne le 13 mars, l’an premier du monde (car le monde, suivant Tritlième, a été créé le 13 mars) : son règne a été celui de la sauvagerie et de la nuit primitive. Puis est venu l’empire d’Anaël, l’esprit de Vénus, qui a commencé le 2/| juin l’an du monde 35Zi ; alors l’amour commença à être le précepteur des hommes; il créa la famille, et la famille conduisit à l’association et à la cité primitive. Les premiers civilisateurs furent les poètes inspirés par l’amour, puis l’exaltation de la poésie produisit la religion, le fanatisme et la débauche, qui amenèrent plus tard le déluge. Et tout cela dura jusqu’à l’an du monde 708 au huitième mois, c’est-à-dire jusqu’au 25 octobre; et alors commença le règne de Zachariel, l’ange de Jupiter, sous lequel les hommes commencèrent à connaître et à se disputer la propriété des champs et des habitations. Ce fut l’époque de la fondation des villes et de la circonscription des empires; la civilisation et la guerre en furent les consé- quences. Puis le besoin du commerce se fît sentir, vrier, commença le règne de Raphaël, l’ange de
LA SCIliNCli DlîS PROPHÈTES. 329
Mercure, l’aiige de la science et du verbe, l’aiige de riiitelligence et de l’industrie. Alors les lettres furent inventées. La première langue fut hiéroglyphi(jne et universelle, et le monument qui nous en reste est le livre dTIénoch, de Cadmus, de Tliot ou de Palamède, la clavicule cabalistique adoptée plus tard par Salomon, le livre mystique des ïheraphim, de rUrim et du Tliumim, la Genèse primitive du Sohar et de Guillaume Postel, la roue mystique d’Ezéchiel, le rota des cabalistes, le 'Farot des magistes et des bohémiens. Alors furent inventés les arts, et la navigation fut éssayée pour la première fois; les relations s’étendirent, les besoins se multiplièrent, et arriva bientôt, c’est-à-dire le 26 juin de l’an du monde ikil, le règne de Samaël, l’ange de Mars, époque de la corruption de tous les hommes et du déluge universel. Après une longue défaillance, le monde s’efforça de renaître sous Gabriel, l’ange de la lune, qui commença son règne le 28 mars l’an du monde 1771 : alors la famille de Noé se multiplia et repeupla toutes les parties de la terre, après la confusion de Babel, jusqu’au règne de Michaël, l’ange du soleil, qui commença le 2/i février l’an du monde 2126 ; et c’est à cette époque qu’il faut rapporter l’ori-
giiio des premières dominations, l’empire des enfants de Nemrod, la naissance des sciences et des religions sur la terre, et les premiers conflits du despotisme, et de la liberté. Trithèrne poursuit celte curieuse étude à travers les âges, et montre aux mêmes époques le retour des ruines, puis la civilisation renaissante par la poésieet par l’amour, les empires rétablis par la famille, agrandis par le commerce, détruits par la guerre, réparés par la civilisation universelle et progressive, puis absorbés par de grands empires, qui sont les synthèses de l’histoire. Le travail de Trithèrne est, à ce point de vue, plus universel et plus indépendant que celui de Bossuet, et c’est une clef absolue de la philosophie de l’histoire. Ses calculs rigoureux le conduisent jusqu’au mois de novembre de l’année 1379, époque du règne de Michaël et de la fondation d’un nouveau royaume universel. Ce royaume aura été préparé par trois siècles et demi d’angoisses et trois siècles
et demi d’espérances : époques qui coïncident pré- cisément avec les seizième, dix-septième, dix-huitième et le demi dix-neuvième pour le crépuscule lunaire et l’espérance ; avec les quatorzième, treizième douzième et demi-onzième pour les épreuves, l’ignorance, les angoisses et les fléaux de toute
nature. Nous voyons donc, d’après ce calcul, qu’en 1879, c’est-à-dire dans ans, un empire universel sera fondé et donnera la paix au monde. Cet empire sera politique et religieux; il donnera une solution à tous les problèmes agités de nos jours et durera 35à ans et h mois ; puis reviendra le règne d’Orifiel, c’est-à-dire une époque de silence et de nuit. Le prochain empire universel, étant sous le règne du soleil, appartiendra à celui qui tiendra les clefs de l’Orient, que se disputent en ce moment les princes des quatre parties du monde ; mais l’intelligence et l’action sont, dans les royaumes supérieurs, les forces qui gouvernent le soleil , et la nation qui sur la terre a maintenant l’initiative de l’intelligence et delà vie aura aussi les clefs de l’Orient et fondera le royaume universel. Peut-être aura-t-elle à subir pour cela une croix et un martyre analogues à ceux de l’homme-Dieu ; mais, morte ou vivante parmi les nations, son esprit triomphera, et tous les peuples du monde reconnaîtront et suivront dans ans l’étendard de la France victorieuse toujours ou miraculeusement ressuscitée. Telle est la prophétie deTrithème, confirmée par toutes nos prévisions et appuyée par tous nos vœux.
JUTUEL DE LA HAUTE MA(iIE.
CMAPITHK XXII.
LE LIVRE d’h EK MES.
Nous arrivons à la fin de noire œuvre, el c’est ici que nous devons en donner la clef universelle et en dire le dernier mot.
La clef universelle de? arts magiques, c’est la clef de tous les anciens dogmes refigieux, la clef de la cabale et de la Bible, la clavicule de Salomon.
Or, cette clavicule ou petite clef, qu’on croyait perdue depuis des siècles, nous l’avons retrouvée, et nous avons pu ouvrir tous les tombeaux de l’ancien monde, faire parler les morts, revoir dans toute leur splendeur les monuments du passé, comprendre les énigmes de tous les sphinx et pénétrer dans tous les sanctuaires.
L’usage de cette clef, chez les anciens, n’était permis qu’aux seuls grands prêtres, et on n’en confiait pas même le secret à l’élite des initiés. Or, voici ce que c’était que cette clef :
C’était un alphabet hiéroglyphique et numéral
LF, CHARIOT It’ HERMÈS
Septième clef du Tarot (page 332).
1,E LIVRE d’hERMÈS.
exprimant par des caractères et par des nombres une série d’idées universelles et absolues ; puis une échelle de dix nombres multipliés par quatres symboles et reliés ensemble par douze figures repré- sentant les douze signes du zodiaque, plus quatre génies, ceux des quatre points cardinaux.
Le (luaternaire symbolique, figuré dans les mystères de Memphis et de Thèbes par les quatre formes du sphinx, l’homme, l’aigle, le lion et le taureau, correspondait av^c les quatre éléments du monde antique figurés: l’eau, par la coupe que tient l’homme ou le verseau ; l’air par le cercle ou nimbe
(jui entoure la tète de l’aigle céleste; le feu, par le bois qui l’alimente, par l’arbre que la chaleur de la terre et celle du soleil font fructifier, par le sceptre enfin de royauté, dont le lion est l’emblème; la terre, parle glaive de Mithra, qui immole tous les ans le taureau sacré et fait couler avec son sang la sève qui gonfle tous les fruits de la terre.
Or. ces quatre signes, avec toutes leurs analogies, sont l’explication du mot unique caché dans I tous les sanctuaires, du mot que les bacchantes I semblaient deviner dans leur ivresse lorsqu’en cé- lébrant les fêtes d’Iacchos elles s’exaltaient jusqu’au
33/|- IIITUKL DE iA HAUTE MAGIE.
délire pour lo evoiié ! Que signifiait donc ce mol mystérieux? C'était le nom des quatre lettres primitives de la langue mère: le jod, symbole du cep de vigne ou du sceptre paternel de Noë ; le hé, image de la coupe des libations, signe de la maternité divine ; le VAU, qui unit ensemble les deux signes précédents, et avait pour figure dans l’Inde le grand et mystérieux lingam. Tel était, dans le mot divin, le triple signe du ternaire; puis la lettre maternelle paraissait une seconde fois pour exprimer la fécondité de la nature et de la femme, pour formuler aussi le dogme des analogies universelles et progressives descendant des causes aux effets et remontant des effets aux causes. Aussi le mot sacré ne se prononçaitil pas ; il s’épelait et se disait en quatre mots, qui sont les quatre mots sacrés : jod hé vau hé.
Le savant Gaffarel ne doute pas que les theraphim des Hébreux, au moyen desquels ils consultaient les oracles de Vurim et du thumirn n’aient été les figures des quatre animaux de la cabale , dont les symboles étaient résumés, comme nous le dirons bientôt, par les sphinx ou chérubins de l’arche. Mais il cite à propos des théraphim usurpés de Michas, un curieux passage de Philon le Juif
qui est toute une révélation sur l’origine ancienne et sacerdotale de nos Tarots. Voici comment Gaffarel s’exprime: « 11 dit donc (Philon le Juif), par- » lant de l’histoire cachée dans le chapitre susdit » des Juges, que Michas fit de fin or et argent trois » figures de jeunes garçons et trois jeunes veaux, » autant d’un lion, d’un aigle, d’un dragon et d’une » colombe : de façon que si quelqu’un l’allait trou- » ver pour savoir quelque secret touchant sa femme, » il interrogeait la colombe ; si touchant ses en- » fants, par le jeune garçon ; si pour des richesses, » par l'aigle ; si pour la force et la puissance, par
» le lion; si pour la fécondité, par le chérub ou veau;
» si pour la longueur des jours et des ans, par le » dragon. » Cette révélation de Philon, bien que Gaffarel en fasse peu de cas, est pour nous de la plus haute importance. Voiei en effet notre clef du quaternaire, voici les images des quatre animaux symboliques qui se trouvent à la vingt et unième clef du Tarot, c’est-à-dire au troisième septénaire, répétant ainsi trois et résumant tout le symbolisme qu’expriment les trois septénaires superposés; puis l’antagonisme des couleurs, exprimé par la colombe et le dragon ; le cercle ou rota, formé par le dragon ou le serpent pour exprimer la longueur
umilîl. Dli IA IlAUTIi MAdlli.
(les jours; enfui lu divination cabalistique du Tarot tout entière, telle que la prati(|uèrent plus tard les %yptiens bohèmes, dont les secrets furent deviia^s et retrouvés imparfaitement parEtteilla.
On voit dans la Bible que les grands prêtres consultaient le Seigneur sur la table d’or de l’arche sainte, entre les chérubs ou sphinx à corps de taureau et à ailes d’aigle^ et qu’ils consultaient à l’aide des théraphim, par furim, par le thumim et par l’éphod. L’épliod était, comme on sait, un carré magique de douze nombres et de douze motsgravés sur des pierres précieuses. Le mot théraphm, en hébreu, signifie hiéroglyphes ou signes figurés; l’urim et le thumim, c’était le haut et le has, l’orient et l’occident, le oui et le non, et ces signes correspondaient aux deux colonnes du temple Jakin et Boiias. Lors donc que le grand prêtre voulait faire parler l’oracle, il tirait au sort les théraphim ou lames d’or qui portaient les images des quatre mots sacrés, et les plaçait trois par trois autour du rational ou éphod, entre furim et le thumim, c’est- à-dire entre les deux onyx qui servaient d’agrafes aux chaînettes de féphod. L’onyx de droite signifiait Gédulah ou miséricorde et magnificence ; l’onyx de gauche se rapportait à Géburah et signi-
LE LIVRE d’iIERMÈS.
liait justice et colère, et si, par exemple, le signe du lion se trouvait près de la pierre où était gravé le nom de la tribu de Juda du côté gauche, le grand-prêtre lisait ainsi l’oracle : La verge du Seigneur est irritée contre Juda. Si le tliérapliirn représentait l’homme ou la coupe et qu’il se trouvât également’ à gauche, près de la pierre de Benjamin, le grand-prêtre lisait : La miséricorde du Seigneur est lasse des offenses de Benjamin, qui l’outrage dans son amour. C’est pourquoi il va épancher sur lui la coupe de sa colère, etc. Lorsque le souverain sacerdoce cessa en Israël, quand tous les
oracles du monde se turent en présence du Verbe fait homme et parlant par la bouche du plus populaire et du plus doux des sages, quand l’arche fut perdue, le sanctuaire profané et le temple détruit, les mystères de l’éphod et des théraphim, qui n’é- taient plus tracés sur l’or et les pierres précieuses, furent écrits ou plutôt figurés par quelques sages cabalistes sur l’ivoire, sur le parchemin, sur le cuir argenté et doré, puis enfin sur de simples cartes, qui furent toujours suspectes à l’Église officielle, comme renfermant une clef dangereuse de ses mystères. De là sont venus ces tarots dont l’antiquité, révélée au savant Court de Gébelin par la science
RITUKL Dü: la IIAUTK MAGIË.
môme des hiéroglyfihes et des nüm])res, a tant exercé, plus tard, la douteuse pers[)icacité et la tenace investigation l’Etteilla.
Court de Gébelin, dans le huitième volume de son Monde primilif, donne la figure des vingt-deux clefs et des quatre as du Tarot, et en démontre la parfaite analogie avec tous les symboles de la plus haute antiquité ; il essaye ensuite d’en donner l’explication et il s’égare naturellement, parce qu’il ne prend pas pour point de départ le tétragramme universel et sacré, le lo evohé des bacchanales, le JOD HE VAU HÉ du saiictuaire, le mm de la cabale.
Etteilla ou Alliette, préoccupé uniquement de son système de divination et du profit matériel qu’il pouvait en tirer, Alliette, ancien coiffeur, n’ayant jamais appris ni le français, ni môme l’orthographe, prétendit réformer et s’approprier ainsi le livre deTHOT. Sur le tarot qu’il fit graver, et qui est devenu fort rare, on lit à la carte vingt-huitième (le huit de bâtons) cette réclame naïve: «Etteilla, » professeur d’algèbre, rénovateur de la cartoman- » cie et rédacteurs {aie) des modernes incorrec- » lions de cet ancien livre de Thot, demeure rue de » l’Oseille, n° â8, à Paris, v Etteilla eût certaine-
LE LIVRE d’hERMÈS. âS9
ment mieux fait de ne pas rédiger les incorrections dont il parle : ses travaux ont fait retomber dans le domaine de la magie vulgaire et des tireuses de cartes le livre antique découvert par Court de Gé- belin. Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit un axiome de logique ; Etteilla en fournit un exemple de plus, et pourtant ses efforts l’avaient amené à une certaine connaissance de la cabale, comme on peut le voir dans quelques rares passages de ses illisibles ouvrages.
Les véritables initiés contemporains d’Etteilla, les roses-croix, par exemple, et les martinivstes qui
étaient en possession du vrai Tarot, comme le prouvent un livre de Saint-Martin, dont les divisions sont celles du Tarot, et ce passage d’un ennemi des roses-croix : « Ils prétendent qu’ils ont un vo- » lume dans lequel ils peuvent apprendre tout ce » qui est dans les autres livres qui sont ou qui » pourraient jamais être. Ce volume est leur rai- » son dans laquelle ils trouvent le prototype de tout » ce qui existe par la facilité d’analyser, de faire » des abstractions, de former une espèce de monde » intellectuel et de créer tous les êtres possibles, » Voyez les cartes philosophiques, théosophistes, » microcosmites, etc. » Conjuration contre la relC
3/|0 RITUJÎL DE LA HAUTE MAGIE.
(jion catholique et les souverains^ par railleur du V oile levé pour les curieux, l^aris, Crapard, 1792. Les véritables initiés, disons-nous, qui tenaient le secret du tarot parmi leurs jilus grands mystères, se gardèrent bien de protester contre les erreurs cl’Etteilia, et le laissèrent non pas révéler, mais revoiler l’arcane des vraies clavicules de Salomon. Aussi n’est-ce pas sans un profond étonnement que nous avons retrouvé intacte et ignoré encore celte clef de tous les dogmes et de toutes les philosophies de l’ancien monde. Je dis une clef, et c’en est vé- ritablement une, ayant le cercle des quatre décades pour anneau, et pour tige ou pour corps l’échelle des 22 caractères, puis pour tournant les trois degrés du ternaire, comme l’a compris et figuré Guillaume Postel dans sa Clef des choses cachées depuis le commencement du monde, clef dont il indique ainsi le nom occulte et connu des seuls initiés :
T
I
mot (jLii peut se lire Rota, et qui signitie la roue d’Kzéchiel, ou Tarot, et alors il est synonyme de I’Azoth des philosophes hermétiques. C’est un mot qui exprime cabalistiquement l’absolu dogmatique et naturel ; il est formé des caractères du monogramme de Christ, suivant les Grecs et les Hé- breux. L’R latine ou le P grec se trouve au milieu, entre l’alpha et l’oméga de V Apocalypse; puis le Tau sacré, image de la croix, enferme le mot tout entier, comme nous l’avons représenté à la page 95 de notre Rituel.
Sans le tarot, la magie des anciens est un livre
fermé jioiir nous, cl il e.st impossible de pénétrer
aucun des grands mystères de la cabale. Le tarot
seul donne l’interprétation des carrés magiques d’ Agrippa et de Paracelse, comme on peut s’en convaincre en formant ces mômes carrés avec les clefs du tarot et en lisant les hiéroglyphes qui se trouveront ainsi rassemblés.
Voici les sept carrés magiques des génies plané- taires suivant Paracelse :
Saturne.
T
Jupiter.
Mars.
.Le Soleil.
Vénus.
•M RITUIÎL DE LA HAUTE MAGIE.
La l.UNE.
En additionnant chacune des colonnes de ces carrés, vous obtenez invariablement le nombre caractéristique de la planète, et, en trouvant l’explication^de ce nombre par les hiéroglyphes du Tarot, vous cherchez le sens de toutes les figures, soit triangulaires, soit carrées, soit cruciales, que vous trouverez formées par les nombres. Le résultat de ^ cette opération sera une connaissance complète et approfondie de toutes les allégories et de tous les mystères cachés parles anciens sous le symbole de chaque planète, ou plutôt de chaque personnification des influences, soit célestes, soit humaines, sur tous les événements de la vie.
Nous avons dit que'les 22 clefs du tarot sont les 22 lettres de l’alphabet cabalistique primitif. Voici ^
LK Livaiî u’hiîrmès. 3/i5
une table des variantes de cet alphabet suivant les divers cabalistes hébreux.
X L’ôlre, l’esprit, l’homme ou Dieu ; l’objet compréhensible ; l’unité mère des nombres, la substance première.
Toutes ces idées sont exprimées hiéroglyphiquement par la figure du bateleur. Son corps et ses bras forment la lettre x; il porte ^autour de la tête un nimbe en forme de oo , symbole de la vie et de l’esprit universel ; devant lui sont des épées, des coupes et des pantacles, et il élève vers le ciel la baguette miraculeuse. Il a une figure juvénile et des cheveux bouclés, comme Apollon ou xMercure ; il a le sourire de l’assurance' sur les lèvres et le regard de l’intelligence dans les yeux.
3 La maison de Dieu et de l’homme, le sanctuaire, la loi, la gnose, la cabale, l’église occulte, le binaire, la femme, la mère.
Hiéroglyphe du tarot, la papesse : une femme couronnée d’une tiare, ayant les cornes de la lune ou dTsisla tête environnée d’un voile, la croix solaire sur la poitrine, et tenant sur ses genoux un livre qu’elle cache avec son manteau.
L’auteur protestant d’une prétendue histoire de
3Û6 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
la papesse Jean ne a retrouvé et fait servir, tant bien que mal, à sa thèse, deux curieuses et anciennes figures qu’il a trouvées de la papesse ou souveraine prêtresse du Tarot. Ces deux figures donnent à la papesse tous les attributs d’isis: dans ruiie, elle tient et caresse son fils Horus ; dans fautre, elle a les cheveux longs et épars ; elle est assise entre les deux colonnes du binaire, porte sur la poitrine un soleil à quatre rayons, pose une main sur un livre, et fait de fautre le signe de l’ésoté- risme sacerdotal, c’est-à-dire qu’elle ouvre seulement trois doigts et tient. les autres repliés en signe de mystère ; derrière sa tête est le voile, et de chaque côté de son siège une mer sur laquelle s’é- panouissent des fleurs de lotus. Je plains fort le malencontreux érudit qui n’a voulu voir dans ce symbole antique qu’un portrait monumental de sa ■ prétendue papesse Jeanne.
i Le verbe, le ternaire, la plénitude, la fécondité, la nature, la génération dans les trois mondes.
Symbole, l’impératrice : une femme ailée, cou-
ronnée, assise et tenant au bout dè son sceptre le globe du monde ; elle a pour signe un aigle, image ' de fâme et de la vie.
Cette femme est la Vénus-Uranie (les Grecs et a été représentée par saint Jean, dans son Apocalypse, par la femme revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles et ayant la lune sous les pieds. C’est la quintessence mystique du ternaire, c’est la spiritualité, c’est l’immortalité, c’est la reine du ciel.
ILa porte ou le gouvernement chez les Orientaux, l’initiation, le pouvoir, le tétragramme, le quaternaire, la pierre cubique ou sa base.
Hiéroglyphe, l’empereur : un souverain dont le corps représente un triangle droit, et les jambes une croix, image de l’Athanor des philosophes.
rt Indication, démonstration, enseignement, loi, symbolisme, philosophie, religion.
Hiéroglyphe, le pape ou le grand hiérophante. Dans les Tarots plus modernes, ce signe est remplacé par l’image de Jupiter. Le grand hiérophante, assis entre les deux colonnes d’Hermès et de Salomon, fait le signe de l’ésotérisme et s’appuie sur la croix à trois traverses d’une forme triangulaire. Devant lui, deux ministres inférieurs sont à ge- - noux, de sorte qu ayant au-dessus de lui les chapiteaux des deux colonnes et au-dessous les deux
lUTlIEL Dli J.A llAliTli MAGlli.
lôlesïles iiiiiiistros, il est, le centre du (juinaire et représente le divin pentagrainine dont il donne ainsi le sens complet. Kn etïét, les colonnes sont la né- cessité ou la loi; les têtes sont la liberté ou l’action. De chaque colonne à chaque tète on peut tirer une ligne, et deux lignes de chaque colonne à chacune des deux tètes. On obtiendra ainsi un carré coupé en quatre triangles par une croix, et au milieu de cette croix sera le grand hiérophante, nous dirions presque comme l’araignée des jardins au centre de sa toile, si cette image pouvait convenir à des choses de vérité, de gloire et de lumière.
T Enchaînement, crochet, lingam, enchevêtrement, union, embrassement, lutte, antagonisme, combinaison, équilibre.
Hiéroglyphe, l’homme entre le Vice et la Vertu. Au-dessus de lui rayonne le soleil de la vérité, et dans ce soleil l’Amour tendant son arc et menaçant le Vice de sa flèche. Dans l’ordre des dix séphiroth, ce symbole correspond à Tiphereth , c’est-à-dire à l’idéalisme et à la beauté. Le nombre six repré- sente l’antagonisme des deux ternaires, c’est-à-dire de la négation absolue et de l’absolue affirmation. C’est donc le nombre du travail et de la li-
LK UVRE n’nKRMÈS. 3/|9
I berté ; c’est pour([uoi il se rapporte aussi à la beauté morale et à la gloire.
t Arme, glaive, épée ilamboyante du chérub, septénaire sacré, triomphe, royauté, sacerdoce.
Hiéroglyphe, uu char cubique à quatre colonnes, avec une draperie azurée et étoilée. Dans le char, entre les quatre colonnes, un triomphateur couronné d’un cercle sur lequel s’élèvent et rayonnent ’ trois pentagram mes d’or. Le triomphateur a sur sa cuirasse trois équerres superposées; il y a sur les épaules rurim et le thumin de la souveraine sacrificature, figurés parles deux croissants delà lune en Gédulah et en Géburah ; il tient à la main un sceptre surmonté d’un globe, d’un carré et d’un triangle; son attitude estfière.et tranquille. Au char est attelé un double sphinx ou deux sphinx qui se tiennent par le bas-ventre ; ils tirent l’un d’un côté, l’autre de l’autre; mais l’un des deux tourne la tête, et ils regardent du même côté. Le sphinx qui tourne la tète est noir, l’autre est blanc. Sur le carré qui tait le devant du chariot, on voit le lingam indien surmonté de la sphère volante des Égyptiens. Cet hiéroglyphe, dont nous donnons ici la figure exacte, est le plus beau peut-être et le plus corn-
plet de tous ceux qui œiiiposeiit la clavicule du Tarot .
n Balance, attrait et répulsion, vie, frayeur, promesse et menace.
Hiéroglyphe, la justice avec son glaive et sa balance.
ü Le bien, l’horreur du mal, la moralité, la sagesse.
Hiéroglyphe, un sage appuyé sur son bâton et portant devant lui une lampe; il s’enveloppe entièrement dans son manteau. Son inscription est l’ermite ou le capucin, à cause du capuce de son manteau oriental ; mais son vrai nom c’est la Prudence, et il complète ainsi les quatre vertus cardinales, qui ont paru dépareillées à Court de Gébelin et à Etteilla.
» Principe, manifestation, louange, honneur viril, phallus, fécondité virile, sceptre paternel.
Hiéroglyphe, la roue de fortune, c’est-à-dire la roue cosmogonique d’Ezéchiel, avecun Hermanubis ascendant à droite, un Typhon descendant à gauche, et un sphinx au-dessus en équilibre et tenant l’épée entre ses griffes de lion. Symbole ad-
iilirable, défiguré par Etleilla, qui a remplacé Typhon par un homme, Ilerrnaïuihis par une souris, et le sphinx par un singe, allégorie bien cligne de la cabale d’Etteilla.
3 La main dans l’acte de prendre et de tenir.
Hiéroglyphe, l\ force, une femme couronnée du CO vital et qui ferme paisiblement et sans efforts la gueule d’un lion furieux.
S Exemple, enseignement, leçon publique.
Symbole, un homme qui est pendu par un pied et dont les mains sont liées derrière le dos, en sorte que son corps fait un triangle la pointe eu bas, et ses jambes une croix au-dessus du triangle. La potence a la forme d’un tau hébreu ; les deux arbres qui la soutiennent ont chacun six branches coupées. Nous avons expliqué ailleurs ce symbole du sacrifice et de l’œuvre accomplie ; nous n’y reviendrons pas ici.
D Le ciel de Jupiter et de Mars, domination et force, renaissance, création et destruction.
Hiéroglyphe, la mort qui fauche des tètes cou-
RITURL DK LA IIAIJTK MAGIK.
ronnées, dans une prairie où l’on voit pousser des hommes.
^ Le ciel du Soleil, températures , saisons , mouvement, changements de la vie toujours nouvelle et toujours la môme.
Hiéroglyphe, la tempéranck, un ange, ayant le signe du soleil sur le front, et sur la poitrine le carré et le triangle du septénaire, verse d’une coupe dans l’autre les deux essences qui composent l’é- lixir de vie.
□ Le ciel de Mercure, science occulte, magie, commerce, éloquence, mystère, force morale.
Hiéroglyphe, le diable, le bouc de Mendès ou le Eaphomet du temple avec tous ses attributs pantlîéistiques. Cet hiéroglyphe est le seul qu’Etteilla ait parfaitement compris et convenablement interprété.
y Le ciel de la Lune, altérations, subversions, changements, faiblesses.
Hiéroglyphe, une tour frappée de la foudre, probablement celle de Babel. Deux personnages, Nemrod sans doute et son faux prophète ou son ministre, sont précipités du haut en bas des ruines.
L’un des personnages, en tombant, représente parfaitement la lettre V , gnaïn.
3 Le ciel de l’Ame, effusions de la pensée, influence morale de l’idée sur les formes, immorlalilé.
Hiéroglyphe, l’étoile brillante et la jeunesse éternelle. Nous avons donné ailleurs la description de celte figure.
y Les éléments, le monde visible, la lumière reflétée, les formes matérielles, le symbolisme.
Hiéroglyphe, la lune, la rosée, une écrevisse dans l’eau remontant vers la terre, un chien et un loup
hurlant à la lune et arrêtés au pied de deux tours, un sentier qui se perd à l’horizon et qui est parsemé de gouttes de sang.
P Les mixtes, la tête, le sommet, le prince du ciel.
Hiéroglyphe, un soleil radieux et deux enfants nus se donnent la main dans une enceinte fortifiée. Dans d’autres Tarots, c’est une fileuse dévidant les destinées; dans d’autres enfin, un enfant nu monté sur un cheval blanc et déployant un étendard écarlate.
1 Le végétatif, la vertu génératrice de la terre, la vie éternelle.
UITUIÎL DE I.A HAUTE MAGnî.
Hiéroglyplie, le jugement. Un génie sonne de l<i trompette et les morts sortent de leurs tombeaux; ces morts redevenus vivants sont un homme, une temmeet un enfant: le ternaire de la vie liuniaiiie.
Le sensitif, la chair, la vie éternelle.
Hiéroglyphe, le fou : un homme habillé en fou, marchant au hasard, chargé d’une besace (ju’il porte derrière lui, et qui est sans doute pleine de ses ridicules et de ses vices ; ses vêtements en désordre laissent à découvert ce qu’il devrait cacher, et un tigre qui le suit le mord sans qu’il songe à l’éviter ou à s’en défendre.
Le microcosme, le résumé de tout en tout.
Hiéroglyphe, le kether, ou la couronne cabalistique entre les quatre animaux mystérieux ; au milieu de la couronne, on voit la Vérité tenant de chaque main une baguette magique.
Telles sont les 22 clefs du Tarot, qui en expliquent tous les nombres. Ainsi le bateleur, ou clef des unités, explique les quatre as avec leur quadruple signification progressive dans les trois mondes et dans le premier principe. Ainsi l’as de
LE LIVRE IMIERMÈS.
ilenier ou de cercle, c’est l’ànie du monde; l’as d’épée, c’est rintelligence militante ; l’as de coupe, c’est l’intelligence aimante; l’as du bâton, c’est l’intelligence créatrice; ce sont aussi les principes du mouvement, du progrès, de la fécondité et de la puissance. Chaque nombre, multiplié par une clef, donne un autre nombre qui, expliqué à son tour par les clefs, complète la révélation philosophique et religieuse contenue dans chaque signe. Or, chacune des 56 cartes peut se multiplier par les clefs tour à tour ; il en résulte une série de combinaisons donnant tous les résultats les plus surprenants de révélation et de lumière. C’est une véritable machine philosophique qui empêche l’esprit de s’égarer, tout en lui laissant son initiative et sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l’absolu, c’est l’alliance du positif à l’idéal, c’est une loterie de pensées toutes rigoureusement justes comme les nombres, c’est enfin peut-être ce que le génie humain a jamais conçu tout à la fois de plus simple et de plus grand.
I.a manière de lire les hiéroglyphes du Tarot, c’est de les disposer soit en carré, soit en triangle, en plaçant les nombres pairs en antagonisme et en les conciliant par les impairs. Quatre signes expri-
ment toujours l’absolu dans uii ordre quelconque et s’expliquent par un ciiHpiièine. Ainsi la solution de toutes les questions inag’i(pies est celle du pentagramme, et toutes les antinomies s’expliquent par l’harmonieuse unité.
Disposé ainsi, le Tarot est un véritable oracle, et répond à toutes les questions possibles avec plus de netteté et d’infaillibilité que l’Androïde d’Albert le Grand : en sorte qu’un prisonnier sans livres pourrait, en quelques années, ‘s’il avait seulement un Tarot dont il saurait se servir, avoir acquis une science universelle, et parlerait de tout avec une doctrine sans égale et une éloquence iné- puisable. Cette roue, en effet, est la véritable clef de l’art oratoire et du grand art de Raymond Lulle J e’est le véritable secret de la transmutation des ténèbres en lumière, c’est le premier et le plus important de tous les arcanes du grand œuvre.
Au moyen de cette clet universelle du symbolisme, toutes les allégories de l’Inde, de l’Égypte et de la Judée deviennent claires; V Ai:)ocalypse de saint Jean est un livre cabalistique dont le sens est rigoureusement indiqué par les figures et par les nombres de l’iirim du thumin desthéraphim et de
l’éphod. tous résumés et complétés parle Tarot ; les sanctuaires antiques n’ont plus de mystères, et l’on comprend pour la première fois la signifleation des objets du culte des Hébreux. Qui ne voit on effet dans la table d’or, couronnée et supportée par des chérubins, qui couvrait l’arcbe d’alliance et servait de propitiatoire, les mômes symboles que dans la vingt et unième clef du Tarot ? L’arche était un ré- sumé hiéroglyphique de tout le dogme cabalistique, elle contenait le jod ou le bâton fleuri d’Aaron, le hé ou la coupe, le gomor, contenant la manne, les deux tables de la loi, symbole analogue à celui du glaive de justice, et la manne contenue dans le gomor, quatre choses qui traduisent merveilleusement les lettres du létragramme divin.
Gaffarel a prouvé savamment que les chérubins ou ebérub de l’arche étaient en figures de veaux ; mais ce qu’il a ignoré, c’est qu’au lieu de deux il y en avait quatre, deux à chaque extrémité, comme le dit expressément le texte, mal entendu à cet endroit par la plupart des commentateurs.
Ainsi, aux versets 18 et 19 de V Exode, \\ faut traduire de cette manière le texte hébreu :
« Tu feras deux veaux ou sphinx d’or travaillés au marteau de chaque côté de l’oracle.
« lu les placeras ruii tourné d’un côté, l’autre de l’autre. »
Les cbérul) ou sphinx étaient en effet accouplés par deux de chaque côté de l’arche, et leurs têtes se retournaient aux quatre coins du propitiatoire , qu’ils couvraient de leurs ailes arrondies en voûte, ombrageant ainsi la couronne de la table d’or, qu’ils soutenaient sur leurs épaules, et se regardant Tun l’autre parles coupes et regardant le propitiatoire. (Voyez la figure.)
L’arche ainsi avait trois parties ou trois étages, représentant Aziluth, Jezirah et Briah, les trois, mondes de I4 cabale: la base du coffre, à laquelle étaient adaptés les quatre anneaux des deux leviers analogues aux colonnes du temple Jakin et Bohas ;
le corps du coffre, sur lequel ressortait en relief celui des sphinx, et le couvercle, ombragé par les ailes des sphinx. La hase représentait le royaume du sel, pour parler le langage des adeptes d’Hermès ; le coffre le royaume du mercure ou de l’azoth, et le couvercle le royaume du soufre ou du feu. Les autres objets du culte n’étaient pas moins allégoriques, mais il faudrait un ouvrage spécial pour les décrire et les expliquer.
Saint-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et la nature a suivi, comme nous l’avons dit, la division du Tarot, et donne sur les clefs un commentaire mystique assez étendu ; mais il se garde bien de dire où il a pris le plan de son livre et de révéler les hiéroglyphes qu’il commente. Postel a eu la même discrétion, et, en nommant seulement le Tarot dans la figure de sa clef des arcanes, il le désigne dans le reste du livre sous le nom Genèse cVHénoch. Le personnage d’Hénoch, auteur du premier livre sacré, est en effet identique avec celui de Thot chez les Égyptiens, de Cadmus chez les Phéniciens, et de Palamède chez les Grecs.
Nous avons trouvé d’une manière assez extraordinaire une médaille du xvi® siècle qui est une
RITUliL Uli LA HAUTJÎ MAGIE.
clef du Tarol. Nous ne savons trop s’il faut dire que cette médaille et le lieu où nous devions la trouver nous avaient été montrés en songe par le divin Paracelse : (juoi qu’il en soit, la médaille est en notre possession. Elle représente, d’un côté, le bateleur en costume allemand du xvP siècle, tenant d une main sa ceintui'e et de l’autre le pentagiamme^ il a devant lui, sur sa table, entrée un livre ouvert et une bourse fermee, dix deniers ou talismans disposés en deux lignes de trois chacune et en un carr’é de quatre; les pieds de la table forment deux n y et ceux du bateleur deux i renversés de cette manière jl . Le revers de la médaille contient les lettres de l’alphabet, disposées en carré magique de cette façon :
ABCDEFGHIKLNMOPQRSTVXVZN
On peut remarquer que cet alphabet n’a que 22 lettres, le V et l’N y étant répétés deux fois, et qu’il est disposé par quatre quinair’es et un quaternaii’e pour clef et pour base. Les quatre lettres finales
LK laVRli d’hermès. 361
sont deux combinaisons du binaire et du ternaire, et, lues cabalistiquenient, elles forment le mot Azoth, en rendant aux configurations de lettres leur valeur en hébreu primitif et en prenant N pour ni Z pour ce qu’il est en latin, V pour le vau hé- breu, qui se prononce O entre deux voyelles ou lettres qui en ont la valeur, et l’X pour le tau primitif, qui en avait exactement la figure. Le Tarot tout entier est donc expliqué dans cette merveilleuse médaille, digne en effet de Paracelse, et que nous tenons à la disposition descurieux. Les lettres, disposées par quatre fois cinq, ont pour résumé le mot
jIi/n , analogue à ceux de mn’, d’INRI, et contenant tous les mystères de la cabale.
Le livre du Tarot ayant une si haute importance scientifique, il est bien à désirer qu’on ne l’altère plus. Nous avons parcouru k la Bibliothèque impé- riale la collection des anciens Tarots, et c’est là que nous en avons recueilli tous les hiéroglyphes dont nous donnons la description. Il reste une œuvre importante à faire: c’est de faire graver et de publier un Tarot rigoureusement complet et soigneusement exécuté. Peut-être fentreprendrons-nous bientôt.
On trouve des vestiges du Tarotchez tous les peu-
pies du monde. Le Tarot italien est, comme nous l’avons dit, le mieux conservé et le plus fidèle ; mais on pourrait le perfectionner encore avec de précieux renseignements empruntés aux jeux espagnols: le deux de coupes, par exemple, dans les ISdibi^ est complètement égytien, et l’on y voit deux vases antiques dont des ibis forment les anses, superposés au-dessus d’une vache; on trouve daus les mêmes cartes une licorne au milieu du ^quatre de deniers; le trois découpés présente la figure d’Isis sortant d’un vase, et des deux autres vases sortent deux ibis portant, l’un une couronne pour la déesse, l’autre une fleur de lotus qu’il semble lui offrir. Les quatre as portent l’image du serpent hiératique et sacré, et, dans certains jeux, au milieu du quatre de deniers, au lieu de la licorne symbolique, on trouve le double triangle de Salomon.
Les Tarots allemands sont plus altérés, et l’on n’y trouve plus guère que les nombres des clefs, surchargées de figures bizarres ou pantagruéliques. Nous avons entre les mains un Tarot chinois, et il se trouve à la Bibliothèque impériale quelques échantillons d’un jeu semblable. M. Paul Boiteau, dans son remarquable ouvrage sur les cartes à jouer, en a donné des spécimens fort bien faits.
Le Tarot chinois conserve encore plusieurs des emblèmes primitifs : on y distingue très bien les deniers et les épées, mais il serait plus difficile d’y retrouver les coupes et les bâtons.
C’est aux époques des hérésies gnostiques et manichéennes que le Tarot adû se perdre pour l’Église, et c’est à la môme époque que le sens de la divine Apocalypse a été également perdu. On n’a plus compris que les sept sceaux de ce livre cabalistb^ue sont sept pan tacles dont nous donnons la figure, et qui s’expliquent par les analogies des nombres, des caractères et des figures du Tarot. Ainsi la tradition universelle de la religion unique a été un instant interrompue, les ténèbres du doute se sont répandues sur toute la terre, et il a semblé à l’ignorance que le vrai catholicisme, la révélation universelle, avait un instant disparu. L’explication du livre de saint Jean par les caractères de la cabale sera toute une révélation nouvelle, qu’ont pressentie déjà plusieurs magistes distingués. Voici comment s’exprime l’un d’entre eux, M. Augustin Chaho :
« Le poème àeV J pocalypse suppose dans le jeune évangéliste un système complet et des traditions dé- veloppées à lui seul.
« Il est écrit en fonnede vision, et resserre dans un cadre éblouissant de poésie toute rérudition, toute la pensée de l’Africain civilisateur.
« Barde inspiré, l’auteur parcourt une série de faits dominants; il trace à grands traits l’histoire de la société d’un cataclysme à l’autre et même au delà.
« Les vérités qu’il révèle sont des prophéties vendes de haut et de loin dont il se fait l’écho sonore.
«11 est la voix qui crie, la voix qui chante les harmonies du désert et prépare les voies à la lumière.
« Sa parole éclate avec empire et commande la foi, car il vient apporter aux barbares les oracles du. lao et dévoiler à l’admiration des civilisations futures le premierné des soleils.
« La théorie des quatre âges se retrouve dans V Apocalypse comme dans les livres de Zoroastre et la Bible.
« Le rétablissementgraduel des fédérations primitives et du règne de Dieu parmi les peuples affranchis du joug des tyrans et du bandeau de l’erreur est clairement prophétisé pour la fin du quatrième âge et la rénovation du cataclysme montrée,
LE LIVRE d’h EUMES. 365
iraborcl dans le lointain, à la consoinination du temps.
« La description du cataclysme et sa durée; le monde nouveau, dégagé de l’onde et apparu sous le ciel avec tous ses charmes ; le grand serpent, lié par un ange au fond du puits de l’abîme pour un temps; l’aurore enfin de ce temps à venir prophétisée par le verbe, qui apparaît à l’apôtre dès le début de son poëme :
« Sa tête et ses cheveux étaient blancs, ses yeux « étincelaient, ses pieds étaient semblables à l’ai- « raiii fin quand il est dans la fournaise, et sa voix « égalait le bruit des grandes eaux.
« Il avait en sa main droite sept étoiles, et de sa « bouche sortait un glaive à deux tranchants bien « affilé. Son visage était aussi brillaut que le soleil « dans sa force. »
« Voilà Ormusd, Osiris, Cliourien, l’agneau, le Christ, l’ancien des jours, l’homme du temps et du fleuve chanté par Daniel.
« 11 est le premier et le dernier, celui qui a été et qui doit être, l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin.
« 11 tient dans sa main la clef des mystères ; il ouvre le grand abîme du feu central où repose la
mort sous une lente de ténèbres, où dort le grand serpent en attendant le réveil des siècles. »
L’auteur rapproche de cette allégorie de saint Jean celle de Daniel, où les quatre formes du sphinx sont appliquées aux grandes périodes de l’histoire, et où l’homme-soleil, le verbe lumière, console et instruit le voyant.
c( Le prophète Daniel vit une mer agitée en sens contraire par les quatre vents du ciel.
« Et des bêtes fort différentes les unes des autres sortirent des profondeurs de l’Océan.
« L’empire de tout ce qui est sur la terre leur fut accordé jusqu’à un âge, deux âges et la moitié du quatrième âge.
« Et il en sortit quatre.
« La première bête, symbole de la race solaire des voyants, vint du côté de l’Afrique; elle ressemblait à un lion et portait des ailes d’aigles : il lui fut donné un cœur d’homme.
« La seconde bête, emblème des conquérants du nord qui régnèrent par le fer durant le second âge, était semblable à un ours.
« Elle avait dans la gueule trois rangées de dents aiguës, images des trois grandes familles conqué-
LE LIVRE D^IIERMÈS. S67
rantes, et il lui fut dit: Le vezvous et rassasiezvous de carnage-
« Après l’apparition de la quatrième bête, des trônes furent élevés, et l’ancien des jours, le Christ des voyants, l’agneau du premier âge, se montra assis.
« Son vêtement était d’une éblouissante blancheur, satête rayonnait; son trônç, d’où jaillissaient des flammes vives, était porté sur des roues brû- lantes; une flamme de feu très vive sortait de son visage, des myriades d’anges ou d’étoiles brillaient autour de lui.
« Le jugement se tint ; les livres allégoriques furent ouverts.
« Le Christ nouveau vint dans une nuée pleine d’éclairs et s’arrêta devant l’ancien des jours; il obtint en partage la puissance, l’honneur et le règne sur tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues.
«Daniel s’approcha alors de l’un de ceux qui étaient présents et lui demanda la vérité des choses.
« Et il lui est répondu que les quatre animaux sont quatre puissances qui régneront successive ment sur la terre. »
M. Chaho explique ensuite plusieurs images dont les analogies sont frappantes, et qui se retrouvent dans presque tous les livres sacrés. Ses paroles sont très remarquables.
«Dans tout verbe primitif, le parallélisme des rapports physiques et des relations morales s’établit sur les mêmes radicaux.
« Chaque mot porte avec lui sa définition maté- rielle et sensible, et ce langage vivant est aussi parfait et vrai qu’il est simple et naturel dans Thomme créateur.
« Que le voyant exprime avec le même mot, lé- gèrement modifié, le soleil, le jour, la lumière, la vérité, et qu’appliquant une même épithète au blanc soleil et à un agneau, il dise agneau ou Christ au lieu de soleil, et soleil au lieu de vérité, lumière, civilisation, il n’y a point d’allégorie, mais des rapports vrais, saisis et exprimés avec inspiration.
« Mais quand les enfants de la nuit disent dans leur dialecte incohérent et barbare, soleil, jour , lumière, vérité, agneau, le rapport savant si nettement exprimé par le verbe primitif s’efface et disparaît, et, par la simple traduction, l’agneau elle soleil deviennent des êtres allégoriques, des symboles.
« Remarquez, en effet, que le mot allégorie luimême signifie en définition celtique changement de discours^ traduction.
« L’observation que nous venons de faire s’applique rigoureusement à tout le langage cosmogonique des barbares.
« Les voyants se servaient du même radical inspiré pour exprimer la nourriture et Vinstruclion. La science de la vérité n’est-elle pas la nourriture de fàme !
« Ainsi, le rouleau de papyrus ou de bibles dé- voré par le prophète Ézéchiel ; le petit livre qu’un ange faitmanger àl’auteur de V A'pocalypse ; lesfestins du palais magique d’Asgard auxquels Gangler est convié par Har le Sublime; la multiplication merveilleuse de sept petits pains, racontée par les évangélistes du Nazaréen; le pain vivant que Jésus- Soleil fait manger à ses disciples, en leur disant : Ceci est mon corps; et une foule d’autres traits semblables, sont une répétition de la môme allégorie : la vie des âmes, qui se nourrissent de vérité ; la vérité, qui se multiplie, sans diminuer jamais et qui, au contraire, augmente à mesure qu’on s’en nourrit.
« Qu’exalté par un noble sentiment de nationa-
RITUEF. DE LA HAUTE MAGIE.
lité, ébloui par l’idée d’une révolution immense, s’érige un révélateur de choses cachées et qu’il cherche a populariser les découvertes de la science antique chez les hommes grossiers, ignorants, dépourvus des notions élémentaires les plus simples.
« Qu’il dise, par exemple : La terre tourne, la terre est ronde comme un œuf.
« Que peut faire le barbare qui écoute, si ce n’est croire! N’est-il pas évident que toute proposition de ce genre devient pour lui un dogme d’en haut, un article de foi?
« Et le voile d’une allégorie savante ne suffit-il pas pour en faire un mythe?
« Dans les écoles des voyants le globe terrestre était représenté par un œuf de carton ou de bois peint, et quand on demandait aux petits enfants : Qu’est-ce que cet œuf? Ils répondaient : C’est la terre.
« Grands enfants, les barbares ayant entendu cela, répétèrent après les petits enfants des voyants : Le monde est un œuf.
« Mais ils comprenaient par là le monde physique, matériel, et les voyants le monde géographique, idéal, le monde image, créé par l’esprit et le verbe.
LE LIVRE d’iIERMÈS.
« En effet, les prêtres de TÉgypte représentaient l’esprit, rinlelligence, Kneph, avec un œuf posé sur les lèvres, pour mieux exprimer que l’œuf n’était là qu’une comparaison, une image, une façon de parler.
« Choumountou, le philosophe de l’Ézour-Vedam, explique de la même manière au fanatique Biache ce qu’il faut entendre par l’œuf d’or de Brahma. »
Il ne faut pas désespérer complètement d’une époque où l’on s’occupe encore de ces recherches sérieuses et raisonnables : aussi est-ce avec un grand soulagement d’esprit et une profonde sympathie que nous venons de citer les pages de M. Chaho. Ce n’est déjà plus ici la critique négative et désespérante de Dupuis et de Yolney. C’est une tendance à une seule foi, à un seul culte qui doit rattacher tout l’avenir à tout le passé ; c’est la réhabilitation de tout les grands hommes accusés faussement de superstition et d’idolàlrie; c’est enfin la justification de Dieu même, ce soleil des intelligences qui n’est jamais voilé pour les âmes droites et pour les cœurs purs.
« Il est grand, le voyant, l’initié, l’élu de la nature et de la suprême raison, s’écrie encore, en concluant, l’auleur que nous venons de citer.
RITUEL DE IA HAUTE MAGIE.
« A lui seul cette faculté d’imitation qui est le principe de son perfectionnement et dont les inspirations, rapides comme l’éclair, dirigent les créations et les découvertes.
« A lui seul un Verbe parfait de convenance, de propriété, de flexibilité, de richesse, créé par réaction physique harmonie de la pensée ; de la pensée, dont les aperçus, encore indépendants du langage, reflètent toujours la nature exactement reproduite dans ses impressions, bien jugé, bien exprimé dans ses rapports.
« A lui seul la lumière, la science, la vérité, parce que l’imagination, bornée à son rôle passif secondaire, ne domine jamais la raison, la logique naturelle qui résulte de la comparaison des idées; qui naissent, s’étendent dans la même proportion que ses besoins, et que le cercle de ses connaissances s’élargit ainsi par degrés sans mélange de jugements faux et d’erreurs.
« A lui seul une lumière infiniment progressive parce que la multiplication rapide de la population, après les rénovations terrestres, combine en peu de siècles la société nouvelle dans tous les rapports imaginables de :a destinée, soit moraux, soit politiques.
« Et nous pourrions ajouter, lumière absolue.
« L’homme de notre temps est immuable en soi il ne change pas plus cpie la nature dans laquelle il est ordonné.
« Les conditions sociales où il se trouve placé déterminent seules le degré de son perfectionnement, qui a pour limites la vertu, la sainteté de l’homme et sa félicité dans la loi. »
Nous demandera-t-on encore après de pareils aperçus à quoi servent les sciences occultes ? Traitera-t-on avec dédain de mysticisme et d’illuminisme ces mathématiques vivantes, ces proportions des idées et des formes, cette révélation permanente dans la raison universelle, cet affranchissement de l’esprit, cette base inébranlable donnée à la foi, cette toute puissance révélée à la volonté? Enfants qui cherchiez des prestiges, êtes-vous désappointés parce que nous vous donnons des merveilles ! Un homme nous disait un jour : Faites apparaître le diable, et je’vous croirai. Nous lui avons répondu: Vous demandez peu de chose; nous voulons faire, non pas apparaître, mais disparaître le diable du monde entier, nous voulons le chasser de vos rêves! Le diable, c’est l’ignorance, ce sont les ténèbres, ce sont les incohérences de la pensée.
c’est la laideur! Réveillez-vous donc, dormeur du moyen âge! Ne voyez-vous pas qu’il fait jour? Ne Yoyez-vous pas la lumière de Dieu qui remplit toute la nature? Où donc ose maintenant se montrer le prince déchu des enfers?
Il nous reste à donner nos conclusions et à déterminer le but et la portée de cet ouvrage dans l’ordre religieux, dans l’ordre philosophique et dans l’ordre des réalisations matérielles et positives.
Dans l’ordre religieux d’abord, nous avons dé- montré que les pratiques des cultes ne sauraient êtres indilîérentes, que la magie des religions est dans leurs rites, que leur force morale est dans la hiérarchie ternaire, et que la hiérarchie a pour base, pour principe et pour synthèse, l’unité.
Nous avons démontré l’unité et l’orthodoxie universelles du dogme, revêtu successivement de plusieurs voiles allégoriques, et nous avons suivi la vérité sauvée par Moïse des profanations de l’É- gypte, conservé dans la cabale des prophètes, émancipée par l’école chrétienne de la servitude des pharisiens, attirant à elle toutes les aspirations poé- tiques et généreuses des civilisations grecque et ro-
maine, protestant contre un nouveau phariséisme plus corrompu que le premier, avec les grands saints du moyen âge et les hardis penseurs de la renaissance. Nous avons montré, dis-je, cette vérité toujours universelle, toujours une, toujours vivante, qui seule concilie la raison et la foi, la science et la soumission ; la vérité de l’être démontré par l’être, de l’harmonie démontrée par ri;iarmonie, de la raison manifestée par la raison.
En révélant pour la première fois au monde les mystères de la magie, nous n’avons pas voulu ressusciter des pratiques ensevelies sous les ruines des anciennes civilisations, mais nous disons à l’humanité de nos jours qu’elle est appelée aussi à se créer immortelle et toute-puissante par ses œuvres.
La liberté ne se donne pas, ellese prend, adit un écrivain moderne; il en est de même delascience, et c’est pour cela que da divulgation de la vérité absolue n’est jamais .utile au vulgaire. Mais à une époque où le sanctuaire a été dévasté et est tombé en ruines, parce qu’on en ajeté la clefà travers champs sans profit pour personne, j’ai cru devoir ramasser cette clef, et je l’offre à qui saura la prendre : car celui-là sera à son tour un docteur des nations et un libérateur du monde.
olQ RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
11 faut et il faudra toujours des fables et des lisières aux enfants ; mais il ne faut pas que ceux qui tiennent les lisières soient aussi des enfants et des écouteurs de fables.
Que la science la plus absolue, que la plus haute raison redevienne le partage des chefs du peuple; que Fart sacerdotal et l’art n»yal reprennent le double sceptre des antiques initiations, et le monde sortira encore une fois du chaos.
Ne brûlons plus les saintes images, ne démolissons plus les temples : il faut aux hommes des temples et des images ; mais chassons les vendeurs de la maison de prières; ne laissons plus les aveugles se faire les conducteurs des aveugles ; reconstituons la hiérarchie d’intelligence et de sainteté, et reconnaissons seulement ceux qui savent pour les docteurs de ceux qui croient.
Notre livre est catholique ; et si les révélations qu’ils contient sont de nature à alarmer la conscience des simples, notre consolation est de penser qu’ils ne le liront pas. Nous écrivons pour les hommes sans préjugés et nous ne voulons pas plus flatter l’irréligion que le fanatisme.
Mais, s’il est quelque chose au monde d’essentiellement libre et d’inviolable, c’est la croyance.
LE LIVRE d’hERMÉS.
Il faut, par la science et par la persuasion, détourner deFabsurde les imaginations dévoyées; mais ce serait donner à leurs erreurs toute la dignité et toute la vérités du martyre que de les menacer ou de les contraindre.
La foi n’est qu’une superstition et une folie'si elle n’a la raison pour base, et l’on ne peut supposer ce qu’on ignore que par analogie avec ce qu’on sait. Définir ce qu’on ne sait pas, c’est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu’on ignore, c’est mentir, . ^
Aussi la foi est-elle une aspiration et un désir. Ainsi soit-il, je désire qu’il en soit ainsi, tel est le dernier mot de toutes les professions de foi. La foi, l’espérance et la charité .sont trois sœurs tellement inséparables, qu’on peut les prendre l’une pour l’autre.
Ainsi, en religion, orthodoxie universelle et hié- rarchique, restauration de temples dans toute leur splendeur, rétablissement de toutes les cérémonies dans leur pompe primitive, enseignement hiérarchique du symbole, mystères, miracles, légendes pour les enfants, lumière pour les hommes faits qui se garderont bien de scandaliser les petits dans la simplicité de leur croyance. Voilà en religion
toute notre utopie, et c’est aussi le désir et le t'esoin de l’humanité.
Venons à la philosophie.
La nôtre est celle du réalisme et du positivisme.
L’être est en raison de l’être dont personne ne doute. Tout existe pour nous par la science. Savoir, c’est être. La science et son objet s’identifient dans la vie intellectuelle de celui qui sait. Douter, c’est ignorer. Or, ce que nous ignorons n’existe pas encore pour nous. Vivre intellectuellement, c’est apprendre.
L’être se développe et s’amplifie par la science. La première conquête de la science est le premier résultat des sciences exactes, c’est le sentiment de la raison. Les lois de la nature sont de l’algèbre. Aussi la seule foi raisonnable est-elle l’adhésion de l’étudiant à des théorèmes dont il ignore toute la justesse en elle-même, mais dont les applications et les résultats lui sont suffisamment démontrés. Ainsi le vrai philosophe croit à ce qui est , et n’admet a posteriori que tout est raisonnable.
Mais plus de charlatanisme en philosophie, plus d’empirisme, plus de système ; l’étude de l’être et de ses réalités comparées! une métaphysique de la
nature! Puis arrière le mysticisme ! Plus de rêves eu philosophie : la philosophie irest pas une poésie ; ce sont les mathématiques pures des réalités, soit physiques, soit morales. Laissons à la religion la liberté de ses aspirations infinies, mais qu’elle laisse à la science les conclusions rigoureuses de l’expéri mentalisme absolu.
L’homme est fils de ses œuvres : il est ce qu’il veut être; il est l’image du Dieu qu’il se fait; il est la réalisation de son idéal. Si son idéal manque de base, tout l’édifice de son immortalité s’écroule. La philosophie n’est pas l’idéal, mais elle doit servir de base cà l’idéal. Le connu est pour nous la mesure de l’inconnu ; le visible nous fait apprécier l’invisible les sensations sont aux pensées comme les pensées aux aspirations. La science est une trigonométrie céleste : un des côtés du triangle absolu, c’est la nature soumise à nos investigations; l’autre c’est notre àme qui embrasse et reflète la nature; le troisième, c’est l’absolu dans lequel s’agrandit notre âme! Plus d’athéisme possible désormais, car nous n’avons plus la prétention de définir Dieu. Dieu est pour nous le plus parfait et le meilleur des
êtres intelligents, et la hiérarchie ascendantedes êtres nous démontre assez qu’il existe. N’en deman-
dons pas davantage; mais, pour le comprendre toujours mieux, perfectionnons-nous en montant vers lui?
Plus d’idéologie; l’être est ce qu’il est et ne se perfectionne que suivant les lois réelles de l’être. Observons, ne préjugeons pas ; exerçons nos facultés, ne les faussons pas; agrandissons le domaine de la vie dans la vie; voyons la vérité dans la vérité ! Tout est possible à celui qui veut seulement ce qui est vrai. Restez dans la nature, étudiez, sachez, puis osez ; osez vouloir, osez agir, et taisezvous !
Plus de haine contre personne. Chacun moissonnera ce qu’il sème. Le résultat des œuvres est fatal, et c’est à la raison suprême déjuger etde châ- tier les méchants. Celui qui va dans une voie sans issue reviendra sur ses pas ou sera brisé. Avertissez-le doucement, s’il peut encore vous entendre ; puis laissez faire : il faut que la liberté humaine ait son cours.
Nous ne sommes pas juges les uns des autres. La vie est un champ de bataille. Ne cessons pas de combattre à cause de ceux qui tombent, mais évitons de marcher sur eux. Puis vienne la victoire, et les blessés de deux partis, devenus frères par la
souffrance et devant riiumanité, seront réunis dans les ambulances des vainqueurs.
Telles sont les conséquences du dogme philosophique d’Hermès ; telle a été de tout temps la morale des vrais adeptes; telle est la philosophie des roses-croix héritiers de toutes les sagesses antiques ; telle est la doctrine secrète de ces associations qu’on traitait de subversives de l’ordre public, et qu’on a
toujours accusées de conspiration contre les trônes et les autels !
Le véritable adepte, loin de troubler l’ordre public, en est le plus ferme soutien. Il respecte trop la liberté pour désirer l’anarchie; enfant de la lumière. il aime l’harmonie, et il sait que les ténèbres produisent la confusion. H accepte tout ce qui est, et nie seulement ce qui n’est pas. Il veut la religion vraie, pratique, universelle, croyante, palpable, réalisée dans la vie entière ; il la veut avec un sage et puissant sacerdoce, entouré de toutes les vertus et de tous les prestiges de la foi. Il veut l’orthodoxie universelle, la catholicité absolue, hiérarchique, apostolique, sacramentelle, incontestable et incontestée. Il veut une philosophie expérimentale, réelle, mathématique, modeste dans ses conclusions, infatigable dans ses recherches, scientifique dans ses
progrès. Qui donc peut être contre nous, si Dieu et la raison sont avec nous? Qu’importe qu’on nous préjuge et qu’on nous calomnie? Notre justification entière, ce sont nos pensées et nos œuvres, Nous ne venons pas, comme Œdipe tuer le sphinx du symbolisme; nous entreprenons, au contraire, de le ressusciter. Le sphinx ne dévore que les interprètes aveugles, et celui qui le tue n’a pas su le bien deviner : il faut le dompter, l’enchaîner elle forcer à nous suivre. Le sphinx est le palladium vivant de l’humanité, c’est la conquête du roi de Thèbes; c’eût été le salut d’OEdipe, si OEdipe eût deviné son énigme en entier !
Dans l’ordre positif et matériel, que faut-il conclure de cet ouvrage? La magie est-elle une force que la science peut abandonner au plus audacieux et au plus méchant? Est-ce une fourberie et un mensonge du plus habile pour fasciner l’ignorant et le faible? Le mercure philosophal, est-ce l’exploitation de la crédulité par l’adresse? Ceux qui nous ont compris savent déjà comment répondre à ces questions. La magie ne peut plus être de nos jours l’art des fascinations et des prestiges : on ne trompe maintenant que ceux qui veulent être trompés. Mais l’incrédulité étroite et téméraire du siècle
dernier reçoit tous les démentis donnés par la nature elle-même. Nous vivons environnés de prophéties et de miracles ; le doute les niait autrefois avec témérité, la science aujourd’hui les explique. Non, monsieur le comte de Mirville, il n’est pas donné à un esprit déchu de troubler l’empire de Dieu ! Non, les choses inconnues ne s’expliquent pas par les choses impossibles; non, il n’est point donné à des êtres invisibles de tromper, de tourmenter, de séduire, de tuer même les créatures vivantes de Dieu, les hommes, déjà si ignorants et si faibles, et qui ont tant de peine à se défendre contre leurs propres illusions. Ceux qui vous ont dit cela dans votre enfance vous ont trompé, monsieur le comte, et si vous avez été assez enfant pour les écouter, soyez assez homme maintenant pour ne plus les croire.
L’homme est lui -même le créateur de son ciel et de son enfer, et il n’y a pas d’autres démons que nos folies. Les esprits que la vérité châtie sont corrigés par le châtiment, et ne songent plus à troubler le monde. Si Satan existe, ce ne peut être que le plus malheureux, le plus ignorant, le plus humilié et le plus impuissant des êtres.
L’existence d’un agent universel de la vie, d’un feu vivant, d’une lumière astrale, nous est démon-
Irée par des laits. Le magnétisme nous fait comprendre aujourd’hui les miracles de rancieime magie: les faits de seconde vue, les aspirations, les guérisons soudaines, les pénétrations des pensées, sont maintenant des choses avérées et familières, même à nos enfants. Mais on avait perdu la tradition des anciens, on croyaità des découvertes nouvelles, on cherchait le dernier mot des phénomènes observés, les têtes s’échauffaient devant des manifestations sans portée, on subissait des fascinations sans les comprendre. Nous sommes venu dire aux tourneurs de tables : Ces prodiges ne sont pas nouveaux ; vous pouvez en opérer même de plus grands si vous étudiez les lois secrètes de la nature. Et que résultera-t-il de la connaissance nouvelle de ces pouvoirs? Une nouvelle carrière ouverte à l’activité et à l’intelligence de riiomme, le combat de la vie organisé de nouveau avec des armes plus parfaites, et la possibilité rendue aux intelligences d’élite de redevenir maîtresses de toutes les destinées, en donnant au monde à venir de véritables prêtres et de grands rois !
FIN DU RITUEL.
SUPPLÉMENT AU RITUEL.
d'apollonius de thyane.
Publié en grec cPaprès un ancien manuscrit , par Gilbert Gautrinus De vüa et morte Moysis, livre Ilf, page 200, reproduit par Laurent Mosbé-miiis clans ses observations sacrées et historico-critiques. Amsterdam mdccxxi , traduit et expliqué pour la première fois, par Eliphas Lévy.
Nuctéméron veui dire le jour de la nuit ou la nuit éclairée par le jour- C’est un titre analogue à celui de la lumière sortant des ténèbres^ litre d’un ouvrage hermétique assez connu; on pourrait aussi le traduire ainsi :
LA lumière de l’occultisme.
Ce monument de la haute magie des Assyriens est assez curieux pour que nous soyons dispensé d’en taire ressortir l’importance. Nous n’avons pas seulement évoqué Apollonius, nous sommes parvenu peut-être à le ressusciter.
S86 SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
PREMIÈRE HEURE.
(I.) Év rialvQvat'J Saifxovzq avoüvTeç(l6ge ûfivoOvTeç Vel oIvoÜvteç) TÔV 0£OV, 0UT6 «(StXOUfflV, OUT£ Xok<X^O'J(nV .
Dans l’unité, les démons chantent les louanges de Dieu, ils perdent leur malice et leur colère. .
SECONDE HEURE.
(II.) Ev 7) odvoOfflV 0( ïj^0U£Ç TOV 0£OV, Xtt't TO TOÛ TTVpàç 3âdoÇ, èv ri oTotj^£touo0a£ àTZoré),i(J[j.ara. £tç Spaxovraç xa't 7rüp.
Par le binaire, les poissons du Zodiaque chantent les louanges de Dieu, les serpents de feu s’enlacent autour du caducée et la foudre devient harmonieuse.
TROISIÈME HEURE.
(III.) Év 77 otlvoûffiv o^£tç xai xuv£ç xa't TrOp.
Les serpents du. caducée d’Hermès s’entrelacent trois fois, Cerbère ouvre sa triple gueule et le feu chante les louanges de Dieu par leg trois langues de la foudre.
LE NUCTliMÊRON.
QUATRIÈME HEURE.
(IV.) Ev ri Slep^ovrai Sacfxoveç tv zoTç pvrlfxaatv , o èpjfoptsvoç é ixuee ^Xa^r/^srai, xai fôSov xat tfptxrtv ix (îatpovwv Asijie- Tac <pavTa(7£<xç, èv iô ofetXtt krepsîv km fiayixov xai TravToç yoïjTtxou TrpaypiaToç.
A la quatrième heure l’âme retourne visiter les tombeaux, c’est le moment où s’allument les lampes magiques aux quatre coins des cercles, c’est l’heure des enchantements et des prestiges.
CINQUIÈME HEURE.
(V.) Èv •f) alvo-oatr rà avw vSocra tov 0e6v tou oùpotvou (aquSR
supracœlestes (tabula marmoris mundi Hebræorum).
La voix des grandes eaux chante le Dieu des sphères célestes.
SIXIÈME HEURE.
(VI.) d T£ (îeov •ôav^a^cTv xott àvaTrauscôat, Siozc t^et cpoÇov.
L’esprit se tient immobile, il voit les monstres infernaux marcher contre lui et il est sans crainte.
SEPTIÈME HEURE.
(VÏI.) ÉvTî àvotTrauEt Travra rà J^wotxa't Èàv ti'ç xcxQapoç avGpw- 7TOÇ ôcpTTocrïj xotc |3aX).')9 ûcÙtô ô lepeùç, xat [xc^eT EXottw xai âycàan
388 SUPPLÉMliNT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
X’jrb xa! aXtiilr/ cm avrov àaQe'vy), rcàpf/O i'j Tr,;vÔ7ou ôtTra/.Xayrtazrat.
Un feu qui donne la vie à tous les êtres animés est dirigé par la volonté des hommes purs. L’initié étend la main et les souffrances s’apaisent.
HUITIÈME HEURE.
(VIII.) Ev Yi âTCOTcÀe^fjKx çTO'.j^efwv xof't 7raVT0~w <fvrô}'j.
Les étoiles se parlent, l’âme des soleils correspond avec le soupir des fleurs, des chaînes d’harmonie font correspondre entre eux tous les êtres de la nature.
NEUVIÈME HEURE. (IX.) Èv ■n riXtirat bvSiv,
Le nombre qui ne doit pas être révélé.
DIXIÈME HEURE.
.) Ev -n àvofycovTa! al TTuXaJ roO oùpavou xat «vScmttoç èv xaravé^ct èpj^ôf/evoç £Ù-/ixoo; ytvrifjSTat-
C’est la clé du cycle astronomique et du mouvement circulaire de la vie des hommes.
ONZIÈME HEURE.
:«! t<xTç TrTEpo^cv oùv riyto oi ayyùot xa:
LI-: NUCTÉMÉRON. 389
xou atpawifj., xoc! ectjv £v oOpavco, xot'c y/j âvaTtXXst (5è
xa£ O r,).ioq (lege Éi^£pt)i
Les ailes des génies s’agitent avec un bruissement mysté- rieux, ils volent d’une sphère à l’autre et portent de monde en monde les messages de Dieu.
DOUZIÈME HEURE.
(XII.) Ev ‘h àvaTuauovTae rà Trupjva r<xy[xara.
Ici s’accomplissent par le feu les œuvres de l’éternelle lumière.
EXPLTCATTON.
Ces douze heures symboliques, anologues aux signes du Zodiaque magique et aux travaux allé- goriques d’Hercule, représentent le série des œuvres de l’initiation.
Il faut donc d’abord :
1” Dompter les passions mauvaises et forcer suivant l’expression du sage Hiérophante, les
démons eux-mêmes à louer Dieu.
T Étudier les forces équilibrées de la nature et savoir comment l’harmonie résulte de l’analogie des contraires. Connaître le grand agent magique
390 SUPPLl-MENT AU lUÏUPL DK LA HAUTE MAGIE.
et la double polarisation de la lumière universelle.
3° S initier au symbolisme du ternaire principe de toutes les théogonies et de tous les symboles religieux.
Savoir dominer tous les fantômes de l’imagination et triompher de tous les pi’estiges.
5° Comprendre comment l’harmonie universelle se produit au centre des quatre forces élémentaires.
6“ Devenir inaccessible à la crainte.
7° S’exercer à la direction de la lumière magné- tique.
8“ Apprendre à prévoir les effets par le calcul de pondération des causes.
9“ Comprendre la hiérarchie de l’enseignement, respecter les mystères du dogme et se taire devant les profanes.
10° Étudier à fond l’astronomie.
11° S’initier par l’analogie aux lois de la vie et de l’intelligence universelles.
12° Opérer les grandes œuvres de la nature par la direction de la lumière.
Voici maintenant les noms et les attributions des génies qui président’ aux douzes heures du nuctéméron.
LE NÜCTÉMÉRON.
Par ces génies les anciens hiérophantes n’entendaient ni des dieux ni des anges, ni des démons, mais des forces morales ou des vertus personnifiées.
GÉNIES DE LA PREMIERE HEURE.
Papüs, médecin.
SiNBUCK, juge.
Rasphuia, nécromant.
.Zahun, génie du scandale.
Heiglot, génie des neiges.
Mizkun, génie des amulettes.
Haven, génie de la dignité.
Il faut devenir le médecin et le juge de soi-même pour vaincre les maléfices du nécromant. Conjurer et mépriser le génie du scandale, triompher de l’opinion qui glace tous les enthousiasmes et confond toutes choses dans une même froide pâleur comme fait le génie des neiges. Connaître la vertu des signes et enchaîner ainsi le génie des amulettes pour arriver à la dignité de mage.
302 SUPPLÉMENT AU RPrUHI. UE LA HAUTE MAGIE.
GÉNIES DE LA SECONDE HEURE.
SisERA, génie du désir.
Torvatus, génie de La discorde.
Nitibus, génie des étoiles.
Hizarbin, génie des mers.
Sachluph, génie des plantes.
Baglis, génie de la mesure et de l’équilibre.
Labezerin, génie de la réussite.
Il faut apprendre à vouloir et transformer ainsi en puissance le génie du désir, l’obstacle de la volonté c’est le génie de la discorde qu’ôn enchaîne par la science de l’harmonie. L’harmonie est le génie des étoiles et des mers, il faut étudier la vertu des plantes, comprendre les lois de Véquilibre de la mesure pour arriver à la réussite.
GÉNIES DE LA TROISIÈME HEURE.
Hahabi, génie de la crainte.
PuLOGABiTus, génie des ornements.
Eirnéus, génie destructeur des idoles.
I
Mascarun, génie de la mort.
Zarobi, génie des précipices.
Butatar, génie des calculs.
Caiior, génie de la déception.
Quand, par la force croissante de ta volonté, tu auras vaincu le génie de la crainte, tu sauras que les dogmes sont les ornements sacrés de la vérité inconnue au vulgaire; mais tu renverseras dans ton intelligence toutes les idoles et tu enchaîneras le génie de la mort, tu sonderas tous le précipices et tu soumettras Tinfîni même à la proportion de tes calculs, ainsi tu éviteras pour jamais les embûches du génie de la déception.
GÉNIES DE LA QUATRIÈME HEURE.
Phalgus, génie du jugement.
Thagrinus, génie de la confusion.
Eistibus, génie de la divination.
PuARzuPH, génie de la fornication.
SisLAu, génie des poisons.
ScHiEKRON, génie de l’amour des bêtes.
Aceahayr, génie du jeu.
394 SUPPLÉMIÎNT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
La force du mage est dans son jugement qui lui fait éviter la confusion résultant de l’antinomie et de l’antagonisme des principes, il pratique la divination des sages mais; il méprise les prestiges des enchanteurs esclaves de la fornication, artistes en poisons, serviteurs de Yamour des bêtes, il triomphe ainsi delafatalité qui est \egéniedujeu.
GÉNIES DE LA CINQUIÈME HEURE.
Zeirna, génie des infirmités.
Tablibik, génie de la fascination.
Tagritau, génie de la goëtie.
SuPHLATus, génie de la poussière.
Sair, génie du*stibium des sages.
Barcus, génie de la quintessence.
Camaysar, génie du mariage des contraires.
Triomphant des infirmités humaines le mage n’est plus jouet delà fascination, il foule aux pieds les vaines et dangereuses pratiques de la goëtie, dont toute la force est dans une poussière que le
LE NUCÏÉMÉRON. o95
vent emporte; mais il possède le stibium des sages, il s’arme de toutes les forces créatrices de la quintessence et produit à son gré l’harmonie qui résulte de l’analogie et du mariage des contraires.
GÉNIES DE LA SIXIÈME HEURE.
Tabris, génie du libre arbitre.
SusABo, génie des voyages.
Eirnilus, génie des fruits.
Nitika, génie des pierres précieuses.
Haatan, génie qui cache les trésors.
Hatiphas, génie des parures.
Zaren, génie vengeur.
Le mage est libre, il est le roi occulte de la terreetilla parcourt comme son domaine. Dansses voyages, il apprend à connaître les sucs des plantes et des fruits, les vertus des pierres précieuses, il force le génie qui cache les trésors de la nature à lui livrer tous ses secrets, il pénètre ainsi les mystères de la forme, il comprend les parures de la terre et de la parole, et s’il est méconnu, si les
o96 SUPPLiiMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
peuples lui sont inhospitaliers, s’il passe en faisant le bien et en recueillant des outrages, il est toujours suivi par le génie vengeur.
Génies de la septième heure.
SiALUL, génie de la prospérité.
Sabrus, génie qui soutient. '
Librabis, génie de l’or occulte.
Mizgitari, génie des aigles.
Causub, génie enchanteur des serpents.
Salilus, génie qui ouvre les portes.
Jazer, génie qui fait être aimé.
Le septénaire exprime le triomphe du mage, il donne la prospérité aux hommes et aux nations et les soutient par ses enseignements sublimes; il plane comme Vaigle, il dirige les courants du feu astral représentés par les serpents, toutes les portes du sanctuaire lui sont ouvertes et toutes les âmes qui aspirent à la vérité lui donnent leur confiance; il est beau de grandeur morale et il porte partout avec lui le génie par la puissance duquel on est aimé.
LK NUCTÉMÉRON.
GÉNIES DE LA HUITIÈME HEURE.
Nantur, génie de l’écriture.
ÏOGLAS, génie des trésors.
Zalburis, génie de la thérapeutique.
Alphun, génie des colombes.
ïuKiPHAT, génie du schamir.
ZizuPH, génie des mystères.
CuNiALi, génie de l’association.
Tels sont les génies qui obéissent au vrai mage, les colombes représentent les idées religieuses; le schamir, est un diamant allégorique qui dans les traditions magiques, représente la pierre des sages, ou cette force basée sur la vérité et à laquelle rien ne résiste. Les Arabes disent encore que le schamir donné primitivement à Adam et perdu par lui après sa chute, a été retrouvé par Hénoch et possédé par Zoroastre, que Salomon le reçut ensuite d’un ange lorsqu’il eut demandé à Dieu la sagesse. Salomon, au moyen de ce diamant magique, tailla lui-môme sans efforts et sans marteau toutes les pierres du temple, rien qu’en les touchant avec le schamir.
S98 SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
GÉNIES DE LA NEUVIÈME HEURE.
Risnucii, génie de ragriculture.
SucLAGus, génie du feu.
Kirtabus, génie des langues.
Sablil, génie qui découvre les voleurs.
ScHACHLTL, géiiic dcs chevaux du soleil.
Qolopatiron, génie qui ouvre les prisons.
Zeffar, génie du choix irrévocable.
Ce nombre, dit Apollonius, doit être passé sous silence, parce qu’il renferme les grands secrets de l’initié, la force qui rend la terre féconde, les mystères du feu occulte, la clef universelle des langues, la seconde vue devant laquelle les malfaiteurs ne
sauraient rester cachés. Les grandes lois de l’équilibre et du mouvement lumineux représentés par les quatre animaux symboliques dans la cabale, et dans la mythologie des Grecs par les quatre chevaux du soleil. La clef de l’émancipation des corps et des âmes qui ouvre toutes les prisons et cette force du choix éternel qui achève la création de l’homme et le fixe dans l’immortalité.
GÉNIES DE LA. DIXIÈME HEURE.
Sezarbil, diable ou génie ennemi.
Azeuph, tueur d’enfants.
Armilus, génie de la cupidité. .
Kataris. génie des chiens ou des profanes.
Raz.\niLj génie de la pierre d’onyx.
Büchaphi, génie des stryges.
Mastho, génie des vaines apparences.
Les nombres finissent à neuf etle signe distinctif de la dizaine c’est le zéro sans valeur propre ajouté à l’unité. Les génies de la dixième heure repré- sententdonctout ce qui , n’étant rien par soi-même, reçoit une grande force de l’opinion et peut subir par conséquent la toute-puissance du sage. Nous marchons ici sur un terrain brûlant et l’on nous permettra de n’expliquer aux profanes ni le diable qui est leur maître, ni le tueur d’enfants qui est leur amour, ni la cupidité qui est leur dieu, ni les
chiens auxquels nous ne les comparons pas, ni la pierre d’onyx qui leur échappe, ni les stryges qui
sont leurs courtisanes, ni les fausses apparences qu’ils prennent pour la vérité.
/lOO SUPPLliMKNï AU RITUEL DE JA HAUTE MAGIE.
GÉNIES DE LA ONZIÈME HEURE.
/Eglun, génie de la foudre.
ZuPHLAS, génie des forêts.
PiiALDOR, génie des oracles.
Rosabis, génie des métaux.
Adjuchas, génie des rochers.
ZoPHAz, génie des pantacles.
Halacuo, génie des sympathies.
J
La foudre obéit à l’homme , elle devient le véhicule de sa volonté, l’instrument de sa force, la lumière de ses flambeaux, les chênes des forêts sacrées rendent des oracles, les métaux se transforment et se changent en or, ou deviennent des talismans, les roehers se détachent de leur base, et, entraînés par la lyre du grand hiérophante, touchés par le mystérieux schamir, ils se changent en temples et en palais, les dogmes se formulent, les symboles représentés par les pantacles deviennent efficaces, les esprits sont enchaînés par de puissantes sympathies et obéissent aux lois de la famille
et de l’amitié.
LK NUCTltMÉRON.
GÉNIES DE LA DOUZIÈME HEURE.
Tarab, génie de la concussion.
Misran, génie de la persécution.
Labus, génie de l’inquisition.
Kalab, génie des vases sacrés.
Hahab, génie des tables royales.
Marnés, génie du discernement des esprits.
Sellen, génie de la faveur des grands.
EXPLIC.\TION.
Voici maintenant à quel sort doivent s’attendre les mages et comment se consommera leur sacrifice; car, après la conquête de la vie, il faut savoir se sacrifier pour renaître immortel. Ils souffriront la concussion, on leur demandera de for, des plaisirs, des vengeances, et, s’ils ne satisfont pas les cupidités du vulgaire, ils seront en butteàlapené- cuiion, h Y inquisition ; mais on ne profane pas les vases sacrés, ils sont faits pour les tables royales, c’est à-dire pour les banquets de l’intelligence. Par \q discernement des esprits, ilssaurontse garder de la faveur des grands et resteront invincibles dans leur force et dans leur liberté.
h(y2 SUPFLI'MiîNT AU HlTUliL
DK LA UAUTK MA(ÎIK.
SUIVANT LES HÉBREUX (1).
Le nuctéméron d’Apollonius emprunté à la théurgie des Grecs, complété et expliqué par la hiérarchie assyrienne des génies correspond parfaitement à la philosophie des nombres telle que nous la trouvons exposée dans les pages les plus curieuses de l’ancien Talmud.
Ainsi les traditions pythagoriciennes remontent plus haut que Pythagore, ainsi la Genèse est une magnifique allégorie, qui, sous la forme d’un récit, cache les secrets, non-seulement d’une création accomplie autrefois, mais de la création permanente et universelle, de l’éternelle génération des êtres.
Voici ce qu’on lit dans le Talmud :
« Dieu a tendu le ciel comme un tabernacle, il a dressé le monde comme une table richement
(1) Extrait de l ancien Talmud, nommé par les Juifs la Mischna.
LE NUCÏÉMÉUÜN SUIVANT LUS IlliBULUX. /jOo
servie et il a créé riiomnie comme s’il invitait un convive. »
Kcontez ce que dit le roi Schlomôh :
« La divine (dîocmali , la sagesse, épouse de « Dieu, s’est bâti une maison, elle a taillé sept « colonnes.
« Elle a immolé ses victimes.
« Elle a mêlé son vin, elle a dressé la table et « elle a envoyé ses servantes. »
Cette sagesse qui établit sa maison suivant une architecture régulière et numérale, c’est la science exacte qui préside aux œuvres de Dieu.
C’est son compas et son équerre. Les sept colonnes ce sont les sept jours typiques et primordiaux.
Les victimes sont les forces naturelles qui se fécondent en se donnant une sorte de mort.
Le vin mêlé c’est le fluide universel, la table c’est le monde avec les mers pleines de poissons.
Les servantes de Chocmahsont les âmes d’Adam et de Chavah (Eve) .
La terre dont Adam fut formé a été prise à toute la masse du monde.
Sa tête c’est Israël, son corps c’est l’empire de
[\0h SUPPLÉMENT AU RITUEL DE lA HAUTE MAGIE.
Babylone et ses membres sont les autres nations de la terre.
(Ici se révèlent les espérances des initiés de Moïse pour la constitution d’un royaume oriental universel.)
Or, il y a douze heures dans la journée où s’accomplit la création de l’homme.
PREMIÈRE HEURE.
Dieu réunit les fragments épars de la terre, il les pétrit ensemble, il en forme une seule masse qu’il veut animer.
L’homme est la synthèse du monde créé, en lu i recommence l’unité créatrice, il est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu,
SECONDE HEURE.
Dieu ébauche la forme du corps, il la sépare en deux pour que les organes soient doubles, car toute force et toute vie résultent de deux, et c’est ainsi que les Eloïm ont fait toutes choses.
LE NÜCTÉMÉUON SUIVANT LES HÉBREUX. /l05
i:XPUCAïlON.
Tout vit pas le mouvement, tout se maintient par l'équilibre, et l’harmonie résulte de l’analogie des contraires ; cette loi est la forme des formes, c’est la première manifestation de l’activité et de la fécondité de Dieu.
TROISIÈME HEURE.
Les membres de l’homme, obéissant à la loi de vie, se produisent d’eux-mêmes et se complètent par l’organe générateur qui est composé d’un et de deux, figure du nombre ternaire.
Le ternaire sort de lui-même du binaire; le mouvement qui produit deux produit trois; trois est la clé des nombres, car c’est la première synthèse numérale, c’est en géométrie le triangle, première figure complète et fermée, génératrice d’une infinité de triangles, soit dissemblables, soit pareils.
QUATRIÈME HEURE.
Dieu souille sur la face de l’homme et lui donne une àme.
/lO{) SlIPPIJiMliNT AU lUTUm. DU LA HAUTE MAGIE.
KXPLlCAriON.
Le quaternaire qui donne en géométrie la eroix et le carré est le nombre parfait, or c’est dans la perfection de la forme que l’âme intelligente se manifeste, suivant cette révélation de la Mischna, l’enfant ne serait animé dans le sein de la mère qu’après la forme complète de tous ses membres.
CINQUIÈME HEURE.
L’homme se tient sur ses pieds, il se détache de la terre, il marche, il va où il veut.
Le nombre cinq est celui de Tâme figurée par la quintessence qui résulte de l’équilibre des quatre éléments, dans le tarot ce nombre est figuré par le grand-prêtre ou l’autocrate spirituel figure de la volonté humaine, celte grande prêtresse (]ui décide seule de nos destinées éternelles.
SIXIÈME IIEUKE
' Les animaux passent devant Adam et il donne à chacun d’eux le nom qui lui convient, •
l.H NUCri'MliUON SUIVANT UES UÉliREUX. /l07
h:XPLlCATION.
L’honiiiiepar le travail soumet la terre et dompte les animaux, en manifestant sa liberté il produit son verbe ou sa parole et la création lui obéit, ici la création primordiale SP complète. Dieu a créé l’homme le sixième jour, mais à la sixième heure de ce jour, l’homme achève l’ouvrage de Dieu et se crée de nouveau lui-même en quelque sorte, puisqu’il se fait roi de la nature qu’il assujettit à sa parole.
SEPTIÈME HEURE.
Dieu donne à Adam une compagne tirée dé la substance même de l’homme,
Dieu, après avoircrééb hommeà son image, s’ est reposé le septième jour, car il s’était donné une épouse féconde qui allait travailler sans cesse pour lui; la nature est l’épouse de Dieu et Dieu se repose sur elle. L’homme, devenu créateurà son tour par le verbese donne une compagne semblable à lui et sur l’amour de laquelle il pourra désormais se reposer ; la femme est l’œuvre de l’homme, c’est
/lü8 SUPPLliMI-NT ALI RITUIiL DE LA HAUTE MAGIE.
lui qui, en Taimaut, la rend belle, c’est lui qui la rend mère ; la femme est la véritable nature humaine fille, et mère de l’homme, petite-fille et pelite-mère de Dieu.
HUITIÈME HEURE.
Adam et Eve montent sur le lit nuptial, ils sont deux lorsqu'ils se couchent, et lorsqu’ils se lèvent, ils sont quatre.
Le quaternaire joint au quaternaire représente la forme équilibrant la forme, la création sortant de la création, la balance éternelle de la vie, sept étant le nombre du repos de Dieu, l’unité qui vient après représente l’homme qui travaille et qui coopère avec la nature à l’œuvre de la création.
NEUVIÈME HEURE.
Dieu impose à l’homme sa loi.
Neuf est le nombre de l’initiation parce que, étant composé de trois fois trois, il représente l’idée
LK NUCTÊWÉRON SUIVANT J.ES HÉBREUX. /|09
divine et la pliilosophie absolue des nombres, c’est pourquoi Apollonius dit que les mystères du nombre neuf ne doivent pas être révélés.
DIXIÈME HEURE.
A la dixième heure Adam tombe dans le péché.
Suivant les cabalistes dix est le nombre de la matière dont le signe spécial est le zéro , dans l’arbre des sephiroth, dix représente Malchut ou la substance extérieure et matérielle ; le péché d’Adam est donc le matérialisme et le fruit qu’il détache de l’arbre représente la chair isolée de l’esprit, le zéro séparé de son unité, la scission du nombre dix qui donne d’un côté l’unité dépouillée et de l’autre le néant ou la mort.
ONZIÈME HEURE.
A la onzième heure le coupable est condamné au travail et doit expier le péché en subissant la peine.
Onze dans le tarot représente la force, or la force .s’acquiert dans les épreuves. Dieu donne à l’homme
/ilO SUPPLIÎMIÎNT Ml RITUIÎL Dli I.A HAUTE MAGIE.
la peine comme un moyen de salut, il faut donc lutter et souffrir pour conquérir Tintelligence et la vie.
DOUZIÈME HEURE.
L’homme et la femme subissent leur peine, l’expiation commence et le libérateur est promis.
Tel est le complément de la naissance morale, l’homme est achevé, car il est voué au sacrifice qui le régénère, l’exil d’Adam est semblable àl’exil d’OE- dipe; commeOEdipe, Adam est père de deux ennemis ; OEdipe a pour fille la pieuse et virginale Antigone et de la race d’Adam sortira Marie.
Ces mystérieuses et sublimes révélations derunité
religieuse dans les anciens mystères se trouvent
comme nous l’avons dit dansleTalmud, mais sans avoir recours à cette volumineuse compilation, on peut les retrouver dans le commentaire de Paul Ricins sur les talmudistes ayant pour titre Epitome de lalmudica Doctrma^ p. "280 du tome P' de la collection des cabalistes de Pistorius.
Dli f.,V MAGIE DES CAMPAGNES.
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES
ET DE LA SORCELLERIE DES BERGERS.
Dans la solitude, au milieu du travail de la végétation les forces instinctives et magnétiques de
l’homme augmentent et s’exaltent, les fortes exhalaisons de la sève, l’odeur des foins, les arômes de certaines fleurs remplissent l’air d’ivresse et de vertiges: alors, les personnes impressionnables tombent facilement dans une sorte d’extase qui les fait rêver tout éveillées. C’est alors qu’apparaissent les lavandières nocturnes, les loups garons, les lutins qui démontent les cavaliers et grimpent sur les chevaux en les fouettant de leur longue queue. Ces visions d’hommes éveillés sont réelles et terribles, et il ne faut pas rire de nos vieux paysans bretons lorsqu’ils racontent ce (ju’ilsont \u.
Ces ivi esses passagères, lorsqu’elles se multiplient et se prolongent, communiquent à l’appareil nerveux une impressionnabilité et une sensibilité particulière, on devient somnambule éveillé, les sens acquièrent une finesse de tact parfois merveilleuse
/|12 si]i»pu::ment au rituel de la haute magie.
et même incroyable; on entend à de prodigieuses distances des bruits révélateurs, on voit la yienséc, des hommes sur leur visage, on est frappé soudainement du pressentiment des malheurs qui les menacent.
Les enfants nerveux, les idiots, les vieilles femmes et généralement tous les célibataires instinctifs ou forcés sont les sujets les plus propres à ce genre de magnétisme; ainsi se produisent et se compliquent ces phénomènes maladifs qu’on regarde comme les mystères de la puissance des médiums. Autour de ces aimants déréglés, des tourbillons magnétiques se forment et souvent des prodiges s’opèrent, prodiges analogues à ceux de l’électricité, attraction et répulsion des objets inertes, courants atmosphériques, influences sympathiques ou antipathiques très prononcées. L’aimant humain agit à de grandes distances et à travers tous les corps, à l’exception du charbon de bois qui absorbe et neutralise la lumière astrale terrestre dans toutes ses transformations.
Si à ces accidents naturels se joint une volonté perverse, le malade peut devenir très dangereux pour des voisins, surtout si son organisme a des propriétés exclusivement absorbantes. Ainsi s’ex-
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. /ll3
pliquent les envoûtements et les sorts, ainsi devient admissible et soumise au diagnostic médical cette affection étrange que les Romains nommaient le mauvais œil et qui est encore redoutée à Naples sous le nom de Jettatura.
Dans notre clef des grands mystères nous avons dit pourquoi les bergers sont plus sujets que d’autres à des déréglements magnétiques ; conducteurs de troupeaux qu’ils aimantent de leur volonté bonne ou mauvaise, ils subissent l’influence des âmes animales réunies sous leur direction et qui deviennent comme des appendices de la leur ; leurs infirmités morales produisent chez leurs moutons des maladies physiques et ils subissent en retour la réaction des pétulances de leurs boucs et des caprices de leurs chèvres ; si le berger est d’une nature absorbante, le troupeau devient absorbant et attire parfois fatalement à lui toute la vigueur et toute la santé d’un troupeau voisin. C’est ainsi que la mortalité se met dans les étables sans qu’on puisse savoir pourquoi et que toutes les précautions et tous les remèdes n’y font rien.
Cette maladie contagieuse des troupeaux est quelquefois déterminée par l’inimitié d’un berger rival qui est venu furtivement la nuit enterrer un
A'l/| SUPPM'MENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
pacte SOUS le seuil de l’étable. Ceci va faire sourire les incrédules, mais il ne s’agit plus maintenant de crédulité. Ce que la superstition croyait aveuglément autrefois, la science maintenant le constate et l’explique.
Or, il est certain et démontré par de nombreuses expériences, 1“ que l’influence magnétique de rhoinme dirigée par sa volonté, s’attache à des objets quelconques choisis et influencés par cette volonté.
2“ Que le magnétisme humain agit à distance et se centralise avec force sur les objets magné- tisés.
3“ Que la volonté du magnétiseur acquiert d’autant plus de force qu’il a plus multiplié les actes expressifs de cette volonté.
Que si les actes sont de nature à impressionner vivement l’imagitation, si pour les accomplir il a fallu surmonter de grands obstacles extérieurs et vaincre de grandes résistances intérieures, la volonté devient fixe, acharnée et invincible comme celle des fous.
5° Que les hommes seuls à cause de leur libre arbitre peuvent résister à la volonté humaine, mais que les animaux n’y résistent pas longtemps.
Dli 1,A MAGIE DES CAMPAGNES.
Voyons maintenant comment les sorciers de campagne composent leurs maléfices, véritables pactes avec l’esprit de perversité qui servent de consécration fatale à leur volonté mauvaise.
Ils forment un composé de substances qu’on ne peut se procurer sans crime et allier sans sacrilège, ils prononcent sur ces horribles mélanges arrosés parfois de leur propre sang des formules d’exécration, et ils enfouissent dans le champ de leur ennemi ou sous le seuil de la porte de son étable ces signes d’une haine infernale irrévocablement magnétisés.
L’effet en est infaillible ; à partir de ce moment les troupeaux commencent à dépérir et toute l’étable sera bientôt dépeuplée, à moins que le maître du troupeau n’oppose une résistance énergique et victorieuse au magnétisme de l’ennemi.
Cette résistance est facile lorsqu’on la fait par cercles et par courants, c’est-à-dire par association de volontés et d’efforts. La contagion n’atteint guère les cultivateurs qui savent se faire aimer de leurs voisins. Leurs biens alors sont protégés par l’intérêt de tous et les bonnes volontés associées • triomphent bientôt d’une malveillance isolée.
Lonsquele maléfice est ainsi repoussé, il se tourne
/|U) SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
contre son auteur, le magnétiseur malveillant souffre des tourments intolérables qui le forcent bientôt à détruire son mauvais ouvrage et à venir -lui-môme déterrer son pacte.
Au moyen âge on avait recours aussi à des con> jurations et à des prières, on faisait bénir les étables et les animaux, on faisait dire des messes afin de repousser par l’association des volontés chrétiennes dans la foi et dans la prière l’impiété de l’envoû- leur.
On aérait les étables, on y pratiquait des fumigations et l’on mêlait aux aliments des bestiaux du sel magnétisé par des exorcismes spéciaux.
A la fin de notre clef des grands mystères nous avons reproduit quelques-uns de ces exorcismes, dont nous avons rétabli le texte primitif avec une curieuse attention.
Ces formules, en effet, copiées et recopiées par des mains ignorantes, imprimées ensuite en dépit du bon sens par des exploiteurs de la crédulité populaire, ne sont pas arrivées jusqu’à nous sans d’étranges altérations.
En voici quelques-unes telles qu’on les trouve encore dans les derniers grimoires :
« Avant toutes choses, prononcez sur le sel :
DE L\ M.VGIE DES CAMPAGNES. 417
» Panem cælestem accipiat sü nomen Domine invo- » cabis. Puis ayez recours au château de Belle, » et faites le jet et les frottements, prononçant ce » qui suit :
« Eu?n ter ergo docentes omnes gentes haptizantes » eos. Innomine atris^ etc.
Garde contre la gale. « Quand Notre-Seigneur » monta au ciel, sa sainte vertu en terre laissa. » Pasle, Colet et Herve ; tout ce que Dieu a dit a » été bien dit. Bête rousse, blanche ou noire, de » quelque couleur que tu sois, s’il y a quelque » gale ou rogne sur toi, fût-elle mise et faite à » neuf pieds dans terre, il est aussi vrai qu’elle s’en » ira et mortira, comme sain Jean est dans sa peau » et a été né dans son chameau ; comme Joseph- » Nicodème d’Arimathie a dévalé le corps de mon » doux Sauveur Bédempteur Jésus-Christ, de l’arbre de la croix, le jour du vendredi saint.
» Vous vous servirez, pour le jet et pour les » frottements, des mots suivants, et aurez recours » tà ce que nous avons dit au château de Belle :
« Sel, je te jette de la main que Dieu m’a » donnée. Foloetvono Baptista Sancta Aca latani » est.
/il 8 SUPl’U'MliNT Alî lUTUüL l)l£ LA HAUT!- MAGIL.
« Carde pour empêcher les loups d'entrer sur le » terrain où sont les moutons. JMacez-Yoïis au coin » (lu soleil levant, et pioiioncez cinq fois ce qui » va suivre. Si vous ne le souhaitez prononcer «qu’une fois, vous en ferez autant cinq jours de » suite.
« Viens, bète à laine^ c’est l’Agneau d’iiurnilité, » je te garde, Ave, Maiia. C’est l’Agneau du » Rédempteur qui a jeûné quarante jours sans « rébellion, sans avoir pris aucun repas de l’en- » nerni, fut tenté en vérité. Va droit, bête grise, » à gris agri pense ; va chercher ta proie, loups et » louves et louveteaux; tu n’as point à venir à cette » viande qui est ici. Au nom du Père, et du Fils, et » du Saint-Esprit, et du bienheureux saint Cerf. » Aussi vade rétro, ô Satana!
Autre garde, c. Bète à laine, je te prends au » nom de Dieu et de la très sainte sacrée Vierge » Marie. Je prie Dieu que la seigneurie que je vais » faire prenne et profite à ma volonté. Je te conjure » que tu casses et brises tous sorts et enchantements » qui pourraient être passés dessus le corps de » mon vif troupeau de bêtes à laine, que voici « présent devant Dieu et devant moi; qui sont à
DK l,A MAGIK DKS CAMl'AGNKS. /H 9
» ma charge et à ma garde. Au nom du Père, du » Fils et du Saint-Esprit et de monsieur saint Jean- » Baptiste et monsieur saint Abraham.
« Voyez ci-dessus ce que nous avons dit pour » opérer au château de Belle, et vous servez pour » le jet et frottement des paroles qui suivent :
« Passe flori, .Jésus est ressuscité. »
Garde conLre la gale, rogne et. clavelée. « Ce fut « par un lundi au matin que le Sauveur du monde » passa, la sainie Vierge après lui, monsieur saint » Jean son pastoureau, son ami, qui cherche son rt divin troupeau, qui est entiché de ce malin cla- » viau, de quoi il n’en peut plus, à cause des trois » pasteurs qui ont été adorer mon Sauveur Rédemp- » teur Jésus-Christ en Bethléem, et qui ont adoré . » la voix de l’enfant. « Dites cinq fois Pater etcinq
« Mon troupeau sera sain et joli, qui est sujet à » moi. Je prie madame sainte Geneviève qu’elle » m’y puisse servi i* d’amie dans ce malin claviau ici. » Claviau banni de Dieu, renié de Jésus-Christ, je » te commande, de la part du grand Dieu, que tu » aies à sortir d’ici, et que tu aies à fondre et con-
/l20 SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
» fondre devant Dieu et devant moi, comme fond » la rosée devant le soleil. Très glorieuse Vierge » Marie et le Saint-Esprit, claviau, sort d’ici, car » Dieu te le commande, aussi vrai comme Joseph- » Nicodème d’Arimathie a descendu le précieux » corps de mon Sauveur et Rédempteur Jésus- » Christ, le jour du vendredi saint, de l’arbre de la » Croix : de par le Père, de par le Fils, de par le » Saint-Esprit, digne troupeau de bêtes à laine, » approchez-vous d’ici, de Dieu et de moi. Voici » la divine offrande de sel que je te présente » aujourd’hui ; comme sans le sel rien n’a été fait » et par le sel tout a été fait, comme je le crois, de » par le Père, etc.
« O sel! je te conjure, de la part du grand Dieu » vivant, que tu me puisses servir à ce que je pré- » tends, que tu me puisses préserver et garder mon » troupeau de rogne, gale, pousse, de pousset, de » gobes et de mauvaises eaux. Je te comm^inde, » comme Jésus-Christ mon Sauveur a commandé » dans la nacelle à ses disciples, lorsqu’ils lui » dirent : Seigneur, réveillez-vous, car la mer nous » effraye. Aussitôt le Seigneur s’éveilla, com- » manda à la mer de s’arrêter; aussi la mer devint O calme, commandée de par le Père, etc. »
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. Ü2Î
Il est évident qu’il faut lire :
Pour la prière sur le sel : panem cælestem acxipiam et nomen Domini invocabo.
Puis plus bas :
Euntes ergo docele onines genles baptizàntes eos, etc.
Les noms de Pasle, Colet et Hervé sont ceux des bergers associés dans l’œuvre magnétique. Au lieu de mortira (ligne H), lisez : sortira ; et à la lia^ne suivante lisez hameau au lieu de chameau qni fait ici un non-sens si absurde et si grotesque.
Dans l’une des formules suivantes, au lieu de passe flori, il faut lire pâques fleurie.
Celle qui vient après était primitivement en vers et l’on peut voir, en la rétablissant, combien elle a été défigurée.
-Ce fut par un lundi matin Jésus passa par le chemin,
La sainte Vierge auprès de lui El monsieur saint Jean son ami,
Monsieur saint Jean son pastoureau Qui cherche son divin troupeau.
Entiché du malin claveau,
Malin claveau qui guérira
SUPI’LKMKNÏ Al] KlTLIi:i. Dli LA HAUTIi MAGlli.
Et de mon troupeau sortira Par les trois rois et les pasteurs,
De Jésus-Christ adorateurs Qui sont allés en Bethléem En passant par Jérusalem Et tour à tour se prosternant Adorer la croix de l’enfant.
Cet exemple suffira poiii* faire comprendre à quel point sont altérés et devenus ridicules les petits livres vulgaires de sorcellerie et de prétendue magie qu’on ose encore colporter dans les campagnes.
On peut voir aussi que dans leur principe ces formules appartenaient à une foi ardente et naïve. C’était au nom du petit enfant né dans une étable, des pasteurs qui vinrent le visiter, de saint Jean- Baptiste, l’homme du désert, toujours accompagné d’un agneau sans tache, que les anciens bergem chrétiens conjuraieni les maléficies de leurs ennemis. Ces prières, ou plutôt ces actes de foi étaient prononcés sur le sel, si salutaire par lui-même et si indispensable à la bonne santé des troupeaux. Nos faux savants peuvent rire maintenant de ces rustiques enchanteurs; jnais eux. savaient bien ce qu ils faisaient et leur instinct dirigé par l’expé-
DK L\ M\(ilK DKS G.\M l'A(iNKS.
l’ience, les guidait plus sûrement cpie n’aurait pu le taire toute la pauvre science de ce temps-là.
Maintenant que la foi s’est affaiblie dans les campagnes comme ailleurs, ces naïves oraisons n’ont plus guère de puissance ni de prestige. On peut tout au plus les rechercher comme des monuments curieux de la cn.yance de nos ancêtres. On les retrouve dans les grimoires manuscrits et dans V Enchiridion de Léon ^Ilï, petit livre très célèbre au moyen âge, et dont les éditions plus ou moins fautives se sont multipliées jusqu’à nos jours. Nous avons extrait et nous en donnons ici les conjurations qui passaient pour les plus efficaces.
Ici commencent les mystérieuses oraisons du pape Léon .
Oraisons conire toutes sortes de charmes, enchantements, sortilèges, caractères, visions, illusions, possessions, obsessions, empêchement maléfique de mariage, et tout ce qui peut arriver par le maléfice des sorciers, ou par l'incursion des diables; et aussi très profitable contre toutes sortes de malheur qui peut être donné aux chevaux, juments, bœufs, vaches, moulons, brebis et autres espèces d’animaux. Oraison Qui Verbum caro factum est, etc.
Ui V erbc qui s’est fait chair, et a été attaché à
Il2[\ SUITLliMliNT AU KlTUliU DE LA HAUTE MAGIE.
la croix, et qui esl assis à la droite du Père, pour exaucer les prières de ceux qui croient en lui, lui qui par son saint nom, tout genou fléchit; et par les mérites de la bienheureuse Vierge Marie sa mère, et aussi par les prières de tous les saints et saintes de Dieu. Daignez préserver cette créature N. de tous ceux qui pourraient lui nuire, et des attaques des démons, vous qui vivez et régnez dans l’unité parfaite; car voilà f la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, dans lequel est notre salut, notre vie et notre résurrection, et la confusion de tous ceux qui veulent nous nuire et des malins esprits; fuyez donc, parties adversaires, car je vous conjure, démons d’enfer, et vous esprits malins de quelque genre que vous soyez, tant pré- sents qu’absents, en quelque manière que ce soit, et sous quelque prétexte que ce soit ; soit que vous soyez appelés ou invoqués, soit que vous veniez de bonne volonté, ou que vous soyez envoyés; soit par enchantement, soit par art des hommes malins ou des femmes; vous hâtant pour demeurer ou pour molester. Jusqu’à ce que vous ayez quitté votre tromperie diabolique, vous vous en alliez incontinent -jpar le Dieu vivant f véritable f saint f Père fFils f et Saint-Esprit. Spécialement
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. 4*25
par celui -jqui a été immolé et f qui a été tué en agneau -j-, qui a été crucifié en] homme, clans le sang duquel nous avons vaincu, quand saint Michel a combattu avec vous, et a fait précéder la victoire, et vous a fait reculer à mesure que vous approchiez, et que vous ne puissiez, sous quelque prétexte ciue ce soit, molester ou chagriner cette créature, ni dans son corps, ni dehors son corps, par vision, ni par frayeur, ni de jour, *ni, de nuit, ni en dormant, ni en veillant, ni en mangeant, ni en priant, ni en faisant autre chose, soit naturel ou spirituel : autrement je répands dessus vous -jtoutesles malédictions, excommunications degrés et peines de tourments, comme d’être jetés dans l’étang de feu 'et de soufre, par les mains de vos ennemis, par le commandement de la sainte Trinité, saint Michel archange le mettanten exécution. Car si tu as pris auparavant quelque lien d’adoration, quelque parfum, quelque fin et affection maligne que ce soit, soit en herbes, soit en paroles, soit en pierres, soit en éléments, soit qu’elles soient naturelles, soit qu’elles soient simples, ou mixtes, ou temporelles, ou spirituelles, ou sacramentelles, ou dans les noms du grand Dieu et des anges, soit qu’elles soient en caractères d’heures, de minutes.
[\'26 SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
de jours, d'uii, de mois, observé siiperstitieuserriciit avec pacte exprimé, ou tacite, môme fortifié par jurement. Je casse f toutes ces choses, je les annule et les détruis par la puissance du Père qui a créé tout le monde -f-, par la sagesse du Fils rédempteur par la bonté du Saint-Esprit f, par celui qui a accompli toute la loi f , qui est f , qui était f ,
qui doit venir f , tout-puissant, saint f , immortelf, sauveurf , qui est composé dequatrelettresf, Jéhova f, Alpha et Oméga f, le commencement et la fin. Que toute la vertu diabolique soit donc éteinte dans cette créature, et soit chassée par la vertu de la très sainte croix, par l’invocation des anges, des archanges, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges, et aussi de la bienheureu.se Vierge et de tous ceux qui régnent dans le ciel, avec l’agneau mort depuis le commencement du monde et ceux qui vivent bien dans la sainte Église de Dieu. Retirez-vous donc; et de même que la fumée du foie, du poisson brûlé, suivant le conseil de Raphaël, a mis en fuite l’esprit dont Sara était tourmentée, de même que ces bénédictions vous cha.ssent, afin que vous n’osiez pas approcher de cette créature. Marquée du signe de la sainte croix, de l’e.s-
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. /l27
pacü de cent mille pas. parce que mon mandement n'est pas le mien, mais de celui qui a été envoyé du sein du Père, afin de détruire vos œuvres, comme il les a détruites sur l’arbre de la croix, il nous a donné une telle puissance, à la gloire et utilité des fidèles, pour vous commander, comme nousvouscommandons et ordonnons; que vous n’osiez approcher par Notre-Seigneur Jésus-Christ-)- ; voici la croix du Seigneur, fuyez, parties adversaires; le lion de la tribu deJuda a vaincu. Racine de David, alléluia, amen, amen, fiat, fiat.
Voici les sept oraisons mystérieuses que l’on doit dire pendant
la semaine.
Pour le dimanche. Libéra me, Domine, etc.
Notre Père, etc.
Délivrez-nioi, je vous prie, Seigneur, votre serviteur N-, de tous les maux passés, présents et à venir, tant de l’àme que du corps, et par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, et de vos bienheureux apôtres saint Pierre, saint Paul et saint André, avec tous vos saints, donnezmoi favorablement la paix à votre serviteur N'., et la sainteté dans tous les jours de ma
428 SUPPLIÎMliNT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
vie, afin que, étant aidé par le secours de votre miséricorde, je sois toujours affranchi de l’esclavage du péché et de toute crainte d’aucun trouble. Par le même Jésus-Christ votre Fils, Notre-Seigneur, qui, étant Dieu, vit et l’ègne avec vous en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. Que la paix du Seigneur soit toujours avec moi. Amen. Que votre paix céleste, Seigneur, que vous avez laissée à vos disciples, demeure toujours ferme dans mon cœur, et soit toujours entre moi et mes ennemis, tant visibles qu’invisibles. Amen. Que la paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa face, son corps et son sang, soient à mon aide à moi, N., pécheur que je suis, et me servent d’une favorable protection et défense, et de consolation à mon âme et mon corps. Amen. Agneau de Dieu, qui avez daigné naître de la Vierge Marie, et porter sur l’arbre de la croix les péchés du monde, ayez pitié de mon corps et de mon âme ; Agneau de Dieu par qui tous les fidèles sont sauvés, donnezmoi dans ce siècle et dans les siècles à venir une paix éternelle. Amen.
DE ÏA MAGIE DES CAMPAGNES.
Zl29
Pour le lundi. O Adonai, per quem. etc.
O^Adonaï ! ô Sauveur par qui toutes choses ont été mises en liberté, délivrez-moi de tout mal. O Adonaï ! ô Sauveur par qui toutes choses ont été secourues, secourez-moi dans toutes mes nécessités et angoisses, affaires et périls, et de toutes les embûches de mes ennemis visibles et invisibles, délivrez-moi f au nom du Père qui a créé tout le monde f, au nom du Fils qui a racheté tout le monde f, au nom du Saint-Esprit qui a accompli toute la loi, je merecommande toutentier. Amen -j-. Que la bénédiction de Dieu le Père tout-puissant, qui a fait toutes choses d’une seule parole, soit toujours avec moi. Amen f . Que la bénédiction de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, soit toujours avec moi. Amen f. Que la bénédiction du Saint-Esprit avec ses sept dons soit toujours avec moi f. Amen. Que la bénédiction de la bienheureuse Vierge Marie avec son Fils soit toujours avec moi. Amen. Que la bénédiction et consécration du pain et du vin que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faite quand il l’a donné à ses disciples, leur disant :
/|30 SUPPU'MKNT AU RITUKI. DE IA HAUTE MAGIE.
Pour le mardi. Accipile et comedile, etc.
Prenez et mangez tout ceci, car c’est mon corps qui sera livré pour vous, en mémoire de moi. Amen. Que la bénédiction des anges et des archanges, des vertus, des principautés, des trônes, des dominations, des chérubins et des séraphins soit toujours avec moi. Amen. Que la bénédiction des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges et de tous les saints et saintes de Dieu, soit toujours avec moi. Amen. Que les bénédictions de tous les deux de Dieu soient toujours avec moi. Amen -j-. Quelamajesté adorable me protège ; que son éternelle bonté me gouverne ; que son inextinguible charité m’enflamme: que son immense bonté me dresse; que la puissance du Père me conserve ; que la sagesse du Fils me vivifie; que la vertu du Saint-Esprit soit toujours entre moi et mes ennemis visibles et invisibles. Amen. Puissance du Père, fortifiezmoi ; sagesse du Fils, délivrez-moi; consolation du Saint-Esprit, consolez-moi. Le Père est la paix, le Fils est la vie, le Saint-Esprit est le remède de consolation et du salut. Amen. Que la divinité de D ien me bénisse; que son humanité me fortifie
nK I-.\ M.VGIl- DF.S CAMPAGNES. /l31
Amen. Que sa piété iii’échautTc ; que son amour me conserve : ô Jésus-Christ, tils de Dieu vivant, ayez pitié de moi.
Pour le mercredi. O Emmanuel, ab hoste, elc.
O Emmanuel ! d('fendez-moi du malin esprit et de tous mes ennemis visibles et invisibles, et de tout mal ; le Christ roi est venu en paix ; Dieu s’est fait homme, et il a souffert avec clémence pour nous; que Jésus-Christ, roi pacifique, soit toujours entre moi et mes ennemis. Amen f. Le Christ est vainqueur -j-; le Christ règne f ; le Christ commande f. Que le Christ me défende toujours de tout mal. Amen. Que Jésus -Christ daigne commander que je sois victorieux de tous mes adversaires. Amen. Voici la croix de Notre-Seigneur f Jésus -Christ ; fuyez, parties adversaires. Le lion de la tribu de Juda a vaincu ; racine de David, alléluia, alléluia, alléluia. Sauveur du monde, sauvez-moi, et secourez-moi, vous qui par votre croix et votre très précieux sang m’avez racheté; aidezmoi, je vous prie, ô Dieu, ô agios ô Theos -f-, agios ischyros f , agios athanatos-f, eleison himas; Dieu saint. Dieu fort. Dieu miséricordieux et immortel,.ayez pitié de moi N., votre serviteur. Sei-
Û3*2 SUPPLÉMENT AU RITUEl. DE LA HAUTE MAGIE.
gneup, soyez à mon aide; ne m’abandonnez pas; ne me regardez point en mépris, Dieu mon sajutaire ; mais venez toujours à mon aide, Seigneur Dieu mon Sauveur.
Pour le jeudi. Illumina oculos meos, etc.
Éclairez mes yeux, Seigneur, afin que je ne m’endorme jamais dans la mort, et que mon ennemi ne dise pas qu’il a été plus fort que moi. Que le Seigneur soit à mon aide, et je ne craindrai point ce que l’homme pourra faire contre moi ; mon très bénin Jésus-Christ, gardez-moi, secourez-moi et sauvezmoi ; qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse aux cieux, sur la terre et aux enfers, et que toute langue confesse que Notre-Seigneur Jésus- Christ est dans la gloire de Dieu le Père. Amen. Je saistrès véritablement, ô Jésus, qu’à quelque jour et heure que ce soit que je vous invoque, je serai sauvé. O très clément Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la vertu de votre nom très précieux, avez fait et opéré tant de miracles, et qui nous avez donné un remède si abondant à nous qui en avions un si grand besoin, parce que, par la vertu de votre nom, les démons prenaient la fuite, les aveugles voyaient, les sourds entendaient.
DK LV MAGIE DES CAMPAGNES. 433
les boiteux marchaient, les muets parlaient, les lépreux étaient guéris, les malades obtenaient la santé, et les morts ressuscitaient ; car, lorsqu’on prononce le nom de votre très doux fils Jésus, l’on entend une douce mélodie dans l’oreille, le miel se fait sentir dans la bouche, le démon est mis en fuite, tout genou fléchit, les esprits célestes se ré- jouissent, les mauvaises tentations sont déracinées, toutes les infirmités sont guéries ; on gagne plusieurs indulgences; les débats qui sont entre le monde, la chair et le diable sont tués, et beaucoup d’autres biens s’ensuivent, parce que quiconque invoquera le nom de Dieu sera sauvé, ce nom qui a été appelé par l’ange avant qu’il fût conçu dans le ventre.
Pour le vendredi. O nomen dulce, etc.
O doux nom, nom fortifiant le cœur de l’homme, nom de la vie, du salut et de la joie ; nom précieux, joyeux, glorieux et gracieux; nom fortifiant les pécheurs, nom qui nous sauve et qui conduit et gouverne toute la machine de l’univers. Qu’il vous , plaise donc, ô très pieux Jésus ! que par la même vertu très précieuse de votre nom vous daigniez faire fuire les démons de devant moi ; éclairez-
/l3/l SUPPLÉMENT AU lUTUEL DE LA HAUTE MAGIE.
moi, moi qui suis aveugle; laites que j’entende, moi qui suis sourd, conduisez mes pas, moi qui suis boiteux; faites que je parle, moi qui suis muet; guérissez ma lèpre, donnez-moi la santé, moi qui suis infirme ; ré veillez-moi de la mort, et entourezmoi tout entier dedans et dehors, afin qu’étant muni de votre nom très sacré, je puisse toujours vivre en vous, en vous louant et en vous honorant, TOUS qui êtes digne de louanges, parce que vous ôtes le très glorieux Seigneur et le Seigneur éternel, et l’éternel Fils de Dieu, dans lequel, auquel et par lequel toutes choses se réjouissent et sont gouvernées, à vous la louange, l’honneur et la gloire dans tous les siècles. Amen. Que Jésus soit toujours dans mon cœur, que Jésus soit toujours dans ma bouche, que Jésus soit toujours dans toutes mes entrailles. Amen. Que Dieu mon Seigneur Jésus-Christ soit dedans moi pour me remettre en santé; qu’il soit autour de moi pour me conduire ; qu’il soit après moi pour me conserver, devant moi pour me garder, sur moi pour me bénir; qu’il soit entre moi pour me vivifier, auprès de moi pour me gouverner, au-dessus de moi pour me fortifier ; qu’il soit toujours avec moi pour m’ôter toute la peine d’une mort éternelle, lui qui.
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. /l35
avec le Père et Saint-Esprit, vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.
Pour le samedi. Jésus Mariœ filius, etc.
Que Jésus fils de Marie, Seigneur et Sauveur du monde, me soit clément et propice, qu’il nous donne un esprit sain et soumis, honneur à Dieu, et qu’il nous accorde la délivrance de nos maux
dans le lieu où nous sommes : et personne n’a mis la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue, celui qui est, qui était et qui sera toujours Alpha et Oméga, Dieu et homme, le commencement et la fin ; que cette invocation me soit une éternelle protection, nom de Jésus de Nazareth, roi des Juifs, marque de triomphe, fils de la Vierge Marie, ayez pitié de moi, selon votre clé- mence, dans la voie du salut éternel. Amen. Mais Jésus, sachant tout ce qui lui devait arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Or Judas, qui le trahissait, était aussi présent avec eux. Lors donc que Jésus leur eut dit ; C’est moi, ils furent renversés et tombèrent tous par terre. Il leur demanda encore une fois : Qui
/|36 SUPPI-ÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
cherchez -VOUS ? Ils lui dirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur répondit : Je vous ai déjà dit que c’est moi ; si c’est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » Que Jésus, pour moi fait victime, par sa croix effaçant mon crime, me rende agréable à ses yeux, et qu’enfin mon âme épurée, étant de mon corps séparée, avec lui règne dans les deux. Amen. Jésus est la voie -f-, Jésus est la vie f, Jésus est la vérité f, Jésus a souffert f, Jésus a été crucifié -[■, Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, ayez pitié de moi. Mais Jésus, passant f , au milieu d’eux, était debout, et personne n’a porté sa main violente sur Jésus, parce que son heure n’était pas encore venue.
Oremus. Dulcissime Domine, etc.
Très doux Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui avez répondu aux Juifs qui voulaient vous prendre : C’est moi ; si c’est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci; alors les Juifs s’en allèrent à la renverse et tombèrent par terre. Ainsi à cette heure ils ne purent vous nuire, comme il est vrai, et que je le crois aussi véritable et le confesse. Ainsi, mon très bénin Sauveur Jésus- Christ, daignez me garder à présent et toujours de
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. ll‘61
tous mes ennemis qui cherchent à me nuire, et faites-Ies tomber à la renverse, afin qu’ils ne puissent me faire du mal en quelque manière que ce soit, mais que je me retire en sûreté de leurs mains dans la voie de paix et de repos, à la louange et gloire de votre nom, qui est béni dans les siècles des siècles. Amen.
Ces prières, comme on le voit, n’ont rien que de très pieux et de très chrétien dans leur simplicité, et peuvent être encore l’expression de la conBance et de la volonté droite d’un enfant soumis de l’Église.
La prière faite en commun et suivant la foi ardente du plus grand nombre, constitue véritablement un courant magnétique, et ce que nous entendons par le magnétisme exercé en cercles.
Les maléfices ne sont redoutables que pour les individus isolés; il im.porte donc, aux gens de la campagne surtout, de vivre en famille, d’avoir
la paix dans leur ménage, et de se faire de nom-
breux amis.
Il faut aussi pour la santé des troupeaux, bien aérer et bien exposer les étables, en bien battre le sol qu’on pourrait couvrir d’une sorte de maca-
/l38 SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
dam en charbon de bois, purifier les eaux malsaines avec un filtre de charbon, donner aux bestiaux du sel non plus exorcisé, mais magnétisé suivant les intentions du maître, éviter autant qu’on le peut, le voisinage des troupeaux appartenant à un ennemi ou à un rival, frotter les brebis malades avec un mélange de charbon de bois pulvérisé et de soufre, puis renouveler souvent leur litière et leur donner de bonnes herbes.
Il faut aussi éviter avec soin la compagnie des personnes atteintes de maladies noires ou chroniques, ne jamais s’adresser aux devins de village et aux envoûteurs, car en consultant ces sortes de personnes, on se met en quelque façon sous leur puissance, enfin, il faut avoir confiance en Dieu seul et laisser opérer la nature.
Les prêtres passent souvent pour des sorciers dans les campagnes, et on les croit assez généralement capables d’exercer une influence mauvaise, ce qui est vrai malheureusement pour les mauvais prêtres; maisle.bon prêtre, loin déporter malheur à personne, est la bénédiction des familles et des contrées.
Il existe aussi des fous dangereux qui croient à l’influence de l’esprit de ténèbres, et qui ne crai-
DE LA MAGIE DES CAMPAGNES. 439
gnent pas de l’évoquer pour en faire le serviteur de leurs mauvais désirs ; il faut appliquer à ceux-là ce que nous avons dit des évocations diaboliques, et se bien garder surtout de les croire et de les imiter.
Pour commander aux forces élémentaires, il faut une grande moralité et une grande justice. L’homme qui fait un digne et noble usage de son intelligence et de sa liberté, est véritablement le roi de la nature, mais les êtres à figure humaine qui se laissent dominer par les instincts de la bruie ne sont pas même dignes de commander aux animaux. Les Pères du désert étaient servis par les lions et par les ours.
Daniel, dans la fosse aux lions ne fut touché par aucun de ces animaux affamés, et en effet, disent les maîtres dans le grand art de la cabale, les bêtes féroces respectent naturellement les hommes, et ne se jettent sur eux que lorsqu’ils les prennent pour d’autres animaux hostiles ou inférieurs à eux. Les animaux, en effet, communiquent par leur âme physique avec la lumière astrale universelle, et sont doués d’une intuition particulière pour voir le médiateur plastique des hommes sous la forme que lui a donnée l’exercice habituel du libre arbitre.
/|/lO SUITLllMliNT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
J.c véritable juste leur apparaît seul, dans la splendeur de la forme humaine, et ils sont forcés d’obéir à son regard et à sa voix, les autres les attirent comme une proie, ou les épouvantent et les irritent comme un danger. C’est pour cela que, suivant le prophète Isaïe, quand la justice régnera sur la terre, et quand les hommes élèveront leur famille dans la véritable innocence, un petit enfant conduira les tigres et les lions, et se jouera impunément au milieu d’eux.
La prospérité et la joie doivent être l’apanage des justes, pour eux le malheur même se change en bénédiction, et la douleur qui les éprouve est comme l’aiguillon du divin pasteur qui les force à marcher toujours et à progresser dans les voies de la perfection. Le soleil les salue le matin, et la lune leur sourit le soir. Pour eux, le sommeil est sans angoisses, et les rêves sans épouvante, leur pré- sence bénit la terre et porte bonheur aux vivants. Heureux qui leur ressemble ! heureux qui les prend pour amis !
Le mal physique est souvent une conséquence du mal moral, le désordre suit nécessairement la déraison. Or, la déraison en actions c’est l’injustice. La vie laborieuse des habitants de la campagne les
Dli LA. MAGIE DES CAMPAGNES. khi
rend trop souvent durs et cupides. De là, une foule d’erreurs de jugement, et par suite un dérèglement d’actions qui force la nature à protester et à réagir. C’est là le secret de ces mauvaises destinées qui semblent parfois s’attacher à une famille ou à une maison. Les anciens disaient alors : Il faut apaiser les dieux offensés, et nous disons encore : Le bien mal acquis ne profite pas, il faut restituer, il faut réparer le mal commis, il faut satisfaire à la justice, ou la justice se vengera d’une manière fatale.
Une puissance, invincible si nous le voulons, nous a été donnée pour vaincre la fatalité, c’est notre liberté morale. A l’aide de cette puissance, nous pouvons corriger le destin et refaire l’avenir. C’est pourquoi la religion ne veut pas que nous consultions les devins pour savoir ce qui nous arrivera ; elle veut seulement que nous apprenions de nos pasteurs ce que nous devons faire. Que nous importent les obstacles? Un brave ne doit pas compter ses ennemis avant la bataille. Prévoir le mal, c’est le rendre en quelque sorte nécessaire. Il nous arrivera le résultat de ce que nous aurons voulu : voilà la prophétie universelle.
Observer .la nature, en suivre les lois dans notre travail, obéir en toute chose à la raison, sacrifier.
SUPPLÉMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
s’il le faut, son propre intérêt à la justice. Voilà la vraie magie qui porte bonheur, et ceux qui agissent ainsi, ne craignent ni la malice des envoûteurs, ni •la sorcellerie des bergers.
RÉPONSE A QUELQUES QUESTIONS. 4/|3
RÉPONSE
A QUELQUES QUESTIONS ET A QUELQUES CRITIQUES.
PREMIÈRE QUESTION.
Demande. — Espérez-vous que les catholiques sérieux accepteront vos croyances cabalistiques, vos interprétations philosophiques du dogme et votr-e définition même du catholicisme, c’est-à-dire de l’universalité en matière de religion ?
Réponse — Si par catholiques sérieux vous entendez ceux qui nient la civilisation et le progrès, non certainement je ne l’espère pas.
D. — Alors vous êtes protestant ?
R. — Oui, si l’on est protestant lorsqu’on croit à la civilisation et au progrès.
D. — Pourquoi alors vous dites-vous catholique romain ?
R. — Parce, que je ne crois pas qu’il faille exclure même les Romains de la communion universelle.
hhk SUPPJÆMENT AU RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
D. — Qu’espérez- VOUS si, tout en vous disant catholique, vous n’espérez pas convertir les vrais catholiques?
R. — Je voudrais ramener à l’unité hiérarchique, à l’intégrité du dogme et à l’efficacité du culte les communions chrétiennes dissidentes, et cela est possible pour les communions émancipées par la réforme, puisque celles-là admettent la civilisation et le progrès.
DEUXIÈME QUESTION.
D. — Faites-vous des miracles et enseignez-vous le moven d’en faire ?
R. — Si par miracles vous entendez des œuvres contre nature ou des effets non justifiés par leurs causes, non, je ne fais ni n’enseigne à faire de pareils miracles. Dieu lui-même n’en saurait faire de pareils.
TROISIÈME QUESTION.
D. — Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de crédulité, de superstition ou de charlatanisme ?
R. — Je réponds qu’ils n’ont pas lu mes livres, ou que, les ayant lus, ils ne les ont pas compris.
RÉPONSE A QUELQUES QUESTIONS.
Ainsi un sieur Tavernier, clans une prétendue critique sur la clef des grands mystères, n’a pas craint d’écrire que j’évoquais Archée, Azoth et Hylé, diables bien connus, ajoute-t-il. Or, qui ne sait que par Archée les anciens entendaient l’ame universelle, par Azoth, la substance médiatrice, et par Hylé la matière passive ?
Dogme et rituel de la haute magie, tome II: Rituel. Paris, 1861. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/levi-dogme-et-rituel-de-la-haute-magie-2/. Public-domain text reproduced in full; markup only.
Machine-read text of the Internet Archive scan b24884340_0002; the reading is uncorrected apart from the removal of page numbers, running heads, line-end hyphens and the scan's own marks.