Dans la seconde, sous le titre d'esprits hypothétiques, nous parlerons des anges, des démons et des âmes des trépassés , suivant les doctrines kabbalistiques et magiques.
Dans la troisième, consacrée aux prétendus esprits ou aux fantômes, nous traitons des évocations et nous apprécions les phénomènes et les doctrines spirites.
La science suppose nécessairement Dieu, étudie l'esprit de l'homme dans ses aspirations les plus hautes, examine les hypothèses relatives aux esprits inconnus et rejette les fantômes.
Nous avons dit de Dieu , dans notre dogme et rituel de la haute magie, que Dieu pour nous c'est l'AzoTH des sages.
M. de Mirville, qui n'a pas compris ce mot, Ta expliqué tout naturellement par une faute d'orthographe qu'il nous attribue, et s'imagine naïvement que nous adorons le gaz azote.
Le mot AzoTH, employé parle savant initié Bazile Valentin, pour exprimer l'agent universel, est composé de la première et de la dernière lettre de l'alphabet en hébreu , en grec et en latin.
Il équivaut à I'Inri de la Maçonnerie , et veut dire le principe et la fin, c'est-à-dire l'absolu dans les trois mondes.
Au-dessus de la science c*est Dieu , dans la science kabbalistique c'est l'absolu, dans la physique occulte c'est l'agent universel
Ce nom exprime donc trois choses :
1*; L'hypothèse divine,
.2* La synthèse philosophique,
3* La synthèse physique,
C'est-à-dire une croyance , une idée et une force.
Nous ne donnons pas ces explications pour M. de Mirville, qui ne saurait être naïf de bonne foi, et qui a un parti pris de ne pas nous comprendre et de nous injurier quand même.
Ce sont là, nous le savons, les procédés de l'é- cole à laquelle il appartient.
Nous donnons cette explication pour ceux de nos lecteurs qui ne cherchent que la vérité , et nous commençons notre livre.
SCIENCE DES ESPRITS
PREMIÈRE PARTIE
ESPRITS RÉELS
INTRODUCTION
Dieu ou l'esprit créateur, que la science est forcée d'admettre comme première cause ;
Dieu qui est Thypothèse nécessaire à laquelle se rattachent toutes les certitudes ;
L'homme ou l'esprit créé dont la vie apparente commence et finit, mais dont la pensée est immortelle ;
Le médiateur pu l'esprit du Christ horome surl^utis^il pâif lib, pensée, 0ie« humanisé par le travail et la douleur :
Tel est le triple sujet de la science des esprits.
L'homme, ne pouvant rien concevoir au-dessus de lui-même, s'idéalise pour concevoir Dieu. Le Christ, par ses sublimes pensées et ses admirables vertus, a réalisé cet idéal. C'est donc en Jésus- Christ qu'il faut étudier Dieu, et comme le médiateur est aussi le prototype et le modèle de l'humanité , c'est encore en lui qu'il faut étudier l'homme coïisidéré exclmsivement souà le point de vue de l'esprit.
La science des esprits se résume donc tout entière dans la science de Jésus-Christ.
Les anges et les démons sont des êtres purement hypothétiques ou légendaires ; qu'ils restent dans la poésie, ils ne sauraient appartenir à la science.
Contentons-nous des hommes, étudions Jésus- Christ et cherchons Dieu.
Moins on définit Dieu, plus on est forcé d'y croire. Nier le Dieu indéfini et inconnu , principe existant et intelligent de l'être et de l'intelligence, c'est affirmer témérairement la plus vague et la
plus absurde de toutes les négations ; aussi Proudhon , cette contradiction incarnée , a-t-il pu dire avec raison que l'athéisme est un dogme négatif et constitue la plus ridicule de toutes les croyances : la croyance irréligieuse.
Mais un Dieu défini étant nécessairement un Dieu fini, toutes les religions prétendues révélées d'une manière positive et particulière s'écroulent dès que la raison les touche ; il n'y a qu'une religion , et Victor Hugo a bien dit lorsqu'il s'est écrié : Je proteste au nom de la religion contre toutes les religions .
Si Dieu eût autorisé Moïse seul, il n'eût pas permis Jésus. S'il eût autorisé Jésus seul, il n'eût pas permis Mahomet. Il ne peut y avoir qu'une loi divine, mais il y a, dans ce bas monde, une multitude de juges et une grande cohue d'avocats qui tentent de rebâtir sans cesse, malgré ses perpétuels écroulements, la Babel des contradictions humaines.
Pascal, cet athée si religieux, ce sceptique superstitieux qui doutait de tout en présence de la logique inexorable des nombres et qui croyait au dieu des Jansénistes sur la foi d'une amulette . Pascal qui, malgré lui, n'était pas catholique par-
ce qu'il voulait être trop catholique, n'a pas craint de dire que, l'Église romaine seule menaçant de lenfer ceux qui n'adhèrent pas à ses dogmes , il est toujours plus sûr d'y croire, comme si une menace inhumaine était une raison et comme si , en matière de foi, la peur devait légitimement l'emporter sur la confiance.
Faire les ténèbres pour augmenter la peur, redoubler l'obscurité des mystères , exiger l'obéissance aveugle, c'est la magie noire des religions; c'est le secret des sacerdoces ambitieux qui veulent substituer le prêtre à la divinité , le temple à la religion même et les pratiques aux vertus. Ce fut le crime des Mages qui périrent tous dans une réaction fatale ; ce fut le crime des prêtres hébreux contre lesquels Jésus vint protester, et qui crucifièrent Jésus.
Eh quoi ! le ciel nous imposerait une loi rigoureuse sanctionnée par des supplices éternels, et il ne rendrait pas claire et évidente pour tous la promulgation même de cette loi ! Quoi ! la vérité ou plutôt le livre fermé qui la contient serait le partage exclusif de quelques fanatiques inexorables, et l'humanité presque tout entière serait abandonnée aux ballottements de l'erreur et à la fata-
lité d'une malédiction infinie ! Celui-là seul est un maudit qui peut le croire. Le Dieu qu'il adore ressemble à ces monstrueuses idoles du Mexique dont on humectait sans cesse les lèvres avec des cœurs sanglants. Une religion exclusive n'est pas une religion catholique . Catholique veut dire universel . S'emparer des forces fatales et les diriger pour en faire le levier de l'intelligence, tel est le grand secret de la magie. Faire appel aux passions les plus aveugles et les plus illimitées dans leur essor, les soumettre à une obéissance d'esclave, c'est créer la toute-puissance. Aussi , mettre l'esprit sous l'empire du rêve , exalter jusqu'à l'infini la cupidité et la peur par des promesses et des menaces qu'on croira surnaturelles parce qu'elles seront contre nature, se faire une armée de la multitude immense des têtes faibles et des cœurs lâches qui deviendront généreux par intérêt ou par crainte, et avec cette armée faire la conquête du monde : voilà le grand rêve sacerdotal et tout le secret politique des pontifes de la magie noire. Au contraire, éclairer les ignorants, affranchir les volontés , dégager les hommes de la craÎBte et les diriger par l'amour, rendre accessibles à tous la vérité et la justice, n'imposer à la foi que les hy-
pothèses nécessaires à la raison, et amener ainsi tous les peuples à un dogme unique, simple, consolant et civilisateur : voilà la réalité divine , et c'est ce que TEvangile a donné au monde.
L'Évangile, c'est Tesprit de Jésus, et cet esprit est divin. Voilà notre profession de foi nettement formulée sur la divinité de Jésus-Christ.
Mes paroles sont esprit et vie, a dit ce révélateur sublime; et la chair ici n'est pour rien.
L'Evangile est l'histoire de son esprit. Ce n'est pas la chronique de sa chair.
Homme par la chair. Dieu par l'esprit.
Il est mort et ressuscité.
Si vous vivez de mon esprit, a-t-il dit à ses Apô- tres , votre chair sera ma chair et votre sang sera mon sang, et ces choses si éminemment spirituelles, matérialisées par la stupidité des théologiens barbares, nous ont donné des hosties saignantes et des communions anthropophages.
Le temps ^st venu de ne plus confondre l'esprit avec la chair. La science des esprits, c'est le discernement de l'esprit, et quand l'esprit de Jé- sus-Christ sera compris, cet esprit que l'Église appelle et qu'elle adore sous les noms d'esprit de science, d'esprit d'intelligence, d'esprit de force ,
d'esprit d'initiative ou de conseil, et, par consé- quent, d'esprit de liberté, quand cet esprit, dis-je, sera compris, on ne demandera plus des oracles au sommeil, à la catalepsie, au somnamb^lisma ou aux tables tournantes. La science des esprits a ' pour base la connaissance de Tesprit de Jéiufi^ Christ, qui est la plus haute expression des alpira^ tions intelligentes et aimantes de l'humanité.
Jésus, l'homme de lumière et de bonté, afëté ' pressenti et salué d'avance par les initiateulrs di9* tous les cultes. L'Egypte, sousle nom d'Horus, Vti dorait dormant encore sur le sein d'Isis ; l'Inde le ' nommait Chrisna et le suspendait aux mamellef * de Devaki ; les Druides élevaient une statue à la * vierge qui devait enfanter ; Moïse et les prophëros préludaient par de magnifiques dithyrambes à 1*1^ popée des évangiles ; Mahomet le reconnaît et ne proteste que contre l'adoration idolâtrique de sa chair. L'humanité est donc chrétienne depuis le commencement du monde. Accoutrée à l'indienne, à l'égyptienne, à la juive ou à la turque, l'humanité est partout la môme et le dogme est universel. Proclamons donc aujourd'hui la catholicité du monde et n'excommunions pas même ceux qui veulent s'isoler dans un ciel dont les nusges
de gloire se formeraient des sapeurs d'un bûcher où brûlerait sous eux et pour eux Thumanité près-: que tout entière. Un temps tiendra, et il est proche, eu de telles idées inspireront à tout le monde une telle horreur qu'on n'osera plus les professer tout JsBvA^ et que la mémoire des inquisiteurs de tous leê faites sera condamnée à son tour et à jamais par l'inquisition du mépris.
tJne des grandes pyramides d'Egypte était à de- * mi cachée par des montagnes de sable. Les hordes liomades du désert avaient de siècle en siècle amoncelé sur elle des constructions hybrides et *Mes immondices, en sorte qu'on ne la voyait plus. ' Un grand prince arrive, il veut déblayer cette pilice pour y construire un temple ; on creuse autiur du tas d'ordures, on l'escalade, on le démolit et la grande pyramide reparaît dans toute sa majesté.
Ceci est un apologue.
La guerre que la philosophie fait à l'Église ne la détruira pas, maisl'afiFranchira; car l'Église, c'est la société des hommes qui sont animés de l'esprit de Jésus-Christ. A mesure que les superstitions religieuses ou plutôt irréligieuses descenden|, l'Évangile n^onte, il est stable, il est éternel, il
est inébranlable , carré par la base et simple comme les pyramides. Il y a toujours une logique dans la puissance ; des forces sans raison seraient des forces sans portée et par conséquent sans effet. Si donc l'Évangile est une puissance, c'est qu'il y a une logique dans l'Évangile.
La logique ou la raison, le logos de la puissance suprême , c'est Dieu. Cette raison , cette logique universelle éclaire toutes les âmes raisonnables ; elle luit dans les obscurités du doute ; elle perce, elle pénètre, elle déchire les ténèbres de l'ignchrance, et les ténèbres ne peuvent la saisir, la prendre, l'enfermer, l'emprisonner. Cette raison parle par la bouche des sages, elle s'est résumée dans un homme qui a été nommé pour cela le logos fait chair, ou la grande raison incarnée.
Les miracles de cet homme ont été des miracles de lumière, c'est-à-dire d'intelligence et de raison. Il a fait comprendre aux hommes que la vraie religion, c'est la philanthropie. Le mot est moderne en français, mais il se trouve textuellement en grec dans l'évangile selon saint Jean. Il leur a fait voir que ce n'est ni dans telle ville, ni sur telle montagne, ni dans le temple qu'il faut chercher Dieu, mais dans l'esprit et dans la vérité. Son en-
seignement a été simple comme sa vie. Aimer Dieu, c'est-à-dire Tesprit et la vérité, plus que toute chose et le prochain comme vous-même , voilà , disait-il, toute la loi.
C'est ainsi qu'il ouvrait les yeux aux aveugles, qu'il forçait les sourds à entendre, et les boiteux à marcher droit. Les merveilles qu'il opérait dans les esprits ont été racontées sous cette forme allégorique si familière aux Orientaux. Sa parole est devenue un pain qui se multiplie, sa puissance morale un pied qui marche sur les flots, une main qui apaise les orages. Les légendes se sont multipliées avec l'admiration toujours croissante de ses disciples. Ce sont des contes char^ numts, semblables à ceux des Mille et une Nuits ^ et il était digne des siècles barbares que nous croyons avoir traversés et qui ne sont pas èocore finis, de prendre ces gracieuses fictions pour des réalités matérielles et grossières, de discuter anatomiquement la virginité maternelle de Marie, d'établir entre les mains de Jésus une boulangerie invisible et miraculeuse pour multiplier les pains au désert, et de voir couler un sang globulaire et séreux, un sang anthropophagique et révoltant, sur les blanches et pures hosties qui
protestent contre le sang et qui annoncent pour jamais la consommation du sacrifice.
L'Évangile n'appartient à la science que commiA monument de la foi, et non comme document de l'histoire. C'est le symbole des grandes aspirations de l'humanité. C'est la légende idéale de l'homme parfait. Cette légende, l'Inde l'avait déjà ébauchée en racontant la merveilleuse incarnation de Vischnou dans la personne de Chrisna. Chrisna est aussi le fils d'une vierge. La chaste Devaki allaitant son divin fils se trouve dans le Panthéon indien et semble une image de Marie. Près du berceau de Chrisna se trouve la figure symbolique de l'âne ; sa mère l'emporte pour le soustraire à un roi jaloux qui voudrait le faire mourir. Si les Védas n'étaient antérieurs à l'Évangile, on croirait que tout cela est copié de notre Nouveau Testament. Est-ce à dire que tout cela est méprisable et ne contient rien de divin ? Nous croyons qu'il faut en arriver à une conclusion diamétralement opposée.
L'esprit de l'Évangile est éternel et sa formule est celle des aspirations de l'humanité aussi anciennes que le monde. L'idée d'une incarnation, c'est-à-dire d'une manifestation de Dieu dans
rhomme, se retrouve dans tous les dogmes deî sanctuaires antiques; le livre de Toccultisme. * S^phra Dzenioiita^ qui contient çur Dieu les pluj hautes doctrines du judaïsme, nous représente la divinité sortant de l'humanité comme um lumière, et l'humanité descendant deladiviiÉti comme une ombre, en sorte que Dieu, ayant crée l'homme, l'homme à son tour est appelé à réali ser et à créer en quelque sorte l'idée de Dieu.
Que l'Évangile soit un livre symbolique, lei Apôtres ne nous l'ont pas caché. Christ est h fondement, dit saint Paul, et sur ce fondemen les uns ont bâti avec de la pierre, d'autres ave< du bois, d'autres enco/'e avec de la paille. Le fei de l'épreuve viendra, et tout ce qui n'est pai solide sera consumé. C'est ainsi qu'on peut expliquer le choix qu'on a fait plus tard des livrei canoniques, et le rejet définitif des Évangiles apocryphes.
Saint Jean, de son côté, nous dit : « Jésus a fai et dit encore beaucoup de choses, et si on voulai les écrire toutes, je ne crois pas que le mond( entier pût contenir les livres qu'on pourrait ei faire. » Or, le champ de l'histoire est borné mais celui de l'allégorie est immense, et si sain
Jean u*eût pas voulu indiquer par cette par4>le la véritable portée des Évangiles, il eût dit une absurdité. ^-^^
Mais quand les Apôtres se tairaient, 1 évidence parlerait assez. Comment faut-il, par exemple, q^l^n démontre à des gens raisonnables que le diable, c'est-à-dire le personnage fictif qui re-^ présente le mal, n a pas matériellement et en effet emporté Jésus sur une montagne si haute qu'on pouvait voir de là tous les royaumes de la terre? L'Évangile est plein de semblables histoires composées suivant le génie des Hébreux, qui enveloppaient toujours leur doctrine seerète d'é- nigmes et d'images; suivant le génie de Jésus luimême qui, au dire des Évangélistes, ne parlait presque jamais sans paraboles. Le Talmud tout entier est composé suivant cette méthode, et Maimonides dit que les plus évidentes absurdités de ce livre cachent les secrets de la plus haute sagesse. « Nous observerons seulement, dit l'abbé Chiarini, dans sa Théorie du judaïsme, que, pour étudier le Talmud, il est en outre indispensable de jeter un coup d'œil sur les antiquités reli-^ gieuses de tous les peuples d'Orient, afin de ne point mettre, ainsi qu'on le fait d'ordinaire, sur le
compte du seul judaïsme, le style allégorique et cet amour immodéré des fables sacrées qui :est commun à tous les interprètes des religion^ orientales. »
Ëst--cê à dire que sous toutes ces allégories la . personne réelle du Christ disparaisse et s'anécÉN tissé? Faut-il penser, avec Dupuis et Volney, que Texistence humaine et personnelle de Jésus soit aussi douteuse que celle d'Osiris, aussi fabuleuse que celle de T Indien Chrisna? Comment oseraiton l'affirmer quand Jésus-Christ est encore vivant dans ses œuvres, encore présent dans son esprit, qui a déjà changé et qui transfigurera certainement toute la face de la terre? On a douté de l'existence d'Homère, mais de quel Homère? De celui des commentateurs peut-être, mais est-ce que V Iliade et V Odyssée ne sont pas là? Est-ce que ces divins poèmes se sont composés tout seuls ? Et qu'il y a loin de ces livres admirables sans doute au poème vivant du christianisme, à cette Iliade des martyrs où les dieux combattent et sont vaincus par des femmes et des enfants ? A cette Odyssée de l'Église qui, après tant de persécutions et d'orages, arrive, mendiante sublime, au seuil du palais des Césars, lance d'un
bras victorieux les flèches qui percent les cœurs de ses ennemis et va s'asseoir sur le trône du monde. L'esprit de Jésus existe bien plus certainement et bien plus évidemment encore que le génie d'Homère. Mais cet esprit est un esprit d'abné- gation et de sacrifice, et c'est pour cela qu'il est divin. Moins l'homme se cherche, plus il se trouve. Plus il s'abandonne, plus il mérite l'â^ doption du ciel. Plus il s'oublie, plus on se souviendra de lui. Voilà, en peu de mots, les grands secrets de la toute-puissance du christianisme. Jésus, qui a donné ces préceptes, a aussi donné l'exemple. Il s'est anéanti en présence de son œuvre. L'homme a passé dans le symbole, et c'est ainsi qu'il s'est fait Dieu. L'Évangile nous dit qu'il a mené ses disciples sur une montagne et qu'il s'est transfiguré en leur présence. Son visage devint un soleil et ses vêtements furent blancs comme la neige, c'est-à-dire que l'homme s'efiPaça dans la lumière de la révélation nouvelle. Et plus tard la tradition, complétant la légende, dit que Jésus, en montant au ciel, ne laissa rien de lui sur la terre que son esprit répandu dans toute l'Église, et l'empreinte ineffaçable de ses pied§ sur le sommet de la montagne.
A quoi bon chercher maintenant soit à Nazareth, soit à Bethléem, le berceau de l'enfant qui fut Jésus-Christ, dans lespoir de retrouver sur quelque lambeau de ses langes des traces de sa vie purement humaine ? L'échoppe de Joseph est renversée depuis longtemps, et des langes di* Sauveur blanchis par la Vierge on a fait de la charpie pour les plaies de l'humanité. Jésus est ressuscité. Il n'est plus ici, pourquoi cherchezvous un vivant parmi les morts ?
L'Évangile, c'est Jésus transfiguré ; c'est l'é- popée de son admirable esprit, ce sont les miracles de sa morale représentés par les plus touchantes images. Il ne faut pas effacer un mot de ce livre ; il ne faut pas y ajouter une lettre. Car c'est le testament divin de l'homme qui s'est anéanti pour nous. Cherchons-y des lumières pour la foi et non des renseignements pour l'histoire des croyances consolantes et non des probabilités scientifiques. Lorsque les anciens statuaires del'Orient représentaient les dieux, ils leur donnaient des formes hybrides et monstrueuses, afin de faire comprendre à tous que les dieux ne sont pas des hommes. C'est ainsi que les évangé- listes, en semant leur rècit de faits matériellement
impossibles ou formellement contradictoires, ont voulu nous faire comprendre qu'ils n'écrivaient pas une simple histoire, mais un profond symbole et qu'ici, comme dans tous les livres sacrés, la lettre qui tue sert de voile à l'esprit qui seul vivifie!
C'est donc une impiété, c'est une véritable profanation, que de rechercher, en dehors de l'empreinte qu'il a laissée sur la montagne en s'élevant au ciel, les traces purement humaines et maté- rielles de cet homme qui , par le plus parfait des sacrifices, s'est immatérialisé en se confondant de quelque manière avec Dieu. Mais si on voulait pourtant le faire, si les critiques ennemis du christianisme voulaient des documents pour l'histoire de cet homme, ce n'est pas en travestissant l'É- vangile et en y cousant des variantes de fantaisie ; ce n'est pas en donnant de ses miracles pris à la lettre de grotesques explications qu'ils parviendraient à faire quelque chose de raisonnable. Jé- sus était juif; il a vécu et il est mort parmi les Juifs.
Ce sont les Juifs qui l'ont connu, qui l'ont rejeté , qui l'ont accusé et condamné , et si dix-neuf siècles après sa glorification on veut reviser son procès, ce sont les Juifs qu'il faut entendre. Or, les Juifs, en dépit des risibles assertions deDupuis
at de Volney, attestent l'existence réelle de Jésus et laccusent encîore de plusieurs crimes; leurs iM)uyenirs sont consignés dans leTaljnud, ce ré^ pertôire immense et complet de toutes leurs traditions. Des vies de Jésus, rédigées d après le Talmud et augmentées des commentaires de la haine, ont été écrites par des kabbalistes et des rabbins. Nous en connaissons deux : le Sepher Toldos Jescka et \&Mamé Talouy, ou l'histoire du pendu. Nous avons recherché et retrouvé ces livres dont nous donnons une analyse fidèle en écartant seulement les divagations et les injures. On compren»- dra, en les lisant, pourquoi la grande et antiqu^ sagesse d' Israël repousse et dédaigne nos mystères. Quel déplorable malentendu sépare les pères des enfants. Gomme si nous disions qu'il y a un autre dieu que Dieu I Comme si David avait blasphémé quand il a dit aux maîtres de la terre : Vous êtes des dieux et vous mourrez comme les hommes; comme si Jésus lui-même n'avait ^as dit ; Je retourne vers mon Père et votre Père , vers votre Dieu et mon Dieu ! mais à quoi bon plaider une cause qui manque déjuges? je ne vois ici que des parties intéressées. Je vois le trop illustre M. Renan, je vois M. Veuillot, cet ultramontain si tris-
tement célèbre, et derrière ces deux avocats com'» promettants , une plèbe plus ardente qu'habile. Pour qui donc écrirai-je? Mon livre sera sans portée pour mon siècle si je ne piétine pas dans un dessillons creusés par ces laboureurs dete^** rains vagues; mais que m'importe? j'ai voué mq vie à la vérité et je la dirai pour qui voudra et saum l'entendre ; si ce n'est dans un jour, ce sera dans un an, si ce n'est dans un an, ce sera dans un sièrt cle, mais je suis tranquille, car je sais qu'ony vienh dra. Je n'aurai ni enthousiasme ni découragem^. Je ne cherche pas de prosélytes et je ne crains pas les adversaires, je ne veux ni un Thabor ni un pif Ion, mais je suis résigné à l'qn comme à l'autre. La vérité ne vient pas de nous et n'est pas à nous. Insensé est celui qui la cache comme celui qui la révèle et s'en glorifie. J'ai vu des hommes qui la vendaient comme on a vendu le Sauveur; mais ceux qui ont cru la payer étaient des dupes et des fous. I^a vérité ii*est pas une prostituée, elle ne se vend pas , elle se donne à ceux qui l'aiment et qui la cherchent avec une grande sincérité.
L'ignorance où se trouvent la plupart des chré* liens de la théologie des Juifs, de leur exégèse, de
leur Talmud , de leur Kabbale, les empêche de bien comprendre le génie des évangiles nés en Judée. Tous les docteurs juifs s'accordent pour admettre F allégorie dans les traditions que le peuple élu voulait dérober à Finintelligence des profanes. Maimonides, nous Favons déjà dit, trouve d'autant plus de science et de profondeur dans les fables talmudiques , qu'elles paraissent plus dépourvues de bon sens, car l'énormité même des absurdités est un préservatif contre la crédulité aveugle qui prend tout à la lettre, préservatif hiérarchique, si l'on peut parler ainsi, car il n'éclaire que les sages et aveugle de plus en plus les insensés. C'est pour les sages que nous écrivons. Nous donnerons d'abord la notice talmudique sur Jésus, puis nous analyserons rapidement les évangiles canoniques et consacrés pour en faire ressortir le génie; nous chercherons dans les évangiles apocryphes les manifestations excentriques de ce génie universel. Nous étudierons les hypothèses des plus anciens et des plus grands sages du monde. Puis nous reprendrons la question des esprits et des miracles, nous en chercherons le principe, nous examinerons, pour mieux expliquer les anciens, ceux qui s'accomplissent de
nos jours. Nous dirons notre dernier mot sur le spiritisme, et notre livre entier ne sera qu'un hommage au christianisme véritable et à Téternelle
HISTOIRE DE JÉSUS
SUIVANT LES TALMUDISTES
En Tannée six cent soixante-dix-sept du quatrième millénaire après la création du monde , pendant les jours du roi Jannéequi est autrement nommé Alexandre, un grand malheur vint en aide aux ennemis d'Israël.
Il se produisit alors un certain misérable, homme sans conscience et sans mœurs, issu d'un des rameaux retranchés de la tribu de Juda, qui avait nom Joseph Panther.
Cet homme était d'une haute taille , d'une ligueur peu commune et d'une remarquable beauté : il avait passé la meilleure partie de sga âge dans les débauches, les rapines et les violences et demeurait à Bethléem, ville de Juda. Il avait pour voisine une veuve dont la fille se nommait Marie, et c'est cette même Marie , coiffeuse de femmes,
dont il est fait mention en plusieurs endroits du Talmud. Cette jeune fille, devenue adolescente, avait été fiancée à un jeune homme nommé }o^ chanan et qui était doué d'une grande modestie, * d'une insigne douceur et de la vraie crainte de
Or, il arriva par malheur que Joseph, passant devant la porte de Marie , la r^arda et sentit en lui s'allumer pour elle une passion impure ; auwi passait-il et repassait^il sans cesse ; mais elle ne regardait même pas.
Lalangueur s emparadelui, etsamère, levoyapt dépérir, lui dit : Pourquoi te vois-je maigrir et pâ- lir ? Il répondit : C'est que je meurs d'amour poiif Marie qui est fiancée à un autre. Sa mère lui dît : 11 ne faut pas pour cela te tourmenter et te désesn pérer, fais ce que je te dirai et tu pourras t approcher d'elle et en faire suivant ton plaisir. Joseph Panther écouta sa mère , et il |ôdait sans cesse devant la porte de Marie , épiant l'occasion qu'il ne trouvait pas. Lorsqu'un soir du sabbat, s'étant hahiilé connue Jochanan et se voilant la tête de son manteau , il trouva Marie sur sa porte , il la prit parla main, sans lui rien dire, et la conduisit dans la maison. Or elle croyait que c'était JocblH
nan, son fiancé, et eUe lui dit : Ne me touche ps l'heure où je dois être à toi n'est pas encore yenu et je suis en ce moment protégée contre toi p * les infirmités ordinaires de mon sexe ; mais lu sans l'écouter, accomplit sur elle son mauvais de sein et retourna dans sa maison ; puis, vers le n: lieu de la nuit, comme la passion le'tourmenti encore, il se releya , retourna dans la maison < Marie, qui se mit à se plaindre et lui dit avec \m reur : Comment viens-tu m'outrager une second fois, toi que je croyais incapable d'abuser de m fiançailles, et comment peux-tu ajouter le crin à la honte, puisque je t'ai dit que l'état oti je su fin ce moment doit me rendre sacrée pour to Mais il ne prenait pas garde à ses paroles. Sans rii dire lui-même, il satisfaisait son désir, puis il i retira et passa son chemin. Or, après trois moi on vint dire à Jochanan que sa fiancée était grossi et Jochanan, to^t épouvanté, alla trouver son pn cepteur Siméon, fils de Schetach, et lui ayant n vêlé la chose, lui demanda oe qu'il falMt fain Son maître lui demanda : As-tu des soiqiçoi contre quelqu'un? Jochanan répondit : Je ne pu soupçonner que Joseph Panther qui est un gran libertin et qui demeure dans le voisinage. Si
maître lui dit : Mon fils, écoute mon conseil et tais-toi. Si cet homme a joui une fois de ta fian-^ cée, il ne se peut faire qu'il ne cherche pas à la revoir. Tâche de le surprendre, appelle des témoins et fais-le juger par le grand Sanhédrin. Le jeune homme s'en alla tout triste, et ne songeant qu'au malheur de sa fiancée et à la honte qui pouvait en retomber sur lui, il abandonna la Judée et s'en alla dans la Babylonie, où il demeura.
Marie ensuite devint mère d'un fils qu'elle appela Jéhosuah, du nom de son oncle maternel, et l'enfant ayant commencé à grandir , sa mère lui donna pour maître Ëlchanan , et l'enfant faisait de grands progrès, car il avait un esprit bien disposé pour l'intelligence des choses.
Ceci est tiré et traduit textuellement du Sepliet Te/dos Jeschu.
La première jeunesse de Jésus est racontée ainsi qu'il suit par les auteurs talmudistes du Sota et du Sanhédrin que nous trouvons cités à la page 1 9
du livre de la dispute de Jéchiel.
Le rabbin Jéhosuah, fils de Pérachiah, qui continuait, après Ëlchanan, l'éducation du jeune Jésus, l'initia aux connaissances secrètes, mais Jannée ayant fait massacrer tous les initiés, Jéhosuah , pour
échapper à cette proscription, s'enfuît à Alexâ (irie en Egypte.
Ce massacre des initiés substitué à celui des 1 noceûts nous paraît fort remarquable, surtc si nous nous rappelons qu'au livre I*" des Roii est dit que SaQl, initié depuis peu dans le cert des prophètes, était un enfant d'un an lorsqti monta sur le trône. Or, Satil avait en réalité pi de vingt ans. C'était donc la coutume dans les il tiations prophétiques de la Judée , comme daûfe Franc-Maçonnerie moderne, de désigner le grd des initiés par un âge symbolique, et l'Évangi en parlant du meurtre des enfants de deux atis au-dessous, ne contredirait pas l'assertion du Tî mud, qui a son tour rendrait historiquement pt acceptable le récit de l'Évangile. On peut trout des traces de la proscription des kabbalisles, toi jours persécutés et dénoncés par la synagogue ô ficielle, mais on n'en trouve pas de cette abom nable boucherie de petits enfants qui révolte ' nature et qui eût à jamais flétri le règne d'Hérod si c'est à Hérode, comme le veut l'Évangile, et rie à Jannée , comme le prétendent lés talmudisle qu'il feut attribuer la proscription dont il s'agi
Ici les tàlmudistes commencent à enveloppe
leur pensée d'allégories, et voici ce qu'ils nous racontent : Jésus et son maître Ben-Pérachiah allé- rent donc demeurera Alexandrie, dans la maison d'une dame riche et savante qui les reçut avec honneur et leur offrit tous ses trésors. Cette dame, on le comprend , c'est l'Egypte personnifiée. Le jeune Jésus, l'ayant regardée, dit : Cette femme est belle, mais elle a un défaut dans les yeux qui doit nuire à la rectitude de ses regards. Cette terre est belle, mais c'est un magnifique exil. Son maître alors s'irrita contre lui de ce qu'il avait trouvé quelque beauté à l'Egyptienne et de ce qu'il admirait la terre de la servitude. Jésus lui dit : Il n'y a pas de servitude pour les enfants de Dieu et la ten^e qui les porte est toujours la terre d'Israël. Ben- Pérachiah maudit alors son disciple et le chassa de sa présence. Jésus se soumit humblement et, se présentant souvent à la porte du maître, il le priait de vouloir bien le recevoir ; le rabbin resta inflexible. Un jour pourtant, comme il lisait les commandements de Dieu qui ordonnent d'aimer le prochain, Jésus se présenta, et le maître, touché de regret, lui fit signe d*attendre, ayant l'intention de se laisser fléchir et dele recevoir; mais Jésus, comprenant qu'il le rq[)oussait encore une fois , s'en
alla et ne revint plus. Nos pères ont mal fait, àimn h ce sujet les docteurs du Talmud , de repousse Jésus sans l'entendre, et surtout de le maudire d« deux mains. Ne frappons jamais des deux maiq celui que nous voulons châtier , gardons-en uqi pour le relever , le consoler et le guérir ! Paroi qui contient tout un avenir , parole qui doit m jour amener la réconciliation entre les enfants € les pères ; car, nous aussi, nous avons maudit 1^ Juifs en les repoussant des deux mains ; c'est doii< maintenant à deux mains aussi que, de part e d'autre, pour expier cette faute réciproque, il fatj dra se pardonner et se bénir! Mais revenons j l'histoire de Jésus suivant les auteurs du Talmudl Nous avons vu que le jeune initié avait admin la science de l'Egypte et s'était fait repousser pal son maître pour avoir rêvé une conciliation eniti la philosophie de l'exil et la religion de la patrie La persécution contre les kabbalistes s'apaisa é Jésus revint en Judée avec son maître, ou du moiili en même temps que lui. Comment avait-il vécu en Egypte? En travaillant sans doute de son étaj de charpentier. Lorsqu'il rentra dans sa ville natale qui, suivant les talmudistes, n'était pasNaza^ reth mais Bethléem , il passa devant les ancien;
qui étaient assemblés, suivant l'usage, àla porte de la ville, et ne les salua pas; mais son maître Jé- hosuah Ben-Pérachiah étant venu à passer, Jésus le salua et excita ainsi les murmures des anciens. En effet , le jeune homme les méprisait comme n'étant pas initiés à la vraie science, et ne reconnaissait pour son Supérieur que celui qui lui en avait ouvert la porte. Les anciens s'indignèrent et l'appelèrent fils de femme impure. Ce qui étonna Jésus, car il avait toujours regardé sa mère comme un modèle de pureté. Il alla consulter un de ses oncles, celui dont il portait le nom, et celui-ci lui révéla le malheur de Marie et tout le mystère de sa naissance. Jésus se retira le cœur navré et ne retourna pas chez sa mère, mais il commença à prêcher la science nouvelle , celle de la réconciliation des nations et de la religion universelle qu'il avait rêvée en Egypte. C'est alors que nos auteurs arrivent aux noces de Cana, en Galilée, où Jésus rencontra sa mère et lui répondit durement lorsqu'elle voulut lui parler : Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi? Puis, voyant que la pauvre femme se résignait avec douceur, il eut le cœur touché et, rassemblant ses disciples autour de lui, il leur raconta le crime de Panther
et leur demanda : Croyez-vous que je puisse b norer cet homme comme mon père? — Non ! ri pondirent-ils tout d'une voix. *-Croyez-tous qt ma mère soit impure?— Non, répondirent-ils en côre. — Eh bien, dit Jésus, je n'ai point de père sb la terre, mon père c'est Dieu qui est dans le Ciel et quant à ma mère , sa virginité n'a pu être flétri par un crime auquel elle n'a pas consenti. Je 1 considère comme toujours vierge. Pensez-vot comme moi? — Oui, répondirent les disciples. I c'est pour cela, ajoutent les auteurs juifs, qu Jésus fut dit par tous ceux qui crurent en It être le fils de Dieu et d'une vierge. Cette his toire apocryphe, toute blessante qu'elle est pou des lecteurs chrétiens, ne manque pas d'une certaine grandeur, et l'on peut y remarquer que lé plus grands ennemis du christianisme rendent ui hommage involontaire à la pureté de Marie et i l'élévation du caractère de Jésus.
Ici commence le récit des miracles, et les talmudistes , loin de les nier , semblent prendre i tâche de les exagérer. Le souvenir eii était don( encore bien vivant et bien puissant parmi les Juifi. Mais ces miracles, voici comment ils les expliquent.
11 existe, disent-ilsi, dans le sanctuaire du Dieu vivant une pierre cubique sur laquelle sont sculptées les lettres saintes dont les combinaisons expliquent les vertus du nom incommunicable. Cette explication est la clef secrète de toutes les sciences et de toutes les forces occultes de la nature. C'est ce qu'on nomme le Schéma tiamphoraseh. Cette pierre est gardée par deux lions d'or qui rugissent dès qu'on veut en approcher. Les lecteurs de nos ouvrages savent ce que c'est que le Schéma hamphoraseh et reconnaîtront dans les deux lions les gigantesques chérubs du sanctuaire dont la figure monstrueuse et symbolique était capable d'e£frayer et de repousser les profanes. Les portes du temple étaient d'ailleurs bien gardées, ajoutent nos rabbins , et la porte du sanctuaire ne s'ouvrait qu'une fois l'an , et seulement pour le grand-prêtre ; mais Jésus avait appris en Egypte les grands mystères de l'initiation, et il s'était fait des clefs invisibles à l'aide desquelles il put entrer sans être découvert . Il copia les secrets de la pierre cubique, les cacha dans sa cuisse, comme dans la mythologie grecque nous voyons Jupiter cacher Bacchus, puis il sortit et commença à étonner le monde. A sa voix les morts se levaient et les lé-
preux étaient guéris ; il faisait remonter du fon
de la mer les pierres qui y étaient ensevelies de
puis des siècles, et ces pierres formaient une moi
tagne sur les eaux, et du sommet de cette mon
tagne Jésus instruisait la multitude. Ici nous re
trouvons avec tout le génie du symbolisme orienta
le motif secret de la haine des prêtres contre Je
sus. Il révélait au peuple la vérité qu'ils voulaiei
enfouir pour eux seuls , il avait deviné la théc
logie occulte d'Israël, il lavait comparée avec 1
sagesse de l'Egypte et y avait trouvé la raison d'un
synthèse religieuse universelle. Ils chercherai
donc à le perdre et envoyèrent auprès de lui u
faux frère nommé Judas Iscariote, pour lui faii
commettre quelques fautes et le livrer à ses enm
mis: Ce fut ce Judas qui amena Jésus à faire, a
moment même où les chefs de la religion étaiei
le plus animés contre lui, une entrée triomphal
dans Jérusalem, suivie d'un tumulte dans le tem
pie. Ils firent en même temps courir le bruit qi
Jésus enchantait les arbres et les frappait de stér
lité, qu'il blasphémait contre la loi de Moïse <
voulait lui-même se faire adorer comme Diei
Cependant Jésus venait tous les jours dans le ten
pie; mais, comme I^s Juifs prient la tête couvert
il se perdait dans cette multitude enveloppée de thaliths blancs. Judas promit aux prêtres de le leur livrer et de faire en même temps un grand scandale qui pût le compromettre aux yeux de tout le peuple. Il vint avec une troupe de gens dévoués aux pharisiens, et se prosternant devant Jésus, il Tadora. Les complices de Judas crièrent au sacrilège et v.oulurent se jeter sur Jésus. Les disciples de Jésus essayèrent de le défendre. Jésus parvint à s'enfuir et se réfugia dans le Jardin des Oliviers, où il fut poursuivi et repris par les gardes du temple. On le mit alors dans une prison oîi on le garda quarante jours, pendant lesquels on fît proclamer son acte d'accusation à son de trompe et demander si quelqu'un voulait prendre sa défense; mais personne ne se présenta. Jésus fuf donc flagellé comme séditieux, puis lapidé comme blasphémateur, dans un endroit nommé Lud ou Lydda ; on le laissa ensuite expirer sur une croix faite en forme de fourche. Quelques-uns de ses disciples qui étaient riches rachetèrent son corps et firent mine de le mettre ostensiblement dans un sépulcre; mais ils l'emportèrent secrètement et l'enterrèrent au fond du lit d'un torrent dont ils avaient détourné les eaux pour creuser sa tombe ; puis ils
laissèrent les eaux reprendre leur cours. Ce qui explique comment le corps ne se retrouva plus quand les disciples déclarèrent que leur maâive était ressuscité.
A ce récit fondamental les auteurs du Sepher Toldos Jeschu ont cousu les fables les plus ridicules, empruntéesévidemmentàdeslégendes chré- tiennes altérées ou travesties. C'est ainsi que nous y retrouvons l'histoire de l'ascension de Simon le Magicien , attribuée à Jésus-Christ lui-même dans l'intention évidente de confondre le Messie des chrétiens avec le fameux imposteur. C'est ainsi encore que Simon-Pierreou Céphas y est confondu avex; Siméon le Stylite, preuve évidente du peu de valeur historique de ce Sepher , qui fut composé évidemment plusieurs siècles après le commencement de l'ère chrétienne. Les documents talmudiques sont plus sérieux, carie Talmudest le recueil detoutes les traditions judaïques, et c'est là seulement, en dehors des monuments chrétiens, qu'il faut chercher le souvenir de ce personnage si important pour l'histoire, mais que tous les écrivains profanes ont ignoré ou méconnu .
Ces traditions, empreintes comme elles doivent l'être de mépris et de haine pour le sage que les
Juifs ont crucifié, contiennent des aveux précieux en faveur des croyances chrétiennes.
Des récits du Talmud il résulte, en effet , que suivant les traditions judaïques :
1* Jésus a véritablement existé ;
2* Qu'il est né à Bethléem;
3* Que sa mère, irréprochable dans ses mœurs, était seulement fiancée à un homme juste et craignant Dieu, incapable par conséquent d abuser de sa fiancée;
4* Que la naissance extraordinaire de Jésus ne s'explique que par un miracle ou par un attentat queles Juifs ont dû nécessairement supposer, puisqu'ils reconnaissaient la haute moralité de la jeune vierge et n'admettaient pas le miracle ;
5** Que Jésus fut persécuté par laiSynagogue à cause du mystère de sa naissance, et plus encore à cause de la supériorité de sa doctrine ;
6® Que cette doctrine supposait l'initiation aux secrets de la plus haute théologie [des Hébreux, conforme en beaucoup de points à la philosophie transcendante des initiés égyptiens ;
V Qu'il opérait des choses prodigieuses, gué- rissant les malades, ressuscitant les morts et devinant les choses cachées;
8" Qu'on ne put le condamner et le faire mourir que par trahison ;
9* Que son corps fut j^introuvable lorsque ses disciples déclarèrent qu'il était ressuscité.
Nous ne pouvons raisonnablement en demander davantage aux docteurs hébreux adversaires de Jésus-Christ.
Les assertions du Talmud et du Sepher Toldos Jeschu sont répétées dans le Nizzachon vêtus ou ancien livre de la Victoire, dans la Controverse du rabbin Jechiel et dans d'autres compilations rabbiniques. Le Sepher Toldos ^ auquel les Juifs attribuent une grande antiquité et qu'ils cachaient aux chrétiens avec des précautions si grandes que ce livre fut longtemps introuvable, est cité pour la première foie par Raymond Martin, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, vers la fin du xiii® siècle. Porchetus Salvaticus, peu de temps après, en publia quelques fragments dont se servit Luther, et qu'on retrouve dans les œuvres de ce réformateur au tome VIII* de ses œuvres , édition d'Iéna ; mais on ne possédait pas encore le texte hébraïque. Ce texte, trouvé enfin par Munster etjpar Buxtorf, fut publié en 1681 par Christophe Wagenseilius à Nuremberg, et à Francfort dans un recueil intitulé
Tela ignea Satanœ , les flèches brûlantes de Satan.
Ce livre a été évidemment écrit par un rabbin initié aux mystères de la Kabbale, il est écrit par dedans et par dehors, pour nous servir d'une expression de saint Jean, le grand initié chrétien, c'est-à-dire qu'il présente un sens occulte et un sens vulgaire. Les contes absurdes dont il est plein sont des paraboles que l'auteur veut opposer à celles de l'Evangile. On y reproche deux choses à Jésus-Christ : 1* d'avoir surpris ou deviné les grands mystères du temple; 2* de les avoir profanés en les disant au vulgaire qui les a défigurés et mal compris.
Ne pouvant déplacer la pierre cubique du temple, il a, suivant l'auteur du Sepher Toldos, fabriqué une pierre d'argile qu'il a montrée aux nations comme étant la vraie pierre cubique d'Israël. Rapprochons de ceci l'aveu qui échappe à saint Paul dans une de ses épîtres : « La nature seule pouvait révéler Dieu aux hommes, et ils sont inexcusables de ne pas le comprendre. Mais puisqu'en effet ils ne parvenaient pas à Dieu par la sagesse, il a fallu les sauver parla folie, et demander à la foi ce qu'en n'obtenait pas par la science.
Quordam non cognovissent per sapientiam Deum, plaçait pèr sttdtitiam prœdicationis salvos fdcere cre^ dentés . C'est cette folie de la foi que les Juifs ne veulent pas comprendre et qu'ils nomment une pierre d'argile, ccmime si la foi, qui est la confiance de l'amour, n'était pas aussi durable et souvent plus invincible que la raison; comme si l'amour, qui est la raison de la foi, n'était pas aussi la raison de l'existence des êtres soumis aux recherches de }a science. L'amour trouve ce que la raison cherche, il voit ce qui échappe aux investigations de la science. Quand elle ne sait plus, il commence à croire, et quand la raison épuisée s'arrête et tombe au seuil de Finfini, la foi ouvre ses ailes, s'élance, déchire les nuages, fait descendre jusqu'à terre l'échelle lumineuse de Jacob et sourit doucement en tendant la main à sa sœur.
Peut-être les chrétiens ont-ils d'abord glorifié la foi de manière à faire croire qu'ils renonçaient à la raison ; c'est pour cela que les Juifs sont restés près de nous, sévères gardiens des traditions anciennes et protestant éternellement contre toutes les idolâtries. Ce sont des adversaires qui nous surveillent, qui nous avertissent et que nous ramjbnerons un jour em leur prouvant que toute la
dissidence qui les sépare de nous reposa sur un malentendu.
On trouve dans les livres attribués à Hermès ces étranges lamentations du sage Trismégiste : Hélas, mon fils, un jour viendra où les hiéroglyphes sacrés deviendront des idoles ; on prendra les signes de la science pour des dieux, et on accusera la grande Egypte d'avoir adoré des monstres. Mais ceux qui nous calomnieront ainsi adoreront euxmêmes la mort au lieu de la vie, la folie au lieu de la sagesse ; ils maudiront l'amour et la fécondité, ils rempliront leurs temples d'ossements, ils épuiseront la jeunesse dans la solitude et dans les larmes. Les viciées seront veuves d'avance et s'é- teindront dans la tristesse, parce que les hommes auront méconnu et profané les mystères sacrés d'Isis.
Ce que le prophète égyptien annonçait d'avance, les Juifs nqus accusent de l'avoir fait. , Nous avons méconnu le vrai Dieu, disent-Us, et nous adorons la chair d'un pendu. Nous rendons un culte à ces reliques de la mort que Moïse déclare immondes. Nous vouons nos prêtres et nos religieuses à un célibat que réprouve la nature et que condamne celui qui a dit aux êtres : Croissez et multipliez.
Quant à la morale de nos évangiles, ils confessent qu'elle est pure, ils ne reprochent rien à nos apôtres, et l'auteur du Sepher Toldos Jeschu dit que saint Pierre était un serviteur du vrai Dieu, qui vivait dans l'austérité et la pénitence, composant des hymnes et demeurant au sommet d'une tour ; qu'il prêchait la miséricorde et la douceur, recommandant aux chrétiens de ne pas maltraiter les Juifs. Mais, ajoute le même auteur, après la mort de Céphas, un autre docteur vint à Rome et prétendit que saint Pierre avait altéré les enseignements du Maître. Il mêla un faux judaïsme aux pratiques chrétiennes, menaça ceux qui ne lui obéiraient pas d'un enfer brûlant et bourbeux ; il promettait aux multitudes un miracle en confirmation de sa doctrine; mais comme il relevait orgueilleusement sa tête contre le ciel, une pierre tomba du ciel et l'écrasa. Ainsi périssent tous tes ennemis,^ Seigneur, ajoute en finissantl'auteur du Sepher^ et que tous ceux qui t'aiment soient comme le soleil lorsqu'il luit dans toute sa force.
Ainsi, suivant les Juifs qui acceptent le Sepher Toldos Jeschu, ce n'est pas le christianisme, c'est r antichristianisme qui les repousse.
Or, l'antichristianisme apparut en effet dans
TÉglise dès les pi*emiers siècles et du temps même des apôtres. L antechrist, disait saint Jean, c'est celui qui' divise Jésus-Christ, et il est déjà en ce monde.
Ailleurs, cet apôtre écrit qu'il n'ose visiter ses fidèles, parce qu'un prélat orgueilleux, nommé Diotrephes, les empêche de le recevoir.
Sachez, disait saint Paul, que déjà le mystère d'iniquité s'accomplit, en sorte que celui qui tient maintenant tiendra jusqu'à sa mort, puis se manifestera le fils de l'iniquité qui s'élève au-dessus de tout ce qui est divin, au point de s'asseoir dans le temple de Dieu et de se montrer lui-même comme étant Dieu, jusqu'à ce que le Seigneur le détruise par lesprit de sa parole et par la lumière éclatante de son second avènement.
Jésus était un vrai prophète et un vrai sage, disent les Musulmans , mais ses disciples sont devenus insensés et l'ont adoré comme un Dieu.
Cependant, Juifs et Musulmans se trompent, nous n'adorons pas Jésus comme un Dieu diffé- rent de Dieu seul. Nous disons avec le Michael des Hébreux : Quis ut Deus ? Nous disons avec les croyants de l'islam : Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu; mais ce Dieu unique, indicible, universel,
nous Fadô^ons manifestant la perfection humaine^ en Jésus-Christ. Nous croyons à une alliance intime de la divinité avecrhumanité, d'où résulte, pour employer le langage des théologiens, non Is confusion, mais la communication des idiomes. Dieu adoptant pour les guérir les faiblesses de Thumanité et revêtant cette humanité qu'il élève jusqu'à lui de sa force et de ses splendeurs. Toute âme douée du sens intérieur qui adore, tout cœur souffrant du besoin d'aimer jusqu'à l'infini sentira que, dans cette conception sublime et dans celle-là seulement, l'idéal religieux se détermine et s'accomplit, que tous les rêves dogmatiques et symboliques n'ont pu être que la recherche et l'enfantement de cette synthèse, à la fois divine et humaine, que Dieu en nous et nous en Dieu atec Jésus-Christ et par Jésus-Christ, c'est la paix, c'est la foi, c'est l'espérance, c'est la charité sur la terre, c'est dans le ciel l'éternité de la vie et du bonheur. Voilà pourquoi aucune religion ne remplacera jamais le christianisme dans le monde. Que pourrait-on ajouter à l'infini ? Quelle idée serait plus grandiose et plus consolante à la fois que celle de l'homme Dieu établissant par son exemple la grande loi du dévouen^nt qui
réalise les sacrifices, et consacrant ainsi pou rja-^ mais Talliance et comme l'identification de Dieu avec rhumanité ?
Les anciens croyaient que toute vérité n'est pas bonne à dire à tous, du moins de la même manière, et ils cachaient la science sous les voiles de l'allégorie. C'est ainsi que les mythologies se sont formées. Ceux qui s'ennuient des symboles mythologiques doivent renoncer à la science du vieux monde dont les monuments sont tous plus ou moins mythologiques.
Notre siècle qui, contre toute évidence, n'admet pas en principe l'inégalité des intelligences, déteste la mythologie. On cherche, maintenant, des faits historiques et positifs jusque dans les théogonies de Sanchoniaton et d'Hésiode. Ce qu'on ne comprend pas, on le traite d'absurdités et de bêtise, et c'est ainsi que M. Renan, mutilant et estropiant les textes de la légende évangé- lique, a inventé sa prétendue Vie de Jésus.
Le Jésus de M. Renan, espèce de pastoureau enthousiaste et livré à je ne sais quel onanisme intellectuel, à moitié fou et à moitié fourbe, faisant bon marché de tout, pourvu qu'on l'adore, est, malgré toute la douce poésie dont l'entou-
rent les réminiscences vraiment chrétiennes de Fauteur, un être ridicule et odieux. Il n'en est pas ainsi du vrai Jésus de la légende évangé- lique.
Comment, d'ailleurs, M. Renan, qui est, dit-on, un hébraïsant distingué, a-t-il ignoré ou négligé le Sepher Toldos Jeschu, les traditions talmudiques et les évangiles apocryphes ?
C'est que le génie symbolique faisait horreur à son imagination froide et positive. C'est qu'il voulait plaire aux ignorants dont la paresse intellectuelle repousse tout ce qui demande du travail pour être compris. C'est qu'il lui fallait un succès de vogue, et il faut convenir qu'il a parfaitement réussi.
Mais, arriver à plaire, ce n'est pas arriver à bien faire. Faites donc, pour réfuter M. Renan, quelque chose qui se fasse lire comme son livre, nous disait un grand artiste, qui, en cette circonstance, n'était pas peut-être un grand critique. Nous ne pouvons, au nom de la science, accepter ce défi. En disant la vérité on ne se fera pas lire aussi universellement ni aussi avidement tout à coup, mais on se fera lire par des lecteurs plus distingués, et plus longtemps.
L'Évangile est un livre symbolique, ce qui ne prouve pas que Jésus n'ait pas existé. Rousseau disait que l'inventeur d'une pareille histoire serait plus étonnant que le héros. Nous acceptons pleinement cette parole. Le Jésus, assez grand par Tintelligence et par le cœur pour créer cette admirable légende, est supérieur à celui qu'adore sottement, ou que nie plus sottement encore le vulgaire; il est vraiment l'incarnation toujours vivante du Verbe de vérité, et nous le saluons Fils de Dieu dans tout le resplendissement et dans toute l'énergie du terme.
Jusqu'à présent on n'a vu, de l'Évangile, que la lettre qui tue et l'écorce qui se dessèche; nous venons en révéler l'esprit et la vie. Mes paroles, disait Jésus, sont esprit et vie, et, pour les comprendre, la matière et la chair ne servent de rien.
Mais, pour expliquer ce texte sacré, quelles sont nos autorités?
La science et la raison.
— Mais la foi les a expliqués autrement.
— La foi aveugle, oui ; la foi éclairée, non.
— Mais Dieu seul peut éclairer la foi.
— Oui, par la raison et par la science qui sont aussi filles de Dieu.
Cela dit, commençons i^otre étu^e.
.CjwiSyt \e\jkt dire oiijit ou s?iwé, c'est-à-difje prêtre et roi.
Le christiqjçysjpe, c'e^t J# religion Jiièramj^ue des âfloies et la monareliie du dévouement jie plus parfait.
Le chri$tiaO)ispie prij^itif 4es apiO^r^ de Jésifs était uue doctrine secrète ayant ses signes, i^is symboles et sies différants ^egr^ d'initiatiop.
Pour las saints ou ^lu^ le dogme chrétien ét^it une hauta e^ profonde sagesse ; pour les simples catéchumènes, c'était une çp^rveilleuseet obso^re révélation. B^ous ^yous que le J^îtr^e n^ç s'ç:î:primait jaia^is qu'en paraboles e|: cachait la vérité sous le voile transparent des images, afin de pror téger la science nouvelle contre les blasphjferoes (le l'ignorance et J^ profanations de la méchanceté : (( Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, disait-il à ses disciples, — de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vous dévorent. » Aussi, Jésus ne mitil rien par écrit et laissa-t-il à ses apôtres ses traditions et sa n^éthode d'enseignement.
Or, voici quel était le fond du dogme chré- tien :
L'intelligence est éternelle ; elle est expansive parce qu elle est vivante. La vie de Tintelligence, son expansion, c'est la parole, le Verbe ; le Verbe est donc éternel comme Tintelligence, et ce qui est éternel, c'est Dieu.
Le Verbe se manifeste par Faction créatrice qui produit la forme, il s'est revêtu de la forme humaine, et la chair devenue le vêtement du Verbe a été le Verbe même quand elle en a été l'expression eixacte : ainsi le Yerbe s est fait chair.
Le Verbe parfait, c'est l'unité divine, exprimée dans la vie humaine. L'honmie véritable, c'est notre Seigneur, le chef dont tous les fidèles sont les membres. L'humanité, constituée sur une échelle hiérarchique et progressive, a pour chef celui qui est Dieu, parce qu'il est en même temps le meilleur des hommes, celui qui est moil pour les autres afin de revivre dans tous. iXous ne sommes donc tous qu'un même corps dont l'âme doit être celle de Jésus-Christ, notre prototype et notre modèle, le Verbe fait chair, l'Homme-Dieu.
Tout doit donc en principe être commun entre nous connue entre les membres d'un même corps ; mais, en fait, chaque membre doit se contenter du
rang qu'il occupe, et Tordre hiérarchique est sacré comme la volonté de Dieu.
Le Christ, en révélant la loi d* unité, qui est la loi d'amour, a armé Tesprit de puissance pour • vaincre Tégoïsme de la chair, qui est la division et la mort, et il institua un signe nommé Communion, pour l'opposer à Tégoïsme, qui est l'esprit de division et de partage.
Or, la conununion n'était autre chose que la charité figurée par une table commune, et comme le Christ avait livré sa chair à la douleur et à la mort pour léguer à ses fidèles le pain fraternel auquel il attachait dans l'avenir sa pensée persé- vérante et sa vie nouvelle, il leur disait : Mangezen tous, ceci est ma chair ! comme il disait du vin de la fraternité : Buvez en tous, ceci est mon sang, car je le répandrai tout entier pour vous assurer à jamais la réalité de ce signe.
La communion, c'était donc la fraternité divine et humaine, et par conséquent aussi la liberté ; car où peut être l'oppresseur parmi des fr^res dont le père est Dieu même ?
Le christianisme était donc le changement le plus radical et venait bouleverser le vieux monde. Cela explique assez la nécessité des mystères, car
-sale monde, il y a dix-huit cents ans, devait être encore moins disposé qu'aujourd'hui à se laisser détruire : il avait plus longtemps à vivre.
Toutefois, le Christ ne voulait accomplir de révolutions que par la force morale, sachant bien qu'il n'y a que celle-là qui ne soit point aveugle : il avait planté le grain de sénevé, et il disait à ses disciples d'attendre l'arbre ; il avait caché le levain dans la pâte et il voulait qu'on la laissât fermenter.
La vie du Christ était toute dans sa doctrine, et, pour ses disciples surtout, son existence devait Hve toute morale. Ce qu'il disait, il le faisait dans le domaine de l'esprit ; c'est pourquoi les livres évangéliques contiennent le dogme et la morale en paraboles, et souvent le Maître lui-même est le sujet des récits allégoriques de ses apôtres.
Nous avons à chercher les preuves de ceci dans les évangiles apocryphes seulement, des raisons de haute convenance nous empêchant d'aborder les évangiles consacrés. Nous n'approuvons ni ne blâmons, toutefois, les travaux du docteur Strauss, n'étant pas juges en Israël.
Commençons par le récit de quelques légendes empruntées à ces anciens livres trop peu étudiés de nos jours.
M
PREMIÈRE LÉGENDE.
COIUCEKT UNS FEMME PLEURAIT DE n'ÊTRE K)1NT MÈRE ET GOMMENT ELLE EUT UNE FILLE QUI DEVINT LA MÈRE DE
Il y avait une femme nommée Hannah qui était stérile parce que son époux s'était éloigné d'elle.
Cette femme était donc triste et désolée comme la Synagogue lorsqu'elle attendait le Messie.
Vint le temps des nouvelles pâques et elle n'osa se revêtir de ses habits de fête, parce qu'elle n'é- tait pas mère et que ses servantes mêmes lui reprochaient d'être stérile.
Elle s'en alla donc et se laissa tomber sous un laurier.
C'était du temps que Rome venait de soumettre le monde.
Et sur les branches de ce laurier elle vit un nid de moineaux, et elle pleura amèrement en ré- pétant :
Je ne suis point mère.
Alors TEsprrt du Seigneur lui pàHa et lui dît : Je suis (bûché de ta douïélit, et je te ramènerai ton époux ;
Car mon oreille est toujours inclinée vers les lèvres de céiix ^ui pleurent.
Tu dis ; Je n'ai point mis un homme au monde, et moi je te promets qtielque chose de plus heureux : car tu enfanteras la fetflme sans péché ;
Celle à qui je dîriai, par la bouche de Thurtiariité : Vous êté^ ma mère I
La Synagogue enfantera l'Église d'où sortira lé principe de Ta^sociàtioti catholique ; la servitude engendrèi^à la liberté ; la femme esclave mettra au monde la femme pure et libre.
A ces paroles Hannah sentit ses larmes s'arrê- ter : elle se leva et elle courut, car elle pressentait que son époux n'était pas loin.
Elle le rencontra qui ramenait son ti-oupeau et qui revenait des champs en disant : Je doimirai cette nuit dans ma maison.
El elle l'émbrassâ, puis elle lui dit : Demain, j'aurai cessé d'être stérile.
II lui fut fait selon ce qu'elle avait cru, et après le terme accompli elle devint mère.
Mais ses compagnes, qui la félicitaient, lui dirent, comme pour tempérer sa joie : Ce n'est qu'une fille.
— Qu'elle soit nommée Marie, répondit Hannah, et que le monde espère, car ma fille aura un fils:
Marie sera mère de Dieu.
Ses compagnes ne comprirent pas ce qu'elle voulait leur dire, mais elles enveloppèrent l'enfant dans des linges blancs et la posèrent dans son berceau neuf, en admirant combien elle était belle.
Quand la petite fille Marie eut trois ans, ses parents la portèrent au temple, et, comme ils l'avaient posée à terre, elle monta toute seule les degrés de l'autel.
Ainsi, dans un âge si tendre, sa religion fut déjà libre et ses croyances ne lui furent point imposées.
Elle resta dans le temple jusqu'à l'âge de quatorze ans et se prit d'amour pour la beauté éternelle. C'est pourquoi elle dit : Je suis la servante du Seigneur.
C'est pourquoi elle ne fut jamais servante d'un homme.
L'esprit d'amour alors n'était point encore descendu sur la terre, et la génération était regardée comme une souillure. L'homme était enfant de la chair, et le christianisme ne l'avait pas fait encore enfant de Dieu.
DEUXIÈME LÉGENDE.
COMMENT DIEU VOULUT QU'UN VIEUX COMPAGNON CHARPENTIER . EPOUSAT UNE VIERGE DU SANG ROYAL.
Il y avait alors, dans la tribu de Juda, un bon vieillard nommé Joseph, charpentier de son état, homme veuf et père de plusieurs enfants, grand travailleur, bien que médiocrement habile, simple dans ses pensées, mais équitable dans ses jufrements, ce qui l'avait fait surnommé le Juste, le véritable modèle de l'homme du peuple, le type du vrai prolétaire.
C'est à lui que devait être confiée la Vierge, parce que le pauvre peuple sait ce que coûte la famille et comprend mieux que personne la sainteté du foyer, la pureté de la jeune fille, et la dijmité de la mère.
Joseph donc, ayant entendu soniier les trohipettes du Tempie, qui annonçaient la quafomèiûi année depuis la naissance de Marie, pt& sa hache et viirt à Jérusalem.
Là se trouvaient des jeisîles gœs de toutes tel tribus qui désiraient la beauté de Marie ; tous songeaient à la joie qu'ils auraient de la posséder; Joseph pensait au bonheur d'être son ami et de travailler pour la nourrir en la laissant maîtresse d'elle-iïlêtiie.
Le grand-prêtrê dît aux jeunes getis : Prenez en main des baguettes, et celui dont la baguette fleurira et sur la tête duquel la colonibe se reposei^a, celui-là sera l'époux de Marie.
Mais, lorsque Marie regarda, elle ne trouva fleurie la baguette d'aucun de ces prétendants^ qui voulaient devenir ses maîtres, et la colombe tie trouva pas où se reposer.
On appela alors, par dérision, le vieux Joseph qui se tenait à l'écart, et ce fut lui qui eut la bdguette fleurie.
Alors la colombe se reposa et Marie lui tendit la main.
Joseph lui dit :
— Comment le Seigneur m'a-t-ii choisi potir
être votre époux? car je suis vieux et j'ai de grands enfants. Marie lui dit :
— Vous êtes juste et vous n'opprimerez pas la vierge que Dieu vou« confie. J'ai promis à Dieu que je ne serais pas la servante d'un homme, servez-moi de père.
Car tous ces jeunes gens qui sont ici me dé- sirent sans m'aimer, et je ne consentirai jamais à l'outrage de leurs désirs.
Joseph lui dit :
— Qu'il en soit ainsi, et il l'emmena dans sa maison à Nazareth, où il la laissa et retourna travailler à Capharnattm.
Or, Marie était de race royale et sacerdotale, et elle apporta en dot, à l'ouvrier Joseph, l'héré- dité de la royauté et du sacerdoce.
Ainsi , pour avoir compris la dignité de la Vierge, et s'en être fait le protecteur, le simple ouvrier devint prêtre et roi, et le monde changea de maîtres.
Car Marie n'avait choisi, pour son gardien, ni un prêtre, ni un roi, mais un pauvre vieux charpentier nommé Joseph, et cela parce qu'il était juste.
Et ce fut là le commencement de ce royaume de la justice qui, malgré tous les efforts des mé- chants, s'établira enfin sur la terre.
TROISIÈME LÉGENDE.
GOMMENT LA VIERGE DEVINT MÈRE SANS PÉCHÉ , ET DES
ANXIÉTÉS DE JOSEPH.
En ce temps-là, Marie étant sortie pour puiser de Teau , un jeune homme d'une grande beauté l'aborda près de la fontaine et lui dit : Je vous salue, pleine de grâce.
Marie se troubla et rentra précipitamment chez çlle, mais elle y retrouva le même jeune homme qui la salua encore en lui disant : Ne craignez rien, je suis un ange du Seigneur, et c'est lui qui m'envoie vers vous.
Ce qu'il lui dit encore se trouve rapporté dans les Évangiles, où l'on voit que ce jeune homme était l'ange Gabriel .
Mais les Juifs, dans leur malice, prétendirent que c'était un soldat nommé Panther, et que,
pendant plusieurs jours, il revint voir Marie chez elle.
Six mois après Joseph revint à Nazareth et fut consterné en voyant que la Vierge était enceinte.
Il lui demanda comment cela avait pu lui arriver, et elle répondit en pleurant : Je n ai point failli à mes promesses et je ne suis infidèle ni devant Dieu ni devant vous.
Joseph savait bien qu'il ne Favait point touchée et ne s'arrogeait aucun droit sur elle, puisqu'elle l'avait choisi seulement pour son ami et son gardien.
Cependant il eut le cœur triste et ne l'interrogea plus, mais il songeait à la renvoyer.
Une nuit qu'il s'était endormi dans cette pensée, une main le toucha et une voix lui parla.
Ouvrant alors les yeux, il vit devant lui le même ange qui était apparu à Marie.
Père Joseph, lui dit-il, tu as promis de proté- ger Marie, pourquoi veux-tu l'abandonner lorsqu'elle a le plus besoin des soins d'un père et d'un ami?
Elle n'est point à loi, c'est toi qui es à elle ; pourquoi veux-tu l'abandonner?
Tu as ^omis de respecter les secrets de sa pudeur; tu l'as laissée vierge et tu la retrouves prête à devenir mère. Honore-la toujours comme une vierge et protége-la comme une mère.
Pourquoi proscrirais-tu Tenfant dont tu ne connais pas le père ?
Ne sais-tu pas que toujours le père d'un en^- fant, c est Dieu ?
Aime-le donc à cause de Marie qui s'est courfiée à toi, et garde-le à cause de Dieu, son père. Ainsi vous échapperez tous à la méchanceté des hommes, et ta maison sera bénie.
Joseph médita ces paroles pendant le reste de la nuit, et, le matin venu, il vint trouver Marie et lui dit :
Pardonnez-moi, car je vous ai fait rougir moi qui suis votre père ; je suis votre ami et je vous ai fait pleurer.
Je pensais à vous renvoyer quand vous allez devenir mère, et qui donc vous aurait reçue si votre vieux Joseph vous avait abandonnée?
Gardez votre secret qui est celui de Dieu ; moi je garderai votre enfant qui est aussi celui de Dieu , et que je tiendrai à honneur de pouvoir soigner comme le mien .
Maiûe lui répûAdit : Soy^ez béni, parce qm la vérité éternelle a parlé à votre €œur.
Vous pouviez Me déshonorer, et vous ne l'avez pâs fait.
C*est pour cela que v£>tre nom sera vénérable.
Et quand les gâaérations à venir m's^pell^ont Marie la hieah^Hreuse, elle vous appelleront Josqph le juste.
Et le Fils de Dieu vous appellera son père, parce que vous ressemblez à Dieu qui est juste et bon, et il vous assistera à votre dernier jour, parce que vous aurez été le (idèlegardim de sa naissance.
QUATHl$ME LÉGENDE.
POURQUOI RIAIT ET PLEURAIT MARIE EN SE RENDANT A BETHLÉEM, ET DE SES DEUX SAOES-FEMMES, ZÉLOMI ET âAlOMÉ.
Après cela , Joseph fut obligé de se i:endre à Bethléem avec Marie pour obéir h 1 édit de Céjsar Auguste.
Et, comme ils étaient en chemin, Joseph, rejrardant Marie qui était assise sur son âne, la vit
qui pleurait et lui dit : Pourquoi pleurez-vous?
Marie lui dit : Je vois un grand peuple qui pleure, et mon enfant se tourmente dans mon sein.
Car ils sont là, couchés sur la terre nue, comme des brebis maigres et tondues jusqu'à la peau, et, pour pasteurs, ils ont des bouchers.
Joseph regarda autour de lui et ne voyait rien. Il pensa que Marie était souffrante à cause de son état de grossesse avancée.
L'instant d'après il la regarda encore et la vit qui souriait, bien que ses yeux fussent encore humides de larmes.
Vous souriez donc maintenant ? lui dit-il.
— Oui, répondit Marie, car je vois une multitude qui est dans la joie parce que mon enfant est venu briser leurs chaînes.
— Soyez calme, dit Joseph avec bonté, j'espère que nous arriverons bientôt et que vous pourrez vous reposer ; ne vous fatiguez point par des rêveries et des paroles inutiles.
Alors, un ange se présenta et dit à Joseph: Pourquoi appelles-tu inutiles les paroles que tu ne comprends pas ?
Fais descendre Marie, car le temps presse, et
c'est ici qu'elle doit enfanter, et il lui montrait du doigt rentrée d'une caverne.
Marie entra donc dans la caverne, qui fut toute remplie de lumière lorsqu'elle mit seule et sans douleurs son enfant au monde.
Cependant, Joseph était sorti pour aller chercher du secours, et il ramena deux sagesfemmes, là première nommée Zélomi et la seconde Salomé, en leur disant : Une vierge vient d'enfanter, et elle reste vierge.
Zélomi vit la lumière céleste et crut à la parole de Joseph, parce qu'elle comprit qu'il avait parlé suivant l'Esprit du Seigneur.
Mais Salomé fut incrédule, et parce qu'elle avait voulu toucher Marie, sa main et son cœur se desséchèrent.
Marie alors eut pitié d'elle et lui dit : C'est ainsi •que la vaine curiosité dessèche ceux qui veulent juger des choses de l'esprit par le témoignage des sens.
Zélomi représente la foi, et toi tu représentes la raisifh ; elle sait parce qu'elle croit, et toi tu ignores parce que tu doutes ; elle est saine et agissante, et toi te voici malade et paralysée ; mais si tu embrasses mon enfant tu seras guérie, car tu
dêtiéndms simple comme lui si tu veux consentir à Taimer.
Salomé crut à la parole de la mère : elle se prosterna devant le petit enfant, le prit dans ses bras et le berça doucement en l'embrassant avec respect.
Alors elle se sentit guérie, et elle s'attacha avec Zélomi au service de Marie et de Jésus.
Jésus fut ensuite porté dans une étable et couché dans une crèche, comme on lit au livre des Évangiles, et les pauvres bergers des campagnes environnantes vinrent saluer cet enfant du peuple nouveau, dont la naissance faisait déjà trembler les rois de l'ancien monde.
CINQUIÈME LÉGENDE.
GOMMENT L^ENFANT DU GHARPENTIEB ADOUCISSAIT LE FIEL
DES SERPENTS.
En ce temps-là le roi Hérode, ayant peur de l'enfant du pauvre ouvrier, fit massacrer tous les 6lifafifts de Bethléem.
Car l'égoïsme usurpateur de la ten*ô^ ite
TBut pas qu'il y ait place pour tout le mon(te, et il a mis la mort en sentinelle aux portes de la vie.
Joseph alors fut forcé de s'enfuir avec Marie et son fils.
Or , comme ils étaient sur les confins de la Judée, ils s assirent à l'ombre, près d'une caverne près de laquelle aussi jouaient quelques enfants.
Tout à coup deux énormes serpents sortirent en sifflant de la caverne, et les enfants se mirent à fuir en poussant de grands cris.
Mais le petit enfant Jésus fit un signe, et le| serpents s'arrêtèrent devant lui comme pour l'adorer, et vinrent en rampant lentement, comme s'Us se fussent assoupis, par degrés, poser leurs têtes aux pieds de sa mère.
Joseph voulait alors les frapper de son bft<- ton.
Mais Marie l'en empêcha, en lui disant : Laissez^es vivre, car leur venin s'est changé en douceur, et du moment qu'ils ont cessé de nuire vous n'avez plus le droit de les faire mourir.
Il est écrit de moi que la femme écrasera la
tête du serpent : mais si le serpent pouvait cesser d'être méchant et d'empoisonner ses morsures^ pourquoi n'aurais~je pas pitié de lui comme des autres êtres vivants ?
Dieu n'a rien créé d'inutile, et lorsque toutes les créatures seront dans l'ordre qui leur a été assigné, elles cesseront de se nuire les unes aux autres.
N'est-il pas écrit que les dragons mêmes et les serpents de la terre doivent louer Dieu ? Ne dé- truisez pas, mais instruisez et dirigez les êtres vivants.
Les enfants, qui avaient fui d'abord, voyant que les serpents ne faisaient point de mal à Jésus et à Marie, revinrent pas à pas et s'enhardirent enfin jusqu'à jouer avec ces reptiles, et les serpents se jouaient avec eux sans les blesser et sans s'irriter, car d'un seul regard de ses yeux si doux et d'un geste de sa main si tendre, Jésus les avait désarmés de tout leur venin et de toute leur colère.
SIXIÈME LÉGENDE.
DU GRAND ET MERVEILLEUX TROLTEAU QUI SE RÉUNIT AUTOUR
DE l'enfant de la CRÈCHE.
Lorsque Jésus, dans les bras de sa mère, traversait le désert pour aller en Egypte, les tigres et les lions sortirent de leurs antres et le suivirent ; les panthères se couchaient aux pieds de Marie pour lui servir de coussin lorsqu'elle se reposait ; les licornes creusaient la terre pour en faire jaillir des sources ; les léviathans lui prêtaient leur ombre ; les cerfs et les gazelles se mêlaient sans crainte aux lions et aux tigres ; car Jésus venait donner la paix au monde et répandre sa douceur dans toute la nature.
Cet innombrable troupeau de tous les animaux de la terre, symboles de toutes les passions humaines, marchait autour de la divine mère, et un petit enfant les conduisait.
SEPTIÈME LÉGENDE.
LE PALMIER DU DÉSERT.
Ils vinrent dans une solitude oîi il n'y avait ni animaux vivants, ni sources, ni fontaines, et comme ils y cherchaient de Tombre, ils ne trouvèrent qu'un seul palmier.
Marie descendit de sa monture et vint s'asseoir à l'ombre de ce palmier, et voyant qu'il était chargé de fruits, elle dit à Joseph :
— Je voudrais goûtqr de ces fruits, car la chaleur est excessive.
Joseph lui répondit :
— L'arbre est trop élevé, et je ne suis plus jeune.
Jésus dit alors au palmier : Incline-toi et pré- sente tes fruits à ma mère.
Le palmier alors s'inclina et vint présenter ses fruits à la main de Marie, qui en cueillit et en offrit à Jésus et à Joseph.
Puis, comme il restait ainsi replié sur sa tige et incliné, Jésus lui dit : Relève-toi! Et le palmier se releva.
Jésus lui dit :
— Donne-nous de Teau de la source cachée qui alimente tes racines. Et aussitôt d'entre les racines du palmier une source limpide jaillit.
Et Jésus dit encore au palmier :
— Tu ne mourras point, et tu fructifieras de nouveau dans le jardin de mon père.
Car toutes les créatures ont été données aux hommes pour leur usage, et ils doivent soumettre toute la nature par le travail ; alors ils diront aux é
montagnes : Aplanissez-vous, et les montagnes s'aplaniront ; et aux arbres : Donnez vos fruits, et les arbres s'inclineront ; et aux sources : Montez et jaillissez de la terre, et les sources monteront et jailliront ; et les fils de la femme consoleront leur mère et lui diront : Repose-toi et rafraîchistoi, car c'est pour te servir que la nature nous obéit.
Un ange alors parut sur la cime du palmier ; il en cueillit une branche et reprit son essor vers le ciel pour replanter le palmier du désert dans les campagnes de l'avenir, qui sera le royaume de Dieu.
Cette terre, où le génie de la fraternité accomplira les miracles du travail, où la mère ne sera
plus la servante de ses enfants, où les justes ne seront plus exilés, où la vérité aura une patrie ;
La terre alors ne sera plus une marâtre, parce qu'elle sera libre, et un antagonisme impie ne la forcera plus d'être stérile.
L'homme alors disposera de la toute-puissance de Dieu, et il parlera à la nature, et la nature obéira.
C'est ce qu'a voulu dire Jacques le Mineur, apôtre du saint Évangile, par cette légende du palmier.
HUITIÈME LÉGENDE.
LES TROIS MALFAITEURS.
Nous avons écrit plus au long cette légende : la voici dans toute sa simplicité, et telle que nous la trouvons dans les évangiles de la Sainte- Enfance.
La sainte famille du Sauveur, proscrit par Hé- rode, rencontra deux voleurs dans le désert. Ces voleurs se nommaient, selon les uns, Titus et
Dumachus, selon d'autres, Dismas et Gestas, et nous avons suhi l'usage des Hébreux en les appelant, dans notre légende, Johanan et Oreb, c'est- à-dire le Miséricordieux et l'Homme de sang.
L'un, c'était Oreb , voulut égorger la sainte famille.
Mais Johanan s'y opposa, et, servant lui-même de guide aux trois voyageurs, il leur donna l'hospitalité dans sa caverne.
Or, Dieu se souvint de la miséricorde et de l'hospitalité du voleur : Jésus, sur la croix, lui pardonna tous ses péchés et lui promit de lui donner à son tour le jour même l'hospitalité dans le ciel.
Ainsi les pharisiens devaient un jour crucifier trois malfaiteurs, et parmi ces trois devaient se trouver le juste par excellence et le coupable repentant.
Afin qu'on sache que la justice des hommes ne sera qu'un fléau tant qu'elle frappera pour punir et non pour guérir, que tout pécheur qui coopère à un arrêt de mort accepte peut-être la responsabilité du déicide.
Vous tous donc qui êtes sans doute exempts de péché, puisque vous osez jeter la première pierre
au coupable, souvenez-vous des trois malfaiteurs, et prenez garde de frapper au milieu ou à droite, quand vous voulez frapper à gauche !
NEUVIÈME LÉGENDE.
COMMENT , A L ARRIVÉE DU SAUVEUR EN EGYPTE , TOM- BÈRENT LES IDOLES d'or ET D'ARGENT , ET DES ÊTRES DÉPRAVÉS QUI MOURURENT.
11 est écrit dans les évangiles de l'Enfance et dans les chroniques anciennes qu'à la naissance du Sauveur plusieurs miracles s'étaient accomplis.
Ainsi, premièrement, les oracles se turent à Delphes et par toute la terre, ce qui signifie ^qùe les anciennes religions avaient fait leur temps, et que le Verbe divin, ayant pénétré plus avant dans l'humanité et s'étant résumé en Jésuis, les anciens oracles n'avaient plus rien à dire, si ce n'est ponr lui rendre témoignage, comme il arriva en Egypte et ailleurs.
Le second miracle symbolique de ravénement du Sauveur fut la mort de tous les êtres dépravés qui outrageaient la nature dans Tégarement de leurs désirs ; ce qu'il faut entendre au moral seulement, parce que la pureté et la chasteté venaient de se révéler au monde et de réhabiliter la génération humaine.
On ajoute aussi que toutes les eaux amères devinrent douces et potables, pour faire entendre que la doctrine de fraternité devait adoucir toutes les pensées et servir comme de rafraîchissement aux âmes fatiguées de haine et de colère.
Les anciens évangélistes disent encore que Jésus, lorsque ses parents se levèrent de dessous le palmier miraculeux de la légende précédente, leur abrégea le reste du voyage, et qu'ils se trouvèrent aux portes de Memphis; alors toutes les idoles de l'Egypte tombèrent prosternées, et la statue d'Isis, laissant échapper de ses bras le simulacre d'Horus, descendit de son piédestal. Toutes ces images poétiques sont faciles à comprendre. La doctrine du Christ abrège, pour l'humanité, les longueurs de l'exil, les cultes sont finis dès qu'ils sont remplacés par un culte plus parfait, et les images confuses cèdent la place aux images plus
exactes, comme ces dernières céderont enfin la place à la réalité.
DIXIÈME LÉGENDE.
COMMENT, LORSQUE JÉSUS REVENAIT D'ÉGYPTE, LES CAPTIFS
BRISERENT LEURS LIENS.
Les vérités naissantes ne trouvent d*asile assuré nulle part.
Jésus avait dû quitter la Judée pour échapper aux soupçons meurtriers d'Hérode, et voilà que le ressentiment des prêtres allait le poursuivre en Egypte.
Joseph apprit qu'Hérode était mort, et il partit avec Marie et son enfant pour revenir à Nazareth.
On lit, au chapitre treizième de Tévangile de TEnfance, un des plus anciens parmi les évangiles apocryphes, que la sainte famille, à son retour d'Egypte, passa près d'une caverne oti des voleurs retenaient leurs captifs.
A l'approche du saint enfant les voleurs crurent entendre le bruit d'une grande armée et les trompettes des hérauts qui annonçaient rapproche d'un grand roi : alors ils s'enfuirent épouvantés.
Les captifs , demeurés seuls , brisèrent les liens les uns des autres et reprirent tout ce qui leur avait été dérobé; puis, sortant pour venir audevant du grand roi et de son armée, ils ne virent qu'un enfant, une jeune femme et un vieillard, et ils leur demandèrent : Où donc est le grand roi qui a épouvanté nos ennemis et nous a fait briser nos chaînes?
— Il vient après nous, répondit Joseph.
En effet, l'idée chrétienne épouvante les voleurs du vieux monde.
On ne les chasse pas, ils s'enfuient devant la lumière du christianisme qui s'avance, et les pauvres captifs brisent mutuellement leurs chaînes.
Le grand roi et la grande armée que les voleurs ont entendus, c'est le peuple juste dont le règne doit venir après celui du christianisme symbolique, et c'est pourquoi Joseph disait : Il viendra après nous.
Il est étrange de trouva de pamlles idées dans de si anciennes légendes.
Biais nous savons que, dans l'humanité , le sentiment précède toujours la conception , et c'est pourquoi la religion se formule avant la philosophie. Les fables précèdent les dogmes, puis, aux dogmes succèdent les principes, et c'est toujours la même vérité qui germe, fleurit et fructifie , en se développant successivement sous l'influence de ses différentes saisons.
ONZIÈME LÉGENDE.
LES ÂPOLOaUES DE LA. SAINTE-ENFANGS.
JÉSUS ET LES PETITS OISEAUX.
Un jour, l'enfant Jésus se jouait avec d'autres enfants ; ils faisaient des petits oiseaux avec de l'argile, et chacun préférait son ouvrage à celui des autres.
Mais Jésus, ayant béni les petits oiseaux qu'il \enait de faire, leur dit : Allez ! et ils s'envolèrent.
Il en est ainsi des systèmes religieux aux époques de doute : chacun préfère le sien, mais le meilleur sera celui qui vivra.
II
JÉSUS ET l'enfant PRÉCIPITÉ.
Une autre fois, Jésus jouait encore sur une terrasse avec des enfants de son âge.
L'un d'eux se laissa tomber du haut de cette terrasse et mourut.
Ce que voyant, tous les autres s'enfuirent, excepté Jésus.
Alors les parents de l'enfant mort accoururent avec de grands cris et accusaient Jésus de l'avoir précipité.
Jésus , sans faire attention à leurs discours , descendit tranquillement, prit l'enfant par la main, et le ressuscita.
C'est ainsi qu'on accuse l'idée chrétienne des maux qu'elle vient réparer.
III
V
JÉSUS ET LE GRAIN DE BLÉ.
Un jour, Tenfant Jésus prît un grain de blé, et, l'ayant béni, il le mit en terre.
Cie grain germa et produisit seul de quoi nourrir tous les pauvres du pays, et Joseph en eut encore de reste.
Cette légende, rapportée par Thomas Tlsraélite, sembk être la première idée du miracle allégorique de la multiplication des pains. Le grain que Jésus a semé, c'est cette parole : Vous êtes frères, associez-vous.
L'association centuplera les ressources de l'humanité, et l'on peut dire en vérité que le pain se multipliera.
DOUZIÈME LÉGENDE
LA MORT DU CHARPENTIER JOSEPH.
Quand vint le temps où le bon vieillard Joseph devait se reposer, ses facultés s'affaiblirent, sa
mémoiie s'obscurcit et son intelligence baissa.
Marie le soignait avec tendresse et patience, comme elle avait soigné son enfant.
Vint le moment de Tagonie, et Joseph commença à se tourmenter , en disant : Malheur , malheur à moi ! car j'ai péché durant le cours de ma longue vie, et que deviendra ma pauvre âme si Dieu la juge avec rigueur ?
Les terreurs de Tenfer m'assiègent. Malheur à moi, car j'ai beaucoup travaillé durant ma vie, et ma mort est pleine d'effroi.
Jésus alors s'approcha du lit du malade, et lui dit : Joseph, mon père, homme juste et laborieux, repose en paix.
L'enfer du pauvre travailleur est sur la terre, et comment Dieu pourrait-il, après une vie si pénible et si laborieuse, le tourmenter encore après sa mort ?
Puis , levant les yeux, Jésus vit s'avancer les fantômes de la nuit éternelle, les squelettes aux yeux ardents, les démons horribles aux membres velus et monstrueux , les larves gémissantes et pâles, les griffons noirs aux ailes de chauve-souris, et l'enfer tout entier se mouvant sur des flots d'ombres épaisses comme lu baleine de Jonas et
I
ouvrant une gueule immense comme pour engloutir le monde.
Jésus souffla sur ces hideuses chimères, et elles s'évanouirwt comme le souvènîf d*an rêw.
Et Joseph ne vit près de lui que Jésus et Marie qui soulevaient sa tête entre leurs mains et essuyaient la sueur glacée de son front, pendant que range de la mort touchait ses yeux avec une branche de lis, dont le parfum semblait répandre sur tous ses traits le repos et le sourire étemels.
Les anges de la foi, de l'espérance et de la charité reçurent son âme, et son corps fut rendu à la terre.
Mais Jésus ordonna qu'il fût préservé de la corruption, car, dit-il, sa mort n'est qu'un sommeil en attendant que le règne des mauvais soit passé.
Alors viendra mon règne, celui de la justice et de la fraternité, et je me souviendrai de mon père, le vieux et courageux travailleur.
Je le réveillerai de son sommeil de mort, et il viendra s'asseoir auprès de moi au banquet de la communion universelle.
Que le tombeau lui soit donc comme la chrysalide pour l'insecte laborieux qui file son lincieifil
et attend une autre vie plus libre et plus brillante# Dors, Joseph, dors, pauvre ouvrier ! Quand tu t'éveilleras, tu seras héritier du ciel, et, par le travail, tu pourras conquérir le monde.
TREIZIÈME LÉGENDE.
LE SERMON SUR LA MONTAGNE.
Après que Jésus, dans une vision, eut repoussé du pied toutes les couronnes de la terre que lui offrait le génie du mal à qui elles appartiennent, et qui lui proposait d'acheter la tyrannie au prix de la servitude, comme cela était dans la loi du vieux monde ;
Après avoir triomphé de la faim, de l'orgueil et de l'ambition du pouvoir, Jésus, le conquérant pacifique, monte sur la montagne, et, entouré de pâtres et de pêcheurs, il commence son premier discours :
Bienheureux ceux qui sont pauvres par l'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient !
Ce qui voulait dire : Malheur aux esclaves de
la richesse égoïste, car ils n'amasseront qu'une misère éternelle !
Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre !
C'est comme s'il disait :
Malheur à ceux qui veulent régner sur la terre par la violence, carje pouvoir leur échappera !
Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils sei'Dnt consolés !
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés !
Pauvres et déshérités, espérez donc ! le christianisme vous ouvre la porte d'un heureux avenir !
Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde !
Comprenons que cela veut dire aussi : Malheur aux hommes sans pitié, car il n'y aura pas de pitié pour eux !
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Dieu, c'est la vérité et la justice.
Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les fils de Dieu !
Un de nos poètes l'a dit : l'amour est plus fort que la guerre. La force brutale passera et s'usera,
mais la raison calme et maîtresse d'elle*même triomphera et prendra toujours une nouvelle puissance !
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le règne du ciel est à eux I
C'est en pardonnant que les martyrs prouvent leur royauté. Qui persécute abdique, et qui souffre résiste. Résister, c'est pouvoir, et pouvoir, c'est régner.
Je ne viens pas détruire, mais accomplir, disait encore le fils du charpentier, se déclarant ainsi l'initiateur du progrès : et ce qu'il disait alors au judaïsme nous pouvons le dire au catholicisme, nous, les hommes du progrès religieux ; nous, ses disciples et les continuateurs de son œuvre !
Si votre justice, disait-il, n'est pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux, et nous pouvons dire :
Si vous n'êtes pas meilleurs et plus justes que les plus fervents de l'ancien monde et du moyen âge, vous n'entrerez pas dans l'association universelle du christianisme accompli.
Le Christ a dit : Celui qui injuriera son frère méritera condamnation ; et nous disons : Celui
qui n'aura pas pris mbï de son frère, et qui aura traité comme un étranger un seul membre de la famille humaine, méritera d'être renié j^r la famille ^ aura part au jugemwt des fratricides.
Le Christ a dit : Pardonna toujours^ et nous disons : Ne tous offensez même pas du mal qu'on peut vous faire. Les méchants sont des malades, soignez-les, et ne vous irritez pas contre eux.
Il a dit : Songez, avant votre sacrifice, si votre frère n'a pas quelque chose contre vous, et allez vous réconcilier avec lui avant votre prière. Et nous disons : Avant de vous asseoir à table, demandez-vous si votre frère ne manque de rien ; portez d'abord une part de votre pain à celui qui en manque, puis venez vous asseoir au banquet de la communion, et Dieu vous reconnaîtra pour ses enfants.
Il a dit : Celui qui abandonne sa femme est un adultère, et celui qui repousse sa compagne la pousse dans la prostitution. Et nous disons : Celui qui prostitue une femme, outrage sa mère, et celui qui marie sa fille pour de l'argent, vend sa fïîle, et celui qui achète ou vend une femme, la prostitue; car Tessence du mariage, c'est l*a-
moùr (1), et des relations conjugales sans amoui', c'est l'impureté.
Le Christ a dit : Ne jurez point, mais que votre parole soit sacrée. Et nous disoûs : Pour que la parole soit sacrée, il faut qu'elle soit libre. Affranchissons Tîntelligence; ne fermons la bouche qu'au mensonge. Celui qui étouffe la parole vwde est un déicide. Condamner, ce û'est pas répondre. Persécuter nne idée, c^est la sanctionner. Un homme intelligent qui parle hors de saison peut avoir tort, pour en juger il faut l'entendre. Celui qu'on force à se taire a toujours raison. Quant à la perversité et à la sottise, le bon sens lui-même leur impose sUence.
Il a dit : Tends la joue gauche, si l'on te frappe sur la droite ; et si Ton te prend ta tunique, abandonne aussi ton manteau. Et nous disons à nos frères : Lorsqu'on vous a calomniés pour avoir dit vrai, exposez-vous encore à l'injustice, et quand vous aurez souffert l'injure et la calomnie, exposez-vous avec joie à la misère et à mourir dans le
(1) Par amour nous n'entendons pas la loi physique des sexes *, Taraour» c'est l'absolu des sentifflenis et des affections humaines ; nos affections sont régies par la loi chrétienne et doivent être nne mmatekie.
mépris. Plus vos ennemis vous frappent, plus ils s'afiFaiblissent ; plus vous souffrez, plus vous êtes forts.
Le Christ a dit : Ne soyez pas hypocrites. Et nous disons : Rendez l'honnêteté possible pour tous, parlez moins de morale, et soyez moins infâmes. Soyez franchement et modestement des hommes, et ne cherchez pas à voiler les turpitudes de la brute sous les ailes d'un ange.
Il a dit : On ne peut servir Dieu et l'argent. Et nous disons : La propriété ne se fait pas respecter, quand elle n'a pas pour origine le travail, et pour règle la fraternité dans l'association.
Il a dit : Ne jugez point, et vous ne serez point jugés.
Et nous disons : Opérez la transformation de la pénalité en hygiène morale, relevez celui qui tombe et ne le frappez pas ; donnez aux maladies morales des soins moraux, et non des châtiments impies ; ne tournez pas dans un cercle sanglant en punissant le meurtre par le meurtre, car en agissant ainsi vous donnez une sorte de raison aux assassins et vous perpétuez une guerre de cannibales. Si vous voulez que l'homicide soit vraiment un crime, faites qu'il ne soit jamais un droit, et sou-
venez-vous de ce condamné, qui disait : En assassinant, j*ai joué ma tête ; vous gagnez, je paie : nous sommes quittes.
Et dans sa pensée, il ajoutait : Nous sommes égaux.
Le Christ a dit : Cherchez d abord le 'règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera ajouté par surcroît.
Et nous disons : Le règne de Dieu, ce n'est pas le règne de la famine pour Lazare et des orgies du mauvais riche. Le règne de Dieu, c'est le soleil pour tous, et la terre pour tous, c'est la fraternité du travail, c'est la prostitution rendue impossible par le respect de la femme, c'est l'échelle sociale accessible dans tous ses degrés au travail et au mérite de tous. C'est le travail pour tous ; c'est la famille pour tous, c'est la propriété pour tous, c'est la royauté de la raison, c'est le sacerdoce de l'amour, c'est la communion de chacun à tous et de tous à chacun, c'est l'unité divine et humaine. Dieu vivant dans l'humanité, le Christ ressuscité et vivant dans le grand corps du peuple chré- tien, la liberté progressive et soumise à l'ordre, l'égalité relative dans l'ordre de la hiérarchie, et la fraternité distribuant tout à tous,
tsdon les lois de Tharmonie, qui est Téteraelle sagesse.
QUATORZIÈME LÉGENDE.
QUELQUES PAROLES DE lÉSUB-GHRIST QUI IfE SONT PAS PAIO LES ÉVANGILES CANONIQUES ET QUI NOUS ONT ÈTÈ OONSER- YÉES PAR LA TRADITION DES PREMIBRS SIECLES.
Jésus était un jour avec ses disciples sur les confins de la Judée qui aYoisinent le désert, et ils s'égarèrent dans les montagnes.
Ils rencontrèrent un berger qui était couché à l'ombre d'un sycomore et lui demandèrent leur route.
Le berger, qui était nonchalant, ne prit la peine ni de se lever, ni de leur répondre, mais étendit seulement le pied dans la direction où ils devaient aller, puis ne les regarda même plus.
Gomme ils s'en allaient, ils rencontrèrent une jeune fille qui revenait de la fontaine, portant sur sa tète une cruche d'eau;
ils lui demandèrent aussi leur chemin, et nonseulement la jeune fille le leur indiqua, mais, toute
dbsrgée qu'elle était, elle se mit à niàfûlier devant eux et ne les quittât qu'après les avoir remis da&8 leur route.
Itfeltipe, dit saint IKerre, quelle sera la réoom*- pense de eette jeune fille si diligente et si charitable?
— Elle épousera le berger paresseux, répondit lésus.
Et, comme les disciples étairat étonnés, il leur dit : Le bonheur de la femme est d'être n^re, et, lorsqu'elle sauve, par son amour, Thomme à qui elle fait partager ses propres vertus, elle est mère deux fois, car son époux, et Tenfont que lui donne son époux, ont paiement besoin d'elle.
Tout sacrifice fait par amour augmente l'amour, et tout ce qui augmente l'amour augmente le bonheur. Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre.
Alors Jean, le disciple bien-aimé, s'étant approché du Maître, lui dit : Je crois h votre parole et je sais qu'il en sera ainsi dans votre royaume.
Le bonheur du dévouement y sera le premier prix du sacrifice, et l'on y récompensera celui qui fera le bien en lui fournissant l'occasion de faire plus de bien encore.
, Mais dites-moi quand viendra votre règne, et à quel signe les hommes le reconliattront.
Jésus répondit : Quand deux ne seront qu'un, quand ce qui est au dedans sera au dehors, et quand l'homme avec la femme ne seront plus ni homme ni femme ;
C'est-à-dire quand l'antagonisme aura cessé entre l'intelligence et l'amour, entre la raison et la foi, entre la liberté et l'obéissance ;
Quand la pensée évangélique, qui est la fraternité, sera réalisée par les formes politiques et sociales ;
Et quand la femme sera la sœur pure et l'épouse bien-aimée de l'homme, devant la société comme devant Dieu, sans qu'il y ait d'antagonisme ou de rivalité entre les deux sexes.
Cette parole, rapportée par le pape saint Clé- ment, auteur contemporain des Apôtres, est tout le programme du renouvellement social opéré par l'idée chrétienne.
Jésus dit encore : La vie est une banque ; soyez d'habiles changeurs. Celui qui donne gagne plus que celui qui reçoit. Si donc vous tenez à vous enrichir, donnez.
QUhNZlÉMË LÉGENDE.
LA DROITE ET LA GAUCHE DE JÉSUS, LE THABOR ET LE DESERT, LE PEUPLE ORGANISÉ PAR GROUPES.
Jésus se révéla à ses trois disciples les plus intelligents, comme le centre de l'humanité, se pla- çant, dans le passé, entre Moïse, l'homme d'ordre et de doctrine, et Élie, l'homme de la protestation et de la prophétie insoumise.
Telle est la signification de cette transfiguration du Thabor où Pierre voulait bâtir trois tabernacles, un pour Moïse, un pour le Christ, et le troisième pour Élie : mais le temps de la synthèse n'était pas encore arrivé.
N'oubUons pas que les évangélistes ont mis en action toute la partie ésotérique ou cachée de l'Évangile, et que pour dire : Jésus éleva l'esprit de ses disciples à une grande hauteur et leur fit concevoir toute la vérité de sa doctrine, ils disent : Jésus les conduisit sur une montagne et, se transfigurant devant eux, il leur apparut tout l'esplendissant de lumière, en sorte que son visage était
brillant comme le soleil, et ses vêtements éblouissants comme la neige.
Jean et Jacques lui dirent alors : Maître, faites-nous asseoir l'un à votre droite, l'autre à votre gauche, ^uand votre royaume sera venu.
Jésus leur dit : Je puis vous donner pari à mon calice et à mon baptême ; mais de s'asseoir à ma droite ou à ma gauche, ce n'est point à moi de vous l'accorder, cette place étant réservée à ceux qui sont prédestinés de mon Père.
Ainsi, Jésus attendait encore deux hommes pour compléter sa doctrine et achever son œuvre : l'homme de la droite, c'est-à-dire Thomme d^ordre et d'organisation ; et l'homme de la gauche, c'est-à-dire Thomme d'expansion, d*amour et d^harmonîe.
Quant à Forganisation sociale, Jésus Ta somtnairement indiquée dans la parabole de la multiplication des pains, où nous lisons que Jésus divisa le peuple par groupes de cent et de cinquante, secundum contubemia^ selon qu'ils demeuraient ou pouvaient demeurer ensemble.
Puis il partagea à tous les cinq paiùs et les deux poissons qui représentent la première atance de la pauvreté croyante à l*association, et l'association
multiplia tellement ces faibles ressources que, de ce qui resta, on put emplir douze corbeilles.
Ici, ce que nous affirmons sur le symbolisme des miracles évangéliques est assez prouvé par Tabsurdité de la lettre et l'impossibilité matérielle du fait, comme le docteur Strauss s est donné trop de peine à le démontrer.
Mais le sens de la parabole est admirable, la parabole est nécessaire quand la vérité est dangereuse ou inutile à dévoiler.
Aussi Jésus avait-il dît : J*ai encore beaucoup de choses à vous enseigner, mais vous ne pourriez pas les porter à présent. L'esprit d*inteUîgence viendra et vous enseignera la vérité tout entière.
D'abord tout le vieux monde devait s'en aller en dissolution et périr ; puis cet esprit devait venir et renouveler la face de la terre.
Nous sommes peut-être à l'heure de la dissolution universelle, mais nous rassurons notre cœur et nous espérons : Car, sur les mines, nous voyons déjà planer la céleste colombe, et le souffle de la révélation renouvelée soulève déjà les nuages de l'Orient.
SEIZIÈME LÉGENDE.
CE QUE c'est que Là COMMUNION.
Pour montrer que tous ont droit au pain qui nourrit et au \in qui fortifie, Jésus, parlant au nom de Thumanité, a dit du pain : Ceci est ma chair, et du \in : Ceci est mon sang.
Et le pain est vraiment la chair de Thumanité, comme le vin est véritablement le sang de ceux qui en boivent ; car le pain renouvelle la chair, et le vin réchauffe le sang.
Or, Jésus, parlant au nom de l'humanité même, a dit : Le pain que j'ai conquis par mes travaux et par ma mort, c'est ma chair, et je la donne à tous, afin que tous en mangent ; le vin est à moi, c'est mon sang, et je le répandrai pour tous, afin que tous en boivent et vivent de ma vie.
C'est ainsi que le Chiîst constituait l'unité divine et humaine, en lui donnant pour base la communion du pain et du vin. à laquelle tous sont appelés de la part de Dieu et qu'on ne peut refuser à personne.
Ainsi, celui qui prive injustement son frère de sa part à la communion du pain, déchire et s'approprie un lambeau de la chair du Christ ; il mange ainsi ce qui devait être la chair de son frère, et par cette anthropophagie déicide, au lieu de communier avec T humanité, il communie avec ses bourreaux. Mais pour que la communion du pain soit possible en réalité et sans figures, il faut qu'il n'y ait plus de paresseux. « Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. »
Et pour que la communion du vin ne soit pas un désordre, il faut qu'il n'y ait plus d'ivrognes. Avis au peuple !
DIX-SEPTIÈME LÉGENDE.
LE JUGEMENT DE JÉSUS.
Nous ne répéterons pas ici les faits rapportés par les quatre évangélistes , parce qu'ils sont connus de tout le monde.
Le grand drame de la passion est, depuis dixhuit siècles et demi, le jugement écrit des prêtres
et' d^ it)i9* là lâsrnglâiîtè^oondBmtMion des Imén vieux mondè^, et Iff protestationimmortelle^ de»-* cofndanmés' contre uiïe société déicMe.
Un seul des évangiles apocryphes ad seiSî^i^- celui de Mcodènièv sgo^è au rébît des qniâré' qûdqm^' oinoonBtano^' trè&^mïdri^uablé» ; - lé»*»
Lorsqtte Mate fit ^eïïtrep Jésti» dans le prétoire ' pwar^rinterroger; les aigles de Rt^ë^ les images ^ des dieux que portaient lé» vexillaires s'inclinèrent d^élles-mêôieô devant le roi^dei avenir.
Les' Juifs irrités s'émèrent : César est trahi. Voici qu'on rend à cet homme les honi^iifs' d<8^ l'empire.
Pilate lui-même fut étonné, et demanda aux vexillaires ce que signifiait ce qui venait d'arriver : ceux-ci protestèrent que c'étaitcontreleurvolonté, et qu'ils n'y pouvaient rien.
Pilate fit venir les hommes les plus robustes du prétoire et les plus hostiles à Jésus (car ce furent eux qui, une heure plus tard, le flagellèrent et le couronnèrent d'épines), puis illeur confia les enseignes, en leur recommandant de les tenir ferme j et les simulacres divins s'inclinèrent une seconde fois 4éTant Jésus, à là vue de tout le monde, et
il fut prouvé que la lorce des nommes ne peut rien contre le changement des idées, et que lés ' Signes religieux les mieux protégés par le pouvoir tombent d'eux-mêmes et s'inclinent devant les symboles proscrits que le progrès révèle, protestent, contre le jugement des hommes et sympathisent avec l'agonie des martyrs.
Jésus fut donc interrogé en secret par Pilate, puis il fut ramené devant les Juifs, et ses accusateurs furent entendus ; c'étaient, comme on sait, les princes des prêtres, les anciens du peuple, les pharisiens, les scribes et les docteurs, c'est-à-dire tout ce qu'il y avait de considérable et de respecté dans la nation juive.
Pilate demanda s'il n'y avait pas aussi quelques témoins à décharge. D'abord, il se fit un grand silence, car les rares amis de Jésus avaient peur.
Enfin Zachée, le publicain, éleva timidement la voix pour dire que Jésus avait bu et mangé dans sa maison, puis lui avait touché le cœur par la sagesse de ses discours. Les rires et les huées de la foule ne le laissèrent pas achever, car les publicains (étaient regardés comme des hommes infâmes, et les pharisiens firent valoir le témoignage de Zachée comme une preuve de plus contre J^sus .
Après Zachée, ce fut une femme toute éplorée qui se jeta aux pieds du proconsul ; on ne lui laissa pas même proférer une seule parole : un cri de réprobation s'éleva de toute la foule : C'est Magdeleine la prostituée, c'est celle qui répand sur les pieds de ce vagabond les parfums précieux qu'elle paie de sa personne; elle est digne de lui, et il n'est pas indigne d'elle ! Anathème sur les infâ- mes!
Cependant, l'aveugle de Jéricho venait de percer la foule et criait en étendant les mains pour se faire écouter : J'étais né aveugle, et Jésus m'a rendu la vue !
— C'est un raca ! crièrent les prêtres ; ne l'é- coutez pas, il ne mérite aucune croyance : nous l'avons chassé de la Synagogue.
— J'étais mort, et il m'a ressuscité, dit alors un homme de Béthanie nommé Lazare.
— Pilate et les Romains se mirent à rire : les Juifs sadducéens poussèrent des cris sauvages, et Lazare fut chassé par les licteurs.
Alors une dame riche et considéiée s'avança et dit : Je suis veuve, je me nomme Séraphia, et j'étais affligée d'un flux de sang qui me faisait lentement mourir.
Un jour, Jésus passait, accompagné d'une foule de pauvres qu'il instruisait, de femmes du peuple qu'il consolait, et de malades qu'il avait guéris.
Je m'approchai de lui sans rien dire, et je touchai seulement la frange de son vêtement : alors, je fus frappée de vénération et d'épouvante, car je me sentais guérie.
A ces paroles, les Juifs commencèrent à murmurer; toutefois ils contenaient leurs clameurs, parce que Séraphia était riche et généralement respectée.
Pilate alors prit la parole et dit : Faites retirer cette dame, elle ne peut être admise à témoigner dans cette affaire, car, selon vos lois, qui sont celles de tout l'Orient, le témoignage d'une femme est nul en justice.
Après Séraphia, personne n'osa plus élever la voix en faveur de Jésus; ceux qu'on regardait comme les honnêtes gens l'accusaient, et il n'avait pour le défendre que des personnes sans aveu, des gens suspects de lèpre ou de débauche, de la populace et des femmes.
Il fut donc condamné, et Ton ne trouva pas d'expression pour résumer ses crimes ; on écrivit par dérision : C'est le roi des Juifs.
Séraphia, qui fut depuis nommée V^roni^que, voyant que son témoignage n'avait pu sauver sop Sauveur, alla en pleurant l'attendre au pas$iyg|e lorsqu'il sortait delà ville, chargé de sa croix, et majoré les cris des bourreaux et les bourrades des soldajts, cille s'approcha ^e lui et lui essuya le visage avec un linge fin qui garda ^ 'empreinte sftnjsdaate des traits de Jésus.
JEt les martyrs ^es premiers siècles n'eurent jioiut d'autre image (le leur majùtre que les traces de sang qui marquaient la place des traits de Jésus ^ur ^e linge ^e Séraphia.
DIX-HUITIÈME LÉGENDE,
PIERRE ET JEAN.
Jésus avait un disciple peu intelligent, mais dont il se savait aimé, et qui croyait vaillamment m lui. C'était le caractère simple et ardent du imvailleur; il avait toutes les vertus et tous les défauts du peuple, aussi prompt au découragement (\{\h Tontroprise, mais, au demeurant, toujours
an» ide soBfliatbe^ disposas Itdomier sa 'vie fom kii.^Ge discqfde 'était im homme du fy0Ft, nommé 8imon. Jésus 9e prit pour le type viva^d» travail C€MH*ageiix, cA kn dk : Tu ^es la pierre «ur laquelle Je Ibaderai mon assœiatiou (ecclesiam)^ et les portes (i) ée i'e»ier, «'est-ànlire les ^issanoes ie ee «onde, ne pfi^viKidpraN; j^onals 'contne ^elle* La fî^re »brute ^ a été rejétée par les airdytectes de la société piN^seite 4e^ieiidra in, pîerra migidaiw ^une société 'A^ii'veHe: Je te doRserai les cflés4lii royaume de ftfifkelligenoe et deTamoiir, qiii ^ le royaume des eianx, et €^e8t loi «qui véa?- liseras les volontés de Dieu sur la terre. Geax-là seuls ^et&Bt ^ichatnés, que tu «nehalneras, et ceux-là seront libres, que tu anras délivrés, oar tu es Thomme du travail, et je te fois mon repré- sentaiit devant Tavenir.
L'Église, avant la venne de Tesprit d'intelligimce, a cru voir dans ces paroles la consécration du pouvoir absolu et infaillible des papes, et un Alexandre VI s'est prétendu Théritier légitime des promesses faites à Pierre, l'homme de foi, le
(4) « Porte » Teat dira « ^iisanee, gouvernement^ )» etc., dans le style oriental. On dit encore « la porte ottomane » pour désigner le gouYemement turc.
travailleur et le martyr. Toutefois, les premiers papes n'étaient que les représentants du peuple devant Dieu, et, pour cela même, de Dieu devant le peuple, puisque c'était le peuple qui les choisissait; et c'est pour cela que les grands pontifes des beaux temps du catholicisme ont été des tribuns qui résistaient aux empereurs^ châtiaient les crunes des grands, et défendaient les peuples contre les vices de leurs maîtres.
Tant que la papauté a régné, elle a été sainte; la corruption pour elle devait être la déchéance. Quand tu seras vieux, dit Jésus à Pierre, un autre te ceindra et te fera aller où tu ne voudras pas. Triste tableau de la servitude temporelle où est tombée la papauté déchue !
Cependant, la papauté est un principe, c'est la première monarchie chrétienne, et le christianisme ne se régénérera point sans elle.
L'apôtre Pierre tut jusqu'au bout l'image du génie laborieux et méconnu ; on le crucifia comme son maître, et on lui mit la tête en bas, tant les bourreaux avaient peur de le voir debout. Jésus le lui avait miraculeusement prédit, à ce que raconte la légende, car lorsque Pierre sortait de Rome pour fuir la persécution de Néron, le Sau-
Yèur lui apparut, portant sa croix, et lui dit : Je tais à Rome, où je dois être crucifié une seconde fois. Pierre comprit que le christianisme devait conquérir sa délivrance par le martyre, il retourna donc sur ses pas et revint mourir.
Jésus avait un autre disciple qui est appelé le disciple de l'amour, et qu'on représente toujours jeune parce que, suivant la légende, il ne devait pas mourir. Jean est Tévangéliste de la synthèse, et il rattache au christianisme tout le génie de Platon, dans la philosophie du Verbe. Jésus avait résumé toute la loi en deux paroles : Aimez Dieu, aimez-vous les uns les autres. Saint Jean fait tenir l'amour de Dieu dans lamour du prochain, et affirme que personne n'a jamais vu Dieu, mais que nous voyons les hommes, et qu'en eux nous devons aimer la divinité qui les anime. Aimer Dieu dans l'humanité, telle est donc toute la religion ; notre siècle, en adoptant cette formule, n'a fait que résumer la doctrine de saint Jean.
Saint Paul dit que la foi et l'espérance passeront, mais que la charité ne passera point. Cette parole est la promesse du règne de la fraternité, et c'est parce que l'avenir appartient à l'amour que le personnage mystique de saint Jean est sup-
posé immortel par les dég^idaires. 11 dormait, disait-on, dans son eeroueil, et son souffle agHaât doucement la poussière de sa tombe.
Il attendait le retour de son maître, semblable aux vierges sages qui (mt eu soin de €ie pourvoir 4e rhuile ^e la dbarité pour rallumer leur lampe, quand il plaira à Dieu de se manifesta de nou*- veau. On <£sait en effet qu'une huil^ merveilleuse suintait du tombeau de saiirt Jean et rendait la santé aux malades. C'est aini^ que la l^nde fait suite à TEvangile et en adoptel^ images, comme TEvangiie reproduit, en les expliquant, les grandes figures de la Bible. Mais dans tout l'ensemble des livres sacrés et de la tradition mystique, un apôtre prend soin de nous en prévenir, la lettre tue, et l'esprit vivifie. C'est pourquoi, lorsque les cultes doivent mourir, ils se matérialisent en s'attachant à la lettre de la parole, et l'esprit leur échappe en agrandissant son expansion, comme l'homme fait abandonne les vêtements de son enfance.
Le signe caractéristique de saint Jean, le dernier des évangélistes, est un aigle, symbole de liberté, d'intelligence et de souveraineté, parce que le règne de l'amour, en facilitant le progrès, doit rendre tous les hommes affranchis pour leur tra-r
\ftil et leur vertu, 4our $. tçur, Aes atnés de A«l i^r mille humaine, prêtres, jrois;^ propri^ïies djU monde
Fecisti nos r$gm et safierd0fi$ ef Vjsgmbmus
Vous nous ,ave« fait {)a:ètres et rois, et nous ijér guarç^s sur la terre, (Saifift Js^^.)
C'est pour cela que, dans ces derniers temps, l'aigle a reparu dans le monde,
(i'est pour cda que la guerre ne sera que la préparation de l'empire universel.
Le véritd)le empire, c'est la paix ; l'aigle vainqueur se reposera sur le tonnerre et fixera le soleil.
Ce ne sera plus l'aigle du conquérant, ce sera l'aigle de l'évangéliste.
DIX-NEUVIÈME LÉGENDE.
U VISION D^ASWURUS.
Marche I avait dit le Juif Aaswerus au Christ accablé sous sa croix. — Marche I lui a répondu
le Sauveur du monde, jusqu'à ce que je revienne ici, et que je te dise : Repose-toi I
Depuis ce temps, Aaswerus fait sans cesse le tour du monde ; et tous les ans , vers la Pâque, il revient où fut sa maison maudite; pour voir s'il n'y rencontrera pas Jésus. Il marche, il marche, il arrive, brisé, haletant, prêt à tomber mort de fatigue ; il arrive, et ne trouve personne.
Il lève les yeux et voit dans le ciel toujours implacable une main qui lui montre TOccidentl Marche! lui crie une voix qui semble être un éternel écho de la sienne au jour du crime, et le vieil Aaswerus courbe la tète ; le sanglot de délivrance qui se gonflait déjà dans son cœur retombe silencieux et sans larmes ; il recommence son voyage éternel.
A l'époque où les croisés prirent Jérusalem, le Juif Errant avait entendu dire que le Christ était revenu sur la montagne sainte ; il n*y trouva qu'un prêtre entouré de soldats. —Un Juif! un Juif! crièrent quelques hommes aux mains sanglantes... Marche! marche! dirent les soldats en frappant le vieillard de leurs bâtons et en Taiguillonnant avec la pointe de leurs lances. -•--
Aaswerus secoua la tête et se remit en route au milieu des malédictions de la foule.
Hélas ! murmura-t-il, la croix ne peut encore m'absoudre, puisqu'elle n*a pas encore enseigné le pardon à ses défenseurs ! Les hommes ne l'adorent que comme un instrument de supplice et un souvenir de vengeance ! Les insensés, ils veulent venger celui qui les sauvait en pardonnant, et ils ne sentent pas qu'ils se condamnent eux-mêmes en anéantissant le pardon de THomme-Dieu ! Us nç savent pas que la persécution exercée par des chrétiens est le reniement des martyrs et la réhabilitation de leurs bourreaux !
Aussi, lorsque Aaswerus rencontra depuis les Juifs persécutés par les chrétiens, il les engageait à mourir plutôt que d'abjurer les croyances de leurs pères, et lui-même, son bâton séculaire à la main, la barbe et les cheveux hérissés au vent, il les conduisait d'exil en exil !... £t pourtant mieux que personne il comprenait que Jésus est le fils unique de Dieu I
Plus tard, il vit tomber les croix et se dresser les échafauds, il entendit parler de la sainte guillotine, et n'en fut pas étonné ; les inquisiteurs n'avaient-ils pas inauguré déjà les fêtes de la
mort âii noài'dë la Crôîx sainte? Le culte était V même, et l'autel seul était ctangé. On parlait alors alièSÎ d'humanité et de progrès; c'était juste : la haiâie' e*sl plue expéditive et moins cruelle' qiiè ïe' saii^arit pilori * du Golgof Ha.
Il vît ensuite recommencer les ' soîennît^ cfu Veau d'or': depuis longtemps, il sait coinmènfse tèWiînent de pareilles orgies, et quand on lui denaanàé: Que fait à cette heure le fils du ctarpentier ? — il répond , en branlant la tète : Un cercueil !
Car il sent que le temps est proche, et sa rnsœ- che semble se ralenfir; ir regardé à son tour le siébïe qui passe et les événements qui se précipitent.
Le jour où le successeur de Pierre tomba pour s'être appuyé sur un sceptre, et sortit de là ville éteïnélïe maudit et exilé à son tour , Aaswerus entra dans le Vatican désert, et, le coude appuyé sur le siège vide des papes, il laissa tomber sa tête sur sa main et parut sonimeiller un instant.
Il revit en songe la campagne de Jérusalem, revêtue de sa fertilité première ; la vigne aux gigantesques raisins de la Terre promise, les oliviers, chargés de fruits, couvraient les collines^
et les vallées étèfieùt pleines^ de lâuriens-^roi^ et de rosiers en fleurs.
La montagne de Moria était couverte d*un peù^ pie innombrable, formé dès dèjputés de tbittleé peuples de la terre, et sur la dme du lûont siacré s'éléfvaît un autel immense.
A^unliiKeu de l'autel, montait jusqu'aux ntifageô un gigantesque chandelier d'dr, surmonté d'un soleil radieux, et au milieu de ce soleil apparaissait, blanche et transparente, la divine hostie du sacrifice de l'amour, la synthèse dtf froment, le symbole de l'unité divine et ^humaine, le paîn de Ttitiîon sociale et de la coïnmunion univeirselïe.
Devant l'autel, un ^eillard était debout, tenant' d^utiemain un pain blanc et léger, semblable à celui de l'ostensoir, et de Tautre main un calïcte.
Une nltrsique céleste se fit entendre, et du front de toutes les phalanges s'élevèrent dés nuages d'etféens.
rttisieurs hommes, revêtus d'habits splendidès, apportèï^ent une table qu'ils couvrirent d*un linge blanc.
L'un de ces hommes portait le costume des souverains pontifes de la loi chrétienne, un autre, celui du chef des iîilans, un troisième était vêtu
comme les grands-prêtres de la loi judaïque, un quatrième portait les ornements du grand Lama, et tous les quatre agissaient et priaient de concert, et semblaient s'aimer comme des frères.
C'était le jour où le Christ sbrtit autrefois du tombeau, et déjà plus de deux mille fois le monde en avait célébré l'anniversaire, mais aucun n'avait été aussi splendidement solennel que celui-là.
La musique cessa ; le silence se fit dans la foule, et tous les yeux se tournèrent vers l'Occident.
Alors, on vit paraître un autre vieillard, dont, les cheveux et la barbe couvraient la poitrine et , les épaules ; il jeta son bâton de voyage, se redressa . avec un long soupir et se laissa revêtir d'une robe blanche en levant vers le ciel des yeux pleins de larmes.
Il regarda l'hostie, et s'écria en pleurant : C'est lui ! Il regarda le prêtre qui, choisi parle suffrage de tous, faisait, ce jour-là, l'office de pontife universel, et répéta : C'est lui ! Il regarda la foule silencieuse et recueillie , et étendit les bras en action* de grâces, en disant encore : C'est lui ! c'est lui vivant dans tous, c'est lui seul partout et toujours !
Alors, le prêtre du peuple descendit de l'autel.
uiî siège fut placé devant la Table sainte, sur laquelle on déposa Thostie et le calice, et le pasteur dit , en s'adressant au vieillard : Repose-toi , Aaswerus !
Puis, les pontifes de tous les cultes passés vinrent, après le sacrificateur de l'association universelle, donner le baiser de paix à la barbe blanche du maudit réconcilié.
Puis, tous se tenant debout autour de la table, communièrent avec lui.
Aaswerus alors se sentit vivre d'une vie nouvelle, il lui sembla qu'il était lui-même le Christ et que, rompant lui-même des pains qui se multipliaient sur la Table sainte, il les partageait à la multitude.
Ainsi finit le rêve du Juif Errant; un bruit d'armes et des cris d'angoisse le réveillèrent: c'étaient les brigands des nations qui se partageaient la ville sainte.
Il sortit du palais des papes qui chancelait sur des tombeaux entr'ou verts, et se remit en marche pour continuer le tour du monde que, peut-être bientôt, il ne recommencera plus.
Ne le plaignez pas, vous tous qui le rencontœ- rez courbé, haletant et poudreux ; il est plus heu-
reux que tous les grands politiques de notre sièdle et que les derniers* rois de ce monde ; il sait où il va.
VINaTIËME LÉGENDE.
LE RÈGNE DU MESSIE.
Lorsque Tesprit d'intelligence se sera répandu sur la terre, il viendra un temps où Tesprit de r Evangile sera la lumière des nations.
On comprendra que le principe de la puissance est la souveraine raison, comme il est dit au commencement, si longtemps mal compris, deTévan*- gile selon saint Jean.
Alors, le Christ renaîtra tous les jours, non plus symboliquement sur les autels, mais réellement et corporellement sur toute la surface de la terre.
N'a-t-il pas dit que le moindre d'entre nous c'est lui ? Ainsi, alors la naissance de tout enfant sera un Noël, et tous les hommes respecteront le Sauveur les uns dans les autres
Le Christ alors ne sera plus seulement pauvre,
affamé , proscrit , sans épouse et sans enfants , poursuivi et crucifié ; il sera riche comme Job après son épreuve, il sera dans Tahmidance de tontes choses, il sera époux, il sera père, il ré- gnera et pardonnera souverainement à ceux qui l'auront persécuté.
Car, nnjour, toutes les nations ne seront qu'une nation, tous les trônes seront soumis à un seul trône, et sur ce trône s'asseoira un juste qui aura Fesprit de Jésus-Christ, et qui sera ainsi Jésus- Christ lui-même, comme nous pouvons tous ètve lui, lorsqu'il est en nous.
Ce roi réconciliera T Orient avec TOccident et le Nord avec le Midi. Il donnera aux peuples la vraie liberté, parce qu'il rendra inébranlables les bases de la justice.
En réprimant la licence, il supprimera la misère. Tous auront le droit et les moyens de bien faire ; nul n'aura le droit de s'abrutir et d'être vicieux.
La pénalité sera remplacée par l'hygiène morale, les coupables seront regardés comme des * malades et soumis au traitement des aliénés. La grande expiation de la Croix suffit à toutes les offenses humaines, et supprimera un jour l'écha^t
faud, devenu exécrable du moment qu'il est inutile.
On n'accordera plus d'existence réelleà l'erreur, car le vrai seul existe, et le mensonge est fugitif comme le rêve. Il n'y aura donc plus qu'une religion dans le monde, et le pontife universel déclarera, du haut de la suprême autorité, que les juifs, les mahométans, les bouddhistes, etc., sont des chrétiens mal instruits, dont il est le chef et le père. Il les bénira et les convoquera au grand concile des nations. Il ouvrira pour eux le trésor inépuisable des indulgences et des prières, et donnera réellement et en vérité sa bénédiction à la ville et au monde.
Ce sera alors l'époque du retour de l'enfant prodigue ; il n'a plus rien, mais son frère lui prê- tera, et il travaillera pour reconquérir sa richesse. Ce serai'heureoù les vierges folles, ayant enfin de l'huile dans leurs lampes, reviendront frapper à la porte, et si l'époux refuse de leur ouvrir, les vierges sages leur tendront la main et les feront entrer par la fenêtre ; car le dernier mot du christianisme, c'est solidarité, réversibilité, charité universelle ; et je vous dis en vérité qu'il n'est pas un saint dans le ciel qui ne soit prêt à des-
cendre dans Tenfer, pour en délivrer les pauvres âmesy fallût-il ensuite y rester seul à leur place et en fermer à jamais les portes sur lui. Concevezvous un ciel superposé à un enfer ? un banquet étemel en face d*un étemel bûcher, une maison de paix et de prières sur une cave pleine de sanglots et de tortures ? Un seul rêve doit remplir le sonuneil étemel de chaque juste: la délivrance d'un réprouvé; et si ce rêve était sans espérance, il deviendrait un cauchemar, plus terrible que les supplices mêmes de l'enfer.
C'est ainsi que les gnostiques, c'est-à-dire ceux qui savaimty en d'autres termes, les initiés du christianisme primitif, interprétaient les oracles rendus par lesprit de Jésus-Christ; ils furent suivis par les disciples d'Origène , mais l'Eglise les condamna, et eut raison de les condamner, car ils divulguaient les doctrines secrètes et profanaient les mystères du Maître.
Il ne faut pas, en exagérant l'espérance du vulgaire, ôter à la loi sa sanction terrible, et le dogme de l'étemité de Tenfer n'exprime , après tout, que le divorce étemel entre le bien et le mal.
Les apocryphes, c'est le côté révolutionnaire de l'esprit de Jésus ; son côté hiérarchique, édifiant
et conititoant, a][^irtieiit de droit à rÉglise wsdgnante, dont il ne nous appartient pas d'usurper les fonctions.
A la suite de ces l^endes si naïvement orientales, nous pourrions ranger les récits, évidemment symboliques, de la l^ende dorée, les actes apocryphes des apôtres, l'histoire du géant Ghristo^- phore plié en deux sous le poids mystérieux d'un enfant, le martyre de sainte Foi, de sainte Espé- rance et de sainte Charité, et tant d'autres inspirées par le même esprit et toutes brillantes des mêmes merveilleuses couleurs. Un soufflé d'inspiration nouvelle avait passé sur le monde, et ce souffle était celui de Jésus-Christ. Ce qui distingue les évangiles apocryphes des évangiles canoni** ques, c'est peut-être plus d'audace dans les fictions et moins de prudence dans l'indication des tendances révolutionnaires et radicales ; mais c'est partout le même génie émancipateur du pauvre, protecteur du faible, la mêmetendresse maternelle pour les orphelins de la société, la même foi, humaine parce qu'elle est divine , et divine parce qu'elle est humaine. Les histoires merveilleuses varient, parce que la forme de la parabole
est arbitraire. C'est Tesprit seul qui vivifie. Ces histoires, d'ailleurs, sont essentiellement] uives, et on peut les comparer avec les apologues du Talmud ; onpeutlestaxer d un mysticisme et d'un idéalisme exagérés ; mais quels rêves magnifiques, si on les prend seulement pour des rêves ! Ce sont des photographies d'aspirations collectives; ce sont les paraboles posthumes de Jésus, revivant tout entier dans ses disciples; ce sont les oracles, non pas des tables tournantes, mais des tables eucharistiques, et voilà comment les esprits divins parlent après leur mort, si tant est qu'ils puissent mourir. Mais non, les grandes pensées ne meurent pas et n'ont pas besoin, pour se transmettre, de coups frappés contre les murs. Elles remuent les âmes et non les meubles, elles frappent les cœurs et non les pierres ou les planches ; elles sont comme des arbres qui jettent leur semence et reproduisent des forêts. En vain, on veut les captiver et les circonscrire, elles ont une sève qui fait éclater les barrières et qui renverse les prisons ; elles courent comme l'incendie dans les bois morts. Ne cherchez plus Jésus dans le tombeau où les prêtres l'avaient mis, il est ressuscité; il n'est plus ici, ne cherchez pas le vivant parmi les morts !
Que nous veulent donc ces larves et ces vampires qui, dans des cercles de prétendus spirites, essaient d'amoindrir THomme-Dieu ! Qu'avonsnous à faire d'un Jésus sans divinité et sans miracles ? Ses plus grands miracles ne sont-ils pas ceux de son esprit ? Voulez-vous écrire son histoire ? Écrivez l'histoire du monde transfiguré par son génie. Sa vie, c'est sa doctrine, et sa doctrine vit encore. Je vous donne un Jésus de marbre, a dit Renan. Eh! qu'avons-nous affaire de votre marbre? nous avons un Jésus d'esprit et de chair , son esprit est partout. Sa chair palpite dans la poitrine innocente de nos enfants, son sang réchauffe et rajeunit le cœur de nos vieillards. Philosophe de marbre , gardez votre statue sans âme, et laissez-nous notre Homme-Dieu !
Alfred de Vigny a écrit que la légende est souvent plus vraie que l'histoire, parce que la légende raconte, non les actes souvent incomplets et avortés, mais le génie même des grands hommes et des nations. C'est à l'Evangile surtout qu'il faut rapporter cette belle pensée. L'Evangile n'est pas simplement le récit de ce qui a été, c'est la révé- lation sublime de ce qui est et de ce qui sera tou-
jours. Toujours le Sauveur du moude sera adoré par les rois de Fintelligence , figurés par les mages ; toujours il multipliera le pain eucharistique, pour nourrir et consoler les âmes; toujours, quand nous l'invoquerons dans la nuit et dans la tempête, il viendra à nous en marchant sur les flots, il nous tendra la main et il nous sauvera en nous faisant passer sur la tête des vagues; toujours il guérira nos langueurs et rendra la lumière à nos yeux ; toujours il apparaîtra à ses croyants lumineux et transfiguré sur le Thabor, expliquant la loi de Moïse et réglant le zèle d'ÉUe.
Les miracles de FÉternel sont étemels. Admettre le symbolisme des merveilles de l'Evangile, c'est en agrandir la lumière, c'est en proclamer l'universalité et la durée. Non, ces choses ne se sont point passées telles qu'on les raconte, elles ne se passeront jamais, elles restent éternellement. Les choses qui se passent sont des accidents qui passent, les choses que le génie divin révèle par le symbolisme sont d'immuables vérités.
Lisez les Pères des premiers siècles, passez aux grandes époques du christianisme, écoutez saint
Augastin aspirant à Tinfini, et saint Jérôme songeant au ciel, au bruit de l'empire romain qui s'écroule; écoutez tonner l'éloquence de saint Jean Chrysostome et de saint Ambroise, puis redescendez de là aux divagations spirites de M. Home, ou aux élucubrations panthéistiques d'AUan Kardec , vous sourirez de pitié et de dégoût.
Eh quoi, la mort serait une amère déception ! Les réalités de l'autre vie seraient la dérision de nos aspirations en celle-ci ! Le vrai paradis serait moins resplendissant que celui du Dante, et le véritable enfer moins terrible que son enfer ! Quoi, les esprits désincarnés se promèneraient comme ceux de Swedenborg avec des chapeaux sur la tête, et viendraient obséder les vivants pour leur faire écrire des pauvretés ! Mais vous ne voyez donc pas que l'enfer du moyen âge avec ses horreurs grandioses serait préférable à cette ridicule déchéance des âmes! Que Dieu me torture s'il existe un dieu capable de me torturer, mais qu'il ne me rende pas idiot. J'aimerais mieux le diable et ses cornes que les maisons de Victorien Sardou construites en clefs de sol et en pattes de mouches, et que ces fleurs idéales écloses sous le crayon
des Médiums^ et qui ressemblent à des pustules de lèpre vues au microscope. Réveillez-vous, pauvres spirites, vous ne sentez donc pas que vous avez le cauchemar ?
SECONDE PARTIE
ESPRITS HYPOTHÉTIQUES
THÉORIES DES KABBALISTES SUR LES ANGES, LES DÉ- MONS, ET LES AMES DES MORTS.
Sur les choses que notre science en cette vie ne saurait atteindre on ne peut raisonner que par hypothèses. L'humanité ne peut rien savoir de surhumain, puisque le surhumain est ce qui dé- passe la portée de Thomme ; les phénomènes de décomposition qui accompagnent la mort semblent protester au nom de la science contre ce besoin inné de croire à une autre vie qui a enfanté tant de rêves. La science cependant doit tenir compte de ce besoin, car la nature, qui ne fait rien d'inutile, ne donne pas aux êtres des besoins qui ne doivent pas être satisfaits. La science donc, forcée
d'ignorer, doit supposer au moins l'existence de choses qu'elle ne connaît pas, et ne saurait mettre en doute la continuation de la vie après le phé- nomène de la mort, puisque rien de brusquement interrompu ne se fait remarquer dans le gi*and œuvre de la nature qui, suivant la philosophie d'Hermès, n'agit jamais par soubresauts.
Les choses qui sont au-delà de cette vie peuvent être supposées de deux manières, ou par les calculs del'analogie, ou parles intuitions de l'extase; en d'autres termes, par la raison ou par la folie.
Les sages de la Judée avaient choisi la raison, et ils nous ont laissé dans des livres généralement ignorés leurs magnifiques hypothèses. En les lisant, on comprend tout d'abord que nos croyances en sont sorties comme des fragments inexpliqués, et que l'absurdité apparente de nos dogmes disparaît lorsqu'on les complète par les grandes raisons de ces vieux maîtres. On est étonné aussi d'y trouver réalisées et terminées philosophiquement toutes les aspirations les plus belles et les plus grandioses de notre poésie moderne. Gœthe avait étudié la Kabbale, et l'épopée de Faust est sortie des doctrines du Sohar. Swedenborg, Saint- Simon et Fourier semblent avoir vu la divine
synthèse kabbalistique à travers les ombres et les hallucinations d'un cauchemar plus ou moins étrange, suivant les différents caractères de ces rêveurs. Cette synthèse est en réalité ce que la pensée humaine peut aborder de plus complet et de plus beau.
Les livres qui traitent des esprits suivant les kabbalistes sont la Pnewnatica kabbalistica qui se trouve dans le Kabbala dmvdata du baron de Rosenroth, le Liber de revolutionibus ammarum par Isaac de Loria, le Sepher Druscfdm^ le livre de Mosché de Gorduero,' et quelques autres moins célèbres. Nous en donnons ici, non pas Tabrégé seulement , mais en quelque manière la quintessence. Nous y avons joint les trente-huit dogmes kabbalistiques, tels qu'on peut les voir dans la collection des kabbalistes publiée par Pistorius. Ces dogmes résument à peu près toute la science, et si nous nous sommes contenté d*y joindre une rapide explication, c'est que dans nos précédents ouvrages nous avons développé la science dont ces dogmes sont l'expression.
CHAPITRE I*-
UNITÉ ET SOLroARITÉ DBS ESPRITS.
Suivant les kabbalisteys , Dieu crée éternellement le grand Adam, Thomme universel et complet, qui renferme dans un seul esprit tous les esprits et toutes les âmes.
Les esprits vivent donc à la fois de deux vies. Tune générale, qui leur est commune à tous, et Tautre spéciale et particulière.
La solidarité et la réversibilité chez les esprits tient donc à ce qu'ils vivent réellement les uns dans les autres, illuminés tous des lumières d'un seul, affligés tous à cause des ténèbres d'un seul.
Le grand Adam était figuré par Tarbre de vie, il s'étend au-dessus et en dessous de la terre en branches et en racines ; le tronc c'est Thumanité, les diverses races sont les branches, et les individus innombrables sont des feuilles.
Chaque feuille a sa forme, sa vie particulière et sa part de sève, mais elle ne vit que par la
branche, comme la branche ne vit elle-même que par le tronc.
Les méchants sont les feuilles sèches et les écorces mortes de Tarbre. Ils tombent, se corrompent et se changent en fumier qui retourne à l'arbre par les racines.
Les kabbalistes comparent encore les méchants ou les réprouvés aux excrétions du grand corps de rhumanité.
Ces excrétions servent de fumier à la terre qui donne des fruits pour nourrir le corps ; ainsi la mort retourne toujours à la vie, et le mal même sert au renouvellement et à la nourriture du bien.
La mort ainsi n'existe pas, et l'homme ne sort jamais de la vie universelle. Ceux que nous appelons morts vivent encore en nous, et nous vivons en eux; ils sont sur la terre parce que nous y sonmies, et nous sommes dans le ciel parce qu'ils y sont.
Plus on vit dans les autres, moins on doit craindre de mourir. Notre vie, après là mort, se prolonge sur la terre en ceux que nous aimons, et nous puisons dans le ciel pour la leur donner la sérénité et la paix.
La communion dès esprits du ciel à la terre et de la terre au ciel se fait naturellement sans trouble et sans prodiges ; Tintelligence universelle est comme la lumière du soleil, qui se repose à la fois sur tous les astres, et que les astres se renvoient pour s'éclairer les uns les autres pendant la nuit.
Les saints et les anges n'ont pas besoin de parles ni de bruit pouise faire entendre ; ils pensent dans notre pensée et ils aiment dans ndre cœur.
Le bien qu'ils n'ont pas eu le temps d'accomplir, ils nous le suggèrent et nous le faisons pour eux, ils en jouissent en nous, et nous en partageons avec eux la récompense, car les récompenses de Tesprit s'agrandissent lorsqu'on les partage, et ce qu'on donne à un autre, on le double en soi-même.
Les saints souffrent et travaillent en nous, et ils ne seront heureux que quand l'humanité tout entière sera heureuse, puisqu'ils font partie de l'indivisible humanité.
L'humanité a dans le ciel une tête qui rayonne et qui sourit, sur la terre un corps qui travaille et qui souffre, et dans l'enfer, qui pour nos sages
n'est qu'un purgatoire, des pieds qui sont enchaî- nés et qui brûlot.
Or, la tète d'un corps dont les pieds brûlent ne pdut iotlrire qu'à force de courage, de résignation et d*espérance ; la tête ne peut être joyeuse quand IM pieds brûlent.
Nous sommes tous les membres d'un mtaie corps, et 1 homme qui cherche à supplanter et à détruire un autre homme ressemble à la main dféUte qui, par jalousie, chercherait à couper la main gauche.
Celui qui tue se tue, celui qui injurie s'injarie, criui qiii Yole se vole, celui qui blesse se blesse, car les autres sobt en bous et tious Marnes en eux.
Les riches s'ennuient , se haïssent entre eux et se di^ûtmit de la Tie ; leur richesse même les tor« ture et les accable, parce qu'il y a des pautrai qui manquent de pain.
Les ennuis des riches sont les angoisses des pauvres qui souffrent en eux. Dieu exerce sa j^t^ tiôe par l'intermédiaire de la nature, et sa miidé^ ricorde par l'entremise de ses élus.
Si ta mets ta main au feu, la natum tebtiftléra safiir ^tié; mais un homme charitable pourra ptuntt et guérir ta brûlure.
Ia loi est inflexible, mais la charité est sans bornes
La loi damne, mais la charité pardonne. Par lui-même, le gouffre ne rend jamais sa proie, mais on peut y jeter une corde à celui qui s'est laissé tomber.
CHAPITRE II.
LA HUHSÏTIÔN DÈS ESPRITS OU LE MtSTÊRE DÉ Là
MORT.
Quand Thomme s'endort du dernier sommeil, il tombe d abord dans une sorte de rêve avant de 86 réveiller de lautre côté de la vie.
Chacun voit alors dans un beau soi^ ou dans un terrible cauchemar le paradis ou Tenfer aux-^ quels il a cru pendant son existence mortelle.
C'est pour cela que souvent Tàme épouvantée •e rejette violemment dans la vie qu elle vient dé quitter, et que des morts, bien morts lorsqu'on ka a ensevelis, se réveillent vivants sens la tomke»
L'âme alors, n'osant plus mourir, se consume en efforts inouïs pour conserver la vie en quelque sorte légumineuse de sou cadavre.
Elle aspire pendant leur sommeil la vigueur fluidique des vivants et la transmet au coips enterré dont les cheveux poussent comme une herbe vénéneuse et dont un sang rouge colore les lèvres.
Ces morts sont devenus des vampires; ils vivent conservés par une maladie posthume qui a sa crise comme les autres, et qui finit par des convulsions horribles pendant lesquelles le vampire, pour tâcher de s'anéantir lui-même, se dé- vore les bras et les mains.
Les personnes sujettes au cauchemar peuvent se faire une idée de l'horreur des visions infernales. Ces visions sont le châtiment d'une croyance atroce et assiègent surtout les croyants superstitieux et les ascètes fanatiques : l'imagination s'est créé des tourmenteurs, et ces monstres, dans le délire qui suit la mort, apparaissent à Tâme avec une effroyable réalité, Tentourent, l'attaquent, et la déchirent en cherchant à la dévorer.
Le sage, au contraire, est accueilli par des
visions heureuses, il croit voir ses amis d'autrefois venir au devant de lui et lui sourire. Mais tout cela, avons-nous dit, n'est qu'un rêve, et l'âme ne tarde pas à se réveiller.
Alors elle a changé de milieu, elle est audessus de l'atmosphère qui s'est solidifiée sous les pieds de son enveloppe devenue plus légère. Cette enveloppe est plus ou moins lourde, il en est qui ne peuvent s'élever au-dessus de leur nouveau sol ; il en est d'autres au contraire qui montent et planent à volonté dans l'espace comme des aigles.
Mais des liens de sympathie les rattachent tou^ jours à la terre sur laquelle ils ont vécu, et sur laquelle ils se sentent vivre plus que jamais, parce que, le corps qui les isolait étant détruit, ils ont conscience de la vie universelle et prennent part aux joies et aux souffrances de tous les hommes.
Us voient Dieu tel qu'il est, c'est-à-dire présent partout dans la justesse infinie des lois de la nature, dans la justice qui triomphe toujours à travers tout ce qui arrive, et dans la charité infinie qui est la communion des élus. Ils souffrent, avons-nous dit, mais ils espèrent parce qu'ils
aiiuetit, et ils se trotivent heureux de souffrir. Ils M¥Ouretit pftisiblement la douce amertume du Mcriflee et sont les membres glorieux, mais sai^ gnants toujours, de la grande victime éternèlld.
Les esprits créés h l'image et à la ressemblance de Dieu sont créateurs comme lui, mais, comme lui, ils ne peuvent créer que leurs images. Les volontés audacieuses et déréglées produisent des larves et des fantômes, l'imagination a le pouvoir de former des coagulations aériennes et électron magnétiques qui reflètent un instant les pensées, et surtout les erreurs de l'homme ou du cercle d'hommes qui les met au monde. Ces créations d'avortons excentriques épuisent la raison et la vie de ceux qui les font naître, et ont pour caractère général la stupidité et la malfaisance, parce qu'elles sont les tristes fruits de la volonté dé- réglée.
Ceux qui n'ont pas cultivé leur intelligence pendant leur existence restent, après la mort, dans un état de torpeur et d'engourdissement plein d'angoisses et d'inquiétude ; ils ont peine à reprendre conscience d'eux-mêmes, ils sont dans le vide et dans la nuit, ne pouvant ni monter, ni descendre, et incapables de correspondre soit avec
le ciel, soit avec U terre. Ils sont tirés peu à peu da eet état par les élus qui les instruisent, les consolent et les éclairent, puis ils obtiennent d'être admis h de nouTçUes épreuves dont la nature nous est inconnue, car il est imposiiiMe que le même homme renaisse deux fois sur la même terre. Une feuille d'arbre, une fois tom^ bée, ne se rattache plus à la branche. La chenille devient papillon, mais le papillon ne rederiant Jamais chenille. La nature ferme les portes derrière tout ce qui passe et pousse la vie en avant. Le môme morcrau de pain ne saurait 6tre mangé et digéré deux fois. Les formes passent, la peor sée reste et ne reprend plus ce qu'dle a usé une fois.
CHAPITRE m.
DE LA HIÉRARCHIE ET DE I4A CLASSIFICATION DES
ESPRITS.
Il existe des esprits élevés, il en est d'infé- rieurs, il en existe aussi des médiocres.
Parmi les esprits élevés, on peut distiaguer aussi les plus élevés, les moins élevés, et ceux qui tiemient le milieu.
Il en est de même pour les esprits médiocres et pour les esprits inférieurs.
Ceci nous donne trois classes et neuf caté- gories pour les esprits.
Cette hiérarchie naturelle des honunes a (ait supposer par analogie les trois rangs éi les neuf chœurs des anges, puis, par inver^on, les trois cardes et les neuf d^rés de Tenfer.
Voici ce que nous lisons dans une anci^me Glavicnle de Salomon, traduite pour la première fois de l'hébreu :
« Je te donnerai maintenant la clé du royaume des fôprits.
Cette clé est la même que celle des nombres mystérieux de Jézirah.
Les esprits sont r^s par la hiérarchie naturelle et universelle des choses.
Trois commandent à trois par le moyen de trois.
Il y a les esprits d'en haut, ceux d'en bas, et ceux du milieu ; puis, si vous retournez l'écheUe sainte , si vous creusez au lieu de monter , vous
trouTez la contre-hiérarchie des écorces ou des esprits morts.
Sache seulement que les principautés du ciel, les vertus et les puissances ne sont pas des personnes, mais des dignités.
Ce sont les d^rés de l'échelle sainte le long de laquelle montent et descendent les esprits.
Alichaël, Gabriel, Raphaël et les autres ne sont pas des noms, mais des titres.
Le premier des nombres, cest un.
La première des conceptions divines nommées Sépkiroth^ c'est Keter ou la couronne.
La première catégorie des esprits est celle d'Hajoth Haccadosch ou es ilntelligences du té- tragramme divin dont les lettres sont figurées dans la prophétie d'Ézéchiel par des animaux mystérieux.
Leur empire est celui de l'unité et de la synthèse.
Us correspondent à l'intelligence.
Us ont pour adversaires les Thamiel ou bicé- phales, démons de la révolte et de l'anarchie, dont les deux chefs toujours en guerre l'un conti*e l'autre sont Satan et Moloch,
. Le second nombre est deux, la seconde SéphÎFe est Clwcmah ou la sagesse.
Les esprits de sagesse sont les Ophanim^ nom qui signifie les roues, parce que tout fonctionne dans le ciel comme d'immenses rouages semés d*étoiles. Leur empire est oelui de rharmonie. ils correspondent à la raison.
Ils ont pour adversaires les Chaigidel ou le» écorees qui s'attachent aux apparences matéiMles et mensongères. Leur chef ou plutôt leur guide, car les mauvais esprits n'obéissent à personne, est Béelzébub, dont le nom signifie le Uieu des mouches, parce que les mouches fourmillât pir les cadavres en putréfaction.
Le troisième nombre est trois.
La troisième Séphire est Bikah ou rint^li* gence.
Les esprits de Binah sont les Aralim ou |m forts.
Leur empire est la création des idées ; ils cor^ respondent à Tactivité et à l'énergie de la prisée.
Ils ont pour adversaires les Satari^l ou vélateurs, démons de l'absurdité, de l'inertie intellect tuelle et du mystère.
Le chef des Satariel est Lumfuge^ appdé faii«-
sèment et par antiplirase Lucifer^ comme les Euménides, qui sont les furies, sont appelées en grec les Oraeieuses.
Le quatrième nombre est quatre ; la quatrième Séphire est Géduiah ou Chesed, la magnificence ou la bonté.
Les esprits de Oédulah sont les Haschmalim ou les lucides.
Leur empire est celui de la bienfaisance ; ils correspondent à l'imagination.
Ils ont pour adversaires les Gamehicoth ou les perturbateurs des âmes.
Le chef ou le guide de ces démons est Astaroth ou Astarté, la Vénus impure des Syriens , qu'on représente avec une tête d'âne ou de taureau et des niamelles de femme.
Le cinquième nombre est cinq, la cinquième Séphire est Géburah ou la justice.
Les esprits de Géburah sont les Séraphim ou les esprits brûlants de zèle.
Leur empire est celui du châtiment des crimes.
Ils 'correspondent à la faculté de comparer et de choisir.
Ils ont pour adversaires les Galab ou incendiaires, génies de la colère et des séditions, dont
le chef est Asmodée, qu'on appelle aussi le Sa-- maJêl noir.
Le sixième nombre est six ; la sixième Séphire est TiPHERETH, la suprême beauté.
Les esprits de Tiphereth sont les Mcdachim ou les rois.
Leur empire est celui de l'harmonie universelle.
Ils correspondent au jugement.
Ils ont pour adversaires les Tagaririm ou les disputeurs, dont le chef est Belphégor.
Le septième nombre est sept ; la septième Sé- phire est Netsah ou la victoire ; les esprits de Netsah sont les Eldim ou les dieux, c'est-^-dire les représentants de Dieu.
Leur empire est celui du progrès et de la vie; ils correspondent au sensoriwn ou à la sensibilité.
Us ont pour adversaires les Harab-Sérapel ou les corbeaux de la mort, dont le chef est Baal.
Le huitième nombre est huit ; la huitième Sé- phire est HoD ou Tordre éternel ; les esprits de Hod sont les Beni-Eldim ou les fils des dieux.
Leur empire est celui de Tordre; ils correspondent au sens intime ; ils ont pour adversaires les
Samaël ou les batailleurs, dont le chef est Adrainelech.
Le neuvième nombre est neuf; la neuvième Séphire est Jésod ou le principe fondamental.
Les esprits de Jésod sont les Ghérubim ou les anges, puissances qui fécondent la terre et qu'on représente dans le symbolisme hébreu sous la figure de taureaux.
Leur empire est celui de la fécondité.
Ils correspondent aux idées vraies.
Us ont pour adversaires les Gamaliel ou les obscènes, dont la reine Lilith est le démon des avortements.
Le dixième nombre est dix ; la dixième Séphire est Mâlchuth ou le royaume des formes.
Les esprits de Mâlchuth sont les Ischim ou les virils, ce sont les âmes des saints, dont le chef est
Us ont pour adversaires les méchants qui obéissent à Nahéma, le démon de l'impureté.
Les méchants sont figurés par les cinq peuples maudits que Josué devait détruire.
(I) N*ouliiions pas que c*€sl Salomon qui parle.
Josué ou Jéhosua le sauveur est la figure du Messie.
Son nom se compose des lettres du tétragramme divin changé en pentagramme par l'addition de la lettre Schin mijfpp.
Chaque lettre de ce pentagramme représente une puissance du bien attaquée par un^ des cinq peuples maudits.
Car rhistoire réelle du peuple de Dieu est la légende all^orique de rhumânité.
Les cinq peuples maudits sont les Amalécites ou les agresseurs, — les Géburim ou les violents, — les Raphàim ou les lâches, *-^ les NèphiUm ou les voluptueux, — et les Anacim ou les anarchistes.
Les anarchistes sont vaincus par le Jod, qui est le sceptre du père.
Les violenta sont vaincus par le He, qui est la douceur de la mère.
Les lâches sont vaincus par le Vau, qui est le glaive de Michaël et la génération par le travail et la douleur.
Les voluptueux sont vaincus par le second He, qui est Tenfantement douloureux de la mère.
Les agresseurs enfin sont vaincus par le Schin, qui est le feu du Seigneur et la loi équilibrante dfi la justice.
Les princes des esprits pervers sont les faux dieux qu'ils adorent.
L'enfer n'a donc d'autre gouvernement que la loi fatale qui punit la perversité et qui corrige l'erreur, car les faux dieux n'existent que dans l'opinion fausse de leurs adorateurs.
Baal, Belph^or, Moloch, Adramelech ont été les idoles des Syriens; idoles 8«ms âme, idoles maintenant anéanties et dont le nom seul est restée
Le vrai Dieu a vaincu tous ces démons comme la vérité triomphe de Terreur. Cela s'est passé dans l'opinion des hommes, et les guerres de Michaël contre Satan sont des figures du mouve«^ m^it et du progrès des esprits.
Le diable est toujours un dieu de rebut.
Les idolâtries accréditées sont des religions dans leur temps.
Les idolâtries surannées sont des superstitions et des sacrilèges.
Le panthéon des fantômes à la mode, c'est le ckd des ignorants.
L'égout des fantômes dont la folie même ne * veut plus, c'est Tenfer.
Mais tout cela n'existe que dans rimagination du vulgaire.
Pour les sages, le ciel c'est la suprême raison, et l'enfer c'est la folie.
On comprend que nous employons ici le mot ciel dans le sens mystique qu'on lui donne en l'opposant au mot enfer.
Pour évoquer les fantômes, il suffit de s enivrer ou de se rendre fou . Les fantômes sont les compagnons de l'ivresse et dû vertige.
Le phosphore de l'imagination abandonnée à tous les caprices des nerfs surexcités et malades se remplit de monstres et de visions absurdes.
On arrive aussi à l'hallucination en mêlant la veille au sommeil par l'usage gradué des excitants et des narcotiques ; mais de pareilles œuvres sont des crimes contre nature.
La sagesse chasse les fantômes et nous fait com-< muniquer avec les esprits supérieurs par la contemplation des lois de la nature et l'étude des nombres sacrês. »
Ici le roi Schlomoh s'adresse à son fils Roboam.
• H Souviens-toi , mou lils Roboam , que la crainte d'Adonaï n'est que le commencement de la sagesse.
c< Maintiens et conserve ceux qui n'ont pas rintelligence dans la crainte d'Adonaï , qui te donnera et te conservera ma couronne.
« Mais apprends à triompher toi-même de la crainte par la sagesse, et les esprits descendront du ciel pour te servir.
« Moi, Salomon, ton père, roi d'Israël et* de Palmyre, j'ai recherché et obtenu en partage la sainte Ghocmah qui est la sagesse d'Adonaï.
« Et je suis devenu le roi des esprits tant du ciel que de la terre, le maître des habitants de l'air et des âmes vivantes de la mer, parce que je possédais la clé des portes occultes de la lumière.
« J'ai accompli de grandes choses par la vertu du Schéma Hamphorasch et par les trente-deux voies de Jézirah.
« Le nombre, le poids et la mesure déterminent la forme des choses : la substance est une, et Dieu la crée éternellement.
a Heureux celui qui connaît les lettres et les nombres.
« Les lettres sont des nombres, et les nombrelir des idées, et les idées des forces, et les forces des Eloïm. La synthèse des Eloïm, c'est le Schéma.
« Le Schéma est un, ses colonnes sont deux, sa puissance est trois, sa forme est quatre, son reflet donne huit, qui multiplié par trois tous donne les vingt-quatre trônes de la sagesse.
« Sur chaque trône repose une couronne à trois fleurons, chaque fleuron porte un nom, chaque nom est une idée absolue. Il y a soixante-douze noms sur les vingt-quatre couronnes du Schéma.
« Tu écriras ces noms sur trente-six talismans, deux sur chaque talisman, un sur chaque côté.
« Tu diviseras ces talismans en quatre séries de neuf chacune, suivant le nombre des lettres du Schéma.
« Sur la première série tu graveras la lettre Jod figurée par la verge fleurie d'Aaron, sur la seconde la lettre He, figurée par la coupe de Joseph.
« Sur la troisième, le Vau figuré par Tépée de
David, mon père.
« Et sur la quatrième, le He final, figuré par le sicle d'or.
(( Les trente-six talismans seront un livre qui
contiendra tous les secrets de la nature. Et par
^leurs diverses combinaisons tu feras parler les génies et les anges. »
(Ici s'arrête le fragment de la Clavicule de Sa-* lomon.)
CHAPITRE IV.
LES DOGMES KABBÂLISTIQUES
[tirés de la collection des Kabbalistes de Pistorius),
Novem sunt hierarchiœ. Neuf est le nombre hiérarchique.
C'est ce que nous avons expliqué dans le chapitre précédent.
Schéma mùericordiam dicit^ 9ed et judicium.
Le nom divin signifie miséricorde, parce qu'il veut dire
jugement.
L'infini, exerçant sa puissance sur le fini, doit nécessairement punir pour corriger et non pour se venger. Les forces du péché n'excèdent pas celles du pécheur, et si le châtiment était plus grand que l'offense, le punisseur devenu boui^
reau serait le véritable criminel, tout à fait inex- # cusable et digne seulement lui-même d'un éternel supplice. Le torturé outre mesure, agrandi par Tinfini de la peine, deviendrait Dieu, et c'est ce que les anciens ont figuré par Prométhée qu'immortalisent les morsures de sou vautour et qui doit détrôner Jupiter.
Peccaium Adœ fuit truncatio Malchuth ab arbore
sephirotica.
Le péché d'Adam, c'est Malchuth tombé de l'arbre
séphirotiqae.
Pour avoir une existence personnelle et indé- pendante, l'homme a dû se détacher de Dieu. C'est ce qui arrive à la naissance. Un enfant qui vient au monde est un esprit qui se détache du sein de Dieu pour venir goûter le fruit de l'arbre de la science et jouir de la liberté. C'est pourquoi Dieu lui donne une tunique de chair. Il est condamné à mort par sa naissance même qui est son péché; mais, par ce péché qui l'é- mancipé, il force Dieu à le racheter et il devient le conquérant de la véritable vie qui n'existe pas sans la liberté.
Cum arbore peccatï Deus creavit seculum.
L'arbre du péché a été Tinstrument de la création
du monde.
Les passions de l'homme lexcitent au combat cJe la vie ; mais elles lentraîneraient à sa perte 5^'il n'avait pas la raison pour les vaincre et les sisservir. C'est ainsi que se crée en lui la vertu qui ^st la force morale, et les tentations sont nécessaires pour cela. Car la force ne se produit qu'en :raison de la résistance. C'est ainsi que, suivant le Sohar, Dieu pour créer le relatif a fait un trou dans l'absolu. Le temps semble une lacune dans l'éternité, et il est dit dans la Bible que Dieu se Tepentit d'avoir fait l'homme. Or, on ne se repent que d'une faute, et la création est pour ainsi dire le péché de Dieu même.
Magnus aquilo fons est animarum. Le grand aquilon est la source des âmes.
La vie a besoin de chaleur. Les peuples émigrent du nord au midi, et les âmes inertes ont soif d'activité. C'est pQur trouver cette activité
qu'elles viennent au monde. Elles ont froid dans leur inaction primitive, car leur création est inachevée. L'homme doit coopérer à sa création. Dieu le commence, mais lui-même il doit se finir. S'il ne devait ni naître, ni mourir, il dormirait absorbé dans l'éternité de Dieu, et ne serait jamais le conquérant de sa propre immoF- talité.
Cœlum est Keter. Le ciel est Keter (la Couronne).
Les kabbalistes n'ont pas de nom pour désigner le monarque suprême, ils ne parlent que de la couronne qui prouve l'existence du roi, et disent ici que cette couronne c'est le cieL
Animœ a tertio lumine ad quartam descendunty inde ad quintam ascendunt. Dies unm. Post mortem noctem subintrant.
Les âmes filles de la troisième lumière descendent jusqu'à la quatrième, puis elles s'élèvent à la cinquième, . et c'est un jour. Quand la mort arrive, c'est la nuit.
En Dieu comme dans l'humanité, le nombre trois exprime la génération, Tamour; c'est la
troisième personDe ou conception divine, c'est ce que le kabbaliste veut exprimer par cette troisième lumière, d'où descendent les âmes pour arriver à la quatrième, qui est la vie naturelle et élémentaire. De là elles doivent s'élever à cinq qui est l'étoile pentagrammatique, le symbole de la quintessence, le symbole de la volonté qui dirige les éléments. Puis il compare une exis* tence à un jour suivi d'une nuit pour faire pressentir un réveil suivi d'une eidstence nouvelle.
Sex dies geneseos sunt sex litterœ Bereschith. Les six jours de la Genèse sont les six lettres du mot
Paradisus est arbor Sephiricus, In medio magnus Adam
est Tiphereth.
Le paradis, c'est Tarbre Séphirique ; le grand Adam qu.
est au milieu est Tiphereth.
Quatuor flumina ex uno fonte. In medio unius sunt sex
et dat decem.
Les quatre sources d'Ëden sortent d'une source au milieu de laquelle il y en a six^ et le tout donne dix.
Ces trois articles signifient que Thistoire du paradis terrestre est une allégorie. Le paradis terrestre, c'est la vérité sur la terre. La description que donne la Bible de ce jardin contient les nombres sacrés de la Kabbale. L'histoire de la création du monde, qui précède la description d'Eden, est moins un récit qu'un symbole exprimant les lois éternelles de la création, dont le résumé est contenu dans les six lettres hiéroglyphiques du mot n^iîfiCl!3-
Factura fatum quia fatum verbum est.
Un fait est une fatalité, parce qu'ime fatalité est une
Une raison suprême dirige tout, et il n'y a point de fatalité : tout ce qui est devait être. Tout ce qui arrive doit arriver. Un fait accompli est irrévocable comme le destin; mais le destin, c'est la raison de l'intelligence suprême.
Portœ jubilœum sunt. Les portes sont un jubilé.
Il y a cinquante portes de la science suivant les kabbalistes, c'est-à-dire une classification
générale en cinq séries de dix sciences particulières formant ensemble la science générale et mÛTerselle. Lorsqu'on a parcouru toutes ces séries, on entre dans la jubUation du vrai saToir, figurée par le grand jubilé qui a lieu tous les cinquante ans.
Abraham semper vertitur ad ausirum^ Abraham se toorne tonjonrs vers le vent du midi.
C'est-à-dire vers le vent qui amène la pluie. Les doctrines d'Abraham, c'est-à-dire de la Kabbalah, sont des doctrines toujours fécondes. Israël est le peuple des idées réelles et du travail productif. Conservant le dépôt de la vérité souffrante avec une admirable patience, travaillant avec une rare sagacité et une infatigable industrie, le peuple de Dieu doit faire la conquête du monde.
Per additùmem He Abraham genuit C'est par Taddition de He qu'Abraham est devenu père.
Abraham se nommait d'abord Abram. Dieu ajouta, dit la Bible, un He à son nom eu lui
annonçant qu'il serait le père de la multitude* Le He est la lettre féminine du tétragramme divin. Il représente le verbe et sa fécondité, il est le signe hiéroglyphique de la réalisation.
Le dogme d'Abraham est absolu, et son prin* cipe est essentiellement réalisateur.
Les juifs en religion ne rêvent pas, ils pensent, et leur action tend toujours à la multiplication, tant de la famille que des richesses qui entretiennent la famille et lui permettent de s'augmenter.
Omnes ante Mosemper unicomem prophetavertmt.
Tous les prophètes qui sont venus avant Moïse n'ont juré
que par la licorne.
G'est-à-dire n'ont vu qu'un côté de la vérité. La corne, dans le symbolisme hébreu, signifie la puissance, et surtout la puissance de la pensée. La licorne, animal fabuleux qui n'a qu'une corne au milieu du front, est la figure de l'idéal ; le taureau au contraire ou le chérub est le symbole de la force qui est dans la réalité. C'est pour cela que Jupiter Ammon, Osiris, Isis, sont repré- sentés avec deux cornes au front ; c'est pour cela
que Moïse est aussi figuré avec deux cornes, dont Tune est la trompette du Verbe et l'autre la corne d'abondance.
Mas et fœmina sunt Tiphereth et Malchut h.
L'homme et la femme sont la beauté de Dieu et son
royaume.
La beauté révèle Dieu. La nature se montre fille de Dieu, parce qu'elle est belle. On a dit que le beau est la splendeur du vrai, et cette splendeur éclaire le monde, elle est sa raison d'être. Ce beau, c'est l'idéal, mais cet idéal n'est vrai qu'autant qu'il se réalise. L'idéal divin est comme le mari de la nature, c'est lui qui la rend amoureuse et qui la fait devenir mère.
Copula cum Tiphereth et generatio tua benedicetur. Épouse la suprême beauté, et ta génération sera bénie.
Si le mariage est saint, la postérité sera sainte. Les enfants naissent vicieux, lorsqu'ils sont con- çus dans le péché. Il faut relever et ennoblir l'amour pour sanctifier le mariage. Si les êtres humains en se rapprochant cèdent à un instinct qui leur est commun avec les animaux, ils enfan-
teront des animaux à forme humaine. Le vrai mariage unit à la fois les âmes, les esprits et les corps, et les enfants qui eu proviennent seront bénis.
Dœmon est Deus tnversus. Le diable, c'est Diea retourné.
Le diable n'est que Tantithèse de Dieu, et s'il pouvait avoir une existence réelle, Dieu certainement n'existerait pas.
Le diable est menteur comme son père, a dit Jésus. Or, quel est le père du diable? Le père du diable, c'est le mensonge. Le diable nie ce que Dieu affirme. La conséquence de cela, c'est que Dieu nie ce que le diable ose affirmer. Le diable affirme sa propre existence, et Dieu, en faisant toujours triompher le bien, donne à Satan un démenti éternel.
Duo erunt xinum, Quod intra est fiet extra et nox sicut
dies illuminabitur.
Deux ne feront qu'un. Ce qui est au dedans se produira au dehors, et la nuit sera éclairée comme le jour.
Dieu et la nature, l'autorité et la liberté, la foi et la raison, la religion et la science, sont des
principes éternels qu'on n'est pas encore parvenu à concilier. Ils existent pourtant, et puisqu'ils ne peuvent s'entre-détruire, il faut bien qu'ils se concilient.
Le moyen de les concilier, c'est de les bien distinguer et de les équilibrer Tun par l'autre. L'ombre est nécessaire à la lumière. Ce sont les nuits qui marquent et mesurent les jours. Que la femme ne cherche pas à se faire homme et que l'homme n'usurpe jamais l'empire de la femme, mais que tous deux ils s'unissent pour se compléter. Plus la femme reste femme, plus elle mérite l'amour de l'homme ; plus l'homme est homme, plus il inspire de confiance à la femme.
La raison, c'estl'homme; la foi, c'est la femme.
L'homme doit laisser à la femme ses mystères, la femme doit laisser à l'homme cette indépendance qu'il aime à lui sacrifier. Que le père ne discute jamais les droits de la mère dans son domaine maternel; mais que la mère n'attente jamais à la souveraineté paternelle de l'homme. Plus ils se respecteront l'un l'autre, plus étroitement ils s'uniront. Voilà la solution ^u problème.
Pœnitentia non est verbum. Se repentir, ce n'est pas agir.
La vraie pénitence ne consiste ni dans les regrets ni dans les larmes. Lorsqu'on s'aperçoit qu'on fait mal, il faut se retourner immédiatement et bien faire. A quoi bon, si j'ai pris une fausse route, me frapper la poitrine et me mettre à pleurer comme un enfant ou comme un lâche? Il faut revenir sur mes pas et courir pour regagner le temps perdu.
Excelsi sunt aqua australis et ignis septemtrtonali$ et
prœfecti eorum. SUe.
L'eau est reine dans le Midi^ et le feu dans le Nord. Garde le silence sur cet arcane.
Gardons le silence, puisque les mattres le commandent. Ajoutons seulement à leur formule celles-ci, qui peuvent servir à l'expliquer :
L'harmonie résulte .de l'analogie des contraires ;
Les contraires sont gouvernés par les contraires au moyen de l'harmonie ;
Le roi des hannonies est le maître de la nature.
InprindpiOj idest in Chocmah. Au conunencemeiit^ c'est-à-dire par la sagesse
La sagesse est le principe de tout ce qui existe éternellement, tout commence et finit par elle, et quand l'Écriture sacrée parle d un commencement, elle désigne la sagesse éternelle. Au commencement était le Verbe, c'est-à-dire dans la sagesse étemelle était le Verbe. Supposer que Dieu, après une éternité d'inaction, s'est décidé à créer, c'est supposer deux énormes absurdités : l'une éternité qui finit; 2® un Dieu qui change. Le mot Bereschith qui commence la Genèse signifie littéralement dans la tête ou par la tête, c'est-à-dire dans la pensée ou par la pensée, qui en Dieu est la sagesse étemelle
VUb œtemitatis sunt triginta duo. U y a trente-deux voies qui conduisent à TÉtemeL
Ces trente-deux voies sont les dix nombres ^et les vingt-deux lettres.
Aux dix nombres se rattache/?! des idées absolues, comme à r unité Têtre; à deux, l'équilibre; à trois, la génération, etc.
Les lettres représentent les nombres en hébreu, et les combinaisons de lettres donnent des combinaisons de nombres et aussi d'idées qui suivent avec exactitude les évolutions des nombres; ce qui fait de la philosophie occulte une science exacte qu'on pourrait appeler l'arithmétique de la pensée.
Le livre occulte qui sert à ces combinaisons est le Tarot, composé de vingt-deux figures allé- goriques des lettres et des nombres et de quatre séries de dix portant les symboles analogues aux quatre lettres du nom divin le Schéma tétragrammatique.
Ces séries peuvent se réduire chacune à neuf, puisqu'il n'y a, en effet, que neuf chiffres, et que le dénaire est la répétition de l'unité.
Quatre fois neuf donne trente-six, nombre des talismans de Salomon, et sur chaque talisman il y avait deux noms mystérieux , ce qui donne les soixante et douze noms du Scheniah hamphorasch.
M. deMirville demande à qui nous persuaderons que le Tarot avec ses figures païennes soit '
le Schéma hamphorasch des mbbins. Nous ne Toulons le persuader à personne. Nous sommes en mesure de le prouver à qui voudra prendre la peine de Fétudier avec nous.
Il est vrai que les figures païennes, égyptiennes, etc., n'appartiennent pas au judaïsme orthodoxe. Le Tarot existait dans Tlnde, dans rÉgypte et même dans la Chine, en même temps que chez les Hébreux. Celui qui est venu jusqu'à nous est le Tarot samaritain. Les idées sont juives, mais les symboles sont profanes et se rapprochent beaucoup des hiéroglypies de TÉgypte et du mysticisme de l'Inde.
Justi aquœ^ Deus mare* . Les justes sont les eaux, Dieu est la mer.
Toutes les eaux vont à la mer et toutes eu
viennent, mais toutes les eaux ne sont pas la mer.
Ainsi, les esprits viennent de Dieu et retournent
à Dieu, mais ils ne sont pas Dieu. L'espi it imiver-
sel, l'univers vivant, l'idole du panthéisme n'est
pas Dieu. L'être infini animé d'une vie infinie
révèle Dieu et n'est pas Dieu. En tant que principe
de l'être et des gtres, Dieu ne saurait être assimilé ni à. Têtre ni à aucun des êtres. Qu'est-ce donc que Dieu? C'est Tincompréhensible sans lequel on ne comprend rien. C est celui que la foi affirme sans le voir, pour donner une base à la science. C'est la lumière invisible dont toute lumière visible est Tombre. C'est ce que le génie humain rêve éternellement en sentant que luimême il n'est que le rêve de son rêve. L'honmie fait Dieu à son image et à sa ressemblance, et il s'éca'ie : C'est ainsi que Dieu m'avait fait. C'^t idnsi que Dieu se faif homme. C'est ainsi que l'homme se fait Dieu. Cherchons Dieu dans l'humanité, et nous trouverons l'humanité en
Angeli appareniiarum sunt volatiles cœli et animantid.
Les oiseaux du ciel et les animaux de la terre sont les
anges de la forme extérieure.
Les animaux sont innocents et vivent d'une yie fatale; ils sont les esclaves de la nature extérieure et itiférieure, conmie les anges sont les serviteurs et la nature divine et supérirare; ils portent les
figures analytiques de la pensée qtti se synthétise , dansThomme; ils représentent les forces spécifiées de la nature ; ils sont venus dans le monde avant l'homme pour annoncer au monde la venue prochaine de Thomme, et sont les auxiliaires de son corps comme les anges du ciel sont les auxiliaires de son âme. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. La série distri^bue l'harmonie, et l'harmonie résulte de l'analogie des contraires.
Litterœ nominis sunt Dmielis régna. Les lettres du tétragramme sout les royaumes de Daniel.
Les animaux d'Ézéchiel figurent les forces cé- lestes, et ceux de Daniel représentent les puissances de la terre. Il y en a quatre, suivant le nombre des éléments et des points cardinaux. L'Éden de Moïse, jardin circulaire divisé en quatre par quatre fleuves qui coulent d'une source centrale, la plaine éirculaire d'Ëzéchiel [cireum Aixit me m gyro) vivifiée par les quatre vents, et l'ooten de Daniel dont lliorizon firculaire est
partagé par quatre animaux, sont des symboles analogues les uns aux autres et contenus dans les quatre lettres hiéroglyphiques qui composent le nom de Jéhovah.
Àngelus sex alas kabens non iransformatur. L'ange qui a six ailes ne se transforme jamais.
L'esprit parfatitement équilibré ne change plus. Les cieux symboliques sont au nombre de trois : le ciel divin, le ciel pt|ilosophique, et le ciel naturel. Les ailes de la vraie contemplation, celles &e la pensée éclairée et celles de la science conforme à Têtre, voilà les six ailes qui donnent la stabilité aux esprits et qui les empêchent de se transformer.
Liiierœ sunt hieroglyphicœ in afnniàus.
Les lettres sacrées, sont des hiéroglyphes complets qui
expriment toutes les idées.
En sorte que par les combinaisons de ces lettres, qui sont aussi des nombres, on obtient des combinaisons d'idées toujours nouvelles et rigoureu-
sèment exactes comme des opérations d'arithmé- tique, ce qui est la plus grande merveille et la suprême puissance de la science kabbalistique.
Absconde faciem tuam et ora. Voile ta face pour prier.
C'est l'usage des Juifs, qui, pour prier avec plus de recueillement, enveloppent leur tète d* un voile qu'ils appellent thalith. Ce voile est originaire de l'Egypte et ressemble à celui d'Isis. Il signifie que les choses saintes doivent être cachées aux profanes, et que chacun ne doit compte qu'à Dieu des pensées secrètes de son cœur.
Nulla res spiritualù descendit sine indumento. L'esprit ne descend jamais sans vêtement.
Les vêtements de Tesprit sont en raison des milieux qu'il traverse. Gomme la légèreté ou la pesanteur des corps les fait monter ou descendre, ainsi l'esprit se revêt pour descendre et se dé- pouille pour monter. Nous ne saurions vivre dans l'eau , et les esprits dégagés des corps terrestres
ne iauraient vivre dans notre atmosphère, comme nous l'avons dit et répété ailleurs.
Extrinsecus timor est infertor amore, sed inirinsecus
iupmor.
Extérieurement la ioraiiite est inférieure à l'amour, mais intérieurement l'amour est inférieur à la crainte.
Il y a deux craintes, la crainte intéressée et la crainte désintéressée, la crainte de la peine et celle du mal.
Or, la crainte dn mal, étant Tamour de la justice tout pur et désintéressé, est plus noble que l'amour intéressé de ceux qui ne font le bien que par l'attrait des récompenses.
Nasus discernit proprietates. Le nez discerne les propriétés.
Dans le symbolisme du Sohar^ la longanimité divine est figurée par la longueur du nez qu'on donne à l'image allégorique de Dieu. L'humanité au contraire est représentée avec un nez court,
parce qu'elle comprend peu et s'irrite facîlemeût. En style vulgaire, avoir du nez signifie avoir de la finesse dans le jugement et du tact dans la conduite de la vie. L'odorat du chien est une sorte de divination. Pressentir, c'est en quelque manière flairer.
Anima bona, anima nova filia (Mentis. L*àme bonne est une âme neuve qui vient de Torient.
Il y a deux bontés : la bonté originelle qui est l'innocence, et la bonté acquise qui est la vertu. L'âme nouvelle, fille de l'Orient, est pure comme le jour qui se lève, mais elle doit traverser Té- preuve oti sa candeur se ternira, puis elle devra se purifier par le sacrifice. Tout cela se fera-t-il dans une seule ou dans plusieurs incarnations? C'est ce qu'il nous est difficile de savoir. Nous avons dit pourquoi les incarnations successives nous semblent impossibles; ajoutons que les kabbalistes du premier ordre ne les ont jamais admises. Au lieu de réincarnation, ils admettent Tembryonnat, c'est-à-dire l'union intime de deux âmes, l'une déjà trépassée, et l'autre encore vi-
Yante sur la terre; celui qui est mort ayant encore des devoirs à accomplir sur la terre et le faisant par l'intermédiaire du vivant. De cette manière les personnalités restent intactes, et Élie, sans cesser d'être Élie, peut revivre dans Jean le baptiseur. C'est ainsi que Moïse et Élie apparaissent sur le Thabor comme assesseurs de Jésus-Christ ; mais dire que Jésus était une réincarnation de Moïse, ce serait anéantir ou la personne de Moïse ou celle de Jésus.
Anima plem mperioriconjungitur.
Quand uneàme est complète, elle s*unit à une &me
supérieure.
Lésâmes s'unissent par la pensée et par Tamour sans tenir compte des espaces. De soleil à soleil, d'univers à univers, elles peuvent non -seulement correspondre, mais se rendre présentes les unes aux autres. C'est ainsi que s'accomplissent, suivant les rabbins, les deux phénomènes de l'embryonnat et du protectorat. Nous avons dit ce qu'ils entendent par l'embryonnat ; le protectorat est l'assistance d'une àme affranchie qui aide une
âme en peine, Tassomption d*un esprit militant par un esprit glorieux et triomphant; en d'autres termes l'assistance d'un saint qui se fait l'ange gardien d'un juste. Ces hypothèses sont consolantes et belles ; c'est tout ce que nous en pouvons dire, elles se déduisent du dogme de la solidarité des âmes résultant de leur création et de leur existence collectives.
Post deos rex verus regnabit super ierram.
Quand il n'y aura plus de &ux dieux, un vrai roi
régnera sur la terre.
L'idolâtrie est le culte du despotisme arbitraire, et les rois de ce monde sont faits à l'image des dieux que la terre adore. Un dieu qui punit infiniment des êtres finis après les avoir créés fragiles et leur avoir imposé une loi qui contrarie tous les penchants de leur nature, sans que cette loi même soit clairement promulguée pour tous, ce Dieu autorise toutes les barbaries des autocrates. Quand les hommes concevront un Dieu juste, ils auront des rois équitables. Les croyances font l'opinion, et c'est l'opinion qui consacre les pou-
voirs. Le droit divin de Louis XI était bien en rapport av^ le Dieu de Dominique et de Pie Y. C'est au Dieu de Fénelon et de saint Vincent de Paul que nous devons la philanthropie et la ciYilî- sation modernes. Quand l'homme progresse, Dieu marche; quand il s'élève, Dieu s'agrandit; puis Fidéal que le monde s'est fait réagit sur le monde. Le rayonnement de la pensée humaine s 'arrêtant sur l'objectif divin, se reflète sur l'humanité; car cet objectif n'est autre chose qu'un miroir. Ce reflet du mondeidéal^devient la lumière du monde réel. Les mœurs se forment d'après les croyances, et la politique est le résultat des mœurs,
Linea viridis gyrat universa, La ligne verte circule autour de toutes choses.
Les kabbalistes , dans leurs pantacles , repré- sentent la couronne divine par une ligne verte qui entoure les autres figures. Le vert est l'alliance des deux couleurs principales du prisme, le jaune et le bleu : figures des Eloïm ou grandes puissances qui se résument et s'unissent en Dieu.
Amen est influxus numerationum. Aiq^en est rinfluence des nombres.
Le mot amen^ qui termine les prières, est une affirmatioii de Tesprit et une adhésion du cœur. Il faut donc, pour que ce mot ne soit pas un blas-* phème, que la prière ait été raisonnable. Ce mot est comme une signature mentale; par ce mot le croyant s'affirme et se fait lui-même à la ressemblance de sa prière. Amen, c'est l'acceptation d'un compte ouYcrt entre Dieu et l'homme. Malheur à celui qui compte mal, car il sera traité comme un faussaire! Dire amen après avoir formulé Terreur, c'est vouer son âme au mensonge personnifié par Satan. Dire amen après avoir formulé la vérité, c'est faire alliance avec
TROISIÈME PARTIE.
ESPRITS PRETENDUS OU FANTOMES
VISIONS, ÉVOCATIONS, PHÉNOMÈNES DE NÉGBOMANCIE DErois L'AirrnioiTé josqd'a nos joors.
CHAPITRE !•.
LES ESPRITS ,DANS lA BIBLE.
I^'ESPRIT D'ÉLIPHAS et l'ombre de SAMUEL ÉVOQUÉE PAR LA PTTBO
NISSE d'EUDOR.
Un jour on comprendra la Bible, on saura quels trésors de science primitive sont cachés SOUS tant de symboles et de figures; on saura que la Genèse, par exemple, n*est pas seulement Thistoire de la formation d'un monde, mais l'exposé des lois éternelles qui président à la création incessante et toujours renouvelée des êtres;
on déchiffrera ces Méroglyples, qui ont tant fait rire Voltaire; on saura comment un cherub, c'est-à-dire un taureau (celui d'Europe et de Mithra), peut veiller le glaive au poing à la porte du jardin de la science. Maintenant ces allégories sont voilées, et les grands monuments de l'antiquité hiératique restent debout, enveloppés de leur solitude et de leur silence, comme les grandes pyramides, qui poursuivent l'œil sans rien dire de précis à la pensée, et dont on ne sait positivement si elles sont des monuments scientifiques ou des tombeaux.
Parmi les livres de la Bible, il en est un qui nous étonne surtout par la magnificence de la forme poétique et par ses mélancoliques profondeurs; nous voulons parler du livre de Job, la plus ancienne peut-être , mais à coup sûr la plus remarquable synthèse qui nous soit restée du dogme philosophique et magique de l'ancienne initiation.
Ce livre explique l'origine et la raison d*être du mal, il indique le but de la vie humaine et de ses souffrances. C'est la légende de l'affligé. L'al- I^orie est transparente, les noms même des personnages révèlent non des individus, mais des
types. Job, dont le nom signifie « l'affligé, » est visité dans sa détresse par trois faux amis, qui, sous prétexte de le consoler, ne font que le tourmenter et que Faffliger davant^e. L'un est Eliphaz, le zélateur de Dieu ou le puritain de ce temps-là. Le second est Baldad, l'amant des piailles idées. Le troisième est Sophar, le philosophe ténébreux et malveillant . Ils viennent visiter Job dans la terre de Hus, dont le nom signifie « conseil, » et, avec toute l'innocence féroce de la sottise, ils réunissent leurs efforts pour le pousser au désespoir.
Le premier qui parle est Éliphaz, et comme îl représente la crédulité hautaine, il apporte à Tappui de ce qu'il avance le témoignage d'un esprit.
Quelqu'un, dit-il, lui a parlé, quelqu'un d'inconnu dont il n'a pas vu le visage, mais il a treiflh blé de frayeur, les poils de sa chair se sont hé- rissés, et il a senti passer devant son visage comme un petit souffle qui murmurait des paroles incertaines. Il a tendu avidement l'oreille et il a recueilli de son mieux les fils rompus de ce chuchotement d'une ombre. Voilà un médium des anciens jours, et l'on voit, en lisant ce passage^
que l'auteur du livre de Job connaissait à meryeille le génie des visionnaires et le caractère distinctif des visions.
On attribue le livre de Job à Moïse, et ce n'est pas sans raison, car la beauté de ce poème ne le cède en rien aux hymnes du grand prophète des Hébreux; c'est la même inspiration, c'est la même grandeur dans les images. Mais, qu'il soit ou non de Moïse, ce livre sacré est l'œuvre d'un grand hiérophante, et la science la plus haute s'y trouve unie aux plus sublimes aspirations de la foi.
H faut donc étudier et peser avec soin les paroles de cet ouvrage. Et remarquons d'abord que l'homme aux visions, le médium, comme on parlerait de nos jours, est, des trois amis de Job, le plus triste et le plus désespérant. Ses doctrines font douter de la vertu et conduisent au néant ou à Tenfer la grande majorité des hommes. Or, qui lui a suggéré ces dogmes de désespérance? Un esprit qu'il ne connaissait pas, mais dont ses terreurs nocturnes ont recueilli et c(immenté les paroles : voici ce qu'il raconte.
K Une parole mystérieuse m'a été dite, et fur- <c trrement en quelque sorte mon oreille a re- <c cueilli les fils rompus de son murmure.
« Dans l'horreur de la vision nocturne, au mo- (( ment où le sommeil s'empare ordinairement « des hommes,
« La peur m'a pris et le tremblement, et tous ti mes os ont été glacés d'épouvante.
« Et comme un esprit passait devant moi, tous « les poils de ma chair se sont hérissés.
« Quelqu'un était là dont je ne distinguais « pas le visage, et j'ai entendu comme un petit « souffle qui me parlait. »
Remarquons bien toutes les circonstances : c'est au moment où la nuit est la plus profonde, a l'heure où le silence de la nature prépare les âmes à la crainte, et dans ce moment où la veille devient douteuse, où l'âme flotte dans les premières vapeurs du sommeil, quand déjà la raison est enchaînée.
Une terreur sans cause apparente saisit alors le visionnaire, son sang s'agite et se retire vers le cœur, les extrémités sont froides, il tremble comme s'il avait la fièvre, le frisson parcourt son épiderme, ses cheveux ei sa barbe se hérissent, et c'est dans cet état précurseur des hallucinations qu'il croit voir ou sentir un esprit
Un fantôme se dessine vaguement dans l'ombre, il cherche et ne trouve pas le visage de cette figure , et il entend comme au fond de lui-même une voix qui ressemble à une faible respiration, voilà le phénomène naturel parfaitement caractérisé : c'est un cauchemar du premier sommeil , c'est l'âme du songeur qui se fait peur à ellemême. Il écoute avec effroi l'écho nocturne et affaibli de ses propres pensées , et il les formule avec une pénible attention en paroles de désespoir.
L'homme, dit-il, tenterait vainement d'être juste devant Dieu ; Dieu trouve la perversité jusque dans le cœur de ses anges. Troupeau sans intelligence , l'humanité se presse autour de l'abîme et tous doivent tomber pour jamais dans la nuit béante de la mort. La cré^iture fait tache dans le ciel et Dieu se hâte de l'effacer ; ils passent tous et meurent sans avoir trouvé la sagesse.
C'est ainsi que la nuit prêche la nuit et que la mort annonce la mort. Le cauchemar inconnu ne révèle que l'ignorance et voue son croyant à un cauchemar éternel. Préservez-nous, Seigneur, dit David au livre des Psaumes, de la chose effrayante qui se promène dans la nuit.
Ce souffle l^r, ce râle qu'on entend à peine , ce spectre sans visage caractérisent d'une manière saisissante l'illusion et l'errreur : c'est presque le néant et le silence, c'est le vent qui semble parler à voix basse en frôlant les plis raides du linceul, c'est la réminiscence qjoi s'éteint dans l'onde mobile et envahissante du rêve; et l'homme que le rêve emporte ne sait plus s'il dort ou s'il veille ; il raisonne pendant son sommeil, et, en s'éveillant demain , il parlera ^omme s'il rêvait encore.
On ne saurait trop admirer avec quel art Fauteur du livre de Job dessine le caractère du superstitieux représenté par Eliphaz ; sa science a commencé par une terreur nocturne ; aussi n'estelle que découragement et terreur. Elle est noire comme la nuit, aveugle et sans visage comme le fentôme. C'est l'orgueil d'un aliéné qui se complaît dans sa démence et qui se console de désespérer en se donnant la joie amère de pousser les autres au désespoir.
Tous les criminels par religion mal entendue ont été des visionnaires ; Jacques Clément et Ravaillac étaient hantés par des ombres inconnues et entendaient pendant leurs insomnies le petit
souffle d'Eliphaz. La \oix qui dit : « Tue » et celle qui dit : « Désespère et meurs » , sortent également du tombeau.
Mais ce tombeau, c*est celui de notre raison, et les morts ne reviennent que dans nos rêves ; aussi Tétat de médiomanie est^il une extension du rêve, c'est le somnambulisme avec toute la variété de ses extases. Qu'on approfondisse les phénomènes du sommeil, et Ion aura raison de tous les mystères du spiritisme.
Voilà pourquoi la loi mosaïque, aussi bien que la loi chrétienne, condamnait les esprits de-Python et ceux qui devinent par Ob. Expliquons ces expressions : Python est un mot que les interprètes hébreux ont emprunté pour exprimer le grand serpent astral, le feu vital inintelligent, le tourbillon fatal de la vie physique , celui qui entoure la terre en se mordant la queue et que le soleil perce de tous côtés de ses flèches, c'est-à-dire de ses rayons ; le serpent qui a tenté Eve et qui aplatit sa tête sous le pied de la femme régéné*- rée en cherchant toujours à lui mordre le talon. Ob, c'est la lumière passive, car les kabbalistes hébreux donnent trois noms à cette substance universelle, agent de la créatk>n qui prend toutes
les formes en s'équilibrarit par la balance de deux forces. Active, elle se nomme Od ; passive elle se nomme Ob; équilibrée, on l'appelle Aour. Od s'é- crit par a vau daleth, » ce qui signifie hiéroglyphiquement amour et puissance ; Ob, par « vau beth, » signifie amour et faiblesse ou attrait fatal ; Aour, par « âleph-vau-resch, » signifie principe d'amour régénérateur. (Voyez, dans notre Dogme et rituel de la haute magie ^ les concordances des lettres hé- braïques avec les hiéroglyphes et les nombres des grandes clés du Tarot samaritain.) Ceux qui devinât par Ob sont donc les interprètes de la fatalité. Or, on consent à la fatalité lorsqu'on la consulte ; on s'abandonne à elle en la choisissant pour oracle. On donne ainsi des arrhes à la mort, on affaiblit son libre arbitre. Ceux qui coopèrent à cette divination ressemblent à des empiriques qui vendraient publiquement des poisons, et Moïse, suivant les mœurs de son pays et de son temps , n'était pas trop sévère lorsqu'il les condamnait à mort.
Le chevalier de Richembach , en appelant Od la lumière astrale, a letrouvé l'un des vrais noms kabbalistiques de la lumière universelle, mais il ne l'a pas appliqué avec exactitude en le général!-
I
sant. Od, c'est la lumière dirigée ou même directrice ; c'est la lumière astrale éleyéë à Tétat de lumière de gloire. Quant au fluide somnambulique, il faut lappeler Ob, car c'est son véritable nom, et nous sommes forcés de reconnaître que nos véritables somnambules, lorsqu'elles ne sont pas dirigées par un magnétiseur puissant en Od, sont des devineresses par Ob ou par l'esprit de Python dont parle l'Écriture-Sainte. Ceux qui les consultent commettent donc cette imprudence ou cette impiété qui poussa Satil, abandonné de Dieu, dans l'antre delà pythonisse d'Ëndor. ^
Quelques commentateurs, parmi lesquels il faut compter saint Méthodius, surnommé Eubulius, évêque de Tyr au commencement du IV® siècle, ont regardé la pythonisse d'Endor comme une habile intrigante qui trompa la cré- dulité du roi d'Israël. Elle feint d'abord de ne pas reconnaître le roi, puis, tout à coup, comme si son démon lui révélait la vérité , elle tombe aux genoux de Saiil. Ce coup de théâtre lui réussit , le prince maniaque la rassure et se montre tout disposé à la croire ; il lui ordonne d'évoquer Samuel. La pythie alors fait mille contorsions et se laisse tomber lourdement à terre. Que v(Hs-tu?
kii crie Saûl tout tremblant. ~ Je vois des dieux qui sortent de la terre où je Tois monter les puis* sauces de la terre. — Que vois-tu encore? -^ Je vois uii vieillard enveloppé dans un manteau. — C'est Samuel, dit le crédule monarque. Alors la sorcière, sans doute secrètement dévouée à David, fait sortir de son ventre une voix lugubre. C'est Samuel qui éclate en reproches et en menaces. Salil, plus mort que vif, ne veut plus ni boire ni manger , il est vaincu d'avance ; il marche à la bataille comme au supplice ; les Philistins l'entourent sur la montagne de Gelboë, et il se laisse tomber sur son glaive au lieu de se défendre. N'ar-t-il pas laissé chez la devineresse son libre arbitre et sa raison ? Roi déchu et incapable dé- sormais de régner, homme indigne de conduire des hommes, lui qui avait prononcé la peine de mort contre les sorciers et contre ceux qui les consultent, il se montre roi du moins en mourant, et fait en se tuant lui-même un dernier acte de justice.
Il répugnait avec raison au savant évêque de Tyr de penser que la paix d'une tombe comme celle dB Samuel pouvait être troublée par les évocationr sacrilèges d^une femme réprouvée ; il
se souvenait d'ailleurs de cette parole si décisive de rÉvangile dans la parabole du mauvais riche : Chaos magnum firmatum est. Le grand chaos s'est affermi, en sorte que ceux qui sont en haut ne peuvent plus redescendre en bas; et à ce sujet notre savant ami, le regrettable M. Louis Lucas, faisait une remarque très-judicieuse. La nature, disait-il, ouvre à la vie toutes ses portes en ayant soin de les refermer derrière elle pour qu'elle ne recule jamais. Voyez la sève dans les plantes, voyez les sucs nourriciers dans l'alambic des entrailles, voyez le sang dans les veines ; un mouvement régulier les pousse toujours en avant, et lorsqu'ils sont passés les conduits se resserrent et s'étranglent. Les vivants d'une sphère supérieure, ajoutait-il, ne peuvent pas plus retomber dans la nôtre que l'enfant déjà né ne peut rentrer au sein de sa mère; nous le pensons comme lui et nous ne croyons pas que l'âme de Samuel ait pu venir de l'autre monde maudire encore une fois le malheureux Saul. Pour nous, la pythonisse d'Endor était une voyante à la manière des extatiques de Gahagnet, elle se mit par le somnambulisme en communication avec l'âme sombre du roi d'Israël et en évoqua les fantômes. C'est du fond
de la conscience du meurtrier des prêtres et des prophètes, et non pas du creux de la terre que se dressait le spectre sanglant de Samuel, et lorsque la sibylle répétait d'une voix de ventriloque des anathèmes et des menaces, elle les lisait écrits par le remords dans la pensée même de Saiil.
CHAPITRE II.
{suite du précédent)
LES MORTS RESSUSCITES. — LE FILS DE LA SUNAMITE. — LE TOMBEAU d'ÉLISÉE.
Les anciens Hébreux croyaient comme les modernes à l'immortalité de Tâme. Moïse pourtant n'en fait aucune mention dans le Pentateuque. Ce dogme, en effet, était réservé pour les initiés, et pour le retrouver dans toute sa splendeur il faut pénétrer dans les sanctuaires de la Kabbale. Moïse, dont le grand œuvre était d'éloi-
gner son peuple de Tidolâtrie, savait que la foi mal éclairée en rimmortalité de Tâme conduit au culte des ancêtres, et il ne voulait pas que les Hébreux fussent des Chinois. Il ne voulait pas que le peuple d'Abraham et de Jacob emportât d'Egypte le fétichisme des cadavres, il ne voulait pas donner au temple du Dieu vivant un sous-sol peuplé de momies. La conservation des cadavres, en effet, est un outrage à la nature, car c'est une prolongation artificielle de la mort. Moïse craignait aussi d'encourager la nécromancie, et semblait prévoir de loin l'épidémie des tables parlantes et des esprits frappeurs.
Il est dangereux de surexciter l'imagination des multitudes, et le christianisme plus tard n'a pas échappé à ce danger. Le rêve du ciel a trop fait négliger la terre, et l'on ne s'est pas assez rappelé que, suivant la parole du Maître, la volonté de Dieu doit être faîte sur la terre comme au ciel. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, dit Hermès Trismégiste, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : quand la barbarie est sur la terre, elle est aussi dans le ciel que se figurent les hommes. J'en prends à témoin le fanatisme du moyen âge et le dieu des inquisiteurs.
La religion de Moïse est une raison sans tendresse, et le christianisme a été d'abord une tendresse sans raison. Il faut pardonner beaucoup à ceux qui ont beaucoup aimé. Adorer les morts qui nous sont chers, c'est une erreur sans doute, mais est-ce un crime impardonnable? 11 n*y a pas de morts pour nous d'ailleurs, tout est vivant. Nos reliques mêmes, ces débris d'ossements qui font tant d'horreur au puritanisme judaïque, ne sont plus des fragments de cadavres. Ranimées par la foi commune, arrosées des douces larmes de l'espérance, réchauffées par la charité de tous, elles sont des semences de résurrection et des gages de vie éternelle. Israélites, accordez quelque chose à la sainte folie de l'amour et vous nous ramènerez plus aisément à la sévérité du dogme par l'indulgence de la raison !
Croire à la résurrection des morts, c'est croire à l'immortalité de l'âme. Or, les Hébreux croyaient à la résurrection des morts. Élie ressuscite le fils delà veuve deSarepta, Elisée celui delà Sunamite, et un mort qu'on jette au hasard dans le sépulcre de ce prophète ressuscite au contact de ses ossements. Les deux résurrections du fils de la veuve et de celui de la Sunamite semblent un peu trop
calquées Tune sur Tautre. Quoi qu'il en soit, le récit de la dernière contient des détails d'opérations magnétiques très-dignes d'être remarqués. L'enfant de la Sunamite est mort d'une congestion cérébrale par suite d'une insolation. Elisée envoie d'abord son serviteur Giezi en lui confiant son propre bâton : Tu le dirigeras, lui dit-il, vers le visage de l'enfant et tu le lui feras toucher. Giezi part avec la baguette ; mais soit maladresse, soit manque de foi, son opération ne produit rien, et il revient sans avoir réussi. Alors, Elisée se rend lui-même près de l'enfant et entreprend de le réchauffer par incubation et insufflation. 11 lui met son visage sur le visage, ses mains sur les mains, ses pieds sous les pieds; puis, sans doute pour reprendre des forces, il s'interrompt et se promène dans la chambre; enfin, il recommence son incubation magnétique, et l'enfant revient à la vie. C'est ce que nous lisons au quatrième livre des Rois.
Nous avons dit, dans notre Dogme et Ritmlde la Jiaute magie^ qu'une résurrection ne nous paraît pas impossible tant que l'organisme vital n'eêt pas détruit.
La nature, en effet, n'accomplit rien par
soubresaut, et la mort naturelle est toujours pré- cédée d un état qui tient un peu de la léthai^e. C'est une torpeur qu'une grande secousse ou le magnétisme d'une puissante volonté peuvent vaincre, et c'est ce qui explique la résurrection de ce mort jeté sur les os d'Elisée.
L'homme était probablement dans cette lé- thargie qui précède ordinairement la mort. Ceux qui le portaient sont effrayés en voyant venir une horde de brigands du désert, ils jettent au hasard le cadavre dans le sépulcre ouvert du prophète pour le dérober aux infidèles. L'âme du mort planait sans doute dans les basses régions de l'atmosphère, mal détachée encore de sa dépouille mortelle ; la frayeur de sa famille se communiqua sympathiquement à cette âme, elle eut peur que ses restes ne fussent profanés par les incirconcis et rentra violemment dans son corps pour le soulever et le sauver. On attribua sa résurrection au contact des ossements d'Elisée, et le culte des reliques date logiquement de cette époque. M est certain que les Hébreux, qui regardent comme sacré le livre où est racontée cette histoire, ne doivent pas trouver mauvais le culte que les catholiques rendent aux ossements et aux autres
restes de leurs saints. Pourquoi, par exemple, le sang de saint Janvier aurait-il moins de vertu que le squelette d'Elisée?
CHAPITRE III.
LES ESPRITS DANS L ÉVANGILE. — DÉMONS, POSSÉDÉS
ET APPARITIONS.
Jésus appelle Satan « le prince de ce monde »> ; c'est donc une puissance qui exerce son empire sur la terre.
Ce n'est pas une puissance spirituelle, car alors elle exclurait celle de Dieu.
Jésus dit qu'il l'a vue tomber du ciel comme la foudre ou sous la forme de la foudre. C'est donc une puissance matérielle analogue à l'électricité.
Jésus dit que Satan est menteur ainsi que son père, parce que le père de Satan c'est l'esprit de mensonge qui donne une personnalité à Terreur.
Seservir mal des forces de la nature, c'est engendrer Satan,
Concevoir toutsansDieu, c'est concevoir Satan. Le diable, c'est un panthéisme sans tête.
C'est l'homme avec une tête de bouc.
C'est l'instinct animal mis à la place de la raison régulatrice.
C'est l'ombre qui nie le corps.
C'est le pot qui nie le potier.
C'est le cauchemar, c'est l'absurde de la raison niant l'absurde de la foi.
C'est le hasard s'affirmant contre la règle; c'est la grimace insultant à la beauté; c'est le néant qui dit : Je suis Dieu .
Satan, c'est la folie, et les possédés du démon, ce sont les fous.
L'un est muet, l'autre déchire ses vêtements et se cache dans les tombeaux; un autre se jette tantôt dans le feu, tantôt dans l'eau, et semble atteint de la monomanie du suicide. Qu'est-ce que tout cela? Des maladies mentales, et Jésus, attribuant à Satan, c'est-à-dire à l'électricité dé- voyée, la plupart des autres maladies, dit en parlant d'une femme informe et pliée en deux : Voyez cette fille d'Abraham qui a été liée par Satan ! On
voit que Satan est ici la personnification du mal même physique. Liée par Satan veut dire évidemment ici liée par une affection nerveuse ou rhumatismale. D'ailleurs, le serpent de la Genèse ne saurait être le Satan de Milton. C'était le plus insinuant et le plus rusé des animaux, dit le texte sacré, et Dieu, pour le punir, le condamne à ramper sur son ventre et à manger la terre; supplice qui ne ressemble en rien aux flammes traditionnelles de l'enfer. Il est vrai aussi que le serpent réel et non allégorique rampait avant le péché d'Eve et n'a jamais mangé la terre; il s'agit donc ici d'une allégorie; il s'agit de ce feu astral qui rampe et qui ronge , de ce feu terrestre qui alimente la vie physique en donnant la mort. Il en est de même du Satan qui peut rendre infirmes ou paralytiques les vieilles filles d'Abraham. Que penser aussi de cette légion de démons qui, chassés du corps d'un possédé, demandent comme une grâce de se réfugier dans un troupeau de pourceaux qui deviennent furieux et courent se noyer dans le lac de Tibériade? N'est-ce pas là évidemment une parabole judaïque, dont le but est de montrer combien le pourceau est un animal impur?
S'il faut prendre à la lettie de pareilles histoires, Voltaire a mille fois raison de s'en moquer. Mais on sait que la lettre tue et que l'esprit seul vivifie. Nous ne disons pas pour cela que le fait en lui-même soit impossible. La rage des chiens se communique aux hommes, pourquoi la rage des hommes ou certaines folies furieuses ne se communiqueraient-elles pas aux animaux? Mais que de& anges déchus, que de purs esprits condamnés à l'enfer trouvent du soulagementàse noyer sous des formes de pourceaux ; que le Sauveur du monde, la raison suprême incarnée, consente à cette hideuse et ridicule malfaisance, c'est cela que le bon sens le plus vulgaire ne saurait admettre. Il y a évidemment sous ce ré- cit, révoltant en apparence, quelque chose de caché.
Quand un esprit immonde est chassé du corps d'un homme, dit le Sauveur, il va parcourant les lieux arides et cherchant le repos qu'il ne peut trouver; alors il dit : Je retournerai dans la maison que j'ai quittée. Il va donc, et, retrouvant cette maison nettoyée et parée, il va prendre sept autres esprits plus méchants que lui, ils rentrent tous ensemble, ils s'établissent, et l'état du ma-
lade devient pire qu'il u'était d abord. 841 fallait entendre ce discours symbolique dans le sens des démonomanes, Jésus lui-même en guérissant les possédés aurait fait de mauvaises actions , puisque, suivant sa propre doctrine, il les exposait par la à une obsession sept fois plus cruelle^ Mais il s'agit ici des maladies mentales, qu on empire souvent en voulant les guérir. Si vous chassez une illusion de la tête d'un fou, il en reviendra bientôt sept autres plus insensées que la première. C'est pour cela que Jésus cachait à la multitude les hautes vérités de sa doctrine et ne les révélait au petit cercle des initiés qu'en les enveloppant de paraboles. 11 craignait l'esprit impur qui se nonmie légion ou multitude* Je veux, disait-il, que ces gens-là entendent sans entendre, qu'ils voient sans voir, car j'ai peur qu'ils ne se convertissent. Hélas ! il pressentait les guerres de religion, les massacres et les bûchers ; il voyait de loin l'empire romain s'écroulajott dans le sang des persécutions ^ et le fanatimie haineux condamnant à mort la piété qui piîe et qui pardonne. 11 chassait un démon muet, c'était le culte des idoles, et il voyait venir sept démons bavards, les sept péchés capitaux érigés eu doc-
leurs de l'Eglise. G*est pourquoi il engageait à se lairè quand lui-même, peut-être, il en avdt déjà trop dit. Aussi, quand il est trahi et renié par les siens, calomnié et maudit par les prêtres, accusé devant les juges, livré aux clameurs de la vile multitude qui demande sa mort, il se renferme dans le silence le plus absolu, il ne répond rien à Pilalë, il rie Veut rien dire à Hérode; que leur dîî^-il, et à quoi bon? Ils sont indignes et incapables de l'entendre. Enfin, lorsqu'il a épuisé jusqu^à la lie la coupe de TingiPàtitude, lorsqu'il
se sent mourir dans un srupplice atroce sans avoir pu faille autre chose, porur les hommes qu'il a tant aimés, que de les rendre plus coupables et plus méchants , son coMr se brise, il semble douter de lui-même, et pousse ce cri terrible : Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi to'as-tu abandonné! Lorsqu'il è2tpira, dît TÊvangile, la terre trembla, le soleil s*ôbscurcit , le voile du temple se déchira depuis le haut jusqu'en bas, les {)ierres se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent, les tnort^ en sortirent et apparurent à plusieurs pet^solinès. S'il fallait prendre ces choses à la lettre j rhistoire ferait certainement une mention quelconque de èe formidable événement. Le tremblement dô
terre aurait ^é universel, et robscurcissëment du soleil est autre chose qu'une «impie éolipse. Quelles sont les pierres qui se fendirent? T(hU»s les pierres. Les villes alors durent s'écrouler. Quelques pierres? Lesquelles? et pourquoi celles^^ ci plutôt que celles-là? Les morts sortirent de leurs tombeaux? Dans qud état? tels qti'ils f étaient? à Tétat de putréfaction et de squelettes^ ou avec des corps nouveaux? Ce fut alors une vé- ritable résurrection . Mais FEeriture appelle Jésus^ Christ le premier-né d'entre les morts, c'est-à^ dire le premier des ressuscites, et à ee mommt Jésus venait seulemrat de mourir. La lettre ieî* ne soutient donc pas un seul instant Texamen ^ il faut reeourir h l'esprit , e'est-è-»dire à l'allée gorie. ' i
Jésus-Christ meurt en effet, et le inieux monde tremble; il ne se remettra pas de cette secousse, et le colosse romain va tomber d^ris par débris. Le voile du temple se déchire, c*e8t-è**dire que les plus secrets mystères de la i^lifioti judaïque sont dévoilés, c'est l'hunianîté divine ou la divinité humaine. Le soleil s'obscurcit, c'est-à-cKf^qiiie» les anciens cultes d'Orient qui prenaient le soleil pour la plus parfaite image de Diev ont perdit'
leur \ertu. Un soleil vivant vient d'apparaître sur la terre, il disparaît pour renaître, les jours de rame ont trouvé leur flambeau. Les pierres se fendent, c'est-à-dire que les cœurs les plus durs ne peuvent résister à la douce violence du grand sacrifice. Les tombeaux s'ouvrent d'eux-mêmes, car la mort vient de laisser échapper les clés des portes éternelles. Les morts se soulèvent et semrblent ressusciter d'avance, parce que la mort tdomphante de la plus grande des victimes vient de porter un coup mortel à la mort même, et que l'immortalité de l'âme se rend visible en quelque sorte sur la terre. Tel est le sens, le vrai sens , le seul sens possible et raisonnable des paroles sacrées prises à la lettre par tant d'enfants parmi lesquels il faut ranger les théologiens imbéciles du moyen âge.
Pour ce qui est des apparitions de Jésus-Christ lui-même, nous n'y toucherons pas, car elles sont du domaine exclusif de la foi. Nous ferons remarquer seulement qu'elles ne favorisent en rien les idées du spiritisme, car Jésus-Christ apparaît non comme mort, mais comme vivant. Ce n'est pas en esprit^ c'est en chair et en os qu*U se ti«ouve au milieu de ses disciples, il les
invite à le toucher, il leur demande à manger, il mange, en effets et boit m milieu d'eux. Saint Thomas le touche et jlui trouve un corp^ palper? ble et réel, Cependant ce corps ps^se h travers les portes fermées. Ce sont là des choses de Tau-r tre monde et que rien certainement ne saurait expliquer en celui-ci. C!e corps palpable et réel, ce corps qui a de la chair et des os, ce corps qui se nourrit de pain et de miel, paraît et disparaît comme une fantasmagorie. Il y a là évid^ociment quelque mystère. Les premiers chrétiens, forcés de se cacher, avaient leurs paraboles et leur ocenl-i tisme. Us écrivaient pour être compris seulement des initiés. L'histoire de l'apparition aux voyageurs d'Emmails peut jeter quelque jour parmi ces ombres.
Deux voyageurs passaient non loin du bourg d*Emmatts, c'étaient des disciples de Jésus, et ils s'entretenaient tristement de la mort violente de leur maître. Un voyageur inconnu les aborde et leur reproche leur tristesse; il leur explique les écritures, U leur rappelle surtout les paroles du maître ayant de mourir : « Vous ne ferez qu'un avec moi comme je ne fais qu'un avec mon Père. Celui qui me voit voit mon Père, et celui qui vous
terra me verra. Celui qui tous écoute m'éceute, et quand TOUS, seras dmii on trms k^issémbléB <fli nicai nom, je serai là au ftiilieu de vous, »
Eu parlant ainsi on arrive à rhôtellérie, le voyageiir preiid le pain, le bénit et le partage, ébmme Jésùs^hrist avait fait avant la* dèiie; alors les «j^éux des deux disciples s'ouvrent, il^ reeonnaissent que, suivant Isa parole, Jéeiis^brisf est YéelleAdeiit présent ait iniliëu d'eux ; ils le ëomprennent ressuscité et toujours visible pftrmt les 6iens, toujours présent dans son Égli^^ Ils cèmmunièrent doue de là main de Jéstis^hrist même, et après la communion ils ne lé virent plus. Ici est exprimé avec retenue et d'ifAe taia^ nière voilée tout le mystère du sacerdoce. Le prêtre qui dit la messe est réellement Jésu»^hrist pour la foi des spectateurs, et la preuve de ceci, c'est que le prêtre en prononçant les paroles sacramentelles ne dit pas : Ceci est le corps du Christ, mais bien , comme a dit le Maître : Ceci est mon corp&. Le croyant alors ne voit plus le prêtre, il voit Jésus-Christ lui donnant son corps et îl reçoit réellement le corps sacré de Jésus- Christ; mais, après le sacrifice, Jésus a disparu, et Ton ne s'occupe plus gnère du brave curé qui,
eii débitant ibutbas les "^evwtH éb. son Té Ikunt^ s'en cetôilnie à la sacrktièé v ; i
Dans' ïif^iaé Ait Saint-Gervai» k Parîs^ on xoit aoe peinture muraie de ^Grigoux, ^qui ràprésente^ àmerveiUe, aelon Doui, la œyâtère da la résuiv reclion 4ii Sttuiveur. Ce n^esf pas uti aoup de tonnerre, ce n'est pas un sépulcre qui éclate. au fldilieurdaa soldats bouleversés^, c'^t une tottibe qui B'0ttTrd<fd*elle-'mtoie) û'êst une lumière qui éclot comma une fleur matinale^ douce encora mixUQe le drépuscule, mais assez pmssante déjà, pour éclairer vivement les spectateurs de €ettA scène. Le Christ ne s'envole pas, il marche en avant avec la placidité du calme éternel. Son geste est celui de l'enseignement des choses divines, on croit voir son auréole s'élargir lentement avec des nuances irisées , et autour de lui commence à se dérouler un ciel nouveau. Les gardes ne sont ni foudroyés, ni terrifiés, ils sont saisis et comme paralysés par une stupeur, qui n'est pas sans admiration et peut-être sans une vague ei^radce, d^ n'est>^^ pd^ poWr é\ïx\ les pauvfes mefceiiaiifes du monde 'fosàaitt, que l6 Rédeiiftp^ tetfr iiieôt de triompher de Ife mtfrtt T^ùt est càlttè^ftaùà eè tal)leSu'|-et% pfeifi*re e*f armé a^
plus sublimes effets par la plus grande simplicité. Lorsqu'on a vu ce tableau, on le revoit toujours dans son souvenir, et involontairement on le contemple avec une émotion qui ne se fatigue pas. Le sentiment qu'on éprouve est comme un ravissement pour la pensée, comme une extase pour le cœur.
G*est aux arts surtout qu'il faut demander les^ révélations du pn^rès. Ce que le philosophe ne sait pas dire encore, ou n'ose pas dire, Tartiste le devine, et il nous fait rêver d'avance ce qtt'^m jour nous devons savoir
CHAPITRE IV.
HISTOIRE DE SAINT SPIRIDION ET DE 9À FILLE
IRÈNE.
Vers le milieu du quatrième siècle, à Trémithonte dans l'ile de Chypre, vivait le saint évê- que Spifidion, l'un des pères du concile de Nieée. C'était un doux et vénérable vieillard.
pauvre comme le Christ, pénitent comme un ascète, et charitable comme un apôtre. Il avait été marié, et sa femme en mourant lui avait laissé une fille nommée Irène, qui voua son âme à la prière et son coips à la yii^injté. Il demeurait avec elle, dans une cabane entourée d*un petit jardjifi que Tév^ue cultivait lui-même.
Il était le conseil de toute la contrée, Irène en était la providence : elle soignait les maladei^ et visitait les pauvres , les enrichissant de courage et leur faisant l'aumône de tous les trésors de son cœur. Puis elle priait, elle jeûnait, elliB veillait, si bien que sa santé déclinait en même temps que son &me se détachait de plus en plus de la terre.
A peine sortie des Catacombes, TÉglise chré- tienne, que Constantin venait de couvrir de sa pourpre, semblait alors être atteinte du mal qui consuma Qiçrçule lorsqu'il eut touché la robe sanglante de Déjanire; elle se déchirait les entrailles, l'arianisme agressif et une orthodoxie turbulente se la disputaient par lambeaux. L'astucieux et cruel Constance venait de rafraîchir avec le sang de sa famille la pourpre du manteau de Constantin. pfMlien ftudiait la philosophie ^slm Athènes,
et au milieu du misérable conflit dés théologiens et des rhéteurs, presseiitant, stths vôUlpirs'y t'é^i-^ gner, le yaste écroulement de FaiipirB, ilrêVaît les Vertus d'un autre âge, et, dans là solitude des Vieux temples abandonnés, ilpleutaît en songeant h U gloire des andtos dieux.
Le christianisme , en eflét , VOUait lé tièox monde à la mort, et faisait des saints s6ns ainélidj^r les mœurs publiques; bien au contmire, laputrt^ faction se hâtait de faire place à la Vie nouvelle, L'Église temporelle ayait déjàd'affiréuXêré* ques, comme Georges de Cappadocë, leli saints ci^oyàient phis que jamais à la fin prôkihainé du monde et fuyaient au désert. Spiridiôtt et sa flllé étaient des ascètes comme saint Paul TErmité et comme saint Antoine, mais ils avaient compris que toute la vie divine est dans l'esprit de ôha-*- rite. Spiridion était donc resté évêque, et pour faire comprendre à nos lecteurs comment il en^ tendait la charité, nous allons raconter utte ariecdôté de sa vie.
C'était à la fin d'un carême, d'un tartmë tel que les faisait Spiridion; les maigres aliments de la sainte quarantaine étaient épuisés, on était au jour du Vendredi-Saint. Spiridion devait
piafiier cette joutuéé et la suitante âans prendra amime nourrtture, il n'aVàit dôucrieti chë* laS, riea qu'un morceau de cbaii* de pôrcî ^"^ pendu ft là famée du %er et Wserrô pour lêg fôWs de Pâques, Iditsque vient frapper à sa porte un voyi^eur exténué dô fatig^ et de besoiu, L'évêque de Trémitlionte lé teçoit àtec empressement et l'entoure de soius paternels; mais il s'aperçoit bieUtôt que son hdtè va s'évanbuir d'inanition. Que faire? il est tard, point d'hâ^ bitation prochaine, la ville est assez éloignée, Spiridion n'hésite pas. Il coupe un morcé&u dé viande salée, la fait cuhi^ et la présente au vôyA-^ geur. Celui-ci la repousise avec étôunauent et épouvante : Je suis chrétien, mon père, dit-il à TéVêque, comment donc aujourd'hm m'offrezvous de la Chair à manger! Me èroyez^vous cd^^ pable d'insulter ainsi par mon intempérance à la mort du Christ, notre maître?
— Je suis chrétien comme vous, mon fils, lui répond doucement Spiridion, et, de plus, je suis évêque, c'est-à-dire pasteur et médecin. C'est comme médecin que je vous présente ces aliments,' les seuls qu'il soit en mon pouvoir de vous offrir* Vous êtes épuisé, et demain peut^tre
il serait trop tard pour vous sauver la vie ; jmn-- gez donc c.es aliments que je bénis, et vivez*— Jamais, réplique le voyageur, car vous me c(hi-- seillez ce que vous ne feriez pas vpus^mêiDe.
— Ce que je ne ferais pas pour moi peut-êtiîe, dit le vieillard, mais ce que je ferais certaine-^ ment pour vous, comme vous aU^z le faire pour moi qui vous en prie, Tenez, youlez-yous que je porte à ma bouche un peu dç cette viande pour vous engager à en faire usage sans scrupule ?
Et saint Spiridion prit et mangea yn peu de viande de porc pour engager son hôte à en faire autant ; car la charité, suiyant lui, était une loî plus impérieuse que celle de l'abstinence et 4u jeûne.
Voilà quel était saint Spiridion de Trémi^ thonte, voilà sans doute quelle était aussi sa fille Irène.
Ces deux anges de la terre n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Quand Spiridion allait visiter son diocèse, Irène gardait l'ermitage et y recevait les pauvres, les pèlerins et les chercheurs de bons conseils ; tout ce qu'elle faisait ou disait était approuvé d'avance par son père, et Irène, de i^on côté, pe disait que les choses que Spiridion
lui-même eût dites, et faisait avec une merveilleuse divination les bonnes œuvres qu'il eût faites.
Ces deux saints furent momentanément séparés par ce travail de renaissance que nous avons coutume d appeler la mort^ Ce fut la plus jeune qui fut appelée la première à la délivrance. Irène s- éteignit doucement^ comme une lampe dont rhuile est épuisée. Spiridion lui raidit les derniei^s devoirs, mais il ne la pleura point, car elle ne l'avait pas quitté, il la sentait plus que jamaijs unie k sa pensée et à son cœur. Il lui semblait qu'il avait une double mémoire et une double pensée. Irène avait tit)uvé peut-être son paradis dans l'âme bienheureuse de Spiridion.
Ces détails étaient nécessaires pour expliquer l'anecdote qui va suivre.
Pendant une absence de Spiridion, un chrétien partant pour un long voyage avait remis entre les mains d'Irène une somme d'argent qui était toute sa fortune. Irène avait enfoui le dépôt et n'en avait parlé à personne.
Lorsque le chrétien fut de retour, Irène était morte, et grand fut Tétonnement du saint évè-
que en s'entendant réclamer un dépôt dont il n'avait pas connaissance .
Il se rendit alors sur le tombeau d'Irène et l'appela trois fois à haute voix. Irène alors répondit du fond de }a tombe dt dit : Mon père, mon père, que me voulez-vous? O^est du ^loins ee que rapportent les l^endaires.
-^ Qu'as-tu fait de l'argent que notre frère t'avait confié? dit Spiridion.
♦— Mon père, je l'ai enfoui à telle et telle place.
Le père creusa et trouva le dépôt intact.
Évidemment cette histoire est controuvée quant aux détails, mais elle peut être vraie quaat au fond.
Personne ne supposera que Tâme des morts et surtout celle des justes soit enfermée dans la tombe pour y sentir la lente corruption de la ehair et des ossements.
Irène n'était donc pas dans la terre. Que le saint homme se soit rendu sur la tonibe de sa fille pour évoquer des souvenirs et obtenir par sympathie magnétique une intuition de seconde tue, il n'y a rien là qui nous semble impossible. Nous croyons à l'union intime des âliies saintes
que la mort ne saurait séparer. Dien remplit la distance qui séf^re le ciel de la terre, et n'y laisse pas de vide entre les Cœurs. Les souvenirs d'Irène ont donc pu se communiquer à Spiridion; et d'ailleurs, qui dait si la sainte fille n'avait pas autrefois parlé à «on père de ce dépôt? Son grand âge et les soins nombreux de son épiscopat loi avaient peut-être fait oublier cette confidence. Ne nous arrive-t-il pas souvent d'admirer comme une pensée nouvelle ce que nous avons dit ou
mêihé écrit autrefois? De combien de rémi-
niscences vagues ne sommes-nous pas poursuivis,
et qui pourra dire toute la place qu'occupent les souvenirs déjà plusieurs fois efEkcés dans les rê- veries de notre veille et dans les rêves de notre sommeil?
Nous rapprocherons de cette révélation dlrène à SiJîrïdion son père, une aventure plus récente et moins connue.
Il s'agit de Sylvain Maréchal , un bonhotUttie excentrique du siècle dernier, qui se croyait po-^ ^tîvement athée.
Sylvain Maréchal n'adnlettait donc pas Texis^ tence de Dieu, et, pour être logique, il niait également l'immortalité de l'âme; il avait fait de
mauvais veis pour défendre cette mauvaise cause; C'était d'ailleurs un homme honorable, aimé de sa femme et estimé de ses amis.
Lorsqu'on lui parlait de la mort, il dirait ordinairement que c'était le grand sommeil, et ajoutait sentencieusement ce distique, l'un de ses péchés contre Apollon :
Dormons jusqu'au bon temps, Nous dormirons longtemps.
Lui que le progrès de son siècle n'aYait conduit qu'à l'athéisme, il doutait un peu du progrès et ne croyait guère, à ce qu'on voit, à la venue d'un temps meilleur, l'athéisme n'étant ordinairement que le désespoir d'une croyance découragée.
Les gens qui ne croient pas à l'immortalité de l'âme meurent, hélas! comme les autres. Sylvain Maréchal vit venir l'heure du grand sommeil. Sa femme et une amie nommée madame Du four veillaient auprès de lui; l'agonie avait commencé. Tout à coup le mourant, comme s'il se rappelait quelque chose, fait un grand effort pour parler.
Les deux dames se penchent vers lui Alors ^
d'une voix si faible qu'on l'entendait à peine, il
dit ces mots : Il y a quinze,,.,, et la voix aspira. Il essaya de reprendre et munmira encore une fois : Quinze; mais il fut impossible d'entendre le reste. Ses lèvres remuèrent de nouveau un peu , puis , faisant un grand soupir, il mourut.
La nuit suivante, madame Dufour, qui venait de se coucher, n'avait pas encora éteint sa lampe, lorsqu'elle entendit sa porte «'ouvrir doucement* Elle mit la main devant la lumière et regarda. Sylvain Maréchal était au milieu de sa chambre, vêtu comme de son vivant, ni plus triste ni plus gai.
— Chère dame, lui dit*il, je viens vous dire ce que je n'ai pu achever hier : il y a quinze cents francs en or cachés d^ns un tiroir secret de mon bureau; veillez à ce que cette somme ne tombe pas en d'autres mains que celles de ma femme.
Madame Oufour, plus étonnée qu'effrayée de cette pacifique apparition , dit alors au revenant :
— Eh bien, mon cher athée, je pense que vous croyez maintenant à l'immortalité de l'âme.
Sylvain Mî^réchal sourit tristement, branla li^-
gërement la tète, et ne répliqua qu'en népétont une' denfière fois son distique :
Pormo^8 jusqu'au bon temps, Nousdormirons longtemps.
Puis il sortit. La frayeur prit alors madame Dateur, ce qui prouve qu'alors seulement elle fut complètement éveillée; elle se jeta hors du lit pour courir à la chambre de son amie, madame Maréchal, qu'elle rencontra venait, de son côté, chez elle, pâle et tout effarée. — Je viens de voir M. Maréchal, dirent en même temps les deux femmes ; et elles se racontèrent les détails à peu près identiques de la vision qu'elles venaient d'avoir chacune de son côté.
Les quinze cents francs en or furent trouvés dans un tiroir secret du bureau.
Nous tenons cette histoire d'une amie commune des deux dames qui la leur avait souvent entendu raconter. Nous la croyons vraie, mais nous pensons que les dames, lorsqu'elles virent le fantôme, étaient déjà tombées dans un état de demisotnineil. Préoccupées des dernières paroles de Maréchal, elles les rapprochèrent avec la lucidité particulière aux rêves des personnes affligées de
mille petites dreonstaaces qu'elles avaient sues sans les remarquer et qui s'étaient graivées dans leur réminiscence involontaire ; le mourant, d'ail^ leurs, avait projeté a^ec force sa volonté dans ces deux âmes sympathiques ; ce qu'il voulait leur dire, il leur avait communiqué la force de le deviner. Elles le revirent absolument, comme on voit en fève, avec ses habits de tous les jours et sa manie de réciter de méchants vers; elles le virent com^ me on voit toujours les morts, daiis tinç espèce de miroir rétrospectif; elles le virent comme une somnambule Taurait vu, aitesi que le secret da sa cachette et de wn oy. r
Il y a là un phénomène très^remarquable d'hat* lucioation coUeetiv^ M ^myltanée , avec identité de secwde vue.; bwm il Ry .«: we» qui puisse prouver quelque ehosa «n , fayeur de^ évocations et du retour des trépftssési ^
jQuoi qu'il en soit du fa^tôç^e de Sylvain M^ré ehi^i, son incréd^iUté posthume .Apus rappaUeunt) pensée fort singulière de Swedenboi^. l4i foi, dit-il, étant une grâce qu^il f^ut mériter, Dieu, ne l'impose jamais à personne, même après la mort. Aussi n'est-îl pas rare de rencontrer, dans le monde des esprits, des incrédules qui
nient plus que jamais ce qu'ils ont touypùrs nié , et qui échappent à réridence de Timmertalité en supposant qu'ils ne sont pas morts, mais seulem^it atteints de quelque maladie mentale qui a déplacé le siège de leurs sensaticms. Ils vivent toujours comme ils vivaient sur la terre, se plai* gnant seulement de ne plus voir ce qu'ils voyaient, de ne plus entendre ce qu'ils entendaient, de ne plus goûter ce qu'ils goûtaient, de ne plus possé- der ce qu'ils possédaient ; ils vivent ainsi d'une fausse existence, protestant contre la véritable vie^ et toujours trompés dans leur ennui par l'espé- rance de la mort. Ces imaginations du mystique suédois sont aussi ingénieuses qu'effrayantes et sufBmient pour nous eltpliquer, sinon le «ommeil léger d'Irène dans son tombeau de Trémithonte, du moins la double visite nocturne de Sylvain Maréchal, le lendemain de sa mort, pour d^ intérêts matériels et mesquins, si, aux suppositions tirées de l'imagination des mystiques, nous ne préférions mille fois les simples hypothèses de la science et de la raison.
CHAPITRE V.
MYSTÈHES DÈS INITIATIONS ANTIQUES. -— LES ÉVO- CATIONS PAR LE SANG. — LES RITES DE LATHÉUR-^ GIE. — LE CHRISTIANISME ENNEMI DU SANG.
Lei» mystères de la folie sont lea mystèi-es du sang. Ce mnt les mouy^n^^ts dér^lés du sang qui ti*oubleat la raison des gens éveillés, coinme ils produisent, pendant la nuit, le dérèglement des rêves. La folie et certains vices sont héréditaires, parce qu'ils résident dans le sang : le sang est ie grand agent sympathique de la vie; c'est le mc^ teur de TimagijEiation, c'est le subs^atum animé de la lumière magnétique ou de la lumière as*^ traie polarisée dans les êtres vivants ; c'est la pre* xnière incai*nation du fluide universel, c'est de la lumière vitale matérialisée. Il est fait à l'image et à la ressemblance de l'infini ; c'est une substance négative dans laquelle nagent et s'agitent des mil*- liards de globules vivants et aimfuités , globules gonflés par la vie et tout vermeils de cette insaisissable plénitude. Sa naissance est la plus grande
de toutes les merveilles de la nature. Il ne vit que pour se transformer ; i? ast le Prêtée universel : il sort des principes où il n'était pas contenu , il devient de la chair, des os, des cheveux, des tissus pai-ticuliers et délicats , des ongles , de la sueur , des larmes. 11 ne s'allie ni à la corruption mi à la mort : quand la vie cesse, il se décompose ; qu'on parvienne à le ranimer, à le refaire par une aimanlâtioA nouvelle de i^s globules, et la vie recomm6ncera« La subutanee universelle, aVec son dottble mouvement, est le grand aroane de VèttB\ le sàiig «si le grand sircane de la vie.
Atissi, tous les myi^tèrei^ religieux sottt aussi dès mystères de sang. Il n'y a pa$l de cultes sans sacrif fices , et le sacrifice non sanglant ne pouvait eziis* ter que comme transsubstantiation d'un sang véri* table, toujours fumant, toujours parlant, toujours criant, dans sa vertu divinement expiatoire , sur l'autei comme sur le Calvaire. Les dieux de l'antiquité dmaient le sang , et les démons en avsuént soif. G -est ce qui a fait penser au comte Joseph de Maistre que le supplice supplie, que l'échafaud est un supplémmt de l'autel, et que le bourreau est un appendice dii pnôtre.
C'est à la vapeur du sang, dit Paracelse, que
Tiiaagin^iôii emprunte tous les fantôurà» qu*eUe ^ifante. Les visions sont le déliré du sang : ageiit secret des sympathies , il propage l'hallucination^ Goomie un virus subtil ; lorsqu'il s'évapore , son sénlm se dilate, ses globules se gonflent^ se défor* mént et donnât des corps aux fantaisies les plus bizarres ; lorsqu'il monté au cerveau exalté de saint ^tdne ou de sainte Thérèse, il leur apparaît en réaUsant pour eux des chimères plus étranges que celles de Gallot, de Salvator ou de Goya. Personne n'inventerait les monstres q«e sa sur^ excitation fait éclore : c'est le pOëte des rêves ; c'est le grand hiérophante du délire.
Aussi , dans l'antiquité comme au moyen âge, évoquait-on les morts par l'effusion du sang. On creusait un fossé, on y versait du vin, des parfums enivrants et le sang d'une brebis noire ; les horribles sorcières de la Thessalie y joignaient le sang d'un enfant. Les hiérophantes de Baal ou de jNisroch, dans une exaltation furieuse, se faisaient des incisions par tout le corps et demandaient soit des apparitions, soit des miracles, aux vapeurs de leur propre sang : alors tout commençait à tournoyer devant leurs yeux égarés et malades ; la lune prenait la teinte du sang répandu , et ils croyaient la
toif tombei* du ciel ; puis commençairat à ^rtir de terre , à voltiger , à ramper , à se traîner des choses hideuses et informes : on voyait se former des larves et des lémures ; des têtes paies et sor^ dides comme les vieux suaires, et toutes barbues des moisissures de la tombe, venaient se pen<^r sur la fosse et tiraient leur langue sèche pour boire le sang répandu. Le magicien, tout idlEaîbliet tout blessé, s'escrimait contre elles avec le glaive jusqu'à l'apparition de la forme attendue et de l'oracle. C'était ordinairement le dernier rêve de 1 épuisement, le paroxysme de la démence; c'est alors que l'évocateur tombait souvent comme fou«- droyé, et^ s'il était seul, ^ de prompts secours, ne lui étaient administrés, si un puissant cordial ne le rappelait à la vie, le lendemain on le trouvait mort, et l'on disait que les esprits s'étaient veinés. Les mystères de l'ancien monde étaient de deux sortes. Les petits mystères concernaient l'initia* tion au sacerdoce ; les grands étaient l'initiation au grand œuvre sacerdotal, c'est-à-dire à la théurgie. La théurgie, mot terrible, mot à double sens, qui veut dire création de Dieu. Oui, dans la théurgie on apprenait au prêtre comment il doit créer les dieux à son image et à sa ressemblance,
en ks tirant de é%, propre chair et en les suiimant de son propre sang. C'était la science des évocations par le glaive et la théorie des fantômes sanglants. C'est là que Finitié devait tuer l'initiateur; e'est là qu'OGdipe devenait roi de Thèbes en donnant la mort à Laïus. Nous tâcherons d'expliquer ce que ces expressions allégoriques ont d'obscur. Ce qu'on peut entrevoir déjà, c'est qu'il n'y avait pas d'initiation aux grands mystères sans effusion de sang, et sans l'effusion du sang même le plus noble et le plus pur. C'est dans la crypte des grands mystères que Ninyas dut venger sur sa propre mère le meurtre de Ninus. Les^ fureurs et les spectres d'Oreste furent l'œuvre de la théurgie. Les grands mystères étaient la sainte vehme de l'antiquité, oti les francs-juges du sacerdoce pétrissaient de nouveaux dieux avec la cendre des anciens rois détrempée dans le sang des usurpateurs ou des assassins. Étaient-ils donc eux-mêmes des assassins, ou du moins des bourreaux? Non ; car le drmt au sacrifice leur était dévolu par le cons^itement universel des nations. Le prêtre n'assassine pas, il n'fôcécute pas, il sacrifie; et c'est pour cela que Moïse, nourri du dogme des grands mystères, choisissait pour tribu sacerdotale celle
qui avait su le mieux, suivant l'expression même de la Bible, consacrer ses mains dans le sang. CSe n'étaient pas seulement Baal et Nisrocii qui demandaient alors des victimes humaines ; lé Dieu des Juifs aussi avait soif du sang des rois, et Josa6 lui offk'ait des hécatombes de monarques vaincus. Jephté sacrifiait sa fille ; Samuel coupait en morceaux le roi Agag sur la pierre sacrée du Galgal. Moïse, comme les anciens initiateurs aux grands mystères, était allé avec Josué, son suo»- cesseur, dans les cavernes du mont ^[ébo, et Jdsué était revenu seul. Jamais on ne retroirva le ca^ davre, car, dans les grands mystères, on possé^ dait le secret du feu dévorant. Nadab et Abiu, Coré, Dathàn et Abiron en fireiit la triste expé- rience. Quand Satil fut rejeté de Dieu, c'est-è- dire condamné comme usurpateur du sacerdoce et profanateur des mystères, il devint le jouet des hallucinations, car les grands hiérophantes avaient le secret des fantômes. C'est alors qu'Achitophel lui conseilla le massacre de tous les prê- tres, comme si l'on pouvait jamais les massacrer tous. Le sang des sacrificateurs est une semence de» nouveaux sacrifices. Vous faites le 2 septembre, et la Saint-Barthélémy est justifiée. Vous
oroyoK punir Torquemada^ et vous pr^rez de hautes œuvres à Trestaillou. Le prêtre qui conduit Louis XYI à l'échafaud, et qui lui dit avec l'autorité suprême du pontife : m Fils de saint Louis, montez au oiel ! » semble accomplir seul, avec la Convention pour ministre subalterne, le grand sacrifice de la Révolution. La victime même, en tombant, révèle et consacre le prêtre. Je mettrai sur toi un signer, dit Adonal à Gain, pour te rendre inviolable et pour que personne n'ose porter la main sur toi. Âbel fut la première victime, Caïn fut le premier prêtre du monde.
Abel, pourtant, avait ex«rcé avant Caïn une Sorte de sacerdoce, et il avait le premier versé le sang des créatures de Dieu. Il offrait au Sei*- gneur, dit la Bible, les prémices de son troupeau; Gain, au contraire, ne présentait à Dieu que des fruits. Dieu repoussa les fruits et préféra le sang; mais il ne rendit pas Abel inviolable, parce que le sang des animaux est plutôt la figure que la réalisation du véritable sacrifice. C'est alors que Tambitieiix Caïn consacra ses mains dans le sang d'Abel ; puis il bâtit des villes et fit des rois, car il était devenu souverain pontife. Si, plus tard. Judas Iscariote eût fait pénitence au lieu de se
suicider, il eût fait une rude concurrence à saint Pierre. Saint Pierre, en effet, était, après Judas seulement, le plus sanguinaire des apôti^es.
Est-ce pour cela seulement qu'il méritait d'être le premier pape? Loin de nous Tidée d'une siacrjklége ironie ! Nous révélons la grande loi sacerdotale, et nous n'insultons pas pour cela à la papauté. Nous voulons dire que le ^crificateur assume sur lui et résume en lui tous les crimes du peuple, et qu'il est purifié le premier par le sang tout-puissant de la victime. C'est du moins ce que pensaient les hiérophantes de l'ancien monda, lorsque, dans la crypte des grands mystères, ils venaient s'offrir, la tête couverte d'un voile, au glaive de leurs successeurs. Œdipe avait tué Laïus sans le connaître, et tous les grands initiés à la science d'OEdipe expiaient à leur tour Je meurtre symbolique de Laïus. C'est ainsi que, dans la Ma- çonnerie, qui garde encore de nos jours la tradition symbolique des anciens mystères, on parle toujours de venger la mort du fabuleux Hiram. L'homme qui se sent malheureux sans avoir la conscience d'être juste, se croit facilement puni pour une faute involontaire; il croit avoir tué son pwpre bonheur : le besoin d'expiation lui fait
i^ver le sacritice, et c'est le sacrifice qui fait les prêtres en coosacraxit Tautel sanguinaire des dieux.
Jésus, le seul initiateur qui n'ait tué personne, meurt pour labolition des sacrifices sanglants. 11 est alors plus grand que tous les pontifes ; et que serait-il donc, s'il n'était pas Dieu ? Il s est fait Dieu sur le Calvaire ; mais ses disciples, en le reniant et en le vendant, se sont faits prêtres, et ils ont continué le vieux monde, qui durei^a tant que le /prêtre aura besoin de vivre de Tautel, c e^^TÂHâire de manger la chair des victimes.
Et il y a de prétendus sages qui vous disent que le christianisme expire et que le monde de Jésus- Gb^ri^t s'en va! C'est le vieux monde qui expire, c'est l'idolâtrie qui s'en va. L'Évangile a seule- 'ment été annoncé ; il n'a pas régné sur la terre. La catholicité, c'est-à-dire l'universalité d'une seule religion, n'est encore qu'un principe que bien des gens regardent comme une utopie. Mais les principes ne sont pas des utopies ; ils sont plus forts que les peuples et les rois, plus durables que les empires, plus stables que les mondes. Le ciel et la terre peuvent passer, a dit le Christ ; mes paroles ne passeront point.
Nous lisons dans les Actes des apôtres que saint Pierre eut une vision. Il voyait une grande nappe couverte d'animaux purs et impurs, et une voix lui disait : Tue et mange ! Ainsi se révéla pour la première fois le mystère de la papauté tempo-* relie. Depuis lors les souverains pontifes ont cru pouvoir tuer pour manger. Jésus-Christ jeAnait et ne tuait pas ; il avait même dit à saint Pierre : Remets ton épée dans le fourreau, car celui qui frappe de Tépée périra par Tépée. Mais c'est là une de ces paroles qui ne pouvaient être comprises avant la venue de l'esprit d'intelligence et d'amour qui, comme on le voit bien, n'a pas encore établi son règne définitif en ce monde.
Les souverains pontifes des anciens cultes étaient donc tous des sacrificateurs d'hommes, et tous les dieux du sacerdoce ont aimé la chair et le sang. Moloch ne différait de Jéhovah que par défaut d'orthodoxie, et le Dieu de Jephté avait des mystères semblables à ceux de Bélus. Les moines du moyen âge se tiraient régulièrement du sang, comme les prêtres de Baal ; car la continence perpétuelle , cette divinité stérile , est une idole qui veut du sang : la force vitale qu'on veut soustraire à la nature, il faut la verser sur l'autel
de la mort. Nous avons dit qne le sang est le père des fantômes, eft e'est par les fantômes du sang que les prêtres de Babel et d'Argos troublèi^mt la raison de Ninyas et d*Oreste. Sémiramis et Glytemnestre avaient été vouées aux dieux infernaux ; et leurs légmdes se ressemblent de telle sorte qu'on les croirait calquées l'une sur l'autre. Ninus était le roi des prêtres : Sémiramis voulut être la reine des peuples, et s*assura, par un crime, la possession de la couronne de Ninus. Le monde politique n'avait pas alors de tribunal qui pût juger éette femme, tant elle se justifia par de grandes choses. Elle sraiait le monde de merveilles. Ses envieux soulevaient contre elle les multitudes t elle venait seule , et les révoltes s'apaisaient. Mais elle avait un fils que les prêtres gardaient pour otage : Ninyas était initié aux grands mystères ; et il avaît juré de venger Ninus, dont il ne connaissait pas encore le meurtrier. Sémiramis , de son côté, était obsédée de fantômes et de remords. La fenune , chez elle , l'emportait secrètement sur la reine , et souvent elle descendait seule dans la nécropole pour pleurer et frémir sur les cendres de Ninus. C*est là qu*elle rencontra Ninyas, poussé par les hiérophabtes : entre le fils et la mère se
dressa le specti'e du roi assassiné. Sémiranûs éàait voilée ; le fantôme ordonna de frapper. Le jeune initié s'avance : Sémiramis pousse un cri rt lève son voile, elle a reconnu Ninyas : « Mon, tu n'es plus Ninyas , dit le spectre , tu es moi-^nême , tu es Ninus sorti de la tombe !» Et il sembla absorber le jeune homme en lui-même et se confondre avec lui de telle sorte que la reine ne vit plus devant elle que le spectre de Ninus, pâle et le glaive sacré à la main. Elle retira alors le voile sur sa tête et présenta son flanc , comme devait faire plus tard Agrippine. Quand Ninyas revint à lui , il était couvert du sang de sa mère : « Est-ce donc moi qui Tai tuée? s*écriait-il avec ^rement. ^ Non, répondait Sémiramis en l'embrassant pour la dernière fois, nous sonunes deux victimes; et le sacrificateur, ce n'est pas toi : je meurs, assassinée par le grand-prêtre de Bélus ! » Tels étaient les prêtres de Babylone, tels furent ceux de Mycènes et d'Argos : Galchas demande le sang d'iphigénie ; Glytenmestre maudit les prêtres et venge sa fille par le meurtre d'Agamemnou ; Oreste , poussé par les oracles , tue sa mère, et va cherciier jusqu'au fond de la Ghersonèse Taurique l'idole sanglante de la Diane vengeresse.
Devons-nous être étonnés de ces attentats contre la famille, quand, des siècles plus tard et en plein christianisme , nous voyons uft prêtre romain , le terrible Jérôme, écrire à son disciple Héliodore : « Si ton père se couche sur le seuil de la « porte, si ta mère découvre à tes yeux le sein « qui ta nourri, foule aux pieds le corps de « ton père, marche sur le sein de ta mère, et, « les yeux secs, accours au Seif^neur qui t aj>-
Tels sont les sacrifices de la chair et du sang qui consomment le grand œuvre de la théurgie. Le Dieu pour lequel on a marché sur le sein de sa mère , on doit le voir désormais Tenfer sous les pieds et le glaive exterminateur à la main. 11 poursuivra lascète comme un remords, il ira savourer diuis la solitude les terreurs de Tenfer et le$ désespoirs de la pensée. Moloch ne brûlait les enfants que pendant quelques secondes ; il aj)- partenait aux disciples du Dieu qui meurt pour racheter le monde de créer un Moloch nouveau dont le brasier est éternel !
M. Renan, dont nous ne voudrions pas avoir écrit le malencontreux ouvi-a^e, y a mis ceiKîudant une bonne Iparole, qui rachète, h nos yeux
bien des défauts. Cette parole, la voici : « Per- « sonne ne fut moins prêtre que Jésus. » Distinguons toutefois, caf il s^agit du prêtre de l'antiquité, qu'on retrouve malheureusement encore dans les temps modernes. Saint Jérôme était, à son insu, un hiérophante des grands mystères ; saint Vincent de Paul est le type du nouveau prêtre , du véritable prêtre chrétien , cette ré- incarnation perpétuelle de Jésus-Christ.
L'Église a horreur du sang. Dans cette ineffaçable maxime se résume tout Fesprit du christianisme.
L'Église a horreur du sang, et repousse loin de son sein tous ceux qui aiment à le verser. Le prêtre chrétien ne peut exercer les fonctions d'accusateur public, ou de juge, sans devenir irrégulier , c'est-à-dire incapable d'exercer les fonctions saintes. Ainsi donc, les inquisiteurs meurtriers n'étaient pas des prêtres chrétiens, c'étaient des sacrificateurs de l'ancien monde qui mentaient au christianisme. Un pape ne peut condamner personne à mort. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, mais il ne sait pas les égorger. Un pape ne saurait faire la guerre. Quand Jules II faisait le soudard, il n'agissait plus
en pape, c'était encore un tyranneau du Bas- Empire. Le bon Pie IX, qui a , dit-on , des visions, doit être obsédé par les spectres de Pérouse et de Castelfidardo ; alors il doit avoir horreur de ses propres mains , lui qui est le chef suprême de l'Église, car l'Église a horreur du sang.
Sacrifier les autres pour soi, voilà le vieux monde, le monde de Jupiter et de Saturne, le monde des Césars et des augures. Se sacrifier pour les autres, voilà le monde nouveau, le monde du Christ, le monde de l'avenir. Tuer pour vivre, voilà la grande fatalité des grands mystères. Mourir afin que les autres vivent, voilà le droit divin et la liberté de l'initiation humaine au triomphe de la raison. La divinité et l'humanité se sont étroitement unies en Jésus-Christ, et qui frappe Tune blesse l'autre. Juges de la terre, prenez-y garde : tout homme désormais appartient au Christ; il a payé de son sang innocent l'humanité coupable tout entière. Tout coupable est appelé au repentir, et tout homme qui peut encore se re-^ petitir doit être sacré comme Caïn. Savez-vous pourquoi Dieu gardait si précieusement le sanji de Caïn? C'est que chacune des gouttes de ce
^ u^vii^**^^ ^ftre volontaire . v.
vement aux mains sanglantes des enfants de Gain?
On dit que tous les ans, à Naples, le sang du martyr Gennaro se liquéfie et bouillonne comme s*il ne pouvait se reposer; on dit qu'en plusieurs endroits de la France le vin des calices est redevenu du sang, et que les hosties consacrées sesont rougies d'une sueur semblable à celle de Fagonie au jardin des Oliviers. C'est que les martyrs sont srdidaires les uns pour les autres ; c'est que le sang non expié crie contre les effusions du sang nouveau. Le sang de saint Janvier proteste contre l'inquisition encore vivante dans la triste cervelle des Gaumeet des Veuillot. Le vin de l'Eucharistie redevient du sang pour défendre aux indignes prêtres de le boire, et les hosties s'injectent des nuances du meurtre, comme si le Christ découragé renonçait à la transsubstantiation et redevenait un cadavre.
Quand le Christ devient un cadavre, c'est qu'il se prépare à ressusciter, et nous croyons que la résurrection du christianisme est prochaine ; mais ce n'est pas ce que nous avons à prouver ici. Demeurons dans notre sujet et constatons seulement que le règne des dieux de sang est fini. Ne ver-
CHAPITRE VL
I-^EIS DERNIARS IKITIÉB DE L'aKCIE» MOKDE : APPOL^ LONIUS DE THYAIIE, MAXilfE d'ÉPHËBE ET JULIEM. — LES PAÏENS pt LA RÉVOLUTION. — UN HltRO- PHANTEDE GÉRÉS AU DlX-fîUITIÈME SIÈCLE.
Le sacrifice de soi-même pour les autres a quelque chose de si insensé en apparence, mais de si sublime en réalité, que cet antagonisme qu'on y trouve entre la raison égoïste et Tenthousiasme du dévouement justifie complètement le
Credo quia absurdum du paradoxal TertuUien. La foi, comme l'antique Minerve, naquit toute armée et se posa tout d'abord en triomphatrice. La nature elle-même, la sainte et immortelle nature, sembla vaincue un instant, parce qu'elle était surpassée. Le jour oîi un homme mourut volontairement pour sauver les autres, le surnaturel fut prouvé.
Alors les sages de ce monde et les raisonneurs s'étonnèrent ; ils cherchèrent dans l'Ëvangile le
sang valait une goutte de saug rédempteur^ et, pour que la rauçoii fût efficace . il ne fallait pas qu'uue seule pai*celle de la chose rachetable se perdît.
Le saug d*Abel criait vei*s Dieu, dit la Bible. Uui donc pouvait le faire taire? Pour éteindre cette voix il fallait une voix plus puissante, celle du saug de Jésus-Christ. Le sang d'Abel demandait justice : Abel n'était qu'un homme , et le sang de Jésus avait seul assez de force pour crier que la j ustice, chez Dieu , c'est le pardon. Qui donc * avait pu lui dire cela? Jésus-Christ seul le savait
pour le dire au monde, et, s'il le savait, c'est qu'il était Dieu !
Aussi pouvait-il seul abolir le sacerdoce de sang et instituer la prêtrise du sacrifice volontaire. C'est ce qu'il a fait, c'est ce que les martyi's ont compris, c'est ce que les saints connue Vincent de Paul ont essayé, non pas vainement, mais si difr ficilement encore sur la terre, et vous osez dire
! que le christianisme s'en va! Je vous demande
I s'il est venu au monde autrement que comme
[ une parole incomprise et un prodige contesté?
] Je vous demande si le sang d'Abel a cessé de
; couler, et si le saceidoce a échappé définiti-
vement aux mains sanglantes des enfants de Caïn?
On dit que tous les ans, à Naples, le sang du martyr Gennaro se liquéfie et bouillonne comme s*il ne pouvait se reposer; on dit qu'en plusieurs endroits de la France le vin des calices est redevenu du sang, et que les hosties consacrées se sont rougies d'une sueur semblable à celle de Tagonie au jardin des Oliviers. C'est que les martyrs sont srdidaires les uns pour les autres ; c'est que le sang non expié crie contre les effusions du sang nouveau. Le sang de saint Janvier proteste contre l'inquisition encore vivante dans la triste cervelle des Gaumeet des Yeuillot. Le vin de l'Eucharistie redevient du sang pour défendre aux indignes prêtres de le boire, et les hosties s'injectent des nuances du meurtre, comme si le Christ décou-* ragé renonçait à la transsubstantiation et redevenait un cadavre.
Quand le Christ devient un cadavre, c'est qu'il se prépare à ressusciter, et nous croyons que la résurrection du christianisme est prochaine ; mais ce n'est pas ce que nous avons à prouver ici. Demeurons dans notre sujet et constatons seulement que le règne des dieux de sang est fini. Ne ver-
sons donc plus le sang, ne l'agitons plus, même pour en faire sortir des dieux. Laissons en paix les morts, car les oracles du sang répandu sont frères des oracles de la tombe. La table tourne parce que le sang s'agite; laissez le sang se calmer, et lès prétendus esprits se tairont.
Oui, spirites, les esprits qui parlent dans les tables sont les esprits de votre sang. Vous vous épuisez pour animer le bois, comme ces prêtres du Mexique qui croyaient donner une âme à leurs idoles en les barbouillant de sang fraîchement répandu. Ce que vous faites, on le faisait avant la venue de Jésus-Christ ; on l'a fait et on le fait peut-être encore dans l'Inde; on le fait surtout chez les sauvages, où les jongleurs entourent de chevelures saignantes l'autel de leurs manitous, qu'ils cckijurent et font parler. Le magnétisme, c'est la projection des esprits du sang, et vous magnétisez vos meubles en appauvrissant votre cer^ veau et votre cœur.
CHAPITRE VI- LES DSRNIARS IKITIÉB DE L'aKCIEI^ MOKDE : APPOL- LONIUS DE THYA2IE, MAXilfE D*ÉPHâ8E ET JUUEM. •~ LES PAIeNS pt LÀ RÉVOLUTION. ^ UN HltRO- FHA19TËDE GÉRtS AU DIX^HUITIÈMB SltCLB.
Le sacrifice de soi-même pour les autres a quelque chose de si insensé en £lpparence, mais de si sublime en réalité, que cet antagonisme qu'on y trouve entre la raison égoïste et Tenthousiasme du dévouement justifie complètement le Credo quia absurdum du paradoxal TertuUien. La foi, comme l'antique Minerve, naquit toute armée et se posa tout d'abord en triomphatrice. La nature elle-même, la sainte et immortelle nature, sembla vaincue un instant, parce qu'elle était surpassée. Le jour oi!i un homme mourut volontairement pour sauver les autres, le surnaturel fut prouvé.
Alors les sages de ce monde et les raisonneurs s'étonnèrent ; ils cherchèrent dans l'Ëvangile le
secret de la puissance du christianisme et ne le trouvèrent pas. Ils ne virent qu'une compilation mystique de paraboles juives et d'allégories ^yptiennes; ils résolurent d'opposer un livre à ce livre et un honune à Jésus-Christ, et c'est ainsi que fut écrite la vie d'Apollonius de Thyane. Ce monument contemporain desÉyangiles n'a pas été assez étudié : on y trouve des histoires et des symboles ; la fable y coudoie la vérité, mais cette fable est toujours une doctrine présentée sous le voile de l'allégorie. C'est ainsi que le voyage d'Apollonius dans l'Inde, et sa visite au roi Hiarchas dans le pays des Sages, figurent le dogme entier d'Hermès et contiennent tous les signes convenus, tout le secret des anciens sanctuaires, c'est-à-dire le grand œuvre de la science et de la nature. Les dragons de la montagne sont les métalloïdes ignés qui contiennent le mercure philosophique; le puits où se trouvent les résen oirs de la pluie et du vent est le caveau où fermente le feu électromagnétique alimenté paï* l'air et excité par l'eau. 11 en est de même des autres svmboles. Le roi Hiarchas ressemble, à s'y tromper, à ce fabuleux Hiram, auquel Salomon demandait les cèdres du Liban et l'or d'Ophir. Remarquons
que Jésus ne demande rien aux rois de son temps et que lorsque Hérode l'interroge il dédaigne de lui répondre.
Apollonius est sobre ; il est chaste comme Jésus, et comme lui il ^ dévoue à une vie errante et austère. La différence essentielle entre Tun et l'autre, c'est qu'Apollonius favorise les superstitions et que Jésus les détruit ; qu'Apollonius excite à verser le sang et que Jésus maudit les œuvres du glaive. Une ville est affligée de la peste, Apol* lonius arrive, le peuple, qui le regarde comme un thaumaturge, se presse autour de lui et le conjure de faire cesser le fléau. La peste qui vous afflige, la voilà ! s'écrie le faux prophète en montrant un vieux mendiant. Lapidez cet homme, et la contagion cessera. On sait de quoi est capable une multitude furieuse de superstition et de peur. Le vieillard disparaît sous un monceau de pierres. Philostrate ajoute qu'on déblaya ensuite la place du meurtre et qu'on n'y trouva autre chose que le cadavre d'un gros chien noir ; et ici l'absurde n'arrive pas à justifier l'atroce. Jésus ne faisait lapider personne, pas même la femme adultère ; il ne rejetait pas les fléaux publics sur la tête du pauvre Lazare, que le mauvais riche repoussait
du seuil de sa porte, et dont les chiens avaient pitié. Pour remède à la miière, cette pesta aux yeux des heureux, il donnait le paradis et nûn le dernier supplice. ÂpoUomus ici n'est qu'un misé- rable sorcier, et Jésus est le filMie Dieu.
Apollonius a des visions ; il assiste en esprit au meurtre du tyran de Rome, et il pousse des cris de joie. Courage I dit-il en s'adressant aux assas* sins; frappez, immolez ce monstre! Jésus n'a pas une parole de malédiction contre Hérode et contre Pilate, et prie même pour eux en même temps que pour ses bourreaux, lorsqu'il dit cette parole sublime : Père, pardonnez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font!
Le génie d'Apollonius est une brillante folie qui se révolte et qui proteste, celui de Jésus est une raison modeste qui accepte et qui se soumet.
Avec Apollonius de Tyane, le vieux monde semblait avoir dit son dernier mot ; mais la Providence, qui est belle joueuse, lui donna encore Julien, afin qu'il pût essayer encore une fois de prendre sa revanche. Julien était un philosophe comme Apollonius et un empereur comme Mare** Aurèle. Mais c'était aussi un sophiste h la ma
oière de Libanius, et il donnait toute sa confiance à des charlatans comme Jamblique et Maxime d'Éphèse. Jamais cet esprit raide et guindé n'avait pu comprendre les doux mystères de la crè- che. Julien n'aimaU pas les femmes et n'avait pas d'enfants , il était chaste moins par sacrifice que par mépris du plaisir; sa rudesse philosophique allait jusqu'à lui faire négliger les soins les plus vulgaires de la propreté. Il avoue, dans le Mùo^ pogon^ que ses cheveux et sa barbe étaient hantés par les insectes les plus sordides, et il s'en fait presque un mérite. Ici le César pedicidosus devient véritablement grotesque. « Oh ! le beau menton de bouc ! oh I le barbu mal peigné ! » chantaient les habitants d'Antioche. Julien croit répondre en reprochant aux chanteurs leur mollesse et leurs débauches. Comme si les vices des uns pouvaient autoriser la malpropreté de l'autre. Ce héros crasseux, qui avait reçu malgré lui du christianisme une teinte ineffaçable de philanthropie, était, par religion, amateur des sacrifices et du sang. Quel victimaire que ce grand philosophe ! quel boucher que cet excellent prince ! disaient les prédécesseurs de Pasquino. Aussi le voyait-on toujours les vêtements retroussés et les mains pleines d'en
tràilles fumantes. On n'était plus au temps où les princes grecs, chantés par Homère, égorgeaient et dépeçaient eux-mêmes les victimes. Julien ne comprenait ni son époque ni la dignité de son rang. Néron avait pu se fairei'liistrion parce que, suivant la belle expression de Tacite, la terreur lui faisait raison du mépris; mais Julien, trop bon pour se faire craindre, trop désagréable pour se faire aimer, ne pouvait échapper au ridicule en exerçant les fonctions dégoûtantes des sacrificateurs antiques. On le sacrifia enfin lui-môme, et le monde chrétien applaudit.
On assure qu'après sa mort on ouvrit les portes d'un petit temple qu'il avait fait murer avant de partir pour son expédition de Perse, et qu'on y trouva le cadavre d'une femme nue suspendue par les cheveiix et le ventre ouvert. Est-ce une invention de la haine ou la révélation d'un mvstère? Cette femme était-elle une martyre ou une victime volontaire? Nous penchons vei's cettedernière idée. Une jeune fanatique s'était trouvée peut- être alors qui avait voulu opposer son sacrifice h celui duCliristpourlaprospéritédu règne deJulien et lo retour aux anciens dieux. L'empereur avait fermé les yeux et le grand pontife avait seul assisté
à l'holocauste. Le temple muré, la \ictime sanglante suspendue entre le ciel et la terre comme une prière palpitante, tout cela ressemble à une pai^xlie du crucifiement. On sait qu a une époque toute rapprochée de nous de jeunes filles se faisaient ainsi crucifier pour le triomphe de la protestation janséniste, et, si Ton songe aux rites barbares qui déshonoraient la i*eligionde Julien, on ne rejettera pas immédiatement comme une calomnie posthume l'histoire de la femme sanglante et du temple muré. Julien avait été initié aux grands mystères par Maxime d'Éphèse, et il croyait à la vertu toute-puissante du sang.
C'est en effet par un baptême de sang que Maxime d'Éphèse l'avait consacré aux anciens dieux. Julien, conduit dans la crypte du temple de Diane à demi nu et les yeux bandés, reçut des mains de Maxime un couteau, et une voix mysté- rieuse lui ordonna de frapper une pâle figure humaine qu'on lui laissa seulement entrevoir; le bandeau fut remis sur les yeux du néophyte, on conduisit la main de Julien et on lui fit toucher une chair toute chaude et toute vivante ; il y plongea le glaive sacré, puis on le força de se prosterner sous la fontaine qu'il venait d'ouvrir. Une
aspersion chaude et nauséabonde le fit tressaillir, mais il garda le silence et reçut jusqu'au bout la consécration du sang versé. Par ce sang, disait Maxime, je te lave de la souillure du baptême. Tu es le fils de Mithra e^ tu as plongé le glaive dan^ le flanc du taureau sacré. QueFablution du taurobole te purifie ! Julien venaitil de sacrifier un homme? n avait-il immolé qu'un taureau ? c*est ce que lui-même alors devait ignorer ; miais que ces rites aient été ceux des grands mystères, nous n'en saurions douter, puisque nous les retrouvons encore dans les traditions de Tilluminisme et dans les anciens rituels de la maçonnerie, héritière, comme le savent tous les érudits en cette spécialité, des doctrines et des cérémonies de Tancirane initiation.
Suivant l'usage des historiens anciens, Ammien Marcellin a composé une belle harangue qu'il met dans la bouche de Julien mourant, comme si un homme qui a le foie traversé par un dard pouvait songer à faire des harangues. Ici nous aimons mieux croire à la tradition chrétienne qu'à l'histoire sophistique. Or, voici ce que dit cette tradition : Lorsqu'on eut retiré le javelot à trois tranchants de la blessure de Julieli,
lorsque son sang coulait à flots et qu'il se sentait défaillir, il remplit ses deux mains de ce sang qu'il perdait et les éleva vers le ciel en pronon- çant ces mystérieuses paroles : Tu as vaincu, Galiléen ! On a pris ces paroles pour un blasphème, mais n'était-ce pas bien plutôt une ré- tractation tardive ? L'initié du taurobole comprenait trop tard que le sacrifice de soi-même l'emporte sur le sacrifice des autres. 11 sentait qu'en donnant son propre sang pour les hommes, le Christ a pour jamais abrogé les sacrifices sanglants de l'ancien monde. Le souverain pontife de Jupiter donnait sa démis^on en offrant à son tour au ciel son propre sang au lieu de celui des boucs et des taureaux. Oui, semblait-il dire, toi que par mépris j'appelais Galiléen, tu es plus grand que moi et tu m'as vaincu ! Tiens, voilà mon sang que je te donne comme tu as donné le tien. Je meurs et je reconnais que tu es mon maître ! Tu as vaincu, Galiléen !
Les mains du malheureux empereur s'affaiblirent, son sangretomba sur sa tête, et Ton crut qu'il avait Voulu les secouer contre le ciel. 11 se purifia peut-être ainsi des souillures du taurobole et renouvela les traces effacées de son baptême. Son
acte (le repentir fut méconnu et laissa peser l'anathème sur sa mémoire. Mais il avait été bon et juste, et Dieu ne laisse pas périr à jamais ceux qui ont aimé et cherché le bien même dans les ombres de Terreur.
C'est sur la foi des fantômes évoqués par Maxime d'Ephèse que Julien avait cru à Texistence réelle de ses dieux, ^t ces fantômes étaient les hallucinations du sang. Ou assure que Julien, épuisé par les jeûnes préparatoires et tout tiède encore de son baptême de sang, vit passer devant lui toutes les divinités du vieil Olympe. Il les vit non pas tels que les représentent les poètes de l'antiquité, mais tels qu'ils existaient alors dans l'imagination désenchantée des multitudes, vieux, décrépits, misérables, abandonnés. Ce n'étaient plus les grandes divinités d'Homère, c'étaient les dieux grotesques de Lucien, tant il est vrai que les pré- tendus esprits qu'on évoque sont des mirages ou des reflets d'une imagination collective. Le spiritisme visionnaire , c'est la photographie des rêves.
Les photographies mentales sont d'ailleurs plus durables que les photographies solaires, car, si les premières s'effacent, on peut les renouveler
toujours en rejetant son esprit dans les mêmes aberrations.
Nous avons vu en 93 les derniers initiés aux grands mystères, les philanthropes de Técole de Julien, poursuivre à travers ijn nuage de sang le fantôme de la liberté. Nous avons vu en quelque sorte s'échapper de la tombe des Brutus grotesques et des Publicola sordides qui juraient par la sainte guillotine en invoquant les dieux. Saint- Just rêvait un monde gouverné par des vieillards laboureurs et vertueux décorés d'une ceinture blanche. Robespierre se créa lui-même grandpontife, et, suivant la loi sanglante des antiques mystères, il dut périr sous le couteau de ceux qu'il avait initiés ; tous philosophes et apostats comme Julien, ils périrent Qpmmelui endésespérant de l'avenir. Mais moins généreux que lui, ou peut-être moins sincères, ils périrent sans pré- senter au ciel l'offrande de leur propre sang et sans avouer qu'encore une fois le Galiléen avait vaincu.
Voilà où conduisent les rêves, voilà ce que produit l'évocation des morts. Si l'on avait laissé dormir dans leur tombe les Brutus et les Ga;ssius, si les spectres de l'aréopage et du forum ne s'étaient
pas dressés dans la cervelle échauffée de ces hommes dont la raison était si bien représentée par une femme dissolue, on n*eût pas jeté par milliers les enfants de la France dans la gueule dévorante du Moloch révolutionnaire. Mais les larves qui nous viennent d'outre-tombe sont toujours froides et altérées ; les fantômes demandent du sang, et quand les têtes se désorganisent au point d^enfanter des visions, les mains sont bien près de commettre des crimes.
— Donnez-moi des flèches] s*écriait Quanctius Aucler, qu'un faible hiérophante de Cérès venge la nature outragée ! Il s'agissait de tuer les prêtres ; mais notre homme, que T hallucination révolutionnaire avait rendu conplétement fou, voulait les tuer à coups de flèches, afin de donner à leur supplice une couleur plus antique. Ce Quanctius Aucler, qui se disait hiérophante de Cérès, a laissé un livre curieux intitulé là Trëicie^ oti il demande sérieusement le retour au Culte de Jupiter, puisqu'on ne pouvait pas s'en tenir aii règne de Saturne. Mais la Révolution tie Voulut adorer ni Saturne ni Jupiter ; elle fut elle-Èdênle Saturne, et, suivant la sombre prophétie de Vergniaud, elle dévora tous âes enfants.
CHAPITRE VU.
LES ESPRITS AU MOYEN AGE*. — LE DIABLE JOUE TOUJOURS LE PREMIER ROLE DANS LA COMÉDIE DES PRODIGES. — l'archevêque UDON DE MAGDE- BOURG. — LE DIACRE RAYMOND. — LES VAM- PIRES. — LES MAISONS HANTÉES.
Tant que dure cette enfance de la mîfHm moderaequ on appellele moyen âge, les forces secrètes de la nature, les phénomènes de m^nétisme, les hallucinaticms surtout, dont les cloîtres sont l'a*' bondante pépinière, font citire à rinfluence piiesque continuelle des esprits. Les fantômes aériens querimagination crée et poursuit dansles nuages, deviennent des sylphes, les vapeurs de Tean sont des ondines, les vertiges du feu sont des salamaïldres, les émanations enivrantes de la terre sont des ghomes, les lutins dansent avec les fées au ^ dair de la lune. Tout le sabbat est déchafné. La raison sommeille, la critique est absente, h science est muette. Abeilard expie cruellemfent ses hom-
mages prématurés h rintelligeuce et à Famour. Les morts remuent, les tombeaux parlent, sans qu'on s'avise de soupçonner qu'on a inhumé des vivants. L'Evangile seul brille au milieu de ces ténèbres profondes, comme une lampe toujours allumée dans une église pleine d'épouvantes et de mystères. Or, l'Evangile déclare que les morts ne peuvent et ne doivent jamais revenir; que Tordre de la Providence s'y oppose. Voici le texte qu'on ne saurait trop répéter pour l'opposer aux rê- veries des spirites; on le trouve vers la fin du seizième chapitre de saint Luc :
« Suivant l'ordre de toutes choses, entre vous et nous le grand chaos s'est affermi, en sorte que, d'ici, ON NE PEUT ALLER VERS VOUS, ct que, de là où vous êtes, ON NE PEUT VENIR ICI 4 (c'cst Abraham qui parle au mauvais riche).
Le mauvais riche répond : «• Je te prie, père, d'envoyer le Lazare dans la maison de mon père. Car j'ai cinq frères, et Lazare les avertira afin qu'ils ne viennnent pas à leur tour dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : a Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. » Et lui, il ' dit : (( Non, père Abraham; mais si quelqu'un d'entre les morts va les visiter, ils feront péni-
Tence. » Abraham répondit : « S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils n'écouteraient pas même un mort qui serait ressuscité. »
Ce passage est infiniment remarquable et contient toute ime révélation sur l'ordre éternel et immuable des destinées de l'homme. Nous y voyons la force de la nature qui pousse la vie en avantet referme les portes derrière elle pourqu'elle ne recule jamais. Les échelons de l'échelle sainte s'affermissent à jamais sous les pieds de ceux qui montent, et ils ne peuvent plus ^ entendez-vous bien ? ILS NE PEUVENT PLUS rcdesccndre pour revenir. Remarquons encore qu'Abraham n'admet la possibilité du retour de Lazare sur la terre que par voie de résurrection et non d'obsession spirite. Car, suivant l'un des grands dogmes de la kabbale, l'esprit se dépouille pour monter, et il faut qu'il se revête pour descendre. Il n'y a qu'un moyen possible pour qu'un esprit déjà affranchi se manifeste de nouveau sur lîi terre : il faut qu'il re^ prenne son corps et qu'il ressuscite. Il y a loin de là à se fourrer dans une table ou dans un cha- «peau.
Voilà pourquoi la nécromancie est horrible. C'est qu'elle constitue un crime contre nature.
I^nécroipancien n'a-t-ilpas la témérité de vouloif ^couer Téchelle sainte afin de faire tomber les esprits qui montent? Gela ne se peut pas sans doutai et le sacrilège évocateur ne sera assailli que par ses propres vertiges, Aussi, les meilleurs tbéo* logiens du moyen âge ont-ils dit que les morts restent irrévocablement oii la justice de Dieu les a ejivoyés, et que le démon seul répond à l'appel des magiciens et prend la forme des trépassés qu'on appelle pour égarer Içi conscience humaine, et faire croire aux sorciers qu'ils peuvent troubler à leur gré l'empire des ômes et de Dieu,
C'est dire , en termes allégoriques, précisément ce que nous disons dans le langage de la, raison et de h science. Le démon, c'est la folie, c'est le verti^, c'est l'erreur; c'est la personnification de tout ce qui est faux; et insensé . Ici, nous tendons à M « de Mirville une main qu'il ne prendra certainement pas. Liaissons-lui son diable de carton, qu'il fait jaillir de ses gros livres comme d'un joujou à surprise : M. de Mirville est un enfant.
Nous insistons ici sur l'autorité de l'Évangile et des théologiens , parce qu'il s'agit de choses qui sont exclusi vement du domaine de la foi . La science n'admet rien qu'elle ne puisse démontrer : or, la
R^ience ne âaurait démontrer la continuation de la tie humaine après la mort. Elle n'admet donc pas les esprits ; et le titre de notre livre, la Science des esprits^ serait un paradoxe s'il ne signifiait science des hypothèses relatives aux esprits.
La science est purement humaine, et la foi ne saurait raisonnablement s'affirmer divine, si elle n'est immensément collective. C'est cette collectif vite qui mérite aux croyances le nom de religion ^ c'est-à-dire lien moral qui rattache iM hommes les uns aux autres,
La science ne saurait nier le besoit qu'ont les hommes de religion, pas plus que le phénomène des grandes associations religieuses. En tant que la religion est dans la nature de Thomme, elle ap* partient à la science qui étudie l'homme ; mais cette science doit se borner à constater, sans se laisser influencer par lui, le phénomène de la foi.
Une croyance isolée ne mérite pas le nom de foi, car foi signifie confiance : se défier de toute autorité sociale et n'avoir confiance qu'en soi*^ même, c'est être fou. Le catholique croit à l'É- glise, parce que l'Église représente pour lui l'élite des croyants. Voilà ce qui justifie la foi ûvt char-^ honnier. Or , le charbonnier n >èst pësr seukthëitt
croyant en matière de religion , il doit l'être aussi en matière de science : ira-t-il nier ou contester le génie de Newton , parce qu'il ne comprend rien à ses théorèmes ? Je ne suis pas e:i^pert en peinture, mais je m'en rapporterais volontiers à Ingres , à Paul Delaroche, à Gigoux; et ces grands artistes, qui peuvent n'être pas experts en théologie , en ex^èse , en kabbale , ne seraient pas raisonnables s'ils ne s'en rapportaient pas à ceux qui ont spé- cialement étudié ces hautes sciences. Je ne com* prends peut-être pas toujours ce qu'ils peuvent dire sur les arcanes de la peinture , poui^quoi se fâcheraient-ils si mes livres ne sont pas pour eux parfaitement clairs ? Il me suffit que des homm^ de science spéciale et de jugement les comprennent, et il sera très-raisonnable de s'en rapporter à ceux-là.
Tel est donc le fond de la foi. C'est la confiance de ceux qui ne savent pas en ceux qui savent ; et comme la formule des croyances doit toujours emprunter à la science la base de ses hypothèses, comme on ne peut pas raisonnablement croire ce que la science démontre faux, conune il est né- cessaire que la science admette au moins la possibilité des hypothèses^ comme les hypothèse* de
la foi sont délies que la science avoue ne pouvoir jamais transformer en axiomes ou en théorèmes, il s'ensuit qu'en matière de foi surtout l'autorité est nécessaire, et que cette autorité doit être collective, hiérarchique et universelle, en d'autres termes, catholique. C'est ce que nous avions à prouver.
Au moyen âge la foi est aveugle, parce qu'elle n'admet pas la critic[ue et ne s'appuie pas sur la science, qui fait défaut. Il s'ensuit que le raisonnement est faible et que les rêveries abondent. La médecine, par exemple, n'ose pas s'occuper de l'âme, et c'est à l'âme qu'on attribue les affaiblissements du cerveau. Les hallucinés sont alors des inspirés, soit de Dieu, soit du diable; les femmes hystériques sont des possédées; les maniaques sont des âmes que Dieu conduit par des voies mystérieuses. Tout est possible alors, tout est perinis «dans l'ordre prétendu surnaturel , excepté pourtant les évocations auxquelles l'enfer seul peut obéir, et qui troublent inutilement Toi'dre immuablt^e la nature et le silence étemel des tombeaux.
ifÉvangile affirme* que les âmes du ciel ne peuvent redescendre et que les âmes de l'enfer
ne peuvent remonter. Restent celles du purga^ toire. Mais oelles-ci, vouées à Tespiation, ne peu* vent plus pécher, et n'ont par conséquent pas le pouvdf de tourmenter les vivants et de les induire en erreur. Le purgatoire, disent les théologiens, est un enfer résigné, parce qu'il y reste Tespéi» rance. On y souffre, on y aime, on y prie, mail on ne peut pas en sortir avant le temps marqué par l'éternelle justice. Que peuvent avoir de comr mun ces reclus de l'expiation et de la prière avec les divagations, tantôt stupides, tantôt grivoises, des tables parlantes? Comment le démon même, cette personnification sauvage et grandiose de rincurable oi^ueil et du désespoir sans raiiède, descendrait-il à des lazzis d'arlequin ou à des mo^ ralités de M. Prud'homme? Le diable du moyen âge est souvent narquois, nous voulons bien en convenir'; mais qui ne voit ici, derrière les cornes du bouc, passer les oreilles de la' mère folle, de cette satire gauloise qui parfois*s*en prend à Dieu même des sottises de ses ministres et fait le roman comique de Beelzébuth camme elle a fait le roman du Renard"!
Le diable, d'ailleurs, n'a jamais cessé ddlidre sa demeure dans la conscience des mauvais prê^
très, et les sui^rcberies des vieux sanctuaires se reproduisaient souvent avec les anciens vices dans les temples du Dieu nouveau. Si des bruits iaex^ pliqués troublaient le silence des campagnes, c'é- taient dés âmes qui demandaient des prières, et les prières, pour le prêtre, c'est de l'argent. D'autres fois aussi d'invraisemblables récits ne dénonçaient qu'un miracle et servaient à cacher un crime ; nous n'en citerons pour exemple que la terrible légende d'Eudes ou Udo, archevêque de Magdebourg. C'était un prélat trop savant pour son siècle, et qui semblait vouloir, avant l'époque marquée par la Providence, commencer la révolution religieuse réservée au génie mé- diocre, mais opiniâtre, de Luther. Udo de Magdebourg s'était déclaré contre le célibat des prê- tres; il avait lire de son cloître une abbesse dont
il faisait presque publiquement sa coneubine, en
attendant fu'il pût la nommer sa femme. Le jeune xlergô cogomençait à s'éparpiller dans la voie du scandale ; les vieux prêtres étaient sombres et attendaû^t.
Voilà qu'un matin l'archevêque est trouvé sans viéldans le chœur da sa cathédrale ; la tête, sé- parée du tronc, grimaçait dans une mare de sang;
le corps était en chemise. Évidemirfent Tàrchevêque avait été arraché de son lit et traîné dans l'église, où on lavait décapité. Quels étaient donc les bourreaux, ou, pour mieux dire, les assassins ?
La femme qui partageait la chambre d'Udo raconta en tremblant qu'une voix terrible s'était fait entendre. Elle disait, sur un ton dé psalmodie :
Cessa de ludo, Lusisii satU Udo ;
rimes barbares qu'on pourrait traduire par celles-ci :
Repose toi donc, Assez de plaisir Udon.
Puis une porte secrète de l'appartement s'ouvrit, et des hommes noirs se jetèrent sur l'archevêque, qu'ils arrachèrent du lit et entraînèrint avec eux. La femme n'avait plus rien vu ni rien entendu; elle s'était évanouie de frayeur.
Or il y avait dans le chapitre de la cathédrale de Magdebourg un chanoine nommé Friedrich, qui passait pour un saint et menait la vie dTnn ascète.
Ce chanoine veillait cette nuit-là dans Téglise, et priait Dieu de faire cesser les scandales de larchevêque. La grande nef était silencieuse ; le ciel était sans lune, et le vieux prêtre frissonnait dans la profondeur de la nuit, lorsque tout à coup la porte de la sacristie s'ouvre avec fracas, et Ton entend des hurlements étranges mêlés à des cris étouffés. Un personnage vêtu de blanc, et portant au dos de grandes ailes, vient allumer les cierges du maître-autel. Friedrich alors put voir un homme que des manières de démons tenaient étroitement garrotté; puis son attention fut attirée de nouveau sur la porte ouverte de la sacristie : une procession singulière entrait dans l'église.
En tête marchaient, reconnaissables à leur costume traditionnel et à leurs insignes légendaires, les saints protecteurs de l'église deMagdeboui-g; puis des anges vêtus de blanc, précédant une femme de haute taille qu'à son manteau bleu et à sa couronne d'or on devait reconnaître pour la Vierge; après elle venaient d'autres anges vêtus de noir et de rouge, au milieu desquels saint Michel apparaissait, armé d'un large coutelas; enfin, entouré de céroféraires portant des torches allumées, marchait un homme couronné d'épines et
portant une longue croix à la main. Tout ce clergé de l'autre monde prit place dans le chœur. Le Christ, ou du moins celui qui en faisait le personnage, s'assit à la place même et sur le trône de l'archevêque, et les démons commencèrent à accuser Udo, qu'ils tenaient au milieu d*eux lié et probablemœt bâillonné. Le coupable n'eut rien à répondre. La Mère de Dieu fit mine de prier pour lui ; puis, quand le démon parla des scandales du prélat et de la religieuse séduite, la Vierge abaissa son Toile et se retira en faisant un geste de dégoût. Le juge alors fit signe à saint Michel; le coutelas flamboya et s'abattit, puis les ciei^es et les torches s'éteignirent, et tout disparut dans l'ombre.
Le chanoine Friedrich se demanda s'il n avait pas ftiit lin rêve, et s'avança en tremblant dans le choeur. Arrivé au pied de l'autel, il sentit que la dalle était hutnide, et se heurta contre utie masse Inerte. La latnpe tnême de l'autel était éteinte, et t'rîedrich dut retourner chez lui pour se procurer de la lumière; mais l'émotion et l'épouVante l'em- J)êclièrent de retourner à l'église, et ce fut seuleinent le matin que les servants de la cathédrale, en ouvrant les portes, virent le cadavre décapité:
Le corps du maudit ne fut pas inhumé en terre sainte ; les taches de son sang ne furent pas lavées sur les dalles du chœur : on les couvrit seulement d'un tapis, et lorsqu'on installait un nouvel archevêque de Magdeboui^, le chapitre et le clergé le conduis^ent solennellement à cette place; on levait le tapis et Ton faisait voir au prélat le sang du sacrilège Udo.
Rien dans les sombres légendaires du moyen âge ne nous parait épouvantable comme cet assassinat attribué à Jésus-Christ ; et, certes, si la sé- paration des deux mondes n'était pas infranchiss^le pour ceux qui sont montés plus haut ; si le Sauveur lui-même pouvait, sans troubler l'ordre éternel de la Providence, se rendre encore présent parmi nous autrement que dans son Évangile et Bon Eucharistie, ne serait-il pas Venu lui-même paralyser et terrasser les acteurs de cette tragédie hifâtne? ne serait-il pas venu délier et relever le jdialheureux Udo en lui disant, comme à la femme adultère : Allez, et ne péchez plus? — Si les esprits de l'autre monde pouvaient s'armer d'uîi glaive matériel pour atteindre les coupables de la terre, est-ce que Torquemada eût pu achever tranquillement ses auto-da-fé? Est-ce qu'Alexan-
dre VI, qui empoisonnait les hosties et se livrait publiquement à des incestes, ne méritait pas bien mieux qu'Udo de Magdebourg d*être décapité par les anges, non pas la nuit et dans le secret d'une église déserte, mais en plein soleil, urbiet orbi, devant Rome tout entière et devant F univers entier? Mais il n'appartient qu'aux hommes, aux fléaux, à la vieillesse et à la maladie de donner la mort. Dieu est le père de la vie; il ne charge pas plus ses anges d'être les valets de nos échafauds qu'il n'a chargé ses prêtres d'être les pourvoyeurs de l'enfer.
Supercherie intéressée d'une part, ignorance de l'autre, phénomènes inexpliqués mais ndn inexplicables, voilà toutes les causes qui justifient l'intervention prétendue des esprits pendant tout le cours du moyen âge. L'étude de la nature était alors abandonnée pour une scholastique barbare ; on jurait sur la foi d'Aristote et du maître des sentences; la peur de l'enfer empêchait qu'on ne s*occupât du monde, et la pensée de la mort faisait négliger la vie. On sait l'histoire de ce diacre Raymond, à qui la terreur de l'enfer causa un cauchemar posthume, dont le résultat fut la fondation de la Grande-Chartreuse par saint Bruno ;
coulagioli de la peur, transmissioa épidémiqtie du délire. Si la sainteté, dans ce temps-là, con-* sistait en une plus grande frayeur de Tenfer, quel homme fut plus saint que le malheureux diacre Raymond? Tombé dans une léthargie d'épouvante que tout le monde prend pour la mort, it se raidit trois fois dans son suaire et se redresse dans son cercueil en criant : Je suis accusé ! — je suis jugé ! — je suis damné! Puis il retombe, vaincu cette fois et véritablement tué par la terreur. On cesse alors la cérémonie funèbre, on éteint les ciei^es et Ion \a jeter le corps dans quelque trou çi*eusé à la hâte. Qui sait si cette fois c'était bien définitivement la mort et si le malheureux ne se l'éveilla pas une quatrième fois sous terre pour se sentir enterré vivant et se ronger les poings de désespoir !
Nous avons admis dans nos précédents ouvrages la possibilité du vampirisme, et nous avons même cherché a l'expliquer. Les phénomènes qui se produisent actuellement en Amérique et en Europe appartiennent certainement à cette horrible maladie . On appelle impropremen l vampires certains monomanes qui, comme le sergent Bertrand, sont poussés fatalement à se repaltm de jU
einir des moite ; msifi les véritables vampires sont des morts qui aspirent et épuisent le sang des vivants. Les médiums ne mangent pas, il est vrai, la chair des morts, mais ils aspirent par tout leur organisme nerveux le phosphore cadavéreux ou la lumière spectrale. Ils ne sont pas vampires, mais ils évoquent les vampires. Aussi sontils tous débiles et malades, faibles d'esprit et de corps et fatalement enclins auxhallucinationset àla folie. Les pratiques énervantes de révocation les épui- ^ sent vite, et ils tombent dans une consomption lente comparable à celle que le docteur Tissot décrit comme une suite des habitudes solitaires. Le spiritisme c'est lonanisme des ftmes.
La loi de Moïse veut qu'on mette à mort ceux qui consultent les oboth^ c'est-à-dire les fantômes de Vob ou de la lumière passive. Ce grand législateur voulait, par de rigoureux exemples, pré- server son peuple de la contagion du vampirisme et des abîmes de l'hallucination spectrale. Nous ne croyons pas même que le simple somnambulisme magnétique eût trouvé grâce devant ses yeux. Nous ne sommes plus au temps de Moïse, et le Code pénal du prophète hébreu est heureu»» sèment abrogé comme celui de Draeon. Nous ne
Mirville qui, ici, suivant une méthode qui ei^t la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citation 4ônt il fAit usage. L'air de cette chambre devait être irioié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bra6 du fantôme était une vision de l'asphyxie ; la porte une fois ouverte et le couranid'air établi, le spectre a clisparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avons lu, il y a quelques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une cham-^ bre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il épfouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrine et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un râlement qui est entendu, on vient à son secours, on donne del'air h lachambre, et le savant, revenu à hii, se sent malade et reconnatt les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont administrés, il se rétablit et peut se livrer à un examen sérieux et attentif de la chambre hantée.
flitnaçant, qui semblait implorer de nous assislance ; et pour qu'on ne me soupçonne pas d'avoir ^ulu forger quelque fable, on me pardonnera d en appeler au témoignage de Nicolas Tuba, homme de mérite e>t d'une grande autorité, qui me demanda à .venir avec plusieurs jeunes gens de sa connaissance s'assurer de la réalité des chose^. Ils veillèrent donc avec nous, et quoique les lumières fussent allumées, ils virent bientôt, et en même temps que nous, paraître ce même fan* tome avec ses mille évolutions, ses clameurs, ses épouvantements, qui firent croire mainte et mainte foiâ à nos compagnons, malgré tout leur courage, qu'ils allaient en être les victimes. Toute la maison retentissait des gémissements de ce specti'e, toutes les chambres étaient infestées à la fois; m?iis lorsque nous approchions de lui, il paraissait reculer, surtout fuir la lumière que nous portions à la main. Entin, après un tapage indicible de plusieurs heures, et lorsque la nuit lirait à sa fin, toute la vision s'évanouit.
u De toutes les expériences que je lis alors, une mérite surtout d'être citée, car, à mes yeux, ce fut le plus grand de ces prodiges et le plus effrayant.... La nuit était venue, et, après avoir
fermé ma porte avec un fort cordoa de soie, je m'étais couché. Je n'avais pas encore dormi, et ma lumière n était pas encore éteinte, lorsque j'entendis mon fantôme faire son tapage ordinaire h la porte, et, peu de temps après, la porte restant fermée et attachée, je le^ vis, chose incroyable ! s'introduire dans la chambre par. les fentes et les serrures. A peine entré, il se glisse sous mon lit, et Marc, mon élève, ayant aperçu toute cette manœuvre, glacé d'épouvante, se mit à pousser des cris affreux et à appeler au secours. Moi, voyant toujours la porte fermée, je persistais à ne pas croire à ce que j'avais vu, lorsque je vis ce terrible fantôme tirer de dessous mon lit un bras et une main avec lesquels il éteignit ma lumière. Celle-ci éteinte, alors il se mit à bouleverser nonseulement tous mes livres, mais tout ce qui se trouvait dans ma chambre, en proférant des sons qui nous glaçaient les sens. Tout ce bruit ayant ri^veillé la maison, nous aperçûmes des lumières dans la chambre qui précède la mienne, et en même temps nous vîmes le fantôme ouvrir la porte et s'échapper par elle. Mais voilà ce qu'il y a de plus étonnant : il ne fut aucunement vu par tous ceux qui apportaient de la lumière ! . . . . v
M« de Mireille, qui cite aussi ce fait, ajouté!
(( On sent combien il est facile d'expliquer en gros les phénomènes qu'on rapporte en quatre lignes, mais nous voyons combien chacune Tient ajouter à la difficulté de la solution. Alexandre était fou dans ce moment, soit; mais avec lui, son élève, son domestique, et Tuba, et les jeunes gens, et toute la maisonnée, et toute la ville de Rome qui ne voulait plus de cette maison..., il y avait donc dans cette maison une cause hallucinatrice pour tout le monde? Quelle était cette cause?. . . Une cause qui, nepouvant ouvrir les portes du dehors, passait par les fentes, mais ouvrait très^bien de rintéfieur. »
Ce qui caractérise surtout cette histoire, et ce que M. de Mirville ne saurait voir, c'est le défaut absolu de logique et de vraisemblance qui caractérise les hallucinations et les rêves. Une porte fermée par un simple cordon de soie est plus facile à ouvrir du dehors que du dedans, en poussant de manière à rompre le cordon, et c'est le contraire qui arrive; l'Esprit qui est entré par le trou de le serrure n'a pas besoin d'ouvrir la porte pour sortir, et il se donne cette peine inutile. Il n'est pas visible pour tout le monde, quoi qu'en dise M. de
Mirville qui, ici, suivant uhe méthode qui ei»t la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citât ion dont il fait usage. L'air de cette chambre devait être vicié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bra6 du fantôme était une vision de l'asphyxie ; la porte une fois ouverte et le courant d'air établi, le spectre a disparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avotts lu, il y a quelques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une chambre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il épfouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrine et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un rftlement qui est entendu, on vient à son secours, on donne de l'air h la chambre, et le savant, revenu à hii, se sent malade et reconnaît les symptômes de l'empoisonnement par raraenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont administrés, il se rétablit et peut se livrer à un examen sérieux et attentif de la chambre hantée.
Il reconnaît qu'elle est tapissée d'un papier vert ponune coloré au moyen d'une préparation arsenicale. Alors tout s'explique pour lui. En effet on changea le papier de cette chambre, et le fantôme homicide ne revint plus.
C'est en étudiant de près les prodiges qu'on découvre les lois secrètes de la nature.
Voilà, par exemple, une maison qui attire les pierres conune un fer aimanté attire la limaille de fer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais c'est aussi ce qu'on devait dire lorsqu'on a remarqué, jKmr la première fois, les phénomènes de l'aimant. On découvrira bientôt qu'il existe des aimants spé- ciaux dans les trois W^gnes de la nature, et que la maison lapidée devait attirer les pierres comme J^ médium écossais Home ou la jeune paysanne Angélique Cotin attiraient les meubles. La vie de rhomme se répand sur les choses qui sont à son usage, et les prescriptions de la Bible prouvent que la contagion de la lèpre s'attachait aux maisons comme aux hommes. Pourquoi n'y aurait-il pas des maisons malades d'aimantation déréglée comme il y avait alors des maisons lépreuses ? Ce qui est certain, c'est que la nature est harmonieuse et régulière, c'est qu'elle obéit à des lois ri-
goiireusement exactes dans le résultat de îeur action et qu elle ne donne jamais de démentis ni h son auteur, ni à elle-même. Son miracle permanent, c est Tordre éternel. Les prodiges passagers sont des accidents prévus par Fharmonie universelle et ne prouvent pas plus Tintervention des esprits que les météores ne prouvent TexifitenDe des astres. La raison suprême est comme le soleil : insensé qui ne la voit pas !
V
PHENOIIËNES MODERNES
CHAPITRE P',
■^- LES TABLES TOURNANTES ET PARLANTES.
L*existence de l'aimant universel spécialisé dans jes métaux, dans les plantes, dans les animaux, dans les hommes, était connue des anciens hiérophantes. C'est à cette force mystérieuse qu'ils donnaient les noms d'Od, d'Ob et d'Aour, chez les Hébreux. C'est la double vibration de la lumière universelle et vitale. Lumière astrale dans les astres, lumière magnétique dans les pierreries et les métaux, magnétisme animal chez les animaux et chez l'homme. Tout, dans la nature, en révèle l'existence.
Les expériences de Mesmer et de ses successeurs ont prouvé que le magnétisme animal peut communiquer aux objets inertes la vie et la volonté de rhomme. Il n'y avait donc pas lieu de s'étonner du phénomène si multiplié de nos jours des tables tournantes et parlantes; mais Tignorance aime à s'étonner, parce qu'en s'étonnant elle s'émerveille, et qu'en s'émerveillant elle s'enchante, puis elle ne veut plus être désenchantée, et n'écoute pas les simples diseurs de vérité.
La vérité presque tout entière sur les tables merveilleuses se trouve très-simplement et très-claire-' ment exprimée dans une lettre d'nn savant ano* nyme que cite M. A. Morin. « Croyez bien, dit ce savant, qu'il n'existe, dans les tables, ni esprits, ni revenants, ni anges, ni démons; mais il y a de tout cela si vous voulez, quand vous voulez, et comme vous voulez, puisque cela dépend de votre imaginative, de votre tempérament, de vos croyances intimes, anciennes ou nouvelles. La Mensambulance n'est qu'un phénomène mal observé par les anciens, incompris par les modernes, mais parfaitement naturel, qui touche à la physi*- que d'une part et à la psychique de l'autre ; mais il était incompréhensible avant la découverte de
rélectrieité et de T héliographie, parce que, pour expUquer un fait de Tordre spirituel, nous sommes obligés de nous appuyer sur le fait correspondant de Tordre matériel, comme les anciens poètes le fanaient par des comparaisons et les prophètes par des paraboles.
« Or, vous savez que le daguerréotype a nonseulement la faculté d'être impressionné par les objets, mais aussi par Timage des objets. Eh bien ! le phénomène en question, qui devrait s'appeler la photographie mentale^ ne produit pas seulement les réalités, mais aussi les rêves de notre imagination, avec une telle fidéhté que nous y sommes trompés, ne pouvant distinguer une copie prise sur le vif d'une épreuve prise sur Timage.
« Cette photographie mentale, direz-vous, est une chose bien extraordinaire, bien merveilleuse. — On en a dit autant de la photographie ordinaire, puis on s'y est familiarisé. Il en sera de même de la nouvelle découverte : on s'habituera, et chacun vérifiera, en faisant des tables comme on fait du daguerréotype, les uns bien, les autres mal, car il faut pour réussir un ensemble de pré- cautions et de conditions indispensables au succès. Le premier maladroit, le premier étourdi venu
D*est pas plus eu état d'obtenir une bonne épreuve ,^
d*un côté que de l'autre.
« La magnétisation d'uu guéridon ou d'une personne est absolunaenl la même chose , et les résuitiats sont identiques ; c'est l'envahissement d'un corps étranger par l'électricité vitale intelligente ou la pensée du magnétiseur et des assistants.
« Rien ue peut donner une idée plus juste et plus facile à saisir que la machine électrique rassemblant le fluide. SU!» son conducteur, pour en obtenir une force brute qui se manifeste par des éclats de la lumière, etc. Ainsi l'électricité accumulée sur un corps isolé acquiert un& puissance de réaction égale à l'action, soit pour aimanter, soit pour décomposer, soit pour enflammer, soit lK)ur envoyer ses vibrations au loin. Ce sont là des effets sensibles de l'électricité brute (1) produite par des éléments bruts; mais il y a évidemment une électricité corespondante produite par la pile cérébrale de l'homme : cette électricité de l'âme, cet éther spirituel et universel qui est le milieu ambiant de l univers métaphysique ou in-
(4) Brûle esl le uom donné par la tuble pour la distinguer de réieciricilé intcllisrenle.
corporel, a besoin d'être étudié ayant d'être admis par la science, qui ne connaîtra rien du grand phénomène de la vie avant cela.
« L'éleetricité cérébrale, qui n'est plus pour moi et mes collaboi*ateurs à l'état d'hypothèse, pamti avoir besoin, pour se manifester à nos sem, du secours de l'électricité statique ordinaire ; de sorte que si celle-ci manque dans l'atmosphère, quand l'air est très-humide par exem^ pie, on ne peut obtenir aucun mouvement des tables, qui vous disent clairement le lendemain ce qui leur manquait la veille.
« L'intelligence d'une table actionnée est le résumé ou, si vous le voulez, le reflet de l'intelligence des personnes qui l'actionnent, on peut même dire de tout un salon att^itif et en harmonie de sentiments et de croyances. D'autres fois, ce n*est que la répercussioii des idées d'une seule personne plus influente par sa volonté, qui peut même paralyser ou activer de loin le guéridon et lui imposer tel ordre d'idées qu'il lui plaît.
« Il n'est nullement besoin que les idées soient nettes dans le cerveau des personnes : la table les découvre et les formule d'elle-même, en prose ou en vers, et toujours en termes propres ; elle
demande souvent du temps pour remplît certains botits-rimés ; elle commence un yers, lé4ktilW,'* k corrige ou le retourne U notre instar f^h jôu*, plaisante et rit avec no ils comme le 45ôraît tm itt*» teriocuteur bien élevé. Si les personne» isont rfttH patliiques et bienveillantes les unes pour les âufl^, elle se met au ton général de la coiiveriatton, c*est l'esprit du foyer ; mais si on lui deoiRinde und épigramme contre une personne absente, elle emporte la pièce^ Qfiaût aux choses du monde extérieur, elle en est aux conjecturés comme nous ; elle compose ses petits systèmes philosophiques, les discute et les soutient comme un rhéteur des plus retorts. En un mot, elle se fait une conscience et une raison à elle, avec les maté- riaux qu'elle trouve en nous.
« Tout cela vous paraîtra bien bizarre, bien incroyable ; mais, après vérification, vous en arriverez là comme nous.
« Les Américains sont persuadés que ce sont des morts qui reviennent ; d'autres, que ce sont des esprits , d'autres des anges , d'autres des démons, et il arrive précisément à chaque groupe le reflet de sa croyance, de sa conviction pré- conçue : ainsi les initiés des temples de Sérapis,
de Delphes, des Branchides et autres établissemeute théurgico-médicaux de ce genre, étaient- Hé bien convaincus d'avance qu'ils allaient entrer jen communication ave€ les dieux adorés dans chaque sanctuaire ; ce qui ne manquait pas d'avoir lieu.
« A nons., qui savons la valeur du phénomène, M. ne nous arrive aucune chose que nous ne Hissions expliquer sans peine d'après nos priudpes ; nous sommes parfakenient sûrs qu'après avoir chargé un guéridon de notre biflux magné- tique, nous avons créé une intelUgence analogue à la nôtre, qui jouit comme nous de son libre arbitre, et peut converser avec nous, discuter avec nous, avec un degré de lucidité supérieure, attendu que la résultante est plus forte que l'individu, ou le tout plus grand que la partie.
« La meilleure condition est de n'avoir pour collaborateurs que des enfants presque sans influence mentale ; c'est à peu près comme si vous étiez seul en présence de votre conscience et en êonversation intime avec vous-même, sauf que le aisûiineur éphémère formule ce qui n'était qu'à Pétat de chaos (»u de nébuleuse dans votre conscience.
(( 11 n'est pas une réponse des oracles anciens qui ne trouve son explication naturelle d'après la théorie dont nous avons la clef. N'accusons plus Hérodote d'avoir radoté dans ses récits les plus étranges que nous tenons pour aussi vrais et sincères que tous les autres faits historiques consignés dans les récits de tous les écrivains du paganisme.
<( Le christianisme, qui avait pris à tâche de délivrer le monde de ces croyances superstitieuses dont il avait reconnu l'inanité et les dangers sans en découvrir les causes, a eu les plus grands combats à livrer pour détruire les oracles et le sibyllisme ; il a dû employer plus que la persuasion, et l'établissement de l'inquisition n'a pas eu d'autre but ; lisez Ammien Marcellin et les violences des premiers empereurs chrétiens contre les consulteurs de tables, eties sermons de TertuUien contre ceux qui interrogeaient Capellm et Memas (Chèvres et Tables) .
« 11 n'a pas fallu moins de dix-sept siècles et demi pour avoir raison des sorciers par le fer et le feu; les derniers sui'vivants fuirent Urbain Grandier et Cagliostro : mais le phénomène étant naturel renaissait tantôt sous la forme des trem-
bleurs de saint Médard, tantôt sous celle des hallucinés de saint Paris, dont Talleyrand a constaté la réalité dans sa jeunesse, en crucifiant une sibylle avec labbé de Lavauguillon, sans lui faire de mal. Mesmer a ressuscité la chose.
<( Ce phénomène est aussi ancien que Thomme, puisqu'il lui est inhérent. Les prêtres de Tlnde et de la Chine lont pratiqué avant les Égyptiens et les Grecs. Les sauvages et les Esquimaux le connaissent ; c'est le phénomène de la Foi, source de tous prodiges ; quand la foi s'afPaiblit , les miracles disparaissent . Celui qui a dit : <( avec la foi, on transporte les montagnes, » ne s'éton* nerait pas qu'on soulevât un guéridon. Avec la foi, le magnétiseur enlève un rhumatisme, et les bergers de la campagne obtenaient du pied de leur chèvre, comme nous obtenons du pied de nos tables, des réponses analogues aux croyances intimes des interrogateurs, aussi étonnés de voir formuler leurs pensées, leurs instincts et leurs sentiments, que le sauvage est étonné de voir refléter sa figure dans une glace. Les plus mal partagés sont ceux qui croient causer avec le démon qui répercute leurs rêves et quelquefois l'état de leur conscience
c( L'iionime, en se regardant au miroir de la table, « S^y voit parfois si laid qu*il se prend pour le diable.
« Plus il y a de croyants réunis par une foi quelconque autour d'une table, plus la pile est chargée, plus les résultats en sont puissants et merveilleux.
« Les premiers chrétiens rassemblés autour de la sainte table pour communier en Dieu voyaient Dieu, comme ceux qui ont foi en la magie et la sorcellerie voient des enchantements et de la sorcellerie partout. Les hôtes du festin de Balthasar ont vu sur les murailles la menace née dans leur conscience contre l'auteur de pareilles orgies, et rien de plus. Ceux qui croient aux apparitions, à des taches phosphorescentes, à des bruits étranges, sont également servis selon leurs idées ; car il est fait à chacun selon sa foi. Celui qui a prononcé ces profondes paroles, était bien le Verbe incarné; il ne se trompait pas et ne voulait pas tromper les autres ; il disait la vérité, que nous ne faisons que répéter ici sans plus espérer qu'on l'accepte.
a L'homme est un microcosme ou petit monde; il porte en lui un fragment du grand Tout à l'état
chaotique. La tâche de nos semidei est de dé- brouiller la part qui leur est échue par un travail mental et matériel incessant. Ils ont leur corvée à remplir par l'invention perpétuelle de nouveaux produits, de nouvelles moralités, et la mise en ordre des matériaux bruts et informes départis par le Créateur, qui les crée à son image pour créer à leur tour et compléter Fœuvre de la création, œuvre immense qui ne finira que quand le tout sera tellement parfait, qu'il sera devenu semblable à Dieu et capable de se survivre à luimême. Nous sommes bien loin de ce moment final, car on peut dire que tout est encore à faire, à refaire et à parfaire ici-bas, institutions, machines et produits.
Mens non solum agitât sed créât molem.
(( Nous vivons dans la vie, ce milieu ambiant intellectuel qui entretient dans les hommes et les choses une solidarité nécessaire et perpé- tuelle; chaque cerveau est un ganglion, une station du télégraphe névralgique universel en rapport constant avec la station centrale et avec toutes les autres , par les vibrations de la pensée.
(( Le soleil spirituel éclaire les âmes comme le soleil matériel éclaire les corps, car l'univers est double et suit la loi des couples. Le stationnaire ignorant interprète mal les dépêches divines et les rend d'une façon souvent fausse et ridicule. Il n'y a donc que l'instruction et la vraie science qui puissent détruire les superstitions et les non-sens répandus par les ignares traducteurs placés aux stations de Renseignement chez tous les peuples de la terre. Ces aveugles interprètes du Verbe ont toujours voulu imposer à leurs élèves l'obligation de jurer sans examen, in verba magistri.
« Nous ne demanderions pas mieux, hélas! s'ils traduisaient exactement les voix intérieures qui ne trompent que les esprits faux. C'est à nous, disent-ils, à débrouiller les oracles, nous en avons la mission exclusive, spiritus flat ubi vult^ et il ne souffle que sur nous, disent-ils.
« Il souffle partout, et les rayons de la lumière spirituelle éclairent toutes les consciences ; mais comme il y a des hiboux qui fuient la lumière, il y a aussi des corps réfringents et beaucoup qui sont dénués de la faculté réflectible. C'est la majorité ; et quand tous les corps et tous
les esprits réfléchiront égaletnetit cette double lumière, on y verra beaucoup plus clair qu'aujourd'hui. »
Nous croyons avec le savant de M. Morinque les phénomènes actuels nous mettent sur la voie des plus grandes et des plus importantes découvertes. Cette photographie mentale des idées courantes est quelque chose d'immense qui nous révèle la grande communion de la vie. Une âme unique en effet entretient la vie dans toute la nature, mem agitât molem.
Cette âme est active chez les êtres intelligents et passive chez les autres. Or, ce qui est actif agit sur ce qui est passif et lui emprunte même sa force. L'homme peut prendre au lion sa vigueur, au singe son agilité et son adresse, il peut aussi imposer au lion et au singe sa propre pensée , et s'en servir comme d'instruments : tout cela est une question de magnétisme.
Croyez-vous que le grand peintre, par exemple, trouve chez le marchand les couleurs dont il fait rayonner sa toile? Non, sa pensée commande au soleil qui lui abandonne ses reflets. Toute puissance intellectuelle est une magie.
et la matière mise au service de l'esprit devient intelligence.
Le jour pour se manifester a besoin de la nuit, et, comme le dit M. A. Morin dans quelques vers assez heureux dont nous complétons la pensée :
Le temps pour Apollon est venu d'abdiquer ; Nous savons à présent quel génie invoquer. Sa force est :
Tout le monde ;
Il se nomme :
Personne ; — Celui qui ne Ta pas est celui qui le donne ; — Ainsi que dans Taimant le pôle négatif Est le constant agent de Tetlet positif. La nature muette inspire la parole. L'ignorance publique a créé le symbole, Et l'homme de génie est peut-être^ en deux mots. Celui qui tire à lui l'esprit de tous les sots.
La Fontaine faisait plus : il tirait à lui le génie des bêtes, ou plutôt il leur prêtait le sien, et les faisait parler bien mieux que nos médiums ne font parler les guéridons. Le monde appartient au gé- nie. Il dit à la pierre : sois vivante ! et la pierre se lève et s'anime. Le statuaire fait les dieux ; puis vient la foi, et les dieux parlent^ les statues roulent
les yeux, le marbre pleure. Pure imagination, direz-vous : oui , souvent , mais pas toujours ; et la preuve en est que liBs tables remuent et parlent réellement. On ne sait pas encore de quelles forces peut disposer Taimantation humaine; et quand les prodiges de la foi deviendront les conquêtes de la science, Thomme, élevé au-dessus de toutes les superstitiolis, aura pris sa place dans Tunivers; il comprendra qu'il est né pour commander à la nature, et qu'il est ici-bas le plénipotentiaire de
La photographie est, certes, une des plus belles et des plus curieuses découvertes de ce siècle : mais, dans ce bon temps d'autrefois, que regrettent si sincèrement MM. Veuillot et de Mirville, l'inventeur de cette belle chose n'eût-il pas été accusé de magie, et les masses ignorantes n'eussent-elles pas été persuadées que ces peintures instantanées et merveilleuses étaient l'ouvrage des malins esprits ? Qu'eût-on pensé alors du stéréoscope, cette double lorgnette qui donne du relief à un reflet et change un fantôme en statue? Un voyageur emporte les Alpes dans sa poche; on met le dôme de Saint-Pierre de Rome dans un étui. Joignez le microscope au stéréoscope, et
VOUS verrez se dresser entre vos mains, dans toute leur effrayante hauteur, les colosses des Pyramides, que vous pourrez contempler à votre aise à travers le trou d'une aiguille!... Voyons, notre cher monsieur de Mirvîlle, est-ce que votre diable ne s'en mêle pas vraiment un peu ? Non , n'est-ce pas ? Mais , quant à la photographie mentale des tables parlantes, c'est bien autre chose : oui , c'est autre chose , en effet ; mais c'est une autre chose tout à fait analogue à la première.
De même que la photographie solaire reproduit avec une fidélité désespérante les taches et les verrues d'un visage , la photographie astrale reproduit le néant des vaines conversations, la témérité des conjectures et les faux pas des sottes pensées. On connaît les prétendues révélalions de Victor Hennequin ; le médium Rose nous affirme qu'Escousse et Lebras ont été Roméo et Juliette, et rcMcontre dans Saturne l'infortuné Lesurques, qui est devenu jardinier. Ceci nous rappelle un couplet d'une chanson amphigourique de Vadé :
La reine Cléopàlre Rôtissait dans son Aire
Des marrons
Que Caron
Jette aux poules. Tandis que ZorobabeK Faisait cuire, en Israël,
Des moules.
C'est le rêve dans toute son incohérence. Puis il évoque madame Lafarge, et lui fait confesser qu'elle fut coupable : outrage impie à la tombe d'une malheureuse, dont la mémoire, protégée par un doute devant l'opinion publique, touche à l'honneur d'une famille honorable dont quelques membres vivent encore et croient à l'innocence de Marie. Un autre médium, jadis savant, depuis tourneur de tables et halluciné, croit recevoir les baisers d'une femme qu'il a aimée ; puis bientôt son amante d'outre-tombe devient jalouse, d'autres lèvres posthumes ont effleuré la bouche flétrie et démeublée du vieux Girard. Et la nouvelle Diane de ce grotesque Endymion (nous osons à peine le répéter après qu'il n'a pas craint de l'écrire), c'est la mère de Dieu elle-même. A côté de ces énormités, nous voyons sortir du crayon des médiums des pages qui peuvent n'être encore écrites nulle part, mais qu'on se souvient d'avoir
déjà lues partout, tant ces verbiages sont communs et se ressemblent. Parfois le prétendu Esprit copie tout naïvement un auteur qu'il croit sans doute peu connu. Celui qui écrit ce livre fut étonné un jour de relire , sous la signature de Platon , dans un numéro de la Vérité^ journal spirite de Lyon, une page de son introduction à Y Histoire de la Magie. Le crayon fait de plates chansons, qu'il signe Bé- ranger , et attribue des capucinades à Lacenaire : c'est un tohu-bôhu d'âneries prétentieuses et de réminiscences tronquées ; c'est une lanterne magique sans lumière, c'est le sabbat des plus pauvres diables qu'on puisse imaginer; c'est le chaos des extravagances. Puis, à côté de cela, des aper- çus pleins de finesse, des hypothèses hardies et des lambeaux de vraie science, cousus avec les vieilles ficelles de Tabarin ou de Jocrisse. Apollonius de Thyane écrit des tirades saint-simoniennes et les signe « saint Augustin » ; saint Augustin déclame contre l'Église catholique, saint Louis parle comme Jean Journet, saint Vincent de Paul fait des phrases, et le grand saint Eloi n'a plus même le bon esprit de^^ouloir remettre à l'endroit les chausses du roi Dagobert. C'est le bruit anarchique des foules, c'est le quiproquo des cohues,
c'est la confusion des masses photographiées pendant qu'elles se meuvent ; c est Tesprit impersonnel et multiple qui noie bêtement les animaux dans lesquels il se réfugie, Fesprit que chasse de partout la douce influence du Verbe de vérité, et qui se nomme légion.
CHAPITRE II.
DERNIER MOT SUR LE SPIRITISME
Quelque chose d'étrange et d^inouï se passe en ce moment dans le monde. Le christianisme, en mettant toutes nos espérances dans la mort, avait dégoûté les hommes de la vie : et voilà qu'une croyance nouvelle semble vouloir nous rattacher à la vie en anéantissant la mort.
Pour la secte spirite, en efifet, la mort n'existe plus. La vie présente et la vie à venir, séparées à peine par une mince cloison que peuvent percer les esprits, ne sont plus qu'une seule et même vie. Nous sommes entourés de ceux que nous avons ai-
mes, ils nous voient, ils nous touchent, ils nous font signe, ils nous écrivent, ils marchent avec nous et portent la moitié de nos fardeaux. Parfois même, leur main se rend visible et palpable pour s'unir à la nôtre. Le miracle se vulgarise et nous pouvons le reproduire à volonté. Plus de larmes coulant sur les tombes, plus de deuil, plus de couronnes funéraires en mémoire de ceux qui ne sont plus, car, en vérité, loin d'avoir cessé d'être, ceux-là sont plus vivants que nous. Le berceau du petit enfant se soulève de lui-même en se balançant et dit à la pauvre désolée que son pauvre ange est toujours resté près de son cœur. Le vieux mur écroulé qui séparait autrefois pour jamais les deux existences de l'homme est comme la cloison qui séparait les demeures de Pyrame et de Thisbé, il laisse passer les paroles, il n'arrête même pas les baisers. Quel rêve divin, quelle douce folie! Aussi est-ce par milliers qu'il faut compter les adeptes de la science nouvelle. Ne serait-il pas trop cruel de les détromper si toutefois ils se trompent, car ils s'appuient sur des raisonnements auxquels on ne peut rien répondre et marchent entourés de prodiges. Leur morale eu apparence est pure et leur doctrine ne contre-
dit le dogme catholique que pour opposer d'humbles espérances à de trop excessives rigueur». Tout cela est si précieux, si surprenant, si beau, qu'on se laisse facilement envahir par une crédulité flatteuse, et l'on ne réfléchit pas assez pour voir que la prétendue religion nouvelle anéantit le culte et la hiérarchie, rend le sacerdoce inutile, détruit le temple au profit de la tombe, substitue aux sacrements des vivants le contact douteux et problématique des morts. Dans ces évocations multipliées, la raison se fatigue, la foi se matérialise, les grandeurs sévères de la théologie se transforment en petitesses romanesques et sentimentales, on y parle d'un Christ presque aussi ridicule que celui de M. Renan et d'une Vierge Marie qui vient tous les soirs donner des baisers sur la bouche au vieux Girard de Caudemberg. D'un autre côté, ce méchant M. de Mirville, qui ne nous pardonne pas de l'avoir appelé bon, embouche la trompe infernale et proclame le règne de Satan. Son bedeau, M. Gougenot Desmousseaux, lui présente le goupillon pour exorciser le prince des ténèbres. Les injures pleuvent au lieu d'eau bénite. Les prud'hommes voltairiens nient bêtement les fai|p pour n'avoir pas à se préoccu-
per des causes. Lq respectable M. Velpeau explique par un léger craquement des muscles du mollet des coups qui brisent les tables et semblent démolir Jes murailles. Pour beaucoup de gens, r Américain Home n est qu'un habile jongleur, un plus grand nombre encore rit, hausse les épaules et ne veut pas même entendre parler de tout cela, et au milieu de ce chaos la vraie science, grave, silencieuse et triste, étudie, observe et attend.
Elle ne saurait toutefois garder un éternel silence, autrement elle serait la mort. Le temps arrive où il faut nécessairement qu'elle parle pour prendre la défense de cette éternelle raison qui est la base de toute justice. Il faut qu'elle parle pour annoncer au monde la plus grande et la plus nécessaire de ses révolutions, celle qui doit renverser le despotisme de la folie pour fonder l'empire de la sagesse, celle qui doit réconcilier à jamais l'intelligence avec la foi.
L'adhésion ferme de l'esprit aux hypothèses nécessaires et raisonnables, c'est la foi, et cette foi, on peut dire aussi que c'est la raison.
L'adhésion obstinée de l'esprit aux hypothèses impossibles et déraisonnables, c'est la superstition, c'est le fanatisme, c'est la folie.
Le Dieu des sages, c est l|i raison Avivante et universelle; le Dieu des fanatiques et des supei-stit^x, c'est la folie absolue.
Mais la folie absolue, c est le meiiBonge absolu, c'est le mal, c'est le diable: les superstitieux adorât le diable.
La religion des superstitieux peut donc être rejetée sans examen.
Lorsqu'on dit que le vrai chrétien doit sacrifier la raison à la foi, on ne parle pas d'une manière exacte. Sacrifier sa raison à la foi, c'est soumettre en matière de religion son propre jugement à l'autorité universelle, ce qui est très-sage et trèsraisonnable. Saint Paul ne demande-t-il pas une obéissance raisonnable? Tout le monde sait cela, mais personne ne veut le comprendre, et de tout temps les hommes de mauvaise foi, pour avoir le prétexte de se battre entre eux, ont cultivé le malentendu.
La foi sans raison , c'est la folie. Tel pensionnaire de Bicêtre croit fermement et opiniâtrement qu'il est le roi de France. Pourquoi est-il fou eu croyant cela? Parce qu'il n'a pas raison de le croire, ou parce qu'il le croit sans liaison.
Vintras croit feiteemeat qu'il est Je prophète Élie et que Tarchange saint Michel, déguisé e» vieux mendiant, s'entretient familièremait avec lui. Ses tiiscl|ies pr^eoident qu'il a iftison tle le croire, et ils apportent pour preuves de prétoidues prophéties et de prétendus miracles. Pf, |1 ^#e trouve que les prophéties sont des divagations f^ des déclamations confuses, les miracles des phé- nomènes dégoûtants et de nature à ridicuitser les choses les plus saintes. Ici la raison publique coiv rige la raison privée, et l'on trouve que Vintras et ses disciples sont, je ne dirai pas des sectaiiies qu'il faut combattre, mais des malades qu'il faut soigner.
La foi est la confiance de l'âme humaine en une raison plus haute que sa propre raison. La foi élève donc la raison de l'homme, au lieu de l'abaisser ; l'abîme du ciel commence pour nous où finit la hauteur des montagnes, la foi commence nécessairement où la science finit. Je ne puis croire le contraire de ce que je sais, et je ne puis savoir le contraire de ce que je crois sans renoncer immédiatement soit à ma science, soit à ma foi. L'objet de la foi est donc nécessairement l'hypothèse ; mais l'ob-
jftd4 1^ foi raisoaqable e'^sl {^hypothèse néces-
Qu'on BB nous dise pas que la toi est une gpftee et non une déduction plfHosppfaJN|ue : ie bon sens siusei est une grâ4^, et une grâce malkeumusement beaueoup plus rare que la foi. Hos t^aniiises paissions dépravent notre jug^nent. Un médiaat n'est jamais raisonnable, et le eiel n'accorde la véritable raison qu^anx liomnes de bonne volonté.
Gro^ez, ei wous serez intelligents, disait le€hrist auK pauvres d'esprit et aux humbles ^i les eppe^ tant au wlut par la foi. Soyez vraiment intdili-^ gents, et vous croirez, pouvons-nous dire mainfenant aux savants et aux penseurs. C'est-àndire vous eroire;; cément, au lieu de croire follement, car, bongré mal gré, il faut toujours que rbomme croie. Pro^dence ou fatalité, il ^ste une cause pr^iière. Ordre ou chaos, il existe qiEidque diose dans Tinfini. Mais l'ordre dans un «enl coin de Tunivers est ta «légation du dmos. La vie essentîellenient directrice et diri-» gée dans tous ses phénomènes est la négation de la falalité. Le vrai credo quia absurdum est celm de f homme ^î nie; En face de l'être^
^p siet, U fout êbm (qïx pour ?ve»ir afôsm0r le
B^fe§tatiQ»p ÛBm, l^ cofl»u co4duit fftP l'hyT potbèse w)it »^es«qipe, mit miiimfàat raisonw-^h àB touto bypotiii^e p^(|»j^, reste tour JiDurs ri»eoaau mli»i, dont ou aepeut viisa pm:? ser pji riei^ dire. C'est 4aas ciat iiiao»ntt pus^r daUs, iuAétidnQmé, indieible, qup les aadeBS kaUbaiistes adoraient Dieu sans cherchi^ jamais à le eooipreiLdre.
Où la science s'arrête, la foi nûmmBJ^e^ et 1a foi puise ses révélations hypotfa^tâqnes d^^^ les agitations dn cœur toujours plus [iiisaÉiable e plus ^ourageuK que Tesprit. Or, le ispeur hnaimn p^ut s'appufi^er sur une force ou se laisser i^garer par une faiblesse. — La force, Grmt le sentixaent héroïque du sacrifice, -r- La faiblesse, c'est le rôve amollissant de l'i^oïsme satisfait.
IV>ur suppléer à l'insuffisance de la science, on peut donc faire appel ç«l à Texaltation des sentiments généreux, ou à la surexcitation des ins* tinets lâches.
L'^udtatioa 4es sentiments généieux doMe la
foi dans le sacrifice et, par conséquent, dans le travail régulier, .dans lobéissance, dans la hiérarchie^ dans l'abnégation du sens propre, pour se soumettre au sens commun. L'Église alors s'élève, la société est une milice, avec ses grades et sa discipline obligatoire pour tous. La plus puissante intelligence alors se manifeste par la plus grande docilité. Rien déplus clairvoyant, en efiE^, que l'obéissance aveugle, rien de plus digne de la liberté que le sacrifice de la liberté même. Un soldat qui ne peut plus obéir ne peut plus vivre, et lorsque son général lui commande des choses qu'en conscience il ne saurait faire, il ne déserte pas, il meurt.
Le sentiment exalté, mais juste, qui crée lobéissanceau drapeau, s*appelle l'honneur. Le sentiment exalté, mais juste, qui crée Tobéissance à l'Église, se nomme la foi.
Le rêve égoïste opposé à la foi. c est l'hérésie. C'est le soldat qui veut vaincre en s'isolant, c'est le croyant excentrique qui veut accaparer pour lui seul les avantages de lajsociété. C'est l'honmie qui veut communiquer avec Dieu sans intermé- diaire et qui se fait une révélation pour lui seul. Gomme si le Dieu de l'humanité pouvait être eix-
communié, comme si le fond de la religion n'é- tait pas lei^rit de charité, et comme si Tesprit de charité était ailleurs que dans l'association des sacrilSces et le concours hiérarchique à la création et à la conservation sociale et ecclésiastique de la foi !
Cette haute raison qu on appelle l'Église absorbe et doit absorber tous les raisonnements individuels. Le Christ, en se révélant au monde, a fait taire les oracles, parce que les oracles ne sont pas la raison. Qu'importe, en elfet, un phé- nomène que la science n'explique pas encore, et que peut-il contre une raison? Si je voyais une absurdité s'écrire en lettres de feu dans le ciel, j'adntiirerais le phénomène, mais je ne serais pas assez fou pour admettre l'absurdiié. Maintenant que la voix du Christ n'est plus écoutée, on ressuscite les oracles. Les tables parlait, les plumes écrivent d'ellesr-mêmes, les pierre<5 crient, et que crient-elles? que disent les tables*^ qu écrivent les crayons des médiums? Tout cela répète sur tous les tons et en toutes les langues que les hommes sont fous quand ils ne priment pas pour base la sagesse de Dieu, qui est dans l'esprit de charité.
àmm, ékmi myi d'est éë^tiëiëfdfoMfiitètt^ cel êspit mm le mMe: m voilà ïe mhië ^tii
Wf^é^ûé ébàirê !è ihMiiè, ëf ^dilâ 16 ibditië convaincu par les arguments du diable, et d'ê^ alhëi qttô k vêfàttm elst vëflilë 6â taotidé; Sf^irhes tt tli»r!!ëttl« âe télbld»^ Voilà tbtif» yom histbtiid. VàêMtàs: ^am pAtlid^ vdtls iië éaVëz quelle fëtt; nv» d'une Mé tos piffteildtiè« téfVëldtiOils {^ûl^ hllëflt ée ëOJitrftdiëtibtlë et Se mmotij^êi. Mais Vi)»» toilâ délivré» êè la hiétatléliie^ vtyuë éû mèÈ fim long que Vôtt*é mté et que lé pàjie. i îi'aiitra fibotide ne i^vele à voiisf directeMeut 6^ ^r Fintermédiaire û'ètt&ê infériëuMs à votii^, d'ê-^ tins ignorants et makdes, de paâvtës àliénéifqtli d^tmimt Où ne savent pa$ bë (^li'ilâ écrivëilt, et vous toilà cotome Israël forts contw Dieu. Vous amiiigez à votre maniët^ le dogttiê éterhel. Vous &iè2 ceci, Vous adâîëttëK bëlâ, vous vous faitëi$ dëé ^aradiâ de fatitaisie et des ëufërs très-suppoi^ tMm ; Avec cela vouispoûvëî: déblteldelà morale, e«la fait toujours bon efiFet, et avec vous on sait qUè d^aH'dbli^e à rien.
Car: d'une proposition absurde la consé^UéttiÈë
ne Murait être «Kto&tiéé, |Mirw qn'ellB ti'MisI* pas.
Vous dites : Dieu désapproutô la raison et én^ oourage la folie^
C'est comme si vonsdikiezi le diable désap*' prouve la folie et encourage la raison ; or, le pé- ché c'est la folie, et la vertu c'est la raison.
Vertu folle et péché sage sont des termes qui ûB s'accdfdétit paâ.
Comûiént dotid hé vôyéz-Vôtis pâé que vous prenez Dieu pour le diable, et le diable pouf
Selon vous, le diable sëi'aît le dieu de la raison I
Et Dieu serait le démon de la folie ! Rentrez 6n vous-mèïnéiâ et réflécihisséz.
Àin^i, apt^s les fdudfëâ àeè pi'dphètés, après l'auréole des apôtres, aprës les splendeurs des pères, après la patiente, laborieuse, mais incomplète raison dès scholastiques, après les 6ôuitigeux désespoirs de la réforme et de la philosophie, Dieu, à bout de ressources, envoie des tables parlantes pour épeler en cabriolant lé mot graveleux de Càmbrônné, assaisotmeniênt obligé d'une doctrine idiote, encouragement à des pratiques
qn OU pourrait appeler lonaaisme de la pensée. El c'est Dieu, non, c'est votre Dieu à vous, qui est réduit à des expédients pareils ! et vous passez devant Bicêtre sans ôter votre chapeau et sans fredonner le refrain de Béranger :
Salut à ma patrie !
La foi en Dieu est la ferme adhésion de l'esprit aux hypothèses nécessaires de l'intelligence. Saint Paul les formule en ces termes :
Accedentem ad Deum oportet credere, quia est et inquirentibus se remunerator sit.
Que Dieu est, et qu'il récompense ceux qui le cherchent.
La foi en Jésus-Christ et en son Église est la ferme adhésion de l'âme aux hypothèses nécessaires du cœur. Si Dieu est, il est bon; s'il est bon, il nous aime; s'il nous aime, il doit remédier efficacement à nos maux. Il doit venir à nous qui ne pouvons pas aller à lui. L'incarnation, la ré- demption, les sacrements, le dogme immuable, la hiérarchie indéfectible deviennent alors né- cessaires, et tout cela se prouve encore par l'existence réelle, et toujours présente dans l'Église,
d'une puissance évidemment divine qui change les* ignorants en sages, les faibles en héros, les plus simples femmes, et jusqu'à de pauvres enfants, en véritables anges de la terre.
Cette puissance, malheur à qui la méconnaît, honte à qui lui résiste et la nie :
C'est l'esprit de charité !
Le foi de l'intelligence qui affirme Dieu seul, est la foi de Moïse.
La foi du cœur qui affirme l'Église est la foi de Jésus-Christ.
La foi de Moïse, c'est Dieu inaccessible à l'homme.
La foi de Jésus-Christ, c'est Dieu présent dans l'humanité.
Inaccessible à la pensée, mais toujours pré- sent à l'amour, voilà en effet Dieu tout entier.
Le mosaïsme et le christianisme sont inséparables comme l'esprit et le cœur, comme l'intelligence et l'amour.
L'Église, c'est l'humanité chrétienne, consé- quence nécessaire et complément forcé du judaïsme mosaïque.
A côté de cette foi raisonnable a toujours tenté de s'élever la foi folle et imaginaire, anar-
ôUitiè eoÈHAè là fdlië, èapriéiétisë cûMné \bè fêVes.
G'eât là toi dès Viiidlmâlres ^ttl ptéùnéhi pOttl* des révélations diVibes hi MtÔihës dé leur iittà^ ginatiônj
De ceux qui dei&àndent k sàgêisi^e à l'extaèe, à Tivresse, au sommeil, à là catàleitde, à totis les états enfiti qtii, suppfiûiâiît le libre iirbitre de l'homme, le rendent plus ou moins aliéné.
Et ils ne Vdîêtit pas que raliénâtÎDn est la dé- chéance de rhomme.
. Et ils né cdmprétlfaetlt pas qué Fesprit de tertige, c'est l'esprit du mensonge et du mal.
Et ils ne Sentent pas qu*en s^abàndonnant aux défaillances automatiques du somnambulisMë ou de l'hypnotisme, aux impulsions fâlàles ei douteuses de Tesprit des tables teur*nantes, ils abandonnent à Tinconnu ténébreux la dii1*>ctîon de leur pensée, et deviennent, ce qui est horrible et tout à fait contre nature, des aliénés volontaires.
Ils deviennent alors les prophètes du tourbillon, les voyants du veftîge, les oracles du gfand chaos, les interprètes de la fatalité.
Ils se regardent dans un miroir brisé, et ils croient aperôévoir la triultitudé des esprits ce-
lemê cttti dm déjà êeM d'âUriiéht à lëtii^ esprit, et leurs rêves dé doctrine temïùbléût aux c&itiîlUH fflam d'tiûé digedtioû laborieuse.
EèI qudî diflSrtot ôâsetitîellefflent nos hypûo^ tisés modétues de ces anciens gnosti^ues dé Flndë qui, les yeux fixés sur leur nottibril, attendaient Tâpparition de la liiniière incréée^
Longtemps àtftHt nous, les bratnes magnétisaient des tables et les soulevaient de terne en y imposant seulement les mains. La pythonisse d'Endor était ce que vous appelleriez aujourd'hui un puissant médium, et elle évoctuaitles trépassés; or, l'évocation des trépassés, je suis fâcJié de vous le dire, mais c'est la nécromancie, la plus noire des sciences de Tabtme, la plus maudite des op^ rations sacrilèges. La nécromancie substituée au christianisme, la lumière des morts remplaçant la parole du Dieu vivant, le fluide spectral descendant surnous au lieu de la grâce, la communion eucharistique oubliée pour je ne sais quels banquets, où l'âme s'asphyxie en aspirant le phosphore de^ cadavres; voilà, pauvres insensés, ce que vous pre- ûfSÈ pour une rénovation religieuse; voilà votre foi et votre culte, voilà enfin le Dieu noir que ^tos adôret !
M. de Mirville n a pas tout à fait tort en attribuant au diable les divagations spirites.
Mais, si Dieu envoie le diable en mission, le diable est donc forcé d'obéir à Dieu? le diable est donc le serviteur de Dieu? le diable est donc le missionnaire de Dieu ?
Alors c'est Dieu qui répond pour le diable.
Alors tout ce que vous attribuez au diable, c'est Dieu qui le fait.
Le diable n'a plus son libre arbitre, et fait malgré lui tout ce que Dieu lui fait faire.
Alors, le diable menteur, c'est Dieu menteur;
Le diable bourreau, c'est Dieu bourreau ; le diable grotesque, c'est Dieu grotesque.
Blasphémateurs que vous êtes ! et vous ne fré- missez pas!
Ce n'est point à l'imagination malade de l'homme, ce n'est point à sa folie ni à ses rêves, c'est à son intelligence et à sa raison que Dieu se révèle.
Si un père de l'Église a écrit le fameux Credo quia absurdum^ c'est qu'il voulait indiquer par ce paradoxe le domaine réel de la foi qui commence aux limites extrêmes delà science. Or, à ses
limites extrêmes la science tombe dans l'absurde si elle veut passer outre; Tâme raisonnable alors ne peut trouver un refuge que dans la foi. C'est donc en quelque sorte l'absurde qui rend la foi nécessaire : Credo quia absurdum^ je crois parce qu'il serait absurde de raisonner sur ce que je puis savoir, je crois surtout parce qu'il serait encore pins absurde de ne pas croire.
L'âme adhère invinciblement à ses hypothèses lorsqu'elles sont rigoureusement nécessaires, elle peut les aimer et s'y attacher lorsqu'elles sont raisonnables; mais les âmes insensées se passionnent voloi^iers pour les hypothèses ridicules et impossibles. Je crois à la vie éternelle, voilà l'hypdthèse nécessaire; la vie éternelle ne permet pas k nos âmes de s'éteindre lorsque nous mourons, voilà l'hypothèse raisonnable. Mais que deviennent ces âmes dégagées de nos corps? Vous me répondez qu'elles restent dans notre atmosphère brumeuse toutes frissonnantes et toutes nues, ou bien qu'elles se cachent dans nos boiseries qu'elles font craquer, dans nos tables qu'elles font tourner, dans des crayons qui semblent tracer tout seuls tantôt des lieux communs de morale vulgaire, dignes tout au plus du génie de
lin fcit jnei[pli6»ble pwr yop sp BJfo4Bit. yot«a ipiBgimiion préF^^m» Texpliqiw 4 s» mftT- Bii^Q, AyazryaiK £aijt sute <3te ft» ? jNo»; v^ç i»T^ Sut ffii^àe^ témérité y mi^ si ^ous voulm> mèm», àf^
puérilité. Une yoii: sort du muf, ^U^ mu^ pM^^ qoiw «^ 6ayoas d'oit eUe viant. C'est «Mut Miake^l, dît ice paii¥i^ Viutras ; c'est h diaJ^ 1 Si'écm oe qtéebaiit M. fie Nimtie, qui s'indipa d*êtin3 ^rr p^ bon, et tous daux écmwi iQ gros Ursos^ Maiseafia, (pm disait cette voix? UmpmyreiUB, alairs ga n'est pas saint Michel ; des wiffmiéê, alors 0!^ a*est pas le diable. Mais enfin, qmi^ qu'nn a parlé, car nous a^oos entendu la voa et nous savons qne les murs no parlent pas. TFèsr «bion, xûais qu'allons-nous conjclure? Tout sim«- plemept cec^i : quo ce n'est pas le niur q^i a parlée mais alors qui ost-^^ donc ? ie vous le dirds ai je la fiavais : mais si je vous le dis ne le ^chant paa, ja suis un nienteurou un imbécile.
û simpln bon sens, que tu es rarei Mais ici qudqu^un va m'arrêter. Moïse, me dira-t-on, a enteadii^M veix^uirle Sinaï : comment a-4;-4l pu
Savoir 1^ ^'élaU celle de Qieu, colle du dial^le, op @dle d'iin rftfd? C'était p^it-ètre Vkm» phydque 4^ lisi torre; c'était peut-être le géni^ irrité dç r%ypte qui Youlait, en trompent les Hélnrrax, yeiiger les désa^tms de la mer Rouge. Moïse a cpu ipM i^'M^ Dieu. Mais qudle raison infaillible avait-il de le croire? Pourquoi, en affirmant que c'était Dieu, a^étaiir41 ni un menteur ni un imbé- cile? Pourquoi? Je vais tous |e dire : c'est que les lois du Sinaï sont répression de la raison la plus haute et la plus pure; c'est que le I^calogue était grayé 4Gtns la conscience ées hommes avant d'être sciljpté sur la pi^^e par les doigts de Dieu, qui, comme on «ait, n'a point de dmgts; d^est que les éclairs et les tcHinerres dont rugissait et s'éche?elait la montagne n'étaient, dans cette pi«miàfe scène du grand drame de la révélation pMltive, que des décorations et des accessoires. Je cous demande un peu ce que peut faire à ia pioelafnation du dogme de l'unité de Dieu une tfo Apette de plus ou de moins?
Quand Jésus, par l'héroïsme divin de sa mort, prouve au monde l'immortalité de i'âine, lorsque, victorieux de Tagonfe , il pousse un cri de ti4oBphe, puis penche la tôtedeucement et meurt,
qu'ai-je besoin que les pierres se fendent et que les tombeaux s'ouvrent ? Laissez-moi ignorer ces prodiges ; je n'ai pas trop de toute mon âme pour admirer le dernier soupir du juste. Otez-moi ces fantômes, je n'ai pas le temps de les voir; ma pensée est absorbée tout entière dans une sublime réalité !
Je ne cherché pas, comme certains écrivains modernes, à m'expliquer ridiculement les miracles de l'Évangile, je ne m'efiforce pas de soup- çonner, par exemple, que Lazare, malade, fût enseveli vivaat et abandonné pendant quatre jours dans le tombeau par ses sœurs, afin d'|ttirer vers ce piège étrange la vanité complice ou naïve de quelque thaumaturge douteux. Histoire ou lé- gende, le récit évangélique m'impose la vénération, je me rappelle le magnifique tableau du prophète Ézéchiel, debout au milieu des osse-- ments. Penses-tu, ô prophète, que ces débris puissent revivre? Et voilà pourtant qu'à la parole de l'homme obéissant à Dieu, la vie frémit et se remue dans toute cette campagne de la mort. L'esprit du Verbe a soufflé, et l'humanité \a renaître. 11 en est de même de Lazare. Le Lazare, le grand lépreux humain, le malade de la terre,
est mort depuis quatre jours, c'est-à-dire depuis quatre mille ans, car, devant Dieu, dit ailleurs l'Écriture, mille ans sont comme un jour. Il est déjà en putréfaction, ce genre humain que gouverne l'empereur de Gaprée. Sauveur du monde, vous arrivez trop tard. Si vous eussiez été là, le Lazare ne serait pas mort. Jésus ne répond rien, mais il pleure, et l'on dit : Voyez comme il l'aimait !
Puis il fait ôter la pierre, il appelle le mort à la vie, et le mort se lève, encore garrotté dans son linceul. Voilà les commencements du christianisme. Déliez-le, dit le Sauveur, et laissez-le aller en liberté; en voilà l'accomplissement et la fin. Ceci n'est pas l'histoire d'un homme, c'est la légende prophétique du monde, c'est le complé- ment et l'explication de la vision d'Ézéchiel. On respire dans ce récit le souffle divin à pleine poitrine. On pleure avec Jésus, ou tressaille et on se dresse avec Lazare; on tend vers le ciel des mains encore captives. Lazare, ce sont les esclaves d'Amérique , ce sont les opprimés de l'Irlande , ce sont les martyrs de la Pologne. Dites , oh ! dites. Seigneur, qu'on les délie et qu'on les laisse marcher !
Qu'ai-'je besoin de chereher autre (^lose dans cette page qui m'impressionne si mement? Je sais qn elle est traie, je cèdte à l'éffifction Qu'elle m'inspire; mais est-ce simpteteent une parsH- bole , est-ce le récit d'un évén^nent ? Je n'en sais rien, et, par conséquent^ je serais téméraÎTO d'affirmer lànlessus quelque chose de contraire à renseignement de l'Église. Ici la tradition dés pères est avec moi, ils ont compris le symbole Comme je le comprends et se sotit bien gafdés de nier l'histoire qui sert de base à ce sym-^ bole. Je dois imiter leur sagesse, mais la pautre critique de M. Renan m'inspire une fritte profonde.
La forcef de l'Éyangile n'est pas dans les mi-- racles que raconte ce livre sacré, mais dans la raison suprême, dans le logos, qni est la lumière de tout homme venant dans le monde, comme le dît saiùt Jean. « Vous me deniandez qui je suis, dirait iésus, je suis le principe qui parle. » En tûtA qu'opposé aux lois ordinaires dé la Uàture , lé miracle resiÉëmble à une erreur ; inaii^ la vérité , totf jcriirs la même , fait pâlir l'éclat éphémère' de tbtis leSf ptodigës devant les splendeurs de l'or^ dre éternel !
On tie feaatiit mfktmer la téi*tté dafi^ d»é? t(Hlififé, et ^i^ dôiiféè^éîit éUë né sânt&ît èft sortir. £î%ét là vie qui irayonne sui* la mort , ^ ce n est pas la mort qui petit rayonner* Siif là i^*; L'ëèprît des ^anfdfs hôïfltn^s n'a pas besoHi ée reteïiii* Vël-g fiàitk' d Wf rMombe , il resté tôtijôfli'ér ëûr là terrë. Coiisùlféùrô d'oràcïes îutàhtes, ytyîïÉ réssetnbiez â deé hbtniïies qtii passeraîeîit lôdi^ elistencë à regarder au fond d'Uti puitfe portf
apercevoir le soleil.
Sacrifier la vie présente à une existence future, c est Tésprit du èiïiristianisiïie, défini par tous ïes ascètes. Trouver dans ce sacrifice même le bôilhetir le plils grand de la vie présente , c'est le gé- nie dû christianisme , non nioins finement preé- deiiti que iriagnifiquement rêvé par l'âme de Chateaubriand : mais le ccéur du christiahisme, sôti ëèsérice, sa loi fondamentale, c'est la hiérarchie directement opposée à rànarchie. Par la hiérarcïiié, en efffet, la société se constitué et s'élève; par l'anarchie, elle se morcelle et Se dé- truit. La hiérarchie, c'est la commûiiibn ; l'anàrfchié, c'eèt l'eïdommùnicafiôà volontaire. Là hié- rarchie, c'est l'homme dévoué à la société et protide par elle ; l'anarchie, c'est rhommë pros^
crit par la société et conspirant contre elle. La hiérarchie enfin, c est Thomme tout-puissant parce qu'il est multiple ; l'anarchie , c'est l'homme impuissant parce qu'il est seul.
(( Si Dieu a parlé, dit Rousseau, pourquoi n'en ai-je rien entendu ?» — C'est à ta conscience qu'il faut le demander, toi qui veux marcher seul, et qui fais le sourd quand la société parle. Dieu devait-il avoir une rédemption pour l'humanité et une autre rédemption pour Rousseau ? Rousseau est-il plus ou moins qu'un homme ? S'il est plus, où sont ses titres? S'il est moins, où sont ses droits ?
Mais , direz-vous , si la société veut imposer à ma foi des absurdités qui révoltent ma raison , puis-je abjurer ma raison pour y croire? Non; la société ne te commande pas la foi , mais elle te défend de troubler la paix des croyances communes par les révoltes de ton esprit ou de tes rêves : doute, si c'est ton malheur, mais taistoi ; car c'est ton devoir.
Les inspirations personnelles ne sont rien tant qu'elles n'ont pas reçu la sanction sociale. L'homme de génie est celui qui pense mieux que personne ce que tout le monde pense ou voudrait
penser. Le penseur excentrique, qui ne rencontre la sympathie de personne, n'est pas un homme de génie; et, s'il s'obstine, c'est un fou.
Ce n'est ni Luther ni même Savonarole qui peuvent réformer l'Église, tant que l'Église brûle Savonarole et excommunie Luther': se séparer d'un malade, ce n'est pas le guérir ; et le concile de Trente n'a rien à attendre ni à recevoir des fantaisistes de la Confession d'Augsbourg.
La même loi qui oblige le fidèle à marcher avec l'Église, oblige l'Église à marcher avec l'humanité, sous peine de n'être plus l'Église. C'est ainsi que l'Église judaïque n'a plus été que la synagogue, quand elle s'est laissé dépasser par le progrès chrétien.
Dieu ne change pas ; mais l'idéal divin peut changer, et nécessairement il change avec le génie des nations. « Quand l'homme grandit, Dieu s'é- lève, » a dit le Psalmiste; et quand Dieu s'élève, son Église se transfigure ; mais c'est toujours en se rapprochant de la suprême raison. En admettant , ce que nous n'admettons pas , que le christianisme ait fait son temps, je comprends le déisme de Voltaire, mais je ne comprends pas la théurgie de Maxime d'Ephèse et de Julien.
, QufrjjrQttvft, m effet, ^m. nm», « p* j'ei* qu'il
Christ est dépassé : rm et par qui donp ? grwd
Ofpu f Vjws uae mm^vm M\m Ksfdae; Allons 4q^J déddément vous plaisfiatô^,
JSpws ^'adJ«çtto^s p^ , ^Jjjsaajs-raous ^ que le 4]p^f^tiftmsme pit fait son temp^ et que ^ i^it iui 4r}>re p[iort, cap il n'a pas ^eore àmijpé ses fruits. I^'jÊ^ngile n a pas été eotendu, 1^ vérité xC^ pas été ôpseiguéa dans son e^ti^p ; de$: enfants ^t.é$kelé la lettre^ maiii l'esprit est resté au i&nà 4u tasta, fM>xn]iiô Taspérauce au fond de I4 botte ite Pafldora. Nots croyons ^onc qu'il ne s'^it pas d'e][}8eign£r qiielque chose de nouveau, mais de mieux expliquer ce qui a été enseigné. Cet ensei^ guident Rieilleur, c'est de relise a^le que nous Fatteudons ; et c'est pour cela que nous déposons à ses pieds le résultat de nos recherches et de nos études, afin qu'elle lise et qu'elle juge.
Approuvés ou non par TÉglise , nos travaux seront utiles au monde ; car, si T Eglise peut défen- 4i!e au croyant excentrique de dogmati^r, elle ne peut empêcher le savapt d'enseigner. Or, oe n'est pas sur la religion , niais bien sur la science des esprits que nous appelons aujourd'hui l'atteation
des penseupsw Notre but, en éerivantiiôt ônvra^ n'est pas uniquement d'opposer «ne digu^e à Tépidémie d« spiritisme. Nous ne sommes, de parti pris , les adversaires de personne i nous aimons ceux ^^ui ehercfadnt , ear nous avons longtemps oherché , et c'est à eux surtout quei nous voulons faire part de nos curieuses décou-* vertes.
La grande hypothès^ nécessaire des destinées
futures a été travaillée et conduite, de déd^ction
en dédtiction, par les sages de lancien monde.
La pneumatique kabbalistique est véritablement
une science, parce qu'elle procède méthodiquer
ment et exactement, en allant du connuàriU'^
connu par la voie des analogies les moins dou-
taises, parce que les faits lui révèlenl^des lois, et
que sur ces lois elle pose solidemeiit la base da
ses hypothèses toujours prudentes. C'est donc
la pneumatique kabbalistique que nous avons
révélée à m)s lecteurs. Nous y joignons l'analyse
du profond traité d'Isaac de Loria sur le progrès
circulaire des âmes (De Revolutionibus cmimcu-
rum) ; celle du Sepher Druschim par le même
docteur. Nous tirons des ténèbres de loccul-
tisme ces livres prodigieux dont le monde mo-
deme n'a plus la clef, et nous croyons avoir bien * mérité de la science et de la raison.
Avec le secours de ces puissantes lumières, nous expliquons les phénomènes étranges que les demi-savants trouvent si commode de nier, et qui pourtant les écrasent de leur évidence. Oui, les statues tressaillent, les marbres pleurent, les pains sacrés s'injectent de sang; oui, une main a pu sortir de la muraille pour terrifier parune inscription menaçante le banquet impie de Balthazar. Nous avons vu, entendu et touché de semblables prodiges; aussi ne dirons-nous pas que nous y croyons, puisque nous savons de science certaine que cela est.
Le miracle n'est pas un fait contraire aux lois de la nature; autrement il ne saurait être sans que la nature fût bouleversée. Mais c'est un fait exceptionnel et en dehors des habitudes de la nature, si Ion veut nous permettre de parler ainsi. Le miracle en un mot, comme tout ce qui existe, ne peut exister sans raison ; il ne prouve donc rien contre la raison, et c'est ce que notre livre doit établir clairement, ainsi que nos autres ouvrages.
Oîtte vérité une fois reconnue, la superstition
devient impossible ; le fanatisme s*en va, la vraie religion emprunte» tout son éclat à la raison suprême et dédaigne de vains prestiges. La foi ne trouble plus les âmes; elle les soutient et les console pendant que la science les éclaire. L'humanité sort de lenfance; elle repousse en souriant et replonge dans leurs ténèbres les revenants et les vampires. Les forces secrètes de la nature deviennent les conquêtes de Tintelligence; le symbolisme s'éclaire de lui-même, les allégories parlent, l'histoire se dégage des nuages delà fable. C'est ainsi, disent nos prophètes, qu'un jour le Fils de l'Homme, abaissant les nuées du ciel, paraîtra dans toute la gloire et dans toute la simplicité de son humanité sainte, et, ouvrant le livre des consciences, jugera les vivants et les morts.
L'auteur de ce livre ne craint pas d'avouer qu'il a eu lui-même les plus étonnantes et les plus formidables visions : il a vu et touché les démons et les auges comme les faisaient voir et toucher à leurs adeptes Maxime d'Éphèse et Schrœpfer de Leipsick. Il a pu comparer les hallucinations de la veille avec les illusions des songes, et de tout cela il a conclu que la raison
(Jirige^nt h foi et la foi «o^te^ftnt I« miso» ^nt les seules lumières véritables de no^ âmes, que tçut le reste n'e^t que fetigue vaine du ce^y^au, al)erratipp des sens et délires de la pensée, Il
n'écrit doflç pap smilewient ce qn'ij suppose, a
enseigne hardiment ce qu'il sait.
Aussi son livre est41 intitulé : La science des Esprits^ et non pas Gonjectujiei^ ou Essais sur les esprits.
C'est après être descendu de gouffre en gouffre at d'épouvante en épouvante jusqu'au fond du septième «erele de Tabîme, c'est après avoir traversé dans toute sa longu^ir l'ombre de la cité dolente, que le Dante, en se retournant et en prenant, si je puis parler ainsi, le diable à rebroussepoil, remonte victorieux et consolé vers la lumière. Nous avons fait le même voyage, et nous nous présentons au monde la sécurité sur le front et la paix dans le cœur. Nous venons dire tranquillement aux hommes que l'enfer, que le démon,
que le gouffre sans espérance, que les chimères, les satyres, les goules, les péchés personnifiés, le dragon à trois têtes et tout le reste de la fantasmagorie ténébreuse n'est qu'un cauchemar de la folia, mais que Dieu seul vivant, seul réd, seul
présent partout, remplit sans y laisser de vides, remplit, dis-je, Timmensité sans bornes des splendeurs et des consolatioijs éternelles de la souveraine raison.
DIALOGUE
ENTRE
LE LECTEUR ET L'AUTEUR.
Ainsi, voilà qui est bien entendu, vous rejetez Tautorité de l'Église catholique romaine?
Ai-je dit cela? Je la respecte au contraire, et je crois qu'il faut y revenir comme au seul principe de hiérarchie et d'unité.
Votre enseignement diffère cependant du sien. Pensez-vous en savoir plus qu'elle ?
En matière de science, oui. Car l'Église n'est infaillible qu'en matière de foi.
Vous rejetez le diable et Tenfer de M. de Mirville; ne sont-ce pas là des matières de foi?
Le Credo de M. de Mirville pourrait être celui-ci :
Je crois au diable, le destructeurtrès-puissant, perturbateur du ciel et de la terre^ et en Tantechrist, son fils unique, notre persécuteur, qui sera conçu du mauvais esprit, naîtra d'une vierge sacrilège, sera glorifié, régnera et montera s'asseoir sur Tautel de Dieu le père tout-puissant, d'où il insultera les vivants et les morts. Je crois en l'esprit du mal, la synagogue satanique, la coalition des méchants, la persistance des péchés, la perdition de la chair et la mort éternelle.
Qui osera dire ainsi soit-il ? Qui ne voit pas que le Credo noir est tout l'opposé de celui de l'Église, et que le croyant qui affirme l'un doit nécessairement nier l'autre ?
Cependant l'Évangile et l'Église parlent du diable et de l'enfer?
Oui, syttibdiqa^iïieiit, et ee isont des symboles que je viens expliquer par la scienèë et la raisbii.
Mais enfin, la foi de l'Église. 2.
L'Égiise n'a jamais pris le diable pour objet de sa foi.
Mais enfin vous affirmez une sorte de catholicité universelle qui exclurait seuleotent r%ljise romaine.
L* ACTEUR i
J*ai dit positivenîent le contraire : il serait àusSi absurde de mettre Rottle hors dé Funiverà qiîe de prétendre renfertner runiveffe dans Rortieà
Vous me permettrez de préférer les croyances de ma grand'mère à toutes vos raisons.
Libre à vous de penser comme les grand'mè- res, ou même de ne rien penser du tout. Mais le
monde soufifre d'être sôtfë religion, et j'ai voulu à mes risques et périls montrer la conciliaition possible entre la raison et la foi. Laissez-moi espérer que j'aurai un jour des petits-enfants qui penseront comme leur grand-père.
Mais pensez-vous que Rome vous approuvera ?
A-t-elle approuvé Galilée? La terre totïriie cependant.
LB lECTBtfR.
Maintenant elte ne le condamne pluSé
L'AI]T£UB.
C'était une question de temps. Vous voyez bien que j'ai quelque raison d'espérer.
Mais on vous persécutera
J'y suis accoutumé.
M. de Mirville dira encore que vos livres sont abominables.
Je suis trop poli pour lui répondre que les siens sont pitoyables.
On organisera plus que jamais conti'e vous la conspiration du silence.
On me traitera alors comme Alexandre devant qui la terre se taisait : siluit teira in coîispeciu ejus.
LB lecteur.
Adieu, car je vois que vous êtes incorrigible.
Au revoir, car j espère toujours que vous voudrez vous corriger.
SUPPLÉMENT
PUISSANCE DE L'IDÉE CATHOLIQUE
RATTACHÉE A l' ESPRIT ET NON A LA LETTRE DES LIVRES SAINTS ,
ET COMMENT IL FAUT l'opposer AUX RÊVERIES DES NOVATEURS MODERNES.
Les doctrines spirites ont le tort immense, après celui d'être le résultat du vertige et de Textase, de rompre la chaîne d'or de la tradition, de supprimer le sacerdoce et la hiérarchie, et d'ôter à la morale sa sanction éternelle. Pour nous, tout en admirant la kabbale et ses dogmes secrets si pleins de consolation et d'espérance, nous ne croyons pas qu'une Église nouvelle en puisse faire le sujet d'un enseignement nouveau. Ils appar-
tiennent essentiellement à la philosophie occulte, et deviennent condamnables dès qu'ils sont divulgués.
Si nous détestons de tout notre cœur la crasse pharisaïque qUé les siècles otit laissée s'étendre et s'accumuler sur Tor pur du sanctuaire, nous n'en sommes pas moins partisan dévoué de l'autorité et de la hiérarchie ; et si notre messianisme n'était qu'un essai de secte nouvelle, s'il n'était pas le fond même de la science judaïque et du dogme chrétien, si nous ne le soumettions pas sans restriction au jugement de l'autorité légitime en tout ce qui concerne la portée et le mode des enseignements qu'il contient, nous aurions ajouté un rêve à ceux des Saint-Simoniens et des Fouriéristes ; nous n'aurions pas retrouvé la vraie science et réteriielle vérîlè.
Que ce livre reste donc ce qu'il doit être, un recueil de récllet*ches curieuses destinées à éclairer les esprits "aèsê2 forts pouï* pênséi^ librétnent et rester soutois. Que les esprits vulgaires l'ignorent, que les homtoès à préjugés le condamnent, e est ce qufe nous avons désité liés l'éVôlutionnaîi'és de la pensée sont cômnie cèuk de ïà politique t ils Se risquent en avant, on les laisse ykit, bn lèfe dés&Voue,
et la réaction qui les tue hérite du fruit de leut*s travaut. r
Ce sont les boucs éœ^issaires du pnogiès^ ee sont les parias de la conquête ; leurs cbrps ser^ vent de fascines pour combler rabîme qui sépim le pasisé de l'crvenir; lès souverain^i» Initiales nentrent triomphantes par le chemin qU'ils ont frayée mais dles rentrent transformëes. Les Aam* nés ont trayaillé pour les saints, et un jlHir tar«^. dif arrive enfin où Ton se hasarde à soupçonner que ces réprouvés, si longtemps dédaignés ou maudits, étaient peut-être des martyi's.
Telles ne sont pas sans doute mes prétentions ; mais si j'ose tout, c'est que je reconnais une iné- branlable autorité, et que je ne crains pas qu'elle s'égare, même en me blâmant. L'autorité absolue, en effet, est nécessaire pour arrête^ es divagations de l'erreur. Une autorité, cest une raison collective; les rêves ne sont rien devant elle, et une raison particulière ne peut avoir de plus haute prétention que celle de se faire adopter
Nous avions pensé à faire suivre nos hardies l^vélations sur le dogme occulte des anciens , d'une large et complète apologie de la catholi-^
dté dus le sens du comte Joseph de Maistre; mais ce travail n'est pas fait pour nous, et nous ne notts croyons ni assez digne, ni assez autorisé, pour Fentr^rendre. Il nous suffira d'en donner le plan et les principales pensées. D'autres un jour le ferrent, nous n'en doutons pas. A chacun son œuTre : la nôtre est celle d'un pionnier et ncm d'un bâtisseur. Voici donc nos quelques pierres et nos ébauches d'architecture.
DE LA nmn catholique
CONTRE LES SCEPTIQUES, LES SPIRÏTES ET LEà HÉRÉTIQUES MODERNES.
PLAN ET MATÉRIAUX.
PRÉFACE.
Le seul moyen d'unir à jamais la philosoj^ie et la religion, c'est de reconnaître qu'îles sont opposées l'une à l'autre, mais opposées comme les deux pôles qui soutiennent l'axe de la terre.
Dès qu'une religion est expliquée, elle cesse d'être comme religion et devient un système de philosophie. Le Credo quia absurdvm est éternel.
PREMIER MOT DE LA. R^ViLATION.
1 . Dieu est — loi naturelle; l'être est l'êti'e.
SECOND MOT DE LA RÉVÉLATION.
2. Dieu est esprit, — loi de Moïse ; l'être est vivant et pejp^nt.
TROISIEME MOT DE LA RÉVÉLATION.
3. Dieu est esprit de charité^ — loi du Sau-
Existence du mal. — Existence relative, mais réelle, le mal n'existe que comme abus du bien; c'est une perversion volontaire de Tétre, — réelle comme la liberté de l'homme, — irrévocable cdipiiieellp.
iii Lepâèbéimoilel est la négation formelie, pra^ tique et ^o&firqpiéeda l'esprit decharité« -^ Cette négation, rendue éterodle pai* le suicide de la liberté, c'est l'enfer.
L'oi^ueil, ou le dédir injuste de la domination et de l'estime; la lumre, ou le désir injuste des plaisifs de la chair ; la cupidité, ou le désir injuste des biens de ce monde, sont les trois ennemis de l'homme. L'esprit de charité les terrasse tous les trois.
Là ihoralë ti*est pas une CôttVèntîon étttre les hommes; c'est une loi fatale quî''%)tis dirige â
droite ou h gançfee, suivant YQtre Qbe», h tous Im
mgtants de votr^ viç.
Le mal est une force dj»Brtie, hUm WP9 for5P
4'actiQ», ^ L'exeriîioe^ ou plutôt Thabitude du nul, paralyse Târoe i r^jcwwce dp W«B, au cqa^ traire, la peud capaWe d ua bien toujours plus
sublime et plus élevéf
Pour p9lui qui aii^e ^ remplir lestlevoir^ d'ui^ bonuète bonwue, les devoirs d un obrétiç» sont une oousolatioa plutôt qu*uûe surcharge.
Le pécbé or^iuel a pour peine la mort Qt lexclusiou du paradis terrestre. Pieu u a point menacé Adam des peines de Tenfer ; — on ne saurait donc dire que les enfants morts sans baptême appartiennent à Tenfer. ^ Ils ne sauraient entrer en cet état dans le royaume des eieux, voilà ce qui est de foi d'après FÉcriture* Leur destinée est le secret de la miséricorde de Dieu ; mais, /s'il est permis d en conjecturer quelque chose, c'est en esprit de charité.
L'esprit de charité ordonne la douceur envers «ôi-même, ei il faut porter, même dans la pénitence, un esprit paisible et bienveillant opposé aux craintes exagérées, aux scrupules, aux ma-
cérations imprudentes. Rien de plus sage, de plus harmonieux, de plus modéré, de plus aimable que Tesprit de charité.
Charitus patiens est, benigna est, non inflatur, non œmulatvr, non agit perperafn, non qucerit quœ sua sunt, non cogitât malum, non gaudet super iniquitatem^ congaudet autem verttati.
Cet esprit existe-t-il dans TÉglise catholique? — Oui, sans contredit ; et les scandales contraires ne peuvent que faire ressortir cette vérité. — L'esprit de charité est tellement la base des institutions catholiques, que sans cet esprit elles ne subsisteraient pas un jour.
On remarque et on enregistre les choses peu charitables de TÉglise. C'est une profession dé foi en lesprit de charité qui doit lui être essentiel, et sans lequel on ne la conçoit pas.
Pour sauver le monde, il faut y ranimer l'esprit de charité ; il faut répandre cet esprit, il faut le rendre universel. Pour cela, ce ne sont ni des livres ni des discours qu'il faut, mais des efforts de charité, des sacrifices héroïques, des bonnes œuvres et des prières incessantes.
QUELQUES PENSÉES DU COMTE DE MAISTRE.
C'était, ce me semble, une assez belle idée que celle de faire asseoir Bacchus et Minerve à la même table, pour défendre à Tun d'être libertin, et à l'autre d'être pédante. {Soirées de Saint-- Pétersbourg, p . 10.)
Si quelquefois la superstition croit de croire, comme on le lui a reproché, plus souvent l'orgueil Croit ne pas croire. (P. 14.)
En effet , l'incrédulité est une croyance négative, et la crédulité exclut la foi.
« Vous ne savez ce que vous dites, » est le compliment qu'un homme sensé aurait droit de faire à la foule qui se mêle de disserter sur les questions épineuses de la philosophie.
Croyez-vous qu'il faille être l'égal de Descartes pour avoir droit de se moquer de ses tourbillons?
(La plus grande masse de bonheur,
poMiNANTE j môme tempôfsrt , -appartient • non
l'ouvrage. I .
I vertu,
Mi<W«HnPi— <P«M*«MB
Le glaive de la justice n'a point de fourreau : toujours il doit menacer ou frapper. (P. 45.)
Nos enfants porteront la peine de nos fautes. Nos pères les ont vengés d'avance. (P. 61.) Qu'est-ce que lOVI, sinon 10 VA?
Le sauvage n'est pas l'homme primitif, c'est un homme dégradé. (P. 82),
L'aigle enchaîné demande-t-il une montgolfière pour s'élever dans les airs? Non, il demande seulement que les liens soient rompus. (P. 104.)
Je suis, comme Job, plein de discours : plemis
L'état de nature, c'est la civilisation, (P. 108.)
Nous somioes à, rhomiiie primitif ce que le sau^
Il n'y a point de vertu propreijaeut dite sans victoire 3ur nous-mêmes, et ce qui ne nous coûte rien ne vaut rien.
1. Répartition.
2. Déchéance. 3* Providence.
4. Prière-
5. Hiérarchie des êtres, relativement au mal. La matière n'est rien que la preuve de l'esprit,
6. Efficacité de la prière; liberté humaine.
Ne craignous jamais de nous élever tjop et d'affaiblir les idées que nous devons avoir de l'immensité divine. Pour mettre l'infini entre deux termes, il n'est pas nécessaire d'abaisser l'un, il suffit d'élever l'autre sans limites.
Il faut croire ce qui a été cru toujours, partout et par tous. (Yincent de Lérins.)
Mercure a la puissance d'arracher les nerfs de
Typhon, pour en faire les cordes de la lyre divine.
L'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe, et ne laisse respirer une nation que pour en frapper d'autres.
Entre le blasphème humain qui nie Dieu et le paradoxe prétendu divin qui nie l'homme, l'Évangile nous donne un milieu tout à la fois divin et humain, qui nous fait éviter l'un et l'autre des deux écueils : c'est l'affirmation du Dieu fait homme ; c'est le Verbe divin révélé dans l'humanité.
Pourquoi nous montrer toujours le bourreau oii nous avons besoin de trouver surtout le mé- decin ?
Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l'être. (Citation de Grîmm, épigraphe des Lettres sur l'Inquisition.)
Jamais les grands maux politiques, jamais surtout les attaques violentes portées contre le corps de l'État, ne peuvent être prévenues et repoussées
que par des moyens pareillement violents. (Première Lettre mr l'Inquisition.)
J'honore la sagesse qui propose un nouvel organe autant que celle qui proposerait une nouvelle jambe. (Phil. de Bacon, p. 9.)
Bacon, Induction; Condillac, Analyse; Kant, Critique.
Il ne peut y avoir de nouvelle science de Tintelligence, ni surtout de nouvelle méthode pour découvrir. L'orgueil peut seulement donner de nouveaux noms à d'anciennes notions, et l'ignorance et l'inapplication peuvent prendre ces noms
C'est en vain que le Créateur a mis dans nos mains le flambeau de l'analogie; Bacon vient placer son éteignoir poétique sur cette lumière
Il y a une grande analogie entre la grâce et le génie, car le génie est une grâce. Le véritable homme de génie est celui qui agit par mouvement ou par impulsion, sans jamais se contempler et
sans jamais se dire : Oui, c'est par mouvement que j'agis.
Qu'est-ce que Haller n'a pas vu dans un jaune d'œuf?
La rage du feu (Bacon). Horreur du vide! Têtes stupides, c'est l'amour du piston! — Le cœur du singe est au cœur de Thomme ce que les rêves de la poésie humaine sont à la providence de Dieu.
QUATRE CARACTÈRES DE L'ABSOLU
APPLIQUÉS A LA RELIGION.
DÉAtONSTRATlON PRÉLIMINAIRE.
Vérité , — identité de Têtre avec Fidée. Réalité, — identité de l'être avec la science. Raison, — identité de l'être avec le verbe. Justice, — identité de Tètre avec faction.
PREMIÈRE DÉMONSTRATION
llHSMTiTÉ fi£ LUSTRE AMOLU AYEQ DIEU TML QUE LE DÉFUnT lA FOI iÛATBOUQUfii
i. L*îdée de Dieu esl un Fait psychologique ^ Iféel, universel, incontestable. 2; DêVeloppeolents réalistes de cette idée;
3. Influences de la hiérarchie ou de Tanarchie sur cette idée.
4. Catholicité de Tidée divine.
DEUXIÈME DÉMONSTRATION.
IDENTITÉ DE L'ÊTRE REUGIEUX AVEC LA SCIENCE
CATHOUQUE.
1. Comment la vraie religion naturelle doit être une religion divinement révélée.
2. Qu'il n y a pas de religion où il n'y a que de la science.
3. Accord nécessaire de la religion et de la science résultant de leur antagonisme même.
4. Science religieuse catholique, ou théologie.
TROISIÈME DÉMONSTRATION.
1. L'affirmation religieuse n'est raisonnable que dans l'ordre catholique et hiérarchique.
2. Raison profonde des prétendues absurdités religieuses.
3. Déraison évidente de tous les dissidents.
4. Raison de la foi catholique démontrée par l'espérance et la charité.
Indifférent en matière de religion veut dire indififérent en matière de morale. Irréligieux veut dire immoral.
Les catholiques romains sont une famille spirituelle ayant pour père le Souverain Pontife, et TÉglise pour mère.
Les chrétiens du rite grec sont une famille à plusieurs pères, et par conséquent à plusieurs mères, à moins que leur église ne soit adultère. C'est une famille sans unité.
Les protestants sont une famille sans père ni mère, ce sont des orphelins volontaires qui veulent être orphelins pour n'avoir pas à obéir à leurs parents.
(Religion de quiétisme et de mort^ fatalité et résignation.
1 Ombre du catholicisme esquissée LE BOUDDHISME. . .< avec les ténèbres des vieux sym-
( boles de l'Inde.
\ Est au bouddhisme ce que rÉelise
( grecque est a rEglis« latine.
Est une souche vivante, mais coupée, qui Âë |)€Ut ^evit^é djtt'en se rattachant à sa branche vive, — la catholicité.
Égoïsme sensuel, tempéré par des LE SAINT-61M0NISME. < habitudes polies et des échanges
iûdostriels.
Faire de Pordre avec du désordre, du p]tkiaàat a?eé la peiné, éé la vertu avec le vice, du bien avec le mal, de l'harmonie avec Tanarchie; abolir la souffrance et pair o(mséqttent te {Saisir } détruire les notions du bien et du mal; abrutissement et bestialité.
LE FOURIERISME.
LE SCEPTICISME. . . | Rien, — rien, — rien.
La critique de Voltaire est une critique de chicane et de pédanterie. — Il s'agit bien d'un texte ou d'un mot qu'il n'entend pas et que son curé entend mal ! il s'agit de l'esprit de charité, et ce n'était certes pas l'esprit de Voltaire.
La vraie religion naturelle, c'est la religion ré- yélée ; il est de la nature d'une religion d'être révélée, autrement comment nous rattacherait- €ll6 à un ordre supérieur?
LES MIRACLES.
Les miracles sont des effets naturels de Tintervention d'utie cause supérieure à celles qui produisent les effets ordinaires.
Ils ne sauraient être absurdes, et les supposer tels^ c*est faire outrage à la sagesse de Dieu.
Le miracle en apparence le plus absurde, celui de l'enfantement de la Vierge, ne choque notne entendement qu'à cause de nos raisonnements indécents et téméraires.
La mère de Dieu est immaculée, elle est vierge et mère sans reproche. Voilà le dogme.
Sa virginité n'a jamais souffert d'atteinte, c'en est la conséquence. Comment alors a-t-elle pu devenir mère? C'est le secret de Dieu. Celui qui examine et discute une pareille chose n'est plus chrétien et ne le sera jamais. Celai qui cherche à expliquer est téméraire. C'est le comment qtxi est absurde, ce n'est pas le fait.
L'esprit est la dupe du cœur, on l'a dit, et c'est toujours trai. Les objections insohibles de l'esprit
viennent des entraînements du cœur aux aisances de la vie.
Le véritable honnête homme, ayant tout à gagner à ce que la religion soit vraie, croit sans peine à la religion.
L'inquisition et les guerres de religion ont été des œuvres humaines. — L*Église a horreur du sang, voilà le principe. Lorsque les faits sont en contradiction avec les principes, c*est aux passions des hommes qu'il faut s'en prendre. L'humanité aussi a horreur du sang, et c'est au nom de l'humanité que la révolution a fait périr tant de victimes !
La peine de mort est contraire au génie de l'É- glise, qui espère toujours la conversion du pé- cheur et regarde le temps qui lui est laisse comme un inestimable bienfait du ciel. — Elle ne brise pas le roseau cassé, et elle ne marche pas sur la mèche qui fume encore.
La morale catholique n'est pas spéciale à cette communion : c'est la morale universelle, rigoureusement appliquée et sanctionnée par des lois positives.
Le détachement catholique ne repousse rien
de beau, de bon, ni d'aimable, il en condamne et en prévient seulement Fabus. La chasteté n'est pas le mépris, mais bien là sanctification de Tamoût*.
Ce qu on reproche le plus à la religion, c'est- à-dire à ses ministres, ce sont des actes d'irréligion. Cela ressemble assez à la logique de ceux qui reprochent à Dieu de n'être pas assez Dieu, pour le condamner ensuite à ne plus être Dieu du tout.
La religion n'est pas plus difficile à pratiquer que la vraie philosophie : il s'agit d'être ou de ne pas être, de vivre en homnie raisonnable ou en brute, il n'y a pas de milieu. Une vie raisonnable exige les plus grands sacrifices, et la religion ne donne que des facilités. Les Catons du christianisme ne s'arrachent pas les entrailles ; ils laissent triompher César et adorent Dieu seul.
La tourbe des cupides et des lâches, qu'est-ce que c'est? Est-ce que cela pense ? est-ce que cela vit? C'est de la corruption qui grouille. Vivre, c'est dpaincre.
La religion de Jésus-Christ a subi sa dernière épreuve, la plus terrible de toutes, la plus décisive : la critique et l'indifférence. Mais les mulli-
tud^ isauffimotea n'oqlj^s xi avec Voltaire î dlw tâinent mieux que le Sauveur vienne mcore pleuref aveo elles. Elles ne raisonnent pas avec Strauss; mieux vaut prier avec les plus humbles fidèles» Personne n'a touché à l'esprit de charité. On ne critique pas celui-Iê^, et devant lui on ne saurait rester indifférent
Gi'oyesi-vous au sérieux de la vie? à la rigueur des devoirs? à la dignité de la foi conjugale? à la putieté des mœui*8? au devoir de la sobriété et de la tempérance? Si c'est non, je ne vous parlerai pas de la religion; voua tt'y croyez pas. Si c'est ouï, je n'ai que faire encore de vous la recom*- mander; vous y croyez, ou vous y croirez.
On se dit : Je ne veux pas me vautrer dans le vice, mais je ne veux pas non plus vivre comme un Caton ; je veux mener une existence honnête et commode. Ceci est une illusion : on ne peut pas être à moitié homme et à moitié bête; l'un doit emporter l'autre tôt ou tard. Un moment viendra où vous aurez à opter, et, plus tard vôttP le ferez, plus la victoire sera douteuse et pé- nible.
I^ vile multitude^ la wasse réprqwvée, ç'çst }sl masse des tièdes, des gens qui ne sayent faire ni bien ni mal. Vivre, c'est agir, c'est penser, c'est vouloir, c'est faire, ï^a grâce peut foudroyer le méchant et lui retourner le cœur; mais que peutelle faire d'un tiède? Aussi le Sauveur déclare aux tièdeç qu'il les vomit. Que deyiendront Jes tièdes après la mort? Ils seront chauffés au f§u du purgatoire, C'est pour eux et en leur faveur que le purgatoire çst fait.
Qu'eût-il fallu à Jean Huss et à Luthw pour s» soumettre à l'Église, malgré leurs propre* raisonnements? — I^'esprit de charité.
Que fallait-il pour concilier et réconcilier (^. mennais avec l'Église? — L'esprit de charité.
Qu'est-ce au fond que l'esprit d'obéissawçe? r— L'esprit de charité.
Il y a un côté de vulgarisation populaire et vi^ dicule des dogmes qu'on affecte de prendre pour ^ dogmes eux-mêmes. Saint Paul recommanda de se tenir en garde contre les légendes absurdes et les contas de vieille femme; mais les ennemis dje la religion n'en tiennent compte ; Us 9^
raient trop fâchés de perdre cette bonne occasion de rire des choses qu'ils ne comprennent pas.
Pas de Dieu sans Jésus-Christ.
Pas de Jésus-Christ sans l'Église.
Pas d'Église sans un chef visible.
L'antechrist , c'est l'esprit de schisme et de division spiritm qui solvit Christum.
C'est l'opposé de l'esprit de charité.
L'antechnst , c'est l'homme individuel des temps modernes qui se dit Dieu, se fait le centre de toute chose, ne vit que pour le droit sans reconnaître de devoir, et ne connaît d'autre association que la complicité ou la balance des intérêts.
La discession prédite par saint Paul a commencé au seizième siècle, a continué pendant les dix-septième et dix-huitième ; elle finira avec le dix-neuvième : puis le retour se fera pendant le vingtième, et le grand triomphe de la religion aura lieu vers Tan deux mil.
Supposons un instant que le fouriérisme, ou n'importe quelle rêverie soi-disant religieuse et
sociale, ait pu prévaloir dans le monde; que rÉyangile soit oublié, et qu'un jour un homme de génie le retrouve et le prêche. Quelle lumière! quel progrès ! quelle révolution dans les mœurs ! Quand les hommes se fatiguent de la vérité, le faux leur paraît vrai un instant ; mais quand c'est le mensonge qui les dégoûte et les lasse, avec quel transport ils se jettent vers la vérité !
DIFFICULTÉS DU DOGME EN LUWttÊME,
^'iMTERPf^ÉTEIl ÉGALE1III{T Elf ES?I(IT D^ ÇilA|iITl£,
j-i'i n JJMil lii-i
lA DAMNATION lËTERNELLE.
IM PÉCHÉ ORiaiNEL. 1 'f"^"'*ï" apparente -LesiMOcent.
( condamnés pour le coupable,
l'incarnation I Dieu s'apaiisant soi-même en se sa^- £T < crifiant à soi-même ; virginité ma-
SES CONSÉQUENCES, | téiielle de Marie.
Du plus grand nombre des hommes, rendant presque inutile toute l'é'" eonomie du salut,
DOUBLE MYSTÈRE.
MYSTÈRE d'amour. . ( Expliqués et conciliés par — mys- MYSTÈRE DE JUSTICE, l tère de charité.
Le dogme, formulé et défini par Fesprit de charité, doit s'interpréter également en esprit de charité.
L Le péché originel ne nous serait pas imputable, si nous en étions innocents.
IL Si Ton explique Dieu en le comparant avec rhomme, soit dans ses miséricordes, soit dans ses
colères, on tombera nécessairement dans Tabsurde.
III. La damnation éternelle est basée sur un fait, et non sur un nombre. Tous les hommes^ peuvent l'éviter, voilà le fait, et le nombre de ceux qui ne le veulent pas est inappréciable pom:* d'autres que pour Dieu, qui seul connaît et juge le fond des cœurs. On se fait une idée fausse de I«( damnation, en y faisant intervenir Dieu comn^e vengeur actif, tandis que Dieu laisse venger seq lois par la force même de ses lois, et les pécheurs souffrir par la privation des biens dont ils se sont rendus indignes.
Montrer ici combien tout commentaire, soit pour charger, soit pour adoucir ce dogme rigoureux et terrible, serait déraisonnable et ridicule.
autrI objection.
l'abandon ou se trouve l'église.
Abandon prédit, — discessio qui doit précéder l'époque di]^retour4e^uifs et du grand triomphe de la foi.
QUESTION.
Si, suivant la doctrine de l'Église, la majorité des hommes doit être damnée?
Non; il est certain que les vrais justes sont en petit nombre; mais ces élus, ces âmes d'élite entraînent chacune avec elle des multitudes de faibles au ciel. Les prières de l'Église, la communion des saints, ont une immense efficacité. Le purgatoire achève ce qui est imparfait sur la terre. L'esprit de charité veut sauver tout le monde et sauve la multitude des fidèles.
La souffrance n'affaiblit que les lâches ; elle rend la vertu plus forte.
Le corps est une machine dont l'âme doit être le machiniste, sous peine de devenir elle-même la machine du corps, et c'est ici le sens de cette profonde maxime du Maître : « Si l'aveugle conduit l'aveugle, tous deux tomberont dans la fosse. »
L'empereur Julien n'adorait pas les idoles; il croyait à la lumière suprême. Mais sa lumière était sans chaleur; il n'avait pas compris l'esprit de charité.
La charité ne veut pas l'égalité entre les hom-
mes ; elle veut, au contraire, qu'ils aient besoin les uns des autres.
La charité appartient si bien au christianisme catholique, qu'au dehors de cette communion le mot même change de sens.
Les rêveurs sont toujours des dormeurs, et l'infortune leur vient en dormant.
Il ne faut pas faire de la vie un rêve, si l'on ne veut pas faire de la mort un triste réveil.
Qu'est-ce que Dieu, révélé et expliqué p:;r la doctrine et les exemples de Jésus-Christ?
Quel doit être l'objet de tous nos efforts, et le but de tous nos sacrifices ?
Quelle est la preuve de la vraie foi?
Qu'est-ce que la catholicité, dans son sens le plus étendu?
Quel est le préservatif de toutes les erreurs de l'esprit et de tous les égarements du cœur?
Quelle est la marque distinctive et éternelle de la vraie Eglise? t fe
Quelle est la force la plus irrésistible, la vérité | gg la plus irréfragable, la divinité la plus évidente du christianisme ?
Qu'est-ce que le devoir, et qui peut le rendre plus nécessaire à notre àme que le droit?
Quel est l'accord de l'autorité et de la liberté?
Quelle est la paix reUgieuse?
H
Quel est l'accord de la science et de la foi?
Quelle doit être la fin de toutes les hérésies?
Quelle est la marque de la prédestiDation?
Qu'est-ce que la vie éternelle?
Quelle est la raison de rinfaiUibililé du Saint- Siège?
Quelle est la conciliation des contradictions apl g parentes? I g
Quelle force vaincra les moqueries de Voltaire ■ "•^ et les arguments de TËcole?
H
SECONDE PARTIE.
l'esprit de QÛARITÉ. — PLAN d'uN TRAITÉ
A FAIRE.
LNTRODUCTION. LA SAGESSE HUMAINE ET LA I^IE DE LA CROIX.
Première partie,
I Notions essentielles et absolues. Distinction nécessaire. L'esprit et le cœur. L'arbre de science et l'arbre de vie.
/ Gaïn et Abel. UVRE n. LE DROIT i£saû et Jacob. ET LE DEVOIR, j Saûl et David.
\ La parabole de l'Enfant prodigue.
Loi naturelle, beauté et bonté de
Epoque de^ mthiqoe.
Loi chrétienne ( ^^°*ï° •( amiadeDieu.
Époque de ûiomphe
L'esprit de charité traversant les âges.
Réponse à toutes les objections contre la foi.
LIVRE IV. l'esprit) Explication claire el universelle des DE CHARnÉ. \ points essentiels de la doctrine.
jLa catholicité nécessaire.
Récapitulation et synthèse universelle en deux mots qui n'en font qu'un, Vesprtt de charité.
Vaincre lu grossièreté dans la recherche des satisfactions naturelles, c'est Tœuvre d'une bonne éducation .
Vaincre les attraits du plaisir et le sacrifier au devoir, c'est tout le mérite de l'honneur.
Vaincre l'appréhension de la douleur et même de la mort pour obéir à l'honneur, c'est l'hé- roïsme, c'est la perfection humaine. On arrive à cette perfection par une éducation progressive de la volonté. L'ascétisme était l'apprentissage du martyre : on ne meurt pas comme Curtius lorsqu'on a vécu comme Natta. - Pour tendre ainsi à la perfection, il faut l'aimer. — L'amour de la perfection, c'est l'esprit de charité.
Les expiations sont les reprises d'une éducation manquée; heureux qui sait les reconnaître et les accepter !
Expier, c'est manger après le dessert le sel qu'on avait négligé de mêler à ses aliments.
Un homme bien élevé n'est ni débauché, ni ivrogne, ni glouton.
Un homme d'honneur pratique sévèrement la morale humaine; un chrétien seul professe le renoncement et la charité qui est l'héroïsme de toutes les vertus.
L'homme sortant des mains de la nature n'est pas bon, comme l'a prétendu Rousseau, il a l'instinct de l'égoïsme, et ses passions, en se développant, en feront bientôt une bête féroce. La société, en lui faisant craindre ses châtiments, lui apprendra plutôt l'hypocrisie et la lâcheté, qu'elle ne parviendra à le former à la vertu, si la religion n'intervient; et c'est ce qui arrive pour tous les hommes vraiment vertueux. Le sentiment de l'honneur et du devoir est un sentiment religieux. Sans une foi réelle au principe même de l'honneur et du devoir, il suffirait de paraître honnête et d'éluder la loi pour vivre tranquille, et il n'y aurait de vertueux que les niais. C'est en ce sens qu'il n'y a réellement pas de probité sans religion.
L'amonr du beau, du bon, de Tbonnête, est naturel; mais, c'est un attrait qui doit être développé par Fédocation et vivifié par la foi reli* gieuse.
Tout est confusion de mots. On se fait un Dieu de fantaisie qu'on trouve absurde, et Ton en inient à déclarer que Dieu n'est pas. — On appelle catholiques des pharisiens modernes, et l'on en conclut que le catholicisme n'est qu'ostentation et hypocrisie. On prend les hypocrites pour des dévots, et l'on confond ensuite à plaisir les vrais dévots avec les hypocrites. — On rencontre par hasard tin mauvai» prêtre, et l'on rompt en vîsîère pour cela avec tout te clergé. Tout cela est-il juste, tout cela a-t-il même l'œnbre de h. logique et de la
Personne n'attaque la vraie religion, la vraie piété, le vrai Dieu, mais tout le monde se bat contre des moulins à vent.
Nous ne connaissons Dieu que par l'esprit de Jésus-Christ qui est l'esprit de charité manifesté par ses enseignements et par ses œuvres ; en cela consiste toute la révélation, évidemment divine comme la charité est divine. La science conteste
les inimcle» et discute les prophéÉksi, mm» il y a quelque chose de pkis fort qjm 1& sdeuce et et plus merveilleuxque les miracles, c'est la charité. (Voir le texte de saint PauL)
L'esprit de Jésus-Christ est toujours vivant sur la terre, autrement tout mourrait ; et là où se trouve l'esprit de Jésus-Christ, Dieu est présent, agissant, et en quelque sorte visible.
Celui qui,^ sans croire en Jésus-Christ, prononce le mot Dieu, ne sait certainement pas ce qu'il dit. Il n'existe aucun article de foi concernant le diable. Tout ce qu'on en dit est de croyance et de tradition. Le diable, c'est l'esprit opposé à cdttî de Dreu, voilà te principe. Qne ce maHieureuT esprit exîste, les erreurs ef les criimesdtes hommes le démontrent assez. On le représfiatrfe difforine, bien qu'un esprit soit sans formes, pour fetre comprendre: que c'est Fei^t de désordre. Il esè étermUmnBEt répcetcvé,. para» que tei Biâl est k jamais liieondUable a^stec lei Usn^.
Diiie que Dieu est impersenncdl^ c'est eu» ôter toute idée possible à l'intelligence. Le fair« unipersonnel, ce serait en faire quelque chose deli-
mité et d'incomplet. — Il est tripersonnel, pour être un en plusieurs et tout en tous.
L'arianisme tendait à faire de Jésus-Christ une idole vivante, une sorte de sous-dieu; — le monothélisme anéantissait en lui Thumanité.
Deux natures distinctes en Jésus-Christ, mais non deux personnes; — deux natures sont en nous tous, spirituelle et corporelle; — deux personnes, ce serait un conflit.
La religion est un ensemble de secours organisés pour aider les hommes à vivre suivant la sagesse.
L' unité de religion ne peut s'établir que par l'esprit de charité. Ce sera la communion universelle des hommes, et dès que l'esprit de charité aura triomphé dans le sein de l'Église môme, de tous les vices qui lui font la guerre, il se répandra dans le monde entier qui l'appelle et qui en a soif-
Les martyrs des premiers siècles ont prouvé Tesprit de charité par le courage dans les supplices ; les témoins du renouvellement de la foi devront faire à leur tour leur preuve dans l'abnégation, la pauvreté, par la résignation aux calomnies, aux mépris, aux abandons, et souvent aux persécutions les plus imméritées et les plus cruelles.
Si Ton ne peut connaître le bien et le pratiquer qu'en se faisant une juste idée de Dieu, si nous ne pouvons connaître Dieu que par Jésus-Christ, et Jésus-Christ que par son Église, il est rigoureusement vrai dédire : hors TÉglise point de salut. Mais l'Église est universelle, c'est-à-dire qu'elle étend l'influence de ses grâces et la puissance de ses prières sur tous ceux qui lui appartiennent par la bonne volonté, par la rectitude du cœur et des désirs. Sur tous ceux qui seraient à elle, s'ils pouvaient la connaître, n'y a-t-il pas un baptême de désir? et la lumière de vérité a-t-elle jamais un long chemin à faire pour éclairer une âme et toucher un cœur? Avant la venue de Jésus-Christ, tous ceux qui désiraient la vraie lumière croyaient implicitement en lui. L'âme de l'Église est plus
religion est évidente etnamêmepas besoin d'être démontrée.
Le devoir est clairement tracé, et facile à suivre dans toutes les conditions de la vie.
Il est faux que le monde soit sans religion ; la société est plus catholique qu'on ne pense : tout le monde adore, désire et attend lesprit de charité.
Plus les misères sont grandes, plus le renou*- vellement par cet esprit est proche.
Personne n'a aimé la souffrance pour la souf-^ france même, pas même Notre-Seigneur ; on aime la souffrance pour la charité, dont on obtient à ce prix les mérites et les joies.
Si Ton veut te prendre ta robe, abandonne aussi ton manteau. Le Maître a dit cela aux individus et non à la société; la propriété est un principe, et les sociétés sont gardiennes des principes sous peine de mort. Le chrétien Mastaï doit se laisser dépouiller, mais le pape Pie IX ne doit pas permettre qu'on dépouille l'Église.
— Faites des concessions, ou Ton vous prendra tout, dit-on au souyevBin^^oniife. Non possumi/s y
répond le pape, et en disant cela c'est un principe qu'il défend; il sait qu'il s'expose à tout perdre, et il persiste. Ce n'est certes pas là sacrifier le spirituel au temporel. La justice est éternelle, et le pape défend la justice.
Il eût mieux valu mourir sur son siège en disant non posmmus , que de laisser couler le sang (pour ne pas dire plus) à Pérouse et à Castelfidardo. Mais tous les hommes font des fautes, et les papes aussi sont des hommes.
Certaines paraboles de l'Évangile ne paraissent pas finies, celle de l'enfant prodigue par exemple. Le voilà rentré chez son père, et l'on a tué le veau gras; mais il n'a plus rien, et son père, qui a partagé sou bien entre ses deux enfants, n'a plus rien à donner au prodigue. Qu'arrivera-t-il ? Le frère sage prêtera au prodigue corrigé; ce dernier travaillera et fera valoir, il redeviendra riche grâce à son frère et à ses propres efforts : voilà ce que Jésus-Christ n'a pas voulu dire, sans doute parce qu'il n'était pas encore temps. m
Un homme est jeté hors de la salle du festin parce qu'il n'a pas de robe nuptiale ; mais si un
des convives Sort et lui dotlne la sienne^ ne pourrat^ii jpas rentrer? dt le pèï*e dd familte lai^^era-t'-il à là porte belui qui aura été si gébérall? Je oxûs au contraîne qu'il donnera luinxièiae Une de ses robes au convive charitable^ Yoifêi âB ises ekoses ctu'on peut espérer, mais qu'il île iwt pas ^^seigner
Si les esprïts de iautrônKmde peuvent coâimu^ niquer avec les hommes deeelui**di, pourquoi ne Tont-ils pas toujours fait? Pourquoi un Christ ? j^urquoi une Église? pourquoi des oônciles? pourquoi nos travaux? pourquoi ûm sciences? pourquoi notre tiaison? Mais noud savons qu'il y a eu de tout temps des visionnaires et des imposteurs; tous les hérésiarques se croyaient inspirés. Luther conversait familièrement avec le diable, et ce diable de Luther était un théologien retors et brutal comme son maître. Qu'est-il sorti de tout cela? confusion, anarchie, et en définitive scepticisme ou démence. Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. On reconnaît l'arbre à ses fruits.
Si un ange dé Dieu, disait saint P&ul, vous
âaËBOfiÇdit un atitne évangile <|ii6 cdm ^ui tous « été aimoûcé) qta'il s<Ht anatbêime 1 On ne r^é^hit pais «igseis à la profondeur de o^te parole. Si Dâeu fi^me, en t^et, pontait doubler Voitlre ^e lui*" même a établi, to^t iBtt^mberait dàni; la Dônfu-» i^ion, et Dien même ne seiait plus Dieu.
Tant qu'il y aura dès abu« dans l'Église l^tlnve^ les protestants auront une raison d'être; mais si les abuis ^nt supprimés^ la protestation tombe d'elle-m^toie.
Qmnâ Im juifisi peurront comprendre ^ae nous adot^ôiËs Dieu en Jésus-Christ, et non pas Jésus^ Christ à lia place de Dieu^ ils se souTiendrent que Jésus-Christ a été le plus saint des juifs, ils ae^ ront chrétiens comme nous, et nous serons juifs contmelliii
Quand les euMte seront uusisi expérimentée que les pères, quand les hommes naîtront tout sages et tout formés, quand il n'y aura plus d'esprits faibles et incomplets, la hiérarehie, n'existant plus dans la nature, cessera d'être néceissaire dans l'Église. La liberté de conscienee sera alors
seulement une vérité, et l'on pourra se passer de prêtres et de pape. Mais quel est donc le père de famille qui, sans être un monstre, permettrait à ses enfants de s'empoisonner sous prétexte qu'ils sont libres? Non, celui-là n'est pas libre, qui, si on l'abandonne à lui-même, fera nécessairement le mal. Ne pas empêcher, même par la force, un fou de se tuer, c'est être soi-même un assassin.
Savez-vous quel est le crime des chrétiens de nos jours? C'est de n'être pas assez chrétiens. Celui des catholiques est également de n'être pas assez catholiques. Les vrais protestants doivent se croire plus chrétiens et plus catholiques que le pape. Ils sont alors archi-papistes, ou ils ne sont rien.
L'homme ne peut se passer d'autorité, et tel qui croit au-dessous de sa raison de consulter l'Église, ira gravement consulter son guéridon ou son chapeau.
Le spiritisme est une photographie des idées courantes. Les livres d'AUan Kardec sont farcis de saiut-simonisme, de swedenborgisme et de
mormonisme ; mais c'est moins savant que Saint- Simon, moins élevé que Svsredenborg, moins logique que Joë Smith. Il faudrait donc croire qu'on vieillit encore après la mort et qu'on rejette sur la terre les radotages d'outre-tombe. Quelle triste perspective pour les grands hommes ! Quelle triste aubaine pour les vivants !
Belle et sainte monarchie du ciel, Jésus homme-Dieu, et Marie mère de Dieu! Anges de fra Angelico, saints de la légende dorée, vierges du paradis de Dante, combien vous êtes plus grands, plus poétiques, plus beaux que les spectres de Gahaguet et les larves errantes d'Allan Kardec ! Dogme sévère et incorruptible, belle et sainte charité qui distribuez les élus sur l'échelle d'or de la hiérarchie, doctrine profonde pleine de lumière pour la douceur d'esprit et de ténèbres pour l'orgueil, soleil de gloire et de justice, les hommes ne vous voient plus parce qu'ils ont les yeux malades. Qu'ils reviennent à la raison, et ils reviendront à la foi, car la foi et la véritable raison sont sœurs, et toutes deux sont les filles chéries de Dieu. Malheur à celui qui ne les dis-
seulement une vérité, et Ton pourra se passer de prêtres et de pape. Mais quel est donc le père de famille qui, sans être un monstre, permettrait à ses enfants de s'empoisonner sous prétexte qu'ils sont libres? Non, celui-là n'est pas libre, qui, si on l'abandonne à lui-même, fera nécessairement le mal. Ne pas empêcher, même par la force, un fou de se tuer, c'est être soi-même un assassin.
Savez-vous quel est le crime des chrétiens de nos jours? C'est de n'être pas assez chrétiens. Celui des catholiques est également de n'être pas assez catholiques. Les vrais protestants doivent se croire plus chrétiens et plus catholiques que le pape. Ils sont alors archi-papistes, ou ils ne sont rien.
L'homme ne peut se passer d'autorité, et tel qui croit au-dessous de sa raison de consulter l'Église, ira gravement consulter son guéridon ou son chapeau.
Le spiritisme est une photographie des idées courantes. Les livres d'AUan Kardec sont farcis de saiut-simonisme, de swedenborgisme et de
mormonisme ; mais c'est moins savant que Saint- Simon, moins élevé que Svsredenborg, moins logique que Joë Smith. Il faudrait donc croire qu'on vieillit encore après la mort et qu'on rejette sur la terre les radotages d'outre-tombe. Quelle triste perspective pour les grands hommes ! Quelle triste aubaine pour les vivants !
Belle et sainte monarchie du ciel, Jésus homme-Dieu, et Marie mère de Dieu! Anges de fra Angelico, saints de la légende dorée, vierges du paradis de Dante, combien vous êtes plus grands, plus poétiques, plus beaux que les spectres de Gahaguet et les larves errantes d'Allan Kardec ! Dogme sévère et incorruptible, belle et sainte charité qui distribuez les élus sur l'échelle d'or de la hiérarchie, doctrine profonde pleine de lumière pour la douceur d'esprit et de ténèbres pour l'orgueil, soleil de gloire et de justice, les hommes ne vous voient plus parce qu'ils ont les yeux malades. Qu'ils reviennent à la raison, et ils reviendront à la foi, car la foi et la véritable raison sont sœurs, et toutes deux sont les filles chéries de Dieu. Malheur à celui qui ne les dis-
tiogue piHs^ mais ticâsi fûb umBiâUF à Qd;in ^ui
Nofiis soDHEïesà la yettla d'une teaoâforniatkm rdKgieuiiffî, leeomtei de Maâstre Ta dit et tout le msmde le^ sait; maàs epieUa serai o^te tmoi^foi^ mation ?
La science et la foi nous le disent assez , ce sera le passage de l'analyse à la synthèse, du diristianrsme au messidnkma, es. eatholicîsme aveug^le à lia catholicité éclairée.
Ce sera fe réconetliattott (te la raison iBMÈaïqiie âtiôc îa M chrétieniie r leretei*r aux éftréea IfflA- balîstîques^ préparera ce^ gramï évéïiemen* pî^fit parles apôtres, et attend» généralement pffptaus les pèrres' de rÉgKse. Les juîft tes pl\îs êefeîrés, ceux qui connaissent et qui étiidfenf le Saftar, s'attendent à et rapprochement. M. Franck, dan^ son livre sur la Kahbate, parle d*une éeole de Soharîtes qui pres€fue tous se sont faits ehré- tiens; mais, srjonie-t-il, ils ne consîdéraîenit le ehristianisme> éBcto«l q«e comme nne^ t^ansitien nécessaire de lancien dogme d»Moïdeà me 9jEnthèse religieuse^ miiver^elle^
Cette synthèse, toate» te». iûtelUjgfendes^. ébméês
de notre tempfs ht pressentent. Gœthe Fa magnî- fiqtiement rêTÔe ; Lamennais Touîaif la fkîre accoter par î'Éj^e officielle; Chateaubriand la laisse deviner sou^ les voiîes de poésie dont il couTre îa prêtresse d'Homère, la chrétienne Cymodocêe; Michelet la chante en prose rhythmée dtas la Bible de rhumanité, mais on sent trop en lui l'enfant de Voltaire aigri contre le christianisme par les barbaries théologiques du moyen-âge. Quoi qu*îl en soit, la synthèse se fait. Michelet explique les symboles de Thicte, de ta Perse et de fe Grèce, mais il comprend moins ceux de la Rome chrétienne, peut-être parce que la Rome chré- tienne en est venue à ne plus les comprendre elle-même. L'esprit qui inspirait les évangiles apocryphes s'est perdu avec les mystères du gnosticisme, et la critique ecclésiastique moderne, tyrannisée par la froide et étroite raison protestante, a mieux aimé mutiler les légendes ou les effacer que d'en chercher la portée allégorique.
Nous en avons retrouvé une parmi les petits livres de la bibliothèque bleue, et cette légende, évidemment ancienne, paraît remonter jusqu'à l'époque des évangiles gnostiques; elle est pleine d'allégories touchantes et de noms qui viennent
du grec. C'est la légende de sainte Anne, mère de la sainte Vierge ; Anne, dont le nom signifie la gracieuse ou la grâce. Sa naissance est annoncée par un vieillard nommé Archos, nom qui signifie le principe ou le commencement; elle naît d'une dame nommée Émérantiane, ou la dame de nos jours. Sa légende est une véritable épopée allégorique , et nous la donnons ici comme le complé- ment de notre travail sur les évangiles apocryphes, et comme une pièce justificative en faveur de notre opinion sur le génie des premiers âges chré- tiens et sur la signification philosophique de nos livres sacrés.
VIE DE SAINTE AMNE
MÈRE DE LA SAINTE VIERGE.
DE QUELS PARENTS EST ISSUE SAINTE ANNE.
Au temps passé, au pays de Judée, en une ville nommée Zéphor, située à deux lieues de Nazareth, il y avait une fille appelée Émérantiane, qui était issue de la lignée de David, laquelle était dé- vote à Notre-Seigneu r .
Cette fille proposait en son cœur de vivre en la crainte de Dieu avec pureté corporelle, et seule durant sa vie, en cas qu'elle fût agréable à Notre- Seigneur.
Elle avait accoutumé de visiter les personnes dévotes, les prophètes Élie et Elisée, lesquels habitaient au mont de Carmel, et conférait avec eux de la vie spirituelle et des choses prodigieuses ,que Notre-Seigneur a faites au temps passé es douze lignées d'Israël, semblablement
des divers prophètes par lesquels Notre-Seîgnear a fait maintes promesses, mêmement comme le Fils de Dieu, pour remédier à }a liature humaine, devait naître d'une jeune Vierge, et pourquoi il a si longuement différé à l'accomplir.
Quand Émérantiane eut ainsi conféré avec les disciples d'Élie et d'Elisée, advint un jour qu'elle parlait à un desdits disciples, nommé Archos, âgé de cent trente-trois ans, disant : 0 vénérable Père I je désire de ta paternité que je te puisse demander une chose dont mon cœur est en doute et en souci.
Il répondit : Émérantiane, ma douce fille, demande hardiment et ne me cèle rien, car ta douce parole me plaît fort et me réjouit.
Alors elle lui dit : Père vénérable, mon cœur ne peut comprendre si jamais en ce monde transitoire sera trouvé quelque femme en l'état de mariage, de laquelle sera procréée la sainte fille qui méritera d'enfanter le Fils de Dieu, lequel le ciel et la terre ne peuvent environner, et comme elle le portera en corps en son sein et tefidre corps.
Or, comment cela se peut-il comprendre? car il m'esi avis, selon mon entendement, s'il est pos-
sible que la sainteté de tous ceoï qui ont été dé^ puis le commencement du monde, et seront encore jusqu'à la fin dicelui, fût accumulée en une seule personne, qu*icelle ne serait pas à comparer à telle femme, de laquelle procédera la Mère future du Fils de Dieu.
0 mon cher père , quand je réfléchis à tout c^a, je suis en grande admiration ; je ne puis toutefois penser pourquoi est*oe que notre Ré- dempteur ait attendu à venir plus de quatre nlille ans?
Et ainsi que les larmes tombaient des yeux de cette fille, elle parla derechef, et dit : Hélas ! je crains que plusieurs années ne s'écoulent en^ cote avant que V&m puisse trouver un ai saint mariage sur la terre.
Le saint père Archos , entendant ces partes , donsidérant la profonde pensée de cette sainte fiile, s'émerveilla; et, par long espace de temps, la P^rda oomme s'il avait été ravi, et de grande adtmration ne put proférer aucune parole. Peu aprl#la parole lui revint, et dit :
0 Émérantiane! très^noble dame, jeune d'âge, mais ancienne de sens et d* entendement, vous me semblés être la racine dudit saint et iBeontamiûé
lit du mariage (tout vous avez parlé , de laquelle cette sainte fille, mère future, doit naître le Fils de Dieu. Avant que nous partions de ce monde il procédera ; car je te dis en vérité qu'entre les filles de Jérusalem n'a été semblable à toi, ayant congitation de telle profondité comme tu as eu, pour ce tu t'en dois réjouir ; car le Saint-Esprit repose en toi ; en toi seront bénies toutes puissances dessus la terre.
Émérantiane, entendant cet ancien parler, fut consolée, et, en pleurant, se mit à genoux et dit : 0 Dieu d'Israël! combien sera à nous votre face cachée, et à nos pères constitués aux limbes, criant à vous incessamment en grand ennui, attendant de vous ce qui nous a été promis par les prophètes et saintes Écritures. . Nous avons contracté la tache du péché ; qui nous relèvera, sinon vous. Vierge prédite? Quand sera-ce que nous pourrons passer les portes des ténèbres franchement ? 0 mon Dieu ! quand viendra l'agneau immaculé qui effacera les péchés des hommes et paiera les dettes de nos premiers pères, ce fort lion qui déchirera les portes de métal et rompra les portes de l'enfer? Quand chanterons-nous en jubilation : Notre-Seigneur
est venu, et toutes obscurités ténébreuses sont éclairées? Je suis pauvre pucelle, bien certaine qu'il nous faudra descendre vers nos pères aux limbes, lesquels toutefois oàt été plus parfaits de leur vivant que moi ; cependant une chose me réjouit, car j ai confiance que ceux qui de mon lignage seront procréés, n'approcheront le lieu des ténèbres de Tenfer, d'autant qu'après^moi une clarté infaillible s'élèvera, qui éclairera toute obscurité.
Quand les disciples d'Élie et d'Elisée, avec l'ancien père Archos, eurent entendu les paroles de la jeune Émérantiane, ils furent fort joyeux avçc elle en Jésus-Christ, en lui rendant louange, dont il est fait mention au livre des miracles.
DES MCEURS ET EXERCICES D 'ÉMÉRANTIANE.
Émérantiane était d'une grande beauté et bien formée de corps ; elle était aussi fort riche en biens temporels, noble de lignée, mais plus noble de vertus; car avec pénitence elle châtiait son corps, et gardait tel silence que, depuis l'heure de vêpres jusqu'au lendemain à l'heure de
none, ne voulait parler un seul mot; trois jours chaque semaine elle s abstenait de viande, et ne buvait ni mangeait que dures et amères racines d*herbes qdi croisi^ent dans les déserts; elle ne fréquentait nulle personne vicieuse ; elle ne cherchait que les personnes vertueuses et spirituelles, fussent hommes ou fanmes étant dé- vots ; elle visitait mêmement les prophètes Elle ièi tÀkée^ résidwt au mont Garmel, vivait austè- rement.
Souwnt ausëi servait et priait Dieu, en la chambre enfermée, H fuyait toute oisiveté^ persistant au service divin, ascistatt les pauvres soigneusement d^uis son bai â^ qu'elle viçt à avoir ent^idement, jusqu'au temps que, par ie conseil de ses parents, elle eut pris mari et n'eût jamais regardé nul homme en face que les personnes pieuses et dévotes, auxquelles elle parlait les yeux baissés vers la terre. C'est pourquoi ie bruit de sa saint^é fut répandu par toute la Judée.
Il n'est point de merveille que de bon ari^ et de bonne racine il ne soit procédé de bon fruit ; car c'est ce qui est dit dans FÉvai^ile^ qu'em bon arbre ne peut produire de mauvais fruit.
eoMiis toÊÈRÀnnusE fut iumés.
Quand cette fille Émérantiane fut en Tâge de dix-huit ans, ses parents et amis s'assemblèrent et consultèrent de la marier à un honnête homme, laquelle chose ne voulut promettre. Avant d y consentir, elle requit, par le moyen des serviteurs de Dieu, d'en savoir sa volonté; car elle avait proposé auparavant de demeurer en chasteté sa vie durant ; et parce qu'elle ne savait quel état Dieu voulait qu'elle acceptât, elle s'en aîla au mont Garmel consulter les saints personnages, afin qu'ils voulussent prier Dieu, pour qu'il lui voulût manifester par quelques signes sa divine volonté. Lors les saints pères le firent et prièrent Dieu, persévérant en continuelles oraisons. Au bout du troisième jour, il leur apparut une grande branche d'arbre, ayant seulement en elle un seul fruit, et sitôt que le fruit en était cueilli, ladite branche séchait. Incontinent après fut vu qu'un fruit très-beau à voir fut mis à ladite branche séchée et environnée de grande clarté divine, lequel fruit semblait, à voir %\ lucide, que la vue humaine ne pouvait regarder, de laquelle vision
M
lesdits saints pères furent émus en admiration ; car en signes miraculeux ne pouvaient nullement entendre le vouloir divin, et ce dont ils avaient fait leurs oraisons, priant Dieu de leur manifester ce que c'était de ce signe.
Il arriva encore au troisième jour qu'ils étaient en prières, qu'une voix fut ouïe du ciel, déclarant la signification du signe, en disant : La branche verte signifie le mariage qui sera consommé en Émérantiane ; le fruit en procédant démontre l'enfant qu'en brief jour d'elle naîtra ; la sécheresse de la branche dénote la stérilité ; la clarté par laquelle le fruit est attaché à la branche signifie la puissance divine, par laquelle Ém^ rantiane, en sa vieillesse inféconde par-dessus le cours de la nature, concevra et produira un fruit, lequel apportera le sauvement au monde universel, le nom duquel chassera les esprits mauvais, et les bons anges l'auront en grande révérence, sera manifesté et annoncé par tout le monde.
Et quand les saints pères eurent ouï cette voix miraculeuse, ils rendirent louange et bénédiction à Dieu le Créateur en pleurant de joie, et donnèrent à connaître à Émérantiane, comme en peij de temps, par la volonté divine et coi^çeît de ses
amis, elle prendrait mari, et comme, au moyen de son mariage, il voulait montrer au monde sa grande miséricorde.
Emérantiane, voyant cela, rendit grâces à Dieu, le priant très-humblement qu'il plût à sa bénignité la conjoindre par mariage â un bon, juste et loyal mari, qui fût craignant Dieu, et non autre chose demandait-elle, que ce qu'à Tétat de mariage appartient à la louange de Dieu, pour multiplier lignage à Thonneur du Créateur. Enfin, elle se rendit à toutes ces pressantes sollicitations.
DU LIGNAGE DE SAINTE ANNE.
En ce temps-là, il y avait un jeune homme riche et de bonne estime, nommé Stolano, issu du sang royal, noble dès le commencement de son enfance, nourri en la crainte de Dieu, lequel fut donné, par les amis d'Émérantiane à icelle, en légitime mariage, duquel elle eut une fille qui fut appelée Ysmaria. Quand elle eut quinze ans, elle fut mariée à Élinde,'qui eut une fille appelée Elisabeth, qui eut pour mari Zacharie, le souve-
rain prêtre dont est descendu Jean-Baptiste, et en outre conçut encore Ismaria une fille nonunée Enim, mère du saint évoque Servais. Dan^ la suite, quand Émérantiane eut soixante et un ans, elle pensait pour certain de là en avant, selon le cours de nature, qu elle n'aurait plus d* enfants ; néanmoins elle était attendant, suivant la promesse qui lui avait été faite par le saint père Archos. Quelques jours après, étant dans la chambre en oraison, elle fut environnée d'une grande clarté, et ouït une voix qui lui dit : Émé- rantiane, je t'annonce aujourd'hui une grande joie à venir en ce monde, car Dieu tout-puissant veut montrer sa bonté infinie aux enfants du genre humain; le temps est proche qu'il a promis par les prophètes ; car la racine de Jessé fleurira, et la semence d'Abraham recevra bénédiction, le trône de David aura qui en lui s'asseoira. Par quoi, chère amie, éoout^-moi, car l'esprit de Dieu vivaut est m iboi,
DX U. MEtlTilILLEUSE NATIVITÉ MS &UIÏTS ÂJE^iS.
Alors qu'Émérantiane eut vu la grande clarté, elle fut fort épouvantée, elle ouït une voix^ lui di-
saot ainsi : Éméraiitiane, n'aie ni peur nicrainte^ msM honore ton Créateur de tout ton pouvoir ; car par » ^ce tu concevras p^tr-dessw le cours de nature, de Stolano ton mari, et en&nteras une fille, de laquelle naîtra une fille qui a été prédestinée avant la création du monde, précieuse ptr^dessus toutes créatures humaines ; car Dieu veut opérer en elle des choses incompréhensibles « excédant les entend^n^ts angéiiques et humains « pardessus T œuvre natumjld^
Lors Émérantiane répondit : lesuis^le d'Adam, ancienne d'âge, le fruit 4e mariage défaut «n moi; c'est pc^irquoi natuneUeiaent je ne puis oonce^oir ; néanmoins je sais l^en et confesse qu'à Dieu rien n'est impoesibla. Faites de moi selon votre bon plaisir et delon vos grandeâ miséricorde ; car nos parents et moi nous vous avons gnèvement offensé, et ne ioérdons rien. Lors ^e ùoU deischaf la voéx^ lui disant : FiUe, demeure en paix, car il faut que je fasse savoir la puissance et volonté divine aussi pardllement à Stolano, Um mari. En ce temps^à^ Stolano était allé dehors voir se» |Mitianx allant ps^tre au2 champs ; ainsi comme «était en son oraison, subitement fut environné d'une lumière^ et ouït une
voix qui lui dit : Stolano, paix soit avec toi, lèvetoi, et t'en va en ta maison, et couche avec ta femme Émérantiane, laquelle le nom sera manifesté par le monde universel.
Quand Stblano ouït cette voix, il en fut fort épouvanté, et s'étonna beaucoup ; car il était en Tâge de soixante-dix ans, et que tous deux étaient inhabiles pour avoir génération selon le cours de la nature. Lors il ouït derechef la voix, disant : Stolano, ne veuille douter, car il n'est rien d'impossible à Dieu, et pour signe de ce que je dis, quand tu entreras dans ta chambre, là où tu dois coucher, regarde vers le chevet du lit, et tu trouveras en écrit quatre lettres d'or que nulle personne n'a écrites. Et ayant dit cela, la clarté s'évanouit de lui. Quand Stolano eut entendu, il se leva de sa cellule, louant Dieu, puis s'en alla vers sa femme Émérantiane, et se contèrent l'un à l'autre ce qu'ils avaient vu et ouï, allèrent en ladite chambre, et trouvèrent le signe de quatre lettres d'or écrites au chevet du lit, comme deux A et deux iV, lesquelles jointes ensemble font Anna, laquelle Émérantiane concevrait en bref et enfanterait, dont ils louèrent et remercièrent Dieu, attendant la promesse du Créateur
à ei^x faite. Peu de temps après, Émérantiane conçut, de Stolano son mari, un fruit par la grâce spéciate de Dieu, et en grand désir attendait le temps de lenfantement.
Quand le temps s'approcha, elle alla vers les disciples, priant très-humblement qu'ils voulussent faire oraison pour elle envers Dieu, afin qu'il lui plût préserver de Tennemi le fruit qu elle portait, et qu'en temps et lieu elle pût enfanter salutairement. En ce temps, il y avait un disciple nommé François, lequel, quand il vit Émérantiane, se mit à genoux, criant à haute voix, et disant : Qui est cette sainte matrone qui est auprès de moi? Émérantiane lui répondit : Très-véné- rable père, ne me connais-tu pas? Je suis la vieille Émérantiane, ta très-humble servante. Il lui dit : Émérantiane, je vois en toi grand mystère pardessus le coui*s de la nature. Je te dis, en vérité, que, comme un cierge ou une lampe rend clarté es ténèbres, ainsi je pénètre au milieu de ton sein une fille resplendissante en clarté, dont je ne puis assez m'émerveiller, car elle excelle l'entendement humain.
Émérantiane lui dit: Révérend Père, les œuvres de Dieu sont incompréhensibles, et ses miséri-
cordes sont impénétrables, et ce qu*îl yeut montrer dans pétr de temps à son peuple. VeuîUea: prier pour moi ; car la bonté divine se veut mani* fester, laquelle nous est promise depuis longtemps.
Quand le bon père François et ses compagnons entendirent cela, ils prièrent avec ferveur ponr elle; ils lui dirent : Émérantîane, réjouis-toi, car ta prière sera exaucée ; retourne en tu maison, et fais tes apprêts pour enfanter.
EN QUEL TEMPS SAINTE ANNE FITT Nlfts»
Quand le temps fut venu qu'ÊmérantiAné, suivant la promesse de Tange, enfenterait une fille, cela arriva ainsi qu'il avait été prédît ; et il parut sur la poitrine dudit enfant quatre lettres d'or, faisant le nom d'Anne. Ce nom était resplendissant comme pierres précieuses.
D'tN MIRACLE ÂMJYÉ A CAtTSE DtJDlT NOM.
Quand ce beau miracle de ce nom fut vu par les femmes qui avaient assisté à Tenfentement, le bruit de cette merveille se répandit de toutes parts,
et grand nombre de gens y accoururent ponir Voir ce prodige ; entre autres il y vint un chevalier aveugle, et comme ses yeux ne pouvaient voir le nom de sainte Anne, il demanda de le toucher de ses mains, ce qui lui fut accordé. Emérantiane, considérant qu'il était Fun des bons personnages de Jérusalem, ne lui osa refuser, mais lui accorda. Quand il eut touché son nom, et en grande dévotion le croyait baiser, il arriva que la main d'Anne toucha ses yeux, lesquels soudain s'ouvrirent, et y reçut la vue dont il était privé auparavant, étant né aveugle. Quand il vit le nom de sainte Anne en si grande clarté, de grande joie il s'écria, en disant : Béni soit le Dieu d'Israël. De ce miracle Emérantiane fut émue, craignant que si lecommun peuple était averti de cela, il viendrait en foule voir sa fille, et qu'au moyen de ce, l'enfant pourrait tomber dans quelque inconvénient de maladie, à cause des incommodités de plusieurs personnes; c'est pourquoi elle pria le chevalier qu'il ne publiât pas ce qui lui était arrivé. Quand le chevalier eut entendu cela et voyant Emérantiane en si grand souci, il lui promit de n'en rien dire à personne, il la baisa en grande révérence, tenant les yeux fermés comme s'il eût encore été
aveugle; et se fit conduire par son serviteur à Jérusalem, lieu de sa demeure.
GOMME SAINTE ANNE FUT L'ESPAGE DE GINQ ANS SERVANTE AU TEMPLE DE JÉRUSALEM AVEG LES AUTRES FUXES.
Après qu'Ém^érantiane et Anne sa fille vinrent demeurer en Bethléem, vinrent neuf prêtres au temple de Jérusalem qui reçurent sainte Anne de sa mère en grands honneurs, qui n'avait que trois ans, la menèrent en grande révérence dans le temple de Jérusalem, pour y servir les autres dévotes qui y demeuraient, entre lesquelles Anne profitait et croissait en Tamour de Dieu et en toutes sortes de vertus; jour et nuit dévote en toutes ses prières, elle était aussi diligente aux œuvres manuelles qui lui étaient ordonnées, car les jeunes filles servant au temple, devaient laver, coudre et nettoyer les ornements du temple.
Lorsqu'elle se trouvait seule, elle se jetait à genoux pour prier Dieu en grande dévotion, ce qu'un des prêtres du temple s'apercevant , s'é- tonna de la grande dévotion de cette jeune fille. Afin d'en être encore mieux informé, il se cacha secrètement en la chambre où il avait accoutumé
de faire cette dévotion, afin qu'il pût voir et ouïr la manière de ses prières. Et quand se vint à minuit , Anne se leva de son lit à la manière accoutumée, priant à mains jointes, les genoux en terre, les yeux fixés vers le ciel, et disant :
0 Dieu d'Israël! ma conscience me donne té- moignage que nous vous avons grandement o£fensé, à cette cause vous vous êtes éloigné de nous; certes, Seigneur, combien de temps se passera-t-il encore jusqu'à la délivrance de notre dur esclavage ? Nous sommes dans cette attente, suivant les promesses que vous en avez faites à notre père Abraham, de nous donner un libérateur. Seigneur, ne vous ressouvenez point de nos fautes passées ; mais souffrez que votre miséricorde nous vienne consoler.
Souvenez-vous de nos pères Abraham, Isaac et Jacob, et de la miséricorde que vous leur avez promise.
Je vous prie, Seigneur, de vouloir exaucer la prière de mon tendre cœur, et ne rejetez point mon oraison, car vous êtes mon Père qui m'avez créée; c'est pourquoi mes lèvres vous loueront en ma jeunesse, et quand j'aurai plus d'âge, je
vQus doniierai de plus grandes louanges ^ en TOUS Gonfei^sant , et aurai mémoire de votre mi* séiicorde, et la prêcherai à ceux qui en vous ne croient.
Quand Anne eut ainsi prié, elle se prosterna sur la terre, et prit un peu de repos.
Le prêtre, qui s'était caché pour voir et entendre les ferventes prières de cette jeune fille, fut ravi d*étonnement à la vue d'une si grandie dévotion ; il disait en luinnême :
Si tous les sages de Jérusalem voyaient la piété de cette pucelle, ils n'en seraient pas moins étonnés que moi. Bt parce que le jour approchait, ledit prêtre n'osa demeurer plus longtemps, de peur d'être aperçu, mais secrètement se retira. L'empressement qu'il avait de sdvoir qui était cette sainte fille, fit qu'il y alla tant de fois qu'il vit Anne en face, joignant les mains, dit :
0 Dieu tout-puissant ! je ne pouvais vivre en repos jusqu'à ce que j'eusse connu cette sainte pucelle, et je crois que c'est cette fille dont il est dit qu'une pucelle parviendra à «mn émineint degré de sainteté.
Anne continua ses exercices de dévotion, et «e rendit de plus en plus agréable à Dieu.
GOUMB ÉMÉRANTIÀNE MOURTFF ET FUT MISB BN SÉPULTURE
PRES DE STOLANO SON MARI.
Quand Émérantiane, mère de sainte Anne, eut septante-huit ans, elle dit à sa fille Anne : Regardez, mes jours sont passés, il est temps que je n^e repose avec mes père et mère et d'être en sépulture auprès de Stolano, votre pèrp. 0 ma très-chère fille ! ayez mémoire de la miséricorde quç Dieu nous a montrée et fait encore attendre patiemment le temps de grâce que Dieu nous a promis. Gardez les commandements de Dieu, ayQ7 compassion des pauvres, consolez les désolés, demandez conseil aux gens pieux et savants, lisez la sainte Écriture, rendez grâces au Créateur de tous les biens qull vous a faits, et à tous gens soyez humble, et ne mettez en oubli le dernier jour de votre vie, mais soyez toujours prête.
Lorsqu'Émérantianc instruisait ^nsi Anne sa fille, la mort vint lui ravir la vie.
Anne pleura amèrement la mort de sa mère, priant Dieu dévotement pour elle. Lors Anne fit assembler toute leur parenté, ils ensevelirent Énpbérantiane m grande révérence, et Tenterrèrent
auprès de son mari, comme elle avait demandé. Anne pleura sa mère autant de jours qu'elle avait d'années.
COMME SAINTE ANNE, A L AGE DE UIX-HUIT ANS, PRIT
MARI.
Alors qu'Anne eut dix-huit ans, par le conseil de ses amis, elle prit mari, un homme craignant Dieu, noble de sang, comme de la lignée du roi David, appelé Joachim, lequel vivait saintement en la crainte de Dieu, et gardait ses commandements, et était miséricordieux envers les pauvres ; car on dit de lui que quand il eut quinze ans, il partagea son bien en trois parts, en donna une partie aux pauvres, l'autre au temple, et la troisième part fui pour subvenir aux besoins de sa maison.
Quand il eut vingt-un ans, il épousa Anne et la prit pour femme, laquelle était fort charitable, faisant du bien aux pauvres, et même aux malades et affligés; elle habitait en Nazareth, petite ville de Galilée, en laquelle l'ange Gabriel annonça à Marie sa fille qu'elle concevrait et enfanterait le fils de Dieu ; ainsi donc Anne menait une vie très-
sainte. Il lai ^ritva.ui|(Eii fois qu elle lisait comme Tobie instruisait son fila, en cas que Dieu lui envoyât lai^ment des.iiens temporels, qu'il en donnât librement aux pauvres, lesquelles paroles Tépouvantaient en soi-même, pensant en son cœur: 0 Dieu ! combien j'ai de biens et pourvue de toutes choses nécessaires ! hélas ! j'ai été ingrate et n'ai pas accompli mon pouvoir comme cet écrit l'ordonne. Pendant qu'elle était ainsi pensive, il y survint Joachim, son mari, et la voyant triste, lui dit : 0 ma très-chère aimée Ij>our quelle cause êtes-vous triste? Elle répondit : Parce qu'il y a longtemps que nous n'avons satisfait aux ordonnances de la sainte Écriture, et lui fit lire ce qu'elle avait lu de Tobie. Quand il eut lu, il lui dit : Que te semble-t-il que nous devons faire? Elle lui répondit : Il me semble que puisque Dieu nous a pourvus deJ)iens, que nous les partagions en trois parts, que les deux premières parties soient distribuées à l'honneur de Dieu, et la troisième part nous la garderons pour nos besoins. Il lui répondit qu'ainsi ferait, car il désirait faire le semblable, avant qu'ils fussent conjoints ensemble. Quand Anne ouït cela, elle fut réjouie, et se fit préparer un mulet, s'assit dessus, et s'en alla avec
see serviteurs aux champt etèft Ueiix éïx éfoient l6^ bestiaux paissants, pouih le^ tenter à lit ftidton. Le nombre était de deust mille dent éMits. Et quand ils les eurent rsmenés^ ils les paitagèrent tous en trois parts égales; Tiine des parts fut donnée au temple, l'autre aux pauvres, et la troisième ils la conservèrent pour se nourrir, et dont elle aidait encore les pauvres veures et orphelins, là oîi elle savait les trouver, et le ^sait par le consentement de son mari Joachim, car il était semblablement miséricordieux envers les pauvres, et en ce point ils vivaient en la crainte de Dieu, en paix et amour ensemble, gardant les commandemetits de Dieu soigneusement.
Hélas! combien s'en faut-il aujourd'hui que les personnes conjointes en mariage se conduisent en cette sorte ! Dieu y veuille pourvoir. Ainsi soit-il.
COMME ANNE FUT AVEC JOACHIM EN l'ÉTAT DB MAHIâGE VINGT ANS SANS AVOIR FRUIT, ET COMME IL FUT REPRO- ché audit joachim du souverain prêtre, allant a l'offrande.
Quand Joachim eut .été avec Anne en mariage l'espace de vingt ans , vivant selon Dieu ,
ils n'eurent aucun fruit , ce qui était grand opprobre devant les gens, car, en ce tempslà, on se moquait de ceux qui étaient infructueux et qui n'augmentaient point le peuple, et, pour cette cause, furent méprisés de plusieurs.
C'est pourquoi ils firent leur oraison à Dieu avec ferveur qu'il lui plût regarder ce reproche, et leur envoyer du fruit, lequel lui offriraient pour le servir au temple de Jérusalem.
Un jour que Joachim en une grande fôte vint avec les autres de son lignage en Jérusalem pour ftire offrande selon la loi, comme il approcha de l'autel, il mit l'offrande dessus.
Le prêtre le prit de mauvaise part, jetant l'offrande hors de l'autel en présence de tout le peuple, lui reprocha son infructuosité, disant :
Qu'il n'était pas décent de recevoir son offrande avec ceux qui étaient fructueux, à cause qu'en son état de mariage il ne multipliait pas la lignée du peuple d'Israël.
A ces paroles, Joachim fut triste et ennuyé, inclinant la tête, n'osait de honte regarder personne en face.
GOMM£ JOAGHIM s'eN ALLA VOIR SES BERGERS ET PASTOU- REAUX GARDANT SON BETAIL, ET GOMME l'ANGE LE CON- FORTA.
Gomme Joachim en la présence de ses amis et de tout le commun peuple avait en cet état été rejeté, car c'était sa coulpe, et dé chagrin il n'osait retourner en Nazareth, craignant que ses voisins ne lui reprochassent ce qui lui était arrivé au temple, il s'en alla vers ses pastoureaux, et délibéra de demeurer avec eux sans se trouver à Nazareth, comme il fît, attendant que Dieu # consolât et lui donnât à entendre ce qu'il avait à faire.
Et quand il eut été là quelque temps, il arriva une fois qu'étant seul, l'ange de Dieu, avec une grande clarté, le vint visiter, en le consolant et l'exhortant qu'il ne fût épouvanté, et lui dit : Je suis l'ange de Dieu, par lui envoyé pour t'annoncer que ton oraison est exaucée de Dieu , et que tes aumônes sont montées jusqu'au ciel ; il a vu la honte et le reproche de ton infructuosité ; car Dieu est le vengeur des péchés, et non point de la nature. Et quand il rend une femme infé-
conde, il fait cela afin que plus miraculeusement il lui rende la fécondité quand il lui plaira, comme il fut fait de Sara, femme d'Abraham, laquelle en sa vieillesse enfanta Isaac. Semblablement Rachel fut inféconde, et en vieillesse enfanta Joseph, qui devint grand Seigneur en Egypte. Puis Samson et Samuel, qui eurent tous deux des mères qui furent longtemps stériles; ainsi il faut croire que les nativités différées sont d'autant plus merveilleuses qu'elles ont été différées. Sache que ta femme concevra une fille que tu nommeras Marie. Cette fille consacrée à Dieu, et au ventre maternel sera remplie du Saint-Esprit; c'est pourquoi elle ne demeurera entre le peuple commun; mais au temple, afin que nul n'ait suspicion d'elle, et ainsi qu'elle sera née d'une femme infertile; ainsi d'elle naîtra le Fils de Dieu, qui s'appellera Jésus ^ et par lui recevra toutes créatures à sauvement. Pour signe de vé- rité, ta femme Anne te rencontrera en Jérusalem à la porte dorée, car elle a dessein 'que tu t'en retournes.
Quand l'ange eut ainsi parlé à Joachim, il se ré- jouit; et comme Anne, sa femme, était ennuyée, attendant sa venue, ledit ange s'apparut à elle.
et la consola, lui dit ce qu'il avait annoncé à Joachim, et qu elle allât en Jérusalem à la porte dorée, où elle le rencontrerait, ce qu'elle fit.
Et quand Us se rencontrèrent, ils furent remplis de joie de la promesse de Tange, touchant la fille qu'ils devaient avoir. Quand ils eurent été au temple servir Dieu dévotement, ils retournè- rent ensemble à Na2areth. où ils attendaient en grande liesse la promesse divine. Aussitôt après Anne conçut, et neuf mois après enfanta une fille, laquelle fut appelée Marie^ comme Fange avait ordonné. Or, quelle joie fut au ciel et sur la terre de cette nativité ! Qui pourrait expliquer le bonheur que reçurent les humains!
DE LA NATIVITÉ DE HAME.
Le jour qu'Anne devait enfanter le bienheureux enfant que Tange avait annoncé à Joachim, son mari, celui-ci s'en alla quérir une partie des sages-femmes, pour assister Anne à son enfantement, pareillement s'en alla en la montagne quérir Elisabeth, la femme de Zacharie, et Ysmaria, sœur d'Anne, ayant quatne--vingt-un ains. Quand elles furent yenues en la chambre d'Anne,
il leur semblait qu'elles stotaient une grande joid au cœur, et plus dlés approchaient Anne de près^ plus elles sentaient de joie et d odeur. Quand vint Theure qu'Anne devait enfanter^ elle fut subitement environnée d'une grande clarté^ et enfanta une belle fille, luisante comme le soleil, et incontinent yint une multitude d'esprits célestes, chantant mélodieusement : Voyez ici la reine des cieux et mère à venir du Fils de Dieu. Quand les sages-femmes furent assemblées en la chambre d'Anne, et y eurent été six jours, virent choses merveilleuses, et rendirent louange à Dieu.
UN MUUkGLE.
Au même instant que Marie fut née, vint incontinent un aigle volant sur la maison oîi Anne était accouchée, tenant en son bec plusieurs rameaux, et fit un nid dessus ladite maison, lequel dura depuis plusieurs années, mêmement après la résurrection de Jésus-Christ.
AUTRE MIRACLE.
Au même temps dans un désert, près de là, était une licorne fort grasid^, dont T^ôn %'avait
jamais vu sa pareille, et qui souvent avait été chassée des rois, mais ils ne la purent prendre; hors que quand Marie fut née, elle venait devant la porte^ et nul ne pouvait la diasser. Alors un chevalier nommé Adrianes^ demeurant près de Nazareth, la perça d'une lance et la tua, etl'offrit au souverain prêtre de Jérusalem, qui l'en remercia grandement.
- AUTRE MIIIÂGLE.
En ce temps, tous ceux des environs de Jérusalem et du pays de Judée étaient oppressés de mauvais esprits, et jetaient des cris si horribles, que le peuple fut fort étonné, craignant que Dieu voulût confondre tout le pays. Alors il y avait en Jérusalem un saint homme, lequel conjura Tun des oppressés de lui dire pourquoi ce tumulte se faisait. Alors le mauvais esprit dit par la bouche d'un démoniaque : qu'en ce jour était née à Nazareth une fille dont les anges étaient fort réjouis, et qu'ils ne pourraient plus demeurer en possession des corps, et qu'ils seraient obligés d'en sortir pour être mis au profond de l'enfer par la vertu de cette divine créature.
AUTRE MIRACLE.
En ce temps furent délivrées de lennemi deux cent cinquante personnes démoniaques au pays de Judée et en Samarie.
COBfME l'ange annonça A JOAGHIM LA NATIVITÉ DE
MARIE.
Pendant qu'Anne enfanta Marie, Joachim était hors de la maison, attendant les joyeuses nouvelles de Tenfantement. Sitôt que Tenfant fut venu, l'ange s'en vint à lui, disant : Joachim, je t'annonce grande joie, car aujourd'hui est né le fruit qui t'avait été promis, et je te commande que de seize jours tu n'entres où Anne est accouchée, afin que les sages-femmes qui y sont assemblées ne soient troublées au lieu de réjouissance; ce jour sera ta joie et à tout le monde.
Cela dit, l'ange disparut, et Joachim se prosterna incontinent en terre, remerciant Dieu ; après il se leva et vint en sa maison, rempli de joie, et commanda à tous ceux de sa famille que de seize
jours personne n'entrât où sa femme était en couche.
Après cela Joachim se vêtit de ses meilleurs habits, et prit don et offrande avec lui, et s'en alla avec sa famille à Jérusalem offrir à Dieu son offrande. Quand les prêtres du temple ouïrent que Dieu leur avait envoyé une fille, ils en furent bien réjouis, louant Dieu par des cantiques, et faisant à Joachim et à sa famille honneur et révé- rence. Joachim s'arrêta au temple avec sa famille Tespace de huit jours, pour solenniser la naissance de la fille nouvellement née, puis après se tournèrent à ThôteL Et quand les seize joura furent passés, Joachim envoya une de ses servantes en la chambre d'Anne, où étaient encore les sages-femmes, et leur fit savoir que les seize jours étaient passés; ce quelles ne pouvaient croire, car il ne leur semblait pas qu'elles y eus-- seut été un demi-jour ; aussi n'avaient-elles point aperçu de nuit, en sorte qu'elles ne pouvaient croire' ce que la servante leur disait; mais pour en être plus assurées, elles le demandèrent à Joachini, lequel leur dit que les seize jours étaient p^ssé^^ Lors elles sortirent, et chacune retourna w sa maison.
GOM]£B JOAGHIM VISITA AJDINE SA FEMME ÉTANT AGGOUGHEE^ £T BAISA EN GRANDE JOIE SA FIUE NOUYELUBMENT NÉE.
Après que les 6ages-femmes eurent été chez Anne pendant seize jours, elles s en retournè- rent. Au moment Joachim s en alla vers Anne, sa femme, et la salua. Incontinent elle lui donna entre ses bras sa fille, laquelle il reçut joyeusement en louant Dieu, et de grande joie se mit à pleurer en voyant la beauté de cet enfant, puis la rendit à Anne, et la nomma Marie, comme l'ange lui avait ordonné. Quand ils lui eurent imposé ce nom, il vînt neuf anges, lesquels se prosternè- rent neuf fois à genoux, disant : Béni est le doux nom de Marie ; aujourd'hui nous 6st manifesté le nom de notre reine ; c'est pourquoi réjouissonsnous en attendant ce doux nom. Alors ils disparurent en chantant mélodieusement.
Quand Marie entendit le mélodieux chant des anges, elle les regarda d'une face riante, dont ses parents en eurent grande joiîe, s'étonnant des oboses merveilleuses que Dieu faisait en
terre, et lors ouïrent une yobi du ciel, disant : Joachim et Anne, ne soyez point surpris de ce que vous avez vu et ouï, comme si c'était chose nouvelle, car cela a été prévu de la Sainte-Trinité, et pour le présent arrivé selon le vouloir de Dieu, pour être manifesté à toutes les créatures sur la terre. Desquelles choses Joachim et Anne s'étonnaient ; ils se mirent à genoux, rendant bénédiction et louange à Dieu tout-puissant.
GOMME MARIE EST PRÉFIGURÉE EN l'aNGIEN TESTAMENT.
Saint Jérôme disait en un sermon de l'Assomption de Marie : Elle a été figurée des patriarches, annoncée des prophètes, montrée des évangélistes; Marie est cette dame de. laquelle est fait mention au premier livre de F Ancien Testament, dit la Genèse^ qui a brisé la tête du serpent, c'est à savoir l'ennemi qui pousse à la concupiscence charnelle et à l'orgueil du cœur ; elle est aussi la lumière que Dieu commanda d'être faite, de laquelle il en sortit.
Elle est la fidèle copie de Jésus en plénitude des grâces de Dieu, lequel homme eut quand elle
conçut du Saint-Esprit, et l'enfanta sans peine, et demeura Vierge mmaculée. C'est pourquoi aussi Eve n'est appelée qu'une mère des morts, amie des mourants, tant de la mort de l'âme que de celle du corps; mais Marie nous a tous délivrés de ces deux morts, car Jésus, son Fils, est la vraie vie de l'âme et du corps des fidèles, qui, par lui, ont été sauvés et seront ci-après ; mais elle est aussi l'arche de Noé, qui est faite d'un bois incorruptible, du vrai Noé Jésus-Christ, qui a été trouvé seul juste en sa nativité; elle est cette Rebecca dont le fils Jacob luttait contre l'ange qui a procuré et obtenu la bénédiction paternelle pour tous ceux qui lutteront contre le mauvais ennemi. Elle est aussi l'échelle que vit Jacob le bon patriarche en vision, et par laquelle les anges montaient et descendaient. Elle est aussi la belle Rachel, dont Dieu a été amoureux comme fut Jacob, et est descendu du ciel pour prendre chair humaine, et s'est humilié prenant grande peine pour l'amour d'elle. Elle est aussi la belle Rachel ayant enfanté le vrai Joseph, lequel n'a seulement pas été seigneijr de ses frères, mais de toute l'Egypte, et aussi il est le prince des anges, Seigneur de toutes créatures, Jésus-Christ
toujours béni,, Elle est aussi figurée par le buisson ardent de Moïse qui semblait brûler, toutesfois ne brûlait pas, car elle a conçu un Fils, et demeurée Vierge immaculée. Elle est encore figurée par la verge florissante d'Aaron avec humilité, car elle a produit Jésus-Christ. Elle est aussi figurée par la toison de Gédéon, auquel descendit la rosée de nuit sans humecter la terre ; car Iç Fils de Dieu est descendu en elle sans nulte fcPiÇtipn ni souillure de sa pudicité. Elle est encore figurée par la verge de Moïse qui sépara la Dpier en deux parties par où les enfants d'Israël passèrent à pieds secs, et dojat icelui Moïse feappa la pierre qui donna grande abondance d'eau, dont le peuple et tout le bétail burent et furent rassasiés. Elle est aussi figurée du vrai écu de Josué, duquel il vainquit les ennemis de Dieu; car elle seule a exterminé toutes les hérésies. Marie est aussi le trône du vrai roi Salomon, et un siège d'ivoire ; car sa pure virginité a préparé à Jésus-Christ un trône et un siège en son ventre virginal, où il a reposé l'espace de neuf mois. Elle est encore le renom du temple de Jérugalem, qu'on édifia sans outils, haches ni marteaux, car 9lle enfanta Jésus-Christ sans douleur. Marie est
aussi la bienheurmse Vierge, de qui out prophé^ tisé Isaïe et Jérémie ; le premier dit : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fille enfantera un fils, et l'autre dît que le Seigneur ferait dbiose nouvelle sur la terre, car une femme environnerait un homme. S'il eût dit un enfant, cela n'eût pas été chose nouvelle à s'étonner , si était Jésus-Christ un honune au ventre de sa mère, non point d'âge, mais de sagesse; non en force corporelle, mais en force spirituelle, tant posé en la crèche, tant en l'âge de trente-trois ans, qu'il prêcha et qu'il est à présent où il est assis à la droite de son père étemel ; mais il n'a usé de cette sagesse pour un temps, comme de sagesse mondaine, pour faire voir que véritablement il avait pris nature humaine. Elle est aussi la montagne de la haute perfection, dont a été coupée une pierre sans mains d'hommes, et par laquelle pierre entendons Jésus-Christ, qui a été né par la Viei^e sans œuvre, virile. Elle est aussi la porte close en qui le Seigneur seul a passé et repassé ; car Marie est demeurée Vierge en concevant et enfantant, etie demeurera toujours.
Marie est aussi le chandelier d'or, lequel, dit le prophète Zacharie, où il y avait sept lampes
ardentes au temple de Jérusalem, qui signifiaient les sept œuvres de misérkorde en Marie, et rexemple lumineux de sa [sainte vie et bonnes mœurs. Elle est aussi Fôrche du Testament où furent mis les commandements de la loi, et les deux tables de Moïse où furent écrits de la main de Dieu les dix commandements que Marie garda soigneusement, en vivant selon iceux : en ladite arche était aussi la verge d'Aaron, laquelle florissante produisait le fruit de vie, Jésus-Christ qui nous nourrit de sa divine chair et précieux sang au saint sacrement de Tautel ; ladite arche contenait aussi la manne, dont les enfants d'Israël furent reçus dans le désert, et Marie a porté la vraie manne du ciel pendant neuf mois, le vrai pain des anges, et la viande des malades; ladite arche était aussi du bois imputride, ainsi a été Marie, sans corruption, transférée au ciel en corps et en âme; Tarche avait quatre anneaux d'or aux côtés, par lesquels on la portait; Marie a eu en elle les quatre vertus cardinales, qui sont les racines de toutes vertus.
L'arche avait deux fustes, lesquels on portait parmi les quatre anneaux d*or quand on les portait, lesquels sont figurés par la charité qui était
■«fc
. ^ Matiëf c'est, à 'savoir, Tamour de Dieu et de son prô^litin^ L^arcUe étÉK fav dedans et dehors dorée, âà$i Mâi^e art décorée, étant luisante en toutes t^itus|f. lilarie est figuréé^^par la fille du roi A)Bti$|gE^, lëqyiel, comme est contenu en Thistoire sch(B|la'st||ùe, vit en vision comme si une vigne croiiiisaii du verflre de cette fille, qui s'étendit si fort, "Qu'elle environna tout son royaume, lui fut dit que de fa fille sortirait un roi, et après elle produisit le roi Cyrus, qui délivra les enfants d'Israël de la captivité de Babylone; ainsi fut dit par l'ange à Joachim et Anne, que d'eux viendrait une fille qui nous délivrerait de la passion du diable, aussi préfigurée par la fontaine sortant du jardin fermé; car elle était enclose au ventre de sa mère, elle fut sanctifiée du Saint-Esprit et de la Sainte-Trinité prémunie, que nul péché d'iiiipureté ne pouvait entrer en elle ; elle est encore figurée par le prophète Balaam, qui dit que de la lignée de Jacob il sortirait une étoile de la grande mer, à savoir de ce monde périlleux, sans aide de laquelle on ne peut passer sans naufrage, ni arriver au port du salut. La sainte Église la salue journellement par l'hymne : Ave, maris Stella, c'est-à-dire, je vous salue, étoile de mer, dont
aussi saint Bernard a écrit à riioméHè dÀl'ang^ disant : Marie est VétqJisf^lMi^^ mer du monde, resplencUssptte itttt leàiMIrtus, œuvres et exemples de horme lie et 4(i^i|)diuitl mœurs. Marie est aussi figurée pii^ lé tepifla 46 Salomon, lequel on édifia à Dieu de p!i|UI> ||«ii*- che, de marbre, doré par-dessus f ainsi Iforia est blanche et sainte de pureté, virginale en corps et en âme, décorée d'amour et de chax^
GQIQCE JOACmM ET ANNE NOURBISSAnSNT MARIE LEUR
FQiLE.
Quand Anne eut fait sa couche, et offert Marie au temple suivant la loi, et après l'avoir ramenée à la maison, Anne et Joachim la nourrissaient soigneusement en grande révérence, et ne la laissaient toucher de personne, sinon d'eux et de Fine, la sœur d'Anne. Qui est-ce qui pourrait expliquer la grande joie qu'ils eurent en r^ardant ce béni enfant, en la baisant et jouant avec? je crois que nul ne le peut exprimer. Joachim et Anne la regardaient avec tant d'admiration, qu'ils oubliaient quelquefois même le boire et le manger, et leur semblait que ce temps ne durait
qu'un moment. Ils avaient ordonné à leur fa^ ttdlle que,* quand ils étaient ensemble avec leur efiftmt en la éhambre, personne ne les troublât ;
ée qui fut exécuté.
DB LA PRESENTATION DE MAIIIE AU TEMPLE.
Lorsque Marie fut à l'âge de trois ans, Joachim dit à Anne : Ma chère Anne, souvenez-vous de la promesse que nous avons faite, parce que nous ne pouvions avoir fruit ensemble comme nous fîmes vœu à Dieu qu'il lui plût nous envoyer un fruit, que nous lui offrions au temple. Lors Anne lui ré- pondit : Mon cher ami, combien qu'il nous soit dur de laisser notre fille, encore nous serait-il plus grief de rétracter notre promesse, et offenser Dieu. C'est pourquoi je suis prête à faire votre conseil et à l'accomplir. Il s'en alla apprêter, et fît assembler ses plus proches amis et honnêtes sages-femmes de son lignage, prenant avec lui de riches dons et un riche habit de couleur de miel, qui était travaillé en filets d'or luisant comme étoile du ciel, et avait fait une couronne de belles fleurs, que Marie portait sur sa tête, à laquelle furent mises cinq pierres précieuses, donnant'
splendeur par-dessus toutes pierres ; et quand ils furent tous apprêtés, elle avec son mari, leur fille et leurs bons amis, tirèrent devers Jérusalem, et furent trois jours en chemin : il y a de Nazareth à Jérusalem trente-cinq lieues ; ils firent ce chemin en grande joie, car leur compagnie était les anges.
Quand ils arrivèrent en Jérusalem, Joachim envoya dire aux prêtres du temple qu'ils s'apprê- tassent pour recevoir leur fille, dont ilsfurent ré- jouis ; ils s'apprêtèrent, prenant des riches habits, dont ils se vêtirent.
GOMME MARIE FUT REÇUE AU TEMPLE.
Lorsque Joachim et Anne, avec Marie leur fille, et leurs amis, furent vêtus de leurs meilleurs habits, et eurent accommodé leur fille Marie de rhabit et de la couronne, ils allèrent ensemble devant le temple, parce que le temple était assis sur une montagne; il y avait quinze degrés à monter.
Ainsi qu'ils commencèrent à monter, et qu'ils pensaient porter leur fille jusqu'au haut, ou la mener par la main, Marie monta les degrés toute
seule, aussi vite comme si elle eût eu douze ans, ce qui donnait grande admiration aux prêtres, à ses parents et amis, et à tous ceux qui le virent et ouïrent dire, car elle n'avait que trois ans. Quand ils virent s'approcher du temple, ils avaient leur offrande toute prête, et entrèrent dedans vers le prêtre, et lui présentèrent leur fille Marie avec de riches dons, comme ils avaient voué. Alors le prêtre la reçut en grande révérence, avec chants * de louanges, et la menèrent en la compagnie des autres vierges demeurant au temple, servant nuit et jour.
GOMME MARIE Â ÉTÉ PRÉSENTÉE AU TEMPLE TROIS FOIS.
Toutefois, ainsi que disent les saints évêques Épiphanus, Carisius et Basilides, Marie a été pré- sentée au temple trois fois ; mais Yicentibus, au miroir des histoires, et plusieurs écrivent que quand elle eut trois ans, elle fut offerte au temple, oîi elle demeura un bon espace de temps, car premièrement elle fut offerte au temple par sa mère quatre-vingts jours après sa nativité, avec don à la purification, suivant le commandement de la loi, que, quand une femme avait une fille,
elle demeurait quatre-vingts jours hors du temple, et si c'était un fils, elle devait demeurer quafânte jours, la cause pourquoi était-elle, ainsi qu'écrivent les maîtres de la nature, un fils reçoit ïa vie au ventre de sa mère, la moitié plus tôt qu'une fille. Quand Anne eut offert Marie au temple avec l'offrande accoutumée, elle la ramena incontinent avec elle à la maison. La seconde présentation a été faite au temple, quand Marie était à Tâge de trois ans, comme il est dit ci-dessus. Peu de temps après fut encore l'amenée en la maison de ses parents, et demeura jusqu'à ce qu'elle eut sept ans ; et pour la troisième fois fut derechef offerte au temple, où elle demeura jusqu'à l'âge de quatorze ans.
GOMME LA PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE A ÉTÉ
PRÉFIGURÉE AUPARAVANT.
La présentation de Marie est préfigurée au temple par la table qui fut trouvée au Sorbion, dont parle Scholastica Historia. Comme les pé- cheurs tendirent un jour leurs filets en la mer, quand ils les tirèrent à bord, ils y trouvèrent une table d'or, qu'ils présentèrent au soleil naturel,
car ils tenaient et adoraient le soleil ponr leur Dien au temple du soleil, qui, sur la rive de la met, était édifié. Par laquelle table Marie est pleinement préfigurée; par la fille de Jephté, dont il est écrit en la Bible, au livre d£ Judicvm^ qu'elle fut offerte indiscrètement, car elle ne pouvait plus après servir Dieu ; mais Marie a été ollerte avec discrétion, servant Dieu tous les jours de sa vie.
GOMME MARIE FUT PRÉSENTÉE AU TEMPLE^ ET T DEMEURA jusqu'à L'AOE de QUATORZE ANS.
Alors Marie fut présentée au temple ; elle y de* meura jusqu'à l'âge de quatorze ans, et fut col^ loquée avec les autres pucelles, qui aussi étaient agréables à Dieu ; elle apprenait la loi de Moïse, serviteur de Dieu . Elle délibéra en son cœur de prendre Dieu pour son père et ses parents, et pouvoir dire avec David : Père et mère m'ont dé- laissée, mais le Seigneur m'a reçue. Elle se laissa enseigner des prêtres en la loi mosaïque, pensa en son cœur quelle chose elle pourrait faire pour être plus agréable à Dieu, et à cet an pria incessamment le Seigneur qu'il lui ftt et donnât la
qu a prime, elle était en oraison, et après elle vaquait à faire quelques oeuvres manuelles jusqu'à l'heure de tierce et de sexte, que l'ange lui apportait sa réfection; après elle retournait à son oraison, tellement que jamais elle n'était oisive, soit qu'elle priât Dieu, méditât ou ftt quelques bonnes œuvres; elle demeura au temple dans cet exercice jusqu'à l'âge de quatorze ans.
APRÈS QUE JOAGHIM ET ANNE EURENT PBiSENTÉ LEUR FILLE AU TEMPLE^ ILS RETOURNÈRENT EN NAZARETH.
Après que Joachim et Anne eurent présenté leur fille Marie à Dieu, au temple, et demeuré un peu près d'elle, louant et bénissant le Seigneur de ses bénédictions qu'il leur avait montrées, retournèrent en Nazareth, et avaient été trois jours en chemin, allant à Jérusalem, ils furent semblablement trois nuits, et prirent un même logis que devant; en chemin il arriva plusieurs miracles, lesquels semblaient être contre le cours de la nature, je les passerai sous le silence.
faits, et immuable e;i courage. Jamais on ne la vit en colère, ses paroles étaient pleines de douceur; en sorte que par la langue on la pouvait connaî- tre de Dieu. Elle était soigneuse de ses compagnes, en les gardant qu'elles n offensassent Dieu ou leur prochain, ou donnant de mauvais exemples, ou provoquassent quelqu'un à dire, ou fissent tort à personne. Sans cesse louait Dieu, et priait pour le salut du genre humain ; et quand on la saluait, elle répondait : Deo gratias. Il est vraisemblable que d'elle est venu cet usage, que quand les gens de bien sont salués, ils répondent : Deo gratias. Marie voua aussi à Dieu sa chasteté, dont il n'y avait point eu d'exemple, car aucunes filles, dès le commencement du monde, n avaient iait le semblable, en sorte qu'elle fut la première vouant à Dieu sa chasteté. Elle se conduisait en toutes ses affaires si sagement, que sa vie était à toutes gens un miroir de bonnes mœurs et vertus, comme écrit d'elle saint Ambroise, croissant journellement en sainteté, et fut tous les jours visitée des anges, et eut visions divines. Saint Jérôme écrit en une épitre aux saints évêques Gramario et Heliodato, que Marie s'était réglée tellement, que depuis le matin juiî-
qu'à prime, elle était en oraison, et après elle vaquait à faire quelques oeuvres manuelles jusqu'à l'heure de tierce et de sexte, que Fange lui apportait sa réfection; après elle retournait à son oraison, tellement que jamais elle n'était oisive, soit qu'elle priât Dieu, méditât ou Ùi quelques bonnes œuvres; elle demeura au temple dans cet exercice jusqu'à Tâge de quatorze ans.
APRÈS QUE JOAGHIM ET ANNE EOEENT PRÉSENTÉ LEUR FILLE AU TEMPLE^ ILS RETOURNÈRENT EN NAZARETH.
Après que Joachim et Anne eurent présenté leur fille Marie à Dieu, au temple, et demeuré un peu près d'elle, louant et bénissant le Seigneur de ses bénédictions qu'il leur avait montrées, retournèrent en Nazareth, et avaient été trois jours en chemin, allant à Jérusalem, ils furent semblablement trois nuits, et prirent un même logis que devant; en chemin il arriva plusieurs miracles, lesquels semblaient être contre le cours de la nature, je les passerai sous le silence.
GOMME JOAGHIM TREPASSA LA MÊME ANNÉE QC'tL EUT PRÉSENTÉ MAKDS AU TEMPLE.
Incontinent que Joachim et Anne eurent pré- saité leur iSlle Marie à Dieu au temple, et furent retournés à la maison, la même année Joachim devint malade, et pria Dieu qu'il le voulût recevoir comme il avait fait de ses prédécesseurs; ainsi qu'il était au lit malade et sentait approcher la mort, il appela Anne sa femme, disant : Ma femme Anne, l'heure est venue que je prendrai repos avec nos pères. Je te prie de me faire mettre dans le tombeau de mon père Barphanter, et de cheminer le reste de ta vie dans les commandements du Seigneur. Ayez souvent mémoire avec gratitude envers Dieu des bienfaits qu'il nous a montrés ici-bas ; ayez aussi souvenance de la promesse de notre fruit au salut de tout le monde, car je m'en irai aux limbes et annoncerai à nos pères la miséricorde de notre Dieu, afin qu'ils soient consolés, attendant leur délivrance, et quand tu feras savoir mon trépas à notre fille Marie, dis-lui qu'elle prenne la mémoire de moi gravée en ton cœur comme le soleil an firma^
ment. Et quand il eut dit cela, il rendit son esprit à Dieu ; ce qu'Anne voyant, elle se prosterna en terre, pleurant de bonne affection et amour cordial dont elle l'aimait. Elle ordonna qu'il fût oint de précieux onguents, et le fit mettre près de son père, suivant son ordre, et demeura sur sa sépulture, se lamentant et regrettant son trépas, et après retourna en sa maison, où elle continua à pleurer l'espace de quarante jours.
GOMME ANNE, APRÈS LE TRÉPAS DE SON MARI, PAR LE COMMANDEMENT DE l'ANGE, PRIT UN AUTRE BfARI, NOMMÉ GLÉOPHAS.
Un an après le trépas de Joachim, Anne prit ses habits solennels, les voulant défaire et donner aux pauvres, disant : Dorénavant ne seront trouvés de moi aucuns habits solennels, ainsi vêtirai habits viduaux et de deuil, pleurant le tré- pas de mon mari ma vie durant. Et comme elle prit un couteau pour couper ses vêtements, l'ange s'apparut à elle, disant : Anne, tu ne rompras point tes vêtements, mais tu auras souve-
nance comme Dieu t'a rendue féconde lorsque tu étais stérile, et envoyé un fruit très-salutaire, dont n'a été et ne sera jamais le semblable, duquel sortira le Fils de Dieu éternel, au salut de tout le monde. Par ainsi te faut être obéissante à Dieu, et prendre à mari celui que je te nommerai, lequel devant Dieu est trouvé juste, ap^ pelé CUophas ; tu auras une fille dont seront nés de grands hommes, qui soutiendront la foi chré- tienne, et combattront jusqu'à l'effusion de leur sang, après recevront la couronne du martyre, lesquels il veut faire premi^s de tout le monde; ils seront assis sur des sièges, jugeant les douze lignées d'Israël. Anne, crois-moi et suis mon conseil, car pour cela Dieu m'a envoyé vers toi, ôte tes habits de deuil, et habille-toi solennellement, et tu accompliras le vouloir de Dieu. Quand Anne eut oui ce que l'ange lui avait dit, elie se mit à genoux en iMaerciant Dieu, et épousa Cléo* phas, duquel elle conçut et enfanta dedans l'aqpnée une fille, comme l'ange lui avait prédit, qui fut nommée Marie ^ pour la révérence de sa première qu'elle eut de Joachim ; et avant qu'elle accouchât, Gléophas, son second mari, trépassa, laissant sa femme enceinte. Anne, voyant cela, fut
remplie de triste^e^ disant : O fâë Je sois défio* lée I quand s^ai-je réjouie du fruil que je pc^el U me survient grand ennui^ ear là fille qui de moi naîtra ne ccmnaîtra et ne Verra jamais son pème^ et en cet ennui fut Anne^ attendant le pmt desetn accouchement^ et l'henre venue, elle en-* fauta une fille qa'dle fit nommer Marie. Q«aBé eette fiUe ivà ea âge de se loarier, et par le co»^ sml de sa mèro, prit un homme ^ bien craîgiiai^ Béen, nommé AJj^mj duquel soat ii9sus sunt Jacques le Mineur, saint Alpliéus, ou hidas son autre nom, et Joseph le juste, qui furent apôtres dSilésus^hrist. Et ainsi plairait Anne âeredlief k mort de son xfiafi Cléophas, et un an après elle dit en soinnême : J'ai maintenant accompli la Y(dontédeDien, et doréna^nt ne veux être en compagnie d'homme. Et incontisi^it qu'elle ^tt dit cala, Tange vint à elle, disant : Anne, tu sais bien que tout témoignage est poié en nombre teruiire; pour ce, qu'il te faut prendre un troisième mari, qui t été trouvé juste devant Dieu, nommé Salomé, duquel tu concevras et enfanteras une fille que tu nommeras Marie, ccmime les autres ; d'^le naîtront deux princes qui régneront sur les douze lignées d'Israël, et Dieu fera des choses
merteilkùses par eux deiiaat tout le mandée CW pourquoi, Ailiie, réjouiMoi de tea eofants; cw Die» veut faire des choses mem^iUeuses sur la terre par eux, et ce qui descendra de toi recevra btoédiction éternelle; par quoi consens à mes paroles, car après le trépas de trois maris tu resteras veuve comme il t'a été ordonné.
. # CpCBm AKUE PRIT SON TROISIEME MARI, NOMMI& SALOMÉ^ ' SUIVANT LE COMMANDEMENT DE l'AIïGE.
Quand Anne eut entendu lordonnanoe de range, elle bénit Dieu, qui en toutes ses œuvres est merveilleux, prit le troisième mari, nommé Salomé, et vivtient ensemble justement et en la crainte de Dieu, gardant ses commandements • Quand ils eurent été un an ensemble, Anne GOSk^ Qut et enfanta une fille,* qu'ûUe fit nommer Marie, qui, étant en âge de se marier, on la imé rîa à un personnage très -- pieuj(, nommé /^ bedem, dont elle conçut et enfanta deui m^ fants, apôtres de Dieu, Japques le Miyeur et mui Jean Tévangéliate. Quelque temps après, Sa^ lamé trépassa, et Anne le pleura ponun^ elle
I
avait fait de ses autres maris ; après la mort duquel Anne quitta tous ses joyeux et beaux habits, proposant de . vivre le reste de sa vie en austèke pénitence, comme elle fit.
COMME MAR1£ FUT DONÎŒE EN MARIA6B A JOSEPH.
Marie étant à l'âge de treize ans, jusqu'alors elle avait servi au temple, où elle avait été offerte, * ' le souverain prêtre commanda que toutes les filles venues audit âge se retirassent, c% qu'elles firent en général, excepté Marie, fille d'Anne, et le souverain prêtre demanda à Marie pourquoi elle n'obéissait pas à son commandement. Elle répondit qu'elle avait voué sa virginité, c'est pourquoi elle ne pouvait prendre mari. Le souverain prêtre, entendant cela, fut surpris, car il savait que l'Écriture commande de tenir à Dieu les vœux et promesses ; mais il n'y voulait point consentir, parce que c'était chose nouvelle; c'est pourquoi il était en doute de ce qu'il ferait. Il demanda Anne, la mère de Marie, pour prendre son conseil, car il la savait être femme selon Dieu ; et quand elle fut venue devant lui, elle lui donna
ifg^ a iMimattre pMiilieurs faits miraculeux qui lui ./ <i|i0nl îipiTâB au retour dernier, qu'elle offrit «dp» fijUbMIf temple, dont le prêtre conçut en- ^ "^HP-I^W fifrand doute sur ce qui devait faire ; anbi 0 léMlut de faire venir les prêtres du tem- : ^p et s'en aiki avec eux audit temple, se prosternant contre terre, priant Dieu qu'il lui plût leu^ inspirer ce qu'ils devaient faire. Lors vint une yojf, du grand autel nommé Sancta Sanctofum^ difÀnt : Il sortira une fleur sur laquelle se reposera le Saint-bprit, ainsi qu'Isaïe a prophé- tisé. Qufiid le prêtre entendit tout cela, il fit assembler tous les hommes à marier étant de la lignée de David, leur commandant que chacun d'eux apportât une verge au temple, et la verge de « celui qui proéuirait une fleur sur laquelle poserait le Saint-Esprit, il aurait Marie en mariage; ce que chacun fit, excepté Joseph. Et parce qu'il n'y eut aucune verge qui fleurit, il fut dit à Joseph qu'il apportât sa vei^e, et en la mettant avec les autres sur l'autel, incontinent elle produit une fleur, sur laquelle descendit le Saint-Esprit, en forme de colombe blanche. Quand Anne sut que Joseph aurait sa fille Marie en mariage, elle ^ n fut fort joyeuse, car elle savait qu'il était cra
gSÊdLût DiBu et >q«'ii la Touèait êtticMii jçél que likn souvent bu^t ^ viuigeait a^fectpfefiiqiiii te tr^>ds ée "SM mari, il i'aliait sottlWÉ «tHri|||«r eftwn tedûûi, comine s'ii««àt été folK^wll^^ aiis$i elieai^tt «noore une filto Tiirluribi^ étàloîMa iMiise l'amitié entn Anne et Jcsepli f«lF#li|p hm
GOilQ^ MARIE FUT DOI^^E EN MARIAGE A JOSI^^AR LE ^
SOUVERAIN FRÊmE.
lôs^h ¥oy«nt<fue la ^vioe I^videiice toulait npCil eût en n^euMge Marie, et sadiaat qu'elle avait voué à Dieu sa chasteté, il fut réjoui, louant Dieu qui lavait conjoiiit aime telie pérsonite qui avait été par ses parents oierte et pré- sentée à Diefti le créateur , et lui avak ofiSei4 sa ^rginité , afin de vivre en chasteté , et qui lui a^t aussi proposé de demeurer ei vivre en «chasteté.
<Qua»d Marie "vit que le souverain prêtre et les Mais de Jôsepih parkîent de ^hire ie mariage est^ tpe lui^ft 0tte, elle peftsaau v^a qu elle avait fait, iBt ibaisâa les ye»x. Quand Aune d aperçut, edk la
tira à lèOÊÊt aTec aiieiquai^té de filles du tem-^ ^ fie ^i tiédiraient être Ms compagnes, et alIèFént ensctnbie en Nazareth oè elle demeurait. Josepb se retira en son logir^sour pn^aiw ce qui était fiéoessiîi^ pDur les aooês. Certains jùutb afirès, to sMrvemii prttre tes maria. Quand Marie ftit,^ dearaée à Joseph «en mariage^ ib s m allèrent avec leur mère Anne en Nanreth, y demeurant assee bon €^aDe àe temps, pendant lequel temps ib devaient se préparer potn* eélébi^r les noeea^ Jctt^h se retira en diligence, et se prépara pour reoevoir Marie, son épouse, en sa maison.
GOIQCE L'ANaS <}ABRI£L ANNONÇA A MARIS Qu'£LL£ CONGE
VRAIT LE FILS DE DIEU.
Ainài eonune loseph ee préparait en diligence de recevoir Marie, mn (^use^ en aanikaisou, Vium^ Gabriel vint, comme le témoigne saint Lue, ôm<- voyé de Dieu à IVazareth à la vierge épousée à un nommé Joseph., de la maison de Davkl, et le nom de la vierge était Marie. Il est vraisemblable, comme écrit saint Bernard, que la vieiige Marie était en sa chambre enfermée, et a'comrçaît
à la lecture de la sainte Écriture : l'ange Gabriel entra vers elle, et lui dit : Je te salve, Marie . vleine de grâce, le Seigneur est avec toi : tu es bénie entre toutes les femmesr^
Quand elle eut oui cette parole, elle fut trou- ,blée, pensant quelle était cette salutation. L'ange lui dit : Ne crains point, Marie, tu as trouvé grâce envers Dieu, iu concevras et enfanteras un fils, que tu nommeras Jésus ; il sera grand , et se nommera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera en la maison de Jacob éternellement, ^ son rè- gne n'aura point de fin. Marie dit à l'ange : Gomment cela s'accomplira- 1- il, car je n'ai aucune connaissance d'homme ? L'ange lui dit : Le Saint- Esprit surviendra en toi, et la vertu du Souverain t'obombrera, et l'enfant qui naîtra de toi s'appellera le Fils de Dieu; et Elisabeth, ta cousine, a conçu un fils en sa vieillesse, et voilà le dixième mois de sa grossesse : rien n'est impossible à Dieu. Lors Marie dit à l'ange : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. Ainsi, du consentement de Marie, ce message fut mis à exécution par le Saint-Esprit, et elle conçut le Fils de Dieu.
(SOMICE BIARIE TISITA SA COUSINE ELISABETH.
Peu après que Marie eut été saluée de 1 ange Gabriel, et qu'elle se fut soumise à la volonté du Seigneur, elle s'en alla, comme écrit saint Luc, ayec empressement traverser les montagnes pour se rendre en la maison de Zacharie, pour saluer sa cousine. Elisabeth entendant cette salutation de Marie, Tenfant qui était en son sein tressaillit de joie, Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit et s'écria à haute voix, disant : Bénie tu es entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre, d'oti me vient ce bonheur, que la mère de mon Sauveur vient à moi? A ton entrevue, l'enfant qui est dans mon sein a tressailli de joie; tu es bien heureuse, car les choses prédites sont accomplies. Lors Marie composa ce beau cantique, Magnificat. Marie demeiira là près de trois mois, puis s'en retourna en sa maison.
JOSEPH, VOYANT MARIE, SON ÉPOUSE^ ENCEINTE, LA VOULAIT SEGRÂTEMENT ABANDONNEE^ ET COMME L'ANC» L'EN DÉ- TOURNA.
Lorsque Marie fut donnée à Joseph en mariage, et qu'elle fut de retour de la maison d'Elisabeth,
comme écrit saint Matthieu , Joseph, apercevant qu elle était enceinte, ne la voulut point diffamer, OWis résolut de la laisser ; et aomme U ^vait œtte voloB^i l'ange s a{^parut à lui ai songe, disant: Joseph, £ls de David, t^ veoiUa craindre de recedu ISaint^Esprit ; ^e enlanter^ un fil&- qui se noaunara Jésus^ et sera celui qui sauvera sou peupla. A ces paroles, Josej^ fut consolé de }auge, et reçut son ^usa Maria en sa nuuson, la garàant soiguauaemaut.
Toaaûoai ^(ym£<<«siQi^3^QR voulait qhb mim^ sa I0;kb
FUTUBE^ ÉPOUSÂT JOSEPH.
Il faut savoir, pour plusieurs raisons, que Notre-Seigneur voulait que sa mère épousât un mari , Premièrement, comme écrit saint Ambroise, pour éviter toute mauv^se suspicion eu la voyant enceinte, si elle n'eût eu mari. Dieu voulant que ce mystère fût couvert du sacrement da mariage, pour empêcher la calomnie ; car Ton croyait Marie enceinte de son mari Joseph ; autrement, sans ce mariage, las naanvais esprits eussent jugé Marie êtra adultère, et tout cela a été affranchi par la
moyea du maiiage, c'a été aossi afin qae tosepfa fût époux secourable à Marie et à l'Ënfont JésiM^ comme nous le voyons dans la fuite en Egypte, et par mu retour après k persécHtion d'flérodd, ainsi qu'écrivent saint Mrôme^t saint Ambroise, afin que ce mystère ne fût connu aux mauvais esprits^ afin «p'âls œ cassent au frai qu'il fitt le Fils de Km.
AïffXE SE BJÈJOUIT, SAGHAJST QUE MARI£« Bè. FUi4> AVAIT
CONÇU XE PUS DE DIEU.
Ouand A«ne entendit parier de Mèxie^ sa fille, et aussi de la sal«tatiosi qae Tange lui a^ait laite. et >amiime elle avait conçu le Eils de Dieu, eUe fut réjouie, donsaout btoédiction au âeignettr de tous ses dons et grâces, disant : 0 Dâeu ! si favais autant de langues comme j'ai des parties en moa €01^8, je les emploierais toutes peoi* louer votre infinie Ijonté, pour les grandes merveilles que vo«s opérez en n» fiUe pour lie salut de tout le BMKude. 0 vous, ciel H terre , et AcMites créatures qai 7 sont, et oeox qui sont^omstitués aux limbes «t ténèbres, réjouissez-vous avec moi^ donnant
louange et bénédiction à Dieu de son immense miséricorde envers nous.
GOMME ANNE, LA NUTT QUE JÉSUS*GHRIST FUT NÉ^ CHERCHA
MARUSy SA FILLE.
Ainsi qu*Anne en grand désir attendait l'heure que Marie, sa fille, enfanterait J.-G., elle était en grand soin pour préparer ce qu'il fallait. Elle prépara un riche lit pour Marie et son fils, elle fit aussi un berceau de bois de cèdre, que lui avait donné le Chevalier de Jérusalem, en reconnaissance d'avoir recouvré la vue à sa naissance, comme il est dit ci-devant. Enfin l'heure approchant que Marie devait enfanter, Anne alla en Jérusalem pour chercher tout ce qu'une femme a besoin quand elle est accouchée. Quand Anne fut allée en Jérusalem, il vint un édit de l'empereur Auguste, que tout le monde de son vaste empire fût mis en écrit, comme le récite saint Luc ; ainsi chacun se retira en la cité d'où il était natif, pour se faire mettre en écrit. A cet effet, Joseph se retira en Bethléem; parce qu'Anne n'était pas en sa maison, il n'osait laisser Marie, soa épouse, seule, à cause qu'elle était au terme
de son enfantement ; il la mit sur un âne, parce qu'elle ne pouvait cheminer; il prit aussi un bœuf pour vendre , afin d'avoir leurs nécessités, tandis qu'ils seraient dehors, car ils ne savaient pas quand ils pourraient revenir ; et ainsi vint Joseph avec Marie en Bethléem. Lorsqu'Anne revint de Jérusalem à la maison , elle ne trouva pas Marie, ce qui l'affligea d'abord. Ses voisins lui dirent qu'elle était avec Joseph en Bethléem, pour satisfaire au mandement de César. Anne craignait que le jour de l'enfantement de sa fille ne vînt à arriver en chemin, ou avant son retour en Nazareth ; c'est pourquoi elle se mit en chemin, et s'en alla vers Bethléem. Il arriva qu'en chemin faisant, elle se trouva surprise et égarée de son droit chemin ; quand elle s'en fut aperçue, elle s'assit à terre pour se reposer ; elle commença à pleurer très-amèrement, craignant qu'il ne fût arrivé quelque inconvénient, et fut en grande tristesse et ennui jusqu'à l'heure de minuit, qu'elle entendit un chant mélodieux, résonnant en l'air, et eh outre elle ouït une grande joie : Gloria in excelsis Deo^ gloire soit à Dieu Très-Haut, et en la terre paix aux hommes de bonne volonté. Lors les anges la vinrent consoler, lui assurant que
Marie, sa filte, était devenue mère en Pik de Dieu toot-puissant. A ces paroles, Aone fut menreil^ teusanent consc4ée et réjouie, béiiissaiit Dieu de tout son eœor.
GaHME ANNE 8*EN AIXA EN BSTH£ÉB1I FOtm GHEEGHSR lU&IE, SA FUXE, AYEO JOtSUS.
Anne ayant entendu des angei^ ce chant mélodieux et ces paroles de paix qu'ils annonçaient aux hommes, elle refirit le droit aheoiin qu elle avait perdu, et s'en alla vers BethléesDi, Et étant arrivée, demanda de maison en maison, Marie et loseph ; mais personne a& {MMtvait liû ea rendre raison ; toutefois quelqu'un lui dit qu'on les avait vus, et qu'ils cherchaient h loger, e4 qu'ils ne pouvaient trouver logis, mais qu'ils ne savaient ce qu'ils étaient devenus, Anne, entendant cela, fut remplie de tristesse, et s'en retourna vers Nazareth, croyant qu'ils y seraient retournés depuis qu'elle en était partie; y étant arrivée, elle ne les trouva pas ; elle ne savait que faire d'ennui ; elle s'en alla vers Jérusal^oci pour les chercher, pensant qu'ils pouvaient avoir été dévorés, ou qu'il était arrivé quelque chose d'extraordinaire.
Bt quand Anne vint en Jérusalem ^ eUe cbeireha par la dté Marie ef Joa«j^h, et elle n en ouït nulle nouvelle, et se prit à se déeîonforter et à gémir» et ne savait que faire ni dire.
COMME ANNE TROUVA LES TROIS ROIS^ ET LEUR DEMANDA s'ils n'avaient point vu ni rencontré sa fille MARÎi ET JOSEPH.
Or, ainsi qu'Anne était fort déconfortée^ et que si Icaiguement avait cherché sa fille et ne Tavait point trouvée^ ne se pouvait contenter, sans encore les chercher jusqu'à ce qu'elle les eût trouvés; c'est pourquoi elle s'en alla derechef en Bethléem^ les cherchant à l'autre bout de la cité, où elle les avait d^à cherchés, elle rencontra les trois Rois auxquels elle demanda en pleurant : si en chôaûn ils n'avaient pas rencontré un homme et mxe femme, leur déclarant la forme ^ façon comme ils étaient^ dont l'un d'eux considérant qu'Anne paraissait une feuwne pieuse et vertueuse, de cojoapassion descendit de dessus sa monture, lui demandant la cause de son deuil» Lors Anne voyant qu'un grand personnage par
Marte, sa fil te, était devenue mère en Fils de Diey tont-puissant. A ces parcdes^, Aone fut merveil*- leusOTient consolée et réjouie, bissant Dieu de tout son cœur.
GOMME ANNE S*EN AIXA £I» BSTHKÉEM POim GHBRGHER lU&IE, SiL F]£l£, AYSO JOtSUS.
Anne ayant entendu des anges ce chant mélodieux et ces paroles de paiic qu'ils annonçaient aux hommes, elle r^rit le droit ahemin qu'elle avait perdu, et s en alla vers Bethléeso^. Et étant arrivée, demanda de maison en maison^ Maria et loseph ; mais personne »& {MMtvait Ijoi en rendre raison ; toutefois quelqu'un lui dit qu'on les avait vus, et qu'ils cherchaient à longer, et qu'ils ne pouvaient trouver logis, mais qu'ils ne savaient ce qu'ils étaient devenus, Anne, entendant cela, fut remplie de tristesse, et s'en retourna vers Nazareth, croyant qu'ils y seraient retournés depuis qu'elle en était partie ; y étant arrivée , elle ne les trouva pas ; elle ne savait que faire d'ennui ; elle s'en alla vers Jérusalem pour las chercher, pensant qu'ils pouvaient avoir été dévorés, ou qu'il était arrivé quelque chose d'extraordinaire.
s'entrebaisèrent en grande révérence, et se séparèrent Tun de Tautre, et Anne en grande admiration oublia à demander au Roi son nom.
ANNE TROUVA SA FUXE AVEC JÉSV8 ET JOSEPH.
Lorsqu'Anne fut arrivée en Bethléem, elle s en alla en Tétable où Jésus était né, et le vit gisant en la crèche : et sitôt que Marie aperçut sa mère, elle alla au-devant d'elle et la reçut en grande joie, lui disant qu'elle fût la bienvenue, aussi fit Joseph, et de grande joie commencèrent à pleurer. Marie et Joseph menèrent Anne à la crèche, où était le doux Jésus entre Tâne et le bœuf . Aussitôt qu'elle le vit, elle se prosterna à ses pieds, et ladora, disant : 0 mon Dieu I ô mon Sauveur I ô Fils de Dieu tout-puissant l ô mon Dieu mon créateur l ô Bai des rois l ô Seigneur des seigneurs! quoi! cette étable est votre palais 1 Cette crèche est-elle ' le précieux berceau que Je vous avais apprêté ? Après elle leva les yeux vers le ciel, et pleurant tendrement, puis dit à Marie : 0 ma très-chère fille ! le reconfort de tnon âme, est-^e là le riche lit que je vous avais préparé ? En outre regarda autour d elle, et vit cette étable ou-
veri^ ^t démolk^ àù (oas côté»^ elle dît, les lanoBs aux ^mj^ i 0 mon enfmtl le ûmir me fend de la grande tri^f(sm m Je mis de voir ce prédeme trésor de tout le monde être exposé dans ce lieu à Finjure du temps fit de C0ttfi rude saison. Lors Marie fia fille et Joseph la reconfortaient doucement, disant que c'était la volonté divine, et que Di^ Tavait aitosi Toulu ; ils lui dirent ^ocors plusieurs autres raisons conspla^tes, dâ sor^ qu'elle fut consolée. Lors ail® prit Jésus entre ses bras, le baisant ^n grande dévotion ; Jésus Tembra^sa de «es petite bras, Taccola, et lui montra signe 4'ftffîoup. Elle den^eura avec eux, les assistant en ce qu'elle pou^ vait, attendant le jour de la Purification, suivant la }oi dQ Moïse, afin qqi'après ils se puissent retimr vers elle en Nazareth en sa maison, et pensait GoUoquer TEnfant Jésus au riche berceau qu'elle liji avait fait faire, et Marie au beau lit qu'elle lui avait préparé.
eOMMB MARK, Amm ET K)SEPH AVEC JÉSUS ALLÈRENT Atl
T£]1^LE DE JÉRUSALSIf.
Et quand le jour de la purification de Marie ftit arrivé, savoir, quarante jours après la nativité de
Jésus, Marie, Anne et Joseph furent tous ensemble avec Jésus en Jérusalem ; et quand ils furent arrivés, ils allèrent au Temple pour y faire leurs prtères et offrandes selon lordonnatioe de la loi; puis ils retournèrent en ^Nazareth, et sa réjouit fort de ce qu'elle recouvrait Jésus en sa maison honnêtement, et s'en alla devant, laissant les autres a^ec Misirie, afin qu'ils vinssent à l&iiv aise.
GOMME L'aNOE S'APPARUT A I0S8PH, L'eXHOUTA A MEMSR h'XKIfÀJXT BT SA UÈBE SN é6YPTS«
Quand Anne fut retournée en Nazareth en sa maison, Marie, Joseph et les autres étaient encore en chemin, l'ange vint à Joseph en songe, disant qu'il se levât, et prit l'enfant avec sa mère^ et s'en allât en Egypte^ et ne sortit de là que quand il lui dirait ; car il était certain qu'flérode ehetr^ chait Tralant poujr le mettm à snort. Joseph «e leva vite, et avertit Marie, qui fut triste, d'autant qu'elle ne pouvait avertir Anne^ sa mère, de kut départ. Joseph mit Marie sur son ène avec Tfin^ fant^ésus, et Joseph les cenduisaît en crainte dans ce pénible voyage
HIRAGLE. '
On trouva en écrit que quand Jésus arriva en Egypte, toutes les idoles qui y étaient tombèrent et se démolirent.
DE LA TRISTESSE B'ANNE A CAUSE QUE 8â FILLE^ ÉTAIT
» DEMEURÉE DERRIERE.
Quand Anne vint en Nazareth dans sa maison, elle la prépara le plus honnêtement qu'il lui étail possible, pour recevoir TEnfant-Jésus avec sa mère, et désirait fort leur arrivée : elle allait souvent regarder si elle ne les verrait point; et n'apercevant rien, elle s'en alla au-devant d eux vers Jérusalem, craignant qu'il leur fût arrivé quelque inconvénient en chemin, d'autant qu'ils demeuraient si longtemps; et quand elle eut beaucoup cheminé, elle demanda, de maison en maison, si on ne les avait point vus, les dépeignant comme ils étaient. Quand elle vit qu'elle n'en pouvait avoir des nouvelles, elle s'en alla en Jérusalem, étant fort désolée, et demanda partout si on ne les avait point vus ; elle fit le semblable en Bé-
thanie^^trBbthléem, en Jéricho, en Afrique, en Syrie, en Sanlarie, à Nalm, et en tous lieux où il élâit ^ssiide daller ; mais, hélas! elle ne put découwir où ils étaie^it.
Quand Anne eut cherché un an, et ne les pouvait trouver, elle prit le chemin de sa maison, disant : Hélas ! que je suis désolée ! et quel précieux trésor ai-je perdu ! Plût au Seigneur de me priver de la vie, car je lai bien mérité, puisque j'ai laissé ma mère Émérantiane l'espace dé deux ans ainsi chercher en tout pays après moi en grande dou<* leur de son cœur; j'aperçois à présent quel ennui elle pouvait avoir pour l'amour de moi. En cette tristesse, elle s'en retourna en Bethléem, afin qu'encore une fois avant sa mort elle put voir le lieu et la crèche où Jésus avait reposé.
QUBLLE FUT LA COMPASSION d'ANNE VENAIÏT EN BETHLÉEM^ VOTANT LE MASSACRE DES PETITS INNOCENTS.
Quand Anne, pleine d'ennui, fut venue près de Bethléem, elle ouït les cris perçants des Innocents, et les lamentations pitoyables des mères qui pleuraient de telle sorte, que non-seulement les personnes en étaient tristes, mais aussi les
«nimaux, èar le bi^ah était si g!vàltid,^^^|ti»1|pi|rtej^ ttatare était daûs k eonste^ation ; hssi hiBûi% lés ïffébis et autres bestiaux étaietit mrrtÉs âint' lu campagnes, marquant par^tem* sitiiatroii kn^trkhtesse eài ikr étaient;; et fe«?s<{ïDe Anne aj^ptrochlu de plus ppès la cité dier BethMem. dDe rmtk à^ pins en irlm Bas elamenr»; et entrant m la cité:, elle tskiesi pieiitst inneisenfs gisant pair les( mesv nerts àMis; niGKDûbmv ei le ssavg^ qnè domlait psr lesr rues. SHe ^ avssi (Se» enfests que les bonfreafloi inkualiaiiïtsr avaient é^rgés estre 11b» brsas àtà i&sPs inètesj
PlusSBuirsrpèiiBs et mères sumvent teuBsr enfents, pteurafvfc éti â^'àtrraahairt les cheTenx ;> 6'auÉFea ofi^ fraiewt lenF fcierr pjoup âaiBvesr la vie de leurs enfants ; maLs Fien n' était c£^ble de^ ks épargner de cette cruauté ; leur résistance leur faisait quel qmeffîis. perdre Lat vie avec celle dje leurs, enfàaits; et générafenaent tont le» mondes était daos' la consternation dans ces villes affligées ; il y en avait «vônae (fkJki q;uittaient lerir deJaKÉeure^ p^iw^ s'épargner de voir «-ae pareille êruaulé. 0 Dâe» lout- {Hiissantf jecdMinais à cette hem*e que, depuis que ja sui^i wante, }e n'ai vu. semblable tyrannie. SedgneujT tout miséricerdieux, co^s^lez ces^ païF-
yre9 filerez âé^cAéës, dont lei^ petits^ enfsffit9 ont êié mméàcté^. té vems prie, ôDieii Irès-béni, de ptëT^re Vengeance de ceuli t^ni sont les àtrtews êë cet borrible earan^ ; car le mofidie nnivei^sèl ne* fsmTdit réjiarèr uÉe lelle offense ;' il n ip ce qvte tôtM" seul, mon I>îen, qët la^ puissiez réparer.
éMe vti KÂÉÈAàiÈÂ iÈê PÉt^s tniÉmiti moitii oti tiÀititi
DANS IBS BfOBS, PLONOÉS Biaïl^ lEUR Si!I7G,' 1^013 l£8' ffi SNT^UREE.
Quaafé Anne vit qu'Hérode eut ini« à mort 1^ petits enfants, et que le peuple ému de pitié s'était retiré hors de Bethléem, elle fut touchée de compassion à la vue de 6es pauvres innocents qui étaient jetés çà et là dans les rues ; elle les mit dan* un endroit pour les faire enterrer en grande révérence. Qnafid, qtMlIr&jours passés, le* peuple^ (|iii sr' en était enfui, revint ôhacnn en^âmaisonv et voyant kgraside cbcn*i€é qu'Anne* avait montrée ewer^ leurs enfanta morts, iU disaâenf! Vtm k Fautre : AfMkn& nous a fait déjà bealiiconp de bien* au temp^ passé, en guérissant nod aVeugles, boiteux, panfal^iques et autres malades, et i nous, en donnant la sépulture à nos enfants, et nous eà
sommes ingrats , même voyant sa fille enceinte, n'y a eu nul d'entre nous qui lui ait donné le couvert ; ainsi il fallut prendre logis dans cette étable, où elle enfanta, et personne de nous ne Ta assistée ; c'est pourquoi il est à douter qu'à cause de notre ingratitude. Dieu nous a envoyé cette punition ; et en outre, dirent : Anne , dame pitoyable entre les filles de Jérusalem, n'a été trouvée semblable à toi, nous te remercions de tes bienfaits ; nous confessons que nous sommes insuffisants pour te remercier comme il faut. Anne alla consoler les pères et mères affligés.
ANNE FUT PRENDRE SON REPOS OU JÉSUS-CHRIST AVAIT
ÉTÉ NÉ.
Six jours après, Anne s'en alla dans l'endroit qui avait servi d'asile à Marie pour enfanter le Fils de Dieu; elle était pour lors fatiguée et n'avait guère mangé ; elle se mit à genoux là où Jésus-Christ avait été pour reposer , elle fit son oraison devant la crèche, puis prit un peu de foin de la crèche, où Jésus-Christ avait été né, et se mit dessus pour prendre repos, et étant endormie , elle fut ravie en esprit et vit toutes les
peines que Jésus-Christ souffrait pour le salut de son peuple, et qu'il s'était à cette cause fait homme , et qu'il était convenable pour le salut du genre humain; ensuite elle vit les douleurs que Marie sa fille, avec ses deux sœurs et leurs enfants, enduraient et combattraient pour Jésus-Christ jusqu'à la mort. Anne s'éveilla ensuite et dit :
0 doux Enfant Jésus ! vous êtes cet agneau innocent qui sera immolé sur le Calvaire pour le salut du monde : ô peine salutaire I ô douleur bienheureuse ! que tous ceux qui descendent de moi puissent ainsi souffrir pour votre nom, s'il est ainsi prévu convenable, et que mon propre corps demeure sans souffrir peine ; et pour cela, je vous prie, mon Dieu, qu'il vous plaise me montrer un lieu là oîi, pour l'amour de vous, je puisse châtier mon corps ; je veux réconcilier l'arbre, afin que le fruit en venant ne soit à mourir, car je sais le fruit être précieux qui durera toujours.
ANNE PARTfT DE BETHLÉEM POUR SE RETIRER DANS LE
DÉSERT.
Quand Anne eut résolu de se rendre dans le désert pour l'amour de Dieu, pour y mener une
TÎe austère, elle firf prendre» eoisf^é Am p^tmvës^ âialaée» qu'elle arrah eomttfin^ â!e^ soulager, êl âiPtot de partir elle Im oigfât et leur didtfikm» ismsû le resté de i^és bien»/ Gela faiéy eèk'prrt eem^ d*f u]t et s en alla daas lesr déserta* Quatld les pft«M tre& le surent, ils caurfireait après elle^y pleorànt et disernt : Notre mère et bienfditriiGer fioils à laîs*^ sé&é Qui sei^a-ee qui aum sohi de* lÊ&ùt ? qui nous assistera en Bios ûéeessiéés ? qui noua dD&»era à \mT^ et à manger 9
Soleil, éckâ>rez-neus,< afin qae no^» puîsdkms^ trouver Anne qui nous* a fait tainè de bien : îis se lamentaient et eeuraient par le désert pour la rechereher ; mais^ ils ne^ purent k trouver, do^t plusieursmoururent de chagrio.
I. YIB ALTÈRE DE SAllSTK AîîNB.
Comme Amie avait proposé de là en avant de mener une vie austère, elle le mit à effet ; car depuis ce temps elle ne coucha point sur son lit, mais sur la terre ; et sa nourriture était du pain et de l'eau ; elle visita les malades et pansa les pauvres, et oignit ÏB^ pèlerins de précieux oigfaements. Elle faisait le sembk|ble aux ladres, quoiqu'ils fussent
difformes; etie n^tojraif et rmikÊ^^Mt hm» habite; de sorte' qm ta renomniéei dé ^a ssiiftte vie se ré]piaDdil pdf tout le pays, déaiin^ins eUe( èn^^ servû son humitité. II serait à soÉhâitér (|#e' lèS riches et les pertfvrei» imitass^ôt sa sainte vie. A Yàg^ de ciûqiraiïle afis,^ etle ^tfeprit âêrhr&m^ eore p\np anistèff emeurt ; t'e^ potrr^tfoî elle sm^ fofiça da»» te àé^eni le plias seit^et qu'dtei pùk trouter ; éûë s'arrèts^ dans vm eiïdrolt où il y avait vue eaverne^sifr Biite hauteur, et en icelle s'èwallta reposer,, et ne mangeait que àm mcines ; çorand elle ajfBk smf^ elle^ allât ehercbe? de Fea» à denx htxtea^ de là, et cette austérité ceiitÉDua j^cisieiirs annciesv
Àànm ériirr' àx désert f«t tsm^A^ dé* i'ii»N£iii.>
L'eiinemi^ venant qu'Ana» vinraàt saintement dan^Ie désert, en fu< envieux ; il se transforma en uni jeune homme, eomme s'il eût été un ang«' envoyé dfe Dieu, il vint à elle, disant : Anne, lève-foi promptement et wiefâ mec nm; ear Pieu m'a en-- veyépâur te mener ait est ta fille et ^n enfant, et ils se sont finmoyés axt désert o(à ils sâMt' entrés eherchtmt cptès toi. Anne se levuf^hien vite et le
suivit, pensant que ce fût un Ange envoyé de Dieu. 11 la mena au pied d'une montagne fort haute et droite, de sorte qu'on n'y pouvait monter qu'avec grande peine. Lors le malin esprit lui dit : Anrm, Ton va voir maintenaru si tu aimes Dieu et si tu veux châtier ta chair pour T amour de lui, suismoi. Anne répondit : Je monterai la montagne d'amertume. Mais ne regarde nullement derrière toi. Il monta le premier en haut, et elle après lui. Quand ils furent un peu montés , elle trouva des pierres tranchantes par où il fallait passer, de sorte que les pieds d'Anne se coupaient dessous, dont le sang en sortait de toute part. Anne, voyant cela, dit en se lamentant : 0 Marie, ma chère fille ! si tu passes par ici, considère ce chemin arrosé de mon sang en te cherchant. Lorsqu'elle s'efforça de monter encore plus haut, elle trouva encore des pierres plus aiguës, de sorte que ses pieds en étaient déchirés ; ce qui la fit tomber à terre de faiblesse : en cet état elle dit d'une voix plaintive : L'esprit est prompt, mais la chair est faible. Lors l'ennemi, qui était sous la figure d'un ange, lui dit : Si tu ne peux marcher, permets que je te traîne mr le sommet de cette montagne. Elle lui permit. Cet esprit malin tira Anne au haut de la
montagne et heurta son corps contre les pierres tranchantes, de sorte que tout son corps était dé- coupé. Lors Anne dit: Mon Dieu, béni soyez-vous, qui m avez donné une créature qui châtie mon corps et éprouve ma patience; je le souffre volontiers pour votre amour.
UN ANGE CONSOLA ANNE , ET LA DÉLIVRA DE LA TTRANNDS
DU MALIN ESPRIT.
Anne étant en grande peine et douleur, l'ange de Dieu vint à elle, lui disant : Je te salue, âme généreuse, sache que Dieu a pour agréable tout ce que tu as souffert pour l'amour de lui , et tu en recevras la récompense ; car tu as enseigné à tout le monde comment il devait vivre en l'amour de Dieu et de leur prochain, et comment il faut chercher Dieu pour le trouver. Quand il eut dit cela, il la porta où l'ennemi l'avait prise , et soudain toutes les plaies furent guéries, et fut aussi saine que jamais.
JÉSUS ET MARIE AVEC SES SCEDRS VISITÈRENT ANNE AU
DÉSERT.
Après qu'Anne eut longuement continué sa vie austère au désert, et étant pour lors âgée de
saptante-iin ans, elle eommen^k à décliner; elle avait toujours vécu en tristesse depuis qu'elle s'était vueséparée de Jésus et de Marie, ne sachant oùik Paient* Mais Jésus, le Fils de Marie, qui Gcmoaissaît tout selon sa divinité, savait bien où elle était ; il avait été témoin oculaire de ses souffrances et de son austère pénitence ; il savait bien aussi qu'elle était près de son décès et qu'elle se préparait à la mort.
Jésus dit à sa mère: toiit l'Ancien Testament ne ïUMB a pas fourni un plus parfait modèle de vertu que ta sainte mère, qui incôssamment est ^nbrasée de l'amour divin, et doit bientôt passer de ceUe vie à Tautre pour y jouir du repos éternel.
Pour ce, ma mère, allons ensemble, tes sœurs et leurs enfants, pour la voir, et la consoler avant sa mort. Quand Marie entendit ce discours^ elle fut réjouie de ce qu'encom une fois elle pourrait voir sa mère et lui parler ; elle assembla ses sœurs et leurs enfants, puis s'en allèrent, Jésus avec eux, dans le désert, où saint Jean-Baptiste fit pénitence près du fleuve du Jourdain, lequel désert les enfants d'Israël passèrent avec Josué à la Terre promise, et parce qu'Elisabeth, mère de saint Jean, était sœur d'Anne, Jésus lui dit :
Viens aussi Toir ime sai&ta dame dans le désQrt, qui mène une vie aiigélique dans un corps mortel ; ma mère a reposé neuf mois dans son sein, sa grande sainteté attire sur elle les regards du ciçi et de la terre; et poqr ce, il e^t çonvanable, vu que nous sommes encore sur la terre, que nous lui allions rendre visite. Quand saint Jean- Baptiste eut ce entendu, il fut réjoui, dénirant de voir larbre qui avait porté de si précieux fruits.
JÉSUS VINT VISITEE SAINTE ANNE AV£G BA COMPAGNIE, ET GOM¥E ILS FUilENT EEÇUS.
Lorsque Jésus et sa compagnie furent arrivés vers Awe au désert, elle en fut joyeuse; elle se leva, fut au*devant d'eux et les reçut en grande révérence. )é^w et Marie allaient devant les w*^ trefs. Quand Anne fut auprès de Jésus, elle se prosterM à sm pieds, et les baisa en pleurant, puis chantent le psaume , In t^, Domine, ^p^ rmi» etc. En vous. Seigneur, j'ai uiis ma confianf»,je »e serai point confondue éternellement. Ce psaume continua jusqu'il la fin. Puis après* elto e]n)>ras(ia sa bonne fiU^ ayec tendresse, et fit le semblable h ses so^rs et à ceux de la suite.
Après cela, Jésus et Marie s'assirent, et Anne au milieu d'eux, et ceux de leur suite en firent autant avec leurs enfants.
LES BONS CONSEILS QU'ANNE DONNA A CEUX QUI LUI
RENDAIENT YISITE.
Lorsqu'Anne se vit au milieu de sa famille, elle leur parla avec tendresse, leur disant : Je vous prie, mes enfants, d'entendre ce que je m'en vais vous dire : C'est que vous vous aimiez les uns les autres, de sorte qu'aucune adversité ou peine ne vous sépare de l'amour fraternel; ayez mémoire que vous êtes issus d'une race telle que vous voyez devant vos yeux ; marchez dans les voies du Seigneur ; soyez miséricordieux ; ne condamnez personne ; soyez charitables aux pauvres ; menez une vie pure et paisible sur la terre ; ne soyez ambitieux des biens périssables de la terre, désirez seulement les biens étemels.
Je vous prie qu'au temps de la passion de Jésus, vous ne l'abandonniez pas ; car vous connaîtrez, après sa passion, qu'il est véritablement le Ré- dempteur des hommes. Quand Anne eut ainsi parlé, elle sentit que la mort était proche, elle
mît son chef sur la poitrine de Jésus, disant Ayez souvenance de celle qui expire dans votre amour.
JÉSUS VINT YTSITER ANNE AVEC SA COMPAGNIE, ET GOMME
ILS FURENT REÇUS.
Après cela, Jésus vit une grande clarté au ciel, où les anges étaient assemblés. Lors Jésus dit à Anne : Ma bien-aimée, ceux qui t'honoreront sur la terre et m'invoqueront en ton nom, seront exaucés. Ce mardi est le jour de ta naissance. Il est aussi celui de ton trépas ; c'est pourquoi je bénis ce jour, et le consacre en ton nom, et tous ceux qui t'invoqueront en ce jour, je les exaucerai, parce que tu as saintement vécu et glorifié mon Père. Et de plus, à cause de la grande sainteté de ceux qui sont descendus de toi, tu seras assise sur un des trônes de mon Père céleste, afin que tu puisses voir toute la lignée ensemble, et aussi tous ceux qui te serviront dévotement. Alors Anne dit à saint Jean 1 Evangéliste, lequel était encore jeune : Mon cher enfant, il viendra un temps que Marie ma fille sera dans une grande
afISictioD , et peu de gens alors confesseront la diviliilé de Jésus--Chri$t ; c'est pourquoi je yous
la recommande, je vous prie de ne la point dé- laisser dans ce temps d'affliction, car elle sera plongée dans une extrême tristesse ; à peine eutelle achevé ces paroles, qu'elle sentit approcher son dernier moment.
AfiBe posa sa fête sur k poitrine de Jésus , et Jésus mit son chef contre le sein, parlant aimablelaesl à die. Dans le monoient Anne étendit ses bra», Marie les lui soutenait, les arrosant de ses larmes. Lors on aperçut une clarté qui descendait du ciel, laquelle environna Anne. Alors elle prononça ce verset du psaume de David, disant : C^mme le cerf lassé désire les fontaines rafrakhissantés^ ainsi mon âme soypire après vous, 6 mon Dieu ! qui êtes la fontaine de vie ; quand apmraî" trai^je devant la face du Père cékste? Elle continua ce psaume jusqu'à la fin ; étant à la fin, elle rendit l'esprit à Dieu ; et ceux qui y étaient assistants se prosternèrent à terre, rendant bénédiction à IHeu en diverses manières, par des psaumes
et de» cantique ; mais par frs^lité ordinairci ils tersèreot beaucoup de laimes.
LE CORPS DE SAINTE ANNE FUT ENTERRÉ.
Quand Jésus et Marie sa mère avec leur compagnie eurent été près d'Anne l'espace de vingt jours, et qu'elle fut trépassée, ils portèrent son corps en Nazareth, l'oignirent d'onguents pré- cîeuî, parce que la mère du Fils de Dieu était sortie de ses entrailles, l'enterrèrent auprès de Joachim son mari : ils demeurèrent jusqu'au dimanche au soir : étant enterrée, ils la pleurèrent' pendant quarante jours.
CONCLUSION DE L*AUTEUR POUR FORTIFIER CE QUI S8T ÉGBIT
^ LA TBS BB SAINTS AJRVE.
Ckmime rien n'est impossible à Dîea, il ne €mI nullement douter des grandes merveilles que DiM a opérées en ceux qui ont vécu sûntement sur la terre ; c'est pourquoi nous voyons dans la vie des saints et saintes que Dieu leur a accordé le don de faire une infinité de miracles, et des ehoaes extraordinaires par la vertu de son aaint nom.
Ceux qui ont réclamé et qui réclament déYOtement sainte Anne^ ont ressenti les eiffets de sa puissante intercession auprès de Dieu.
Ainsi, au commencement (Archos), était la lumière (la dame des jours, Émérantiana) , et la lumière enfanta la grâce, et la grâce enfanta la beauté sans tache, qui fut nommée Marie. Ainsi commence cette légende qu'on pourrait appeler 4'éYangile de la Vierge.
Anne, comme sa fille Marie, se sanctifie dans les douleurs, car le génie du christianisme c'est le sacrifice.
L'innocent sacrifié pour le coupable! Quelle injustice! diraMichelet. 0 philosophe de l'amour ! pouvez-vous appeler injuste un sacrifice volontaire?
Le christianisme, c'est la grâce, parce que c'est le sacrifice.
C'est le devoir préféré au droit, parce que l'homme, en eiffet, n'a pas d'autre droit que celui de faire son devoir.
Et le christianisme lui dit que son devoir, c'est de se sacrifier pour les autres.
C'est en cela que le christianisme est surhumain.
C'est pour cela que si les fables païennes, justement admirées par Michelet, sont la Bible de l'humanité, l'Évangile est et restera le Testament de la Divinité.
Michelet, dans son livre, affecte de diviser la grâce et la loi, et de les opposer l'une à l'autre.
Comment ne comprend-il pas qu'au lieu de les diviser il faut les réunir, et que la grâce sans loi, mais aussi la loi sans grâce, sont deux souveraines injustices?
Son livre a toutefois ceci de grand et de vrai, qu'il démontre la grande et unique religion de l'humanité, toujours révélée à la foi par le génie, et toujours la même sous les voiles de toutes les mythologies et de tous les symboles.
M. de Mirville lui-même, ce diaboliste incorrigible, rend hommage à cette merveilleuse unité du dogme universel, qui est la catholicité des nations.
La haute philosophie de la nature, cachée sous les voiles de l'allégorie, a créé les mythologies
qui se continnei^ et se oouq^tent dans noft lé- gendes.
La légende ée sainfe Anne tirat à ee c^e d^in génieuses fables chrétiennes qu'on appelle lé*- gende d^rée.
ûefjte légende^ où res^rit symbolique du duris^ tianisme primitif se mêle aux nmves cro^BBoes du moyen âge, nous a semblé digne d'être reprodbiite et conservée. On y trouve quei^ae chose d'analogue à la belle fabte de Psyché. La gracîeitôe, la fiUe de la luix^bère^ c'est rame hiunaine, qisà a enfanté le mythe sublime de Marie, mère
Elle perd ses enfants comme Psyché a perdu l'Amour , et les cherche à travers les plus rudes épreuve. Elle est livrée à la malignité du mauvais ange comme Psyché à la colère de Vénus; mais le démon qui la traîne à travers les pierres aiguës et tranchantes la conduit cependant au but. Elle retrouve ses enfants après tant de fatigues, et s'endort pour l'éternité sur la pmtrinede Jésus.
Le sacrifice : voilà le grand mot du christiant^ne, et c'est ce que les Renan et les Miehelet ne comprennent pas. Le sacrifice est au^ssws
de toute justice, et c'est pour cela qu'il <M»i k raison sup{*ême de la grâce.
La nature est belle ssms doute . tnais elto est pleine de mort et de cûrraptkMi. C'est le sacrifice qui la transfigure et qui la conserve ; la kiatufe sacrifiée s'élève au-dessus d'elle-même, et de^ vient surnaturelle. Nous avons dit que le surnaturalisme n'est que le naturel exalté. Orti, exalté (^t divinisé par le sacrifice.
Sacrifice de l'esprit par la foi; sacrifice de la volonté par l'obéissance; sacrifice dos sens par l'austérité; sacrifice de la vie même par le martyre. Chrétiens! voilà vos titres à l'immortalité. Les anciens l'avaient compris lorsqu'ils inventaient le dévouement sublime, les pérégrinations, la virginité et le martyre d' Antigène. Psyché n'é- pouse l'Amour qu'après avoir poussé l'obéissance jusqu'à la mort. Hercule ne monte glorieux au ciel qu'après avoir arraché, lambeau par laml)(»au, avec sa chair saignante, la tunique de Dé- janire.
Souffrir pour être fort, mourir pour renaître immortel.
Voilà, suivant le symbolisme religieux universel. Tunique clef des grands mystères.
Résumons-nous.
L'esprit de sacrifice est esprit de Jésus-Christ. L'esprit de Jésus-Christ est celui de Dieu et de l'humanité, et la science des esprits n'est autre, si on la comprend bien , que la science de l'É- vangile.
ËPIL06UE
COMPOSÉ ▲ LA. MANIÈRE DES LÉGENDES ÉYANGÉUQUES
RÉSUMANT L'ESPRIT DE CET OUVRAGE.
I
LES YIYANTS ET LES MORTS.
'' En ce temps-là, le Christ passa par le champ des tombeaux, et il y trouva un jeune homme qui était à genoux et qui pleurait devant une croix.
En voyant ce jeune homme, Jésus eut pitié de sa douleur, et, s approchant, il lui dit : — Pourquoi pleurez-vous ?
Celui qui pleurait se détourna, et répondit en étendant la main : — Ma mère est là depuis trois jours.
Jésus lui dit : — Croyez-moi, mon fils, votre mère n*est pas là. On a déposé ici le dernier vê- tement qu'elle a quitté; pourquoi pleurez-vous sur cette dépouille insensible? Levezvous et marchez; votre mère vous attend.
Le jeune homme secoua tristement la tête et dit : — Je ne me lèverai point et je ne marcherai point pour aller chea^cher la mort; je l'attendrai et elle viendra; et alors, je le sais, je serai réuni à ma mère.
Alors le Christ : — La mort attend la mort, et la vie cherche la vie! N'attristez pas par une douleur égoïste et stérile l'âme de celle qui vous a précédé ; ne retardez pas sa marche vers Dieu par votre désespoir et votre inertie. Car son amour vit encore dans votre cœur, et vous ne l'aurez point perdue si vous la faites vivre dignement en vous. Au lieu de pleurer votre mère, ressuscitezla! Ne me regardez pas avec étonnement, et ne pensez pas que je me fasse un jeu de votre douleur! Celle que vous regrettez est près de vous; un des voiles qui séparaient vos âmes est tombé ; il en reste un encore. Et séparés seulement par ce voile, vous devez vivre l'un pour l'autre; vous travaillerez pour elle, et elle priera pour vous.
^^ Gomment trarmilierai-je poar eileî ttépondit rorphelin; elle n'a plus besoin de rien, lûaîîcrte-- nant qu elle est dans la terre.
— Vous vous trompes, mon fils, et w«^ ccmë^ fondez encore le corps avec le vêtement. Elle a plus que jamais besoin d'intelligence et d*amoiilr dans le monde des esprits. Or, tous êtes in vie de son cœur et la préoceaptation de son esprit, et elle vous appelle à son aide.
Ponr€[ue vous traversiee la vie en y fatsant du bien, et pour que vous arriviez près d'dle tes mains pleines lorsfsie Diev votis réunira.
Pour avoir le droit de se reposer, il faut travailler. Or, si vous ne travaillez pas pour votre mère, vous mettrez son âme à la gène. C'est pourquoi je vous disais : Levea-vous et marehez, parce que Tàme de votre mère se lèvera et marchera avec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faites fructifier sa pensée et scm amour.
Elle a un corps sur la terre, c'ert le vôtre ; vous avez une âme au ciel, c est la sienne. Que cette âme et ce corps marchent ensemble, et votre Bière revivra.
Croyez-moi, mon fils, la pensée et Tamour ne meurent jamais, et ceux que vous croyez morts
vivent plus que vous, s'ils pensent et s'ils aiment davantage.
Si la pensée de la mort vous attriste et vous épouvante, réfugiez-vous dans le sein de la vie ; c'est là que vous trouverez tous ceux que vous aimez.
Les morts sont ceux qui ne pensent pas et qui n'aiment pas ; car ils travaillent pour la corruption, et la corruption à son tour les travaille.
Laissez donc les morts pleurer sur les morts, et vivez avec les vivants !
L'amour est le lien des âmes; et lorsqu'il est pur, ce lien est indestructible.
Votre mèi'e vous précède, elle marche vers Dieu ; mais elle est enchaînée encore à vous : et si vous vous endormez dans la torpeur ou dans un chagrin égoïste, elle sera forcée de vous attendre et elle souffrira.
Mais je vous dis en vérité que tout le bien que vous ferez sera compté à son âme, et que si vous faites du mal, elle en souflTrira volontairement la peine.
C'est pourquoi je vous dis : Si vous l'aimez, vivez pour elle.
Le jeune homme alors se leva, et ses larmes
cessèrent de couler, et il contemplait la face du Seigneur avec étonnement, car le visage du Christ rayonnait d'intelligence et d'amour, et l'immortalité resplendissait dans ses yeux.
Alors il prit le jeune homme par la main et lui
Puis il le conduisit sur une colline qui dominait la ville tout entière, et il lui dit : — Voilà le véritable champ des tombeaux.
Là-bas, dans ces palais qui attristent l'horizon, il y a des morts qu'il faut pleurer bien plutôt que ceux dont les restes sont ici, car ceux-là ne se reposent point.
Ils s'agitent dans la corruption et disputent aux vers leur pâture; ils sont semblables à l'homme qui a été enterré vivant.
L'air du ciel manque à leur poitrine, et la terre pèse sur eux. Ils sont cloués dans les étroites et misérables institutions qu'ils se sont faites, comme dans les planches d'un cercueil.
Jeune homme qui pleuriez et dont ma parole a séché les larmes, pleurez maintenant et gémissez sur les morts qui soufiFrent encore! pleurez sur ceux qui se croient vivants et qui sont des cada* vres tourmentés!
C*est à ceux-là qu'il faut crier d*une voix puisK State : Sortez de vos tombeaux! Ohi quand doue retentira la trompette de Fange?
L ange qui doit réveiller le rnoode^ c'e^ l'ange de l'intelligence ; l'ange qui doit sauver le monde, c'est l'ange de l'amour.
La lumière sera comme l'éclair qui se lève à Forint et qui est vu en même temps à l'occident : à sa voix le corps du Ghri^, qui est le pain fra-* ternel, sera révélé à tous, et autour du coips qui doit les alimenter les aigles se rassembleroBt !
Alors le verbe humain, affranchi des intérêts égoïstes, s'unira au Verbe divin.
Et la parole unitaire, retentissant dans le monde entier, sera la trompette de Fange.
Alors les vivants se lèveront, les vivants que l'on avait crus mtorts et qui souffraient en attaidant la délivrance.
Alors tout ce qui n'est pas mort se mettra en marche et ira au-devant du Seigneur; tandis que les cendres de ceux qui ne sont plus seront balayées par le vent.
Jeune homme, tenez-vous prêt, et prenez garde de mourir!
Vivez pour ceux que vous aime^, aimez ceui
qm\ vi^^ent, et ae pleurez pas ceuji qui ont monté un degré de plus sur Téchelle de la m; pleurez ceux qui sont siorts !
Votre mère tous aimait, vous aime par consé- quent bien plus encore maintenant que sa pensée ék sofi amour sont affranchis des pesanteurs de la t^rre. Pleurea ceux qui ne peaseot pas à ¥Ous et qui ne vous aiment pas.
Car je vous dis en vérité que l'humanité n'a qu'un corps et qu'une âme, et qu'elle vit partout où elle se sent travailler et souffrir.
Or, un membre qui n'est plus sensible au bien- être ou à la doiftleur des autres membres, est mort et doit être bientôt retranché.
Ayant dià ces choses^ le Christ disparut aux yeux du jeune homaie qui, après être resté quelques instants immobile et comme frappé du souvenir d'un rêve, reprit silencieusement le chemin de la «ille^ en disant : — Jie vais chercher des vimats parmi les iiK)rts.
Et je ferai du bien à tous ceux qui souffi-ent. en souffrant avec eux et eu les aimant, afin que Tàme de ma mère k sache et ma bénisse dans le ciel.
Cw jie ooiQfirefida maintenant que le ciel n*est
pas loin de nous, et que Tâme est au corps ce que le ciel matériel est à la terre.
Le ciel qui entoure et soutient la terre s'abreuve de Fimmensité, comme notre âme s'enivre de Dieu même.
Et ceux qui vivent dans la même pensée et dans le même amour ne peuvent jamais être sé- parés !
LE PHILOSOPHE BÉGOURAGÉ.
11 y avait en ce temps-là un homme qui avait étudié toutes les sciences, médité sur tous les systèmes, et qui en était venu à douter de toutes choses.
L'être même lui paraissait un rêve, parce qu'il ne lui trouvait pas de cause suffisante. Il avait cherché la nature de Dieu et ne l'avait pas devinée, car il n'avait jamais aimé. Et son intelligence s'était obscurcie comme l'œil de celui qu fixe le soleil.
C'est pourquoi il était triste et découragé.
Jésus , qui s'occupe des morts et qui aime à guérir les aveugles, eut pitié de cette pauvre intelligence malade et de ce cœur éteint ; et il entra un soir dans la chambre solitaire du philosophe.
C'était un homme pâle et chauve, aux yeuj creux, au front plissé et aux lèvres dédaigneuses.
Il veillait seul près d'une petite table couverte de papiers et de livres ; mais il ne lisait plus et n'écrivait plus.
Le doute courbait sa tête comme sous une main de plomb, ses yeux fixes ne r^ardaient pas et sa bouche souriait vaguement avec une profonde amertume.
Sa lampe se consumait près de lui, et ses heures passaient en silence sans espoir et sans souvenir.
Jésus se tint sans rien dire devant lui, et levant les yeux au ciel, il priait.
Le savant leva lentement la tête, puis la secoua et la laissa retomber en murmurant tout bas: « Visionnaire * »
— Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, dit Jésus.
— Il t'a laissé mourir sur la croix, reprit le penseur , et tu lui as crié inutilement : « Mon
.ibAMM
de la lumière ^ et cette lumière frappe tes yeux qui ne la voient pas, parce qulls cherchent leur clarté en eux-mêmes et ne trouvent qu'obscurité.
— Seigneur, ouvrez-moi donc les yeux, dit le philosophe, et illuminez mes ténèbres.
Jésus lui dit : — Si je t'avais fermé les yeux, je devrais te les ouvrir; mais si je les ouvre et qu'il ie plaise de les refermer, comment verras-tu la lumière ?
Ne sais-tu pas que la volonté de l'homme agi sur les paupières de ses yeux, et que si on le force d'avoir les yeux ouverts ou fermés, il perdra la vue?
Je puis t'engager à allumer en toi le feu qui éclaire, et c'est pourquoi je te fais entendre ma parole, et puisque déjà tu désires que je t'ouvre les yeux, tu n'es pas éloigné de voir. Que ton désir se change donc en une volonté énergique, et tu ouvriras toi-même les yeux et tu verras.
— Quel est le feu qui éclaire ? demanda le savant.
— Tu le sauras, lui dit le Christ, quand tu auras beaucoup aimé.
Car si la raison est comme une lampe , c'est Tamour qui en est la flamme.
Si la raison est comme l'œil de notre âme, c'est Tamour qui en eât la puissance et la vie.
Une grande raison sans amour est un bel œil mort, c'est une lampe richement ciselée, mais froide et éteinte.
Lorsque l'égoïsme des passions animales avait fait défaillir la philosophie humaine, j'ai sauvé le monde par la foi, parce que la foi est la philoso-. phie de l'amour.
On croit à ceux qu'on aime et à ceux dont on sait être aimé : aussi avais-je donné pour base à la foi une charité immense, lorsque moi et mes apôtres nous avons prouvé aux hommes, par un sanglant martyre, la sincérité de notre amour. Et tant que l'Église a régné par la charité, elle a triomphé par la foi ; mais la foi attend l'intelligence, et le moment approche où ceux qui auront cru sans voir cctaiprendront et verront.
Si donc tu veux comprendre , commence par aimer, afin de croire.
— Que croirai-je donc. Seigneur?
— Tout ce que tu ignores : car la foi est la confiance de l'ignorance raisonnable. Crois tout ce que Dieu sait et ta foi embrassera l'immensité. Confie à ton père céleste tout ce dont il se réserve
Ift connaissance, et ne t'iiiqinète pas d'abord des destinées infinies. Aime cette immense sagesse dont tu es Tenfant, aime les autres hocomea <|ui {Missent ignorants comme toi sut la terre^ et borne maintenant encore ta science à l'accomplissement de tes devoirs:; tu la verras bientôt grandir d^eUe-même el monter jusqu'à Dieu, car Dieu se laisse voir par les coeurs purs-
— Oh ! voir Dieu ! s'écria le savant en entr'ouvrant ses lèvres tremblantes , comme un honmie qui a soif et qui attend la pltrie du cieL Oh \ réunir enfin dans ma pensée tous les rayons épars de cette vérité que j*ai tant aimée et qui m'échappait toujours ! . . . Mais qui me donnera cet amour iâsmeiise qui fait communier l'homme avec Dieu, et le rapprochera du centre de toute lumière ?
— Tu le mériteras par tes œuvres , lui dit le Christ; car si l'on se corrompt dans les œuvres de la corruption, si l'on se perd dans les œuvres de la haine, on s'agrandit et l'on se sauve par les œuvres de l'amour. Pour s'approcher de Dieu, il faut marcher, et les actions saintes sont les mouvements de votre âme.
— Quelles sont les actions vraiment saintes? demanda le docteur ; est-ce la prière et le jeûne?
— Éeoute, dit le Christ, et ne juge pas ténaé^ rairaOQieEt tas< firèrefi qiû oat passé en chierehant et en pleurant. L'humanité s*est confirmée èsas le désir pw la prière et ks larmes. Et ceux à» ses enfants qui les premiers ont eu soif des choa^ du ciel, s^ soiit abstenus de ceUes die la tene ; mais tout cela n'éilait que le commencement* Il fallait savoir s'abstenir, pour apprendre à hieDn user. Il faUiôt sacrifier d'abord le corps à la pensée, pour émaiiGi{)er la pensée. Car le eiei ttora), c'est la liberté de Tâme; maia Y&me est appelée h régir le corps et noB à le détruire ; de même que le eid physique ré^t la tevre et ne la détruit pas. Le temps de la prière et des larmes d(Ht faire place aux jours du travail et de Fespérance : car la prière des anciens était un travail, et il faut que notre travail, à nous, soit une prière {dus effica^Q et plus active.
^ Gomment travaiUerair-je? dit le philosophe; je ne sais rien faire d'utile.
— Tu as donc perdu à de vains efforts la vigueur de ta pensée, répondit le Clurist : et toi qui voulais tout savoir, tu n'as pas même appris à vivre. P^deviens un petit enfant et va <ï Técole de l'amcfur. Appieuds à aimer et
à faire du bien, voilà la vraie science de la vie.
Souviens-toi de la légende du Christophore. C'était un géant terrible, mais comme il ignorait Tusage de sa force, il était faible comme un enfant.
Il lui fallait donc un tuteur, et il se mit au service d'un roi ; mais le roi fut malade et Christophore le quitta.
Il chercha celui qui peut faire souffrir les rois ; et comme il ne connaissait pas Dieu, il s'attacha d'abord au génie du mal.
Cependant un jour une croix apparut sur un rocher, et le génie du mal tomba comme frappé de la foudre.
Christophore chercha alors celui dont la croix est le signe, et un vieillard lui dit qu'il le trouverait en faisant du bien.
Christophore ne savait ni prier ni travailler, mais il était fort et de grande taille, et il se mit à porter sur ses épaules les voyageurs égarés qui voulaient traverser le torrent.
Or, un soir, il porta un petit enfant sous lequel il s'inclina, comme s'il eût porté le monde, car dans la personne du pauvre orphelin égaré il avait recoijinu le grand Dieu qu'il attendait.
As-tu compris cette parabole?
— Oui, Seigneur, dit le philosophe devenu chrétien.
Eh bien! va et fais comme Ghristophore, porte le Christ lorsqu'il tombe de fatigue , ou lorsque les torrents du monde s'opposent à son passage. Le Christ pour toi sera l'humanité souffrante. Sois l'œil de l'aveugle, le bras du faible et le bâton du vieillard ; et Dieu te dira le grand pourquoi de la vie humaine.
— Je le ferai , Seigneur , et désormais je sens que je ne serai plus seul au monde. Auquel de mes frères tendrai-je d'abord la main?
— A celui qui est plu3 malheureux que toi, et qui expire inconnu de toi-même dans la petite chambre qui est voisine de la tienne. Va donc à son secours, parle-lui pour qu'il espère, aime-le pour qu'il croie, fais-toi aimer de lui pour qu'il vive.
— Conduisez-moi près de lui , Seigneur , et parlez-lui pour moi.
~ Viens et r^arde, dit le Sauveur, et il toucha légèrement la muraille, qui s'entr'ouvrit comme un double rideau, et le savant fut transporté en esprit dans la chambre voisine de la
sienne. C'était ceUe d'un jease poète qui aUait mourir abudonné.
III
LE POÈTE MOURANT.
U y avait doQo e« cetemps^là un jeune homme qui, de bonne he^re, aTaii écouté dans son âme l'écho des haJWopie& mwi^erseUes^
Or, cette musique intérieure a\ait distrait son attention de toutes les choses de la vie mortelle, parce qu'il vivait dans une société encore sans barnwxaie.
Enfant^ il était le jouet des autres enfants, qui le prenaient pour un idiot; jeune homme, il trcmva à peine une main pour sexrer sa main , un cœur pour reposer son cœur.
Ses jours passaient dans un long silence ^t dans une profonde rêverie ; U contemplait avec d'é- tranges extases le ciel, les eaux, les arbres ^ les cainpagnes verdoyantes ;, puis ses regards deve-
-***- Comment t«rmillerai-je pour eite? Pépondit rorphelin; elle n'a plus besoin de rien, maintenant qu'elle est dans la teare.
— Vous vous trompez, mon fils, et w*tô <50fi-- fmidez encore le corps avec le YètemeiEit. Elle a plus que jamais besoin d'intelligence et d'dmoor dans le monde des esprits. Or^ tons êtes ba TÎé de son cœuif et la préoecoptation île son esprit, et elle TQHS appelle à son aide.
Pourvue vous trarensiee la vie en y lassant du bien, et pour que vous arriviez près d'elle les mains pleines lorsf»e DieQ votis rénnira.
Pour avoir le droit de tè reposer, il faut t?avaiilefT. Or, si vous ne travaillez pas pour votre mère, vous m^rez sooâme à la gène. C'est pourquoi je vous disais : Levee-vons et marckez, paroe que Tâme de votre mère se lèvera et marchera avec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faites fructifier sa pensée et s(m amour.
Elle a un corps sur la terre, c'est le vôtre ; vous avez une âme au ciel, c'est la sienne. Que œtte âme et ce corps marchent ensemble, et votre mère revivra.
Croyez-moi, mon fils, la pensée et l'amour ne meurent jamais, et ceux que von^ croyez morts
agité par la fièvre et ses yeux étincelaient d'un feu sombre.
Le Christ lui apparut vêtu de la robe blanche, emblème de folie qu'il avait reçu d'Hérode , et le front couronné tout à la fois d'épines sanglantes et d'une auréole de gloire.
— Frère, dit-il au pauvre malade en le regardant avec un ineffable amour , pourquoi veux-tu mourir ?
— Parce qu'on ne peut plus vivre sur la terre lorsqu'on a vu le ciel , soupira le poète.
— Et moi, pour vivre et souffrir sur la terre, je suis pourtant descendu du ciel, reprit Jésus.
— Vous êtes le fils de Dieu et vous êtes fort.
— Et j*ai voulu être le fils de l'homme pour avoir faim, pour craindre et pour pleurer. N'ai-je pas défailli au jardin des Olives ? N'ai-je pas gémi sur la croix comme si Dieu m'avait abandonné?
— Eh bien ! moi, dit le malade, je sors de la vie comme vous du jardin des Olives, et je suis sur le lit de douleur comme vous sur la croix.
— Si je n'avais fait que prier mon Père, dans les vallées, en respirant le parfum des rosiers de Sârons, si je m'étais silencieusement enivré des extases du Thabor, je n'aurais pas mérité de ra-
cheter le monde sur la croix, répondit le Sauveur. Mais j'ai cherché la brebis égarée, et pour arrêter mes pieds qui couraient sans cesse après les misères du peuple, il a fallu les clous des bourreaux. 11 a fallu percer mes mains pour les empêcher de rompre le pain aux multitudes affamées ; et c'est alors que, ne pouvant plus donner autre chose à mes frères, j'ai laissé couler tout mon sang !
— J'ai chanté, dit le poète, et les hommes ne m'ont pas entendu.
— C'est que tu chantais pour toi seul et que tu as trop dédaigné leurs dédains. Il fallait, à l'exemple du Verbe étemel, descendre assez pour te faire entendre.
— Peut-être au lieu de m'oublier , ils m'auraient crucifié alors !
— Et c'est alors seulement, ô mon frère! qu'il eût été beau de mourir pour ressusciter glorieux !
— Maître, au lieu de me coi^ler à ma dernière heure , venez-vous pour m'effrayer et m'adresser des reproches ?
— Je viens te guérir et t'inspirer le courage de vivre, afin de te faire mériter une mort tranquille et pleine d'immortalité.
Pourquoi veux-tu vivre seulement dans le ciel
pendant les jours que Dieu te domoe à pa^s^ la terre?
Pourquoi laisses-tm se perdue dans des ^aspintions vagues l'immense amour de ton eœur ?
Pourquoi t'isoles-tu dans 1 orgueil de tes rêves, quand des douleurs réelles saignent et palpitent autour de toi ?
Die^ ne t'a pas donné le baume céleste p^ir en parfiQi3Siie$* ta tête ; il »e t'a pas^uHifié le vin de son calice pour enivrer ta bouche ei la dégoûter des amertumes <le la terre.
Tb dev&is adoucir^ relever, consoler : tu d^vms être le médecia desâmes^ et voilà que toi-mêflie, pour avoir caché les remèdes de Dieu, tu es plus malade que les autres.
On ne t'a pas compris, dis-^tu; ioais c'est toi, pauvre jeune homme, qui n'as pas compris tes frères.
Quoi ! ton intelligence était supérieure, et tu n'as pas su parler aux pauvres /d'esprit ! tu te croyais grand et tu as eu peur de te baisser pour rapprocher ta bouche de l'oreille des 'pd;its ! tu aimais, et tu as été dégoûté des infirmités des hommes !
Relève-toi, pauvre ange tombé, et reoomioence
ta mission ! Sacbe qae l'esprit 4'(iaftD0tiie, c'est l'esprit d amour que j'annonçais au monde sowb le nom du consolateur. Si c est le Ssdnt-Esprit qui t'anime, sois désoitnais le consolateur de tes frères, et pour avoir le^mit eH le pouvoir de les consoler, apprends à souffrir et à tran^iller avec eux.
J'étais plus grand que toi, et plus que toi j'éie vais mon âme au sein des Imrmoiiies étemelles ; et pourtant j'ai passé ma vie à travailler avec les charpentiers et à converser avec tes pauvres, éclairuit leur esprit, r^nuant leurs cœnrs et gaé- rissani leurs maladies. Jusqu'à présent tu n'as fait de la poésie qu'en rêves et &a paroles, msis le %
t^nps «est venu de faire <de la poésie en actions 1 Car tout ce qui se fait par amour de l'hcimanité, tout ce qui «st dévonement, sacrifice, patienm^ courage et persévérance, tout cela est subUme d'harmonie, c'est la poésie des martyrs!
Au lieu d'aimé vaguement l'infini , tftolie d'aimer infiniment tes frères qui sont près «de (ei.
En voici un que je t'amène ; «1 souffrait comme toi et il était vemii au néant de la pensée pour avoir isolé le travail de sa pensée, comme tu ei
es venu au désespoir du cœur pour avoir isolé ton amour!
Désormais vous saurez tous deux qu'il n'est pas bon à rhomme d'être seul.
Le philosophe devenu chrétien s'approcha alors du lit du malade dont la fièvre s'était calmée tout à coup à la parole douce et sévère de Jésus, et il lui dit :
— Frère, acceptez mes soins et la moitié du pain qui me reste : demain nous travaillerons ensemble, et quand je serai malade à mon tour, vous me soignerez et vous aurez du pain pour moi.
— Frère, parce que vous avez vu ledel, ne brisez pas l'échelle qui vous y fera monter, prenez-moi plutôt par la main et conduisez-moi, car j'ai beaucoup pensé et beaucoup médité, et je sens maintenant que je n'ai pas assez aimé.
Vous dont la voix est l'écho vivant de l'harmonie éternelle, vous êtes un enfant du céleste amour, car la bouche parle de l'abondance du cœur. /
Mais l'amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu'en se donnant tout entier aux autres.
Vivez donc pour que je vous aime, car si j'aime, je serai heureux ; et si vous aimez Dieu, vous voulez le bonheur de ceux qui sont les enfants de Dieu comme vous. L'harmonie est à la fois science et poésie, l'exactitude numérique est la grande loi de la beauté, et les magnificences harmoniques sont la raison divine des nombres ; mais tout cela, pour être vivant et réel, doit s*appUquer à ce qui est.
Frère, le positif de Dieu est miUe fois plus poé- tique que ridéal de l'homme. Cherchons Dieu dans l'humanité et ne désespérons pas de ses destinées : car ses désordres mêmes la conduisent à l'harmonie, et si Dieu nous a comptés au nombre de ceux qui voient les premiers où doit aller ce peuple errant à travers les soUtudes, mettonsnous à la tête de ce grand et laborieux mouvement au lieu de nous isoler et de mourir.
— Frère, merci pour toi, dit le poète, et merci pour celui qui t'inspire ! désormais je ne me retirerai plus du champ de bataille pour mourir seul, quand je pourrais combattre encore ; je me croirais un lâche et un déserteur.
Si je tokinbe les armes h la main au premier ou la S60(»id^iwif||dek je mour-
rai plein dé coufage et en bénlssatrt Dîcti, et mon âme ne se présêntém pràs seule devant le juge stiprême.
Depuis ce jour, le philosophe et le pofele s'unirent d'une sainte amitié, et ils ne dédaignèrent pas quelquefois les plus humbles tratauî pour soutenir leur vie.
Ils traversaient ainsi toutes les classes de la société et trouvaient partout des cœurs malades qui attendaient le baume d'une parole de sagesse et d'amour.
Partout ils sentirent qu*ils pouvaient encore faire du bien, et les douleurs de la vie leur parurent légères ; car ils les supportaient avec coursée, pour inspirer du courage à ceux qui souffraient comme eux, et le dévouement leur donnait une force nouvelle.
IV
LE NOUVEAU NICODÈME.
Il y avait ence temps-là un prêtre qui aimait la vérité, et qui cherchait le bien dans toute la sincérité de son cœur.
Or, une nuit qu'il milait et qu'il priait, le Christ ▼int s'asseoir auprès de lui et la regarda a¥aç bonté.
— Maître, est-ce vous, ^ifin?ditl8 pasteur* Il y a longtemps que je tous cherche, et c'est tous qui venez à moi pendant la nuit !
Jésus lui répondit : •«• Nicodème est venu me voir pendant )a nuit, parce qu'il avait peur des Juifs : je sais que ton existence dépend de la noiH vdle synagogue, et je n'ai pas voulu te compramettre.
Car les scribes et les pharisiens, et les faux docteurs de la loi me persécutent encore et per* sécutent ceux quiine reçoivent.
- Seigneur, dit le prêtre avec tristesse, les glorieuses années dont se composent les beaux siècles de l'Ëglise ont donc été infécondes pour l'avenir ? la vérité échappe donc toujours aux; ar^ deutes aspirations de l'homme? les saints et le^ martyrs se sont donc trompés, puisque dix-huit siècles de combats et d'étude n'ont abouti qu'à faire encore vpa ennemis de ceux qui devaient être vos ministres !
Jésus lui dit : -^ Ils ne sont pas tous mes ennenns, et mon Père compte encore parmi eux des âmes généreuses et des cœurs purs.
J'irai à eux comme je suis yenu à toi, pour leur rappeler les sigties des temps et pour ouvrir leurs yeux afin qu'ils voient.
Je viens t'expMquer en secret encore ce que j'enseignais en secret à ce docteur i de l'ancienne loi, qui était aussi un homme de djésir.
Je lui disais que l'entrée du royaume de Dieu était une naissance nouvelle.
La vie dtt monde ei^t une génération sans cesse renouvelée, et i] faut que les germes de Tannée qui meurt soient déposée dans la terre pour pré- parer les richesses de Tannée qui naîtra. ' Mais on ne doit pas mettre ^vin nouveau dans les anciens vases.
La vigne de mon Père n'est jamais stérile, et d'année en année elle renouvelle ses fruits, mais il appelle des vignerons à différentes heures du jour.
C'est pourquoi j'appelais les docteurs fidèles de l'ancienne loi à une naissance nouvelle, car leur vieille mère, la synagogue judaïque, était mour ante, et pour naître il fallait sortir de son sein.
Et ceux qui ont cru ont laissé Je cadavre de la synai^ogue en restant unis à son âme, et ils ont été les premiers enfants de TÉglise universelle.
Mais l'Église uniyerselle^ c'était' un* ciel nlïtiveau et une terre nbuwU^ et pour renoutdêir toutes choses il fallait combattre d* abord contre toutes les puissances de la tert-e et du ciel.
C'est pourquoi les premiers chrétiens construisirent une arche pour lutter contre le déchaînement des vents et le soulèvement des eaux.
Cette arche fut l'Église hiérarchique, la sainte Église catholique, la gardienne du symbole de
Tunité.
Tant que l'arche est portée par les eaux, eflè marche sous le souffle de Dieu, et c'est dans soïi sein que toute âifte vivante cherche un refuge: — mais dès qu'elle s'arrête, la famille noûveUe doit en sortir pour repeupler le monde, et c'ert là cette nduvellenaissance dont je t'ai parlé.
Le prêtre lui dit : — Seigneur, dois-jè sortir de l'Église catholique? Mais à quelle autre Église pourrai-je me réunir ?
— Je ne te dis pas de sortir de l'Église catholique, reprit Jésus, mais je t'invite à y entrer. Je i:e dis de te détacher des ombres pour commencer ^à vivre dans it lumière. Je te dis de sortir de l'école poin* eûtrer dans là société et y appliquer la science que tu as dû acquérir !
ia n'étais pdsi if^ônu' détroite la loi àneialine, m^9 lui doimer sdfi ^(Ibdeinpdissement. et j/^ tins «lÉotetiaDl pour aùoÉmpiit k loi nottTelle.
N*ai'jê pas dit : G^^ez d'abarà éi vMts conH- prendreK OKSid^^ et yqus eo&naitti^ fat Térifé^ et
N'aî^ja pas dM qim rncrn secand avé&awwt «emt conuEiet l'éolak qm frappe^ lesi jaiiix 4e tous et qMi iHiUe ài b fob^Uf te moiMbdtitîar ?
N'ai-je pas annoncé crue l'esprit d'inteïU|^a»dB lAendiût et qu'd suggérerait iritfe» dîsaiptei^ le Ciwiidâpo^^t di^ mes pajrf^es? Et isqs spakoles ae difi^trilsi pa$(^iie 11 esprit ^'iuAtHkgSii^e est KeqpA^t 4'aii9M)«ir ^i doit opérer nne eréatk)» jaoïifiiaUa «t %ui rajeunira la faee de la terre?
Or, l'esprit d'a^aour n'est-il pas l'esprit d'cwdre et d'baroiionie qui doit associes? tous las, hofloimes at las faire communier toiks à l'unité divine et kumaine ?
Sa^z donc de tous les liens qui empêehent les frères de marcher vers leurs frèjes.^ reii\(arsez las barrières qui sépareiiii, élargissez les dameui^s qui isoleisA, échappez aux d(M]?ine% qui fép*a«H Tent les vkm et choisissant las autires., saji^tez da la synagogue aveuglée, entrez dans!' Égli^catboli-
que, qui h est pl^ Biaiatenaai un aouyenlïdvjLe de prétras et de dûctaiftrË, nnds rassocîation unK ▼erselle detoB&leB hommes d'întellig^ce et d*a^ mour.
-^ Seigneur^ dit 1er p^ôtre, je fe^ai tom ce que ¥Oiiâ me direaci Oè irai-je d'abord et eommeOt comioencerai-je ?
-^ Restez où vou» êtes, dit ^us, et faites ce que vous avez à faire.
lastmisez les m^fants , catécfaiseGi les pauvres, visites^ les malades et priez pour le peuple.
Que rien ne soit changé dans vos œuvres, mais qu'un amour universel les vivifie et les féconde !
Prêchez la miséricorde et la paix, prêchez la modestie et le pardon des injures, prêchez les saintes aspirations vers Dieu et F Union entre les frères !
Qu€t la charité soit la loi de votre âme, et vous n'imposerez pas à la couscience des autres de oontraintes désespérantes I
Soy^ doux et humble de cœur comme mas premiers disciples, lorsque vous parlerez aux femmes, aiif enfants et au pauvre peuple; mais Boyes inflexible comme mes martyre, lorsqu'on voudra vous corrompre ou vous intimider !
^€e que je te dis, je le dis pour tous ceux qui, comme toi, croiront à Tesprit d'intelligence et d*amour, et c'est pourquoi j'adresse la parole à plusieurs.
Ne confondez pas l'esprit d'abstinence avec l'esprit de mort, car je n'ai ordonné à mes disciples de s'abstenir pour un temps des richesses de leur père, que pour leur apprendre à en user dignement.
Je te dis en vérité que je ne suis pas venu pour tuer la chair, mais pour la sauver en la soumettant à l'esprit.
Car il ne doit pas y avoir de division entre l'esprit et la chair de l'homme ; Dieu les a également créés et bénis.
L'esprit est le roi de la chair; un roi ne doit pas régner pour détruire.
Les organes et les sens sont les sujets de l'intelligence.
Un roi doit empêcher ses sujets de mal faire ; mais il doit aussi pourvoir à leur prospérité et à leur bonheur.
L'attrait n'est-il donc pas la loi ^nérale des êtres, et l'équilibre n'est -il pas l'harmonie des attractions ?
Que Tesprit donc nebn$e pas la chair, et que la chair n'éteigne pas l'esprit.
Car l'un ou l'autre de ces excès serait la mort !
Or, je ne suis pas v^u donner la mort à ceux qui vivaient, je suis venu pour rendre la santé à ceux qui étaient malades et la vie à ceux qui étaient morts I
Ayant dit toutes ces choses, Jésus disparut aux regards du bon prêtre et le laissa plein d'espé- rance et de courage ; car il Toyait la force de Dieu relever d'âge en âge les défaillances des hommes, et il comprenait conunent la religion marche tou*»- jours à travers les siècles en grandissant et en triomphant toujours.
LE TOMBEAir DE SAINT JEAN.
En ce temps-là, Jésus parcourut avec la rapidité de l'esprit toutes les contrées de la terre.
Toutes étaient tristes et attendaient. Et partout * le Christ était seul encore, comme au jardin des Oliviers.
U mitm eon»ia& un pàmn pèlôrin dw»s la basilique de Saint-Pierret0^ pèrsonBenete «eccœ&ut, Ud'i^rocfaift 4u tiKBbeau fdefi «fiMms^ pour mr sLieufs ralâqUen ôtaiânl màfm p0wr k ré$urrec- ëqhd; audsfka cendres des saûatsf étaînA froides ek il» oontKûuàfeBt à dcnuirieu^ socwieUL.
Or, il est un de ces apôtres qui, nfàfèu la td^ tkni^ n a îittmia dû. looulir : oeAm nfUe h peînfare sjmboliqiici djdus représenta kmjimrs jeune, et ^a un ai§de pmw eitiUèmef eesi cehiî q^u ûh apfielte If Aiiôtre de k^Ébrité ellet diaeî$)l6 de Ta* mour<
C'est odluîr-là, disait les lég)^id€ifi des premiers siècles, qui doit se r^i^er à la fin des temps, pour sauver le monde, en y rallumant le feu sacré de la charité fraternelle.
Et, en effet, disent les mêmes légendes, ses restes n'ont pas été retrouvés : les fidèles d'Éphèse ont cru l'ensevelir et le garder parmi eux, mais les anges sont venus et ont caché l'apôtre endormi dans les solitudes de Pathmos.
Jésus donc $e trsinsporta dans l'île de PaUuDos, qui sem^e épouvantée encore du bruit des sept tcoinerres; et il ^'approcha de la glotte où dor-^ mait son disciple fidèle.
A l'^otfée du tombeau^ ^ne forme oélditQ était assise immobile ; c'était comme vmî» femvm coM^ ^ertod'iin Ifmg manteau azuré (fm bû «^«'vvait la tête et i'etHredotqpait tout eBtièi>a eo. retcnnbant atttour d'elle eat laigee pK»
Se& mains pâtes, et un poa atioagées étaient jQ«ate& Mec £^eir , et ses yeux pleim d'une tris^- tj^sse résignée et d'une errance infinie étaient fixés sur le tombeau.
Jésus s'aj^ocha d'elle et lui dit ; —^ Ma mère, est-œ WU&? Vous saviez sans doute que je devais leenir ici ?
-^ J^ le savais ^ mon fils^ rendit Marie; car celui, qui repose ici,: vous l'avez tendrement aimé ; et lorsque vous alliez n;iourîr, vous m'axez confiée à lui en Lui disant : « Yoicd ta mère. »
Maintenant, pour que je puisse revenir sur la terrei en k personne des femmes qm ccanfreadroni ce que c'est que d'être mère, il faut que le disciple de. l'amour revîw pour me protéger. Car je dois, 6 mon fils^ efk la per^iMme. de toutes les Cemmes d'intelligent et d' wkmt , vous mettre au apnde une seconda fois,
— Ma «j^roi r^i^t lésus>. aeuveneK-wtn de $e
que Fange dit aux femmes qui me cterchaient dans un sépulcre : ^*'
« Pourquoi cherchez-vous un vivant parmi les morts? il est ressuscité, il n'est plus ici. »
— Vous savez que le prophète Élie, Selon les traditions des Juifs, devait revenir sur la terre pour me préparer les voies. La forn|e d'Élie s'était transfigurée et son esprit est revenu en la personne de Jean-Baptiste.
Ainsi, je vous dis en vérité que vous vivez maintenant sur la terre en la personne de toutes les femmes qui sentent tressaillir dans leur sein l'espérance de l'avenir. C'est potirquoî; ô ma mère, vous apparaissez aujourd'hui pour la dernière fois sous votre figure symbolique.
Jean, mon disciple bien-aimé, a légué son esprit à tous les hommes pleins de foi et d'amour qui veulent bâtir la nouvelle Jérusalem, la cité sainte de l'harmonie, et je vous dis en vérité que ceux-là savent honorer leur mère , et qu'ils sont dignes d'être appelés les fils delà femme.
Car ils soumettent leur cœur aux inspirations de votre cœur, eux qui veulent partager le travail à tous les enfants de la grande famille selon Jes attraits et les aptitudes de chacun, afin que tous
composent ensemble le miel de la ruche humaine qui servira ensuite à la nourriture de tous.
Ils savent ce que c'est ^ue la femme, ceux qui veulent affranchir son amour de toute servitude, afin qu'il ne se prostitue jamais et que la source des générations soit pure.
Levez-vous donc et venez , ô ma mère; venez sur le Calvaire, assister à mon dernier triomphe symbolique, puis nous revivrons dans Thumanité tout entière. Toutes les femmes seront vous, et tous les hommes seront moi, et nous deux nousne ferons qu'un. '
Et le Christ, soulevant sa mère et la portant dans ses bras comme elle l'avait porté tant de fois lorsqu'il était petit enfant, quitta l'Ile de Pathmos, el marchant sur les flots de la mer , il s'en alla vers les rivages de la Palestine.
En ce moment le soleil se levait et faisait resplendir toute la surface des eaux, et les deux formes célestes glissaient sans jeter d'cHubre et sans laisser de traces, comme un couple d'oiseaux merveilleux, ou comme une nuée légère, teinte des couleurs de l'aurore, et nuancée des reflets de
Tarc-^n-ciel.
VI
Jésus trarersa les champs désolés de la Judée €)t s arrêta sur k oime aride de Taitoiea fiaWairs.
Là un ange au sourdl noir et k Uceil aombre était assis, enveloppé dans ses deux vartes ailes. C-éUk Satan , le rcÀ dn vieux monde.
L'ange rebelle était triste et fatigué, fi il dér^ tonnMât ses r^aods avec dégoût d'âne terita où le mal était sanis génie et où l'ennat d'une coi^ ruption timide avait succédé anx combats titarniens des grandes passions antiques. Il sentait qu'en éprouvant les hommes il avait instruit les forts et n'avait trompé que les faibles; aussi ne daignait-il plus tenter personne, et sombre sous son diadème d or, il écoutait vaguement tomber les âmes dans l'éternité, comme les gouttes monotones d'une pluie éternelle.
Poussé par une force qui lui était inconnue, il était venu s'asseoir sur le Calvaire, et rêvant à la mort de l'Homme-Dieu, il en était jaloux.
C'était un Ruge puissent et beats ; nuk il était jaloux du Christ, et cette jalousie était figarée par un serpent qui plongeait la tête dans sa poitrine et lui rongeait le cœur.
Jésus et Marie étaient debout près de lui ei le regardaient en silence ayee mue grande pitié* Satan regarda à son tour le Rédempteur et sourit avec amertume.
«~ Viens-tu, lui dîi-il, essayer de mourir une seconde fois pour un monde que n'a pn sauTer ton premier supplice ?
As-tu essayé inutilement de changer les pierres en pain pour nourrir ton peuple, et yiens^-lu m'avouer ta défaite ?
E^u tombé du haut du Temple, et ta divinité s'est-elle brisée dans sa chute ?
Yiens^tu pour m'adorer, afin de posséder le monde? Va, il est maintenant trop tard, et je ne saurais te tromper. L'^inpire du monde a échappé à œuxqui m'adoraient en ton nom ; et moi»*mtaie je suis las d'un règne sans gloire. Si tu es dé- couragé comme moi, assieds-toi près de moi, et ne pensons plus ni à Dieu ni aux hommes.
«^ Je ne viens pas m'asseoir près de toi, lui dit le Christ, je viens te relever, te pardonner
et te consoler, pour que tu cesses d'être mé- chant.
— Je ne veux pas de ton pardon, répondit le mauvais ange, et ce n'est pas moi qui suis mé- chant.
Le méchant, c'est celui qui donneaux esprits la soif de l'intelligence, et qui enveloppe la mérité dans un impénétrable mystère. -^
C'est cdui qui laisse entrevoir à leur amour une vierge idéale, une beauté enivrante à les jeter dans le délire, et qui la leur donne pour l'arracher aussitôt à leurs premiers embrassements et la charger de chaînes étemelles. C'est celui enfin qui a donné la liberté aux anges, et qui a préparé des supplices infinis pour ceux qui ne voudraient pas être ses esclaves !
Le méchant, c'est celui qui a tué son fils innocent sous prétexte de venger sur lui le crime des coupables, et qui n'a pas pardonné aux coupables, mais leur a fait un crime de plus de la mort de son fils !
— Pourquoi me rappeler si amèrement l'ignorance et les erreurs des hommes ? reprit Jésus : je sais mieux que toi combien ils ont défiguré l'image de Dieu, et tu sais bien toi-même que
Dieu -Q^ réassemble pas à l'image qu'ils eîi o&t fait^.
Dieu ne t'a donné soif d'intelligence que pour t'abreuver à jamais de la vérité éternelle. Mais pourquoi fermer les yeux et chercher le jour eu toi-même au lieu de regarderie soleil?
Si tu cherchais la lumière où elle est, tu la verrais; car il n'y a en Dieu ni ombres ni mystè- res; les ombres sont en loi et les mystères sont les faiblesses de ton esprit.
Dieu n'a pas donné la liberté à ses créatures
p0ur la reprendre, mais il la leur donne pour épouse et non pour amante illégitime; il veut qu'on la possède et non qu'on lui fasse violence, car cette chaste fille du ciel ne survit pa$ à un outrage, et quand sa dignité virginale est blessée, la liberté est morte pour celui qui l'a méconnue.
Dieu ne veut pas d'esclaves : c'est l'orgueil ré- volté qui a créé la servitude. La loi de Dieu, c'est le droit royal de ses créatures; ce sont les titres • de leur liberté éternelle.
Dieu n'a pas tué son fils, mais le fils de Dieu a donné volontairement sa vie pour tuer la mort : et c'est pour cela qu'il vit maintenant dans l'humanité tout entière et qu'U sauvera toutes lès gé^
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aérations, car d'épreuve en épreuve il conduit la famille humaine dans la terre promise, et 4éjà elle en a goûté les premiers fruits. Je viens donc t'annoncer, ô Satan, que ta dernière heure est arrivée, à moins que tu ne veuilles être libre et r^er avec moi sur le monde, par l'intelligence et Tamour.
Msris tu ne t'appelleras plus Satan, tu repren-^ dras le nom glorieux de Lucifer, et je mettrai une étoile sur ton front et un flambeau dans ta main. Tu seras le génie du travail et de Tindustrie, parce que tu as beaucoup lutté, beaucofep souffert et douloureusement pensé !
Tu étendras tes ailes d'un pôle à l'autre et tu planeras sur le monde ; la gloire se réveillera à ta voix. Au lieu d'être l'orgueil de l'isolement, tu seras l'orgueil sublime du dévouement, et je te donnerai le sceptre de la terre et la clef ^du ciel.
— Je ne te comprends pas, dit le démon en secouant tristement la tête, et je ne saurais te comprendre : tu sais bien que je ne puis plus aimer ! Et avec un geste douloureux l'ange déchu montrait au Christ la plaie qui lui sillonnait la poitrine et le serpent qui lui rongeait le cœur.
Jésus se tourna vers sa mère et la regarda ; Marie comprit le regard de son fils, elle s'approcha du malheureux ange et ne dédaigna pas d'é- tendre la main vers lui et de toucher sa poitrine blessée.
Alors le serpent tomba de lui-même et expira aux pieds de Marie, qui lui écrasa la tète ; la plaie du cœur de I auge fut cicatrisée, et une larme, la première qu'il eût versée, descendit lentement sur le visage repentant de Lucifer,
Cette larme était précieuse comme le sang d'un Dieu ; et par elle furent rachetés tous les blasphè- mes de l'enfer.
L'ange régénéré se prosterna sur le Calvaire et baisa en pleurant la place où s'était jadis enfoncée la croix.
Puis il se releva triomphant d'espérance et rayonnant d'amour, et se jeta dans les bras du Christ. Alors le Calvaire trembla; sa cime aride se revêtit tout à coup d'une verdure fraîche et brillante, et se couronna de fleurs.
Et à l'endroit où firt la croix une Jeune vigne s'éleva et se chai'pea de fruits milrs et parfumés.
Le Sauveur dit alors : — Voici la vigne qui donnera le vin de la communion universelle, et
eUe croîtra jusqu'à ce que tous ses rameaux embrassent toute la terre.
Puis, reprenant sa mère par la main , il tendit l'autre main à Tange de la liberté et lui dit : — Que nos formes symboliques retournent maintenant au ciel, je ne reviendrai plus souffrir la mort sur cette montagne, Marie n'y pleurera plus son fils et Lucifer n'y traînera plus les remords de son crime maintenant effacé.
Nous ne sommes plus qu'un même esprit: l'esprit d'intelligence et d'amour , l'esprit de liberté et d^ courage, l'esprit de vie qui a trioipphé deja mort.
Tous trois alors prirent leur vol à travers l'espace ; et s'élevant à une prodigieuse hauteur , ils virent la terre et tous ses royaumes qui étendaient leurs chemins les uns vers les autres comme des bras entrelacés , ils virent les campagnes vertes déjà des premières moissons fraternelles, et de l'Orient à l'Occident ils entendirent le prélude mystérieux du cantique de l'union. Et vers le nord, sur la crête d'une montagne bleuâtre, ils virent se dessiner la forme gigantesque d'un homme qui élevait ses bras vers le ciel.
Sur ses bras on voyait encore la trace récente
des chaînes qu'il venait de rompre, et sa poitrÎM était cicatrisée comme celle de Lucifer.
Sous son pied droit, sur la pointe la plus aiguë de la montagne, palpitait encore le cadavre d'un vautour dont la tête et les ailes étaient pendantes
Cette montagne, c'était le Caucase; et le géant délivré qui étendait ses mains était l'antique Prométhée.
Ainsi les grands symboles divins et humains se %
rencontraient et se saluaient sous un même ciel ; puis ils disparurent pour faire place à Dieu même qui venait habiter pour toujours avec les hommes^
VII
LA DERNIERE VISION.
Au-dessus des formes matérielles et de Tatmosphère terrestre, il est une région où les âmes «'élancent affranchies de leurs chaînes.
C'est là que les arômes éthérés, obéissant à la pensée, la revêtent successivement de toutes les splendeurs de la forme idéale et peuplent de
Y
merveilleuses beautés le monde spirituel de la poésie et des visions.
C'est dans cette région que nous emportent les plus beaux rêves pendant notre sommeil, et c'est là que, pendant leurs veilles laborieuses, l'inspiration élevait le génie des grands poètes à qui le sentiment de l'harmonie a fait pressentir dans tous les temps les grandes destinées humaines.
C'est là que vivent les images et que régnent les analogies. Car la poésie est dans les images ; et Tharmonie des images est essentiellement analogique.
C'est dans cette région idéale qu'Eschyle voyait souffrir Prométhée, et que Moïse écoutait parler Jéhova.
C'est là que le plus grand poète de l'Orient, Taigle de Pathmos, le chantre de l'Apocalypse, voyait l'Église chrétienne sous la forme d'une femme en travail qui enfantait péniblement l'homme de l'avenir.
C'est dans ce monde merveilleux de la poésie et des visions que Dieu lui apparut voilé de lumière et tenant à la main l'Évangile éternel qui s'ouvrait lentement, tandis que les. fléaux travaillaient le monde et que les anges exterminateurs
défrichaient la terre pour faire place à la cité de l'unité sainte et de l'harmonie, la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel toute bâtie , parce que l'idée de l'harmonie existe en Dieu et se réalisera d'elle-même sur la terre quand les hommes la comprendront.
La figure glorieuse du Christ, apiès avoir pai*- couru la terre, remonta dans cette région éthérée, et là, le Rédempteui' fit voir h l'ange autrefois rebelle et désormais régénéré la grande assemblée des martyrs.
\A, se trouvaient toutes les victimes du despotisme humain, tous ceux qui avaient mieux aimé mourir que de mentir à leur conscience ;
Les victimes d'Antiochus, las martyrs de l'ancienne Rome et les supphciés de la Rome nouvelle.
Les uns pour des croyances légitimes, d'autres pour des illusions et des rê\es, ils avaient courageusement affronté la tyrannie des hommes , et tous étaient pui-s devant Dieu, car ils avaient souffert pour conserver le plus noble et le plus beau de ses dons : la liberté !
Longtemps leui's âmes vêtues de robes blanches tachées de sang avaient gémî sous l'autel et avaient
demandé justice : mais enfîn, le jour était venu "éi tous ensemble, tenant des palmes à la main, ils s avançaient au devant du Rédempteur.
Le Christ parut au milieu d'eux, entre sa mère et Fange du repentir, et leur demanda quelle vengeance ils voulaient tirer de leurs persécuteurs.
— Seigneur, que leurs âmes nous soient données, afin que nous disposions d*eux pour l'éternité, comme ils ont disposé de nous dans le temps.
Le Christ, alors, leur remit les clefs du ciel et de Tenfer et leur dit : — Les âmes de vos persé- cuteurs sont à vous.
Alors un cri de joie et de triomphe retentit des hauteurs du ciel jusque dans les profondeurs de l'abîme, les âmes des martyrs ouvrent les portes de l'enfer et tendent la main à leurs bourreaux.
Chaque réprouvé trouve un élu pour protecteur : le ciel agrandit son enceinte et la viergemère pleure de joie en voyant se presser autour d'elle tant d'enfants qu'elle croyait perdus à jamais.
Tandis que le ciel souriait tout entier à ce magnifique spectacle, on voyait sur la terre se lever
an nouveau soleil et la nuit replier ses voiles vers rOccident.
Les nuages sombres du passé s'enfuyaient chargés de fantômes, c'étaient les ombres des grandes monarchies éteintes et des vieux cultes évanouis.
Entre la nuit et l'aurore naissante le crépuscule blanchissait la tête d'un vieillard qui était assis le visage tourné vers l'Orient. C'était le voyageur des siècles chrétiens, le maudit de la civilisation barbare , le type des parias , le vieil Ahasvérus qui se reposait. Le peuple avait enfin une patrie, et le juif errant avait obtenu son pardon.
La terre était devenue le temple de Dieu. L'association universelle avait réalisé la charité chré- tienne. Tous vivaient et travaillaient pour chacun et chacun pour tous.
Chacun jouissait en paix du fruit de ses œuvres, et aucun des enfants de Dieu ne périssait de faim près de la table de son père, car le travail équitablement réparti facilitait la vie à tous.
L'association avait centuplé les richesses de la terre, et l'union de tous les intérêts avait donné aux travaux de l'homme une direction si divine et une force si merveilleuse, que les saisons elle^
mêmes avaient changé, et qu'il y avait, selon la promesse de 1 apôtre, un ciel nouveau et une terre nouvelle, et Jésus dit à Tange de la liberté et du génie : — Voilà Tœuvre que tu dois accomplir. Voilà la cité nouvelle de Tintelligence et de Farmour.
: La terre est prête, elle tressaille d'espérance. Les hommes la voient maintenant comme la vit autrefois le prophète, couverte de cendres et d'os» sements; mais une vie nouvelle fermente déjà dans cette cendre, et un frémissement divin pai^ court ces ossements desséchés.
Bientôt ils se lèveront à l'appel du nouvel esprit, et un peuple nouveau couvrira les campagnes de la terre. L'humanité alors sortira d'un long sommeil, et il lui semblera qu'elle voit le jour pour la première fois !
Ayant dit ces paroles, le Christ se prosterna devant le trône de son père, en disant : — Seigneur, que votre volonté soit faite sur laterre comme au ciel !
Et la Vierge, qui est le type de la femme régé- nérée, et l'ange de la liberté devenu le génie de Tordre et de l'harmonie, et tous les martyrs consolés, et tous les réprouvés pénitents et délivi^s
de leurs peines, répondirent tous ensemble la parole mystérieuse qui unit la volonté des créatures à celle du Créateur, et toutes les forces humaines à la puissance divine : Amen !
La Science des esprits. Paris, 1865. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/levi-la-science-des-esprits/. Public-domain text reproduced in full; markup only.
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