Minutieusement, avec un labeur ininterrompu de génération en génération ils interrogèrent la Nature vivante d,ans tous ses domaines, la Matière leur manifesta les secrets de la vie, qu’elle supporte et qu'elle manifeste, comme le ressort de montre manifeste V élasticité qui est son âme cachée. La vie à son tour leur dévoila son moteur secret, son principe et sa fin : dieu éternellement viv ant et éternellement aimant dans la Nature : l’esprit immortel présent dans V homme incarné.
Alors un grand trouble envahit les savants constitués en académies.
Les uns, rares oh combien! eurent le courage d'é- tudier les faits de l'Esprit comme ils auraient étudié ceux de la matière.
Les autres, aveuglés par l'orgueil et gonflés de suffisance, voulurent imposer des bornes aux possi-
II
PREFACE
bilitès de la Nature et diviser les faits en faits dignes d’être observés par eux, et sérieux, et faits indignes de leur observation et négligeables. Comme si quelque chose était négligeable dans la Vérité.
Or ces vieilles idées touchant la Magie, les Etres spirituels, les Atmosphères psychiques invisibles et les actions à distance, ces idées enseignées depuis plus de 30 siècles dans les sanctuaires d'Egypte, on espé- rait bien ne plus jamais en entendre parler et on comptait les voir reléguées dans les oubliettes de l’histoire en compagnie des Sciences Occultes.
La découverte de l’Hypnotisme semblait devoir décourager à jamais les défenseurs du monde invisible, en mettant tous les faits étranges, sur le compte de l’auto, altèro ou pseudo-suggestion, la sacrosainte suggestion qui explique aux sceptiques de tout poil et de toute race les religions en même temps que les miracles, les héros aussi bien que les saints.
Mais, horreur, la suggestion, l’hypnotisme ouvrent tout grand la porte aux expériences de V extériorisation de la sensibilité et de la motricité et de là à la Magie dans toutes ses sections c’était bien la peine de tant se donner de mal pour asseoir sciei^tifiquement la négation de l’Esprit immortel et de Dieu ! On les retrouve tous deux au tournant de la route et, bien qu’on les injurie et qu’on les nie encore par coquetterie, avant vingt ans, ils auront tous deux reconquis leur droit de cité. Alors on verra que VEternel n'eid pas de meilleurs prêtres que ces savants qui l’interrogeaient en croyant se passer de lui et qui lui ode-
valent le mcrile de ses œuvres dans V espoir d'inventer les lois immuables de V infini. Si ces recherches se terminent par la réconciliation de la Science du cceur et de celle du cerveau, le siècle, ne fait vraiment pas mauvaise figure dans VUistoire. Que les clergés perdent leur cléricalisme sectaire pour devenir des corps aussi savants que religieux, que les académies perdent leur aveuglement sectaire concernant tout ce qui touche au monde des Esprits et des âmes et deviennent des centres aussi religieux que savants, que Vhoynme digne de ce nom, découvre par la souffrance et l’humilité cette voie droite dans le milieu du philosophe chinois, aussi éloignée de Voltaire que de Loyola mais en combattant et n’injuriant personne, alors le mariage du Sauveur et de l’Esprit sera proche, l’humanité sortira triomphante de sa voie douloureuse et les sages répandront en silence la richesse la plus enviable de toutes, la seule qui survit à toidesles défaillances: la.vays.di] cœur.
AVANT-PROPOS
Le rôle de l’occultisle est bien plus philosophique* qu’expériuiental. Les expériences servent à démontrer la réalité des théories de la Science ésotérique et n’ont pas d’autre but. Voilà pourquoi, jusqu’ici, nous n’avions, pas voulu publier de recueil de faits, laissant ce soin aux savants qui ont étudié la partie expérimentale de l’occulte.
Or, tous ceux qui ont suivi le fait occulte pas à pas: et d’une manière scientifique en sont arrivés à constater la vérité des affirmations de l’occultisme concernant le corps astral, les images astrales, l’extériorisation de la force neurique et bientôt l’action des élémentaires et des élémentals sera aussi nette que les actions des. autres principes étudiés par l’Occultisme.
AVANT-PROPOS
L’Occultisme, en effet, est, avant tout, scientifique et réduit à sa juste valeur la part du sentimentalisme qui fait faire de si grosses erreurs lorsqu'il s’agit de science pure.
Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir les termes traditionnels de l’occulte : corps astral, plan astral, image astrale, adoptés par tous les chercheurs consciencieux qui s’intéressent à ces phénomènes.
Nos lecteurs nous demandent depuis longtemps un volume contenant un très grand nombre de faits encadrés de peu de théorie à coté de nos autres ouvrages qui contiennent beaucoup de théorie encadrée d’un petit nombre de laits.
Telle est l’origine du présent travail dans lequel notre part personnelle est forcément très réduite, mais qui sera, nous en sommes persuadés, très utile k tous ceux qui veulent se rendre compte de la manière dont l’hypnose et la télépathie se rattachent k l’Occultisme et k la Magie.
PAPUS.
INTRODUCTION GENERALE
CHAPITRE PREMIER
L’HOMME ASTRAL
§ 1. — Le Corps Invisible de l’Homme.
Il esc presque impossible de comprendre les rapports de là Magie et de l’Hypnose si Ton ne connaît pas, au moins d’une façon générale, les théories de l'occultisme concernant la constitution de l’homme. Nos lecteurs habituels connaissent déjà les enseignements traditionnels à ce sujet ; mais il est nécessaire de rappeler certains points importants pour permettre à tout lecteur de saisir le caractère des expériences que nous allons relater.
Il y a une différence immédiatement perceptible entre un cadavre et un homme vivant, il y a aussi une différence sensible entre un crétin des Alpes et un homme en pleine possession de toutes ses facultés intellectuelles. Aussi l’occultisme a-t-il toujours enseigné à travers les âges que l’être humain était composé de trois principes : le corps physique ou le cadavre, la vie
LA MAGIE ET L’iIATNOSE
OU médiateur plastique (corps astral) qui anime chacune des cellules du corps physique et enfin l’Esprit immortel SC manifestant par l’intelligence et la volonté.
Et ici, il nous faut revenir encore sur une question primordiale :
L'existence d’un principe intermédiaire entre l'Esprit immortel et le corps physique est-elle une réalité ou une h]jpothèse philosophique ?
Les philosophes et les métaphysiciens, au chapitre « Médiateur plastique » de leurs dictionnaires, annoncent gravement « qu’admettre l’existence d’un principe intermédiaire entre l’âme et le corps, c’cst « reculer la difïîculté et non la résoudre ».
A cela il n’y a qu’un petit malheur. C’est qu’il existe des organes physiques destinés à entretenir la vie, sans que la conscience ait à s’en occuper le moins du monde et que les plus subtils raisonnements philosophiques ne parviendront jamais à détruire les fonctions du nerf grand sympathique. Quand je dors, « mon âme » n’agit pas sur moi et ne se manifeste pas à ma conscience (sauf dans les illogismes du rêve) et cependant cela n’empêche pas mon cœur de battre et mon estomac de digérer. Faut-il admettre avec certains philosophes que mon esprit immortel se livre lui-même à la douceur de la fabrication des excrétions organiques ? Si quelque raisonneurvoulaitsoutenirunetelle absurdité, l’anatomie et la physiologie se chargeraient de le remettre sur la voie de la logique en lui montrant, la première, que les muscles à fibres lisses existent et, la seconde, que les fonctions de la vie végétative sont indépendantes presque entièrement des actes de la conscience.
Comment se rendre compte des phénomènes de l’hypnotisme si l’on no possède pas quelques données même élémentaires de psychologie? Or, ces données que nous avons développées de notre mieux dans notre Traité Élémentaire de Magie pratique, nous allons les résu-
LA MAGIE ET L'ilA’PNOSE
O
mer aussi succinctement que possible en quelques
Laissant de côté les fonctions de réparation et d’entretien du corps physique auxquelles préside cet inconscient, ce corps astral, ce médiateur plastique, comme on voudra l'appeler, nous allons nous occuper uniquement ici des fonctions psychologiques.
Les sensations que nous recevons du monde exté- rieur sont accompagnées d’appétits, d’impulsions, de passions qui viennent de nous-mêmes. Nous pouvons nous laisser aller à ces appétits et à ces impulsions ou nous pouvons empêcher cet entrainement. De là notre liberté.
Il y a en nous un être impulsif passionnel qui, dès qu’il a un désir, une envie, pousse tout l’organisme vers la satisfaction de cette envie et il y a un être raisonnant libre qui peut arrêter ces impulsions ou s’y laisser aller à son gré.
Fabre d’Olivet que nous considérons comme le plus éminent des psychologues modernes a représenté ces impulsions par des roues engrenées les unes aux autres.
Suivons cette voie et représentons cet animal qui est en nous, cet être impulsif par une roue engrenée sur d’autres petites roues qui entraînent les bras et les jambes. Nous aurons ainsi une image frappante des faits réels. La roue centrale, une fois mise en mouvement par un appétit ou un désir, entraînera les membres vers la satisfaction de cet appétit.
Comment représenterons-nous, dans ce cas, la volonté libre de l’homme ?
Par un frein quelconque agissant sur cette roue et pouvant soit arrêter la roue, soit la laisser tourner.
Deux mains tenant la roue en un point quelconque représenteront parfaitement ce frein.
Cette image très simple indiquera donc clairement ce que nous voulons dire. Il est temps maintenant de
LA MAG)E ET L’ilYPN'OSE
revenir à des considérations scientifiques. Cherchons quelques détails au sujet de l’action possible de l’esprit immortel sur le corps physique au moyen de cet intermédiaire dont nous avons parlé.
Le corps physique est l’instrument d’action sur lequel peut opérer l’esprit. Mais l’esprit n’ag-it pas directement sur les cellules de l’organisme qu’il veut mettre en mouvement, l’esprit utilise à cet effet une force spé- ciale qui est la. force nerveuse. Arrêtons-nous avant d’aller plus loin et donnons quelques images pour bien faire comprendre notre affirmation.
Quand je veux toucher une note d’un piano c’est mon cerveau qui est l’instrument de ce vouloir et pourtant CO n’est pas lui qui va accomplir l’action indiquée. C’est le bras, obéissant à l’impulsion du cerveau, qui va se lever et permettre à la main de toucher la note demandée. Dans ce cas, le cerveau e.st l’image do l’esprit, et le piano est l’image du corps physique. Entre le cerveau et le piano, il y a le bras, de même qu’entre l’esprit et le corps physique, il y a la force nerveuse. Dans les deux cas, bras ou force nerveuse, sont des instruments d’action.
Si mon bras est paralysé, c’est-à-dire si la force nerveuse ne réunit plus ce bras au cerveau, est-ce que cela veut dire que la volonté d’agir sur le piano est détruite ? Non n’est-co pas.
Eh bien si, pour une cause quelconque, l’esprit n’a plus à sa disposition de force nerveuse, il ne peut plus agir sur le corps physique, cela veut-il dire que cet esprit n’existe pas ? Personne ne le supposera et cependant voilà un des principaux arguments invoqués par le matérialisme pour nier l’existence de l’Esprit immortel. On confond l’opérateur et ses outils et on applique à l’opérateur les accidents arrivés uniquement à son outillage.
Veut-on une autre image d’un ordre différent ? Ce
LA MAGIE ET L'jIYI’XOSE
télégraphiste qui envoie une dépêche représente l’esprit, l'appareil qui reçoit la dépêche représente le corps physique et le courant électrique qui réunit le télégraphiste et l’appareil récepteur représente le médiateur plastique ou corps astral.
C’est toujours en confondant le courant électrique avec le télégraphiste que les matérialistes vont chercher des arguments. Nous jugeons inutile d’insister davantage. Nos lecteurs auront saisi l’importance et l’action de cette force nerveuse intermédiaire psycho-psychologique entre l’esprit et le corps. C’est à elle que certains auteurs ont donné le nom cVàme, disant que l’homme est composé d’Esprit, d’Ame et de Corps, Spiritus, anima, et corpus de saint Paul.
Cette force nerveuse a donc une importance considérable puisque c’est elle qui fait tout marcher dans l’organisme et c’est en agissant sur elle que l’esprit arrête net les impulsions de l’Être passionnel, de l’animal qui est en chacun de nous.
Mais pour cela il faut un exercice, il faut l’habitude d’étudier ses passions et de leur résister et beaucoup d’êtres humains ayant totalement perdu cotte habitude ont rompu volontairement les relations do leur esprit avec l’être impulsif et subissent passivement des impulsions qu’ils enregistrent et auxquelles ils ne résistent jamais. Ce ne sont plus que des moitiés d’hommes dont ils n’ont souvent que le nom.
Mais il ne faut pas croire que l’action de l’esprit se borne uniquement à arrêter les entraînements de l'être impulsif. A côté de cette fonction, purement passive, l’esprit en a une foule d’autres dont une est surtout capitale ; c’est la faculté de faire exécuter ses idées par l’organisme ou plutôt de plier l’organisme à l’exécution d’une idée fermement arrêtée. Cela s’exécute comme toujours par l’intermédiaire de la force nerveuse.
Par exemple, mon esprit conçoit l’image d’un triangle
LA MAGIL ET l’JIYPXOSE
et veut réaliser cette image sur le plan physique, c’est à-dire la rendre matérielle d’idéale qu’elle est.
Aussitôt mon esprit présente cette image au corps astral, la force nerveuse se met en mouvement etvaactionner les cellules de la main pour leur faire reproduire, au moyen d’un crayon, l’image qui est dans le cerveau.
Dans ce cas, c’est l’esprit lui-même qui a mis en action les membres pour réaliser une de ses idées. Ce cas est bien différent de celui où l’organisme ayant faim, la main est « poussée » vers un étalage de boulanger. Mais l’esprit sachant qu’il va s’agir d’un vol, « arrête net » le mouvement du bras. Ces deux exemples nous semblent éclairer assez bien les deux cas. Nous n’entrerons pas davantage dans l’analyse de ce phénomène qui soulèverait d’importantes questions accessoires (morale, responsabilité, etc., etc.)
L’idée a une action toute spéciale sur l’être impulsif et peut le mettre en mouvement aussi bien que la sensation et, chose bien digne de remarque, l’esprit n’a pas à intervenir toujours dans la réalisation d’une idée ; l’être impulsif, « dressé par l’habitude comme on dresse un animal, » a le pouvoir de mettre, mécaniquement presque, les membres en action pour réaliser cette idée. Faut-il un exemple entre cent.
Une ménagère qui tricote en faisant la causette avec ses voisines répond au cas actuel. Qu’est-ce qui dirige les doigts? Qu’est-ce qui leur fait exécuter un dessin figuré parles mailles du tricot ? Est-ce l’esprit ? Pas le moins du monde puisqu’il est occupé à assembler des idées sur les potins des voisins. Qu’est-ce donc alors ? C’est ce que la philosophie contemporaine appelle « l’inconscient », ce que nous appelons « l’être impulsif » ou le « corps astral » et ce que le médecin appelle des « mouvements réflexes ». On peut lui donner une foule de noms ; mais il n’en est pas moins vrai que cela existe et existe bien positivement et que cela n’est ni
l’esprit, ni le cadavre. Après appelez-le comme vous voudrez, pourvu que vous ayez bien compris son action.
Cet être impulsif a une intelligence personnelle qui lui permet d’exécuter une épreuve matérielle d’après un modèle donné d’une idée. Et ici la physiologie va nous fournir de précieuses indications.
De même que cet être impulsif faisait marcher les doigts de la ménagère pour lui faire assembler la laine d’après un dessin jadis appris et imposé par l’esprit, de même cet être impulsif construit et répare l’organisme d’après une forme type établie d’avance et sans que l’esprit ait à intervenir.
Je me suis écorché le bout du doigt et j’ai détruit une foule de ces fines ciselures caractéristiques des phalangettes. Est-ce que mon esprit va s’occuper de cette ré- paration ! On sait bien que non. C’est mon être impulsif, mon corps astral, qui va, silencieusement, refaire une aune ces petites ciselures « dans leur dessin primitif, » Il refait ainsi chaque morceau de moi-même d’après le modèle type que la nature lui a une fois fourni. Et c’est là ce qui explique comment nous gardons, ou à peu près, la même physionomie, alors qu’en moins de six ans, toutes les cellules de notre corps ont été détruites et remplacées plusieurs fois. Le « corps astral » est là qui accomplit sans fracas sa patiente besogne et qui modèle le corps physique d’après le type déterminé par la nature. Nous avons déjà consacré plusieurs chapitres de notre « Traité élémentaire de Magie Pratique » à cette action et nous n’y reviendrons pas. Qu’on se souvienne seulement de cette faculté qu’aie corps astral d’exécuter passivement « l’idée ».
On voit ainsi le double aspect sous lequel se présente à nous ce corps astral.
1“ En bas, dans ses relations avec le corps physique, il fait sa petite cuisine, transforme les aliments et va porter le chyle dans le sang, assiste à l’oxydation du glo-
LA MAGIE ET L JlYl XÜSE
WjjÆ-
. «vgBKa-
lüliil. (le veille I.i; CORPS ASTltA.1,.
El;it (le soimuell (naturel ou |)rovo(|ue, ET LE CORPS l'HYSlQUE.
bule sanguin par l’air, à son électrisation par le fluide solaire, puis va reporter consciencieusement le sang, receleur de matière et de force, aux cellules qui en ont besoin. Il met en réserve dans le ganglion lymphatique la matière non utilisée, dans le ganglion sympathique la force non utilisée pour constituer la réserve de cette précieuse force nerveuse qu’il met à la disposition de l’esprit. Si l’organisme est attaqué, c’est encore lui qui le défend de son mieux, amenant au point menacé les réserves des cellules embryonnaires chargées de manger les microbes. Enfin c’est un travail de femme d’intérieur auquel l’esprit n’a rien à voir et le corps astral s’en acquitte de son mieux. Voilà pour le bas.
2“ Mais ce corps astral est aussi en relation avec les membres et les organes à fibres striées qui sont du domaine direct de l’esprit. En bas, le corps astral était le maître, ici il devient le serviteur. S’il a besoin d’aliments et qu’il pousse les jambes et les bras pour aller en chercher et si l’e.sprit ne juge pas le moment encore venu, toute l’impulsion est arrêtée par un coup sec imprimé à la force nerveuse par la volonté de l’esprit qui a toutes libertés, même dans certains cas, celle de se suicider en se laissant mourir de faim. Le corps astral, a beau réclamer de la nourriture, l’esprit ne lui en donne pas, parce qu’il a le pouvoir de résister à toutes les incitations de l’être impulsif, quand il le veut.
D’autre part, l’esprit n’a qu’à formuler un jugement, à fixer l’idée qu’il faut réaliser et aussitôt le corps astral se mettra en mouvement, consacranMous scs efforts à obéir dans la mesure de ses moyens, au maître tout-puissant.
Mais, encore une fois, pour que tout cela se produise il faut que l’esprit ait à sa disposition de la force nerveuse, c’est-à-dire que tout marche « physiologiquement ». Voyons ce qui se produit dans les cas où il manque un des facteurs de l’harmonie, dans le cas d’une marche « pathologique ».
Je sors d’une longue maladie, je suis en convalescence. Que fait mon corps astral ? Il met les bouchées doubles et emploie toute la matière et toute la force disponibles à faire de nouvelles cellules pour remplacer celles que la maladie a emportées ou détériorées. Dans ce cas^ il ne reste plus assez de force nerveuse pour permettre à l’esprit d’agir activement, ce qui fait que mes facultés intellectuelles sont faibles, non pas parce que l’âme n’existe pas (argument matérialiste), mais bien parce que mon esprit n’a pas à sa disposition la force nerveuse nécessaire pour transmettre ses idées au corps physique. C’est le courant électrique, ce n’est pas le télégraphiste qui est faible.
Autre exemple. J’ai beaucoup travaillé tout le jour. J’ai soumis mon cerveau et tout mon système nerveux à un travail considérable. Queva-t-il arriver ?
A la fin de la journée mon esprit n’a plus assez de force nerveuse. Il cesse peu à peu ses rapports avec mon corps, je me sens fatigué et je m’endors, c’est-à-dire que mon esprit laisse la place libre au corps astral. Celui-ci profitant du sommeil, va vite refabriquer la force nerveuse usée, refaire les cellules nerveuses détruites et quand la force nerveuse sera en quantité suffisante, mon esprit entrera de nouveau en contact avec mon corps, » je reprendrai conscience de mon corps », je m’éveillerai frais et dispos, prêt à de nouvelles dépenses de force nerveuse.
Comprenez bien cela et vous verrez comme les arguments dits physiologiques des matérialistes sembleront ridicules et mesquins.
§ 2. — L’Hypnose. — La Suggestion.
Unfait des plus curieux c’est que le corps astral obéira toujours à l’idée quelle que soit l’origine réelle de cette idée. Voilà ce que les anciens connaissaient bien et qui
formait une section de la Magie, voilà ce que Icscontemporains viennent de découvrir grâce aux phénomènes de l’hypnose. Examinons ces phénomènes.
Je prends un être humain impressionnable, c’est-à- dire chez qui la force nerveuse est douée d’une grande faculté de déplacement, et par un procédé quelconque (procédéd’hypnotisation), jebrise subitement les rapports entre la force nerveuse et l’esprit. Aussitôt les yeux se ferment ou le regard devient fixe. L’esprit n’est plus en rapport avec le corps physique, je dis que mon sujet est hypnotisé.
Si, par des procédés appropriés, j’amène ce sujet àme parler ou à m’entendre, ce n’est plus que l’être impulsif, que rintclligence du corps astral qui est devant moi ; c’est la roue des impulsions saiis Le frein de la Raison, c’est une machine et non pas un être humain. C’est alors moi qui deviens l’esprit de ce sujet et son corps astral réalisera mes idées et exécutera mes ordres aussi passivement qu’il réalisait les idées et exécutait les ordres de l’esprit qui dirige son propre corps. Voilà la clef de ce qu’on appelle la suggestion.
On ne saurait trop insister ici et des exemples me paraissent nécessaires. J’ai comparé jadis l’être humain à une équipage dont le cocher représente l’esprit, le cheval représente le corps astral et la voiture représente le corps physique.
Le cheval obéira à celui qui tiendra les guides et, si l’on attache les bras du cocher et qu’un autre prenne les guides, cet autre conduira la voiture où bon lui semblera sans que le cocher puisse être rendu responsable. Voilà l’image des transformations produites par la suggestion.
L’idée venue de l’extérieur agit d’autant plus fortement que l’esprit a moins d’action sur l’être impulsif et peut moinsarrêter ses emportements. Aussi tous ceux qui veulent augmenter la puissance des sensations ou des idées venues de l’extérieur sur leur sensibilité, brisent-ils
peu à peu les rapports entre l’esprit et le corps physique en dispersant leur force nerveuse. L’alcool, l’opium et ses dérivés, le haschisch brisent, de même que les procédés de l’hypnotisme, l’harmonie psychique et prédisposeront à cette dispersion des forces nerveuses, soit pour le bien, soit pour le mal. L’entrainement magique a pour but, au contraire, d’augmenter au maximum la puissance et le contrôle de l’esprit sur l’Être impulsif.
Un sujet hypnotisé disperse sat force nerveuse. C’est là encore un point de doctrine connu des anciens et qui vient d’être expérimentalement retrouvé par M. de Rochas ainsi que nous le verrons parla suite.
Une suggestion donnée pendant le sommeil peut se manifester aprèsle réveil du sujet ; mais alorscette suggestion détermine un mouvement de l’être impulsif dont l’esprit ignore l’origine ; mais qu’il peut arrêter s'il en a l’hahitude. Les personnes habituées à suivre passivement toutes leurs impulsions ne chercheront pas davantage à résister à une impulsion hypnotique qu’à un désir quelconque de l’état de veille. Mais les personnes volontaires, habituées à dominer leurs entraînements, résisteront parfaitement à une impulsion hypnotique et s’évanouiront plutôt que d’accomplirune suggestion qui déplaît à leur conscience. Nous eu avons eu plusieurs exemples frappants dans le cours de notre carrière médicale
Quoiqu’il en soit, le sujet hypnotisé est un précieux instrument d’investigation dont nous allons nous servir pour explorer le domaine de la magie, ou plutôt quelques sections de ce domaine. Nous n’avons d’autre but que de poser des questions à résoudre et de formuler des hypothèses. Nous attendrons ensuite avec confiance le jugement du temps pour justifier, sinon nos expé- riences, du moins les immuables théories de la tradition qu’elles ont la prétention d’éclairer.
§ 3, — Comment produit-on l’Hypnose ?
[Etats superficiels).
Toute excitation anormale d’un des centres impulsifs produit la rupture des rapports qui unissent l’être impulsif à l’homme de volonté.
De là, l’existence de certains états psychiques qui se manifestent dans l’être humain et aussi dans les animaux, états qu’on a classés sous le nom général d’Hypnotisme et de Magnétisme.
Le Magnétisme, qui utilise les forces fluidiques émanées de l’être humain, est une des branches expérimentales de la Magie ainsi que l’a fort bien vu le baron du Potet ; mais ce n’est pas tou/e la. Magie comme une étude trop superficielle a pu le faire dire, car on diercherait vainement dans cette « Magie dévoilée » une description quelque peu sérieuse des Astres et de la détermination pratique de leur influence.
L’Hypnotisme forme, ainsique l’a fort bien démontré M. de Ptochas, une sorte de transition entre l’état de veille et les états magnétiques désignés par l’expérimentateur précité sous le nom « d’États profonds do l’Hypnose ».
Laissant donc de côté toutes les discussions théoriques, nous allons voir quels sont les différents moyens pratiques qu'on peut mettre en usage pour déterminer l’hypnose chez un être humain.
Nous classerons ces pratiques de la façon suivante :
1“ Détermination de l’État de réceptivité hypnotique du sujet ;
2” Hypnotisme du sujet ;
3“ Détermination des phases et états profonds de l’Hypnose ;
4“ Différents procédés de réveil des sujets.
LA MAGIE ET L’ilYI'XOSE
PREMIÈRE LEÇON
Etat de réceptivité.
Malgré les affirmations de certaines écoles médicales , on peut dire que tout individu n’est pas susceptible d’être hypnotisé. La proportion obtenue dans le laboratoire hypnothérapique de la Charité est de 40 0, 0 pour les hommes et de 60 à 70 0/0 pour les femmes.
Certains procédés rapides permettent d’avoir sur l’heure une première idée des influences que pourra exercer l’hypnotisme sur un sujet.
Parmi les nombreux procédés employés à cet effet nous choisirons les suivants :
L Attraction en arrière (procédé Moutin);
2“ Attraction du petit doigt ;
3° Suggestion à l’état de veille ;
4° Influence du point brillant ;
5° Influence du miroir rotatif ;
6° Influence du miroir magique.
Nous allons décrire rapidement chacun de ces procédés.
Attraction en arrière. — Placez le sujet debout, les deux pieds joints. Posez ensuite les deux mains à plat sur les omoplates du sujet, vous tenant derrière lui, et retirez doucement les mains au bout de quelques instants. Si vous avez affaire à une personne très sensible ses épaules suivront le mouvement de vos mains et elle sera malgré elle attirée en arrière. M. Moutin décrit ce procédé dans son livre sur « le Nouvel Hypnotisme ».
Attraction du petit doigt. — Demandez au sujet de vous confier sa main droite dégantée. Placez alors la main la paume en bas et pressez doucement avec votre main
gauche les doigts en laissant l’aLiriculaire libre. Cela fait attirez à vous par de petites passes horizontales lentes le petit doigt et répétez ces passes jusqu’au moment où il suivra le mouvement d’attraction. Vous pourrez alors donner la suggestion verbale au sujet que son petit doigt restera éloigné des autres malgré tout jusqu’au moment où vous voudrez faire cesser le phé- nomène. Après l’opération il est indispensable de bien dégager le petit doigt, la main et l’avant-bras au moyen du souffle froid.
Suggestion à l’état de veille. — La suggestion à l’état de veille s’obtient en regardant fixement le sujet dans les yeux et en lui commandant d’une voix forte et d’un air d’autorité de faire telle ou telle chose (fermer les yeux et ne plus pouvoir les ouvrir, ne plus pouvoir ouvrir la bouche, etc,, etc.) Les sujets sensibles à ces procé- dés sont les plus sensitifs.
Influence du 'point brillant et du miroir rotatif. — Si l’on fait fixer au sujet un point brillant, soit fixe, soit en mouvement, et que le sujet ressente au bout de quelques instants des lourdeurs dans les paupières ou éprouve une irrésistible envie de s’endormir, on peut sans crainte aller jusqu’aux phases hypnotiques avec un tel sujet.
Influence du miroir magique. — Les personnes hypnotisables ou non qui, placées devant un miroir magique, voient des couleurs ou des formes sont également susceptibles de faire d’excellents sensitifs.
On laissera donc de côté les sujets réfractaires à ces divers procédés et l’on se servira, au contraire, des autres personnes plus sensibles, dans les expériences ultérieures.
LA MAGIE ET L’ilYI'NOSE
DEUXIÈME LEÇON
llijpnotiscition du sujet.
Le sujet, une fois reconnu sensible, peut-être hypnotisé.
Plusieurs moyens peuvent être employés à cet effet parmi lesquels nous décrirons les suivants ;
1“ Suggestion simple ;
2“ Point brillant ;
3° Miroir rotatif ;
5° Passes.
Suggestion simple. — On fixe avec douceur le sujet dans les yeux et, sans le brusquer, on lui commande de fermer les yeux, on lui commande ensuite toujours très doucement de perdre la sensibilité cutanée et on lui affirme à ce moment, toujours sans brusquerie, qu’il sent le sommeil le gagner de plus en plus, ce qui se trouve confirmé en quelques instants avec une nature quelque peu sensible.
Point brillant. — Ce procédé est le plus généralement connu. 11 consiste à faire fixer au sujet un point brillant (comme un bouton de nickel, la lame d’un bistouri, une petite glace, etc.), placé au niveau du front et entre les deux yeux. Cette position force le sujet à faire converger son regard en haut et au milieu et détermine l'hypnotisation très rapidement.
Miroir rotatif. — L’emploi du miroirrotatifduD''Luys est, à notre avis, préférable à tous les autres moyens comme sécurité et rapidité. Nous conseillons surtout le miroir à une seule tête et recouvert de cuivre nickelé. Le constructeur est M. Robillard, 25, rue Notre-Dame de Na/aretli, à Paris. On place ce miroir à hauteur des
yeux du sujet et à environ 0'",50 d’éloignement, en s’assurant que le scintillement lumineux passe bien dans les yeux. Le sujet est lui-meme placé dans un fauteuil, la tête appuyée. Le sommeil se produit géné- lement au bout de vingt à trente minutes par ce procédé.
Regard. — L’emploi du regard comme moyen d’hypnotisation est une méthode fatigante, mais d’une grande énergie, et permet d’obtenir de bons résultat quand tous les autres moyens ont échoué. — Voici comment on opère.
On fait asseoir le sujet en face de soi, le dos tourné à la lumière. On prend ensuite les deux mains du sujet etl’onsaisit à pleines main les pouces dudit sujet. C’est alors qu’on regarde, fixement, la pupille de l’œil droit du sujet. Le sommeil s’obtient encore plus vite si l’on ajoute à ce procédé l’emploi de la suggestion.
Passes. — On débute comme pour le procédé du regard ci-dessus, mais les deux pouces du sujet sont réunis dans la main gauche du magnétiseur qui, pendant cinq ou six minutes, fait des passes intuiles de haut en bas, sur la tête du sujet, en descendant jusqu’au niveau de l’estomac. On laisse aller les mains. Le sommeil ainsi obtenu est d’un autre ordre que le sommeil déterminé par les procédés hypnotiques. Nous en reparlerons du reste tout à l’heure à propos des états profonds.
TROISIÈME LEÇON
D'Uermination des phases.
Dans la première de ces phases hypnotiques le sujet a tous les membres flasques ; si on lui tient le bras et qu’on le lâche, le bras retombe sans résistance de la
part du sujet qui est alors endormi profondément et peut être comparé à un être ivrc-mort. La respiration à ce moment est profonde et régulière. C’est la phase
de LÉTHARGIE.
II
Si, dans cet état, vous ouvrez de force les yeux du sujet, ou si vous agissez d’une autre façon sur lui la seconde phase prend naissance.
Les membres roidissent et gardent les attitudes que vous leur donnerez quelles que soient ces attitudes. Le sujet aies yeux fixes (retenez bien ceci) et regarde droit devant lui ou à l’endroit où vous dirigez ses yeux. Il ne vous entend pas, aussi fort que vous parliez. Ilest complètement fermé au monde extérieur. Il est en
CATALEPSIE.
C’est dans cet état qu’on peut lui mettre la tête sur une chaise et les pieds sur l’autre le vide existant entre ces deux points. C'est encore dans cet état que se produisent les extases.
III
Si maintenant vous soufflez sur les yeux du sujet ou si vous faites des passes, ou si vous lui frottez légèrement le front, l’état change complètement.
Le sujetparle et agit absolument comme une personne éveillée ; il vous cause naturellement mais n’a pas conscience du milieu ambiant et ne se rend pas compte de l’endroit où il est.
Il est alors dans la troisième phase : le .somnambulisme LUCIDE.
Il présente dans cet état plusieurs particularités caractéristiques qu’il est de toute importance de bien connaître.
Tout d’abord il est suggestible. On peut lui ordonner
<.Ie voir ou de faire telle ou telle chose, non seulement pendant son sommeil, mais encore une fois qu’il sera bien éveillé, et cette vision persistera, cette action sera exécutée non seulement des jours, mais des mois et même une année après l’ordre donné.
Au moment où le sujet accomplit sa suggestion, il devient inconsrÂent et obéit à son impulsion sans discuter et, fait très important à noter, il perd subitement la sensibilité pour la retrouver après l’accomplissement delà suggestion. Le sujet verra donc tout ce qu’on lui commandera de voir, exécutera ce qu’on lui commandera d’exécuter, sauf des exceptions (1) que nous ne pouvons étudier ici.
A l’état somnambulique, un autre fait prend naissance ; c’est la possibilité du changement de personnalité.
Vous dites au sujet : tu n’es plus toi, tu es député et tu fais un discours à la Chambre. Vous voyez alors le sujet entrer subitement dans la peau du personnage que vous venez de lui imposer et prendre toutes les allures du rôle que vous lui faites jouer. Vous pourrez ainsi changer à votre gré plusieurs fois de personnalité.
C’est encoredans cet état que se produit la vision à distance de certains sujets magnétisés.
Donc, pour résumer tout ce que nous avons dit, voici les caractéristiques des trois états :
1° Léthargie. — Sommeil profond.
2" Catalepsie. — Yeux fixes. Membres roides.
3“ Somnambulisme. — Suggestibilité. Changement de personnalité. Vision à distance.
Nous avons décrit là les phases principales. Il existe sans doute un grand nombre d’états intermédiaires et
(1) Je suis couvaiiicu que le libre arbitre du sujet persiste toujours et peut entrer en action à un moment donné pour combattre une suggestion criminelle.
LA MAGIE ET LTIYI'XÜSE
de combinaisons de ces phases entre elles, mais il est inutile d’embrouiller la question.
Notons pour terminer que, d’après les hypnotiseurs, ces phases se succèdent toujours dans l’ordre suivant ;
1“ Réveil. 2" Léthargie. 3'’ Catalepsie. 4" Somnambulisme. 5'^ Réveil. 6“ Léthargie. 7" Catalepsie. 8® Somnambulisme. 9“ Réveil, etc., etc.
QUÀ miÈME LECOy
Réveil du sujet.
Il ne faut jamais s’exercer à endormir un sujet si l’on n’est pas rompu à la pratique des différents procédés de réveil. C’est là, en effet, le point le plus sujet aux surprises et celui qui déroute surtout les commençants ou les opérateurs qui perdent facilement leur sangfroid.
On peut réveiller un sujet par beaucoup de procédés entre lesquels nous décrirons surtout les suivants :
1° Réveil par simple suggestion ou au commandement ;
2° Réveil par le souffle ;
3” Réveil par les passes ;
4” Réveil sans suggestion, par le regard ;
5“ Réveil par la combinaison de quelques-uns de ces divers procédés.
Réveil au coinmaudemeat . — Le sujet étant en phase somnambulique, on lui ordonne de se réveiller bien dégagé dans une minute juste. On peut encore lui ordonner de s’éveiller quand on aura frappé trois fois dans les mains, ou au moyen de toute autre variété de suggestion. Ce procédé doit être employé de préférence en phase somnambulique, mai.s il réussit aussi très souvent le sujet étant en léthargie, quoique avec moins de rapidité.
Réveil par le souffle. — En soufflant fortement entre les yeux du sujet, on le réveille et on le dégage en même temps.
Réveil par les passes. — Un des meilleurs procédés, surtout dans les états profonds, où il doit toujours être employé. On fait des passes horizontales et répétées avec les deux mains d’abord au niveau de la poitrine, puis au niveau de la tête du sujet. Le réveil ainsi produit est long à obtenir ; mais on est assuré de n’avoir jamais à craindre aucun accident consécutif, le sujet étant parfaitement dégagé.
Réveil parle regard. — Employé quand le sujet, pour une cause ou une autre, résiste à la suggestion. Dans ce cas, on regarde fixement le sujet entre les deux yeux, à. hauteur du milieu du front et l’on voit le réveil se produire bientôt, absolument complet et sans que Ton ait prononcé une seule parole.
Réveil combiné. — Les meilleurs résultats sont obtenus en réveillant un sujet par le procédé suivant, résultat de la combinaison de la plupart des autres procédés :
1” En phase somnambulique on ne donne lasuggestion que quand on soufflera entre les deux yeux, le réveil complet se produira aussitôt ;
2° Cela fait, on pratique le souffle à l’endroit indiqué dégageant en même temps rapidement le front au moyen de passes ;
3® On termine en soufflant une dernière fois quand le sujet est bien réveillé.
Lorsqu’on a affaire à un cas difficile comme celui d’un sujet en léthargie profonde et qui refuse d'obéir à la suggestion, on cherchera d’abord à obtenir une phase quelconque de l’hypnotisme, soit la catalepsie, soit le somnambulisme et l’on donnera la suggestion à terme (une demi-heure ouunchourejprécédée de souffles et de passes.
28 LA JIAGIE ET L’ilYPXOSE
§ 4. — Des faits produits pendant les états hypnotiques.
Occupons-nous tout d’abord des faits intéressant le magicien et qui peuvent être produits sur les sujets à l’état simplement hypnotique.
Les plus intéressants de ces faits sont les suivants :
Action des Rimants. — Le pôle N de l’aimant émane des lueurs bleues très agréables et fortifiantes pour le sujet à l’état somnambulique (1). Le pôle S émane des lueurs rouges et désagréables pour le sujet. Le pôle N attire le sujet, le pôle S le repousse.
Action des couronnes aimantées . — La couronne aimantée plaeée sur la tête d’un malade et reportée sur la tête du sujet à l’état de léthargie opère le transfert de la maladie (*2j.
Action des métaux. — Les métaux ont une action caractéristique et particulière à chaque métal sur les sujets hypnotisés. L’or brûle, le cuivre peut réveiller un sujet à l’état somnambulique, le plomb étouffe. Ces expériences viennent confirmer les recherches du D‘’ Burq sur la Métallothérapie (3).
Action du Pentagramme . — Le Pentagramme droit agit sur les sujets à l’état somnambulique comme le pôle N de l’aimant, et renversé, le Pentagramme agit comme le pôle S. Cette expérience, qui nous est person-
(1) Luys, Annales de Psychiatrie, A. de Rochas. L’extériorisation de la sensibilité.
(2) Luys et Encausse. Du transfert au moyen des couronnes aimantées. Communication à la Sociélé de biologie.
Traitement externe et psychiiiue des maladies
nerveuses.
(3) Pour la métallothérapie, voir les omrages du D’’ Burq et l'élude de Jollivet Caslelot dans {'Initiation.
nelle, a été contrôlée et affirmée en Belgique clans notre branche Kumris, et à Paris par M. de Constantin, le magnétiseur bien connu.
Du transfert des matadies. — Le sujet étant à l'état léthargique, on fait prendre les mains par un malade quelconque. On promène un aimant (pôle N) entre le malade et le sujet, puis on fait passer le sujet à l’état somnambulique. On interroge alors le sujet c[ui prétend être la personnalité du malade et décrit tous les symptômes éprouvés. On enlève ensuite par suggestion la maladie ainsi transférée au sujet et l’on réveille le sujet.
Les maladies nerveuses de tous genres sont rapidement améliorées par ce traitement (1).
On peut également opérer le transfert d’une contracture d’un côté du corps à l’autre côté sur un malade hy.stérique à l’état de veille et cela en promenant un aimant d’un côté à l’autre (2).
(1) D'' Encausse. Traitement externe et psychique des maladies nerveuses.
(2) Babinsky. Des transferts.
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE II
MAGIE ET SUGGESTION
§ 1. — Enseignement de la Magie au sujet des Etats superficiels et de la Suggestion.
Nous avons dit précédemment que la Magie explique tous les faits hypnotiques par la réaction de l’idée sur le corps astral et par l’action du corps astral sur le corps physique.
C’est ainsi que se rattachent au domaine de l’hypnose superficielle outre les faits de suggestion :
1» Le phénomène du remords ;
2® Les faits de Médecine psychique, quand l’action produite dérive directement de l'idée ou agit directementsur l’idée et les faits de stigmatisation dérivée d’une autre source que la suggestion.
Ces divers phénomènes, et d’autres du même ordre, sont produits par la vitalisation intense d’une idée qui devient sur le plan invisible une force d’un genre particulier nommée élémental (1). Cette idée vivante naît et meurt à l’instant fixé par la volonté de son créateur; l’hypnotiseur, dure, autant qu il lui a été enjoint par le verbe humain de durer et accomplit toutes les actions sur le corps astral qu’il lui a été commandé d’accomplir.
Quand l’idée est douée d’une vitalisation plus intense,
(1) Voyez Vélude SUT les Elémeytlals dans le chapitre suivant pour plus de détails.
LA MAGIE ET L’ilYPNÛSE
et que la durée de son action sur les centres inférieurs de l’homme ne dépasse pas un certain temps, il y a simplement suggestion', nous verrons tout à Theure les dé- tails sur ce point.
Quand l’idée est puissamment dynamisée et rattachée à un centre invisible doué d’une tension extrêmement élevée, que cette tension soit due à la foi qui magnétise un centre, ou à toute autre cause, nous voyons nombre de faits de Médecine Psychique dans lesquels des influences du plan divin peuvent réellement intervenir.
Le remords se rattache aussi aux phénomènes de réaction du corps astral sur le corps physique sous Linfluence d’une idée dont l'origine est, soit dans le criminel, soit dans l’élémentaire dans le cas d’assassinat.
En résumé il faut bien distinguer les faits où l’idée agit seule sur l’être astral et qui constituent le phénomène de suggestion dans toutes scs divisions des faits où une autre influence vient s’ajouter à l’idée ce qui donne naissance aux phénomènes de la Médecine psychique et du remords.
§ 2. — De la suggestion.
La suggestion est, d’après les enseignements de l’ésotérisme la Création d’une Idée vivante agissant en mode impulsif sur le cerveau.
Une personne peut agir par suggestion sur une autre personne AlteroSug gestion ou sur elle-même Auto- Suggestion.
Cette action peut être faite à l’état de veille (action opérée souvent par les Fakirs) à l’état de crédulité (méthode de l’Ecole de Nanc^) ou dans un des états d’hypnotisme franc de l’Ecole de Paris.
On peut suggérer soit par la parole directement {suggestion verbale), soit par les images et les gestes [sug-
gestion mimée)^ soit par la pensée sans paroles ni gestes {suggestion mentale).
De plus, la suggestion peut être faite pour se réaliser à l’instant {suggestion immédiate) ou pour se réaliser dans une minute, dans un ou plusieurs jours, mois ou même années {suggestion k temps) (1).
Toutes les variétés de suggestion ainsi réalisées peuvent agir de trois manières ;
1° Sur les centres postérieurs du cerveau, c’est-à-dire sur la sensibilité en créant ce que nous appelons des images idéales (2) ;
2° Sur les centres antérieurs du cerveau, c'est-à-dire sur la motricité en créant ce que nous appelons des actions impulsives.
3“ Enfin sur les centres de la vie organique, centres sympathiques en créant des stigmates ou modification des tissus.
Ces stigmates peuvent être créés dans l’intérieur de l’organisme comme par exemple les envies et les nœvi créés par l’imagination de la mère sur son enfant, ou à l’extérieur comme la plupart des stigmates créés, soit par altero-suggestion, soit par auto-suggestion.
Il faut réserver en dehors de cette classification les cas où les stigmates ont une origine double ; élémental et élémentaire, ou élémental et influence céleste.
(1) Voii’ pour tous les exemples de ces diverses suggestions l’excellent livre De la Stigrjestion.
(2) Vuy. noire étude sur les Images astrales dans le cliap. IT.
LA MAGIE ET L’IIATNOSE
CLASSIFICATION DES DIVERS GENRES DE SUGGESTION
L’Être Idée est créé par la Volonté d’une Personne dans le cerveau d’une
autre Personne.
Altéro-Suggestion
Suggestion
ou création d’une
Idée - Vita-^ Usée.
(Idée-force — Être Idée).
Sur la sensibilité]
(centres posté- rieurs).
Auto-Suggestion
L’Être Idée est créé par la Volonté d’une Personne dans son propre cerveau.
Image
Idéale
Sur les organes non-
Iconscients 1 (centres i ou sympathi - ] externes ques)
Stigmates
dérivés
internes
Sur la Motricité
(centres
anté-
rieurs).
Action
impulsive
LA MAGIE ET L llYI’NOSE
§ 3 et 4. — Suggestion dans les états pré-hypnotiques.
On a beaucoup écrit sur la question de savoir quelle part la suggestion devait avoir dans l’entraînement desassemblées par les orateurs éminents, ou dans l’entraî- nement des foules par les fanatiques en cas do révolution et d’émeute. Le D'’ Luys a publié plusieurs articles sur ce sujet dant les Annalesde Pf^ychiàtrie etd'Hypnologie.
Il est cependant facile de se rendre compte que la suggestion ne créant dans ce cas que des impulsions^ la volonté reste maîtresse de la décision définitive et que cette décision dépendra uniquement de la puissance que possède chaque membre de l’assemblée sur les impulsions de son organisme.
Les Indous et les membres avancés des fraternités, initiatiques excellent dans la production d'images idéaZes capables d’impressionner une foule.
D’autre part, l’École de Nancy a publié de nombreux travaux sur la suggestion à l’état de crédulité qui est un des puissants moyens d’action de V Armée du Salut non seulement sur les profanes, mais encore sur lesmembres entre eux.
Voici un exemple de ce genre de suggestion : Magie indienne et cafre (1).
« Ce que M. Kellar a vu lui-même est le phénomène de la « lévitation », la suspension, — contrairement à la pesanteur d’un corps humain en l’air, — et aussi la suspension de la vie, comme dans la tentative de Secundra Dass dans le Master of Ballantree . La lévitation est fréquente dans les légendes des saints et dans celles de Plotin le néoplatonicien. L’explication
(1) Article traduit du Baüy Neiüs parM. Lemerle, 23 février 1893,. d’après la North American Revieic [Initiation, août 1893).
naturelle est que, absorbé dans sa pensée ou en extase, le saint croit qu’il est en lévitation et que ses fervents croient le saint. Mais M. Kellar a vu la chose exécutée en présence du prince de Galles et de plusieurs milliers d’assistants. L’endroit futleMeidam, àCalcutta,en 1875, l’opérateur un fakir de haut rang. La méthode fut la suivante : trois épées furent assujetties à terre, les pointes tournées en haut ; un jeune fakir fut « mesmé- risé » ; quand son corps fut devenu rigide, il fut couché sur les pointes des épées, la plus basse étant à la base de la colonne vertébrale. Les épées furent alors enlevées, tandis que le corps restait suspendu par des fils métalliques. M. Kellar n’a probablement pas connaissance de ce fait dont il ne fait pas mention. D’autre part, un témoignagne inattaquable est offert par l’histoire suivante : Un officier anglais, apercevant des jongleurs indiens ordinaires (non de haute caste), les appela chez lui où ils exécutèrent le tour de l’épée, décrit par M. Kellar, sur une femme de leur troupe. Elle ne portait qu’une étoffe à la ceinture ; une épée fut mise à terre, la pointe sous son coude. Le corps garda la position horizontale sans autre support que l’unique pointe d’épée. L’officier et le chirurgien du régiment l’examinèrent de près et même touchèrent tout autour du corps, de manière à être bien certains qu’il n’y avait ni mécanique ni « déception », comme dit Bosco. Le tour qui embarrassa M. Kellar « colla » naturellement ces observateurs anglais. On peut certifier un autre tour du pays. Il est bon, quoique pas aussi étonnant. Une jongleuse dit à un Anglais de mettre une roupie dans sa main, à lui, et de regarder entre ses doigts clos de manière à être bien certain que la pièce fût là. Puis elle lui fît tourner la main, les jointures en dessus ; elle frappa les jointures avec une baguette, quelque chose grouilla dans sa main, il l’ouvrit : un mille-pattes en tomba, mais de roupie, point.
« Le dernier cas de lévitation de M. Kellar vient du Jujuland. L’opérateur était un« docteur » sorcier, « de la classe décrite maintes fois par Rider Haggard avec « grande exactitude ». Il en est question dans deux des contes de M. Haggard, « Alain wife » et « Nada the Lily ». Dans le premier, le docteur sorcier dit àM. Alan Quaterman qu’il est « capable de faire voir « aux hommes ce qu’ils ne voient pas », — par charme ou suggestion hypnotique, apparemment. — On peut trouver un autre exemple dans le dernier ouvrage non publié deM. Leslie sur les Zoulouschez lesquels il fut missionnaire. Les voyants zoulous l’intriguèrent autant que les < Jessakeeds » intriguèrent les premiers Jésuites en Amérique et Hearne sur le Copper River. Hearne vit des choses qu’il savait impossibles; il conclut qu’il ne les avait pas vues, mais qu’il ne pouvait découvrir la méthode. M. Kellar a de sérieux avantages dans ce genre de recherches. Ceux qui recueillent les contes populaires réussissent mieux auprès des paysans sauvages et défiants en leur parlant un peu d’eux-mêmes et les amenant ainsi à vider leur propre fonds de légendes. Dans le même ordre d’idées, M. Kellar exécuta plusieurs de ses propres tours devant les Zoulous à la « Duun’s Réservation ». Avant la guerre zouloue, un magicien zoulou fut ainsi conduit à montrer son art. Il lia un bâton noueux, ou un gourdin à tête ronde à une courtelanière de cuir neuf. Un jeune guerrier fit de même et ils se tinrent à six pieds environ l’un de l’autre faisant tournoyer leurs gourdins au-dessus de leurs têtes. C’était le soir et ils étaient devant le feu du camp. Quand les gourdins se touchèrent presque, des étincelles « passèrent ou semblèrent passer de l’un à l’autre. La « troisième fois, une explosion se produisit : le gourdin « du jeune homme fut brisé en pièces et le guerrier « tomba à terre comme sans vie. » Le magicien se mit alors à agiter de longues tiges d’herbes au-dessus
de la tête du jeune homme. L’herbe « semblait « brûler dans ce mouvement et se consumait « lentement en pétillant avec bruit. » Le magicien approcha plus près et agita doucement l’herbe enflammée sur le personnage couché, à environ un pied du corps. <( A mon étonnement, le corps s’éleva lentement du sol, « et flotta en l’air à une hauteur d’environ trois pieds, «restant suspendu et s’abaissant, suivant que les « passes faites avec l’herbe en feu étaient plus lentes « ou plus rapides ». Quand l’herbe fut tombée à terre, consumée, le personnage s’affaissa et, après quelques passes du docteur, sauta sur ses pieds, sans aucun mal, «t reprit franchement sa respiration. De deux choses l’une : ou M. Kellar a vu cette opération, ou il a manqué sa vocation et devrait écrire des romans d’aventure. Un autre récit montre plusieurs fakirs dansant dans une chambre vide ordinaire, jusqu’à ce qu’ils se confondirent tous en un seul fakir qui s’avança et salua, à la vue de tout le monde, le reste de la chambre où il avait dansé étant vide de personnes et de mobilier. Puis il dansa de nouveau, et ses trois amis se dégagèrent de sa personne et s’évanouirent encore; on ne put les trouver dans la pièce dont le fond n’avait ni portes, ni fenêtres, ni trappes.
« La troisième histoire d’enterrement volontaire pour quarante jours, à la façon de Secundra Dass, est donnée sous l’autorité du général Medley. Dans la propre expé- rience de M. Kellar, à Secunbcraban, le sujet ne fît que mourir (autant qu’on peut l’aflirmer) et revenir à la vie.
« Ces histoires sont communes dans l’Inde. M. Kellar ne peut donner aucune explication. Il renvoie à Marco Polo, dont le récit a été annoté par le colonel Yule. Le colonel lui-même ne fut jamais témoin d’aucun de ces plus étonnants exploits, malgré sa grande expérience. Pour M. Kellar, il est hors de doute que les magiciens <( ont conquis des forces naturelles qui nous semblent
inaccessibles ». Malheureusement les monuments égyptiens ne nous disent rien des faits semblables mentionnés dans l’Exode. Il est juste d’ajouter que Eglinton a étonné M. Kellar par une lévitation, mais c’était dans l’obscurité ! »
§ 5. — La suggestion verbale à l’état hypnotique.
Le sujet hypnotisé est doué de la faculté de percevoir des forces et des états de la substance que nous ne pouvons qu’imaginer à l’état de veille et dans les conditions ordinaires de la vie.
Je dis à un sujet hypnotisé et placé à l’état somnambulique : il y a sur cette table une rose. L’idée de la rose que je donne à l’être impulsif du sujet se réalise immé- diatement sur le plan physique et le sujet voit une rose ; non pas dans sa tête, dans son imagination, mais bien sur la table. Il la voit réellement, positivement (1).
L’expérimentateur ordinaire s’arrête à cette constatation et passe à d’autres exercices.
§ 6. — De la suggestion mentale.
Les personnes peu au courant des phénomènes hypnotiques expliquent la plupart des faits inexplicables par une prétendue suggestion mentale s’exerçant de l’hypnotiseur sur le sujet.
Or, cette suggestion mentale est très rare et très difficile à obtenir sur des sujets placés à l’un des trois états classiques de l’hypnose.
Nous avons étudié deux sujets à ce point de vue : Zamora etOnofroff et nous avons pu obtenir, mais avec beaucoup de difficulté, des faits très nets de suggestion mentale d'actes ; mais nous n’avons jamais pu obtenir la moindre suggestion mentale d'idées.
(1) Voyez pour détails les Impressions d'un magnétisé.
La plupart des faits de ce genre donnés comme phé- nomènes de suggestion mentale à distance sont dus à la prestidigitation (du moins en Occident) et ne méritent pas d’attirer l’attention du magiste.
Voici un résumé des meilleures expériences faites sur la transmission à'actes et àe, formes.
Transmission immédiate de la volonté Expériences conduites et communiquées par Albert de Eotzincj.
(Traduit par Y. le Loup, Le Sphinx, III, 13 janvier 1887.)
Quoique quelques représentants éminents de la science moderne, par des expériences nombreuses et faites avec soin, aient déjà prouvé les faits de la suggestion dans l’hypnose, aussi bien que ceux de la transmission métaphysique de la pensée et de la volonté, — ce qui constitue cependant la majorité du monde savant, surtout en Allemagne, reste encore étranger, ou même tout à fait hostile à ces manifestations remarquables. Dans ces conditions, il est d’autant plus du devoir des revues qui traitent de ces questions de redoubler leurs appels à la science officielle par des comptes rendus de faits matériels dignes de foi et embrassant un large cercle d’idées; — pour qu’enfin cette dernière commence l’exploration d’un territoire, dont la connaissance est si intéressante et de si haute importance à l’égard des sciences pratiques, comme la médecine et la jurisprudence. C’est pourquoi l’auteur de cet article n’hésite pas à rendre publiques les expériences suivantes, qu’il a dirigées aussi consciencieusement qu’il est possible de le faire dans une réunion privée.
L’excitation à des expériences de ce genre était un sujet d’entretien dans notre cercle intime. Des faits de transmission métaphysique de la volonté, que j’affirmais être véridiques, furent mis en doute, de telle sorte que je me décidai de faire au moins l’essai de les
LA MAGIE ET L’ilYl'XO'SE
démontrer expérimentalement, malgré que la réussite ne m’en semblât pas certaine. Cependant j’eus le plaisir de motiver mes assertions, en plusieurs circonstances. Les dix essais suivants, faits chez moi le 16 juillet 1886, et immédiatement notés, me semblent particulièrement convenir à la publication. Deux messieurs très bien connus de moi prirent part aux expériences ; ils s’engagèrent auparavant à m’assister le plus scrupuleusement possible dans ces recherches; M. Spiro faisait office de récepteur, pendant que le docteur Grote désignait les ordres pensés à accomplir, que j’essayais à mon tour de transmettre à M. Spiro.
Les expériences furent faites selon la méthode suivante. Sur notre désir, le sujet se laissait d’abord soigneusement bander les yeux avec une toile de lin, puis se plaçait près de la porte, le corps tourné vers la sortie; le docteur Grote était assis derrière lui, à l’autre extrémité de la chambre, et pouvait ainsi observer avec précision tous les mouvements du sujet; il lui avait été instamment recommandé d’éviter toute ingé- rence, qui eût pu déranger le cours des expériences. Dans cette situation, j’étais convenu avec le docteur Grote de ne pas toucher l’objet à trouver, ni de le désigner par signes. Et comme nos arrangements se concluaientsans parler ni faire de bruit, la possibilité d’une indication par l’un des sens physiques était donc supprimée. Au début de chaque essai, je faisais retourner le sujet de manière à ce que son corps fût dirigé vers nous, je me plaçais à un demi-pas derrière lui et tenais ma main droite élevée de vingt à trente centimètres audessus de sa tête. Dans cette position, je le suivais où il allait, et je cherchais, par la concentration de ma pensée sur l’objet à trouver, à influer sur ses mouvements. Pendant la première expérience, le pouce de ma main droite toucha le poignet gauche de M. Spiro pour éprouver sa sensibilité qui m’était encore douteuse. —
Les neuf autres expériences furent faites sans contact comme il est indiqué plus haut.
Expérience première. — Le sujet devait prendre un verre plein posé sur la table et le boire. Le sujet, touché par moi à la main gauche, se mit, sans hésitation, à marcher dans la direction de la table, en tâtonnant prudemment comme un aveugle, et, parmi divers objets dont la table était chargée, prit le verre de sa main droite et le but.
Expérience II. — Me montrant une poche de son habit, M. le D'' Grote, m’exprima le désir qu’on lui enlevât son mouchoir. M. Spiro exécuta ce commandement intellectuel dans un très court espace de temps et sans contact.
Expérience III. — Je cherchai à donner au sujet la pensée de prendre une allumette dans une boîte posée sur la table, et après l’avoir mise en ignition, d’en allumer un flambeau placé tout près de là ; ce qu’il exécuta ponctuellement.
Expérience IV. — Le sujet fut contraint d’aller au sofa et d’en prendre un coussin.
Expérience V. — M.le D'' Grote et moi convînmes de la manière expliquée plus haut, qu’une salière cachée près d’un casier de livres, serait mise à un endroit de ce casier désigné à l’avance ; cet essai réussit également.
Expérience VI. — Un étui à cigarettes caché sur une chaise sous le pardessus de M. le D'" Grote devait être trouvé, et le fut en effet.
Expérience VII, — Le meme étui mis sur le bureau
SOUS un serre-papier devait nous être présenté; ce que fit le sujet.
Expérience VIJl. — M. le D' Grote me donna à comprendre qu’il désirait qu’un chapeau posé sur un portemanteau lui fût mis sur la tête ; M. Spiro prit le chapeau, mais ce fut à moi qu’il le mit.
Expérience IX. — Sur un coffret bas, se trouvait une trentaine de revues, reliées semblablement ; l’une d’entre elles, désignée au préalable, devait en être extraite. Le coffret se trouvait éloigné d’environ trois mètres du sujet. Malgré le commencement de fatigue qui rendait le sujet plus difficile à influencer, celui-ci prit quelque peu, la direction du coffret, et, du premier coup, choisit dans le paquet de Revues celle que nous avions désignée.
Expérience X. — Un objet, déterminé à l’avance, devait être retiré de la poche intérieure du vêtement de M. le D*" Grote. M. Spiro parut sentir en peu de temps l’impulsion que je lui suggérais, et se dirigea vers M. Grote, qui, à son insu, s’était levé de sa chaise et avait changé de posture; mais M. Spiro fouilla dans la poche droite au lieu de la poche gauche qui avait été désignée.
L’épuisement de plus en plus évident de M. Spiro, très explicable, car depuis le commencement de la séance on ne lui avait pas enlevé une seule fois le bandeau des yeux, nous obligea à terminer les essais. Ces deux messieurs, qui n’avaient jamais fait jusqu’alors d’expériences de cette sorte, me quittèrent vraiment convaincus de la possibilité de transmettre la volonté autrement que par les sens physiques.
Munich.
Albert de Notzing.
LA MAGIE ET L’iIYPN'ÜSE
En attestation delà justesse et de l’exactitude du pré- cédent compte rendu, ont signe :
D'H. Grote. Tii. Spiro.
§ 7. — De la suggestion à temps.
La suggestion consiste à vitaliser généralement pur le verbe, une idée qui agit en mode impulsif dans le cerveau delà personne suggérée.
Quand on dit à la personne suggérée ; Dans deux mois vous ferez tel acte, que se passe-t-il dans le plan, invisible pour nous ?
On sème une graine, un germe vivant qui sommeillera jusqu’au moment précis fixé par le verbe humain pour son réveil.
Au moment précis, l’idée sera vitalisée et « déploiera ses potentialités », elle créera dans l’organisme l’impulsion pour laquelle elle existe et elle ne cessera point d’agir tant que l’acte n’aura pas été accompli, ou que les forces vives qu’elle a générées n’aient pas été épuisées. A ce moment, l’idée cessera d'être et l’élémental temporairement créé s’éteindra comme s’éteint une flamme qui n’a plus d’aliment. Les occultistes sont depuis longtemps au courant de ces faits.
§ 8. — Des Stigmates.
L’action de l’Idée sur les centres organiques, c’est-à- dire sur le domaine particulier du corps astral, produit des marques caractéristiques sur le corps physique.
Nous distinguons les stigmates produits à l’extérieur de l’organisme de ceux produits à l’intérieur comme c’est le cas des nœvi et des diverses marques imprimées, sous l’influence humaine, par l’imagination de la mère dans le corps de l’enfant en gestation.
(1) Voy. pour détails Traité élémentaire de Magie pratique.
T
LA JIAGIE ET L’ilYPXOSE 45
Dans les stigmates produits à l’extérieur, il faut encore faire une distinction, de pure forme du reste, entre les stigmates produits par altero-sug g es Lion comme ce fut le cas à Nancy, où les lésions organiques du vésicatoire furent empêchées, alors qu’on produisit des lésions rappelant les stigmates par simple suggestion et les stigmates produits par autosuggestion, casle plus fréquent.
STIGMATES ET STIGMATISÉS (1)
Nous citerons à ce propos les remarques suivantes extraites d’un article du D'' Cari du Prel.
Le D"" du Prel, le plus profond et le plus érudit des mystiques de notre temps, s’occupe de la question dans l’un des récents numéros de la Zukunft (n” 21, 1895). Pour lui, la stigmatisation sur l’organisme est l’une des plus claires sources où l’on puisse puiser des arguments contre le matérialisme. Celui-ci professe que la pensée n’est qu’une sécrétion cérébrale. On sait que le spiritualisme moderne renverse la proposition. Le D'' Cari du Prel estime que c’est, au contraire, l’âme qui est l’architecte du corps, et que celui-ci n’est que l’instrument de l’esprit.
« Il insiste surtout sur le cas de François d’Assise, qui n’est pas seulement le premier en date (1224) des stigmatisés, mais qui en est aussi le plus saisissant. On trouve chez lui l’expression suprême du phénomène de la stigmatisation. Les trous de ses mains et de ses pieds étaient tels qu’il les avait contemplés peu auparavant sur une image du Crucifié, et son côté droit était positivement comme percé d’un coup de lance. Les plaies de ses extrémités béaient très notablement et étaient sanguinolentes. Dans leur milieu, on voyait des clous formés d’excroissances de tissu cellulaire,
et ces clous étaient noirs et durs comme le fer dont ils avaient la couleur ; ils étaient pointus d’un côté, et de l’autre ils avaient une tête rabattue, de telle sorte qu’entre elle et la peau on pouvait insinuer un doigt. Ils étaient mobiles en tous sens, et, lorsqu’on appuyait sur l’une de leurs extrémités, on voyait se redresser l’autre. Cependant, ils ne pouvaient être arrachés ; même après la mort du stigmatisé, ce fut en vain que sainte Claire s’y efforça. La plaie du côté était longue de trois doigts, assez large et assez profonde, et fré- quemment elle humectait de sang les vêtements du saint. Ajoutons que jamais aucune de ces plaies ne vint à s’enflammer, ni à suppurer, et que jamais aucun soin médical ne leur fut donné.
« On peut citer, parmi les autres cas de stigmatisation ceux de Catherine Emmerich, de Maria Mœrl et de Louise Lateau. La grande majorité des stigmatisés appartiennent au sexe féminin.
« L’Eglise catholique considère la stigmatisation comme un miracle destiné à bien établir que la version romaine du christianisme est la seule qui assure le salut. Il est difficile de s’en tenir à cette explication. D’abord, un miracle qui, tantôt s’effectue intégralement, tantôt ne se manifeste qu’à moitié, et tantôt s’arrête dès la première phase, n’est pas un miracle. Puis, la stigmatisation se rencontre dans l’histoire des hérésies. Enfin, elle peut être déterminée artificiellement.
« Jacques de Voragine, l’auteur de la Légende dorée (xiii® siècle), plus tard Corneille Agrippa et Giordano Bruno, le philosophe brûlé à Rome en 1609, estiment que la cause principale du phénomène réside dans la puissance d’imagination qui fait ressentir positivement aux sujets les souffrances du Christ, jusqu’à en faire « transparaître les marques sur leur propre corps » Parmi les modernes, Gœrres, l’auteur de la Mystique
Chrétienne, et Tholuck n’ont pas une autre opinion, et le D'' Cari du Prel les approuve. »
§ 9. — Des Influences d’ordre plus élevé que la simple suggestion.
Du Démords.
Le phénomène du Remords est un des plus intéressants exemples de l’action de l’idée vitalisée par un élémentaire sur la conscience, c’est-à-dire sur la lumière intérieure de l’être.
Ici nous sortons du domaine étroit de la suggestion car à l’idée vivante vient s’ajouter l’action constante d’une autre entité du monde invisible. C’est donc par une erreur capitale que les matérialistes ont voulu voir dans ce phénomène un simple fait d’auto-suggestion.
Comme exemple bien curieux de l’action sur le plan invisible d’un élémentaire : Gouffé, nous citerons l’affaire dans laquelle le chef de la Sûreté a été l’objet d’une bien singulière obsession.
L’Affaire Gouffé.
Un événement qui vient de préoccuper tous les psychologues de la presse quotidienne remet en cause la question du remords : nous voulons parler de Gabrielle Bompard et de son action peu explicable pour beaucoup de philosophes.
Une jeune femme quelque peu nerveuse fd’un tempérament N, S.) pouvant presque sûrement échapper à la justice, vient d’elle-même se livrer sans trop savoir pourquoi.
Il serait hasardeux de prétendre que le remords entre pour quelque chose dans cette action. Cependant un peu de réflexion semble conduire assez logiquement à cette
LA MAGIE ET L'IIAM’NOSE
idée. Il faut en effet bien comprendre ce qu’on entend par ce terme de remords avant d’entrer dans aucune explication complémentaire.
Généralement le remords est conçu comme un état de malaise qui hante le criminel jusqu’au moment où il se décide à avouer son crime. Cet état est d^’origine psychologique et touche par bien des points aux études de pathologie mentale, chères à beaucoup de nos hypnotiseurs actuels.
Quelle est la cause de cet état particulier? L’occultisme donne une explication fort originale à ce sujet.
Nos idées deviennent, dès qu’elles sont exécutées, des ÊTRES RÉELS : êtres invisibles agissant invisiblement, mais sûrement sur l’homme.
Ces êtres sont bons ou mauvais suivant le genre d’idée ; ils vivent, de par leur fusion avec une des forces inconscientes de la nature (un élémental), plus ou moins longtemps, suivant la force cérébrale qui leur a donné naissance.
Pendant qu’ils vivent, ils se nourrissent de notre propre vitalité et agissent sur nous par l’intermédiaire du système nerveux inconscient (grand sympathique).
Le remords est la manifestation d’un de ces êtres, être d’autant plus puissant qu’il peut être vitelisé encore davantage par l’influence occulte de la victime. Ce remords peut donc agir de deux façons :
1“ Le criminel se rend compte de la hantise dont il est l’objet, il souffre sans savoir exactement le siège de sa douleur, quoiqu’il comprenne parfaitement ['origine même de cette douleur. Le remords est alors conscient ;
2“ Le criminel subit mconsciem ment Vmûoence des êtres invisibles qui l’entourent ; et si ce criminel est faible de caractère, comme une Parisienne en général, et nerveux par surcroit, il obéit, sans s’en rendre lîompte, aux impulsions du monde invisible qu’il porte en lui et qui l’entoure.
Application dc la Magib aux siijuis h\pnoiisûs hilUuiicc des nombres.
C’est ce second cas qui s’appliquerait à Gabrielle Bompard.
Il y a bien des points curieux dans cette affaire' Gouffé.
Avez-vous réfléchi à cette chose singulière qu’alors que le cadavre de Millery avait été considéré comme un inconnu vulgaire et, de ce fait, jeté avec trois autres dans une fosse commune, un garçon d’amphithéâtre eut l’idée de lui mettre un chapeau. Pourquoi cette idée de mettre une coiffure à un des trois cadavres, et justement à celui-là?
Ceux qui savent que le hasard n'existe pas pourront, méditer sur ce point.
D’où vient aussi que le chef de la Sûreté ait été hanté par l’idée qu’il n’avait pas vérifié l’existence ou la disparition d’une molaire de cet inconnu de Millery, à tel point qu’il retourna là-bas, cfu’il fit déterrer le cadavre (reconnaissable au fameux chapeau) et qu’il constata avec étonnement que son idée était juste et qu’il avait eu raison d’ohéir à Vobsession.
N’ouhlions pas non plus que la Lanterne avait publié quatre mois à l’avance les révélations d’une somnambule annonçant c[ue les assassins se livreraient au mois de janvier, ce qui a eu lieu. Cette somnambule est M'"® veuve Aufïinger, la mère du directeur de la Chaîne Magnétique.
§ 10. — De la Psychurgie.
A côté de la Médecine matérialiste qui demande à des substances la guérison des maladies il existe d’autres médecines fort peu connues de nos jours.
La Médecine Hermétique qui agit bien au moyen de substances, mais après les avoir dynamisées par les influences astrales.
La Médecine Psychique qui agit directement sur
l’âme soit au moyen des images ou des opérations faites à distance sur la nature, soit même en plaçant le malade dans un courant de magnétisme hautement dynamisé.
Enfin la. Médecine Théurgique ou Théurgie qui agit directement sur l’esprit au moyen d’influences célestes.
C’est la seconde de ces sciences, la Psychurgie, dont nous devons surtout parler ici.
Nous allons donc transcrire quelques faits :
1° Se rapportant à des cures sympathiques par l’action de l’âme sur Tâmo ;
2“ Se rapportant à des cures dites miraculeuses par l’action d’un courant dynamique d’ordre très élevé.
THÉURGIE
Une guérison de Philippe.
« Monsieur le Directeur du Tintamarre.
« J’ai eu le plaisir de lire dans votre estimable journal certains faits relatifs à diverses guérisons obtenues par M. Philippe, luttant contre des maladies reconnues incurables par les médecins.
« Je suis, en ma qualité de père de famille, particulièrement heureux de venir aujourd’hui apporter un témoignage de reconnaissance que je vous prie, avec votre permission, de signaler dans un de vos prochains numéros.
« Voici les faits, lesquels sont indéniables :
« Il y a trois ans, ma petite fille Marguerite, alors âgée de cinq ans, fut atteinte d’une bronchite tuberculeuse; on la confia aux soins de M. le docteur C... qui lui fit suivre un traitement de trois semaines, lequel n’apporta aucune amélioration à l’état de ma pauvre mala.le.
« Par délicatesse et ayant grande confiance en M. le docteur G..., je ne voulus écouter le conseil de voir Philippe qu’après avoir consulté le susdit d’une façon
LA MAGIE ET L’RYPXOSE
sérieuse sur l’espoir que j’avais de conserver mon enfant. M. le docteur C..., en présence de M. et Mme Bévy, propriétaires, rue Denfert-Rochereau, n“ 49, déclara qu’il y avait impossibilité à guérir ma petite fille et qu’elle était perdue ; elle était effectivement sans connaissance depuis 24 heures, avec tous les symptômes de l’agonie.
« En présence de cette situation désespérée, je n’hésitai plus et malgré mon scepticisme, j’envoyai mon ami ainsi qu’une amie de ma femme, Mme Dorel, rue Franklin, n“ 57, chez M. Philippe, qui leur dit ceci: « Rentrez chez vous sans inquiétude, l’enfant est sauvée, donnez-lui ce qu’elle désirera. »
« Preuve évidente! au même instant ma fille reprit connaissance et demanda à boire, à notre grande surprise, nous qui attendions l’heure fatale. Elle fut, dès ce jour, guérie ! j’étais tellement surpris que je n’osais attribuer cette guérison rapide et surnaturelle à son auteur, M. Philippe.
« Depuis j’ai eu, en moult circonstances, l’occasion de constater diverses cures merveilleuses, en ce sens qu’il n’y a jamais aucune médecine à prendre.
« Que ce simple témoignage, qui est l’expression de l’entière vérité, ajoute un fleuron de plus à la palme de reconnaissance offerte à M. Philippe et qu’il me soit permis de le remercier de m'avoir sauvé mon enfant.
<t Agréez, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération distinguée.
« Laurent, 105, rue Bossuet, Lyon, »
§ 11. — La Médecine Hermétique (1).
A Monsieur Parus, président du G. E.
Mon cher Papus,
Voici la petite histoire que vous m’avez demandée par écrit.
(1) Initiation.
Un do mes amis contracta dernièrement à la suite d’un mauvais régime et de fatigues physiques trop prolongées, une synovite :1a marche lui était devenue en deux ou trois jours presque impossible.
Je lui proposai de tenter une cure par une méthode renouvelée de Paracelse, et que je lui expliquai : ayant modelé avec de la cire et de l’huile une petite réduction du siège de l’inflammation, j’agis une nuit, pendant que le sujet était livré au sommeil, avec l’intention d’arrêter cette inilammation ; mon action dura une heure : il est bon de dire que nos demeures étaient séparées par une dizaine de kilomètres. Le surlendemain je vis arriver mon ami enchanté en me remerciant avec effusion : toute douleur était disparue et il avait pu faire une marche de huit lieues sans fatigue.
Je suis bien cordialement votre dévoué :
SÉDIR.
Nous pouvons ajouter que notre ami Sédir a obtenu depuis de nombreuses guérisons, soit par cette méthode, soit par l’emploi de talismans.
Une Cure.
Lord Dembigh, un des plus grands seigneurs irlandais, et par conséquent très catholique, décrit la cure miraculeuse faite à sa femme. Lady Dembigh Lambers Fielding, qui avait une sciatique de la pire espèce ; elle fut guérie par une paysanne près de Faliquo, dont la famille avait un pouvoir miraculeux de guérir qui provenait de loin, puisqu’il datait de saint Pierre et saint Paul. Cette famille se nommait Camelli. Ils reçurent les apôtres pendant un grand orage ; comme récompense, elle obtint le pouvoir par l’évocation et le signe de croix, et pouvait guérir tous les rhumatismes et autres souffrances. Ce pouvoir concernait seulement les descen-
dants mâles d’une ligne directe et habitants do l’endroit. Lord Dembigh connaissait des cas bien extraordinaires qu’il venai': d’expérimenter pendant les trois dernières années de sa vie, des cures instantanées par les memes moyens.
[Review O f Revie ws s 8 juin 18‘J2).
Angleterre. — Une vive agitation règne à Glascow et aux environs. Une foule de malades assiègent le couvent deDalbeith, où un jeune prêtre catholique, nommé Larkin, opère, dit-on, des miracles par la prière, et l’imposition des mains. Des infirmes, des paralytiques, des gens perclus, après avoir été admis en sa présence, s’en retournent guéris ???
Thérapeutique suggestive. — Un cas singulier de
guérison.
Voici aujourd’hui un cas de suggestion à l’état de veille, qui ne manque pas d’intérêt. C’est une contrepartie de l’expérience faite autrefois par MM. Focachon et Liégeois pour produire des phlyctènes sur la peau, comme s’il y avait eu apport d’un vésicatoire, par la simple suggestion pendant le sommeil hypnotique. Cette fois, il s’agit, au contraire, de la disparition par simple commandement, de produits pathologiques organisés. M. Gibert, que nous citions dernièrement à propos d’un cas de guérison d’une chorée grave par commandement, a voulu démontrer à M. P. Janet, qui niait le fait, que réellement, par suggestion, on parviendrait à faire disparaître des verrues, par exemple, accumulées sur la peau, M. le docteur Gibert choisit un jeune garçon de treize ans qu’on lui avait conduit au Dispensaire parce qu’il ne pouvait plus se servir de ses mains ni pour écrire, ni pour manger. La face dorsale des deux mains était envahie par une multitude de verrues qui entou-
raient même les ongles. Les verrues cessaient au pli de la peau qui sépare la main du poignet.
En réalité, le dessus de la main disparaissait entièrement, les doigts étaient immobilisés ; l’enfant était réduit à un état d’infirmité complet, « Jeréunis au Dispensaire, dit M. Gilbert, un certain nombre de médecins, etM. P. Janet, pour lequel la démonstration était préparée. Je leur demandai une seule chose, c’était d’être aussi sérieux et solennels que moi, et de ne pas rire. » Le cercle formé, il prit l’enfant parles deux mains; puis, le fixant dans les yeux, il lui demanda à haute et forte voix : « Veux-tu être guéri? » Comme le jeune sujet répondait mollement, la question fut répétée énergiquement à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il répondît avec un accent de conviction : « Oui, Monsieur, je veux être guéri. » Alors, dit M. Gibert, prends garde. Je vais te laver avec de l’eau bleue ; mais si dans huit jours tu n’es pas guéri, je te laverai avec de l’eau jaune, et l’eau jaune cautérise. Cécile apporte-moi de l’eau bleue. » Puis M. Gibert lui badigeonna les mains avec une eau quelconque légèrement bleuie et les essuya avec soin.
Huit jours après, les verrues avaient complètement disparu, sauf deux ou trois qui semblaient être restées comme témoins de l’état antérieur. M. Gibert regarda le petit bonhomme comme la première fois et lui fit les plus vifs reproches de ce que toutes les verrues n’avaient pas disparu. Il badigeonna avec de l’eau jaune qui, sur cpmmande, procura à l’enfant une douleur imaginaire de brûlure. Quelques jours après, la peau était partout intacte et l’enfant put reprendre sa vie ordinaire. M. Gibert conclut de cette expérience curieuse qu’un produit incurable comme la verrue peut disparaître par simple influence morale ou mentale. Toutes les gué- risons du zouave Jacob ou de n’importe quel thaumaturge s’expliquent de la même manière. C’est certain, mais cela n’en est pas moins bien extraordinaire. Et nous
LA MAGIE ET L HYl’XOSE
voudrions bien voir se reproduire une seconde fois l’expérience des verrues. Pourquoi n’essayerait-on pas maintenant sur un sujet atteint d’eczéma? Ce serait bien convaincant, si le succès couronnait la tentative. Dédié ùM. Gibert.
Henri de Parville.
{Journal des Débats.)
Nous extrayons du trè'-i remarquable article de Cari du Prel, traduit et annoté par M. de Rochas dans Ylnitiation de juillet 1894, les récits suivants.
Revenons d’abord à l’an 1819. M. Le Lieure de l’Aubépin raconte dans une lettre à Deleuze des faits observés par lui sur sa somnambule extraordinaire Manette.
Il dit :
« Manette s’était endormie en ma présence en touchant à une branche de myrthe, précédemment magné- tisée par moi, après quoi je suis sorti. Lorsque je suis retourné, accompagné de mon frère qui m’aidait dans les soins que je lui ai prodigués, j’ai trouvé Manette endormie et dans une crise qui n’avait point été prévue par elle.
« Après l’avoir tranquillisée, je lui demandai d’où lui était venue cette crise ; elle m’a répondu, à mon grand étonnement, que c’était mon frère qui en était l’auteur, car il avait pincé avec ses ongles une feuille de myrthe qui était avec elle en rapport magnétique, et qu’au moment même où il le faisait, elle était tombée en proie aune crise de nerfs très douloureuse.
J’ajoute que la branche de myrthe était éloignée de 6 mètres de la malade. »
{Bibliotffèque du magnétisme animal, VIII, 115). Ainsi le hasard conduisit à une découverte qui a la plus grande ressemblance avec celle de Rochas. Le fait est bien simple. Le magnétiseur avait magnétisé une branche de myrthe qui devait le remplacer pendant son absence
et le sujet s’endormit en elïet en la touchant. Ceci pourrait à la rigueur être expliqué par l’auto-suggestion mais cette explication tombe dans la seconde partie du fait. Les effluves odiques de la malade s’étaient transportés sur la plante ; sa sensibilité avait été extériorisée ; il existait un rapport magnétique entre elle et la plante, et voilà pourquoi le léger dommage causé à la plante fut ressenti par la somnambule.
Si nous retournons plus en arrière, nous trouverons dans un écrit de 1753 un fait quin’estpoint donné comme le résultat d’un hasard, mais exposé, comme une chose parfaitement connue. Il s’agit d’un ouvrage du médecin de la cour, Andréas Tenzol, qui traite de la doctrine de la miimie humaine. On entend par mumie les substances expulsées du corps qui, parce qu’elles ont été unies à celui-ci et qu’elles ont pris part à son processus vital, sont saturées de l’Od de ce corps et le gardent sous forme d’Od extériorisé. Cet Od peut être transporté sur une plante en enterrant la mumie sous la plante par exemple ; et à ce propos Tenzel nous dit : (c II faut surtout faire attention à ne pas endommager le buisson ou la plante qui a été saturé ainsi d’une partie d*u membre par la mumie, il faut au contraire le soigner et tâcher d’avancer la croissance (1). »
Ainsi Tenzel est d’accord avec Rochas en disant que rOtl extériorisé garde sa sensibilité, qu’un rapport magnétique continue à existerentre celui-ci et sa source et qu’ainsi les influences mauvaises exercées sur ce premier se reproduiront sur la source vivante.
(RTë.nzel, Medicina diastalica. C. 7,
La photophijsiognomonie (i).
C’est presque au jour le jour qu’on voit créer des méthodes nouvelles et, pour ne parler que de celles qui nous intéressent au point de vue photographique, n’est-il pas surprenant de constater qu’à de si courts intervalles de temps, ont été acquis des travaux aussi importants que ceux du docteur Marey, de M. Lippmann, de MM. Janssen et Laussedat, sans compter les innombrables perfectionnements apportés aux procédés de photographie, aux appareils et aux formules, ainsi que les nouvelles applications photographiques, qu’on signale incessamment.
Parmi ces dernières, l’une des plus curieuses est peut-être la photophysiognomonique, déterminée récemment à Genève, par notre compatriote M. le docteur Morins-Defrance, sur une longue série d’observations qui relèvent plutôt de la psycho-physiologie que de la physiognomonie pure.
S’il est vrai qu’à des signes extérieurs du visage on peut reconnaître chez les individus des tendances, des qualités ou des défauts, des particularités même du caractère, il est encore plus incontesté que les sentiments des êtres se reflètent sur leurs traits et peuvent déceler, dans une large mesure ce qu’ils ont été et ce qu’ils pourront être. Non seulement des sentiments simples et puissants comme la joie, la douleur, l’inquiétude et la crainte, se traduisent pour tous par des transformations faciales de même nature, mais on retrouve les mêmes mouvements généraux sur tous les visages pour traduire natiirellemeni des sensations ou des états d’âme bien plus complexes comme le désir, l’intérêt, le respect, l’incrédulité, l’ignorance ou la connaissance de l’approbation.
Un sujet adulte, par exemple, étant placé de façon à pouvoir être photographié un grand nombre de fois en quelques secondes (à son insu, naturellement), on choisit un instant, où convenablement préparé pour cela, son cerveau ne se trouble point sous l’empire d’une préoccupation absorbante, et l’on produit subitement une série de sons musicaux, de telle façon que l’oreille du sujet, sans en être violemment frappée, ne puisse néanmoins ne pas en recevoir l’impression.
Aussitôt le faciès du sujet se transforme, son attitude varie et, pendant un temps plus ou moins long, il passe par une suite d’états divers qui seront autant de documents d’analyse précise pour le photophysiognomoniste.
Suivant la nature, la qualité, la succession des sons émis d’une part, et, d’autre part, la nature du sujet, son éducation, ses caractéristiques intellectuelles et physiques, les images obtenues à son insu en quelques secondes varieront.
Elles permettront au photophysiognomoniste de déterminer, d’après les formules spéciales que l’observation d’une infinité de sujets lui a déjàdonnées, sila personne soumise à cette épreuve est muscienne, l’a été ou serait organisée pour l’être ; si, ayant été musicienne, elle a abandonné cet art ; si elle en a poussé plus ou moins loin l’étude ; si elle a professé la musique ou la profese encore; si elle était instrumentiste ou cantatrice et même quel instrument elle pratiquait, etc., etc.
Dans un autre ordre d’idées, la méthode d’analyse indiquera si le sujet est nerveux ou lymphatique, doux ou violent, passif ou particulièrement réactif, si sa sensibilité est plus ou moins développée, etc., etc.
Nous abrégeons, car la nomenclature des indications que cette unique expérience fournit au photophysiugnonponiste, infiniment plus étendue que cela, paraît sans doute peu vraisemblable.
Userait assurément, en effet, imprudent de conclure
LA MAGIE ET L’ilYPN'OSE
formellement ainsi ;aussisegarde-t-on dele faire; quelque bien établies que soient les formules d’analyse, pour une seule expérience, elles ne servent que d’indices, et c’est seulement des concordances d’une nombreuse série d’expériences, très variées et souvent bien plus complexes que l’expérience audito-musicale que le photophysiognomoniste déduit les caractères typiques du sujet qu’il a voulu pénétrer.
Nous venons de dire que par l’épreuve audito-musicale le pliotophysiognomoniste pourra déterminer si le sujet est chanteur ou instrumentiste, et s’il est professeur ou s’il a tout au moins professé. Comme une telle précision d’appréciation peut sembleraupremier abord outrée, nous allons essayer de résumer, en quelques mots,, comment M. Morins explique les résultats que sa mé- thode lui donne.
Tout d’abord le pliotophysiognomoniste constate, par exemple, comme tout le monde pourrait le faire, que la personne qu’il va soumettre à son expérience a reçu une certaine éducation.
Il n’est point nécessaire d’avoir un génie spécial pour reconnaître, sous quelque costume que ce soit, si l’on est en présenee d’un individu resté dans la rusticité native ou affiné par l’éducation. Donc, il est constaté cZe visu que le sujet n’est pas une nature vulgaire. Pour se rendre mieux compte du genre d’éducation qu’il a pu recevoir, le pliotophysiognomoniste juge à propos de lui faire subir l’épreuve audito-musicale, quiaurapour effet de le renseigner sur le goût plus ou moins développé que le sujet peut avoir pour la musique.
Comme il s’agit d’impressionner un être affiné, on conçoit que l’épreuve ne va pas être la même que celle qu’on ferait subir à une nature fruste, afin de savoir simplement si la musique lui est antipathique ou non, ou même seulement pour savoir si sa nervosité auditive est plus ou moins marquée. L’épreuve audito-musicale
LA .MAGIE ET l’iIAM^NOSE
va donc comporter des successions de tons assez compliquées ; elle comprendra des parties harmoniques sans défauts, d’autres avec des fautes voulues ; des traits des passages où seront marqués, tour à tour, des détails de science musiçale pure ; orchestration, contrepoint, fugue ; des phrases musicales connues à côté d’autres inédites, et même des sonorités propres à la voix ou bien à tel ou tel instrument. (Un petit orgue à tuyaux de 7 jeux et 3 instruments à cordes suffisent pour toutes les expériences audito-musicales du D'' Morins.)
Le photophysiognomoniste sait d’avance, parce que d’innombrables expériences lelui ont appris, queson sujet marquera inconsciemment sa désapprobation de telle ou telle manière en entendant tel passage incorrect, telle faute légère ou grossière ; il en déduira facilement le degré de compétence musicale de la personne observée. La qualité de son goût en art musical lui sera décelée de la même manière. — En entendant un trait connu écrit pour la voix, le sujet, s’il est chanteur, le fera connaître involontairement par une contraction delà gorge, un mouvement de certains muscles du cou et du visage qui se produit en pareil cas plus de 9 fois sur 10, par un phénomène d’imitation spécial presque irrésistible. S’il n’est point chanteur, ces mouvements ne se produiront certainement pas, mais en revanche, s’il est flûtiste, à l’audition d’un autre trait, spécialement écrit pour la flûte, d’autres muscles de sa face s’animeront si peu que ce soit, et la photographie, qui l’aura scrupuleusement enregistré, le décèlera.
Enfin, le photophysiognomoniste a constaté par des milliers d’épreuves que toute personne professant ou ayant professé a une expression typique : le faciès pédagogique que ses traits ne revêtent pas toujours, mais qui paraîtra presque sûrement si ce sujet est placé dans un cas ou sa faculté de professeur pourrait avoir à s’exercer. Delà les fautes musciales voulues. Si le sujet
LA MAGIE ET L’iIYI'NOSE
a professé la musique, en entendant la faute musicale, il est presque certain qu’il prendra le faciès pédagogique, ne fût-ce que pendant un vingtième de seconde, en admettant qu’il ait pu le cacher jusque-là. Tous ces indices, corroborés par d’autres expériences que l’expé- rience audito-musicale, serviront à former l’opinion du photophysiognomoniste d’une manière absolue. Les indices qu’il recueille sont, isolément, infimes, mais forment, réunis, une certitude complète.
Le complément tout indiqué de la nouvelle méthode photophysiognomonique était la comparaison des épreuves d’un même sujet observé en divers temps.
M. Morins l’a faite, et rien n’est plus suggestif que l’examen des images qu’il a collectionnées de mêmes individus, reproduits de semaines en semaines, pendant des périodes de 7 à 8 années.
Pour certaines personnalités communes ; des artisans d’âge mûr, des fonctionnaires d’ordre et de conditions diverses, les différences sont peu marquées, mais à quelles curieuses transformations on assiste, dans la collection de photographies de sept années seulement, s’il s’agit d’un enfant ou d’un adolescent, et surtout d’un sujet poursuivant des études supérieures !
{Initiation, février 1889.)
§ 12. — Des cures par courant dynamique.
Tout lieu, toute image, toute idée même qui est aimanté longtemps par l’adoration des foules devient positivement et réeUejnentun centre dynamique dont les actions sur l’âme et sur l’astral peuvent être formidables et instantanées. Le Magisteet l’Adepte peuvent créer volontairement un tel centre comme ce fut le cas
LA MAGIE ET L’iIA'PNOSE
pour l’Arche de Moïse (1). Généralement une. influence soit du plan astral , soit même du plan céleste crée un tel centre qui se dynamise de plus en plus sous l’influence de la prière et des pèlerinages. Aussi, si un psychurgue peut guérir une affection réputée incurable, à plus forte raison, l’idée d’un malade dynamisé parla foi d’une part, c’est-à-dire par la communion aux intelligences de même ordre dans l’invisible et par un centre de prières, d’autre part, peut réagir de telle façon sur le corps physique qu’une guérison instantanée s’ensuive.
Voici deux observations bien caractéristiques, à des points de vue différents, à ce propos.
Action directe du corps astral sur les organes.
Lourdes et un cas de tuberculose aiguë généralisée (2)
Bourges, le 18 février 1894.
Très honoré Confrère,
Je vous donne très volontiers les détails que vous me demandez sur la maladie et la guérison de Mlle de X... Le fait est tellement extraordinaire que je ne pense pas qu’il puisse être expliqué autrement que comme un miracle. Vous allez du reste en juger.
En août 1892, Mlle de X... fut atteinte, à la campagne, d’une rougeole qui sortit mal et pendant laquelle elle prit froid. Il y eut des accidents pulmonaires assez intenses, A partir de ce moment, l’enfant, âgée de 13 ans, conserva une grande susceptibilité du côté des bronches et eut des malaises fréquents. En janvier 1893 la malade fut prise de bronchite qui peu à peu s’accentua et prit les caractères d’une tuberculose aiguë généralisée du
(1) Voyez sur ce point la Mission des Juifs de Saint-Yves ■d’Alveydre et le remarquable travail de Stanislas de Guaila, Les Mystères de la Multitude, paru dans l'Initiation (1890).
(2) Annales des Sciences Psychiques (mai-juin 1895).
poumon. La fièvre était irrégulière, mais intense, montait à 40*^ à certains moments. Il y avait des râles sibilants et muqueux dans toute la poitrine. En même temps survint de la diarrhée, du gonflement du foie et de la rate. Cet état persista avec des alternatives de mieux et de plus mal jusqu’en avril. A ce moment la poussée tuberculeuse parut se porter surtout sur l’intestin et le péritoine. Le ventre devint tendn, sensible; la diarrhée augmenta et des vomissements fréquents vinrent rendre l’alimentation de plus en plus insuffisante. Les râles dans la poitrine persistaient. Alors la famille appela en consultationavecmoiM. le D‘‘Témoin, de Bourges, qui confirma mon diagnostic : tuberculose généralisée.
Vers le 10 avril survint de l’œdème des membres inférieurs, de la bouffissure de la face et une phlébite de la saphène interne du côté droit. L’enfant allait évidemment mourir quand la famille se décida, malgré toutes les oppositions, à aller à Lourdes avec la malade. Elle y arriva dans un wagon-lit le 2 mai 1893.
A son retour, dans les premiers jours de juin, elle me fut ramenée. Je ne pus trouver à l’auscultation aucun râle ; l’enfant mangeait bien, dormait bien, n’avait plus aucun trouble dans le fonctionnement d’aucun organe. La mère me certifia que cet état s’était produit dès le lendemain de leur arrivée à Lourdes, où elle avait passé huit jours avec sa fille et d’où elle était partie voir quelques membres de sa famille.
Voilà, mon cher et honoré [confrère, la relation exacte du cas de Mlle X... Je ne puis pas admettre qu’il s’agisse là d’un cas de suggestion sous l’influence de l’exaltation religieuse. Il y avait autre chose que des lésions nerveuses chez cette malade.
D‘‘ Boucher.
1, rue Saiot-Michel.
Aux questions que nous lui avons adressées, le D'' Boucher a répondu par la lettre suivante qui précise encore davantage l’état de la malade et n’en fait que mieux ressortir la situation désespérée.
Mon cher Confrère,
Je réponds à la dernière question que vous me posez. Chez Mlle de X... au moment de son départ il y avait des râles muqueux et sibilants disséminés dans toute la poitrine. La localisation au sommet n’était accentuée que par une abondance plus grande de râles un peu plus humides. Nous étions doncau début de la période de ramollissement dans une tuberculose miliaire généralisée du poumon. La malade n’aurait pas vécu jusqu’à la période de formation de cavernes. Elle avait une telle faiblesse et il y avait déjà un degré de cyanose des ongles assez prononcé pour permettre d’annoncer une mort prochaine.
Il est certain que ces cas ne sont pas communs, et dans ma carrière médicale, déjà assez longue, c’est le seul que j’aie observé.
D'’ Boucher.
Voici une troisième lettre du D’' Boucher, qui nous met au courant de l’état actuel de Mlle de X...
Mon cher Confrère,
J’ai voulu, avant de vous répondre, attendre le retour de Mlle de X... qui était en voyage.
Depuis sa guérison miraculeuse sa santé s’est maintenue excellente. Elle n’a pas toussé du tout depuis et elle a sensiblement grandi et engraissé. Elle est notablement fraîche et bien portante et n’a pas le moindre râle à l’auscultation.
D'' Boucher.
LA JIAGIE ET L’iIYPXÜSE
Un miracle improvise Par madame le docteur de MEZERAY[\).
La suggestion dans les maladies du système nerveux est un puissant auxiliaire ; dans d’autres affections morbides pourrait-on direqu’elleest un moyen thérapeutique?
Il y a quelque temps de tout cela, je fus appelée au château de B... L.a châtelaine, malade, désirait avoir mes conseils.
Une affection ovaro-utérine la tenait languissante sur une chaise longue depuis bien des mois déjà, affection caractérisée par des symptômes que le premier examen pouvait mettre en lumière ; lésions organiques où l’élément nerveux semblait ne prendre aucune part secondaire et consécutive.
Je fus appelée à soigner Mme de B..., je dois l’avouer, à ma confusion, mes peines et mes efforts furent inefficaces. Soins généraux, soins locaux et chirurgicaux, tout échouait et mettait mon esprit à la torture.
Une idée fixe possédait le cerveau de la malade et elle avait en tête que seule la Sainte Vierge pourrait lui être utile, et qu’un voyage à Lourdes pourrait la délivrer, laissant au fond de la piscine tous ses maux.
Et qui pis est, elle se persuadait que si la démarche sainte ne se faisait pas, sa fin viendrait à bref délai.
Loin de moi d’apprécier à leur juste valeur les raisons de ma malade.
Nous autres, gens de science, nous avons le devoir de ne rien laisser à l'imagination, et nous ne comptons qu’avec les faits. Mais nous n'avons pas le droit de juger les mystiques ; nous ne pouvons tabler que sur l’expérimentation, mais nous nous inclinons devant le libre arbitre. Et mon désir de cette guérison était grand !
(1) Tiré également des Annales des Sciences Psychiques.
D’autant plus que chaque jour amenait une déperdition de forces et que l’anémie aiguë allait bientôt envahir complètement le terrain.
En une sorte de conseil de famille réuni autour d’elle, nous décidâmes que Mme de B. ..irait à Lourdes. Mais ses forces le lui permettraient-elles ?
Des syncopes répétées impressionnaient l’entourage et chacun, dans sa sollicitude, appréhendait un si long et fatigant voyage.
Une idée se présenta à l’ingéniosité de mon esprit : envoyer la malade à Lourdes... en imagination.
De toutes façons, c’était là un voyage commode, et i’en fis part à la famille qui, quelque peu dévote, en fut certainement interloquée.
Mais le temps pressait ; Mme de B... déclinait à vue d’œil, dévorée par l’auto-suggestion ; et l’on finit, non sans peine, par accepter mon expédient.
Le château de B... est superbe. Le parc dessiné avec un art exquis ; les bois immenses qui l’environnent, le site pittoresque par lui-même s’y prêtant, tout cela fait de cette habitation une merveillle, et l’imagination a beau jeu dans ces lieux charmants.
Sur mes indications, l’on construisit artificiellement une grotte, au-dessus d’une pièce d’eau créée déjà sous une voûte de verdure ; des allées blanches et découvertes y conduisaient en une sorte de méandre.
Avec l’aide d’une cinquantaine de jeunes filles du village et des'environs, parées dans legoût voulu et chantant des hymnes pieux, une procession fut organisée, vers un autel de fleurs et de feuillages.
L’illusion d’un lieu saint était atteinte, lorsque le 6 avril nous fimes l’expérience projetée.
De mon côté, je commençai vis-à-vis de la malade le travail delà suggestion à Vétat de veille.
Ce ne fut pas sans peine et sans un véritable labeur que je parvins à déterminer l’état suivant :
La malade, sous l’empire de mon regard, écoutait comme une sorte de sussurement ma voix qui lui répé- tait qu’elle était à Lourdes, que la grâce divine allait l’atteindre; bercée par une vraie psalmodie de ma persuasion, elle se leva toute droite, et se dirigeant vers la piseine (lisez bassin) dans l’attitude d’une hallucinée, l’œil tixe, et s’y plongeant à trois reprises, s’écria ; « Merci, ma sainte mère, vous m’avez guérie. » Et nous eûmes à peine le temps de la recevoir évanouie dans nos bras.
Ramenée vers sa chaise longue, elle revint bientôt à elle, et se déclara en parfaite santé. Elle « sentait » une vigueur nouvelle circuler dans son être affaibli ; elle voulait satisfaire un appétit qu’elle sentait dévorant, et assistant au dîner que chacun sut rendre joyeux, elle y fît manifestement honneur.
Lorsque le lendemain je revins à B . , . , je . . . réveillai la malade qui, quoique sans hypnose, avait vécu d’une vie spéciale pendant près de vingt-quatre heures, et encore hallucinée, me raconta qu’elle venait de Lourdes où « la Sainte Vierge l’avait guérie ».
Je me livrai de nouveau à un examen approfondi des organes malades, et je pus constater que tout était revenu à l’état normal, La congestion, le néoplasme (ou ce qui paraissait tel), même les lésions épithéliales apparentes avaient disparu. Le résultat dépassait mon espérance.
Depuis cejour Mmede B... se porte très bien ; sesforces ont repris l’élan que l’on peut en attendre à trente ans, et la malade redevient de jour en jour une femme normale.
Je ne suis pas allée à Lourdes. J’avoue humblement que je n’ai pas eneore eu l’occasion de faire faire à mon instruction cette pérégrination.
Les récits des « Miraculés », les ardentes éloquences des gens d’Eglise et de foi, convaincus et enthousiasmés
par ces manifestations de grâces divines, M. Zola, aussi bien que les hommes de science, des maitres, ou de simples curieux, tout ce bagage de données diverses, passionnées, critiques contradictoires, non, ce n’est pas ici que je veux les discuter ou les combattre. Je ne parlerais du reste pas par moi-même et j’aime bien mieux ne pas m’aventurer dans ces conditions.
Ce n’est donc pas Lourdes ni la foi en ses œuvres que je vise — et que les circonstances seules m’ont fait nommer, — je désire constater un cas médical psychothérapique.
Je veux apporter un fait de plus à l’appui de cette vérité : qu’une force est en nous, qu’elle s’applique directement à nous-mêmes, ou que nous persuadons autrui de l’appliquer. C’est l’aufo-suggesfion, puisque «’est ainsi qu’on peut la nommer jusqu’ici.
Comme la mécanique, l’électricité ou toute autre force, elle existe, et ses lois — inconnues ou peu connues — se manifestent par des effets bien et dûment constatés.
Nous savons que la persuasion intime d’une chose, ■d’un état, d’une action, influence certaines de nos fibres ■cérébrales. Lesquelles ? à vrai dire nous le savons peu.
La volonté, l'émotion intéressent les corps striés, les pédoncules cérébraux, la moelle allongée en est presque le siège ; mais c’est à l’état embryonnaire en somme que -nos notions sur ces phénomènes sont restées dans la science moderne.
La Foi! dans le sens philosophique du mot, cette iorce motrice de premier ordre, nous est entièrement inconnue.
Comment, et par quel processus physiologique envahit-elle notre cerveau ? c’est pour nous lettre close.
Cette force existe.
Elle tient peut-être le milieu entre « le fluide » des auteurs et la « suggestion » do l’Ecole moderne, école
LA MAGIE ET l’iIA'PNOSE
qui. soit dit en passant, sc dit essentiellement ))hysiologiste, et « matérialiste-positiviste » et qui émet dea opinions que nous qualifierons « ultra-mystiques ».
En effet, une idée qui d’un cerveau s’identifie à un autre, par la parole et la persuasion, sans un agentphysique quelconque (fluide, magnétisme, aimant ou autres écartés si l’on veut) nous semble presque tenir du surnaturel.
Cette force suggestive, si le qualificatif peut être employé justement dans toutes les occasions et dans toutes les formes de ses manifestations, est encore une force cachée que les écoles n’ont pas encore étudiée et analysée suffisamment et que le génie de notre vénéré maître Charcot, a seul su entrevoir sans cependant la définir.
Force de premier ordre, la Foi nous sera d’un puissant seeours lorsque nous pourrons la diriger en la connaissant.
D'' DE Mézeray.
CHAPITRE III
DE L’HYPNOSE A L’ENVOUTEMENT § 1. — Les Etats hypnotiques profonds.
Les trois états classiques de l’hypnotisme enseignés par l'Ecole de la Salpêtrière sont la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme. Or, aucun de ces états ne correspondait aux descriptions unanimes des anciens magnétiseurs qui avaient étudié l’hypnose en 1850 et dont les travaux de Cahagnet et de Chardel indiquent bien le caractère.
Un expérimentateur contemporain, M. de Rochas, dont nous aurons souvent occasion de parler, est parvenu à démontrer qu’en agissant au moyen des passes sur un sujet placé en somnambulisme hypnotique, on détermine de nouvelles phases de sommeil, correspondant parfaitement aux descriptions des magnétiseurs. Les phases hypnotiques ne forment ainsi que le prélude des phases magnétiques.
Des faits produits pendant les états magnétiques - ou états p/'o fonds de l’/igpjiose.
Ainsi les états classiques de l’hypnose ne sont que le prélude d’autres états qui ont été dénommés Etats profonds de l’Hypnose [{) et qui sont les plus intéressants
(1) A. de Rochas. Les Etals profonds deVHypnose.
à connaître et à pratiquer pour l’étudiant ès arts magiques.
§ 2. — Extériorisation de la sensibilité (1).
I
Nous extrayons ces passages d’un remarquable article de M. de Rochas :
Il est peu de familles dans lesquelles on ne conserve la tradition d’images vues ou de voix entendues au moment où une personne chère courait un grand danger.
Ces récits ont été recueillis et discutés avec le plus grand soin, en Angleterre, par la Society for psychical Researches, qui a pour président M. Henri Sidkwicg, professeur à l’Université de Cambridge; pour membres honoraires, MM. Adams et William Crookes, de la Société royale de Londres, lord Tennyson, MM. Gladstone, Alfred Russell Wallace, John Ruskin et Watts ; pour membres correspondants en France, MM. Beaunis, Bernheim, Féré, Pierre Janet, Liébault, L. Marillier, Th. Ribot, Ch. Richet et H. Taine.
Le résultat de ce travail a paru à Londres sous ce titre : Phantasms ot the Livings^ et une traduction abrégée en a été publiée à Paris en 1891 par M. Marillier, sous le titre : les Hallucinations télépathiques .
En même temps, la Société de psychologie physiologique de Paris nommait, pour continuer l’œuvre de la Société anglaise, une commission présidée par M. Sully- Prudhomme, de l’Académie française, et composée de MM. G. Ballet, agrégé à la Faculté de médecine de Paris; Beaunis, professeur à la Faculté de médecine de Nancy; Marillier, maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études ; Ch. Richet professeur à la Faculté de
(t) Initiation, juin 1892.
médecine de Paris, et le lieutenant-colonel do Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique.
Après un examen attentif d’un grand nombre de récits, la commission proposa à la Société de psychologie la motion suivante, qui fut adoptée à l’unanimité :
« Les faits donnés comme hallucinations télépathiques sont assez nombreux et assez intéressants pour mériter l’attention et la discussion. »
En d’autres termes, il a paru aux rapporteurs que le très grand nombre de coïncidences bien démontrées ne permettait pas de considérer comme de simples hallucinations dues aune cause morbide certaines impressions visuelles ou auditives se rapportant à des événements qui se passaient à grande distance précisément à ce moment-là.
Nous voici donc en présence d’un phénomène qui nécessite la projection d’un élément sensible hors du corps, soit de l’individu qui se fait percevoir, soit de celui qui perçoit.
On est conduit à une hypothèse analogue par les faits de lucidité magnétique, que je ne fais qu’indiquer ici, parce qu’ils n’ont point été étudiés d’une manière aussi sérieuse que les précédents, et j’aborde une classe de manifestations beaucoup moins extraordinaires, mais plus intéressantes, parce qu’on peut les soumettre jusqu’à un certain point à l’expérimentation (1).
(1) Cet article a paru dans le journal le Temps (27 mai 1892) avec l’annotation suivante de la Rédaction :
« On suit aujourd’hui avec grand intérêt toutes les recherches qui ont pour but d’éclairer, ou, tout au moins, de bien établir en ses données le problème des phénomènes psychiques. Au lieu d’exposer nous-mêmes, objectivement, et sans atiirmer ni juger telle série d’observations, telle théorie ou telles conjectures, nous avons préféré laisser parler, en toute indépendance, dans ce journal, l’un des hommes qui poursuivent avec le plus de zèle et de science ce genre d’études, M. Albert de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique ».
Tels sont les faits de transmission de pensées et de sensations qu’on trouvera brièvement exposés dans le chapitre II des Ha.llucina.tions télépathiques, et dont un cas très remarquable a été rapporté, en détail, dans la Revue philosophique (numéro d’avril 1886).
On sait que le docteur Babinski, à la Salpêtrière, a obtenu, à l’aide d’un aimant, le transfert d’anesthésies, de paralysies, decoxalgies et même de mutisme d’une hystérique sur une autre hystérique placée à quelque distance.
Le docteur Luys, à la Charité, est allé plus loin : il a obtenu le transfert de symptômes morbides de toute espèce, d’une personne ordinairement malade, à un sujet légèrement endormi avec lequel il la mettait en contact ; il les a même transportés du malade au sujet dans une pièce voisine, à l’aide d’un aimant en fer à cheval placé successivement pendant quelques instants en contact avec la tête des deux personnes.
J’ai montré moi-même, dans un livre récent sur les Etats profonds de l’hypnose (1), comment, à mesure qu’on approfondissaitle sommeil magnétique d’un sujet, on déterminait une série d’états séparés par des périodes de léthargie et caractérisés par des perceptions de plus en plus parfaites des sensations du magnétiseur par le magnétisé, d’abord au contact, puis à distance.
Enfin, il résulte des expériences de M. Pierre Janet, que des hystériques, anesthésiques à l’état de veille, acquièrent la sensibilité normale lorsqu’on les magné- tise.
II
En rapprochant tous ces faits, j’ai été conduit à me demander si l’agent inconnu qui transmet au cerveau les impressions extérieures et qui, chez les individus
normaux, s'arrête à la surface cutanée ne pouvait pas s’arrêter quelquefois en deçà ou se prolonger au delà, et si les manœuvres hypnotiques n’avaient pas pour effet d’étendre son champ d’action.
Dans la période critique que les sciences traversent aujourd’hui, au moment où Crookes, Thomson, Edison et Tesla font surgir à chaque instant de si surprenantes manifestations électriques, on ne doit rejeter aucune hypothèse quand elle n’est pas absurde a priori. C’est à l’expérience seule de décider, et c’est à l’expérience que j’eus recours.
Je constatai ainsi que, pour un sujet normal, c’est-à- dire sensible à 1 ’état de veille :
1° L’insensibilité cutanée se produit plus ou moins rapidement sous l’influence des passes magnétiques et persiste, quelle que soit la profondeur à laquelle on pousse l’hypnose ;
2® Il n’y a aucune trace de sensibilité extérieure dans les premiers états, c’est-à-dire jusqu’au moment où le sujet ne perçoit plus que le magnétiseur. Mais, dans cet état de rapport, il s’est formé tout autour du sujet et à une distance de deux ou trois centimètres au dehors de la peau, une couche mince et sensible ; il suffit que le magnétiseur pince, pique, caresse cette enveloppe invisible aux yeux ordinaires, pour que le sujet ressente les impressions correspondantes ;
3° Si l’on continue la magnétisation, cette première couche sensible subsiste, mais il s’en forme bientôt une seconde à une distance double de celle de la première à la peau, c’est-à-dire à quatre ou cinq centimètres ; puis une troisième séparée delà deuxième par une distance à peu près égale à celle qui sépare la première de la deuxième ; puis une quatrième dans les mêmes conditions, et ainsi de suite, jusqu’à plusieurs mètres, la sensibdité des couches diminuant proportionnellement à leur éloignement du corps. Ces couches se pénètrent et
s’entrecroisent sans se modifier, au moins d’une façon appréciable,
Si je fais placer les deux mains du sujet en regard l’une de l’autre de telle manière que l’une des couches appartenant à la paume de la main droite soit en contact avec une couche appartenant à la main gauche et que je pince la couche commune, le sujet ressent la douleur à la fois dans la paume de chacune de ces deux mains. Si je fais rapprocher des deux mains à deux ou trois centimètres, de telle manière que les couches sensibles de la main droite, par exemple, soient dans les zones insensibles delà main gauche, et que je promène une bougie entre les deux mains en allant toujours dans le même sens, le sujet se sent, à son grandétonnement, brûlé tantôt sur une main, tantôt sur l’autre.
J’ai fait ainsi un grand nombre d’expériences en variant les conditions et les sujets ; toutes m’ont donné des résultats concordants.
III
On admet aujourd’hui que nous ne pouvons entrer en communication avec les divers corps de la nature qu’au moyen de mouvements vibratoires se propageant dans les milieux intermédiaires avec une vitesse plus ou moins grande suivant la nature de ces milieux.
En supposant une molécule vibrant dans un milieu homogène, l’intensité des vibrations transmises décroît à mesure que la distance du centre d’ébranlement augmente ; il peut cependant arriver que, dans certains cas, des mouvements vibratoires de même nature, mais de périodes ou de directions différentes s’ajoutent ou se retranchent, de manière à produire des maxima et des minima se succédant à des distances à peu près égales, jusqu’à ce que les vibrations s’éteignent tout à fait.
C’est là un phénomène connu en optique sous le nom
d'interférences, et que nous retrouvons dans les observations relatées au paragraphe précédent.
L’hypothèse la plus simple et la plus vraisemblable est que ces maxima et minima tlo l’insensibilité sont dus à l’interférence des vibrations causées par les mouvements rythmiques du cœur et de la respiration se propageant dans l’air avec la même vitesse normalement à la surface du corps, mais avec des périodes diffé- rentes. L’expérience a montré, en effet, que, si l’on modifiait le rythme de la respiration, la position des zones sensibles se déplaçait dans l’espace ; on sait, du reste, le rôle considérable que les Yoghis de l’Inde font jouer à la respiration dans leur auto -hypnotisation.
Les amplitudes des vibrations des molécules des corps étant extrêmement petites, les qualités des mouvements de cette nature perçus par nos sens sont définies d'abord par le temps que met une molécule vibrante à revenir à la même position de sa période vibratoire, puis par la vitesse de transmission de ce mouvement vibratoire dans le milieu transmetteur.
Le second élément s’apprécie avec plus ou moins de facilité par des mesures directes ; mais le premier ne se détermine que par des artifices assez délicats basés d’ordinaire sur des phénomènes de réflexion.
J’ai donc été amené à rechercher les corps qui peuvent réfléchir les radiations étudiées ou se laisser traverser par elles, et j’ai fait les constatations suivantes ;
1“ Presque tous les corps sont traversés par les radiations que j’appellerai odiques, comme Reichenbach qui s’en est occupé le premier. Ces radiations s’y réfractent suivant des lois analogues aux lois connues ;
2“ La plupart des métaux (surtout l’or, l’argent et le mercure) ainsi que leurs sels produisent généralement sur le sujet une vive impression de brûlure quand ils sont placés par le magnétiseur sur unecoucjie sensible. (L’effet de brûlure provoqué par l’or avait déjà été
LA MAGIK ET L JIYl’XOSE
signale dans d’autres conditions par MM. Bourru et Burot, médecins de la marine à Rochefort ;)
Réveil d uii mourant ])ar riAliT'iorisalion du Corps astral d une j)ersoniio eiulori\iie.
Grai'riie illustranl la Magieicnno, de Jules Lermina.
3“ Un verre plein d’eau produit derrière lui une ombre odique en absorbant l’Od au passage, comme il aurait
absorbé de la chaleur si on l’avait mis en présence d’un foyer calorifique. B]n d’autrestermes, si l’on fait traverser l’eau par une couche sensible, cette eau tout entière devient sensible et les couches sensibles qui peuvent se trouver derrière le verre disparaissent en partie ; de i plus, quand l’eau est suffisamment chargée, elle émet par sa surface libre comme une vapeur également sensible ;
4° Un végétal, un animal et même un corps solide i inanimé peuvent se charger de la même façon ; mais la sensibilisation paraît surtout favorisée par l’état liquide et l’origine organique du corps (1) ;
5“ Si l’on emporte un objet sensibilisé à quelques i mètres en dehors des couches sensibles qui enveloppent le sujet, celui-ci continue à percevoir les opérations faites sur l’objet par le magnétiseur, mais l’effet diminue I et finit par disparaître quand la distance devient trop ! grande ou que l’on agite violemment l’air entre les deux ;
6° La transmission de la sensation de l’objet sensibilisé au sujet peut persister dans les mêmes conditions; mais en s’affaiblissant graduellement pendant plusieurs heures, même après le réveil du sujet.
A. DE Rochas.
§ 3. — Extériorisation progressive. — Etats profonds.
Pour bien indiquer la progression de ces divers états, nous allons emprunter aux « Sensations d’un magnétisé » les quelques pages suivantes.
Je suis éveillé. (2)
M. de R. fait des passes le long de mon bras et de ma
(1) La cire notamment absorbe avec une grande intensité tes radiations sensibles.
(2) Impressions d'un magnétisé racontées par lui-même. — Annales des Sciences Psychiques (Mai. Juin 1893).
LA MAGIE ET L HYI’XOSE
main gauche, je sens peu à peu mon bras se raidir. Je vois M. de R. me pincer lapeau de la main, si fortement que la trace de ses ongles y reste ; cependant je n’éprouve aucune douleur. Alors M. de R. éloigne sa main de la mienne, progressivement, en pressant à plusieurs reprises l’ongle de son pouce contre l’ongle de son index comme pour pincer. A une certaine distance, je sens soudain sur le revers de ma main un pinçon assez fort, la main de M. de R. continue à s’éloigner. Il lui faut parcourir une nouvelle distance plus grande que la première pour que je sente un second pinçon, d’ailleurs notablement plus faible que le premier. M. de R. s’éloigne davantage encore. A une distance plus éloignée de la première que la première ne l’était de ma main, le pinçon dans le vide se répercute de nouveau sur ma main, mais en sensation atténuée. Puis, beaucoup plus loin, je n’éprouve plus qu’un vague frôlement; et, au delà, absolument rien.
Bien des fois répétée, cette expérience me permet de conclure que des couches sensibles se forment autour des parties magnétisées de mon corps et que la première couche n’est distante de la peau que d’une distance moitié moindre environ que la distance qui sépare les autres couches.
Que j’éprouve la sensation susdite quand la main de M. de R. agit sur une des couches a, />, c, etc., cela est indéniable; mais quel rôle joue ici la suggestion ? Un rôle très grand, je crois.
En effet, ici je ferme les yeux, tandis que M. de R. parcourt, en pinçant le vide, la distance entre ma peau et lacouche sensible c qui en est la plus éloignée, j’avoue franchement que y imagine plutôt la sensation que je ne l’éprouve ; elle est supposée et non éprouvée. Seulement, dès que je rouvre les yeux, elle redevient parfaitement consciente, plus faible en c qu’en b, et en b, qu’en a, comme je l’ai noté plus haut.
Un spectateur pourrait croire que je triche. « Le sujet, dirait-il, doit sentir également qu’il voie ou non la main du magnétiseur pincer le vide, quand cette main passe en a, b, c. Or, c’est ce qui n’a pas lieu. Il faut qu’il se rende compte du point de l’espace où se trouve la main du magnétiseur pour réagir à une excitation donnée ; à un prétendu fluide que je voudrais voir pour y croire. En réalité il ne sent rien, qu’il ferme les yeux ou regarde ; il simule la sensation. »
Le spectateur, à mon sens, a raison quand il prétend I que je devTa.is sentir également, les yeux fermés comme I les yeux ouverts ; c’est à la suggestion assurément qu’il faut demander la cause de cette irrégularité.
Mais pour ce qui est de sentir réellement, le spectateur a tort quand il le nie. Je suis entièrement sincère et qu’il faille rechercher la cause de ces phénomènes dans la pure suggestion ou vraiment dans le fluide extériorisé ou plus vraisemblablement dans les deux à la • fois, la sensation estbien réellement éprouvée ; je réagis sans feintise (1).
M. de R. m endort. Je m’abandonne au sommeil avec confiance, sans l’apeurement du premier jour. Les mêmes expériences renouvelées ont donné le même ré sultat. Mes observations d’aujourd’hui confirment ce que ' je supposais, l’autre jour, relativement au rapport constant entre mes facultés auditives et visuelles sous l’influence de la suggestion comme à l’état normal.
Ce fait seulement de nouveau.
— Pen.sez à quelqu’un, me dit M. de R., vous allez
(1) Pour moi la véritable explication est que, de même que sur la peau, le degré de sensibilité varie avec le degré d’attention. En regardant l’endroit où on le pince, le sujet accumule sur ce point I une quantité plus grande de fluide qui par là amplifie notable- I ment la sensation. Tout le monde sait que, quand un médecin veut faire une piqûre à un malade et diminuer la douleur, il lui conseille de ne pas regarder l’endroit à piquer. — A. R.
voir la personne à qui vous pensez assise dans un fauteuil qui est à votre droite.
Je pense à ma sœur, sans rien en dire. Je me retourne et pousse un ohl de surprise.en voyant, enelïet, masœur à l’endroit indiqué. Je reste lesyeux fixés quelque temps sur elle qui ne bouge pas ; mais je détourne ensuite les yeux une seconde et je les reporte alors vainement vers le fauteuil où elle m’est apparue; la vision s’est évanouie, et il faut un nouvel ordre de M. de R. pour qu’elle m’apparaisse.
Durant le passage du sommeil à l’état de veille, je n’éprouve aucune sensation particulière ; ou du moins, elle est si vague que je ne peux la définir.
M. de R. m’endort et me dit : « Il y a un bouquet de roses dans un pot à eau qui est sur la table derrière vous. Allez le toucher. »
Sans hésitation, je vais vers la table de toilette. Il y a, en effet, un bouquet que je sors du pot à eau ; j’essaie de sentir les roses, mais elles n’ont point d’odeur.
— Frottez-vous le front vigoureusement, me dit M. de R. Je le fais et aussitôt le bouquet disparait
Ainsi rhallucination s’est limitée à l’exacte suggestion donnée : Voyez et touchez^ mais on ne m’avait pas dit de sentir.
Je suis toujours endormi.
.\I. de R. commence par renouveler les expériences d’avant-hier sur l’extériorisation du fluide sensible. Je touché un objet, je ne le sens pas. La sensation du contact existe seulement si l’on place l’objet à distance et selon les lois d’éloignement remarquées avant-hier sur la main, alors que mon bras seul était magnétisé. Mais ce n’est pas seulement la sensation du contact que j e puis maintenant éprouver d’après les mêmes lois.
M. de R. prend un flacon bouché et me le promène sous le nez, tout contre les narines. Je ne sens absolument rien. Il éloigne alors le flacon. Lorsque celui-ci se trouve à une certaine distance, sur une première couche sensible à, je reconnais l’odeur du thym. Quand le flacon s’éloigne entre la première sensible a et une seconde couche sensible 5, je ne sens rien. Je sens de nouveau en b ; puis plus rien de 6 en c ; puis de nouveau mais plus faiblement en c ; plus loin je ne puis plus rien distinguer ; les distances entre a et b et entre h etc sont à peu près égales entre elles et au double de la distance entre ma peau et la première couche sensible a.
Je vois M. de R. prendre une figurine de cire rouge à modeler; ilia tient un moment immobile le long de la couche a ; je sens très bien l’objet. Il la retire ensuite au delàde la couche cetpique la figurine avecune épingle... je ne sens rien.
— Ah ! ah I on ne peut pas vous envoûter, dit M. de R. ; au fait, c’est que probablement votre fluide ne se dissout pas dans la cire ; mais nous réussirons peut- être avec de l’eau.
Longuement M. de R. maintient un verre d’eau sur la couche a. J’ai toujours la sensation ducontact d’un objet; mais si je ne regardais pas, il me serait impossible de spécifier la nature et la forme de cet objet. Puis M. de R. éloigne le verre, plonge le doigt dans l’eau et l’agite... Toujours rien.
— Voyons avec le fer.
Contre la couche a, M. R. laisse un trousseau de clefs sur sa main ouverte. Nouvelle sensation de contact, et cette fois un inexplicable sentiment de gêne : absorption de fluide par un corps étranger ? Envoûtement ? Ce qui est certain c’est que je me plains de contacts douloureux quand M. de R., s’éloignant, froisse, les clefs dans sa main refermée ; je me précipite avecune rage jalouse et je m’obstine à les garder plusieurs
LA MAGIE ET L’ilYPNÜSE
minutes en ma possession, comme si j’avais peur de me voir arracher un membre, enlever une parcelle de ma vie,
Pour faire cesser cet état d’exaltation, M. de R. me réveille.
— Vous pourrez devenir après beaucoup de séances un sujet précieux, me dit-il en riant, mais rendez-moi mes clefs.
Il faut qu’on me les prenne !
Je « progresse » lentement. Bien d’autres séances ont eu lieu depuis la dernière dont j’ai rendu compte. Ce sont toujours les mêmes invariables phénomènes ; ils se produisent seulement plus vite dans leur invariable succession,
Depuis deux jours cependant, M. de R. a pu me pousser jusqu’à ce qu’il appelle le troisième état de l’hypnose (1). La deuxième léthargie, par laquelle il faut passer pour y parvenir, a une plus longue durée que la première. Dans cet état l’insensibilité est telle que je puis toucher un tison sans retirer ma main. De. cette constatation faite hier, je garde une preuve visible au bout de mon index quelque peu endommagé.
Ce qui surtout distingue ce troisième état du deuxième, c’est qu’on n’y voit pas nettement les objets comme dans le somnambulisme. Tout est brouillé. M. de R. me demande si j’entends le tic tac de la pendule. Je réponds ; « Faiblement. » En somme il n’y a que M. de R. que je voie nettement.
(t) Le tableau ci-dessous, orapruuLé à mon livre sur {'Extériorisation de la, sensibilité, indique nettement comment j'ai distingué les divei's états de l'hypnose.
États Profonds Ktats Suterfioiels
LA MAGIE ET L’MYPNOSE
La suggestibilité subsiste : « Regardez à votre droite sur la cheminée, me dit M. de R., il y a un bouquet. »
Vêille
Hypnose — l" état- Première léthargie.
Deuxième léthargie.
Troisième léthargie. Quatrième léthargie. Cinquième léthargie.
' Sixième léthargie.
Crédulité.
Somnambulisme.
Rapport.
Sympathie au contact.
Tue intérieure .
Sympathie à distance.
Î Insensibilité cutanée et suggestibilité. Nota. — J’ai compris ici, dans la premiè- re léthargie, l’état cataleptique qui paraît n’en être qu’une phase, (V. les Etats profonds de l'hypnose., pp.
(Tous les sens sont
il spécialisés par le magnétiseur ; le sujet voit les effluves extérieurs du corps ; la suggestibilité est presque nulle.
!Le sujet perçoit les sensations "du magnétiseur ; quand il le touche ; la suggestibilité a dispa-
ILe sujet ne voit plus les effluves exté- rieurs ; il voit les organes intérieurs de son corps et des autres, quand il appliquela main àlasurface de ces corps. [Le sujet perçoit les l sensations du ma- ’ gnétiseur quand il 1 ne le touche plus, f pourvu qu’il soit à \ petite distance.
Effectivement, je vois un bouquet qui est remplacé par un chandelier si je m’enlève la suggestion en me frottant
le front. 11 faut remarquer que le bouquet suggéré m’apparait nettement tandis que le chandelier comme tous les autres objets réels, sont comme voilés par une
Voici une autre suggestion.
« Imaginez-vous que je suis M. X. » (M. de R. me nomme un fonctionnaire que nous connaissons tous deux.) Sur cette phrase, dite avec le ton ordinaire de la voix, la suggestion est inefficace. — « Allons ! Allons ! insiste M. de R. Je suis M. X. ; je le suis. » L’image de M. X. passe devant mes yeux, mais sans se fixer. Lorsque M. de R. me frappe brusquement Tépaule, je vois aussitôt, en effet, à sa place M. X. assis en face de moi.
La conversation s’engage. Rien n’empêche l'illusion puisque M. de R., connaissant la situation de la personne que je crois qu’il est, fait des réponses vraisemblables aux questions que je pose indifféremment.
Enréalitô, néanmoins, 3 e merends vaguement compte que c'ei>t une illusion et que ce n'est pas à M. X. que je parle ; seulement il m'est impossible de ne pas parler comme je ferais si c'était Msn M. X. qui fût présent.
Au réveil je suis plus étourdi qu’à l’ordinaire et je parviens mal à chasser une très particulière inquiétude (inquiétude de quoi ? je n’en sais rien) de mon esprit (2).
§ 4. — De l’Extériorisation de la sensibilité et de l’Envoûtement..
Ainsi si l’on se reporte au tableau précédent on verra qu’une des phases les plus curieuses de ces états pro-
(1) Toute suggestion laisse une trace plusou moins profonde dans l’esprit; le sujet était ici troublé dans le sentiment de sa personnalité.
(2) J’avais appliqué à Laurent ce procédé pour se débarrasser, à l’état de veille, des suggestions. Il se l’est rappelé endormi et l’a employé avec succès, peut- être simplementpar auto-suggestion. —
fonds est sans contredit celle où se manifeste Vextcriorisa'icn de la sensibilité. C’est môme celte découverte qui a servi de point de départ à toutes les naïvetés que les romanciers et les reporters ont racontées sur l’envoiV.ement. Nous avons établi la position exacte du proLlème dans un travail précédent (l) et nous ne reviendrons pas sur une déduction personnelle à ce sujet. Mais il sera utile pour nos lecteurs de trouver aussi résumées, mais aussi claires que possible, les expériences de M. de Rochas sur cette question si importante, à bien connaître pour comprendre beaucoup des faits de Magie.
V Envoûtement Expériences de M. de Rochas.
Ces expériences ont eu lieu hier en présence de deux médecins, membres de l’Académie des sciences, et d’un iTiathématicien bien connu.
M. de Rochas a essayé de dissoudre la sensibilité d’un sojet dans une plaque photographique.
Il a mis une première de ces plaques en contact avec un sujet non endormi : la photographie du sujet obtenue ensuite ne présentait aucun rapport avec lui.
Une seconde, mise antérieurement en contact avec un sujet endormi, légèrement extériorisé, a donné une épreuve à peine sensible par relation.
Une troisième, enfin, qui, avant d’être placée dans l’appareil photographique, avait été fortement chargée de la sensibilité du sujet endormi, a donné une photographie qui a présenté les caractères les plus curieux.
Chaque fois que l’opérateur touchait à l’image, le sujet représenté le ressentait. Enfin, il prit une épingle et en
(1) Peut-on envoûter? 1 vol. broc, in-18 (Chamuel éditeur).
LA MAGIE ET L’IIATNOSE
égratigna deux fois la pellicule de la plaque où la main du sujet était indiquée.
A ce moment, le sujet s’évanouit complètement en contracture. Quand il fut réveillé, on constata sur la main deux stigmates rouges, sous l’épiderme correspondant aux égratignures de la pellicule photographique.
M. de Rochas venait de réaliser là, aussi complètement que possible, « l’envoûtement» des anciens.
Dans le domaine si mystérieux de ces faits, nous voalons nous borner à n’être qu’un narra*^eur sincère. Il le s’agit pas ici de croire onde ne pas croire. Nous disons ce que nous avons vu, c’est tout.
l’envoûtement par photographie (1)
Les effluves paraissant se réfracter d’une façon analogue à la lumière, qui, peut-être, les entraîne avec elle, je pensai que, si l’on projetait, à l’aide d’une lentille, sur une couche visqueuse, l’image d’une personne, suffisamment extériorisée, on parviendrait à localiser exactement les* sensations transmises de l’image à h personne. Une plaque chargée de gélatino -bromure eî un appareil photographique m’ont permis de réali.ser facilement l’expérience, qui ne réussit d’une façon complète que lorsque j’eus soin do charger la plaque de la sensibilité du sujet, avant de la placer dans l’appareil. Mais, en opérant ainsi, j’obtins un portrait tel que si le magné- tiseur touchait un point quelconque de la figure ou des mains sur la couche de gélatino-bromure, le sujet ei ressentait l’impression au point exactement correspondant ; et cela non seulement immédiatement après l’opé- r-at'on, mais encore trois jours après, lorsque le portrait
(1) Tout l’article dont ce passage est extrait est à étudier iion, novembre 1892) ainsi que la brochure V Envoûtement du même auteur, en ce qu’il en dit dans V Extériorisation de lasensibiliié.
LA JIAGIE ET L’ilVrNOSE
eut été fixé et rapporté près du sujet. Celui-ci paraît n’avoir rien senti pendant l’opération du fixage, faite loin de lui, et il sentait également fort peu quand on ■ touchait, au lieu du gélatino-bromure, la plaque de verre qui lui servait de support. Voulant pousser l’expérience aussi loin que possible, et profitant de ce qu’un médecin se trouvait présent, je piquai violemment, sans prévenir, et par deux fois, avec une épingle, la main droite de L., qui poussa un cri do douleur et perdit un instant connaissance. Quand elle revint à elle, nous remarquâmes sur le dos de sa main deux raies rouges sous-cutanées qu’elle n’avait pas auparavant et qui correspondaient exactement aux deux écorchures que mon épingle avait faites, en glissant sur la couche gélatineuse.
Voilà les faits qui se sont passés le 2 août, non pas en présence de membres de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, comme on l’a raconté, mais devant trois fonctionnaires de l’Ecole; ils pourront, il est vrai, être académiciens plus tard, mais ils ne le sont pas encore et, ce jour-là, ils se trouvaient réunis par hasard dans mon cabinet, après être allés toucher leurs appointements chez le trésorier. Je partais le soir même pour Grenoble, et je n’ai pu refaire l’expérience, mais je suis convaincu que j’obtiendrai de nouveau la localisation exacte des sensations.
A mon retour de Grenoble, j’ai retrouvé L., et j’ai pu recommencer l’expérience de la photographie, qui a réussi sans tâtonnement et suivant le mode d’opé- ration reconnu bon le 2 août
L’image ayant été immédiatement fixée, je fis, avec une épingle, une légère déchirure sur la couche de collodion à l’emplacement des mains croisées sur la poitrine : le sujet s’évanouit en pleurant, et, deux ou trois minutes après, le stigmate apparut et se développa graduellement sous nos yeux sur le dos d’une de ses
1)0 LA MAUIK ET L’iiYPXOSE
mains, à la place exactement correspondante à la déchirure.
Le eliché n’était, du reste, sensible qu’à mes attouchements ; ceux du photographe n’étaient perçus que lorsque j’établissais le rapport en touchant sa personne, soit avec le pied, soit autrement.
Le 9 octobre, une épreuve sur papier ayant été tirée, je constatai que cette épreuve n’avait qu’une sensibilité confuse, c’est-à-dire que le sujet percevait des sensations générales agréables ou désagréables suivant la manière dont je la touchais, mais sans pouvoir les localiser. Deux jours après, toute sensibilité avait disparu aussi bien dans le cliché que dans l’épreuve.
Le D'' Luys m’a dit que, pendant mon absence, il avait essayé de reproduire le phénomène dont on lui avait parlé et qu'il avait pu obtenir la transmission de sensibilité à 35 mètres, quelques instants après la pose.
Enfin, on vient de me communiquer l’extrait suivant d’un article qui a paru à Bruxelles, le 12 octobre, dans \e journal Pa7'‘is-B7^uæelles, sous la signature d’Arsac.
« Nous avons vu répéter l’expérience de la plaque photographique sensibilisée. Les phénomènes rapportés se produisaient chaque fois que les coups d’épingle étaient donnés par l’expérimentateur, par la personne qui avait plongé le sujet dans le sommeil ; en l’absence de l’hypnotiseur, on pouvait, neuf fois sur dix, piquer le portrait sans que l’hypnotisée ressentit aucune douleur. Jamais le sujet n’a témoigné la moindre douleur lorsque le cliché a été piqué par une personne ignorant absolument le but de l’expérience.
« Nous sommes donc enclins à conclure que ce que l’on a pris pour le phénomène de l’envoûtement n’est qu’un phénomène de suggestion. L’envoûtement est possible ; mais, pour l’instant, on ne peut le reproduire que dans certaines conditions nettement définies...
« Ce qu’il faut retenir des expériences de M. de Rochas,
c’est que l’extériorisation de la sensibilité est désormais un fait acquis. »
L’observation deM. d’Arsac sur la nécessité du rapj^orl confirme les miennes, mais elle ne prouve nullement qu’il y ait là un phénomène de suggestion, ou, pour parler plus exactement, transmission de pensée. J'ai toujours piqué, sans regarder ^ à l’emplacement des mains, et le sujet ignorait, encore plus que moi, où allait se produire la déchirure qui se répercutait sur son é,jiderme ; je n’ai, du reste, ainsi que je le dis dans le corps de l’article, jamais pu produire avec L. , aucune transmission de pensée. La seule auto-suggestion qui soit admissible, c’est celle qui aurait trait à la production du stigmate sous l’influence de l’imagination au point où le patient a ressenti la douleur.
A. DE Rochas.
Une blessure astrale.
L’ Initiation du. mois d’avril 1893 rapporte une observation de M. Gustave Bojanoo relative à une blessure mortelle occasionnée, suppose-t-on, par un coup de sabre sur le corps astral d’une sorcière. Ce fait offre une ressemblance frappante avec l’événement qui se paàsa en 1849 dans le presbytère de Cideville et qui a été rapporté, d’après M. de Mirville, par Figuier {Histoire du Merveilleux, tome IV, p. 261).
J’ai fait moi-même, il y a quelques jours, l’expé- rience suivante;
Un de mes amis, de quelques années plus jeune que moi, d’esprit très cultivé et occupant une haute situation dans le monde, présente d’une façon remarquable le phénomène de l’extériorisation de la sensibilité qui chez lui se produit, même à l’état de veille, à mon simple contact.
M. X..., intéressé par mes recherches, a bien voulu
LA 5IAGIE ET L’iIYENOSE
s’y prêter et je l’ai magnétisé une dizaine de fois en approfondissant à chaque fois l’état d’hypnose où je m'arrêtais.
A la quatrième séance, il m’a dit qu’il quittait son corps matériel, qu’il le voyait inerte; il manifesta une sorte de dégoût pour ce qu’il appelait sa loque.
A la sixième séance, non seulement il se dégagea et vit son corps matériel, mais, encore à côté, et à un mètre environ, il vit apparaître une sorte de nuée lumineuse où il reconnut sa silhouette,
A ce moment je constatai que le rayonnement de son corps matériel ne présentait plus de sensibilité sauf entre ce corps et le corps astral où la sensibilité était portée à son maximum et parfaitement localisée. En d’autres termes, le corps matériel était insensible, le corps astral lumineux était sensible et il y avait des rayons moins sensibles, et non assez lumineux pour être perçus par le sujet, qui reliaient le corps astral au corps matériel qui me parlait.
Je poursuis en ce moment sur la nature de ce corps astral des expériences dont il n’est pas encore temps de parler; mais voici ce qui s'est produit le 28 avril 1892.
Je priai M. X... de faire changer de place son corps astral; il ne put y parvenir, mais il put étendre son bras astral et mettre sa main astrale dans ma main; il en ressentit l’étreinte et s’étonna que je ne sentisse pas la sienne. Je luis dis alors d’appuyer le bout de l’annulaire de sa main droite astrale sur une grande épingle que je tenais jusqu’à ce qu’il sentît la pîqûre; il le fit, sentit la piqûre, et je passai à d’autres observations. Dix minutes après, M. X..., complètement réveillé et ayant comme d’habitude perdu complètement le souvenir de ce qui s’était passé pendant son sommeil, causait de choses tout à fait étrangères avec quelques personnes de ma famille lorsqu’il retira le gant de sa main droite qu’il avait conservée gantée et regarda attentivement le bout
LA MAGIE ET L'ilYENOSE
de son doigt annulaire. Je lui demandai ce qu’il avait; il me répondit qu’il éprouvait comme une piqûre, puis, pressant avec l’ongle du pouce, il fit perler quelques gouttelettes de sang précisément à l’endroit où il avait appuyé le doigt sur l’épingle. Je lui donnai l’explication et il chercha à voir si son gant n’avait pas été percé, mais naturellement il ne put rien voir (1).
L’expérience est absolument nette; il ne peut y avoir de doute sur le fait. On peut supposer, il est vrai, que le jaillissement du sang est dû à une auto-suggestion de M. X... qui croyait être piqué ; même dans cette hypothèse, le phénomène est fort extraordinaire, car il y a eu ici non point un stigmate sous-cutané par arrêt de la circulation sanguine, mais une lésion etï'ective de la peau.
Une autre expérience faite deux jours auparavant montre que la suggestion est insuffisante pour tout expliquer et que dans certains cas, il y a bien réellement des sensations transmises par rayonnement.
Le 26 avril, je me rendis chez Nadar avec Mme O.,
(1) Relativement à cette expérience, nous citerons un fait analogue que nous avons produit à l’hôpital de la Charité. Un de nos sujets, Marguerite, souffrait violemment d’une Iluxion au début. Après avoir mis le sujet en état d’hypnose profonde et après avoir extériorisé sa sensibilité, nous donnâmes un coup de bistouri dans le vide, au milieu de la bouche, là où nous supposions que se trouvait la première couche présentant un maximum de sensibilité extériorisée. Cinq minutes après, le sujet était réveillé, sans se souvenir aucunement de ce qui s’était passé, lorsque subitement, en montant l’escalier pour retourner à la salle, l’abcès s’ouvrit et, comme il u’était pas encore bien formé, ce fut du sang qui s’écoula. Le lendemain, la fluxion était guérie.
Ce qui est intéressant dans les faits de ce genre, c’est le temps qui s'écoule entre l’action en astral et la réaction en physique. Gomme ou peut le voir, il faut quelques minutes entre les deu.x actions dans le cas de blessure.
Papds.
LA MAGIE ET L’iIYI'XOSE
pour faire divers essais relatifs à l’emmagasinement de la sensibilité dans une photographie.
Mme O., comme M. X, présente le jihénomone de l’extériorisation dès l’état de veille, après un simple contact de ma part. Je laisse à M. Nadar le soin de raconter, dans sa Revue, les phénomènes dont il a été témoin ; je me bornerai à citer les deux suivants :
Pendant qu'on développait la plaque sensibilisée par le sujet dans le laboratoire noir à l’étage inférieur, le sujet manifesta un violent malaise; on constata que la plaque venait de se briser par accident ;
2“ Un portrait sensibilisé de M™® O. tut mis, par un aide, en regard d’une autre plaque devant laquelle j’avais placé ma main pendant quelques instants. A l’instant même, le sujet qui était à quelques mètres de là, séparé par un écran, qui ignorait qu’on allait tenter une expérience de cette nature, et qui causait avec M. Nadar et moi, s’endormit. Je passai derrière l’écran et je réveillai M'"® O. en soufflant sur sa photographie. L’expérience fut recommencée, sans rien dire à qui ne se rappelait pas avoir dormi, et elle eut le même succès. Nous racontâmes alors la chose au sujet qui, très difficilement suggestible, même en état d'hypnose, ne voulut pas y croire et nous défia de reproduire le phénomène maintenant qu’il était prévenu. — L’aide rapprocha de nouveau, cette fois soussesyeux, les deux plaques ; résista une minute environ, puis tomba
dans le sommeil.
Il semble que de tels faits devraient bouleverser les théories ofTicielles. Il n'en sera rien pendant longtemps encore. Chez beaucoup de personnes, même des plus intelligentes, i’édui ation a mis des œillères comme aux chevaux de carrosse et elles sont incapables de voir autre chose que l étroite bande de route qui constitue la voie dans laquelle elles se sont engagées.
Paris, le 20 avril 1803. Albert de Rochas.
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LA MACilK r;r L’ilATNOSE
5. — Enseignement de la Magie au sujet de l’Envoûtement.
Tous les auteurs initiés aux traditions magiques ont connu la possibilité d’agir sur le corps astral d’un individu soit sur place, soit à distance. Il sulTira de se reporter à notre paragraphe sur la Psychurgie pour voir des exemples de cette action. Paracelse employait souvent ce procédé pour la guérison des maladies graves et des affections chroniques. Eliphas Levi parle longuement de l'Envoûtement et de scs dangers.
Le misérable qui s’efforce de nuire à son semblable de cette manière lâche est presque sûr de voir échouer ses odieux essais. De plus il court malgré cela le danger de subir les effets de la loi du choc en retour. Car toute expérience criminelle qui manque se retourne contre l’opérateur qui éprouve toutes les angoisses qu’il aurait voulu faire éprouver à la victime. Pour éviter cette terrible réaction, il faut que le sorcier trouve le moyen de toucher directement sa victime, en lui prenant la main ou en se mettant de quelque autre façon en contact avec elle ; si la victime évite ce contact, le sorcier est condamné à souffrir aussi longtemps qu’il aurait voulu éprouver l’objet de sa haine. Voici plusieurs faits caractéristiques à ce point de vue.
Dépense contre V Envoûtement (1).
J’ai lu votre brochure: Peut-on envoûter? A ce propos, je vous envoie deux faits qui ont été étudiés au Centre Esotérique « Luz ».
Un charpentier français, habitant Buenos-Ayres, attribuait une partie des difficultés, qui venaient àchaque instant paralyser ses entreprises, à un ouvrier qu’il
(I) Extrait d’une correspondauce de M. H. Girgois {Initialion^
employait. La raison qu’il donnait de cette supposition était que sa malechance avait commencé lors de la rentrée de cet ouvrier dans ses ateliers, qu’il avait un regard mauvais, et n’était jamais content de rien, enfin que plusieurs fois il l’avait entendu marmotter des paroles incompréhensibles et enfin qu’il avait l'habitude de sortir le dernier de l’atelier, où pour un prétexte ou pour un autre, il restait seul aussi souvent que possible. Il n’osait le renvoyer, craignant d’exciter davantage sa vengeance en l’irritant. Cet état de gêne durait depuis plusieurs mois, quand, par un membre de nos centres spirites, il sut que dans un centre spécial, nous étudiions ces questions. Je notais en lui les signes d’une volonté énergique, quoique ébranlée par la lutte contre l’inconnu, je résolus de la mettre à profit, tout d’abord pour me rendre compte si réellement l’autre était un envoûteur. Je lui ordonnais de ne pas craindre, de retourner dans son atelier, de ne pas éviter le regard de son ouvrier, comme il le faisait toujours, mais au contraire de le fixer, sans cependant le faire avec affectation, de vouloir l’empêcher de nuire et, quand les regards se croiseraient, de fermer les poings en y enserrant les pouces. Je vis à ses yeux qu’il doutait de l’efficacité de ce moyen, en me disant : Oh! alors vous n’êtes pas si sorcier que lui, il fait certainement des charmes.
Sa volonté chancelante, amoindrie encore par le doute, n’aurait rien produit. Je lui proposai alors de lui donner un talisman très puissant, qu’en faisant ce que je lui avais dit et en portant sur lui le talisman, certainement nous serions plus forts que le Sorcier. Ce fameux talisman était simplement un morceau de parchemin sur lequel j’appliquai le cachet martiniste, sans volonté aucune. Après lui avoir demandé le temps nécessaire pour la consécration du talisman, il fut convenu que le vendredi suivant il commencerait
Une tentative d’envoûtement par La Voisin
I
l’épreuve, ne devant pas ce jour-là se trouver en pré- sence de son ouvrier avant d’être protégé par le talisman. Je vis que sa volonté était ranimée et que je pouvais espérer le succès. En effet, il se présenta à l’atelier et sans paraître faire plus attention à l’un qu’à l’autre, il vint se placer en face de celui qu’il soupçonnait ; aidé de la pratique recommandée par moi et fort de sa foi au talisman, il le fixa, voulant se défendre de son influence mauvaise. Le choc fut terrible, l’ouvrier commença à chanceler, à balbutier, puis, pleurant à chaudes larmes, il tomba à genoux et demanda pardon à son patron, que sa foi au talisman rendait fort et généreux, le laissant sortir sans rien lui dire. Le lendemain, l’ouvrier ne reparut pas à l'atelier ; ce que j’ai regretté, parce que j’aurais aimé à savoir où il avait appris ces pratiques de magie noire. Peu à peu, les affaires du charpentier reprirent leur cours normal et il n’entendit plus parler de l’ouvrier.
Le cas : blessures à l’astral.
C’est aussi par un des Sociétaires que je suis intervenu dans cette affaire qui a paru si étrange à beaucoup. Un petit propriétaire était continuellement ennuyé chez lui par des animaux qui détruisaient ses fleurs et mettaient tout en désordre ; il voyait surtout dans sa maison un grand chat maigre, sans pouvoir se rendre compte comment cet animal hirsute pouvait y entrer. Au moment où il y pensait le moins, ce chat se promenait dans sa chambre et disparaissait presque toujours sans que portes et fenêtres fussent ouvertes. On consulta des spirites, qui y virent comme toujours des Esprits ! Les médiums en transe conseillèrent des prières, etc., rien n’y fit. Ce fait fut raconté à un centre spirite affilié au centre ésotérique, qui m’envoya ce persécuté, fatigué de prier en vain les bons Esprits.
Naturellement, je l’interrogeai sur sa vie, ses relations, les haines qu’il pouvait avoir, etc., il ne voyait
Le sorcier cnvoûlanl uu cheval.
rien qui pût motiver une vengeance, soit de mortel soit de désincarné : il était devenu spirite. Enfin, après bien des demandes, il me dit qu’un mulâtre, proche voisin de sa maison lui avait demandé plusieurs fois de la lui acheter, et qu’après plusieurs refus de le faire, il l’avait menacé de l’obliger à le faire. Ici comme dans l’ancien coloniage, sans doute à cause des souffrances de l’ancien esclavage, tous les nègres sont un peu et même beaucoup sorciers. Je ne doutais pas que ce fût le désir de se rendre propriétaire à bon compte d’une propriété qu’il ambitionnait qui poussait ce mulâtre à mettre en pratique son savoir magique. Je savais aussi que chez les sorciers, tant est vif leur désir de faire le mal, l’astral sortait inconscient pendant le sommeil, obéissant ainsi à une habitude. Ceci me fut confirmé par la victime, car si, pendant la nuit, assez tard, il voyait le chat, celui-ci le fuyait moins, disparaissait moins vite et paraissait agir avec moins de précaution que pendant le jour ; évidemment, l’astral obéissait moins à la volonté défiante du sorcier endormi. Je résolus alors de lui faire administrer une forte leçon et voici comme : Pendant environ une dizaine de jours, j’habituai le maléficié à vouloir que son propre chat ne bougeât plus. Ceci afin de pouvoir obliger, au moins pendant un certain temps, l’astral du sorcier en sommeil à obéir à sa volonté. Pour lui donner plus de foi dans l’efficacité des moyens employés pour se débarrasser de ce voisin incommode, je lui fis couper magiquement (??) plusieurs jours d'avance, une forte canne de bambou, d’environ 2m. 50, employant cérémoniellement un couteau neuf et opé- rant au coup de minuit. Malgré tout cet appareil suggestif mon bonhomme hésitait encore ; je voyais bien qu’il voulait quelque chose, mais quoi ? Enfin poussé à bout de questions, il me demanda le Talisman, il connaissait le cas du charpentier. Vous devez supposer que bientôt il fut en son pouvoir ; alors.
complètement rassuré et se croyant suffisamment pro* tégé, il fut tout disposé à rouer de coups le chat magique.
Une fois certain que sa volonté était assez entraînée, je lui donnai le conseil d’aller le soir, le plus tard possible, chez le mulâtre, — il est épicier, — afin de lui laisser pour son sommeil une forte impression de haine, en le revoyant. Ce qu’il fit ; le mulâtre lui offrit encore de lui acheter sa maison et, sur le refus de le faire, le menaça de nouveau.
En sortant de chez le sorcier, il brûla des parfums dans toute sa maison; comme il était très spirite, je lui conseillai une prière aux bons Esprits ; il devait, aussitôt l’apparition du chat, prendre en main un cierge, allumé d’avance, et, armé du bâton enchanté, obliger le chat à obéir à sa volonté, de le charmer par des promesses de lui vendre Ja maison afin d’endormir sa prudence: enfin, quand il serait assez fort, de lui administrer autant de bons coups de canne qu’il le pourrait, sans toutefois lâcher le cierge, utile seulement pour neutraliser un bras, craignant qu’emporté par la colère ou par le succès il finit par le tuer. Le résultat fut ce que j’espérais..., l’astral vint presque inconscient et il eut beau jeu. Le lendemain, mon homme, satisfait, vient me raconter l’aventure, regrettant d'avoir été obligé de conserver le cierge en main, que sans cela certainement il en aurait fini avec le chat. Il ne savait encore rien de l’état du mulâtre, ne se doutant pas (je le lui avais caché), qu’en frappant le chat c’était le sorcier qui recevrait les coups.
Je lui affirmai que si c’était comme j’en étais sûr, le mulâtre qui lui jouait ce mauvais tour, celui-ci devait être très malade et blessé. Il ne pouvait me croire. Je l’accompagnais, et, sous prétexte d’intérêt pour la santé de son voisin, nous entrâmes à l’épicerie. Quel ne fut pas son étonnement d’apprendre que le mulâtre était
très malade et très fortement blesssé et contusionné ; nous insistâmes pour le voir et nous le vîmes couvert de compresses et en très piteux état. Dès notre visite, qu’il ignorait, il commença à trembler et nous supplia de le laisser tranquille, qu’il ne ferait plus de mal. Il tint parole, au moins pour son voisin.
Vous devez noter que, dans ces deux cas, la Volonté développée, soit par l’entraînement, soit surtout par la foi, a suffi pour dominer ces envoûteurs et sorciers et leur faire perdre leur pouvoir.
Agréez mes salutations fraternelles.
Girgüis D. G.É.
Depuis nous avons personnellement eu Toccasion en France de faire cesser un envoûtement ayant créé une Maison Hantée. Voyez La Maison Hantée de Valenee en Brie, par Papus, 1 broch. in-18, chez Chamuel.
Répercussion des blessures du corps astral.
On lit dans V Histoire critique des pratiques super-- stitieuses, par Pierre Le Brun (4 vol. in-12, Paris, V® Delaulne, 1732, liv, II, ch. ni), qu’un nommé Denis Milanges, rendu malade par un sorcier, crut voir son fantôme dans un accès d’égarement et le frappa au visage. Une neuvaine fut suivie d’une apparition de saint Maur dans une église, ayant à ses côtés l’ombre du berger, qui paraissait blessé au visage. Denis Milanges guéri, le sort retomba sur le berger, qui n’obtint sa gué- rison qu’après des prières de sa victime.
Ce récit concorde, quant à la nature des phénomènes, avec l’histoire du herger de Cideville, blessé au visage parce que son ombre (ou corps astral) fut atteinte assez
(1) Initiation, octobre 1894.
légèrement, et aussi avec l’histoire de cette sorcière qui mourut du coup dont fut frappé son corps astral, et dont VInitiation a parlé (1).
Saturninus.
(1) Delrio (Disquisüiones magicœ, I,II, ch. xviii) raconte qu’un crapaud ayant rendu prodigieusement pesante la barque d’un matelot qui s’était disputé avec une tavernière, ce crapaud fut transpercé d’un coup d’épée : la femme mourut à la même heure, lin cordonnier de Ferrare ayant blessé un chat noir qui était venu jouer auprès de son enfant malade, une sorcière qui avait promis sa guérison fut blessée mortellement au même endroit (Serclier, V Antidémon historiaL p. 442).
CHAPITRE IV
MAGIE ET SPIRITISME
§ 1. — De la sortie du corps astral et des phénomènes physiques du spiritisme.
Avant d’aller plus loin, résumons de notre mieux le chemin parcouru jusqu’ici.
Après avoir déterminé dans l'être humain l’existence d’un principe particulier ; le corps astral, nous avons demandé non pas tant à la tradition qu’aux recherches des savants contemporains et à de nombreux faits récents la preuve de l’existence de ce principe.
L’hypnotisme et la suggestion nous ont montré les réactions de ce principe et sur le corps par les stigmates et sur l’esprit par les images idéales et les actions impulsives. L’étude du Magnétismeet des états profonds de l’hypnose nous a conduit à cette curieuse constatation que le principe n’agit pas seulement dans les limites de l’organisme, mais encore qu’il m’extériorise et nous avons suivi pas à pas l’extériorisation delà sensibilité ce qui nous a conduit à parler de l’envoûtement et des réactions de la force psychique ou émanation astrale que nous aurons entrevues, enconstatantlesfaits duremords et de la psychurgie. Il nous faut maintenant aller plus loin encore et assister à l’extériorisation complète du « double » de l’homme. C’est encore à des
expériences récentes que nous nous adresserons à ce propos. Ces expériences constituent la suite des « Sensations d’un magnétisé » dont nous avons donné un extrait précédemment.
Les Fantômes des Vivants [Extrait des « Annales des Sciences psychiques »).
Dans le numéro des Annales de mai-juin 1895» M, Laurent a décrit les sensations qu’il a éprouvées jusqu’au 3® état de l’hypnose et dont je lui avais donné le souvenir par suggestion.
Quand je parvins à déterminer chez lui des états plus profonds, je constatai que la suggestion n’avait presque plus de prise (c’est du reste là une loi générale) ; de sorte qu’au réveil, Laurent, ne se souvenant plus de rien malgré mes ordres, ne put continuer le travail inté- ressant qu’il avait commencé.
C’est ce travail que je vais reprendre au point où il l’a laissé.
Dès le 4® état, la sensibilité extériorisée paraît se localiser sur les deux côtés de Laurent et y former comme des lignes de forces aux deux pôles d’un aimant.
Au 7® état, elle se condense en une sorte de nuée lumineuse bleuâtre de la hauteur de son corps ; il la voit lui-même, à environ un mètre de ce corps, et j'en contrôle l’existence parce qu’elle est devenue le lieu des points sensibles pour lui. Quand on approfondit encore le sommeil, il voit se former une autre colonne, de même hauteur, à même distance, également sensible, mais de couleur rougeâtre. Enfin, dans un état encore plus profond, les deux colonnes se réunissent au-devant de Laurent en un fantôme mi-partie rouge et bleu, où toute la sensibilité est concentrée et qui s’éloigne ou se rapproche selon sa volonté, tout en ayant une tendance
naturelle à s’éloigner. Cette colonne est translucide, elle traverse les murailles et semble éclairer les objets sur lesquels elle se pose, de sorte que Laurent a pu, grâce à ce moyen, percevoir des objets placés dans une pièce voisine, mais d’une façon fort vague.
Je donnerai dans cet article simplement le détail de mes expériences (1), suivant leur ordre et d’après mes notes prises au jour le jour; le lecteur pourra ainsi suivre l’enchaînement des faits et voir comment ils m’ont conduit naturellement et sans idées préconçues aux hypothèses que j’exposerai plus tard.
Je me place devant Laurent et je le magnétise avec des passes dans une demi-obscurité. Au bout de quelque temps, il voit une colonne lumineuse bleue se former à sa droite, puis s’éloigner à mesure que se succèdent les états de l’hypnose séparés par leurs phases de léthargie. En même temps se développait à gauche une colonne lumineuse rouge qui avait apparu postérieurement à la colonne bleue et qui s’éloigne également. Ces colonnes deviennent de plus en plus lumineuses, mais sans formes distinctes; ce sont des nuées de sa grosseur et de sa hauteur, représentant grossièrement le profil de son corps ; quand il soulevait l’un de ses bras, un renflement apparaissait à la nuée du côté correspondant. J’actionnai alors vivement son épigastre de manière à soutirer du fluide. Laurent déclara qu’il se sentait vider ; au bout de quelques instants, il vit les deux colonnes se réunir entre lui et moi, et former une co-
(1) Des expériences de dégagement de corps astral ont été ré- pétées sur plusieurs autres sujets et ont donné lieu à des phéno- çaènes analogues, dont quelques-uns ont été contrôlés par un appareil photographique. — Voir, dans le Paris-Photographe du 30 juin 1894, l’article intitulé : Photographie spirite.
lonne mi-partie rouge et bleue, représentant encore la forme de son corps.
J’en approchai un tison enflammé ; il accusa une forte sensation de brûlure. Quand je touchais son fantôme avec la main, il sentait mon contact ; si je pinçais ma main, il sentait le pincement, mais il ne le sentait plus dès que ma main cessait d’être en contact avec le fantôme. J’interposai pendant trente secondes la main entre le fantôme et sa jambe , après le réveil, la jambe était complètement inerte, et je dus la frictionner énergiquement pour la ramener à son état normal.
Je plaçai dans le fantôme une plaque de porcelaine recouverte de noir de fumée et je constatai que le noir de fumée roussit sur une partie de son étendue ; mais il faudrait recommencer cette opération pour être bien assuré que le changement de couleur est bien dû à l’absorption ou au frottement de la substance extériorisée.
Le fantôme ayant une tendance à s’échapper, je dis à Laurent de le laisser aller ; il me raconte alors que le fantôme monte à sa chambre et s’assied sur son fauteuil devant sa table. Je lui dis de prendre un crayon, du papier et d’écrire : « J’y suis », afin d’avoir une preuve matérielle de cette extériorisation. Il me répond que ses doigts ne peuvent tenir le crayon.
Je lui prescrivis alors do faire revenir son double et je le réveillai.
J’endors Laurent avec des passes par devant. Le fantôme bleu de droite commence à se développer dans le 7® état, puis le fantôme rouge de gauche apparaît dans le 8® état. Ces deux fantômes sont encore des nuées lumineuses qui éclairent les objets placés devant ou derrière (le sujet ne voit que ceux-là) ; ils suivent les regards de
Laurent et c’est ainsi qu’il peut les réunir devant lui malgré leur tendance à s’éloigner. Quand le fantôme est complet, ce qu’on pourrait appeler le double est formé, il aies mêmes tendances.
Je place de nouveau dans ce double une plaque de porcelaine couverte de noir de fumée ; la couleur de la couche se modifie par zones comme si elle était léchée par des effluves; Laurent dit que, pendant que la plaque est dans son double, elle s’illumine de points brillants ; cependant cette expérience ne me paraît pas encore suffisamment probante. Pendant que Laurent est dans les états profonds, il garde intactes ses facultés de langage et de raisonnement, mais il n’a plus de souvenirs en dehors des événements qui so sont passés pendant les sommeils précédents.
J’endors Laurent, Les deux fantômes se développent à la manière ordinaire, à droite et à gauche. Je les laisse s’éloigner suivant leur tendance naturelle. Laurent, qui les voit diminuer da grandeur à mesure qu’ils s’éloignent, finit par les perdre de vue. Il se sent défaillir. Je lui prescris de les rappeler ; il le fait avec des efforts soutenus. Je le réveille.
J’endors Laurent par devant avec des passes ; au sortir de la léthargie, dans le 7® état les deux fantômes apparaissent simultanément, bleu à droite, rouge à gauche. Je lui fais pousser le fantôme gauche, le rouge, jusqu’au mur sur lequel je place une feuille de papier et je dessine sur ce papier le contour de la lueur qu’il aperçoit ; c’est une colonne lumineuse d’environ 0 m. 20 de diamètre qui se termine à la hauteur de sa tête et descend jusqu’au sol. Je lui dis de le repousser encore plus loin ;
le fantôme pénètre dans le cabinet voisin du mien, que Laurent connaît parfaitement. Il n’en voit qu’une par* tie, celle qu’éclaire le fantôme. Je le fais repousser encore plus loin, il traverse le jardin, pénètre dans la cour intérieure, rencontre l’escalier de fer, etc. Je lui dis de le ramener à lui.
Pendant ce temps-là, le fantôme de droite, le bleu, n’avait pas changé de place ; à plusieurs reprises, j’avais pu constater sa présence, sa forme, grâce à l’impression par mes attouchements.
Laurent me prévient tout à eoup que les deux fantômes sont réunis en une seule colonne rouge et bleue ; il voit son double sur sa droite près de la cheminée. Je cherche alors son emplacement en pinçant l’air et j’arrivejusqu’à la glaee qui surmonte cette cheminée sans qu’il sente rien. Il se retourne vers sa gauche et parait tout étonné de voir un second double complet, c’est-à- dire bicolore. Je suis d’abord surpris comme lui de ce nouveau phénomène ; puis je réfléchis que le fantôme qu’il a vu à sa droite n’est peut-être que le reflet de celui qui est à sa gauche. Je me porte vers ce dernier et alors Laurent me voit dans la glace à côté de son double de droite. Le véritable double était donc en avant de lui, sur sa gauche, et il était bien réellement matériel, puisqu’il se reflétait dans la glace pour le sujet.
J’essaie d’endormir Laurent par de grandes passes faites sur les deux côtés au lieu de l’être par devant. Je détermine ainsi les états ordinaires de l’hypnose, mais le sujet se sent gêné. La sensibilité s’extériorise bien dès le 3® état, seulement, elle se concentre de suite sur les côtés et ne se reconnaît ni sur le devant, ni sur le derrière du corps. Je continue les passes et, dès l’état suivant, le fantôme bleu apparaît très près du sujet. Je
n’ai pas continué l’expérience et j’ai réveillé Laurent par des passes transversales.
J’essaie d’endormir Laurent par le courant d’une pile, en mettant l’un des réophores dans une main, et l’autre dans l’autre. Après avoir tâtonné en faisant varier le sens du courant, je finis par produire le sommeil jusqu’au 3* état, mais avec peine ; le sujet est très mal à son aise et me prie de ne pas recommencer.
Laurent étant endormi et sa sensibilité extériorisée, je veux voir ce que produira sur lui l’électricité d’une machine de Wimshurst. Je fais tourner les disques ; il tourne successivement les deux branches avec la main droite : l’une des branches lui engourdit la main, l’autre lui donne une sensation plutôt agréable.
Je constate alors avec étonnement que la sensibilité a disparu pour mes pincements à distance, mais qu’elle a reparu à la surface de la peau, bien qu’il fût encore profondément endormi.
Laurent prend de la main gauche une chaînette accrochée à la branche de la machine dont le vent repousse la flamme d’une bougie ; sa main droite reste libre.
Il s’endort et passe par les phases ordinaires de l’hypnose. Dés qu’il est arrivé au 3® état (état de rapport) il ne m’entend plus que lorsque je touche la chaîne ; sa sensibilité est cependant extériorisée pour moi sans que je prenne cette précaution, parce que je me trouve dans le champ d’action de la machine ; mais il ne sent pas un attouchement fait par une personne se trouvant dans
d’autres conditions. Il voit rouge Taigrette lumineuse qui se dégage de la machine, du côté où il la tient.
Au bout d’un temps à peu près égal à celui qui pré- cède l’apparition du fantôme de droite sous l’influence des passes, le fantôme apparaît très nettement à droite, mais rouge au lieu d’être bleu (1). Il augmente d’intensité à mesure que je charge d’électricité le sujet qui du reste ne paraît pas trop fatigué. Bientôt apparaît le fantôme bleu à sa gauche.
Je n’ose pas continuer l’expérience ni prendre le temps de bien analyser les phénomènes, de peur de fatiguer Laurent et d’avoir de la peine à le réveiller. Cependant je le réveille facilement en faisant passer la chaîne de sa main gauche dans sa main droite.
L® Expérience. — J’endors Laurent de la même manière qu’hier, c’est-à-dire en plaçant la chaîne du côté qui repousse la flamme (et dont l’aigrette lui paraît rouge en état de rapport) dans sa main gauche. Comme hier, le fantôme de droite a paru d’abord, coloré en rouge ; puis a paru le fantôme de gauche coloré en bleu.
(1) Ce changement de couleur des lantômes me paraît tenir au phénomène d’inversion dans la perception des couleurs, que j’ai déjà signalé avec un autre sujet. (Annales, 1894, pp. 148-150;.
En effet, quand on rapproche les houles, le Sujet à l’état de veille et moi nous voyons bleu le côté de l’arc électrique lumineux adjacent à la boule qui repousse la üamme d’une bougie, et ROUGE le côté adjacent à la boule qui attire la flamme. En cela nous sommes d’accord avec Crookes qui dit que le bleu correspond à l’électricité négative, le rouge à l’électricité positive, et que le flux électrique va du négatif au positif.
Dans les expériences du 15 et du 16 avril, Laurent inversait aussi bien les couleurs des fantômes que celles des arcs électriques.
J’ai poussé le sommeil plus loin, les deux fantômes se sont réunis en un seul, polarisé d’une façon très confuse, et présentant dans l’ensemble une couleur violacée (mélange de rouge et de bleu). Ce double n’était pas placé entre le sujet et la machine, mais assez loin sur la gauche en arrière.
Après une nouvelle phase de léthargie, le double a pris une extrême intensité, ayant exactement la forme de Laurent et reproduisant tous ses mouvements comme s’il était son ombre.
J’ai réveillé en mettant la même chaine dans l’autre main, c’est-à-dire, dans la main droite. Les phénomènes se sont reproduits en sens inverse, mais avec lenteur ; le double s’est dédoublé en deux fantômes qui sont rentrés 'Successivement dans le corps de Laurent; puis les couches sensibles ont reparu tout autour du corps, etc.
2® Ex}oérience. — J’ai accroché l’un des bouts de la chaîne au côté de la machine dont l’effluve attire la flamme d’une bougie (qui paraît bleu au sujet), et placé l’autre bout dans la main droite du sujet. J’ai eu beau faire tourner les disques, le sommeil ne s’est pas produit. i
J’accroche les chaînes aux deux branches de la machine et je les fais tenir par Laurent de telle manière que la boule qui repousse la flamme soit en communication avec sa main gauche ; et la boule qui attire, avec sa main droite.
Le mouvement de la machine détermine le sommeil. Les zones sensibles disparaissent au 4® état. Au 5® état le fantôme bleu reparaît à droite du sujet, très vaguement ; au 6® état, le fantôme rouge apparaît à gauche. Au 7® état, les deux fantômes se réunissent pour former le double compléter» avant et à gauche.
Pouvant actionner la machine régulièrement, sans fatigue, je prolonge l’expérience. Dans les états suivants le double se précise de plus en plus et s’éloigne ; il finit par disparaître au yeux de Laurent qui a très froid, est inquiet de son double, ne sentant pas où il est. J’arrête la machine et je lui dis de se rappeler. Il fait de vains efforts, il souffre beaucoup et fait peine à voir. Je renverse le courant en changeant les chaînes de main et j’actionne vivement les plateaux. Au bout d'un temps assez long, le double reparaît aux yeux du sujet, mais il a changé de forme. Laurent ne se reconnait plus; il continue à être inquiet ; il a l’impression d’un contact froid et gluant qui lui répugne.
J’active le mouvement de la machine et j’ordonne avec énergie au sujet de retirer à lui son double qui finit par rentrer dans son corps physique, à son grand soulagement.
Réveil en passant par les phases ordinaires.
Laurent réveillé se sent mal à l’aise. Il se presse le front pour réveiller la mémoire somnambulique et se rappelle vaguement les impressions très désagréables qu’il a eues.
Nota. — Le lendemain Laurent me raconte que depuis la séance, il est gêné, qu’il se retourne à chaque instant comme s’il sentait quelqu’un derrière lui ; qu’il lui semble qu’un élément étranger à sa personnalité s’est introduit dans son corps. Deux jours après tous ces troubles étaient passés.
Laurent est assis sur une chaise dont les quatre pieds reposent sur des tabourets isolants. Je place dans ses mains les chaînes de la machine de la manière indiquée
dans la séance du 17 avril (1) et je fais tourner les plateaux.
Le sujet passe par les phases superficielles ordinaires. Au 3® état, les couches sensibles se forment autour de lui. Au 6® état apparaissent des flammes rouges et bleues qui rayonnent du corps du sujet dans toutes les directions et sans ordre apparent, comme si le double fluidique était trop brutalement projeté hors du corps. Ces flammes sont sensibles sur toute leur longueur qui est d’environ six mètres. Au 7^= état le double se forme tout d’une pièce, mi-partie bleu et rouge, mais irrégulièrement ; des traînées bleues s’enfoncent dans la partie rouge et réciproquement. La sensibilité du sujet est bien localisée dans ce double. Au 8® état, le double paraît tassé et couché sur le flanc, les lueurs rouges et bleues se disposent verticalement par couches alternées. Le sujet paraît fatigué ; je le réveille (2j.
Laurent est endormi par la machine de Wimshurst sans être isolé. Quand le fantôme bleu est formé à droite, je constate que ce fantôme est fortement repoussé par la chaîne accrochée au côté de la machine dont les effluves paraissent bleus au sujet; il est, au contraire, légèrement attiré, en tremblotant comme une flamme
(1) Cette disposition reconnue bonne sera désormais exclusivement adoptée. On remarquera toutefois que mes expériences ne permettent point encore de formuler une loi bien nette sur l’action de l’électricité ; elles ne sont pas assez nombreuses et les inversions possibles de la machine, aussi bien que de la vision des couleurs chez le sujet, sont des causes d’erreur qu’on ne pourra faire disparaître que par une étude plus approfondie de la question.
(2) Laurent, à qui j’avais doniié la suggestion de se rappeler au réveil ce qui s’était passé, a pu, après la séance, peindre à l’aquarelle ces différentes formes des fantômes. La suggestion paraît donc avoir pris, dans ce cas, jusqu’au 3’ état.
de gaz, par la chaîne correspondant aux effluves rouges de la machine. L’effet inverse se produit pour le fantôme rouge. Avec le double complet les effets sont complexes ; ce double est fortement attiré par le fer qui est la seule substance emmagasinant la sensibilité du
Le sujet voit des flammes rouges au pôle S. et des flammes bleues au pôle N. d’une barre d’acier aimanté ; mais l’aimant le fatigue.
Laurent étant endormi à la manière ordinaire par la machine et le double étant formé, trois des spectateurs, qui sont plus ou moins sensitifs eux-mêmes, aperçoivent, quand on fait l’obscurité dans la pièce, une vague lueur à la place du double et éprouvent la sensation très nette d’un vent frais quand ils plongent la main dans ce double.
Je continue l’électrisation, sans compter les états. J’arrive ainsi bientôt à une phase de léthargie, beaucoup plus longue que les autres. Au sortir de cette phase Laurent s’écrie: « Tiens! mon double qui est collé au plafond. » Je lui demande s’il l’a vu monter; il me répond que non et m’explique que toutes les transformations dans les fantômes et le doubles^effectuent durant les léthargies.
Je continue l’électrisation: le double traverse le plafond. Nouvelle phase de léthargie encore plus longue que la précédente. Au sortir de cette phase (par approfondissement de l’hypnose), Laurent grelotte ; une sueur froide couvre ses mains ; il se plaint, dit qu’il est très affaibli, qu’il a froid. 11 perd de vue son double qui s’éloigne de plus en plus, poursuivi par des formes lu-
LA MAGIE ET L’ilATNOSE
mineuses paraissant d’une consistance analogue à son propre double, mais d’une autre couleur. Ces sortes de flammes ont des formes bizarres, assez semblables à celles de têtards terminés par des queues de serpent; elles viennent se coller à lui ou plutôt le lécher en passant : c'est ce qui l’affaiblit-
Je le réveille en hâte et lui donne la suggestion de se rappeler au réveil ce qu’il a vu.
Il traverse neuf phases de léthargie avant de revenir à l’état de veille; je l'avais donc poussé jusqu’au
Réveillé, il se souvient à peu près de ses impressions et me confirme les détails précédents ; pendant qu’il parle, il se retourne à chaque instant, éprouvant la sensation d’un corps qui le frôle.
Le lendemain, il me raconte qu’il n’a pas dormi de la nuit et qu’il a revu, éveillé, les mêmes formes que pendant le sommeil magnétique, mais moinsnettement. Les sensations de frôlement continuent pendant vingtquatre heures, puis disparaissent.
Je suis seul aujourd’hui avec Laurent, et je me propose d'étudier avec plus de soin les phénomènes observés dans la séance du 3 juillet.
Je commence l’opération avec la machine à 10 h. 18 du matin, et j’en obtiens successivement, en partant de l’état de veille ou de crédulité, qui ont la même apparence et que j’appelle 1®'' état :
F® léthargie.
IL léthargie.
LA xMAGIE ET L’ilYPXOSE
5® état. — 10 h. 28. Le fantôme bleu apparaît à droite.
gauche ; le fantôme bleu subsiste à droite.
7® état. — 10 h. 32. Le double complet apparaît à l'“,50 environ en avant et à gauche du sujet, qui paraît étonné d’en voir deux. Je constate que le double s’est formé devant une grande psyché dans une position telle que Laurent doit voir en effet à la fois le double et son image.
place, mais les deux moitiés, l’une rouge et l’autre bleue semblent pénétrer par tranches horizontales irrégulières, comme dans la séance du 23 mai.
VIII® léthargie. — Pendant cette léthargie, j’ordonne au sujet de bien observer ce qui se passe et de se rappeler quand il sera dans l’état suivant.
9® état . — Le double s’est simplement déplacé. Le sujet se souvient de la manière dont s’est effectué le déplacement.
IX® léthargie. — Je donne le même ordre que dans la précédente léthargie.
dans le plafond. Laurent se souvient que ce double a commencé à osciller comme un ballon qu’on gonfle d’hydrogène, puis qu’il s’est détaché de terre et qu’il est monté verticalement sans que le plafond ait opposé un obstacle bien sensible.
X® léthargie. — Même ordre que dans les léthargies précédentes. Le corps est plusieurs fois agité do mouvements convulsifs.
delà volonté, empêché son double de monter plus haut ; qu’un petit nombre de lueurs analogues à celles qu’il a déjà vues et que nous convenons d’appeler larves, s’agitent autour de lui, mais qu’il se raidit contre leur contact et que, ne pouvant le pénétrer, elles ne font que l’effleurer ; ce sont ces contacts qui ont causé les soubresauts do la léthargie précédente. Au-dessus de lui, ces larves sont bien plus nombreuses. Je lui dis de laisser monter son double ; il le fait, mais alors il commence a être assailli par les larves qu’il n’a plus la force de repousser, et il me prie de le réveiller.
lOh.45. — Je change de main les chaînes conductrices et je tourne rapidement la machine, sans compter les léthargies, de manière à ramener, le plus tôt possible, le sujet à son état normal, ce que je n’obtiens qu’au bout d’un quart d’heure.
On remarquera qu’il a fallu traverser le même nombre de phases de léthargie qu’à la séance du 3 juillet, c’est-à* dire neuf, pour la lévitation du double.
Je me propose, dans cette séance, de voir si les phé- nomènes relatifs auxfantômes etau double se succèdent bien dans le même ordre à l’aller et au retour, c’est-à- dire pendant qu’on approfondit l’hypnose ou qu’on ramène le sujet à l’état de veille.
Le tableau suivant montre les résultats obtenus :
I” léthargie.
R® léthargie.
(1) Pour le Relou}', commencer la lecture de la colonne de droite par la fin, aussi bien dans ce tableau que dans les suivants.
5® état. — Le fantôme bleu apparaît à droite. 11 répète comme une ombre les mouvements de la partie droite du sujet (3 minutes de conversation sans tourner la machine).
0® état., — Fantôme bleu à droite ; fantôme rouge à gauche.
ble complet est formé à environ
ble complet est plus net : il est toujours à la hauteur du sujet et il se meut facilement sous l’influence de sa volonté. Il suit les mouvements de ses yeux II traverse avec assez de difficulté lacloison qui sépare la chambre où nous opérons de mon cabinet de travail . 11 va se poser sur ma table et Laurent me dit qu’il se trouve un objet qui lui est dé- sagréable. Je vais dans mon cabinet, je mets la main sur différents objets qui couvrent ma table et qu’il ne voit pas ; il m’arrête en me disant : « C’est celui-là », quand je touche une épreuve de mou portrait gravé cà l’eau-forte par M“® O... et donné la veille par elle (M“® O. est un sujet très sensible). Je fais revenir le double dans la chambre et essaie, mais avec beaucoup de peine, de le faire monter.il éprouve, à un certain moment, un contact gluant sur le bras.
3® état. — Le sujet ne voit plus de fantôme.
4® état. — Le sujet ne voit plus que le fantôme bleu.
5® état. — Le sujet voit encore les deux fantômes.
6® état. — Le double s’est dé- composé en deux fantômes.
7® état. — Le double est toujours là, complet.
8® état. — Le double est toujours près du sujet.
VIII® léthargie.
ble s’est éloigné du sujet et a franchi la fenêtre ; il est suspendu dans le vide à peu près à la hauteur de son corps ; quand Laurent veut le faire descendre, il éprouve une sensation.
double est soulevé à 2 mètres du plancher; quand Laurent veut le faire descendre, iléprouve une sensation de vertige. 11 est très affaibli.
X® léthargie. — Soubresauts.
11® état. — Le double est plus haut aue le plafond. Etat agréable.
Soubresauts.
rent est très affaibli ; le double est à la même place. Contact légers, mais désagréables et bien localisés.
XII® léthargie. — Soubresauts bien localisés : tantôt dans les bras, tan tôtdans les jambes, tantôt sur le torse.
rent a perdu de vue son double il le croit très éloigné.
VIII® léthargie.
8® état. — Le double est près du sujet et très net.
10® état. — Le double est revenu dans la chambre, mais il Hotte encore, à mi-hauteur du plafond.
X® léthargie.
11® étal. — Laurent voit son double au-dessus dutoitetà sa gauche.
XI® léthargie.
cède au réveil par l’interversion des chaînes.
En résumé, on voit que :
1® Le sujet a suivi exactement et en sens inverse, au retour (quand on le réveillait), le chemin qu’il avait parcouru à Valler (quand on l’endormait) ;
2® L’apparition du double et la présence simultanée des deux fantômes séparés se sont produites dans les
3® Il y a eu une légère discordance dans l’apparition et la disparition des fantômes isolés ;
4“ La lévitation du double s’est produite au même, moment, pendant la 9® léthargie.
Jerépèterexpériencedela veille en présence de Mgr B., docteur en théologie, qui inscrit sans rien dire les diverses phases que je m’abstiens de compter moi-même pour éviter l’objection de la suggestion mentale. D’où le tableau suivant.
R® léthargie.
3® état. — Rapport.
4® état. — Sympathie au contact de la chaîne ; fantôme bleu à droite.
6® état. — Fantôme bleu à droite, fantôme rouge à gauche.
V® léthargie, M. de R,. . donne à Laurent la suggestion de se rappeler ce qui va se passer.
6® état. — Les deux fantômes se so7it réunis en un double unique, bleu d’un côté, rouge de l’autre. L.., dit que les deux fantômes se sont réunis progressivement en se rapprochant suivant des lignes droites, mais
Aussitôt, éveillé, Laurentse pré- cipite sur les clefs qu’il prend de la main gauche; le bras droit est complètement engourdi.
R® léthargie.
3® état. — Plus de fantôme
fantôme bleu. M. de R... place entre le fantôme et le bras droit de Laurent sa main qui tient un tpousseau de clefs et l’y laisse quelques secondes, puis il met les clefs sur la table.
5® état. — Le double s’est divisé en deux fantômes ; le bleu est plus visible que lerouge,
6® état. — Double complet, bleu et rouge, comme dans le 7® état. Le double peut se mouvoir autour deL... par la volonté, mais Une peuts’approcher de la machine. Mgr. B... met dans le double sa ceinture de soie vio-
ALLER RETOUR
-qu’à un moment donné l’un d’eux a fait un détour pour éviter la raacliine. Le mouvement s’accélère quand ils sont près l’un de l’autre : ils se réunissent alors brusquement.
7® état. — Le double est plus net. L... le déplace à volonté tout autour de lui.
8® état. — Le double est de plus en plus net; il est encore à la hauteur du sujet.
VIII® léthargie.
9'^ état. — Le double est à la même distance horizontale de sus du plancher. L... voit vaguement ceque son double illumine ; il distingue la couleur d’une fleur du papier de teinture contre lequel le double est appuyé, mais elle est modifiée par la partie du double à travers laquelle il la voit. En continuant l’électrisation, le double s’agite il tremble comme pour s’enlever.
est très haut. L... sent autour de lui des contacts vagues. Son pouls est calme et marque 70 pulsations à la minute.
X® léthargie. — Soubresauts violents ; M de R... prescrit à L... de se rappeler ce qui se passe.
lette qui se charge très faiblement de sensibilité. Il met dans le double son porte-monnaie sous lequel il a glissé, à l’insu en fer. M. de R... touche le porte-monnaie, l’or, l’argent, pas de sensation. Sensation très marquée quand M. de R. touche la clef.
7® état, — Le double est à la même place.
8® état. — Le double est à la meme place.
VllI® léthargie.
9° état. — Le double est revenu sur le parquet de lachambre. 11 est mi-partie rouge et bleu.
X® état. — Le double est en l’air ; il a repris la forme d’une colonne ayant la hauteur du corps de L...
X® léthargie.
ALLER RETOUR
IR état. — L.,. ne peut plus ouvrir les yeux. 11 sent le i;ontact visqueux des larves, mais il ne les voit plus ; il les voyait quand il était en léthargie. Elles sont petites ; la tête ne lui paraissait pas plus grosse que le poing ; elles avaient une queue.
Le fantôme est à une grande hauteur ; L... ne peut ni l’élever ni rabaisser, mais il peut le faire mouvoir dans l’intérieur d’un cercle horizontal dont le centre serait au-dessus de sa tète.
XR léthargie.
12“ état. — Soubresauts violents. L... voit encore son double qu’il meut dans les mêmes conditions que précédemment.
XIR léthargie. — Soubresauts violents, nombreux et localisés.
où est son double ; mais il sent que ce double tend à prendre la forme d'une boule et il suppose qu’en continuant il finirait par ressembler à une larve ; tête ronde avec queue comme une comète ou un têtard.
M. de R... fait changer de mains les chaines de la machine et ramène une léthargie (la XIP) avec de nombreux soubresauts.
En continuant de la même manière l’opération de nouveau son corps, mais très haut.
M. de R .. fait une deuxième fois changer les chaines de main de manière à approfondir le sommeil. Après une nouvelle léthargie (la XI1“), L... perd de nouveau son corps de vue.
M. de R. fait changer une troisième fois les chaines de main et procède définitivement au réveil, en passant
M'hélât. — Lesyeux s’ouvront d’eux-mêmes. L... voit le doublo en l’air et dans la chambre, il' est plus aplati que dans lesétatsmoins profonds.
XR léthargie.
ble très haut ; il est très faible et éprouve une sensation de dé- goût.
Soubresautsviolentset localisés. i
LA MAGIE ET L’ilYFNOSE
par les phases indiquées dans la colonne de droite du I tableau ci-dessus.
Je passe maintenant un certain nombre de séances i où les phénomènes provoqués de la même façon se I produisent avec la même régularité (Ij et je reproduis ( le compte rendu d’une séance où j’ai endormi Laurent,
I non plus avec une machine d'électricité statique, mais I avec un courant donné par une batterie médicale- } Ducretet.
personne éloignée, mais l’entend dès qu’elle s’approche de la machine. — 2 h. 23 min., 4® état. Apparition du fantôme bleu à droite. L... voit en outre, devant lui, une colonne lumineuse verte et rouge (couleurs mélangées) comme quelqu’un qui serait debout. — 2 h. 25 min. 5® état. Fantôme bleu à droite ; fantôme rouge à gauche.. La colonne s’est sensiblement rapprochée. — 2 h. 30' min., 6® état. Double complet en face, presque à côté de lacolonne qui n’apas bougé. Légère gêne. — 2h. 32 min., 7® état. Le double s’est éloigné avec la colonne beaucoup plus qu’à l’ordinaire ; quand L..., rappelle son double Le double s’est élevé et engagé à moitié dans le plafond ; la colonne est restée sur le sol. — 2 h. 39 min., 9’ état. Le double est très haut ; la colonne est toujours là. Le double tend à se mettre en boule. Sensation très vive de froid. — 9 h. 41 min., 10® état. Pendant la léthargie qui précède, soubresauts. L... voit mainte-
(1) Voici cependant le compte rendu de la séance du 4 mars 1895 où j’ai noté exactement les heures des diverses phases et où il y a eu perception par Laurent d’une colonne lumineuse diffé- rente de son double. C’est toujours à l’aide de la machine ques’était fait le dégagement et on n’était éclairé que par une lanterne rouge.
nant son double très petit ; il sent des contacts tout au- I tour de lui. La colonne n’a pas bougé. J’allume du ■ papier d’Arménie ;L... lesent immédiatement, les yeux I se fixent avec une expression extatique. Electrisation I arrêtée un instant ; dès qu’elle est reprise les yeux se I ferment et il se produit une léthargie. Sensation de ver- ■ tige, quand il fait effort pour descendre ; il peut se I mouvoir dans un plan horizontal. Il éprouve comme I L... ne voit plus son double ; il sent encore l’odeur ; I L... ne voit pas son double ; il se sent très bien, mais ■ très faible ; il n’a plus la force de soutenir sa tête ; ■ j’intervertis les chaines. ■
éthéré et plus fort ; il ne voit pas encore son double. ■ Soubresauts dans la léthargie qui suit. — 2 h. 57 min. 9 10® état. A la sensation d’avoir fait une chute épouvans table, d’avoir traversé une zone habitée par des êtres 9 que la force de la chute a écartés ; ne se voit pas encore 9 mais se sent. — 3 heures, 9® état. Se voit, sent qu’il y 9 a autour de lui des êtres qui ne le gênent pas. La co- 9 lonne est toujours là. — 3 h. 2 min. 8® état. Voit son 9 double engagé dans le plafond ; voit encore la colonne 9 qui reste tout à fait inerte même quand je la traverse h double est revenu sur le tapis. Le papier d’Arménie \ brûlé donne à L... un sentiment de légèreté, mais ne le * fait pas s’élever et ne produit aucun effet sur la colonne. ; — 3 h. 10 min. , 6® état. Le double s’est replacé près de la colonne. — 3 h. 12 min., 5® état. Le double s’est divisé en deux fantômes (bleu à droite, rouge à gauche). — ’
visible, L... n’a jamais éprouvé plus de satisfaction à
LA MAGIE ET L’ilYl'NOSE
tome rouge a disparu aussi ; la colonne seule reste. —
Séance du 23 octobre 189k.
Je constate d’abord que le sommeil se produit en plaçant le pôle négatif dans la main droite et le pôle positif dans la main gauche. Après quelques essais sur le nombre des éléments à employer, je reconnais que ■ c’est en me servant de quatre que j’amène le plus facilement l’hypnose sans fatiguer le sujet.
[ P' léthargie.
IP léthargie.
3® état. — La sensibilité de L... est extériorisée. L.. .continue là m’entendre, bien que je ne I touche pas la pile.
IIP léthargie.
i 4<= état. — Apparition du fantôme bleu à droite. Ce fanitôrae est repoussé par le fil né- gatif (que L... voit bleu); le fil iposilif (que L... voit rouge) le ilaisse indifférent. Quand on place le fil négatif (bleu) au-dessus du fantôme, celui-ci s’afifaisse en conservant son vo- :lume. c’est-à-dire qu’il s’élargit aux dépens de sa hauteur, et il conserve cette forme jusqu’à ce qu’on agisse de nouveau sur lui.
h'^état. — Fantôme bleu à droite et fantôme rouge à gauche. Le fil positif (rouge) repousse lefantôme rougeet laisse le fantôme bleu indifférent.
IP léthargie.
aucun fantôme et il commence à voir ce qui se passe autour de lui.
IIP léthargie.
4® élat. — Fantôme bleu seul; à droite et en arrière.
5® état. — Le double s'est dédoublé : fantôme bleu à droite, fantôme rouge à gauche.
6" étaL — Le double est encore complet et à notre hauteur, mais plus faible.
VR léthargie.
7"= état. — Le double est revenu à notre niveau.
abaissé.
éthargie.
0“ état.. — Double complet en avant, près de la batterie.
R n'y a plus attraction ni répulsion entre les fils et le double.
Je supprime la communication 'le L... avec la. batterie, et en vertu de la vitesse acquise,
L... arrive seul à la
VR léthargie, puis se réveille dans le
7“ état où le double s’est considérablement allongé, sans quitter le sol, de façon à avoii" l'air d’une étroite colonnette.
Jerétablis la communication avec la pile, ce qui amène la
VIR léthargie, puis le
8“ état. Le double s’est élevé, mais L.., a encore la sensalion d’avoir les pieds reposant sur quelque chose.
VIR'' léthargie.
9' état. — Le double est très haut. L... a la sensation de fraîcheur, de llottaison dans l’air. Je change les fils de main.
Plus de six mois se passèrent sans que je renouvelasse mes expériences avec Laurent ; mais le 21 mai 1895, je voulus les montrer à M. Boiracetà M. Armand de Gra mont. Je me servis de la machine de Wimshurst et voici les notes qui ont été prises, séance tenante, par le comte de Gramont.
P' (état de crédulité). Insensibilité et suggesti-^ bilité.
— Le double s’est I
VIIR léthargie.
9' état. — Le double est très] haut.
2“ état. Somnambulisme ordinaire les yeux ouverts.
3® état (rapport). Ce sujet entend tous ceux qui touchent la machine et n’entend que ceux-là.
S
4® état. Vue du fantôme bleu à droite, légère sensibilité du fantôme.
5® état. Vue du fantôme rouge à gauche. Sensibilité plus grande des fantômes. Le sujet ne voit que les personnes situées dans le champ de la machine. Amnésie.
6“ état. Double complet à sa gauche : rouge et bleu en deux colonnes juxtaposées. Sensibilité vague générale du double.
7® état. Double très condensé et plus éloigné. L... le [ voit mieux dans l’obscurité. Perte complète de la mé- I moire de la personnalité ; se souvient de quelques mots ' latins et de quelques événements passés dans son enfance jusqu’à la classe de sixième. '
Le sujet n’étant plus entraîné, les états se succédaient I lentement, et je supposais que j’aurais de la peine à : aller plus loin, de sorte qu’arrivé au 7® état, je fis chan-
î ger les chaînes de main ; le réveil se produisit alors de la manière suivante :
6® état. Double complet à ses côtés.
5® état. Double divisé, fantôme à droite et à gauche.
4® état. Ne voit plus que le fantôme bleu à droite. Ne j peut se rappeler le nom du doyen de la Faculté des I lettres. A conservé le souvenir de son existence jusqu’à I la classe de seconde.
3® état (rapport). Ne voit plus aucun fantôme. Ne sait plus qu’il se prépare à l’examen de licence ès lettres.
2® état. Conscience de sa préparation aux examens de licence. Mémoire complète.
Réveil,
J’espère que le lecteur voudra bien excuser l’aridité et la monotonie des tableaux que j’ai reproduits dans cet article ; mais, quand on n’a pour garant de la réalité des phénomènes que le témoignage d’une seule personne, on ne peut donner de la valeur à ce témoignage qu’en montrant son invariabilité.
J’aurais pu ajouter à cette preuve le témoignage d’autres sujets mis dans un état d’hyperexcitabilité visuelle qui leur a permis de voir les fantômes, mais j’aurais été entraîné à décrire des phénomènes qui rentrent dans un domaine dont je ne veux point m’occuper encore ici, tenant à rester dans la physique physio- Zo7zque jusqu’au moment où nous aurons acquis une connaissance suffisante pour oser porter plus loin nos investigations.
Albert de Rochas.
Nous ne voulons pas fatiguer nos lecteurs en restant toujours sur les mêmes questions, mais pour corroborer les expériences précédentes nous les engageons à lire attentivementle récit suivant d’expériences tentées par un de nos chefs de branches de Montpellier. Ils y trouveront une éclatante confirmation des récits de Laurent.
Da/is l'astral (JL
J’ai le plaisir de porter à la connaissance des lecteurs de V Initiation le résultat de quelques expériences qui, j’en suis sûr, intéresseront tous les occultistes et les chercheurs. Les expériences que j’avais commencées depuis déjà longtemps avaient pour but de déterminer une sortie consciente du corps astral, et les
phénomènes ont été des visions complètes ou incomplètes du monde astral, lesquelles ont été obtenues par MM. P. Reybet de Saint-Dizier (Haute-Marne), C. Bourguet, de notre branche de Montpellier et par moimême.
M. P. Reybet étudie beaucoup les ouvrages des maîtres de l’occultisme et a l’habitude de lire au lit avant de s'endormir. Il avait depuis longtemps remarqué cette phrase classique qui a fait tant réfléchir : « Nous sommes en Dieu et Dieu est en nous ». Or cette phrase l’intéressait beaucoup et il cherchait à en péné- trer le véritable sens, ce qui sans doute a forcé son cerveau à un(î tension presque continuelle. Si l’on réflé- chit que lorsqu’on croit avoir bien compris certains principes, une étude plus approfondie, ou même un phénomène quelconque fait changer le point de vue et I force à étudier plus profondément et plus séiûeusement, on comprendra très bien le cas de M. Reybet. Le sens de la plupart de ces phrases ne doit évidemment jamais changer, l’interprétation seule change avec le degré d’avancement du disciple et avec son état d’esprit.
C’est justement ce qui est arrivé à M. Reybet, car s’étant sans doute déjà fait une opinion sur le principe en question, il a vu cette opinion se modifier légèrement à la suite de sa vision, laquelle, comme il le dit lui-même, lui a fait comprendre bien des choses. Voici, d’après son récit que je traduis le plus fidèlement possible, comment les choses se sont passées : Il était environ cinq heures du matin. M. Reybet venait de se réveiller ; on était dans l’époque où il fait déjà jour à cette heure-là, ce qu’il faut bien remarquer ; il élève la tête et s’appuie sur le coude presque assis et se met à penser qu’il était temps de se lever pour aller faire un tour au bois avant de commencer son travail ; tous ces détails prouvent qu’il était parfaitement éveillé.
Tout à coup, sans qu’il puisse se rendre compte de la
transition, il s’est trouvé, dit-il, dans l’état de pouvoir apercevoir ce qui nous est invisible ordinairement ; il aperçut d’abord à 3 ou 4 mètres de distance un homme portant un manteau dans le genre des capucins. Cet homme semblait plongé dans un fluide en continuelle vibration et qui faisait comme des espèces de vagues absolument régulières ; son désir avait été magiquement exaucé, puisqu’à ce même moment, il se trouvait dans le bois et voyait aussi les plantes et les fleurs, comprenant très bien comment elles naissent et vivent par l’action de ces grands fluides.
M. Reybet dit très bien se souvenir de tous ces détails, excepté de la figure de l’homme qui était devant lui, bien qu’il n’ait pas écrit ses impressions sur le moment.. .
Ayant été témoin de quelques phénomènes, le désir de les comprendre me fit étudier les œuvres d’Allan Kardec ; mais, ses théories étant insuffisantes, je ne cessais de réfléchir à une explication plus rationnelle et plus scientifique ; ne connaissant pas plus les ouvrages spéciaux sur les sciences occultes, je m’endormais tous les soirs avec l’esprit non satisfait, et un profond mécontentement de ne pouvoir trouver la véritable théorie. Or, une nuit je fis un rêve bizarre ; je rêvais que, me trouvant chez un libraire, un homme qui était là me dit en me montrant un livre : « Voilà ce que vous cherchez. « Je regardai l’ouvrage indiqué et vis dans coin une figure géométrique que je ne pus distinguer, et comme titre le mot Boudhisme ; je ne me souviens plus de ce qui s’est passé ensuite. Le lendemain, je ne pensai plus à cela, mais dans la matinée je fus forcé pour mes affaires de passer devant la librairie, ce qui éveilla chez moi le souvenir; et machinalement j’entrai. Quelle ne fut pas ma stupéfaction, en apercevant un livre absolument analogue à celui que m’avait montré l’homme de mon rêve ; le signe des théosophes était imprimé dans
un coin, ce qui correspondait comme forme à la figure géométrique que je n’avais pu distinguer. Cependant, le titre seul avait changé, car au lieu de Boudhisme seulement, c’était le Boudhisme ésotérique de Sinnett. Ce livre m’intéressa beaucoup et c’est à la suite de sa lecture que j’entrepris sérieusement l’étude des sciences occultes.
Je repris donc mon train de vio habituelle, ce dont j’avais grand besoin, étant très fatigué, et je me considérai comme inapte à produire la sortie, lorsqu’un soir, sans y avoir pensé dans la journée, je fus pris tout d’un coup de l’idée de faire un nouvel essai ; je m’allongeai donc selon mon habitude sur une couverture étendue sur mon lit, je fixai ma volonté et... je m’endormis. Ce sommeil dura jusqu’à la pointe du jour ; à ce moment, je fus réveillé par un grand frisson qui me parcourut tout le corps ; j’avais toujours l’idée fixe de continuer l’expérience. Comprenant que le phénomène
allait se produire, je fus saisi d’une grande joie, mais néanmoins je cherchai à ne pas remuer et ma volonté s’affermit avec l’idée de bien analyser mes sensations et de les écrire ensuite. Un nouveau frisson suivi d’un hérissement des cheveux survint; un autre plusrapproché. Les cheveux se dressent et crépitent ; j’ai alors la volonté de projeter ma forme astrale au milieu de la chambre et au même instant un frisson arrive, se prolonge et j’ai la sensation que mon corps matériel à demi soulevé par une force inconnue se retournait, se penchait par le travers hors du lit et il me sembla qu’il allait tomber sur le parquet ; la peur de cette chute me fit faire un mouvement de rotation contraire, ce qui fit , augmenter le frisson qui diminuait et finalement il ; cessa complètement. Je regardai alors près de mon lit I et je vis qu’un meuble que j’avais poussé la veille contre j le bord m’empêchait complètement de tomber ; plus j rassuré, je recommençai l’expérience, car j’avais compris que ce que j’avais pris pour mon corps matériel I n’était autre chose que ma forme astrale ; mais pour- I quoi cette sensation de pesanteur : sans doute mon 1 imagination l’avait provoquée puisque j’avais cru sur I le moment que c’était mon corps vrai ; donc, en ayant I une volonté contraire, je devais pouvoir l’élever au- I dessus de moi. Je dois dire que l’expérience ne confirma | pas du tout mon raisonnement, car la même chute se I reproduisit deux ou trois fois ; mais, complètement 1 décidé à le laisser tomber, quoi qu’il arrive, je laissai I la chose suivre son cours. Je sentis alors le frisson se I changer en une vibration continuelle ; mon corps astral I glissa sur la table et se trouva enfin au milieu de la | chambre ; je me retournai et aperçus un autre moij même étendu sur le lit, les yeux grands ouverts et fixes ; 1 les contours du corps étaient lumineux et une traînée H lumineuse partait du haut de la poitrine et arrivait jusqu'à moi ; les objets eux-mêmes étaient plus ou
moins colorés. Je passai alors dans la chambre voisine sans plus m’occuper de l’autre qui gisait inerte, et je me sentis alors complètement libre. Je vis d’abord que la fenêtre était légèrement ouverte ; je jetai un coup d’œil dehors et vis que toutes les maisons avaient les volets fermés. Un morne silence régnait ; je n’entendais plus qu’un très léger bourdonnement à la place de mes oreilles. Vous dire ce que j’ai vu serait presque impossible ; j’essayerais de le faire que je ne pourrais m’expliquer clairement et ne serais compris que de ceux qui ont réussi dans leurs expériences. M. Reybet doit bien comprendre, lui, qu’il est des choses qui ne peuvent s’expliquer vu le manque absolu d’expressions capables de désigner des états de choses qui n’ont pas leurs analogues dans la vie ordinaire. Je puis seulement dire que j’ai vu quelques formes astrales, entre autres celle de mon père avec qui j’ai conversé assez longtemps. J’ai cru remarquer que ces formes obéissaient à la volonté et qu’il suffisait de vouloir pour les faire disparaître.
Néanmoins la volonté n’est pas toujours suffisante et on obtient quelquefois des résultats tout à fait contraires à ceux que l’on se propose d’atteindre, je dirai même des résultats tout à fait inattendus. Dans tous les cas, au sortir de cet état, j’ai vu mes opinions sur la que.stion changer complètement. Pour en revenir au récit de mes expériences, je dois dire qu’à un certain moment une idée vint : « Si j’allais ne pas pouvoir rentrer ». Très inquiet, je fis un effort de volonté pour opé- rer la réunion : je revis alors avec la rapidité de la foudre ma chambre à coucher, mon lit et mon corps toujours dans la même position ; une vibration et puis, sans savoir comment, la réunion s’est opérée, car je me levai sur mon séant, je pus constater à la pendule qu’il était six heures et demie du matin : il y avait donc une heure environ que mes expériences étaient commencées. Je me levai et passai dans la chambre à côté et pus
constater que, comme je l’avais vu en corps astral, la fenêtre de cette chambre était bienouverte. J’entendis plusieurs craquements rapides dans les meubles et puis plus rien ; j’écrivis alors le récit qui précède et mis les feuilles sur la cheminée. Très fatigué, je me recouchai, espérant dormir un peu, mais voici bien une autre histoire : il me sembla que le dégagement s’opérait encore, mais alors simplement et sans vibrations ; je revis à peu près la même scène que je viens de décrire, mais les objets n’étaient plus colorés ; je revis aussi les mêmes formes astrales et bien d’autres encore et même des images de personnes vivantes. Mon père était toujours là ; il me dit un discours un peu.... incohérent et, me félicitant sur la réussite de mes expériences, il me proposa d’aller faire un tour dans une planète ce que j’acceptai après lui avoir fait promettre que mon corps ne risquerait rien. Je me sentis alors enlevé dans les airs ; la rapidité de ma course qui ne dura que quelques secondes m’empêcha de distinguer ce qui se passait autour de moi ; nous arrivâmes en effet dans un pays extraordinaire sans végétation, avec des coteaux et des montagnes pittoresques colorés d’un rose tendre inimitable ; je marchai côte à côte avec l’ombre de mon père qui me donnait toutes les explications relatives au mode d’existence, à la marche des saisons, etc. Il paraîtrait que sur cette sphère les jours durent plusieurs mois et que souvent un soleil vert remplace le rose... On y est très heureux car on n’a pas les mêmes besoins matériels que chez nous, la charité seule et l’amour du prochain étant là-haut des sources de jouissances incomparables. « Tu ne peux comprendre, mon fils, me dit-il, ces sortes de jouissances, car tu es dans un état d’avancement tel que même les expressions les plus poétiques et les plus choisies ne pourraient t’impressionner suffisamment pour que tu puisses voir et saisir la vérité. Cependant tu es plus que moi et moi plus que toi. » Je
vous fais grâce du reste, car je pense que l’on aura 1 compris : je venais de rêver ; par une répercussion toute naturelle à ce qui venait de se passer dans mes expériences de sortie consciente, mon imagination avait travaillé et continuait en rêvant le phénomène réel. Le réveil eut lieu à la manière ordinaire et je compris tout de suite que j’avais dormi. Cependant la première partie ne se confondait pas dans mon cerveau avec la deuxième ; peur m’en assurer, j’allai droit à la cheminée et trouvai les feuilles où j’avais enregistré l’expérience; j’ouvris la porte de la chambre et constatai pour la deuxième fois que la fenêtre était bien ouverte. . .
Notre ami et F.’. Bourguet, qui a déjà écrit quelques articles sur les plantes magiques et la magie des campagnes, est du même âge que moi ; il a, à peu de chose près, fait les mêmes études occultes que les miennes, et devait être par conséquent à peu près dans le même état d’esprit. Or, une nuit, il rêvait qu’il était dans la rue située derrière chez lui et que, se promenant il aperçut une voiture de déménagement attelée de plusieurs chevaux ; il vit un de ces derniers s’abattre et il fut impossible au conducteur de le relever, ce qui nécessita l’aide de plusieurs personnes. A ce moment il fut brusquement réveillé par des vigoureux coups de fouet, ce qui naturellement lui fît penser à son rêve de la nuit. Vivement intrigué, il n’eut rien de plus pressé à faire que de se lever d’ouvrir une fenêtre, et il constata avec stupéfaction que la voiture de son rêve était bien au même endroit, qu’un cheval était abattu et que plusieurs voisins aidaient le conducteur à relever la bête : cela le frappa tellement qu’il vint de suite me réveiller pour me le raconter.
11 avait déjà eu une apparition dans des conditions assez singulières. Une personne qu’il connaissait venait de mourir et, comment elle se trouvait avant sa mort dans une certaine misère, ses amis firent une collecte
pour lui offrir une couronne. Or, ils vinrent trouver Bourguet et celui-ci donna une petite somme, mais moins que ce qu’il aurait voulu donner. Le lendemain, pendant la nuit, il fut réveillé tout à coup par un certain malaise, et il aperçut au pied de son lit la personne morte, les bras croisés sur la poitrine, qui le regardait fixement. Très gêné, il fit un saut hors du lit ; l’apparition était toujours là. Désirant que cela cesse, il cligna plusieurs fois les yeux et elle disparut. Quant à moi, dans ma jeunesse j’ai vu aussi quelque chose d’analogue, mais accompagné de circonstances exceptionnelles. Je suis né dans un vieux château de Lorraine que mon père avait fait reconstruire presque en entier ; il restait néanmoins une portion assez conséquente qui, respectée par les siècles, avait toujours conservé son caractère primitif. On racontait à son sujet des histoires assez extraordinaires et les vieilles femmes disaient tout bas que le château était hanté et qu’il était dangereux d’y rentrer à certaines heures. J’avais à cette époque sept ou huit ans et c’était le jour de la Saint Nicolas. Ce jour-là tous les petits enfants lorrains ont l’habitude de mettre leurs souliers dans la cheminée.
Au milieu de la nuit, je me réveillai et vis au milieu de la chambre une grande clarté provenant sans doute des rayons lunaires entrant par la fenêtre dont les volets n’étaient pas clos. Je m’assis sur mon lit avec l’idée d’aller me rendre compte si saint Nicolas n’était pas encore passé. Avant de descendre, je pris sur ma table de nuit un verre d’eau sucrée qui s’y trouvait et je bus un peu ; au moment où je reposais le verre sur la table, je me retournai et vis dans la demi-obscurité un homme plus grand que nature, coiffé d’un bonnet de coton dont la mèche dressée touchait presque le plafond ; il était vêtu d’une petite veste blanche et d’un caleçon blanc. Il resta une seconde immobile et se dirigea vers moi ; quand il fut éclairé par la lune,
je constatai que sa figure m’était tout à fait inconnue, et, pris d’une peur insensée, clans l’impossibilité complète d’émettre un seul cri pour appeler, je me jetai sur mon lit et me couvris la figure sous l’édredon, mais la curiosité fut plus forte que la peur, car je hasardai bientôt un coup d’œil ; je vis toujours le même homme, seulement, il était prés de moi. La peur me reprit de plus belle et me cloua dans cette position de sorte que je vis distinctement c|u’il se baissait pour me regarder ; il prit ensuite le verre d’eau sucrée, le vida d’un trait et se dirigea dans la direction d’où il était venu et où il n’existait aucune porte, d’une marche lente, automatique et silencieuse. Comme je ne le voyais plus que de dos, je n’avais plus si peur et je pensais c[ue ejuand je raconterais cela le lendemain, personne ne me croirait ; la voix me revint et j’appelai aussitôt de toutes mes forces, ce c|ui n’eut même pas pour résultat de faire accélérer sa marche. Néanmoins je continuai à crier, car j’entendais du bruit dans la maison, ce qui prouvait que j’avais été entendu. Arrivé au milieu de la chambre, l’apparition se retourna, me sourit doucement, ce qui calma ma frayeur comme par enchantement. Elle C.t quelques signes et étendit les bras dans ma direction, puis elle resta immobile en pleine lumière. Laporte s’ouvrit ; plusieurs personnes entrèrent avec des lumières et au même instant tout disparut. Je racontai alors à tout le monde ce qui était arrivé, ce qui fît bien rire. Je racontai aussi qu’il avait bu tout le verre d’eau sucrée et je fis constater qu’en effet il était vide. PourmeJranquilliser, on me dit que cela était bien naturel puisque c’était la Saint-Nicolas et que c’était sans doute lui que j’avais vu ; mais, ayant regardé dans mes souliers et n’ayant rien vu dedans, je n’étais pas convaincu et il fut impossible de me laisser seul cette nuit-là ainsi quo plusieurs autres.
LA MAGIE ET L’HYPN'OSE
§ 2. — Phénomènes spirites et Corps astral.
Dans une étude antérieure sur les phénomènes du spiritisme nous avions été amené à signaler les rapports étroits qui existaient entre le sujet hypnotiqué et le médium. Or, les expériences faites avec le médium EusapiaPalladino à l’Agnélas en 1896, par une commission de six membres sont venues confirmer les enseignements traditionnels de l’ésotérisme sur ce point. Nous verrons dans un chapitre suivant comment certains phénomènes peuvent être réellement produits par des Esprits ; nous tenons simplement à montrer ici que les phénomènes physiques sont en très grande partie, produits par l’extériorisation de double du médium.
On a commis de grosses fautes en confondant le rôle des occultistes et le rôle des savants;
Les occultistes, forts de l’appui de leurs expériences personnelles d’une part, et de l’autorité d’un enseignement qui n’a pas varié depuis trente-six siècles, d’autre part, affirment une série de doctrines se rattachant soit à des forces de la nature encore peu connues, soit aux conditions d’évolution de la portion immortelle de l’homme.
Mais le public se défie beaucoup de toutes les expé- riences tentées par les occultistes pour prouver par les faits la réalité de leurs théories. On suppose que les dits expérimentateurs seront partiaux et que cela détruira en grande partie la valeur de leurs essais.
Pourquoi ?
Parce que les occultistes, étant, avant tout, des philosophes, ne doivent pas marcher sur les brisées des savants, qui sont, eux, les expérimentateurs en qui le public aura, et à juste titre, plus de confiance.
Que, lorsque les savants refusent systématiquement de marcher, les oceultistes soient obligés de les pousser en publiant leurs personnelles expériences, rien de
mieux; mais, une fois les savants lancés dans la voie des expériences, les rôles changent, et les occultistes doivent rester dans leur domaine (vis-à-vis du public profane), c’est-à-dire doivent seulement enregistrer les faits dûment contrôlés qui viennent affirmer leurs dires.
Voilà pourquoi nous applaudissons de tout cœur au superbe rapport publié sur la médiumnité d’Eusapia par une commission de véritables savants non encore ^ entachés d’occultisme ni de journalisme, et qui mérite de fixer maintenant et plus tard toute notre attention.
Du 20 septembre 1895 jusqu’au 26, MM. le lieutenantcolonel de Rochas^ ancien élève de l’école polytechnique ;
I Comte A. de Gr amont ^ docteur ès sciences phy- ! siques ;
Sabatier^ professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Montpellier ;
MaxweH^ substitut du procureur général à la cour i d’appel de Limoges ;
S Baron C. de Watteville, licencié ès sciences physiques et licencié en droit;
Le Z)' Dariex, directeur des Annales des Sciences Psychiques ;
se sont réunis à la villa de l’Agnélas pour étudier les faits produits par Eusapia Paladino.
Ces messieurs se sont entourés des plus minutieuses précautions contre la fraude, et à cet effet ils ont employé le moyen le plus radical, qui consistait à tenir et à toujours contrôler les quatre membres et la tête du médium.
Nous n’avons pas à insister pour nos lecteurs sur ce contrôle, car les occultistes sont assez avancés dans ces études pour admettre la réalité des phénomènes. Nous nous occuperons donc seulement des faits les plus importants produits, et nous passerons successivement en revue par rapport à notre doctrine :
2“ Les assistants ;
3“ Les actions extérieures.
1° Le médium étudié était Eusapia Paladino, dont nos lecteurs connaissent déjà le nom.
La Commission, tout en cherchant à éviter toute fraude, était animée d’un excellent esprit, qui ressort clairement de l’extrait suivant de son remarquable rapport.
Cela était, d’ailleurs, d’autant plus nécessaire que la Commission n’ignorait pas que tout sujet, médium ou autre, appelé à produire des phénomènes qui exigent de sa part des efforts pénibles et parfois même douloureux, peut être tenté consciemment ou même inconsciemment d’avoir recours à des moyens plus faciles d’obtenir les résultats demandés. C’est là une disposition essentiellement humaine et naturelle, avec laquelle il faut d’autant plus compter que l’on se trouve (et c’était ici le cas) en présence de personnes habituées dès longtemps à se servir de sujets d’expérience, qui ont pu penser souvent aux moyens de faciliter leur tâche par la fraude et à en faire l’essai. Il y a là des habitudes de penser et d’agir qui prennent peu à peu place dans la manière d’être du sujet, et qui peuvent aboutir, avec le temps et la répétition, à des tentatives inconscientes et presque innocentes de tromperie.
Cette considération a son importance, car elle peut conduire à des conclusions négatives un observateur qui n’y attache pas une attention suffisante. Surprendre un médium en tentative de supercherie ne suffit pas pour nier d’une manière absolue et sans appel la réalité des phénomènes.
A côté des essais de supercherie, peuvent réellement exister les phénomènes sincères et positifs ; et, quand
on veut observer, dans l’ordre de faits qui nous préoccupent, on est tenu de penser qu’un phénomène obtenu par voie illégitime peut se mêler parfois à des faits sérieux et dignes de crédit. Il importe donc que les observateurs cherchent à saisir, à côté des observations douteuses ou suspectes, des observations faites avec la netteté et la rigueur de la méthode scientifique.
Dégagement du corps astral du medium. — Synchronisme des mouvements musculaires et des actions produites.
L’Occultisme a toujours prétendu que la véritable cause de la plupart des phénomènes dits spirites était la sortie hors du médium àe son « double » (ou corps astral, périsprit, etc.) et qu’il fallait voir là non pas un fait extra-naturel, mais au contraire un fait se rattachant à la physiologie transcendante.
Comme corollaire à notre affirmation, citons l’opinion d’Éliphas Levi à ce sujet.
« Dire par exemple que dans les soirées magnétiques de M. Home, il sort des tables des mains réelles et vivantes, de vraies mains que les uns voient, que les autres touchent et par lesquelles d’autres encore se sentent touchés sans les voir, dire que ces mains vraiment corporelles sont des mains d’esprits, c’est parler comme des enfants ou comme des fous, c’est expliquer contradiction dans les termes. Mais avouer que telles ou telles apparences, telles ou telles sensations se produisent, c’est être simplement sincère et .se moquer de la moquerie des prud’hommes, quand bien même ces prud’hommes auraient de l’esprit comme tel ou tel rédacteur de tel ou tel journal pour rire (1). »
(1) Eliphas Levi, Clef des grands mystères, p. 240.
« Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires :
« Monsieur le baron, les écritures que vous obtenez ne viennent pas de l’autre monde ; et c’est vous-même qui les tracez à votre insu,
« Vous avez, par vos expériences multipliées à l’excès et par l’excessive tension de votre volonté, détruit l’équilibre de votre corps fluidique et astral, vous le forcez à réaliser vos rêves, et il trace en caractères empruntés à vos souvenirs le reflet de vos imaginations et de vos pensées.
Si vous étiez plongé dans un' sommeil magnétique . parfaitement lucide, vous verriez le mirage lumineux de votre main s’allonger comme une ombre au soleil couchant et tracer sur le papier préparé par vous ou vos amis les caractères qui vous étonnent (l). »
Nous-même, dans un travail sur le spiritisme. Considérations SU7' les phénomènes du spiritisme, rapports du spiritisme et de l'hypnotisme, paru en 1890, nous avons ainsi résumé nos idées sur cette question :
La vie peut, dans certaines conditions, sortir de l’être humain et agir à distance.
Vous avez pu lire les expériences de M. Pelletier qui, endormant trois sujets et les plaçant autour d’une table, voit les objets matériels légers se mouvoir sans contact et au commandement. Que se passe-t-il ?
Sa volonté s’empare de la vie des trois sujets et dirige la force de ces trois périsprits sur les objets matériels qui se meuvent sous cette influence.
Une autre manière de vérifier ce fait consiste à prendre un sujet endormi, isolé électriquement, et à
(1) Idem, Science des esprits, p. 267.
lui demander de décrire ses impressions. Le sujet voit parfaitement le corps astral, c’est-à-dire la vie sortir du médium par le côté gauche (au niveau de la rate), et elle j agit sur les objets matériels suivant l'impulsion que I reçoit le pêrisprit (1).
Un médium n’est pas autre chose qu’une machine à dégager du pêrisprit (corps astral), et ce pêrisprit sert d’intermédiaire et de moyen d’action à toutes les volon- ! tés visibles ou invisibles qui savent s’en emparer.
Du reste, interrogez les médiums, et tous vous diront qu’au moment où les phénomènes d’incarnation ou de matérialisation vont se produire, ils sentent une douleur , aiguë au niveau du cœur et qu’aussitôt après ils perdent ) conscience (2).
Quand les spirites prétendent que les mains qui tou- I chent la tête des assistants, qui déplacent les meubles I ou se profilent en vagues reflets sur les murs, sont les i mains des esprits morts, l’occultisme (qui cependant n’a jamais nié l’existence possible des esprits) (3) affirme qu’il s’agit là d’un phénomène physique d’un genre particulier et que c’est le corps astral du médium momentanément extériorisé qui produit ces faits.
A l’appui de notre affirmation, nous ferons remarquer, non pas aux sectaires, mais aux hommes de science :
U Que toute projection, en dehors, de la main astrale est accompagnée chez Eusapia d’un refroidissement de la main physique ;
(3) Les spirites éclairés ont toujours été d’avis que, tout en admettant l’existence d’agents spirituels, il faut attribuer une très grande part, dans la production des phénomènes physiques, aux influences provenant du médium.
Nous ne pouvons que renvoyer à ce propos à l’excellent ouvrage d’Aksakofï ; Animisme et Spiritisme, p. 275, p. 277 bas et
2° Que le refroidissement cesse en même temps que le phénomène produit sous l’influence de la main exté- riorisée ;
3° Que chaque phénomène physique (déplacement de meubles, etc.), produit à distance, est accompagné de mouvement synchronique des muscles physiques, qui, dans les conditions normales, auraient produit le phé- nomène ;
4° Enfin que les assistants contribuent, à leur insu, à fournir de la force dans beaucoup de phénomènes, ce qui explique la fatigue rapide ressentie par lesdits assistants.
En somme, il s’agit là de la production, par des piles humaines montées en série ou en quantité d’une force condensée et dirigée par le corps astral du mé- dium qui annonce les 'phénomènes dans la majorité des cas.
Les extraits suivants du rapport vont confirmer d’une façon remarquable nos affirmations concernant le s'ynchronisme des actions ci distance el des 'mouvements musculaires du médium.
Comme remarque générale, il est important do noter qu’Eusapia, presque toujours, a annoncé les phénomènes au moment où ils allaient commencer à se produire, et que par là elle facilitait singulièrement la surveillance et le contrôle.
En outre, elle paraissait pendant tout le temps de l’cxpériencc dans un état do transe douloureux et pénible, qui se traduisait par des soupirs, des gémissements, une toux nerveuse, une transpiration abondante. Quand un phénomène allait se pruduiru, les gémi.ssements redoublaient et on sentait eu elle un état d’effort et de tension considérables. Dès que le phénomène cessait, elle retombait inerte et comme épuisée par la dépense de force qu’elle avait dû faire.
Il faut également noter qu’Eusapia esquisse gêné-
3 râlement les mouvements de ses membres, qui sont ) censés devoir produire le phénomène. Mais elle les ) esquisse seulement par des mouvements de faible ampli- 1 tude, incapables d’atteindre les objets qui sont remués i et transportés. Il y a là quelque chose qui rappelle les 1 mouvements synergiques que l’on produit instinctive-
ment lorsqu’on observe et que l’on veut aider un homme faisant un très grand effort. Ainsi, quand Eusapia veut t| attirer et mettre en mouvement un fauteuil placé dans I son voisinage, elle porte un peu la main ou mieux le
4 poing fermé du côté du fauteuil, et le retire ensuite,
I comme pour tirer le fauteuil à l’aide d’un lien matériel.
1 Dans aucun cas, ce lien matériel n’a pu être ni saisi ni i même soupçonné par les observateurs.
Pendant tout le temps de cette surveillance, M. de J Gramont a bien observé que chaque manifestation proi duite par le médium est immédiatement précédée ou : accompagnée d’un mouvement corrélatif du pied ou de I la jambe tout entière du côté où le phénomène va se : produire ou se produit. Ce mouvement est accompagné I d’un effort musculaire violent^ révélé par le durcisse- I ment des muscles, mais il n’a qu’une amplitude très faible et tout à fait hors de proportion avec le mouve- I ment produit. M. do Gramont s’est assuré d’ailleurs i que le mouvement, ou plutôt l’effort du membre n’avait 1 aucune relation possible de contact ou de lien supposé soit avec l’objet déplacé, soit avec la personne touchée, soit avec le corps frappé. Eusapia agite la jambe ou le pied gauche ; on y sent une contraction musculaire, et,
: en même temps, le fauteuil placé derrière le rideau et ■ derrière elle se déplace synchroniquement, à plusieurs 1 reprises, derrière le rideau, comme s’il avait été méca- I niquement solidaire de ce pied gauche tenu dans la main i droite de M. de Gramont, qui s’assure bien de l’indé- ) pendance absolue du membre du médium, de tout lion ' ou de tout contact avec le fauteuil. Le contrôle des
pieds et de la tête ainsi assuré, et le contrôle des mains restant ce qu’il était, c'est-à-dire peu satisfaisant à cause de leurs déplacements fréquents déjà signalés par M. Sabatier, des coups violents retentissent dans la table, accompagnés de mouvements synchrones de la jambe gauche. Plusieurs assistants éprouvent des contacts de mains. Le fauteuil s’agite. Le rideau est projeté sur la table.
9 h. 30. — M. Sabatier est touché trois fois et tiré trois fois violemment par le pan gauche de sa jaquette. A ces contacts correspondent des mouvements synchrones du pied gauche tenu sous la table par M. de Rochas.
On entend des bruits répétés frappés sur la table.
M. Maxwell est touché onze fois de suite sur le sommet de la tête. Les coups sont reproduits synchroniquement par le pied gauche du médium. La figure de M. Maxwell était contre celle d’Eusapia qui s’était penchée sur lui. La chaise sui; laquelle est assis M. Sabatier est arrachée riolemynent et renversée et M. Sabatier tombe à demi couché par terre.
Le contrôle paraît et aucun des membres
du médium, ni sa tête n’ont fait, un mouvement suffisant pour produire un tel effet, M. Sabatier tenait bien la main droite, M. Maxwell la main gauche. La main droite de M. Sabatier reposait sur les deux cuisses du médium.
Le piano émet deux notes qui sont accompagnées de mouvements synchrones des pieds d’Eusapia Le clavier blanc est vu par M. Maxwell qui ne remarque pas de corps étranger passant au-dessus de lui.
Eusapia fait des mouvements de la main tenue par M. Maxwell à 0'“20 au-dessus du piano, comme si elle voulait frapper sur les touches. Celles-ci rendent des sons synchrones à ces mouvements.
Trois coups sont frappés dans le bahut placé derrière
M. Maxwell et séparé d’Eusapia par ce dernier. A chaque coup correspond un léger mouvement synchrone de la main gauche bien tenue par M. Maxwell.
REFROIDISSEMENT DE LA MAIN DU MÉDIUM. —TRANSE
Chaque fois que le corps astral quitte le corps physique on voit se produire en petit le phénomène de la mort dans la portion abandonnée par le corps astral.
La circulation se ralentit et la chaleur disparaît plus ou moins complètement pour revenir au retour du « double ».
Ce fait, déjà observé par Eliphas Lévi par rapport à Home, est encore confirmé par l’observation suivante de la commission.
L’action du souffle du médium est encore très curieuse à remarquer à ce sujet.
Enfin, le médium a, dans une autre expérience, associé à l’astral de sa main l’action de M. Maxwell ce qui est encore plus intéressant à remarquer pour les occultistes.
Nous signalerons aussi les transes du médium concomitantes et chaque dégagement du corps astral.
Le fauteuil lourd, situé derrière le rideau, vient heurter vivement, à plusieurs reprises, la chaise de M. Maxwell. Celui-ci constate qu’au moment de la production du phénomène, la main gauche d’Eusapia, qu’il tenait, est glacée. Eusapia a agité la main pendant les mouvements du fauteuil, et synchroniquement avec eux. Mais M. Maxwell a toujours tenu la main d’Eusapia, et l’a sentie devenir très froide. La chaleur est assez rapidement revenue. M. Maxwell, au moment où il a senti la température de la main s’abaisser, a serré avec le pouce la main d’Eusapia. Il est très sûr que c’est la main gauche qu’il tenait qui est redevenue chaude. Il affirme que le contrôle de la main a été très bon.
M. de Gramont est sûr de la main droite, et M. Dariex des membres inférieurs, de la tête et du bras droit.
Le piano est revenu sur la table, il est visible à cause de sa couleur blanche. Eusapia penche la tête en avant pour souffler sur le piano. Le piano se déplace comme mu par ce souffle.
9 h. 10 m. — Les conditions du contrôle restent exactement les mêmes.
M. Maxwell éprouve dans le dos la sensation d’une main le touchant d’un coup sec et brusque, comme si les doigts étaient écartés et présentés par la pointe. Il n’a nullement la sensation d’un bras passant derrière lui.
Le D'' Dariex a la tête saisie par une main entière qui s’applique sur elle et en embrasse le sommet avec les cinq doigts écartés dont la sensation est très nette. Il ne peut pas établir de différence entre cette sensation et celle que produirait la main même du médium.
Les observateurs interrogés à deux reprises, disent être sûrs des mains du médium.
Le D'' Dariex déclare le contrôle parfait de sa part en ce qui concerne les membres inférieurs, la tête et le bras droit du médium.
Tout le monde se rassied. Le contrôle restant le même, Eusapia, de la main gauche tenue par M. Maxwell, mime des coups à 30 centimètres au-dessus de la table ; ces coups sont simultanément entendus, dans la table, d’une manière très forte. Puis elle dirige celte même main, tenue par M. Maxwell, vers le rideau derrière elle, mais sans atteindre le fauteuil placé dans l’embrasure : aussitôt on entend ce fauteuil se mouvoir en semblant suivre les mouvements de la main, comme si cette main était un aimant ; contrôle parfait.
9 h. 15 m. — Eusapia, qui avait gardé ses souliers, les quitte à ce moment. Elle place chacun d’eux sur le pied voisin de l’un des deux observateurs qui tiennent
les mains. Elle dégage ses mains et prend la main droite de M. Maxwell et la frotte entre les siennes. Puis, de sa main gauche, elle fait faire à la main droite de M. Maxwell les mêmes mouvements que précédemment, et les mouvements du fauteuil se reproduisent. M. Maxwell ne sent aucun effort, aucune résistance. M. Sabatier avait repris la main droite d’Eusapia dans sa main gauche ; et sa main droite était placée sur les deux genoux d’Eusapia, de manière à s’assurer que les membres inférieurs restaient immobiles. En outre, M. Sabatier voit bien la main droite d’Eusapia sur la table et est sÛ7' qu’elle n’est pas rapprochée de la gauche. Les mouvements du fauteuil jettent le piano par terre ; il est remis sur le fauteuil par le D*' Dariex.
9 h. '20 m. — Eusapia frotte vigoureusement la main de M. Maxwell entre ses deux mains, et le fauteuil se précipite contre la table.
LES ASSISTANTS
Le médium, livré à ses seules forces, produirait des faits bien moins positifs s’il n’utilisait pas les forces des assistants.
L’alliance des assistants et du médium donne naissance à un singulier phénomène étudié par Eugène Nus sous le nom à' Etre collectif (1) et admirablement développé par Stanislas de Guaita dans son chapitre sur les Mystères de la multitude (2).
Objectivement le fait se caractérise par la fatigue toute spéciale ressentie par les assistants, par la demande du médium de former une chaîne d'êtres humains et par un courant froid caractéristique et
(1) Eugène Nus, Les GrandsMy stères.
(2) Stanislas de Guaita, extrait du volume La Clef de la magie noire, publié dans l'Initiation de 1896.
bien connu de tous ceux qui ont sérieusement étudié les faits.’
Voici comment nous définissions en 1890 le rôle des assistants :
Ce rôle est loin d’être indifférent, comme on pourrait le croire au premier abord. La volonté, bonne ou mauvaise, de chaque assistant, sa vie également, viennent agir sur le périsprit du médium, pendant qu’il est sorti et appuient ou arrêtent les influences qui ont agi sur le périsprit.
Les assistants forment donc une véritable enceinte fluiclique chargée d’empêcher d’une part le périsprit du médium de perdre sa force en s’éparpillant dans l’espace et d’empêcher d’autre part les influences exté- rieures au cercle, s’il y en a, de s’emparer de ce périsprit.
Voilà pourquoi les médiums demandent souvent qu’on fasse autour d’eux la chaîne pendant les grandes expériences de matérialisations ou d’appoKs.
Cette chaîne augmente de beaucoup la puissance du médium, et ce qu’il y a de fort curieux, c’est que cette chaîne était employée dans les temples égyptiens, ainsi que nous le montre Louis Ménard dans le Polythéisme hellénique^ et qu’elle est encore employée de nos jours par les francs-maçons, qui comprennent si peu la haute importance de cette cérémonie qu’ils l’emploient.... pour la transmission du onot de semestre (l).
LA CHAINE
9 h. 40 m. — Eusapia demande qu’on fasse la chaîne pour lui donner de la force. M. Charles de Rochas se place entre MM. Sabatier et de Watte ville, et la chaîne
(1) Papus, Considérations sur les phénomènes du Spiritisme
^ se fait. Le pied droit d’Eusapia est tenu et vu par M. Sa- 1 batier, le gauche est bien tenu par M. de Watte ville.
Sur la, demande du médium, M. Sabatier change S| de place avec M. de Gramont, qui passe à la droite du I sujet pour tenir la main droite. M. Sabatier se place à jj droite de M, de Gramont sur le côté de la table ; sa J main gauche est en contact, sur la table, avec la main
9 droite de M. de Gramont, pour faire la chaîne ; et sa
main droite avec la main gauche de M. de Rochas, qui est lui-même en contact avec M. Maxwell. Il est à noter que le sujet, qui avait exécuté les premiers phénomènes sans qu’eût été formée une chaîne de personnes, ayant ses deux mains comme point de départ et d’arrivée, a demandé à plusieurs reprises à ce qu’on lui donnât de la force en faisant la chaîne. Elle dit qu’à certains moments elle sent comme un fluide lui arriver du côté de M. Maxwell d’abord, et plus tard de M. de Rochas, quand celui-ci aura remplacé M. Maxwell, qui se dit luimême très las.
LE SOUFFLE FROID
Quand Lafontaine se passait un peigne dans les cheveux, l’effluve était si fort qu’un enfant qui était présent s’écria; « Il y a le feu, il y a le feu à la tête de M. Lafontaine (1). »
L’effluve dégagé par le médium et les assistants donne naissance à ce singulier phénomène du souffle froid.
Toutes les personnes présentes sentent fort bien alors une sorte de souffle frais qui parcourt toute la chaîne dans un certain sens. C’est le courant fluidique, formé par les périsprits, qui s’établit.
Le courant fluidique, invisible pour les esprits maté-
riels etvisible pour les voyants (sujets somnambuliques), circule au-dessus du cercle et dans son intérieur (1).
Des instruments de musique circulent au-dessus des têtes des assistants en jouant des airs variés. Ces instruments peuvent se poser en moins de trois secondes successivement sur les têtes de douze personnes formant la chaîne, phénomène impossible à obtenir par tricherie.
Que se passe-t-il en ce moment ?
Le courant fluidique qui circule au-dessus des assistants et qui est renforcé par leur union en chaîne, ce courant porte les objets comme un véritable fleuve (2).
Eusapia porte à deux centimètres au-dessus de sa tête sa main accompagnée par celle de M. de Gramont qui la tient toujours. Celui-ci a l’impression nette d’un courant froid s’échappant des cheveux du médium et qui est semblable à celui qu’on ressent près d’une machine électrostatique à influence.
Dans les expériences de l’Agnélas, les faits de vision d’images astrales ou de lumière astrale ont été très peu nombreux et nous le regrettons vivement.
M. de Bodisco (3) a étudié dans de bonnes conditions la condensation progressive de la lumière astrale qui est une des clefs de Vapport que nous verrons plus tard. Rapportons cependant les uniques faits de visions observées par la commission. Les objets blancs observés
(1) Papus, Considérations sur les phénomènes du Spiritisme,
(3) De Bodisco, Jrails de Lumière, et surtout élude sur le corps astral parue dans l’Initiation.
^ et la main sont des condensations de lumière astrale ij du médium plus ou moins bien formée. Il en est de ^ même de la tête, à propos de laquelle il est bon de se 3I reporter aux expériences de Donald Mac Nab publiées
' En résumé, M, Dariex tenait le médium de manière 1 à être sûr des membres inférieurs, du bras droit et du 1 poignet droit, qui ne quittaient pas la table, et de la tête, qui ne quittait pas la sienne. M. Maxwell tient toujours la main gauche, comme il a été dit ci-dessus ; M. Sabatier, la main droite d’une manière très ferme.
I Le médium se plaint de la lumière; la porte est fermée ■ presque complètement, d’où il résulte une obscurité assez prononcée pour qu’on ne puisse distinguer que les objets volumineux ou de couleur blanche.
Le fauteuil qui se trouve derrière les rideaux est dé- I placé vivement, ainsi qu’on en peut juger par un bruit de roulement intense. Le rideau se gonfle, à environ 0’“,80 au-dessus de la tête d’Eusapia ; il est violemment déplacé et projeté sur la table ;il frotte contre la figure de M. Maxwell qui a la sensation d’un corps dur frot- ! tant le rideau sur sa figure. M. Maxwell reçoit trois I coups nettement localisés sur le côté droit de la poitrine ;
toujours dans les mêmes conditions le pied du fauteuil I frappe trois coups violents ; on entend une série dénotés I jouées vivement sur le piano ; celui-ci passe sur la tête de M, Maxwell et est apporté sur la table. M. de Gra- I mont a vu un objet blanc ayant l’apparence du rideau blanc de dessous et paraissant accompagner l’objet , 1 dans son transport : il a vu le piano se déplacer lente- ! ment et se balancer en passant entre Eusapia et M. Maxwell, comme si une main le tenait, enveloppé r dans la doublure du rideau, puis, au bout de quelques '’i secondes, se poser au milieu de la table. M. Sabatier a < également vu les notes blanches du piano se poser tran- î quillement sur la table, M. Maxwell a eu l’impression
suivante: une fois le petit piano placé sur la table, il voit un objet blanc de la forme vague d’une main, se détachant dans l’obscurité et se retirant assez rapidement pour entrer dans l’embrasure de la fenêtre. Est-ce le rideau blanc? M. Maxwell ne le croit pas. Le rideau eût été visible comme une masse blanchâtre se retirant, tandis que l’impression a été celle d’une pince — comme le pouce et l’index opposés — coupée brusquement au niveau du poignet de la main. Aucune traînée blanche ne la rejoignait au bord du rideau rouge, derrière lequel elle disparut. Pendant ce temps la main de M. Maxwell est maintenue immobile par celle d’Eusapia et est restée, avec celle-ci, appuyée sur la table.
10 h, 15 m. — Eusapia annonce qu’elle va former une tête. Elle dit: « Regardez, vous allez voir une tête ou la tête. » M. Maxwell regarde. Il tenait la main gauche d’Eusapia, qui appuyait sa tête sur la sienne. Il a alors vu à 0“,10 de sa figure une silhouette noire qui se profilait sur la partie de la muraille du salon placée en face de lui, et qu’éclairait la bande de lumière qui passait dans la fente de la porte. C’était une silhouette nettement découpée en haut, se perdant en bas et pouvant rappeler la silhouette d’une tête avec une saillie recourbée ressemblant à des cheveux frisés. C’était comme sur une muraille. L’impression était semblable à celle qu’eût produite un objet plat, un carton découpé par exemple. Cette forme s’est déplacée à droite, puis, après un repos est revenue à gauche. Le mouvement a été très rapide. Maxwell seul a vu cette forme.
M. Maxwell, invité par J'iusapia à regarder, a eu la sensation visuelle d’un avant-bras et d’une main. Il a vu se profilant sur la bande de la muraille éclairée par la fente de la porte en face de lui une main et un bras qui étaient au-dessus de la tête de M. Sabatier. Ils lui ont paru, à diverses reprises, s’abaisser et se relever comme pour toucher la tête de M. Sabatier, qui a accusé
; à ce moment divers attouchements. L’avant-bras lui (! a paru long et mince. Il n’en a pas vu la continuité avec i le bras, car il se perdait dans l’ombre, à l’endroit où i aurait pu être le coude. Aucun des autres observateurs ï n’a observé le fait ; mais il convient de dire que M. Maxwell seul, par sa position, pouvait saisir la sil- I houette sur un fond éclairé.
LES EFFETS PRODUITS A l’eXTÉRIEUR
! Nous avons considéré jusqu’à présent les effets proi duits surtout par rapport au médium et aux assistants ;
! occupons-nous un peu des effets produits sur le milieu extérieur.
Nous revenons ici, par un certain côté, aux communications déveloi^pées dans notre première partie (voy. les expériences de M. lodko); mais nous allons rappeler les enseignements des maîtres de l’occultisme à ce sujet.
« La magnétisation d’un guéridon ou d’une personne est absolument la même chose, et les résultats sont identiques ; c’est l’envahissement d’un corps étranger : par l’électricité vitale intelligente ou la pensée du ma- ) gnétiseur et des assistants.
Ainsi l’électricité accumulée sur un corps isolé acquiert une puissance de réaction égale à l’action, soit pour aimanter, soit pour décomposer, soit pour enflammer, soit pour envoyer ses vibrations au loin. Ce sont là des effets sensibles de l’électricité brute,
I produits par des éléments bruts ; mais il y a évidemment une électricité correspondante produite par la I pile cérébrale de l’homme : cette électricité de l’âme cet éther spirituel et universel qui est le milieu am- I hiant de l’univers métaphysique ou incorporel, a besoin ‘ d’être étudié, avant d’être admis par la science, qui ne
connaîtra rien du grand phénomène de la vie avant
On a découvert tout récemment que les tables tournent aussi et que l’aimantation humaine donne aux objets mobiliers soumis à l’influence des crisiaques un mouvement de rotation. Les masses mêmes les plus lourdes peuvent être soulevées et promenées dans l’espace par cette force, car la pesanteur n’existe qu’en raison de l’équilibre des deux forces de la lumière astrale ; augmentez l’action de l’une des deux, l’autre cédera aussitôt. Or, si l’appareil nerveux aspire et respire cette lumière, en le rendant positif ou négatif suivant les surexcitations personnelles du sujet, tous les corps inertes soumis à son action et imprégnés de sa vie deviendront plus légers ou plus lourds suivant le flux ou le reflux de la lumière qui entraîne dans le nouvel équilibre de son mouvement les corps poreux et mauvais conducteurs autour d’un centre vivant, comme les astres dans l’espace sont emportés, balancés et gravitant autour du soleil (2).
Les faits produits ont été étudiés ;
1" Dans l’obscurité ou en demi-lumière ;
2® En pleine lumière.
Ce second ordre de phénomènes est si rarement obtenu dans les commissions scientifiques qu’il est de la plus haute importance d’en constater la présence dans le cas actuel.
Nos lecteurs savent que certains rayons lumineux agissent comme de véritables dissolvants, à cause de leur potentiel élevé, sur les émanations électriques et astrales du médium.
Voilà pourquoi l’obscurité est nécessaire autant aux faits psychiques qu’à certaines manipulations photo-
(1) Eliphas Lévi, Science des Esprits, p. 270, citant A. Morin.
(2) Eliphas Lévi, Histoire de la Magie, p. 494.
^ graphiques, et ce n’est qu’au prix de grands efforts et ' d’une accoutumance spéciale qu’un médium peut par- 3 venir à produire certains faits en pleine lumière.
M. Lemerle a fait un très beau rapport sur des faits 1 produits en pleine lumière (1).
I FAITS PRODUITS EN OBSCURITÉ
A ce moment, les rideaux rouges et blancs du côté ( gauche dumédiumsont projetés uioZemmenf de manière i i à recouvrir une partie de la table ainsi que la tête et i ' l’épaule droite de M. de Gramont, du côté de M. Saba- ! 1 tier. On redouble de vigilance quant au contrôle. Les
II mains, les pieds sont bien tenus comme ci-dessus. Le i médium, de plus en plus en transe, geint, se tord, puis
repousse du corps, vers la gauche et un peu en arrière, la chaise sur laquelle il est assis. Cette chaise pesant ■ 2‘‘®,500 s’est élevée lentement^ en passant à la gauche de
, sa tête et au-dessus de son épaule gauche ; elle s’est por- 1 tée en avant, en basculant, de manière à se renverser, le dossier en bas, le siège et les pieds en haut, et est 5 venue se placer, avec une douceur remarquable de mou- I vements, le siège sur le bras et l’avant-bras droit de M. de Gramont, et la traverse supérieure du dossier sur < les genoux de M. Sabatier placé à droite de M. de Gram- ] mont.
Il convient de mentionner que, quelque temps avant i le fait du soulèvement de sa chaise et de sa projection sur M. Sabatier et sur M. de Gramont, Eusapia a fait remi placer la lourde chaise de velours et acajou, sur laquelle • elle était assise, par une chaise cannée, légère. On peut supposer que le médium, ayant l’intention de produire
) (1) L. Lemerle, Rapport sur les eorpériences de M. Pelletier
' ( Initiation).
le phénomène d’une manière quelconque, a voulu diminuer l’effort à dépenser.
FAITS PRODUITS EN LUMIÈRE
Eusapia, les mains et les pieds tenus comme ci-dessus, prévient qu’elle va tirer la clé du bahut placé à sa gauche et trop éloigné d’elle pour que, sans se pencher très fortement, elle puisse l’atteindre, soit avec les mains, soit avec les pieds. D’ailleurs, M. de Watteville est placé entre le médium et le bahut, si bien que le médium ne saurait atteindre le bahut qu’en passant à côté de M. de Watteville ou même en le poussant. En outre, la lumière est suffisante pour qu'on puisse voir nettement si Eusapia dirige un de ses membres vers le bahut. Ausssitôt on entend grincer distinctement la clé dans la serrure ; mais la clé, mal engagée, refuse de sortir. Eusapia prend d’une main le poignet gauche de M. Sabatier et, des doigts de l’autre main, lui entoure l’index. Elle produit autour de ce doigt des mouvements alternatifs de rotation auxauels correspondent des grincements synchrones de la clé tournant tantôt dans un sens, tantôt en sens contraire.
9 h. 4 m. — M“® de Rochas entre dans la chaîne entre M. de Rochas et M. Sabatier. Le contrôle reste le même: le pied droit tenu par M, Sabatier, le gauche par M. de Watteville ; Eusapia se frappe les mains devenues libres, en l’air, au-dessus de la table, ses mains sont vues de tous. Le fauteuil frappe des coups synchrones avec la mimique des mains. Elle frappe des mains, et le fauteuil accompagne fidèlement de ses bonds et de ses coups les mouvements des mains. Les mains sont bien vues de tous, les pieds sont bien tenus et même vus : le contrôle est déclaré excellent par tous les observateurs.
Eusapia, saisissant de ses deux mains la main de M. Sabatier qui est assis à droite, fait des gestes saccadés de va-et-vient, comme pour ouvrir la porte du bahut I située à gauche, à un mètre de distance environ, etder- I rière M. de Watteville. Aussitôt la porte du bahut s’agite et produit des sons saccadés et tumultueux comme ceux d’une porte qu’on s’efforce d’ouvrir mais qui résiste, la i serrure n’étant pas ouverte.
A ce moment, M. de Watteville demande s’il n’y a i pas lieu de dégager directement la clé du bahut, que les efforts d’Rusapia n’ont pu que faire tourner, sans l’ou- I vrir. Sur avis conforme des observateurs, M. de Watteville tourne la clé, ce qui rend libre la porte du bahut. Alors, sur un nouveau geste d’Eusapiâ, la porte s’ouvre, i Eusapia, s’inclinant vers M. Sabatier, placé à sa droite met chacune de ses mains sur la joue correspondante ; de M. Sabatier. Les pieds sont toujours bien tenus, le • I droit par M. Sabatier, le gauche par M. de Watteville.
I I Eusapia frappe des deux mains en cadence les joues de I M. Sabatier : la porte de l’armoire s’ouvre et se ferme alternativement en cadence. Un coup sur les joues l’ouvre, le coup suivant la ferme. Les mains sont parfaitement vues et senties ; les mouvements de la porte sont également vus et entendus, car la porte vient frapper, en s’ouvrant, contre la chaise de M. de Watteville, assis devant le bahut, entre le bahut et Eusapia, et en se fermant contre le bahut lui-même. Les mouvements de la porte sont proportionnés comme vivacité aux mouvements des mains. Après un certain nombre de coups ainsi portés, Eusapia pousse uiuemeni la tête de M. Sabatier vers le bahut ; la porte so ferme avec violence.
Avant que tous ces phénomènes se produisissent, Eusapia ^e.s auaif clairement annoncés ; aussi les observateurs sont-ils très en éveil, et le contrôle très rigoureusement observé. Les pieds sont tenus et vus, la tête
l’est également, les mains sont senties et vues par M. Sabatier, et vues par tous les observateurs. 11 fut, en outre, constaté, après la séance, qu’Eusapia, de la place où elle était, ne pouvait atteindre la porte et la clé du bahut avec les pieds. D’ailleurs, la présence de M. de Watteville entre elle et le bahut aurait fort contrarié des mouvements de cette sorte. Les mains appliquées sur les joues de M. Sabatier ne sauraient être mises en cause. En outre, il est bien constaté qu’il n’y a entre Eusapia et ce bahut ni lien, ni levier, ni les deux ficelles nécessaires pour produire ce mouvement alternatif, ni aucun moyen direct de transmission. D’ailleurs, on avait, au cours des expériences, changé de place et circulé entre Eusapia et le bahut, ce qui aurait dérangé le truc, s’il avait existé. A aucun moment des expériences. Eusapia n’a été vue en situation ou en action pour placer des moyens matériels de communication entre elle et le bahut et sa clé. Il est bon de répéter que les expériences se faisaient à une lumière suffisante pour que les mouvements des personnes
et des objets fussent distinctement vus et constatés.
Eusapia se place à l’extrémité de la table du côté de la fenêtre. Pour assurer le contrôle et démontrer que ses mains ne saisissent pas la table pour l’agiter ou la soulever, elle demande deux verres remplis d’eau, qu’on place sur la table. Une lampe à pétrole, placée sur la grande table, à 2™, 50 de distance environ, avec abat-jour de mousseline blanche transparente, brille de tout son éclat, et nous observons en pleine lumière. Eusapia plonge chacune de ses mains dans un verre rempli d’eau (1). M. de Rochas place et maintient sa
(1) Elle voulait d’abord essayer de soulever la table en soulevant simplement ses mains plongées librement dans l'eau des verres qui auraient suivi, entraînant la table ; mais elle ne put y parvenir, bien qu’elle eût, disait-elle, produit ce phénomène en Italie.
main sur les genoux d’Eusapia, et par conséquent entre j les genoux et la table pour constater que les jambes et ( ies genoux n’exercent aucune pression de bas en haut I sur la table. La lumière était très belle, MM. Sabatier I et de Gramont surveillent les pieds d’Eusapia et conj statent qu’ils n’ont aucun contact avec les pieds de la table, et qu’ils ne sont pas mis en mouvement.
Eusapia, exerçant sur les parois internes des verres une pression excentrique qui les fixe aux mains, porte i les verres renfermant ainsi les mains au-dessus de la ^ table, et même en dehors du périmètre de la table, sans I aucun contact avec elle. Elle porte les mains tantôt à t droite, tantôt à gauche. La table exécute des mouvej ments latéraux correspondants, en suivant les mains.
I Des coups sont frappés dans la table.
: Les mains, placées dans les verres, sont portées au-
^ dessus de la table sans aucun contact avec elle ; M. de Watteville saisit les genoux avec les mains, les pieds I sont vus par les observateurs. La table est enlevée horizontalement à 0“ 25 de hauteur. Elle reste ainsi . quelques secondes, et puis retombe brusquement. De . nouveau, dans les mêmes conditions de contrôle, la table est élevée à 0“ 30 environ.
' Jusque-là, les observations se sont faites en pleine ( lumière.
9 h. 3 m. — La table se soulève horizontalement des I quatre pieds et reste ainsi quelques secondes. Nous 1 observons, en pleine lumière, les quatre pieds de la table et les membres inférieurs d’Eusapia et ne décou- - vrons rien de suspect. Pendant que la table est en l’air, le médium gémit et manifeste un effort pénible. La 1 table retombe brusquement, et le médium pousse un grand soupir.
9 h. 6 m. — Nouvelle lévitation horizontale de la ! table dans les mêmes conditions, les mains du médium I tenues, étant situées à 0” 10 au-dessus de la table.
U,i apport.
Dans nos études personnelles sur les phénomènes dus à la force psychique, nous avions obtenu, avec les médiums Bablin et Valentine, des apports dans des conditions de contrôle rigoureux. Nous avions eu la faiblesse d’admettre à ces expériences des curieux, hommes du monde pour la plupart, qui ne présentaient aucune des garanties scientifiques nécessaires pour ces études. Cela nous a valu d’odieuses calomnies «dues à l’ignorance de nos assistants, et nous sommes heureux de voir un phénomène d’apport étudié dans de bonnes conditions.
On a été étonné de voir que certains rayons traversent la matière la plus opaque. Quel sera l’étonnement de nos savants quand ils découvriront qu’une certaine force (que nous appelons force ou lumière astralé) dissout la matière la plus dense^ lui fait traverser à l’état radiant les murs les plus épais et la reconstitue intégralement dans sa forme première, après ce petit voyage.
C’est un peu, suivant l’excellente comparaison de M. G. Delanne, comme un bloc de glace qui, à l’état de vapeur, passerait à travers un linge fin et serait reconstitué à l’état de bloc de glace de l’autre côté du linge.
Dans ces dernières années, nul n’a mieux étudié le phénomène des apports que Donald-Mac-Nab.
Voyons maintenant le fait rapporté par la commission.
9 h. 30 m. — La lampe est emportée hors du salon, mais à travers la porte pénètre une lumière suffisante pour distinguer les objets. Les mains sont toujours dans les verres, dont l’eau n’a pas été renversée, tant Eusapia maintient ses mains dans une position constante et verticale, position qui ne leur permet pas d’agir par la préhension.
IM. Sabatier se couche sous la table, sur le dos, et saisit entre les mains et les bras, très fermement, les pieds et les jambes d’Eusapia. Les mains d’Eusapia, renfermées dans les verres, sont maintenues hors du J contact de la table, ce que la lumière permet fort bien de constater. Sur un mouvement de ces mains, la table I est renversée et tombe sur les jambes de M. Sabatier,
1 A ce moment, le médium abandonne les verres, et les mains sont saisies l’une, à droite, par le colonel de Rochas, l’autre, à gauche, par M. de Watteville. Chacun de ces observateurs s’applique à tenir solidement et exactement la main qui lui correspond, et la saisit par le poignet et la main qu’il embrasse. M. Sabatier, couché sous la table qui a été redressée, tient ferme- 1 ment les deux membres inférieurs. Eusapia est vêtue d’une robe noire très simple, d’un corsage clair et n’a pas de corset. Avant la séance, M“° A. de Rochas a assisté à sa toilette de séance ; car elle s’allège pour la circonstance, et de'Rochas a constaté, avec grand soin et très minutieusement^ qu’il n’y a sur elle aucun moyen de fraude et de supercherie, ni rien d’étranger à 1 son costume. En outre, M. Sabatier, avant le début de la séance, a palpé très libremenl le médium dans presque (1) toute Vêtendue du tronc et des membres, sur sa demande, et n’a rien constaté de suspect. Cette ( inspection avait lieu lors des précédentes séances,
I mais, dans le cas actuel, elle a été exercée avec une rigueur et une liberté encore plus complètes, si possible, Eusapia l’ayant d’ailleurs sollicitée.
Sur la demande du médium, la lampe est emportée 1 dans le vestibule, la porte en est fermée, et l’obscurité
(1) M. Sabatier àii presque, parce que, naturellement, il a hésité à porter la main dans certaines parties, comme l’intervalle des 1 seins, où un objet, à la rigueur aurait pu être caché; mais il faut remarquer qu’Eusapia n’avait pas de corset et que de Rochas I l’avait soigneusement examinée quand elle sommeillait.
est complète. Eusapia appuie sa tête sur le cou du colonel de Rochas, qui peut, par là, en contrôler les mouvements. Elle promène en tâtonnant sa main droite tenue par la main gauche de M. de Rochas, sur le bras droit de M. de Rochas ; la main gauche est maintenue immobile sur la table par M. de Watteville. Pendant qu’elle tâtonne, Eusapia dit en italien : « Je cherche, je cherche », puis ; « J’ai trouvé ». Elle s’agite et gémit beaucoup. Au bout de quelques instants, on entend, sur la table, un coup ty'ès violent, qui retentit très fort sur la tête de M. Sabatier, placé sous la table. Les membres inférieurs d’Eusapia enlacés par M. Sabatier sont restés immobiles.
On apporte la lampe et l’on trouve, au milieu de la table, un caillou assez volumineux pesant 500 grammes. C’est un calcaire compact, mamelonné d’une part, cassuré de l’autre, semblable à ceux qui se trouvent dans les moraines sur lesquelles est bâtie l’habitation de l’Agnélas (1).
Force psychique (2).
Parmi les divers modes de manifestation de la force psychique, les mouvements d’objets sans contact ont, sans contredit, un très grand intérêt quand on a la rare et bonne chance de les voir se produire dans des conditions de sincérité parfaite.
(1) M. Dariex, qui était fatigué, s’est retiré, après la chute du caillou, pour aller se reposer.
(2) Le Groupe Indépendant d'études ésotériques est constitué de manière à pratiquer l’étude scientifique de tout phénomène se rapportant aux idées spiritualistes M. Lemerle, ingénieur, ancien élève de l’École polytechnique, qui a fait le rapport cidessous, est le directeur des études pratiques du Groupe. Il n’a pas hésité à se rendre sur place afin de faire participer nos membres aux observations qu’il pourrait faire en toute connaissance de cause. Qu’il reçoive nos sincères remerciements.
Cette catégorie de phénomènes est étudiée depuis longtemps avec un soin tout spécial par M. H. Pelletier qui en publie fréquemment les résultats dans nos Revues et ici même. C’est donc pour nous une véritable bonne fortune d’avoir pu assister ces jours derniers ! à l’une de ces intéressantes séances et nous en expri- ; mons ici nos bien sincères remerciements à M. H. Pelle- ^ tier dont l’accueil vraiment cordial nous a charmé. C’est 1 dans le calme de la pleine campagne, dans un joli hameau des bords de la Loire et dans un milieu tout patriarcal, que ce chercheur convaincu se livre à ses patientes études avec, pour sujets, de braves gens de son entourage de simples cultivateurs qui n’y entendent pas malice, ce qui vaut mieux peut-être que certains névrosés faisant dans les grandes villes un usage commercial de leurs plus ou moins réelles facultés. C’est au moyen de la polarité que M. Pelletier opère le recru- ) tementde ses sujets, en employant des pièces de monnaie,
des canons de soufre, des bâtons de gomme laque, etc.
Trois seulement de ses sensitifs avaient répondu à son appel, les autres étant retenus par leurs occupations ! mais, malgré ce faible nombre et la forte chaleur (la séance avait lieu à midi), malgré aussi l’intimidation résultant de la présence d’une personne étrangère, nous avons pu enregistrer des résultats indéniables.
C’est d’abord l’action sur l’eau contenue dans un bol placé sur une table devant laquelle se tient un sensitif, puis plusieurs, agissant par leur simple proximité ou en étendant les mains à 5 ou 10 centimètres I aü-dessus de la surface ; celle-ci éprouve de temps en temps des secousses d’où naissent, comme d’ordinaire,
> des ondes circulaires, à peu près comme quand un petit
' poisson saute hors de l’eau. Tout le monde est absolu-
' ment immobile. Nous nous sommes assuré qu’il faudrait frapper assez fort sur le sol avec le talon pour que I l’ébranlement se communiquant par la table produisit
quelque chose d’analogue. L’ébranlement par le souffle produit d’autre [ art, des rides continues qui n’ont pas ce caractère d’impulsion brusque. Ces faits se produisent quelquefois au commandement de M. Pelletier, mais nous aurons à faire plus loin une remarque géné- rale à ce sujet. Quelquefois aussi ils ont lieu dans le silence le plus complet. A plusieurs reprises nous avons constaté, en approchant la tête pourvoir déplus près, une sensation très nette de vent frais qui paraissait, passer entre la surface de l’eau et le réseau des mains étendues au-dessus. A ce moment les sensitifs accusaient spontanément la sensation de froid bien connue et souvent signalée, et qui rendait plus remarquable la température élevée qui régnait dans la pièce dont la fenêtre et les portes étaient fermées pour éviter qu'un souffle d’air vînt influer sur le phénomène. Dans ces conditions il n’y a pas de doute pour nous et nous sommes persuadé qu’avec un plus grand nombre de sensitifs, l’effet pourrait être considérable. Nous avons essayé en plaçant les uns derrière les autres en isonome, les trois mains droites étendues ensemble et les trois gauches de l’autre côté au lieu de les croiser au hasard. Nous espérions augmenter l'intensité du phénomène et c’est le contraire qui eut lieu.
L’opérateur prit ensuite une aiguille aimantée d’une douzainede centimètres de longplacéesurpivotvertical. Les sensitifsétendant leurs mains ensemble ou isolément au-dessus ou à côté, après qu’elle eut pris sa position dans le méridien magnétique, il y eut quelques mouvements quine nous paraissaientpas bien nets, et qui pouvaient provenir de l'agitation de l’air causée par les mouvements des mains qui venaient prendre position. Nous avons pris alors un petit fil à plomb monté sur une potence métallique et, ayant mis ce fil dans le méridien magnétique, il déterminait exactement le plan de ce méridien avec le pivot de l’aiguille.
Les mains étant alors parfaitement immobiles, nous I avons pu constater des déviations très nettes en déclia naison, mais non des déviations constantes ; et encore c comme pour l’eau, comme pour ce qui va suivre, il y a 1 des impulsions^ à la suite desquelles l’équilibre est repris par des oscillations ordinaires. En l’absence de 1 dispositif pour mesurer la valeur de ces impulsions, 1 nous estimons à 20° au moins l’amplitude de l’écarte-
< ment hors de la position d’équilibre. Il n’est pas inutile ^ de dire que le phénomène se produit aussi bien avec la i main dans le méridien que perpendiculaire à ce plan. i Nous avons remarqué que, pendant l’expérience, les ■I oscillations de l’aiguille reprenant son équilibre étaient )| comme amorties : il semblait qu’elle se mouvait dans un 1 milieu plus résistant, c’est-à-dire que, pour un écart
donné, elle revenait plus vite à sa position qu’en l’ab- I sence des sensitifs.
Ce serait peut-être à vérifier plus soigneusement.
Ce qui précède ne regarde que les mouvements en déclinaison. L’aiguille pouvait, de par son mode de I suspension, prendre aussi quelques mouvements en 1 inclinaison ; mais ceux-ci ne nous ont pas paru assez nets pour nous y arrêter, la mobilité dans le plan vertical étant beaucoup trop grande et pouvant être attribuée au simple mouvement respiratoire d’un assistant 1 assez rapproché. Ceci demanderait aussi une étude spéciale.
Avec le pendule en balle de sureau, rien de bien i caractérisé.
Nous arrivons maintenant aux corps pesants ordii naires ; on mit sur le guéridon deux portes-mines, l’un en argent assez lourd, l’autre en aluminium, léger ; les sujets se tenaient assis de face à la table qu’aucun ne
< touchait par aucune partie du corps ni des vêtements.
, Après quelques minutes d’attente, le plus léger de ces
objets tourna sur lui-même une dizaine de fois, dans
un sens et dans l’autre, avec ou sans commandement. On ajouta sur la table un porte-plume en bois ordinaire et une petite boite ronde de trois centimètres environ : ces deux objets furent à plusieurs reprises poussés en avant ou en arrière, d’un bord de la table à l’autre. Des bouchons qui leur succédèrent présentèrent aussi les divers mouvements mentionnés dans les communications de M. Pelletier, sauf celui de sauter hors du gué- ridon et celui de se séparer après s’être joints.
Ces mouvements avaient encore été obtenus la veille, parait-il ; mais il ne faut guère s’étonner de ne pas avoir reproduit toute la série, si l’on songe que la séance durait déjà depuis plusieurs heures et que la chaleur était étouffante.
C’est ici le lieu de faire quelques remarques géné- rales. La manière d’être de ces phénomènes conduit à leur assigner une cause, quelle qu’elle soit, de nature intermittente, procédant par émissions séparées. Aucun fait n’a manifesté une force continue, si faible soitelle. Tout se passe comme par chocs. Ceci est en outre corroboré par cette action du commandement, dont nous avons déjà dit un mot. Ayant remarqué que M. Pelletier a la voix forte et le commandement brusque, et ayant cru voir que ses sujets sursautaient à sa voix, nous eûmes l’idée que ce commandement pouvait agir, non pas par l’ébranlement physique de l’air, mais par la commotion ressentie par le sujet, commotion qui pouvait déterminer l’émission d’un flux de force psychique. Pour vérifier cette opinion, nous priâmes l’expérimentateur à voix très basse à son oreille de faire un commandement négatif en quelque sorte ; au commandement « ne bouge pas » fait à la façon ordinaire, un des sujets eut un soubresaut et l’objet bougea.
En ce qui regarde ces mouvements d’objets très légers, nous nous permettrons de formuler non pas une c.";-
i tique, mais un désir, celui de rendre les expériences (, absolument concluantes en prenant de très grandes a précautions contre l’action du souffle ou même de la i simple respiration des sujets. C’est certainement la ri première idée qui vient à toute personne témoin de ces fi mouvements, que de se dire que les sensitifs doivent souffler, exprès ou non, sur les objets. Nous nous ] sommes assurés que la plupart des phénomènes dont n nous venons de parler étaient sûrement indépendants I de cette cause, mais plusieurs autres, que nous avons : passés sous silence, pouvaient, à la rigueur, s’y ratta-
cher. Dans l’intérêt même de la vérité, il faut absolument éliminer cette source d’erreur, qui nous semble d’ailleurs être la seule et être en somme bien petite.
En tout cas elle est tout à fait hors de cause dans ce qui a suivi, nous voulons dire le déplacement de la table elle-même sans contact. La séance ayant été reprise après un repos bien gagné, les sujets sc sont placés autour du guéridon, les mains appuyées dessus, pour le charger.
Ce guéridon est à trois pieds, en chêne massif et pèse 1 peut-être une dizaine de kilogrammes.
Après quelques minutes d’imposition des mains, celles-ci quittèrent la table, restant à environ 10 cen- I timètres au-dessus, et nous eûmes le soin de vérifier que rien absolument n’y touchait plus jusqu’au sol qui est formé d’un carrelage fruste opposant aux pieds de bois une grande résistance du frottement. Dans cet état, au bout de peu de temps, la table se souleva de quelques centimètres et retomba sur ses pieds. L’expé- • rience fut renouvelée quatre ou cinq fois, toujours de la même façon, c’est-à-dire en la rechargeant à chaque fois par le contact, M. Pelletier estimant que chaque > mouvement obtenu amenait une sorte de décharge. Sur ( notre demande pourtant, les mains restèrent en l’air ( après le mouvement obtenu et il se reproduisit encore
deux fois sans nouveau contact. Il est impossible de rien voir de plus net et de plus certain.
On trouvera peut-être que nous nous sommes trop étendu sur des faits sans grande envergure ; mais nous sommes de ceux qui croient qu’en ces matières un fait simple bien observé, c’est-à-dire avec soin, en apprend plus long que de plus séduisants mais qui laissent plus de place aux doutes et aux objections.
Telle paraît être aussi l’opinion de M. Pelletier qui depuis plusieurs années s’ingénie à répéter sous toutes les formes, quelques-unes amusantes et gracieuses, ces phénomènes simples et à en varier les conditions avec tant de fertilité d’invention.
Lemerle.
Force psychique (1)
Correspondance de M. de Thomassin, délégué général du Groupe indépendant des Hautes Etudes ésoté- riques pour l’Allemagne.
M. le docteur Baron Cari du Prel, président d’honneur de la Société de Psychologie de Munich, adhé- rente au Groupe, était invité parM. Aksakow, le célèbre spiritualiste de Russie, conseiller d’Etat de S. M. l’Empereur de Russie, à venir à Milan pour assister aux séances faites avec le médium du Professeur Lombroso, Eusapia Paladino. Bientôt un cercle illustre se forma autour de ce deux grands chercheurs de l’Occultisme. C’étaient MM. :
Giovanni Schiaparelli, directeur de l’Observatoire astronomique de Milan ;
Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, éditeur de la Revue Scientifique (5 séances) ;
(1) Initiation idécembre 1892).
] Cesare Lombroso, professeur à la Faculté de médecine » de Turin (2 séances) ;
i Angelo Brofferüa, professeur de philosophie ;
Guiseppe Gerosa, professeur de physique ;
, B. Ermacora, docteur en physique ;
I Georgio Fienzi, docteur en physique,
( Les expériences faites par ces grands chercheurs de : la science furent si frappantes, qu’ils signèrent tous un
J rapport détaillé, en français et en italien, dont la conclusion est ainsi rédigée :
I « Ainsi donc, tous ces phénomènes étonnants que I nous avons observés pendant une complète ou quasi- : complète obscurité, tels que : chaises tirées fortement : avec la personne assise dessus, coups dans les chaises,
; transports d’objets, attouchements au corps, attouchements de main par une main, empreinte de doigts, lueurs phosphorescentes nous les obtînmes à cette , séance (du 6 octobre 1892), ne perdant pas le médium de vue, pas même pour un instant. La séance du 6 octobre fut donc pour nous la constatation évidente : et absolue de la justesse de nos impressions antérieures I dans l’obscurité, la preuve incontestable que, pour expliquer les phénomènes de la complète obscurité, il n’est point nécessaire de supposer une fraude du mé- I dium, ni une illusion de notre part, — que les phéno- I mènes peuvent résulter des mêmes causes qui donnent J origines aux phénomènes produits pendant que le médium est visible à l’aide d’une lumière suffisante pour en contrôler la position et les mouvements.
' « En rendant public ce court et incomplet résumé de
nos expériences, nous devons encore exprimer notre I conviction :
1 « 1° Que dans les circonstances données, aucun des
phénomènes qui ont été obtenus à la lumière, plus ou ' moins intense n’aurait pu être produit par un artifice i quelconque ;
J
« 2° Que la même conviction peut être affirmée pour la plus grande partie des phénomènes d’obscurité complète. Pour un certain nombre de ces derniers phénomènes, nous pouvons bien reconnaître, en gé- néral, la possibilité de les imiter par quelque tour d’adresse du médium ; cependant, d’après ce que nous venons de dire, cette hypothèse serait non seulement improbable, mais encore inutile dans notre cas ; car, même en l’admettant, l’ensemble des faits bien prouvés n’en recevrait aucune atteinte.
« Au reste, nous reconnaissons qu’au point de vue de la science exacte nos expériences laissent encore à désirer. Elles ont été commencées sans savoir de quoi on aurait besoin. Les instruments et divers appareils que nous avons employés ont dû être préparés à la hâte par les soins des docteurs Finzi, Gerosa et Ermacora.
« Ce que nous avons vu et constaté, selon notre opinion, est suffisant pour prouver que ces phénomènes sont bien dignes d’être considérés par la science.
« Nous considérons qu’il est de notre devoir d’exprimer ici publiquement notre estime et reconnaissance à M. Ercole Chiaia, pour avoir poursuivi pendant de longues années avec tant de zèle et de patience, et malgré les clameurs et dénigrements de la foule ignorante, le développement des facultés médianimiques de ce sujet remarquable, ne poursuivant qu’un seul but : le triomphe d’une vérité impopulaire. »
Après la publication du résumé et de cette conclusion dans la presse italienne (L'Italia del popolo, du 30 octobre au 3 novembre), le spiritisme devint la question du jour. On ne pouvait pas croire que tous ces hommes, lumières de la science, fussent assez stupides de se laisser tromper par un médium ignorant. La grande nouvelle dépassait bientôt les frontières de l’Italie, le D'' du Prel et moi-même l’annonçâmes en Allemagne dans la presse et dans une conférence à Munich.
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire do donner aux lecteurs de V Initiation un rapport étendu des expé- riences faites par le comité scientifique. Pour les membres du Groupe, les phénomènes médianimiques ne sont qu’une préparation à l’étude et à la connaissance des grandes doctrines universelles de la magie, Kabbale, Gnose, Théosophie, Les actions de la force des astraux primitifs, que les savants de nos jours commencent maintenant à constater et à étudier, ne peuvent plus avoir le même intérêt pour les initiés, entrés dans l’intérieur, dans le sanctuaire du temple occulte. C’est pourquoi je ne veux donner ici qu’une courte exposition des faits constatés à Milan.
Les séances furent tenues à la maison de M. Finzi (Monti di Pieta, 11, Milan) entre 9 et 12 heures du soir. Le médium fut introduit par M. Chiaia, lequel, après avoir assisté aux premières séances, se retira.
On commença à chercher à obtenir des phénomènes à la lumière. Bientôt on prouva les mouvements mécaniques inexplicables par l’attouchement direct des mains, un soulèvement latéral de la table (poids 8 kilos) apportée par M. le D‘‘ Finzi. € La table se souleva d’un angle de 30-40“ et se maintint plusieurs secondes, pendant que le médium avait dessous les deux pieds étendus et frappait ses souliers l’un contre l’autre. En faisant, en ce moment, avec la main, une pression sur le côté soulevé de la table, on sentait une résistance élastique assez forte. » On prit toujours les précautions nécessaires. Les mains et les pieds du médium furent toujours tenus. En mesurant la force appliquée au soulèvement latéral, on trouva que le dynamomètre indiquait trois kilos et demi.
Quelquefois la table faisait quelques mouvements de droite et de gauche, puis se soulevait latéralement, tantôt d’un côté et de l’autre ; enfin elle se souleva entièrement, soit les quatre pieds en l’air et horizonta-
lement, à uno hauteur de 10 à 20 centimètres et retomba À plat sur les quatre pieds.
Quand quelque phénomène est en train de se produire, le visage d’Eusapia se contracte, les mains se crispentetse convulsionnent, elle gémit et paraît souffrir, Comme la table se tenait en Tair pendant quelques secondes, on pouvait obtenir plusieurs photographies des phénomènes ^ que M, le D"" du Prel a montrées dans sa conférence faite dans la Société de psychologie scientifique de Munich. La lumière actinique était produite au moment nécessaire par un éclair magné- sique. Sur une des photographies, on voit M, Richet tenant une main, les genoux et un pied du médium, son autre main étant tenue par M, Lombroso, la table soulevée en Pair horizontalement, ce qu’on voit par l’intervalle entre l’extrémité de chaque pied et l’extré- mité des ombres respectives projetées par les pieds de la table et n’arrivant pas jusqu’aux pieds.
Une expérience très intéressante fut la suivante :
Le médium, assis sur une chaise, fut placé sur une balance. Il présenta le poids total de 62 kilos ; après certaines oscillations, le fléau n’indiquait plus que 52 kilos. On désira l’augmentation de la pression, et le fléau indiqua 62 kilos. On essaya de reproduire ses variations, mais on ne put réussir qu’en étant debout sur le plateau et en appuyant tantôt sur un des côtés, tantôt sur l’autre tout près du bord, par des mouvements de grande amplitude. Il est vrai, disent les soussignés dans le résumé, que nous ne les avons jamais observés chez le médium, et qu’ils lui étaient impossibles dans la position sur la chaise, mais tout de même nous sommes prêts à reconnaître que l’expérience ne peut être entièrement satisfaisante. C’est pour cela qu’elle fut complétée par l’expérience suivante, faite aux séances des 21 et 26 septembre ; la balance fut placée derrière le dos du médium, assis à la table, de façon
que le plateau se trouvât à une distance d’un décimètre de la chaise du médium. Le mouvement du fléau se reproduisit à la vue de tous, et il frappa fortement sur la barre. M. Richet et M. Aksakow s’assuraient, en promenant leurs mains dans l’air et par terre, qu’il n’y avait aucun artifice, aucune communication entre le plateau et la chaise.
On faisait en outre l’expérience du mouvement horizontal de la table avec les mains du médium sur une planche posée sur trois boules interposées entre la planche et la table. Les pieds de la table furent munis de roulettes. Le médium fut invité à mettre ses mains au milieu de la planche ; toutes les précautions furent prises. Les voisins de droite et de gauche mirent leurs pieds sur les pieds d’Eusapia et appuyèrent leurs genoux contre ses genoux, formant un angle droit, dans l’espace duquel les deux pieds de la table se trouvaient parfaitement isolés. Sous ces conditions, la table se mit plusieurs fois en avant et en arrière, à droite et à gauche, parallèlement à elle-même, et, se déplaçant de 10 à 20 centimètres ensemble avec la planche sur les boules, comme si la table et la planche ne faisaient qu’un. Une autre fois, la table se souleva latéralement du côté et sous les mains du médium, ensemble avec les boules à une hauteur de 10 à 15 centimètres, sans aucun déplacement des boules et de la planche.
Pendant les séances, on observa souvent des mouvements d’objets à distance, sans aucun contact, avec les assistants encore en pleine lumière ; une grande chaise, pesant 10 kilos, s’approcha de M. Schiaparelli.
On pouvait aussi constater des mouvements de la table sans attouchements. Les assistants firent la chaîne avec les mains, y inclus celles du médium. Lorsque la table se mit en mouvement, ils soulevèrent tous leurs mains sans rompre la chaîne, et la table toute seule fit plusieurs mouvements.
Constamment, pendant les séances, des coups se produisaient pour répondre oui ou non à des questions posées.
Quant aux phénomènes observés dans l’obscurité, les membres du comité disent : « Tout le monde fait la chaîne et les mains et les pieds du médium sont tenus par ses voisins. L’obscurité augmente évidemment la force des manifestations, qui peuvent se ranger dans les catégories suivantes : 1“ coups beaucoup plus forts et même formidables, comme avec un poing sur la table ; 2° chaises des voisins du médium tirées de côté avec les personnes assises dessus ; 3“ transport sur la table d’objets qui se trouvaient à distance du mé- dium, tels que chaises, habits, etc ; 4° déplacements en l’air de différents objets, d’instruments de musique : clochettes, tambours, etc ; 5° apparitions de lueurs phosphorescentes très vives, de plusieurs millimètres de diamètre, au-dessus de la table, dans l’air, se mouvant dans toutes les directions, montant, se dédoublant quelquefois et disparaissant subitement ; 6° enfin le phénomène le plus étrange, c’est la sensation d’attouchements produits sur notre corps par un corps étranger, que bientôt on est forcé de reconnaître comme une main, car, à mesure que les séances se répètent, cette main devient de plus en plus familière et vous touche le visage et les mains, et vous reconnaissez le contact parfait d’une main vivante, chaude et forte. »
On expose longuement dans le rapport toutes les expé- riences faites : apport d’objets à distance, les mains du médium étant liées aux mains de ses voisins, empreintes de doigts reçues sur papier couvert de noir de fumée, apparitions de la main sur cartons lumineux. Les mains du médium étaient liées par trois tours de ficelles, serrés suffisamment, presque à lui faire mal, dans le but que, si, par quelque manœuvre, la main se fût dégagée de la ficelle, les trois tours de cette ficelle se
seraient défaits immédiatement, et ses mains n’auraient pu d’aucune façon reconstituer la première attache. Une chaise avec clochette posée derrière le médium fut mise sur la table, et la clochette sonna, puis tomba sur la table. La lumière étant faite, on constata que tous les liens étaient en ordre. — Le papier noirci à la fumée, qui montra des empreintes de doigts, fut posé et fixé sur la table, au bout opposé du médium. Le dos de la main gauche de M. du Prel, qui tenait la main du médium, fut sali par le noir de fumée. On avait exprimé le désir que le noir fût transporté sur l’une des mains des assistants. Le docteur du Prel annonça qu’il avait senti plusieurs doigts s’essuyant au dos de sa main gauche. Les mains du médium, inspectées immédiatement, furent constatées toujours propres.
Les cartons, sur lesquels on vit très bien la silhouette noire d’une main, furentenduits de substancekimineuse, phosphorescente dans l’obscurité (sulfure de calcium), et placées sur la table et sur des chaises, dans diffé- rentes parties de la chambre.
La séance du 6 octobre, déjà mentionnée, donne une pleine conviction aux assistants, comme tous les phénomènes observés à l’obscurité furent enfin observés à la lumière, le médium en vue. Entendez les assistants
« Comme l’obscurité parait considérablement favoriser le développement des phénomènes, il fallait donc laisser l’obscurité aux phénornène.s, et avoir la lumière pour nous ; et pour ceci nous procédâmes de la façon suivante. Une partie de la chambre fut séparée de l’autre par un rideau, pour la laisser dans l’obscurité, et le médium fut placé sur une chaise dans une ouverture du rideau, le dos tourné vers la partie obscure, et le visage, les mains et les pieds dans la partie de la chambre éclairée. Derrière le rideau fut placée une petite chaise avec une clochette dessus, à une distance d’un demi-mètre de la chaise du médium, et sur une autre
chaise, à plus de distance, un vase avec de l’argile humideparfaitementunie. Dans la partie de la chambre éclairée, nous mîmes autour de la table qui fut placée devant le médium près du rideau ; nous ne finies pas de chaîne, mais les mains du médium furent tout le temps tenues par ses voisins, MM. Schiaparelli et du Prel. La chambre était éclairée par une lanterne à verres rouges placée sur une autre table. C’était la première fois que le médium se trouvait dans ces conditions. »
Les phénomènes commencèrent. On sentait une ré- sistance, en apposant les mains au rideau. Les pans du rideau lurent fixés au coin de la table, et, à la demande du médium, écartés au-dessus de sa tête et maintenus par des épingles. Alors, au-dessus de la tête du médium quelque chose se montra, per moments. M. Ak-;ako\v posa sa main dans l’ouverture : elle fut serrée ; il sent que quelque chose lui est poussé dans la main : c’était la petite chaise ; ilia tient, puis elle est prise et tombe parterre. Tous les autres ressentent aussi les attouchements en mettant leur main dans l’ouverture. « M. Schiaparelli est touché au côté et frappé sur le dos à travers le rideau ; mais de sa main gauche il continue toujours de tenir la main droite d’Eusapia, et, de .sa main droite, la main gauche deM. Finsi.
La main commença alors à apparaître dans l’ouverture d’une façon plus distincte (1). M. du Prel passa sa tête dans l’ouverture en continuant toujours de tenir la main d’Eusapia et fut touché fortement par des doigts. 'M. Aksakaw présente un crayon : il est pris, ne tombe pas, mais bientôt est rejeté par l’ouverture sur la table. Une fois, c’est un poignet qui apparut sur la tête du
(1) Selon le rapport deM. du Prel, la main appartenait à l’astral Jolin King, si renommé dans les cercles spirites, qui daigna tant de fois se manifester aux incrédules et aux gens qui désirent s’amuser avec des expériences transcendantales.
médium, puis il s’ouvrit lentement et nous fit voir tous les doigts et la paume. Impossible d’énumérer le nombre de fois que la main nous est apparue et que nous l’avons touchée. Il suffît de dire que plus aucun doute n’était possible, que c’était bien une main humaine et vivante que nous voyions e^ touchions, pendant' qu’en même temps tout le buste et les bras du médium nous étaient bien visibles, et que ses deux mains étaient tout le temps tenues par ses voisins. Après la fin de la’ séance M. du Prel pénètre le premier derrière le rideau et nous annonce que, dans l’argile, il y avait une empreinte. Nous constatons en effet que l’argile avait été défoncée par une forte griffe de cinq doigts d’une main droite, preuve permanente que l’apparition de la main n’était pas une hallucination. Ce qui nous expliqua le fait qu’un morceau d’argile nous avait été jeté sur la table vers la fin de la séance.
On voit qu’il s’agit de phénomènes remarquables, constatés par un cercle de savants, qui ont pris toutesles précautions pour ne pas devenir des victimes do l’adresse d’un médium. On peut dire que les expériencesobtenues premièrement par Lombroso et maintenant par Scliiaparelli et les autres célèbres savants, sont le triomphe de la force psychique dans notre siècle de matérialisme absurde, et convainquent les ennemis de ces vérités impopulaires.
Chevalier de Tiiomassin, D. G. E.
DÉPLACE.MENTS d’obJETS SANS CONTACT
Nous trouvons dansl’MrV^a^/oir (octobre 1891), le récit suivant dont nous reproduisons les traits essentiels :
c En villégiature à Sou'ac-sur-Mtr (Gironde) dctiuis le samedi 15 août, nous jouissions de tous les charmes et de tous les loisirs qu’on retrouve dans une ville ’ d’eaux.
«Jusqu’au vendredi 4 septembre, rien n’était encore venu troubler la joie que nous goûtions dans la famille. Le soir, à 9 heures, à peine étions-nous couchés qu’un couteau de table se détachait du buffet sur lequel on l avait placé, pour tomber avec bruit dans le corridor qui sépare la chambre de mes parents de celle que j’occupe moi-même tout près d’une petite cuisine. Tous, c’est-à-dire mon père, ma mère, et mon frère âgé de vingt-six ans, nous eûmes la pensée qu’un rat avait été la cause du bruit que nous venions d’entendre.
« Trois jours après, le lundi 7 septembre, le soir, à la même heure, un des couteaux soigneusement serrés dans le tiroir du buffet, cité plus haut, tombait encore avec bruit, au milieu du corridor.
« Mon père se levait alors... inquiet, comme nous tous, mais pensant encore qu’un rat avait établi son logement dans le tiroir en question.
« Le lendemain nous commencions à nous endormir, lorsque, vers 9 heures, un coup sec, comme produit par un marteau, retentissait sur la table de toilette de ma chambre, faisant bondir 7iics ciseaux qui se mirent à danser.
« Nous nous levâmes aussitôt. . . les ciseaux avaient disparu, ils dansaient maintenant, avec un bruit argentin, dans la cuisine qui, je l’ai dit, se trouve placée près de ma chambre ; à trois reprises différentes les ciseaux recommencèrent leur danse surnaturelle... et il nous était impossible de les apercevoir... Pendant trois minutes peut-être que la danse cessa, nous cherchâmes, mais en vain, les ciseaux... ils étaient invisibles... Très émus alors — on le serait à moins, — nous apostrophâmes l’être mystérieux qui nous jetait ainsi dans le trouble. Moi-même j’élevai hautement la voix, promettant de ne pas me coucher avant que les ciseaux fussent retrouvés.
« Pendant ce temps je transportai mon lit dans la
chambre de mes parents et l’installai de mon mieux sur un canapé, bien décidé à ne plus dormir dans ma chambre, jusqu’à mon départ pour Bordeaux, fixé au 12 septembre.
Nous venions d’éteindre notre lampe, lorsque, TOUTES PORTES FERMÉES, un bruit épouvantable se fît entendre, et les ciseaux, fendant l’air comme une flèche, vinrent tomber avec fracas au pied de mon lit. Les ciseaux avaient donc percé mystérieusement la -porto que nous avions fermée avec intention... ils avaient répondu au défî que je leur avais porté de les retrouver bientôt.
« Inutile de dépeindre notre saisissement, notre frayeur... Nous étions en face du surnaturel , il n’y avait qu’à prier ; nous nous mimes à genoux et nous récitâmes en tremblant le De profundis.
« Est-ce une chère âme qui souffre ?
a Est-ce un esprit mauvais qui nous persécute ? Mystère ! Notre prière terminée, tout bruit cessa.
« Toute la nuit, nous laissâmes brûler notre lampe et nous vîmes arriver le jour, heureux d’être délivrés de cette obsession mystérieuse.
« J’écris ces lignes après les faits que je raconte ; il est neuf heures, et c’est le 9 septembre 1891. Qu’arrivera-t-il ce soir ? je l’ignore.
« J’arrêterai là le récit si, comme nous l'espérons, nos prières ont été écoutées.
« Signé : L’abbé Marcel Lacave,
Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux. >
« Jeudi matin, 10 septembre 1891.
« C’était une âme qui souffrait et qui réclamait des prières. Nous en avons eu, hier soir, la preuve. Durant la journée, j’avais répandu de l’eau bénite dans les appartements. On comprend avec quelle impatience
remplie d’anxiété nous attendions l’heure où déjà plusieurs fois le bruit mystérieux s’était fait entendre.
a Nous nous couchâmes donc dans la même chambre et aussitôt la lampe éteinte nous attendîmes, retenant notre respiration, et nos cœurs bondissaient dans la poitrine; auparavant nous avions fait, au pied de notre lit une fervente prière en faveur de l’âme qui peut-être était là gémissante et attendait du secours... Comme la veille, nous avions formé toutes les portes... Cinq minutes environ s’étaient écoulées depuis que nous avions éteint notre lumière, lorsque, toujours au pied de ma couche, un bruit, mais léger, très doux même, se fit entendre... un objet venait évidemment d’être lancé sur le plancher... Nous nous levâmes... il y avait devant nous un crayon et une envelopps disposés là par une main invisible... Sur l’enveloppe était écrit ce mot :
MERCI (merci)
« Les letties . étaient majuscules et très longues. Comme la veille nous nous mîmes à genoux et nous récitâmes le De profundis. Cette âme était-elle complè- tement délivrée de ses peines, ou seulement soulagée ? nous l’ignorons.
« Nous continuerons pour elle nos prières afin que Dieu l’appelle pour toujours à Lui. Si elle jouit du bonheur éternel, nous nous plaçons sous sa protection, la priant de ne pas nous oublier dans cette terre d’exil et de larmes.
« Une seconde fois, je jure devant Dieu que les faits se sont passés comme je les raconte, et qu’ils ont eu pour témoin ma famille entière.
« Signé : L’abbé Marcel Lacave,
Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux (Gironde). »
LA MAGIE ET L’ilA'PNOSE
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES (1)
En janvier 1891, je me trouvais à Gancl (Belgic[ue), Lors d’une visite chez une famille amie, la conversation fut portée sur des expériences hypnotiques qu’un magnétiseur de profession présentait à ce moment dans une salle publique de la ville.
J’avais assisté moi-même à la séance donnée la veille par ce magnétiseur, et les expériences produites me paraissent assez intéressantes et sortant du répertoire ordinaire des professionnels pour que je croie utile de les mentionner ici avant do continuer mon récit.
Sur la scène se trouve le sujet (professionnel, voyageant avec son magnétiseur), une jeune fille, assise sur une chaise. Le magnétiseur la met en sommeil.
Le public dans la salle se composait en majeure partie des étudiants de l’université de Gand,
Le magnétiseur demande de former une commission pour surveiller et vérifier les expériences. La Commission, dont je fais partie, est composée exclusivement d’étudiants, excepté moi. Le magnétiseur annonce l’expérience suivante :
Sur une ardoise ordinaire, quelqu’un de la Commission ou du public écrira une phrase dans une langue quelconque. L’ardoise sera ensuite posée par l’écrivain, qui seul aura connaissance de ce qu’il a écrit, sur les genoux du sujet et de façon que le côté opposé à l’écriture soit tourné en haut. Le sujet, qui aura au préalable les yeux bandés, copiera sur ce côté libre de l’ardoise l’écriture du dessous, non seulement textuellement, mais en reproduisant exactement l’écriture de l’écrivain.
Ceci dit, le magnétiseur apporte du papier gommé
(1) Initiation, janvier 1894.
et prie la Commission de coller du papier sur les paupières fermées du sujet. Ceci fait, les yeux sont bandés avec un fichu noir en soie. Le sujet, comme j’ai dit, est en sommeil.
Le magnétiseur présente l’ardoise, sur laquelle un des assistants inscrit une phrase en français. Le sujet reproduit cette phrase sans hésitation et en imitant très exactement l’écriture de l’auteur. Parmi les assistants se trouvent des étudiants appartenant à différentes nations. L’ardoise est couverte d’inscriptions en allemand, anglais, espagnol, italien, polonais, etc., qui toutes, sans exception, sont reproduites, lorsque le sujet, recevant à nouveau l’ardoise, parait hésiter un instant. Puis elle dit, d’un ton plaintif : « C’est de l’hébreu, c’est bien difficile ! » et, après avoir à plusieurs reprises essayé d’écrire, elle reproduit la phrase en hébreu.
Ce qui me paraît dans ce cas surtout remarquable, c’est que le sujet avait conscience de ce qu’il reproduisait. Ceci est un argument pour la faculté tant discutée et contestée de certains individus, plongés dans l’état hypnotique, de comprendre et savoir parler même des langues dont ils n’ont aucune notion à l’état normal. (Je reviendrai sur ce sujet tout à l’heure.)
Après cette expérience, le magnétiseur faisait des essais d’hypnotisation sur plusieurs étudiants de bonne volonté, sans y réussir. Il se présenta alors un jeune homme de seize à dix-sept ans. îl est mis en état de sommeil très promptement ; quelques expé- riences ordinaires de catalepsie, suggestion, réussissent très bien. Alors le magnétiseur annonce qu’il veut essayer, vu les aptitudes du sujet, une expérience de transmission de pensée. — Il faut noter ici, que le sujet était inconnu du magnétiseur ; c’était un jeune homme de Gand, de bonne famille, n’ayant jamais_ni vu ni contribué à des expériences hypnotiques.
Le sujet se trouvait sur la scène, debout, à l’état normal de veille. L’opérateur était descendu parmi le public pour demander à plusieurs personnes d’inscrire sur des petites feuilles de papier les actions qui devaient être exécutées par le sujet. Le magnétiseur prenait connaissance de la demande, tandis que le demandeur conservait sa feuille. L’opérateur était éloigné du sujet d’une quinzaine de mètres environ. Le nombre des différents ordres à exécuter pouvait être de vingt à vingt-cinq.
Le magnétiseur, depuis qu’il avait quitté la scène, ne s’était plus rapproché du sujet ; après avoir recueilli tous les ordres, il se retira encore, de sorte, qu’une distance de 18 à 20 mètres le séparait du sujet qui toujours se trouvait sur la scène.
Parmi les ordres à exécuter, je citerai les trois suivants :
1° Ordre donné par un étudiant de ma connaissance : « Prendre mon chapeau et se coiffer avec. »
2“ Ordre donné par un autre étudiant de ma connaissance : « Prendre dans la poche de M. Bojanoo son porte-monnaie et le conserver » (le magnétiseur demandait de lui faire connaître M. B.).
3° Ordre donné par moi : « Crier par trois fois et à haute voix, sur la scène : Vive la Belgique ! »
Tous les ordres furent parfaitement exécutés. Ce qui me paraît particulièrement remarquable, c’est que le jeune liomme n’était pas un sujet entraîné et que la transmission, voire l’exécution des ordres, se faisait à l’état de veille.
Voici donc le sujet de conversation dans le cercle de la famille X. Parmi les personnes présentes se trouvait une jeune parente de M™® H., M. B., de Bruxelles. Cette jeune fille prenait beaucoup d’intérêt à la conversation et finalement exprimait le désir d’essayer si elle pourrait être magnétisée. Sur ma
proposition de faire quelques expériences préalables pour me rendre compte du degré de sa sensibilité, elle accepta. J’essayai alors de lui cataleptiser le bras dans la position horizontale, sans la mettre en sommeil, ce qui réussit bien. Je lui fis des suggestions concernant des changements du goût: boire de l’eau pour du vin, prendre du poivre pour du chocolat en poudre, etc., toujours sans l’avoir mise en sommeil. Je l’avertis alors que j’allais l’endormir.
La jeune fille étant assise, j’opérai par la fixation des yeux, accompagnée de passes. Au bout de quelques minutes, ses yeux se fermèrent. Mon intention était de faire, si possible, quelques expériences pouvant me servir comme enseignement, et non pas d’amuser les assistants par des suggestions plus ou moins drôles. Je continuai donc, après l’occlusion des yeux, de faire des passes jusqu’à ce que le sujet ne répondit plus à ma question régulière : « Vous dormez bien, n’est-ce-pas ? » que d’une voix presque imperceptible. J’arrêtai alors l’hypnose sur ce degré, €t je bandai les yeux de B. avec un mouchoir, de sorte qu’il lui était matériellement impossible de voir même en ouvrant les paupi-ères.
Je pris dans un sucrier un morceau de sucre, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas éveiller son attention. Je le tenais dans ma main fermée, et je posai les que.stions suivantes :
D. — Mademoiselle, vous m’entendez bien, n’est-ce pas ?
R. — Oui, Monsieur (la voix très faible).
D. — Faites bien attention : je tiens quelque chose dans ma main droite ; vous allez me dire ce que c’est. Parlez assez haut avec votre voix ordinaire.
R. — C’est blanc. (Après quelques instants.) Un morceau de sucre.
Je dis : Très bien, Mademoiselle. Voilà maintenant
ma main "auche : qu’est-ce que je tiens dans main gauche ? (Ma main était posée sur la table et fermée ; j’avais pris, pendant la première expérience, dans ma poche, un petit morceau d’un crayon ordinaire.
R. — Je ne vois pas bien, il fait trop noir.
D. — Regardez bien, vous verrez plus clair.
R. — Oui, c’est plus clair, c’est assez long, c’est rond, c’est gris, on dirait un crayon... oui, c’est un crayon.
J’ai remarqué maintes fois que dans des expériences analogues les couleurs jouent un rôle et que les couleurs indécises sont moins bien perçues que les couleurs tranchantes. Il me semble que, si l’exactitude de cette observation pouvait être établie d’une façon formelle, ce phénomène constituerait un appui sérieux pour les dissertations de Louis Lucas sur le mouvement et la matière, voire la cause et les effets. [La Chiynie nouvelle^ Angulaison.)
Comme je ne voulais pas prolonger les expériences, de peur de fatiguer B., je la réveillai.
B. était très enchantée de posséder des facultés .si merveilleuses. Elle me donna la permission de revenir pendant les quelques jours qu’elle resterait à Gand pour faire des expériences plus importantes.
Je me suis rendu chez la famille X. le surlendemain. Je magnétisai B. comme précédemment ; je lui bandai les yeux, et je fis l’essai suivant. Je priai la maî- tresse de la maison d’écrire sur une feuille de papier un mot avec un crayon, et de mettre la feuille sous enveloppe. Je pris l’enveloppe, et je la déposai sur la table, devant M"“B. Le dialogue suivant s’engagea alors entre nous deux :
D. — Mademoiselle, ici, devant vous, vous voyez une lettre sous enveloppe, n’est-ce pas ?
D. — Dites-moice qui s’y trouve écrit, lisez la lettre. (Le sujet ne répondit pas).
D. — Mademoiselle, avez-vous compris ce que je vous ai demandé ?
R. — Je ne vois pas bien : c’est trop embrouillé.
D. — Regardez bien, tâchez de lire.
R. — Je ne peux pas, je vois tout blanc.
D. — Voyez-vous l’enveloppe?
D. — Voyezvous la feuille de papier dans l’enveloppe?
Je priai alors Mme X. d’écrire le même mot avec une plume, à l’encre, sur un autre papier et en grands caractères. La feuille fut mise sous enveloppe par MmeX., et je la présentai de nouveau à Mlle B.
D. — Tenez, Mademoiselle, voici une autre lettre, plus facile à lire, essayez.
R. — (Après quelques instants, avec beaucoup de satisfaction). Ah! oui, je vois bien... mais, il n’y a qu’un seul mot : Mélanie !
J’ouvris l’enveloppe, et le mot écrit était réellement celui nommé.
Je réveillai Mlle B, et lui rendis compte de l’essai, dont elle n’avait aucun souvenir.
Après une interruption d’une demi-heure environ, je la mettais de nouveau en sommeil, pour tenter une expé- rience du même genre, mais plus compliquée (les yeux toujours bandés).
Je pris un jeu départes, je le posai sur la table devant le sujet, et je lui dis :
D. — Mademoiselle, nous allons faire une expérience bien plus merveilleuse que les précédentes, et vous ferez bien attention, n’est-ce pas ?
D. — Eh bien, voici un jeu de cartes. Vous prendrez les cartes, vous les couperez bien, et puis vous les ran-
gerez sur la table, de sorte que vous commencerez par le sept en allant jusqu’à l’as, et chaque espèce ensemble, en faisant attention que le cœur entre en première ligne, puis le pique, le carreau et en dernière ligne le trèfle. M’avez-vous bien compris ?
R, — J’ai bien compris, mais je ne sais pas si je réus* sirai ; je veux l’essayer.
Mlle B. prend les cartes, les coupe, et puis elle commence. La première carte qu’elle prend, c’est le roi de cœur. Elle la dépose à peu près au milieu de la table, qui était une grande table ancienne. La seconde carte, c’est l’as de pique. Elle la place en dessous et à droite du roi de cœur, de sorte que les deux cartes se touchent avec leurs'coins respectifs. La troisième carte, c’est le valet de pique, elle la place dans le rang du pique, à l’endroit où le valet devait se trouver si toutes les cartes avaient été placées. La cinquième carte, c’est le sept de cœur elle la place à l’endroit du sept, au rang du cœur. La sixième carte, c’est l’as de cœur, elle la place à l’endroit voulu. La septième carte, c'est la dame de cœur ; elle la place à côté du roi. La huitième carte, c’est le dix de pique; Mlle B. la tient pendant quelques instants dans sa main, puis elle dit :
— Je ne vois plus : tout est embrouillé.
J’insiste pour qu’elle continue, mais elle répond: Je ne peux plus : je ne vois plus clair.
— Qu’est-ce que vous avez donc, que vous ne voyez plus clair ?
R. — Je ne sais pas, c’est comme un brouillard devant mes yeux.
Je n’insistai plus alors et la réveillai. Etant réveillée, M“® B. se sentait une lourdeur dans la tête et dans tous les membres. Je dissipai cet état en lui faisant quelques passes latérales sur le sommet de la tête. Il fut convenu, ce jour-là, que je reviendrais le lendemain pour recommencer notre expérience avec les cartes.
X. avait invité le médecin de la famille, le docteur Z., de Gand, à assister aux expériences. M. Z. était absolument réfractaire à tout ce qui concernait les forces ou les effets non définis et ne considérait que comme supercherie ou erreur toutes les manifestations hypnoti([ues, spirites ou autres, qui sortent du cadre des sciences officielles. M. Z. était d’autant plus convaincu de l’inexactitude de toutes les expériences du genre, que lui-même avait essayé d’expérimenter avec des personnes ayant servi comme sujets à des magnétiseurs professionnels et qu’il n’avait jamais pu réussir à provoquer l’hypnose. Aussi M. Z , qui arrivait quelques minutes après moi et avec qui nous causâmes de l’expé- rience projetée, ne cachait-il pas son scepticisme en fait de sorcellerie et demandait-il des faits et non pas des paroles. Cette discussion avait beaucoup excité B., qui y prenait part avec beaucoup de vivacité et qui défendait ses qualités de voyante tout récemment découvertes. Pour prévenir toutes les fausses interprétations possibles de la part du docteur, je le priai de vouloir bien aller chercher lui-même chez le plus proche marchand un jeu de cartes.
Après le retour de M. Z., j’endormis Mlle B., comme précédemment, puis je lui bandai les yeux.
Je demande : Vous dormez bien. Mademoiselle?
R. — Oui, Monsic'Ur.
D. — Regardez-moi, me voyez-vous ?
D. — Qu’est-ce que je fais avec mes mains ?
R. — Vous les avez jointes sur votre dos.
D. — Voyez-vous M. le docteur Z. ?
D. — Vous savez qu’il prétend que vous ne sauriez pas ranger un jeu de cartes sur la table ?
R. — Il est bien drôle, M. le Docteur, on lui en fera voir bien d’autres.
LA MAGIE ET L’HYI’NOSE
D. — Eh bien. Mademoiselle, voici les cartes : faites comme hier, rangez-les dans le même ordre.
Mlle 13 prend les cartes, que M. Z. lui présente, et elle commence. Je n’ai pas noté la suite des cartes. Elles étaient non seulement jDarfaitement rangées, mais encore chaque carte était mise, au fur et à mesure que mon sujet les prenait, à la place lui appartenant,^ comme dans descasiers préparés et numérotés d’avance, de sorte que, lorsque toutes les cartes furent mises, elles formaient un carré parfait, se touchant les unes les autres.
J’exprimai à la sensitive ma satisfaction, ce qui lui faisait visiblement plaisir. M. Z. demanda alors de répéter l’expérience, sous la condition que lui -même mettra un bandage sur lesyeuxdu sujet. Je demandai à M'ie B., toujours endormie, si elle n’était pas trop fatiguée pour faire droit au désir du docteur. Elle répondit ; Ah ! maintenant, ce sera bien plus facile!
M. Z. demanda alors à la maîtresse de la maison deux serviettes et les appliqua sur les yeux du sujet. Sur mon ordre, celui-ci saisissait les cartes et répétait parfaitement l’expérience, mais bien plus promptement que la première fois. Aussitôtles cartes mises, je réveillai M'><^ B. , qui ne se sentait pas du tout fatiguée.
Le D. Z., très impressionné du fait, demandait si on voulait faire une autre expérience, qu’il indiquerait lui-même. B. consentit de s’y prêter.
M. Z. me pria alors de sortir avec lui dans une pièce avoisinante, et là, il me dit qu’une affaire d’ordre privé le préoccupait beaucoup en ce moment et qu’il désirait que B. devine quel était le sujet de cette préoccupation. Je répondis àM. Z. que cela sortait tout à fait du cadre de nos expériences, que les personnes aptes à cela étaient très rares et que, parconséquent, je n’avais pas plus d’idée sur le résultat, que lui-même ; mais que nous l’essaierions.
J’endormis donc de nouveau M“® B. sans l’avoir pré- venue de ce dont il s’agissait. Je continuai les passes jusqu’à ce que sa voix devint à peine intelligible, puis je commençai ainsi :
D, — Mademoiselle, je vous poserai quelques questions tout à fait particulières ; vous tâcherez de ré- pondre consciencieusement et à haute voix, n’est-cepas ?
R. — Oui, Monsieur (avec sa voix ordinaire).
D. — Connaissezvous le docteur Z.?
R. — Pas trop.
D. — Ça ne fait rien, écoutez : M. Z., qui est ici, assis devant vous, est en ce moment très préoccupé d’une affaire privée ; dites-moi, qu’est-ce qui le préoccupe tant ?
R. — (Après quelques instants, avec humeur.) Hum! il s’agit d’une femme !
Je regarde le docteur, qui me fait un signe affirmatif. Pournepascommettre une indiscrétion, je demande s’il faut continuer de questionner. M. Z. n’y voit pas ■d’inconvénient.
D. — Où est cette dame?
R. — Elle n’est pas ici.
R. — Dans un pays étranger.
R. — La France.
D. — Quelle ville ?
R. — Paris.
Là-dessus, M. Z. m’interrompit en disant : C’est exact. Je demandai alors au docteur quelle question il fallait poser ensuite. « Demandez-lui donc, répondit-il, si cette dame a reçu ces jours-ci un cadeau de ma part, et en quoi ce cadeau consistait. »
D. — Mademoiselle, cette dame dont il s’agit, a-t-elle reçu ces jours-ci un cadeau delà part de M. Z. ?
LA'MAOlE ET L^ltYRXOSE
D. ^ Qu’est-ce que c’était donc ?
R. — Un gros paquet.
D. — Qu’esl-ce qu’il contenait, ce paquet?
R. — Il y avait un jambon et deux lièvres !
M. Z. reconnaissait comme exactes les réponses de M"e B ; je m’arrêtai et la réveillai.
Nous nous séparâmes avec promesse de continuer le lendemain.
Etant données les aptitudes extraordinaires de j’avais l’intention de faire des essais sur ce qu’on est convenu d’appeler la clairvoyance ou lucidité ; c’est-à- dire la faculté d’une personne sensitive d’ajaercevoir des faits passés, présents ou à venir sans qu'une suggestion ou transmission comciente ou inconsciente de la pa7't du demandeur ou d'une personne de l'assistance soit admissible.
La réunion suivante eut lieu le lendemain dimanche, dans l’après-midi. Je fis part aux assistants et à B. du genre d’expérience que nous allions tenter. A cet effet, je demandai à Mi'®B., avant de l’endormir, de me nommer une personne de sa connaissance n’habitant pas la ville de Gand et inconnue de toutes les personnes présentes. INB^® B. me donna le nom d’un monsieur O. Je l’endormis alors, comme d’habitude.
D. — Mademoiselle, connaissez-vousM. O. ?
D. — Où est-il en ce moment ?
R. — Je ne sais pas.
D. — Cherchez-le ?
R. — (Après quelques instants.) Il n’est pas chez lui.
D. — Où est-il alors ?
R. — Il est sur la route d’Arlon.
R. — Il monte en bicydlefte .
Uà-dessus je réfléchis un instant quelle question
poser, lorsque mon sujet fit un mouvement comme une personne qui est prise d’une frayeur subite. Je demande :
— Qu’avez-vous donc ?
A quoi elle répond au même instant et avec émotion, sans que j’eusse achevé la phrase :
— Il tombe 1
D. — Comment ! il est tombé ?
R. — Oui, il a heurté une pierre.
D. — S’est-il fait du mal ?
R. — Non, il se relève. Ah ! si, il s'est blessé au bras gauche, il regarde son bras.; il remonte tout de même ; ce n’est pas grave.
Comme B., me paraissait très émotionnée, je m’arrêtai et la réveillai. Je l’informai de ce qu’elle venait de dire et la priai de vouloir écrire immédiatement à M. O. pour lui demander si réellement il s’était trouvé dimanche soir, vers 3 heures, sur la route en bicyclette, et s’il lui était arrivé un accident. Il est, à noter, comme B., à son réveil et sur ma demande, nous le disait, que M. O. était un étudiant en médecine d’Arlon, parent avec la famille B., faisant ses études à Bruxelles et demeurant chez les parents de Mu® B , qu’en ce moment il était rentré chez lui à Arlon pour quelques jours et que jusqu’à ce jour, jamais une correspondance n’avait été échangée entre elle et M. O. Aussi devrait-on trouver très extraordinaire à Arlon que Mi‘® B. écrivit à M. O. Mais vu l’intérêt que présentait le cas, la jeune fille écrivit séance tenante à M. O., et moi-même je portai la lettre à la poste. En partant avec le train poste de Gand pour Bruxelles le soir même la lettre ne pouvait être distribuée à Arlon, que le lundi matin à 8 heures.
Or, le lundi matin, à la 'première disb'ibution des lettres, 7 heures lj2 du matin, àJ“® B, recevait à Gand une lettre venant d' Arlon, écrite par M. O., et informant
la j^vne fille que la veille, le dimanche dans l'aprèsmidi, il lui était arrivé un léger accident en montant en bicyclette ; c'est pourquoi V priait i\/“® B. d'excuser sa mauvaise écriture, qui était due à ce que, s'étant btessé au bras gauche, it ne pouvait maintenir avec cette main son papier, qui par conséqwnt glissai' sous sa plume.
11 est à remarquer ici que B. m’affirmait de nouveau que jamais M. O. ne lui avait écrit auparavant et qu’elle ne s’expliquait point comment l’idée lui était venue de l’informer de son accident à peine celui-ci arrivé. Elle reçut une nouvelle lettre le mardi suivant en réponse à la sienne du dimanche, dans laquelle M. O. exprimait sa stupéfaction de ce qu’elle ait pu avoir connaissance de l’accident à l’heure même où cela était arrivé, et il demandait des explications.
Ce fait do lucidité me paraît doublé d’une action télé- pathique inconsciente de la part de B. pendant l’hypnose ou bien pendant qu’elle lui écrivait, et qui avait amené M. O. à lui écrire à son tour.
J’ai eu l’occasion, quelques mois plus tard, do faire la connaissance de M. O. à Bruxelles, et il m’a confirmé que jamais il n’avait écrit à M»® B. avant cette affaire etqu’ilne comprenait encore pas comment l’idée lui était venue de l’informer de l’accident. M. O. ne pouvait même pas s’expliquer comment il avait eu connaissance de l’adresse exacte de AB'® B. à Gand, ne se rappelant pas en avoir été informé ; mais M. O. savait la jeune fille à Gand.
Pendant son séjour à Gand, je fis avec M"® B. d’autres expériences de lucidité, entre autres la suivante : Après l’avoir endormie, comme d’habitude, je la priai de voir sa mère et de me renseigner très exactement sur ce que sa mère faisait. M“® B. me dicta en substance ceci : « Ma mère se trouve dans la cuisine, elle essuie des verres ; voilà qu’elle sort, elle va dans l’atelier à papa ; — c’est drôle, jamais elle n’y va ! —
LA MAGIE ET L^lYPNOSE
elle parle à papa ; tiens ! elle demande ‘la clef de ma chambre à papa ; elle sort de l’atelier, elle monte au premier, elle entre dans ma chambre, elle ouvre ma boite à ouvrage ; elle y prend la clef de la chambre du second ; elle monte, elle entre dans la chambre, elle ouvre l’armoire, elle y prend son manteau de fourrure, le regarde, elle dit; C’est dommage! elle dépose le manteau sur le lit.
Ici j’interrompis B. et la réveillai.
B. écrivait dans la soirée même à sa mère en lui demandant si elle avait fait ce jour-là ce que je viens d’écrire, et surtout si elle avait visité son manteau de fourrure, si elle avait trouvé dans celui-ci des mites et si elle sé souvenait d’avoir exprimé son regret en disant à haute voix : C’est dommage !
B. mère a confirmé tout cela, excepté les paroles qu’on lui prêtait, ne pouvantjpas affirmer que réellement elle avait donné à sa pensée d’expression verbale.
Un soir, ayant été invité à dîner chez la famille X., on désirait des expériences hypnotiques, auxquelles Mlle B. voulut bien se prêter. L’idée m’était venue de tenter un essai d’un autre genre. Mme X. avait à son service une bonne flamande sachant relativement bien le français. Cette bonne était une fille de campagne, âgée de dix-huit ans, petite, grosse et grasse, tempé- rament lymphatique, esprit très lourd. Je lui demandai si elle voulait se laisser endormir. Sur son consentement, je la mis en sommeil très promptement, puis aussitôt j’endormis Mlle B. ; ensuite je fis à Mlle B. la suggestion suivante : Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus Mlle B., mais vous serez un jeune homme anglais (Mlle B. ne savait pas l’anglais), appartenant à une très bonne famille, et vous allez assister au bal de la cour de Bruxelles. Vous y ferez la connaisnaissance d’une demoiselle avec laquelle vous allez danser, et pendant le repos vous vous promènerez avec
elle dans la salle, et vous tiendrez une conversation très animée. N’oublioz pas que vous êtes Anglais et que vous parlez très mal le français. — A la bonne, j’ai fait cette suggestion : « Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus la bonne de Mme X , mais vous serez une demoiselle appartenant à la noblesse du pays, et vous allez assister au bal de la cour de Bruxelles. Vous y ferez la connaissance d’un jeune anglais très bien, qui vous invitera à danser et avec qui vous vous promè- nerez entre temps. — Je remis entre les mains de Mlle B. une assiette en guise de chapeau claque, puis je la réveillai ainsi que la bonne.
Je passe le récit de la scène du bal, qui était jouée par les doux actrices improvisées avec une maestria vraiment extraordinaire (une dame touchant le piano marquait l’orchestre), et je ne veux retenir qu’un point essentiellement important : C’est que Mlle B., dans ses causeries avec la bonne anoblie, parlait le français aussi mal et d’une façon aussi drôle qu’un Anglais qui ne l’aurait appris qu’au collège ; par contre, elle assaisonnait sa conversation à chaque instant avec les expressions et les phrases les plus caractéristiques en parfait anglais, surtout en faisant à demi-voix les réflexions les plus drôles au sujet de sa compagne. Je répète que Mlle B. ne connaît pas du tout l’anglais.
Mlle B. m’avait accordé une séance pour le lendemain, à l’effet de tenter une expérience d’un genre spé- cial : la prédiction de l’avenir.
Après l’avoir plongée dans un sommeil profond, je lui posai, entre autres, quelques questions me concernant personnellement. Je dois mentionner ici que j’étais à la veille de me marier et de m’établir. Mlle B. me disait que je ne m’établirais pas encore ; que le mariage n’aurait pas lieu, et cela pour telle et telle cause; que j’avais un ami avec qui je voulais faire une affaire (de
LA 1\IAGIE ET L’ilYI XOSE
m’établir); qu’il ne fallait rien faire avec cet homme, qu’il me porterait malheur, etc., etc. Ces prédictions se sont pleinement confirmées peu de temps après.
Gustave Bojanoo.
Force psuchiqiie (1).
Nous reproduisons strictement, pour gagner de l’espace, le compte rendu de M. Pelletier.
« Mes expériences peuvent se classer en trois catégories :
« Déplacement et mouvetnenis d'objets inanimés à distance < t sans contact ;
« Attraction et répids'on d'objets animés ou inanimés ;
« Déviation et affolement de l'aiguille aimantée.
« Je commence parle mouvement d’objets inanimés à distance et sans contact.
« 1° M. Jacolliot raconte qu’il a vu un fakir, nommé Covindassamy, étendre sa main au-dessus de la surface d’un vase plein d’eau et faire rider et bouillonner cette eau. A mon tour, j’ai rempli d’eau jusqu’aux bords un bol de porcelaine placé sur un guéridon et j’ai fait tenir à quatre de mes sensitifs leurs mains étendues à deux pouces au-dessus de la surface du liquide. Au bout de deux minutes tout au plus, l’eau s’est ridée et s’est mise à bouillonner. Aujourd’hui, les sensitifs ne sont plus obligés de s’asseoir près du guéridon, ni d’étendre leurs mains à deux pouces au-dessus du bol ; ils se tiennent à un mètre de la table et leur seule présence même à cette distance, suffît à faire rider l’eau et à provoquer des bouillonnements. Quatre sensitifs ne sont plus nécessaires, trois, deux suffisent, et même un seul ;
«( 2° J’ai construit un petit moulin ou tourniquet en fichant une épingle la pointe en l’air dans une rondelle de liège ; la pointe est insérée dans un brin de paille fendu en quatre, et ces quatre parties fendues, étant rabattues, simulent les ailes d’un moulin. Je place cet appareil au milieu du guéridon et je prescris à mes sensitifs d’étendre leurs mains au-dessus. Presque aussitôt le moulin se mot en mouvement, et plus les mains restent longtemps étendues (de 5 à 8 minutes), plus le mouvement s’accentue. Vers la fin de l’expérience, le moulin tourne avec une rapidité vertigineuse. Maintenant les sensitifs n’étendent plus leurs mains, ils se tiennent à un mètre du guéridon et le moulin ne cesse de tourner pendant toute la durée de l’expérience ;
« 3“ J’ai donné à cette troisième expérience le nom de DANSE DES FEUILLES, nom que j’ai emprunté à M. Jacolliot. Je fais remplir de terre un pot jusqu’aux bords. Je plante dans ce pot une tige de bois sec traversant des feuilles vertes percées d’un trou dans leur milieu et placées de distance en distance. Les sensitifs sont tout près du guéridon et étendent leurs mains à deux ou trois pouces au plus au-dessus de l’extrémité supérieure de la tige. Après un court espace de temps, sous l’influence de la force mystérieuse émanée des mains de mes sujets, les feuilles s’agitent vivement, puis descendent, puis remontent le long de la tige. Pour cette expérience, les sensitifs ont toujours les mains étendues et se tiennent toujours près du gué- ridon ;
« 4“ Je place une plume de paon au milieu du gué- ridon et les sensitifs se tiennent à un mètre sans étendre leurs mains. La plume s’agite, se démène, saute, tourne sur elle-même, parcourt toute l’étendue du plateau qui a des rebords, puis, dans l’instant qu’on s’y attend le moins, fait un saut par-dessus les rebords et tombe à terre ;
LA MAGIE ETi L’ilYPNOSE
« Je place au milieu du guéridon mon porte-mine qui est en bronze d’aluminium, Eu égard à la faible puissance de mes sensitifs, il est un peu lourd, il pèse trente grammes et se déplace difiîcilemcnt. Il lui faut en outre un certain temps, trois à quatre minutes au moins, pour qu’il se mette en mouvement. Il ne se déplace d’abord que d’un demi-centimètre, puis il fait un léger tour sur lui-même et décrit un quart de cercle, puis un demi-cercle, puis un cercle entier. Quelquefois, mais bien rarement, il quitte le centre du guéridon pour se rendre à une des extrémités. Ce dernier fait est presque exceptionnel, tandis que fréquemment il décrit des cercles entiers, mais le plus souvent encore des quarts et des demi-cercles. A quelque distance du porte-mine en bronze d’aluminium, je place tantôt un porte-plume en palissandre, à garniture de laiton, tantôt un crayon. Le porte-plume et le crayon se déplacent très facilement et se promènent d’un bout à l’autre du plateau. Il est arrivé bien des fois que, se trouvant aux extrémités du plateau, ils reviennent immédiatement et vivement se coller contre le porte-mine qui occupe le centre et semble les attirer. D’autres fois aussi, quand le crayon et le porte-plume sont aux extrémités du plateau, le porte-mine quitte le centre et se rend vers le crayon et le porte-plume, comme si, à son tour, il subissait une attraction de leur part. Il est à remarquer que mes quatre sensitifs n’étendent pas leurs mains au-dessus des objets, mais qu’ils se tiennent à un mètre de distance du guéridon. Avec deux sensitifs seulement, j’ai obtenu les mêmes résultats ;
« 6° Je remplace le porte-mine, le porte-plume et le crayon par une petite boîte fort légère en copeau de sapin. Elle est couchée sur le flanc au milieu du plateau. Elle commence par tourner sur elle-même, parfois même elle décrit un quart, un demi et un cercle entier, ce qui, cependant, est assez rare. Mais, après
LA MAGIE ET L’ilYI^NOSE
son petit mouvement sur elle-même, elle roule, et en roulant elle se promène d’un boutià l’autre du plateau, allant et venant, tantôt avec une lenteur relative, tantôt avec une très grande rapidité. Je fais ensuite succéder à la boîte deux bouchons de liège qui produisent exactement le même phénomène.
« Je passe maintenant aux faits d’attraction et do répulsion, que je considère comme spécialement dignes d’attention :
« 1" Je place au centre du plateau un certain nombre de petits morceaux de papier et j’invite un sensitif à étendre au-dessus une de ses mains. Les petits papiers ne bougent pas d’abord ; mais, après une attente de deux minutes au plus, ils s’agitent, se déplacent, volent et sautillent comme si on tenait au-dessus d’eux un bâton de gomme laque préalablement électrisé par le frottement d’une peau de chat. Chaque sensitif étend sa main à tour de rôle, et l’effet, d’attraction (certains petits papiers viennent quelquefois s’attacher à la main) est en rapport direct avec la somme de force psychique qui SB dégage de son corps. Plus le sensitif a de force psychique, plus l’effet est intense ;
2® Je retire les petits morceaux de papier et je mets à leur place un pendule électrique. Les sensitifs viennent chacun à leur tour tenir la paume de leur main à une distance de deux à trois centimètres de la balle de sureau. Il y a attraction, et l’attraction est toujours proportionnelle au degré de force physique émise par la main du sujet ;
« 3® Après l’attraction de la balle de sureau du pendule électrique par la main des sujets, je passe au phé- nomène d’attraction d’un sensitif par un sensitif. Je fais tenir deux sensitifs debout, les pôles de noms contraires en regard, c’est-à-dire dos à dos et à une distance l’un de l’autre de vingt à vingt-cinq centimètres. Petit à petit, les deux sujets se sentent attirés l’un vers
LA MAGIE ET L’IIYPXÜSE
l’autre ; à mesure que le temps s’écoule, l’attraction s’accentue, puis, après cinq à six minutes, les reins et les épaules contraires, attirés par une force invincible, deviennent adhérents et se soudent ensemble. Après huit minutes, moment où l’attraction a atteint son maximum d’intensité, je dis aux sujets de marcher: les deux corps sont tellement collés que le plus fort entraîne le plus faible et la séparation n’a pas lieu. Pour l’obtenir, je me sers du manche d’une grande cuiller en argent que je glisse entre les épaules et les reins, et encore c’est avec grand’peine que s’opère la séparation. C’est M. de Rochas qui m’a enseigné cette expérience (1) ;
« 4° Autre phénomène d’attraction moins frappant, mais qui a une tendance à se transformer en lévitation. Je fais tenir un sujet droit sur ses pieds ; de chaque côté se tiennent chacun, l’un à droite et l’autre à gauche, deux autres sujets montés sur une chaise et qui étendent leurs mains à deux pouces au-dessus de la tête du patient. Trois minutes ne sont pas écoulées que le patient sent sa tête attirée par les mains des deux autres sensitifs, puis deux minutes encore et il ne peut plus se tenir debout, et si quelqu’un ne se trouvait là tout exprès pour le recevoir, il tomberait à terre. L’attraction produite à la tête par les mains dos opérateurs contrebalance l’attraction; si la sensitivité des sujets avait quelques degrés de plus, le phénomène de lévitation aurait lieu ;
5“ Je fais étendre sur le carreau de la chambre qui sert de théâtre à mes expériences un matelas. Un sensitif se couche dessus de tout son long et sur le dos. Un second sensitif étend ses deux mains à deux pouces au-dessus de la tête ; un troisième fait la même chose
(1) Cette expérience et les suivantes sont basées sur les lois de la polarité découvertes par le baron de Reichenbach et exposées dans le livre sur les Forces non définies, publié par le commandant de Rochas (Paris, Masson, 1887).
pour la région gastrique, et un quatrième pour les jambes. Le sensitif couché ne tarde pas à s’agiter, à se démener, puis il se tord ; ses épaules, ses reins, sa croupe se détachent malgré lui du matelas ; la partie dorsale et la partie postérieure du corps prennent une attitude arquée très prononcée et on peut passer une feuille de papier sans qu’elle touche le corps. Le sensitif est suspendu, très légèrement suspendu, mais il est suspendu. La suspension ne dure qu’une seconde ;
G“ Un sensitif se tient debout, un autre sensitif se tient également debout la main dans une position verticale, à deux pouces en face du front du premier. Ce second sensitif, la main toujours dans la même attitude, marche à reculons. Le premier, attiré par la main de son camarade, le suit, jusqu’à ce que son front se colle à cette main ;
7" Deux sensitifs sont debout ; l’un approche sa main verticalement à deux pouces de la joue et de l’oreille de l’autre. Au bout de peu d’instants la main de l’un est soudée à la joue et à l’oreille de l’autre, tellement qu’on ne peut opérer la séparation qu’au moyen du manche d’une cueiller à bouche en argent qu’on insère entre la joue et l’oreille du premier et la main du second. Encore celte séparation n’a-t-elle pas lieu sans de grands efforts ;
8“ Phénomène de répulsion. Je place deux sensitifs debout l’un devant l’autre, les pôles de même nom en regard à une distance de 25 centimètres l’un de l’autre. Trois à quatre minutes suffisent pour que le phénomène ait son plein effet. L’un tombe en avant, l’autre en arrière. Cette dernière expérience n’est que la répétition d'une tout à fait semblable de M. de Rochas.
J’arrive à la déviation et à l’affolement de l’aiguille aimantée :
1® Quand un sujet approche sa main ouverte de l’aiguille aimantée, cellc-ci oscille d’abord, puis dévie.
et la déviation est en rapport avec le degré de sensitivité du sujet ;
2” Quand mes cinq sujets sont tous réunis autour de la table, la déviation est bien plus accentuée qu’avec un seul, lors même qu’avec ce seul sujet elle se montre très sensible. L’aiguille tourne sur elle-même et décrit tantôt un demi, tantôt un cercle entier, selon la quantité de force psychique qui se dégage du corps des sensitifs . L’aiguille ne se contente pas de tournersur elle-même et de décrire un demi et un cercle entier, elle s’affole et tourne avec la rapidité d’un tourniquet sous l’inlluence d’un vent violent.
Tous les phénomènes que je viens de rapporter, ImuiVonnement de Veau, déplacement sons contact d'objets inanimés, attraction, répulsion, déviation et affolement de l'aiguille aimantée, ne se produisent pas constamment avec la même intensité. Ils ne se manifestent que par intermittence ; ils dépendent complè- tement de la force psychique projetée hors du corps des sujets, et cette projection est toujours intermittente.
Un certain nombre de personnes ont bien voulu assister à mes expériences, et toujours le succès a été en raison directe des dispositions d’esprit de ces personnes. 11 est arrivé que l’attitude froide et contenue de plusieurs, bien qu’elles fussent animées de bonnes intentions, a intimidé les sujets et influé sur leur sensitivité. Les expériences ont réussi, mais d’une façon moins marquée, les sujets n’ayant plus leur entrain habituel, tandis qu’avec d’autres assistants qui avaient mieux su dissimuler leur scepticisme, les expériences ont admirablement réussi, les sujets se sentant plus à leur aise. Aussi ces assistants y ont également gagné de leur côté : leurs yeux se sont ouverts et leur scepticisme, vaincu par l’évidence, s’est complètement évanoui ; il ne leur était plus possible de douter. 11 en est des sujets qui servent aux expériences, sous les
LA MAGIE .ET EÎHTEXOSE
yeux de personnes qui leur sont étrangères, comme des candidats iqui passent lun examen. Si les examinateurs leur paraissent bienveillants, les candidats qui possèdent bien leurs .matières se sentent à leur aise et ont réponse à tout. Mais une examinateur affecte-t-il un maintien froid et sévère, les candidats se sentent intimidés ; ils perdent leur présence d’esprit et répondent d’une façon moins satisfaisante. Quand des expériences réussissent médiocrement, cela ne veut pas dire qu’elles reposent sur des erreurs et des illusions, cela signifie simplement que les sujets sont intimidés.
Les variations et certaines dispositions de l’atmosphère influent pareillement sur les expériences ; néanmoins elles réussissent, et le succès, quoique tardif, est incontestable, Tout est pour nous mystère dans la nature.
' Hor.ice Pelletier.
phénomènes magiques (1)
Messieurs,
Je me fais un plaisir de vous conter ce que j’ai vu ce matin à 4 heures. Tout d’abord, depuis quelques jours, nous avons une jeune fille de la campagne qui nous apporte le lait le matin ; elle voit très bien un homme qui lui tire ses couvertures et lui prend les mains au point de lui faire du mal. Notez que cette personne ne peut pas se figurer que c’est un esprit, attendu qu’elle ne sait pas ce que c’est. Elle coucha avec sa mère et le même fait se produisit. Hier soir me trouvant sous cette impression et de plus ayant un peu de fièvre par suite du froid, voici ce qui m’est arrivé ; à vous, Messieurs, d’en tirer des conclusions et juger si mes idées sur ce sujet sont justes :
(1) Initiation, février 189b.
X
LA MAGIE ET L’HYPNÜSE
Je ne dormais pas, je sommeillais, quand tout à coup je me vois en présence d’une personne âgée et morte depuis huit à dix ans, une de mes tantes.
Elle me tint à peu près ce langage : « Dis donc, Emile, toi qui ne crois pas beaucoup, il y a au grenier un colis emballé, je crois qu’il remue. »
Je lui ai répondu que ce devait être un effet de son imagination, mais que je voulais bien y aller. Dans le grenier, je vois bien un colis : c’était un meuble enveloppé de papier et ficelé ; j’en arrache un bout et me dis : c’est bien cela, toujours l’imagination. Mais, malgré moi, je sentais des frissons de la tête aux pieds et me sentais parfaitement entrer en transe. Je dis « entrer en transe » parce qu’il me semblait que mon corps ne voulait plus m’obéir ; je sortis avec bien du mal du grenier et tournai à droite dans un couloir quand tout à coup j’entendis derrière moi un léger bruit : je me retournai et vis un être ma paraissant un homme d’un certain âge sortir du grenier également et tourner à gauche dans le couloir ; immédiatement une femme de vingt-huit à trente ans, que je ne connais pas, sortit aussi du grenier et suivit le vieillard ; mais à peine eutelle fait quelques pas quejela vis se retourner et m’envoyer deux signes d’adieu. J’ouvrais les yeux et les ai vus très bien partir et disparaître.
Je ne vous cacherai pas que je me suis vu pris de frayeur, car, dans l’état oùje me trouvais, je sentais très bien que j’allais voir de nouveau de nouvelles apparitions, et dans cet état je me faisais cette réflexion que la chose était naturelle.
Comme conclusion, voici ce que j’ai à vous dire : les réunions devraient avoir quelque chose de mystique, c’est-à-dire que la première impression en entrant devrait être le trouble ; que le président, au fur et à mesure que chaque personne arrive, ne devrait ni se déranger, ni parler, ni complimenter, mais d’un signe
LA MAGIE ET L’HYPNOSK
indiquer la place et attendre le dernier arrivé. J’oubliais de dire que l’obscurité aux trois quarts est indispensable.
Je suis persuadé que dès la première soirée nous aurions des apparitions.
Mais, je le répète, il faut cet état fébrile, ce je ne sais quoi qui vous impressionne et vous rende autre que nous sommes tous dans le courant du jour. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire ; je crois même que c’est une sorte d’entraînement à faire.
Voilà, Messieurs, les réflexions que m’ont suggérées les faits de ce matin.
Tout à vous.
Croisier.
Nous extrayons des détails complémentaires d’une lettre de notre chef de Branche, qui nous avise de ces faits.
Mais cependant je m’occupais toujours de la magie (seul) qui, selon moi, est la seule vraie science. Depuis le mois de février je puis dire c[ue je n’ai pas manqué un seul jour de brûler des parfums et dire les conjurations selon votre rituel (mais malheureusement sans préparation corporelle, ce qui est bien dilTicile), et je vais vous communiquer la lettre d’un membre du Groupe, notre magnétiseur, qui a tenté le contre-coup des grandes conjurations.
Que pensez-vous de cette lettre que du reste je vous autorise à publier dans votre journal? Ce jour-là ou plutôt la veille, j’avais fait les grandes conjurations, comme tous les huit jours du reste, et c’est sur ce Monsieur Croisier que tout est retombé. Ce qu’il y a
dé plus curieiLx, c’est qu’il -m’a dit le lendemain qu’il semblait être chez lui, mais que c’était chez moi ; et le plus extraordinaire, c’est que ce jour-là j’avais 'été fermer deux fois (pour être bien sûr de l’avoir fermée) la porte de ma maison donnant dans le jardin et que le lendemain la porte était ouverte. Les paquets emballés et ficelés qu’il avait vus comme étant dans son grenier se trouvaient en réalité dans le mien. C’étaient deux grands paquets de toiles à peindre qui m’étaient arrivés de Paris deux ou trois jours auparavant et que je n’avais pas déballés; remarquez que ce Monsieur ne savait pas que j’avais reçu ces toiles! Dans tous les cas le fait mérite d’être signalé.
Président du groupe, 55, au Havre.
DÉSINTÉGRATION DE LA MATIERE (1)
Dans le journal catholique le Monde, M. Oscar Havard a publié une étude intitulée « les Sorciers Fin de siècle », de laquelle nous extrayons l’anecdocte suivante, relative à un fait de Magie pratique.
'« Un jour, où je me trouvais placé tout près d’un lieutenant de vaisseau qui paraissait prêter un mé- diocre intérêt aux sortilèges d’un nécromant, je demandai à mon voisin ce qu’il pensait de ces jongleries ;
« — Penh ! me répondit-il avec une moue de dédain, j’ai vu mieux que cela. Evoquer les morts et les faire parler, quelle niaiserie ! Les prestidigitateurs modernes sont si astucieux qu’on peut toujours mettre en doute la réalité des phénomènes qu’ils provoquent.
« — Voudriez-vous donc, répliquai-je en riant, que nos magiciens évoquassent des personnes vivantes ?
« — Mais certainement, me répondit avec gravité l’officier de marine. Dans ces expériences au moins, la preuve est possible ; mais avec des morts, où est la garantie ?
« La conversation s’engagea. Mon interlocuteur m’apprit alors qu’il avait récemment, dans une maison amie, exprimé de sérieux doutes sur le pouvoir des néo-magiciens, et défié les enchanteurs modernes de le convaincre. Au moment où je venais de prendre congé de mon hôte, ajoute l’officier, je fus abordé dans la rue par un étranger qui me dit à brûle-pourpoint : « J’ai tout à l’heure entendu vos objections : voulez-vous me permettre de vous opposer, non une réfutation verbale, mais une expérience ? Je ne vous demande qu’une chose, abandonnez-vous complètement pendant trois ou quatre heures et laissez-moi faire. — Je suis tout à vous! » répliquai-je d’un air décidé. Aussitôt, l’inconnu héla sa voiture et nous nous installâmes tous deux dans le véhicule.
« Ma montre accusait cinq heures, et nous étions en été : c’est vous dire que ce mage n’avait pas même cru devoir appeler à son secours les ténèbres de la nuit. Les stores du landau furent soigneusement baissés; je ne puis donc me rendre compte de l’itinéraire que suivit le cocher. Sa voiture décrivit d’innombrables dé- tours. Après deux heures de trajet, on fit halte ; la portière fut ouverte et je me trouvai avec mon compagnon en pleine campagne, devant la grille d’un château. Nous nous acheminâmes vers Is pavillon central : mon conducteur me fit pénétrer dans une chambre, sommairement meublée. Le crépuscule commençait à estomper les objets ; une demi-obscurité régnait dans la pièce. Après m’avoir avancé un fauteuil qui faisait face à un canapé, le thaumaturge m’invita à fixer fortement ma
U
pensée sur une personne que je désirais voir, puis il passa dans la chambre voisine, me laissant livré à mes réflexions.
« Je me conformai à la consigne. Lors de mon dernier voyage à Londres, j’avais été reçu dans le salon de la duchesse N... Bien certain que l’illustre lady n’habitait en ce moment ni Paris ni même la France, je résolus de la choisir pour l’expérience décisive qui allait commencer. Pendant quarante-cinq minutes, aucun phénomène n’attira mon attention, mais au bout d’une heure, voici qu’une sorte de vapeur bleue plana au-dessus du canapé. D'abord insaisissable, le nuage se matérialisa peu à peu, puis je distinguai la physionomie d’une femme de haut rang en toilette de soirée. Je m’approchai pour mieux discerner les traits ; il ne pouvait y avoir de doute, j’avais bien là devant moi la duchesse de N... endormie. L’idée me vint tout d’abord de la réveiller. Mais je n’osais pousser la hardiesse jusque-là. Il fallait pourtant que j’emportasse avec moi un témoignage palpable de cette fantastique apparition. Lady N. ..avait à l’annulaire de sa main gauche une turquoise du plus grand prix. Ma foi, je n’y tins plus, je m’emparai de la bague et je la mis dans ma poche. Quelques minutes après, l’apparition se dissipait et le mage me ramenait chez moi.
« Trois semaines plus tard, laduchesse de N... venait à Paris pour de là se rendre à Biarritz et je m’empressai d’aller lui porter mes hommages. Au cours de la conversation, je crus devoir demander à la duchesse si, dans ces derniers temps, un accident particulier n’avait pas traversé sa vie. — « Mon Dieu, répliqua lady N..., je me souviens seulement qu’un certain soir je recevais à mon five o’clock de nombreux visiteurs, quand je fus prise d’un si invincible besoin de dormir qu’il me fut nécessaire de me réfugier dans une pièce voisine pour me reposer. Au bout de vingt minutes, je me réveillai ;
ma miprraine était passée, mais quel ne fut point mon étonnement quand je m’aperçus que je n’avais plus ma bague. Mes serviteurs eurent beau explorer la chambre dans tous les sens, la turquoise ne fut pas retrouvée... — Eh bien ! la voici, madame, fis-je en remettant à lady N... la gemme qu’elle croyait perdue... »
« Voilà mon histoire : maintenant, qu’en pensez-
Condensation du corps astral. — Nous trouvons dans VInitisition de février 1893, le compte rendu d’expériences faites dans ce sens par M. C.-A deBodisco, et réimprimées par lui dans son ouvrage intitulé Traits de Lumière (1). Ces expériences furent faites avec le concours d’un médium célèbre. Madame W. Rochester (2). Voici comment l’expérimentateur raconte les faits les plus frappants.
« Le 5/17 août 1892, cinq personnes de bonne foi se sont réunies dans une chambre obscure pour des expériences psychiques. Le cercle à peine fermé, par un simple attouchement des mains, deux des assis, tants sont tombés en transe sans même recourir à des passes. Un point lumineux apparut, puisse convertit insensiblement en corps volumineux enveloppant la main droite d’un des médiums. Ce corps, que je voyais pour la première fois sous cette forme, ressemblait à de la glace frappée, étincelante d’une lueur bleuâtre éclairant les objets voisins. Il paraissait sortir de la paume de la main du médium endormi.
« Un crayon, qui se trouvait sur la table, en subit visiblement l’effet. Il fut attiré vers cette matière et à
(2) Auteur des romans médiuraniques : Herculanum, la Vengeance d'iin juif, la Foire aux mariages, etc.
vue d’œil complètement entouré. Le crayon, soulevé par le nuage qui l’entourait, produisit des coups, et puis, subissant l’influence d’une intelligence invisible, se mit à écrire. Pendant ce temps, les mains des mé- diums étaient parfaitement visibles.
« Vous avez devant vous le corps astral. » Vous avez été témoins de sa force attractive, prononça clairement une voix étrangère au médium, mais sortant de sa bouche, le médium toujours en transe.
« Quelques moments après, le fluide astral se dégagea lui-même du crayon, augmenté en volume, et forma bientôt un amas considérable, ressemblant à de la neige sillonnée de lueurs électriques. Le médium, les yeux fermés, avec sa main, prit machinalement une petite quantité de cette matière merveilleuse et en mit dans ma main droite, puis en mit encore dans ma main gauche. Dans cette main, la matière se condensa à vue d’œil pour se transformer en pierre pareille à celle qu’on voit sur la photographie n“ 3. Dans ma main, cette pierre est devenue d’un poids très prononcé.
Alors d’une voix claire le médium dit : « Dans ta main droite tu liens le fluide astral, dans ta gauche tu tiens, en forme de pierre, le fluide astral condensé. Sache que ce corps constitue la seule partie maté- rielle du corps humain qui soit impérissable. Le monde physique a été créé uniquement de ce corps fluidique. C’est le zoo-éther, matière première ou force vitale. Dans ce tissu de chacun de vous se reflètent les actes de vos existences passées, et ce reflet explique l’influence du passé sur la vie du présent. Tes yeux sont encore trop matériels pour voir le lien non interrompu qui existe entre les fluides que je tiens dans mes mains et les fluides restés dans les tiennes. »
A ce moment, je sentis une assez forte chaleur se
dégager de la pierre, qui devenait de moins en moins lumineuse. Le médium, alors, prit de mes mains les fluides et la pierre, plaça la pierre avec cette neige lumineuse sur la table et poussa le tout vers mon visage, en l’effleurant légèrement. Ensuite le médium rassembla, avec ses mains, cette masse lumineuse, plaça la pierre au milieu ; et immédiatement le tout se confondit, comme du vif argent, dans une masse lumineuse, que le médium souleva à mes yeux, exprimant le désir que je l’examine de près. Alors, avec un soin tout particulier, j’ai pu, pendant au moins cinq minutes, examiner ce corps merveilleux, j'ai pu admirer sa transparence et la finesse de son tissu lumineux, même en le soulevant et le pressant entre mes doigts. Ce corps n’exhalait aucune odeur, et, au moment où je le portai à mon nez, la voix me communiqua que la puissance de son arôme était immense ! Là, devant mes yeux, avec l’éclat de son lustre, ce corps perdait à vue d’œil ses dimensions et disparut dans le corps du médium, et insensiblement tout rentra dans l’obscurité...
« Cette première partie de l'expérience dura plus d’une heure. Après, nous sommes allés prendre le thé; mais, comme il nous restait du temps avant le départ du dernier train, j’ai proposé de continuer nos investigations dans le domaine du monde astral, qui paraissait si disposé à nous découvrir ses mystères.
A peine placés, les médiums tombèrent en transes, mais un d’eux se leva tout en dormant et alla s’asseoir derrière un rideau, que j’avais préparé pour l’isolement du médium dans le but de faciliter le travail des forces occultes. Le médium demanda à haute voix d’éclairer, au moment qu'il indiquerait, la chambre avec une explosion lumineuse de magnésium préparé d’avance. La lumière subite fut si brillante, que tous nous avons dû involontairement fermer les yeux; en les
rouvrant, nous vîmes le médium, livide comme la mort, couché sur un fauteuil (voyez photographie n" 1), tout couvert de ce merveilleux tissu, qui répandait dans toute la chambre une lueur de clair de lune,. Alors le médium se leva, se drapant la tête, à la manière espagnole, de ce voile lumineux, s’avança vers la table, les mains élevées, soutenant au-dessus de sa tête ce tissu lumineux et couvrit avec ce voile, l’un après l’autre, chacune des personnes présentes. Me trouvant dessous, je sentis qu’un sentiment de repos et de bien-être envahissait mon corps. — « Faites attention, me dit le médium, toujours endormi, à ces nœuds lumineux, que vous voyez dans le tissu... c’est la force vitale... elle est répandue partout dans la nature.
« Le voile se trouvant au-dessus de ta tête te donnait la possibilité d’imbiber ce fluide vital, qui pendant la maladie perd peu à peu sa lueur et au moment de la mort quitte le corps de l’homme en le laissant sombre et se décomposant. Cette expérience constate que c’est la force attractive du fluide astral qui cimente les atomes du corps vivant.
« Votre grande foi et votre confiance mutuelle m’ont donné la possibilité de faire voir à vos yeux ce que vous pouvez maintenant hautement témoigner. »
X C’est d’avoir vu et touché le corps astral. »
Trois des personnes présentes ont entendu et ont vu tous de la même manière. Elles affirment l’exactitude de mon récit. La quatrième personne fut réveillée pendant la seconde partie de l’expérience et pour cette raison, elle peut confirmer seulement la seconde partie.
Ainsi cette action du corps astral donne une explication très nette aussi bien de la plupart des faits de l’hypnose
LA MAGIE ET l’jIYPNOSE
que de certains faits spirites. — Nous connaissons assez bien ce singulier « double » de l’homme dans ses principales manifestations, passons maintenant à l’étude du « double » de notre plan physique et des êtres qui y sont contenus. Cela fait l’objet du chapitre qui va suivre.
DEUXIEME PARTIE
CHAPITRE V
LA. PARTIE INVISIBLE DE LA NATURE
§ 1. — Introduction à l’étude du plan invisible ou astral.
Nous avons vu dans le chapitre précédent que c’est en étudiant les actions produites par la partie invisible de l’homme que nous pouvions nous rendre compte d’une foule de phénomènes qui paraissent impossibles à comprendre si l’on s’en tient uniquement aux données courantes de la science.
Or, tout comme l’homme physique, le monde physique, le plan des sensations corporelles est doublé d’un monde invisible, d’un plan perceptible seulement pour les êtres que développent, soit momentanément soit d’une façon continue, des sens nouveaux qui sont seulement à l’état de germe dans la plupart des hommes actuels.
Un des buts principaux de transformation que subit l’être humain après la mort corporelle est justement de développer progressivement ces sens nouveaux indispensables à posséder pour agir pleinement dans le plan qui succède au plan physique. Ce plan que double le monde physique a été appelé par l’Ecole de Paracelse: le plan astral, comme le corps invisible a été appelé le corps astral.
LA MAGIE ET L’ilYl'XOSE
A mesure que se développent les sens du plan astral ceux du plan physique s’éteignent et c’est là une des grandes raisons de l’impossibilité qu’ont les disparus de venir communiquer facilement avec ceux qui sont restés sur terre. Mais qu’on ne croie pas que cette
quelques cas bien nets de communications réelles entre les vivants et les morts.
Mais si la généralité des hommes n’est pas apte au développement de ces sens nouveaux, il est quelques rares individus qui, au moyen d’un entrainement particulier peuvent, dès cette existence, percevoir quelques coins de ce plan astral. Les anciens avaient créé de vé- ritables écoles chargées de sélecter de tels individus, c’était là l’un des buts des Mystères d’Isis en Egypte et du Collège des Prophètes ainsi que, la secte des Esseniens en Israël. — Aujourd’hui encore, les Chinois possèdent de tels centres d’études, les Indous surtout la caste brahmanique, en possèdent aussi et les Musulmans ont créé de même des centres actifs d’études mystiques. Seuls les chrétiens ont laissé les individualités se développer à leurs risques et périls, sans vouloir former des collèges réguliers d’initiation, et c’est aux Frères illuminés de la Rose-Croix ou aux fondateurs du Martinisme qu'il faut nous adresser, en Occident, pour trouver un essai de formation d’un centre de cohens élus (1).
communication est toujours impossible, ce serait une erreur aussi grande que la négation absolue de tous les phé- nomènes. Nous choisirons dans notre étude sur les Elémentaires
(I) Voy. Martines de Pasquelly, 1 vol. in-8.
Mais cela n’a pas empêché certains intuitifs, des savants même de découvrir, souvent avec étonnement quelques morceaux de ce plan qui pénètre le nôtre de temtes parts et qu’il ne faut pas aller chercher par delà les étoiles, mais bien en nous-mêmes ou de l’autre côté des êtres et des objets physiques.
En nous-mêmes il n’existe qu’une voie réellement élevée pour y parvenir c’est la voie du Silence, de l’Humilité et de l’Amour de l’Humanité.
Le Silence est la première et la plus importante des conditions du développement psychique, car tout être humain proféré appartient aux forces destructrices delà mort.
Mais V Adversaire dans ses quatre polarisations : Satan, Lucifer, Nahash, Asmodée (ou les noms équivalents qu’il est inutile de révéler) veille aux quatre centres d’émanation de l’homme et applique son sceau d’annihilation à toutes les émanations qui participent à ses lois. Le quadruple sphinx humain est jalousement surveillé à l’extérieur s’il a réussi à fermer les portes de son entendement, car une loi veut que l’Arbre humain ne développe magnifiquement ses fleurs vers le ciel, qu’à mesure que les racines s’enfoncent d’autant vers le chaos (1).
Or, le Silence développe comme fleur l’Humilité, et comme racine l’Orgueil.
Malheur au silencieux qui s’assombrit, car alors il cristallise ses forces et évolue vers le règne minéral, il est jaloux de son savoir et fier de sa science, ses yeux révèlent la puissance; mais un sourire le terrasse, car il n’a pas su acquérir I’Humilité du petit enfant qui produit à son tour I’Amour (2), comme fleur et qui cependant a l’égoïsme comme racine.
(1) Enseignement de maître Philippe de Lyon.
(2) Un initié contemporain qui signe Amo a parfaitement compris la valeur et la grandeur de cette méthode de développement.
Ainsid’un côté : Silence, Humilité, Amour; de l’autre : Science, Orgueil, Egoïsme; telles sont les deux voies qui toujours s’entrecroisent et qu’il faudra toujours distinguer dans l’évolution de l’être humain vers l’adeptat.
Celui qui a vu l’Unité est calme comme le Silence, humble comme le petit enfant et souriant comme l’amoureux ; car il a développé les fleurs mystiques de l’arbre des humains sephiroth. Et tout cela a toujours été su ; mais jamais peut-être ce no fut mieux résumé que par le grand initié chinois auteur de la Voie droite dans le milieu.
Laissons-là ces digressions et cette voie mystique et, fidèle à notre plan d'étude, voyons comment la science contemporaine est parvenue à se mettre en rapport avec ce plan astral.
Nous allons d’abord transcrire une « vision » qui donnera à nos lecteurs une conception générale du plan astral.
Cela fait, nous aborderons d’abord l’exposé de quelques expériences qui ont conduit les contemporains aux frontières astrales.
Nous parlerons donc de l’Od de ReicJienbach et des expériences de Lecomte avec Mireille.
Ensuite nous verrons comment les différentes entités qui habitent l’astral prennent chacune constitution sur terre : une apparition ; enfin nous étudierons séparé- ment et avec quelques détails chacun des facteurs de cette apparition.
Voilà le plan de notre chapitre.
§2. — La clairvoyance.
La clairvoijance est une des facultés de l’initié. Nous avons dit que l’entrainement magique permet-
tait de développer consciemment certaines facultés encore en germe dans la plupart des êtres humains.
Parmi ces facultés l’une des plus intéressantes est la Vision du plan astral dont nous allons donner deux cas. Celui de Swedenborg et celui de Cazotte. Nos lecteurs trouveront plus loin, dans notre étude sur les images astrales d’autres faits de même genre.
On trouve dans les « Observations ou notes sur Swedenborg » insérées par le traducteur (A. J. P.) des Merveilles du Ciel et de l'Enfer (1), les deux faits suivants, choisis parmi pas mal d’autres.
a Le sénateur Mgr le comte de Mopken et la femme du jardinier de M. de Swedenborg m’ont assuré les deux faits suivants. Après que M. de Marteville fut mort, on vint demander à sa veuve le payement d’une somme considérable que l’on disoit due par son mari, dette prétendue qu’elle sçavoit bien avoir été payée pendant le vivant do son époux, mais elle ne sçavoit où il en avoit mis la quittance. Dans son embarras elle eut recours à M. de Swedenborg. Celui-ci fut la trouver le lendemain, lui dit qu’il avoit parlé à son mari mort, lequel lui avoit déclaré où il avoit déposé cette même quittance, et et qu’elle la trouveroit dans tel endroit indiqué. Le défunt apparut aussi en songe à sa veuve^ vêtu de la même robe de chambre qu’il portait avant sa mort, et lui ayant donné les mêmes indices, se retira. Elle en fut tellement effrayée, qu’elle réveilla sa femme de chambre couchée dans le même endroit et lui raconta le fait. La quittance fut trouvée où M. de Swedenborg l’avoit dit. Cette histoire fît beaucoup de bruit à la Cour et à la Ville, et chacun la racontait à sa façon. »
« Autre fait. La Reine actuellement douairière d’Adolphe Frédéric, et sœur du roi de Prusse, ayant
LA MAGIE ÉT L’IIYPNOSE
entendu parler de l’histoire précédente et de beaucoup d’autres, mises sur le compte de M. de Swedenborg, dit au sénateur le comte de Hopken qu’elle désiroit parler à M. de Swedenborg. Le comte allant porter les ordres de la Reine, rencontra M. de Swedenborg qui alloit dans le dessein de parler à cette princesse. Après avoir conversé sur différents objets, la reine lui demanda s’il pouvoit sçavoir le contenu d’une lettre qu’elle avait écrite à son frère, prince de Prusse défunt ; contenu dont elle étoit assurée que personne au monde n’avoit connaissance que ce frère. M. de Swedenborg lui répondit qu’il lui feroit le récit du contenu de cette lettre dans peu de jours. Il tint parole, car ayant tiré Sa Majesté à part, il lui dit, mot pour mot, le contenu ne ladite lettre. La Reine, rien moins que superstitieuse et douée de beaucoup d'esprit, en fut saisie du plus grand étonnement. Elle raconta le fait, qui fît beaucoup de bruit dans Stockholm et hors du pays, où chacun le broda à sa manière. »
La prophétie de Cazotte.
« 11 me semble que c’était hier, et c’était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de nos confrères à l’Académie, grand seigneur et homme d’esprit ; la compagnie était nombreuse et de tout état : gens de robe, gens de cour, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grande chère, comme de coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de la bonne compagnie cette sorte de liberté c[ui n’en gardait pas toujours le ton : on en était venu alors dans le monde au point où tout est permis pour faire rire.
Chamfort nous avait lu de ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écouté sans avoir
même recours à l’éventaiL De là un déluge do plaisanteries sur la religion : et d’applaudir. Un convive se lève, et tenant son verre plein :
— Oui, messieurs, s’écrie-t-il, je suis aussi sûr qu’il n'ij a pas de Dieu, que je suis sûr qu’Homère est un sot.
En effet, il était sûr de l’un comme de l’autre ; et l’on avait parlé d’Homère et de Dieu, et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l’un et de l’autre.
La conversation devient plus sérieuse ; on se répand en admiration sur la réplique qu'avait faite Voltaire, et l’on convient que c’est là le premier litre de sa gloire :
— ■ Il a donné le ton à son siècle, et s’est fait lire dans l’antichambre comme dans le salon.
Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant :
— Voyez-vous, Monsieur, quoique je ne sois qu’un misérable carabin, je n’ai pas plus de religion qu'un autre.
On en conclut que la Révolution ne tardera pas à se consommer ; qu’il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l’on en est a calculer la probabilité de l’époque, et quels seront ceux de la société qui verront le règn ; de la raison. Les plus vieux se plaignent do ne pouvoir s’en flalter ; les jeunes se réjouissent d’en avoir une espérance très vraisemblable ; et l’on félicitait surtout l’Académie d’avoir préparé le grand œuvre, et d’avoir été le cheflieu, le centre, le mobile de la liberté dépenser.
Un seul des convives n’avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme ; c’était Cazotte, homme aimable et original, mais malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme l’a, depuis, rendu à jamais illustre.
Il prend la parole et du ton le plus sérieux :
— Messieurs, dit-il, soyez satisfaits ; vous verrez tous cette grande et suljlime Révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous répète, vous la verrez.
On lui répond par le refrain connu ;
— Faut pas être grand sorcier pour ça.
— Soit, . mais peut-être faut-il . l’être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui en arrivera pour vous, tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l’effet bien prouvé, la consé- quence bienreconnue ?
— Ah ! voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais ; un philosophe n’est pas fâché de rencontrer un prophète.'
— Vous, Monsieur de Condorcet, vo-us expirerez étendu sur le pavé d'un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris pour vous dérober au bourreau ; du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcéra de porter toujours sur vous.
Grand étonnement d’abord ; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l’on rit de plus belle.
— Monsieur Cazotte, le conte que vous faites ici n’est pas si plaisant qüe vo\.v& D'ablc' amoureux -, mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces
Qu’est-ce que cela peut avoir de commun avec là philosophie et le règne de la raison ?
— C’ést précisément ce que je vous dis : c’est au nom de la philosophie, de l’humanité, de la liberté, c’est sous le règne de la raison qu’il vous arrivera de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison, car alors elle aura des temples.^ et même il n’y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la raison.
— Par ma foi, dit Chamfort avec le rire du sarcasme, vous ne serez pas un des prêtres de ces temples-là.
GL ,'PTO 97, rue Oborkampf,
Un initié au X'iii” o le Louis-Claude de Saint Martin Chef de l'ordre Mariiniste auquel appartenait Cazotte.
On se regarde et on rit encore.
— Vous, Monsieur Vicq-iVAzh% vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même ; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l’échafaud; vous, Monsieur B nUy, sur l’échafaud...
LA MAGIE ET L’iIPYXOSE 225
— Je l’espère ; mais vous. Monsieur de Chamfort, qui en serez un, et très digne de l’être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n’en mourrez que quelc[ues mois après.
— Ah ! Dieu soit béni, dit Rouchcr, il paraît qu& 'Monsieur n'en veut qu’à l’Académie ; il vient d’en faire une terrible exécution ; et moi, grâce au ciel...
— Vous ! vous mourrez aussi sur l’échafaud.
— Oh ! c’est un gageure, s’écrie-t-on de toutes parts il a juré de tout exterminer.
— Non, ce n’est pas moi qui l’ai juré.
— Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares ? et encore ?...
— Point du tout, je vous l’ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux cjui vous traiteront ainsi seront \o\is>û.esphüosophes.,. puront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes ahrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de la Pucelle...
On se disait à l’oreille :
— Vous voyez bien qu’^7 est fou (car il gardait le plus grand sérieux). Est-ce que vous ne voyez pas c|u’il plaisante ? et vous savez qu’il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries.
— Oui, reprit Chamfort ; mais son merveilleux n’est pas gai ; il est trop patibulaire. Et c|uand tout cela se passera-t-il ?
— Six ans ne se passeront pas que tout ce que je vousdis ne .^oit accompli...
— Voilà bien des miracles (et cette fois c’était moimême qui parlais) ; et vous ne m’y mettez pour rien ?
— Vous y serez pour un miracle tout au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien.
Grandes exclamations.
— Ah ! reprit Chamfort, je suis rassure ; si nous n& devons périr que quand La Harpe sera chrétien, noua sommes immortels.
— Pour ça, dit alors Mme la duchesse de Grammont, nous sommes bien heureuses, nous autres femmes, de
n’être pour rien dans les 1 é^nrutl>ns . Quand je dis pour rien, ce n est pas ([ue nous ne nous en mêlions tou jour.-} un peu ; mais il est reçu qu’on no s’en prend pas à nous, et notre sexe ..
— Votre eœe, Mesclam s, ne l'ous en (Jpfendra pas cette fois et vous aurez beau ne vous mêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque.
— Mais qu’est-ce que vous me dites donc là, monsieur Cazotte ? C’est la tin du monde, que vous nous prêchez?
— Je n’en sais rien ; mais ce que je sais, c’est que vous, madame la duchesse, vous serez couduite à l'échafaud, vous et beaucoup d’autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains derrière le dos.
— Ah ! j’ospère que, dans ce cas-là, j’aurai du moins un carrosse drapé de noir.
— Non, madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous.
— Déplus grandes dames! quoi! lesprincesscs dnseng'^
— De plus grandes dames encore...
Ici un mouvement très sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.
Mme de Grammont, pour dissiper le nuage, n’insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire, du ton le ''lus léger ;
— fO"X verrez qu'il ne me laissera pas seulement unconfesseur !
— Non, madame, vous n'en aurez pas, ni personne. Le dernier suppUcié, qui en aura un par grâce, sera..
Il s’arrêta un moment :
— Eh bien ! quel est donc l’heureux mortel qui aura cette prérogative ?
— C’est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France.
Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotto, et lui dit, avec un ton pénétré :
— Mon cher monsieur Cazotte, c’est assez faire durer cette facétie lugubre ; vous la poussez trop loin, et jusqu’à compromettre la société où vous êtes, et vousmême.
Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand Mme de Grammont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s’avança vers lui :
— Monsieur le prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre.
11 fut quelque temps en silence et les yeux baissés :
< — Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem, dans Josèphe ?
— Oh ! sans doute ; qu’est-ce qui n’a pas lu ça ? Mais faites comme si je ne l’avais pas lu.
• — Eh bien, madame, pendant ce siège, un homme fît sept jours de suite le lourdes remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d’une voix sinistre et tonnante : « Malheur à Jérusalem! malheur à mot-même ! » Et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l’atteignit et le mit en pièces.
Et, après cette réponse, M. Cazotte fît sa révérence et sortit.
La Harpe.
§ 3. — Premier aperçu du Plan astral au moyen
de l’Hypnose.
L'Od. U Electrographie. Les Licar/iatio.is.
Les sujets hypnotisés ou même simplement sensitifs peuvent être mis en rapport avec certaines régions du plan astral.
Sans parler des clieroheurs de sources ou do l’usage de la baguette divinatoire (1) nous mentionnerons les expériences de Reiclienbach, complétées à notre époque par les recherches de Rochas et du D’’ Luys.
En plaçant des «sensitifs » dans unechambrenoiro où on avait renfermé plusieurs objets et des plantes ainsi que des animaux, Reiclienbach découvrit que tous les corps émettaient des « émanations » qui, pour nous, sont privées de lumière astrale, et qu'il appela Od.
Voici certains des caractères de cet Od de Reichen- . bach.
Caractères phijsiqiies de l'Od de Bcichenbach.
Cette lumière est réfléchie par des surfaces miroitantes ; elle peut se recueillir avec le verre ardent et se concentrer en un foyer ; elle relève des lois delà polarisation, et montre dans sa partie réfléchie son état od négatif, dans sa partie traversante son état od positif ; elle agit dans l’obscurité après quelques minutes d’exposition sur la plaque photographique et y trace des figures, enfin elle s’élève à un tel degré de force qu’elle produit des ombres que l’on peut circonscrire d’une manière bien limitée (2).
Les disciples de Mesmer avaient au reste déjà poursuivi, par des démonstrations objectives en partie réussies, l’examen de la condition physique des rayons odiques. La somnambule de Tardy magnétisée avec une baguette voyait l’od sortir du bout de celle-ci
{]) Voyez sur ce pointle curieux ouvrage de l’abbé de Vallemont sur la Baguette divinatoire.
(2) Reiclienbach, Aphorisme 27. cUé par Cari du Prel, dans la Revue des Revues du mars 1896.
l’Od de Reiciiexbacii Planche tirée d’une étude de M. de Rochas.
<îommo un épais fil d’or d’un jauno éclatant semé d’étoiles encore plus éclatantes. Si Tardy prenait dans sa main un conducteur, l’rftluve était plus tort que celui de simples doigts et s’accélérait dans son mouvement ; le rayon traversait une planche de 8 lignes d’épaisseur mais semblait perdre de son éclat et de sa vitesse ; la planche se trouvait entre le magnétiseur et la somnambule, mais cette dernière montrait toujours exactement la place sur laquelle il agissait. Si, au lieu de la baguette d acier, il jjrenait une baguette magnétique, outre la première lumière elle en voyait immédiatement une seconde constamment en mouvement spiral autour de la baguette. Projeté à travers une lentille convexe, le rayon se réfractait, perdait en éclat mais -gagnait en vitesse. Le gain et la perte étaient encore plus grands quand on plaçait l’une derrière l’autre deux lentilles séparées. A travers l’eau magnétisée le mouvement s’accélérait, l’éclat diminuait, l’eau semblait remplie d'étincelles lumineuses. A travers l’eau non magné- tisée, l’éclat s’amoindrissait également, et la vitesse augmentait aussi. Si l’on passait le rayon à travers le cuivre ou l’argent, ces doux métaux retenaient la lumière, l’absorbaient en quantité égale, et elle ne sortait ■que sous forme de faible vapeur. A travers le fer elle passait sans changement, l’argent la rejetait en un faisceau et l’éparpillait des deux côtés, et il n’y en avait qu’un peu sortant sous forme de vapeur sans apparence. Le mercure la laissait passer en un mouvement accé- léré. Aussi la somnambule ne pouvait-elle, durant son sommeil magnétique, se tenir devant un miroir sans se sentir, disait-elle, surchargée de fluide et incommodée. A travers l’or, la lumière passait avec un éclat renforcé et une vitesse accélérée sans se réfracter (1). Il y a
(1) Tardy, Essai sur la théorie du somnambulisme, 81. — Idem,
LA MAGIE ET L’iITENOSE
cent ans que ces expériences ont été faites, et plus tariî le professeur Nane les a continuées.
Carl du Prél.
Voilà des faits de vision do la région tout à fait infé- rieurs du |jlan astral,
M. de Rochas a consacré toute une ['artie d’un de ses volumes (1) àla vérification et à la démonstration rigoureuse de CCS faits de vision ; aussi n’insisterons-nous pas davantage sur ce point. '
Il nous sufifira de résumer les expériences les plus ré- centes faites par M. lodko pour mettre nos lecteurs tout à fait au courant de la question.
Les Expériences de M. de lODKO.
Photographie de VOd et du corps as toril.
M. de Narkiewicz lodko se sert pour ses expériences d'une bobine de Rubmkorff de moyenne force. L’un des pôles de la bobine est mis, au moyen d’une pointe deparatonnerre, en rapport avec l’air extérieur souvent à grande distance du centre d’expérience et l’autre pôle vient aboutir (dans le cas des photographies) à une plaque métallique séparée de la plaque sensible par une feuille de caoutchouc.
Dans d’autres cas, un pôle aboutit dans l’air, c’est-à- dire dans le milieu où se trouve la plaque photographique, et l’autre pôle aboutit à l’intérieur d'un tube de verre enveloppé de caoutchouc, que tient l’expérimentateur.
Les dispositions étant prises ainsi, l’expérimentateur, après avoir placé une plaque sensible simplement sur
(1) L ’ extériorisai ion de la sensibilité, 1 vol. iii-8 avec fig. coloriées. Cliamuel, édileur.
une table dans robscuiil'^, approche sa main de la plaque sensible à 1 ou 2 millimètres.
Immédiatement la main s'illumine et la plaque estimpressionnée.
Plus de trois mille épreuves faites par M. lodko jusqu’ici, ont permis d'établir les faits suivants :
1® L’existence d'an rayonnement spécial, émanant de l’être humain et différent suivant les individus et les tempéraments ;
2® Certains objets, entre autres les plantes et les aimants, manifestent aussi ce rayonnement qui est toujours photographiable ;
3® Ce rayonnement varie dans l’état de santé et dans l’état de maladie, à tel point qu’il peut révéler pluneurs jours à l'aoance une maladie qui va se déclarer et indiquer le point particulièrement faible de l’organisme;
4® Lorsqu’on met en présence sur la même plaque les mains de deux personnes, les doigts de chacune opposés aux doigts de l’autre par leurs pointes, la direction du rayonnement est tout à fait différente :
A. Si les personnes sont antipathiques.
B. Si les personnes sont neutres.
C. Si les personnes sont sympathiques l’une vis-à«vis de l’autre.
Outre le diagnostic pathologique, on peut donc, par cette méthode, faire un diagnostic psychologique.
Les nombreux exemples que nous avons vus à ce sujet sont absolument caracléristiques.
Dans le cas d’antipathie, les deux émanations se repoussent.
Dans le cas de neutralité, les deux émanations restentséparées.
Dans le cas de sympathie, les deux émanations se précipitent l’une vers l’autre.
Encore une fois, tout cela est toujours enregistré par la plaque photographique.
ÉLECTROGRAPHIE DE LA MAIM Par M. lodko.
Il y a encore une foule d’applications de cette mé- 4hode; mais celle-là sufïirait pour bien indiquer à nos lecteurs l’importance des recherches de M. lodko à ce sujet.
La mcthocle consiste, au point de vue de la cause, à augmenter le potentiel des êtres ou des objets en expé- rience en diminuant le potentiel du milieu dans lequel se trouvent ces êtres et ces objets.
§ 4. — Action du Plan astral sur le sujet.
La voyante de la Rue de Paradis,
Les sujets qui sont mis, soit non intentionnellement soit par un développement progressif en rapport avec le plan astral décrivent presque tous identiquement les différents êtres qui peuplent ce plan. On pourra consulter à ce sujet la vie nuptique de Swedenborg qui offre un ■exemple très net du développement progressif des faits de vision.
Après la vision, un des moyens les plus employés par les intelligences astrales pour communiquer avec les êtres terrestres est l’incarnation, c’est-à-dire la prise de possession des organes physiques d’un sujet ou d’un mé- dium par l’être invisible qui vient à communiquer
Je sais bien que ce sont là des faits qui mettent particulièrement en fureur les gens aux « idées reçues », mine d’observations précieuses pour les Flaubert ; mais tôt ou tard on en viendra à admettre ces faits, aussi ren- Yerrons-nous aux très curieuses expériences toutes récentes de M. Lecomte (1) et dirons-nous quelques mots de la Voyante de la rue de Paradis qui au mois d’avril 1896 a mis tout Paris en émoi.
La Voyante de la rue de Paradis, G.
Une jeune fille de bonne familleavaitassisté quelquefois .avec ses parents à des expériences spirites d’incarna~
fl) Initiation de 1896.
tion clans lescjucllcs l’intellig'ence qui venait se communiquer s’était motleslement qualifiée d’ange Gabriel, Cette jeune fille fut à son tour l’objet des phénomènes du même ordre et bientôt « l’ange Gabriel » parla par sa bouche.
Ce cas ne fût pas sorti des limites étroites des phénomènes spirites du même ordre (et l’on en verra un exemple bien net à notre paragraphe sur les élémentaires) si « l’influence » ainsi incarnée n’avait révélé à certains consultants les secrets les plus cachés de leur passé et les faits imminents de leur avenir. Bien plus, beaucoup de faits prédits aux consultants furent strictement produits à la date indiquée, ce qui embarrasse fort les «savants chargés de juger ce cas.
La jeune fille fut reconnue saine de corps et d’esprit et une commission médicale déclara qu’elle n’était ni hystérique, ni épileptique, ni folle, pour l’instant, après un minutieux examen (1).
A notre avis il s’agissait là de l'incarnation d’une entité astrale d’ordre assez élevé qui, bien entendu, n’avait rien à faire avec l’ange Gabriel ; mais qui était douée de toutes les facultés de lecture dans l'astral des consultants et même des nations, qui possèdent ces entités. L’étonnement des savants et de quelques prê- tres était facile à deviner ; mais les occultistes ne s’é- murent pas outre mesure et se bornèrent à défendre énergiquement la sincérité de la jeune fille contre ceux qui, ne comprenant rien à tout cela, voulaient enfermer le sujet de l’incarnation ainsi que ses parents. Outre les prédictions personnelles, la jeune fille, ou plutôt l’influence qui se servait de ses organes, annonçait de terribles calamités pour la France, et bientôt après pour l’Angleterre. A l’heure actuelle nous attendons ceséve-
(1) Voy, GaslonMéry, La Voyante de la rue de Paradis, diverses brochures iti-18 (Dentu,édit.)
■nements qui, nous le savons, sont inscrits depuis plusieurs années dans la lumière astrale.
.§5. — Le milieu dans lequel se passent ces faits de vision.
La Lumière astrale.
Les occultistes appellent Lumière astrale le milieu 'dans lequel se produisent ces phénomènes de vision .ainsi que quelques autres dont nous parlerons tout à l’heure. Voici quelques développements concernant ce milieu spécial, ces développements sont particulièrement réservés aux étudiants de l’occultisme déjà assez avancés. Les autres lecteurs sont priés si ces pages leur semblent trop obscures, de se reporter à notre étude sur les images astrales.
La lumière physique visible ne présente que l' envers d’une autre lumière dont l’endroit constitue ce [que les martinistes appellent la lutnière astrale.
La photographie, la cause réelle touche au grand ■arcane de la iihysique ésotérique.^ est également l'envers sur la Terre des opérations dont l'endroit est dans le plan astral.
Or ces nouveaux rayons : cathodiques, rayons X, lumière noire et d’autres qu’avait entrevus Babbitt(l), comme entrant dans la composition intrinsèque de l’atome, constituent la frontière commune qui sépare la lumière physique de la lumière métaphysique ou astrale ; et la plaijue photographique, grâce à son ■extrême sensibilité chimique, est un œil du plan astral aussi sensible pour les couches inférieures de ce plan que l’oeil physique pour le plan physique. Barlet dans .sa très belle étude sur la Chimie synthétique et plus récemmentStriendbergdans-S'i/^ra Si/èrarum établissent ‘d’autre part le lien qui relie la chimie (dont la photo-
(1) Babbitt, Light and Colours, New-York.
LA MAGIE ET L’HATNOSE
graphie est une des hautes expressions) à la physique métaphysique et ramènent l'une des plus belles sciences analytiques vers une commune synthèse. De même que la plaque photographique Les corps fluorescents participent de cette faculté de sensibilité chimique toutespéciale (1).
D
O
D
Soleil noir (+)
ÉLECTRICITÉ YüaUté Ocl de Reichenbach
H
U
CHALEUR Calorique
Envers
ou Plan Physique
Endroit ou Plan Astral
Soleil blanc (— )
Ainsi lumière physique et lumière astrale sont deux pôles d’une seule et même entité. L'un des pôles de la lumière astrale (le pôle négatif) est dans le soleil Uanex
(1) Voyez au sujet de la fluorescence et de ses causes secondesla. remarquable thèse de doctorat ès sciences de M. Verneuil.
au physique, et l'autre pôle est dans le soleil noir ou mé- taphysique (1).
Voilà un tableau établissant au point de vue de la doctrine ésotérique^ les rapports des deux pôles de lumière.
Enseignements du Sepher Bereschit à ce sujet.
Moïse dans son Sepher (ch. X) a donné, pour les initiés, la clef de ces divers stades de la force ignée qu’ib désigne successivement parles mots suivants :
AOUR et AOR (l’or des alchimistes) (ch. 1, v. 3).
Voici les commentaires de Fabre d’Olivet sur cesnoms.
Ashec-Henaz (feu latent-calorique). Ce mot extraordinaire s’élève sur trois racines. La première, assez connue, (ASH), désigne le principe igné ; la seconde (KN), caractérise tout ce qui sert de base, de fondement, tout ce qui est ramassé, entassé ; et la troisième (NZ), exprime tout ce qui fait sentir son influence aux environs. Il était impossible de mieux caractérisep' ceque les physiciens modernes ont nommé le calorique.
Emanation de Cham (ce qui est combiné et chaud).
Choufh : la force ignée, la combustion. Ce mot peut se concevoir comme forme des deuxracines contractées (COH-ASH).
La force élémentaire du principe igné ou bien comme dérivant de la racine ( — ) (AO S H), le feu gouverné par le signe assimilatif( — ) (K). Dans l’un ou l’autre cas sa signification diffère peu.
( !) Osiris est un Dieu noir. (Nous croyons être un des premiers- à donner à ceux qui savent la clef de cette expression initiatique»
Auzal. — C’est la racine (AUZ) affectée à l’éther, au feu, à l’air épuré, à laquelle est réunie, par contraction, la finale AL. Ce mot, pris comme verbe nominal, dans Azol, exprime l’action de se porter avec rapidité d’un lieu à un autre, de communiquer par sympathie, de la même manière que l’étincelle électrique.
Dikelah — On trouve dans ce mot deux racines contractées ( — ) (DX-KL) : par la première on doit entendre une raréfaction poussée jusqu’à l’extrême subtilité ; par la seconde, une légèreté élevée jusqu’à la simple consistance du son. On sait bien qu’il n’existe point dans aucune de nos langues modernes de mots capables de rendre les idées attachées à ceux de Dikeloh, d' Auzal, d' Badoram ; car, quels que soient les gaz, les fluides que nos physiciens aient découverts, ils n'ont pas encore atteint jusqu’à ceux connus des Prêtres de Thèbes.
Ainsi les deux mots ù.' Auzal et de Dikelah indiquent l’alliance d’une extrême raréfaction du miliea alliée à une extrême tension du fea igné électrique. C’est une des plus belles révélations que nous ait faites l’ésoté- risme antique. Avis aux alchimistes.
Les quelques pages qui précèdent sont écrites par les étudiants avancés de l’occultisme. Elles sembleront sans doute déraisonnables aux gens dits « positifs ».
CHAPITRE VI
DES ÊTRES QUI HABITENT LE PLAN ASTRAL.— QU’EST-GE QU’UNE APPARITION?
Les explications dos phénomènes occultes données par la tradition ésotérique tirent surtout leur ori.uiiie de la conception du monde invisible et du plan astral, spéciale à l’occultisme.
Ce plan astral est aussi peuplé que le plan physique, d’êtres aussi différents par leur origine et leur fin que les animaux, les végétaux et les hommes de la Terre et les voyants ont au début beaucoup de peine à se reconnaître dans cet amas grouillant et vivant.
En première ligne, mentionnons les restes intellectuels des défunts, ce qui était Monsieur un Tel, Madame ou Mademoiselle une Telle sur la Terre, la per- -sonnalité {persona, le personnage, l’acteur). Cet être formé du corps astral comme corps et de l’Etre Psychique comme Ame constitue ce que l’occultiste appelle un Elémen faire (et ce que le spirite appelle un Esprit).
C’est là l’être réel. Mais toutes les actions, toutes les pensées actives que cet être a générées sur la Terre existent et sont photographiées pour ainsi dire dans le plan astral, grâce à la vitalité que leur fournit un élé- mental. Avant de pénétrer jusqu’à l’Elémentaire, on trouvera donc une foule de ces idées vivantes, de ces images vitalisées autour de la Personnalité qui les a .générées. Ce sont là des images astrales.
LA MAGIE ET L’iIYTNOSE
Les images astrales peuvent indiquer des faits ou’ des idées du passé et venir de la Terre ou, au contraire, être l’ébauche astrale des faits et des grandes idées futures sur le point d’être réalisés sur le plan terrestre, et alors ces images astrales viennent du monde des Principes ou Archétype, de ce que les religions éxotériques appellent le Ciel. Il faudra encore bien distinguer ces deux genres de création.
Ainsi un assassin qui prémédite son crime génère en faisant le plan de SC n acte une séviQcClmages astrales qui se dissoudront par la suite si le crime reste à l’état de projet. Mais si l’exécution vitaUse ces images, cellesci animées définitivement par les élémentals, restent dans l’atmosphère astrale du criminel et deviennent l’origine soit du remords sur la terre, soit du châtiment de l’Individu après la mort.
Nous venons de parler des Elément.^ls. Ces Elémentals sont des êtres invisibles et mortels dont la vie éphé mère s’entretient au dépens de certaines forces astrales et surtout de la force vitale. Ces êtres ne sont ni bons, ni mauvais par eux-mêmes, leur action dépendra uniquement de l'i'lée qu’ils seront chargés de faire vivre. On peut donc définir les élémentals dans leur action sur l’homme des Teintures a'idées. Ces Elémentals correspondent dans le plan invisible aux cellules dans le planvisible.Cc sont eux qui fournissent les corps (astral et invisible) aux idées et aux images des faits qui ne se perpétueront pas dans le plan astral, sans leur fusion avec un élémental.
Supposons donc Y apparition (réelle, c’est-à-dire photographiable) d’une personne décédée depuis quelques années. Quelles peuvent être les causes réelles qui dé- terminent cette apparition par rapport au plan astral. Nous poiwons maintenant nous en rendre compte.
Cas- Cette apparition peut être produite réelle-
ment par l’Elémentaire de la personne décédée. Dan» ce cas, l’apparition peut agir, parler, est très lumineuse (fantôme d’ilamlet) et peut être vue de tous les assistants.
2® Cas. Cette apparition peut être produite par une image de la personne décédée fixée dans l’astral. Elle correspond à l’image d’une personne dans un miroir. On la distingue de la précédente en ce qu’elle ne peut parler (fantôme do Banco, dans Macbeth) et cfu’elle n’est vue généralement que des sujets très impressionnables, alors qu’elle est invisible pour les autres assistants. Mais elle persiste longtemps et est très lumineuse.
3* Cas. Cette apparition est produite par l’idée du spectateur momentanément vitalisée par un élémentaE C’est le souvenir de la personne décédée qui prend corps et dans ce cas l’apparition est peu nette, mal éclairée et fugace. De plus une seule personne la verra, les autres ne verront c[u’un brouillard vague, ou moins encore.
Ce troisième cas peut être produit soit par l’idée inconsciente que le spectateur a dans l’Esprit, par le souvenir., soit par l’action consciente d’un adepte des arts magiques.
On voit pourquoi l’occultiste est si réservé dans ses affirmations concernant l’influence plus ou moins réelle des restes spirituels du défunt dans une apparition. 11 est bien entendu que nous ne parlons ici que des apparitions réelles, c’est-à-dire de celles qui peuvent impressionner une plaque photographiciue.
A côté de ces recherches de détail et de ces nombreuses causes d’erreurs admises par l’occultisme, quelles sont les opinions des autres Ecoles ?
Le Spiritisme voit des Esprits dans tous les cas d’apparition et ne fait aucune différence entre les divers
LA MAGIE ET L’jlYPNÜSE
cas;tout au plus admet-il qu’un « E'prit » peut se présenter à la place d’un autre.
Les expérimentateurs ajipartenant aux écoles scientifiques et pour lesquels ces nhénomènes sont vrais, à la suite de recherches sérieusement poursuivies, ne parlent plus de l’explication par hallucinationnÛHQ en avant par les savants qui jugent ces phénomènes sans les connaitre. Il serait difficile en effet d’expliquer l’hallucination de la plaque photographique. On s’en tient donc aux constaiation.s pures et simples et l’on attribue à une certaine force psychique, ces faits encore étranges pour la science.
Les catholiques voient dans tous ces faits l’action du diable et mettent dans le même sac, les apparitions, les cxiiérimeiitateurs et les médiums. C’est là une grosse erreur qui ne peut que faire un tort énorme au catholicisme dont les membres éclairés devraient être les premiers à étudier ces faits qui relèvent de la mystique.
Voilà les théories générales, passons maintenant aux faits particuliers.
Parmi les entités qui se manifestent dans le plan astral, il en est plusieurs qui intéressent au plus haut point l’occultiste, ce sont :
1“ L'Elémentaire \
2" Les Images astrales ;
3“ Les Elémentals ;
que nous allons étudier en recherchant à propos de chaque classe les exemples les plus typiques que nous pourrons découvrir. Chaque étude fera l’objet d’un paragraphe distinct.
CHAPITRE VII
DE L’ÉLÉMENTAIRE
L’être humain dont h*s principes sii[)érieurs et conscients restent, après la mort, dans la, partie inférieure du plan astral et qui peut encore se manifester sur le plan physique, est appelé par la tradition un élémentaire.
Les principes supérieurs doivent non seulement quitter les couches basses du pl an astral. Mais les êtres qui sont très fortement attachés aux illusions passa^'ères do la terre, les avares, les riches éj?uï'tes, les petits rentiers qui tiennent à leur « home » plus qu’à la vie même, les êtres qu’un serinent ou qu’une profonde affection retiennent auprès d’un enfant ou d’une personne aimée, les êtres qui ont à terminer une œuvre importante, tous ceux-là sont retenus dans l’atmosphère astrale de la Terre et constituent les FAén'ientaiy'es.
Un audacieux vienl-ii à d ‘couvrir la cachette où jadis un avare, mort depuis lonariemps, a enfoui son or, aussitôt l'élémentaire de l’avare apparaîtra, terrifiera le chercheur, le reiulra fou s’il (>eut le faire et s’efforcera enfin par tous les moyens de conserver ce lien passionnel qui unit ses restes à la Terre.
Dans un autre ordre d id îcs, un malheur m>‘nace-t-il un enfant qu’on croit sans protection, l’élémentaire du père défunt apparait à temjjs pour préserver son enfant et le sauver de la mort ou du danger.
Un assassin a-t-il accompli son crime, sûr de l’impunité, l’élémentaire du défunt le hante et le force à s’accuser.
IjiMi AI'I’aIUIIÜ.N J;.N Sü.NOt Vue et dessinée par E/iphas Leai.
Un petit rentier a-t-il vécu trente ans dans sa maison lentement organisée, la mort vient terminer brusquement le petit train-train habituel. Il est mort, disent les parents. Mais la maison est le siège de curieux phénomènes à partir de cet instant ; outre les craquements
liabituels des meubles, on voit des apparitions terrifiantes, se produisant à une heure déterminée ; la maison est hantée par l’élémentaire du rentier qui revient •chaque nuit dans le « home » si regretté.
De même que les élémentals, dont nous parlerons plus loin, les élémentaires craignent la pointe des épées.
1. — Retour d’un élémentaire ayant laissé son œuvre inachevée. — Dickens.
Si la tradition ésotérique nous permet d’être difficile dans l’affirmation du retour réel d’un être humain vers la Terre après la mort physique, elle nous permet aussi d’affirmer une telle possibilité dans un certain nombre de cas. En voici un que nous donnerons tout d’abord, parce qu’il est absolument caractéristique ;
Alexandre Aksakof, dans son beau livre intitulé Animisme et Spiritisme, recherchant la nature de l’agent intelligent qui se manifeste dans les phénomènes du spi* ritisme, collectionne entre autres faits, les communications dont la nature est au-dessus du niveau intellectuel du médium. L’un de ces exemples est l’achèvement par le médium James du roman inachevé de Charles Dickens, The Mystery of Edwin Drood. « Des témoins ont vu le mode de production de l’œuvre, et des juges compé- tents en ont apprécié la valeur littéraire
« M. Aksakof a emprunté ses références à un article du. Spr in J fteld Daily Union (2Q juillet 1873), reproduit par le Banner of Irght et partiellement par le Spiritua-
« Le médium est né à Boston ; à l’âge de quatorze .ans il fut placé en apprentissage chez un mécanicien,
D) Etude de M. Harrison.
métier qu’il pratique encore aujourd’hui, de sorte queson instruction scolaire s’est terminée à l’âge de treizeans. Bien qu’il ne fût ni inintelligent, ni illettré, il ne manifestait aucun goût pour la littérature, et ne s’y était jamais intéressé.
« Jusqu’alors, il n’avait jamais essayé de faire passer
dans un journal quelconque le moindre article Je
fus assez heureux pour être la première personne à qui il ait fait part lui-même de tous ces détails, la première^ qui ait examiné le manuscrit et en ait fait des extraits.
(( Voici comment les choses se sont passées. Il y avait dix mois, un jeune homme, le médium, que je désignerai pour être bref, par l’initiale A. (car il n’a pas encore voulu divulguer son nom), avait été invité par ses amis de se mettre à une tahle pour prendre part à une expérience spirite. Jusqu’à ce jour, il avait toujours raillé les « miracles spirites », les considérant comme des supercheries, sans se douter qu’il possédait luimême des vues médiumniques. A peine la séance est-elle commencée que l’on entend des coups rapides et que la tahle, après des mouvements brusques et désordonnés, se renverse sur les genoux de M. A. pour lui faire voir qu’il est le médium. Le lendemain soir, on l’invita à prendre part à une deuxième séance ; les manifestations furent encore plus accentuées. M. A. tomba soudainement en tran.'se, saisit un crayon et écrivit une communication signée au nom de l’enfant d’une des personnes présentes, dont M. A. ne soupçonnait pas l’existence...
« Vers la fin du mois d’octobre 1872, au cours d’une séance, M. A. écrivit une communication adressée à lui* mêmeetsignéedu nom de Charles Dickens, avec la prière d’organiser pour lui une séance spéciale le 15 novembre.
« Entre octobre et la mi-novembre, de nouvelles communications lui rappelèrent à plusieurs reprisescette demande.
LA MAGIE ET L’ilATNOSE 249‘
« La séance du 15 novembre qui, d’après b s indications reçues, fut tenue dans l’obscurité, en présence de M. A. seulement, eut pour résultat une longue communication de Dickens qui exprimait le désir de terminer' par l’intermédiaire du médium son roman inachevé.
« Cette communication apprenait que Dickens avait longtemps cherché le moyen d’atteindre ce but, mais que jusqu’à ce jour, il n’avait pas trouvé de sujet apte à accomplir pareille tâche. Il désirait que la première dictée se fit la veille de Noël, soirée qu’il affectionnait particulièrement, et il priait le médium de consacrer à cette œuvre tout le temps dont il pourrait disposer sans porter préjudice à ses occupations habituelles... Bientôt il devint évident que c’était la main du maitre qui écrivait, et M. A. accepta avec plus de bonne volonté cette étrange situation. Ces travaux, exécutés parle médium, en dehors de ses occupations personnelles, qui lui prenaient dix heures chaque jour, produisirent, jusqu’en juillet 1873, douze cents feuillets de manuscrit, ce qui représente un volume in-octavo de quatre cents-
«... Le récit est repris à l’endroit précis où la mort de l’auteur l’avait laissé interrompu, et ce, avec une concordance si parfaite, que le critique le plus exercé, qui n’aurait pas connaissance de l’endroit de l’interruption, ne pourrait dire à quel moment Dickens a cessé d’écrire le roman de sa propre main On nous pré-
sente de nouveaux personnages (Dickens avait coutume d’introduire de nouveaux acteurs jusque dans les dernières scènes de ses œuvres) qui ne sont pas du tout des doublures des héros de la première partie
« En examinant le manuscrit, je trouvai que le mottraveller (voyageur) était écrit partout avec deux Z, comme c'est l’usage en Angleterre, alors que cheznous, en Amérique, on ne met généralement qu’un& seule l.
« Le mot co«^ (charbon) est partout écrit coa’s avec unes, ainsi qu’on le fait en Angleterre. Il est intéressant aussi de noter clans l’emploi des majuscules les mêmes particularités que l’on peut observer dans les manuscrits de Dic;kens, par exemple lorsqu’il désigne M Grewgious comme étant un angular man. (un homme anguleux). Remarquable aussi la connaissance topographique de Londres dont l’auteur mystérieux fait preuve dans plusieurs passages du livre. Il y a aussi beaucoup de tournures de langage usitées en Angleterre, mais inconnues en Amérique. Je mentionnerai aussi le changement subit du temps passé en temps présent, surtout ■dans un récit animé, transition très fréquente chez Dickens, surtout dans ses derniers ouvrages. Ces particularités et d’autres encore qu’on pourrait citer, sontde mince importance, mais c’est avec de pareilles bagatelles qu’on eût fait échouer toute tentative de fraude...
« Au commencement, le médium n’écrivait que trois fois par semaine, et pas plus de trois ou quatre pages chaque fois ; mais ensuite les séances devinrent bi-quotidiennes, et il écrivait finalement dix ou douze pages, parfois même vingt. Il n’écrivait pas de son écriture normale, et comparaison faite, il y avait quelque ressemblance avec celle de Dickens. Au début de chaque séance, l’écriture était belle, élégante, quasi-féminine; mais cà mesure que le travail s’avançait, l’écriture devenait de plus en plu« grosse, et aux dernières pages, les lettres étaient cinq fois plus grandes au moins qu’au début. Ces mêmes gradations se sont reproduites à chaque séance, permettant ainsi de classer par séries les quinze cents feuillets du manuscrit. Quelques-unes des pages commencent par des signes sténographiques, dont le médium n’avait pas la moindre connaissance. L’écriture est parfois si rapide qu’on a peine à la dé- chiffrer.
La façon de procéder aux séances est fort simple :
on prépare deux crayons bien taillés et une grande quantité de papier coupé en demi-leuillets ; M. A. se retire seul dans sa chambre. L’heure habituelle était six heures du matin ou sept heures et demie du soir, heures auxquelles il faisait encore clair pendant cette saison : cependant les séances du soir se prolongeaient fréquemment au delà de huit heures et demie et meme plus tard, et alors l’écriture continuait, malgré l’obscurité, avec la même netteté. Pendant l’hiver, toutes les séances se tinrent dans les ténèbres.
« Le « secrétaire » de Dickens place les papiers et les crayons à sa portée, pose les mains sur la table, la paume en dedans et attend tranquillement. Tranquillité relative cependant, car bien que les phénomènes aient perdu de leur nouveauté et qu’il y soit habitué, le mé- dium avoue ne pas pouvoir se défendre d’un sentiment de peur pendant ces séances, au cours desquelles il évoque pour ainsi dire un revenant.
« Il attend ainsi — quelquefois en fumant son cigare — pendant deux, trois, quatre, cinq minutes, parfois dix, même parfois pendant une demi-heure, mais ordinairement, si les « conditions sont favorables », pas plus de deux minutes. Les conditions dépendent princq^alement du temps qu’il fait. Si la journée est claire, sereine, il travaille sans interruption ; telle une machine électrique qui fonctionnerait mieux par un temps favorable; un temps orageux produit du trouble, et plus l’orage est violent, plus le trouble s’accentue. Quand il fait tout à fait mauvais, la séance est remise.
« Après être resté à la table le temps voulu, suivant les circonstances, M. A. perd connaissance graduellement, et c’est dans cet état qu’il écrit durant une demiheure ou une heure. Il lui est arrivé un jour d’écrire pendant une heure et demie. Tout ce dont le médium se souvient de son état de transe, c’est la vision de Dickens qui revient chaque fois ; l’écrivain est — dit-il — à ses
côtés, la tête appuyée sur ses rr.ains, comme plongé- clans une profonde méditation, avec une expression sérieuse, prescjue mélancolique sur le visage, il ne dit mot, mais jette cfuelquefois sur le médium un regard penchant et suggestif. « Ah! quel regard! »
« Ces souvenirs se présentent au médium de la même manière qu’un songe que l’on vient de faire comme une chose réelle, mais en même temps insaisissable Pour indiquer que la séance est terminée, Dickens pose chaque fois sa main froide et lourde sur celle du médium.
« Aux premières séances, ce contact provoquait de la part de M. A. des exclamations de terreur, et en ce moment encore, il ne peut en parler sans frissonner ; cet attouchement le faisait sortir de son état de transe, mai» il lui fallait ordinairement le secours d’une tierce personne pour enlever ses mains de la table, à laquelle elles- étaient pour ainsi dire rivées par une force magnétique. En reprenant ses sens, il voit, épars sur le plancher, les feuillets écrits pendant cette séance.
« Ces feuillets ne sont pas numérotés, de sorte que M. A. est obligé de les classer d’après le texte. Pendant quelque temps, après ces séances, le médium ressentait une douleur assez vive dans la poitrine, mais elle n’était pas de longue durée, et ce sont les seules suites désagréables qu’il en éprouvait. L’extrême nervosité dont il souffrait, avant le développement de ses facultés mé- diumniques, l’a complètement abandonné ; il n’a jamai» été plus robuste (1). »
§ 2. — Elémentaire attaché à la terre par un sentiment élevé.
Une Apparition après la Moi't (2).
« Voici que plus d’une année a passé depuis que mon
(1) Animinme Pt Spiritisme, p. 328-332 de traduction française..
ami E. R. est sorti de cette vie terrestre, emporté qu’il fut par la phtisie, et sans doute est venue l’heure, que j’ai toujours retardée, de raconter, pour qu’elle s’ajoutât à tant d'autres faits d’apparitions après la mort, l’histoire qui lui advint un soir, à Paris, peu de temps avant qu’il ressentît les premières atteintes du mal auquel il devait succomber.
« Ces faits, d’autres par la suite les expliqueront. Dire ceux que l’on connaît, dont tous les personnages vous furent familiers, dont on connaît tous les détails, me semble un devoir. C’est pourquoi j’écris cette page d’absolue vérité, et si je voile les noms sous de simples initiales, comme la discrétion me l’impose, vous n’aurez pas à inférer de là que je me sois hasardé à aucune fantaisie, mais que bien au contraire je vous apporte un témoignage véridique et sincère.
« Ces lettres E. R. sont bien en effet celles par quoi commencent lo prénom et le nom de l’ami que je regrette, et qui, mort à vingt-huit ans, alors que la renommée et la fortune commençaient à lui sourire, aura cependant laissé quelques belles œuvres. Il était sculpteur et à la dernière Exposition universelle, au Champ-de-Mars, une de ses statues, fort remarquée, lui avait valu une récompense.
cc Etranger, il avait un atelier à Paris, mais il passait la majeure partie de l’année à la campagne, et c’est là, dans l’enivrement d’une nature souriante, que se noua ce que j’appellerais volontiers le drame, car c’en fut un, comme souvent en crée la vie.
« Un jeune couple parisien, en effet, étant venu se fixer pour la belle saison dans une partie de la maison où il était installé, des relations ne tardèrent pas à se nouer entre ce couple et lui, puis l’amitié vint, et à la suite de l’amitié, ce qu’il y a de plus cruel au monde, l’amour dans des conditions où il ne peut être qu’une longue série de tortures , car pour succomber à cet
amour, ni mon ami E. R. ni la jeune femme ne s'y résignèrent. Ils souffrirent chacun vaillamment leur martyre jusqu’à ce qu’il leur fût possible d’y mettre fin, au moins dans ce qu’il avait de plus aigu : la continuelle présence, par une séparation assez logique et bien préparée polir ne rien laisser à penser.
« Mais on se retrouverait à Paris sans doute. Mon ami E. R., pour n’en point courir le danger, changea d’atelier, cacha sa nouvelle adresse, fît même un voyage de quelques mois dans son pays, et dix-huit mois durant s’arrangea en sorte d’éviter la moindre et la plus fugitive rencontre. Il sut même éviter qu’on lui parlât de ses amis de la campagne et d’eux, de ce qu’ils étaient devenus, il ignorait tout.
< Or un soir, dix heures sonnant à peine, il venait de se mettre au lit quand sa porte s’ouvrit silencieusement, et voilà que très pâle, vêtue do longs vêlements blancs, Celle dont il fuyait même le souvenir entra dans la chambre, marcha jusqu’au lit où il la regardait avec épouvante, et sans un m.ot, le prit dans ses bras, lui donna un baiser, reposa quelque temps sa tête sur la poitrine du sculpteur, puis, comme s’arrachant violemment à ce repos, se sépara de lui, reprit le chemin de la porte et sortit en lui faisant un signe avec la main.
« Le lendemain matin, on frappa chez lui. Que vit-il entrer ? L’ami pour qui il n’avait point voulu de trahison, et celui-ci, à plusieurs que je connais, déclara plus tard qu’il était venu là tout droit, bien que personne ne lui eût indiqué l’adresse de E. R., mais qu’il n’avait pas même pensé à l’étrangeté d’une course ainsi faite, lui annonça que la jeune femme était morte la veille au soir, à dix heures (l’heure même de l’apparition) et il le pria de l’accompagner jusqu’à la mairie pour faire avec lui la déclaration de décès.
« Cette jeune femme était morte phtisique. Nul d’entre--
nous alors n’aurait songe que E. R. devait si tôt mourir de la même maladie, que rien ne permettait de provoir en lui. 11 n’y avait jamais eu de phtisiques dans sa famille.
Robert de la Villehervé.
Uac manifestation « post mortem » (1).
Mon cher ami,
Pour répondre au désir que vous m’avez exprimé, j& vous adresse la relation d’une manifestation post mortem survenue récemment dans ma famille :
Vous n’avez pas oublié ma belle-sœur et vous vous souvenez sans doute aussi que la dernière fois que vous l’avez vue chez moi, au mois de juin dernier, j’avais appelé votre attention sur un signe particulier existant dans sa main et qui m’avait fait l’engager à ne pas so risquer sur un bateau. J’ai soumis mon appréciation à votre compétence et, après l’examen/ de sa main, vous avez dit à ma belle-sœur que c’était surtout de la mer et des voyages en mer qu’elle devait se méfier. Il faut l’avouer, si la chiromancie nous avait renseigné en nous montrant une signature lunaire néfaste, nous nous étions trompés tous deux en ce qui concerne la nature exacte du danger qui menaçait celle dont nous avions examiné la main, car elle est morte subitement en wagon, en septembre dernier, en revenant du bord d& la mer. Elle est morte non par la mer, mais à cause de la mer. Mais j’arrive à la manifestation dont je voulais vous parler ; avant d’en commencer la relation, je dois, pour la clarté du récit, dire que ma belle-sœur et moi nous avions une grande affection l’un pour l’autre et que, de son vivant, j’avais sur elle une influence magné-
(IJ Initiation, décembre 1892.
tique telle que lorsqu’elle était souffrante — ce qui lui arrivait souvent — il me suffisait de lui imposer les mains pour la soulag-er et qu’une fois je l’ai endormie ainsi pour toute une nuit pour lui procurer un repos que ia maladie l’empêchait de goûter.
Dans la nuit du 14 au 15 octobre dernier, c’est-à-dire un mois environ après la mort de ma belle-sœur, après .avoir dormi quelques heures, je m’éveillai agité et j’eus beaucoup de peine à me rendormir ; je tombai enfin dans cet état de somnolence où, tout en ayant à demi cons- ■cience des choses environnantes, on est incapable d’ouvrir les yeux, état qui précède généralement le profond sommeil. Tout à coup je crus la voir — je la vis plutôt au chevet de mon lit. J’en éprouvai un violent saisissement et le dialogue mental suivant s’échangea entre moi et celle que je sentais près de moi :
— Est-ce bien toi? Puis après un moment j’ajoutai : Bais-tu que tu es morte ?
— Oui, me répondit-elle, je le sais ; mais il y a bien peu de temps que je m’en rends compte. J’ai été d’abord comme assommée ; je ne sentais plus rien ; j’étais dans le noir; mais maintenant j’ai repris conscience, je me meus, je passe partout et cela me semble singulier de n’avoir plus mon corps pour me gêner, moi qui étais si souvent malade.
— Mais comment es-tu entrée ainsi tout d’un coup dans la chambre ? Est-ce à travers les murs, puisque tu passes partout ?
— Non; tu sais la vieille habitude, j’ai monté par l'escalier.
— Et les autres (je voulais parler des membres de ma famille), les vois-tu ? t’es-tu montrée à eux ?
Je les vois ; mais tu sais bien que ce n’est qu’avec toi que je pouvais d’abord communiquer.
Nous échangeâmes ensuite quelques pensées affectueuses, puis il me sembla qu’elle se penchait vers moi
et je crus sentir, — oui, je sentis vraiment, comme un léçccr et insaisissable contact et je fis un violent effort pour ouvrir les yeux. Mais elle, se penchant davantage sur moi :
N'essaie donc pas d’ouvrir les yeux ; Men
que, si tu te réveillais tout à fait, tu ne me verrais plus.
Elle resta un moment encore près de moi, puis disparut, et je m’éveillai tout à fait, mais j’étais tellement impressionné par cette apparition, ce rêve, cette singulière hallucination, comme on voudra l’appeler, qu’il me fut impossible de me rendormir de la nuit.
Le lendemain — dans la nuit du samedi au dimanche
ma femme eut ce rêve qu’elle me conta le dimanche
matin.
Sa sœur lui apparut tout à coup près de son lit, se pencha sur elle et l’embrassa longuement, puis lui dit :
« J’irai demain voir G... » (c’est le prénom de mon fils aîné qui est interne dans une école spéciale située dans une ville à quelque distance de la localité que nous habitons). Ma femme — elle ne s’explique pas pourquoi — dit ensuite à sa sœur :
— Quelle heure est-il ?
— Moins douze, lui répondit-elle.
Puis ma femme, encore tout émue de son rêve, s’éveilla, et, ayant allumé une bougie, regarda vivement sa montre posée près de son lit : il était quatre heures moins douze minutes.
Le dimanche, mon fils venait en congé chez nous, et nous convinmes, sa mère et moi, de ne rien lui raconter pour ne pas l’influencer ; nous lui demandâmes pourtant en causant, dans le courant de la journée ; Astu quelquefois rêvé de ta tante depuis qu’elle est morte ? — Non, nous répondit-il.
Le jeudi suivant nous vîmes notre fils qui nous dit : « J’ai rêvé de ma marraine (sa tante était aussi sa marraine) dans la nuL de lundi à mardi. »
Et il nous conta qu’il avait vu sa tante près de lui qu’elle lui avait parlé, l’avait embrassé, lui avait recommandé d’avoir bien soin de ses affaires (il faut noter que de son vivant elle était très méticuleuse au point de vue de Tordre) et enfin, avant de le quitter, lui avait dit ; f avais promis à ta mère que je viendrais te voir.
Ce n’est qu’après cela que sa mère lui apprit les rêves que nous avions eus, elle et moi, et le jeune homme parut très frappé de la coïncidence surtout en se rappelant la dernière phrase qu’il avait entendue dans son rêve.
Voilà, mon cher ami, couché par écrit, ce que je vous avais déjà conté de vive voix.
Cordialement à vous.
P. S. — Depuis, plus rien, ou, si nous avons encore rêvé de la morte, ce n’était que des songes décousus qui n’avaient rien de frappant et n’étaient que des réminiscences d’autrefois comme on en a souvent en rêve.
Le corps astral de notre chère morte a-t-il quitté le cercle où nous nous mouvons.
§ 3. — Elémentaire attaché à la terre par une idée matérielle
{photographie.)
L'apparition de Newcastle (1).
« J’ai puisé dans Banner of Light, une histoire très impressionnante que j’ai traduite et que je m’empresse de communiquer aux nombreux lecteurs de l'Initiation. Elle est très courte et a pour principal héros un photographe de Newcastle. Ce photographe, qui habite la ville de Newcastle, avait fait le portrait d’un de ses
(1) Initiation, juillet 1894.
concitoyens, M. Thompson, et, comme il savait que son client était en voyage, il ne se pressa pas d^en faire les copies qu’il s’était engagé à lui porter à son domicile. Mais voilà qu’un jour M. Thompson se présenta chez le photographe et lui reprocha avec vivacité sa négligence. Le photographe s’excusa, et, pour l’apaiser, il lui offrit de lui envoyer sur-le-champ ses copies. M. Thompson n’cut pas l’air d’ajouter grande foi aux raisons qu’il lui donna et se retira assez mécontent. Le photographe se mit cependant de suite à l’œuvre et, en retirant une copie, l'épreuve négative lui échappa des mains, tomba à terre et fut mise en morceaux. Il s’empressa alors d’écrire une lettre à M. Thompson pour l’infoT'mer de l’accident qui venait de lui arriver. Le matin suivant, le photographe reçut la visite d’un homme âgé qui lui annonça que M. Thompson était mort la veille au soir. Il ne pouvait comprendre comment M. Thompson avait pu se présenter chez le photographe alors qu’il rendait le dernier soupir dans une résidence située à plusieurs lieues de Newcastle.
« Horace Pelletier,
« Correspondant du groupe Indépendant d’Etudes ésotériques. »
Photographie d’une morte (1).
« Un jour que je venais d’achever mon très frugal déjeuner, il se présenta tout à coup devant moi une fort belle dame qui me pria de lui accorder une séance afin que son mari pût avoir d’elle quelques épreuves photographiques. J’accédai à son désir et je lui fis prendre différentes attitudes; lorsque je quittai mon cabinet noir pour reparaître à la lumière, la dame avait disparu.
(1) Traduit du Light, p. H. Pelletier {Initiation décembre 1892).
« Je me sentis assez affecté, et je craignis de ne pouvoir être indemnisé de ma peine.
« Cependant je continuai mon travail, espérant quela dame reviendrait au premier jour pour me payer.
« En effet, peu de jours après, la dame reparut au moment où je venais de mettre la dernière main à mon œuvre. Elle ne croyait pas qu’elle serait si tôt terminée, et elle en fut étonnée. Les épreuves avaient une teinte un peu sombre néanmoins. A la fin de notre entrevue, la dame choisit une de ces photographies et me dit : Ecrivez dessus : Marguerite Arlington, et exposez-la dans votre montre. Je fus surpris de son langage, car tout le monde sait que les dames ne se soucient pas du tout de se voir exposées dans une montre aux regards du public. Je pensai avoir affaire à une actrice. Je me conformai à sa volonté, et elle me remit un billet de cinquante marcs. Comme elle me devait la moitié de cette somme et que je n’avais pas sur moi assez de monnaie pour lui rendre, je plaçai la photographie dans la montre et j’allai bien vite chez le pharmacien, mon voisin, pour changer le billet : « Pourriez-vous, dis-je au pharmacien me donner la monnaie de ce billet ? et j’avançai ma main vers lui comme si je lui tendais le papier. — Combien vous faut-il ?me demanda-t-il. — Cinquante marcs, répliquai-je. — Où est-il? » Je regardai ma main, elle était vide, elle ne tenait rien; Je jetai d’abord les yeux sur le comptoir, je ne vis rien nous cherchâmes de tous côtés, le pharmacien et moi, et son premier garçon nous aida. On ne put trouver le billet. Je retournai chez moi et regardant à terre avec soin pendant le court trajet, mais ce fut en vain : le billet s’était fondu dans l’air.
« La dame sans doute attendait sa monnaie, je voulais lui conter l’affaire, peut-être ne m’avait-elle pas remis le billet. — Madame, lui dis-je en rentrant chez moi... Mais la dame avait disparu en laissant les épreuves sur
ma table. Que signiQ.iit ce mystère? Toutefois je me tranquillisai à la pensée que cette actrice, je la croyais de bonne foi une actrice, m’avait joué ce tour d’espiè- glerie pour faire un peu parler d’elle. Je résolus à tout événement de laisser les épreuves dans la montre, et c’est ce que je fis de mieux. Presque tous les jours, le monde, attiré par les photographies, me disait : « Le portrait de cette belle blonde est admirablement réussi, » etc. Cette aventure me rapporta pas mal d’argent, et, en vérité, je ne gardai aucune espèce de rancune à la belle inconnue. J’aurais été heureux de lui remettre les cinq épreuves et de la remercier par-dessus le marché.
« Je pensai que bientôt j’entendrais parler d’elle ; et, en effet, je ne fus pas trompé dans mon attente. Un an après, je reçus la visite d’un monsieur en costume de voyage qui se présenta dans mon cabinet. Il était pâle et comme surexcité.
— N’avez-vous pas dans votre montre, me dit-il, la photographie d’une jolie blonde du nom de Marguerite Arlington ?
— Oui, Monsieur, lui répondis-je, c’était le nom de cette dame.
— Vous la connaissez ? continua-t-il.
— C’est peut-être une personne de vos amies ? lui demandai-je.
— C’est ma femme, dit le monsieur, mais je ne savais pas qu’elle s’était fait photographier.
— Est-ce possible ? m’écriai-je, cette dame m’a dit que son mari désirait avoir son portrait, parce qu’elle était éloignée do lui pour longtemps. Le monsieur devint encore plus pâle.
— Combien y a-t-il de temps me demanda-t-il très ému, que vous l’avez photographiée ?
— Un an lui dis-je.
— Il y a un an que ma femme est morte, répliquat-il ; peut-être croirez vous que je ne suis plus dans mon
LA MAGIE ET L’jIYPXÜSE
bon sens quand je vous dirai qu’elle m’est apparue cette nuit dans un rêve et qu’elle m’a dit : « Va à la ville, passe en revue les magasins de photographies et tu trouveras la mienne. Le rêve m’a tellement frappé que j’ai obéi et j’ai trouvé le portrait chez vous. »
« Je racontai au monsieur, sans en rien omettre, toutes les circonstances, et nous restâmes convaincus tous les deux que la dame, quoique morte, était venue poser pour son portrait. Je lui présentai les cinq épreuves qui étaient les mieux réussies qui fussent sorties de mes mains. 11 voulut me payer, je refusai, mais il laissa sur ma table un billet de cinq cents marcs, et se retira.
« Telle est mon histoire de fantôme; bien des gens en ont eu de semblables, mais ils ne veulent croire que ce qui leur est arrivé à eux. Mon histoire est cependant la stricte et exacte vérité. »
Rattaché à la terre par un serment.
Une apparition (1).
« On se rappelle le cas si intéressant qui se produisait, il y a quelques mois, à Constantinople, — ainsi que l’ont alors raconté tous les journaux, — où l’esprit d’un derviche, mort depuis plus de trois siècles, est apparu au gardien d'un cimetière, demandant que l’on procédât à l’exhumation de ses cendres.
« Ces faits de rapprochement entre les vivants et les morts sont beaucoup plus fréquents qu’on ne serait à un premier abord tenté de le croire, et de nombreux témoignages autorisés en font foi.
« Voici le récit d’un fait analogue qui se passa en
1870 et qui est rapporté tout au long-, d’après le journal hongrois ïEgyetertès^ par les Archives israélites du 10 juillet de cette même année, à la page 230 :
« A trois quarts d'heure d’ici, dans la petite ville reculée du nom de Diosgyor, un jeune homme, Louis Arnstein, avait, il y a trois semaines, perdu au jeu de cartes vingt kreutzers avec un de ses voisins et était resté son débiteur.
« Le créancier demandant un jour à encaisser son bénéfice, Arnstein l’engage en plaisantant à ajouter au contraire vingt autres kreutzers, et alors lui, Arnstein, s'engageait par écrit à se désister, en faveur de son créancier, de sa part du salut éternel (Chelék leoiam habo).Le voisin accepte, fait son versement, et en reçoit en échange le susdit engagement libellé en due forme.
« Deux jours après, Arnstein meurt subitement, laissant en gage sur la terre sa « part de salut éternel » . La nuit qui suivit ses obsèques, le créancier affolé ré- veille par ses cris tout le voisinage, déclarant que l’âme d’Arnstein lui est apparue, réclamant avec insistance la restitution de sa portion de « salut éternel », Ce phénomène se reproduisit trois nuits de suite.
« Pour mettre un terme à ses obsessions, l’intéressé s’adressa au Rabbin, qui se déclara incompétent dans l’espèce. Hier enfin, on a réuni à Szkelzo un conseil de six rabbins qui ont décidé que le tombeau du défunt devait être ouvert, et que l’on devait replacer dans le linceul l’engagement écrit par lequel le pauvre trépassé s’était fermé la porte du ciel.
Valse macabre {Elémentaire) (1).
Telle est l’histoire d’une jolie m.orte que je ne fais que traduire, et qui, pour exprimer sa joie de n’être plus
(Ij Iniliation, mai 1890.
de ce monde, se livrait aux charmes et aux douceurs d’une valse désordonnée. Cette jolie morte, qui était une jeune fille d’un peu moins de vingt ans, était folle de la danse. Un soir, au sortir d’un bal chez un ami de sa famille, elle contracta une bronchite qui dégénéra bientôt en phtisie ; son état d’abord assez grave parut s’améliorer, mais le mieux ne dura pas et sa situation devint désespérée. Les parents, très affligés, écrivirent à leur fils ainé, qui étudiait la médecine à Munich, en Bavière, et lui exprimèrent leurs angoisses. Le jeune homme, qui adorait sa sœur, quitta bien vite Munich et accourut auprès de sa famille. 11 arriva à la maison paternelle et, très inquiet, il sonna à la porte avec précipitation. « Aussitôt notre « vieux serviteur accourut — je laisse la parole au « jeune étudiant, — et m’ouvrit. Sans lui adresser au- « cune question je montai au salon et je jetai sur un « meuble mon pardessus dont je venais de me débar- « rasser. J’allum.ai un bougeoir qui était sur la table et « fis quelques pas. Quelle ne fut pas ma surprise en « voyant la malade, ma chère Jeanne, devant moi et « debout avec un aimable sourire sur les lèvres ! J’oua vris de grands yeux en la voyant vêtue d’une robe de « gaze blanche, le front orné d’une couronne de roses « et ses cheveux châtains tombant eu boucles sur ses « épaules. J’étais surtout stupéfait de la trouver vivante « et saine dans un semblable costume, alors que je la « croyais sur le bord de la tombe. Elle était cependant « un peu pâle, l’incarnat de ses joues avait disparu, « mais ses yeux me paraissaient briller d’un éclat « inusité ; habituellement il y avait toujours en eux une « certaine langueur.
« — Jeanne ! m’écriai-je en saisissant ses deux « mains, vous m’avez sans doute entendu venir? que je « suis heureux de vous voir en bonne santé ! Je vous « croyais très malade.
« — Je me sens très bien, me répondit ma « sœur.
« Et en effet rien dans son air, ni dans ses manières, « n’annonçait la maladie; sa voix néanmoins était légè- « rement faible, comme si elle se trouvait à une grande « distance de moi, ce que j’attribuai au salon qui, étant « assez spacieux, pouvait diminuer l’intensité du son. « C’était, somme toute, la même jeune fillegaie, rieuse « et charmante que j’avais connue avant de partir pour « l’Université. Sa beauté paraissait plus céleste encore « par le contraste de la couleur de ses cheveux châtains « foncés avec la blancheur de son costume.
« — C’est à peine si j’ose en croire mes yeux, conti- « nuai-je tout heureux de la voir en pied, je m’attendais « à te voir privée de mouvement et tu semblés habillée « comme pour un bal.
« Jeanne souriait, et, désireuse de me prouver qu’il « lui était facile de se mouvoir, elle prit aussitôt diffé- « rentes poses gracieuses, et s’emparant de ma personne « elle me fit valser avec elle tout autour du salon comme (f autrefois avant que je ne fusse un étudiant de l’Uni- « vensité et ne tint aucun compte de mes protestations « de ne pouvoir danser avec mes lourdes bottes de « voyage. Ses pieds légers touchaient à peine le parce quet, tandis que mes bottes faisaient retentir et trem- « hier tout le salon. Je me sentis à la fin tellement « étourdi que je la priai de s’arrêter. Je m’arrachai de « ses bras et me couvris les yeux avec mes mains, car a je voyais les murs du salon tourner autour de moi « avec une rapidité vertigineuse. Quand je retirai mes « mains de mes yeux, Jeanne avait disparu et j’étais € seul dans le salon. J’ouvris promptement la porte « pour la suivre et, au lieu de Jeanne, je rencontrai la « sœur Alphonsine, une religieuse du couvent à côté de « notre maison et qui avait pour mission de soigner les * malades et de veiller les morts.
« — Avez- VOUS vu Jeanne? lui demandai-je; saveza vous où elle est ?
« — Je venais pour savoir, me répondit la sœur Al- « plionsine, la cause de ce bruit horrible que l’on entend « au-dessus de la chambre de la morte.
« — Quelle morte ? demandai-je tout étonné. Jeanne « était ici il n’y a qu’un instant ; elle m’a obligé de dan* a ser avec elle pour me prouver qu’elle était en parfaite « santé. Où est-elle maintenant ? Ne l’avez-vous pas « rencontrée?
« La bonne sœur Alphonsine fit dévotement un signe « de la croix et me considéra avec attention pour s’asa surer que je n’étais pas en état d’ivresse ou frappé « d’aliénation mentale. Elle finit par s’écrier : « Jésus « Seigneur ! Votre sœur Jeanne est morte hier à six « heures du soir et j’ai veillé son corps toute la nuit.
« Sans vouloir entendre plus de détails, je descendis « les marches de l’escalier quatre à quatre et, dans une « chambre située immédiatement au-dessous du grand « salon, je vis le corps de Jeanne couché dans sa bière, « habillée de gaze blanche, une couronne de roses « blanches sur la tête et les cheveux dénoués. Son visage « était pâle, ses mains jointes comme pour la prière ; « un doux et aimable sourire errait sur ses lèvres. « Berthe, mon autre sœur, qui se présenta, me con- « firma tout ce que m’avait dit la religieuse : Jeanne « était morte à six heures du soir, après avoir exprimé, « à plusieurs reprises, le désir de me voir.
§ 4. — Elémentaire attaché à la terre par l’habitude. — Maisons hantées.
Nous découpons dans V Autorité (31 octobre 1895) le fait divers suivant, auquel l’intervention d’autorités donne un certain piquant :
Ceci n’cst pas un conte, encore que les revenants y jouent le principal rôle.
Un riche financier français avait dernièrement loué, pour y passer une partie de l’été et en exploiter la chasse le domaine de Clandon-House, en Angleterre, qui appartient au comte d’Onslow.
Maison hantée de la rue Ducouédic, à Paris.
Le locataire vient de demander la résiliation du bail en donnant pour motif que le château est devenu inhabitable par suite de l’apparition régulière d'un lantôme.
Chaque nuit, environ trois heures avant l’aube, les serviteurs de Clandon-House voient s’avancer, a travers les pelouses qui entourent le château, une dame vêtue d’une longue robe de satin crème et portant au côté une ceinture de buffleterie qui soutient un couteau de chasse.
Des coups de feu ont été tirés par les gardes-chasse sur cette apparition qui pénètre dans le château en traversant le granit des murailles ou le chêne massif des portes. Un clergyman des environs s’est porté audevant de la dame « crème » en brandissant un christ de bronze. La dame s’est évanouie dans l’air : le crucifix de bronze n’a jamais été retrouvé.
La dame a été aperçue en outre par un domestique au moment où elle prenait un volume dans la bibliothèque du château : elle avait alors son couteau de chasse à la main et elle a, d’un beau geste, ordonné au serviteur de se retirer.
Plus de vingt témoins, la plupart dignes de foi, affirmentavoir vu la dame crème et s’être inutilement opposés à son passage dans la maison.
Le riche financier français a, parait-il, une peur bleue et il a quitté le château.
Voici une autre version :
Nous avons dit que le fantôme d’une femme vêtue d’étoffes couleur crème s’était avisé de troubler le repos du comte d’Onslow, ex-gouverneur de la Nouvelle- Zélande.
Il apparaît en la résidence de Claudon-Park que ce grand seigneur possède près de Guilford et qu’il avait loué à un habitant de cette ville.
Lord Onslow s’est rendu sur place avec le célèbre sollicitor sir George Lewis, pour contrôler les bruits étranges qui couraient à ce sujet et pour en démontrer, si possible, l’absurdité au locataire qui demande la ré- siliation de son bail. Quelle n’a pas été sa stupeur et celle de son avoué, en constatant qu'ils étaient fondés !
Il a vu, de scspropresyeux vu, la femme crème armée d’un couteau de chasse, qui prenait le frais, sur le coup
LA MAGIE ET L’IIYENOS
de minuit, dans les avenues sablées du parc, où son passage ne laissait aucune trace. Ce qui est plus fort, c'est que le comte aperçut deux fantômes, non encore dénoncés : ceux d’une jeune fille en deuil et d’un vieillard barbu ; ils paraissaient se connaître, s’adressaient des saints, se faisaient des signes d’intelligence ; ils ne prenaient pas souci des coups de feu qui leur furent tirés et qui n’eurent aucun résultat.
Maison hantée de la rue Du Couédic, à Paris. Siège des Phénomènes.
On annonçait hier, à Londres, que lord Onslow consent à la résiliation demandée et qu’il va rentrer dans la capitale pour prier quelques savants de le suivre à Claudon park et d’y observer avec lui ses visiteurs du Borderland.
Maison hantée de la rue du Couédic. — Le Groupe indépendant d'Etudes ésotériques avait confié l’enquête de ces phénomènes à M. G. Caminade, qui publia son rapport dans le Voile d'Isis (n“ 16) en l’accompagnant de dessins explicatifs qui furent reproduits dans l'Initiation (février 1892), et augmentés d’autres cro-
quis extraits d’un remarquable article de M. Desbeaux, paru à la même époque dans le Monde lllusré.
Objets divers brisés dans la maison bantée de la rue Du Couédic,
à Paris.
nu VAMPIRISME
Mais une des actions les plus redoutables que peuvent'produire les élémentaires c’est sans contredit, si l’on en croit certaines traditions, les épouvantables phénomènes du Vampirisme. Notre ami Sédir a bien voulu traduire à notre intention les curieuses pages suivantes :
Nous traduisons lapage suivante d’une œuvre étrange, complètement inconnue en France, Eulis due à la plume du célèbreP.B.Randolph,lemystique Rose-Croix.
« Le nom de celle chose, (’amilière à tout le monde, désigne en premier lieu une sangsue monstrueuse qui habite les eaux tropicales, se nourrissant de tout ce qui a vie consciente, et ne quittant jamais sa victime qu’après avoir sucé sa dernière goutte de sang, pour la laisser dans les bras de la mort. Deuxièmement, le même nom est appliqué à une énorme chauve-souris, habitant les cavernes sombres de l’Orient et d’autres pays. L’obscurité est sa demeure ; et quand l’homme ou l’animal vient à s’endormir dans sa retraite cet envoyé de l’Hadès s’approche et entonne u)i sifflement perfide qui plonge sa victime dans un coma profond, si profond qu’elle ne sent pas ses veines ouvertes et son sang bu avec avidité.
« Quand vient le réveil, les yeux s’ouvrent sur un autre monde, si la victime est un homme.
« Enfin le même nom est donné à certains êtres fantastiques, moitié humains, moitié démoniaques, des lé- gendes orientales et germaniques. Ces êtres émergent de la ténèbreau milieu de la nuit ; ils ouvrent les tombes nouvellement scellées, dévorent la chair des cadavres, et disparaissent quand ils sont repus de cet horrible régal. Mais la légende dit que les inhumations récentes ne suffisent pas à assouvir leur faim ; et cependant les goules doivent vivre ; elles s’introduisent donc dans les maisons et sucent le sang de tout ceux qu’elles rencontrent. Ces harpies sont sujettes à la mort , mais si vous en tuez une, brûlez-la à cinq pieds sous terre, et passez lui un pieu armé d’une croix à travers la poitrine ; et faites cela autant que possible à un carrefour de quatre routes. Si vous négligez ces précautions, la vie reviendra au vampire, et aussi sûrement que le croissant d’Hécate l’éclaire, il continuera ses horribles ravages. Toutes ces choses, qu’elles proviennent du Som.bre de la Nature, ou des images d’une imagination pervertie, véritables ou légendaires, sont réelles, et nous
LA MAGIE ET L’MYPNOSE
nous en détournons avec dégoût ; quelque terribles qu’elles soient, aucune d’entre elles, ni même leur somme, ne peut se comparer à l’effroyâble réalité, à la certitude de l’existence d’êtres humains, goules et gorgones dévorantes, qui parcourent les rues de nos villes, qui vivent au milieu de nous, qui respirent notre air, dont la jseulo pensée virile est de satisfaire des passions morbides ; les filles et les femmes de nos amis deviennent la proie de ces vampires deux fois maudits, contre lesquels aucune pénalité ne serait trop sévère, dont la conscience s’est enfuie, et auxquels la gratitude est inconnue. Ils sont engendrés par les mariages sans amour. Le père est un homme égoïste et matériel, dur et sans affection ; la mère est probablement son opposé, et n’a jamais connu que la passion égoïste ; elle nie le véritable amour, et conséquemment, l’enfant qu’elle met au monde ne le connaîtra jamais, et le cherchera du temps à l’éternité et de l’éternité au temps ! Lorsque donc il rencontre ses complémentaires, foyers d’amour, il s’attache à eux avec la ténacité de la mort; il sème la désolation et le désespoir sur sa route, toute souillée du sang des cœurs qu’il a déchirés... »
Résumons. — Beaucoup de gens des deux sexes exercent une attraction terrible sur leurs semblables, attraction terrible qui ressemble à l’amour, mais qui n’en est pas. C’est, au contraire, une passion monstrueuse et terrible à laquelle ceux qui en sont l’objet cherchent souvent en vain à échapper. De telles personnes sont vampirisées, et un vampire est un affamé d’amour, qui, ne possédant pas ce principe, le cherche et attire en fascinant ceux qui le possèdent. Le vampire est égoïste, jamais satisfait, que dans ses assouvissements qui laissent leur victime entièrement épuisée sans qu’elle en connaisse le motif. Brisez à l’instant, ayez des refus inexorables, et ne laissez pas prendre
LA MAGIE ET L’IIYPMOSE
Yos mains ; souvenez-vous que le vampire prolonge son existence aux dépens de la vôtre. Que les femmes traitent un tel assaillant plus commun qu’on ne le croit avec une indifférence parfaite...
Le vampire cause la froideur, l’irritabilité, la haine, la répugnance entre des âmes chères jusqu’alors l’une
A ces pages, nous ajouterons seulement un fait en rapportant la tradition de V Elémentaire vampire.
D’Assier, dans V Humanité posthume (2), cite plusieurs faits empruntés à Dom Calmet, le bénédictin sceptique du siècle dernier; comme ils présentent tous la môme physionomie, nous ne reproduirons que celui-ci :
« Après qu’en 1718, une partie de la Serbie et delà Valachie fut échue à l’Autriche, le gouvernement autrichien reçut plusieurs rapports qui lui étaient adressés par les commandants des troupes cantonnées dans le pays. On y disait que c’était une croyance générale parmi le peuple que les personnes mortes, mais vivant encore dans le tombeau, en sortaient en certaines circonstances pour aller sucer le sang des vivants et entretenir ainsi sous terre un reste de santé et de bien-être.
« Déjà, en 1720, un rapport annonçait qu’à Kisalova, village situé dans la Basse-Hongrie, un certain Pierre Plogowitch, dix semaines environ après sa sépulture, était apparu la nuit à plusieurs habitants et leur avait tellement serré le cou qu’ils étaient morts en vingtquatre heures, de sorte que, dans l’espace de huit jours, étaient mortes de cette manière neuf personnes, les unes jeunes, les autres âgées. Sa veuve même avait été inquiétée par lui et avait quitté, à cause de cela, le village. Les habitants demandèrent au Commandant de Gradisca l’autorisation d’exhumer le cadavre et de le
(2) Cité par le docteur Pascal ; Les sept principes . Paris, 1895.
brûler. Le Commandant la leur ayant refusée, ils déclarèrent qu’ils quitteraient tous le village, si on ne leur accordait pas leur demande.
« Le Commandant se rendit donc au village avec le curé de Gradisca. Il fit ouvrir le cercueil de Pierre et l’on trouva son corps intact, à l’exception du bout du nez qui s’était un peu desséché ; mais il n’exhalait aucune mauvaise odeur et ressemblait plutôt à un homme endormi qu’à un mort. Ses cheveux et sa barbe avaient crû, de nouveaux ongles avaient remplacé ceux qui étaient tombés. Sous la peau extérieure, qui paraissait blême et morte, avait poussé une autre peau vive ; les mains et les pieds ressemblaient à ceux d’un homme en bonne santé. Comme on trouva dans sa bouche du sang tout frais encore, le peuple crut que c’était celui qu’il avait sucé à ceux qui étaient morts tout dernièrement et on ne put l'empêcher d’enfoncer dans la poitrine du cadavre un pieu pointu. Il sortit alors beaucoup de sang frais et pur de la bouche et du nez. Les paysaiis jetèrent le corps sur un bûcher et le brûlè- rent. ))
Ces exemples et ces écrits montreront, mieux que de compliquées théories les différents modes de manifestation des élémentaires. Il nous reste, en terminant ce sujet, à parler de l’action des élémentaires sur le mé- dium ou le sujet. C’est le D*' Gibier, l’éminent savant que nous avons eu le plaisir de compter parmi nos amis, qui nous fournira l’étrange et véridique récit qu’on va lire et que beaucoup de noslecteurs connaissent déjà. Nous n’ajouterons qu’un mot avant ce récit, c’est que beaucoup de cas de folie n’ont pas d’autre cause que l'incarnation permanente d'un élémentaire assoiffé d'existence. (1)
(1) Voy. à ce sujet: /a mortée Jules Lermiua, dans Vlni-
tiation.
LA MAGIE ET L’ilYl XOSE
§. 5. — Action de l’élémentaire sur le sujet ou médium.
La possession.
Nous extrayons le récit suivant de VAndilyse des choses du D'" Gibier.
« Dans les derniers mois de l’année 1886, je faisais presque chaque jour, et principalement le soir, des expériences sur la force animique. Deux séances furent particulièrement accidentées. Ces séances eurent lieu dans un laboratoire des vieux bâtiments de l’ancien collège Rollin, transformé dans ce temps-là en École pratique de la Faculté de médecine.
« Le local que j’occupais et qui me servait de laboratoire était voisin des amphithéâtres de dissection de la Faculté, où, à ce moment, se trouvaient de nombreux « sujets ». Dans l’une des pièces de ce laboratoire même, j’avais eu quelque temps auparavant le cadavre d’un homme qui m’avait servi à des études de médecine opératoire. Ceux qui sont au courant des questions dont je m’occupe en ce moment comprendront l’importance de ces détails.
« Le médium qui m’assistait dans mes recherches était un Américain, M. S., dont la force animique était émise en quantité suffisante pour produire des matérialisations et des transports d’objets à distance, sans contact.
(( Au jour dit, nous nous réunîmes dans le laboratoire : M. L., les D" de B. et A. qui exercent à Paris, le mé- dium et moi, plus le garçon de laboratoire.
« Tout d’abord les choses s’annoncèrent fort mal; à peine entrés dans l’enceinte de l’Ecole pratique provisoire, au moment où nous longions un des amphithéâtres d’anatomie, nous entendîmes tout à coup un sifflement suivi du choc violent d’un objet contre une cloison en planches voisine. L’ohjet en question était un petit flacon vide du modèle de ceux qui servent à conserver les
LA MAGIE ET L’i.Yl NUSE
pièces anatomiques; il avait rebondi sur l’un de nous et était tombé par terre sans se briser.
« Personne n’eût pu se caeherdans l’endroit où nous nous trouvions, et, de plus, la nuit n’était pas très noire. Redoutant quelque désagrément analogue, au moment où nous nous engagions dans un vestibule qui s’ouvrait sur l’escalier eonduisant au laboratoire, situé au deuxième étage, comme on avait oublié d’allumer le gaz dans l’escalier, et que l’obscurité y était à peu près complète, je criai au garçon de laboratoire de nous éclairer. A peine avions nous atteint le premier étage (le médium était devant et je fermais la marche) qu’un nouveau sifflement se fit entendre, bientôt suivi du bruit d’un flacon lancé avec violence et se brisant en pièces sur les marches que nous étions en train de gravir. Quand on eut allumé le gaz, on trouva une quantité de débris de verre provenant d’un flacon de verre analogue au premier.
« Bien entendu, personne ne se trouvait dans l’escalier.
« Une fois dans le laboratoire qui était bien éclairé, tout se passa pendant un certain temps comme la dernière fois, mais le médium était de plus en plus inquiet. Pendant que nous nous tenions autour de la table, — une table carrée, toute simple, que j’avais fait construire exprès, — après avoir préparé le plâtre, je fis à haute voix, sur un ton moitié sérieux, moitié plaisant, et en français, de façon à n’être pas compris du médium qui ne parlait que l’anglais, cette réflexion que, étant donné le lieu où nous nous trouvions, il n’était pas surprenant que quelque mauvais garnement d’esprit, dont on aurait disséqué le corps, fit tout son possible pour nous empêcher de mener nos recherches à bonne fin.
« A peine avais-je fini de parler que le médium fut pris d’une sorte de mouvement convulsif qui lui agita
tout le corps, et cntransé. Ce qui se présenta alors fut vraiment effrayant ; il se dressa, les yeux démesuré- ment ouverts et paraissant lui sortir de la tête, fit quelques pas saccadés dans la pièce, et chacun, sentant qu’il allait se passer quelque chose, se leva et se tint sur ses gardes.
« S. fit un tour sur lui-même et saisit un des escabeaux de chêne qui nous servaient de siège ; il en fit un moulinet terrible, mes amis s’échappèrent au plus vite, mais comme j’étais justement assis contre le mur, je demeurai seul en face de ce grand diable d’Américain, taillé en hercule, qui paraissait m’en vouloir plus particulièrement, et séparé de lui seulement par la table carrée autour de laquelle nous étions tranquillement assis un instant avant. Son visage, à ce moment, était terrible à voir. Il dirigea vers moi son bras gauche, l’index étendu, et de la main droite il brandit le pesant escabeau audessus de sa tête.
« La scène, dans cette vieille chambre du collège improvisée pour la circonstance en laboratoire de physiologie expérimentale, était vraiment singulière par cette nuit de décembre ; mais ce n’était pas à cela que je songeai alors. Mes amis terrorisés se tenaient tous à l’écart et personne ne soufflait mot ; le médium seul poussait une sorte de râle guttural. Ne pouvant m’é- chapper de l’espace où je me trouvais, entre le mur et la table d’une part, et une console fixe et le poêle d’autre part je ne perdais pas un seul des gestes de celui qui paraissait animé envers moi des intentions les moins rassurantes. Il s’approcha encore de moi, bien à la portée de sa main et me lança un formidable coup de son escabeau, droit sur la tête.
J’avais conservé tout mon sang-froid et me tenais très vivement en éveil, comme on le pense bien; et quand je vis le début du mouvement de cette masse projetée vers moi, je saisis les deux pieds de la table qui étaient
LA MAGIE ET L IlYl’XÜSE
de mon côté, je les levai vivement et présentai la table en face de mon adversaire en m’en couvrant comme d’un bouclier. Le choc fut terrible; l’escabeau heurta la table comme un coup de catapulte, un craquement se fît entendre et je fus obligé de reculer sous le coup jusqu’au mur ; la table était fendue en deux. Continuant à me protéger en m’abritant derrière elle, je la poussai vers S qui lâcha sa massue et tomba en arrière sur une chaise, en proie à une convulsion. Nous nous précipitâmes de son côté pour le maintenir, mais ce fut inutile ; il revint bientôt à lui, ne se souvenant de rien, et, pour ne pas l’effrayer, nous nous assîmes de nouveau autour de la table en cachant notre émotion.
« Cette fois, ce fut lui que je fis placer auprès du mur; la précaution n’était pas inutile, car il fut de nouveau repris d’une transe non moins terrible que la première. Il se dressa encore après avoir été agité convulsivement, puis se rassit, le visage contracté d’un rictus effrayant, les yeux comme désorbités. 11 se leva, nous en fîmes autant, je mis le poêle entre lui et moi, mais il repoussa la table et, saisissant une chaise, il s’avança vers moi. De mon côté, je m’emparai de l’escabeau qu’il m’avait lancé, je le pris, non comme arme offensive, mais simplement pour parer les coups qu’il aurait pu me porter avec la chaise qu’il agitait en l’air.
« Il y eut encore un moment de violente angoisse pour chacun des assistants, quand nous fûmes en pré- sence l’un de l’autre avec les étranges instruments de ce combat quasi-fantastique.
V. 11 s’avança vers moi, brandissant toujours sa chaise, et je me préparai à la recevoir sur mon escabeau quand je fus poussé, je ne sais par quelle force, à tenter une expérience, en mettant à l’essai un moyen qui m’avait été indiqué, par un homme très au courant de ces choses, comme infaillible en pareille circonstance : je jetai de côté l’objet que je tenais, et je
m’avançai les dix doigts en avant dirigés contre la personne du malheureux entransé, en voulant violemment qu’il fût immobilisé. Je projetai, en quelque sorte, ma volonté sur lui, accompagnant cet effort d’un geste énergique. L’effet fut instantané et j’en fus, le premier, très agréablement surpris : au lieu d’être lancée contre moi, la chaise fut rejetée en arrière et, quoique fort solide, mise en pièces au point de ne pouvoir être réparée. S. fut comme sidéré, son corps fut agité d’un tremblement convulsif et transporté brusquement contre le mur à 3 ou 4 mètres de l’endroit où il se trouvait. Tous ses membres se tordirent; il se recroquevilla en boule sur le sol, près d’une porte, et nous entendions ses articulations craquer.
« Quelques passes magnétiques l’aidèrent à se remettre et, aussitôt que nous le pûmes, nous quittâmes ce lieu si peu propice aux recherches psychologiques, pour n’y plus revenir dans le même but, non sans nous être munis de flambeaux pour gagner nos voitures qui nous attendaient dans la rue.
« La veille de ce jour, le médium, pendant la séance, se plaignait de n’être pas à son aise ; il sentait, disait-il, de mauvaises influences autour de lui, avait de la peine à les repousser pour ne pas être entransé.
« Je n’oublierai jamais, dussé-je vivre mille ans, l’immense danger auquel on s’expose dans ces sortes d études, si l’on n’a le soin de s’instruire des conditions voulues dont il ne faudrait jamais se départir. Je dois avouer qu’à ce moment je me livrais aux recherches psychiques avec un certain sans-gêne, traitant le sujet ainsi qu’un autre et le considérant comme une partie quelconque de la physiologie. Mais, depuis lors, j’ai appris qu’il fallait procéder autrement et user de certaines formes, sans lesquellesun expérimentateur, non prévenu, pourrait éprouver plus d’un grave mécompte.
« Les recherches psychiques expérimentales ne
laissent pas que de faire courir certains risques à ceux qui s’y adonnent, et c’est bien à tort que certaines personnes en font unjeu. »
§ 0. — La Sorcellerie. — La Lycantrophie.
Certains phénomènes attribués aux élémentaires peuvent-être produits ^dix l'astral d’un sorcier cherchant à faire peur ou à nuire à un individu quelconque. Il suffira de se reporter à notre paragraphe consacré à l’envoûtement pour trouver certains faits de ce genre (entre autres ceux rapportés par Eliphas Levi, S.de Guaita et M. de Rochas). — Nous donnerons encore pour mémoire le fait suivant bien connu de nos lecteurs.
Dissolution par une pointe d’acier
Nous ne reproduirons que les traits essentiels du phé- nomène; on retrouvera le récit détaillé dans Vlnitiation d’avril 1893, ou dans mon Traité cl^. Magie pratique.
Je me déshabillai (j’étais en uniforme) en appuyant mon sabre de cavalerie contre une chaise, qui me servait de table de nuit. Je me couchai et je soufflai ma bougie.
Dès que j’eus éteint la lumière, j’entendis un grattement très fort à la porte de la première chambre. C’était un bruit identique à celui que produit un chien qui gratte à une porte pour entrer ou feortir. Seulement le grattement que j’entendais était un grattement très intense, comme si le chien eût voulu forcer la porte.
Le premier moment de surprise passé, je pensai que notre chien était resté dans la maison ; pourtant le grattement me paraissait être produit contre te côté i< - têrieur de la porte de la première chambre et non pas venant du côté du couloir. J’appelai à plusieurs repri-
ses le chien par son nom « Sokol ». Pour foute réponse, le bruit augmentait encore.
Comme je l’ai dit plus haut, j’avais laissé la porte de communication entre les deux chambres ouverte. Cette porte, qui s'appuyait contre le pied du lit, je pouvais l’atteindre avec mes pieds. D’un mouvement brusque, je poussai avec mon pied droit violemment la porte qui se ferma avec fracas. Au même instant, le grattement se produisit, avec une violence extrême, contre cette porte, du côté de la première chambre.
Je dois avouer que, après avoir appelé inutilement le chien et le bruit étrange s'accentuant encore, je fus effrayé un instant, et c’est cela qui me fit pousser la porte. Mais, au moment où j’entendais le bruit à cette porte, tout près de moi, le sentiment de frayeur avait disparu subitement. Je m’apprêtai à allumer ma bougie. Avant que j’eusse fait de la lumière, le grattement avait cessé.
Je descendis du lit, je mis mon pantalon et j’allai visiter la première chambre.
J’avais toujours le chien dans Tidée, malgré l’impossibilité matérielle de sa présence. Rien dans la chambre.
Je sortis dans le corridor, je descendis l’esoalier, je visitai le rez-de-chaussée, j’appelai le chien : toujours rien.
Je ne pouvais faire autre chose que de remonter dans ma chambre, et, ne comprenant rien, je me remis au lit en soufflant la bougie.
A peine fus-je couché, que le vacarme recommença, avec plus d’intensité si possible, et à nouveau du côté extérieur de la porte de communication, que j’avais fermée cette fois-ci derrière moi.
J’éprouvai alors un sentiment d’agacement, de colère ; j’étais énervé et, sans prendre le temps de faire de la lumière, je sautai hors du lit, je saisis mon sabre que je tirai de son fourreau et me précipitai dans la première
chambre. En ouvrant la porte, je ressentis une résistance, et dans l’obscurité, je crus voir une lueur, une ombre lumineuse, si je puis dire ainsi, se dessinant vaguement sur la porte d’entrée de la première chambre.
Sans réflexion, je ne fis qu’un bond en avant et je portai un formidable coup de sabre dans la direction de la porte.
Une gerbe d’étincelles jaillit de la porte comme si j’avais touché un clou enfoncé dans le panneau. La pointe du sabre avait traversé le bois et j’eus de la peine pour retirer l’arme Je me dépêchai de retourner dans ma chambre pour allumer la bougie, et, sabre en main, j’allai d’abord voir la porte.
Le panneau était fendu du haut en bas. Je me mis à chercher le clou que je pensais avoir touché, mais je ne trouvai rien : le côté tranchant du sabre ne paraissait pas non plus avoir rencontré du fer.
Je descendis à nouveau au rez-de-chaussée, je visitai partout, mais je ne trouvai rien d’anormal.
Je remontai dans ma chambre ; il était minuit moins le quart.
Je songeai aux choses qui venaient de se passer. Aucune idée d’explication ne se présenta à mes réflexions, mais j’éprouvai un sentiment réel de quiétude après avoir été surexcité, et je me souviens très bien que je caressai presque involontairement, la lame de mon sabre en me couchant à nouveau, et je plaçai l’arme à côté de moi, dans le lit, sous la couverture.
Je m’endormis sans autre incident et je ne me réveillai que vers huit heures du matin.
A la lumière du jour, les incidents de la nuit avec cette porte brisée me parurent plus étranges encore.
Je quittai enfin le lieu et me rendis à la maison où tout le monde était déjà réuni pour déjeuner et où on m’attendait. Je racontai naturellement mon aventure.
qui paraissait bien invraisemblable aux jeunes gens venus en visite. Quant à mes parents, ainsi qu’à M. N., ils en étaient très impressionnés.
Le déjeuner terminé, — il était près de dix heures, — tout le monde voulut voir la porte brisée, et mes parents, nos jeunes gens, M. N. et moi, nous nous dirigeâmes vers la maison du village.
A mi-chemin, une femme du village venait à notre rencontre et nous disait qu’elle voulait précisément venir chez nous pour prier M. N. de venir voir la femme B. qui était malade. Une autre femme, qui était allée trouver B. pour une affaire quelconque quelques instants auparavant, l’avait trouvée sur son lit sans connaissance et tout ensanglantée.
Nous pressions nos pas. Moi, j’étais singulièrement ému des paroles de notre interlocutrice.
Arrivé chez B., un spectacle terrible se présentait.
La femme, en délire, couchée sur son lit, avait la figure presque entièrement couverte de sang coagulé, les yeux fermés et collés par le sang, qui sortait encore lentement d’une blessure mortelle au front. La blessure, faite par un instrument tranchant, commençait à deux centimètres au-dessus de la lisière des cheveux et se prolongeait en ligne droite jusqu’à la racine du nez, parcourant ainsi sept centimètres et demi. Le crâne était littéralement fendu et la masse cérébrale sortait à travers la fente.
M. N. et moi, nous courûmes à la maison : M. N. pour chercher le nécessaire à faire un pansement, moi pour faire atteler notre voiture à l’effet d’aller chercher le médecin dans une p etite ville voisine.
La voiture partie, je retournai chez B., laquelle entre temps avait été pansée provisoirement par M. N. La cabane s’était remplie de tous les habitants du village, y compris l’hôtesse de l’auberge. Personne n’avait une idée de ce qui pouvait è're arrivéà B. La blessée.
qui avait toujours été crainte par la population, n’inspirait d’autres sentiments que de la curiosité aux personnes présentes, à l’exception de l’hôtesse de l’auberge, qui paraissait non seulement être venue par curiosité, mais qui semblait visiblement satisfaite et qui ne se gênait pas de dire hautement : « Enfin, B. a attrapé ce qu’elle mérite. »
CHAPITRE VIH
LES IMAGES ASTRALES
Tous les faits sont enregistrésdans la lumière magné- tique de la Terre à l’état d’images fixées dans cette lumière et plus ou moins lumineuses elles-mêmes. Ces images sont comparables à des tableaux ou à des clichés positifs qui viennent s’enregistrer dans l’atmosphère astrale de l’individu ou de l’endroit où cette image vient d’être produite quand il s’agit des faits du passé, ou va se produire quand il s’agit des faits de l’avenir.
La Providence agit surtout sur la libre volonté de l’homme par la révélation de ces images astrales qui indiquent à l’homme les faits que le Destin va générer (quand il s’agit de l’avenir). Grâce à cette illumination, l’homme peut dans certains cas, échapper à de graves dangers.
Les images astrales sont vues, soit pendant le rêve soit à l’état somnambulique ou à l’état d’extase, soit même, dans certains cas exceptionnels, à l’état de veille.
Une image astrale peut indiquer soit toute une scène, soit même une succession de scènes (par une succession d’images) soit un seul objet ou un seul individu.
La grande difficulté dans la perception des images astrales est, pour le voyant, de distinguer celles qui se rapportent au passé de celles qui se rapportent à l’avenir. C’était là un des points les plus délicats de l’étude de la science prophétique qui était parfaite-
ment organisée dans les anciens temples et même chez les Juifs.
Les images astrales peuvent se rapporter :
1“ A la vision de l’atmosphère, astrale d’un objet ou d’un individu du passé par le contact avec cet objet ou avec des restes de cet individu ;
2° A la vision directe et sans contact d’un fait du présent arrivant à grandes distances ;
3® A la vision directe d’un objet ou d’un être créé par suggestion ;
4° A la vision directe soit à l’état de veille, soit à l’état de sommeil normal ou provoqué d’un fait imminent.
Psychométrie.
télépathique.
Vision idéale.
prophétique.
Nous allons éclaircir tout cela par des exemples. Classification de la Vision astrale dans le Temps
astrale
du Passé soit médiat, soit immédiat
du Présent
de VA venir soit immédiat, soit lointain
I
Psychométrie
Télépathie. Vision idéale.
Prophétisme.
§ 1. — Caractères d’une image astral.
L’image astrale ne parle pas. Elle se conduit exactement comme l’image d’une personne ou d’une scène dans un miroir.
LA iMAGIE ET L’MYPNOSE
On peut quelquefois et dans des cas exceptionnels entendre des paroles ou des sons mais alors on se rend compte que ces paroles viennent en écho et n’appartiennentpas directement à l’image observée. C’est ce qui se produirait sien même temps qu’on voit l’image d’une personne dans un miroir (sans voir la personne elle-
Image Astrale
D un talisman vu et dessiné par Eliphas Lévi (d'après son carnet de notes).
même) on entendait le son de sa voix dans la chambre voisine.
Quand l’apparition agit librement et vous parle directement ce n’est plus une image astrale, c’est un élémentaire qui cause le phénomène.
De plus l’image astrale n’impressionne généralement qu’une seule personne tandis que l’élémentaire impressionne plusieurs assistants (et souvent tous à la fois).
Dans une de ses œuvres les plus originales : le Cro-
codi/e, Claude de Saint-Martin, décrit d’une manière merveilleuse les propriétés de conversation du plan Astral en parlant de la ville d’Atalante (chant 64 et suiv.)
Image Astrale
D’un talisman vu et dessiné par Eliphas Lévi (d’après son carnet de notes).
Après avoir parlé delà conservation de tout ce qui se trouvait dans Atalante, depuis les maisons jusqu’aux ustensiles, ainsi que les hommes et les animaux, le célèbre philosophe raille doucement les physiciens en proposant des explications « scientifiques » des faits qu’il observe. Toutefois l’occultiste est prévenu du secret par des remarques de ce genre :
« Quant à la clarté dont j’ai joui en parcourant la ville d’Atalante, je no pourrais non plus vous l’expliquer autrement qu’en vous rappelant que j’avais encore les
LA MAGIE ET L’UYPNOSE
yeux pleins de cette sombre lumière que j’avais rapportée de mon séjour dans le corps de l’animal qui nous avait dévorés, » Cette dernière phrase fait allusion au dragon du seuil.
Mais passons sur les explications ironiques dédiées par Saint-Martin aux physiciens, et arrivons au passage qui nous intéresse davantage.
(c La merveille la plus étonnante parmi toutes celles que je vous ai annoncées, c’est que, non seulement tous les objets dont je vous ai parlé se sont trouvés conservés là dans toutes leurs formes et leurs apparences extérieures, mais que j’y ai aperçu aussi tout ce qui pouvait me donner connaissance du caractère, des mœurs, do l’esprit, des passions, des vices et des vertus des habitants. Car la même loi de physique qui a fait que toutes les substances et les corps renfermés hermétiquement dans cette ville n’ont point souffert à l’extérieur a étendu son pouvoir conservateur sur les PAROLES MÊMES des citoyens d’Atalante, et a fait que les traces en sont corporisées et sensibles, comme en sont tous les autres objets renfermés dans cette malheureuse enceinte. »
Je ne connais pas, dans la littérature occultiste, une plus belle description des propriétés conservatrices du plan astral que celle de la Ville d'Atalante par Claude de Saint-Martin.
Les extraits précédents posent bien le fait dont nous allons nous occuper :
1° Le praticien qui parvient à la vision du plan astral y voit conservées les formes passées (la psychométrie prouve cette assertion) ;
2° Ces formes conservées en astral présentent tous les caractères des objets dont elles sont émanées. — On les appelle en occultisme des astrales.
La doctrine
ésotérique enseigne en effet que, de
l’Image Astrale Explicalion du Sphinx.
même que nous avons sur le physique une ombre qui accompagne toujours notre corps, nous avons également
LA JIAGIE ET L'ilYPNOSE
sur le plan astral « une image » qui persiste bien longtemps après la disparition du corps physique.
Représentez-vous un miroir qui aurait la propriété de conserver les images qu’il aurait réfléchies, avec leur aspect exact, leur couleur, leur forme, etc., etc., et vous aurez une idée de cette propriété attribuée par l’occultisme au « plan astral ».
La photographie nous révèle analogiquement de
bien curieuses choses concernant l’astral, de même
que l’étude de l’électricité nous initie à bien des mystères du plan de création, mais n’anticipons pas.
Une image astrale aura donc, en définitive, toutes les propriétés d’une image réfléchie dans un miroir.
Au premier abord, le débutant en pratique qui pénètre dansl’astral est tenté de confondre ces « images» très nombreuses avec les êtres réels qui peuplent ce plan si curieux ; ce n’est que par la pratique qu’il arrive à distinguer les « reflets », comme les appelle Eliphas Levi, des êtres qui se meuvent en astral.
Cette confusion est une des pierres d’achoppement les plus dangereuses qui entravent la carrière des voyants et des prophètes et la confusion des formes involuant vers la matière, c’est-à-dire des formes de l’avenir, avec les formes qui évoluent vers l’astral, c’est-à-dire les formes du passé, est encore un nouvel obstacle ajouté au précédent.
Mais, quand cette confusion ne peut avoir lieu que sur le plan astral, elle n’est dangereuse, en somme, que pour l’expérimentateur. Il n’en est pas de même quand, à l’aide de certaines pratiques, on arrive à manifester une « image astrale » sur le plan physique.
11 y a deux procédés principaux pour manifester l’astral ; c’est de se placer dans un tel état qu’on s’y
plonge soi-même, ou bien de faire certaines pratiques qui permettent à l’astral de venir se manifester sur le plan physique, dans des conditions toutes physiques.
Sans nous occuper du premier cas, disons quelques mots du second.
L’astral n’est pas un lieu, c’est une condition d’être, un état. L’astral est donc en puissance d'être comme dirait Fabre d’Olivet, tout autour de nous, c’est l’envers invisible de tout ce qui est visible ici-bas.
Supposons que nous ayons à étudier l’image astrale d’un ami mort depuis quelque temps.
Cette image est en « puissance d'être » dans le plan astral et peut être comparée à l’image qui a impressionné la couche sensible d’une plaque photographique. L’image est dans cette couche sensible ; mais nos yeux matériels sont incapables de l’apercevoir.
Pourquoi ?
Parce qu’elle n’est pas révélée.
Pour révéler cette image, il faut se placer dans l’obscurité, ou, tout au moins, à l’abri de certains des rayons de la lumière, et faire agir sur la couche sensible des fluides physico-chimiques.
Dans l’expérimentation magique, il en est absolumen de même.
Mais au lieu des fluides physico-chimiques, ce sont des fluides vitaux qu’il faudra mettre en œuvre — les fluides, on les prendra dans un être névropathique et endormi comme dans les expériences spirites ou dans un animal, ou dans une substance vivante quelconque comme dans les expériences magiques.
Les conditions d’expérience étant bien remplies, l’image de l’être évoqué se manifestera sur le plan physique, apparaissant à tous les assistants, et, bien plus, susceptible d’être photographié, tout comme le reflet d’un être dans un miroir est susceptible d’agir sur la couche sensible d’un cliché photographique.
LA MAGIE ET L’HA'PN'OSE
Cette image, n’empruntant ses moyens de manifestation qu’au dynamisme vital dont elle est imprégnée, ne sera que transitoire. Elle est bien révélée, mais n’est pas fixée.
Comment distinguer alors, me direz-vous, une image astrale d’un être réel ?
Shakespeare a parfaitement mis à jour cette distinction. L’image astrale (fantôme de Banco; dans Macbeth) ne parle pas, tout comme le reflet dans un miroir, c’est là ce qu’Homère appelle om&re ; l’élémentaire au contraire, qui se manifeste lui-même, agit et parle. Les expériences de Crookes sur Katie-King sont très démonstratives à ce point de vue ; d’autre part, Shakespeare, dans le fantôme à.' Hamlet , établit très bien cette distinction.
On voit combien tous ces sujets techniques de l’occultisme demandent de réflexion et d’étude.
§ 2. — Images astrales de faits passés.
LA PSYCHOMÉTRIE
Alors qu’en Europe nous connaissons assez bien les faits du Magnétisme et du Spiritisme, il est curieux de constater combien nous avous délaissé l’étude de la Psychométrie. Le nom même de cet art d’interroger l’invisible est presque inconnu des spécialistes contemporains voués à l’étude scientifique des faits occultes.
Pour nous, la Psyrdiométrie se réduit uniquement à la. vision des images astrales vivant dans Vatmosphère magnétique des choses ou des êtres du passé, Ces images sont, au début des expériences, des plus fugaces, et ce n’est que par une pratique suivie qu’on
arrive à les fixer assez longtemps devant le centre de perception sensible. Nous avons fait, soit dans nos ouvrages précédents, soit dans notre revue Ylnitmiion tous nos efforts pour répandre l’étude et la pratique de cet art. Aussi allons-nous emprunter à V Almanach du Magîste^^Q 1895-96 une excellente étude de Paul Sédir sur cette importante question.
(( La psychométrie est le développement et l’exercice « des facultés divines enThomme. Cette sphère obscure « de l’intellect, qui comprend les réponses oraculaires « comme les révélations des somnambules, les prophé- « tisations des saints comme les prévisions des scruta- « teursduDestin,lesmystérieuxprésages et les impres- « sions soudaines qui dirigent la conduite de beaucoup « de gens, comme les pressentiments de mort ou de « malheur, comme les secrètes influences que génèrent a certains objets — tout cela est éclairé par la science « psychométrique, qui renseigne l’homme sur l’orien- « tation de ces forces transcendantales, desquelles se « moquaient jusqu’à présent les théories philosophi- « ques. » C’est ainsi que s’exprime le docteur Buchanan, dans l’introduction de son Manuel de Psychomé- trie ; il comprend donc sous cette désignation la sensitivité telle que laco.içoit Reichenbach (1), le somnambulisme de du Prel (2), la Télépathie (3) et les apparitions dont se sont occupés déjà Kant, Schopenhauer, Hartmann et les monistes. Le professeur de physiologie Joseph-Rhodes Buchanan, de Boston, paraît avoir ouvert le premier cette voie de recherches, et il en avait
(1) Reichenbach. d^r Sensitive Mensch.
(2) C. du Prel, Philosophie der Myslik.
(3) Guriiey, Myers et Podmore, Phanlhasms of the Living.
LA MAGIE ET L’IIA'PNOSE
consigné l’idéemère dès 1849 dans son Journal of Man ; on ne trouve guère d’autres renseignements à ce sujet que dans la revue allemande le Sphinx (livraisons munication du docteur Hübbe-Schleiden, relatant des expériences psychométriques entreprises par lui sur une paysanne de Kempten ; enfin la même revue (10® et 11® volumes) a publié une série d’articles de M. Louis Deinhard, président de la Société de psychologie scientifique de Munich, réunis plus tard en une brochure dont les présentes notes ne sont que l’analyse et la traduction (1).
Le livre du professeur Buchanan s’intitule : « L’aurore d’une nouvelle civilisation et il est dédié « à tous les martyrs de la Vérité, de la Religion et de la Liberté ». Voici à peu près la marche expérimentale qu’il suit : Des substances quelconques (sucre, sel, poivre) sont mises dans la main d’un sensitif, qui en perçoit le goût comme s’il les avait sur la langue ; des purgatifs ou des vomitifs, enveloppés dans du papier et tenus à la main, produisaient sur le sensitif le même effet que s’il les avait absorbés ; le sensitif posait sa main sur la tète de quelques assistants, et ce contact lui procurait pour chaque personne une impression différente ; le sensitif pouvait même laisser un petit espace entre sa main et la tête de l’autre personne, ou interposer entre elle un conducteur métallique. Une des plus curieuses expériences est celle-ci, faite fortuitement, et que Buchanan répéta ensuite des milliers de fois avec le même succès : une lettre écrite par une personne quelconque était remise entre les mains du sensitif, en lui demandant de communiquer ses im-
(1) Louis Deinhard, Psychométrie, br. ia-S®, avec un portrait de l’inventeur de cette méthode et les dessins d’objets restitués. — Draunschweig, chez G. -A. Schwetscthke .
pressions ; le sensitif décrivait alors le caractère et la personne de l’écrivain de la façon la plus nette et la plus précise, ainsi, qu’auraient pu le faire ses amis les mieux renseignés. Buchanan remarqua que cotte sensibilité toute particulière du système nerveux était plus développée dans les climats chauds.
La deuxième partie du Manuel de Psychomèlrie est consacrée à l’exposé pratique et aux applications de de cette découvere ; et enfin sa signification éthique remplit toute la troisième partie.
Si on reconnaît à Buchanan ses mérites d’inventeur de la physchométrie, il n’en faut pas attribuer de moindres au savant géologue américain William Denton, qui le premier a entrepris les pratiques de cette faculté à différents ordres de science : géographie, géologie, paléontologie, archéologie et astronomie.
On serait tenté de faire à Buchanan le reproche d’un trop grand enthousiasme pour sa « divine science », comme il dit (1). Il ne met pas assez de soin à éviter dans ses essais toutes les causes d’erreur, telles que la transmission de pensées. Son but principal, c'est d’obtenir des diagnoses de caractères et de favoriser le développement des facultés prophétiques. Il réalisa d’une façon étonnante la seconde partie de ce programme dans la personne de sa femme, — • pourvu qu’il ne s’agit que d’une prévision do quelques mois, et d événements importants ; c’est ainsi que la psycbomètre avait annoncé le maintien de lapaix, pour l’année 1886, lorsqu’un conflit entre l’Allemagne et la Russie fut près d’éclater.
(.^uant à la divination des caractères, elle ne peut être attribuée à la psychométrie que seulement s’il y a con-
tact du manuscrit avec les doigts ou le’front du sujet; mais, si Buchanan écrit les noms des personnes connues de lui ou célèbres, peut-être mortes, sa femme ne mettra pas en activité ses facultés psychométriques, au sens propre du mot, mais bien scs facultés de clairvoyance, peut-être appuyées sur la transmission de pensée.
Denton a consigné le résultat d’au moins vingt années de recherches dans un très intéressant ouvrage (1). Ses sujets étaient sa femme, sa sœur et son fils. Son livre contient une masse énorme d’expériences, parmi lesquelles se trouvent beaucoup de descriptions d’archéologie et de paléontologie obtenues psychomélriquement. Ces récits enfantins, sortis de la bouche peu seientifique d’une femme ou d’un enfant, laisseront les savants incrédules ; néanmoins, ils méritent un examen plus attentif.
Les expériences de Denton étaient faites de la façon suivante : l’objet devant guider le psychomètre était tenu au milieu du front, à deux centimètres au-dessus de la ligne des sourcils ; les yeux restaient fermés ; le sujet se trouvait dans l’état ordinaire de veille, et prenait parfaitement connaissance de tout ce qui se passait autour de lui ; il déposait souvent l’échantillon, dessinait ce qu'il apercevait ou continuait son récit. Si l’échantillon était en poudre, il suffisait d’en mettre sur le front ce qui tient au doigt mouillé ; si les investigations étaient dirigées vers les astres, on laissait arriver les rayons de l’étoile observée sur le front du
(l) William Denton. Journal';, Soûl of Things, 3 vol., 7** éd. Wellesley (Mass.) à la Denton Publishing C°.
sujet. Denton dit avoir souvent fourni à son fils Sherman, âgé de dix ans, les expressions qu’il semblait chercher ; mais il ne lui a jamais suggéré aucune idée, ni ajouté quoi que ce soit à ses récits.
Nous arrivons maintenant à cette question importante, si, après un mûrexamen, ces essais psychométriques ne se résolvent pas en simples lectures de pensées ? Comme ces phénomènes n’ont été que tout récemment soumis à une rigoureuse critique scientifique par les auteurs des Phanta%m<<, of Limng,on serait tenté de croire que Denton n’avait pas connaissance des faits de transmission de pensées. Il n’en est pas ainsi. Voici ce qu’il dit
« La manifestation la plus ordinaire des phénomènss psychométriques est la transmisssion de la pensée. Je ne doute pas que certains individus puissent suivre les pensées des autres. On a reconnu au mesmérisme cette faculté depuis plus de trente ans. Il se peut que les descriptions du psychomètre se fassent sous l’influence des personnes qui le dirigent. Mais je fis souvent l’expé- rience que des impressions très énergiques qu’il m’arriva de ressentir au cours de mes recherches restaient sans la moindre action sur les récits du psychomètre. »
Si, plus loin, le lecteur sceptique se sent disposé à considérer les exemples ci-dessous comme les produits d’une fantaisie puérile ou féminine, qui ne peuvent en aucune façon être pris au sérieux, il pourra rejeter cette supposition que Denton disposait de plusieurs sujets, mis à l’épreuve tout à fait indépendamment les uns des autres et dont les récits, se rapportant au même objet, étaient toujours comparés, et trouvés parfaitement concordants. C’est ainsi qu’il éprouve les trois membres de sa famille cités plus haut, en leur soumettant séparé-
ment un morceau de dent d’éléphant ; ce fragment venait des mines d’or de Columbia, en Californie, où il avait été trouvé à vingt pieds sous un banc de lave. Les trois psychomètres firent le récit d’une terrible éruption volcanique éclatant au milieu d’une chasse aux éléphants géants (mastodontes) faite par des hommes à longs cheveux (1). Je ne transcris pas ici ces trois descriptions à cause du peu d’intérêt qu'elles peuvent présenter ; mais j’appellerai l’attention des géologueset des paléontologues sur les très nombreuses expériences de Denton dans les branches qu’il avait cultivées ; et je citerai enfin, pour un public moins restreint, ce récit de la destruction de Pompéï, événement plus rapproché de nous, quant au temps et quant à la distance, que les éruptions préhistoriques dans la Californie antédiluvienne.
Pour le jeune Sherman, ce dernier spectacle devait être plus intéressant que celui d’une rue de la Pompéï romaine. Ses connaissances archéologiques étaient naturellement très bornées. Bien que, comme tous les garçons, il préférât de beaucoup la société des sauvages à celles des hommes civilisés, son père lui mit un jour (17 octobre 1872) entre les mains un débris de ciment provenant de la maison de Salluste à Pompéï. Malgré ou plutôt à cause même de la naturelle naïveté des descriptions de l’enfant, la vraisemblance de sa vision est en beaucoup d’endroits surprenante. Le décousLidu récit etle manque d’enchaînement des idées causé par le déplacement continu d’un endroit et d’un objet à un autre ne caractérise cependant pas la simplicité de l’enfant, mais répond plutôt au caractère qui
(l)Pour un sceptique obstiné, ce procédé de contrôle ne serait pas suffisant. Il demanderait, pour se convaincre, qu’on changeât non seulement les sujets, mais eucore la personne dirigeant l’expérience. Il est à regretter que cela n’ait pas été fait pour le cas présent.
distingue ces impressions chez la plupart des psychomètres.
Le jeune Sherman donne des descriptions détaillées et reconnues plus tard exactes de la ville de Pompéï, de ses bâtiments, du fleuve, des vaisseaux, des habitants, de leur costume, les magasins, les fêtes, les repas, la promenade, le théâtre, les processions, un incendie, toute la vie citadine se déroule devant les yeux du jeune voyant ; — les lecteurs curieux trouveront dans l’ouvrage de Denton (1), les détails les plus complets, obtenus à des intervalles assez éloignés, et de façon à éviter, autant que possible, la transmission de pensées.
Je ne m’étendrai pas plus sur les exemples des recherches de Denton. Nos lecteurs ne laissent pas d’avoir quelque expérience en cette matière ; et il sera fort difficile de faire croire aux autres que l’on puisse de cette façon réduire un peu le domaine de l’Inconnu. Quand Denton étend ses investigations jusqu’aux planètes, lorsqu’il fait contrôler par trois psychomètres absolument indépendants les uns des autres, l’existence des habitants de Mars, qu’il nous transmet, entre autres choses, la description de leurs aérostats, ce pourront être là des communications curieuses mais nullement probantes. On ne se rangera pas non plus à l’avis de Denton quand il admet comme parfaitement prouvée par la concordance des témoignages de plusieurs psychométriques, l’existence de telle ou telle chose absolument inaccessible aux sens. Les lecteurs européens manqueront do confiance en cette méthode de recherches. C’est pourquoi une traduction du livre précité du docteur Buchanan serait si utile : elle nous apprendrait comment la méthode psychométrique a été découverte en principe et peu à peu élaborée.
Laissons donc de côté ces recherches elles-mêmes, et cherchons plutôt à pénétrer la méthode qui les a inspirées. Demandons-nous comment on peut développer en soi une si merveilleuse faculté, que nous possédons sans doute à l’état latent. Dans les Expériences de Psychométrique citées plus haut, l’éditeur s’exprime de la façon suivante sur cette question : « Les facultés psychométriques se rencontrent chez des riches et chez des pauvres, dans toutes les classes de la société, ainsi que chez ceux que la culture d'une spécialité a fatigués, ou que la vie a blasés. L’exercice développe facilement ce don, par exemple, en portant au front, avant den avoir regardé la suscription ou le contenu, les lettres que l’on reçoit, et en prenant note, dans l’ordre où ils se présentent, des particularités de sexe, d’âge, de visage, de tournure, de caractère de celui que l’on croit être l’expéditeur, quitte à vérifier ultérieurement l’exactitude de ces intuitions. Celui, cependant, qui ne se découvre pas ces dispositions ou qui ne se sent pas la patience de les développer, trouvera facilement dans son entourage des personnes, surtout des femmes, chez qui la culture européenne si vantée n’a pas tout à fait étouffé cette sensitivité ou cette intuition que possède l’homme naturel. »
Une foule de questions se presseront sur les lèvres de celui qui aura lu, avec quelque défiance sans doute, les récits du jeune Denton, Son père voulait justement les confronter avec les réponses plus valables d’un psychomètre très développé, et il a consigné, dans la deuxième partie de son œuvre, les questions, observations et suggestions qu’il fit au plus parfait de ses sujets, à sa femme, et que nous allons examiner avec un peu de détail.
Denton reconnaît ne pouvoir répondre à beaucoup de questions. Quand on lui demande si elle voit par la psychomélrie de même façon que par le mode
ordinaire : « A peu prés, dit-elle, souvent les
choses passent devant moi avec la rapidité d’un éclair, comme un panorama mouvant. Il est alors impossible de préciser les contours d’un objet, si important soit-il » Elle découvrit, dans la suite, la possibilité d’immobiliser ces scènes, par la tension de sa volonté. Elle fit aussi l’expérience opposée, dans laquelle l’image sur laquelle s’était fixé son œil interne, demeurait absolument fixe.
Parfois, enfin, le psychomètre abandonnait son rôle de spectateur muet et passif, l’inertie semblait ne plus exister pour lui, avec la vitesse d’une tempête, infatigable et libre de tout lien terrestre. Dans un état de passivité extraordinaire, il pouvait considérer, pendant des heures entières, les images gracieuses ou repoussantes qui venaient se répéter dans son œil intérieur (1).
Denton avait été affectée, nous dit-elle, dès sa première jeunesse, de rapides visions ; elle les expliquait alors d’une façon très simple qu’elle tenait de sa mère d’ailleurs, en les attribuant à la pression des globes oculaires par l’occlusion des paupières ; mais, lorsque ces phénomènes se furent produits les yeux ouverts, dans l’obscurité, elle dut rejeter sa théorie, et elle reconnut l’action d'un sens interne. La ressemblance entre son état et celui d’un individu magnétisé ou d’une somnambule la frappa ; et, lorsque les écrits du professeur Buchanan sur la psycliométrie furent venus à sa connaissance, elle fit en secret la tentative de reconnaître l’expéditeur d’une lettre en la mettant sur son front, dans l’obscurité. Elle prépare un paquet de lettres près de son lit, se couche, éteint la lumière, et en prend une au hasard qu’elle met sur son front ;
(1) Ces derniers mots nous font ressouvenir du corps astral ou éthéré, sur la théorie duquel s’étend, entre autres, Cari du Prel, d’une façon très explicite {Monis. Seelenhere. chap. vii-xii.)
elle voit aussitôt apparaître l’image d'un ami intime, en train d’écrire à une table : — elle croit sa tentative réussie, fait do la lumière, et, ô déception ! la lettre qu’elle tenait entre ses mains était celle d’un ouvrier, bien différent sous tous les rapports de l'ami qu’elle avait aperçu ! Elle s’endort découragée. Mais le lendemain matin que découvre-t-elle ? Que la lettre qui avait servi à l’expérience se trouvait dans le paquet au-dessus d’une autre, envoyée par l’ami auquel elle avait pensé La trace d’une plus puissante personnalité intellectuelle s’était imprimée sur l’enveloppe voisine. Elle renouvela son expérience dans la suite, et la réussit toujours.
Ces visions sont-elles perçues à la lumière du jour ou dans l’obscurité ? Plus l’obscurité est parfaite, moins la vue externe est possible, plus la vue interne, la vision est précise, dit M“® Denton. — Ceci nous rappelle les expériences de Reichenbach. Quelles peines ce chercheur ne prenait-il pas pour extraire tout rayon lumineux de son cabinet noir ? Mme Denton raconte cependant un cas de vision diurne ; ce fut la perception momentanée, sur un quai de chemin de fer, d’un wagon rempli de voyageurs, le wagon passa, en effet, au bout d’un instant devant ses yeux, mais vide ; ses voyageurs avaient profité de l’arrêt du train, et, lorsqu’ils remontèrent en voiture, elle put constater l’identité de leurs visages avec ceux de son halluciaation.
M“® Denton ne reconnaît pas la nécessité d’une magné- tisation pour faire atteindre au cerveau ou à ses organes annexes le degré de sensibilité nécessaire. Si l’hypnotiseur connaît la provenance de l’objet expérimenté, il transmettra presque sûrement sa connaissance au sujet et dès lors, il n’y aura plus de psychométrie proprement dite; s’il ne la connaît pas, le sensitif se trouvera toujours dans un état d’esprit analogue au sien, et ses capacités personnelles n’en pourront qu’être affaiblies.
LA MAGIE ET L’iIYPNÔSE
Dans ses réponses aux interrogatoires circonstanciés que lui fait subir son mari, M™® Denton insiste sur la multiplicité des objets qui se pressent devant les yeux du psychomètre, en bien plus grande quantité qu’il ne faudrait, pour en saisir les détails. La lumière qui les éclaire est semblable à la lumière ordinaire, se réflé- chissant et se diffusant comme elle ; si cette dernière est très intense, ou que la première tombe directement sur le visage du sujet, les visions en sont légèrement obscurcies. Un même objet expérimenté peut donner lieu à des spectacles éclairés de façons très différentes. Enfin il faut encore noter le report entier du psychomètre au lieu et au temps de ses visions; la soudaine transformation du « là-bas et autrefois » de son langage ordinaire en le « ici et maintenant » de ses descriptions est ressentie par lui, parait-il, comme une secousse électrique.
Une autresériede questions s’alignent quant au rôle de l’ouïe en psychométrie. Denton, qui n’a pas l’oreille extraordinairement fine, dit avoir souvent entendu la conversation de personnes éloignées de quarante ou cinquante lieues de l’endroit où elle se trouvait ; mais elle ne peut davantage établir de différence entre ces deux modes d’audiences qu’entre ceux de la vision. Enfin elle termine ses réponses par des considérations générales sur les avantages moraux que la société peut retirer de la psychométrie, en acquérant ainsi une plus juste notion de la manière dont se reflète et se perpétue chaque action, chaque parole, chaque pensée même. Pour conclure, nous donnerons la parole à Denton luimême, qui va nous résumer le résultat de ses longs et patients travaux (1).
« Il semble que, de même qu’il y a un univers matériel, il y a un univers spirituel, c’est-à-dire un
univers qui contienne tout ce qui est comme tout ce qui a été. Ici sont les montagnes qui furent enfouies avant que les Alpes et les Andes n’aient émergé ; tous les fleuves qui en descendaient se retrouveront là, depuis le clair ruisseau qui sort des hauteurs boisées jusqu’au courant majestueux qui verse ses flots dans un lac ou dans un océan. Là sont les polypes, qui élevèrent du fond des eaux leurs pétrifications arborescentes, et les lis de mer, dont les tiges se courbaient autrefois, comme ondulent aujourd’hui les épis de nos plateaux. Toutes les fleurs qui s’épanouirent jamais, tous les oiseaux qui jamais chantèrent, ces feuilles bruissantes etees insectes exigus qui rampent sur elles tout est là. Rien n’est assez peu important pour n’être pas conservé.
« Là sont aussi les aïeux cuivrés, qui, aux époques disparues, parcouraient la surface de ce continent, ehassant le buffle des prairies, perçant les poissons de leurs lances, et les cerfs de leurs flèches de silex. Les Aztèques avec leur religion sanguinaire, les doux Toltèques, qui les précédèrent et étendirent leurs migrations de Mejico au Lac Supérieur, et qui creusaient des mines de cuivre mille ans avant qu’aucun Espagnol ait mis le pied sur ce pays ; chaque œuvre qu’ils édifièrent, chaque mouvement qu’ils entreprirent, chaque parole qui tomba de leurs lèvres est là. Là est l'Egypte avec ses millions de travailleurs, qui, dans le crépuscule gris des temps, ouvrent les galeries de ses labyrinthes, élèvent les pyramides aériennes ; là, toutes les hordes qui des champs de l’Asie centrale roulent vers l’Europe sylvestre, et la saccagent, selon le droit du plus fort.
« Et tout ce qui existe est directement perceptible pour nous. Nous voyons les montagnes et observons le cours des fleuves , nous plongeons dans les abimes des océans siluriens et en considérons les habitants ; nous chassons avec les Indiens, voguons dans leurs canots et nous reposons dans leurs wigwams; nous entendons
les coups de pioche au fond des mines du Lac Supé- rieur, et nous apercevons un passé qui nous semblait intangible pour toujours.
« Ainsi la psychométrie satisfait presque entièrement notre soif de science, et d’une façon plus agréable et plus facile que ne le sont les méthodes actuelles. Une relique de Shakespeare nous donnerait, en l’espace d’une demi-heure, plus de documents sur lui que n’en ont pu découvrir ses biographes en deux siècles. Un caillou des rues de Jérusalem est une bibliothèque qui contient toute l’histoire du peuple juif. J’ai vu comment un peu de râclure d'un couteau de cuivre dévoilait à un enfant toute l’histoire du lac Supérieur (je ne doute pas de sa véracité, vu la concordance des récits de psychomètres absolument indépendants). Les faits les plus cachés des temps préhistoriques arrivent à la lumière : nous n’avons, pour les découvrir, qu’à employer notre vue spirituelle.
« L’histoire de beaucoup de nations dont nous n’avons jamais entendu parler est à écrire ; et celle de toutes les autres est à récrire au lieu des fables qui ont cours depuis si longtemps. Avec un fragment d’Egypte, gros comme un pois, nous pouvons apprendre plus de choses sur les Pharaons, que tous les hiéroglyphes ne nous en diront, ou que si Champollion et Lepsius nous avaient légué leur science. Un morceau de brique babylonienne peut ressusciter les anciens habitants des bords de l’Euphrate et faire passer devant nos yeux l’Assyrie d’il y a quatre mille ans.
« La psychométrie peut reculer les bornes de toute science. Les hommes de science vont tout à l’heure la considérer avec quelque dédaigneuse prévention, sinon avec une hostilité déclarée. »
« Cependant son emploi par un homme exempt de préjugés contenterait les plus sceptiques. Denton s’en
est servi, dès 1860, en Pensylvanie, pour l’élude de la géologue, et avec un succès toujours croissant : elle rendrait de plus grands services encore, appliquée à l’astronomie,
a Mais il ne faut pas se figurer que ces résultats puissent être atteints sans recherches longuement prolongées et soigneusement conduites. Un moyen de contrôle intéressant quand on suit les progrès d’un psychomètre, de confronter ses dires avec ceux d’un assistant qui connaisse la provenance de l’échantillon expérimenté. J’ai remarqué que bien des détails importants passent encore inaperçus du psychomètre au bout de cinq ou six essais. La plus grande prudence dans les assertions et dès lors recommandée, si les dires du sujet ne peuvent pas être vérifiés, ou qu’ils ne le peuvent être que par confrontation avec ceux d’autres sujets. Pour certaines recherches, il vaut mieux que le psychomètre ne connaisse pas la provenance de l’échantillon; mais la plupart du temps, plus sa culture est développée, meilleurs et plus authentiques sont les résultats. Si Sherman avait eu en anatomie comparée les connaissances d’Owen, ou celle de l’Américain Gray en botanique, ses descriptions eussent été bien précises et auraient convaincu, par leur concordance avec des faits connus, même les sceptiques endurcis »
« La psychométrie nous met à même de rendre justice à une classe d’hommes qui ne l’avaient pas obtenue jusqu’alors. Je veux dire les sensitifs, ce petit peuple parmi l’humanité, qui voient ce que les autres ne peuvent pas apercevoir; qui fuient des personnes ou des lieux sans pouvoir donner la raison de cette répulsion. Il en est parmi eux qui ne peuvent rester dans un coupé de chemin de fer s’ils ne sont assis près de la fenêtre, et qui défaillent dans les églises ou dans les assemblées. D’autres ne peuvent pas dormir s’ils n’ont la tête
dirigée vers le nord ; le contact du cuivre et du laiton leur est désagréable. Cette classe d’hommes est destinée, avec quelques soins, à fournir de très bons psychomètres ; les asiles d’aliénés renferment les meilleurs d’entre eux qui, avec un traitement convenable, auraient pris rang parmi les plus nobles pionniers de la science.
« Lafemme, naturellementplus sensitive que l’homme et qui est sans doute redevable, sans qu’elle s’en doute, de maintes notions à ses facultés spirituelles, peut attendre beaucoup de la psychométrie. Au lieu de passer son temps à tracer des caricatures de la nature humaine ou à en lire — les dix-neuf vingtièmes des romans ne sont pas autre chose, — elle peut apprendre la véritable histoire du genre humain, elle peut faire défiler à son gré devant ses yeux les événements du passé, revivre la vie des peuples disparus. Quelle fiction peut valoir ces réalités ?
tt II est impossible que les facultés psychométriques ne puissent être utilisées que par une petite partie d’entre nous. La mort ne doit pas éteindre cette lumière divine qui éclaire sans doute un avenir comparable seulement au passé qu’elle nous a découvert.
« Voici un palais magnifique dont l’édification, l’agrandissement et l’ornementation ont dû occuper les architectes un temps infini. Voici des salles dignes d’être peuplées par les anges, et des aménagements multiples, disposés pour la plus grande commodité de ceux que leur bonne chance conduit dans cette demeure. Ce bâtiment devra-t-il être rasé alors qu’à peine un être sur mille en aura joui ? Non ; ces propriétés de notre esprit sont pour nous une preuve de l’existeaco d’un monde spirituel, à qui elles se rattachent, et dans lequel la vie se continuera, avec de plus heureux rapports. Ce que le psychomètre perçoit ici-bas pour peu de temps et avec quelque difficulté, nous pourrons un jour le contempler
avec recueillement et en retirer notre progrès et notre bonheur »,
C’est ainsi que Denton s’enthousiasme pour les conséquences futures de ses expériences. Ce qu’il y a de certain, c’est que la psyohométrie est le premier essai d’une puissance endormie jusqu’alors en nous-mêmes ; et dont l’action ouvre [devant le regard du chercheur électrique un horizon immense : une nouvelle piste pour les chasseurs de la science, de nouvelles mines pour les chercheurs de vérité.
Tel est l’état actuel de nos connaissances, par rapport à la psychométrie. Depuis la publication de notre première étude (mars 1892), des expériences furent tentées dans ce sens au groupe indépendant d’Etudes ésoté- riques, par deux membres du groupe fermé de Magie pratique (1).
VISION ASTKALE DANS LE PASSÉ (2)
« Le 16, à 4 heures et quelques minutes, j’ai vu chez moi, dans un salon d’attente que je traversais, un druide, couronné de verdure, vêtu de la tunique blanche armé de la baguette surmontée du croissant en forme de faucille, et, ce qui me surprit le p'us, ce fut de le voir à l’ordre d’App.'. Mac.'. La vision souriante, a duré plus de trente secondes.
« Voici dans quelles circonstances cette vision s’est produite. J’ai profité du lô, jour anniversaire de ma 61® année, pour réunir quelques personnes afin de pendre la crémaillère et inaugurer la nouvelle salle des séances, puisque, comme vous le savez, du 3 je pasais au 6. Il y avait une dizaines de personnes toutes amies, étudiant ou le spiritisme ou l’ésotérisme, je leur
(1) Sédir. Almanach du Magiste
(2) Initiation, juillet 1895.
expliquai prsitiquement la cérémonie des Celles quand le druide bénissait la nouvelle demeure. Je vous envoie le canevas et vous verrez que, représentant le Druide dans la cérémonie, j’étais tout préparé pour une manifestation de l’astral. Vous savez que tous les jours j’étudie la culture psychique et me mets en communication avec l’astral.» {D' Il. Girgois).
§ 3. — Psychométrie collective. — Expérience du Théurge
Philippe.
Il est possible dans certain cas et lorsqu’on possède une très grande action sur le monde invisible de faire consciemment percevoir une imago astrale à toute une assemblée.
Nous avons vu réaliser ce phénomène plusieurs fois devant nous par le théurge Philippe à Lyon et nous allons citer un de ces faits pour nos lecteurs.
VISION DANS LE PASSÉ (1)
Nous extrayons ce récit d’un compte rendu des cours de l’Ecole de Magnétisme de Lyon, dirigée par le pro fesseur Philippe,
Une personne demande au maître pourquoi ce Dieu si bon tolérait les révolutions et la guerre, où tant de malheureux succombaient et mouraient sous le feu des fusils et dos canons et périssaient par les bayonnettes.
Acette question le maître répond : «Mais vousnevous « souvenez donc pas du jour où je vous ai expliqué que « la mort n’était effrayante que pour ceux qui entouraient « le sujet devant disparaître du nombre des mortels ? — « Ne m’avez-vous pas demandé la preuve de ce que je « vous disais ? Ne vous ai-je pas dit qu’un cliché se
(1) Initiation, décembre 1895.
« présentait à vous, et vous, comme une automatique « machine, vous exécutiez les décrets de Dieu. Je vous « expliquerai ce que devient ce cliché après le temps « déterminé.
« Ne m’avez-vous pas demandé si on verrait un jour « la fin des choses ? Et je vous ai répondu à ce sujet. — « Ne m’avez-vous pas demandé ce qu’était un cliché ? Je «vous l’ai dit. — Ne m’avez-vous pas demandé encore « si vous pourriez entendre des voix et de la musique « partant d’un cliché ? Ne vous souvenez-vous pas de « celui de la bataille de Waterloo, comme si cette joura née mémorable se fût passée en votre présence et sous « vos yeux ? Quelques-uns parmi vous, n’ont-ils pas vu « et tous parfaitement entendu ? Vous vous rappelez « les cris, les grincements de dent des malheureux bles- « sés ; n'avez-vous pas senti la poudre brûlée et vu sa « fumée ? Tous ceux qui étaient à cette séance n’ont-ils « pas entendu le roulement des tambours, les coups de « canons et la fusillade? — Vous me demandez si les « blessés souffrent encore depuis ce temps, — en effet « c’est votre droit, mais je ne dois pas aller si loin ; — « sachez bien qu’ici-bas pas plus que dans les autres « mondes ou autres terres, tout a une vio et que la mort « n’est qu’apparente et n’est en réalité qu’une métamor- « phose. Le cliché de Waterloo n’est pas mort, il a été « fait au commencement et durera toujours en se modi- « fiant, il est vrai, mais il est vivant et n’a pas été créé « seulement pour nous, mais aussi pour d’autres peuples, « d’autres mondes et d’autres terres.
« Tous ceux qui ont apporté la parole de Dieu vous « ont dit qu’il est bon et juste ; ils vous ont défendu de « juger ses œuvres, et vous, lorsque vous serez justes, « vous comprendrez que vous n’avez pas à juger ses « œuvres, car vous les trouverez justes. — Si vous êtes « plus justes encore, vous vivrez par lui et pour lui.
« S’il vous a été donné de voir et d’entendre et que
LA MAGIE ET L’ilYENOSE
« votre curiosité soit satisfaite, vous devez payer, mais « payer plus que vous pourrez. — Je veux dire que tous (f vous faites ce que vous pouvez pour bien faire à Tégard « de l’amour que vous devez à votre frère, afin de « rendre le bien pour le mal ; mais, si vous réfléchissez « bien, vous reconnaîtrez que vous auriez encore pu « mieux faire : c’est pourquoi je vous dis qu’il faut « payer plus que vous ne le pouvez. »
§ 4. — Image astrale du présent.
LA TÉLÉPATHIE
Si la Psychométrie a été peu étudiée par les savants contemporains il n’en est pas de même de la Télépathie ou Vision des Images astrales se rapportant à des faits du présent indépendamment de la distance.
C’est-à-dire qu’une mère étant à Londres alors que son fils est aux Indes, s’il arrive un accident à ce fils, la mère aura tout à coup à Londres, la vision de ce qui survient au même instant aux Indes. L’apparition consiste soit simplement dans l’image du fils blessé ou mort, soit dans la vision de la scène tout entière de l’accident, suivant le rapport plus ou moins intense de la voyante avec le plan astral.
Delà le nom de Fantômes des vivants (Phantasms of Livings) donné à ces faits par les Anglais et d’hallucinations télépathiquesi télé loin, patere sentir) donné à ces faits par quelques savants français. Ce dernier terme est détestable à cause du mot « Hallucination » qui est sujet aune foule de définitions contradictoires; le mot Télépathie ou fait télépathique est acceptable à la grande rigueur pour les profanes. Mais l’occultiste qui connaît la véritable raison d’être de ces faits n’hé- sitera jamais à y voir une image astrale quel que soit le nom qu’on lui donne par ailleurs.
Comme cette image astrale est en rapport au présent elle constitue un fait d’ordre télépathique, ce qui éclaircira la lampation, mais elle n’en restera pas moins une image astrale.
Voici quelques expériences qui indiquent la clef des visions télépathiques.
ESSAIS DE TRANSMISSION HYPERPHYSIQUE DE LA PENSÉE
communiqués par ANTOINE SCHMOLL
[Le Sphynx, III, 14 février 1897). — Traduit de l'allemand par Yvon le Loup
Les Essais suivants furent tous tentés le soir, à la lumière, chez moi (ni, avenue deVillers, à Paris ), avec le concours de M. Etienne Mabire, officier de marine en retraite, de Mlle Louise M., et de ma femme. Un jeune officier, M. D., a, de plus, assisté à notre première séance. Nous expérimentions dans la salle à manger dont le dessin ci-dessous (fig. 1) représente l’arrangement intérieur.
Nous opérâmes de la manière suivante : la personne désignée pour recevoir l’impression des sujets d’expé- rience (dessins ou objets matériels) s’asseyait tournant le dos aux autres dans le coin P de la chambre, où on lui bandait les yeux. Pour la clarté, je nommerai cette personne la Passive; parce que son rôle se réduit à ceci ; recevoir des impressions psychiques, — pendant que la tâche des autres personnes, les Actives, consiste à faire naître ces impressions par la concentration du regard et un vouloir énergique. — Sur la fig. n° 1, P désigne donc la personne passive, et A A les actives. Je dirai cependant qu’au cours des trois premières expériences, deux personnes actives agissaient seulement, placées en a, a. O est l’objet ou le dessin constituant le corps de
Original ■ Ima^e
OriÿLnaZ lT?ioffe
Fig8
K
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A
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OrigüiaZ Images
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Original
lTTiag&.
l’expérionce. La lampe L est posée sur une suspension. Les flèches donnent la direction du regard.
Après que la personne passive s’est commodément assise dans le coin P, distant d’environ trois mètres de la table, et qu’on lui a bandé les yeux, un des actifs dessine une figure quelconque, en gros traits, sur une feuille de papier blanc, que l’on pose aplat sur la table, en O. Cependant, nous reconnûmes cette manière de procéder défavorable à la réussite de l’expérience, et à notre sixième essai nous posâmes verticalement le dessin. D’autre part, comme il a été dit plus haut, les actifs dont les regards, partant de AA pour aboutir en O, se croisaient à angle droit, furent placés sur une même ligne en A, les uns à côté des autres, de manière à réaliser la plus petite divergence possible entre les directions des regards.
Le bandeau qui ferme le.s yeux ne doit pas être serré trop fort, sinon la pression sur les globes oculaires occasionne un scintillement qui s’oppose à la production d’un bon résultat. Ce bandeau n’a pour but que d’empêcher la vision directe, et, pour ce faire, une puissante pression n’est pas nécessaire. De même, le passif était instamment invité à ne fermer les yeux qu’à demi pour ne pas fatiguer les muscles orbiculaires.
Les sept dernières expériences furent faites sur des objets matériels; dans ce cas, il est de toute nécessité qu’aucun autre objet ne soit à voir sur la table, qui puisse intluencerla pensée des actifs. (Cf. 14® expér.)
Pendant les expériences, un parfait silence règne dans la chambre ; les actifs regardent incessamment l’objet, et concentrent toute leur force de volonté sur le désir de produire, devant les yeux obscurés du Passif, uife image sensible. — On avait recommandé à ce dernier de s’abandonner tout entier à l’attente passive d’une vision, par conséquent d’éviter soigneusement tout effort de l’esprit tendant à se représenter la forme de l’objet.
Il va de soi qu’avunL d oter le bandeau des yeux de la personne passive, l’objet était caché, excepté en cas d’insuccès, si aucune impression n’avait été produite. Les objets d’expérience étaient posés sans aucun bruit sur la table ; celle-ci était d’ailleurs recouverte d’un épais tapis, le passif ne pouvait percevoir le moindre choc à la mise en place de ces objets.
A la fin de la séance on rédigeait une minutieuse description du cours et des particularités des phénomènes.
Voici quelques renseignements sur les personnes présentées : Mlle Louise M..., âgée de 25 ans, est vive et gaie; ma femme âgée de 39 ans, est d’un tempérament tranquille ; M. Mabire, 59 ans, est sérieux, réfléchi, circonspect en ses jugements. Quant à moi, j’ai 43 ans, et suis d’une constitution normale, sauf une nervosité excessive.
Dès le commencement, il fut convenu entre nous que chacun se garderait très soigneusement des illusions et particulièrement d’exagération à l’égard des résultats obtenus. Nous voulions simplement savoir à quoi nous en tenir sur cette question, et une amplification complaisante des résultats nous y eût peu aidés.
Nous n’avons pu d’ailleurs, jusqu’à maintenant, acquérir la preuve que l’un de nous soit prédisposé à devenir médium ou somnambule. Plusieurs essais typtologiques, que nous fîmes ces derniers temps, sont demeurées loutà fait sans résultat. Un médiumnimisme possible, s’il existe chez l’un de nous, n’est donc pas encore arrivé au terme de son développement. Aucun de nous n’était sceptique à l’endroit des phénomènes psychiques en général ; mais aussi si nous ne nous sentions pas autorisés à nier ces précédents, que des savants compétents affirment avoir constatés, nous penchions cependant plus ou moins à considérer la plupart de ces phénomènes comme étant d'une nature subjective.
On trouvera plus loin le récit de la production d’images matérielles qui se jouaient devant les yeux fermés du passif ; on ne perçoit rien pendant plusieurs minutes, un quart d'heure même. Puis apparaît dans le champ de vision un reflet lumineux de forme indé- terminée ; cette image confuse semble progressivement se concréter ; elle disparaît et réapparaît à des intervalles de plus en plus courts ; on commence à saisir des formes qui se précisent de minute en minute, jusqu’à ce qu’enfîn on se dise : « Je crois maintenant voir ce
Quand un essai semblait ne pas devoir réussir, le Passif se rapprochait de nous, les yeux toujours bandés, et donnait la main à deux des actifs, pendant que le troisième fermait 1a chaîne. Mais il ne semble pas que ce procédé, parmi nous du moins, ait été de quelque efficacité. L’intensité des images n’en était pas sensiblement augmentée, et quand aucune n’était apparue précédemment, nous n’obtenions pas de meilleur résultat après la formation de la chaîne.
Pour finir, disons encore qu’il n’y avait pas de différence essentielle dans les aptitudes des expérimentateurs à la lecture de la pensée, et qu’au cours des expériences, cette faculté ne fit de remarquables progrès chez aucun de nous.
Actifs : M. Mabire, le lieutenant D..., Mme Schmoll.
Passif: A. Schmoll.
Objet :\]ne paire de lunettes en or est posée sur la table.
Résultat : Atteint après huit à dix minutes : « Je vois quelque chose comme un pétillement d’étincelles, ou comme des éclairs de petite longueur. »
Remarque. — Les Actifs, d’un commun accord, at-
tribuérent cette vision à la réflexion des rayons lumineux, qui, par suite de l’éclairage oblique, étaient renvoyés dans leurs yeux.
Actifs : M. Mabire, Mlle Louise, Mme Schmoll.
Résultat : Après dix minutes : « Je vois quelque chose de rond, un cercle, dont le contour semble se ré- trécir du dehors au dedans. » Après une pause : « Le mouvement cesse, c’est une forme ronde ou plutôt elliptique. »
Remarque. — M. Mabire avait d’abord dessiné le contour extérieur de la figure, l’épaississant ensuite au dedans par de grands traits de plume.
III. — Même soir.
Passif :M. Mabire.
Objet: Un canif posé sur la table.
Résultat: Manqué; après un quart d’heure, M. Mabire ôte le bandeau, et déclare, après avoir vu l’objet, que sans percevoir aucune forme il ax'ait involontairement pensé à un canif ; il regrette ne pas avoir dit cela avant d’enlever son bandeau.
IV. — Même soir.
Actifs : Mlle Louise, M. Mabire, Mme Schmoll.
Résultat : Après un quart d’heure : « Cela semble un éventail chinois, en bambou ; on dirait aussi un
cœur dont la pointe s’allonge en tige », et je dessinai, sans avoir vu l’original, l’image de la figure 3.
Remarque. — Je voyais clairement l’objet symétriquement dédoublé.
Actifs : Mlle Louise, M. Mabire, Mme Sslimoll.
Résultat: « Je vois quatre cercles tangents... Non, ce sont deux 8 qui se croisent à angle droit. » Après une pause de quelques minutes, pendant laquelle la chaîne est formée : « Maintenant je ne vois plus que la moitié de la figure précédente. » Sur quoi je dessinai l’image de la figure 4.
Objet : Figures.
Résultat ; (t Ce que je vois me rappelle une spirale nébuleuse ; je ne peux pas très bien le décrire, mais je vais essayer de le dessiner. »
Actifs : M. Mabire, Mme Schmoll, Schmoll.
Passive : Mlle Louise.
Résultat : «Je vois deux lignes droites qui forment un angle tantôt tourné en bas comme un A, tantôt en haut comme un V. » (Pause de plusieurs minutes). « C’est singulier I je vois maintenant les deux figures réunies parleur pointe. » Mlle Louise enlève alors le bandeau et dessine l’image de la figure fi.
VIII. — Même soir.
Passif Mabire.
Résultat ; « Ce n’est pas très précis ; c’est difficile à décrire; je vois une rangée d’angles obtus décroissante, emboîtés les uns dans les autres ; cela me rappelle les chaînes de montagnes, comme elles sont dessinées sur les cartes géographiques. » M. Mabire trace alors l’image de la figure 7.
IX. — Même soir.
Actifs : Mlle Louise, M. Mabire, Mme Schmoll.
Résultat : Après un quart d’heure : Je vois deux lignes claires divergentes, tout à fait semblables à celles que l’on voit à l’ouest du double cratère de Messier (Lune.) » (Trois minutes de pause.) « Maintenant, ce sont deux angles aigus, presque droits, emboîtés l’un dans l’autre.» Je dessinai les deux images de la figure 8.
Remarque. — La ligne verticale de l’original ne fut donc pas vue.
X. — Même soir.
Actifs ; Mlle Louise, M. Mabire, Schmoll.
Passive ; Mme Schmoll.
Résultat ; « Je vois un objet ovoïde, très petit, avec un point au milieu. » (M"® Louise et moi répondons par un éclat de rire, tandis que M. Mabire garde son sérieux.) Mais Mme Schmoll se reprend aussitôt, et dit : « Vous devez bien avoir raison, car maintenant je vois très clai-
LA r.IAGIE ET L’HYPNOSE
rement quelque chose do tout différent : comme trois angles droits se recouvrant l’un l’autre. » Mme Schmoll ôte son bandeau et dessine les deux figures.
Remarque. — Alors seulement M. Mabire déclare la surprise qu’il a éprouvée à la description de la première figure ; son intention primitive avait été de dessiner non une figure en zigzag, mais la forme rudimentaire d’un œil.
Comme on le voit sur la figure, la deuxième image présente les trois angles droits non l’un à la suite de l’autre, mais l’un dans l’autre. Le nombre et la forme de ces angles sont d’ailleurs restés les mêmes.
Passif: M. Mabire.
Résultat : M. Mabire voit une sorte de demi-cercle, semblable à la queue d’une comète, mais de structure hélicoïdale, comme une nébuleuse cosmique ; il reproduit ce qu’il a vu par l’image de la figure 10.
XII. — Même soir.
Actifs : Mlle Louise, M. Mabire, Schmoll.
Passive ; Mme Schmoll.
Objet : Un poids de 500 grammes en laiton est posé sur la table.
Résultat ;Ce que je vois ressemble à un petit morceau de bougie, sans chandelier ; mais il doit être allumé, car je vois des étincelles à sa partie supérieure.
Remarque. — A la partie supérieure de l’objet, désigné par la flèche, tous les actifs virent des rayons réfléchis dus à l’obliquité de l’éclairage (le poids avait été nettoyé à neuf) ; la forme vue se rapproche sensible-
ment de l’original, si on ne considère que le contour de celui-ci.
XIII. — Même soir.
Actifs ; M. Mabire, Mme Schmoll, Schmoll.
Passive ; Mlle Louise.
Objet : Ma montre en or, sans la chaîne, est posée sans bruit devant nous, le dos tourné vers nous ; le cadran porte des chiffres romains.
Résultat ; Après cinq minutes : « Je vois un objet rond ; mais je ne puis mieux le décrire. Pendantla pause qui suit, je tourne la montre sans faire le moindre bruit; nous voyons alors le cadran. » Aussitôt Mlle Louise s’écrie : « Vous regardez certainement la pendule qui est au-dessus du piano, car je vois très distinctement un cadran avec des chiffres romains. »
Remarque. — De tous les résultats obtenus jusqu’ici, ce dernier est certainement le plus remarquable. Le tictac de la montre n’avait rien pu trahir. Il était impossible aux Actifs, assis tout près, de le percevoir à cause du perpétuel roulement des voitures dans la rue ; et Mlle Louise, assise à trois mètres de là, était, d’autant plus hors d’état de l’entendre.
Actifs ; Mlle Louise, M. Mabire, Mme SchmolL
Objet : Un livre in-8 broché est mis sur la table.
Résultat : Entièrement manqué. Je ne vis rien du tout.
Rema)‘que. — Il avait été négligé, avant le commencement de la séance, de débarrasser la table. Le livre était entouré d’autres objets et par le fait mal éclairé.
XV. — Même soir.
Actifs ; Mlle Louise, M. Mabire, Schmoll.
Passive : Mme Schmoll.
Objet : Une bougie de '20 centimètres de long est posée sur la table.
Résultat : Après huit minutes ; « Je vois bien quelque chose, mais pas assez distinctement pour dire ce que c’est. C’est un objet allongé et blanchâtre. » — « De quelle longueur? » demande M. Mabire. Mme Schmoll nous indique par l’écartement de ses mains la grandeur approximative de l’objet, mais, ne pouvant y arriver avec précision, elle ajoute : « De la longueur d’une grande main, environ 20 centimètres. » Et comme on lui demande quelques détails : « Je ne vois qu’une baguette ; mais à un bout, il doit y avoir de l’or, car il brille quelque chose, m (La bougie n’était pas allumée.
XVI. — Même soir.
Actifs : M. Mabire, Mme Schmoll.
Passive : Mlle Louise.
Objet : Une tasse à thé en faïence est posée sur la table.
Résultat : Après cinq minutes : « Ce n’est pas un dessin mais un objet matériel. Je vois très distinctement un petit vase, un pot ou une tasse. »
XVII. — Même soir.
Passif ; M. Mabire.
Objet : Une griffe est mise sur la table.
Résultat : Après vingt minutes ; « L’image m’apparaît assez confuse; je crois cependant \oir la partie infé-
« rieure d’un bocal. » (Pause.) « Maintenant je ne vois « plus rien. » (Nouvelle pause de cinq minutes.) Main- « tenant je vois une autre forme : deux courbes en « forme d’S placées symétriquement l’une en face « de Pautre. » M. Mabire dessine alors l’image de la figure 12.
Remarque. — La partie inférieure de l’original fut aperçue évidemment d’abord, puis la partie supé- rieure.
XVIII. — Même soir.
Actifs : M. Mabire, Mme Schmoll, Schmoll.
Passiüe ; Mlle Louise.
Objet : Le binocle de M. Mabire.
Résultat : Après cinq minutes : « Je vois deux courbes ouvertes par en haut, et qui ne se touchent pas. « Mlle Louise dessine l’image de la figure 13.
Nous fimes en tout 25 expériences parmi lesquelles sont choisies les 18 précédentes. Les résultats atteints laissent sans doute beaucoup à désirer ; cependant il faut reconnaître que, dans beaucoup de cas, l’image pré- sentait les caractères fondamentaux de l’original, et que dans plusieurs même, elle s’approchait très près de la réalité. — A proprement parler, il n’y eut en aucun cas, de contradiction absolue entre les formes de l’image et celle de l’original. Nous avons pu nous en convaincre par ce fait que les actifs, en concentrant leur regard sur l’objet donné, en projettent une image plus ou moins approchante, sur la rétine spirituelle de la personne passive ; et nous tenons pour certain qu’un simple désir (qu’il ait été inconscient ou intentionné) n’aurait pas donné les ï^ésultats cités plus haut.
Nous continuerons ces expériences psychiques, et espérons que de semblables seront commencées dans d’autres familles, car, avant que la science puisse
arriver à la synthèse de ces phénomènes si peu connus et cependant si importants de la vie animique, il lui faut donner un matériel de faits empiriques le plus complet possible.
Il n’est, à vrai dire, pas si facile que l’on pourrait le croire de trouver dans son entourage quelques personnes qui sachent apprécier la portée de telles expé- riences, et y apporter le sérieux convenable et la persévérance nécessaire ; mais un peu de peine ne doit pas vous contrarier lorsqu’il s’agit d’éclairer des exemples dont l’exacte connaissance nous conduit peut- être à la démonstration physiologique de notre moi transcendantal.
LA VISION IDÉALE
Nous avons fait rentrer dans le cadre des images astrales les visions créées par la suggestion.
En effet, alors que l’expérimentateur qui donne une suggestion à un sujet hypnotisé ne s’inquiète pas du mécanisme intime de ce phénomène, l’occultiste, fidèle à ses habitudes, doit établir la théorie de ces faits par l’alliance intime de la tradition et de son expérience personnelle.
Or, la suggestion est, en dernière analyse, lavitalisation d'une image, d’yne idée sous l’influence du commandement, d’une volonté, (celle du suggestionnaire) aux centres psychiques d’un organisme (celui du suggestionné).
L'image est créée dans le plan astral et c’est dans ce plan que la sensibilité intime du sujet parvient à la percevoir.
Quand je dis au sujet endormi : Vous allez voir une rose sur cette table, je vitalise par mon verbe l’image d’une rose dans le plan astral et cette rose, quoique formée par une simple image astrale, semble a i ssi
réelle au sujet que si elle existait sur le plan physique. Nous ne disons pas qu’il s’agit d’une hallucination ; car l’image de la rose existe réellement bien que dans un plan différent du plan physique. Ce sont là des idées qui sont aussi simples que vraies pour nous et qui ne seront comprises par la science officielle que dans quelques dizaines d’années. Aussi comme il s’agit ici d’une idée vitalisée et qui demeure visible sous l’influence de la suggestion, nous appellerons cela non pas une hallucination, mais une vision d’idée, une 'oisîon idéale (1).
§ 5. — Image astrale se rapportant à l’avenir.
LA VISION PEOPHÉTIQUE
Le plan astral renferme à l’état de clichés ou d’images les tendances des faits de l'avenir aussi bien que les fantômes des faits passés. — Nous disons tendances parce que la volonté humaine pourra toujours modifier un cliché astral en se groupant en mode de collectivité et en spiritualisant cette volonté collective par la Prière et l’union avec la Providence. Il est presque impossible au voyant non exercé de distinguer l’âfiie d’un cliché astral et de savoir si ce cliché se rapporte à l’avenir ou au passé. 11 n’en était pas de même dans l’antiquité, où les écoles des Prophètes fonctionnaient d’après des règles strictes et déterminées. Aussi les visions prophétiques modernes so ressentent-elles de ce manque dedireclion.
Nous choisirons comme exemple une vision se rapportant à un fait particulier. Elle est arrivée à un sceptique qui a constaté le fait et qui n’a pas cru davantage à l’occulte après cette constatation qu’il n’y croyait avant.
( 1) Voy. plus haut des notes études sur la suggestion : Les Sensations d'un ynagnéiisé.
UNE IMAGE ASTRALE
L’excellent périodique que nous avons souvent eu l’occasion de recommander à nos lecteurs, la Revue de% Revues, publie dans son numéro du 15 septembre 1895 le récit suivant dans lequel nos lecteurs au courant de l’occultisme, reconnaîtront ce que la tradition nomme 102 e image astrale.
UN CRIME
A cette époque, il y a de cela quelque dix ans, j’étais magistrat : je venais de terminer la longue et laborieuse instruction d’un crime épouvantable, qui avait porté la terreur dans toute la contrée : jour et nuit, depuis plusieurs semaines, je n’avais vu, en veille et en rêve, que cadavres, sang et assassinat.
J’étais venu, l’esprit encore sous la pression de ces souvenirs sanglants, me reposer en une petite ville d’eaux, qui dort tranquille, triste, morose, sans bruyant casino, sans mail-coachs tapageurs, au fond de nos montagnes vertement boisées.
Chaque jour, je quittais X..., m’égarant à travers les grandes forêts de chênes, mêlés aux hêtres et aux fayards ou bien par les grands bois de sapins. Dans ces courses vagabondes, il arrivait parfois que je m’égarais complètement, ayant perdu de vue, dans l’éclaircie des hautes futaies, les cimes élevées qui me permettaient habituellement de retrouver la direction de mon hôtel.
A la nuit tombante, je débouchais de la forêt sur une route solitaire, qui franchissait ce col étroit entre deux hautes montagnes : la pente 'Hait rapide et, dans la
.t^orge, à côté de la route, il n’y avait place que pour un petit ruisseau retombant des rochers vers la plaine en une multitude de cascades. Des deux côtés, la forêt sombre, silencieuse, à l’infini.
Sur la route, un poteau indiquait que X.., était à dix 'kilomètres ; c'était ma route; mais, harassé par six heures de marche, tenaillé par une faim violente, j’aspirais au gite et au diner immédiats.
A quelques pas de là, une pauvre auberge isolée, véritable halte de rouliers, montrait son enseigne vermoulue : Au rendez-vous des amis. J’entrai.
L’unique salle était fumeuse et obscure : l’hôtelier, taillé en hercule, le visage mauvais, le teint jaune ; sa femme, petite, noire, presque en haillons, le regard louche et sournois, me reçurent à mon arrivée.
Je demandai à manger et, si possible, à coucher. Après un maigre souper — très maigre — pris sous l’œil soup- çonneux et étrangement inquisiteur de l’hôtelier, à l’ombre d’un misérable quinquet, éclairant fort mal, mais répandant, en revanche, une fumée et une odeur nauséabondes, je suivis l’hôtesse qui me conduisit à travers un longcouloir et un dur escalierdans une chambre délabrée située au-dessus de l’écurie. L’hôtelier, sa femme et moi.nousétions certainement seuls dans cette masure perdue dans la forêt, loin de tout village.
J’ai une prudence poussée jusqu’à la crainte, — cela tient de mon métier qui, sans cesse, me faitpenser aux crimes passés et aux assassinats possibles. — Je visitai soigneusement ma chambre, après avoir fermé la porte à clef ; un lit, — plutôt un grabat, — deux chaises boiteuses et, au fond, presque dissimulée sous la tapisserie, une porte munie d’une serrure sans clef. J’ouvris cette porte : elle donnait sur une sorte d’échelle qui plongeait
dans le vide. Je poussai devant, pour la retenir si on tentait de l’ouvrir en dehors, une sorte de table en bois blanc, portant une cuvette ébréchée, qui servait de toilette : je plaçai à côté une des deux chaises. De cette façon on ne pouvait ouvrir la porte sans faire de bruit. Et je me couchai.
Après une telle journée, comme bien on pense, je m’endormis profondément. Tout à coup, je me réveillai en sursaut : il me semblait que l’on ouvrait la porte et que, en l’ouvrant, on poussait la table : je crus même apercevoir la lueur d une lampe, d'une lanterne ou d’une bougie, par le trou resté vide de la serrure. Comme affolé, je me dressai, dans le vague du réveil, et je criai : « Qui est là? » Rien ; le silence, l’obscurité complète. J’avais dû rêver, être le jouet d’une étrange illusion.
Je restai de longues heures sans dormir, comme sous le coup d’une vague terreur. Puis la fatigue eut raison de la peur et je m’endormis d’un lourd et pénible sommeil, entrecoupé de cauchemars.
Je crus voir, je vis dans mon sommeil cette chambre, où j’étais : dans le lit, moi ou un autre, je ne sais ; la porte dérobée s’ouvrait, l’hôtelier — entrait, un long couteau à la main ; derrière, sur le seuil de la porte, sa femme debout, sale, en guenilles, voilant de ses doigts noirs la lumière d’une lanterne ; l’hôtelier, à pas de loup, s’approchait du lit et plongeait son couteau dans le cœur du dormeur. Puis le mari, portant le cadavre par les pieds, la femme, le portant par la tête, tous deux descendaient l’étroite échelle : un curieux détail, le mari portait entre ses dents le mince anneau qui tenait la lanterne, et les deux assassins descendaient l’escalier borgne, à la lueur terne de la lanterne. Je me réveillai en sursaut, le front inondé d’une sueur froide, terrifié. Par les volets disjoints, les rayons du soleil d’août inondaient la chambre : c’était sans doute la lueur de la lanterne, je vis l’hôtesse seule, silencieuse, sournoise.
et je m’échappai joyeux, comme d’un enfer, de cette aulDerge borgne, pour respirer sur le grand chemin poudreux l’air pur des sapins, sous le soleil resplendissant, dans les cris des oiseaux en fête.
Je ne pensais plus à mon rêve. Trois ans après, je lus dans un journal une note à peu près conçue en ces termes : « Les baigneurs et la population de X..,, sont très émus de la disparition subite et incompréhensible de M. Victor Arnaud, avocat, qui, depuis huit jours, après être parti pour une course de quelques heures dans la montagne, n’est point revenu à son hôtel. On se perd en conjectures sur cette incroyable disparition. »
Pourquoi un étrange enchaînement d’idées ramenat-il mon esprit vers mon rêve, à mon hôtel ? Je ne sais mais cette association d’idées se souda plus fortement encore quand, trois jours après, le même journal m’apporta ces lignes que voici ; « On a retrouvé en partie les traces de M. Victor Arnaud. Le 24 août au soir, il a été vu par un roulier dans une auberge isolée : Au rendez-vovs des amis. 11 se disposait à y passer la nuit ; l’hôtelier, dont la réputation est des plus suspectes, et qui, jusqu’à ce jour, avait gardé le silence sur son voyageur, a été interrogé. Il prétend que celui-ci l’a quitté le soir même et n’a point couché chez lui. Malgré cette affirmation, d’étranges versions commencent à circuler dans le pays On parle d’un autre voyageur — d'origine anglaise — disparu il y a six ans. D’autre part, une petite bergère prétend avoir vu la femme de l’hôtelier, le 26 août, lancer dans une mare cachée sous bois des draps ensanglantés. Il y a là un mystère qu’il serait utile d’éclaircir. »
Je n’y tins plus et, tenaillé par une force invincible qui me disait malgré moi que mon rêve était devenu une réalité terrible, je me rendis à X...
A X..., les magistrats, saisis de l’affaire par l’opinion publique, recherchaient sans donnée précise. Je tombai dans le cabinet de mon collègue, le juge d’instruction, le jour même où il entendait la déposition de mon ancienne hôtelière. Je lui demandai la permission de rester dans son cabinet pendant cette déposition.
En entrant, la femme ne me reconnut pas très certainement : elle ne prêta même nulle attention à ma présence.
Elle raconta que, en effet, un voyageur, dont le signalement ressemblait à celui de M. Victor Arnaud, était venu le 24 août au soir, dans son auberge, mais qu’il n’y avait point passé la nuit. Du reste, avait-elle ajouté, il n’y a que deux chambres à l’auberge et, cette nuit-là, toutes toutes deux ont été occupées par deux rouliers, entendus dans l’instruction et reconnaissant le fait.
Intervenant subitement : « Et la troisième chambre, celle sur l’écurie ? » m’écriai-je,
L’hôtelière eut un brusque tressaillement et parut subitement, comme en un soudain réveil, me reconnaître. Et moi, comme inspiré, avec une audacieuse effronterie, je continuai : « Victor Arnaud a couché dans cette troisième chambre. Pendant la nuit, vous êtes venue avec votre mari, vous tenant une lanterne, lui un long couteau ; vous êtes montés par l’échelle de l’écurie, vous avez ouvert une porte dérobée qui donne dans cette chambre : vous, vous êtes restée sur le seuil de la porte pendant que votre mari est allé égorger son voyageur afin de lui voler sa montre et son portefeuille. »
C’était mon rêve de trois années que je racontais : mon collègue m’écoutait ébahi : quant à la femme, épouvantée, les yeux démesurément ouverts, les dents claquant de terreur, elle était comme pétrifiée.
« Puis, tous deux, ajoutai-je, vous avez pris le
cadavre, votre mari le tenant par les pieds, vous le tenant par la tête ; vous l’avez ainsi descendu par l’é- chelle. Pour vous éclairer, votre mari portait l’anneau de la lanterne entre ses dents. »
Et, alors, cette femme, terrifiée, pâle, les jambes se dérobant sous elle : « Vous avez donc tout vu? »
Puis, farouche refusant de signer sa déposition, elle se renferma dans un mutisme absolu.
Quand mon collègue refit au mari mon récit, celui-ci, se croyant livré par sa femme, avec un affreux juron :
Mon rêve était donc bien devenu une sombre et terrifiante réalité.
Dans l’écurie de l’hôtel, sous un épais tas de fumier, on retrouva le cadavre de l’infortuné Victor Arnaud et, à côté de lui, des ossements humains, peut-être ceux de l’Anglais disparu six ans auparavant dans des conditions identiques et tout aussi mystérieuses.
Et, moi, avais-je été voué au même sort ? Durant la nuit où j’avais rêvé, avais-je réellement entendu ouvrir la porte masquée, avais-je réellement vu de la lumière par le trou vide de la serrure ? Ou bien, tout n’avait-il été que rêve, imagination et lugubrepressentiment ? Je ne sais, mais je ne puis songer sans une certaine terreur à l’auberge louche perdue le long du grand chemin, au milieu des grands bois de sapins, et jurant si étrangement avec la belle nature, avec le ruiseau aux cascatelles murmurantes, dont les gouttelettes étincellent comme des diamants au soleil.
Alexandre Bérard.
UN RÊVE RÉVÉLATEUR (tÉLÉPATIIIE) (1)
Le Rév. Char. Denyer, baptist ministerà Cradock et président, les dernières années de sa vie, de TUnion Baptiste en Afrique méridionale, mourut subitement, dans la rue, en allant faire ses devoirs religieux un
M. Denyer était élève du Rév. M. Guriers’s College, en Angleterre, avait à peu près trente-quatre ans et était un des pasteurs les plus dévoués de la colonie.
Illaissa une veuve et quatre petits enfants. Je suis heureux de dire qu’une somme considérable fut apportée par l’assistance à sa famille. La ville que j’habite est à 3,000 lieues de Cradok.Dans mon église, je possède le frère de M. Denyer, un jeune homme devingt-cinq ans.
Son nom est James Denyer, et il est employé dans une compagnie de mines de Beers. M. James Denyer est un homme d’une santé robuste et d’un caractère tout ce qu’il y a de plus droit et digne de foi.
James travailla toute la nuit, le jour que son frère mourut.
Premier rêve
Jeudi matin 21 mai, entre sept et neuf heures, il rêva qu’il était dans son salon où se trouvait son frère mOrt ; il entendit des pas lourds d’un homme s’approchant de lui. Il sortit, pour aller dans le couloir, il vit des croquemorts étendant un corps qu’il reconnut pour être celui de son frère.
Second rêve
Vendredi matin 22 mai, il rêva la même chose en ajoutant qu’il alla dans le cabinet de travail de son frère
(1) Traduit de la Revieio of Reviews {Initiation, mai 1892).
qui se trouvait de l’autre côté du corridor et que là il le vit dans un cercueil.
Troisième ré ce
Samedi matin, le jour où son frère bien-aimé était très entouré, il rêva qu’il était le seul parent l’accompagnant ; qu’on alla à l’église, où il y eut un service funèbre et ensuite on alla au cimetière qu’il reconnut parfaitement dans son rêve. Le même jour, M. James devait revenir à ses devoirs, lorsque M. R. Archibald, qui était le mari d’une cousine germaine du pasteur en question, reçut une dépêche où on le pria d’annoncer le fait d’une mort soudaine du révérend Charles Denyer
Lorsque M. Archibald reçut cette nouvelle, il était en train de faire un paiement aux ouvriers et ne pouvait à l’instant même interrompre cette occupation. Il envoya donc un de ses employés. Lorsque M. James vit l’employé de M. Archibald, il l’arrêta en route et lui dit ces mots : « Inutile de me dire pourquoi vous venez, je le sais trop bien. Mon frère est mort et vous venez l’annoncer. »
Le messager répondit : « Malheureusement, je suis désolé de vous dire que vous ne vous êtes point trompé : Monsieur votre frère est mort subitement à cette heure.
M. James prit le train immédiatement, arriva à Cradok dimanche matin à huit heures.
Il alla tout droit de la station ; il entra dans son cabinet et trouva exactement son rêve réalisé. La vision était absolument exacte. Mot à mot, tout fut exact. Ce rêveétait fait avant la mort de son frère. »
Vous pouvez, mes lecteurs, vous convaincre, car le jeune homme habite Kimberlay et j’ai fait connaitre son adresse à mes nombreux lecteurs, car je trouve que ces faits doivent être connus de ceux qui s’intéressent à la Review of Retitws.
M. Stead lui-même était un chercheur et un profond observateur.
Maintenant, Monsieur, veuillez bien m’expliquer la signification de tout cela. Ce n’est certainement pas un estomac malade, ni un foie attaqué qui me fait faire des rêves de ce genre.
N’y a-t-il pas là dessous une science qui était bien négligée ?
N’y a-t-il pas des voix de l’autre côté qui veulent relever un voile pour nous faire comprendre des choses inconnues ?
Croyez-moi votre dévoué et sincère.
James Hügdes,
Baptist Minuter^ Kimberlay, South- Africa.
REMARQUABLES PREDICTIONS DE MORT (1).
Pour les chercheurs des causes psychiques, les faits suivant ne sont pas des créations fiévreuses imaginaires. Ce qui suit a été constaté par un avocat de Londres, et semble assez compréhensible et clair.
Etant dans une maison de campagne, pour assister à l’anniversaire de la vingt-cinquième année du fils aîné, j’étais consterné en voyant l’incident suivant :
Le troisième jour de mon arrivée, j’observai que montant l’escalier une dame en velours noir s’approchait.
Très majestueuse et très attrayante, je voulus l’examiner, mais elle disparut au moment où je voulais le faire.
(t) Initiation, juin 1892.
Impossible de la retrouver même dans les longs couloirs.
II
Je la revis au bout de quelques jours, elle apparut de la même façon et disparut. Je ne pouvais jamais la réaliser comme ceux qui sont autour d’une table. De temps en temps elle se montra à moi. Je me trouvai dans le corridor lorsqu’elle m’apparut tout dernièrement vêtue d’un costume de voyage. Je me décidai à mentionner ces faits bizarres. Lorsque j’ouvris la bouche pour en parler à la maîtresse de maison, elle s’évanouit Je venais d’apprendre le secret de famille. Cette dame noire ne se montrait qu’avant la mort du chef de famille, et elle ne trompait jamais, car il y a trois semaines que mon vieil ami est mort subitement.
III
Une des plus anciennes familles du Devonshire a une histoire pareille ; chez elle, c’est la musique qui annonce habituellement la mort ; cette musique se manifeste sur la harpe. Cela impres.?ionne beaucoup les gens qui savent ce que cela veut dire. Elle commence doucement et finit par une note triomphale. Elle se fait entendre sept fois avant la mort.
IV
Toutes les fois qu’à Venise, une lumière se montrait à la fenêtre de Saint-Marc, un doge mourait. Si quelqu’un avait le courage d’entrer à l’église, il voyait un cardinal officiant la messe de mort ; on entendait les orgues, les chants et les victimes assistant.
[Traduit de V anglais).
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L’Epkk
Usage de l'épée dans les cvocalions magiques
CHAPITRE IX
DES ÉLÉMENTALS (OU ÉLÉMENTAUX)
Peu de questions ont donné lieu, dans les milieux techniques, à plus de discussions que celle des élémentals.
Il faut d’abord éviter, à ce propos, les confusions de termes et de mots, première source d’obscurité.
11 faut ensuite se garder de confondre entre elles les neuf classes d’élémentals qui habitent les quatre régions du plan astral.
Et comme il s’agit là d’une des questions les plus secrètes de l’ésotérisme, il faut compter encore avec l’ahurissement que les premières révélations concernant ce mystère produisirent dans les milieux spirites et profanes. Les écrivains attitrés du monde spirite ont confondu les élémentals, les élémentaires et les esprits astraux dans une même salade où les invectives le disputent à l’ignorance.
Nous comptons publier dans un prochain ouvrage une étude aussi complète que possible sur les élémentals. Pour le moment, faisons nos efforts pour préciser de notre mieux les éléments indispensables à bien connaître pour faire saisir les mystères de cette tradition à nos lecteurs.
Dans le monde invisible comme dans le monde visible, il existe des créatures moins élevées que l’homme.'
Celles de ces créatures qui agissent dans le plan astral
sont les agents chargés de mettre à exécution les décisions des êtres immortels soit incarnés, soit désincarnés, soit même angéliques.
Ces créatures sont mortelles et la durée de leur existence astrale varie suivant chacun des neuf ordres auxquelles elles appartiennent respectivement.
Depuis l'idée humaine rendue vivante par leur intervention jusqu’à to soi-disant mystique, pro-
duite par un des leurs s’affublant pour la circonstance d’un grand nom historique, leur domaine s’étend en passant parles masses d’âmes d’animaux qui participent à la plupart des phénomènes physiques des milieux spk’ites.
Les élémentals ne sont, en général, et sauf certaines exceptions spéciales, ni bons ni mauvais. Ce sont dos teintures d'idèts qui reflètent au naïf qui les interroge ses propres aspirations et ses propres désirs. La peur de la part du consultant, les rend audacieux et enclins aux taquineries. Le sang-froid et la volonté les terrorisent et les soumettent.
Les élémentals (ou élémentaux) étant les agents d’action dans l’invisible du Bon Livre et des Initiés appartenant aux fraternités occultes élevees, on comprendra
LA MAGIE ET L’IIYI’NOSE
que, malirré mon vif désir d’éclairer le lecteur, la plus grande réserve m’est ici nécessaire. La imissance ne doit être confiée qu'à la ynoralité et à l'humilité. Or, la puissance conférée par la connaissance des élémentals e.st réelle, et si je passe pour un désoccultateur do l’occulte, c’est que je sais ce qu’on peut dire et ce qui doit être réservé. Les prétendus initiés qui croient savoir quelque chose et qui ne connaissent que ce qu’il y a dans les livres, sont navrés que le moindre de nos lecteurs devienne plus savant qu’eux en quelques heures et m’accusent de désocculter leur ignorance. En cela, je fais mon devoir. Mais je tiens à prévenir mes accusateurs que jamais je n'ai rien révélé avant d’en avoir référé en « haut lieu » et qu’on ne trouvera pas dans mes livres le moyen de faire du mal, alors qu’on y trouve beaucoup de moyens de faire du bien, La connaissance pratique des élémentals permettant aussi bien les bonnes que les mauvaises actions, je m’abstiendrai du moindre détail à ce sujet et je chargerai les exemples de parler pour moi après deux citations exposant clairement la tradition à ce sujet.
« Les esprits appelés élémentaux ou esprits de la nature, esprits résidants ou genü loci, habitent aussi la région astrale (mais ils sont bien différents de ceux que nous venons de décrire).
« A cette dernière classe apparliennent les esprits connus dans toutes les nations pour hanter les forêts, les montagnes, les cataractes, les rivières, les lieux solitaires. Ce sont les dryades, les naïades, les kelpis, les elfs, les fées, etc. Les élémentaux sont souvent mystérieux, terrifiants et dangereux. Ce sont les esprits qu’invoquaient les Rose-Croix et les magiciens du moyen âge et qu’invoquent encore certaines personnes aujourd’hui. Ils ré- pondent aux pentagrammes et aux autres symboles, et il est dangereux même de les nommer en certains lieux et en certaines saisons. Les plus puissants sont les sala-
manclrcs ou les esprits du feu. L’habileté des élémentaux à produire des phénomènes physiques, aussi bien que leur absence de sens moral, les rend très dangereux.
« En cela ils diffèrent des esprits célestes pour qui aucune manifestation physique n’est possible, car ils ne se mettent point en contact avec la matière.
« C'est principalement par le moyen des élémentaux que l’adepte accomplit ses merveilles.
« D’autres personnes que des adeptes peuvent avoir des rapports avec les élémentaux, mais cette association est dangereuse pour tous ceux qui ne sont pas purifiés et perfectionnés dans leur intellect et leur esprit. Là où ils ne sont pas dominés, ils deviennent les maîtres et se montrent sans pitié dans leur vengeance pour qui désobéit à leurs ordres (1). »
Les esprits des éléments qui pénètrent toutes les choses, non seulement 'de la planète microcosmique, mais de l’homme microcosmique, appartiennent au premier cercle le plus élevé. Parmi ces élémentaux, les esprits de l’air gouvernent les fonctions de la respiration et les organes qui l’accomplissent. Les esprits de l’eau dirigent les humeurs et les sécrétions du corps, en particulier le sang. Les esprits de la terre ont pour domaine les différents tissus du corps. La chaleur animale, l’assimilation et la nutrition dépendent des esprits du
Les quelques lignes ci-dessus révéleront à ceux qui « savent comprendre » tout le secret du 'pouvoir de guérir, auquel on reconnaît dans le monde profane tout frère illuminé de la Rose-Croix.
§ 1. — Vision d’Élémentaux.
L’un des exemples les plus détaillés que nous connaissions de rapports entretenus avec les élémentaux est, avec l’ouvrage de l’infortuné abbé de V'illars, celui, bien plus volumineux, de Berbiguier. Nous en devons la connaissance à M. Stanislas de Guaita ; et nous ne voulons que résumer brièvementce qu’il en dit dans son magistral ouvrage, \eTemple de Safan(3).
Berbiguier « est un possédé véritable, qui ne voit partout que démons (qu’il nomme des Farfadets) et sorciers (qu’il appelle des Physiciens). Il se plaint amèrement d’une société infernalico-diabolique (sic), dont il démasque à la face du ciel les principaux affidés — des docteurs, des étudiants, des avocats, des pharmaciens... Les incessantes persécutions que lui font subir ces misérables, empoisonnent son existence ; il croit s’en venger en dénonçant leurs noms...
« Berbiguier n’est point un fou comme les autres ; sa folie a cela de particulier qu’elle se fonde sur la perception— absolument indirecte et faussée, ^j’en conviens — d’un monde très réel que les genssense's ne soupçonnent pas, et que mon livre ne leur fera connaître, d’ailleurs, que s’ils se résignent à devenir des fous eux-mêmes : je veux dire des êtres susceptibles de notions et deperceptiens auxquelles restent fermés la plupart de leurs semblables.
« Berbiguier est certainement la victime d’une nuée de
(1) Le Comte de Gabalis. Londres 1742, 2 vol. in 12. Réimprimé dans le Lotus rouge.
(2; Berbiguier (Alexis-Vincent-Charles), de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou Tous les démons nesontpas de Vautre monde, orné de 8 superbes dessins lithographiés. Paris, Tauleur, 1821,
larves ; mais il attribue ces vexations à des sorciers mé- tamorphosés en monstres de toute sorte et de toute grandeur. L’examen de ses gravures est des plus curieux à ce point de vue ; ceux dont les yeux ne sont pas faits pour l’astral peuvent liu moins étudier en ce miroir la nature protéenne des larves, aptes à revêtir avec une inconcevable souplesse, les formes les plus paradoxales et les plus variées ; il suffît que le pauvre possédé, que leur présence horripile, ait l’appréhension de quelque hideuse figure, et les larves de se modeler aussitôt en conséquence : c’est une hallucination qui prend corps; c’est une pensée qui s’objective et s’informe dans la substance plastique ambiante, ainsi que je le détaille en l'expliquant dans la Clef de la Magie noire.
H Lorsque vous entendez, dit notre homme, le bruit que font de gros oiseaux qui battent des ailes, c’est du farfadérisme pur ; il en est de même lorsque vous entendez marcherdes monstres d’une grosseurprodigieuse ou d’une forme affreuse, mais que vous ne voyez pas non plus ; lorsque, dans les appartements les mieux clos, vous entendez un vent épouvantable, qui effraie les personnes qui se croient à l’abri » (1).
APPARITION LUMINEUSE (2)
Le village de P... avait une mauvaise réputation dans la contrée : P... était hanté !
Les habitants, ainsi que ceux des environs, affirmaient que, fréquemment, une ou deux fois par semaine, même plus souvent, on voyait à partir de la tombée de la nuit une « lanterne » éclairée se promener a travers les champs et le village, et des personnes soutenaient même que souvent cette « lanterne » accompagnait des
(2) Initiation de février 1893.
gens, qui le soir s’étaient attardés dans les champs ou dans les villages voisins, jusqu’à l’arrivée dans P... pour aller se perdre dans les champs, sa tâche accomplie. Les habitants du pays combinaient cette apparition avec un événement sombre, qui se serait passé quelques années avant dans l’auberge située en face de la ferme.
Le patron de l’auberge avait disparu, sans laisser trace depuis une dizaine d’années, et la rumeur publique accusait sa femme, qui à l’époque dont je parle tenait toujours la maison, d’avoir assassiné son mari et fait disparaître le corps en le réduisant en cendres dans un four, qui ordinairement lui servait pour faire son pain.
Effectivement, cette femme avait subi une détention préventive de plusieurs mois sous l’accusation d’assassinat de son mari, mais elle avait bénéficié d’une ordonnance de non-lieu, faute de preuves.
D’après les gens du village, l’apparition lumineuse était l’esprit du mort qui venait inquiéter la coupable, sans faire du mal à d’autres. Aussi, jamais on ne voyait la veuve sortir après le coucher du soleil et toutes les issues et fenêtres de l’auberge étaient hermétiquement closes à partir du crépuscule...
En 1876, je faisais mon service militaire. Au mois d’août, j’obtenais un congé de quinze jours, et je rentrais chez nous à P...
Le lendemain de mon arrivée, M. N., le jeune homme instituteur de mes frères et sœurs, se rendait dans la soirée, à pied, à H..., village voisin de six kilomètres de distance.
Il était neuf heures et demie du soir, lorsque M. N, rentrait. A son arrivée, nous remarquâmes qu’il était dans un état extraordinaire d’émotion. A nos questions sur ce qui lui était arrivé, il ne pouvait d’abord pas répondre ; après quelques minutes, il s’était un peu
calmé et nous disait alors, qu’à peu prés à mi-chcmin, en suivant tranquillement sa route, il avait aperçu subitement à côté de lui, à la hauteur et à la portée de sa main gauche, une lumière pâle, nébuleuse : la « lanterne » !
Le phénomène, tout en avançant à côté de lui, faisait un mouvement de va-et-vient, comme une lanterne portée par une personne marchant.
M. N. avait été saisi d’effroi ; il me disait avoir voulu courir ; mais, sans le pouvoir, il avait eu au contraire toute la peine pour se traîner jusqu’à la maison et l'apparition l’aurait accompagné silencieusement jusqu’à la porte de la ferme, pour y disparaître ...
Nous étions au 10 ou l'2 août, trois ou quatre jours après l’événement précité. La journée avait été très belle, très chaude ; au coucher du soleil, aucune trace de nuages, et le soir était rempli d’une clarté douce, comme on la rencontre plus généralement dans le Midi. Il était sept heures et demie, je me trouvais à la maison au premier dans la pièce attenant à la salle à manger ; on devait se mettre à table.
Soudain, j’entends du bruit, les voix des enfants qui m’appellent. J’entre dans la salle à manger où les enfants me reçoivent avec le cri : « La lanterne ! la lanterne ! » tout en étendant leurs bras par la fenêtre ouverte donnant dans les champs.
J’apercevais alors au milieu des champs, à 400 ou 500 mètres de distance, quelque chose de lumineux, comme une boulette, oscillant en avant et en arrière tout en se rapprochant de la maison. Je répète qu’il faisait encore presque clair : le phénomène ne paraissait pas propager de la lumière en dehors de lui.
Au bruit fait par les enfants, ma mère, les deux bonnes ainsi que M. N. étaient également montés et tout le monde regardait la « lanterne » : celle-ci avan- çait avec la vitesse d’un homme marchant d’un pas lent.
et le mouvement oscillant était bien ressemblant au vaet-vient cbune lanterne portée à la main.
Le phénomène arrivait ainsi jusqu’à "iO mètres à peu près devant la fenêtre où nous nous trouvions. L’apparition se rapprochant ainsi, je distinguais bien sa forme qui était ovoïdale, mesurant au grand axe environ 25 centimètres et 18 à 20 centimètres au petit axe. Au centre paraissait y avoir un foyer de lumière dont l’intensité s’affaiblissait vers les parois ; mais les contours étaient nettement détachés de l’air ambiant: le tout n’était pas transparent
Comme je viens de dire, le phénomène était arrivé en ligne droite juqu’à 20 mètres devant la maison. Continuant sa marche alors vers la droite, il contourna le bâtiment et je me portai, suivi de toutes les personnes présentes, à l’autre fenêtre qui donnait sur la route, voire sur le petit jardin et sur l’auberge déjà citée. Nous vîmes alors à nouveau la « lanterne ». Elle avait achevé le tour de la maison et venait se présenter devant la grille de notre petit jardin en face de l’auberge, séparée de celle-ci par la route, soit de 4 mètres environ.
Le phénomène s’était arrêté en ce moment, appuyé pour ainsi dire à notre grille. Cela durait trois ou quatre secondes ; puis la balle lumineuse s’élevait subitement, comme mue par un ressort, à la hauteur de cette grille (1“60) et venait se percher sur la pointe d’une des lattes en bois.
L’effet produit par cette forme lumineuse inexplicable, perchée sur la grille du jardin, à quatre mètres de nous, était très impressionnant.
11 régnait un silence absolu, aussi bien à notre fenê- tre, où personne ne bougeait, qu’en dehors ; personne sur la route. La porte, les volets des fenêtres et autres issues de l’auberge d’en face étaient, comme d'habitude à pareille heure, fermés.
L’apparition se trouvant depuis deux à trois minutes
LA magip: et L’HA'PNOSE
sur la grille immobile, j’ai rompu le silence en demandant à haute voix à M. N. d’aller cherchant mon fusil de chasse et de le charger. M. N. refusa en me priant avec instance de ne pas parler ainsi. Moi-même, je ne pouvais me décider à quitter un instant la fenêtre pour ne pas perdre de vue le phénomène.
La courte conversation entre moi et N. n’avait rien changé à l’état des choses et la « lanterne » continuait encore de rester à sa place pendant deux minutes peut- être, lorsqu’elle glissa comme surunplan inclinéduhaut de la grille, et, arrivée à un mètre à peu près du sol, elle reprit son mouvement oscillant en se portant en face à la porte de l’auberge où elle disparut comme une lumière qui s’éteint subitement.
Gustave Bojanoo.
§ 2. — Action des élémentals sur le sujet et sur les médiums. l’idée vivante. — LA LARVE.
L’union d’un élémental à une idée constitue un être particulier que nous appellerons être idéal, idée vivante quand ilagira d’une façon neutre ou bénigne', et que nous nommerons larve quand il agira d’une façon maligne sur le sujet. Ces mots sont uniquement employés pour la clarté de l’exposition et en soi l’idée vivante ou la * larve sont une seule et même chose comme constitution ne différant que par leurs effets. Abordons maintenant quelques détails qui feront mieux comprendre notre définition.
DES IDÉES VIVANTES
Lorsque je dis à un sujet endormi :
Dans q'dnze jours^ heure pow^ heure à dater d'aujourd'ttui vous vous endormirez et vous écrirez une lettre contenant tels ou tels mots à (elle personne.
LA MAGIE ET L’ilYl NOSE
J’appelle clans l'atmosphère astral do ce sujet un élé- mental cjui, vitalisant ma suggestion, mettra exactement c{uinze jours, heure pour heure, à développer la puissance que je lui ordonne, par mon verbe d’exercer. A l’heure dite L’idée vioante agira comme eut agi ma volonté elle-même et le sujet sera jjoussé vivement à accomplir la suggestion.
Les élémentals ainsi attachés à une idée par la suggestion constituent des êtres réels qui vivent plus ou moins longtemps selon la durée d’action de la suggestion. Ils peuvent vivre quelques heures ou quelques mois, ou quelques années et quelquefois même toute la vie du sujet en constituant dans ce dernier cas, une obsession véritable et des plus dangereuses. En général l’être créé pour la suggestion meurt à l’accomplissement de celle-ci.
DES LARVES (1)
Le but de l’étude suivante est de résumer aussi bien que possible la théorie traditionnelle de la constitution des larves afin de porter l’attention du lecteur sur certains faits d’occultisme pratique que nous nous sommes efforcé d’éclairer parquelcjues expériences personnelles.
Un travail complet sur cette importante question mérite d’être entrepris, surtout aujourd’hui où les théories les plus fantaisistes et les affirmations les plus saugrenues sont débitées dans les journaux quotidiens.
C’est en effet par les enseignements de l’ésotérisme concernant les larves qu’un occultiste vraiment instruit peut expliquer certains faits d’obsession ou de persécution qualifiés <t envoûtement » par les profanes, ainsi que certains cas d'aliénation mentale dont l’étiologie reste obscure pour les médecins.
(1) Initiation, juillet 1895.
Avant tout il faut bien se rappeler que le mot larve est pris par les occultistes-modernes dans une acception spéciale et ne désigne pas seulement les « esprits obsesseurs » conçus parles anciens sous ce nom.
La larve est un parasite psychique dont la constitution et la génération ont été parfaitement définies par Paracelse et, depuis, par Eliphas Lévi et Stanislas de Guaita.
Notre résumé portera donc :
P Sur la constitution de la larve et de sou origine ;
2“ Sur le moyen qui permet à la larve d’exister ;
3“ Sur la destruction de la larve.
§ 3. — Constitution-définition.
La figure placée dans cette étude (p. 338) montre la fixation d’une vision astrale dans un miroir magique au charbon. Un magiste y verra immédiatement la repré- sentation du monde des élémentals et des larves.
La diversité et l’incohérence des figures évoquées indiquent bien l’origine de ces formes. Ce sont des images cérébrales, des idées, amenée s à 1 existence pour un temps plus ou moins long.
La larve est un être du plan astral constitué par une idée humaine comme principe supérieur (image de l’esprit dans l’homme), parla force vitale du créateur de la larve comme principe d’animation, et par un agglomérat de lumière astrale comme corps.
La forme de la larve dépend uniquement de l’imagination de l’homme qui a créé cette idée-vivante ; de là, la singularité et la multiplicité de ces formes astrales.
De plus la larve, origine du remords, vit de la vie même de son créateur et épuise progressivementle malheureux. Aussi la définition de Stanislas de Guaita estelle excellente :
LA MAGIE ET L’ilATNOSE
Larves. — « Substances fantastisques inconsistantes,
« mais réelles, dépourvues d’essence propre et vivant <( d’une vie d’emprunt. Elle s’attache à ceux qui leur ont « donné naissance et qui s’épuisent, à la longue, à les « nourrir. »
[Serpent de la Genèse, p. 364.)
Tout cela est encore obscur pour certains do nos lecteurs, peu familiarisés encore avec les questions touchant à la pratique.
Mais, comme nous avons l’intention d’aborder maintenant ces questions dans Vlnitiation^ nous allons faire le plus de citations possible afin d’éclairer ce résumé et, aussi, afin de bien montrer le caractère traditionnel de ces recherches.
A l’état normal nous générons une foule d’idées ; mais l’intensité de ces idées est rarement assez forte pour leur permettre de réagir sur notre organisme, en devenant des êtres psychiques.
Saint-Yves d’Alveydre dit très bien dans un de ses ouvrages peu connus : les Clefs de l Orient (1875) :
« Dans l’ordre invisible comme dans le visible, rien nj se perd et la substance première d’un astre quelconque garde, imprimés en elle, dans sa lumière secrète, jusqu’au mouvement d’une volonté, jusqu’à la radiation d’une passion, jusqu’à l’image d’une pensée. »
Mais pour permettre l’existence personnelle pendant un certain laps de temps à cette pensée, il faut une tension cérébrale toute spéciale.
C’est ce que nous montre le très bel extrait suivant d ; la lettre d’un initié indou publiée par M. Sinnett :
ORIGINE DES LARVES
« Dans son évolution invisible, toute pensée humaine passe dans l’endroit dont l’ordre physique est l’envers
et devient une entité active, en s’associant, en s’unissant avec un élément particulier, c’est-à-clire avec une des forces semi-intellectuelles des royaumes de la vie.
« Cette pensée survit comme une intelligence active, comme une créature engendrée de l’esprit pendant une période plus ou moins longue et proportionnelle à l’intensité de l’action cérébrale qui l’a générée.
« Ainsi, une bonne pensée se perpétue comme une puissance active et bienfaisante et une mauvaise comme un pouvoir démoniaque et maléfique;
« De sorte que l’homme peuple continuellement sa course dans l’espace d’un monde à son image, rempli des émanations de ses fantaisies, de ses désirs, de ses impulsions et de ses passions.
« Mais à son tour le milieu invisible de l’homme réagit, par son seul contact, sur toute organisation sensitive ou n.Tveuse, proportionnellement à son intensité dynamique. »
C’est seulement à la mauvaise pensée, agissant d’une façon dissolvante sur l’organisme et se perpétuant comme un pouvoir démoniaque et maléfique, que nous donnons le nom particulier de larve.
Les citations précédentes nous montrent que c'est l’idée qui détermine la forme elle mode d’action de cette larve ; mais d’où emprunte-t-elle le pouvoir de continuer son existence ?
La larve agit comme un cancer, siégeant, non pas en physique, mais en astral, et c’est à la force vitale même de son créateur qu’elle emprunte le moyen de poursuivre son existence.
C’est grâce à la faiblesse de la volonté de l’obsédé que l’obsession se coniinue, et jamais un magiste ayant convenablement dompté les impulsions de l’être psychique ne pourra subir l’influence de ces créations de la lâcheté ou de la peur.
Le moyen qui permet à la larve d’exister n’est donc
point un principe métaphysique. C'est une force maté- rielle, facilement perceptible et localisée dans le globule sanguin qui va donner la force et la puissance à cette création éphémère.
U C’est à la vapeur du sang, dit Paracelse, que l’imagination emprunte tous les fantômes qu’elle enfante. »
Relatons à ce propos un souvenir personnel. Il y a quelques années, nous fûme.s mis à même d’assister à un phénomène d’écriture directe en pleine lumière en compagnie du D‘‘ Gibier. La scène se passait chez le magnétiseur Robert qui avait endormi deux sujets, un jeune homme et une jeune femme. Une feuille de papier écolier en marge de laquelle les vingt personnes pré- sentes avaient apposé leurs signatures fut placée dans une enveloppe, en pleine lumière, et le sujet homme, toujours endormi, prit cette enveloppe entre le pouce et l’index de chacune de ses deux mains et la maintint verticalement sous la lampe allumée. A ce moment nous entendîmes distinctement un grattement spécial dans l’intérieur de l’enveloppe ; ce grattement dura trois minutes environ. Pendant ce temps, le sujet affirmait que s m sang s’échappait de ses mains et entrait dans l’enveloppe ; mais personne ne voyait rien d’objectif. Quand le grattement cessa, le sujet s’évanouit et eut une syncope de deux minutes. Pendant que je lui prodiguais les soins nécessaires, le D'" Gibier s’était emparé de l’enveloppe. On retira la feuille de papier écolier qui contenait une vingtaine de mauvais vers, signés « Corneille » et qui semblaient tracés avec une allumette carbonisée. L’enquête démontra que le jeune sujet, aspirant à la carrière dramatique, avait la tête bourrée de vers des grands classiques. De là, l'étiologie du nom de « Corneille ».
Ayant eu à quelque temps de là l’occasion d’analyser ce genre d’écritures directes, je constatai, sous le microscope, la présence de globules sanguins humains
c3.rhonisés. C’était bien le sang qui était la matière de ces manifestations. De là l’affaiblissement énorme du sujet. Il en est de même dans l'action de ces larves, témoin l’extrait suivant d’Eliphas Levi [Lim'e des Esprits^
« Les hiérophantes de Baal et de Nisroch, dans une exaltation furieuse, se faisaient des incisions par tout le corps et demandaient soit des apparitions, soit des miracles, aux vapeurs de leur propre sang ; alors tout commençait à tournoyer devant leurs yeux égarés et malades : la lune prenait la teinte de sang répandu, et ils croyaient la voir tomber du ciel ; puis commençaient à sortir de terre, à voltiger, à ramper, à se traîner des choses hideuses et informes ; on voyait se former des larves et des lémures ; des têtes pâles et sordides comme les vieux suaires, et toutes barbues des moisissures de la tombe, venaient se pencher sur la fosse et tiraient leur langue sèche pour boire le sang répandu. Le magicien, tout affaibli et tout blessé s'escrimait contre elles avec le glaive jusqu’à l’apparition de la forme attendue et de l’oracle. »
Ces larves prennent naissance sous l’influence d’une idée d’intensité particulière et se perpétuent grâce à la force vitale de leur créateur.
Mais une idée intense peut se produire par réaction personnelle de la conscience (c’est-à-dire du plan supé- rieur) sur l’individu ; de là le remords et l’obsession ; mais elle peut aussi être produite par l’action d’une autre personne : de là la suggestion qui n’est en définitive qu’un procédé spécial de création de larves plus ou moins tenaces.
C’est là le danger de l’emploi de la suggestion par
des individus immoraux ou inexpérimentés. La puissance de la larve ainsi créée dépend uniquement de la résistance que la Volonté peut opposer à cette larve.
Lorsqu’on se trouve en présence d’un individu à caractère faible et qui se prétend « envoûté » ou « persécuté, il faut bien se rendre compte de l'origine de cette persécution et quatre-vingt dix-neuf fois sur cent on se trouvera en présence d’une auto-suggestion servie par une conscience troublée. Stanislas de Guaita nous fournit à ce sujet la remarquable description suivante de Berbiguier :
« Berbiguier est certainement la victime d’une nuée de larves ; mais il attribue ces vexations à des sorciers métamorphosés en monstres de toute sorte et de toute grandeur.
« L’examen de ses gravures et des plus curieux à ce point de vue ; ceux dont les yeux ne sont pas faits pour l’astral peuvent du moins étudier en ce miroir la nature protéenne des larves, aptes à revêtir, avec une inconcevable souplesse, les formes les j)lus paradoxales et les plus variées ; il suffît que le pauvre possédé, que leur présence horripile, ait l’appréhension ou l’obsession de quelque hideuse figure, et les larves de se modeler aussitôt en conséquence ; c’est une hallucination qui prend corps, c’est une pensée qui s’objectivo et s’informe dans la substance plastique am-
DISSOLUTION DES LARVES
La larve, dérivant d’une suggestion émanée de l’individu obsédé ou d’un tiers, doit être tout d’abord chassée par l’emploi de la suggestion.
Quand les moyens purement psychiques, échouent,
(1) Stanislas de Guaita, le Serpent de la Genèse, p. 103.
nous conseillons vivement l’emploi des pointes d'acier qui agissent sur l’agglomérat de lumière astrale formant le corps de la larve et qui détruisent immédiatement ses moyens de réalisation dans notre plan.
Enfin l’emploi des parfums, des pantacles et des cérémonies magiques donnera d’excellents résultats quand tous les autres procédés auront échoué.
Afin d’indiquer sommairement au lecteur ce genre de pratiques, nous terminerons celte étude par le récit des expériences personnelles que nous instituâmes à ce sujet il y a deux mois environ.
On trouvera des détails complémentaires dans le récit des faits qui se sont passés à Cideville et dans l’expérience rapportée dernièrement par M. Bojanoo.
§ 5. — Expériences personnelles.
Les expériences que nous avons poursuivies avaient pour but de donner une simple indication sur cette théorie des larves. Il ne faut pas oublier en efïet que les études expérimentales d’hypnotisme n’ont de valeur que par la multitude des observations. C’est donc à titre de simple document et pour corroborer ce qui précède que nous transcrivons nos essais personnels.
Un do nos élèves en pratique, M. A., faisait une série d’études sur l’hypnotisme au moyen d’un de nos sujets : Marguerite.
Voulant poursuivre ses expériences sans craindre d’influences extérieures, M. A. suggéra à Marguerite qu’une autre personnalité se développait progressivement en elle et que personne autre que lui, l’expérimentateur, n’aurait d’influence sur cette personnalité nouvelle. Continuant sa suggestionpendant plusieurs jours, M. A. arriva peu à pou à persuader à Margue-
rite que la nouvelle personnalité — qui était-elle ? — avait tout pouvoir sur sa volonté, si bien que le pauvre sujet ne pouvait plus rien entreprendre sans ressentir l’influence de cette personnalité parasite, agissant comme une véritable larve.
J’ignorais totalement les expériences auxquelles était soumise Marguerite et ayant eu quelques dé- monstrations pratiques à faire avec ce sujet, je m’aperçus vite qu’il y avait là quelque chose d’anormal.
J’essayai tous les procédés connus des expérimentateurs. Je voulus remplacer le suggestionneur par un personnage factice agissant en son nom ; mais rien n’y fit et tout ce que je pus obtenir fut la certitude que Marguerite était dominée par une suggestion échappant aux moyens d’action habituels, par une larve, d’après nos théories.
Le lendemain, je fis revenir mon sujet et cette fois j’employai la pratique magique. Après avoir coupé une mèche de cheveux à Marguerite placée en état d’hypnose profonde (état de rapport), j’interrogeai le sujet qui ne tarda pas à voir distinctement la personnalité, qui avait pris possession de sa volonté, se condenser peu à peu autour de la mèche de cheveux que j’éloignai progressivement du sujet. C’est alors que j’enfermai la larve, perçue par Margueritte, dans un cercle magique en lui donnant l’ordre de rester là jusqu’à ce qu’il me plût à moi-même de la délivrer.
Jusque là rien de bien extraordinaire. On me dira que tout cet attirail, cette mèche de cheveux coupée^ ce cercle, etc., avait agi par suggestion sur le sujet. Cette théorie est peut-être en effet la vraie ; mais poursuivons. Marguerite était ravie, se sentant dégagée de cette oppression qui la gênait depuis plusieurs jours et sentant sa volonté échapper à l’influence de la larve.
J’opérais à ma clinique. Sur ces entrefaites arriva, comme par hasard, M. A., tout fier des résultats qu’il
avait obtenus et m’affirmant que la suggestion qu’il avait imposée détruisait le libre arbitre du sujet.
Sans dire mot de mon expérience, je sortis en priant M. A. de faire venir dans le sujet la personnalité qu’il avait créée et qu’il prétendait plus forte que la propre personnalité du sujet.
Quand je revins, au bout d’un quart d’heure, un spectacle bien curieux s’offrit à mes yeux. M. A., suant à grosses gouttes, s’époumonnait à faire de terribles suggestions. De plus, il faisait des passes magnétiques tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et cependant rien ne se manifestait.
— C’est curieux, me dit-il, elle ne vient pas.
— Eh bien! lui dis-je, elle n’est donc pas si forte que le libre arbitre du sujet.
— Je n’y comprends rien. Et pourtant jamais elle n’a fait la moindre résistance pour se montrer.
— Ne vous inquiétez pas. Elle reviendra sans doute.
Et notre entretien se termina sur ces mots.
M. A. recommença deux jours de suite et, désespé- rant d’arriver à un résultat, il prit le parti de recommencer son opération et de créer une nouvelle larve,
Quelques jours après, je m’aperçus de la présence d’une personnalité (toujours inconnue pour moi) dominant progressivement la volonté de mon sujet
Cette fois, j’étendis un peu le champ de l’expérience et, après avoir tracé sur le sol, avec de la craie, le cercle magique, je commençai la suggestion, entraî- nant la larve au centre du cercle par l’intermédiaire d’une boucle de cheveux.
— Quand, d’après les dires de Marguerite, placée en état d’hypnose profonde (état de rapport), la larve fut emprisonnée dans le cercle, je passai mon épée au sujet en donnant la suggestion très impérative qu’une piqûre dans la larve ne. pouvait faire aucun mal à cette larve (il est bien entendu que j’employai une
LA MAGIE ET L’ilYENOSE
autre expression que celle de larve qui aurait été incomprise du sujet.
La suggestion donnée poussait donc le sujet à ne voir se produire aucun fait étrange sous l’influence de la piqûre.
Or, contre toute attente et contre les ternies mêmes de la suggestion, à peine la larve eut-elle été piquée à l’é- paule que le sujet poussa un cri d’effroi disant : « Mais cela a fait « pouf » comme un ballon qu’on crève et il n’y a plus rien. »
La destruction de cette larve avait été absolue et tous les efforts faits, par la suite, pour la rappeler restèrent vains.
Sur ce entrefaites, le sujet eut la variole, entra à l’hôpital et fut envoyé à Aubervilliers. Depuis, nous n’avons pas eu l’occasion de poursuivre ces expériences.
Il est bien entendu que je no donne aucunement ces faits comme des faits d’ordre scientifique. Il est plus que probable que la mise en scène magique facilite beaucoup l’action de la suggestion, mais il faut dire aussi que ceux qui mettent la suggestion à toutes les sauces en ignorent le mécanisme autant que le principe.
Nous terminons ici notre exposé du côté invisible de la nature et de ses réactions sur l’esprit ou le médium. On vient de voir quelques expériences de magie appliquée à l’hypnotisme qui montrent dès maintenant la raison d’être de notre troisième et dernier chapitre.
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE X
LA MAGIE
Nous avons défini la Magie « l’application de la volonté humaine dynamisée à l’évolution rapide des forces vivantes de la Nature ». Cette étude est donc d’ordre scientifique et elle constituait en effet le couronnement des sciences biologiques dans les anciens sanctuaires initiatiques. Do nos jours, tout le monde a voulu s’occuper de magie et nous avons vu des interviewers, des journalistes et des romanciers discuter gravement le problème de l’existence de la magie et conclure à la négative. Cela fait un peu l’effet d’un cours d’arabe professé par un équilibriste et ne mérite pas d’attirer même un instant une discussion sérieuse.
Nous sommes convaincu qu’avant vingt ans, les sciences psycho-physiologiques auront conduit les savants en pleine magie et que les forces du plan astral seront étudiées, soit sous leur nom traditionnel, soit sous de nouveaux noms forgés par les académies pour la circonstance. Aussi, lorsque nous voyons des chercheurs delà valeur de M. de Rochas déterminer expéri-
mentalement l’existence d’un « double » de l’être humain capable de s’extérioriser, des biologistes comme MM. Richet ou Ochorowizc constater l’existence de forces psychiques qui semblent échapper aux lois physiques actuellement connues, laisserons-nous passer sans y prêter la moindre attention les conclusions des romanciers.
La magie existe, à notre avis, et après avoir cherché à appliquer à cette science les données les plus récentes delà physiologie et do la psychologie dans notre Iraiiê élémentaire de Magie pratique, nousallons étudier dans ce travail l’arsenal du magicien,
1° Dans sa constitution, telle que nous l’enseigne la tradition.
2® Dans les perfectionnements qu’on peut y apporter grâce aux progrès des sciences contemporaines.
3“ Dans ses rapports avec Thypnose.
L'hypnose, dans tous ses degrés, est dérivée des pratiques de l’ancienne magie ; mais son emploi permet des recherches expérimentales que l’avenir pourra contrôler et vérifier et qui constituent, pour le présent, de bien intéressantes hypothèses. Sans prêter plus d’importance dans la production de ces faits à l’intervention de Satan que ne lui en accorde le chimiste dans le phénomène de la combinaison du chlore et du fer, nous sommes assurés d’un double résultat qui ne manque pas d’intérêt. Le premier, c’est d’éviter de notre mieux le mysticisme, et le second de laisser la voie complètement iibre aux journalistes et aux romanciers.
§ 1. — L’arsenal du magicien.
Prenant un à un les principaux instruments employés par celui qui selivreà une expérience dite magique, nous allons examiner chacun de ces instruments au moyen du sujet hypnotisé. Nous rappelons, à propos de chaque
point étudié, les enseignements de la tradition à ce sujet et cela permettra à tous les expérimentateurs que nous convions à la vérification de ces recherches de bien se rendre compte du but poursuivi et du caractère spécial de chacun de nos essais.
Commençons par décrire une expérience courante de magie, pour énumérer d’abord les symboles et les instruments que nous aurons à étudier.
Une expérience de magie.
Le magicien faisant une expérience est debout au milieu du cercle tracé par lui et enfermant les noms et les symboles fixés par la tradition. L’expérimentateur tient d’une main l’épée à la pointe effilée, et de l’autre la baguette fortement aimantée. Aux pieds du magiste fume le parfum planétaire, son corps est couvert du vêtement immaculé, sa tête est garnie de la plante sacrée indiquée par l’étude des correspondances naturelles. C’est alors que les paroles de l’évocation et les formules de la conjuration sont proférées et que la Nature, vibrant étrangement sous l’influence du Verbe humain dynamisé par l’entraînement, livre un de ses plus obscurs secrets. _
Or, s’agit-il seulement d’un cas particulier de folie, ou cette expérience correspond-elle à des lois physiques tellement éloignées de nos concepts actuels, qu’elles nous font l’effet qu’eût produit le phonographe sur Voltaire ? C’est ce que nous espérons résoudre de notre mieux par la suite.
Pour l’instant, esquissons une théorie rapide du but cherché par l’expérimentateur.
Le magicien se propose d’agir sur une force du genre de 1 électricité et qui sert de moyen de manifestation et d action aux êtres de l’invisible auxquels elle permet de se mettre en rapport avec les êtres de la terre.
Sla. Le magicien a d’abord isolé soigneusement son corps physique pour le mettre à l’abri des réactions produites par cette force. Cet isolement est obtenu par le cercle.
GRAND PENTACLE DE SALOMON.
Le Cercle Magique.
Coagula. Une fois l’isolement obtenu, le magicien s’efforce de condenser une certaine quantité de force psychique en un point de l’espace. A cet effet, il utilise la baguette magnétique consacrée, aidé au besoin par la musique.
Quand la condensation de force psychique est suffisante, les êtres invisibles possèdent le moyen de communication nécessaire. C’est alors que le magicien évoque ces êtres au moyen des paroles et des parfums.
Multiplica. Mais pour diminuer autant que possible la fatigue et la préparation nécessitées par l’accumulation de force psychique, des instruments spéciaux
miroirs, coupe, tables mobiles facilitent l’action des êtres invisibles sur la matière.
Solve. Toutefois le magicien est toujours on garde contre les attaques ou les révoltes possibles et Vépôe à la pointe effilée est prête à soutirer la force psychique mise à la disposition des invisibles, si ceux-ci y con« traignent l’expérimentateur. La lumière qui dissout aussi la force psychique peut aider à disperser les mauvaises influences.
Il laut bien comprendre que les instruments magiques servent uniquement à agir sur la force psychique et par suite à donner ou à enlever aux invisibles des moyens de manifestation. Ce sont les paroles et les pantacles qui agissent sur les esprits eux-mêmes. Voilà pourquoi le magiste avancé n’emploie plus aucun instrument et utilise seulement son sang-froid et sa volonté.
En résumé l’emploi des instruments magiques se réduit aux formules suivantes :
Sta, le cercle. Coagula, la baguette, Multiplica, le miroir (la coupe). Solve, l’épée, le renvoi.
DU CERCLE MAGIQUE
Le cercle magique est destiné à isoler l’expérimentateur du monde des forces invisibles avec lesquelles celui-ci doit entrer en rapport. Pour se garder des attaques du dehors, les hommes entourèrent les villes de remparts solides ; pour éviter les grossières réactions du
monde physique, l’âtne immortelle s’entoure d’un corps de chair et d’os. De même le magiste se reconnaît à travers tous les âges par cette précaution capitale de la constitution du cercle qui lui permet de se soustraire à volonté à l’action des forces ou des êtres qui se manifestent pendant l’opération.
Aussi retrouverons-nous l’emploi du cercle à travers tous les âges. En Egypte, nous voyons figurer le cercle formé d’êtres humains dans les danses sacrées, ainsi qu’en Grèce. La tradition nous enseigne que les grands initiés d’Egypte, renfermés dans le sanctuaire, faisaient le cercle autour de celui d’entre eux qui personnifiant Osiris, s’élançait dans l’astral pour interroger Isis. Voulons-nous remonter encore plus haut, nous retrouverons dans la race rouge le cercle formé par les chefs autour du feu et le lien magnétique établi entre les membres du cercle parle calumet sacré.
De même les « palabres » de la race noire reflètent une même origine.
Plus près de nous, nous voyons utiliser le cercle par les Templiers, de même que la légende la Table ronde en avait révélé l’emploi bien avant.
La franc-maçonnerie, héritière des traditions diverses de certaines fraternités anciennes, emploie :
1“ Le cercle vivant pour les transmissions du mot de semestre.
2° Le cercle magique véritable dans les rites spiritualistes (32® écossais) où l’on en révèle plusieurs mystères.
Enfin le catholicisme fait du cercle, symboliquement matérialisé par l’hostie, le plus grave de ses mystères.
Et si l’on étudie les détails de certaines pratiques utilisées à Lourdes pour concentrer le magnétisme énorme qui dynamise ce lieu de pèlerinage, on constatera avec intérêt que le cercle magique formé d’êtres humains y est très souvent employé à l’insu même des opérateurs.
On voit en effet souvent les pèlerins les moins souf-
frants d’une même contrée agenouillés en cercle autour des plus malades devant qui se tient debout le prêtre qui dirige cette section de pèlerins. Tous chantent un même cantique scandé par les invocations à la Vierge et, par ce fait, unissent tous les dynamismes en un seul faisceau. C’est alors que le prêtre concentrant toute cette force magnétique, fait un suprême appel très souvent suivi de la guérison de malades incurables.
On trouve cette pratique du cercle, mais combien dégénérée, jusque dans les milieu.v spirites où les assistants font le cercle autour de la table qu’ils char» gentde dynamisme humain ou font le cercle autour du médium (dans les séances de matérialisation) en unissant leur astral par un même refrain, souvent un cantique, que tous entonnent à la fois.
Enfin nous pourrions pousser plus loin encore nos investigations et nous retrouverions bien souvent cette pratique de la défense par le cercle employé soit consciemment, soit, le plus souvent, tout à fait instinctivement.
Le Magicien fait soit (le plus souvent) des cercles entiers et concentriques, soit quelquefois des quarts de cercles (1).
Le cercle peut être tracé, soit sur la terre avec la pointe de l’épée, soit sur les dalles avec de la poudre de charbon (le meilleur procédé), soit simplement avec de la craie. On peut aussi tracer d’avance, sur sept toiles, les sept cercles de la semaine et utiliser chaque jour l’un d’eux. Enfin on peut remplacer le cercle graphique par le cercle humain et c’est là le procédé utilisé dans toutes les cérémonies.
Les quelques expériences suivantes indiquent du reste ces différents cas.
Dans nos expériences nous avons fait usage d’un cer-
(1) Voy. Mar Unes de Pasqually.
LA MAGIE ET L’ilYlNOSE
de simple (c’est-à-dire à un seul trait) tracé sur le sol soit au moyen du charbon, soit au moyen de la craie. Partant de l’étude du cercle simple nous avons par la suite, compliqué la figure par l’adjonction de lettres hébraïques, de symboles ou de noms mystiques. Le cercle était assez grand pour renfermer au besoin trois personnes debout.
Le cercle étant décrit sur le sol, le sujet est placé à V extérieur du cercle et invité à gagner le centre de ce cercle.
Le sujet placé à l’état somnambulique (comme dans presque toutes nos expériences) fait le tour du cercle et déclare ne pouvoir y entrer. Une barrière lumineuse constitue en effet ce cercle, d'après le sujet, et cette barrière empêche absolument de passer au centre du cercle. Deux suggestions impératives échouent malgré les efforts du sujet pour obéir à la suggestion. Ce n’est qu’en persuadant longuement au sujet qu’il peut passer sans se brûler en saulant par dessus les flammes qui entourent le cercle, que cet ordre s’exécute avec peine et que le sujet gagne d’un bond l’intérieur du cercle.
Dans une seconde série d’expériences le sujet gagnait très facilement le centre du cercle quand nous avions eu soin de ménager une ouverture en laissant une interruption de 50 centimètres environ dans le tracé du cercle.
Ces premières expériences confirment en tous points les recherches du baron du Potet sur l’action dos lignes tracées avec une certaine tension de la volonté.
Le sujet étant placé dans le cercle fermé, on ordonne au sujet de sortir.
Dès son entrée dans le cercle, le sujet est tranquille et n’a plus aucune appréhension. 11 décrit des têtes qui lôdent autour du cercle en dehors ; mais qui ne peuvent entrer.
Le sujet ne voit rien dans l’intérieur du cercle.
C’est alors qu’on ordonne de sortir.
Le sujet déclare qu’il lui est impossible d’exécuter cet ordre. Il fait des efforts pour obéir, mais vainement.
Alors on ouvre le cercle. Immédiatement toutes les têtes se précipitent au point qui a été ouvert, mais elles
Tabl£ji7 des Instrument.
C Epée.
le ûnlet.
Dûrars pour It: operations ds Venus.
s’arrêtent à l’entrée. Le sujet dit dans son langage pittoresque que le 9 têtes sont à genoux. Cela veut sans doute dire qu’elles se sont abaissées vers le sol.
Le sujet ne peut sortir du cercle qu’en éloignant les têtes avec l épée. Nous reviendrons sur celte expé- rience.
LA MAGIE ET L’ilYI'XOSE
Le cercle viimnt étunt formé, le sujel ôtant placé au centre de ce cercle on évoque une larve qui cherche ci s'incarner.
A. — Si les assistants se tiennent debout et maintiennent le cercle fermé, la larve tourne autour du cercle sans pouvoir entrer.
B. Si l’on rompt le cercle, la larve se précipite immédiatement sur le sujet et cherche à l’étrangler.
C. — Si, sans briser le cercle, les assistants se baissent, la larve peut pénétrer dans le cercle quand les mains des assistants ne sont plus qu’à 0 m 40 du sol.
La larve s’efforce alors d’étrangler le sujet, qu’on débarrasse du parasite en appuyant la pointe de l’épée sur le front du sujet (1).
Le sujet voit le cercle très brillant, mais non flamboyant. Le cercle est entouré d’êtres divers changeant à mesure qu’on fait les signes magiques, mais ces êtres ne peuvent pénétrer dans le cercle.
{Expérience de contrôle par Sédir) (2).
De l'emploi de l' électricLé . — Le cercle électrique.
Enfin le» résultats sont encore plus nets si l’on fait le cercle au moyen d’un fil métallique nu dans lequel circule un courant électrique (4 éléments Leclanché).
Los résultats varient encore quand on fait passer le courant d’une bobine Rhumkoff. Mais ce sont là des expériences complémentaires faciles à vérifier et à perfectionner.
(1) Expériences faites sous la direction de M. Leraerle (1893). t2) J'ai prié mon ami Sédir de faire de son côté et avec d’au-' très sujets des expériences de contrôle, sans lui avoir parlé des miennes, (.l’est le résultat de ces expériences que je publie à la suite de mon récit.
Le Cercle magique Prcparalifs d'inic évocation au moycn-âge
LA MAGIE ET L’HYI’NOSE
DE LA BAGUETTE ' ■ '
Une fois le rempart établi il s’agit de condenser la force psychique en un point déterminé; De même que les papillons se précipitent vers la petite lumière allumée dans la campagne d’aussi loin qu’ils l’aperçoivent, de même les courants de force psychique se condensent vers le point où le magiste dirige la baguette consacrée — Résumé de tout l’enseignement traditionnel, la baguette présente l’usage des sept grandes correspondances naturelles et microcosmiques, soit au moyen des
métaux soit, plus simplement au moyen des couleurs — Physiquement la baguette de l’expérimentateur, terminée par une boule magnétique, correspond aux armatures rondes qui terminent la machine statique — Nous ne reviendrons pas sur la fabrication de cet instrument, que nous avons détaillée dans notre Traité de Magie Pratique.
De même que le cercle, la baguette est devenue le symbole de l’autorité à travers les âges ; nous le retrouverons aussi bien dans le sceptre du souverain que dans la crosse de l’évêque ou dans le bâton de commandement anciennement attribué au maréchal de'France. — Elle
LA MAGIE ET L’HYIWOSE
est devenue une vulgaire table dans les groupes spirites alors que 1 emploi de réleetricité a permis d’en faire un puissant électro-aimant dans les mains des mairistes contemporains. — Et, décadence ultime, le prestidigitateur a copié l’initié comme le singe copie son maître et il accompagne ses tours d’exercices variés avec la baguette illustrée par Robert Houdin.
La baijueltc recèhte des couleurs et des hiéroglyphes planétaires est présentée au sujet sans aucune explication.
Voici ses réponses :
Cerc/e de Saturne : Homme grand et triste, jaune clair (sympathique).
Cere/e de Jupiter: Homme très grand, noir, qu’il est impossible de faire disparaître complètement par aucun moyen (antipathique).
Cerc/e de Jfars: Homme rouge (antipathique).
Cerc/e du So/ei/ : Couleur jaune sans apparition, une lueur simplement (sympathique).
Cerc/e de Vénus: Femme nue aux cheveux noirs et au teint très blanc (sympathique).
Cerc/e de Minerve: Homme nu, noir jaune (antipathique).
Cerc/e de /a Lune: Couleur jaune blanc sans apparition (sympathique).
l’épée
L’épée du magicien est une pointe d’acier, terminée par un manche isolant. C’est un dispersateur de fluide psychique, destiné à enlever aux influences qui se manifestent leur moyen d’action. — C’est l’instrument par excellence du solvc par opposition au bâton qui est Fins-
trument du coagula. L’épée magique est au fluide psychique ce que le paratonnerre est à l’électricité.
Jamais l’initié ne s’adresse à un être invisible sans être muni de l’épée dont la pointe repoussera les mauvaises influences.
J
ük r
B
« Cependant, assis devant la fosse, le glaive à la main je ne permets pas aux ombres des morts de s’approcher du sang avant que j’aie interrogé Tirésias », nous dit le bon Homère.
Shakespeare nous montre Hamlet mettant l’épée à la main pour causer à l’ombre de son père.
Aussi les êtres de l’invisible craignent-ils par dessus tout les pointes d’acier (Ij et font-ils soigneusement enlever tous les métaux aux naïfs médiums qui se confient à leur.s enseignements.
(1) Voy. notre étude sur Les Larves dans le chap. précédent.
Le suiet étant dans te cercle et tenant Vépée,on ouvre le cercle et on fait apparaître la mauvaise larve.
La mauvaise larve se précipite vers l’ouverture du cercle et vers l’eutrée. Mais le sujet dirige la pointe de l’épée vers l’ouverture du cercle, alors la mauvaise larve s'anéantit (suivant la propre expression du sujet).
Le corps astral du sujet est complètement exteriomsè, il est 1 emplacé par un élémentaire incarne dans le su)et et Qui parle. Comment empêcher le corps astral derentrer durant la conversation avec V élémentaire ?
Pour résoudre ce problème nous primes une mèche de cheveux du sujet (fortement liée par sa nature avec l’astral) et nous tînmes la mèche de cheveux au point où était le corps astral en piquant légèrement les cheveux au moyen d’une épingle chaque fois que le corps astral voulait rentrer.
Nous avons pu, par ce moyen, augmenter notablement la durée des conversations avec l’élémentaire sans aucun danger pour le sujet.
(Expérience faite sous la direction de M. Lemerle, en
PARFUMS. VERBE HUMAIN
Les parfums, les correspondances des trois règnes qui accompagnent l’opération ont pour but de diriger la volonté de l’opérateur dans la voie droite et d’éviter l’action des influences différentes de celles auxquelles on fait appel.
C’est alors que le Verbe humain vient réaliser sur le plan physique les formes astrales. Toute forme évoquée apparaît d’abord dans la lumière magnétique puis dans la lumière physique.
Nous ne pouvons pas rapporter à ce sujet d’expériences spéciales puisque (chacune de nos expériences comprend en général l’évocation pur le verbe. Aussi passerons-
LA MAGIE ET L’IIYI’XOSE 373
nous immédiatement à l’otude des autres instruments
MIROIR. — AUTEL
Une fois les invisibles évoqués par les paroles et les parfums, quand la substance psychique mise à leur disposition leur a permis de se matérialiser suffisamment, il s’agit de multiplier et de faciliter le moyen de manifestation. C’est alors qu’on place entre l’opérateur et les êtres ambiants, un écran formé d’une substance qui réfléchit la force psychique et les images astrales sans les absorber. Le cristal est particulièrement remarquable à ce point de vue. De là l’emploi des miroirs magiques (2).
Mais le plus simple et, souvent aussi, le meilleur des miroirs magiques, c’est la coiq)e de cristal remplie d'eau pure, parce que l’eau attire violemment le fluide psychique et fixe les images que le cristal réfléchit ensuite très facilement.
Nous avons répété très souvent la fameuse expérience de Cagliostro (vision dans la carafe ou la coupe) et no as avons obtenu de surprenants résultats, non seulement avec de jeunes enfants, mais encore avec des personnes de tout âge. Mais revenons au sujet.
Le sujet était placé au milieu du cercle, on évoque le père du sujet (ce père est encore vivant).
Rien ne se produit.
Le sujet déclare ne rien voir. (Si, dans ce cas, il y avait influence de la suggestion le sujet aurait certainement vu.) On appelle trois fois le père au nom d'Anaël. Résultat également négatif.
On fait a'ors un miroir mngique au charloon.
Aussitôt le Père évoqué apparaît dans le miroir. Le
(1) Cf. Sédir ; les Incantations ; in-18, dessins ; Chamuel 1897.
(2) Voyez l excellente étude de Paul Sédir, sur les Miroirs ma-
sujet le voit, Le pere est très changé, pâle. Sa figure est glaciale.
L'autel magique
Un assistant ayant la main du sujet évoque MENTALi-MENT un être défunt.
Le sujet décrit une apparition dans le miroir. L’être qui apparaît n’a pas de barbe, on ne voit pas ses cheveux, etc. (suit la description qui correspond bien, paraît-il, à l’être évoqué).
Le sujet est amené devant l'autel magique.
Le m’avoir doré apparaît resplendissant et entouré d’anges aux ailes dorées et aux corps blancs.
Le Pentagramme de l’autel magique apparaît entouré d’une belle lumière bleue.
L’Epée magique consacrée est lumineuse et cette lumière se relie à celle du Pentagramme.
La Croix Martiniste consacrée est entourée d’anges rouges à genoux qui prient.
Le sujet assiste au début d'une cérémonie magique.
Quand la cérémonie magique est commencée tous les objets de l’autel sont lumineux et sont gardés par un ou plusieurs anges.
A mesure que la cérémonie s’avance et pendant les coups de gong les anges chantent en volant autour de l’autel.
§ 2. — Manuel opératoire pour les noms magiques
Le sujet étant dans le cercle fermé on écrit avec de la craie sur un tableau placé à l’orient en dehors du cercle et par terre, les noms sur lesquels on désire expérimenter.
Le sujet voit d’abord une fumée blanche sortir du nom ; puis cette fumée prend consistance et l’apparition se dessine.
On efface ensuite le nom et on en écrit un autre.
Explication. D’après nous ces apparitions sont uniquement formées par astrale du nom invoqué.
Cette image astrale peut être aussi modifiée par les
LA MAGLK ET L’HYTXÜSE
idées personnelles du sujet quand il connaît le nom inscrit.
Le sujet est dans le cercle fermé ; on écrit au dehors les noms suivants : (en n’écrivant qu’un nom à la fois qu’on efface avant d’écrire le nom suivant).
Anael. Le sujet est heureux. Il voit un ange protecteur, blanc qui flotte à 0 m. 40 c. environ de terre. Le sujet se met à genoux et embrasse l’ange.
Raphaël. Un ange avec un manteau rouge.
Uriel. Un ange sombre et noir.
Le sujet étant dans le cercle, on écrit d*après la méthode habituelle les divers noms suivants :
Bouddha. — Le sujet ne voit d’abord rien et refuse de l’appeler. Invité à l’appeler, le sujet voit un être jaune et éblouissant. ,
Le signe de croix et la croix dessinée qui chassent les mauvais esprits, n'ont aucune influence sur l'être présent.
Allah. — Etre bleu, superbe, plus grand qu’Anaël. Le sujet embrasse cet être.
On évoque Anaël
Anaël se présente et se met à genoux.
Mahomet. — Etre méchant et laid qui fait peur au sujet. Le signe de croix fait disparaître cet être
Allah. — Etre resplendissant de lumière bleue, très sympathique au sujet. Le signe de la croix n’a aucune influence contraire sur cet être.
Bouddha. — Etre resplendissant vêtu de jaune éclatant et qui peut entrer dans le cercle, même quand il est fermé.
On fait le signe de croix, cet être fait un salut, mais reste impassible.
LA MAÜIE ET L’ilYTXOSE
Le nom ILVE.
L’almos])hère devient multicolore, une multitude d’anges aux ailes blanches portant le sceau de Salomon inscrit sur le front vont et viennent. Ils font entendre (pour le sujet) une musique ravissante.
{Expérience de contrôle de Sédir.)
Salomon. — Ce nom était écrit en caractères hébraï- ques; le sujet vitun pentagramme puis un hexagramme se former dans l’air. Au milieu de l’iiexagramme se forme une tête majestueuse d’homme brun. Il a une auréole et, sur sa robe blanche, une étoile brillante.
{Expérience de contrôle de Sèdir] .
Bouddha. — Le sujet voit se former un cercle d’un jaune resplendissant au milieu duquel apparaît une tête orientale immobile, les yeux mi-clos et ayant l’air d’un sphinx.
{Expérience decontrôle de Sédir.)
§ 3. — Mode expérimental pour l’étude des signes
Le signe mie fois tracé sur le tableau, on note d’abord la description faite par le sujet. Ensuite on remet au sujet l’épée en lui ordonnant de piquer les signes les uns après les autres. On note alors les réponses du sujet et ses actes.
Les expériences montreront l’utilité de cette pratique.
Le sujet étant dans le cercle, quatre lettres hébraiquessont disposées aux quatre point? cardinaux : iod à l’orient ; hé au nord ; vau à l’occident ; hé au nord.
Au nord où a été placée la lettre hé le sujet déclare voir une tête appartenant à une très bonne influence.
C’est en interrogeant cette tête que le sujet obtient
le moyen de sortir du cercle en dispersant avec une épée les têtes groupées à l’extérieur.
Cercle ouvert. Dans les mêmes conditions, le sujet étant replacé dans le cercle et le cercle étant ouvert les lettres sacrées s’opposent à l’entrée des mauvaises influences dans le cercle. Le sujet décrit un bon ange qui entre dans le cercle et chasse les mauvaises influences groupées à l’entrée.
Le sujet est placé en dehors du cercle fermé. Il admire Anaël qui est dans le cercle. Mais le sujet refuse d’entrer dans le cercle.
On évoque la mauvaise larve. Aussitôt le sujet saute et entre dans le cercle.
Une fois au milieu du cercle le sujet décrit la larve qui est sombre et lui fait peur. Le sujet fait le signe de la croix, aussitôt la larve disparaît.
Le suiet étant placé dans le cercle fermé et tenant Vê- pée, on dessine devant lui les signes suivants en priant le suiet de les piquer avec l’épée.
Une main ouve>-te.
Le croissant des musul. mans.
Le nombre 1 dans un cercle.
Le nombre 4 dans un cercle avec le nombre 1 sur le 4 (signe de saint Martin.)
Pique très volontiers.
Refuse de piquer. Il a peur de ce signe. L’ange (qui est dans le cercle) dit au sujet de piquer sans crainte, ce qui est fait, mais avec hésitation.
Le sujet refuse de piquer. — Le refus persiste malgré toutes les sommations.
Avec beaucoup d'hésitation le sujet pique le signe. Aussitôt le sujet s’évanouit.
Le sujet ôtant dans le cercle fermé (voy. ci-dessus), on demande au sujet quels sont les signes préférés par lui ;
Du triangle ou du carré.
Du triangle, du carré ou du sceau de Salomon fl’hexagramme).
Le Pentagramme.
Quel est le plus beau et après
Des signes des nombres
Le point pour 1.
Deux parallèles pour2.
Le triangle pour 3.
Le carré pour 4.
L’hexagramine pointé pour 7.
Il préfère le triangle. Le sceau de Salomon.
N’est pas aimé du suiet.
Le sujet aime le point n’aime pas les autres signes.
Il semble exister une différence potentiel les signes et le sujet
1®' Cas. — Le courant va des signes au sujet (alors les signes sont dits mauvais).
L’épée mise en contact avec le signe plus faible que le sujet soutire la force de ce signe et le sujet déclare se trouver bien et piquer avec plaisir.
2® Cas. — Le courant va du sujet au signe. Mais si le signe est bon, puissant, il est plus fort que le sujet et alors, dès que la pointe de l’épée touche le signe, le courant va du sujet vers le signe c’est-à-dire que toute la force du sujet passe dans le signe et, en quelques secondes, le sujet s’évanouit. Réveillé dans cet état, le sujet est très faible pendant plusieurs jours.
Pour redonner au sujet toute la force perdue il suffit
de poser le pommeau de l’épée sur le signe et la pointe de l’épée sur le cœur du sujet. Aussitôt le sujet reprend toute la force emprisonnée dans le signe et l’évanouissement disparaît.
Le sujet étant dans le cercle on lui présente diverses, figures magiques ainsi qui des nombres.
Le Sceau de Salomon fait apparaître de petits anges bruns dirigés par un homme vêtu de rouge.
Le chiffre 4 fait ajiparaître un ange brun d’origine jupitérienne.
Le pentagramme fait apparaître un ange vénusien portant sur le front le sceau de Salomon.
Le signe de Jupiter tracé dans un cercle, fait apparaître des êtres très laids et menaçants.
{Expérience de contrôle de Sédir.)
Des êtres fort laids et menaçants sont venus quand on a enfermé le signe de Jupiter dans un cercle-
Le signe de Jupiter tracé en l’air avec l’épée leur cause de la frayeur sans les faire partir. Ils di.sparaissent, à l’exception de leur chef, quand on traee le signe de la croix avec l’épéo. Pour faire disparaître le chef il faut le dissoudre avec l’épée.
{Contrôle de Sédir.)
Le chiffre 4 enfermé dans un cercle fait apparaître des hommes à turban de figure brune, portant le signe de Jupiter sur le front et qui se retirent en jouant une marche très belle et d’un rythme lent.
{Expérience de Sédir.)
La croix fait apparaître un homme brun vêtu de rouge avec une croix noire sur la poitrine.
{Expérience de Sédir).
De l’Etude des cérémonies.
Nous avons fait quelques expériences très curieuses sur l’étude des cérémonies religieuses au moyen de sujets hypnotisés. Nous avons employé deux méthodes à cet effet.
La première méthode consistait à emmener un sujet préalablement hypnotisé à l’état de rapport dans une église pendant la messe et dans un temple après avoir donné la suggestion de se rappeler les détails vus sans aucune omission. On faisait ensuite raconter au sujet ce qu’il avait vu.
La seconde méthode consiste à évoquer l’image 3.strâle d’une cérémonie et à faire décrire immédiatement ce que voit le sujet.
Nos recherches sur ce point sont trop récentes pour que nous puissions poser autre chose que deshypothèses. Nous allons donner deux ou trois expériences cependant pour permettre à nos lecteurs d’opérer de leur côté.
Une Eglise catholique au moment de la communion.
Une sorte de lumière éclatante sort de certains fidèles en prière cette lumière sort au niveau du cœur et vient se condenser autour du prêtre qui en est couvert. (Les fidèles qui viennent là uniquement pour « la forme » n’émanent aucune lumière).
Une lumière resplendissante entoure le calice qui contient les hosties sacrées, chaque hostie , est lumi-
La magie et l'hypnose. Paris, 1897. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/papus-la-magie-et-l-hypnose/. Public-domain text reproduced in full; markup only.
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