Observations sur la Franc-Maçonnerie, le Martinisme, les visions de Swedenborg, le magnétisme

anonymous · 1786

1786 · Public domain

Observations sur la Franc-Maçonnerie, le Martinisme, les visions de Swedenborg, le magnétisme
Observations sur la Franc-Maçonnerie, le Martinisme, les visions de Swedenborg, le magnétisme, etc. Anonymous. 1786.

alis. png 39, lg. Frs qui il fur, aie ag. 45 , lig. 9, ils s'occupent, if. ils Poccupenr, FL le. 18, Ériéré d'établir des, lif. fociété des. Pag. 46, lig. 24, préfentoir , lif. preflentoit, Pag. 48, lig. 25, dans le fiecle, lif. dans ce fieclé, Pos. “à , lig. 2, approchant, lif. approchants. Pag. 68, lig. 7.-pour le leur,. Hf. pour les leurs, Pag. 69, liz..24, Dieu rénumérateur , if. Dieu ré munérateur, Pag. 70, lig. 26 , ne le connoît, lif, ne les connoît.. Pag. 76, lig. 18, auf dans, hf. ainfi dans, Pag. Bo, lig. 7, a corrompue; lif. à corrompre, Fe à 186, lg. 24, ed fpontone , lif. fed fpontane, Jbid. lig. 2, fur tout, Dj. pour tour, Pag. 218 , lig. 18, La morale, if. Sa morale, Pag. 230, lig. 2, péncipalem, lif. principatum. Pog. 237 > lig. 18, par (eul, lif. par un feul. Pag, 260, lig. 4 de Ja table, ne fnivant, Hf ne fuivent..….,

OBSERVATIONS

Sur la Franc-Maçonnerie ; de Martinifine, les Vifions de Swedenborg, le Magnétifne, &c.

D

Les Franc-Maçons ont tenu un Convent national des Gaules à Lyon, en 1778, & un Convent général à Williemsbad en 1782, pour introduire une réforme dans l'Ordre Maçonnique.

LeR.F. Afacia, préfet de Lorraine, a publié peu de temps après, contre les opérations de ce dernier Convent , un Ouvrage qui a pour titre. : De Conventu Generali Latomorum apud aquas Wilhelminas, propè Hannauviam,

Le R.F. Aberemo, chancelier-provincial de la feconde province, dite d’Auvergne , a rendu compte de cet ouvrage, contraire à la réforme, dans la féance du direétoire général tenue à Lyon le 29 mé , dans cette féance, pour examiner cet ouvrage , et il.en a fait fon rapport dans les féances du diretoire préfedtural de Lyon, des 11,12 & 14 décembre fuivant, Voici ce qui réfulte de ce rapport.

Un Prince a été nommé Grand-Maître général de l'Ordre, dans ledit Convent général, qu'il avoit convoqué. Dans fa premiere lettre circulaire de convocation, il s’exprime en ces termes : « Les vrais » hyéroglyphes de la Maçonnerie font » relatifs à des chofes, ou, fi l'on veut, » à des vérités & cannoiflances , qui , fans » fe trouver dans aucun fyftéme d’une » fcience quelconque, n’en font que plus > confolantes, plus fublimes , plus inva- » riäbles & plus anciennes que le refte » des fciences humaires. »

Le Prince, dans fa feconde lettre circulaire , ajoute : «Je ne faurois , dans ce mo- » ment, en donner d’autres preuves que > ma propre conviction ; j’elpere que ceux

» qui peuvent is vos recherches avec » fureté, ne manqueront pas de le faire » au Convent, »

Perfonne ne donna pour lors aux Freres cette facisfaétion ; quelques-uns s’en plaignirent , & le Prince leur dit dans une des féances du Convent : « Je me me fiis » pas engagé de donner d’autres preuves > de la vérité de mon opinion , que ma » propre conviction. Si je devois vous > nommer quelques-unes des vérités ou » connoïffances fublimes , qui, felon ma # conviction, font renfermées dans la 5 Maçonnerie, j’aurois non -feulement à » me reprocher une contradiction, puif- » que je paflerois les bornes que je me » füis prefcrites , fur cet objet , dans ma » circulaire d'invitation , mais je man- Ÿ querois peut-être à des devoirs qui » doivent m'être facrés.…. Et d’après ces principes, vous conviendrez bien » Mes » Freres, que ce neft pas à moi à étre » votre Inftiruteur, »

Ce Prince a encore dit : « Avant le » Convent, la plupart des Provinces » étoient inquiétées fur leur exiftence » défunies & fans liens entre elles , difié- 5 rence de fyftêémes, méfiance générale : > voilà le tableau de la pofition où nous

» étions , & l’on n’étoit pas fans crainte » fendée de voir chaque nation fe féparer » du grand tout, & chercher à créer un nouveau fyftême vrai ou chimérique, » pouvant devenir la proie d’un ou plu- » fieurs faux prophetes. »

Le Frere Afalcia fe glorifie de connoitre prefque tous les fecrets de l'Ordre, & d’avoir approfondi plus de douze fyfté- mes différents, qui font reçus dans plufieurs Provinces Maçonniques ; mais ce Frere, äinfi que les Loges de Franc- Maçons qui ont adopté fon ouvrage, & qui en ont ordonné l'impreflion, préferenc le fyftème fuivanc.

Ils regardent l'Ordre Maçonnique, comme l'Ordre même des Templiers continué. Quelques Templiers échappés à la profcriprion générale, ont conlervé & tran{mis les fignes & autres inftruétions néceflaires qui caraétérifoient différents degrés de l'Ordre des Templiers. Ces Freres fauvés lui ont donné la nouvelle dénomination d'Ordre Maçonnique, pour éviter Les perfécutions auxquelles auroit pu donner lieu le premier nom devenu odieux,

Ils n’étoient pas tous initiés dans le véritable & dernier fecrec de l'Ordre des

Templiers, & n’ont pu communiquer que ce qu’ils en favoient. Il eft à prélumer cependant qu'il sen eft trouvé dans le nombre quelques-uns de ceux qui avoient ce vérirable fecret ; mais que le danger extrême qu'il y auroit eu pour lors à divulouer, les a déterminés de re s’en ouvrir qu'à gens fi fürs , fi difcrets & en fi petit nombre, qu'il n’a pu tranfpirer.

Le Frere Afafcia foutient que certe pré- tendue filiation ne peut inquiéter les Gouvernements, parce qu'ils regardent la Maçonnerie. comme un joujou entre les mains d’un enfant, qui ne cafle pas les vitres de la maifon pendant qu’il s’amufe. Ce Frere fe récrie contre l'élection d'un Grand-Maître Général, & dit qu'il en exifte peut-être un caché; qu'il falloit s’en affurer avant d’en élire un autre ; qu’au refte, celui qui a été élu dans le Convent de Williemsbad, ne peut être Grand-Maïtre que du régime réformé, puifque les Loges Françoifes non-réformées, les Loges Angloifes & Pruffiennes n'ont pas concouru au Convent géné- ral.

IL eft à obferver cependant qu'il y a eu des députés des Loges de Berlin au Convent général.

Les Freres de Weslard & de Francfort y ont propofé une école univerfelle d’eccleétifme par leur député & par leur lettre circulaire , où ils s'expriment ainfi : «Choi- » fiflons à la face du monde profane & -» Maçon, la neutralité envers tous les » fyflêmes jufqu'’ici connus, dont aucun -» n’a été & ne peut être prouvé, c’eft-à- » dire, liberté , égalité, indépendance. » Mais ce plan a été rejeté dans le Convenc général , par la raifon que fi l’eccleétifme éroic la bafe de la Maçonnerie , il faudroit féparer les Maçons, & non les réunir. Le fyflême du Frere Afafcia a de même été rejeté dans ledit Convent. Le F***, en faifanc fon rapport , dit à ce fujet : « Au lieu d’un fyftême chimé- :» rique d'orgueih & d'oftentation de ré- » tabliffement de l'Ordre des Templiers, » nous fommes revenu au but primitif » de l’ordre. La vraie bienfaifance , la » morale chrétienne la plus pure, & fa » direction envers l’Etre fuprême , feule .-ÿ fource de tout bien & de coute félicité, » & à fe rendre moins indignes de fon » amour & de fa grace, en nous amé- » liorant nous-mêmes , & travaillant fur » les mêmes principes 4 améliorer nos

»-freres. Le Préfer de Lorraine ne veut » pas, lui qui cherche la parole perdue, » al ne veu pas que la retrouvant fous » le grand nom de l'Eternel J. on.dife » que chercher l’Architecte fuprême de » l'univers, fait le vrai but du Maçon.»: Il viendra un moment où les Maçons las, comme nous l’avons été, de ne chercher la vérité qu'à travers les illufons , vien= dront habiter nos temples. b

Dans le neuvieme fait du compte rendu par le Frere Aberemo , dans la féance du 29 juin 1783 , il dit : « Le Fere Afafcia » a parlé avec affeétation d’un livre qui » a pour titre : Tableau naturel des rapports » quiexiflent entre Dieu, l’homme et l'uni- » vers, dont il prétend qu’un Frere avoic » porté beaucoup. d'exemplaires à Williemsbad, J'ignore quel étoit le Frere » fortuné qui étoit fi bien approvifionné » d’un livre utile & recherché. N’en » eftimons pas moins l’ouvrage dont il » eft queftion ; la cenfure du Frere Afafçia » ne doit pas empêcher de le lire. »

Le F##%, dans fon rapport , approuve le jugement du Frere Aberemo fur cet ouvrage, & parle avec éloge d’un autre livre qhi a pour titre : Des Erreurs © de la Vérite, Ces deux livres, dit-il, contien:

nent une partie des connoiffances du fyftême prédominant.

La délibération du 14 décembre 1787, prife par le directoire préfectural, de concert avec le directoire provincial & le direétoire prieural de Lyon, adopte le rapport fait par le Frere N***, & le compte rendu par le Frere Aberemo ; le lave des foupçons répandus contre lui ; déclare que les principes de ces deux Freres font ceux de ces directoires ; ce qu’il eft important de ne pas perdre de vue en lifant cet ouvrage : il eft ordonné que cette délibération , ce compte rendu & ce rapport, feront imprimés.

L'extrait de cette délibération eft figné parle Frere Andreas, à tribus lunis, Chancelier de ladite préfeture ; & comme fur fa démiffion le Frere Joannes , à quatuor Polis, a été nommé Chancelier : c’eft ce dernier qui a figné la lettre circulaire d'envoi de ladite délibération.

A

paduè

Les Franc-Maçons cherchent la vérité qui n’eft pas connue. Ils s'occupent, pour la plupart, à ériger en fon honneur un temple politique , dans lequel ils efperent de réunir tous fes amateurs. Leur but e d'offrir de concert à fon auteur des facrifices dignes de lui. Le Grand-Maître de leur Ordre la connoit, difent : ils ; mais is le croient auffi caché, auffi difficile à découvrir, que cetre vérité myftérieufe dont il doit être l'organe.

Quelques-uns la regardent comme un fecret, comme une énigme impénétra-

le, dont le mot eft impoffible à trouver. Le Grand-Maître leur paroït une chimere. Îls croient cependant devoir continuer leur recherche , mais par forme de ré- création, & pour fixer feulement la légé- reté de l’imagination.

D’autres regardanr toutes les vérités comme incertaines, ne veulent point de pee » & font d’avis de laifler à “chacun

liberté de penfer & d'agir.

( to

Les hommes moins raifonnables, pout la plupart que des enfants , lorfqu'il s’agit de chercher la vérité , ne paroiflent pas avoir une véritable intention de la découvrir. [ls mettent tant de légéreté, fi peu d'intérêt dans leur recherche, qu’elle eft infruétueule. Semper difcentes numquam ad Yéritatem pervenientes.

Tous les Franc-Maçons dont nous. venons de parler , s’accordent cependant. à convenir du même auteur de la vérité ;, tous n’admettent dans leurs affemblées que ceux qui fe difent Chrétiens. Ce n’eft pas comme les Athéniens., au Dieu in« connu qu'ils ont dédié un autel ; mais. les Réformés penfent que fon culte eft inconnu. Ils cherchent quelle eft la vraie maniere de l’honorer ,. de diriger fa morale. El l'a probablement enfeignée, felon eux, à quelques-uns. de fes amis, par fa parole, qui eft cachée ou perdue,

IL eft cependant quelques Franc: Magons: qui paroiffent croire qu'ileft égal de fe fervir d’un culte plutôt que d’un au tre, pour-honorer la Diviniré., puifqu'ils reçoivent indiftinétement dans. leurs Loges ceux qui. profeffent les. différentes religions de l'univers. Je ne garantis pas ce fait, mais il eft donné pour conftan

dans plufieurs difcours prononcés dans les affemblées de quelques Loges de Franc- Maçons. CA

Que les premiers ne fe raflurent pas fur leur zele à chercher quel eft le feul hommage digne du vrai Dieu , s'ils ne reconnoiflenc aucune autorité fondée de fa part, pour fixer ce qu’ils doivent croire de fes attributs , de fes leçons, ce qu'ils doivent faire pour: Phonorer ,, pour lui obéir, quel eft le cuire qu'il leur a prefcrit. Ils ne feront bientôt d'accord. que fur le nom qu'ils lui donnent. Chacun

eux le défigurera tellement, qu'il y aura pour le moins autant: de différence entre ce qu’ils-entendront par cette dénomination uniforme, qu'entre ce que d’autres. entendent par les différents noms. fous lef.

-quelsils le défignent.

.: Ceux qui lui donnent le même nom ; le multiplieront en lui attribuant des qualités différentes , le-plus fouvent incompa-

-fibles ls auront, eutre eux plufieurs,

Dieux, puifque celui des uns ne fera pas dans le fond le même que celui des autres. Ce fera fous le mot créateur ,comme fous celui créature, défigner plufceurs êtres.

Ils reconnoiffent , pour la plupart , il eft vrai , la néceffiré de fe réunir , & d’é- tablir des regles qui fixent leurs incertitudes, & font des démarches pour exécuter ce projet ; mais d’autres fentent l’impoflibilité de foumettre tous les Maçons à des décifions purement humaines & arbitraires, expolées à varier , à changer de prin-

_cipes & de formes, Quand ce projet pourroit fe réalifer, que deviendroit le refte du monde , le peuple fur-rout qui en fait la plus nombreufe partie ? Une puiffance divine ou humaine peut feule luë en impofer ; & jamais les Maçons ne pourtoient parvenir à ce but nécefaire, s’ils n’avoient, pour réuflir, d’autres miracles que leurs fiyéroglyphes , ou d’autres armes que leur raifon incertaine, 2" f

Jefus-Chrift, qu'ils paroiflent vouloir reconnoître , ne fe conduifit pas ainf Ce

fut aux gens du peuple les pius pauvres,

-qu'il apprit les feules vérités qu'il importe de favoir ; il ne dédaigna pas de es initièe dans tous les fecrets, dans tousles myitg-

res de la fcience du falut , & il donna:ce trait, comme une preuve de fa divinité : Pauperes Evangelifantur.

La conduite des Franc- Maçons eft direétement contraire à la fienne ; ainfi leur miffion ne vient pas de lui, & ne conduit pas à lui, comme ils fe fonc l’illufion de le croire. Quelques uns de leurs chefs font.les faux prophetes, dont une partie des Nations Maçonniques eft devenue la proie , comme leur Grand-Maître le prophétife, fans reconnoitre que fa prophétie s’accomplit depuis long: temps,

Mais, diront-ils, dans tous les, temps le peuple donna dans le fänatifme ou la fuperftition. Pour ne pas en devenir les vitimes , les gens inftruits furent obligés de ne pas les combattre ouvertement, de voiler la vérité, et de ne la laiffer voir à la multitude que peu-à-peu, par degrés, & felon.que..les elprits y paroïfloient dif polés De:là,, l'origine des initiations. Elles {ons de la plus haute, anciquité , & remontent. probablement. juiqu'à lonigine. du monde ;. elles furent même en-ufage dans les plus beaux jours du Chriftianifme, & font la. tige de celles des, Franc- Maçons. 221 Les imittauions, furent: néceffaires ;; en Es dans.les cemps où l'erreur & lime

nn CURE)

polture tromphoient , & avoient fa force en main pour fe faire refpecter. Ce n’eft pas précilément de lavoir craint, de ne pas l'avoir bravé, que les favants du paganifme font repris par l’efprit de vérité dans les Epitres de faint Paul, mais d’avoir retenu captive la vérité qu’ils ont connue, dans les circonftances mêmes où ils auroient pu la publier fans danger; de lavoir fubordonnée à leurs pafions, à celles de leurs difciples & des grands du monde ; de n’en avoir voulu voir & faire voir que ce qui n’étoit pas contraire à ces paflions; de ne les avoir pas facrifiés, comme ils le devoient , à la volonté de l’Etre fuprême : Non ficut Deum glorificaverunt.

Quoique la Nation Juive fur dépofitaire de la vérité, les Juifs charnels ne goûterent pas le fens fpirituel des écritures ;: mais ils furent inftruits de tout ce qui étoit néceffäire à leur bonheur éternel, & même à leur bien temporel. Il eût été peut - être imprudent de leur dévoiler à

tous, ce qui régardoit labrogation de leur culte & l’établifflement du nouveaults étoient attachés à la gloire cemforellé qui ‘avoit illuftré leur nation: ‘ils auroient fa.

pidé ceux qui fe feroient efforcés de les Ébhyainece que cette gloire devoir paller,

& ne dureroit pas jufqu’à {a fin des fiecles, comme ils le croyoient ; que celle du Meffie, du Réparateur qu'ils attendoient , feroit purement fpirituelle. D’ailleurs leur culte devoit être abrogé ; il leur fufifoit de favoir ce qu’il leur prefcrivoit, fans être inftruits de celui qui devoit lui. être fubftitué.

Dans les lieux où régnoit l’idolâtrie, comme dans le temps des perfécutions fufcitées aux Chrétiens , ils étoient forcés de ne révéler les myfteres qu’à ceux dont ils avoient fuffifamment éprouvé le zele & l'attachement à cette religion divine, & qui paroifloient dignes d’être admis à la profeflion du Chriftianifime : autremene ils auroient expofé les myfteres à la dérifion & à la profanation, & il leur étoit défendu de donner aux chiens les chofes faintes ; ou bien ils auroient été fans ceffè trahis, & fe feroient expolés rémérairement contre la volonté de Dieu; mais ceux à qui ces myferes étoient révélés étoient indiftintement choifis daos la clafle des riches , des favants , & dans celle des pauvres & des ignorants, & préférablemene dans cette derniere, parce qu’elle-éft plus fivorable à l'humilité & à la. foumiflion qu'exige la foi de l'Eglife carholique.‘

Dans tous les lieux qui n’éroient pas le théatre de l’idolâtrie & de la perfécution , comme dans ceux où elle a ceflé, il a toujours été auffi facile aux ignorants qu'aux favants de connoître tous les myfceres de la Religion chrétienne, dont la connoiffance eft néceflaire au falut. Ils ont été enfeignés à tous, & dans tous les temps, de la même maniere ; ce qui a été myftere pour les uns , l’a toujours été de même pour les autres. La pratique des confeils évangéliques avoit fes regles, mais elles étoient publiques , & chacun les fuivoit à mefure qu'il s’y fentoir du goûr & des difpofrions. Il n’y a point, dit Bofluet, de traditions apoñftoliques, que celles qui font reconnues par toute l’E- glife. La propofition contraire eft erronée, Les prérendues traditions apoñoliques fecretes feroient un piege pour les fideles, & un moyen d'introduire toutes fortes de mauvaifes doctrines. Cette décifion eft contraire à ce qu’avance l’Auteur du Tableau naturel, au fujet des écrits de faint Bañle & de la lettre d’Innocent ; la tradition n'étoit pas fecrete, lors même qu’il y avoit des raifons pour ne pas la rédiger par. écrits à

Les malheurs des croifades renouvelle-

rent les perfécutions , & rendirent encore néceflaires les initiarions fecretes : on pré- tend que cette époque eft celle de la Franc Maçonnerie. Cette origine lui fait autant d’honneur que pourroit lui faire de tort celle des myfteres du paganifme, fur lefquels voudroient l’enrer quelques Franc- Maçons peu délicats. Mais depuis que les croifades ont cefé, les hérétiques feuls ont intérêt de continuer des aflemblées fecretes & myftérieufes dans les royaumes où l’on fait une profeflion exclufive de la Religion catholique ; & ce n'eft que dans ceux où elle n’eft pas la dominante, que les Catholiques peuvent juftifier un ufage , dont beaucoup de gens peuvent abufer en limicant.

Pourquoi les Franc - Maçons cher- Chent-ils la vérité cachée , la parole perdue , fur-tout dés qu'ils conviennent dans la délibération ci-deflus , en termes exprès : « Que fa vraie Maçonnerie a » pour objet la Religion primitive perfec- » tionnée par le Chriftianifme, c'eft-à- » dire, par la doétrine de Jefus-Chrift ?» On ne peut connoître cette doétrine, qu'autant qu’il l’a enfeignée à quelqu'un & que l’enfeignement s’eft perpétué publiquement jufqu’à nous; autrement il feroit

perdu pour toujours , & on le chercheroie en vain. Toute doctrine perdue qu’on retrouveroit, n’auroit plus l'authenticité fufhfante ; il faudroit pour la faire recevoir, les mêmes merveilles qui ont dé- montré que celle-là venoit de Dieu; & elles fonc impoflbles , les prophéties qui font les plus convaincantes de toutes, & qui confirment toutes les autres, étant accomplies en Jefus - Chrift : l'autorité qui perpétue fa doétrine, ne peut dilparoître fans l’anéancir.

Il faut abfolument un corps, une autorité , foit pour établir les loix religieufes , foit pour établir les loix civiles & politiques, Le Prince , Grand-Maitre, prouve cette vérité, en cherchant à convaincre les Franc-Maçons de la néceflité de fe réunir. « Différence de fyftêmes, méfiance générale, on n'étoit pas fans crainte- » fondée de voir chaque Nation Maçon- » nique fe féparer du grand tout, & » chercher à créer un nouveau fyfléme, » vrai ou chimérique, pouvant devenir » la proie d’un ou plufieurs fiux Prophe-

IL reconnoît lexiftence d'un grand tout, d’un corps ayant un chef,& combien

il ct imporçant aux Maçons de s'y tenir

unis, pour éviter l’anéantiffement de leur Ordre : quel eft ce grand tout ? C'eft , felon Jui, le nombre de Loges qui fe font réunies fous fon régime réformé ; mais avant la réforme , ce régime n’étoit pas le grand tout : comment peut-il l'être devenu en fe féparant des autres Loges avec lefquelles il formoit ce foi-difant grand tout Quel eft le nouveau fyftême qu'il établit £ ILeit incertain fi le fyftème nouveaw que pourroient créer les nouveaux Prophetes, feroit vrai ou chimérique ; il n’eft donc pas für que celui de ancien grand tout foit vrai ; il n’eft pas plus certain de la vérité du fien, autrement il auroit afluré pofirivement-que les faux Propheres ne pouyoient en établir aucun qui fût vrai. -. Les membres du régime réformé ne font pas en état de prononcer fur le nouveau fyflême ; aucun d’eux ne le connoit, un petit nombre excepté ; ils doivent s’en rapporter à ce fujet à la conviction du Grand- Maître, parce qu'il fait rout par fa fcience occulte. Y croire & s’y foumettre fans favoir en quoi elle confifte, c’eft le caractere d’une obéiflance aveugle , non-

feulement fur la miion, mais fur la dottrine, Ë

Deux livres, de l’aveu des Maçons, contiennent une partie des comoiffances de ce fyftême prédominant. Ouvrons ces livres ; fi nous n’apprenons nas tout ,nous pourrons favoir au moins cette partie qu'ils contiennent,

On lit dans celui des Erreurs € de la Vérité , pages 3 & fuivantes de la préface , ce qui fuit: « L’on voit parmi les hom- » mes une variété umiverfelle de dogmes » & de fyflêmes …; une multitude innom- » brable de fetes philofophiques, politi- » ques & religieufes …; maloré les efforts » que leurs chefs font pour fe former une » doctrine ftable...., ils ne peuvent jamais » y parvenir…Leurs Inftitureurs & leurs » Obfervateurs montrent fans celle à dé- » couvert qu'ils n’ont ni la regle, ni la » preuve du vrai. Les principes dont je

» traite fontles feuls fondements de route » vérité ; c’eft pour les avoir oubliés ,que » toutes les erreurs dévorent laterre, & » qu'ainfi il faut qu’on les y ait prefque

» généralement reconnues, puifque l'igno-. » rance & l'incertitude y font comme » univerfelles..… Quoique la lumiere foit » faite pour cous les yeux, tous ne fonc » pas faits pour la yoir dans fon éclat, », C'eft pour cela que le perit nombre », des hommes, dépofitaires des vérités ». que j'annonce , /f voué à la prudence € » à la difcrétion, par les engagements les » plus formels : aufli me fuis-je promis » d’ufer de beaucoup de réferve dans cet » écrit, & de m'y envelopper d’un voile » que les yeux les moins ordinaires ne Ÿ pourront pas toujours percer , d'autant » que j'y parle quelquefois de route autre » chofe , que ce dont je parois traiter.s

Page 208 de la quatrieme divifon. & Tel eft en partie le principe qui a formé » les faufles Religions, & qui a defiguré » celle que roure la terre aurvit dû fui-

Pages 221 & fuivantes, jufqu’à la

& Non-feulement je maintiens la néce£ » fité d’un culte, mais je fais voir encore » plus clairement la néceffité d’un feul » culte, puifque c'eft un feul chef ou » une feule caufe qui doit le diriger. On > ne doit pas me demander quel eft celui

» qui eft le véritable culte ; mon bue » n'eft pas de juger les cultes établis. Si » la çaufe'aétive & intelligente ne pou- » voit jamais être connue fenfiblemenc » par l’homme , il ne pourroit jamais être » fûr de trouver le véritable culte ; il fauc » que l’homme puifle avoir la certitude » dont nous parlons; que ce ne foit pas » l’homme qui la lui donne, & que cette » caufe elle-même offre clairement à l’in- » telligence & aux yeux de l'homme les » témoignages de fon approbation , afin » qu'il ait fous la main des reflources d’où » il puifle recevoir des fecours évidents ; » mais ce n’eft pas prouver que cette caufe » le fafle. Je ne veux pas citer ma propre ® expérience , quelque confiance que j'y » doive apporter. Je défire qu'aucun de » mes lecteurs ne me croie fur ma parole, S parce que, comme homme, je n’ai aucun » droit à la confiance de mes femblables ; » mais je ferois au comble de ma joie, fi » chacun d’eux pouvoit prendre une affez » grande idée de lui - même & de la caufe » qui veille fur lui, pour efpérer que par » fa perfévérance & fes efforts , il lui fe- » roit poffible de s’affurer de la vérité... » Rien ne m’empêchera donc d’aflurer > mes femblables , qu'il eft en leur pou-

» voir de s’en aflurer par eux-mêmes, & » cela d’un manigre qui ne leur laïfle poinc » de doutes... J'ai le bonheur d’avoir la » preuve, que la définition fuivante des » myfleres auroit mieux valu ; les myfte- » res ne font que des vérités voilées, € » non des vérités impénétrables…., Je voudrois que rien de moi ne für ce que je » fais ; car jé ne trouve rien en moi qui » en foic digne ; c’eft pourquoi je ne puis » jamais nrexprimer fur cés objets que » par des fymbolés. ... Si l’homme , par » lui-même, ne fauroit fire un pas vers » la fource féconde de toutes les connoif- » fances , il peur être für d'y parvenir en » oubliant fà volonté, & laiffanc agir » celle de la caufe active & intelligente, > qui doit feule agir par lui: » & p. 537:

« Que ne puis-je ici dépofer le voile » dont je me couvre, & prononcer le » nom de certe caufe bienfaifante ; mais » le nom qui feroit le mieux connoitre » cer être inefable, fufliroit, fi je le pro- » férois, pour que Le plus grand nombre » dédaignât d'ajouter foi à fes vertus, & » fe défiât de route ma dotrine ; ainfi le » défigner plus clairement , ce feroit éloi- » gner Le but que j'aurois de le faire con- » noitre. »

-Page $44. « Après routes les obferva- » tions que j'ai préfentées à mes lecteurs » fur coures les fciences humaines , ils » doivent m’en fuppofer au moins les » premieres notions ; il$ peuvent en outre , d’après la réferve marquée qui repne dans cer écrit, & d’après les voiles qui y font répandus , préfumer que probablement j'aurois plus à leur dire que ce qu'ils y ont vu, & plus que ce qui eft > connu généralement parmiieux.

» Quoique j'aie eu le bonheur d’être conduit plus loin qu’eux dans la carriere » de la vérité, loin de m’en enorgueillir ». & de croire que je fache quelque chofe, » je leur avoue hautement mon ignoran- » ces & pour prévenir leur foupcon fur » la fincérité de cet aveu , j'ajouterai qu'il » me feroit impoflible de m'’abufer moi- » même là-deflus, car j'ai la preuve que > je ne fais rien.

» Si l’homme régloit mieux fa volonté, » & fe difoit dans le fecret de fon cœur : » Il y a une vérité, mais je puis m’adreffer » mieux qu'a des hommes pour la con- » noître ; 1l pourroit s’en convaincre tous » les jours de fa vie.»

& Nous ne pouvons que méprifer cette

» multitude

VVVM NN

multitude de religions & de cultes en ufage parmi les nations , en obfervant cette variété qui les défigure, & cette oppofition qui en découvre la faufleté ; mais lorfque nous ne perdrons pas de vue que cette. différence & ces bizarreries ne portent que fur le fenfible, lorfque nous nous rappellerons que l’homme, par la penfée étant l'image & la fimilicude du premier être penfant , apporte avec lui toutes fes loix, nous reconnoitrons alors que fa Religion naît avec lui-mé- me ; que loïn qu’elle ait été en lui une fuite de l'exemple, du caprice , de l’ignorance & de la frayeur qu’ont pu lui inf. pirer les cacaftrophes de la nature, ce font au contraire toutes ces caufes qui l'ont fi fouvent défigurée » & qui ont amené l’homme à fe défier du feul remede qu’il eût à fes maux.

» Nous reconnoîtrons bien mieux encore qu'il fera toujours für de trouver un point de réunion qui lui foit commun avec fes femblables, quand il por tera les yeux vers cette fource » & vers la feule lumiere qui doit l'y conduire ; telles font les idées que nous devons avoir de la véritable Religion de l’homme » & de toutes celles qui ont ufurpé ce nom

> fur la terre.»

Laureur du Tableau naturel , divifion 20, pag. 192 & fuivantes, voyant que le livre des Erreurs € de la Vérité n’avoit pas été profcrit , a hafardé de parler plus ouvertement, en avertiflant néanmoins que s'il eft des vérités que l’on doit divulguer, il en eft beaucoup aufi qu’on doit taire. « L'expérience s’unit à la raifon, dit-il, » pour engager à la réferve en montrant 5 les maux inévitables , qui, dans tous » les temps, font provenus de la publici- » té... Parmi les inftitutions favantes & » plus célebres, il n’en eft aucune qui n’ait » couvert la fcience du voile des myfteres. » Prenons-en pour exemple le Judaïfme € » Le Chriftianifme... Nous voyons par la » lettre d’Innocent premier à l’Evêque » Décenfius, & par les écrits de Bafile » de Céfarée , que lé Chriftianifme pof- » fede’ des chofes de grande force & de » grand poids, qui ne font pas & ne fau- » roient jamais être écrires.

» Tant que ces chofes ne furent con-

XV ÉEEX

FVYX Y Y YX

YVYVYY Y

nues que de ceux qui devoient er être les dépofitaires , le Chriftianifme jouir de la paix; mais quand les Empereurs Chrétiens défirerent d’être initiés à fes myfteres , &c. l’obfcurciffement devint prefque univerfel fur cous les objets de la doétrine & du culte , parce que les plus fublimes vérités du Chriftianifme ne pouvoient être bien connues que d’un petit nombre de fideles, & que ceux qui ne faifoient que Les entrevoir, étoient expolés à des interprérations faufles & contradictoires ; auffi à peine Conftantin eut-il adopté le Chriftianifme, que les Conciles généraux commencerent ; & ce temps peut être regardé comme la Premiere époque de la décadence des vertus © des lumieres parmi les Chré-

», Ceux des chef fpirituels qui fe pré- ferverent de la corruption, gémiffanc fur les égarements de la multitude , s’eflorcerent, par l’enfeignement & l'exemple , de conferver chez les hommes le zele, les vertus & la vérité ; mais ce fut en vain ; le monftre qui avoic déjà reçu la naiflance, étoit trop favo-

> rable aux défirs ambitieux de fes parti- » fans, pour qu'ils ne priffent pas foit

A de le fortifier. Jeune encore fous les premiers Empereurs Grecs, il ne porta que des coups foibles , tels que les encreprifes de Simmaque contre l’'Empereur Anaftale ; mais, &c. » Le fils de Charlemagne, dont le pere avoit vu le Pape à fes pieds, fut aux pieds du Pape , &c. Seconde époque dans laquelle les égarements vinrent de la part des chefs, &c. » Les hommes groffiers voyant les dé- fordres de ceux qui profefloient les dogmes facrés, ne fe contenterent pas de fufpecter leurs maîtres ; ils porterent l’'imprudence jufqu’à fufpeéter les dogmes, &c. Troifieme époque dans laquelle les égarements vinrent de la part des membres , &c. » Mais des malheurs d'un autre genre fe font mêlés à ces erreurs d’autant qu'on a vu à la fois la croyance des chofes vraies & la crédulité criminelle confondues & profcrites ; ce quia enhardi les ouvriers mauvais , & fait taire de plus en plus les ouvriers légitimes. » Alors, ceux des chefs fpirituels , qui ayoient confervé le dépôt dans fa pureté, n'auroient pas été entendus , s'ils avoient

voulu diriger la penfée de l’homme vers la hauteur de ce facerdoce ineffable, qui l'approche de la Divinité , & s'ils euffenic voulu l’engager à la recherche des fciences divines , &c. 3 » Nous avons vu quelle a été l’ortgine du Chriftianifme , la progreflion du défordre & celui qu'a produit la trop facile publicité des chofes, qui ne peuvent être bien conçues par la multitude , ni cefler d’être fecretes fans qu’elles foient expofées à être mal comprifes ou mal interprétées. Quelle eft donc la route que l’homme doit prendre pour fortir de cet état défordonné & dévoué à l'incertitude f C’eft celle qu'il découvriroit prefque fans efforts, s’il tournoit fes CAR fur lui-même, &c. » Nous fuivrions les traces de la vérité dans toutes les inftitutions religieufes, &c.

» Nous rallierions dans notre penfée les vérités éparfes , mais impériffables , qui percent à travers de toutes les doctrines & de toutes les feétes ; nous élevant ainfi de vérités en vérités , nous remonterions jufqu’à la hauteur du type univerfel , flambeau vivant de toutes les penfées & de routes les aétions; mais

EX NX S vx

ÿG Y

LR vu & vw

6 homme ! lorfque tu feras arrivé à cet heureux terme, fi tu es fage, tu gerderas la fcience dans ton cœur.

Et page 167 & fuivantes : Sans la dépravation ou la foibleffe de notre volonté, nous ne ferions féparés qu’en apparence de tous les agents faluraires dont les bienfaits font confacrés dans les différentes tradirions, & nous ferions près d’eux en réalité. Les Livres feroient inutiles fi nous étions fages ; car les Livres ne font que des recueils de penfées, & nous vivons au milieu des penfées. » En eflec, fi tout eft effentiellement lié, inféparable, indivifible, comme provenant de l'effence divine, &c. il ft évident que l’homme ne pouvant anéantir ni changer fa propre nature, qui le lie néceflairement à l'unité univerfelle , eft fans cefle au milieu de toutes les vertus divines , envoyées dans le temps ; qu’il en eft environné ; qu'il ne peut faire un pas, un mouvement fans communiquer avec elles ; qu’il ne péütagir, penfer, parler dans la folirude la plus profonde fans les avoir pour té- moins, fans en être vu, entendu, touch#; & que s’il n’y avoit entre elles & lui le fruit de fa volonté lâche & cor-

5 rompue, il les connoîtroit auffi aifémene » qu’elles le connoiffent, auroit furelles les » mêmes droits qu'elles ont fur lui; & ce n’eft » point aller trop loin que d’aflurer qu'il » pourroit étendre fes privileges jufqu’à » connoître vifiblement Fohi, Moïife, le > régénérateur univerfel lui-même. , . . ..

» Quelle raifon pourroit même nous em- » pêcher de croire que fans notre volonté # corrompue nous aurions de pareils droits » Jur les grands faits € fur les grandes a&tions » à venir ? Si notre nature nous appelle à » partager les propriétés de l'unité, ne » devons-nous pas comme elle embrafler » tous les efpaces & tous les remps, pr& » que nous fommes comme elle au-dellus » de tout ce qui eft paffager & rempo- » rel?

» Oui , s'il eft vrai que dans notre » effence nous foyons liés à l’unité d’une » maniere in{éparable , nous devons l'être » dans tous les faits qui lui fonc propres ; » dans ceux qui ônt exiftés avant le tem pss » dans ceux qui ont exiftés depuis le com- * mencement des temps, &c.; dans ceux » qui exifteront jufqu’à la fin des temps ; » dans ceux mêmes qui auront lieu après » la diffolution des chofes : car nous ne

$ ciendrions plus à l’unité fi nos droits

éroient partiels , &c. Tous les hommes font des Prophetes par leur nature ; c'eft leur foiblefle & leur imperfeétion , qui les empêchent d'en manifefter les pri-

» vileges, &c. Enfin les deux mondes fonc

ELLE EX & Y

ELLES SU Y

remplis de tréfors nés & à naître, qui fe manifeftent au gré de l’homme quand il eft fage, &c. quandil a une raifon convenable , & cette raifon eft la pureté des défirs de l’homme, &c. qui à cout inftant a le pouvoir de s'inftruirs & de prier efficacement fon Dieu … Si les hommes vouloient être heureux , il ne leur feroit pas difficile , ils n'auroient qu'a parler, &ec.

» Portez vos regards fur ces vertus éparfes & fubdivilées de rous les êtres d'un autre ordre qui ont été les pré- déceffeurs de l’époque de l'intelligence, comme en étant les agents & les miniftres. Tâchez, en mettant conftamment à profit les penfés qu'ils vous envoient , de vous rendre aflez analogue à eux pour opérer le rapprochement de leur effence € de la vôtre ; par cette union ils vous convaincront de nouveau & phyfiquement , que vous êtes deftinés à les contempler dans leur enfemble &e

» dans leur unité , page 236. Ils doivent

» nous faire connoïtre que fi nous ne » fermions aucun de nos canaux immaté- » riels , nous verrions notre bafe s’érendre » à une diftance immenfe , & acquérir » peut-être aflez décendue pour couvrir > l'univers entier.

» Vous pouvez vous élever comme eux » avec fécurité & avec une véritable lu- » miere jufqu'a cette unité univerfelle , » dont l'agent, qui en eft dépofitaire, » peut produire en vous, comme il Le fait » en eux, la force & la paix qui lui fonc » propres, &c. Il deviendra le mobile de » vous les mouvements de votre être, lorf- » que vos facultés difpofées par vos défirs » auront recouvert le degré de pureté » néceflaire. Pages 240 & 241.

Les Auteurs de ces deux Livres fi vantés par les Maçons, s’accordent à profcrirel’aucoritéde l’Eglifecatholique, & furtout celle de fon chef, comme il eft aifé d’en juger par les paflages de ces Livres qui font cranfcrits ci-deflus, Ils fubftituent à çetce aucorité refpectable la raifon parti:

euliere de chacun , fous prétexte que tous les hommes peuvent rout connoître & tout pouvoir en s’uniffant à la toute-puiffance par leur volonté.

Îls affurent que la lumiere de certe Eplife eft échipfée ; que les ouvriers mauvais onc été enhardis , tandis que les ouvriers légitimes, qui ont confervé le dé- pô de cette lumiere dans toute fa pureté, ont été de plus en plus forcés de fe taire, & n’auroient pas été entendus s’ils avoient

arlé.

Le chef de l’Eglife & fes coopérateurs n’ont jamais ceflé de parler & d’enfeigner publiquement : il n’eft donc pas poflible de fermer les yeux fur la conféquence fecrete , & la prétendue fcience que les Auteurs & les enchoufiaftes de ces ouvrages gardent , difent-üs , dans leur cœur,

Îls auroienr dû , pour leur honneur , y renfermer de même le fecret qu'ils publient, & dont ils fe font fervi pour con verfer avec les intelligences fupérieures. Comment ont-ils aflez peu refpeété leur raifon. , ou affez mal préfumé de celle des. autres , pour entreprendre de. créer une nouvelle feéte d’Illuminés dans le: fiecle de la philofophie , où lon fai gloire: de rejerer les révélations & les faits furs

naturels les mieux conftarés, dans la crainte de paroître. donner dans une cré- dulité puérile? S'ils fonc raifonnables & de bonne foi, comme on dois charitablement le préfumer , ils fonc les dupes de Pefpric d'erreur qui réuflit à perfuader aux hommes des derniers fiecles , comme à ceux des premiers, qu'ils peuvent devenir des Dieux. Eritis ficut Di; il les féduit fous l’efpoir d'obtenir par la feule vertu de leurs défirs & de leurs eflorts une puiffance & une intelligence fans bornes.

La tentation eft plus fubtile que celle à laquelle fuccomberent les auteurs du genre humain. Il leur fuc infinué qu'ils fauroient tout ce qu’ils ignoroient par la vertu d’un feul fruit, au lieu qu'il s’agit dans. celle-là de chercher la fcience en dérachant fon intelligence de tout ce qui eft fenfible pour l’élever jufqu’aux cholfes intelle@uelles, les plus fecretes, & péné- trer ainfi par la feule force de la volonté dans l'intelligence infinie.

La premiere avoit un fruit pour figne: fenfble, au lieu que la derniere eft invifible ; elles font au fond les mêmes » puifque dans toutes les deux c’eft la volonté qui défire & s’eflorce de connoître ce qui: paîle la portée des intelligences bornées.,

pendant qu’elles font renfermées dans un corps mortel , & qui veut étendre les bornes qui leur font prefcrites par des moyens contraires à la volonté de Dieu, qu'il fait connoître par fa parole.

Elle avoit fait aux premiers humains le commandement de ne pas manger du fruit défendu , comme elle a fait depuis aux hommes d’autres commandements , foit dans l’ancien, foit dans le nouveau teftament. Le plus eflentiel de ces com- -mandements, eft celui qui prefcrit l’obéiffance à l'Eglife catholique. L’efprit d'erreur feul peut fuggérer la défobéiflance; elle eft le figne infaillible qui le fait connoître , quelque fophifme qu’il emploie, quelque forme qu'il emprunte, en faifant parler Les ferpents & les morts; quelque prodige qu'il opere, en tranfportant même ceux fur lefquels il a du pouvoir, fur les édifices les plus élevés, fur des montagnes & ailleurs, ou même dans d’autres mondes , & leur manifeftant -des chofes qu’il eft impofible à l’homme de favoir d’une maniere naturelle. Il réuffic à leur perfuader que la défobéiffance eft une vertu utile à l'humanité, lorfqu’ila fait naître le défir de fatisfaire la curiofité rela- «give aux chofes furnaturelles ; mais 1l n’em-

ploie ordinairement cette tentation que contre ceux fur lefquels il a épuifé celle des autres plaifirs de l’efprit ou des fens ; quelquefois cependant il fait jouer en même temps toutes fes batteries.

La révélation , qui eft la parole exté- rieure de Dieu, écrite ou non écrite, ne “peut pas étre interprétée par la penfée & la parole particuliere de chacun ; mais par cette Eglife qu'il a choifie pour fon interprete. Omnis Prophetia fcripturæ propria - Enterpretatione non fit ; nos autem fenfum Chrifii habemus. C'eft défobéir à Dieu que de lentreprendre par fes propres lumieres fous le faux prétexte que fa parole eft perdue, & qu'il a délaiflé le genre humain au point qu'il n’y a plus de chefs fpirituels , légitimes & vifibles , pour la faire connoître & l’interpréter.

On penfe avoir les meilleures intentions, fuivre la raifon & rectifier celle des autres, candis qu’on eft tellement aveuglé par l’orgueil, qu’on donne dans des abfurdités aufli groffieres, aufli contraires à a raifon fur le dogme que celles des Païens , & fur la morale que celles des Publicains qui exiftoienc du temps de Jefus-Chrift : on doit leur être affimilé, comme il le prefcric dès qu’on n’eft pas

foumis à fon Eglife ; on eft alors livré à fon efprit particulier & expolé à tous les écarts de ces auteurs; & c’eft le fort de tous ceux qui n'ont pas pour guide une autorité foutenue par Dieu même- Siquis non audierit Ecclefiam, fit tibi ficut ethnicus et publicanus,

Il fufic , pour mériter ce trairemenc ordonné par Jefus-Chrift , de ne pas adopter les décifions de l’Eglife , d’en rejeter une partie, ou même une feule, de ne pas les reconnoître intérieurement & fincérement comme véritables , de leur pré: férer les maximes du monde, qui font contraires à celles de l'Evangile & aux regles de l’Eglife.

La fcience & la puiffance fans bornes: font l’objet des défirs des hommes ; mais: fi elles pouvoient leur procurer quelques plaifirs fur la terre , leur poffeffion feroir fans doute contraire à leur intérêr éternel ;. puifque la volonté de Dieu paroît être de: les en priver & de leur en interdire même le défir. Sa fagefle les conduit à la perfec: tion. par ce renoncement, & non comme le difent ces auteurs , en faifant dépendre de leur volonté la connoiffance de l'avenir, du pañlé , de tout ce qui eft ou peut être dans l'univers.

Lorfqu’elle a jugé les révélations néceffaires , foit pour préparer les voies à l’établiffement de fon Eglife, foit pour l’opé- rer, elle a pris les mefures les plus fages: pour garantir de la préfomption ceux qu’elle jugeoit à propos de choifir pour: fes Prophetes. Chacun d'eux n’a connu: qu’une partie des objets de ces révélations 3 le plus fouvent ils les ont eu fans y rien comprendre | & elle en a fufcité d’autres: pour les interpréter dans le même temps, ou dans des temps plus reculés , felon qu’il: étoir plus convenable.

Ceux à qui fur accordé le don de: prophétie ou celui des miracles, ne purent. obtenir, nonobftant la pureté de leurs: défirs, que les tréfors des deux mondes. leur fufflenc manifeftés ,, pour me fervirdes. expreffions du Tableau naturel. Ils: meurent pas quelquefois ce qui étoit né- ceffaire à leur fubfiftance ; fouvent ils: furent en apparence les plus malheureux des hommes , comme Saint Paul , qui fuc: de plus éprouvé par une tentation importune, pour empêcher que la grandeur de fes révélations ne lui donnât de l’orgueil.

S’il fut néceffaire d'élever David fur le: trône pour figurer la royauté de Jefus- Chrift, il fuc humilié par des foiblefles

& des revers ; fi Salomon, peur étre la figure du Meffie dans fa gloire, dût être comblé conftamment de profpérités , de richeffes & de fciences, elles le corrompirent tellement , qu’il eft crès - incertain fi fon bonheur temporel n’a pas été un obftacle à fon éternelle félicité.

O N trompe les hommes en leur enfeignant que chacun d’eux, en élevant fon efprit par l’effort de fa volonté, peut connoîcre roures les raifons de la fagelle infinie, & voir dans les tréfors de l’intelligence fans bornes tout ce qu’elle a fait, cout ce qu’elle doit faire encore pour l’accomplifflement de ce que ces aureurs agpellent le grand œuvre. C’eft une illufion qui tend à faire perdre la raifon, ou du moins à détourner chacun en particulier de ce que la providence exige de lui, qui, peut l’empêcher de s’y borner , & le porter à fe livrer à des défirs vaftes & chimériques, contraires à l’ordre & à fes obligations particulieres. Son devoir eft non de tout favoir , mais de réprimer fa

curiofité , de ne pas perdre fon temps à s'inftruire de ce que Dieu veut qu'il ignore dans l’état où il l'a placé, & à s’efforcer de voir dans fon imagination des efprits ou des morts, au lieu de rendre aux vivants les fervices qui dépendent de lui, Ces auteurs en fe couvrant de leur ftyle énigmatique , diront-ils que leurs expreffions ont un autre fens P Ils trompent alors une partie de leurs feétateurs, qui les interprerent felon celui qu’elles pré- fentent naturellement, qui fe conduifene en conféquence , & dont il fauc déffiller les yeux.

Le Magnétifme conduit aux mêmes dangers & fouvent aux mêmes erreurs les actes d'humanité qu'on croit faire en magnétifant , font non-feulement ingtiles , mais dangereux. La théorie magnétique eft inintelligible ; les maîtres ne la comprennent pas mieux que les difciples. Il eft impoffible de raifonner jufte fur l’exiftence d’un fluide qui échappe aux fens & aux microfcopes, fur fes propriétés, & encore moins de le diriger à volonté ; il n’eft donc pofñfible que d'aller en tâ- tonnant, & de s’expoler à faire indiftinétement du mal ou du bien. Les opé- rations du Magnétifme donnent des

crifes qui font dans le premier degré des mouvements & des fentiments prefqu’imperceptibles , & dans les derniers degrés des convulfions, &c. Les mêmes effets ont été produits dans toutes les circonftances , où les imaginations ont été frappées depuis l’origine des fiecles , fuivant la difpofition des fujets & des opinions.

À toutes ces époques on a tenté de prouver que l'imagination n’étoit pas la feule caufe de ces opérations, parce qu’elles étoient produites fur des animaux, des enfants & d’autres fujets fur lefquels l'imagination ne paroifloit avoir aucune influence ; mais ou les bornes de fon empire ne font pas connues, ou l’on s’eft fait illufion fur les circonftances de ces différents états. L’érat des convulfionnaires a toujours paru monitrueux ; auffi tous ceux qui dans les différents âges ont cru y reconnoître les opérations de la Divinité, font revenus tôt ou tard de leur crédulité, & ont fini par en rougir aux yeux de la raifon ; le temps qui diminue la vivacité des pafions , a éteint peu-à-peu leur enchoufiafme , & leur à permis de voir les chofes de fang-froid; quelque intéreflés qu'ils aient éré à perpétuer leur erreur par l'impofture, les

crédules humains ont fini par ceffer d’être leurs dupes ; malheureufement ç’a prefque toujours été, pour donner à leur curiofité de nouveaux aliments. Leur efpric fait pour s'élever au-deflus de la fphere corporelle eft avide du merveilleux.

La raifon fe perfeétionne par des expériences réitérées ; le monde a été fi foufenc bercé par des convulfonnaires, qu'ils font univerfellement reconnus, par la plus faine partie du genre humain, pour n'être ni dans l’ordre naturel, ni dans l’ordre furnaturel. Jamais le défordre ne produira l'ordre, ne rendra la fanté ; ce n’eft pas

le but de l’auteur de la nature, il a mis à notre portée d’autres moyens certains de rétablir, lorfqu'il eft poffble , léquilibre entre les folides & les fluides fenfibles , ce qui remer dans l’ordre en même temps les fluides fubrils &. les fenfations.

Pour exercer le Magnétifme fans danger , il faut, de l’aveu de fes chefs, être médecins. Ainfi , ceux qui ne le font pas feroient mieux de s’en abftenir, & ceux qui le font doivent fe borner à faire des progrès dans l’art de la Médecine, dont les principes utiles ne font pas un myftere, & ne peuvent étre fufpeéts ; ils ontéré conftamment & unanimement approuvés.

dans tous les fiecles. Il y a dans les fien: ces naturelles & furnaturelles des myfteres impénétrables , dont les fourbes abufent pour nuire ; s’enfuit-il qu’elles n’enfêt gnent pas d'une maniere claire & fût tour ce qui eft néceffaire à l'ame & al corps ? Si les Médecins ont été fi fouvent les fujets de la faire, c'eft parce qui s’en trouve beaucoup qui portent ce no fans en être dignes, qui en exercent la profeflion fans en être capables , qui font comme ceux du Magnétifme , un mÿf tere de leur théorie, & qui refufent de la foumettre à des confulrations publi: ques , parce qu'ils en fentent le foible & en foupçonnent le danger qu’ils craignent de Laiffet pénétrer.

Ceux qui ne raifonnent pas font re: tomber fur l'arc les erreurs de l’artiftes par le même abus du raifonnement , les efprits fuperficiels mettent fur le compte de la religion les fautes de fes miniftres. Les gens fenfés ne penfent pas ainfi, mai ils ne donnent leur confiance qu'aux Mé: decins qui la méritent , qu’à ceux qui raffurent leur malade pour prévenir les dan: gereux effets d’une imagination frappée, qui ont de l'expérience & de la probité, qui n’emploient que les remedes de l'efiet

defquels ils font parfaitement fürs, eu égard aux circonftances, & qui, plutôc que de rien donner au hafard , préferent de fimplifier leur méthode.

L'imaginarion eft certainement mife en jeu par le Magnérifime , fes plus zélés partifans en conviennent, & fe plaignent même de ce qu’elle traverfe leurs opérations. C'eft leur faute ; ils s'occupent trop long-temps & trop fortement du même objet, & fur-rout de la fanré dont les fujets qui ont le genre nerveux fenfble , font vivement afleétés. 11 n’eft donc pas furprenant qu'ils éprouvent les mémes crifes auxquelles ils éroient fujers, & les nouvelles dont ils entendent parler, ou dont ils font les témoins ; mais, dit-on, il n’eft permis , par la fociété , d'établir des foufcripteurs magnétiques , d'établir des traitements publics qu’à ceux des initiés en qui fe trouve la prudence nécefaire, & on leur recommande expreffément d'éviter de donner de fortes crifes; on fait imprimer cette prérendue recommandation, pour calmer les inquiétudes du public juftement alarmé ; mais, d’un autre côté, les Eleves de Mefmer conviennent qu'il les a raflurés fur les crifes les plus Vidlentes & les plus extraordinaires ; qu'il

leur a dit de ne pas fe laiffer effrayer pat ces états naturellement propres à caufer de Pinquiétude & de l’effroi , parce qu'il en avoit vu de toutes les efpeces, & que jamais il n’étoit arrivé d'événement fà- cheux. Il les a fi bien perfuadés , qu’ils ne craignent point du rout de voir des crifes un peu fortes à leur bacquet; elles leur donnentlavogue, &ils croients’attirer une grande réputation , en exagérant d’un air myftérieux la fingularité de leurs eflets. Ils mettent en mouvement l'imagination par le merveilleux qu’ils laiffent entrevoir, & donc ils font cependant un myftere. L’amour-propre eft de même flatté , dans les traitements particuliers , d'obtenir des effets fenfibles, & la curiofité naturelle porte à produire des crifes pour en fuivre les accès.

Rien n’eft plus dangereux , parce que rien n'eft plus propre à exalter les té- tes, & à leur donner une force.qu'il eft impofible d'évaluer , & dont Jean-Jacques Roufleau préfentoit l’effec & le danger , quand il difoit qu’il deviendroit fou , s’il voyoit un miracle. Il confondoit les prefliges de l'erreur, propres à ébranler l'imagination, avec les merveilles du Toutpuiflant, qui ne peuvent faire naître que l'admiration & le refpect.

« Les convulfions , dit M. Bucham, ne font familieres qu’aux fanatiques , & à ceux dont l’imagination eft vive & exaltée. Ces efpeces d’infenfés ne font pas tous aux environs d'Ulm , où il s’en rend beaucoup tous les ans , & il ne faut pas être bien habile, pour voir dans ce prétendu mal l'effet ordinaire d’une imagination déréglée : les convulfions en général fonc les maladies qu’affeétent le plus ordinairement ceux qui veulent en impofer. Il faut examiner attentivement f1 les malades ont quelques fujets de les feindre. Je n'ai pas trouvé de remede plus für, plus efficace & plus prompt pour difliper les fyncopes hyftériques accompagnés de convulfons , que le bain des pieds dans l'eau plus chaude que le fang ; c'eft-à-dire, au trente fixieme degré du thermometre de M. de Réaumur.» Cela prouve que les convulfions font

caufées par des engorgements au cerveau, qui fe diffipenc en attirant les humeurs aux extrémités oppolées. Cette opinion eft confirmée par ce qu'il dit ailleurs, que la difpoftion épileptique peur être rappellée par tout ce qui peut diftendre les vailleaux du cerveau, & que leur caufe

vient d’un amas d’eau, de fang ou d’hu« meurs féreules dans le cerveau , &c.

& Dans toutes les efpeces de convulfions, on a vu, dit M. Lieutaud, dans le cerveau des inondations , & tous les

vaiffeaux engorgés, la fuppuration , la

pourriture, &c. On croit avoir remarqué que la moëlle de lépine eft le fiege des convulfions , qui laiffent la liberté des fens & celle de la parole ; on y a découvert tous les défordres dont on vient de parler ; mais les inondations entre fes deux enveloppes font les plus ordinaires : on a enfin trouvé les vertebres cariés. Il n’y a pas longtemps ,ajoute t-il, qu’une de ces efpeces de convulfions fe montra au milieu de Paris, où elle feroit encore , fi les ordres du Roi ne l’avoient fait cefler ;, car elle eft plus du refforc de la police, que de la médecine... ; elle eft familire aux fanatiques & aux enthouhafces ; on peut mettre dans la même claffe les prétendues poffeffions.… , qui qui ne feroienc pas fortune dans le fiecle éclairé. Sa lumiere commenceroit-elle a s'afloiblir ? Les convulfons décrites par cet Auteur reflemblent parfaite-

. ment aux-crifes du magnérifime, »

Îl eft inconcevable qu'on puifle fe faire

une cfpece de jeu d’ébranler l'imaginarion par le merveilleux prétendu caché fous l'appareil magnétique , au point de mettre les magnéifés dans les érats de catalepfie, de fomnambules & de convulfions de toute efpece, tandis qu’il en réfulte in- ‘ failliblement les effets redoutables dont on vient de parler ; il eft impoflible que les fujers qui s’y prérent ne s’en reffentent tot ou tard. On peut dire avec vérité dé cette méthode dangereufe de guérir , que le remede eft pire que le mal. Heureufement la confiance au magnétifme animal n’eft pas afez grande pour renverfer coutes les têtes : s’il étoir poffible qu’elle pût le devenir, il faudroit le profcrire bien vite. On ne l’a pas fait, parce qu’on a été convaincu qu’elle iroit toujours en diminuant. Les eflervefcences excellives de l'imagination font très- épidémiques. On a vu des contrées entieres être attaquées de cette épidémie. | Les effets cités comme n'étant pas le produit de l'imagination, n’ont pas été vérifiés par plufieurs témoins non préveous : 1! peut d’ailleurs arriver très-aifément que des perfonnes imaginanr qu’on peut ls magnétifer , éprouvent quelquefois

des effets produits ne Au imagination dans le moment qu’on les magnérile , fans qu’elles le fachent ; il eft reconnu qu’elles fe font trèsfouvent trompées ; elles éprouvoient des effets lorfqu’on ne les magné- tifoit pas, & n’en éprouvoient pas dans le cas contraire ; mais à fuppofer que le magnétifme en produife, l’imagination les augmente toujours , & les rend dangereux.

Les cures qui s’operent par le magné- tifme, peuvent être l’efflet des remedes ordinaires, ajoutés à l'opération magné- tique ou celui de la nature , qui guériroit encore mieux, fi fon a@ivité bienfaifante n’éroit pas fouvent contrariée. On ne tient pas regiftre de ceux qui font victimes de certe nouvelle méthode ; & il eft impoffible de connoître, ceux à qui elle a donné ou donnera un germe de différentes maladies & de mort, tandis qu’on a grand foin de publier & d’exagérer quelques foulagements fortuits, qui ne font peut-être pas dus: au Magnétifme; ila peu de guérifon complete à

roduire. ” Plufieurs maux différents guériffent à la longue fans remede ; mais il périt un nombre infiniment plus confidérable de

malades, pour négliger crop longtemps les fecours de la médecine , ou pour ne pas fuivre exaétement fes précepres , & fouvenc pour les contrarier, en n’obfervant pas le régime qu’elle prefcrit , ou en faifant clandeftinement des remedes empiriques. Toutes fes partiescontinueroient d’être très-néceflaires, quand même le Magnérifme feroit auf utile qu'il eft dangereux. C’eft être imprudent que de s’expoler au fommeil inquiet qu'il produir & qui n’eft pas naturel, ainfi qu’à fes autres eflets, même infenfibles ; ils font le commencement des obftruétions & des défordres qu’elles caufent.

On a reproché aux Commiflaires qui l'ont condamné , de n'avoir pas fait un affez grand nombre d’expériences avant de juger ; c’eft prétendre que des gens qui fe font adonnés toute leur vie, avec le plus grand fuccès , à l'étude de la Phyfique, de la Médecine, &c. doivent mettre autant de temps qu’un écolier à l'examen d’une queftion de Phyfique ou de Médecine, de l’efpece de celle du Magnétifime, pour en juger fainement, Un Magiftrat confommé dans la connoiffance des loix & de la pratique , faifit en peu de temps le vrai point de vue d'une

affaire, & la tire du chaos où l’avoit plongé la fubrilité de la chicane.

Mais le Magnétifme , publient fes partifans , eft au moins utile pour rétablir les mœurs en agiflant fur les habicudes phyfiques. Ce moyen eft plus für pour produire cer effet, que celui d’agir fur Les habitudes morales, fuivant l’Aurèur des Confidérations fur le Magnétifme. Ce dernier moyen n’eft praticable , felon lui, qu’en heurtanc de front l’amour-propre. Il pré- teod qu'il faur le laiffer dormir tranquillement, & qu'il y a le plus grand inconvénient à l’'éveiller & à l’avercir de fes forces. Il le confond avec l’amour profe, dont faint Paul défend de parler. 11 ef même dangereux d’y penfer ; &il faut bien fe garder de le réveiller dans les cœurs ; mais c’eft en vain qu’on voudroit laïffer dormir lamour-propre.

Rien de plus imprudent que de fe repofer fur fa cranquillité apparente. Il n’eft jamais plus dangereux que lorfqu'il le paroit moins. Une vigilance conrinuelle eft nécellaire pour appercevoir tous fes mouvements, éventer fes motif & fes deffeins, réparer fans cefle fes ravages, en prévenir de nouveaux.

Comment les habitudes phyfiques,

effets du Magnétifme , pourroient-elles guérir les maux de l’ame ? Les conflitutions faines ne reflentent pas fes effets, de layveu même de fes partifans. Ils ne Pourront pas dire que la fanté du corps eft inféparable de celle de l'ame , mens fana in corpore fano. C’eft le vœu qu'ont faic dans tous les temps céux qui cherchoient le bonheur fur la terre ; mais ce défir, prefque roujours infruétueux , eft la preuve que rien n’eft plus rare.

Tous les biens du temps , comme la fanté parfaite, font le plus fouvent ua obflacle à la perfection de l'ame. Ils lui procurent des plaifirs , dont il lui eft bien difficile de fe détacher, pour ne défirer que le bonheur éternel, & en faire le principe de tous fes mouvements, IL eft plus aifé d’être raifonnable dans les privatians, que dans la jouiffance. Virtus in infirmitate perficitur.

. Un Docteur de la Faculté de Médecine, dans un Mémoire fait contre elle s dit que le Magnétifime fuppole les mœurs, & non qu’il les rétablit. La doctrine magnétique , felon lui, marie les vertus civiles & religieufes avec la fanté, & fair de la pureté du cœur un moyen de confervation phyfique. La puiffance du Magné-

tifine, cette faculté confervatrice, ef

liée, dit-il, avec une ame bienfaifante &

un cœur pur. Il lui feroit bien diflicile de

prouver certe affertion par l'expérience,

qu’il paroît vouloir en tout prendre pour uide.

Ce font les meilleures conftirutions phyfiques qui ont paru jufqu'ici avoir la plus grande vertu magnétique , fans aucun rapport à l’ordre moral. Il feroit bientôt détruit, fi les défirs & la conjecture de ce Docteur étoient réalifés; la diftinétion des bons & des méchants feroit évidente & fenfible, ce qui porteroit atteinte à La liberté. Pour prévenir ce danger , le don des miracles dépend plutôt de la foi que de la charité. Ce don eft extrémement rare , tandis que tour le monde a plus ou moins la vertu magnétique.

Je n’entends pas décider lefpece particuliere du procès que ce Doéteur intente à la Faculté ; mais il paroît donner trop d’extenfion aux principes fur lefquels il fonde fes prétentions. Le progrès des connoiffances humaines peut être recardé par les entraves des réglements de police deftinés.à le favorifer ; ceux qui paroif foienc d’abord utiles, peuvent devenir dangereux par la fuite ; mais le bon ordre

& la fubordination exigent que les membres de chaque corps, comme les fujers de chaque état , fe foumertenc à ces réglements & à la police, foic générale, foit particuliere.

La fubordination peut conduire au defpotifime ; mais celui des corps particuliers n’expole pas à beaucoup de dangers. Ils font. prévenus ou arrêtés par le recours à l'autorité fupérieure. Elle choific toujours pour guider fes décifions , des experts inftruits dans Les fciences ou dans les arts fur lelquels il s’agit de prononcer; elle courroit rifque de porter un faux jugement , fi elle s’écartoit de leur rapport, à moins. qu'il ne parüt évidemment contraire au bien public ; elle peur le fairé réitérer en cas de fufpicion ; l'avis du corps entier eft ordinairement le plus für, lorfqu’on a foin d’écarter de la délibéragon les membres qui font dans le cas d’être récufés. On avoit d'abord regardé les éaux-de-vie de ghennes comme dangereufes pour les plaies ; elles avoient été défen* dues. L'erreur de ce préjugé ayant été depuis reconnue, elles ont été tolérées ; mais combien d’autres chofes véricablement nuifibles ont été défendues avec raifon, N’eft-il pas plus avantageux à La

fociété , que la police ait le pouvoir d’empêcher quelques biens avec beaucoup de maux,que d’être privée du droit d’arrêtet le cours de ces derniers , parce qu’il fe trouve inféparable de la faculté d’en abufer P La liberté indéfinie de l’efprit particulier conduit à tous les défordres & ne peut produire aucun bien, pas même celui qu’elle fait entrevoir ; elle cend à lanarchie. Il eft dangereux de rendre le public juge de tout ; on ne doic prononcer que fur ce qu’on connoït, & le public éclairé, c’eft-à-dire les gens de l’art, font feuls compétents pour décider chacun dans leur partie. Il eft au moins inutile d’en inftruire les autres ; c’eft roujours un temps perdu qui feroit utilement employé à l'étude des devoirs impofés à chacun dans fon érat, La publicité fomente la curiofité naturelle & conduit la multitude à de dangereux préjugés. IL fe forme alors une opinion publique, * fauffe fur la plupart des objets , parce qu’elle eft le réfultat du plus grand nombre des voix de ceux qui compofent la fociété, dont aucun n’eft en état de décider de tout ; c'eft le plaifir ou l’intérêt, & non la fcience, qui forme l’opinion ; & comme elle eft la plus puiffante des loix , il ne

faut pas être Ge Hs a tant d'erreurs & d’abus.

Le Magnétifme dût-il être utile à la fanté du corps , ne peut pas l'être à celle de l’ame ; il lui eft contraire en donnant trop d’empire à l'imagination fur elle, ce qui la rend d’une foiblefle qu’elle doit éviter comme le plus grand danger qu’elle puifle courir , après les vices qui caufenc fes maladies & fa mort.

Comment quelques partifans du Magnétifme n’ont-ils pas craint de pañler pour des efprits afloiblis par, l'imagination , en aflurant que rien n’eft imperméable à la vert magnétique, pas même l’ame , le corps, les murs les plus épais, qu’il eft poffible de deviner les penfées des autres ; combien de temps ou de convulfons il faut pour faire dif paroître les différentes maladies ; qu’il fafit, foit pour convoître, foit pour guérir celle des perfonnes de différents fexes , de mettre le doigt fur leur mal, de les endormir , &c. &c.f C’eft une crédulité du même genre qui a fait imprimer dans la traduétion des charmes de l'Amour conjugal ce qui fuit : « Swedenborg à » prouvé, dit-on, en Angleterre | que la » bilocation eft pofiible. Le traducteur a

voulu parler fans doute d'une poffibilité naturelle ; il n’eft pas douteux que la bilocation eft poflible d’une maniere furnaturelle, mais qui ne peut ni fe prouver ni fe comprendre,

La théorie du Magnétifme fera toujours inintelligible , comme le fluide, qui en eft l'objet , elt invifible ; il eft un myftere

_ de la nature impénétrable, S’il exifte, & s’il eft utile aux opérations de la nature, fon auteur s’eft réfervé le droit & le foin de le diriger immédiatement, & il n’a donné aux hommes que Le pouvoir de le diriger -médiarement par les aliments, les remedes & les autres moyens naturels & fenfibles de conferver la fanté. Leurs fens font fuffifants pour y pourvoir ; tenter de s'élever audeflus des fens , de trouver des-reffources inconnues & d’abandonner !scelles dont l'expérience a couronné le fuccès, cet rendre les Médecins & les malades vifionnaires, illuminés ; c’eft s’expoler à donner, pour la recherche des vérités phyfiques, dans les mêmes abus & les mêmes excès que ceux qui renoncent à l’autorité vifble & extérieure, établie par l’auteur de 4 raifon pour la diriger. Ils confient la conduite & la direétion de certe divine lumiere à limagination toujours impé-

tucufe, témeraire , imprudeñte. Ils pré- fument vainement de trouver ainf la vérité & de la montrer aux autres , & s’expofent au danger de Phaéton en limitant.

Swedenborg , dans fa nouvelle Jérufalem , ne cefle de répéter qu'il faut être illuminé pour cet effet; ainfi c’elt parler comme lui, que d’affurer qu’on entreprend d’en renouveller la fecte.

Il ne faut pas être furpris fi les partifans du Magnétifme & ceux du Livre des erreurs fe font rapprochés , réunis & ont produits les mêmes effets, en allant les uns à la recherche du phyfique, les autres à celle du métaphyfique. L’imagination qu'ils ont pris pour guide les uns & les autres, ne pouvoit produire que les mêmes réfultats , que des efers imaginaires ; mais ils font aufli contraires à la fanté qu’à la raifon ; ainfi coutes ces belles découvertes doivent retomber dans le néant , comme elles y fonc déjà tombées fi fouvent. Si le Magnétifme ou l'illumination avoient eu quelque avyantage réel, il auroit été permanent; il n’eft pas de fiecle où les différents peuples n'aient fait des effais plus.ou moins publics de ces deux fecrets. La confiance publi que, & par conféquent limazinar:on, fu-

rent toujours la mefure de leur triomphe ou du difcrédie dans lequel ils tomberent ; mais alors ils furent cultivés en particulier jufqu'au moment favorable à une nouvelle irruption. (

Il eft effentiel de ne pas frapper l’imagination & la mémoire de ceux fur-rout qui ont le genre nerveux irricable, par le récit ou la vue des états dont on vient de parler ; la pente à limitation peut feule les faire naître; ils impriment dans le cerveau des traces, & y produifent des mouvements qui fe communiquent aux mufcles ; ces derniers en font la répétition, fouvent fans le concours de la volonté. Dans certains fujets elle s’y prête cependant, lorfqu’elle eft déterminée par le défir d'obtenir la fanté, des applaudiffements , ou quelqu’autre avantage : dans d’autres fujets , le défir de ne pas éprouver ces eñets les accélere , en augmentant le mouvement des mufcles , au lieu de le calmer, Les actes des pafions vives exprimés, par certaines perfonnes , font aufli-côc ré- pétés par ceux qui les voient.

_ Cette agitation pourroit , par bafärd, concourir avec des circonftances propres à favorilér la guérifon de certains maux ; mais elle doit faire ordinairemene plus de

mal que de bien ; ce qui le prouve, c’eff que la crainte feule, réunie au danger de _périr dans un incendie, a fair beaucoup de viétimes, quoique , dans le nombre: innombrable de cas pareils, un ou deux paralytiques aient été guéris par les efforts de la volonté, pour éviter les fuites de cette terreur, ( Une épilepfie & pluficurs maux femblables, ont été fouvent produits par les fuites d’une commotion trop forte donnée à Pimagination, & par elle renvoyée à toute la machine. Perfiftez conftamment, comme au bacquet , à l’ébranler pendant tout le témps qu’exigeront fes caprices , fans vous lafler, ni vous laiffer effrayer … par aucun des effets de route efpece qu’elle eft capable de produire ; c’eft ce que recommandent les maîtres du Magnétifme à leurs éleves ; elle montrera des alrernatives de mal plus ou moins fenfibles. En s’arrêcant enfin à celle qui laïflera les ma- Jades dans l’érat le moins agité , il paroftra une efpece de bien-être, fur-tout s’if eft moins pénible que la fituation anté- rieure au premier ébranlement caufé par te Magnétilime. Toutes les firuations de cette efpece font produites par quelque ébranlement femblable, dont on ignore

la premiere int , & que l'habitude a entretenu ou augmenté.

Une des principales , fans contredit, eft le progrès du luxe, qui tend trop le ref fort des pañlions , qui en préfente les objets fous toutes les formes poflibles, & fait éprouver des alternatives trop extré- mes de défirs, de jouiffances , de privations & de chagrins , à la claffe de citoyens qui eft prefque généralement affeétée des maux de nerfs ; on en éviteroit une partie, s’il y avoit moins de diftance dans les fortunes, & plus dans les états.

On voit produire exaétement les mé- mes eflets par des fyftêmes magnétiques diamétralement oppolés , puifqu'ils font fondés, les uns fur une aétion phyfique, les autres fur un prétendu pouvoir métaphyfique. Tous influent également fur l'imagination, & par elle fur Le phyfique : rien ne démontre mieux qu’elle eft la feule caufe de tous ces eflets. Ces fyftêmes fe réuniflent en un point qui confirme cette conféquence ; c’eft qu’un premier ébranlement doit précéder pour faciliter les opérations à une certaine diftance, & les rendre plus merveilleufes. De tout ceci que conclure ? Que fi les opérations magnétiques peuvent être colérées, ce ne

peut être que fur des maux incurables, & non fur ceux que la médecine ordinaire ou la patience feule fontaflurées de guérir encore faudroit-il alors que la police pût prendre les mefures les mieux concertées pour laifler ignorer aux autres citoyens les effets magnétiques ; mais cela paroît impoffible,

IL-n’eft point indifférent de rendre les fibres plus flexibles & plus fufcepribles d’être mifes en mouvement par la plus lé- gere caufe ,en procurant fouvent ces états , en préfentant même à l'imagination la poffbilité de les produire à volonté. Tous peuvent. être frappés , les enfants comme les grandes perfonnes ; & tels qui ne l’auroient pas été pendant une année d’afliduité au bacquet, en peuvent devenir fufceptibles par un plus long féjour. Qui faic combien il faut de petites fecouffes dans certains cerveaux , pour en produire une grande, pour rendre le genre nerveux plus irritable qu’il ne l’étoit dans fon état naturel P

Si ceux qui l’ont monté fur ce ton ont quelques fens plus étendus, ils paient bien cher ce foible avantage. C’eit une erreur que de penfer pouvoir guérir leurs maux de nerfs , en donnant de fortes fecoufles à

lear imagination. Il eft poffible cependant de leur procurer une efpece de foulagement & un bien - être pañlager , & de donner quelque repos aux fibres où font les traces des idées, fources de leurs maux, en ébranlant d’autres fibres où font les traces de quelqu’autre affection vive, & en la faifant naître. On peut les frapper fortement , par exemple, par l’efpérance de guérir , tandis que leur plus grand mal eft la crainte du contraire ; mais les Médecins ordinaires peuvent produire cet effet , fans expofer à d’autres ébranlements & à des convulfions. Toutes les crifes magnétiques ne procurent d'ordinaire qu’un foulagement pallager , & jettent fouvent dans d’autres maux plus dangereux par leur fuite, quoiqu'ils le paroïflent moins.

Le moyen indiqué par la nature pour guérir les maux de nerfs, eft d’éviter rout ce qui peut frapper l'imagination, d’abandonner pour long-temps toute occupation & contention d’elprit, de fe livrer uniquement, ou le plus qu'il eft pofñble , à Fexercice : on n’en fait jamais aflez ; auffi n’en retire-t-on pas l’effet naturel qu'il doit produire, S'écarter de ce moyen & ÿ fubitituer le Magnétifme , c’eft jeter les fujets dans des états qui ne font pas natu-

rels & dans l’ordre, & qui font plus ou moins apprôchant de ceux donc on vient

de parler.

Tour cette digreffion fur le Magné- tifme a eu pour but de faire connoître la nature & les dangers de ces différents états , pour en détourner ceux qui s’y engagent : de ce nombre font les partifans des livres ci-deffus cités. Ils râchent par les efforts de leurs volontés , de s'élever au-deffus de tout ce qui eft fenfible. Ils croient voir le préfent & lavenir, les efprits & Dieu même, converfer avec eux, fe tranfporter dans le ciel, aux enfers & par-tout où l'imagination peut atteindre, comme SWedenborg.Guidé par les mêmes Pincipes que les Auteurs de ces livres , il s’eft imaginé avoir fait le voyage de tous ces lieux invifibles , & en a fait la defcription.

L’enchoufiafne qui doit être le fruit d'un merveilleux de cette efpece, donne à l'ame une force, une énergie extraordinaires. Îl n’eft pas furprenant qu’elle grave

fortement dans l’imagination ce qu’elle défire avec tant d’ardeur : ces perfonnes croient être réveillées , tandis qu’elles font dans un état de fommeil; & à leur réveil, elles font convaincues qu’elles ont entendu, éprouvé & vu réellement ce qui n’eft que l'effet de leur illufion & de leurs fonges. Leur préfomption mérite bien d’être humiliée par une perfuafion fi contraire à la vraifemblance, qu’elle pañle aux yeux de vous les gens fenfés pour un genre de folie,

Ce feroit une humiliation encore plus rande, une punition terrible, fi elles éprouvoient réellement dés faits bien conftatés , qui fuffent au-deflus des forces connues de la nature.Ii n’eft pas à préfumer que Pelprit d’erreur ait le pouvoir d'en renverfer les loix ; mais il les connoît mieux que les hommes , & peut fe procurer par cette connoiffance un pouvoir étonnant ; fes opérations doivent avoir, par cette raifon , quelque analogie avec le trouble qu’excitent les paflions extrêmes : aufli fes organes , comme les Sybilles, les Energumenes, &c. ont-ils toujours été dans des écats fi reflemblants à ceux que procure lirritation naturelle du genre nerveux , qu’il a été dans rous les remps crès-diffcile

de les diftinguer : c’eft ce qui a fait tane de fourbes & de dupes.

Dans cette fuppofition , ces perfonnes feroient livrées au pouvoir de lefprit d'erreur, ou par une volonté particuliere du Tout-Puiffant, ou par une fuite des loix générales. Leur orgueil auroit été paie au point auquel eft attachée , fuivant ces loix, cette dépendance funefte, même depuis la loi de grace. Peu de temps après cette époque les puiflances des ténebres ont été enchaînées prefque dans tous les cas, jufqu'au temps où, fuivant ces mêmes loix, elles doivent reprendre l'empire qu’elles avoient anciennement fur la terre : de prétendus infpirés, même parmi des gens inftruits, voudroientils leur offrir de nouveau cet empire, & en devenir les précurfeurs ?

Ce ne peut pas être l’efpric de vérité qui fait éprouver à ces perfonnes les effets qu’elles publient, dès qu'ils ne leur infpiré pas une foumiflion parfaite à l’Eglife catholique fondée par Jefus- Chrift. li ne peut pas être contraire à lui-même, & détruire fon ouvrage, qui doit durer jufqu'à la fin des fiecles, fuivant fa promefle. Ce n’eft donc pas lui qui a infpiré à SWedenborg les erreurs & les contra-

dictions ne & fes ouvrages. Ils fonc non-feulement contrairesaux décifions de l’Églife catholique, mais à celles de toutes les feétes chrétiennes ; aufli ont-ils été condamnés par les miniftres de fa - fete, quoiqu'il ait employé le fecours des puiffances pour le leur faire approuver & pour en prévenir la condamnation. Par une ignorance qui n’eft pas excufable dans un auteur qui entreprend de juger un corps aufli refpeétable que l’Eglife catholique, il lui impute le contraire de ce qu’elle enfeigne publiquement , & elle a été juftifiée, fur une partie de ces imputarions , par fon traducteur.

Les vaftes connoiffances & la vie réguliere de Swedenborg ont paru à l'efprit des ténebres propres à donner du poids à fes erreurs & à les faire adopter par plufieurs. Toutes les mauvaifes penfées viennent de cet efprit , comme toutes les bonnes viennent de Dieu ; ainfi quand cet auteur n’auroit éprouvé rien qui fût audeffus de fes forces naturelles, fes ouvrages font le fruit de l’efprit d’erreur.

L’éloge de SWedenborg a été prononcé au nom de l’Académie des fciences de Stokholm , dans la grande falle de la maifon des Nobles, le 7 Oétobre 1772.

I! y eft peint comme rempli de probité, fincere , aimant Dieu & les hommes. L'amour de Dieu ne peut pas fe concilier cependant avec la défobéifflance à fes volontés, qui eft bien caraétérifée dans les écrits & la croyance de cec auteur ; imais il y a deux amours de Dieu, l’un furnaturel , que lui feul peut donner, qui eft fondé fur la vérité, & par conféquent fur la foi de l'Eglife catholique. Sans cette foi point de vérirable amour de Dieu, point d'amour du prochain & de foi-même, utile au falut. Ils doivent néceffairement être conformes à la parole de Dieu , par laquelle il donne La connoiffince de la vérité & de fa volonté, pour qu'il foit pofible de l’accomplir. On ne peut croire & enfeigner perlévéramment jufqu’a la mort des erreurs contraires à la parole & à la volonté de Dieu , & avoir fon amour, c’eft-à-dire la charité, qui rend agréable à fes yeux & qui jufufie. Le premier degré pour conduire à la juftification , eft la foi en Dieu , Rénumérateur. Le fecond eft la foi en Dieu , Rédempteur{, & depuis fà venue, la foi de l’Eglife cacholique , la feule véritable. Sans elle on ne croit pas en Jefus-Chrift , ou l’on y croit mal : une foi fauile n’eft pas la véritable,

comme l'erreur n’eft pas la vérité. Point de véritable charité fans cette vraie foi. Lorfqu'on ne l’a pas, l’on n’a pas bien prié. Dieu feroit un miracle pour l’accorder à une priere véritable , perfévé- rante , qui eft coujours au pouvoir des hommes : fuivant le fentiment des Ecoles, ils ne prient pas, ou ils ne prient pas affez. Les Peres de l'Eglife avoient raifon de dire fimpiement : hors de l'Eglife, point de Jalui. Dira-t-on que la priere parfaite n'eft pas au pouvoir de tousf Il ont du moins celui de demander le don de bien prier, & Dieu ne refufe rien à la priere en exécution de fa promefle, qui eft une fuite de la volonté, du deffein qu’il a de fauver ceux qui le prieront avec perfévérance & fincérité,

L'autre amour de Dieu eft fondé fur l'amour - propre : ce n’eit pas Dieu qui plaic, lorfqu’on croit l'aimer ; mais le plaifir que l’on trouve dans l'idée que l’on s’en forme. On ne fe plaît pas dans les perfections qu'il a, mais dans celles qu’on lui fuppole. On n'aime donc pas fes perfe@ions réelles , dès qu’on ne le connoît pas &.qu’on n’a pas la foi de l'Eglife cacholique , par laquelle feule on peut les Connoître : elle ne fuflit pas fans les œuvres

produites par la charité , comme dit Swedenborg ; mais celle-ci ne peur exifter fans la vraie foi ; fans elle on ne connoît pas & on ne peut pas aimer Le vrai Dieu ; on adimire la peinture qu’on s’en fait; on la préfere à l’opinion que les autres en ont conçue; on s’applaudit de fa péné- tration ; il n’eft pas jufqu’aux ignorants qui ne fe louent eux-mêmes d’avoir préféré l'opinion qu'ils fuivent, quoiqu’elle ne vienne pas d'eux, à celle qu'ils ont rejetée ; tous ne cherchent qu’à fe plaire dans leurs penfées , leur jugement & leur volonté : or on penfe toujours comme on veut, parce qu'on rejette les penfées qui déplaifent, Quelque vraies qu’elles puiflenc être, elles paroiflent faufles Lorfqu’on le veut; c’eft faire de vains efforts, c’eft déplaire à Dieu loin de lui plaire & de l'aimer, que de chercher à le connoître & à le fervir autrement qu’il ne veu. Les hommes n’ont donc qu'une idée erronée de la Divinité , lorfqu'ils en jugent comme il leur plaît. Ils s’en font cependant un portrait beau fous la plupart des points de vue, qui ne contrarient pas leurs plaifirs & leurs intérêts préfents ; & c’elt fous ce dernier afpect qu'elle leur plaît, parce qu’il eft naturel

d'aimer ce qui paroït aimable. Ils penfent qu’elle approuve & ne bläme pas leurs plaifirs, & qu’elle ne les en punira pas. Ils deviennent amoureux de l’idole de beauté qu’ils préfentenc à leur efprir, & peuvent éprouver dans fa congemplation un plaifir & une facisfaétion naturels, & cependant fupérieurs à ceux que leur fonc goûter les autres beautés & bontés morales ou ;phyfiques de l’univers. Ils peuvent même être tranfportés en penfant à cet être chimérique qu'ils ont forgé. C'eft un raviflement pareil qu’avoit éprouvé fouvent Swedenborg , & qu'il décrit en plufieurs endroits de fes ouvrages, Il peut furpafer Les plaifirs connus ; mais il eft dans le cas de l’amour-propre qui le produit ; il ne doit pas raflurerg puifqu'on peut abfolument l’éprouver fans aimer véritablement Dieu. Il faut au contraire fe défier de ce faux amour ; il eft très-propre à endormir dans une dangereule fécurité , dans une paix trompeule ; ce fommeil conduit infenfiblement à la mort éternelle , lorfque cet amour n’eft fondé que fur une foi fauffe , parce qu’il eft alors faux comme elle ; il eft cependant trèsrare. Le Prince des ténebres eft trop ennemi de la Divinité

pour

pour ne pas détourner les hommes même de ce faux amour de Dieu. S'il leur laffe fuivre à cet égard leur inclination, c’eft ordinairement lorfque l'amour de leur propre excellence, leur orgueil fecrec , eft porté au point qu'il n’a pas à craindre que le plaifir de contempler la Divinité lui enleve fes viétimes, & lorfquelles lui paroiffent propres à étendre fon empire, qui eft celui de l'erreur.

Il n’y a de fureté que dans la fuite des plaifirs, même de ceux qui paroiffent furnaturels. Notre devoir eft de reconnoître que nous en fommes indignes , & de nous en priver pour cette vie : nous ne favons pas quand ils fonc utiles ou dangereux pour notre falut; par cette conduite nous évitons non-feulement leur danger fpirituel , mais les maux phyfiques auxquels nous fommes expolés , lorfque nous recherchons ces fortes de plaifirs, & que nous nous y livrons. Comme ils font autant au-deffus des autres , que l’Etre qui en eft l'objet nous paroit furpaffer en perfections , en beautés, en amabilités toutes les créatures , ils s'emparent de tout le cœur ; il s’y porte de toutes fes forces, d'autant plus qu’il les regarde commeutiles & permis. La foible machine humaine ne

peut pas fupporter les eforts nature's qu'elle fait pour fe livrer à cet amour, à ce plaifir, qui lui paroiffent furnaturels. Elle fe rend fouvent inhabile à faire ce que Dieu demande de chacun dans l’état où il l’a placé, Si SWedenborg n’avoit donné dans cette illufion , il auroit continué d’être utile à fa patrie , & n’auroit pas perdu vingt années de fa vie à fe prêter à des vifions chimériques & dangereufes , encore moins à répandre la contagion en les rendant publiques. L’efprit d’orgueil lui a ‘préfenté, comme à Saint Simeon Stylite, un chariot de feu pour le tranfporter , comme en étant digne, dans le féjour des efprits , & il n’a pas eu, comme Saint Simeon , la prudence & l'humilité d'éviter le piege.

Dieu fait bien donner des douceurs fpirituelles quand elles font néceflaires, lors même qu’on s’en croit indigne, qu’on ne les cherche pas | & qu’on ne s’y arrête pas. L'amour divin eft alors un plaifir délicieux par lui-même comme les aliments font agréables lors même qu’on ne cherche pas le plaifir que leur goût procure, & qu’on ne penfe en les mangeant qu'a réparer fes forces , comme la raifon l'exige ; mais cet amour n’eft pas en ce

cas (un rafinement d'amour - propre ; il fait goûter un plaifir fublime & délicat, qui furpaffe bien plus celui du faux amour de Dieu, que celuici n’eft au-deflus de tous les autres plaifirs Ce dernier n’a pour fondement que l'erreur & la concupifcence ou l’amour-propre ; celui-là eft toujours fondé fur la vérité , fur le renoncement à fon propre fens ; il ne fe trouve que dans ceux qui profeflent la foi catholique ; & fes excès mêmes deviennent excufables ; parce que, quoiqu'il s'y méle prefque toujours un peu d’amourpropre;& que nous y cherchions le plaïfir, c’eft dans le vrai Dieu ; avantage qui ne fe trouve que dans l’Eglife Latbolitue: On peur fe livrer fans danger à l'amour effectif; il porte à faire fans cefle tout ce qui plaît à cet Etre fuprême, à éviter cout ce qui lui déplaît, à ménager fa fanté, non comme on veut, mais de la maniere qu’il le prelcrit, pour pouvoir fe livrer, tout le temps qu'il le juge à propos, à l'exercice de cec amour ; il lui eft auffi agréable qu'il eft utile à l'humanité. Ce n'eft pas trop de la plus longue vie, puifque ce ne feroit pas trop de l'éternité même pour faire des aétes libres de charité, S'il y avoit quelque chofe à défirer

dans léternité bienheureufe, ce feroit d’être encore dans le temps pour employer tous fes efforts à l’exercice de cet amour, pendant qu'on ne voit pas encore clairement que c’eft la plus fublime & la plus utile des occupations.

C’eft un très-grand bonheur que d’être foumis à l'Eglife catholique. Ses enfants n'ont .point contribué à fixer les articles de la foi ni de la morale qu’elle leur enfeigne ; ils ne peuvent s’en glorifier ; ils connoiflent , aiment & fervent Dieu comme il leur ordonne par fon Eglife , & non comme l’exigent leurs paffions. Il eft impofñlble , qu’ils fe trompent ; leur humilité , la parfaite foumiflion de leur efprit enchaînent leur cœur & le tient auffi dans cette foumillion , feule capable de les prémunir contre les paflions & de plaire à Dieu. Le grand danger que l’on court en étant féparé de l’Eglife, c’eft d’étre livré à fon orgueil, à fes plaifirs, à fon propre fens & à cous les maux qui en font la fuite,

Il y a lieu de préfamer que les vifions de SWedenborg font du moinsen partie l'effet de fon imagination déréglée , quoiqu'il aic vécu fort long-temps, & qu'il ait paru dans tout le refte tres-fenfé, Bien

d’autres ont cru de même entendre des voix fe tranfporter dans des régions éloignées , & ont eu des vifons fi midicules , fi évidemment contraires à la raifon & à la vériré, que perfonne n’a pu fi méprendre. Dans tout ce qui n’y avoit pas rapport, ils ont toujours donné , comme lui, des preuves d'intelligence & de raifon , & ont pouffé fort loin leur carriere ; ce qui doit être attribué au grand exercice qu'ils faifoient. ‘Les traces de leurs rê- veries éroient fi profondes , leurs organes tellement viciés , qu'il n'a jamais été poflible de les rétablir dans leur état naturel , ni de les faire revenir fur leurs erreurs ; elles s’étoient gravées profondé- ment dans leur cerveau ; limpreflion en “étoit même plus forte que celle des chofes les plus: réelles." ?

‘Célles de SWedenborg font de ce genre. La connoïiffance des chofes cachées qu'il parôît avoir eue d’une maniere qui ne peuc pas être naturelle , feroit penfer qu’elle n'éft pas uniquement l'effet de fon imapination ; mais toutes les circonftances qui ont accompagné ces faits ou qui les ont pré- cédés , ne font pas affez connues pour qu'il foit poflible d'afleoir un jugement à ce fajet; ce qui eft certain, c’eft qu'il étoit bien

convaincu qu'il avoit eu des apparitions réelles ; plufieurs endroits de fes ouvrages démontrent fa conviction à cet égard.

O.

S: c’éroit un, efprit qui lui eût dité , comme il le prétend, tour ce qu'il a écrit fans rature fous fa diétée , ce feroit un efprit fans raifon, ou qui ne feindroit d’en être dépourvu que pour ne pas faire naître la défiance , pour cacher fes deffeins & fa méchanceté. Son l'raité des Secrets du Ciel laifle entrevoir beaucoup de finefle , & un plan de féduétion mé- nagé avec le plus grand art, pour dé- truire les mœurs & la religion , fous le feint prétexte de les perfectionner. Ceci fe trouvoit écrit long-temps avant que la traduction des charmes. de l'Amour conjugal fût imprimée. Le traducteur de cet ouvrage paroît d’un avis contraire. en difant : la Doctrine de Swedenborg peut paffèr pour ètre le fruit de la raïfon. Ce n’eft furement pas celle de Dieu, qui l'a fait con-

noître par Jefus-Chrift & par fon Egllfe.

L'efprit d’erreur n’a jamais fufcité dans le même temps & dans tant de lieux diffé- rents , un fi grand nombre de prétendus infpirés , ou qui afpirent à le devenir, même parmi les gens inftruits; il a fans doute des vues fecretes, puifque, fuivant l'écriture , il eft le prince du monde, &, par une fuite néceflaire, l’auteur de routes les folies & de routes les erreurs. Jamais il n’a fait publier, dans auçun fiecle, tant d'ouvrages contre les mœurs , la religion , & fur tout contre l’Eglife catholique. Ils font tous écrits dans le même efprit ; c’eft donc le même qui les a fuggré ; c’eft lui qui diéta l’Alcoran à

ahomet , le plus célebre convulfionnaire qui ait paru dans le monde , oùila perpétué par l'ignorance la crédulité qu’il avoit établie par la force & non par la perfuafion.

Cet efprit a reconnu qu'il eft remps de changer de batterie; que la raifon & les mœurs, quoique plus corrompues que jamais ont une apparence d’honnêteté qu’il faut ménager ; que ce rafinement de corruption a gagné prefque cous les peuples, graces à EE arts qui ES È pire de fe faire lire par-tout , en fafiffanc bien le foible du cœur humain ; ils ont favorilé

toutes les paflions, pendant qu'ils ont rafluré les efprits par les mots de raifon & d'humanité ; ils les font fubfitués à coutes les vraies vertus qu'ils anéantifloient.

Cet efprit féducteur a cru devoir pru- ‘demment s’accommoder au goût du fiecle: il nauroit pas réufñi à corrompue les mœurs des hommes non policés auxquels il diéta fes loix par Mahomet, en leur promettant pour récompenfe des plaifirs purement fpiricuels dans l’autre vie ; il n'oferoit pas propoler aujourd’hui fans voile ceux du Paradis de Mahomet, parce que les oreilles modernes | un petit nombre excepté, font devenues d’une plus grande délicatefle que les volontés. Îl a imaginé de promettre par SWedenborg des mariages fpirituels dans l’autre monde entre pérfonnes de différenr fexe refpectivement pourvues des plus beaux corps imaginables , douées de femblables organes des fens | & propres aüx mêmes fonétions que ceux dont ils fe font dépouillés, avec lefquels ils voient , entendent, parlent, vont , courent , s'arrêtent , boivent, mangent , dorment , veillent , jouiflene du plaifir de l’union de deux cœurs dans le mariage comme fur la terre. Je n’ajoute pas un mot au téxte.

Cet efprit s’eft: bien gardé de dire fon fecret au vieux SWedenborg , mort à 8$ ans , & qui a eu ces révélations fur la fin de fa vie. On peut l’excufer fur ce que fa vieilleffe , la pureté de fes mœurs & la régularité de fa vie n’ont fournis à fon imagination que des idées. fpirituelles , & en ont écarté toutes les conféquences dangereufes ; il a cru d’aitleurs qu’il avoit affaire à un bon elprit, dont le malin avoit fans doute emprunté l figure & la voix ; autrement il l’auroic bien reconnu , puifquil lui avoir parlé très fouvent. Des entrevues auffi étranges ne pouvoienc troubler fà vue à caufe de la grande habitude qu’il en avoit contractée. Il a converfé , dit-il, pendant les dixneuf dernieres années de fa vie, avec plus de cent mille morts ou efprits; un an avec les uns , plus ou moins avec les sautres. Îl a été témoin de ces mariages ; car les morts reprennent des corps ;‘dit-il, auffi tôt après la mort. On peur fuppoler que des dialogues avec rant d’êtres diffé- rents avoient fait une confufion dans fon efpric & avoient brouillé fes idées au point “de lui faire prendre un efpric pour un autre.

Il eft inexcufable d'offrir à la multi-

tude des palais, des dre ; la bonne chere, tous les attraits de la volupté fen: fible pour prix de la vertu. A-t-il pu ne pas réfléchir que des idées métaphyfiques trop abftraites & trop fpirituelles ne feroient pas faifies & goûtées par le grand nombre , qui ne pourroit voir & fe promettre des plaifirs purement méthaphyfiques & moraux dans l’union conjugale des deux fexes ?

L’efprit inventeur de ces deux Paradis de Mahomet & de Swedenborg ; a pouffé la méchanceté jufqu'àa fuggérer & perfuader qu'il avoit tranfporté fur la terre les difpofitions coutes fpirituelles du fecond. Dans cette perfuafñon des perfonnes des deux fexes penfent pouvoir être mifes à l'abri du danger par des actes louables d'humanité, ne voient que ce qu'ils ont de fublime, en fe laiffant emporter par un Zele qui mériteroit des éloges dans toute aucre circonftance, & bravant la critique concourent enfemble au Magné- tifme. Pendant qu’il fera de mode, ne feroit - il pas plus conforme à la décence publique & même à nos mœurs extérieures, que les femmes n’employaflent pour fe magnétifer d’autres moyens que les leurs, dès: qu’elles fonc autant d’efles que les

hommes ? Leur permerttroient - elles les opérations de la chirurgie, fi elles étoient plus habiles qu’eux dans cet art ?

Les plus grands Saints avoient des corps cafés de vieillefTe , exténués par les veilles, les jeûnes , les praciques les plus aufteres de la pénicence , la peau collée fur les os ; ils ont cru, lors même qu'ils n’avoient qu’un fouffle de vie , ne pouvoir conferver la pureté des motifs qui les animoient, qu’en évitant de penfer aux perfonnes de différent fexe,& d’avoir aucune liaifon avec elles fans une grande nécefliré, & fans prendre alors les plus fages précautions : ils fe font tranfmis des uns aux autres, depuis le commencement du monde, cette regle de prudence , fruit de la malheureufe expérience des hommes de tous les fiecles. La crainte de faire quelque chofe qui fût contraire à la loi de Dieu., le défir de lui plaire, les a portés à s’éloigner de tous les objets dangereux, convaincus que, qui aime le péril, y périra. Quoique très-charitables , ils ne fe feroienc pas prêtés aux opérations du Magnérifme avec des perfonnes de diflérent fexe,

L’efprit de Swedenborg penfe bien différemment. Il aflure que ceux-là fe trompent, qui croient qu'il faut tour-

menter leur corps de différentes façons , dans lidée que c’eft la vraie maniere d’émouffer l’aiguillon de la chair, & de fubjuguer la concupifcence ; qu'il faut renoncer au monde, aux honneurs , aux richeffes , fe dépouiller de toute affeétion de la chair & du fang , fe livrer à des mé ditations continuelles fur Dieu , fur la vie éternelle; pafler tout fon temps ‘à prier , à lire l'écriture fainte, ou d’autres livres de piété : ceux qui renoncent aw monde de cette maniere, dit-il, & qui vivent ainfi de l’efprit, menent une vie trifte, qu'ils continueront de mener dans. lautre monde , & qui n’eft pas compatible avec la joie célefte. IL ajoute qu'il ne faut pas avoir un trop grand défir de la fainteté, vivre en Saint pour être réputé tel après fa mort, & être invoqué comme tel ; qu'avec cette difpoition on ira en Enfer , quoiqu’on n’ait rien autre à fe reprocher ; & cependant il paroît avoir affiché cette difpofition ,. en aflurant furtout & en publiant que Dieu fe communiquoit à lu, & lui révéloit les fecrets des. cœurs & de l'éternité ,& qu'il parloic lavec les eljrits. fans danger ; il s’enfuic “qu'il étroit certain d’avoir une foi vive & véritable |, & d’êcre embrafé de:

l'amour de Dieu & du prochain, puifqu' dit en termes exprès , qu'il feroit très-dangereux de parler aux ‘efprits pour tout homme qui n’auroit pas ces difpofitions. Elles conftituenc la fainceté ; & celui qui affure les avoir, fe regarde comme-un Saint, qui doit être regardé comme tel pendant fa vie & après fa mort. Il.fe contredit ainfi par-tour. L’Evangile prefcrit de renoncer à foi-même & au monde , & d’afpirer à la faintecé : funéli eflote. Cet efprit ‘prêche de s'aimer :& d'aimer :lemonde, & de ne pas défirer la fainteté,

Le délire de ce fiecle eft pouflé trop. loin pour pouvoir durer. On reconnoitra. fans doute, mais trop tard pour plufieurs. qu'il faut rétablir l’ordre, & faire cefler la liberté indéfinie de la prefle. Elle-eft contraire au bien général , à la foumiffion due à l’autorité fpiricuelle & temporelle ;, elle Ôte à Dieu beaucoup de vrais enfants , ‘à l’étac plufieurs bons fujets ; elle rend inutile à la patrie & malheureufe la jeu- ‘nefle, en la livrant à la licence des paffions , fans la contenir par le frein de la Religion. Si l’on tolere tant de mauvais. livres, tant de blafphêmes ; tant de prin= cipes deftruéteurs , que fera donc la race future ? Les jeunes gens en font imbus

par une fuite de la tolérance, & les gravent

rofondément dans leur efprit, parce qu'ils font favorables au plaifir , & n’y laiflent point entrer les maximes contraires; la génération actuelle a du moins à combattre lesbons principes qu’elle areçus. Tous les plans d'éducation font inutiles , fi l’on n’adopte pas celui qui fupprime tous les mauvais livres fans exception. IL peut fuppléer à tous les autres.

Les erreurs de Swedenborg fur la morale , ne lui ont pas permis de voir qu'il eft très - difficile de fe modérer dans la jouiffance des plaifirs, & de ne pas en abufer. Les forces de l’ame , en mal comme en‘bien , augmentent comme celles du corps, a melure qu’on les exerce. Les fages de tous les fiecles ont décidé, qu'il eft plus prudent de fe priver des plafirs. Ils avoient reconnu les fautes énormes qu'ils font commettre ; elles vonc en augmentant, felon que les actes de jouiffance fe multiplient, L'habitude des plaifirs les rend beaucoup plus impérieux ; on ne croit pas pouvoir s’en pafler ; mais quand on a reconnu cette poffbilité par leur privation, on ne les cherche plus tant ; on commence par fentir qu'ils ne fonc pas abfolument néceflaires ; bientôr on les regarde comme

inutiles & dangereux ; on cefle de les dé- firer; on finit par n’y plus penfer. Comment cet Auteur n’a-t-il pas vu que s'occuper de l’efpérance des plaifirs fenfuels , même pour l’érernité, c’eft les avoir dans fon cœur; que, do: il devient impoffible de s’en priver lorfque la raifon l’ordonne ; que rien n’eft plus propre à détruire les mœurs , & par contre-coup là religion. Lorfque les plaifirs feront maîtres des volontés, elles ne pourront plus voir les principes de vertu qui les contrarient, & que Swedenborg leur affocie ; ils leur patoitront faux ; elles y fubfticueront des Mmaximes vicieufes, qu’elles jugeront vraies, “comme ïl veut fubftituer un nouveau ‘culte à celui de fa fete. Il entreprend de aire encore une réforme , après tant d’au- ‘tres , dans la religion prérendue réformée, Ïl préfere d’ailleurs la créature au ‘créateur dans le culte d’amour qui lui eft dû, & qui ne fera rendu qu’à lui dans l'éternité, ou du moins il aflocie chaque créature à ce culte, puifque, dans {on plan , chacune fera très-occupée , & pourra l'être uniquement & fans danger, de celle qui lui fera unie par le mariage , quoique ni les uns, ni les autres ne doivent plus avoir befoin de ces foins réciproques. Dieu

ef le feul époux de toutes lés ames & de vous les efprits qui font dans le Ciel, parce qu'ils ne pourront s’unir qu’à lui par le plaifir qu'ils prendront dans le fien, -& dans fes perfeétions infinies, La feule chofe qui leur plaira dans les élus , ce fera le plaifir que Dieu prendra dans la puiffance & l’inrelligence avec lefquelles il les aura conduits au point de ne pouvoir fe plaire que dans lui, dans ce qui lui plaît , fans défirer rien autre ; ce qui les rendra tous

parfaitement heureux. M. Nicole dic que dans le monde des -efprits , il n’y a plus de fociété véritable, parce qu’ils-n’ont plus de befoins, ni de dépendance les uns des autres: Dans quel- -que nombre qu'ils foient , ils font dans une entiere féparation. Le bonheur de Chacun confticue celui des autres. ‘Ils s’envæ’aiment d'un amour parfait ; mais cette union ou fociéré fpirituelle. des plaifirs & - volontés, n’interrompt point, leur, folitude. Cet Auteur di ailleurs : il ne faut pas fe tromper foi-même, ni étendre la concupifcence jufques dans le Ciel, en y défirant la jouiffance des biens de la concupifcence. Dieu fera le feul partage des * élus. I fera leur feule félicité. Leur unique

joie fera de Le voir , de l'aimer , de lui être

aflujettis ; de voir qu’il regne pleinement fur cux ; de n’avoir rien en eux qui s'op- _pofe à fa juftice. Voilà ce qui fera le fond de leur bonheur. Ils ne confidéreront tout le refte que par rapport à ce bien effentiel.

Saint Augufin penfe de même Gardons nous bien, dit:il, de nous promettre dans le Ciel des plaifirs femblables à ceux que nous goûtons fur la terre... Banniffons de notre efprit ces penfées bafles & charnelles. Préparons - nous à quelque chofe d’ineffable. Purifions notre cœur de routes les affeétions terreftres & féculieres. Nous verrons un objer qui nous rendra heureux , & ce feul objet nous fufira. Nous ferons remplis des biens de votre maïlon; mais quels font les biens de cette maifon? Nous imagineronsnous un palais magnifique plein de coutes fortes de richefles, &c. À Ces chofes appartiennent à Babylone ; le bien de la maifon de Dieu n’eft pas de cette nature, Nous ferons remplis, di le Prophere, des biens de votre maïfon; votre temple eft fainc; il eft admirable en juftice. Voilà les biens de cette maifon.

Swedenborg en fait au contraire une demeure qui reffemble à celle de la terre. Il y met des palais femblables à ceux des

puiffances du fiecle, mais plus riches , & les remplit de biens cenformes à ceux que lon a pu voir, & que l’on peut défirer pour les maifons de fes amis , de fes voifins, des grands, & pour foi. S. Auguflin dit précifément dans les mêmes termes, qu’il faut s’en faire une idée toute diffé- rente, & ne pas en défirer de cette ef pece. Swedenborg croyoit à l'Evangile , & paroît l'avoir lu fouvent. Comment n’at-il pas fair une attention plus férieufe à La réponfe de Jefus-Chrift aux Juif, qui lui demanderent à quel mari appartiendroit dans le Ciel la femme qui avoit époulé fucceffivement les fept fferes F Il répondit pofitivement : Dans le Ciel les bienheureux ne fe marieront point; mais feront comme les anges de Dieu. Neque nubent, neque nubentur, federunt ficut angeli Dei.

En méditant cette réponfe avec un défir fincere d’en découvrir le vrai fens, il auroit reconnu que ce n’Étoit pas lefprit de Jefus-Chrift qui lui montroit le Paradis ; uniquement peuplé de gens unis pour toujours par les liens du mariage. Il auroit encore reconnu que ce n'étoit pas Pefprit de vérité qui le portoir à certifier qu’il n'y 4 point de purs efprirs ; que rous les anges

ont des corps ; qu'il y en a de mâles & de femelles ; qu’ils fe marient, & qu’ils ont tous été des honmmes avant de devenir des anges. Il eft dit poftivement dans l'Evangile que les efprits n’ont ni chair, ni os : Spiritus carnem € offà non habent. Swedenborg cite ce pañlage & le précé- dent en deux différents endroits de fon ouvrage. Il leur donne un fens évidemment faux & forcé, que perfonne n’adoptera, puifqu'il eft contraire, non - feulement aux décifions de l’Eglife catholique, mais à celles de toutes les autres fociétés chrétiennes, & même à la difference eflentielle qui fe trouve entre l’elprit & la matiere , que toutes les religions, tous les peuples du monde ont reconnu dans tous les temps.

Vainemenc fait-il une diftinétion entre le corps matériel que les hommes ont avant leur mort, & le corps fpirituel qu’ils ont après , puifque les hommes même qui ont un corps fpirituel, font eflentiellement autres que les anges & les efprits, avec la nature defquels les corps, même fpirituels, font incompatibles. Il a eu tant de diflicultés à furmonter pour fuppofer un corps aux efprits, qu'ilen donne un à Jefus Chrift cout différent de celui des anges,

dans l'explication qi fair de la réponfe de ce divin Sauveur, qui diftingue les hommes des efprits par la chair & les os, Il eft reffufcité avec le même corps qu'il avoit fur la terre, & qui n’a point éprouvé de corruption. Non dabis Janélum tuum videre corruptionem. !

En s’écartant de l'interprétation que Jefus - Chrilt donne par fon Eglife des vérités qu’il a révélées , on commence far les afloiblir , on finit par les anéancir ; & ‘comme elles font le foutien de la religion & de la morale, c'eft détruire ‘célles - ci que d’en fapper le fondement. C'eft furtout de cette maniere que j'impure à l'ef prit, qui dicta es ouvräges de Swederiborg , d'avoir eu pour ‘but principal cette deftrution.

C’eft un piege groffier & dangereux, que d'admettre des corps dont lufage eft très-matériel, pour coutes les fonétions corporelles ,'& ne devient fpirituel que pour le mariage. S Wedenborg , qui faït certe diftinétion fubrile , fembie en avoir fenti le (peu de vraifemblance , puifqu'il avance que les anges font roujours habillés dans les cieux inférieurs , & qu’il n’a laiffé nus que ceux du ciel le plus élevé. La perfeion des anges des cieux inférieurs,

quelque grande qu’elle foit , ne-lui a pas paru fufhfante pour y rendre cet étac fupportable.

a fpiricualité des corps des anges des deux fexes, n’a pu lui faire furmonter fa délicateffe en ce point ;. elle devoir l'empêcher , à plus forte raifon, d’aflurer fauflement qu'ils font mariés, fur-rout dès qu'il vouloic avancer, n°. 401 & 402 des Merveilles du Ciel, que les hommes devenus anges éprouvent dans l’autre monde cout le vif des fenfations agréables des nouveaux corps qu'ils ont acquis par la réfurrec-. tion ; que leurs plaifis font variés à peu près dans le goûc de ceux des fens du corps humain ; que chaque fens a le fien , ou en procure un particulier ; que celui du tact eft Le plus univerfel , Le plus vif, & en même temps le plus délicat, &c. ; le refte ne doit pas être cranicrit. Suivant: la traduétion des charmes de l'Amour conjugal, les époux renouvellent dans le Ciel pendant quelques temps lés rerreftres p'aifirs de la premiere jouillance. |

Il n’eft pas concevabie qu’un homme auffi éclairé dans les fciences profanes , ait pu concevoir & mettre au jour tant d'idées puériles & contradictoires, & que le Traduéteur de l'Amour conjugal ait

avancé qu'il eft toujours grand , toujours élevé , toujours fublime dans tout ce qu'il avance , & que l’unité de fes principes ne s’eft jamais ni contrariée , ni démentie dans tous fes différents ouvrages : il fe contredit en avançant que tous les efprits ont été des hommes, & en convenant que chaque “homme a auprès de lui & dans lui un bon & un mauvais efprit , qui appartiennent aû monde des efprits, dont le premier lui fuggere le bien, & l’autre le mal. Il eft néceffaire pour cela que les purs efprits aient exifté avant les hommes , ou bien que les premiers hommes n’aient point eu de ces elprits près d'eux, ni dans eux ; mais s'ils ont pu s’en palier ; pourquoi feroient-ils devenus néceflaires à leurs defcendants ?

Il faut s’en tenir à l’incerprétation de l'Eglife, toujours vraie, raifonnable & jamais contradiétoire , parce qu’elle eft diétée par l’Efprit faint. Elle reconnoîc l’exiftence des purs efprits antérieure à celle des hommes, & ne donne ni corps, ni: figure corporelle aux purs efprits. Pour réprimer la curiofité humaine, & prévenir route application faufle & dangereufe, elle ne s'explique point fur la forme qu’aura dans Le Ciel, après le jugement

dernier, le corps des élus, dont Jefus- Chrift eft le chef; mais elle fe borne à dire après lui qu'ils feront un en Dieu. L’elprit qui a conduit la plume de Swedenborg, eft fans doute le même qui répand fur la terre cette humanité nouvelle , qui craint tant de troubler le plus petit plaifir temporel des humains, & fi peu de leur ravir le bonheur éternel. Dans la crainte que lefpoir du paradis voluptueux, qu'il leur laiffe entrevoir dans l'autre monde, ne püt les gêner & les porter à fe priver des plaifirs rerreftres , il diminue dans leur efprit la crainte de l'Enfer, & le difpofe de maniere « que » Ceux qui y font deftinés, fe précipitenc » de plein gré dans l’abyme, où ils font » d’abord bien accueillis, n’éprouvanc » d'autre peine que celle de fe prodiguer » fans melure cout ce que la jaloufie , le » mépris des autres, la moquerie la dé- » rifion , la raillerie , la colere, peuvent » enfanter de piquant , d’offenfanc, d’in- » jurieux ; de s’abandonner, pour la » plupart, à tout ce qui flatte & occupe » les fens; de voir les bons leur tourner » quelquefois le dos, & devenir invifi- » bles en fe tournant ainfi ; enfin, de ne » pouvoir facisfaire l’envie qu'ils ont de

nuire. La lumiere célefte ne leur fait fentir fon pouvoir , que pour appaifer la trop grande effervefcence de leurs paffions cruelles. L’Etre fuprême exerce ainfi fa bonté fur eux autant qu'il eft poflible , en mectant un frein aux faillies fougueules de ceux qui veulent nuire aux autres, qui forment des attaques continuelles contre le Ciel, & fonc tous leurs eflorts pour le détruire : au refte , ils ne fouffrent que lorfqu’ils s’avifenc d'approcher du Ciel; ce font les expreilions de l’Auteur. J’ai entendu, dit-il, moi-même, les cris perçants d’un des méchants qui fe plaifenc dans les vapeurs de l’abyme , qui font noires & fétides , parce que, dans le monde, ils ont mis leur plaifir dans le mal qui correfpond à ces puantes odeurs.Frappé d’un petit fouffle parfumé forti du Ciel, il en reffentoit un cruel tourment, & paroifloit gai & tranquille , lorfque les vapeurs férides de l'Enfer l’atteignoient ; auffi dès que les portes en font ouvertes, ils s’y précipitent. Les hommes fe laiffenc maîtrifer dans le monde des efprits, comme dans celuici, par le goût & la paflion, qui les flatcenc le plus ; ils trouvent bon & beau

: » tout

» tout ce qui plaît : j'ai vu bien clairement » la répugnance que les méchants y » avoient à écouter les bons; ils s’en- » fuyoient bien vite pour fe réunir à une » fociété de leurs femblables ; & dès » qu'ils l’avoient trouvée, la joie renaif-

Un Enfer où il y a du plaifir, peut-il être capable d’arrêter les méchants , de contenir fur-tout les gens du peuple P Ils ne verront que le plaifir qui s’y trouve, & non les peines que peut caufer à ceux qui font accoutumés au rafinement des paffions, la privation de leurs nuances fubtiles & métaphyfiques. Ceux-là feront-ils effrayés par la menace d’être dans un lieu mal-propre, dès qu’il fera de leur choix, conforme à leur goût, qu'ils le préféreront , & que, comme le dit Swedenborg, les parfums de tout autre les feroient fouffrir 2 Reparderont - ils comme un fupplice la liberté de fe dire des injures refpe@ives , de fe livrer à cout ce qui Matte leurs fens, fuivant leur inclination naturelle, fans Pouvoir en changer , & avec une fociété pareux choifie , & compofée de gens qui auront précifément les mêmes goûts ? car chacun n’y voit & n’y prend que la vaie qui mene à la fociété convenable à fon

amour dominant. Croiroit-on leur faire de la peine en leur défendant, par exemple, de demeurer des journées entieres à faire leur toilette ? Ceux qui ont contracté cette habitude pénible & ennuyeufe pour toute autre , foufiriroient-ils beau- . Coup de continuer à en faire leur principale occupation, dès qu’elle leur plairoit toujours ? Ne feroient-ils pas punis, au contraire , Les uns & lesautres, s'ils écoient forcés de fe livrer à des plaifirs qui ne feroient pas de leur goût, & de ne pouvoir employer le remps à ce qui leur plairoit À

L'Enfer de cet Auteur eft un Paradis où regne l’amour domisant de chacun. Le ridicule de ces idées eft fi frappant , que je Les ai cru plus propres à produire un bon eflec qu'un mauvais; à faire fencir dans quelles abfurdités l'efpric particulier jette ous ceux qui ne font pas foumis à lEglife catholique ; fans cela je ne Les aurois. pas tranfcrites. Auroit-on cru qu'il y auroit un fiecle où des Chrétiens oferoient hafarder cant d’affertions dangereufes , parce qu'ils auroient lieu de compter fur la colérance d’un grand nombre de leurs contemporains , & fur leur indifférence , oferai-je le dire ! non-feulement pour la religion , mais pour ce qui

tend! À maintenir. le bon ordre dans {[æ fociéré ?

Mahomet a confervé du moins ur Enfer propre ; non à réjouirles méchants , mais à les intimider , & à les empêcher , jufqu’à un certain poine,, de mal faire. Je rougis d’être obligé de me fervir de doctrine, pour combattre celle que plufieurs: Chrétiens de ce fiecle ofent enfeigner par des écrits publics, ou approuver en louanc ces ouvrages ; fi celie de leurs peres; dans la foi, avoit reffemblé à la leur , il auroit été plus heureux pour l’univers de demeurer plongé dans-les ténebres de l’idolâtrie. On y trouvoit encore quelques principes raifonnables : il femble que les prérendus Réformateurs de la Rehgion aient pris à tâche d’écablir leur ré» forme fur les débris des mœurs” & de la raifon , qu'ils renvétfenc fans pudeur.

gaie iranien tt

Ezurs contradictions font encore plus étonnantes que leurs erreurs. Swedenborg, fes parcifans, les Auteurs du Livre

des Erreurs € de la Vérité, du Tableau naturel , &c., fuivent les principes des Quakers , fe croient infpirés , enfeignent à tous les hommes qu’ils peuvent tous l'être, & devenir par conféquenc autant de nouveaux Quakers , & Swedenborg convient que ces principes ont conduit les Quakers à toutes les abominations. « Depuis leur >» commencement ( c’eft lui qui parle} » ils ont toujours été de mal en pire, & enfin dans des crimes horribles par ordre de leur prétendu Saint-Efprit ; mais ils les tiennent cachés, »

N'eft-ce pas exaétement ce qui doit arfiver à toutes les feétes, qui croient pouvoir connoître la vérité, interpréter la parole de Dieu par lefprit particulier?

ILeft toujours dirigé de même que les fauffes infpirations , par le plaifir & l’intérér, qui font les grands moteurs de chaque individu. Ils agitent tellement le cœur & l’imagination de ceux mêmes qui fe croient de bonne foi, qu'ils ne s’apperçoivent pas des motifs qui les font agir.

Si Dieu faifoit connoître direétement

ar lui même fes volontés à tous les hommes , leur obéiffance ne feroit pas méri-

ÿY Y Y

toire , parce que la crainte d'être punis en défobéiffant, feroit trop forte pour leur laiffer aflez de liberté ; leur défobéiffance feroic inexcufable. Ceux qui connoïîtroienc fes ordres d’une maniere auffi claire, & qui les violeroient, paroîtroienc faire crop peu de cas de fa puiffance. Ce feroit un crime irrémiffible , comme celui des anges rebelles. Ji feroit forcé de les punir de même fans miféricorde. Pour pouvoir en ufer envers les pécheurs ; 1l eft obligé de leur, fairé annoncer par une autre voie fes commandements. Leur infraétion a pour Lors le caraétere de fragilité, & non celui d’une malice confommée. |

Il eft ee ni que Dieu ne révele fes fecrets qu’à Ceux dont l’efprit & le cœur fonc aflez bien difpofés pour n'être pas expofés à en abufer. La révélation de la loi naturelle & des deffeins de Dieu , fur par lui faite au premier homme, par le canal duquel la premiere femme en fuc inftruite, Elle ne paroît avoir entendu la voix de Dieu que depuis fa défobéiflance , ce qui l’a rendue plus excufable.

Les hommes reçoivent ainfi par la tradition, même avant l’âge de raïlon, la révélation de cette loi divine. Ils en re-

<onnoiffent la vérité à mefure qu’elle eff gravée dans leurs cœurs plus profondé- ment par cette lumiere intérieure qui les éclaire.

Dieu nes’eft ainfi manifefté par luimême ; dès le commencement du monde, qu'à un petit nombre de perfonnes, qui faifoient connoître aux autres fes volontés. Il eft à préfumer que, dès-lors, ily avoit un corps préfidé par un chef, dépofiraire & interprete de la révélation. Tous ceux qu'on appelloit , avant le déluge, enfants de Dieu, entroient fans doute dans la compoftion de ce corps, & lui donnoient des chefs. Cette dénomination prouve du moins qu’ils confervoient avec plus de foins, obfervoieng & tranfmettoient avec plus de fidélité loi de Dieu, dont ils évoient par ce moyen les organes. Ils fuppléoient de cette maniere au corps dont nous parlons , à fuppoler qu’il n’exiftât pas.

Dieu ne fe communique ordinairement d’une maniere fenfible, qu'à ceux qui fe reconnoiffent indignes de cetre communication , & qui la regardent comme abfolument indépendaste de leurs efforts. La prélomption y fut toujours un obftacle ifurmontable. C'eft une illufion qué

(roz )

d’efpérer cette faveur , & d’effayer de le mertre dans les érats qui y reflemblent. Dieu l’a fait ordinairement à ceux à qui fa fageffe le juge à propos, & prefque toujours dans les temps qu'ils n’y penfent pas. Il les éleve d’une maniere furnaturelle au-deffus des agitations & des commotions naturelles dont on vient de parler : il les met dans un état d’affurance & de tranquillité, qui diftingue fes opérations de celles de l’efpric d'erreur. S’il permet quelquefois que cet étar foit précédé par le trouble, la crainte, l’éconnement , fruits de leurs foibleffes, &c., c’eft pour mieux faire fentir enfuite fa préfence par le calme qui fuit, & que lui feul peut faire naître au plus fort de la tempête.

Swedenborg avoit ordinairement fes vifions à la fuite de fes médications fur les chofes fpirituelles qui échaufloient fon cerveau. Il fe répandoit un brouillard fur fes yeux ; il comboït dans l’érat de cataleptique ou de fomnambule ; enfuice il avoit des mouvements convulfif, & {on corps étoit dans une grande agitation.

Tels éroient les différents degrés par lefquels Swedenborg pafloic dans le temps de fes vifions , felon fon témoignage &. celui de ceux qui l’aidoient enfuice à chan-

ger de linge ; tels font ceux où pañlenr, d’une maniere plus où moins fenfble, les magmétifes ; car ceux qui n'ont pas des crifes , ont des envies de dormir , enfuite des malaifes, des inquiétudes & de petites agitations. Tel fera toujours l’effer de l'attention donnée trop long - temps & trop fortement au même objet : en un mot , de tout ce qui met en jeu l’imagination. L’efprit de ténebres connoît fans doute les moyens de la rroubler d’une maniere encore plus forte, lorfqu'il en a la permiffion.

Pour n'étre pas la viétime de l’erreur & des plaifirs , il eft néceflaire de veiller fans cefle fur les volontés qu'ils font naftre, de leur réfifter , & de n’y confentir que lorfqu'elles font conformes à la volonté de Dieu ; c’eft-à-dire, à ce qu’enfeignent fa raifon & fa fagefe éternelle , par la voix de l’Eglife catholique fon incerprete. Les hommes ne fentent que trop, par leur trifte expérience & par celle de cous les fiecles, combien ils font foibles, quand il s’agit de réfifter à ce qui leur plait, puifque c’eft ordinairement pour fuivre ce qui leur plait le plus , qu’ils fe privent de ce qui leur plaît le moins. Ils doivent prier celui qui eft la fource de

tous Le plaifirs’, de leur en faire trouver un plus grand dans ce qu’il leur ordonne, que dans ce qu’il leur défend , ou du moins de leur donner la force de préférer fon plaifir à tous les autres.

Il a rendu fon Eglife dépofitaire de cette force ; il l’attache à ce qu’elle prefcrit de croire & de pratiquer. Quoique fes décifions paroiffent impuiflantes par elles-mêmes ; quoiqu'il foit impoffible de comprendre comment celles qu’elle donne fur le dogme font conformes à la raifon , il n’eft pas raifonnable de refufer de s’y foumettre, puifque ‘c’eft refufer d’obéir à Dieu même. Celui dont les penfées & les volontés font parfaitement conformes à celles de Dieu, qui lui font annoncées par l’'Eglife, adopte fincérement toutes fes décifions, au lieu de les combattre. Il met en ufage tous les moyers qu’elle prefcrit, comme ceux auxquels la grace divine eft attachée. IL reçoit fans doute beaucoup de lumieres & de force ; mais pour connoître fes paflions , les combattre, les vaincre, & non pour avoir des révélations ou faire des miracles. II les croit réfervés, par la fageffe infinie, pour les befoins preflants de l'Eglife , afin de la conferver , & non de la dércruire,

I! fait que leur manifeftation trop fré- quente en diminueroit le merveilleux & le fruit. |

Il eft bien éloigné de penfer qu'il lui fufit de vouloir, pour opérer ce qu'il veut , & même les plus grands prodiges. Ï1 fait que fa volonté ne peut être exé- cutée pour les chofes contraires aux loix de la nature , que lorfqu’elle eft conforine à celle de Dieu. Il fuit l'inftruétion que Jefus Chrift a donnée contre cette efpece de tentation. Il ne faut pas fe jeter du haut d’une tour élevée , avec la volonté de ne point fe faire de mal, dans la folle perfuafon que le Créateur exécute toujours la volonté de fa créature, parce qu'il veille à fa confervation. Jefus-Chrift le défend, parce que ce feroit tenter Dieu : c’eft agir, par la même raïfon, contre certe défenfe, que d'imaginer pouvoir lever entiérement le voile qui couvre les myfteres de la foi; connoître clairement toutes les vérités furnaturelles par les feules lumieres naturelles , fans le fecours de la révélation , & même en rejerant fes décifions & fon aucorité ; c’eft fe croire dépofitaire de la toure-puiflance de Dieu, ren: rer l’ordre qu'il a établi contre fa volonté fans fa participation.

Ce n’eft pas à nous à lui prefcrire le temps & les circonftances où les miracles font néceflaires ; lui feul les connoît. Ce feroit une préfomption repréhenfible, que de prétendre en avoir la connoiffance, lorfqu’il ne nous l’a pas donnée d’une maniere reconnue certaine , non par nous feuls, mais par ceux qu’il a propofés pour nous faire connoître fes volontés. Il nous eft permis de lui demander des miracles , lorfqu’il nous paroiflent néceffaires pour notre bien fpirituel , ou pour celui de nos freres ; mais ce doit être toujours fous la condition qu’ils feront conformes à fa volonté. Nous devons être convaincus - qu'il peut en faire ; mais qu’il le refufera, s'ils font contraires aux deffeins de fa {a« gelfe éternelle. Il accorde toujours à la priere les fecours néceffaires au falut , qui font dans l’ordre ordinaire de Ia grace, & quelquefois même des fecours extraordinaires , non pas coujours ceux que nous lui demandons , mais ceux qu'il juge le Plus à propos.

uoiqu'il s’écarte très - rarement des loix naturelles, c’eft cependant lui qui conduit tout ; il eft le maître de rous les Événements; il les prévoir & les dirige, comme le prouvent les fairs de l’ancien

teftament. Il fait connoître fa volonté par des.infpirations fecretes , quandil veut; &. lors même que les Thaumaturges lui demandeht des miracles fans conditions, ils ont été affermis dans l’humilité par la providence, avant de les obtenir d’une maniere trop fenfible ; elle leur envoie des épreuves & des fecours antérieurs , pour qu’ils ne foient pas expolés à la centation d’orgueil. Ils font encore très-rarement aflurés par la raifon , fi les miracles font accordés à leur priere, à la foi des autres, ou à d’autres eaufes. C’eft une raifon qui rend le miniftere des Saints comme celui des Anges , néceflaire , dans bien des cas, au maintien de la liberté & de l'humilité. On renvoie , comme il eft paturel & raifonnable, le fuccès à leur interceffion , & non à l’état de perfection où l’on fe trouve.

Le défaut de foi des habitants de Nazareth, qui empêcha Jefus-Chrift de faire des miracles dans cette ville, ce fut de douter fi Dieu en pouvoit faire par le fils d’un artifan. Les Nazaréens mettoient des bornes à la puiffance de Dieu , en croyant qu'il ne pouvoit pas agir fur toutes fortes de fujets ; c’eft ce crime que commettent ceux qui délefperenc de leur falut, parce

qu'ils penfent que Dieu ne peut pas con* vertir, changer & fauver de grands pé* cheurs.

L'erreur des habitants de cette ville venoit de l’orgueil , qui leur fafoit regarder Jefus-Chrift comme bien au-deffous d’eux ; elle les aveugla tellement, qu'ils fermerent les yeux à toutes les merveilles qu'il opéroit, & refuferent de fe rendre à la vérité connue ; ce péché contre le Saint-Efprit les rendic indignes de voir des miracles. Tous ceux qui ont trop bonne opinion de leur jugement , y font expolés ; ils fe préviennent en fa faveur , & les plus grandes merveilles ne peuvent les RP ils réfiftenc à la volonté de Dieu , qui leur eft clairement manifeftée. C'eft par cette raifon qu'ils croient tout ce que difent ceux en faveur defquels ils fe font prévenus, & qu'ils refufenc obftinément d’écourer ceux contre lefquels ils ont conçu une injufte pré- ventien.

Tout ce qui n’eft pas décidé comme article de foi par l’'Eglife, eft du reflore de la raifon; elle doit être foumiie à la révélation dont Dieu fe ferc pour la diriger ; mais lorfque Dieu cefle de parler par la révélation, il parle encore par la railon 5

ôn ne doit jamais s’en écarter, fi ce n’eft dans les cas où il décide le contraire par une révélation particuliere, exprefle & authentique. C’eft par la raïfon qu’il nous fait connoître que c’eft lui qui parle exté- rieurement; elle nous conduit à la foi ; elle en eft auffi le fupplément : ainfi croire fans une révélation particuliere, qu’on peut tranfporter une montagne d’un lieu dans un autre, & l’entreprendre, c’eft une folie, c’eft avoir des penfées & des volontés contraires à celles de Dieu, puifqu’elles font contraires à la raïfon, Il faut faire le même raifonnement de tous les autres faits contraires aux loix de la nature , notamment de ceux dont parlent les Auteurs des livres ci-deffus cirés ; & il faut ajouter à leur égard , que toute inf piration contraire à la doctrine & à la foi de l'Eglife, ne vient pas de Dieu, qui ne peut fe contredire ; mais lorfque Dieu ordonne des chofes extraordinaires, douter de l'exécution, c’eft fe défier de fon pouvoir ; c’eft n'avoir pas même le premier degré de la foi qui fuffit pour être les inftruments de fa puiflance. Les merveilles feroient inutiles pour de telles gens ; ils n’y ajoureroiïent pas plus de foi qu'a leur poffibilité ; elles ne ferviroient

CAT) | qu’à les rendre plus. coupables, comme les habitants de Chorofain & de Bethfade, & c’eft fouvent une faveur que de les leur refufer.

Ii eft très-rare que Dieu faffe connoître fes volontés d’une maniere qui s’écarre de l’ordre ordinaire , foit de la grace, foit de la nature , parce que fi cette merveille eft quelquefois néceffaire , il feroit contraire au falut des hommes qu'il renverfât trop fouvent cet ordre ; il leur dit par la raifon qu'ils lui défobéiffenc lorfau'ils défirent être éclairés & conduits par des voies extraordinaires , & fur-tout lorfqu'ils penfent, d’après ces Autéurs, qu'ils peuvenc par leurs forces naturelles entrer dans ces voies, & les toutes parcourir ; Le miracle que la pricre ‘opere infailliblement lorfaw’elie eft parfüte fuivant la promefñle de Jefus-Chrift, c’eft d'obtenir la grace fanctifiante, parce qu'il veut & de qu'on la demande fans héfiter avec une ferme confiance de l'obtenir, fondée fur fa parole. Cette grace juflifie, rend agréable à Dieu, réconcilie avec lui, & donne à chaque homme, armé du bouclier de la foi, l'empire fur tous fes ennemis dans la vafte étendue de fa nature corrompue; ül

reçoit une nouvelle force furnaturelle , non pas celle qu’il demande, mais celie qui convient le mieux aux circonftances, pour lui faire éprouver véritablement le fesours de Dieu, fans qu'il foit parfaitement afluré par la raifon de celui qu’il a reçu. Dans beaucoup de cas & de fujers, la liberté feroit alors compromife , & il fuffit d’être certain par la foi que la priere obtient toujours un effet furnaturel, que les forces de la nature réunies ne pourroient jamais opérer dans les mêmes circonftances. C’eft un vrai miracle,

Il n’eft pas moins grand ni moins étonnant que celui de tranfporter les montagnes , & c’eft ce que Jefus-Chrift a voulu faire comprendre en parlant de la vertu de la priere. Il eft en effet également impoffible, par les forces de la nature, &fans celles de la grace, de changer le cœur humain dans un moment , fans motifs naturels, & fouvent contre tous ceux que fuggere l'intérêt & les plaifirs.

La priere qui a pour objet les biens ou les maux temporels eft utile, parce que le Tout Puiflant pour l’exaucer peut faire des miracles qui ne font pas reconnus pourtels, lorfqu’il eft inutile ou dangereux qu'ils Le foient ; mais dans les cas même

où il ne fort pas de l’ordre naturel; il dirige par la médiation des intelligences créées , ou par quelques autres moyens naturels , les divers événements, comme il lui plaît ; illes faic fervir au falut de ceux qui Le prient; ou bien fi lon fuppofe ces événements dirigés par des loix générales , elles ont été fubordonnées à la vertu de la priere, qui les modifie plus ou moins , felon les degrés de fa perfection & de fa ferveur ; quelle que foit la maniere d'opérer de la Divinité, elle attache, fuivant fa promefle , des fecours à la priere.

Il n’eft pas poffible de favoir précifé- ment de quelle efpece ils font dans les diffé-

rentes circonftances , parce qu'ils font

ordinairement cachés , & qu'ils paroiffent conformes aux loix naturelles, pour ne pas faire connoître ouvertement La marche de la providence , ce qui pourroit porter atteinte au libre arbitre : ils different en cela des miracles, qu’il fait pour manifefter fa puiffance. Leur efler eft contraire à l'ordre naturel ; il eft très-fenfible , parce qu’il doic être connu & qu’il fuic immé- diarement la caufe feconde, par le moyen de laquelle il eft produir. Les autres évé- nements exgraordinaires paroiflent quel:

quefois miraculeux , quoiqu’ils foient le produit des grandes pañlions, des imaginations exaltées & qui fermentent ; mais ils font l’effec du hafard plutôt que d’une volonté marquée , & ne furpaflent jamais les forces de la nature.

IL n’eft pas naturel & raifonnable de croire fans aucun doute pouvoir agir contre les loix naturelles ; ainfi cette foi eft un don de Dieu; mais il ne pourroit Paccorder à la priere , dans tous les cas, fans expofer le bonheur éternel de plufieurs. 11 ne la donne donc que dans les circonftances où il juge à propos d'opérer par cette foi des prodiges plus ou moins frappants.

La priere obtient toujours au contraire la foi par laquelle on efpere parfaitement & indubitablement d'obtenir les moyens de falut , parce qu’elle eft dans l’ordre ordinaire de la grace, & qu’elle ne peut pas gêner la liberté,

En facrifiant fon fils au bonheur des hommes , Dieu leur apprend qu’il les aime au point de tout leur accorder ; auffi fait-il des miracles lorfqu’ils font néceffaires pour l’utilité de fon Eplife ou pouf le bien fpirituel de quelqu’un de fes menbres | pourvu que dans ce dernier cas ils

(ons ne {oient pas contraires au falut de quelqu'autre.

Cette derniereconfidérationl’empêche le plus fouvent d’en faire, & le détermine quelquefois à les laifler ignorer à ceux qui en éprouvent les falutaires effets, ou à leur - änfpirer de tenir fecretes ces faveurs , lorfqu'il juge à propos de leur en donner la connoiffance : elle les pénetre ordinairement d’une fi grande reconnoifance, qu’ils ne peuvent plus fe plaire que dans fa volonté. à

Comme elle eft toujours jufte & raifonnable , ce plaifir a la vertu de porter au bien & de détourner du mal : il produiroic un effet contraire s'ils lui fuppofoient une raïfon contraire à fa fagefle éternelle ; ils fe plairoient alors , comme nous l'avons dit, dans un être créé par par leur imagination , & non dans l'être incréé,

Le plaifir que l'on prend dans les créatures | & par conféquent dans ce qui leur plaît, eft dangereux, parce que leurs volontés font naturellement portées à pré- férer au bien général leur plaifir particulier, & par conféquent l'erreur & le mal.

C’eft tenter Dieu que de lui demander des miracles fans condition , que de penfer

au’il en fera pour fauver du danger auquel on s’expofe. C'eft une illufion que d'en attendre les fecours néceffaires au falut, fans daigner les lui demander , fous le faux prétexte qu'il fair ceux qu'il nous faut, puifque , fuivant fa parole , il ne les accorde qu’à la priere, & que ceux qui ne prient pas ou qui priene rarement en font plus ou moins privés.

Etre continuellement attentifaux befoins de l'homme, avoir fans cefle confiance aux promefles de Dieu , c’eft veiller & prier, mais vivre dans un éternel oubli de fà puiflance & de notre foibleffe , fans daigner y penfer, fous le faux & fpécieux prétexte qu'il s’en occupe pour nous; c’eft une coupable indolence, qui nous livre évidemment fans défenfe, même naturelle, à toutes les paffions , à tous les vices.

Si la raifon nous dit que nous fommes coupables & foibles, & nous laifle dans le doute du pardon, la foi nous en affure ; ilne faut pas féparer la raifon de la foi, la défiance de foi, de la confiance en Dieu. On ne doit, dans aucune fituation, douter de l'exécution de la promeffe, de l'étendue infinie de la miféricorde ; plus la foible raifon aug-

mente la défiance, plus la foi doit ranimer la confiance, par la conviétion de l'infaillbilité, qui eft inféparable dela parole de Dieu.

Homme de peu de foi ! pourquoi doutez - vous ? Croyez au pouvoir de Jefus-Chrift, & conféquemment à celui de fon Eglife, qui exerce le fien en fon abfence ; fervez-vous fans héfiter des armes toujours viétorieufes qu’elle vous offre, & vous ne vous trouverez plus le même homme. Revêru de la force du Tout-Puiffant, dirigé par fa fagefle infaillible , vous ne goûterez plus que fon bon plaifir ; cous les autres vous paroftronc infipides , vous feront indiflérents ; dans quelque firuation que vous foyez, certain qu’il l'a permife ou ordonnée, qu'il veut que vous foyez content , ou d'y refter ou d’en fortir , s’il le juge à propos, vous vous foumettrez à l’un ou à l’autre avec une réfignation véritable. Vous ne le fervirez pas autrement qu’il ne le prefcrit ; vous ne chercherez que fon plaifir dans ceux qu’il vous procure. Tranquille, parce qu'il le veut, au plus fort des tempêtes, vous ne paroitrez plus conduit par une volonté qui vous foit propre , mais par la fienne,

Lorfque: la. préfence de la douleur ou l’abfence du plufir-feront naître dans vous le défir de voir changer cette maniere d’être | comme Jefus- Chrift l’éprouvai pour votre inftruétion au jardin des Olives, ce fera roujours fous la condiion que ce changement fera conforme à fa volonté. Dès qu’elle vous fera connue, vous ferez content, comme Jefus, qu'il n'ait pas lieu, & foutiendrez, à {on exemple , la douleur ou la perce du pläifir avec: la fermeré, le fing froid & la:tranquillité qu'il a droit d’attendre d’un ferviteur courageux & fidele. |

Ce courage, cette force ne font pas, dites-vous , “ss la nature ; mais l’hiftoire des nations nous en fournit plus d’un exemple, qui n’ont été produits que par des vues humaines, par l'amour d'une gloire éphémere , ou méme par des morifs : furnaturels en apparence; mais qui étoient l’effec de certains morifs naturels & fecrets. L'homme fait rarement, il eft vrai , des chofes pénibles ; précifément parce qu’elles : plaifent à Dieu, randis qu'il en fa fans celle de plus pénibles pour fe plaire à luimême, & pour plaire au monde, pré- féranc l'erreur à la railon.

Cette inconféquence vient de ce que

les Auteurs du genre humain ont pré- fumé pouvoir, fans le fecours de Dicu, conferver la force de vouloir lui plaire, connoître & pratiquer le bien ; comme fi cette confervation n’étoit pas au pouvoir du Créateur, ainfi que la création, & comme fi l’un étoit plus aifé que l’autre, & pouvoit être l'apanage de la créature ! Pour que certe vérité fût déinontrée par l'expérience , il a été néceffaire que cette prélomption füt punie dans eux & dans leurs defcendants , par la perre de cette force, & qu'ils fuffenc allujectis aux plaifirs des fens. Les auteurs du genre humain eurent la foibleffe de fuccomber à là tentation de manger une pomme; quelle humiliation ! Elle fuppole que lorgueil lavoir précédé, comme dans S. Pierre, qui fur intimidé par une fervante, pour avoir trop préfumeé de lui-même. Leur foiblefle à rendu néceffaire l’affujetrifflement de la volonté aux premiers mouvements , parce qu’elle n’avoit plus la force d’obéir à.la raifon, auffi-côc qu'il falloir pourvoir à la furercé de {on être ; elle eft encore trop foible pour juger même avec ré- flexion de ce qui eft conforme à la volonté : de Dieu, pour s’y plaire fur-tout ; elle eft enchaînée par les plailirs : pour la virer

de cet efclavage, il faut que Dieu l’éclaire, la fortifie & l’éleve vers lui. La preuve de cette impuiflance eft démontrée par l'indifférence pour Dieu du plus grand nombre des hommes, depuis l’origine du monde, comme le don qu’il fair de nouveau de cette force eft prouvé par les efforts d’amour pour lui qu'ont fait dans tous les remps ceux qui la lui ont demandée. Il en réfulre qu'ils ne l’ont pas en naïflant ; ils ont, à la vérité, celle qui eft néceffaire pour conferver & perpétuer leur efpece & leur individu , & pour leur procurer ce qui leur plaît, avec celle, qui en eft une fuite, de concourir , mais par ce motif naturel, au bien dela fociété, Dieu leur donne & leur conferve ordinairement ces dernieres forces, qu’on appelle naturelles , quoiqu’ils ne le méritent'pas. Cette confervation eft nécelfaire pour celle des hommes & de leur liberté, qui ne peut-être réelle qu’autant que les récompenfes & les punitions ne fuivent pas immédiatement les aétions qui les méritent, & que les opérations de Dieu font cachées.

Le motif de fa conduite eft qu’il veut fauver Les hommes par Jefus-Chrift & en vue de lui ; il fauc en conféquence qu’ils foient libres , pour qu’il puifle s’en trouver

dans le nombre quelques-uns qui réflé- chiffent utilement fur l’erreur & la folie des autres. Nous fommes tous entraîrés par l'intérêt & les plaifirs, qui influent au moins indirectement, même fur les volontés par lefquelles nous paroiffons tendre vers la raifon & la vérité : nous n'avons pas le pouvoir de nous donner des volontés pures , encore moins d’agir en confé- quence. Quelque bonnes qu’elles paroif fent, nous ne fommes jamais aflurés fi elles le font en eflet, parce que nous ne le fommes pas de la droiture de nos intentions. Les replis de notre cœur font infinis ; il nous cft impoffible de les fonder parfaitement, Nous nous démentons fouvent & cédons au plaifir, fur-tout dans les circonftances qui nous paroiffent devoir être ignorées.

Nos volôntés fons mues par le motif de faire le bien , “d'éviter le mal, de plaire à Dieu , lorfque reconnoiflant notré impuifflance , nous défirons qu’il forme en nous & par nous ces bonnes volontés & les actions qui y font conformes. Elles ne peuvent être bonnes aux yeux de Dieu lorfque nous nous attribuons ce qu’elles ont de bon, & que nous me lui en rerdons pas toute la gloire ;

nous méritons d’en être abandonnés lorfque nous comptons fur nous pour l’avenir, fans attendre tour de lui. Les fautes de tous les hommes devroient fuflire pour les porter à la défiance d’eux-mêmes, & à la confiance en Dieu; mais leur orgueil, leur préfomption,leur aveuglement font au point que l'expérience des uns eft le plus fouwvent perdue pour les autres ; heureux ceux qui en profitent & qüi n’ont pas beloin de la leur pour les humilier & les faire rougir.

C’eft donc du Tout-Puiffant que les hommes reçoivent, fans la demander , cette force étonnante qu'ils développent dans les fciences , dans les arts, & même dans l'exercice de la raifon, de l'humanité , de la religion ; il la leur laifle coujours pour le bien de la fociéré , quelque indignes qu'ils s’en rendenc#par leur ingratitude & leur préfomprion ; mais elle ne leur ferc de rien pour l'éternité. Quelquefois ils en font privés, du moins en partie, lorfque cette privation eft poffible , fans compromettre l'intérêt de l'Eglife, jufqu’à ce qu'ils foient convaincus qu'ils ne peuvent faire les bonnes œuvres bien, c’eft-à-dire, d’une maniere qui plule à Dieu , fans défirer fincérement

d'en recevoir la grace ; mais il.ne l’accorde jamais que fous les conditions auxquelles il l’a promife. Elles fonc auffi immuables que fa promefle ; ainfi on ne peut l'obtenir que par le miniftere de la feule Eglife qui eft véricablement la fienne,

Quelle révolurion, files hommes étoient tous animés de cette foi vive, qui dans un moment peut transformer l'êcre la moins raifonnable en celui que la raïfon & la religion animent ! Mais la grace imite la _pature pour être mieux cachée , & ne pas blefler la liberté. Cette transformation ne fe fair ordinairement que peu-à- peu, par dégré.& felon que la confiance le perfectionne ,. parce qu'il eft très-peu de perfonnes qui fe dérerminent cour de fuite à fe défier en tout d’elles mêmes, & à s'appuyer uniquement fur le bras du Tout-Puiffant. Elles ne prennent ce parti qu'après avoir fouvent éprouvé leur foiblefle dans les circonftances où elles comptoient plus ou moins fur leur induftrie, & fon puiflant fecours dans toutes celles où elles ont tour attendu de lui.

Leur vie eft dans ce dernier cas. furhumaine, Les caraftrophes de la nature, ou la caduciré peuvent détruire leur frêle machine, (ns effrayer l’efprit qui l'anime,

La mort n’eft pas une prifon , un fommeil pour lui ; mais plutôt un réveil, une heureufe délivrance. Il fe trouve tout-à-coup exempt dun aflujétifflement pénible & doué d’une fenfibilité fans comparaifon plus exquife & plus agréable , d’une intelligence infiniment plus vafte. Les Apôtres & les premiers Chrétiens, qui, pour le bica de l’Eglife, furent élevés en un inf: tant par l’efprit faint à la perfe@ion de la foi & de la charité; démontrerent par eux-mêmes la poffbilité de cer état de - force & de paix intérieure. Il précéda le plus fouvent, & accompagna toujours les agitations qu'éprouverent depuis quelques Saints, dont la foi & la charité n’eurent pas d’abord le même degré de perfeion, & n’y parvinrent que peu-à-peu. Dieu ne permet pas que ceux qui ont conhance en lui foient tentés & éprouvés au delà des forces qu’il leur donne, parce qu'il les proportionne toujours aux tentations. Îl conferva fouvent par miracle la fanté de ceux dont les pieux excès l'avoient altérée , pour les juftifier & prouver qu'ils avoient agi par une im- Preffion fecrete de fa volonté.

La grandeur de leur foi, la convic-

tion qu’on reçoit fans cefle en priant, la force infinie promife à la confiance, qui ne doute pas de l’exécution de cetre promeffe , les rendit & rendra toujours leurs imitateurs dépofitaites de la Toute- Puiffance , pour ce qui regarde leur falut. Les extrêmes même dans le bien ont été néceffaires pour fervir au développement de toutes les vertus ; ils fervent à encourager ceux qui font efrayés à la vue des travaux nécéflaires pour arriver à la perfetion : l'exemple de ceux qui les ont fi fort dévancés dans la cariere de la vertu, eft bien propre à les animer. Ces modeles de fainteté n’ont jamais manqués & ne manqueront jamais dans l’Eglife catholique.

à LA

Les auteurs du Livre des Erreurs €: de la Vérité, & du Tableau Naiurel, prétendent cependant que lunivers eft privé de lumieres, & par conféquent de vertus ; la décadence des unes a fuivi, pour me fervir des expreffions du dernier , la dé- cadence des autres. Les hommes , difentils , font réduits à chercher la parole

perdue. Il en eft très-peu qui la trouvent après des efforts pénibles. Lorfqu’ils fonc arrivés à cet heureux terme, ils n’ofenc la communiquer aux autres, & leurenfeignent qu'ils doivent {a chercher eux - mêmes, & que cependant elle eft au-deflus de 1a portée du grand nombre. C'eft à-peuprès comme fi les Juifs fe plaignoient que la parole de Dieu s’eft perdue plufieurs fiecles avant Jelus - Chrift ; que Dieu n’a plus parlé au monde depuis cette époque, parce qu'ils n'ont pas voulu entendre fà voix de la bouche de Jefus , fon Fils unique ; les premiers ne veulent pas groire ce que cet homme-lieu leur dic par fon Eglife , qu’il leur ordonne d’écouter comme s’il parloit lu:-même,

Tel eft donc le fruir des efforts de l’efprit humain, le réfultar du prétendu fiecle de lumieres, du concours de celles d’une multitude de favants de toutes les nations, L'ordre Maçonnique , il faut l'avouer, renferme aujourd’hui dans fon fem un très-grand nombre de gens diftingués par leur naiffance , leur fortune & leur éducation. Leur plan tend cependant à laiffer la multitude privée de lumieres. Rien ne prouve mieux la nécelfité d’une feule autorité univerfelle pour fixer Popinion publique, pour réunir les favants comme

les ignorants , dans la même façon de penfer, & par conféquent de vouloir, fur ce quia rapportau culte & à la morale,d’où dépendent l’ordre & le bien de la fociété, L'auteur du Livre des Erreurs prouve la: néce (lité d’un feul culte dirigé par un feul chef; il annonce qu’il connoit le véritable, & refufe de le nommer, fous le vain prétexte qu’il ne veut pas juger les cultes établis, & que ce n’eft pas un homme qui doit le faire connoître à un autre homme , mais la caufe intelligente. II aflure fes femblables qu’elle le leur fera connoître, comme à lui, d’une maniere qui ne leur laiflera point de doutes, s'ils oublient leurs volontés & laiflent agir en eux celle de cette caufe , qui doir feule agir. Voilà, felon lui, tous les hommes abs de devenir des Quakers, des Illuminés , fous peine d’être à jamais privés de lumiere & de vertus. Nous ne répé- terons pas ce que nous avons dit fur les conféquences & les abus d’un fyftême auffi abfurde.

Cet auteur ajoute , dans le même endroit, qu’ils doivent commencer par avoir une grande idée de cette caufe & d’euxmêmes , & s’affurer de la vérité par leur perfévérance & par leurs efforts; mais

les artifans ont-ils du temps de refte pour perfévérer ainfi dans cet état d’illumination ? À peiné ont-ils celui de gagner une partie de leur nourrirure ; mais les ignorants font-ils capables de ces efforts qu’il exige , & de f: mettre dans une difpofition qui ne peut être comprife que par des efprits fubrils, par des imaginations vives & exaltées P

Que les membres des religions ou des fectes qui ne connoiflenc pas la vérité, la cherchent par-tout aux dépens de leur raifon même & de leur fanté; qu'ils effaient de fe mettre, pour la trouver, dans les états convulfif des Trembleurs ‘ & des autres Illuminés ; qu'ils s’inftruifent pour cet eflét de routes les connoïlfances des fociétés particulieres. Il n’y. a rien là que de naturel ; ils fonc bien obligés de chercher la vérité, puifqu'ils l'ont perdue. Ils devroient cependant s’inftruire auf de la doétrine de lEglife catholique , fur-tout ceux qui font fortis de fon fein ; mais comme ce feroit un moyen trop für & trop abrégé de connoître la vérité, {oit prévention , foit défaut de fincérité dans le défir de la trouver ; c’eft le feul moyen qu’ils ne mettent pas en ufage : s'ils l’emploient , c’eft fuperficiellement ; is n'écudient la religion catholique que

dans les Livres qui dénaturent fon enfeignement, ainfi que celui de Swedenborg, qui lui font dire le contraire de ce qu’elle enfeigne publiquement : elle n’eft pas comme les autres, elle ne craint pas d’être approfondie ; c’eft au contraire parce qu’on ne la connoît pas à fond, qu’on ne l'aime pas ; elle eff | comme fon auteur , d’une beauté raviflante, d’une perfeétion dont il n’eft pas poffible de fe faire une idée exa@e ; il eft impoffible de la bien connoîïtre fans l'aimer fincérement, fans lui être foumis pour toujours , fans être prét à facrifier tout, fa vie même, pour donner des preuves de cet attachement & de cette {oumiflion.

Ce n’eft pas certe religion que méprifenc, que déreftent fes ennemis ; c’eft un fantôme qu'ils lui fubftituent & qu'ils rendent ridicule, méprifable & odieux ; plufieurs de ceux méme qui fe difenc fes enfants, ne la connoiflent guere mieux ; ils en font leur jouet , un être fans puif fance , afin de s’étourdir & de s'imaginer qu'ils peuvent lui défohéir impunément. Ce qui eft plus incompréhenfible encore, c'eft que plufieurs de ceux qui font profeffion de la reconnoitre pour la véritable, s’uniflenr à ces dificrenres fociérés

pour chercher. les vérirés teligieufes aifleurs que dans l’enfeignement de l’Eglife. Ils peuvent reconnoître avec fes ennemis, que Dieu ne lui a pas donné pour la conduire des anges, mais des hommes fujets aux mêmes foiblefles qu'eux, & qui paroiffent fouvent plus grandes, parce qu'ils font pläcés fur le chandelier. Pour les prémunir contre ce fcandale , Jefus a laiffé le premier chef de l’Eglife fuccomber à la foiblefe la plus humiliante, après avoir prédit fa chûte, comme il à prédit les fcandales que pouvoient donner fes. fuccefleurs, & les différentes erreurs qui s’éleveroient contre fon Eglife. Opportet hæœrefes effe neceffle eft ut veniant feandala: ais parce que quelques-uns s’écartent de la doétrine de CR , S'enfuit-il qu'elle eft perdue, qu’elle ne fubfifte plus ? Non, fans doute. L'enfeignement de la vérité fe perpétue, & fe perpétuera toujours dans la fociété vifible des Chrétiens, compofée de ceux qui font unis au chef vifible de cette fociété, Le plus grand des malheurs-& des fcandales eft de éparer du chef, parce que c’eft fe féparer de la focieté , qui lui fera inféparablement unie, & qui n2pourroit fubffter fans fuit Si ces Aureurs prérendenc qu'ils ne fonc pas oppofés à l’Eglifs catholique, qu'ils

le prouvent en écrivant pour la défendre , & pour donner à leurs pañlages cités une interprétation qui lui foit favorable.

Il n’y a que deux moyens de conhoître la vérité, l'examen & l'autorité. Le plus grand nombre ne peut pas fe livrer à la recherche de la vérité, par la voie longue & difficile de l’examen. Elle eft impofñtible aux ignorants ; On en convient dans toutes les religions. II eft néceflaire qu'ils fe foumettent à l’autorité, qui doit être conforme à la vérité, pour ne pas les induire en erreur. La multitude ne pourroit juger de cette conformité , fi cette autorité n’étoit reconnue pour celle qui enfeigne la vérité , par ceux qui font capables de fe livrer à fa recherche. Une partie de ces derniers peut étre expofée à fe tromper : quel eft celui d’entre eux dans ce fiecle, ou même dans les fiecles antérieurs, qui auroit aflez d’orgueil pour préférer fon opinion à celle des autresfLeur fécurité ne peut fe trouver que dans l'accord & l’union de la façon de penfer de plufieurs hommes ‘éclairés & vertueux, non d’une nation ou d’un ficcle , maïs de toutes les nations & de tous les fiecles. Le caraétere de la véricé cit & fera toujours d'être érernelle , de

précéder le temps, & de lui furvivre. L'erreur, fruit des paflions, change & pañle avec elles , & ne peut être la même our tous les fiecles & par-rout.

Dès qu’il faut une autorité extérieure pour fixer la croyance, elle doit être la plus grande qu'il foit poflible, & avoir reçu fon pouvoir de Dieu même: fi elle palle pour être bornée & purement humaine , les hommes ne s’y foumettront jamais dans le for intérieur , quand elle combattra leurs plaifirs. La politique feule indique , pour le bien de la fociété , la néceflité d’une autorité de cette efpece ; elle ne peut être mife en dépôt dans les mains d’un feul homme , puifqu’elle cefferoit avec lui, tandx qu’elle doit étre permanente & perpétuelle. Elle doit donc être confiée à un corps toujours fubfiftant, dont les membrès foient fans cefle remplacés. Il n’y a point d'union fans un point de réunion, point de corps fans chef. Un corps doit avoir un figne d'indication & de ralliement auquel on puiffe le reconnoître. IL ne peut donc exifter fans un chef vifible , qui foit le centre d’où parte & où rende le mouvement de tous les membres. {Ce corps , comme nous l'avons prouvé, pour avois une aucorité fufifanre ,

doit être reconnu par. un grand nombre de gens éclairés & vertueux, de toutes les nations & de tous les fiecles, pour celui qui a reçu fon autorité de Dieu même.

Avcux corps fur la terre n’eft revêtu ‘une autorité qui réunifle ces deux caracteres, fi ce n’eft l’Eglife garholique. Elle eft d’'inftitution divine, Pndée par Jefus-Chrift , fuivant laccompliffement des prophéties, renouvellées d'âge en âge : depuis le commencement du monde, Son fondateur eft reconnu pour le Mefñlie , le Verbe, l’Envoyé de Dieu, par tous les Chrétiens, de quelque feéte qu'ils foienc, par les Mahomérants mêmes. Ces rirres lui fonc donnés avec ceux de Prophere & d’Apôtre dans plufieurs chapitres de l'Aicoran. Prefque tous les peupies du monde profeflent le Chriftianifme ‘ou le Mahomérifme ; ainfi l'autorité de Jefus- . Chrift eft la plus grande qu'il toit poffible d'employer fur la terre. Elle eft ceiie de l'Envoyé de’ Dieu , celle de Dieu même

qui l’en a revêtu.

Ses titres ont été fuffifants pour le faire reconnoître par toutes les nations ; elles s’accordent à condamner l’obftination des Juif, dont l’aveuglement ne leur permet pas de voir ce qui frappe l’univers entier ; que tous les caracteres du Mefie, tracés dans leurs livres , conviennent à Jefus-Chrift. Pour s’aflurer, même d’une maniere naturelle, de ce qu'ila dit, fans fe tromper, il faut remonter jufqu’aux temps où il vivoit, par le fecours d’une tradition non interrompue ; elle doit réunir les fentiments des Chrétiens de tous lieux & de tous les temps , afin d’éviter les erreurs qu'auroient introduits les préjugés particuliers, de quelque nation, ou de quelque fiecle ; c’eft la premiere regle que nous ayons établie, & qui ne peut foufirir de difficulté.

La æradition qui porte ce caractere eft celle de lEplife catholique ; toutes les autres fe font évidemment écartées de celle qui étoit reçue dans leur fiecle , fous pré- texte d’y faire des changements & des ré- formes , en fuppofant qu'il s’y éroit gliffé des erreurs ; ce que Dieu ne pouvoir pas avoir permis après fa promefle. L’Egäfe catholique. eft la feule qui ait toujours enfeigné ce qui étoit enfeigné par toute

la terre, & par conféquent ce qui l’avoie été par Jelus Chrift & par fes Difciples. Toutes les fois qu'il s’eft formé quelque Eglife nouvelle, ç’a été une nation ou une Eglife particuliere qui s’eft féparée de l’Eglife univerfelle par des fentiments nouveaux, contraires à ceux de routes les autres Eglifes. L’Arianifime s’eft ré- pandu parmi plufieurs nations; mais la Providence a renverfé cette héréfie redoutable. Elle eft anéantie, & ne peut plus entrer dans la chaîne de la tradition qui s’eft perpétuée jufqu’à nous. Le fchifme des Grecs eft une prétendue réforme ; on connait l’époque où ils fe font féparés de l'Eglife catholique : il eft d’ailleurs borné, comme ila été prédit, a une partie de la rerre ; & Dieu n’a pas permis que fes fectateurs portaflent leurs erreurs dans les autres parties du monde, fiffent des profélytes, & que leur Eglife pôc avoir le caractere d’'Eglile univerfelle répandue par toute la terre. Il étoit d’ailleurs néceffaire qu'ils fuffent confervés comme les Juifs , pour que des mains, non fufpeétes aux ennemis de l'Eglife cacholique, puilene leur tranfmettre la plus grande partie de fes craditions,, tanc fur ce qui a précédé, que fur ce qui. fuivi Jefus-Chrift;

Les héréfies de Luther & de Calvin ; nées dans ces derniers temps, font répandues dans un plus grand nombre de nations ; mais elles renferment des variations innombrables, comme l’a prouvé le grand Bofluet. Ces hérériques font divilés en une fi grande multitude de fetes diffé- rentes, qu'ils feroient très-embarraflés de rendre compte de leur foiChaque membre favant de chacune de ces fectes, a fà foi particuliere, qu’il réforme à mefure qu'il avance en âge, qu’il change d'idées ou de paffions. Les Miniftres ni des Synodes me peuvent pas trouver à redire à tous ces changements particuliers dans la foi, puifque le premier principe de la réforme générale eft que chacun eft libre d’interpréter l'écriture fainte fuivant fes lumieres, Non feulement les particuliers de chaque fecte , mais ceux de chaque génération, ont le même droit , & en ufenr très-librement. Quelque extrordinaires & deftructeurs que foient les principes de SWedenborg , les Miniftres fe font contentés de les condamner en fecrer , & n’ont pes pu porter contre eux un jugement juridique de condamnation. Ces fortes de iugements étoient encore en ufage peu de temps après Lucher & Calvin, où Les Réformés

ne pouvoient pas être encore fi prodigieufement divifés d'opinion : mais aujourd’hui cela feroit impoffible ; auffi ne fe trouvet-il pas un feul Réformé dans l'univers qui ait confervé en entier la profeflion de foi de ces premiers Réformateurs.

Au milieu de toutes ces divifions & variations dans la foi, le peuple que croitilf Une partie de la morale de l’Eglife catholique. Leurs Doéteurs la prêchent s maisils ontle pouvoir d’endifpenfer comme bon leur femble, fans aucunes bornes , puifqu’ils ne reconnoiffent aucune aucorité'qui puifle en mettre. Si la multitude a confenti de fe foumettre à ceux qui varioient fur le dogme, c’eft parce qu’elle fe réfervoit ainfi le pouvoir de varier fur la morale au gré de fes intérêts & de fes plaifirs. Ce motif a le plus contribué , du moins implicitement, à lui fire fecouer le joug inflexible de l'autorité de l’'Eglife.

Leurs opinions font fi contraires à la tradition univerfellement reçue, qu’elles s’écartent vifiblement de cette tradirion, Tous ces fectaires en conviennent avec l'Auteur du Tableau naturel. Ils fe font gloire d’avoir abandonné, comme lui, la tradition de tous les fiecles qui les ont précédés , fous prérexte qu’elle écoic cor:

rompue , & d’avoir cherché dans les trois premiers fiecles des traces de celle qu’ils ÿ fubflituent. Ils les regardent comme vraies, tandis que les Catholiques trouvent faufles & contraires à l’ufage des premiers fiecles, les profeffions de foi de leurs Synodes ; elles differentautant & plus entr'elles, qu’elles ne font différentes de la tradition catholique; ce qui démontre évidemment leur fauffeté. L'incertirude où ils font aujourd’hui, la difhculté peut- être infurmontable qu’ils trouveroient à renoncer chacun à leurs difiérentes opi- Mons, pour fe réunir & rédiger une profeffion de foi particuliere, même pour chaque nation, prouvent bien mieux encore leurs erreurs. La vérité ne peut pas être en contradiction avec elle-même. Il s’en trouveroit très-peu qui puflent figner fincérement ces profeflions de foi ; la politique , la honte de paroître fi difcordants les y détermineroient , & non la conviction.

Comment n’ont-ils pas vu ? comment ne voient-ils pas encore qu'aucune des fetes féparées de lEglife catholique ne peut être la vérirable Eglife, puifque fon caractere eft d’être indéfetible, de n'avoir jamais ceflé, de n’avoir jamais enfeigné

l'erreur ? Ces réformes affoibliflent, non feulement l’autorité néeeflaire pour conduire le peuple dans les différents érats où elles font établies , elles détruifent entiérement toute autorité fpirituelle ; elles mettent chacun de ceux qui compofent les différentes fetes dans la nécefliré d’examiner fi les Réformateurs ne fe trompens pas eux-mêmes : il eft cout naturel de le croire, car il n’eft pas raifonnable de fuppofer que tous les Catholiques répandus par toute la terre,fe foient trompés depuis Jefus-Chrift ; il en faudroit des preuves évidentes & à la portée de ignorants ; il faudroit encore leur donner le temps qu'ils n’ont pas pour Les approfondir , leur apprendre à lire pour s’inftruire des faits hiftoriques , les comparer & en porter un jugement conforme à la faine critique. Comme cela n’eft pas poffible, 1l ne l’eft pas que Dieu ait permis que fon Eglife fe foit trompée , puifqu’elle écoit néceflaire pour conduire la multitude ; elle n’a d'autre moyen de connoître la parole de Dieu , & elle ne peut s’en rapporter qu’à une autorité fondée par Jefus- Chrift même , & qui ait toujours fubfifté depuis ; autrement, fi cette Eglife avoir erré ,1lne pourroit lui imputer cette erreur

invincible ; il n’y ‘auroit point de parti plur für pour être excufable à fes yeux, que de continuer à fe foumettre à cette Eglife revêtue de fon autorité, qui a commencé depuis fa réfurreétion , & qui dure encore. Les Réformés en conviennent, en avouant que les Carholiques peuvent être fauvés.

Pourquoi donc les Réformateurs ontils entrepris de femer le trouble dans les efprits, fur-tout dans ceux de la multitude, qu’ils reconnoiflent eux-mêmes ircapablés d’entrer dans cet examen ? Ils exigent qu’elle s’en rapporte à l’aurcrité . particuliere de quelques hommes, qui ont la préfomprion de fe croire plus éclairés que tous le Catholiques. Au lieu que parmi ces derniers elle ne fe foumet qu’à l'autorité de tous les fiecles réunis, pour lui tranfmettre la parole de Jefus- Chrift. Inutilemenc , dira-t on aux Catholiques illitérés : votre Eglife eft dans l’erreur depuis quarorze fiecles Ils répondront toujours victorieufement , aux Réformateurs : c’eft un grand préjugé pour elle, que vous ne vous foyez apperçu de cette erreur, qu'après quatorze fiecles , que vos peres, vos prédécelleurs aient été

Garholiques comme nous, S'il y avoit eu

pour lors les erreurs que vous dites, ils s’en feroient apperçus comme vous ; leur opinion auroit été conftamment fuivie depuis Jefus-Chrift ; en forte que votre Eglife dureroit depuis cette époque. Elle n’auroit donc pas été dans le cas d’être réformée ; elle feroit l’Eglife cacholique , & n’auroit fait alors aucune réforme. L'Eglife univerfelle , qui a roujours fub= fifté , eft certainement la véritable.

Dieu ne nous a pas donné d’autre lu: mire pour en juger ; & comme fa bonté nous en a furement donné de fuffifarites pour ne pas nous tromper , & pour voir la vérité, notre jugement eft véritable, & le vôtre eft faux. La multitude qui vous fuit; eft conféquemment dans l'erreur. Les précendues vérités que vous voyez n’étoient pas faites pour elle ; Dieü lui avoit ordonné de fuivre celle que nous voyons, & de raifonner comme nous ; elle lui défobéie en croyant ce que vous lui prefcrivez. Si vous êtes conféquents & de bonne foi, vous êtes obligés , en confcience, de pré- cher au peuple, que vous avez induit én erreur jufqh'ici, cette vérité , qui eft à fa portée. À

Dès que Jefus-Chrift eft l’'Envoyé de

Dieu, comme vous en conveñez, nos ancêtres qui vivoient de fon temps, ont dû croire ce que leur difoient, de fa part, fes Apôtres & fes Difciples, & par conféquenc leur chéir & à leurs fuccefleurs, que vous dites avoir encore enfeigné la vérité pendant les trois premiers fiecles : fi vous aviez vécus, comme tant d’autres hérétiques, fur la fin du fecond fiecle, & fi vous aviez dit à nos peres dans la foi, que l’Eglife, qui avoit alors pour chefs les futcefleurs des Apôrres, fe rrompoit, ils n’auroient pas dû le croire , de votre aveu, fans être obligés d'entrer dans l’examen de vos affertions : & comment pourriezvous exiger que de pauvres artifans illité- rés fiflent cer examen ? Nous devons donc encore moins vous croire aujourd'hui, puifqu’il nous femit bien plus impoñlble de: le faire après dix: fepr liecles.

Vous ne pouvez pas avoir la vérité de votre côté. Dieu veut nous fauver rout auffi bien que vous, & vous aurez beau vouloir promettre le falut à tous fans exception, quelle que Poe -nous ne pouvons pas vous crôtre, On ne peut y parveniffans faire le bien, & il ne peut pas être contraire à la vérité. Par exemple, fi par une doétrine la calomnie

étoit permife, & que par l’autre elle füt défendue, diriez-vous que toutes les deux conduifent également au faluc £ Il n’y a fans doute que la derniere , parce qu’elle feule eft conforme à ldVérice. Dès que Dieu veut nous fauver, & qu’il ne nous a donné d’autre moyen de connoître la vé- rité, que celui d'obéiéià l'Eglife catholique , il eft impoilible qu’elle aucorife la calomnie, & qu’elle enleigne aucune autre erreur; Dieu eit trop jufte pour le permettre ; & dès qu’elle ne peut pas l’enfeigner , tout ce que vous dites eft contraire à la volonté de Dieu , qui ne vous pardonnera pas de lui défobéir de prepos délibéré. Ne nous citez pas les Idolâtres qui fuivent une autorité ; elle n’eft pas établie, comme la nôtre, par Jefus - Chrift , auquel vous ordonnez d’obéir.

Il n’eft pas polfible de répondre à ces raifonnements du peuple ; mais ils acquierent une bien plus grande force par la parole de Jefus-Chrift même qui les a confirmés , & qui a pofitivement ordonné d’obéir aux Apôtres & à leurs fucceffeurs, Celui qui m’écoute, leur dit-il, écoute Dieu mème qui m’a envoyé , qui me audit, audit eum, qui mifit me: être attentif & docile

à ce que vous dites de ma part, c’eft être attentif & docile à ce que je dis moi-même, qui vos audit, me audit ; ou, ce qui eft la même chofe, en vous obéiffant on fait ma volonté.Pour AMiconnottre la feule Eglife véritable, il lui a donné pour chef Saint Pierre & fes Ja cefleurs, & a promis qu'elle fubfifter@it fans. inrerruption jufqu'à la fin des fiecles. Le Pape, chef de l'Eglife cacholique, eft fur la terre le feul chef fpirituel qui foit fuccefleur de Saint Pierre ; aucun autre n’ofe s’attribuer cette belle prérogative ; Dieu ne l’a pas permis. Cette Eplife eft donc la feule qui ait été fondée fur Pierre par Jefus- Chrift, la feule véritable qui ait reçu de Dieu l'autorité fuMifante pour fixer l'incertitude des opinions humhines. La lumiere de la lune (qui eft la figure de l’Eglife ), fera comme celle du foieil, dit Ifaie, ch. 30, W. 26. Elle ne diminuera point, 60, Les Franc- Maçons adoptent l’Evangile, fur lequel ils prêtent en vain une multitude de ferments, fans caufe ni autorité fuffifante. Or, fuivant ce livre divin, Jefus-Chrift dic au chef de fes Apôrres, vous êtes Pierre , & fur cetre pierre j'érablirai mon Eglife; ceft-à-dire, une fo-

- ciété

ciété compofée de ceux qui croirônt: en moi daos routes iles parties du inonde, qui reéconnoftront pour :fes chefs Vilibles Pierre & fes fuccefleurs| Les puit finces de l'Enfer ne. prévaudront point contr’elle. Je la fouriendrai & la défendrai contre tous fes ennemis ; je ferai toujours avec elle, néanmoins d’une maniere invifible;, jufqu’à la fin des temps. Aucun corps , aucune fociété civile, politique: ou religieufe , ne peut exifter fans chef- Les Franc-Maçons en conviennent , puifqu'ils élifent un Grand-Maïtre, La fociété fondée par Jefus-Chrift. doit être une fociété vifible ; elle a dû, l'être toujours , autrement elle auroic, été nulle & comme fans -exiftence. pour le grand nombre; Les puiffances de l'Enfer auroïent prévaiues contr’elle, en la forçant d’être invifible & cachée, d’être inutile à fes membres.’ Elle ne feroit plus fi elle n’avoit-point de chef. De qui Ja .compoferiez-vaus dans cette fupgofition? De,ceux aui fedifent Chrétiens. En quoi feroientils doné aflogiés ? ÆEn.ce qu'ils fe réuniroïienc à croire en, Jefus-Chrift; mais ils atracheroient, quelqu'idée à cette croyaneël; 5h faudioitiun corps de doëtrine, &e bientôr-ils fe diviferoient en une multi-

tuüdé'de fociétés , qui chacune choifiroit le‘chéfdont l'opinion lui plairoit, pour le Quitter de même, fe réunir à d’autres, fe multiplier/fe divifer , & fe fubdivifer à linfini. Mälgréleurseflortspour fe former une doctrine ftable , dit l’'Auteur du livre des Erreurs , ils ne peuvent jamais y parvenir... ; ils n’ont ni la regle, ni la preuve du vrai.

Toutes ces fociétés ne feroient pas une feule fociété. Quélle ferait celle fondée par Jefus-Chrift ? Loin d’être unies par là même fagon de penfer & de vouloir, elles ne pourroient fe fapporter les. unes & les ‘autres ; elles fe dérefteroient & fe perfécureroienc ,: parce qu’elles feroient d'autant moins difpofées' à s’aimer, c’eft- à-dire,à fe plaire dans leur façon de penfer réciproque, à vouloir dé même, que leurs opinions feroient moins rapprochées. Les volontés font conformes aux fentiments , & l'union des cœurs ne peut fubfifter fans celle dés’elprits: Si, dans le nombre des fosiérés ‘qui fe difenc chrétiennes , il en eft qui fe fupportent, c’eft parce qu'elles ont intérêt de fe réunir contre la feule véritable | qui les détruit fucceflivement , la vérité étant néceflairement incompati- Ble avec Perreur à il eft d’ailleurs confé- d'ient'qué celles-là fe 'tolerènt refpectivement, paifqu'elles ne font pas afflurées de

I

la vérité de leurs opinions. Elles leur font très-indifférentes dans tous les cas où elles ne font pas utiles à la confervarion & à la défenfe de leurs intérêts ou de leurs plaifirs.

Puifque le grand nombre eft incapable d'interpréter la parole de Jefus-Cbrift , il eft indifpenfable de recourir à l'autorité ; elle doit captiver les favants comme les ignorants. Or , parmi tous les peuples du monde ,,on chercheroit en vain une autorité refpettée dans tous les lieux & dans tous les fiecles , autant que l’Eglife catholique. A ne la confidérer même qu’humainement parlant, eile eft donc la feule capable de diriger & de foumertre la raifon humaine; autrement la Providence auroit donné à tous les hommes le plus ardent défir de connoître la vérité, & leur en auroit ôté tous les moyens, où plurôt ils fe les ôteroïent eux-mêmes , en refufant de fe réunir & de s’accorder fur le choix d’une autorité vifible. L’Eglife catholique 4 perdu fans doute de fon au-' torité parmi plufieurs nations ; mais elle conferve encore au milieu d’elles beaucoup de zélés & de vertueux partifans ; mais elle a fait la conquête de plufieurs nations nouvelles, & fon autorité fe trouve encore infiniment plus confidéra-

ble qu'aucune autre. Citez-en une qui, comme elle, ait été reconnue dans tous les fiecles, & qui ait même une autorité, je ne dis pas beaucoup moindre, mais réelle; toutes ces fectes font autant d’E- glifes féparées, & aucune de ces Eglifes n’a d'autorité fur fes membres. Ils ont chacun leur façon de penfer particuliere A & ne font foumis à aucunes décifions ; auffi n’en donnentelles que pour la police civile & temporelle. Dès qu’il n’y a point de foumiffion fpirituelle , il n’y a point d'autorité fpirituelle.

Jefus-Chrift paroit évidemment aux ennemis même de l'Eplife, avoir été envoyé par Dieu pour éclairer le monde , pour fixer les incertitudes de la raifon humaine. La miffion de Pierre, des pauvres Apôtres, fes coopérateurs & de fes fucceffeurs, l’établiflement de l’'Eglife & de la religion par toute la terre, fans employer la violence, font reconnus pour être l’ouvrage de Dieu. Il s’eft accompli, comme il avoit été prédit, fans aucuns moyens humains , & malgré tous les obftacles que lui ont oppoles les puiffances terreltres & infernales, Jefus a exécuté f1 promefle, ;en la protégeant pour fon étabiiffement ; peut-on douter qu’il ne l’exécute pour fa durée ?

Ïl a promis d'empêcher qu’elle enfeigne lerreur dans fes décifions publiques, & rien ne lui eft plus aifé, puifqu'l eft le maitre des événements , & qu'il peut éloigner les décifions, jufqu’à ce qu'il voie les efprits difpofés à juger fuivant la vé- rité. Îl eft auffi le maître des efprits & des cœurs, & peut faire parler conformément à la vérité , ceuxmêmes qui ne l’aimeroient pas, & qui ne fe dérermineroient à parler ainfi que par des motifs humains.

S’il étoit poffible que l’'Eglife enfeignâc l'erreur, Dieu ne pourroit pas limputer à ceux qui croiroient ce qu’elle leur enfeigne, je le répete , & cette aflertion eft adoptée par fes ennemis mêmes, tandis que les Catholiques font convaincus que ceux qui ne font pas foumis à fes décifions font coupables, & ne peuvent être fauvés. Cette obéiflance eft donc le parti le plus für, & par conféquent celui que 1e prudence, dirigée par la raifon de Dieu, ordonne de fuivre. Quel compte terrible n'auront pas à rendre ceux qui en dérournent les hommes , en leur ôtant ou feulement en afloibliffant la confiance qu’ils doivent avoir dans la feule autorité, dont les décifions puiffent les juftifier aux yeux

de Dieu.

Css décifons font conformes à la doctrine de Jefus-Chrift , qui eft celle donnée aux auteurs du genre humain, que les enfants de Dieu ont fuivie avant & de- : puis le déluge. Il n’eft pas venu, ditl, détruire la loi, mais l’accomplir ; non veni folvere legem fed adimpleresen forte que l’enfeignement.de Jefus-Chrift , fuivi dans l’E- glife catholique , eft le même , quant au dogme & à la morale , que celui de Moife, qui l’avoit donné aus Juifs en publiant la loi que Jefus a confirmée. Ii en a fait connoître , il eft vrai, d’une maniere plus claire Le fens fpirituel que les Juifs charnels , comme tous les autres hommes qui méritent cette qualification , ont toujours rejeté, pour s’en tenir fervilement à la lettre, ou pour l'interpréter comme ik leur plaît ; il a feulement fupprimé toutes les cérémonies figuratives de fes myfteres, parce qu’elles n’écoient plus néceflaires après leur accompliflement, & les loix politiques qui n’avoient été portées que pour conferver en corps la nation Juive ;

& la féparer Pa Cette loi divine fat confervée par tradition par ceux qui craignoient de déplaire à Dieu en la violant , qui défiroient de lui plaire en s’y conformant , & en la tranfmettant à leurs defcendants. Les Hébreux ne l’avoienc pas entiérement oubliée, quoiqu’ils faffenc diftraits par les ouvrages exceflifs dont ils éroient accablés pendant leur captivité en Egypte ; auf necraignirentils pas de défobéir aux Souverains, qui leur en dé- fendoient l'exercice , pour obéir à Moile qui le leur prefcrivoit au nom de Dieu, & qui leur donnoit des preuves aflurées de fa miffon. Cette loi fut défigurée malheureufement par le grand nombre des hommes qui perdirent la crainte de Dieu, parce qu'il en eft peu qui veuillenc fe priver des plaifirs, lors même que la raifon l'or. donne ; la plupart font dans une difpofition femblable à celle où fe trouvoienc les Juifs en Egypte. Efclaves des plaifirs , de l'intérêt, de l’opinion, du refpeét bumain, ils font trop occupés & trop dif traits par tout ce que ces tyrans exigent d’eux , pour rentrer férieufement en euxmêmes , & pour voir la vérité fans nuages; fans préventions ou préjugés.

? Il eff néceffaire que Dieu la leur fafle éonnoftre d’üne maniere extérieure , fenfible, fûre & fixe/ par la voix de l'autorité. S’ils'étoient humbles , ils feroient les premiers à fe défier de leurs jugements, & à reconnoître qu’il leur eft impoffible d’en porter un fain & vrai , lorfqu’il s’agit de prononcer contre ces maîtres impérieux auxquels ils font affervis. ls fe défieroienc de toute autorité qui leur parle en leur faveur, pour ne fe foumettre qu’à celle qui leur a dans tous les temps déclaré une guerre implacable , comme à celle qui doit voir plus clair, puifqu’écant indépendante de leur tyrannie, elle eft libre de prendre le parti-de la vérité.

Ils reconnoftroient que la loi naturelle eût éré dénaturée pendant le cours de tant de fiecles , fiune aucorité refpeétable & fûre n’en eût confervé fidellement, dans tous les âges, le dépôt où ont puifé les Légiflareurs de routes les nations ; qu’elle réfide dans 'Eglife cacholique à qui elle a été confiée par Jefus - Chrift, qui l'a retirée de l’Eglife judaïque. Celle-ci devoit perdre l'incelligence & l'autorité par fa difperfion, qui a produit l’effet d’une deftruétion, puifqu’elle a pour coujours. anéanti le corps. de fes Pafteurs ;. préfidé par un chef, dépoficaire de cette autorité,

pour y fubftituer le corps des Pafteurs catholiques.

L’enfeignement de l'Eglife catholique n’eft autre que celui de la raïfon, perfectionnée par le Chriftianifme que cherchent les Franc Maçons. IL eft conforme à la loi donnée au premier homme par Dieu même, tranfmile à fes defcendants, & par eux à Moïfe , publiée de nouveau par celui-ci, confervée par le peuple Juif, confirmée par des merveilles fans nombre dans tous les fiecles,, donnée aux Chrétiens par Jefus-Chrift, & confiée à fon Eglile. Il ne la pas gravée fur la pierre, comme lorfque Dieu la donna aux Juifs par le miniftere de Moïfe, au milieu des ronnerres & des éclairs qui les firent trembler, pour fgnifier qu’elle étoit alors la loi de la crainte ; il l’a gravée dans les cœurs, en la faifant aimer , pour montrer qu’elle eft devenue par lui [a loi de grace & d'amour. Cette merveille étoit réfervée à celui qui avoir été annoncé comme le principe & la fin de la révélation & de la loi, par tant de prophéries, - par tous les fairs de la nation Juive, & par une mulutude d’autres. Ï a été promis au premier bonme ; en forte que la révélation , ay moins implicite des myf-

teres de la Religion chrétienne , a eu lie

dès le commencement, & en même remp$ que l'enfeignement , foit intérieur, foic extérieur de la loi naturelle & de la morale, dont ils font la fanion & le fondement. = Dieu n’auroit-il pris tant de foin de œonferver & perpétuer , par des miracles continucls , la révélation, que pour labandonner enfuite au fort de tous les autres faits anciens du genre humain, qui font enveloppés dans la nuit de l'erreur & des temps £ Il avoit établi chez les Juifs un corps dépofiraire de la révélation & du culte judaïque , qu'il devoit abroger : m'avoit-il pas plus de raifons pour fonder une Eplife qui pût diriger le culte nouveau, qu'il fübftituoit à l’ancien pour toujours, & perpétuer cette révélarion , en en tranfmettant tous les faits, d’une maniere füre & infaillible, à la poftérité la plus reculée? L’Eglife , fon époufe ché- rie, à la follicitude de laquelle il devoir sonfier ce culte, & le facrifice ineffable qui en eft le fondement, a été figurée dans toutes les cérémonies de l’ancien, annoncée par les Prophetes, par lui-mé- me, comme devant réunir toutes les na sions, & durer jufqu’à la fin du monde :

il. doit donc la rendre vifble en touc temps, pour ail foir pofble de juger de l’accompliflement des prophéties à cet égard. Les Juifs, comme il eft prédit, doivent fe réunir un jour à cette Eglife, & il doit leur être poffible de favoir où elle eft, de connoître celle de toutes les fociétés chrétiennes qui eft la véricable ; celle qui interprete fa parole dela maniere la plus conforme à fa volonté. Quelle eft celle de toutes les fectes féparées de lEglife catholique, qui oferoit efpérer d’avoir fur elle la préférence ? Quel corps de doctrine auroient-elles à préfenter à la pation Juive ? |

Les Apôtres & les Difciples de Jefus- Chrift commencerent la formation de cette Eglife, puifqu'ils s’affemblerent en corps , reconnurent un chef, & donnerent des décifions ; ils affurerent que l'écriture fante ne pouvyoit pas être interprétée avec. vérité par chaque Chrétien , mais par le corps des Pafteurs ; que Jefus-Chrift dirigeoit leurs décifions par fon Efprit faint fuivant fa promefle ; ils publierenc des décrets comme venant d'eux & de lui, vifum eff Spirituis fandlo € nobis. Ils prirent les mêmes précautions pour l’avepir ; ils ordonnerent aux Pafteurs de

æentinuer de reconnoître pour chef fe fuccefleur de St. Pierre, & à tous les membres de l’Eplife d’exécuter les ordonnances des Pafteurs réunis à ce chef.

Cet ordre & cette foumiffion ont continués d’avoir lieu jufqu’à ce jour ; de quel droit prétend-on qu'ils n’ont enfeigné la vérité que pendant les trois premiers fiecles, & qu'ils fe fonr enfuite trompés P Jefus - Chrift & les Apôtres ont-ils dit de ne leur obéir que pendant trois fiecles ? N’ont - ils pas ordonné de continuer cette obéiffance jufqu’à la fin du monde ? Ou les Chrétiens n’ont jamais été renus d’obéir même un feul jour après la mort de Jefus- Chrift, ou ils y fonc obligés pour toujours , il n’y a pas de milieu. Les Evangiles, les Ecrits des Apô- tres & des Peres, ne recommandent rien tant que certe obéiffance perpétuelle ; ils confirment la prédiction de Jefus-Chrift , & affurent que l'Eghfe univerfelle fubff tera toujours, & qu’elle a pour chef PEvêque de Rome, qu'ils s'accordent tous à reconnoître en cette qualité.

à Eft ce à de fimples particuliers à juger au dix - feptieme fiecle, fi trois fiecles après les Apôtres, les Pafteurs de PEplife réunis à fon chef, fe font écartés de la

doctrine de Jefus-Chrift ? Eft-it poffible

à l’efprit de l’homme de ne pas errer , en voulant renverfer une tradition auffi ancienne & aufli refpettable , de remonter dans l’origine des fiecles , de percer les nuages de l’hiftoire ? N’eft-il pas plus raifonnable de continuer d’obéir à l’Eglife, fuivant le précepte de Jefus - Chrift > N'eft_ce pas s’en écarter vifiblement , que de fuivre des Pafteurs égarés & difperlés , comme ceux des Juifs , puifque, comme eux , ils n’ont plus de chef ? IL eft évident qu’en fuppofant vrais les livres des Juifs, ils doivent reconnoître Jefus-Chrift pour le Melffie ; mais il ne l’eft pas moins qu’en croyant à l'Evangile comme les Heréciques, ils doivent avouer qu'il y a dans Punivers une feule Eglife vifñble fondée par Jefus-Chrift, & ayant pour chef le fuccelleur de S. Pierre. La fuppoñtion de fa défectibilité, de fa difparition eft contraire à l'Evangile, & même à la raifon.

Jefus-Chrift, le plus raifonnable, le plus prudent & le plus éclairé des Léoiflareurs , de l’aveu même de fes ennemis, n'ignoroit pas que les pauvres , les ignorants ne peuvent s’inftruire par eux-mé-

tes ; il n’ayoic riep tant à cœur que leur

ioftruétion , comme il paroît par l’Evangile; il favoit qu’ils ne pouvoient la recevoir que par le moyen d’un corps vifible revêtu de l’autorité fufifante ; s’il n’avoit pas établi ce corps, tandis que tous les Lépiflateurs les moins éclairés ont fait de femblables établiflements , il ne mériteroit pas les éloges de fes adverfaires ; ceux @entr'eux qui nient que Jefus- Chrift a fondé une Eglife , conviennent cependant que la multitude #’a pas tous les fecours pour voir la vérité & la fuivre, comme is l’y obligent ; & qu’elle auroit ces fecours , fi Dieu avoit établi un corps femblable , l’avoic revêtu de fa puiffance , lui avoit confervé la prudence & la lumiere néceffaires pour ne pas fe tromper. Ils avouent en même temps que Dieu eft bon, & ne peut pas punir la multitude, fi elle n’a pas eu les lumieres néceflaires. Cependant ils foutiennent que les crimes qui troublent la fociété , méritent d’être punis dans l’autre monde, fur-tout lorfqu’ils n’ont pu l'être dans celui-ci, parce qu'ils étoient fecrets. Il faut donc des paffions ou des préjugés bien forts pour les aveugler , & ne pas leur permettre de voir que Dieu a établi un corps de cette pature fur la cerre , dès qu'il a ceflé d’inf-

truire les hommes directement par luimême , puifqu’il étoit de fa bonté de faire cet établiffement.

Ceux qui refufent d’en convenir, font obligés, lorfqu'ils font conféquents, de foutenir , comme SWedenborg & les Auteurs des Livres des Erreurs & du Tableau naturel, que Dieu eft obligé de parler à tous les hommes , direétemenc par luimême , d’une maniere vifble , lorfqu’ils veulent le confulter. Nous avons dé- montré , fuivant l’aveu de Swedenborg , les dangers de cette opinion, & qu’il eft impoffible de la concilier avec la liberté; qu'il doit donc y avoir un feul corps dépofiraire de la parole & de Paucorité de Dieu même, pour inftruire la multitude & les favants par une fuite néceffaire. Leur foumiffion fait la fécurité de la multi< tude , & lui prouve la miffion divine de ce corps. Ces arguments ont ia même force contre ceux qui conviennent de la formation de l’Eglife; mais qui foutiennent qu’elle n’a duré que trois fiecles ; que depuis cette époque, elle ne fubfifte plus que d’une maniere invifible & inutile au grand nombre, & que Dieu doit en conféquence l'inftruire direétemenc ; auffi tolerent-ils cout les genres d’illumination dans lefpérance qu'il s’en rencontrera

quelqu'un qui leur fera retrouver la pa role de Dieu, fes inftruétions perdues depuis long temps.

Ce fÿflême eft encore plus ineonfé- quent que celui des premiers ; car s'ils anéanriflent la bonté de Dieu, en niant qu'il ait fuflifimmenc pourvu à l'inftruction de la multitude , les derniers rejettent en mêmetemps, & fa puillance, & fa bonté , en affirmant qu'il n’y a pourvu que pendant trois fiecles. S'il l'a jugé nécelfaire pendant ce temps, il a reconnu fa néceflité perpétuelle ; 1l n’a donc pas eu le pouvoir ou la bonté de le faire, s'il ne l'a pas fait. On objeéteroit en vain que ce corps neft pas reconnu par-touc, & qu'il n’eft pas utile à tous ; c’eft alors la faute des hommes , & non pas celle de Dieu ; ce font leurs plaifirs qui les portent à rejeter ce qui Les condamne, & telle eft la principale raifon qui a empêché que toute la terre n’ait reconnu ce corps. Le foleil éclaire l’univers : ofera-t on dire que Dieu n’a pas fuflifamment pourvu, par ce moyen , à éclairer ceux qui ferment les yeux, & qui vont ou reflent dans des lieux inacceflible a {a lumiere, pour ne pas la voir ; qu'il devoir en établir un autre, pour leur ouvrir les yeux, ou les tirer

dé leurs retraites malgré eux? Mais {& liberté néceffaire à leur perfection & à leur bonheur ne fubffteroit plus. Dieu a fans doute fait affez de miracles pour conferver avant Jefus-Chrift la lumiere de l'ancien Teftamént, en la préfervant, d'une maniere naturellement impoffible , du chaos où font rombées routes les lumieres hiftoriques de ces temps reculés, & la répandant par-tout avec ce livre divin ; il en a fait aflez pour porter ra-

idement , & dans l’efpace de quelques | années, la lumiere du nouveau Teftament par toute la terre. On trouve par-tout des traces de ces deux lumieres que les hommes ont rejetées plutôt ou plus tard dans différents coins. de la terre , felon qu'ils étoient plus ou moins efclaves de leurs plaifirs.

La même objection fubffteroit pour les pays même chrétiens ; combien cette lumiere n’y eft-elle pas obfcurcie ! Elle left au point que fes adverfaires penfent qu’elle a été entiérement éteinte & perdue, & qu'ils la cherchent. L’Eglife catholique elle - même n’a que peu de membres qui veuillent ouvrir les yeux à la vérité. Sa lumiere divine exifte - c-elle moins ? N’efts elle même pas plus vive & plus épurée

Que jamais ? Toutes les erreurs, tous les fcandales qu’elle a furmontés , & fur lefque!s elle brille , lui donnent en quelque forte un nouvel éclat , ou font mieux {ortir fa lumiere , parce qu'ils fonc l’effec des ombres fur un tableau. Semblable à l’efpric de Dieu, qui étoit porté fur les eaux , l'Eglife réfléchit par - tout la lumiere & le feu du foleil de juftice, la foi & la charité. Eft-ce, encore une fois , la faute de Dieu, fi les ténebres fonc encore fur la terre, même au centre de cette divine lumiere , s'il y a fi peu de foi, fi peu de charité FCet état a été prédit. Putas inveniet fidem in terra ? Refrigefcet charitas multorum.

Les uns difent que l’établiffement de lEglife eft le fruit de la politique bumaine, mais qu'il eft néceffaire ; & même que pour contenir le peuple & les maîtres de la terre, il faut laiffer croire qu’il eft divin. Ils entreprennent cependant, contre leur aveu, d’afloiblir & même d’anéantir cette perfuafon néceflaire à leur tranquillité même, & à celle du monde ; quelle inconféquence ! quelle criminelle eatreprife ! Leur confcience ne leur reproche-t-elle rien ? Peuvent-ils être tranquilles > L’orgucilleux plaifir de

fe donnef pour des efprits forts, qui voient différemment des autres, peut-iP calmer leurs inquiétudes P

Il n’eft pas poffible de rejeter l’Eglife & l'on reconnoït Jefus-Chrift; c’eft la même évidence morale pour l’un comme pour l'autre. Ceux même qui ne croient pas en lui, ne peuvent refufer de reconnoître combien l’établiflement de l’Eplife & le maintien de fon autorité font néceffaires à la cranquillité publique. Les gens inftrüits doivent l'avouer & s’y foumettre fincérement, en donner des preuves paf leur conduite, éviter tout ce qui pourroit faire foupçonner le contraire , comme fcandaleux & du plus dangereux exemple, On les jugera fur leur conduite, quand même elle feroit contraire à leur façon de penfer ; mais s’ils penfent mal , en vain s’eflorceront-ils de déguifer leurs fentiments pas des dehors impofants. La mulrirude fcrutera leur cœur maïtgré leur filence myftérieux & affecté, & reconnoiffanc leur peu de foumiflion à l’Eglife , elle s'en croira bientôt difpenfée. C’eft en quoi ce fiecle fe diftingue de tous ceux qui Pont précédé ; les gens inftruits condamnoient leur conduite par leur croyance ; elle ne pouvoit pas être auffi dangercuts

à beaucoup près pour la jeuneffe & pour le peuple ; mais lui ôter la foi comme on le fait dans ce fiecle, quel crime énorme! Quel eft donc le but de ceux qui le fonc P Ils jouiront également de l'impunité fur la terre , en condamnant les plaifirs auxquels ils fe livrent, & reconnoiflant que l'Eglife enfeigne la vérité. Tous leurs eflorts, pour dimininuer dans eux ou dans les autres la confiance en cette autorité, font un crime de lefe-fociété , qui tend à en renverfer le fondement.

Le repos du monde dépend du degré plus ou moins grand d’autorité qui réfide, non-feulement dans la puiffance temporelle & phyfique, mais encore dans la puiffance fpirituelle & morale. Cette derniere eft même d’aurant plus importante, que fans avoir droit de mettre des bornes phyfiques à la puiflance temporelle, elle la contient & la dirige par le frein & les regles d'une morale faine , invariable, établie par la puiffance fuprême, fource

de toutes les autres ; elles feroient fans cela des puiflances dangereufes qui pourroienc produire les plus grands maux dans la fociété, au lieu de concourir à y maintenir Le bon ordre. .

D'après ces principes, tout homme, ami de l’humanité , doit défirer l’exiftence d’un corps revêtu d’un pouvoir furnaturel pour préfider au moral, d’où dépend l'ordre phyfique ; dès qu’il le défirera, il ne doucera plus de fon exiftence. On voit comme on veut voir; tous les peuples anciens & modernes ont eu des corps dont la million a toujours été fuppolée furnaturelle, dans l’origine ; le depré de confiance des peuples en cetre miflion fut 6rdinairement le thermometre du bouleverfement ou de la tranquillité des états, parce qu’il fut celui des vices ou des vertus; jamais les peuples n’ôterent leur confiince à un de ces corps fans la donner à d’autres, tant leur néceflité fe trouvé conforme au veu de la raifon. Comment fes préceptes pourroienc - ils être tranfinis d’une maniere uniforme & invariable aux enfants & au peuple, s’il n’y avoit aucun corps public pour en être l’interprere & l'organe ?

Le grand malheur de l'univers eft de n'avoir jamais vu que la vérité écanc une,

il ne devoit y avoir pour l'enfeigner à coute la terre qu’un feul corps préfidé par un chef. Le Livre des Erreurs 6 de la Vérité le démontre fans en avouer l’exifcence. Quoique les gouvernements civils foient différents , ils peuvent avoir la même religion. L’idolâtrie a régné prefque fur route la terre, le Mahométifme re fur plufieurs empires différents, & la Religion catholique eft connue & profeflée par-rout, dans les lieux même où elle n'eft pas l1 dominante. La multicude des Corps religieux affoiblit leur autorité ; il eft aifé de conclure dès qu’ils font différents fur quelques points, que les uns ou les autres fonc dans Perte à ; cela diminue ou anéantir la confiance de ceux qui leur font foumis, & qui font inftruits de leur multitude & de leur divifion.

La raifon éclairée par le Chriftianifme a reconnu la fauffeté de la mifion de tous les corps théocratiques, qui ont paru fur la terre depuis l'origine du monde. Les deux Livres cideffus cités ne font X cet égard que les échos de la foi catholique ; mais en exceprant la million de Jefus-Chrift, de cette profcriprion géné- rale , l’auteur du Livre des Erreurs € de la Vérité ne devoic-il pas excepter auf

la tiflion de l’Eglife judaïque ,. dépoftaire des faits , dés merveilles & des prophéties , qui fervoient à l'annoncer, à le faire reconnoître ? La miffion de l’Eglife catholique | à laquelle ces deux auteurs font la guerre , écoic aufli fans contredit dans le cas de cette exception, puifqu’elle eft deftinée à perpétuer l’enfeignement de Jefus-Chrift, à empêcher,.qu'il ne foie détruit ou dénaturé, par de fauffes interprétations. Ces deux ouvrages ont certainement le même buc , fi c’eft la même perlonne quiles a compofés, comme on l'aflure , ou rédigés fur les mémoires qui lui ont été fournis. Cette derniere. fuppofition expliqueroit pourquoi le rédacteur aflure avoir la preuve qu'il ne fait rien.

Il n’étoit pas poffible en reconnoiffant Jefus : Chrift , de fuppofer qu'il n’avoit pas fait l’établiflement indifpenfable d’un corps deftiné à. interpréter & annoncer fa parole ; aufli l’auteur du Tableau Naturel fe borne-t-il à foutenir avec les Réformés, comme nous l’avons di; que cet érablif fement n’a duré que trois fiecles. L’ambition s’empara, dit-il alors , d’un des chefs fpirituels, & en fit un monftre, qui, corrompit la doctrine & la morale. Il a principalemenc en vue les Papes, puifqu'il

les nomme : s’il n'eûr eu d'autre deffein! que de déclamer contre leur aurorité remporelle , il l’auroit fait fans déguifement. Plufieurs auteurs catholiques ‘ont rendu publics, fans courir aucun rifque , leurs fentiments à ce fujet : il paroîc avoir pour but d’anéantir l'autorité fpirituelle de l'E glife ; le voile du myftere dont il fe couvre en eft la’ preuve.

“La corruption précendue des chefs de l'Eglite ne peut avoir influé que fur leur. conduite particuliéré &" non fur l’enfei= gnement public: Ils auroient été dépoés: sils avoient énfeigné publiquement une doctrine contraire à celle de Jefas-Chrift & de fon Eglife. Il s’eft d’ailleurs rendu garant de la pureté de cet enfeignement public; & sl a pu y pourvoir pendant trois fiecles , il la fair, & le fait toujours. comme il l’a promis. Les vrais Catho: liques demeurent fouimis à l’Eglife , qaoiqu'ils gémiflent autane &! plus que ‘fes! ennemis fur” les ‘défordres de quelques üns’ de Res Pafteurs. : Leur conduite:eft älors contraire! à leurs leçons publiques. H eft impoñible | comme l'avance cet auteur, que ceux des chef fpiricuels , qui ont confervé le dépôc de la doétriner atis route fà pureté, n'aient pas été en rendus, La

La véritable Eglife eft celle où la vérité cft vifiblemene & publiquement enfeignée. Son caractere efienriel eft d'être indéfe@ible, Elle doit durer jufqu’à ce. qu'il n’y ait plus de temps : Tempus non erit amplius ; pendant toute fa durée elle ne peut pas celler un inflant d’être vifible, d’avoir un chef fuccefleur de S. Pierre : Ecce ego vobileum fum QUOTIBIE. ujque ad confommationem fæculi. On doit être foumis en cout cemps à cette Eglife pour être Difciple & membre de Jelus Chrift, qui.en eft le chef. Cette perpétuité eft non-feulement marquée clairement & en termes exprès dans l'Evangile ; elle left de même dans un grand nombre de paffages de l’ancien T'eftament. Il femble que par-tout Dieu ait voulu bien faire con- : noître que l'Eghfe judaïque devoit cefler, & que celle qui lui feroit fubflicuée ne cefferoit jamais. Quand un Ange du ciel, difoit S. Paul, vous annonceroit un autre Evangile que celui que je vous annonce , il ne faudroit pas le croire ; fon avis eft conforme à la raïon. L’Evangile qu'il préchoit évoir celui de Jefus- Chrift , le même qui étoit reconnu dans fon Eglife déjà érablie. Ainfi , comme elle ne devoit jamais ceffer , 1l étoit im-

pofñlble qu’on pût y introduire un autre Evangile que celui de Jefus-Chrift, ou l'interpréter différemment qu’on ne l’avoit interprété juiques - là; ç’auroit été le changer & en fubftituer un nouveau ; l'Eglife où ce changement auroit eu lieu, n’auroit plus été la véritable ; il eft néceffaire de refter uni à l’ancienne : ainfi, quand même un Ange viendroit pour faire cette réforme, il faudroit la rejeter, puifqu il feroit quelque chofe de contraire à la parole de Jefus-Chrift , qui eft immuable ; il ne permet pas de’ rièn changer à ce qui étoit enfeigné dans PEglife du temps des Apôtres ; la véritable Eglife a dû toujours fubfifter fous un chef & ne rien innover; Dieu ne l’auroit pas permis, & s’y feroit oppolé, puifqu'il eft jaloux de l’exécution de fa promeffe. La feule Eglife qui a toujours fubffté avec un chef vifible, eft donc celle où rien n’a été changé, & la feule véritable. Dicu ne veut pas qu’on en reconnoifle une autre.

Il eft étonnant que ceux qui en font {é- parés ne veuillent pas voir cette vérité. Les Juifs ont pu & ont dû changer de culte, & ils ne peuvent s "empêcher ré reconnoître que cet événement eft arrivé, puifqu’ils

n’ont plus le fceptre & l'autorité qu'ils devoient conferver jufqu'à la venue de Jefus-Chrift ; ils n’ont plus de Temple ni de Grand-Prêtre ; ils doivent donc reconnoître que le Meflie qu'ils attendent eft arrivé , & fe réunir à l'Eglife où il eft reconnu , & qu’il a établi dur les débris de la Synagogue : mais auffi comment toutes les fetes peuvent-elles fermer les yeux à la lumiere & ne pas voir que la véritable Eglife devant être toujours vifible , toujours fubfiftante, ne peut éprouver aucune réforme dans la doétrine que Jefus- Chrift lui a laiée & qu’elle a commencé d’enfeigner F Elle doit être d’une inflexibilité à coute épreuve, & enfeigner ce qu’elle trouve établi ; aucune erreur , aucun changement n’a jamais pu & ne pourra jamais s’introduire dans fon enfeignement; elle doit fermer l'oreille à toutes les allégations des prétendus changements faits ou à faire, comme impollibles & Contraires à la parole & à la toute-. puiflance de Dieu. Aucune autre Eglife n'a pu & ne pourra jamais lui être fubftituée.

Ceux qui portent Le nom de Chrétiens, au lieu de fe féparer de cette Eglife,devoient s’y réunir tous, & employer tous les

moyens que la providence autorife pour empêcher d’élire pour fes chefs ceux qu'ils n'en croyoient pas dignes : mais une fois nommés, à quoi pouvoient fervir toutes les déclamarions? Il falloit travailler à faire dépofer ceux qui le méritoient , finon attendre une nouvelle éle&ion. IL étoit permis d’agir dans intervalle pour obtenir les changements convenables dans la difcipline qui en eft fufceprible ; mais il convenoit de fe conformer en attendant, à celle qui étoit reçue ; il faut de l’ordre & non de l’anarchie , & fur-tout fe foumettre fincérement aux articles de foi, dès qu’ils font arrêtés. L’enfeignement de lEglife paroïit mauvais & défeueux , dites-vous ; mais tel qu’il eft, Dieu vous ordonne de vous y conformer; vous devez être tranquilles en lui obéiffant comme il veut , & non en fuivant une prétendue perfeion contraire à ce qu'il vous ordonne. Mais Dieu peut-il, ajoutez-vous, avoir ordonné quelque chofe de contraire à la raifon ? A la vôtre, oui; à la fienne, non. Eft-ce à nous, efprits boïnés , à pénétrer fes motifs? LaïMons routes les queltions indifcretres pour examiner celle de favoir s’il a décidé, 1°. que fon Eglife aura coujqurs un chef pour être en coue

temps vifible par ce moyen, & pour qu'on puifle le reconnoître ; 2°. quil faut croire ce qu’elle enfeigne , quels que foient fes chefs, quelque fcandales qu'ils donnent, & ne pas croire un Angè qui viendroit enfeigner le contraire. L’aflirmative eft raifonnable , & une fuite naturelle de l’établiflement furnaturel de cette Eglife, dort fes ennemis conviennent.

Les chefs des fchifmes & des fetes n'étoient pas plus que des Anges ; il ne falloit dont pas, il ne faut donc plus croire ce qu'ils ont dir. Ne vous raflurez pas, vous tous, qui fuivez leurs erreurs fur la charité que vous croyez avoir; elle eft toute naturelle, & n’eft d'aucune utilité pour le faluc ; je l’ai déjà die, dès qu’elle n’a pas fa véritable foi pour fondement, c’eft celle-ci qui doit opérer par celle-là , pour lui faire porter des fruits de vie : Fides que operaiur per charitatem. Aimer Dieu c’eft fe foumettre volontairement à fa puifflance, à fa parole , à fa volonté, c'eit-à-dire, à ce qui lui plaît. Croire qu'il n’a pas pu obliger les hommes à fe foumettre à d’autres hommes pécheurs comme eux , lorfqu’il le leur a ordonné ; c’eft n'être foumis ni à fa puiffance, ni à

fa volonté. Il ne l’auroit pas die s'il ne lui avoit pas plu. L'a-c-il dir f Ne vous informez pas d’autre chofe, éloignez toute autre penfée ; autrement vous ne trouverez jamais la vérité.

Je connois que vous auriez plus de plaifir à faire fa volonté , qu’elle vous plairoit davantage , fi vous pouviez comprendre comment. elle s'accorde avee la raifon infinie, & que tout autre plan que le fien vous plaît beaucoup plus, lorfque vous en comprenez les raifons , & qu’elles vous paroiffent plus conformes à la juftice, à la prudence , aux autres vertus; mais c’eft alors votre intelligence qui vous plait, ou bien la raifon de ceux qui ont tracé ce plan, & non celle de Dieu ; ou, pour mieux dire, vous n’aismez que ce qui vous plaît, & vous avez quelque motif fecret, que vous ne pouvez

eut-être pas déméêler & connoître, qui eft la fource des plaifirs que vous préférez. Cet intérêt fecret vous empêche de voir autrement, de juger fainement , & comme Dieu même , de ce qui eft conforme à la raifon & à routes Les vraies vertus ; c’eft ce qui vous doit déterminer à vous en rapporter entiérement à fa parole. Il eft bien rare que l'on cherche fincérement

fon bon plaifir de FRE à tout autre; fa puiflance infinie feule y peut difpofer les cœurs. Défirons fincéremenc qu'il - nous donne cette heureufe difpoficion : qui peut fe flatter de l'avoir ? À qui fon fecours n’eft-il pas néceffaire pour l’obtenir & la conferver ?

Ï: ne faut pas confondre les décifions de l’Eglife fur le dogme & la morale avec fes décifions relatives à la difcipline. Suppofons qu’on ait apperçu des réformes à faire dans la difcipline , & que les Pafteurs de l'Eglife aient refufé de s’y prêter, les Ré- formateurs devoient-ils faire à eux & à leurs fectareurs un tort irréparable & in- £ni, en fuppofant l'impofñlible, que l’Eglife étoit tombée dans l'erreur fur des points de dogme & de morale? C’eft pour n'avoir pas fait certe diftinétion judicieufe, que la plupart des ennemis de l’Eplife ont caufé fes malheurs & fes pertes. Ils onc fait croire aux Souverains , que pour pouvoir fe fouftraire à fa difcipline, & ne pas fe laifler dominer par elle en ce

point, il étoir néceffaire de créer & d'infpirer aux peuples des dogmes contraires, afin de mertre un plus grand obftacle à leur foumiffion.

Si les initiarions myftérieufes pouvoient être utiles, ce feroit fans doute dans la recherche des moyéns propres à perfectionner la politique, & à la faire fervir aux progrès & au foucien de l’Eglife & de la foi catholique ; mais depuis l'invention de l'imprimerie, il eft inutile, & prefque toujours dangereux de faire des initiations & des aflemblées fecretes autres que celles deftinées à l'exercice de la Religion cacholique, dans les pays où elle n’eft pas dominante, Le moindre mal de ces affemblées eft la perte du temps, & il n’en peut réfulter aucun bien, Depuis que cet ouvrage a été remis à l’Imprimeur , qui n’a pu limprimer tout de fuite , on a lu dans un Journal ce qui fuit :

« Son Alreffe Eleétorale , le duc de » Baviere, vient de défendre dans route » l'étendue de ce Duché toutes les af- » femblées des Franç-Maçons, autrement » dir les Illuminés. On donne pour raifon » de cetre défenfe que ce corps eft déchu » de fon premier Inftitut, & qu’il eft d’une » faine politique de le fupprimer , parce

que dans. fon état aëtuel , il ne peut ». qu'occafonner des défordres , exciter » une défiance générale , & fomenter » des factions dans le fecret des afflemblées. » En conféquence il lui eft défendu doré- » navant de recevoir aucun aflocié. IL eft » expreffément enjoint à cout Gouverneur » ou. Commandant de places de veiller ». exactement à l'exécution de cette or- » donnance. On conffquera à l'avenir tout l'argent & autres eflets qu’on pourra » furprendre. La moitié fera diftribuée aux pauvres, & l’autre fera la récompenfe » des dénonciateurs. »_ Des inculpations auffi vagues à l’aide » defquelles on ne cite aucun fait con- ». traire à la notoriété publique, indiquent » fuflifämment qu’on a furpris la religion » du Prince, ou, ce qui eft plus probable, » que la Confrérie de.ces Iiluminés n’eft » point de la même nature que la Franc- » Maçonnerie,p tt ae Notre opinion fe trouve à - peuprès conforme à celle de la puiffance léailatricé de Paviers, fur Les afflembiées fecreces & {ur l'uriliré, qui a .cu. donner heu à celles des Franc-Macons dans leur gi: gine, corame il efl, diç. dans la croifiume : divihon, :

Y

Y

L=s Parlements ne permettent pas dans l'Eglife catholique & dans l’état, d’autres’ affemblées relatives à la religion que les aflemblées publiques des membres d’une Eglife quelconque , faites fous les yeux & l'autorité du Pafteur , qui en eft le chef.

Les affemblées profanes font fans contredit dans le même cas , fur-tout dès qu’elles font myftérieufes , & qu'il y eft queftion même d'une maniere indireétc de la religion.

Les différents ouvrages imprimés fuf fifent pour inftruire les hommes. Ceux des meilleurs écrivains de chaque fiecle concourent à former l'opinion publique, & peuvent ainf faire le plus grand bien ou Le plus grand mal, felon les principes vrais ou faux qu'ils publient. On ne fauroit trop exhorter les écrivains du premier ordre à écrire en faveur de la vérité , pour mériter l’eftime de fon auteur, & de tous les trés intelligents qui penfent & qui penferont éternellement comme lui. S'ils s'efforcent de plaire à leur fiecle , que ce foit, non pour colorer fes erreurs & - fes vices, maïs pour les corriger par des leçons auf agréables qu’utiles. La gloire qu’ils acquerront ne fe bornera pas à leur.

pays, à leur ra temps; elle fera éternelle. Hs auront rendu le fervice le plus important à ceux de leurs freres qui auront été convaincus par la lecture de leurs ouvrages ; femence féconde qui en pourra a EE d’autres jufqu’à la fin. Ils font fur-tout obligés d'écrire lorfque la vérité fe trouve attaquée dans des ouvrages qui peuvent influer fur l'opinion publique. Se taire alors, ce feroit une faute qui tireroit d’autant plus à conféquence, que l'erreur favorife toujours les paffions, & s’infinue plus facilement par le cœur dans l’efprit. Le concours de routes les bonnes plumes feroit fouvent néceflaire pour arrêter la contagion femée par un auteur médiocre.

Cette confidération doit - elle arrêter ceux qui ne font pas doués du talent de bien écrire ? Comme tout citoyen doit être foldat dans les dangers preffants de la république , tout catholique doit l'être pour défendre fa religion , lorfqu’elle eft auffi vivement attaquée, fur-tout dans des livres que leur ftyle énigmarique a mis en quelque forte à l'abri de la cenfure de ceux qui ont droit de la faire, & même de la critique des boñs écrivains. Cetre

penfée eft de M. Bergier, un.de fes meil-

leurs & de fes plus zélés Panégyriftes ; mais, dira-t-on , fes ennemis triompheront fi elle a de trop foibles défenfeurs. Son fondateur défit Goliath par les mains de David, lorfqu'il n’étoit encore que fimple berger. 11 ne s’eft pas fervi de l’éloquence profane pour établir fon Eglife ; il peut s’en pañler , quand il juge à propos, pour la défendre. Non in fublimioribus humanæ fapientiæ verbis.

On eft toujours fort en foutenant le parti de la vérité; fouvent même on la voit mal, & on eft peu propre à la dé- fendre lorfqu’on emploie toute fa vie à chercher des ornements pour l’embellir. Bientôt on les préfere, & on la leur facrifie au moins en partie; bientôt on eft renté d’en orner l'erreur , s'ils doivent en recevoir plus d'éclat & avoir le piquanc de la nouveauté. Quel eft le but ordinaire des auteurs , ens’efflorçant d’atreindre à la perfeétion ? De plaire aux hommes plutôt qu'a Dieu. Si pour leur plaire il eft néceflaire, comme dans ce malheureux fiecle , de donner à routes les productions une teinte plus où moins forte d’épicuréiime ou d'incrédulité , ils feront dans l’alrernative délicate de le faire ou de n’éue pas lus, & d'avoir facrifié inus

C18r tilement leurs travaux & leurs veilles. Ils fonc nécelfaires à leur fubfiftance ou à leur bien-être, & la néceflité d’y pourvoir autrement réduit au filence , à cet : égard, une partie des bons écrivains qui confervent de la droiture. Il ne faut donc pas s'attendre que la religion en ait un grand nombre de cette efpece ; ceux qui font zélés pour fa gloire, doivent la préférer à la leur ; lorfqu’ils font fans talents , ils ne doivent pas être tentés de chercher des applaudiflements ; pourquoi craindroient - ils la critique qui doit leur rendre juftice P

Fauc-il que des penfées utiles foient perdues pour l'univers, parce que ceux qui les ont ne favent pas les faire valoir P C'eft à ceux qui font éloquents à tirer des ouvrages médiocres les vérités qui s’y trouvent pour les rendre plus faillants, Dieu donnoit dans la primitive Eglife à chacun des premiers Chrétiens un don différent , celui de la fcience, par exemple, à ceux à qui il refufoit le don des langues , de bien parler & de bien écrire , & ainfi de autres. Son deffein eft que La foiblefle humaine paroif{e coujours à çôté de fa puiffance, & que gette vue porte à lui en rendre toute Ja:

gloire. Dès qu'il ne donne pas à tous les mêmes talents, pourquoi vouloir limpoffible & défirer de les voir réunis P Faut-il être furpris s’ileneft tant d’enfouis À Ceux qui ne les poffedent pas au point prefcrit par l'opinion publique, font retenus par le refpeét humain. Opinion tyrannique ! Le Prince de ce monde te dirige de maniere que tu n’empêches que le vrai bien, en prenant le prétexte de protéger un bien apparent ! Tu prêches la tolérance en faveur du mal & de l’erreur, & l’intolérance contre les défenfeurs de la vérité, Les ouvrages qui ne méritent pas de pañler à la pofténité, font enfevelis dans oubli avec le nom de leurs auteurs; mais la vérité qu’ils renferment ne pañle pas avec eux. Ils auront éternellement le bonheur de lui avoir facrifié leur amour-propre , & d’avoir été les foibles inftruments de fon triomphe, de fa durée , & de rout le bien qui fe perpétue & fe multiplie par ce moyen. Le feu du zele peut, avec le fecours de l'imprimerie, faire voler fes érincelles dans l’univers & dans tous les fiecles.

Pourquoi leur refufer cette fatisfaétion , tandis qu'un effaim d'auteurs , qui va!enc fouvent moins qu'eux , jouiflent impuné:

ment du fruit d'un cynifme fi impudent, d’une impiété fi audacieufe, qu'ils parviennent à éternifer, comme Héroftrate , leurs noms avec leurs fcandales ? Ce feroie à eux fans doute que l'opinion publique devroit impofer filence, par la certitude du mépris le plus univerfel. Malheur au . fiecle dont le goût ou l'indifférence les enhardit, & leur laiffe entrevoir l’impunité, peut-être même des applaudiflements. Rien ne décele mieux l’excès de fa folie & de fa corruption fecrete , & par conféquent celui de fon orgueil, 11 en détourne les yeux pour les ouvrir fur l'ignorance & l’imbécillité , qu'il attribue fauffement aux fiecles qui l'ont précédé; mais la poftéritéleur rendra juftice comme à lui. C’eft en vain qu'il cache fa honte, & qu'il croit fon honneur à couvert fous de vaines apparences de raifon & d’humanité. S'ila fait quelques progrès dans les fciences profanes , il a prefque perdu la trace de la feule qui foit néceflaire ; il devroit faire confifter fa gloire à poiléder. encore quelques-uns de ceux qui la profefent. Heureux sil favoit rectifier fes erreurs & fes écarts fur leurs leçons & leurs exemples ! mais que peut le petit nombre contre le torrent de l'opiniom publique ?

Lés auteurs du Livre des Erreurs, du. Tableau Naturel & de tant d’autres ouvrages, qui, par erreur , croient rendre fervice à l'humanité , en déclamant contre l'Eglife & fes chefs , ont été révoltés des entreprifes faites par plufeurs d’entr'eux contre la puiffance temporelle ; mais c'étoienc des erreurs en politique qui avoient peut-être rapport à la difcipline. Elles leur étoient communes avec la plupart des auteurs politiques féculiers de ces temps ; jamais ils n’ont publiés ces erreurs comme des décifions fur la foi qui euffent toujours été enfeignées. En rejetant ces points de difcipline , il ne falloit donc pas rejeter ceux qui étoient de foi. Le Clergé de Rome s’eft maintenu , pendant plufieurs fiecles , dans l’'ufage de ne poñléder aucun immeuble ; il vendoit ceux qui lui étoient donnés. Tour ce qu’il a pu faire depuis , relativement au temporel, n’a: jamais altéré les décifions de l'Eglife catholique fur la foi. Si ces auteurs n’avoient été prévenus , ils auroient eu la bonne foi de faire cette oblervation importante, & de ne pas préfenter l’Eglife comme ayant érré fur la foi; parce que quelqués-uns de fes chefsont pudonner dans des erreurs fur la policique |; & ag en

conféquence. De ce qu’un Souverain temporel a de faux principes fur la morale, s'enfuit-il qu'il n’a pas les talents militaires © Il eft à préfumer que ces auteurs ont eu de bons motifs ; mais ils n’ont pas pris la route frayée par Jefus- Chriit, pour le faire connoître, Comme il fait tirer le bien du mal, il en tirera celui d’avoir mis dans le cas d’en entendre parler, une multitude de gens qui cherchent route autre chofe dans les Livres finguliers, & qui ne daignent pas lire ceux qui en parlent ouvertement; mais il en réfulceroic un plus grand mal s’ils puifoient dans ces Livres de l’antipathie contre l’Eglife catholique, Jefus-Chrift n’employa pas pour l'établir ces détours myftérieux & ces ménagements , dont il éroit bien plus naturel d’ufer envers les Païens.

La difcipline de l’Eglife tient néceRairement au temporel , comme tout ce qui tombe fous les fens, qui eft extérieur & vifible ; dès-lors elle eft en partie du reffore de l’autorité temporelle & de la politique , & doit varier avec elle. Dans l’origine du Chriftianifme , dans le temps des perfécutions , elle ne pouvoit pas être la même qu’elle a été depuis. L’Eglife doit avoir des égards pour les Souverains dans

tout ce qui n’intérefle pas les moeurs & la foi , puifqu’elle leur doit être foumife fur tout ce qui eft temporel. Elle peut connoître les loix politiques qui feroient les plus avantageufes ; mais elle eft obligée de fe conformer à celles que jugent à a de faire les Puiffances féculieres, es réglements qu’elle fair fur la difci= pline, font les plus convenables aux circonftances, quand même ils ne feroient pas abfolument parlant les meilleurs ; ils fonc cenx que Dieu veut qu’elle faile dans

les différentes fituations où elle fe trouve. Ses Pafteurs ne doivent affecter aucune domination {ur ceux qui leur font fubordonnés ; mais avoir un efprit de douceur , feul propre à ne pas effaroucher le troupeau de Jefus-Chrift , & à infpirer la confiance. Dieu leur ordonne de ne point exiger par force l’obéiflance ; de laiffer ce foin aux Maîtres de la terre ; de fe borner à l'infinuer & à la confeiller ; en forte qu’elle foit entiérement libre & volontaire. Providentes non coafte fed fpontone cundum Deum, neque ut dominantes in cleris, fed forma fadi gregis ex animo. Peut-être un grand nombre de fetes & d'erreurs ne doivent leur origine qu’à linfraion de cetre loi, qui les a fait regarder

comme des maîtres impérieux, & non comme des Pafteurs. Si les Souverains des Etats qui ne font pas catholiques pouvoient revenir de la crainte chimérique de voir l'autorité fpiriruelle fe changer en domination temporelle, ils fe foumettroient bientôe aux décifions de l’Eglife far le dogme & fur la morale, & influeroient fur la foumiffion de leurs fujets. Dèslors l’opinion publique de tous les peuples deviendroit la même; & comme elle regne en fouveraine par-tout, & même dans les cours, la politique y feroit bientôt rectifiée fur la faine morale. |

Les Souverains ne s’en écartent jamais que lorfqu’ils ont des approbateurs dans quelques coins de la terre, qui en trouvent eux-mêmes d’autres ; effet infaillible de l'incertitude des principes , & du défaut de foumiffion univerfelle à un tribunal invariable. L'homme n’ofe adopter l’erreur , confeiller le mal, ou le faire aux yeux de l’univers entier , & à fes propres yeux. Siles décifions de l’Eglife influoient fur l’opinion par toute la terre, elle feroit invariablement fixée & dirigée vers le bien public ; ainfi l’indociliré des hommes s’oppofe aux vues pleines de fagefle du plus éclairé des Légiflateurs, En fondant

Ton Eglife , il a fait l’établiflement le plus propre à rendre les hommes auffi heureux qu'il eft polfible, même dans ce monde ; à forcer les Souverains , comme les particuliers, à concourir à la félicité publique, à les difluader de la troubler, ou du moins à empêcher le mal, & à faire le bien autant qu'il eft poñlible , eu égard à leur malice & à leur indocilité qu’il avoit prévues.

Les puiflances temporelles légitimes n’ont jamais eu rien à redouter dans Le for extérieur de la puiffance fpirituelle de l'Eglife. Jefus-Chrift, qui l’a fondée , a promis qu’il n’établiroir point fon royaume fur la terre ; qu'il ne fe ferviroit point d’armes ni de troupes, foit pour l’établiffement, foit pour la confervation de fon Eglife , dont les membres font fes fujets , puifqu'il en eft le chef; il ne veut conferver fur elle , & ne veut lui donner qu’une autorité purement fpirituelle ; ce qui eft fans doute néceflaire pour le bien de fes Elus. Regnum meum non eftex hoc mundo. Pour le prouver, il donna aux foldats le pouvoir de fe faifir de fa perfonne, après les avoir renverfés d’une feule parole , & avoir montré par-là , que lui feul leur rendoit ce pouvoir, puifqu’il avoit commencé

par le leur ôter. Îl feroit le maître de dé: truire rous les projets, toutes les forces des puiffances humaines , fans qu'il fût : néceflaire qu'il fe fervîic du miniftere des anges, dont le moindre fufliroit pour anéantir l’univers. Leurs légions innombrables font à fes ordres. Si regnum meum effèt ex hoc mundo , minifiri mei decerta* rent... Poffum rogare patrem meum © exhibebit mihi plufquam duodecim legiones angelorum.

I! a confirmé cette promefle en n’employant, pour étendre fon Eglife par toute la terre , aucuns moyens humains, ni la force, ni les richeffes , ni le crédit, I! étoic impoffble qu’il permfr à fon Eglife d’ufurper l'empire de l'univers, & à fes ennemis de la détruire. Les Chrétiens qui ont la foi, ne doivent pas plus douter d’une de ces promefles , que de l’autre. La puiffance temporelle qui appartient à l’Églife de Rome, & non à l'Eglife univerfelle , lui a été librement cédée & donnée par ceux qui en étoient revêtus. Jefus - Chrift a regardé fans doute ces donations , & les autres de cette efpece, qui ont été faites à d’autres Eglifes particulieres, comme néceflaires au bien fpiritucl de l'Eglife ; autrement il les auroit

empêchées. Il a regardé comme inuile lextenfion de cette autorité temporelle, puilqu’il ne l’a pas permife. Les Souverains doivent être aufli raflurés contre les ufüurparions de l'Eglife, que contre celles des Juif, qui n’ont jamais eu depuis Jelus- Chrift aucune fouveraineté, comme il l’a prédit.

Les puiffances temporelles avoientelles quelque chofe à craindre après la parole de Jefus - Chrift ? S'il eût voulu donner à fon Eglife l'empire de route la terre, ne l’auroit-il pas pu, malgré les eflorts de routes les puiflances réunies P Pouvoient - elles réfifter au peuple de Dieu, lorfque le Tout-Puiffant combattoit pour Jui ? Des membres de l'Eglife afpirants à la puiffance fpirituelle, pour réuflir dans leurs projets ambitieux , ca- Jomnierent fouvent l’Eglile auprès des puiflances temporelles. Îls les animerenc contre elle avec l’appât de l'intérêt ou des plaifrs, contre les véritables intérêts de leurs fujets , & en ébranlant leur autorité fous le feint prétexte de l’affermir. La foi de l'Eglife catholique en ef l'appui le plus ferme & le plus inébranlable. Croire qu'il eft néceffaire de renoncer à cette foi pour conferver cette aurorité , ceft une erreur

bien dangereule ; ch l'effet d’une terreur panique. Lorfque des membres de la feule puiffance fpirituelle qui foit légitime, _ofent faire quelque entreprife chimérique contre l’autorité temporelle , les Souverains catholiques s’en fervent pour la dé- fendre ; ils attendent le fuccès , moins de la force de leurs armes , que de la volonté de Dieu, qui a donné pour limites à fon Eglife le fpiricuel, comme à la mer fes rivages ; mais les faufles religions ont une autorité véritablement redoutable à la puifflance temporelle, même légitime , parce que Dieu n’a pas promis d'empé- cher leurs ufurpations fur elle. L'Eghfe carholique eft alors fon appui , & fe fert de toutes fes forces fpirituelles , & de fes principes invariables qui portent à la foumiffion, pour la défendre. Les ennemis de l’ordre & de la fubordination, convaincus que le moyen d’afloiblir l'autorité temporelle, eft de porter atteinte à la fpirituelle , tournent leurs armes contre lEplife : mais Dieu la protege ; elle a roujours fubfifté malgré leurs efforts , & n'a jamais varié fur le dogme & fur la morale.

Ce que les Apôtres ont enfeigné, comme l'ayant appris de Jefus - Chrift, eft ce que l'Eglife enfeigne aujourd’hui ; fes décifions, dans les Éférents fiecles , n’ont fervi qu'a développer & rédiger par écrit cette tradition refpectable , lorfque quelques Hérétiques ont entrepris de la contredire & de la réformer. Il eft né- ceffaire qu’il n’y foit rien changé, pour mettre un frein à l’incopftance humaine, & pour l'inftruétion des habitants de la terre, de ceux même qui ne l’adoptent pas en entier. Elle eft un flambeau lumineux & inextinguible , à la lueur duquel paroitroient les erreurs des autres reliions fur la morale ; ce qui les couvriroit de confufon , fi elles étoient frappantes , & les empêche de trop s’écarter , à cer égard, des lumieres dont l’Eglife catholique éclaire la raifon. C’eft à elle que les autres ont l'obligation de n'être pas rerombées dans les erreurs & les folies exceflives du Paganifme ; on peut juger à quel

quel point elles auroient été portées par les rentarives de quelques-uns de leurs membres pour les renouveller Elles n’ofent ‘pas aller aufli loin qu'eux ; mais leurs écarts , pour être moins rapides & moins frappants qu'avant le Chriftianifme, n’en Ont pas moins réels : aufli ces différentes fectes s’éloignent infenfiblement de la vérité , & en viennent au point de devenir ridicules, & de tomber d'elles - mêmes, Elles font place à d’autres qui paroiffene d’abord moins déraïfonnables , quoique par la fuite elles aient le même fort. Toutes s’annoncent fous le nom impofant de réforme : cel eft Pafpect que pré- fente la réformation maçonnique.

Les hommes fe font laiflés, dans tous les temps, éblouir par des plans de perfe&tion nouvelle, favorables aux mœurs ; aux Ufages , aux plaifirs & auxopinions de leurs. fiecles , donc ils font enthoufiaftes, & qui les rendent fanatiques. Que pré- tendent-ils faire ? Pour préfider à l’exé- cution de ces nouveaux plans , & les faire adopter par Ja multitude , ils fonc forcés d'établir de nouveaux corps préfidés par un chef; mais le corps: choifi pour être linterprete de la vérité, doit être aufli ancien que le monde , ou du moins re-

monter, par une chaîne non interrompue, jufqu’à l'époque où Dieu a ceflé de fe manifefter à chaque homme en particulier : ce corps doit avoir été établi, non par des hommes, mais par Dieu même, qui feul a pu donner les loix de la perfection à l'univers. Il n’en a confié l'exécution qu’à l’Eglife catholique, entée fur l'Eglife judaïque, qui remonte à l’origine des fiecles. Aucun corps n’a de titres auffi anciens & aufli refpectables ; elle a toutes les preuves d’une miffion divine, dont les plus inébranlables font les prophéties, Habemus fir mirorem propheti cum fermonem. Elles font propres à convaincre tout efprit droit & fincere ; les incrédules ofent à peine entreprendre de les difcuter & de les contredire, tandis qu'ils s’attachent à relever la prétendue contradiétion des miracles avec les loix de la nature, qu’ils ne connoiflent pas, & qu'aucune intelligence bornée ne peut approfondir.

Cette Eglife refpectable fe trouve re- ‘connue par une fi grande multitude de gens échairés & vertueux , de tous les ‘fiecles & de routes les nations, qu'ils la défignent pour celle qui a la plus grande autorité vifible; ce qui eft, fuivanc Nicole , le caraétere que la raifon feule indique pour difcerner la véritable ; & nous

l'avons prouvé. Il eft donc de l'intérêt de tous les hommes & de leur devoir , de ie réunir pour la reconnoître , & pour profcrire tout ce qui tend à donner atteinte à cette vérité , à La rendre douteufe. Leur intelligence eft trop bornée pour. connoître rous les moyens de conduire au bonheur éternel le plus grand nombre d’entre eux qu’il eft pofñlble, pour en faifir l’enfemble & les rapports infinis. Ils doivent s’en rapporter à ce fujer à celui qui eft l'intelligence infinie , fans exiger qu'il donne fes raïfons , qu’ils ne peuvent comprendre, Il a fait connoître ce plan fublime par fa parole, dont l’Eglife catholique feule peut leur donner Pincelligence fans les tromper. Ce qu’elle enfeigne eft à la portée des elprits |; même les plus bornés ; elle leur fait apprendre fans peine, & leur donne les moyens de pratiquer tout ce qu’il faut pour parvenir à cette félicité fuprême. Les lumicres qu’elle leur donne font très-fuffifantes. La propenfion au merveilleux qui n’eft pas autorifé par l’Eglife , n’eft devenue aujourd’hui prefque générale que parmi ceux qui ne font pas Catholiques , ou qui ne le font que de nom , lorfqu’ils ne croient pas out ce qu’elle enfeigne. Eux feuls ont

en effet befoin d’être éclairés, comme le dit M. de Brumore, un des Traducteurs de Swedenborg ; mais ce qu’il ne dir pas, c’eft qu'ils’ne le feront jamais, pendant qu'ils ne fe foumettront pas fincérement aux décifions de cette Eglife. Jufqu’à cette époque, ce fera bien inutilement que leur propenfion au merveilleux s’accroîtra à chaque jour , fuivant l’aveu de ce Traducteur.

Les favantes & pénibles méditations des Philofophes qui s’écartent de cet enfeignement, ne fervent qu’à les égarer ; leur orgueilleufe raifon & leur volonté dépravée , font deux dédales immenfes qui rentrent l’un dans l’autre. [ls n’y trouvent qu'ablurdités, quoiqu'ls s’y faflent précéder par les lumieres de toutes les fciences profanes. Il n’eft polfible d’en fortir que lorfqu’on y entre en tenant le fil de la foi, & qu’on ne l’abandonne jamais pour faifir celui des plaifirs. Celui ci conduit à une route plus agréable , mais fi dangeureulfe , qu’elle égare infailliblement, fi on n’a le bonheur de retrouver le premier, Il doit tenir à l'Eglife catholique , pour unir à Jefus-Chrift, {on chef, tous fes membres, qui participeront feuls à fi gloire , à fon triomphe & à fa félicité, La foi de cette Eglife eft la raifon de

Jefus-Chrift; toutes les autres font fauffes. C’eft cependant fous l’'appât delaraifon , que les ennemis de notre pauvre humanité deviennent fes bourreaux éternels, en feignant d’être fes amis, & de prendre fon parti contre la foi.

Les hommes avoient mérité de perdre la vié par le péché; c’eft par les mérites de Jefus-Chrift qu’elle leur eft confervée, dit M. Nicole. La raifon, la liberté , le bon ufage qu’ils en font , leur font auffi donnés par conféquent en vertu de fes mérites. Dieu , dit le même Auteur, ne donne à perfomne les biens remporels, que par rapport aux biens futurs ; ainfi lon doit en ufer pour certe fin : les hommes ont toujours la raïfon & les forces naturelles pour faire le difcernement du bien & du mal, & pour agir en confé- quence ; ils feront punis pour n’avoir pas fait un bon ufage de certe raifon & de ces forces : ce feroit faire injure à la bonté de Dieu , que de douter fi on les a. La pufillanimité fut toujours une folie ; c’en eft une en effet, que de croire qu’on ne peut pas avancer , comme les autres, dans un chemin phyfique ou moral, lors qu’on a des jambes & de la raifon comme cux. Avez-vous perdu une partie de cette

lumiere & des forces qu’elle donne à proportion de fon étendue, par votre négligence , par votre inconduite , ou même par des circonftances indépendantes de votre volonté ? Parcez du point où vous êtes, fans perdre le temps en des regrets oififs , ou en des réfolutions d’une perfeétion chimérique, parce qu’elle eft trop éloignée de vos connoiflances & de vos forces actuelles.

La preuve d'un véritable regret du pale , c’eft de commencer & de continuer à mieux faire. Le devoir eft de faire ce qu’on peut, & non de vouloir faire ce qu’on ne peut pas ; Dieu ne demande pas l’impoffble. Quoique par votre faute, vous vous foyez mis dans l’impoflibilité de faire ce qu’il avoit d’abord ordonné, il ne vous prefcrit, dans la fituation où vous êtes réduit, que ce que vous pouvez, avec les forces qui vous reftent. Il n’exige pas d’un péeheur qu’il agifle par charité, dans le moment qu’il ne la pas ; mais qu'il s’y difpofe, & qu’il la lui demande. Vous ferez inexcufable de n’avoir pas fait le bon ufage naturel que vous pouviez faire de votre raifon & de vos forces naturelles. Dieu ne les Ôte jamais dans l’ordre ordinaire dont il fonc rare-

ment, & pour le bien de ceux qu'il en prive ; il ne vous demandera compte que de celles que vous aurez reçues; mais le bon ufage des dons de la nature ne vous fervira de rien pour obtenir les biens éternels , fans la grace fanétifiante. Elle feule peut vous réconcilier avec Dieu, vous juftifier, & vous donner droit à ces biens : elle n’eft donnée que fous des conditions ; & lors même .que vous les avez accomplies, vous ne pouvez être afluré fi vous l'avez reçue ; cela ne doit pas vous empêcher de continuer à les remplir avec exattitude, & d'employer à cet effet toutes vos forces naturelles & routes les forces furnaturelles, qui font une fuite du don de la foi. Vous ferez punis pour n'avoir pas fuivi cette lumiere furnaturelle , lorf-

qu’elle vous eft donnée. Ces conditions font de demander cette race au nom & par les mérites de Jefus- Chrift ; de croire & de pratiquer tout ce que l’Eglife catholique dit être néceffaire au falut. Vous pouvez juger fi vous avez employé vos forces naturelles & furnaturelles pendant toute votre vie, ou du moins depuis votre converfion, à vous conformer en tout aux conditions ci-deflus prefcrices ; c’eft le figne le moins douteux

que la grace fanétifiante & la chariré vous foutiennent & vous animent : il eft auffi certain que vous n’obriendrez pas cette grace , fans vous foumetrre à routes les conditions auxquelles elle eft promife, qu’il eft cercain que vous l’obtiendrez en vous y foumettant. La parole de Dieu eft immuable ; il a réfolu de n’y jamais changer un feul point.

Vous n’avez pas cette grace, Ou vous la perdrez, fi vous ne reconnoiffez pas avoir reçu de lui la force de faire rout le bien que vous avez fair, & ie bon ufage de cette force ; fi, fans admirer vos mé- rites, ni vous appuyer fur eux ou fur vous pour l'avenir, vous n’attendez pas de lui tout ce qui vous manque, L’orgueil & la préfomprion vous feront perdre tout ce que vous avez, & vous priveront de tout ce que vous n'avez pas ; je l'ai déjà dit dans la divifion 10 ; mais ces vérités ne fauroient étre rrop profondément gravées dans la mémoire.

Le moyen d'acquérir & de conferver, non-feulement l'humilité, mais toutes les autres vertus furnaturelles qui en font une fuite, c’eft d’être parfaitement foumis à PEglife catholique ; elle conduit furement au bonheur éternel ceux de fes Difci-

ples qui, finceres & dociles , ont une foi vive, animée par la charité ; elle les porte à fuir le mal, à pratiquer le bien, à tra- .vailler , non-feulement à leur falut, mais à celui de leurs freres.

Un zele ardent pour perpétuer la connoifflance & l’amour de la vérité, dé- montre qu'on en eft intimement & parfaitement convaincu , qu’on redoure le danger que courent les viétimes de L’erreur en la fuivant, qu’on eft animé par défir actif & fincere de les détromper. Ce zele s’eft coujours montré dans l’Eglife catholique fupérieur à rous les obftacles & à tous les dangers ; il l’a toujours diftinguée des autres Eglifes & des autres Religions. L'erreur qui les caractérife n’eft étayée ou produite que par l’amour du plafir ou de l'intérêt pareicu‘ier. Elle faic illufon , parce qu’elle parle toujours pour eux contre la railon, en cortrefaifanc fa voix, qui eft celle de la vérité. L'erreur ne peut donc femer que des doutes ; elle eft incapable de produire la conviction : ainfi ceux de fes partifans qui {ont défintéreflés, & aflezéclairés pour n'être pas les inftruments du fanaufme, n’ont que de l’md'féreace pour toutes les opinions religieules, parce qu'ils les regardent

eomme incertaines ; auffi prêchent-ils fa tolérance univerfelle, même théologique. Leur but eftde prévenir les dangereux eñlets que ceux deleurs fectateurs, qui ont intérêt de faire valoir ces opinions, peuvent opérer en faifant mouvoir la multitude, Elle eft efclave des plaïfirs, & fe laïffe entraîner par l'autorité de l'erreur qui les favorife ; ne pouvant pas pefer les raifons & en juger, la vérité ne peut faire fur elle une imprefion aflez forte pour balancer celle de l’autorité qui leur plaît le plus.

Cet état d'incertitude n’eft pas naturel aux êtres raifonnables ; il eft de leur nasure de ne fe plaire que dans la raifon & la vérité, de fe déplaire dans le doute , & à plus forte raifon dans l'erreur, qui conffte à voir le contraire de la vérité,& dans la folie qui agit contre la raifon ; cela eft fi vrai, que lorfqu'ils voient & agiflent ainfi, c’eft parce qu'ils prennent l'erreur pour vérité, la folie pour raïfon. Il leur eft comme impoffible , lorfque cetteillufion n'eft pas forte, de pouvoir goûter. le plaifir , dans ce qui eft contraire à cette lumiere , qui leur eft naturelle, fans éprouver un état de mal-aife, d’ e & de remords plus où moins pénible & douloureux.

Quoiqu'ils éprouvent des remords après avoir agi contre leur confcience & la raifon , il eft rare qu’ils la confultent avant d'agir avec toute l'attention né- ceffaire pour la diftinguer de toutes les lumieres apparentes, plus ou moins faufles, qui les éblouiffent. Cette attention coûte des efforts ; elle exige un travail pénible & continuel , par lequel l’ame réfifte fans cefe à rous les attraits qui ne font pas ceux de la raifon & de la vérité. Cette réfiftance eft d’autant plus difficile, que les premiers font beaucoup plus fenfibles, ont des dehors plus féduifants. Une longue habitude de réflexions , fourenue par un ardent défir de ne pas fe tromper; une défiance exceflive de fon jugement , beaucoup de prudence pour difcerner celui des autres avant de l’adopter, un renoncement total & continuel à ce qui plaît, font abfolument néceflaires pour diftinguer les routes infinies & commades de l'erreur, des fentiers étroits de la vérité. Il eft encore plus difficile d’y marcher & de les fuivre conflamment fans jamais s’en écarter. Il ne s’y trouve aucun inftant de repos ; il devient coujours dangereux ou funefte. Il n’eft poffible d’en éviter les

écueils que par un travail qui commence

avec la vie, & qui ne peut finir qu'avec elle.

C’eft par ce moyen pénible que l'efprit de l’homme peut fe procurer fa nourriture, la connoiflance de la vérité. /n fudore vultus tui vefceris pane >; non infolo pane vivit homo fedim omnis verbo ; quod procedit de ore Dei. Ce travail eft une pénitence à laquelle tous les hommes font condamnés ; il eft contraire à la nature des efprits ; ils défirent de jouir fans peine du plaifir de voir la vérité & de la fuivre, & ontune tendance perpétuelle au plaifir de fe repofer, qui les en éloigne lors même qu'ils croient la chercher. Le travail éternel eft la peine du repos temporel , comme le repos éternel ft le prix du cravail temporel. Ils s’épuiferoient en efforts fuperflus, fi Dieu ne leur fournifloit un moyen de trouver Ja vérité , en leur faifanc connoître fa volonté. Elle eft toujours conforme à fa raifon , qui cft fa parole, puifqu’il ne parle & ne peut parler que comme 1l lui plait, c’eft-à dire , comme il veur. Sa: volonté toute puillante ne peut pas être contraire à la vérité, parce qu’il la connoît parfaite. ment, & qu’elle plaît naturellement lorfqu’elle eft évidente, Il ft impoflible qu'il ait fait enfeiguer l’erreur'par fes Prophetes,

fes Apôtres , & par Jefus-Chrift : fi cela pouvoit être, il n’y auroit rien d’afluré, pas même ce que nous dit laraifon, puifque Dieu qui la fait parler, pourroit lui faire annoncer des récompenfes & des peines futures, pour porter à faire le bien, à éviter le mal. S'il éroit capable, pour le bien & la tranquillité générale, de faire publier des chofes fauffes , il n’y auroit plus d'ordre dans univers. La véracité de Dieu en eft le fondement ; 1l fur & fera toujours celui de rous les aétions des hommes, même fans qu'ils y réfléchiflene, lorfqu’ils fentent que Dieu fe plait comme eux dans la vérité, dont l'erreur eft forcée de prendre l'apparence pour être fapportable. Elle eft donc effentiellement oppofée à fon plaifir , à fa volonté. Dieu ne peut vouloir & parler que conformé- mément à la vérité; fa route-puiflance fait d'ailleurs toujours tout ce qu'il dit; ainfi fa parole eft toujours vraie & exé- tutée.

La perfection des êtres raïfonnables eft de rendre fans cefle à fe mettre dans l’état qui eft conforme à leur nature, & a sy maintenir, & en conféquence de penfer, vouloir & agir comme il plaît à celui

dont Les penfées & les volontés font ru:

jours juftes & raifonnables, & enfin de ne pas fe borner à le faire un ou pluficurs jours, mais rous les jours. La perfection de la veille n’eft pas celle du lendemain. Que celui qui eft jufte & parfait fe perfeétionne encore , qui fanélus eff fanélificetur adhuc. Leur imperfection eft de fe dénaturer par des penfées , des volontés & des actions fauffes, injuftes & contraires à la volonté de Dieu, & par conféquent à fa parole ou raifon : elle eft, comme nous l'avons prouvé, le langage de la vérité, qu'il eft impoffible de connoitre fans l’aimer.

Dieu fe plaît infiniment dans fa penfée, raifon ou parole. In quo mihi bene complacui. Is ne doivent pas attendre pour s’y plaire comme lui , qu’ils aient compris comment elle eft conforme à la vérité ; ce ne feroit pas alors dans la penfée de Dieu qu'ils fe plairoient , mais dans la leur , dans le jugement qu’ils en auroient porté. Ce feroient leur perfection , leur fagacité , leur intelligence qui leur plairoient, qu’ils aimeroient , & non celles de Dieu. Ne leur fuffit-il pas de favoir que c’eft lui qui leur parle intérieurement par la raifon, & qui leur fait connoître par elle fa pa- æole extérieure F N’eft-il pas-de leur de-

voir d'aimer lune & l’antre, de s’y foumettre, & de les préférer à leur inté= rét, à leur plaifir particulier. Ils leur fuggerent mille raifons contraires , & les leur font paroître vraies, tandis qu’elles font fauffes ; mais fa parole eft toujours conforme à la vérité , lors même qu’elle ÿ paroît contraire.

C’eft par cette parole extérieure , par le Verbe, par Jefus-Chrift, Fils unique de Dieu, qu’ils peuvent être délivrés de la tyrannie de leurs plaifirs & de leurs paffions, qui les détournent de la connoiffance & de l'amour de la parole & de la volonté de Dieu : Were liberi eritis cum filius liberaverit vos. Ils ne regardent pas comme poflble la réfiltance à certaines paflions plus impérieufes que les autres , & trouvent trop exigeante fa religion, qui prefcrit de leur faire à toutes & dans toutes les occafions une guerre implacable , fans en épargner aucune, & fans jamais {e laifler vaincre. C'’eft une des principales pierres d’achoppement , qui empêche ceux qui font féparés de lEglie catholique de la reconnoître pour la véritable ; ils ne veulent pas croire que le Fils de Dieu les délivre ‘par les fecours que cette Eglife procure, & qui donnent la force d’ob-

ferver ce qu’elle ordonne. Ils refufent d’en faire l’effai, quoiqu’ils foient curieux & avides dans cout Le refte des nouvelles découvertes.

Ils fonc incrédules fur la poffbilité de guérir certaines maladies de l’ame , parce qu'elles leur plaifent ,; & font au contraire crédules à l'excès fur la poffibilité de guérir celles du corps, parce qu’elles leurs déplaifent. Ils deviennent ainfi trèsaifément les dupes de tous les nouveaux

moyens propolés pour guérir les dernieres. Ces différences maladies conduifent à la mort : les premieres à celles de l’ame, les fecondes à celles du corps , qui eft mort lorfqu'il eft fans mouvement : pour procurer le plus qu'il eft poflible la vie du corps, fon union avec le principe de fa vie, il eft néceflaire de modérer le mouvement lorfqu'il eft crop fort , de laugmenter lorfqu'il eft crop afloibli dans toute la machine , ou feulement dans quelque partie, par l'effet de quelque caufe phyfique ou morale,

L'ame eft morte lorfqu’elle eft féparée du principe de fon bonheur, Elle ne fent pas fa mort pendant qu’elle eft unie au corps, parce qu’elle n’eft jamais entiérement privée de fentiments agréables,

La plupart, dans le temps de certe uniorr , font involontaires, & dépendent de l’impreflion des êtres créés fur le corps ; mais lorfque certe dépendance ceffera , la feule caufe des fentiments fera la perfeétion ou l'imperfection de l'ame. Elle fera privée des plaifirs qui ne font pas le fruit de certe perfection ; comme rous les effers, ils cefferont avec leur caufe , qui eft la néceffité dont ils font dans le temps pour contribuer à la confervation du corps. Elle eft nécefaire au développement de la raifon, pendant lequel l'ame peut travailler à fa perfection. Elle trouve du plaifir dans la connoiflance & la jouiflance des êtres créés ; mais il lui paroît imparfait pendant qu'elle ne les connoît pas , & qu’elle ne les poffede pas rous. Comme elle eft deftinée à jouir d’un bonheur parfait, elle s’agite fans cefle pour fe procurer des jouiflances & des connoiflances nouvelles. Aucune ne la fatisfair pleinement, parce que fa perfection feule peut lui procurer le parfait bonheur ; &, comme il eft prouvé cideffus, elle ne parvient à la perfection qu'en cherchant uniquement à connoître la volonté de Dieu & à s’y plaire. Elle eft malade en proportion du degré d’inertic qui la retarde dans ke chemin de la

perfeétion , & de l’aétivité par laquelle elle s’en éloigne. Le remede eft d’augmenter dans le premier cas, & de modérer dans le fecond fes défirs & fon activité , jufqu’à ce qu’elle foit venu au point de fe plaire dans tout ce qui plaît à Dieu , de fe déplaire dans tout ce qui ne lui plaît pas : elle eft morte, lorfqu’elle eft dans une difpofition contraire.

Cette mort fera fenfible après la vie du corps ; privée de tous les plaifirs qui ne font pas l’efler de fa perfection , elle fentira bien plus vivement la privation de ce dernier , qui eft le vrai plaifir d’un être libre, parce qu’il eft en partie fon ouvrage. Tout autre plaifir n'étant pas véritablement le fien, le produit de fa volonté ne pourra l’affecter ; elle y feroit comme infenfible , quand elle n’en feroit pas privée. Il s’eft trouvé dans rous les remps des gens éclairés ou vertueux, à qui les plaifirs des fens étoient infipides, lorfqu’ils avoient connu ceux de l'efprit ou de la vertu. Le feul bonheur que l'ame pourra goûter après la mort, fera donc d’avoir concouru , pendant qu’elle étroit libre, à fa perfe&tion ; c’eft-à-dire, de s'être conformée à la volonté de Dieu , de s’être unie à fon plaifir, Jors même qu’elle pouvoit ne.pas le faire,

d’avoir ainfi préféré la raifon de Dieu, & par conféquent fa vérité, à tout autre plaifir. :

Les degrés de cette préférence feront la mefure du plaifir qu’elle continuera de prendre éternellement dans le plaifir de Dieu, ce qui fera fon bonheur éternel. Il n’y en aura plus pour ceux qui fe trouveront dépouillés , par leur faute, de cette perfection, lorfqu'ils n'auront plus de moyens de fe priver des plaifirs pour pré- férer celui de Dieu , pour donner des preuves de cette préférence ; lorfqu'ils verront évidemment que la raifon de Dieu, qu’ils ont refufé de fuivre , eft conforme à da vérité , ils feront inconfolables d’avoir préféré l'erreur & la folie; ergo erravimus : non qu'ils puiflent fe plaire dans la raifon de Dieu , mais parce qu'ils regretteront de ne pouvoir fe plaire dans la leur , de voir qu’elle s’eft trompée, qu'elle eft imparfaire ; ce fera la privation de ce plaifir qu'ils fnciront uniquement. Ils feroient peu couchés de ce que Dieu re peut pas trouver du plaifir dans la difformité de leur efprit, s'ils pouvoient y en trouver eux-mêmes ; cela eft fi vrai, qu'ils ne fe plaifent pas dans le plaifir de Dieu fur la terre, lorfqu'il ne leur pracure pas des

fenfations agréables. Ce fera leur plaifir qu’ils regretteront toujours , & nom celui de leur auteur. Ce ne fera pas lui qu'ils aimeront, puifqu'ils n'aimeront pas fa volonté , qu'ils ne s’y plairont pass ce qui leur fera impofible. Quand ils pourroient avoir encore des plaifirs à facrifier à celui de Dieu, ils ne le voudroient pas , parce qu'ils ne deviendroient pas plus parfaits par ce facrifice, & que l’efpoir de le devenir, d’avoir ce plaifir, certe farisfaétion, pourroit feul les y déterminer : ; ils verront trop clairement que ce qui eft conforme à la volonté de Dieu, l’eft aufli à la raifon & à la vérité, pour pouvoir être en fufpess , être libres de choifir le contraire, & pour avoir du mérite en le préférant.Le confentement qu’ils donneroient à certe préférence , ne feroit fufceptible d’aucun effort, & par conféquent d'aucune vertu; ilne leur procureroit aucune perfection , aucun mérite.

Il n’y en a point à trouver aimable & beau, ce qui left évidemment. C’eft alors un fentiment machinal , indélibéré, incompatible avec la liberté , avec un amour de choix , & avec le balsèe qu’il procure aux êtres libres. Pour pouvoir les y difpofer , la beauté de Dicu fe couvre du voile

Us )

de celle des créatures ; il met à l'ombre de la foi {à raifon & fa fageffe admirables , qui doivent ravir à jamais les élus, & il cache fous les plaifirs du temps ceux de l'éternité. La fenfation que caufe une belle fleur , n’ajoute rien au mérite de ceux qui l’éprouvent. Leur plaifir phyfique n'augmente pas leur plaifir moral. Il y met au contraire le plus grand obftacle, lorfqu’ils fe fonc irrévocablement rendus indignes de l’eftime & de l’amour de l’objec le plus propre à leur plaire , en lui refufant ces fentiments, qui lui étoient légitimement dus, La préfence de cet objet ne ferviroit qu’à leur rendre plus cruelle, plus douloureufe & plus fenfible la perte de ce bonheur. Plus la beauté qu'ils auroient refufé d'aimer, pendant qu'ils étoient libres de le faire, leur paroitroit parfaite & feroic fenfible, plus leurs regrets feroient amers.

Il eft difficile d’en juger fainement fur la terre, où les plaifirs des fens affe@ene plus que ceux de l’efprit, qui ne font prefque pas fenfibles à la plupart des êtres raifonnables. Il leur eft, & il leur fera toujours impoilble de fe réfigner à être érernellement imparfaits,, privés de perfection , d'amour & de bonheur. Ils ne feront ja-

mais cet aûte de réfignation, parce qu'il ne pourra jamais leur plaire ; leur douleur & leurs regrets feront d’une vivacité, d’une fenfibilité proportionnée aux degrés de leur imperfeétion, & des fecours qu'ils auront eu pour fe perfectionner.Îls verront trop clairement que leur malheur eft fans reflource, pour n'être pas livrés au dé- fefpoir. Il eft effentiellement incompatible avec l'amour & le plaifir d’aimer , qui ne peuvent fubfifter avec une crainte exceflive & fans efpoir ; lorfqu’elle eft confommée, elle exclut la charité | comme la charité confommée exclut la crainte; ainfi on peut dire , perfeëla timer foras müttit charitatem, comme S. Jean a dit, perfeéla charitas foras mittit timorem.

Il n’eft pas poffible de faire fentir la vivasité des regrets qu'ils auront d’avoir perdu par leur faute, fans pouvoir la retrouver , l'occafion que Dieu leur avoit fournie de faire quelque chofe pour lui plaire, d’être pour toujours des objets défagréables à fes yeux & aux leurs , pour avoir cherché le plaifir dans ce qui éroit contraire à fa volonté, & pour avoir préféré de plaire à des êtres indignes de cette préférence. Ils défireront érernellement de jouir du plaifir d’être eftimés &

de plaire, foit aux autres, foit à eux-mê- mes, fans le pouvoir, fans s'aimer par conféquent , fans être aimés des autres, & fans les aimer. Le feu de la haine qu'ils auront pour eux-mêmes & pour tous les êtres , fe réuniflant à celui de l’enfer , rendra leur malheur éternel , horrible , ineffable ; les expreflions me manquent; l'intelligence humaine eft trop bornée pour le comprendre & pour lexprimer. Mais Jefus-Chrift l'a décidé, l'Eglife l’enfeigne, & dès-lors la raifon nous dit qu'il faut le croire.

Dieu, dit Nicole, étant effentiellement le bien fouverain produit par fa poileffion, auf néceflairement le bonheur parfait , que la lumiere chaffe néceflairemént les ténebres, il peut & fait tout ce qu’il veut ; ileft, il a , & communique par conféquent à qui , & comme il lui plait, le bonheur éternel & fans mélange. Vita: Dès qu'il voit & connoït tout, ‘il eft la vraie lumiere incompatible avec les ténebres. Veritas. Toute lumiere mêlée de ténebres n'eft pas la fienne, tout plaifir borné que le mal accompagne , n'eft pas le fien. Les êtres intelligents féparés:de Dieu , auront toujours en partage la foiblefle , l'impuiflance des intelligences : bornées ,

incertaines & ténébreufes , &’eft à-dire,. erronées ; des volontés actives & jamais fatisfaites. Leur union à Dieu mettra pour toujours leur êtredans la toute-puiflance : leur intelligence dans la vraie & immuable lumiere, leur volonté dans le centre du repos, de la félicité.

P LUSIEURS Nations regardent la difcipline de lEglife comme contraire à leurs intérêts temporels & à leur politique ; mais font-elles aflez exemptes de préjugés ? ont-elles des lumieres aflez vaftes pour juger fainement de ce qui eft utile ou nuilible à leur bien, même temporel ? La: plupart des changements qui ont -eu lieu dans la politique des, pays & des âges différents , n’ont-ils pas fait plus de mal dans le temps qu’ils ont été opérés, qu'ils n’onc enfuice produit de bien ? Et le peu de durée de ce bien ; peut-il compenier le mal des commotions fenfibles 8e fortes que tout changement fair éprouver au grand nombre: ? :L'inflabilité des

chofes

chofes humaines ne promet pas uné éternelle durée aux loix qui ne font pas foutenues par le bras du Tout - Puiffant , comme les loix dogmatiques & morales qu'il dite par fon Eglife. C’eft une raifon fans réplique qui doit les faire adopter univerfellement, puifque fixer irrévocablement & par - tout la morale, c’eft le feul moyen de rendre partout unanime & auf invariable qu’il eft poffble ; l’opinion publique fur la politique & fon exé- cution. Le plan de ne s’écarter en rien de de la tradition univerfellement adoptée depuis Jefus-Chrift, s’oppofe invinciblement aux variations, & dix-fept fiecles d’expé- rience font une démonftration parfaite, à ne confidérer ce fair qu'avec la raifon. Quel puiffant motif pour déterminer à fe foumettre à des loix qui ont tant de ftabilité!

Mais, dit-on, elles font favorables au defpotifme.Cette objeétion eft une erreur ; elles ordonnent à chaque peuple d’être foumis à l'autorité qu'il trouve établie chez lui, & c’eft le feul moyen d’empê- cher les guerres inteftines : elles ne font

‘donc pas contraires au gouvernement ré- publicain ; elles font même le feul frein capable d’arrêrer le bras des defpotes , &

de lempêcher de commettre l’injuftice. La forme du gouvernement fpirituel de l'Eglife eft totalement contraire à celle du gouvernement defpotique. Les changements ne fe font ordinairement que lorfque l’opinion publique y eft difpofée : la Providence a prévu tous ceux qui fe fonc faits & qui fe feront dans la difcipline, & a conduit les chofes de maniere qu'ils n’ont jamais pu, comme ils ne pourront jamais , ébranler l'édifice de l'Eglife.

Que les Nations commencent par fe réunir, fur le dogme & fur la morale, à FEglife catholique ; elles La trouveront très-difpofée à fe prêcer aux réformes relatives à la difcipline que la raifon peut tolérer. La morale ne doit point les effrayer , quelque févere qu’elle paroifle, puifque Jefus-Chrift donne par fon canal les forces néceflaires pour l’obferver. Certe févérité prouve qu’elle eft telle qu'il l’a donnée , & que c’eft ce qui empêche d’y rien changer ; autrement les Pafteurs de PEglife qui ont concourus à former les décifions fur la morale, auroient été naturellemenc portés au relâchement par leur intérér particulier. S'il en eft quelques-uns qui fe foient permis de la violer,

is ont eu la peine de lutter contre l’opinion publique, dirigée par fes décifons , & de cacher leurs déréglements. Ils auroient évité ces défagréments en faifant des loix différentes. Ils fe font génés d’ailleurs pour en obferver un grand nombre, & une multitude d’autres Pafteurs s’y font conformés en cout exactement ; c’eft une juftice qui leur eft rendue par les ennemis de l’Eglife , & par Swedenborg lui-même. Dans toutes les Religions faufles, ne s’écarte-t-on pas peu-à-peu, par cette raifon , de la févérité de la morale catholique P Elle r’effraieroit pas tant , fi elle étoir adoptée par-tout fans reftriétion, & la réunion feroit bientôt faite, car les dogmes ne font qu'un prétexte apparent.

Leur incompréhenfbilité prouve qu’ils

ne font pas l'ouvrage des hommes ; autre-

ment ils ne feroient pas au-deflus de la

railon humaine. Elle les comprendroit ai-

fément ; ce qui lui fera toujours impoffible.

L'Auteur du livre des Ærreurs € de la

Vérité, affure qu'il a le bonheur d’avoir la preuve que les myfteres ne font que des vérités voilées ; & non des vérités impénécrables ; mais on ne l’en croira pas fur fa parole. L’explication qu’il en donneroit ne ferviroit furement pas à lever le voile qui les couvre, fi elle n’étoit pas plus claire que la doétrine contenue dans fon Livre. Voici comment il s'explique : « J'aurois, à la place des Chefs & des Miniftres de Religions, annoncé un myftere comme une vérité voilée , & non comme une vérité impénétrable ; & j'ai le bonheur d’avoir la preuve que cette définition auroit mieux valu. ». C’eft bien faire ençendre qu’il a le bonheur d’avoir la preu ve que les myfteres ne fong as des vérités impénétrables. Si S. Paul l’avoit dir, on auroit pu croire qu'il avoit cette preuve, & qu'ayant été au croifieme ciel, Dieu lui avoit fair comprendre clairement -les myfteres. Sës révélations venoient évidemment de Dieu ; mais il n’eft pas , & ne peut pas être l’auteur des révé- Jations sub héss par ceux qui, comme VAuteur du Livre des Erreurs, loin de parler en faveur de la Religion catholique & de la défendre , s'efforcent de la détruire. Les myfteres ne feront peut-être pas des

VYÉVXY

vérités inacceflibles dans l’autre vie, où lon verra toutes chofes d’une maniere plus claire, Mais il n’en eft pas ainfi fur la terre, où les myfteres feront toujours des vérités de la foi, & non de la raïfon } & par conféquent coujours impénétrables & toujours myfteres pour celle-ci. Jamais elle ne pourra les expliquer d’une maniere qui les rende intelligibles & tellement clairs, que la raifon n’y trouve plus de difficultés. J'oute explicarion de cetre efpece feroit faufle , parce qu’elle leur ôreroir le caractere qu'ils doivent toujours avoir pendans cette vie, d’être des myfteres & des vé- rités de foi, & par conféquent au-deflus de la raifon : c’eft Jefus-Chrift qui l’a die. Myflerium fidei. - |

La Réfurreétion de Jefus-Chrift eft un des myfteres de la Religion chrétienne, qui eft, en quelque forcé , le fondement de toutes les autres par rapport à nous , quoiqu'il foie un des derniers. Cette Ré- furreétion eft le gage & le figne fenfible de la nôtre, qui eft également un myftere de cette Religion. Or, comment cer Auteur prouve-t-il que ces Réfurre&tions ne font pas des vérités impénétrables à la raifon ? Nous croyons les myfteres , mais fans comprendre comment ils peuvenr

s’opérer. C’eft précifément parce qu’il eff impoffible d'expliquer leur accord avec la raifon , que tant de gens foutiennent qu'ils y font contraires, & qu'il y a une fi grande variété dans la croyance des fectes féparées de l’Eglife catholique, qui veulent expliquer La foi par la raifon fur les différents myfteres, & en particulier fur celui de l'Euchariftie. Faire de nouvelles loix pour la matiere , l’affranchir de celles auxquelles elle eft foumife dans l’ordre naturel, la fpiritualifer en quelque forte; tout cela ferc à faire comprendre que les myfteres ne fonc pas oppolés à la raifon, c'eft-à-dire, à ce qui eft poffible; mais comme ce nouvel ordre des chofes eft contraire aux idées reçues, en ne veut pas le regarder comme poflible , & on en conclur que les myfteres n’exif= tent pas. C’eft d’après cette conféquence fans doute, que cet Auteur a cherché des raifons pour les regarder comme de fimples allégories ; il a mis fi crête à l’alambic: pour cet efler, & il a regardé comme lui: ayant été révélées , les explications qu'il & trouvées dans les moments de fon délire,

S. Paul , fans avoir prérendu comprendre les myfteres , a reconnu qu'il y a un corps animal & un corps fpiricuel. Le.

premier Adam a été créé avec une ame vivante , qui faifoic vivre fon corps par le moyen des aliments ; le fecond Adam, Jefus-Chrift, a été rempli d'un efprit vivifiant. Le corps fpirituel ne vit plus comme le premier , avec le fecours des aliments; mais par la vertu de l’efprit. Corpus fpirituale ; c’eft explication de M. de Sacy fur ce pañlage, bien difiérente de celle de Swedenborg , qui eft plus naturelle, mais qui fait cefler le myflere: la fait en vain les plus grands eftorts pour tout comprendre; il a fubftitué des ‘difficultés nouvelles à celles qu'il a pré- tendu réfoudre. Malgré l'exemple de la chenille, qui devient papillon , il ef impoffible d'expliquer comment am reprend, après fa mort, un corps qu’elle avoit entiérement quitté ; Car la chenille garde fon corps fenfible & véritable, & c’eft la imétamorphole de ce même corps qui en fait un papillon, après qu’elle à fimplement quitté fon enveloppe: auili le papillon ne peut-il plus reffulciter à reprendre fon corps , lorfqu'il ef véritable+ ment mort & réduit en pourriture. Îlferoit de même auffi difficile d'expliquer comment les corps pourroient vivre éternellement fans altération en mangeant, &

eomment il feroic poflible de trouver affez d'aliments pour les nourrir, en laiffant toujours fubfifter les loix ordinaires de la nature, &c. S'il faut les renverfer, pourquoi ne pas reconnoître qu'il éft tout auffi poflible à Dieu de les changer pour accomplir les myfteres tels qu'illes a révélés, que de la maniere dont il plaît à nos favants de les expliquer.

Jefus- Chrift auroic - il pw opérer tous les prodiges de fes différentes apparitions , après fa réfurreétion , s’il n'avoit eu un corps fpirituel ? & n’eft-il pas aufli impoffible de les comprendre que la préfence réelle ? Pourquoi donc ne pas la croire, puifqu’on eft forcé de .croire ces apparitions fur le témoignage d’une fi grande multitude de témoins, qui n’ont pu être ni trompeurs ni trompés ? Dieu peut tout ce qu'il veut, parce qu'il ne vegt que ce qu'il fait être poffible ; & comme il ne dit que ce qu'il veut, il peut cout ce qu'il a dit, & il accomplit ponétuellement. Ne lui étoit-il pas auffi difficile de créer des êtres & de leur donner des qualités qu’ils n’avoient pas , qu'il peut l’étre d'étendre leurs capacités, leurs attributs, ou de les changer ? Si notre intelligence ne pouvoir étre occupée que d’un feul

objet aétuellement préfent à fon efprit , pourrions-nous comprendre qu'il lu fûe poflible d’être auffi fubtile & auffi vafte qu’elle left ; de parcourir par un feul atte, -& dés le même temps , plufieurs objets & plufieurs lieux différents ; d’être préfente par-tout fans cefler d’animer fon corps À -N’aurions - nous pas autant de peine à nous le perfuader, que nous en avons à croire que le corps aura le même peuvoir lorfqu’il fera devenu fpiriuel après la réfurreétion P

Le myftere de l’Incarpation , l’union de la Divinité à l'humanité, eft de même incompréhenfible; mais comprenons-nous mieux l'union de l’efprit à la matiere , dont il ne nous eft pas poffble de douter Ê comprenons - nous comment Dieu peut nous parler intérieurement , en uniffant à notre intelligence bornée , fa raïfon infaillible ? Elle tent à trous les hommes le même langage, puifque nous pouvons nous dire les uns aux autres , telle chofe eft conforme à cette raïon , qui nous parle à rous ; & ce n’eft pas la nôtre, puiiqu’elie y eft très fouvenc contraire.

Dieu connoit tout ce qu'ila, rout ce qu'il peut; cette connoiflance & fon pouvoir lui plaifent. Il connoit donc

toutes les "manieres dont il peut donner, & dont les êtres peuvent recevoir ‘: dès! qu'il fe plaît dans fon pouvoir , il fe plaît à faire tout ce qu’il peut ; l’exercice de fa puiffance en fait partie. Le plaifir qu'il trouve dans le pouvoir de tout donner, a toujours été parfair, parce qu’il a toujours vu qu'il réduiroit ce pouvoir en aéte. Vous avez reçu l’être & fes attributs ; mais la capacité de votre être, comme celle des autres , eft bornée. Il étroit né- ceffaire fans doute que chacun des êtres n’eût qu’une partie de la puiffance & de l'intelligence infinie pour leur faire connoître que Dieu feul eft infiniment puiffant & infiniment intelligent ; & pour leur communiquer ainfi le plaifir qu'il prend à connoitre fes perfeétions fans bornes, celles des créatures font bornées ; ainfi le plaifir de les connoître ne peut être parfait.

En vous plaifant uniquement dans les perfe&ions infinies de Dieu , dans fa puiffince, fon intelligence & fa volonté , il ne manquera rien à votre plaifir, puifque vous ne vous plairez pas à avoir plus de puiflance & d'intelligence qu’il ne plaît à Dieu de vous en donner. Vous êtes bien convaincu qu’il f plait à vous

donner tout ce que vous pouvez recevoir, & par conféquenr à vous donner le plaifir parfait, qu'il trouve à connoître qu'il eft infiniment puiflant, intelligent & parfait, puifque vous pouvez avoir ce plaifir, ILs’en faut bien cependant qu’il foit encore votre partage ni celui des autres hommes vivants; il en eft même très-peu qui l’auront dans l'éternité, fuivant l’oracle de Jefus Cbrift: Pauci eleéti. Le très-grand nombre alors, comme aujourd’hui , cherchera fon plaifr ; non dans les perfeétions infinies du Créateur , mais dans les perfections bornées des créatures. Le grand nombre n’eft donc pas heureux dans ce monde, & ne le fera pas dans l’autre , quoiqu'il lui foit poflible de l'être. Dieu ne peut pas prendre plaifir à voir mettre ainfi des bornes à la bonne volonté qu'il a de donner à tous ce bonheur que tous peuvent recevoir. Il n’auroit donc jamais pris plaifir à créer une mulritude d’êtres , dont le grand nombre feroit érernellement malheureux ;, s’il n’eûc été déterminé que par le plaifir, dont le petit nombre d’heureux confent de recevoir la communication , d’autant plus que ce petit nombre même n’auroic jamais pris plaifir uniquement dans celui de Dieu, les purs efprits, fans les faigs

& les difpofitions de Jefus-Chrift , qui leur furent révélées, & qui contribuerent à former leur intelligence & leur volonté, & les hommes fans l’exemple , les leçons & les fecours de ce divin Rédempteur.

Dieu n’auroit donc jamais rien créé, fi la création n’avoit dû produire que des malheureux & point d’heureux, & fi dans ce grand nombre d'êtres , il mavoir dû s’en trouver un, comme l'humanité de Jefas-Chrift , à qui fon verbe, fa raifon éternelle pût s’unir parfaitement & réellement ; à qui il pût communiquer la plé- nitude de fa divinité, de fa puiffance, fans qu'il en abufât ; qui par eonféquent pût avoir un plaifir aufli parfait que le fien, celui non-feulement de connoître routes fes perfections , mais de les pofléder comme lui, & de les lui toures rendre & rapporter, comme il avoit celui de les lui donner. Quia in ipfo complacuit omnem plenitudinem inhabitare , & in ipfo inhabitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter. ”

Jefus-Chrift n’a pas été un inftant fans fe plaire uniquemenc dans les perfections infinies de Dieu ; il ma jamais pris d’autre plaifir dans les perfections des êtres créés, & de fon humanité même , que celui que Dieu preud à les produire dans eux &

par eux ; Jefus-Chrift feul a pu plaire à Dieu parfaitement , parce qu'il a été capable de tout en recevoir & de rout lui rendre , fans fe rien attribuer. Il eft venu au monde, non pour fe plaire à luimême & faire fa volonté, mais pour faire celle de fon pere. Defcendi de cælo non ut faciam voluntatem meam [ed voluntatem ejus, qui mifit me, & pour bien prouver qu’il ne cherchoit pas fon plaifir, mais celui de fon pere , il a voulu faire les chofes les plus pénibles à la nature, fouffrir & mourir de la mort la plus cruelle : Fa@us eff obediens ufque ad moriem , mortent autem crucis.

Dieu a pris un plaifir infini à donner tout à Jefus fon fils unique , le feul qui lui reffemble parfaitement , qui eft Dieu comme lui, qui poflede , quoique fon humanité foit créée, routes les perfections de l’être incréé ; Jefus a pris & prend un plaifir:infini à rendre tout à fon pere, à reconnoître qu'il en a tout reçu; ils fe plaifenc le pere dans fon fils, qui lui rend tour , & le fils dans fon pere qui lui a tout donné ce qu'il lui rend ; fan plaifir fera de lui rendre tout abiolument à la fin des temps & au commencement de l'éternité. Cum rradiderit regnum Deg

& patri, € evacuaverit cmnem poteflatem, principalem € virtutem.

En donnant tout à Jefus, Dieu lui à donné la puiflance de communiquer aux autres êtres qui devoient concourir à lui faire tout recevoir, tout ce dont ils font fufceptibles en proportion de leur capacité ; aux hommes, parce qu’il devoit avoir l’humanité par leur moyen, être leur chef & former avec eux un corps myftique; aux Anges, parce qu’ils devoient concourir à la formation de ce corps dans le chef& dans les membres en plufieurs manieres qui feront un jour manifeflées, & furtout en fervant par leurs opérations à rendre moins fenfibles celles de la Divinité , ce qui devoit être ainfi pour ne pas bleffer la liberté ; ils s’uniflenc par leurs volontés & leurs minifteres à Jefus- Chrift, & font partie de fon corps, de la fociéré des bienheureux. s

C'eft par Jefus-Chrift & pour lui que tous les êtres préfents, pallés ou futurs, reçoivent tout ; mais il n’y aura de créés que ceux qui fonc néceflaires, pour que Dieu air ce fils unique , le feul objer de fes complaifances , & pour que fon corps myftique foit parfait; c’eft pour lui & par lui qu'il fait routes choles ; fans ce

motifil n’auroit rien tiré du néant : c'eft auffi pour Dieu que Jefus-Chrift a cout faic ; c’eft pour lui plaire & pour prouver que tout doit tendre à ce but; qu'il ne faut penfer , vouloir & agir que comme il lui plaît. Son feul plaifir eft celui qu’il prend à connoître fes infinies perfections , & à communiquer ce plaifir en les faifant connoître & les manifeftant par les créatures, comme il eft prouvé dans ce ouvrage ; le feul bonheur véritable que puiffent avoir les êtres intelligents , eft - auffi de fe plaire dans les perfeétions de Dieu , dans leur connoiflance & leur manifeftarion ; en un mot, de fe plaire dans fon plaifir d’être heureux , parce qu’il left ; de ne défirer le bonheur pour eux, que comme il veut, & parce qu'il le veut ; ce qui eft l’aimer véritablement. On ne goûte jamais de plaifir plus pur, que lorfqu'on peut fe rendre le témoignage , que l’on cherche uniquement à plaire à ce qu’on aime. L'amour _eft alors content de lui-même ; il left bien davantage, lorfque fon objet en eft infailliblement inftruit, en pénétrant dans les plus fecrets replis du cœur , & mérite infiniment un amour aufli défintéreflé au'ileft poffble ; 1l ne pourra commencez

dâns l'éternité , parce que l'évidence Ôtera . la liberté du choix néceffaire à l’amour ; nous l’avons prouvé : il faur donc com-. mencer {ur la terre à aimer Dieu , fi l’on veut jouir dans le ciel du bonheur qui eft le fruit de cet amour.

Qu’'y a-c-il de plus délicieux que le fentiment d’avoir aimé le feul être qui foit véritablement aimable ; de lui plaire éternellement pour avoir dans le temps pris plaifir à lui plaire, pour avoir confenti de recevoir ce plaifir qu'il fe plait à communiquer aux hommes de bonne volonré. Le refus d’y confentir met ainfi des bornes au plaifir de Dieu, s’y eppole, & l’en prive, ainfi que rous les Anges & les Elus , & c’eft le péché. Celui qui le commet & qui ne s’en corrige pas, refufe de concourir à la félicité célefte ; il y a beaucoup de joie dans le ciel lorfqu’un pécheur fait pénitence.

Sous ce point de vue le plus petit péché eft horrible, & un mal bien plus grand que tous les maux réunis de tous les mondes & de tous les enfers imaginables,; & ce n’eft point une Exagéra= tion, ils ne font tous que le mal de la créature ; il eft pour ainfi dire le mal de Gréareur ; 11 lu ravir un plair, il em

pêche l'exécution du défir qu’il d'de rendre heureux tous les êtres intelligents ; c’eft le mortel : & de rendre les Elus auf heureux qu'il feroit poflible, c’eft le véniel. Ce dernier eft de plus redoutable, parce qu’il difpofe au mortel. La rédemption & la pénirence font au contraire ce qu'il y a de plus agréable à Dieu & aux bienheureux, parce quelles font le remede-du péché.

Jefus a fouffert pour en faire connoître l'énormité , pour en arrêter les progrès, pour en réparer les ravages , pour rendre à fon pere le plaifir dont le péché le prive. Il auroit fouffert autant sil eût été néceflaire pour empêcher le péché le plus léger, qui eft un mépris de la bonté de Dieu, une”ingratitude monftreufe , un outrage fait au plus grand, au meilleur des maîtres, par le plus vil des efclaves, un crime de lefe - majefté Divine.

Ceux qui favent combien on eft difpolé à fouffrir pour éviter le plus petit déplaifir à ceux qu’on aime fortement, peuvent fe faire une idée imparfaite de la difpofition du cœur de Jefus. Si nous pouvions apprécier la mort & les fouffrances d'un Dieu, nous pourrions com

prendre l’énormité du péché. C’eft pour empêcher de nouveaux péchés que Dieu ne créera point de nouveaux êtres, lorfque le nombre fera complet de ceux qui doivent être membres de Jefus Chrift ;

our que fon corps myftique foit parfait.

1 n’en auroit point créés par la même raifon s’il n’eût été déterminé par la fatisfaction qu’il trouvoit à procurer à Jefus- Chrift, Dieu & homme, le plaifir d'être le Sauveur du monde.

Il ne paroît pas prudent & conforme à fa volonté de fuppofer l’exiftence d’autres mondes habités pas des êtres intelligents & libres à l'infini. Le foleil &lesautres aftres ont été créés pour éclairer la terre, le premier pendant le jour, les autres pendant la nuit. Telle eft leur deftination fuivant la parole de Dieu ; fon intention eft qu’on ne leur en fuppofe point d'autre.

Ï1 a prévu que la curiofité des hommes les porteroit à foutenir , comme Swedenborg & tant d’autres, qu'il eft raifonnable de conclure par analogie, que les planetes fonc des verres, les étoiles des foleils, autour defquelles tournent d’autres planetes, & que toutes font habitées,

Ii a livré le monde aux difcuffions in-

terminables , qui font le fruit de cette infatiable & avide curiofité , fans daigner la facisfaire ; il lui a prefcrit pour bornes, la révélation qui fuflit pour le mettre dans la route du vrai bonheur. Il ne peut s’en détourner, fans s’expoler à le perdre. Fradidit mumdum difpatationi écrum.

L’imagination des hommes , exaltée par une curieufe fermentation, fert à prouver combien leur intelligence efb bornée. Tous leurs efforts aboutiffent à ne pouvoir imaginer pour tous ces mondes , que les mêmes propriétés & perfettions des êtres fpiriruels ou corporels, connus. par la révélation. Pour leur donner de lextenrion , ils font obligés de les confondre avec celles de l'être incréé.

Notre globe eft fi petit, dir Sweden» borg , ainfi que le nombre des hommes qui y naiffent, que quand il exifteroit des millions de milliards de globes femblables ou beaucoup plus vaftes, ce feroit. encore bien peu de chofe pour un objet! aufli vafte que celui de peupler le ciel. 11 fuppofe ainfi que les corps, après la réfurrection , feront étendus , quoique fpirituels ; mais s’il s’agifloic de remplir l'étendue du ciel, qu'il dic environnes

toutes les étoiles , il ne pourroit pas y réuflir, cette enveloppe étant néceffairement plus vafte que tout ce qu’elle renferme, que toute la matiere qu’elle contient, & qui ne fait que fe développer & changer de forme, fans qu’il en foit créé de nouveau.

La difficulté refteroit la même pour un nombre innombrable de terres comme pour une feule , & il ne peut pas la réfoudre , quoiqu'il les regarde comme devant être érernellement habitées par de nouvelles pénérations qui fe fuccéderont fans cefle , puifqu’il les renferme, routes infinies qu’il les fuppofe , dans un efpace encore plus infini ; ce qui eft contradiétoire.

Ces hypothefes admettent des nombres fucceffifs à l'infini, & M. Holland a dé- montré l’abfurdité de toute fucceflion infinie. Elle eft bornée comme les nombres par leur auteur , qui connoît leur premier & leur dernier terme , & par conféquent le commencement & la ‘durée de leur’ fucceflion , parce qu'il eft pär efence le principe & la fin de rous les êtres: Son intelligence cefleroit d’être infinie, s’il y avoit des fucceflions & des combinaifons infinies qu'elle ne püût atteindre, Tour

dés-lors ne pourroit plus être régi pag cette intelligence ; tout feroit dans le défordre & la confufon.

L'ordre de l’univers annonce une intels ligence infinie, Swedenborg en convient 3 il faut donc regarder comme faux tous les raifonnements qui tendent à la détruire. Pourquoi multiplier les mondes , fous le prétexte qu’un feul ne paroît pas allez vafte pour donner une idée fufifante de la puiffance de Dieu? Ne faut-il pas finir par mettre un terme à la vaine curiofité des hommes , & à cette multitude étonnante de mondes , après en avoir augmenté le nombre au-delà des bornes de l'intelligence humaine ?P Le pouvoir infini n’eft pas augmenté par des milliards de mondes , ni diminué par feul, puif qu'ils ne font tous qu’un point, compas rés à l'immenfité de Dieu.

En fupprimant le jugement dernier & la fin des temps , Swedenborg s’eft brifé contre le même écueil que ceux qui ne donnent point de commencement au monde, & qui fuppofent l'éternité de la matiere. « Pour accorder quelque chofe à la raifon humaine, qui ne peut fe déterminer à croire que les planeres ne fervent qu’à

donner une foible lueur pendant la nuit, fuppofons un inftant qu’elles feront habitées, mais qu’elles ne le font pas encore, afin de ne pas paroître contredire la révé- lation, Les Elus n’en feront pas les habitants , puifque leurs corps fpiriruels n’auront pas plus befoin de place que les purs efprits. Ils feront tous dans le centre du repos & de l’immutabilicé ; peur - être faut-il penfer différemment des autres, dont les corps, felon S. Paul, ne feront pas changés; ils paroiflent devoir demeurer allujettis à l’écendue & à la plupart des loix de la matiere , & continuer d’être en mouvement fans pouvoir entrer dans le repos éternel, fuivant le Pfeau-

Ceux qui n’auront que la tache du péché originel pourront être placés dans autant de planetes où le mouvement eft tempéré, les autres dans l'étang de feu.

On peur fuppofer que cet étang eft un foyer immenfe de chaleur fans lumiere ÿ qu’il eft la caufe feconde & le centre gé- néral du mouvement , autour duquel fe meuvent , peut-être d’une maniere lente & imperceptible , le foleil & les étoiles. Ce mouvement général autour d’un centre univerfel , combiné avec les mouvements

autour de chaque centre particulier , peue fervir à expliquer l’attraétion ou tendance univerfeile des corps céleftes & terreftres les uns vers les autres.

Il ne fe trouveroit peut-être qu’un homme pour chaque planete ; mais il en feroit le fouverain, & commanderoit aux animaux qui la peupleroient. IL feroic privé des douceurs de la fociété ; maïs il n’en éprouveroit pas les dangers. Sa raifon refteroit peut - étre éternellement dans l’enfance , & il fentiroit moins le malheur d’être féparé de fon auteur & de fes femblables ; il fe trouveroit ainfi dans l'Enfer pendant toute l'éternité, c’eft-à-dire, dans des lieux où le mouvement & l’agitation que produit le feu, fe fonc fencir loin du féjour éternel du repos & de la félicité de Dieu.

La chaleur qui doit diffoudre les élé- ments pourroit fervir à mettre chacun à fa place, felon que l’habitude & le feu des paflions auroit difpolé les eorps à fe trouver plus ou moins éloignés du centre gé- néral. Le feu, dit St. Paul, fer l'épreuve des œuvres de chacun. Unius cujufque opus quale fit probabit. I eft vrai que cela peur s'entendre dans le fens fpirituel du feu de l'amour, qui fait des hommes céleftes ,

lorfqu’il eft divin, & qui les rend terreftres, lorfqu’il eft profane. De cælo celeftis , de terra terrenus ; mais le fens fpirituel n’eft pas incompatible avec le fens litté- ral ; ils ne font même peut-être jamais Pun fans l’autre , le phyfique étant le figne du mécaphyfique : ainfi le fen matériel eft la figure du fpirituel, qui fert, pour ainfi dire, d’ame au premier.

Je fuis bien éloigné d'admettre cette hypothefe , du moins en entier, ni toutes les autres femblables. Il eft poffible d’eæ imaginer à l’indéfini , fans pouvoir découvrir quelle eft la véritable. Nous ne la connoîtrons que lorfque notre intelligence aura reçu l’heureux privilege de voir comme Dieu. J’ai fait cette fuppofition feulement pour prouver qu'il eft pofble d’expliquer comment le foleil , les étoiles & les planetes peuvent dans le temps être deftinés uniquement à préfider au jour & à la nuit, fans chercher à contredire la révélation, & à contrarier la raifon des hommes, aufli foible qu’elle eft fiere & préfomptueufe. Ils font ainfi raflurés par lwpoffibilité d’un autre deftination, qui n’auroit lieu qu'après le jugement dernier. Ils ne feront pas fcandalifés fans doute de ce que ces corps céleftes ne

ferviront,

ferviront, pendant plufieurs milliers d’années, qu’à leur premier ufage, puifqu’ils avancent dans leurs différents fyftêmes, que la terre s’eft trouvée plufieurs fiecles fans habitants.

La multiplicité des mondes à l’indéfini, fait naître des mouvements de furprife fur la féconde aétivité de l’imagination des hommes, fans rien ajouter à l’admiration que mérite la puiflance & la fageffe infinies du Créateur.Que cesmondes exiftent ou non, Dieu n’eft ni moins grand, ni moins fage, ni moins puiflant ‘à nos yeux. Dès qu'il eft au-deflus de tout, dès qu’il peut tout ce qui eft conforme à fa raifon éternelle. Les cieux ne publieroient pas moins fa gloire, quand ils ne feroient deftinés qu’à répandre la lumiere fur la cerre, & à changer enfuite de forme. Les Prophetes ne les ont pas confidérés fous un autre point de vue, lorfqu’ils onc été les échos, à cet égard, de l’admiration des êtres intelligents,

Vous avez fans doute de bonnes rai: fons, Etre ineffable , qui en êtes la fource pour manifefter votre puiffance & votre intelligence infinies, d’une maniere op- _pofée aux conjectures de la raifon humaipe, C’eft ce que vous avez fait dans l’éca-

bliffement de votre Religion & de votre Eglife. La rédemption eit votre ouvrage comme la création. Si les myfteres dans l'ordre furnaturel font d’autant plus marqués du fceau de vetre vérité, qu’ils font plus contraires en apparence aux regles de la prudence humaine, pourquoi les myfteres de la nature ne porteroient-ils pas la même empreinte F Rien ne peut & ne doir atteindre à la hauteur de votre fagefle & de votre fcience. © altitudo divitiarum fapientie € Jcientie Dei !/ Que les êtres libres imitent ceux qui ne le font pas. C’eft par une obéiffance aveugle & muette que ceux-ci publient éloquemment les perfections de leur auteur , & qu'ils font naître l’enthoufiafme à la vue de l’ordre toujours uniforme , quoique toujours varié, qui regne dans lunivers, que les premiers prouvent leur admiration, en faifant taire une curiofité vaine & dangereufe, & leur amour par la foumiflion fincere de leur volonté rebelle.

Rien ne paroît plus contredire la raïfon de lhomme,que d’avoir deftiné tant de grands corps céleftes uniquement à éclairer la terre pendant la nuit ; rien ne paroît donc plus conforme à la vérité & aux defleins de Dieu. Pour être incompréhenfibles &

conformes à la ta éternelle & fans bornes, ils ne doivent pas reflembler à ceux que forme uneraifon bornée. Quam inveftigébiles viæ ejus / IL a prévu tout ce que pourroit dire la prudence humaine , & ila pris plaifir à la confondre, pour que l’homme apprit à fe défier de fa foible intelligence , à ne pas s’y plaire: au licu de chercher à contredire la révélatioz, dans les cas même où elle paroît contraire à la raifon humaine , il eft bien plus conféquent de reconnoître les bornes de cette derniere, & de fuppofer qu’elle n’a pas encore découvert les moyens de la concilier avec la révélation,

Dieu a fait tout pour l’homme , pout l'utilité de fon féjour temporel ; image imparfate du féjour éternel qu’il lui deftine, Cette confidération pourroit-elle lui donner de l'indifférence & de la préfompcion f Ne doit-elle pas au contraire faire naître dans lui les fenciments de l’amour le plus tendre ? Loin de les augmenter & de dilater fon cœur , rien n’eft plus propre à-le reflerrer que les idées mulcipliées de cette quantité innombrable de mondes habités. Elles nourriflent l’orgueil en élevant l'efprit de ceux qui les ont ; ils s’admirent d’être capables de découvrir &

d’embraffer plus d'objets que le commun des hommes, ou de fuivre ces nouvelles découvertes.

Tous ces mondes fuffent-ils habités, il feroit inutile & peut-être dangereux de les regarder comme tels. La Providence paroît lavoir décidé par le filence de la révélation fur cet objet. C’eft aller contre fes deffeins que de s’en occuper.

Ces vaines fpéculations ne peuvent que détourner l’attention de l’homme de fes rapports particuliers avec fon auteur, & de tous les faits de la Rédemption. Dieu s’en eft fervi pour lui donner les preuves par lefquelles il le diftingue des autres êtres. Son but eft de le détacher de toutes les créatures, & fur-tout de celles qu'il n’a pas jugé à propos de lui faire connoître, pour l’'attirer & l’attacher uniquement à lui par Jefus-Chrift. Tous les myfteres , nous le répérons , font le fondement de la morale ; elle ne peut fe foutenir fans Pamour de Dieu & du prochain, & ces deux amours changent de nature, ou plutôt font anéantis, dès que l’on dénature la foi des myfteres, c’eft-à-dire, dès qu’on ne Les croit pas, comme Jefus-Chrift a reconnu qu'il écoit néceflaire de les croire, % par conféquent comme il les enfeigne

par la voix de l’Eplife carholique.On n'aime Plus alors Dieu , ni Le prochain comme il faut pour être fauvé , comme Dieu l’ordonne, Il feroit aifé de démontrer , en raifonnant fur les différentes branches de la morale , qu’on la détruit en renverfant la foi de l’Eglife catholique fur les dogmes ; mais il faudroit des volumes. Il fuffit de dire que Dieu le fair, & qu’il a eu des raifons juftes & bien fondées pour ordonner la foumiflion à cette Eplile, que je lui rends volontiers.

Des circonftances particulieres m’ont forcé , pour ainfi dire , à entreprendre cet ouvrage. Comme je ne fuis pas T'héologien, il pourroit s’y trouver des chofes contraires , foit pour le fond, foic pour les expreflions, aux décifions infailibles de cetre Eplife ; j'y foufcris, comme à celles de Dieu même. :

Son Fils unique eft l’objet de fes complaifances, donc il a eu principalement le plaifir en vue, en cherchane à procurer celui des autres hommes. Dieu eft beureux de toute érernité; mais Le plaifir de l'Homme-Dieu n’a commencé que dans le temps. Il a fouflert volontairement pour prouver fon amour envers fon pere ; mais auffi fes fouffrances fonc la melure de {ou

amour & du plaifir qu'il a d’avoir donné tant de preuves de cet amour. Oblatus eff quia ipfe voluit. Son pere n’a confenti de le voir tant foufirir , que parce qu'il a connu combien fa Paflion ferviroit à fon bonheur , en augmentant le nombre des bienheureux. C’eft par la méme raifon qu'il envoie des croix à fes élus. Ils feront heureux à proportion de leur amour &c des preuves qu'ils en auront donné en fouffrant : en forte que Dieu tire le bonheur éternel de fon Fils & de fes élus , de leurs maux temporels.

Dieu eft parfaitement heureux , quoiqu'il y ait des réprouvés; mais il ne voit pas avec plaifir leur malheur éternel ; ils ne fervent pas au bonheur de Dieu; au lieu qu’il fe plaît dans ce qu'il a faic, par chacun de fes élus, pour Les conduire au bonheur , & dans le confentement libre qu’il leur a fait former. Ils lui plaifent , ou plutôr, il fe plait de toute éternité, dans fa puiffance & fon intelligence , par lefquels ils les a rendus agréables à fes yeux; ce plaifir fait partie de fon bonheur. Ils ont l'avantage d’y avoir concourus , d’en avoir été les inftruments, & s’en réjouiffent , ainfi que du plaifir qu’il prend dans les autres élus,

La refpe&able Mere de Jefus eft celle dont la joie ef la plus parfaite. Il eft furprenant que les fetes chrétiennes en honorant le Fils, aient fi peu de vénération pour la Mere. Quoi de plus propre à l'inf pirer cependant que le choix du Tout- Puiffanc, & le plaifir ou la volonté qu’il a eu de la revêrir de cette qualité glorieufe! Il a tellement dirigé les événements & les circonftances, qu'il en a fait une créature privilégiée , affez éclairée pour fentir vivemenc route l'étendue de fon bonheur , & affez humble pour ne s’en rien attribuer. Elle a reconnu le devoir uniquement à la puiffance & à la miféricorde de Dieu, & fur-tout à fes promefles qui avoient pour objet le Meflie. Elle en a été le chantre éloquent & fublime, & a exprimé fa reconnoiflance & fa joie toute fpirituelle , d’une maniere vive & naturelle, avec autant d'énergie que de précifion , dans fon admirable Cantique, Magnificat anima mea Dominum,

Il fuffit pour donner la plus haute idée de fes fentiments ; quoiqu'infpirée, elle avoit ceux dont fes paroles éroient l’expreffion. Elle l’a prouvé par fa conduite perfévéramment foutenue pendant une longue vie. Toujours égale, fimple , mo-

defte, fans pañlion, conforme à [a plus haute fagefle & à la philofophie la plus raifonnable , elle eft devenue le modele de la perfection. A ne la confidérer que

‘humainement , elle mérite la place la plus

diftinguée parmi les fages de l'univers. La pénte naturelle de l’elprit & du cœur feroit d'admirer les perfections de Marie , & de fe plaire dans celui qui a formé ce chef - d'œuvre de la nature & la grace, Tous les Sectaires n’en parlent jamais cependant , ni de ÉR , autre chef d’œuvre de la coute-puiffance, qu'avec un air de mépris, d'indifiérence ou de haine, Cette affetarion a , comme l’aveuglement des Juifs , une caufe qui n’eft pas naturelle.

C’eft enfuite & en exécution du confentementc de Marie, que Jefus-Chrift a eu.le plaifir d'aimer Dieu fon pere , qui a eu celui d’être aimé de ce divin Fils, & de fe plaire en lui. N’eft-il pas naturel qu’ils rendent à Marie plaifir pour plaifir £ Elle eft aimée du Pere & du Fils, qui s'aiment mutuellement. Leur plaifr fe réunit en elle, pour en faire la plus heureufe des créatures.

L’Efprit faint, fuivant la prophétie de ce Cantique, aflure que toutes les Nations

ublieront la félicité de Marie ; c’eft leur infinuer leur devoir. Sainte Elifabeth s’en étoit acquittée, avant même que cette

prédiction eût été faite. Vous êtes bien heureule avoit-elle dit à Marie , vous qui avez cru, parce que tout ce que le Sei-. gneur vous a fair annoncer , s’accomplira. Dieu veut, non-feulement qu’on l'appelle hcurcufe, mais qu’on lui donne & qu’on croie vraies les louanges & les préroga-

tives qu’il fair publier par l’Ange Gabriel.

Vous êres pleine de graces , lui dit ce dernier , le Seigneur eft avec vous. Vous feule entre toutes les femmes êtes bénie d’une maniere particuliere, parce que vous avez trouvé grace devant Dieu. Vous concevrez dans votre fein, & vous enfanterez un Fils, qui fera appellé le Fils de Dieu , du Très-haut & de David.

Sainte Elifibeth, infpirée par le Saint- Efpric, dont elle fut remplie, fuivant

lEvangile , aufli-rôt qu’elle entendit la

voix de Marie, confirma la vérité des paroles de l’Ange, en s'écriant avec tranfport : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, & le fruir de vos entrailles eft béni. D’où me vient que la Mere de mon Seigneur fe rende près de moi. Tour ce pallage prouve clairement la volonté de

Dieu. Son intention ne peut pas être plus marquée.Les paroles de l’Ange & de Sainte Elifabech , font celles que l'Efprit fainc a prononcé par eux. C’eft lui défobéir que de ne pas y ajouter foi , de les fupprimer, de ne pas s’en fervir pour célébrer la gloi-

re, & publier les louanges de Marie. Sainte Elifabech, comme époufe d’un Prêtre, écoit dans le monde d’une condition plus diftinguée que la Sainte Vierge, qui n’étoit que la femme d’un artifan. Elifabech reconnoît donc que le Fils de Marie eft d’un rang infiniment plus élevé; qu’il eft bien plus que le fils d’un artifan. Il ne peut être au deffus de fon pere putatif, qu’en étant le Fils de Dien , qui feul étoit le Seigneur d’Elifaberh. Elle reconnoit que Marie eft la Mere de fon Seigneur , & par conféquent de fon Dieu ; ce qui eft confirmé par l'Ange, qui dit que le Fils ue Marie concevra & enfantera, fera appellé le Fils de Dieu : dès qu’il ne s’éleve pas contre cette qualification , ‘il Fa reconnoît pour vraie, Dans-plufieurs autres: endroits du nouveau Teftament , ‘il eft

dit que Jefus eft véritablemenc Fils de

Marie & Fils de Dieu. Pourquoi les ennemis de l'Eglife lui font-ils donc un crime de le reconnoitre, de le publier , & ref

C o$r

fent-ils de limiter P Ils fuivent fans y faire attention les fuggeftions de cer cfprie, qui montra Marie à Swedenborg placée au-deffous de beaucoup de créatures. Il eft le ferpent dont elle a écrafé la tête, felon qu'il avoit été prédit, en foulanc aux pieds fon orgueil, & s’éleyant au degré de perfection & de félicité qui lui étoit deftiné, & qu'il a perdu. C’eft l’envie, la jaloufie & la haine qui le portent à faire tout ce qui dépend de lui, pour diminuer la gloire de cette augufte créature & l'autorité de l'Eglife, dont elle eft la figure. Il porte fouvent ceux dont il fe fert pour leur fäire la guerre, à la pratique extérieure de certaines bonnes œuvres, pour les endormir dansune faufflefécuriré, & pour en impofer aux autres. Il fait bien qu’elles ne leur fervent de rien fans la foi, Quanc à ceux qui ont le bonheur de l'avoir, il les éloigne au contraire de la vertu. Ses différents artifices. dérournent les uns de croire à la parole de Dieu , & les autres de s’y conformer.

Les Catholiques ne peuvent pas renoncer aux décifions de l'Eglife catholique , fur le dogme & furla morale, pouf adopter un autre plan de réunion ; car il n’en eft aucun dans les autres Religions

qui foit fixe, & que l’on puifle propoler pour modele. Il n’en eft fur-tout aucun qui ne foit reconnu pour être l'ouvrage des hommes, & qui puiffe avoir par conféquent uneautorité divine néceffaire,comme nous l’avons démontré , pour les réunir tous dans la même façon de penfer. Cette impoffbilité paroît évidente. Ainfi la felicité, même temporelle des habirants de la

terre, devant être le fruit de leur réunion:

religieufe, il eft abfolument néceffaire qu'ils fe réuniffent à l’Eglife catholique, Aucun ne doit craindre de commencer , puifque ceux qui l’auront fait, auront la gloire d’avoir été les plus empreflés à concourir au bien général, & n'auront pas à fe reprocher d’avoir omis les démarches qui dépendoient d'eux, à fuppofer qu’elles foient infruétueules.

Reconnoiître l’autorité de cette Eglife, s’y foumettre , mais fe réunir pour obliger Yes enfants à imiter les premiers Chré- tiens, & ceux de fes Pafteurs qui la déshonorent à marcher fur les traces de Fefus- Chrift & des Apôtres , ce feroic lui rendre: tout fon luftre, & concourir à la perfection & au bonheur du monde,

O Vous, qui travaillez à la vaine ré- forme de l'Ordre maçonnique, réfléchiflez : fur utilité du plan que je propofe, fur le danger & l’illufon de tout autre. Perfonne n’eft plus propre que vous à produire cette heureufe révolution , puifque votre zele & vos talents ont été fuffifants pour mettre en mouvement, & réunir un grand nombre de gens éclairés, dans un fiecle de lumieres , & dans la partie da globe où elles brillent le plus. Quelle folide gloire & quelle facisfaétion pour vous , quel bonheur pour vos freres ! Au licu d’atraquer l’Eglife, fa perpétuité, fa vifibilité , tournez toutes vos armes contre ceux de fes membres dont la conduite n’eft pas conforme à fes préceptes. Si elle fubfifta dans tous les remps, malgré leur corruption , quelle ne fera pas fa beauté, lorfque vous les aurez forcés à une ré- forme aufli utile pour eux que pour le refte du monde!

Ce feroic vous faire illufion, ou vouloir en impofer , que de perfifter à combattre une chimere , une ombre, une autorité

anéantie, La puiflance temporelle de l'Eglife & de fon chef, n’eft plus à craindre depuis que la diftinétion des deux puiffances eft bien établie. IL eft d’ailleurs poffibie, en fe réuniffant , de trouver des moyens propres à prévenir Les inquiétudes à ce fujet pour toujours.

Etre éternel & tout-puiflant, que les Maçons invoquent fous le nom de grand Architecte de l'univers , infpirez-leur, ainfi ‘ qu'a cous les hommes , de fe réunir pour - travailler , fous la conduite de votre Eglife que vous dirigez, & fuivant le plan de votre divine fagefle , à la conftruétion de ce Temple fpirituel, dont celui de Salomon n’étoic que la figure. Sa deftination eft de les rendre auili heureux dans le temps qu'ils peuvent l'être ; mais fur-cout d’uvir inféparablement, dans le féjour du repos & du bonheur éternel, les pierres vivantés qui feront entrées dans fa conf truction.

Faites ceffer cette confufion de langues, c’eft-à dire, cetce diverfité d’opinions fur le culte, qui les divife en autant de fociétés différentes. Cette divifon les met dans la dure néceflité de fe regarder comme étrangers fur la terre, où ils font

difperfs , & de laiffer imparfait cer édifice

merveilleux, qu'il eft néceflaire de per feionner pour leur bonheur & pour votre gloire. Ils doivent fe réunir pour l’é- lever, non comme les enfants de Noé s’unirent en travaillant à la cour de Babel, fous Le fol efpoir de braver votrepuiffance, & de fe fouftraire à votre autorité ;’ mais pour recourir tous enfemble à votre clé- mence, en s’approchant du trône de vos miféricordes.

Jefus-Chrift , le véritable ami des hommes , leur ordonne à vous d’être foumis à l'Eglife catholique, & leur fignifie par cet ordre , que l'unité de foi qu’elle prefcric fur le dogme & la morale, peut féule, felon fes vues pleines de fagefle , produire l'union des efprits, &, par une fuite naturelle, celle des volontés. C'eft l'unique moyen de réunir enfin cous Les hommes, d’une maniere efficace , pour le bien de l'univers, contre les entreprifes des méchants & des perturbateurs du repos public. Divin Réparateur de la nature humaine , déployez cette puifflance à laquelle rien ne réfifte. Mettez la main à cet ouvrage important. Les travaux en font immenles. Mefis multa. La difficulté de lentreprife effraie le grand nombre, Operari pauci. Quelques ouvriers ifolés s’en occupent à peine ; encore leur travail

eft le plus fouvent infruétueux , par l’effet des manœuvres d’une multitude d'ouvriers pleins d'artifice & de méchanceté. Operarios malos fubdolos. Ordonnez à ceux-ci de fe retirer, & de ne plus paroïtre, Difcedite operarii iniquitatis. Dites une parole, & tous verront la lumiere. Fiat lux, Séparez-la pour toujours des rénebres. Que la terre ait enfin des beaux jours fans nuages ; que fes habitants , unis dans le fein de la paix , admirent de concert votre puiffance & votre fagelle, & ne trouvent, comme dans le ciel, point de plus grand plaifir que le vôtre , que celui de faire votre volonté. Fiat voluntas tua ficut in cælo € in terra. Amen.

On lit ce qui fuit dans le Mercure de cette année.

M. Druck, Profeffeur d'Hiftoire , a prononcé à Stutgard , le jour de la naïflance du Duc de Wirtemberg, un Difcours fur les égarements de l'efprit humain, en deux époques différentes. 11 compare le temps où nous vivons avec Le fiecle de Dioclétien, Les Jambliques, les Maximus, les Apollonius, les Alexandre, avec plufieurs perfonnages vivants. Maximus enfeigne à l’'Empereur Julien, l’art d’appeller les Démons, pour lui fervir de fociété, aufh fouvent qu'il le défireroit, & les Démons firent des vifites à l'Empereur prefque tous les foirs. Les myfteres de ce temps-là reffemblent beaucoup à ceux du nôtre, &c. Le jugement de cet Orateur confirme ceux qui font dans cet Ouvrage.

TAB: L'E.

Ricra de oe qui s’eff paflé relati-

vemert à la réforme de la Frane-

Maçonnerie , page 1

Les Franc - Maçons ignorent le vé- ritable fecret de leur Ordre , qu'ils croient connu feulement d’un Grand- Maitre caché. Ce fecret doit contenir le plan de l'édifice fpirituel , que le grand Architefle de l'univers fait corftruire , pour réunir tous les êtres intelligents , © les rendre heureux,

Les Franc-Maçons réformes font dans

l'erreur, en cherchant à découvrir, par leurs lumieres particulieres , le plan & les détails de cet édifice, € en entreprenant de le conduire , fuivant les principes de la réforme, fans vouloir s’en rapporter à ceux que le grand Architeële a fait dépo- Jitaires de ce plan, € à quiila donné l'autorité néceffaire pour en diriger l'exécution ,

Une partie du [yffême de leur réforme eft contenue , de leur aveu, dans le livre des Erreurs & de la Vérité, € dans le Tableau naturel des rapports qui exiflent entre Dieu, l'homme € l'univers ; extrait d’une partie de ce [yflème contenue dans le premier de ces ouvrages ,

Extrait d’une partie de ce fflème contenue dans le Tableau naturel des rapports qui exiflent entre Dieu, l'homme 6 univers ,

Les Auteurs de ces deux Livres ajoutent à l'erreur des Franc-Maçons réformes, celle de dire que chacun peut devenir Brophete & injpire, Ils renouvellent la Jeëte des Illumines,

Dangers que courent ceux qui s’adonnent à des méditations trop longues 6 trop abffraites, 6: Jur-tout ceux qui défirent € s'efforcent d'avoir des ré- vélations. Le Magnétifme expofe aux mêmes dangers, € peut conduire aux mêmes erreurs. Moyens de les prève-

Ceux qui fe croient illuminés courent encore des dangers d’une autre efpece,

Swedenborg, en fuivant les mêmes principes , s’eff imaginé d’avoir eu des révélations , € d’avoir fait le voyage du Ciel & de PEnfer. Defcription qu’il en a faite. Il a tracé un nouveau

Erreurs © excès auxquels s’expofent tous ceux qui, comme SWedenborg» Je livrent à lejprit particulier. On les évite par la foumiffion à lautorité qu'a établi le grand Architecte. Il eft impoffible à chaque Maçon de connoitre, par lui-même , un plan auffi vafte, € de travailler à fon exécution fans favoir quelle eft fa tâche , € ans être dirigé ;

En refulant de prendre l'avis de ceux qui font dépofitaires du plan € de fes détails , les Franc-Maçons en ont perdu la connoiffance. Ils la cherchent par des réflexions profondes € fubti- Les ; ils conviennent que la multitude n'en eff pas capable , € foutiennent cependant gw’elle doit les faire ; mais fans en attendre aucun fruit, Néceffité de reconnoître une autorité : carateres qu'elle doit avoir ;

plan rempli d'erreurs , « 78

Quelle eft l'autorüé à qui ces caraëleres conviennent ? Toutes les autres autorités qui font dans le monde ne fuivanñt que l’elprit particulier, elles font expolees à Jes erreurs € à Jes excès ,

Cette autorité décide conformément aux deffeins infinis fur lefquels eff tracé le véritable plan de cet édifice ; il n’eft pas poffible d'y travailler utilement, Jans Je foumettre à fes décifions. Le bonheur du monde dépend de tte

Jouriffion ,

Il ne peut y avoir fur-tout qu’un feul corps revêtu de cette autorité qui Joit chargé de la diretlion € de l’exécution de ce plan. Réfutation des objections de l’Auteur du Tableau naturel, contre ce corps € fes chefs,

L'autorité de ce corps eff le plus ferme appui de tous les Gouvernements, bien loin de leur être contraire. Ils n'ont pour but que le temporel, au lieu qu'il ne s'occupe que de cet édifre Jpirituel. Les Auteurs de ces Livres peuvent avoir ëu de bonnes intentions à celles de cacher fous des allégories

Œ'ACBL:E:

des vérités, qu'un grand nombre n'auroit pas voulu voir autrement ; mais ils fe font écartés du plan du grand Architeële , € lui défobéiffent en pré- chant la défobéiffance à l'autorité qu'il a établie ,

Les inftruélions que donne ce corps , font propres à procurer la félieité publique €: celle des particuliers , & àles préferver de tous les maux réels ; il fournit les moyens de mettre en pratique ce qu'il enfeigne ;

La police établie par ce corps , n’eff pas contraire à l'intérêt temporel des peuples ; € peut Je reéhifier fur leur politique. Il faut de l'ordre j autrement il eft impoffible de s'entendre pour travailler à la conffruétion de cet édi-

Jfice,

Il n’eft pas poffible de comprendre tous les détails d’un plan auffi vafle, € toutes les. raifons fur lefquelles ils Jont fondés. Il faut s’en rapporter à ce Jujet à ce que le grand Architee a cru devoir en faire connoître,

Les Franc-Maçons doivent reifier leur" projet de réforme fur le plan du grand Architeéle, € fe réunir à tous les Magçons de l'univers, pour réparer le temps perdu. C’eff le feul moyen de concourir tous enfin , férieufement € de concert, à la félicité publique , après tant de fiecles d'erreurs €& de

Fin de la Table,

Cite this text

Observations sur la Franc-Maçonnerie, le Martinisme, les visions de Swedenborg, le magnétisme. 1786. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/observations-sur-la-franc-maconnerie-1786/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

Transcription

Machine-read text of the Internet Archive scan observations-sur-la-franc-maconnerie-le-martinisme-les-visions-de-swedenborg-le-magnetisme-etc.; the reading is uncorrected apart from the removal of page numbers, running heads, line-end hyphens and the scan's own marks.