Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers

Louis-Claude de Saint-Martin · 1782

Édimbourg [Lyon], 1782 · Public domain

Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers
Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers. Par le Philosophe Inconnu [Louis-Claude de Saint-Martin]. Édimbourg [Lyon], 1782.

B s Virith fifcotides & luminenlêt , exifte« loienc moins pour le bonheur de 1 homme que pour ton tourment , fi Tactraic qu'il fe fent pour elles 9 étoit un penchant qu'il ne pût jamai> fa-» tis&ira. Ce feroit mânle une contradiâion inexf>licable y dtnii ie premier Mobile , auquel tien'» nent radicalement ces V^rit^s , qu'ayant voulu les dérober à nos regards , il les eût écrites dans tout ce qui nous environne, ainfî qu'il Pa fait dans 4a force vivante des élémens ; dans l'ordre & l'harmonie de toutes les aâions de l'univers »- <Se plus dairement encore , dans le caraâere di{li'nc<» tif qui conffitue l'homme^

Ueft bien plus coiifonne aux loix de cette Caufe primitive , <le penfer qu'elle n'a pas mttldplki à nos yeux les rayons de (a propre

telleâuellcs ont un pouvoir r^el fur mes fens , eit ce qu'elles en étendent les forces & Tufage par les àiSérens exercices que ma volonté peut leur împofer; au lieu que mes fens n'ont qu'un pou^ voir pafCf fur ces acuités y celui de les abforber : parce qu'enfin y en Géométrie y la prëcifion la plus fcrupuleufe & la plus fatisfaifante pour les fens y laiffe toujours quelque chofe à defirer à la penfée , comme dans cette multitude de figures dont nous connoiffons les rapports & les relations corporelles ,* mais dont les nombres & les rapports vrais font abfolument hors du fenfîble.

Cette marche des œuvres de l'homme doit

nous jéclairer fur des objets d'un ordre fup^rieur ; car fi nos faitls les plus màtëriels & les plus éloignas de la Vie y tiennent ainfi leur être y de puiffances fiables & permanentes qui eit font les agens héceflaires y pourrions-nous refuifer d'admettre que des réfultats matëricfaf Iti^ pUrfiiits ^ tels que Texiftence de la T<Taturé phyfique géné- rale & particulière , font, également le produit de Puiflances fupérieureis âces^ réfultats? Plus une œuvre renferme de pôrfeâions y plus elle «n indique dans fon Principe générateur. • I^oiit^uoi nous défierions-nous donc de cette idée i la feis fimple & vafie , qui nous offre une* feule &; même loi pour la produâion des choies / quoi-

■p'elles folent toutes dïflingu^es par leur aâîon fie lar leur caraâere fondamental î

La fupérîorité des produâîons de la Nature ne

Jps difpenfe donc pas d'être le r^fulrat de Puif-

lances ou facultés analogues , en efTence 5c en

■"Tettu , à celles qui fe manifefl-ent néceffaîremenc

dans l'homme , pour la produflion de toutes Ces

CEuvres. Car , quoique ces œuvres ne foient for-

^^^bplées que par des tranfpofî rions ou modifications « ^^^pm ne peut fe dirpcnfer de les regarder comme ^^^Hes efpeces de créations , puifque par ces divers ^^Karrangemens &c combinaifons de fubflances ma- ^^Hcérielles , nous rcalil'ons des objt;ts qui n'exiftoicnt ^^^uuparavant que dans leurs principes. ^^F Si l'édifice univerfel de la Nature ne peut être que l'œuvre vifiblc de facultifs antérieures à f» produflion , nous avons la même certitude de -l'cxiftence de ces facultés , que de la réalité de |lçelles qui fe manifeftent en nous ; & nous pou- ! affirmer que les faits de la Nature étant matériels comme les nôtres , quoique d'un ordre tfupérieur , les organes phyfîques de la Natura Kttniverfelle ne doivent pas plus connoitre les ^fecultés qui les ont créés & qui les dirigent ^ ■i}ue ni nos œuvres , ni notre corps ne connoîf- Ifent celles que nous favons évidcmmenc exiller V«n nous.

D& même rœuvre univerfelle de ces faculté

ilivîfibles , leur réfultat , la Nature enfin ponrrorr n'avoir jamais en&é , elle pourroit perdre Pexir* cence qu'elle a reçue , uns que les ÊK:ulcés qui Font produite , perdirent rien de leur pniflànce m de leur îndefiruâibiKt^ ^ puiiqu'elles exiftent indépendamment de leurs produâîons matérielles, comme mes facultés invifîbles exifteiit indépendamment des oeuvres que je produis»

y y Arrétons-nous un moment , & liions dansfU-

' Hivers même , la preuve évidente de Pexiftence de

ces PuifTances Fhyfîques» Supérieures i la Nature/'

^f Quel que foit le centre des révolutions des Aflres errans y leur loi leur donne à tous' une tendance a ce centre commun y par lequel ils font également attirés."

yy Cependant nous les voyons conferver leur nlfiance de ce centre j s'en approcher tantôt plus y tantôt moins y fek>n des loix réguUeres , & ne jamais le toucher y ni s'unir à lui."

yy Envain Ton oppofe Tattraâion mutuelle de ces Aftres planétaires , qui fait que fe balançant les uns par les autres^ ils fe foutiennent mutuellement & réfiftent tous par-là à Tattraâion centrale ; il refteroit toujours à demander , pourquoi r-attraûion mutuelle & particulière de ces Aflres^ ne les joint pas d'abord les uns aux autres , pour les précipitei: tous infaite vers le centre commun

ie fdor^ atCràâion g^^ra^Ie ; car fi leur balâtw cément & leur foucien dépend de leuts^ difFérenâr afpeiâs, '& d'une certaine pofidon refpqûive ; il eft;fiH: que par leurs ^ouvemens journalierscette poiltion varie ^ & qu'ainfi depuis longrtemps ^ leur loi d'attraâibn auroit du étr^ altérée , de même que lé phénomène de permanence qu^otx

leur attribue."

„ On pourrait avoir recours aux Eto .les fixes r ^ui I malgré l'énorme diflance où elles font de5^ imtres Aftres, peuvent influer fur eux^ les attirer comme <:eùx-<û attirent leur cQntre commun , Se It^ foutenir ainfi dans leurs mouvemens. Cette U^e paroitroit grande, fage ; elle fembleroit en^ trer naturellement dansles toix fimples de la faine phyfique. , Mais dans le vrai y elle ne feroit que

^^ Quoique les Etoiles fixes paroifTent conferver lar même pofition , nous fommes fi éloignés d'elles I que riïous n'avons fur ce point qu'une^ fcience d6 conjeâiure«"

,, En fécond lieu ^ quand il fereit vrai , qu^elles fent fixes X comme elles le-paroi^îent ^ oane^pour*^ toit nier , qù'«n> di^érens endroits du Ciel , il n'ait paru de nouvelle Etoiles , qui enfuite ont ccffé de fe montrer j & -je ne cite que celle qur fik remarquée par plufîeursAftronomesen 1572,. ^ns la confiellatioii -de Caf^iopée ; elle égalai

» Tableaxt

d'abord en grandeur la claire de la Lyre % ptâ Sirius y & devint prefque auflî grande que Venus P^rîgfo , de forte qu'on la voyoit à lavue fim-r pie en plein midi. Mais ayant perdu peu à peu fa lumière , on ne Ta plus rev}ue. D'après d'autres obfervations , on a prëfumé qu'elle avoit £ût. des apparitions prëcëdentes ^ que fa période pourroid être de trois cents & quelques années , & qu'ainft elle pourroit reparoître fur la fin du dix-neuyieme fiecle.'

y y Si nous obfervons de telles révolutions ^ de tels changemens , parmi les Etoiles fixes ^ on ne peut douter que quelques-unes d'entr'elles n'aient un mouvement» 11 eâ certain aufll que la variation d'une feule de ces Etoiles doit influer fur la région à laquelle elle appartient y & y porter affez de prépondérance pour en déranger l'harmonie locale/

yj Si l'harmonie locale peut fe déranger dans une des régions des Etoiles fixes y ce dérangement peut s'étendre à toutes leurs régions. Elles ^urroient donc ceffer de garder conftamment leur poficion refpeâive , & céder à la force de Tattraôion générale qui les réuniffant comme tous les autres Aflres à un centre commun ^ anéantiroit fucceflivement le fyftême de TU-

niveis."

,y On ne voit point arriver de femblables dé^.

iftrcs; &fi ta Nature s'altère , c'eft d'une m*i iere lente, qui laifTe toujours un ordre ap^-* régner devant nos yeux. Il y a donc un» force phyfique invifible , fupérieûre âux Etoiles fixes, comme celles-ci le font aux planettes, & qui les foutient dans leur cfpace , comme elles foutiennent tous les Etres fenfibles renferma dans leur enceinte. Joignant donc cette preuve lUX ratfons d'analogie que nous avons d^ja :ablies , nous répéterons que l'univers n'exifte -que par des acuités créatrices ^ invifïbles à la Nature , comme les &its matériels de l'homme ne peuvent être produits que par fes facultés invifiles; qu'au contraire les facultés créatrices de l'uivers ont une exiftence nécetTaire & indépendante le l'univers , comme mes facultés invifiMes exiftenc nécelTairement & indépendamment de mes osuvres matérielles. "

Tout fe réunit ici pour démontrer la fupério-

Iité de l'homme , puifqu'il trouve dans fes propres icultés , de quoi s'élever jufqu'à la démonftration u Principe adif& invifible dont l'univers reçoit l'exiftence & Tes loix; puifque dans les œuvres même matérielles qu'il a le pouvoir de produire , ;il trouve la preuve que foQ Etre eft d'une nature I péri (Table. Qu'on n'oppofe point à ces réflexions , les adea

fé TabieaIu

feiifibles & matériels qui font comitiuit$; 2 VhoB^me Se à la béce. En parlant de fes œuvres, ULOius n'avofis point eu en vue ces aâes naturels ^ raffimilent aux animaux ^ mais ces aâes de génie & ^t'intdlltgence , qui le diftingueront toii- ÎQurs p9Jtf dfes caraâeres frappans & par des fignei excluais.

Cctteidtffércnce de Tétrc intelleduel de Hhom^ 0ie d'avec fon étrs fenfible ^ ayant été démontrée avec une entière évidence, dans l'écrit dont f ai lîré l'épigraphe 4e cet Ouvra^, nous nous bor^ sierons à .faire remarquer ici , que nous ne pou^* >vom faire . eséâcv^er b moindre de nos volontés « Xahs nous convaincre que nous portons par-^touc avec noijs-?mênïes le Pxincipe dt têtrt & de ta vie*^ Or comment le Principe de Vitre ô de la vie .-pourroit-il périr ?

Cependant y malgré ce caraâere diftinâif y l'homme efl dans une dépendance abfolue^ relativement à fès idées phyfîques & fenfibles. On ne peut nier (pi'il ne porte en lui toutes les &cuicés: analogues aux ob)ets qu'il peut connoiitre ; rar que: £bnc: toutes nos découvertes , fi-non 1^ mie itttifiie & le featiment lècret du rapport qui exifte entre notre propre lumieire & les chofes* mêmes ^néanmoins nous. ne potp^ns avoir Pidée d^aucun objet fenfiblc , fi cet objet ne nous comiBiùÀiq[ue fes împrel&ons; •& iKm^ avon^ is^

L preuve en ce que le défaut de nos fcns nous prive , foit en entier , foit en partie , de la connoiiTance des objets qui leur font relatifs. - II eft vrai que fouvent , par comparaifon , par )a feule analogie, les idees-premleres nous conduifent à des idées fécondes , & que par une forte d'induâion , la connoîfTance des objets pr^fens nous fait former des conjeâures fur des objets ^oigni^s ; mais alors nous fommes encore fournis I la même lot , puifqiie c'eft toujours le premier ibjet connu , qui fcrt de mobile i ces penfées , 5s pe fans lui , nï l'idée féconde , ni l'idée première aâ'auroient été produites en nous. ■-11 eft donc certain , qu'en ce qui concerne les lijets fen(îbles& lesidi^esqiii leur font analogues, liomme eft dans une véritable fervirude; prin- Hpe dont nous tirerons dans !a fuite de nouvelles fcimieres fur fa véritable loi.

Indépendamment des idiîes que l'homme ac— [ journellemEnc des objets fenfiMes , par ^âion de ces objets fur les fens, il a des id^es ; autre clalTe ; il a celle d'une loi , d'une fcilTànce qui dirige l'univers & ces mêmes objets ntériels; il acelle de l'ordre , qui doky prÉfider; I tend enfin , comme par un mouvement naturel , vers l'harmonie , qui femble les engendrer & s conduire.

jrz Ta BLE a v

Il ne peut (e créer une feuleid^; &cepen'^ danc il a celle d'une force & d'une fagelTe fupé- rieure , qui eft à la fois commeje terme de toutes les aâions & de toutes Us loix^ le lien de toute Barmonie , le pivot & le centre d'oà , émanent & pu aboutiffent toutçs les Vertus des Etres. Car tel «fi le véritable réfultat de cous les fyftêmes ^ de tous les dogmes , de toutes les opinip^tis y même les plus abfurdes y ^^]^M nature deschofes & fur celle de leur Pnocipe* Iln'eft aucune doârine ^ £ins en excepter PAthéifme , qui n'ait pour but cette étonnanjte Unité ^ conune nous ,1e verrons dans la fuite.

Si ces dernières idées forment unecIa^Te abfolument différente de celles que nous avons des chofes matérielles : fi aucun des objets fenfibles ne peut les produire; puifque . les. animaux les plus parfaits n'en annoncent point de femblables y, quoiqu'ils vivent tous , ainfi que l'homme y au milieu de ces objets ; fi ^ en .même temps ^ aucune idée dans l'homme ne fe réveille que par des moyens c^ui font hors de lui, il réfulte qpe l'homme eft dans la dépendance , pour fes idées intelleâuelles , comme pour fes idées fenfibles ; & qye, dans l'un & l'autre ordre, quoiqu'il ait ea lui le germe de toutes ces idées y il efl forcé d'at-^ tendre que des réaâions extérieures viennent les. animer & les faire naître. Il a'en eft ni le maître j^

l^ l'auteur , & avec le deflein de s'occuper d'un

• ofcjec quelconque, il ne peut, malgré fes efforts,

i'affurer de remplir fon but , & de n'en être pas

Betourné par mille idées étrangères,

Nous fommes tous estpofés à recevoir involontairement de ces idées déréglées , pénibles & im-' FjpoFtuncs , qui nous pourfuivent , comme malgré .nous , par des inquiétudes , par des doutes de [foute efpece , & qui viennent fe mêler à nor ■ uitTances intelleâuelles les plus fatisfaifantes. " ] fœuvres matérielles de l'homme ont démontrff \ Jen lui des facultés invifibles & immatérielles j' antérieures & néceffaires i la produâion de ces giOEuvres ; & que , par la même railbn , l'œuvre ^matérielle univerfelle , ou la Nature fenfible ,'. " nous ait démontré des facultés créatrices , invil t/£bies & immatérielles', extérieures à cette Na-* ■ P^ure , & par lefquelles elle a été engendrée ; de même, les facultés intelleâuelles de l'homme rfont une preuve inconteftable qu'il enexifte en-" cote d'un ordre bien fupérieur aux Tiennes, &'3 ■■ celles qui créent tous les faits matériels de la Ni*^ ture : t'eft-à-dire, qu'indépendamment des fa- J cultes créatrices uhiverfelles de la nature fenfiblel^^ i! exifte encore hors de l'homme, des focultés in-ir' ' telleâiielles & penfantes, analogues à l'on être,' \ <c qui produifenc eo lui les penfées ; car les mo-"

f# Table a b

WMt tties ;c2rétauït Id-méme (a propre Icn ,11 se peut jainâW si'en écarter , & (à liberté n'eft CSBfoCéc i aâciiiie entrave oa impolfion &raii— gère. AihûHtk'z pas cette ûtcnké funefte , par laqueUeFlioiiiflie peut agircontre le but même de fon* esiSeflce; Cè'^uf déâièntre là (upériorité infime de M IPrintfipe tiniverfel, & Créateur de

:G^ Prki^tpe fdf^rime ,- fôôrce de toute? les Puiffancesy&ît de celles qui vivifient la penfée dans lliomme , foir de celleis t^ni engendrent les tifttvres vifibles de la natiire màtérièllèf cet Etre fiécelTaire à tous le!r autres Etres , gerttit de toutes les aftioni , de qui fanent cdâciniïellèineht tou^ tes les exiftences^ ce -terme final", vers lequel elles tendent ^ comme par un efibrt trréfifUble ^ parce que toutes re'cfaêrclfèfit7^7^/>;^ cet Etre , dis^je , eft celui que leshommei^apfieMëht généralement

Quelles que foient les i<^^ étroites que là groifiere igtidrahi^ s^eneft^tUié^^cIbèâ;^ tés différent Peuples*^ tous les* hommes qm voudront xkfcendre eii'euiG^mémes> Seconder lefentimefit indeftmâfble qufils ont de ce Principe, recon->- nottront qu-il eft te BiÎIn pam rïTente > & que tout bien provient de lui ; que te ihal n'efi: i^ue ce ^ lui eft oppbfi^î ^^ainfi il n^peut pas vouloir

mal , <c qu'au contraire il procure fans ce^a à

|Ês produdions, par l'excellence de fa nature,

mte r<^tetidiie de bonheur dont elles font fuf-

iptibles , relativement à leurs différentes claflês»

[uoïque les moyens qu'il emploie foient encore

cachés à nos regards.

Je ne tenterai pas de rendre plus fenfiblela nature de cet Être , ni de pénétrer dans le Sanc- :Cuaire des Faculiù divines ; il fandroit , pour y 'enir, connoître quelqu'un des nombres qui ftitnent : or comment feroit - il podlble à l'homme de foumettre la Divinité à fes calculs de fixer fon NOMBRE principal ? Pour conlitre un nombre principal , il eft néceffaire d'alïr au moins une de fes aliquotes : & quand, lUr repréfenter Vimmenfîté des Puiflànces di— înes , nous remplirions un livre , tout l'Univers , âe fignes numériques , nous n'en aurions pas encore la première aliquote, piiifque nous pourrions toujours y ajouter de nouveaux nombres , ift-à-dire , que nous trouverions toujours dans

Etre , de nouvelles Vertus. D'ailleurs il faut dire ici de DiEU , ce que nous aurions pu dire de l'Erré invifible de l'homme. Avant de fonger à découvrir fes rapports & fes loix, nous avons dû nous convaincre de fon exiftence, parce que, être , ou avoir tout foi, fclon fa cUfie , ce n'eft qu'une feule &; B

i8 Tabieau

même chofe ; en forte qu'avoir reconnu la néceffité & l'exiftcnce du Principe éternel de Pinfini , c'eft lui avoir attribué en même temps toutes les acuités , perfeâions & puiffances , que doit avoir en foi cet Etre univerfel , quoiqu'on ne puifTe en concevoir ni le nombre ni i'immenfité. Ces premiers pas étant afTurés , eflayons de découvrir de nouveaux rapports par la confidération de la Nature pbyfique

Pourrions-nous contempler fans admiration le Ipeâacle de TUnivers ? Le cours régulier de ces flambeaux errans, qui font comme les âmes vifibles de la Nature ; cette efpece de création journalière que leur préfence opère fur toutes les Régions de la Terre y & qui fe renouvelle dans les mêmes climats à des époques confiantes; les loix inaltérables de la pefanteur i&: xiu mouvement, rigoureufement obfervées dans les chocs les plus confus ^ & dans les révolutions les plus orageuf es« Voilà fans doute des merveilles qui fembler<Ment donner à l'Univers des droits aux hommages de l'homme.

Mais en nous offrant ce fpeâacle majeftueux ^'ordre & d'harmonie , il nous manifefle encore plus évidemment les fignes de la confufion ^ &

nous fommes obliges de lui donner , aàns notre penfée ^ le rang le plus inférieur: car il ne peut influer fur les facultés adives & créatrices auxquelles il doit Texiflence , & il n'a pas de rapport plus direâ & plus néceflairc avec Dieu j à qui appartiennent ces facultés , que nos œuvres matérielles n'en ont avec nous. L'Univers eft , pour ainfi dire , un être à part ; il eft étranger à la Divinité , quoiqu'il ne lui foit ni inconnu , ni même indifFérent. Enfin , il ne tient point à l'effence divine , quoique Dieu s'occupe du foin de l'entretenir & de le gouverner. Ainfi il ne participe point à la perfeâion y que nous favons appartenir à la Divinité ; il ne forme point unité avec elle ; par conféquent il n'eft pas compris dans la fimplicité des loix effentielles & particulières à la Nature Divine.

Aufli apperçoit - on par-tout dans l'Univers , des caraâeres île défordre & de difformité; ce , n'eft qu'un aflemblage violent de fymp^thies & d'antipathies^ de fimilitudes & de difFcrences ^ qui forcent les Etres à vivre dans une continuelle agitation , pour fe rapprocher de ce qui leur convient^ & pour fuir ce qui leur eft contraire : ils tendent fans cefTe à un état plus tranquille* Les corps généraux & particuliers n'exiftent que par la fubdivifion & le mélange de leurs principes conftitutifs ^ & la mort de ces corps n'arrive que

lorfque les émanations de ces principes y qui Croient mutuellement combinées y fe dégagent & rentrent dans leur unité particulière. Enfin , pourquoi tout fe dévore->t-il dans la création , fi ce n*eft parce que tout tend à Tunité d'où tout cft forti f

•* Nous voyons même un Type frappant de la confufion & de la violence où eft toute la Nature y ^ar cette loi phyfîque qui y quatre fois par jour y agite le baflin des mers y & ne leur a pas jjailTé un infiant de calme depuis Torigine des chofes; image caraâériftique par laquelle Fhomme peut, au premier coup d'œil^ expliquer rénigme de l'Univers. ,^

Comment s'eft-il donc trouvé des hommes affez peu attentifs » pour afllmiler à Dieu y cet Univers phyfique , cet être fans penfée , fans volonté , à qui Taâion même qu'il manifefte eft étrangère ; cet être y eniin y qui n'exifte que par des diviiions & par le défordre ?

Les mélanges dont la Nature phyfique eft formée y ont-ils quelque» rapports avec le caractère conftitutif de l'Unité univerfelle ? & Texiftence de cet être mixte & borné y fujet à tant de yiciflitudes , peut-elle jamais fe confondre avec le Principe Uk ; éternel & immuable ^ fource ée

la vie , & donc Paâion indépendante s'étend fur tous les Etres , & les a tous précédas.

L'imperfeâion attachée aux chèfes temporel-^ les, prouve qu'elles ne fontnî égales ni coéternelles à Dieu , & démontre en même temps qu'elles ne peuvent être permanentes comme lui ; car leur nature imparfaite ne tenant point de reflence de Dieu y à laquelle feule appartient la perfeâion & la Vie y doit pouvoir perdre la vie ou le mouvement qu'elle a pu recevoir ^ car le vëri-» table droit que Dieu ait de ne pas cefTer d'être ^ c'eft de n'avoir pas commencé.

Et , en effet , fi la vie ou le mouvement étoit efTentiel à la matière , il n'auroit pas fallu ^ comme l'ont fait les plus fameux Philofopbes , demander ^ pour former un Monde 9 de la matière & du mouvement ; puifque d'après ce principe ^ en obtenant l'une , ils auroient eu néceflairement l'autre.

Si les hommes ont erré fur ces objets , c'eff qu'ils ont fermé les yeux fur les grandes loix des Etres , & qu'ils ont méconnu jufqu'aux caraâeres efTentiels qui doivent , dans la penfée de l'honune , féparer TUnivers & Dieu.

Dans Tordre intelîeâuel f c'eft le fupérîeur qui nourrit l'inférieur ; c^eft le Principe de toute cxiflence qui entretreiit da^s tous les Etreisla vie

12 TABLEAtr

qu'il leur a donnée ; c'eft de la fource première à€ la vérité , que Thomme intelleâuel reçoit journellement fes pensées , & la lumière qui réclaîre.

Or ce Princ pe fupérieur n'attendant (à vie , ni fon foutien , d'aucune de fes produâions , recevant tout de lui*méme , trouvant tout en luimême j eft à jamais à Tabri de la privation , de la difettc & de la mort.

Au contraire , dans toutes les clafTes de Perdre phyfîque y c'eft l'inférieur qui nourrit & alimente le fupérieur ; le végétal , l'animal , le corps matériel de l'homme, nous en fourniifent les preuves les plus évidentes. La Terre elle-même n'entretientelle pas fon exiflencepar le fecours de fes propres produâions ? N'eft-ce pas de leurs débris qu'elle reçoit fes engrais & fes alimens f Er les pluies , les rofées , les neiges qui la ferriU- fent^ font-elles autre chofe que fes propres exhalaifonsy qui retombent fur fa furface , après avoir reçu dans l'armofphere , les Vertus nécelTaircs pour opérer fa fécondarion ?

C'eft donc là l'image la plus frappante de fon impuidance y & la preuve la plus certaine de la néceflitéde fa deftrudion ; car , ne pouvant conferver fa vertu génératrice & fon exiftence y que par le fecours de fes propres produâions y on ne fauroit la croire impériffable , fans lui reconnoî- tre y conune dans Dieu i la faculté efTentielIe &

fans limites d'engendrer ; & alors on ne verroit jamais en elle & fur fa furface , ni ftérilité ^ ni fécherefle.

Maïs la Terre donne journellement des témoignages qu'elle peut devenir ftérile ; puifque des contrées entières fe trouvent dénuées des plantes & des produâions qu'elles ont poffédées autrefois avec abondance

Or la terre pouvant tomber dans la fiérilité, & cependant ne pouvant être alimentée que par fes propres fruits , de quoi fe nourrira-t-elle ^ lorfqu'elle ceflera d'en produire? & comment confervera-t-elle >alors fes vertus & fon exiftence , fi l'exiftence d'aucun être ne peut fe conferver fans alimens ?

Pouvonsnous donc concevoir rien de plus* diiForme , qu'un être dont la vie cft fondée fur les viciffitudes , la deftruâion & la mort ; qu'un être qui , comme la Matière y comme le temps ^ comme le Saturne de la Fable, n'exifte qu'en fe nourriflant de fes propres enfans ; qui ne peut en conferver une partie , fans facrifier l'autre ; en un mot , qui ne peut maintenir leur exiftence y qu'en leur faifant dévorer leurs propres frères ?

Ceft ici le lieu d'obferver les réfultats de toutes les recherches qui ont été faites fur Dieu & fur la matière. Dans tous les temps on a cherché à favoir ce que c'eft que la matière , fie

on n*a po le concevoir encore: il y a même de^ Langues crés-favantes qui n'ont point de mot pour ^exprimer. Au contraire , parmi ceux qui ont pris Dieu pour objet de leurs réflexions , il n'en eft aucun qui ait pu dire ce qu'il nMtoit pas ; car il n'y a point de dénominations pofitives , exprimant un attribut réel ou une perfeâion ^ qui ne conviennent à cet Etre univerfel , puifqu'il eft la première ba^c de tout ce qui eft. Et fi les hommes loi donnent quelquefois des dénominations né* gatives , telles qa* Immortel ^ Infini , Jnd/pen^ dant y nous verrons , en examinant leur véritable fens , qu'elles expriment des attributs très-poil* ûk y puifqu'en effet ces dénominations ne fervent qu'à annoncer qu'il eft exempt des fujettions & des bornes de la matière.

Dans le Principe fupréme , qui a ordonné la produâion de cet Univers , & qui en maintient l'exiftence y tout eft effentiellement ordre , paix y harmonie ; ainfi on ne doit pas lui attribuer la confufion qui règne dans toutes les patries de notre ténébireufe demeure ; & cedéfordre ne peut être que l'eftet d'une caufe inférieure & oppofée i ce Principe. Caufe inféneure & corrompue, qui ne peut agir que féparément & hors du Principe du bien : car il eft encore plus certain qu'elle eft nulle & impuiffante y relativement à la Caufe

jremiere , qu'il ne l'eft qu'elle ne peut rien fur xeflence même de l'Univers matériel.

II efl impofnblc que ces deux Caufes l'exiftcnc erfemble hors de la clafle des chofes I temporelles. Dès que la Caufe inférieure a cefl? L d'être conforme à la loi de la Caufe fnp^rîeurc , elle a perdu toute union & toute communication avec elle; parce qu'alors la Caufe fupérieure , LPrincipe éternel de l'ordre & de l'harmonie , a RailTé la Caufe inf<;rieure, oppof^c i fon unité, ' tomber d'elle-même dans robfcurité de fa corruption , comme elle nous laifTe tous les jours perdre volontairement de l'étendue de nos facultés, : les reffcrrer , par nos propres aâes , dans les ornes des aHeâions les plus viles , au point de nous éloigner abfolument des objets qui coniTiennent à not;'e nature.

Ainfî , loin que la nai0ance du mal , & la création de l'enceinte dans laquelle il a été renfermé ^ aient produit dans l'ordre vrai , un plus grand enfembic de chofes, & ajouté à l'Immenfîté*, elles n'ont fait que particnlarifer ce qui par eflence devoir être général ; que divifer des aâions qui dévoient être unies ; que contenir dans un point ce qui avoir été féparé de l'univerfalité , & devoir circuler fans cefle dans toute économie des Erres ; que /infibilifér enfin fous des formes matérielles ce qui exiftoit déjà en

fup^rieure & comment il fe peut que le mal eiifte en pr^fence des chofes divines , fans que les chofes divines y participent/ La confidération des phénomènes matériels peut nous aider dans cette recherche. Oblervons d'abord la différence qui eft entre ces êtres matériels & les produftîons întellefluelles de l'Infini.

L'Etre créateur produit fans cefle des Etres hors de lui y comme les principes des corps produifent fans ceffe hors d'eux leur aâion.

11 ne produit point des aflemblages , puifqu'il eft Un & fimple dans fon eflence. Par confé- quent , fi , parmi les produâions de ce premier Principe^ il en eft qui puiffent fe corrompre, elles ne peuvent au moins fe diffoudre ni s'anéantir , comme les produâions corporelles & compofées. Voilà déjà une grande différence , quant à la nature de ces deux fortes d'Etres. Nous en trouverons une plus grande encore dans le genre de corruption dont ils font fufceptibles.

La corruption y le dérangement , le mal enfin des produâions matérielles y eft de cefTer d^étre fous Tapparence de la forme qui leur eft propre. La corruption des produâions immaté- rielles eft de cefler d'être dans la loi qui les conftitue.

Cependant la deftruâion des produâions mitéricUes , lorfqu'ellc arrive dans fon temps &

Ffiatureltement , n'eft point un mal ; elle n'eft

Idéfordre, que dans les cas où elle eft pr^matu-

§<x^e : & même le mal eft moins alors dans les

ïtres livrei à la deftruâion , que dans Paâion

lid^r^gl^e qui l'occafionne.

Les Etres immatériels, au contraire , n'étant pas des alTemblages , ne peuvent jamais être pénétrés par aucune aÛion étrangère ; ils ne peuvent en être décompofés , ni anéantis- Ainlî, la corruption de ces Etres ne fauroit provenir de

Ila même fource que celle des produâions maté- rielles ; puifque la loi contraire , qui agit fur elles , ne peut agir fur des Etres {impies. . A qui cette corruption doit - elle donc être attribuée ? Car les produflions , foit matérielles, foie immatérielles , puifant la vie dans une fource pure, chacune félon fa clalTe, ce feroît injurier le Principe , que d'admettre la moindre feuillure dans leur effence.

De la différence extrême qui exifte entre les produâions immatérielles & les produÛions matérielles , il réfulte que celtes-ci étant pafTives > uifqu'elles font compofées , ne font point les Igens de leur corruption elles n'en peuvent jSonc être que le fujet , puifque ce défordre^ leur l^àent nJcefTai rement du dehors.

Au contraire , les produdions immatérieli , en quiiiti ^Etrcs Êmplei , & dans leur étac

primitif &c pnr , ne peuvent recevoir ni dcmirgement y ni miitilation , par aucune force ttnnrgère; puirque rien d^elîes n'eft eipo'e , & qu'elles renferment toute leur eiîftence & tout leur être en elles-mêmes , comme formant chacune Icor vnité : cToù il réfulte qnc s'il en eft qui ont fa fe corrompre f non-feulement elles ont été le (ujet de leur corruption , mais encore elles en ont dâ être Torgane & les agens : car il étoit de toute impoflibi^itié que la corruption leur vinc d'ailleurs ; puifque aucun erre ne pouvoir avoir firife fur elles , ni déranger leur loi.

Il y a des Obfervateurs qui ne confîdérant Thommc que dans fon ërat aâuel de dégradation , efclave des préjugés Se de l'habir^ude , dominé par fes penchans , livré aux impredions fenfibles » en ont conclu qu'il itoit également néceffité dans toutes fes aâions intelleâuelles ou animales^ dWt ils fe font crus autorifés à dire que le mat provient en lui , ou de Pimperfeâion de fon efTence , ou de Dieu i ou de la Nature ; en forte que fes aâes en eux->^mémes feroient indifFérens, Appliquant enfuite à tous les Etres » la âulTe opinion qu^ils fe font formée de la liberté de l'homme y ils ont nié Texiftence d'aucun Etre libre ^ & de leur fydtéme il réfulte que le mal exifte elTentiellement.

Stni nous trrécer à cosabtcm tm erreurs , il

îious ftifEra de faire remarquer qu'elles ne viennent que de ce qu'on a confondu dans lesaâes de l'Etre libre , les motifs, la détermination , & l'objet : or, en reconnoiflfant que le Principe du mal n'a pu employer fa liberté que fur un objet quelconque , il n'en feroit pas moins certain qu'il £ÙM l'auteur du motif de fa détermination ; car l'objet ou le fujet fur lequel nous exerçons notre détermination peut être vrai , & nos motife ne l'être pas ; chaque jour i par rapport aux meilleures chofes y nous nous formons des motifs faux & corrompus ^ il ne faut donc pas confondre l'objet * avec le motif; l'un eft externe , l'autre naît en nous.

Ces obfervations nous conduifent à décou- :yrir la vraie fourcedu mal. En effets un Etre qui approche & qui jouit de la vue dGsVcrtusdn fou-i verain Principe,* peut-il y trouver un motif pré- pondérant Qppofé aux délices de ce fublime fpectacle ? S'il détourne les yeux de ce grand objet , ou fi , les portant fur ces produâions pures de rinfini , il cherche , €n les contemplant , un motif faux & çbatraire à leurs loix , peutil je trouver hors de foi-méme., puifque ce motif €ft le mal , & que ce mal n'exiiloit nulle part pour lui avant que cette penfée criminelle l'eût fait naître , â>mme nulle prodiiâion n'esdfie avaqt fon Principe gén^teui?

5z Tableau

Voili^ comment l'état primitif, fîmple & put de tout Etre intelleâuel & libre , prouve que la corruption ne peut naître dans lui - même » ÙLtts que lui-même en produife volontairement le germe Se la fource. Voilà comment il eft clair que le Principe divin ne contribue point au mal 6c au dtfordre qui peuvent naître parmi fes produâions ; puifqu'il eft la pureté même. Voilà , enfin, comment il n'y parricîpe point; puîC- qu'étant fimple, comme fes produâions, & de plus, étant lui-même la loi de fa propre efTence & de toutes fes œuvres , il eft , à plus forte raifon , Inpiflible , comme elles , à toute aâion étrangère.

Eh ! par quels moyens le défordre & la corniprion pirviendroient - ils jufqu'à lui , tandis que , dans Tordre phyfique même , les pouvoirs des Etres Ubres & corrompus > aitifi que tous les droits de leur corruption , ne s'étendent que fur les objets fecondaires , & non fur les Principes |»«miers? Les plus grands dérangemens qu^Is peuvent opérer fur la Nature f^yfique , n'altè- rent que fes firuk^ & les prodùâionsy & n'at« teignent point )ufqu'i fes colonnes fondamentales, qui Ae recevront jamais d'â>ranleiBeiit que par la flttin qui les a pofées;

La v^Jonté de FheeDsne difpofe de quelque»^ UMdes awureAiMe et km. cocps; watm il m

peut rîen fur les aaions premières de fà vîè ànî-» liiàle , dont il lui eft impoffible d'étoufFer leâ befoins. S'il porte fon aâion plus loin , en attaquant la bàfe même de foh exîftence vitale > îl peut , il eft vrai > en terminer le cours appâ- tent > mais il ne pourra jamais anéantir y ni lo principe particulier qui avoit produit cette exif-* tence , ni la loi innée de ce principe, par la* quelle il devoir agir pendant un temps hors de fa fource* ^

Elevons - nous d'uti degré ; contemplons lei loix qui s'opèrent en grand dans la Naturd univerfèlle , nous y verrons là même matche»

Les influences du foleil varient fans cefTe dans notre àtmofphere : tantôt les vapeurs de là région cerreftre nous les dérobent , tantôt la fràîcheui! des vents les tempère & les arrête î Phomme même peut augmenter os diminuer localement Tûâion de cet àftre , en raflemblant ou en inter-» ceptant fes rayons. Cependant l'adion du foleil ell toujours la même t il projette fans ceffe autour ào lui la même lumière ; & fa vertu aâive fe répand toujours avec la même force , avec la mémo abondance , quoique , dans notre région infé-^ rieure , nous en éprouvions fi diverfement les eflPets.

Tel eft le vrai tableau de ce qui fe paffe dans Tordre immacérteL Quoique les Etres libres j^

C

dîAinâs da grand Principe , puîflènt écarter les influences intelleâuelles ^ qui defcendent continuellement fur eux ; quoique ces influences intelleâuelles reçoivent peut-être dans leur cours quelque contraâion qui en détourne les effets y celui qui leur envoie cts préfens falutaires ne ferme jamais fa main bienfaifante. 11 a toujours la même aâivité,. Il eft toujours également fort ^ également puiflant , également pur , également impaflible aux égaremens de fes produâiohs libres, qui peuvent fe plonger d'elles-mêmes dans le crime , & enfanter le mal par les feuls droits de leur volonté. Il feroit donc abfurde d'admettre aucune participation de l'Etre divin aux défordres des Etres libres > & à ceux qui en réfultent dans l'Univers ; en un mot , Dieu & le mal ne peuvent jamais avoir le moindre rapport.

Ce feroit avec aufli peu. de fondement qu'on attribueroit le mal aux êtres matériels , puisqu'ils ne peuvent rien par eux-mêmes > & que toute leur adion vient de leur principe individuel , lequel eft toujours dirigé ou réaâionné par une force féparée de lui.

Or y s^il n'y a que trois clafTes d'Etres ; Dieu , les Etres intelleâuels & la Nature phyfique : fî l'on ne peut trouver l'origine du mal dans la première ^ qui eft exclufivement la fource de tpuc bien ; ni dans la dernière , qui n'eft ni

ïïbre ) m penfante ; & que cependant Pexiftence du mal foit inconteftable ; on eft n^ceffaircment forcé de rattribuer à Thomme , ou à tout autre Etre > tenant comme lui un rang întermé-- diaire.

En effet , Ton ne peut nier que la Nature phyiîque ne foit aveugle & ignorante ^ & cependant qu'elle n'agiffe régulièrement & dans un certain ordre : ce qui eft une nouvelle preuve qu'elle agit fous les yeux d'une Intelligence ; car , fi elle n'agîflbit pas fous les yeux d'une Intelligence , elle n'auroit qu'une marche défordonnëe. On ne peut nier auflî que l'homme ne faffe tantôt bien , tantôt mal ,• c'eft-à-dire , que tantôt il ne fuive les loîx fondamentales de fon être , & que tahtôt il ne s'en écarte : quand il fait bien , il marche par la lumière & le fecours de l'intelligence ; & quand il ht inal y on ne peut l'attribuer qu'à lui feul , & non à l'intelligence , qui eft la feule voie , le feul guide au bien , & par laquelle feule l'homme & tous les êtres peuvent bien faire.

Quant au mal y pris en lui-même ^ nous eflaîerions en vain de faire connoîtte fa nature efTentielle. Pour que le mal pût fe comprendre , il feudroit qu'il fût vrai , & alors il cefTeroit d'être mal , puifque le vrai & le bien font la même chofe;or y nous l'avons dit 9 comprendre ^ c'eft

flppercevoir le rapport d'an objet arec rordr% & l'harmonie dont nous ayons la règle en nousmêmes. Mais t fi le mal n'a aucun rapport avec cet ordre y & qn^l en fmt précisément roppofé ^ comment pourrions-nous appercevoir entr^eux ^ quelque analogie ; comment par conféqu«nt pourrions-nous le comprendre ?

Le mal a cependant (on poids , fon nombre & fa mefure , comme le bien : & l'on peut mém^ favoir en quel rapport font ici-bas le poids , le nombre & la mefure du bien , avec le poids, le nombre & la mefure du mal y & cela en quantité^ en intenficé, & en durée. Car le rapport du mal au bien , en quantité eft de neufi un , en tntenflté de 7^/ro k un y il endurée à^fept à un.

Si ces exprefllons paroifToient embarrafTantes au Lcâeur y & qu'il en defirât l'explication , je le prierois de ne pas 1# demander aux Calcula— reurs de la matière ; ils ne connoifTent pas les rapports pofîtifsdes chofcs.

Nous avons affez indiqué comment l'homme iuroît pu fe convaincre de l'exiftence immat^ riclle de fon Etre , & de celle du Principe fuprême; & ce qu'il devoit obferver pour ne pas confondre ce Principe avec la matière & la corruption , nî attribuer aux chofes vifiblcs cette Vie impérîC- fable , qui eft le plus beau privilège de l'Etre qui n'a point commencé ^ & auquel fes producs-»

tîans îmm^dîates feules , participent par lei droit de leur-origine.

Par la marche fimple de ces ©bfervations ^ BOUS développerons bientôt des idëes fatisfaifentcs fur la dcftination de l'homme , & fur celle des autres Etres.

L

OR S qu'un homme produit une auyie quelconque , il ne fait que peindre & rendre vifible Je plan , la penfée ou îe deflein qu'il a formé* Il s'attache i donner à cette copie autant de conformité qu'il lui eft poffible avec l'original ^ afin que fa penfëe (bit mieux entendue.

Si les hommes dont l'homme veut fe faire entendre , pouvoient lire dans fa penfée y il n'auroît aucun befoîn des fîgnes fenfîbles pour en être compris : tout ce qu'il concevroit feroit faifî par eux y audî promptement & avec autant d'étendue que par lui-même.

Mais étant liés comme lui par des entraves phyfiques , qui bornent les yeux dé leur inteUigence , il eft forcé de leur tranfmettrc phyfiquement fa penfée : fans quoi% elle feroit nulle pour eux , en ce qu^elle ne pourroit leur parvenir. Il n'emploie donc tous ces moyens phyfiques ^

îl ne produit toutes ces œuvres matérielles que pour annoncer fa penfee à fes femblables , à des Etres diftinds de lui , féparés de lui ; que pour tâcher de les rapprocher de lui y de les affimiler à lui , de les réunir avec lui , en étendant fur euiç une image de lui-même ^ & en s'efForçant de le» envelopper dans Ton unité , dont ils font féparés.

C^eft ainfi qu'un Ecrivain , qu'un Orateur ^ manifeflc fenfiblement fa pcnfée , pour engager ceux qui le lifent , ou qui l'écoutent , à ne faire qu'un avec lui , en fe rendant à fon opinion.

C'eft ainfi qu'un Souverain raflemble des» armées , élevé des remparts & des forterefles , pour imprimer aux Peuples la perfuafîon de fa? puiflance , & pour leur en înfpirer en même temps la terreur ; afin que , convaincus comme lui y de teccepuifTance, ils en aient abfolument la même idée , & que demeurant attachés à fon parti , fort par admiration y foit par crainte y ils ne forment qu'un tout avec luL A défaut de ces fignes vifibles y l'opinion de l'Orateur & la puifTance du Souverain demeureroient concentrées dans eux-mêmes y fans que perfonne en eût connoiffance.

Il en eft ainfi des faits de tous les autres hommes , ils n'ont & n'auront jamais pour but que de faire acquérir à leurs penfées , le privilège ce la domination y de l'univerfalité ^ de l'unité..

Ceff cette même loi univerfelle de réunion , qui produit YzSdvité générale , & cette voracité que nous avons remarquée précédemment dans la Nature phyfique ; car on voit une attradion réciproque entre tous les corps , par laquelle , en fe rapprochant , ils Te fubftantient & fe nourriflent les uns les autres ; c'eft par le befoin de cette communication , que tous les individus s'efforcent de lier à eux les Etres qui les environnent, de les confondre en eux , & de les abforber dans leur propre unité, afin que les fubdivifîons venant à difparoître , ce qui eft féparé fe réunifle ; ce qui cft à la circonférence revienne au centre; ce qui cft caché parvienne à la lumière ; & que par-là Pharmonîe & l'ordre furmontent la confufion qui tient tous les Etres en travail.

Pourquoi , fi toutes les Loix font uniformes , n'appliquerions-nous pas à la création de TUnivers , le même jugement que nous avons porté fur nos œuvres ? Pourquoi ne les regarderions-nous* pas comme Pexpreflîon de la penfée de Dieu^ piiifque la penfée de l'homme s'exprime dans fes ouvrages matériels & groffiers? Enfin , pour-» quoi ne croirions-nous pas que l'œuvre univerfelle de Dieu a pour objet l'extenfion & la domination de cette unité , que nous nous propofons. Apus-mêmes dans toutes nos aâions '(

Rien ne s'oppofe à ce que nous nous attachions à cette analogie entre Dieu & Thomme , puifque nous en avons reconnu entre les ouvrages de Pun & de l'autre : en effet , fi toutes les œuvres foit de Dieu , foit de Thomme ^ font nëceC- lairement précédées par des aâes intérieurs & par des £icultés invifibles , dont on ne peut contefter Texiftence , nous fommes fondas à croire que , fuivant la même loi dans leurs productions ^ ils ont auffi le même but & le même objet.

Sans nous arrêter à de nouvelles recherches , nous admettrons que tous les Etres vifibles de l'Univers font Pexpreffion & le figne des facultés & des deffeins de Dieu , de même que nous avons regarde toutes nos produâions comme l'expreffion fenfible de notre penf^e & de nos facultés intérieures.

Lorfque Dieu a eu recours à des fîgnes vifibles , tels que l'Univers y pour communiquer fa penfée , il n'a pu les employer qu'en faveur d'Êtres féparés de lui. Car , fi tous les Etres fiiifent reliés dans fon unité , ils n'auroient pas eu befoin de ces moyens pour s'en rapprocher ôc pour y lire. Dêé-lors nous reconnoîtrons que ces Etres corrompus , féparés volontairement de la caufe première y & foumis aux loix de fa jufticet dans Tcnceinte vifible de l'Univçrç , fant tou-

]oiiTs Tobjet de Ton amour , puifqu'n agit fans cefTe pour faire difparoîcre cette féparation fi contraire à leur bonheur.

Cétoit donc y en effet y par amour pour ces Etres réparés de lui y que Dieu avoit manifeft^ dans tous Tes ouvrages vifibles y fes facultés & fes Vertus y afin de rétablir entr'eux & lui une correfpondance faiutaire, qui les aidât, qui les guérkn qui les régénérât par une nouvelle création ; c'étoit pour répandre fur eux cette efFufion de vie qui pouvoit feule les retirer de l'état de mort oh ils languiflbient depuis qu'ils étoient i/o/^i de lui g enfin , c'étoit pour former leur réunion â la fource divine , & pour leur imprimer ce caraAere d'unité y auquel nous tendons nous-mêmes avec tani d'aâivité dans toutes nos œuvres.

Si rUnivers démontre l'exiftence de la corruption , puifqu'il la reflerre & Penveloppe ^ nous devons comprendre quelle pouvoit être la deftination de I^i Nature phyfique y relativement aux Etres féparés de l'unité : ,, & ce n'eft pas fans but & fans motif, que la mafle terreftre , que tous les corps font comme autant d'épongés imbibées d'eau , & qu'ils la rendent violemment par la preffion des Agens fupérieurs. "

La loi de tendance â l'unité s'appliquant à toutes les ClalTes & à tous les Btres , il léfultt

4X TABLEAt

que le moindre de» individus a le même bue dans Ton efpece : c'eft-à-dire , que les principe» univerfels p généraux 6c particuliers , fe mani-* fèttcnt chacun dans les produâions qui leur font propres p afin de rendre par-li leurs vertus vifiblea ftux Erres diftinâs d^eux , qui étant deftinés à recevoir la communication 6c les fecours de cee vertus, r\e\e pourroient fans ce moyen

Ainii f toutes les produâions f tous les individus de la Création générale 6c particulière , ne font f chacun dans leur efpece , qtio rexprcllion vifible f le tableau repréfentatif des propriéréa du principe foit général f foit particulier qui ftgit en cux« Ils doivent tous porter fur eux lee marques évidentes de ce principe qui les conf» titue. Ils doivent cnannonccrclairementlegenre ic les vertus , par les aâions 6c les faits qu*ilf operenr. En un mot, ils doivent en erre le ijgne caradériftiquc i 6c f pouraind dire » l'image fenfible 6c vivante»

Tous les Agens 6c tons les faits de la Nature portent avec eux la démonflration de cerre vériré# Le folcil c(l le caraâcre du feu principe , la luno celui do Teau principe f 6c notre plancrc celui de la r<crre principe : tout ce que la terre pro* duir U renferme en fon fcin , manifcftc égakmcnr cerre Loi générale. Le raiftn indique

un rer ; îe miet , une abeille. Chaque minéral annonce quelle eft Tefpece de terre & de fel qui lui ferc de baPe & de lien ; chaque v^gtial ^ quel eft le germe qui Ta engendré ; fans parler ici d'une mulcimde d'autres Hgnes & caraderea naturels , fondamentaux ^ relatifs , fixes , progreffifs y fimples , mixtes , aûifs & paflTift dont Tenfemble de l'Univers eft compofé , & qui offrent par-li le moyen d^expliquer toutes fes parties lea unes par les autres.

Nous en pouvons dire autant des produélions de nos Arts & de toutes les inventions de l^omme. Toutes fes œuvres annoncent les idées, le goût , Tintelligence , la profertion particulière de celui qui en eft l'agent ou le produdeur; une ftatue offre Tidée d'un Sculpteur*, un tableau , celle d'un Peintre ; un palais , celle d'un Architcfte ; parce que toutes ces produ^ions f|e font que l'exécution fenfible des facultés propres au génie , ou à TArtifte qui les a opérées ; comme les productions de !a Nature ne font que l'cxpret (Ion de leur principe , & n'exiftent que pour en être le vrai caraâerc.

Nous devons combattre ici un faux fyftéme , renouvelé dans ces derniers temps, fur la nature des chofes , dans lequel on fuppofe pour elles une perfeâibilité progrelGvO; qui peut fuc«-

'44 Tableait

ceflîvement porter les clafles & les efpeces le» plus inférieures aux premiers rangs d^ëlevation dans la chaîne des Etres : de façon que , fui-* vant cette doârine , on ne fait plus fi une pierre ne pourroit pas devenir un arbre : fil'arbre ne dcviendroit pas un cheval; le che-* val ) un homme ; & infenfiblement un Etre d'une nature encore plus par&ite. Cette conjeâure die-* tée par Terreur , & par l'ignorance des vrais principes , ne fubfifte plus dès qu'on la confidere avec attention.

Tout eft réglé , tout eft déterminé dans les efpeces ^ & même dans les individus. Il y a ,, pour tout ce qui exifte , une loi fixe , un nombre immuable y un caraâere indélébile , comme celui de VEtre principe , en qui réfident toutes les loix y tous les nombres y tous les caraâeres* Chaque clafTe , chaque famille a fa barrière , que nulle force ne pourra jamais franchir.

Les différentes mutations que les infeâes fu« biffent dans leur forme y ne détruifent point cette vérité; puifqu'on obferve d'ailleurs une loi confiante dans les diverfes efpeces d'animaux parfaits , qui ^ chacun dans leur claffe y naiffent ^ vivent & périfTent fous la même forme j puifque les infeâes méme^ malgré leurs mutations , ne changent jamais de règne: en tffety dans leur plus grand abai^emeAt ^ ik font tonkt

NATVKlStl '4f

jours au deflus des plantes & des minéraux ; & dans leur manière d'être la plus diflingu^e , ilt ne montrent jamais ni le caraâere , ni les loixpac lefquelles font diriges les animaux plus par« faits. Tout ce qu'on peut fe permettre i leur ^gard , c'eft d'en form cr un type , un règne , un cercle à part & très-fîgnificatif y mais duquel i\% tie fortiront jamais , & dont ils fuivront nëceflaî- rement toutes les loix^ comme font tous lei autres Etres , chacun félon leur claffe.

Si Texiftence de toutes les produâlons de la Nature n'avoit pas un caradere fixe, comment pourroit-on en reconnoître l'objet & les proprié- tés .? Comment s'accompliroient les deffeins du grand Principe qui , en déployant cette Nature aux yeux des Etres féparés de lui , a voulu leur préfenter des indices ftables & réguliers, par lefquels ils puffent rétablir avec lui leur correfpondance & leurs rapports ? Si ces indices matériels étoient variables ; fi leur loi , leur marche, leur forme même n'étoientpas déterminées, l'œuvre de ce Peintre ne feroit qu'un tableau fucceffif d'objets confus , fur lefquels l'intelligence ne trouveroit point à fe repofer , & qui ne pourroit jamaii Biontrer le but du grand Etre.

Enfin ce grand Etre lui-même n'annonceroU t|ue l'impuifTance & la foihlejSe ; en ce qu'il fe

lui-même dans fes ouvrages* Il ne cefle de muîtî* plier fa propre image par la Peinture & la Sculpture , & dans mille produâions des Arts les plus frivoles : enfin , il donne aux édifices qu'il ëleve ^ des proportions relatives à celles de fon corps* Vërité profonde , qui pourra découvrir un efpace îmmenfe à des yeux intelligens ; car ce penchant fi aâif à multiplier ainfi fon image , & à ne trouver le beau que dans ce qui s'y rapporte , doit â jamais diftinguer Thomme de tous les Etres particuliers de cet Univers.

Lorfqu'on s'abufe jufqu'à vouloir attribuer tous ces faits au jeu de nos organes matériels , on ne fait pas attention qu'il faudroit fuppôfer alors que l'eC» pece humaine e(l invariable dans fes loix & dans fes adions , comme le font tous les animaux chacun félon leur clafle. Car les différences individuelles , qui fe rencontrent entre les animaux de la même efpece , n'empêchent pas qu'il n'y aie pour chacune un caradere propre , & une manière de vivre & d'agir uniforme & commune a tous les individus qui la compofent , malgré la diftance des lieux, & les variétés op'récs par la diffé- rence des climats fur tous les Etres fenfîbles & matériels.

Au lieu de cette uniformité, Thomme n'offre f refque ^ue des différences & des oppolicions ; il

n^z y pour ainfi dire , de rapports avec aucun de fes femblables. Il diffère d'eux par les mœurs, par les goûts , par les ufages , par les connoifTan-^ ces. Lorfqu'il eil: abandonné à lui - même y il les combat tous dans Pambition y dans la cupi* àité j dans les polTefTions , dans les talens , dans les dogmes ; chaque homme eft femblable à un Souverain dans Ton Empire ; chaque homme tend même à une domination univerfelle.

Que dis-je ? non feulement Phomme difFere de fes femblables ^ mais à tout inftant encore il difFere de lui-même. Il veut & ne veut pas; il hait & il aime ; il prend & rejette prefque en même temps le même objet ; prefque en même temps il en eft féduit & dëgoûté. Bien plus , il fuie quelquefois ce qui lui plait ,- s^approche de ce qui lui répugne ; va au devant des maux , des douleurs , & même de la mort.

Si c'étolt le jeu de fes organes ; fi pMtoît toujours le même mobile qui dirigeât fes aâes , l'homme montreroit plus d'uniformité en luimême & avec les autres ; il marchcroit par une loi confiante &paifible; & quand il ne feroit pas des chofes égales, il feroit au moins des chofes femblables, &dans lefquelleson reconnoitroit toujours un feul principe. Comment eft-on donc par* venu à enfeigner que les fens règlent tout , qu'ils enfeignent tout; puifqu'au contraire il eft évident.

D

Tfo Tableau

que parmi les choies corporelles mêmes y ils ne peuvent rien mefurer avec juftefle ?

Ainfi Ton peut dire que dans fes ténèbres , comme dans fa lumière , l'homme manifefte un principe tout-à-fait différent de celui qui opère & entretient le jeu de fes organes: car, nous Tavons déjà vu , l'un peut agir par délibération , & l'autre ne le peut jamais que par impulfion.

Les proportions du corps de l'homme démontrent le rapport de fon Etre intelleduel avec un Principe fupérieur à la nature corporelle.

Si Ton décrit un cercle , dont la hauteur de l'homme foit le diamètre , la ligne de fes deux bras étendus étant égal^ à fa hauteur , peut être aufli regardée comme un diamètre de ce même cercle : or demandons s'il eft poffible de tracer deux diamètres dans un même cercle , fans les faire paffer par le centre de ce cercle.

Notre corps ^ il eft vrai , n'offre pas ces deux diamètres paffant par le centre d'un même cercle , puîfque le diamètre de fa hauteur n'eft pas coupé fur fon corps en parties égales , par le diamètre horizontal que forment fes bras étendus : & par-là Thomme eft , pour ainfi dire y lié i deux centres ; mais cette vérité ne prouve qu'une tranfpofition dans les vertus, conftiturives de l'homme ^ & non une altération^ dans Teflenc^

même de ces vertus conftitutîves , aînfi çlle ne ^^truît point le rapport que nous ëcabliflbns; & quoique ces dimenfions fondamentales ne foient plus à leur place naturelle ^ Thomme peut toujours trouver dans les proportions de fa forme corporelle les traces de fa grandeur & de fa noblefle.

Les animaux qui reffemblent le plus à l'homme par leur conformation , en différent abfolument en ce point ; car leurs bras étendus donnent une ligne beaucoup plus grande que celle de la hauteur de leur porps.

Ces proportions attribuées exclufivement au corps de l'homme , le rendent comme la bafe commune & fondamentale de toutes les proportions & de toutes les vertus des autres Etres corporels ) defquels on ne devroit jamais juger que relativement à k forme humaine.

Mais ces merveilles d'intelligence , & ces rapport corporels » dont nous venons de pr^fenter le tableau , ne font pas les plus elTentiels de ceux qu'on peut appercevoir dans Phomme. 11 a encore d'autres facultés & d'autres droits pour fç placer au deffus de tous les Etres de la Nature.

De ménje qu'il n'eft aucune fubftance élémentaire qui ne renferme en elle des propriétés utiles ^ foivanc fon efpece j de même il n'eft point

D z

jx Tableau

d'homme en quî Ton ne puifle faire développer des germes de juftice, & même de cette bienfaifance quî fait le caraâere primitif de TEtfe në- ceflaire , fouverain Père & Confervateur de toute légitime cxiftence.

Les conféquences contraires que Pon a pré- tendu tirer des éducations infruâueufcs , font nulies & abufives : pour qu'elles euflent quelque valeur , il faudroit que Tlnftituteur fût parfait , ou au moins qu'il eût les qualités analogues aux befoins de fes Elevés ; il faudroit qu'il fût exercé dans Tart de faifir leurs caraâeres & leurs befoins , pour leur préfenter , d'une manière attrayante, l'efpece d'appui ou de vertu qui leur msTnque ; fans quoi leur infenfîbilité morale ne fera que s'accroître ; ils s'enfonceront de plus en plus dans les vices & la corruption , & Pon rejettera fur rimperfeâion de leur nature ce quî n'eft qu'une fuite de l'inhabilité & de l'infuffifance du Maître.

Si Pon excepte donc quelques monftres , quî même ne font devenus inexplicables ^ que parce que dans le principe Pon a mal cherché le nœud de leur cœur , il n'exiftera pas un Peuple , pas un homme en qui l'on ne puifle trouver quelques veC- tiges de vertu. Les aflbciations les plus corrompues ont pour bafe la juftice , & fe couvrent au moins de fes apparences ^ & pour obtenir le ûici

ces de leurs projets défordonnés ^ les hommes les plus pervers empruntent le nom & les dehors de la fagefTe. '

La bienfaîfance naturelle à l'homme fc manî- fefteroit auffi univerfeliement, fi Ton en cherchoit les fignes ailleurs que dans des befoins qui nous font étrangers, parce qu'il faut qu'elle puifle s'exercer fur à^s objets réels , pour déterminer & développer les vraies vertus qui appartiennent à notre effence.

Mais , indépendamment de ce que les Obfervateurs établiffent fans ceffe leurs expériences fur des befoins faux , & fur des bienfaits également imaginaires , ils oublient que Phomme , livré à lui-même, fe borne ordinairement à quelque vertu , pour laquelle il néglige & perd de vue toutes les autres. On ne l'apprécie alors que fur celle qu'il a adoptée ; & ainfî ne trouvant pas les mêmes vertus dans tous les individus &chez tous les Peuples , on fe hâte de décider que , n'étant point générales, elles ne peuvent être de l'effence de Thomme.

Ceft une méprife impardonnable de conclure de difFérens exemples particuliers, à une loi gé- nérale pour l'efpece humaine. Nous le répétons ; Thomme a en lui les germes de toutes les vertus ; elles font toutes dans fa nature ^ quoiqu'il ne lei manifefte que partiellement, de-là vient que

<f4 Tabikaxt

fouvent lorfqu'îl femble méconnoître fcs vertus^ naturelles ^ il ne fait que les fubftituer les unes^ aux autres.

Le Sauvage, qiiî viole la fidélité du mariage , en prêtant fa femme à fes hôtes , ne voit que la bienfaifance & le plaifir d^exercer rhofpî- taîire.

Les veuves Indiennes , qui fe précipitent dans le bûcher jfacrifient la voix de la Nature au defir de paroître tendres & fenfibles , ou à celui d'entrer en pofTeflîon des biens que leurs dogmes religieux leur font espérer dans l'autre vie.

Les Prêtres même qui ont profané leurs Religior.s par des facrifices humains , ne fe font abariconnés à ces crimes abfurdes , que pour faire éclater leur piJté par la nobleffede la vidime, fe persuadant que par ce culte terrible , ils étendoient l'idée de la grandeur & de la puifTance de l'Agent fuprême ^ou qu'ils le rendoient favorable à la Terre y lorfqu'ils le croyoient irrité contr'ellè.

Il eft donc bien certain , malgré les erreurs de* hommes , que toutes leurs fedes , que toutes leurs înftitutions , que tous leurs ufages s'appuient fur un? vérité, ou fur une vertu.

Prendrons-nous pour exemple , les conventions fociales de l'homme & fes établiflemens politiques ? Ils tendent tous à réparer quelque dé-

Naturel. «jf

ibrdre moral ou phyfique , r^el ou convenrion* nel. Il a , ou au moins il feint d'avoir pour objet: dans toutes Ces loix , de remédier à quelques abus , de les prévenir ^ de procurer à Tes concitoyens & â lui-même , quelque avantage qui puifTe contribuer aies rendre heureux.

Alors n'eft-ce pas avouer que fupérîcur aui Etres phyfîques concentrés dans eux-mêmes , il a ici-bas à remplir des fondions différentes des leurs ? N'eft-ce pas faire connoître par fes propres aâions qu'il eft chargé d'un emploi divin , puifque Dieu étant le Bien p2tt elTence , la répa* ration continuelle du défordre , & la confervatiott de fes ouvrages^ doit être en effet l'œuvre de la Divinité ?

Enfin ^ nous voyons généralement établies fur la Terre , des Inflitutïoçs facrées , auxquelles l'homme feul participe parmi tous les Etres fen- £bles ; nous trouvons iImakpus les temps & dans toutes les contrées dèlljpiveb y des dogmes religieux y qui enfeigno^C à Phonime qu'il peut porter fes vœux & fes bofl&mages jufques dans le: Sanâuaire d'une Divinité qu'il ne connoit pas y mais dont il eft parfaitement connu y & dont il peut efpérer de fe faire entendre.

Par-tout , ces dogmes enfeignent que les dé- crets divins ne font £as toujours impénétrables £.

rhomme ; qu^ peur , dans ce qui le concerne ^ participer en quelque forte à la force & aux rerrus fuprémes : & partout on a vu des hommes véridiques , ou impofieurs , s^annoncer pour en être les Miniftres & les organes.

Les traces même de ces droits fublimes s^ap^ perçoivent non feulement dans tous les cultes poblics des différentes Nations ; non feulement danis ce qu'elles ont appelle Sciences occultes , où il s'agit de cérémonies myftérieufes ^ de certaines form'iîes auxquelles on fuppo^e des pouvoirs fecrets fur la nature, fur les maladies, fur les génies bons & mauvais , fur les penfées des bommes; mais encore dans les (impies aâes civils & juridiques des puiffances humaines , qui/ prenant leurs loix conventionnelles pour arbitres, les regardent & les confulrent comme les décrets de la vérité même ; & ne ci aignent point ^ en agiffant d'après ces loix , de fe dire en pofleffion d'une autorité éclairé^^,44ine fcience certaine f & à couvert de toute erreurA

S'il eft vrai que Thomme ' n'ait pas une feule idée à lui ; & que cependant l'idée d'un tel pouvoir & d'une telle lumière foit , pour ainfi dire ^ univerfelle ; tout peut être dégradé dans la fcience & la maiche ténébreufe des hommes, mais tout n'y eft pas faux. Cette idée annonce donc qu'il y a dans eux quelque analogie ^ quel-

M^ucs. rapports avec l'adion fupréme, & quelques veftiges de fes propres droits ; comme nous

^ avons déjà trouve dans l'intelligence humaine ^ des rapports ëvidens avec Flncellrgence infinie &

•avec fes vertus,

A tous ces indices , nous eft-4l pofGble encore de méconnoitre le Principe de l'homme ? Si tous les Etres qui ont reçu la vie , n'exiftent que pour manifefter les propriétés de Tagent qui la leur a donnée^ peut-^on douter que TAgent dont Fhomme a reçu la fienne y ne foit la Divinité même ; puîf^ que nous découvrons en lui tant de marques d'une origine fupérieure & d'une Adion divine ?

RafTemblons donc ici les conféquences de toutes ces preuves que nous venons d'établir ; & dans l'Etre qui a produit l'homme , reconnoiffons une fource inépuifable de penfées ^ de fcience , de vertus y de lumière^ de force, de pouvoirs j enfin , un nombre infini de facultés, dont aucun Principe de nature ne j^eut offrir Timage ; facultés que nous ferons foutes entrer dans l'efTence de l'Etre néceffaire, quand nous voudrons encon* templer l'idée.

Puifqu'aucun de ces droits ne paroît nous être étranger ; puifqu'au contraire , nous en trouvons des traits multipliés dans les facultés de l'homme , il efl évident que nous fommes deftinés à les

5? TABLBAir

pofl^der fous ^ & i les manifefter aux yeux âtr ceux qui les ignorent , ou qui veulent les méconnoicre. Avouonsle donc hautement; fi chacim des Etres de la Nature eft L'exprelTion d'une des yertus temporelles de la fagefle , lliomme eft la» fîgne ou Texpreflion vifîble de la Divinité même t c'efl pour cela qu'il doit avoir en lui tous les traits qui la caraâérifent ; autrement bc reffemblancre n'étant pas parfaite , le modèle pourroit être mé- connu. Et ici nous pouvons dé}a nous former une idée des rapports naturels qui font entre Dieu^ (Ihomme & l'Univers.

E S principes que }'aî expofés fur la fublime dcftinée de l'homme , doivent d'autant plus mé- riter notre confiance ^ que lui-même en manifcftc la vérité prefque diîiDs tous fes aâes. Porté par un inftinél fecr'et i dominer , foit par la force , foit par la lufteffe apparente de fa doctrine , il femble par-là n'être occupé qu'à prou-* ver Tcxiftence d'un Dieu^ & à le montrer à fes femblahlcs.

Ccux-mémes qui fe déclarent contre un Etre (teruel , infiniment jufte ^ fource de toute félicité

& de toute lumière^ ne font que changer le nom de cet Etre , & en mettre un autre à fa plac«*^ loin de détruire fon. indeftrudible exiftenccr ils déniontrent fa réalité & toutes les facultés qui lui appartiennent. Car fi TAthée & le Matérialifte répugnent à croire au Dieu invifible ^ au Dieu qui s'eft peint dans leur ame , ils ne font , lorfqu'ils lui fubftituent la matière , que tranfportcr fur elle les attributs du Principe vrai , dont leur effence les rend à jamais inféparables : ainfi cette idole eft toujours un Dieu ^ qu'ils nous annoncent

D'ailleurs^ en élevant ainfi la matière , c'eft moins y en effet , le règne de cette matière , qufjr le leur propre qu'ils prétendent établir. Car les raifonnemens , dont ils tâchentv d'appuyer leurs fyflémes ^ l'enthoufiafme qui les anime j toutes leurs déclamations y n'ont-elles pas pour but de nous perfuader qu'ils font pofTefTeurs de la vé- rité ? Or , d'après les rapports intimes que nous fentons exifler entre I]Seû'& la vérité, être pofrfefTeur de la vérité , foroit-ce autre chofe qu'être

L'Athée confefTe donc , malgré lui , l'exiflence ^e cet Etre fuprême ; car il ne peut entreprendre de prouver qu'il n'y a point de Dieu , qu'en fe préfencant comme étant un Dieu luiicnêmob

'6o Tableau

Comment , en effet y pourroît-îl ne pas îndî- qa?r Texiftence du Principe fuprême , puifque to is les Etres de la Nature ^tant Texpreffion vîfible des facultés créatrices de ce Principe , rhomme doit être à la fois ^ & de fes faculté crJatrices j & de fes facultés penfantes. L'Impie ne peut donc fe fouftr&ire à une loi qui lui en commune avec tout ce qui eft contenu dans la région temporelle. Nous entrerons dans quelque détail fur ce fujet. Que fa profondeur n'eâraîe point; il eft important d'y pénétrer , & Tiflue en fera heureufe.

% Avant que les chofes temporelles puîflent avoir eu l'exiftence qui nous les rend fenfibles, il a falhi des élémens primitife & intermédiaires entr'elles & les facultés créatrices dont elles defcendent , parce que ces chofes temporelles & les facultés dont elles defcendent , font d'une nature trop différente pour pouvoir exifter enfemble fans intermède ; ce qui nous^f^vfîquement répété par le foufre & Tor , par le ifrercure & la terre * lefquels ne peuvent s'unlr^ue par la même loi d'une fubftance intermédiaire.

Ces élémens inconnus aux fens y mais dont l'intelligence attefle la nécefTité & l'exiftence , font déterminés & fixés dans leur effence & dans leur nombre ^ comme toutes les lois & tous le^

moyens que la SagefTe met en ufage pour Taccompliflement de fes defleins. Enfin , ils peuvent être regardés comme les premiers fignes des facultés fupérieures auxquelles ils tiennent immé- diatement.

Dès-lors , tout ce qui exifte dans la nature corporelle , toutes les formes, les moindres traits, ne font & ne peuvent être que des réunions , des combinaifons , ou des divifions de ces fîgnes primitifs : & rien ne peut paroître parmi les chofes fenfibles, qui ne foit écrit en eux ^ qui ne defcende d'eux & qui ne leur appartienne , comme toutes les figures poffibles de la Géométrie feront toujours compoféesde points, de lignes y de cercles , ou de triangles.

L'homme lui-même , dans fes œuvres maté- rielles , qui ne font que des œuvres fécondes par rapport aux œuvres de la Nature , eftlié, comme tous les autres Etres , à ces fignes primitifs; il ne peut rien élever, rien tracer , rien conftruire ; il ne peut , dis-je , imaginer aucune forme , exécuter même un feul mouvement volontaire ou involontaire , qui ne tienne à ces modèles exclufifs , dont tout ce qui fe meut y tout ce qui vit dans la Nature , n'eft que le fruit & la repréfentation. S'il en pouvoir être autrement , l'homme feroit créateur d'une autre Nature & d'un autre ordre de chofes, ^ui u'appartiendroient poi^t au Principe pro-

les mots que nous voudrons compofer y imaginer & fabriquer , feront toujours des aflèmbbges tirés de ces caraâeres primitif , puifque , ne pouvant fortir de la loi qui les a produits , nous ne (aurions jamais rien trouver hors d'eux , & qui ne foit , pour ainfi dire , eux-mêmes.

Cts (bns & ces caraâeres primitif étant les vrais flgnes fenfibles de nos penfées , ils doivenc écre aufli les flgnes fenfibles de l'unité penlante : car il n'y a qu'une feule idée , comme il n'y a qu'un feul Principe de toutes chofes.

Ainfi les produâions les plus défigurées » que nous puiflions manifefter par la parole & par l'écriture , portent toujours fecondairement l'empreinte de ces flgnes primitif; &parconféquenc celle de cette unique idée , ou de l'unité penfante : aiiifl Thomme ne peut proférer une feule parole , tracer un feul caradere ^ qu'il ne manifefle la faculté penfante de l'Agent fuprême; comme il ne peut produire un feul aâe corporel, un feul mouvement ^ fans en manifefler les facultés créatrices.

L'ufage même le plus infenfé , le plus orgueilleux y le plus corrompu qu'il hittc de ces inflrumcns primitii& de la penfée ^ dans fon langage ou dans les écrits , ne détruit point ce que nous avan<^ons« Dès qu'il n'y a point d'autres maté- mux que CCS caraâeres pximici& ^ l'homme eft

forcé

Iforc^ cîe s'en fervir , lors même qu'il vent elevei* des remparts contre Tunité qu'ils repréfentent ^] & s'en déclarer l'ennemi

Ceft avec les armes de cette unîte , qu'il Veut la combattre : c'eft avec les forces de cetta unité y qu'il veut en prouver la foiblefTe : enfin ^ c'eft avec les propres lignes de fon exiflence ^ qu'il veut établir qu'elle n'eft qu'un néant & un fantôme. Si l'Athée veut attaquer , en queîqufit manière que ce foit y le premier Principe dd( tout ce qui exifte , qu'il s'interdife donc touU ûâe , toute parole , & même que tout fon Etreil defcende dans le néant; car y dès qu'il fe montre ji dès qu'il écrit , dès qu'il parle , dès qu'il fel meut, il prouve lui-même celui qu'il voudroiÇ anéantir

Nous fommes donc fondés â dire que l'iiommdf eft deftiné à être le figne & l'exprefRon par-n îante des facultés univerîelles du Principe fu^ prême , dont il eft émané ; comme tous les Etreisf particuliers font > chacun dans leur clafTe , le fignei vifible du principe particulier qui leur a com-<( tnuniqué la vie

Ce mot , émané y peut contribuer à jeter mi nouveau jour fur notre nature & fur notre ôri-» gine ; car , fi l'idée d'émanation a tant de peine à pénétrer dans l'intelligence des hommes ^ c^

E

n'ed que {)arce qu'ils ont laifle matérîalîfer i tout leur Etre. Ils ne voient dans l'émanation qu'une feparation de fubftance y telle que dans les ëva-» poratîons des corps odorans , & dans les divisons d'une fource en plufieurs niîfTeaux: tous exemples pris de la matière ^ dans lefquelsla mafle totale efl réellement diminuée y quand quelques parties conftituantes en font retranchées.

Lorfqu'ils ont voulu prendre une idée de Vétoz^ Dation dans des objets plus vivans & plus aâifs p tels que le feu ^ qui femble produire une multitude de feux femblables à lui, fans cefler d'être ^gal à lui-même , ils ont cru avoir atteint le but. ^lais cet exemple n'en efl pas moins étranger aux véritables idées que nous devons nous former de l'émanation immatérielle; &il n'eft propre qu'à entraîner dans l'erreur ceux qui négligeroient de l'approfondir.

Le feu matériel ne nous étant vifible que par la confommation des corps , ne peut nous être connu qu'autant qu'il repofe fur une bafe qu'il dévore ; au lieu que le feu divin vivifie tout. En fécond lieu , lorfque ce feu matériel produit en apparence d'autres feux , il ne les tire point de lui-même^ comme le feu divin : il ne fait que , léaâionner fur les germes de feu y innés dans les corps qu'il approche, & en favorifer l'explofîon j flous en avons la preuve ^ en ce qu'il lui eft

îftippffibledVnflâmmèrlesccndtes, parce que lef i^u principe en eft difparu.

Cts différences font trop frappantes ^ pour que> Tbomme fage s'arrête à des comparaifons (î abufives.

Tous les Etres de la Nature matérielle , na montrant qu.e des faits phyfîques , & n'agiflanc que pour les fens corporels , n'annoncent que \&, principe phylique vivant dans ces Etres & les faî* fant mouvoir : ils n'indiquent point aflez claî-^ rement un Principe faint & divin , pour en prou-*: ver immédiatement l'exiftence. Aufli , les preuves prifes dans la matière , font-elles très - înfufEfantes pour démontrer Dieu , & par conféquent pouH nous démontrer Pémanation (le l'homme hors du( fein de la Divinité.

Mais y puifque nous avons déjà découvert dantf Phomme les preuves du Principe qui l'a conftitu^ ce qu'il eft ; c'eft dans l'homme lui-même ^ c'effi dans l'efprit de l'homme que nous devons trouveis les loix qui ont dirigé fon origine. Enfin ^ l'hommei' étant un Etre réel , on oe devroit jamais juger de» lui par comparaifon , comme on peut faire des Êtres corporels doiit les qualités font relatives

Que nous annoncera-t-il donc , en le confidé-: tant fous ce point de vuef II nous annoncera f^uf fes propres faits ; ^ufil peut être émané des h^xà^

tes divines , fans que les facultés divines arefife cprouvé ni ft'paration , ni divifion ^ ni aucune altération c'ans leur eflence.

Car , lorfque je produis extérieurement quelque aâe intelîedixl , lorfque je communique i Tun de mes fcmbîables la plus profonde de mes pcnfces , ce mobile que je porte dans fonEtre, qui va le faire agir, peut-être lui donner une vertu : ce mobile , disje , quoique forti de moi , quoiqu'étant, pour a infi dire , un extrait de moi-même & ma propre image , ne me prive point de la faculté d'en produire de pareils. J'ai toujours en moi le même germe de pcnfées,la même volonté, la même adion ; & cependant j'ai en quelque façon donné une nouvelle vie à cet homme ^ en lui communiquant une idée , une puiffancc qui n'étoit rien pour lui , avant que j'eufle fait en fa faveur , Tefpece d'émanation dont je fuis fuf- çeptible. Nous fouvenant toutefois qu'il n^y a qu'un feul Auteur & Créateur de toutes chofes, on verra pourquoi je ne communique que des lueurs paflagères ; au lieu que cet Auteur univerfel communique l'exiftence même , & la vie impériffable.

Mais , fi dans l'opération qui m'eft commune avec tous les hommes, on fait évidemment que les émanations de mes penfées , volontés & aâions , n'altèrent en rien mon effence ; à plus forte raifon la vie divine peut fe communiquer

jpar des émanations : elle peut produire fans nombre & fans fin , les fignes & les expreflîons tfeJle-méme , & ne jamais ceffer d'être le foyer de la vie.

Si l'homme eft émané de la Divinité , c'efl: donc une doârine abfurde & impie , que de le dire tiré ail néant & créé comme la matière: ou il faudroît alors regarder la Divinité elle-même comme un néant; elle qui eft lafource vivante & incréée de toutes les réalités & de toutes les exiftences. Par une conféquence aufli naturelle , l'homme tiré du néant devroit néceflairement rentrer dans le néant. Mais le néant eft un mot vuide & nul ^ dont aucun homme n'a l'idée ; & il n'en eft point qui puiflTe fans répugnance s'appliquer à la concevoir.

Eloignons donc de nous les idées criminelles & înfenfées de ce néant , auquel des hommes aveugles enfeîgnent que nous devons notre origine. N'aviliflbns pas notre Etre : il eft fait pour une deftination fublime , mais elle ne peut l'être plus que fon Principe; puifque , félon les fimples loix phyfiques , les Etres ne peuvent s'élever qu'au degré d'où ils font defcendus. Et cependant ces loix cefTeroient d'être vraies & univerfelles , fî le Principe de l'homme éroît le néanr. Mais tout nous annonce aftez nos rapports avjc le centre même , producteur de Funiverfalité immatérielle , & de l'umverfalité corporelle ^ puif-

que tous nos efforts tendent continuellement S >nous les approprier l'une & l'autre , & à en attarjcher toutes les vertus autour de nous.

Obfervons encore que cette dodrine , fur y^manation de l'Etre înteileâuel de l'homme » s'accorde avec celle qui nous enfeigne que toutes tios découvertes ne font em quelque forte que des ;réminîfcences. On peut dire même que ces deux doârines fe foutîennent mutuellement : car , fi oious fommes émanés d'une fource univerfelle de irérité , aucune vérité ne doit nous paroître nouvelle ; & réciproquement , fî aucune vérité ne nous paroît nouvelle , mais que nous n'y appercç- vions que le fou venir ou la repréfentation de ce qui étôit caché en nous , nou? devons avoir pris liaiffance dans la fource univerfelle de la vérité.

Nous voyons , dans les loix fimples & phyfiques des corps y une image fenfible de ce principe , que l'homme n'eft qu'un Etre de réminifcence^

Lôrfque les germes matériels produîfent leur fruit , ils ne font que manifefter vifî- blement les facultés ou propriétés qu'ils ont re- çues par les loix conftitutives de leur effence* LorfquQ ces germes , lorfque le g!and , par ^xemplç y étant parvenu à fon exiftence indivî-^ duelle , étoit fufpendu à la branche du chêne qui Tavoit produit | il étoit ^ pour ainii dire , partici^

jpant à tout ce qui s'op^roît dans rathmofphcre*; puiTqu'il recevoit les influences de Pair ; puifqu'il cxiftoît au milieu de tous les Etres vîvans corpo- Tellement ; qu'il étoit en afpeâ: du foleil , des aftres , des animaux , des plantes , des hommes j en un mot , de tout co qui agit dans la fphere temporelle.

Il eft vrai qu'il rf^tbit préfent que paffivemenc i toutes ces cbofes , parce qu'il n'avoit qu'une exiftence inaftive ^ li^e à celle du chénc ; & que B'ayant point encore une vie diftinfte de celle d© fon principe , il vivoit de la vie de ce principe , mais fans pouvoir rien opérer.

Lorfque ce gland > parvenu à la [maturité ^

tombe fur la terre , ou eft placé dans fon fein

par la main de l'homme , & qu'ayant produit un

arbre , il vient à manifefter fes propres fruits , il

ne fait que répéter ce qui avoit déjà été opér4

par l'arbre même dont il eft provenu j il ne fait

que remonter par fes propres facult;és , au point

d'où il étoit defcemdu ; que: renaître dans la

région qu!il avoit occupée précédemment ; en

un mot y que fe produire ,. parmi les mêmes

ckofes , parmi les mêmes Etres, parmi les mêmes

phénomenes^., dont il avoit déjà été environné.

Mais il y a alors une différence frappante: c'eft que dans ce fécond état , il exifte d'une manière ââive ^ étant agenc lui-même \ a^ li^u que dans.

le premier y îl n'^toît que paflif , & fans z&ioH ^iftinâe de celle de fon principe.

Nous pouvons penfer la même chofc de rhommeintelleduel. Par fa primitive exiftence , îl a dû félon la loi unîverfelle des Etres , tenir à fon arbre générateur } il étoit , pour ainfi dire , le témoin de tout ce qui exiftoit dans fon atmofphere : & comme cette atmofphere eft autant au deflus de celle que nous habitons ^ que l'intelleetuel eft au deflus du matériel , de même les faits auxquels l'homme participoit , écoient încompa- " xablemcnt fupérieurs aux faits de Tordre élémentaire : & la différence des uns aux autres > eft: celle qu'il y a entre la réalité des Etres qui ont une exiftence vraie & indélébile , & l'apparence de ceux qui n'ont qu'une vie dépendante & fecoftdaire. Ainfi , l'homme étant lié à la vérité y participoit , quoique pafEvement j, à tous les faûts de la yérite\

Après avoir été détaché de Yarhre urdverfel , qui eft fon arbre générateur y l'homme fe trouvant précipité dans une région inférieure , pour y éprouver une végétation intelleduelîe > s'il parvient à y acquérir des lumières ^ & à manifefter les vertus & les facultés analogues à fa vraie nature , il ne fait que réalifer & repréfenter par lui-même ce que (on Principe »\oIt déjà montré à fes yeux ; il ne ^ç que

i-ccotivrer la vue d'une partie des objets qui avoient déjà été en fa préfence ; que fe réunir à des Etres, avec kfquels il avoir déjà habité; enfin , que découvrir de nouveau , d'une manière plus intuitive , plus adive , des chofcs qui avoient déjà exifié pour lui y dans lui ^ & autour de lui.

Voilà pourquoi Pon peut dire d^avance que. tous les Etres créés & émanés dans la région temporelle , & Thomme par conféquent , travaillent à la même œuvre , qui eft de recouvrer leur reflemblance avec leur Principe , c'eft-à-dîre , de croître fans cefle jufqu'à ce qu'ils viennent au point de produire leurs fruits , comme il a produit les fîens en eux. Voilà pourquoi auffi, l'homme ayant la réminifcence de la lumière & de la vérité » prouve qu'il eft defcendu du féjour de la lumière & de la vérité.

Rentrons ici dans notre fujet > & annonçons de nouveau que l'homme eft né pour être le chiffre univerfel , le ligne vivant & le tableau réel d'un Etre infini. Il eft^'né , disje , pour prouver à tous les Etres qu'il y a un Dieu néceffaire , lumineux y bon y jufte , faint , puiflant, éternel , fort , toujours prêt à revivifier ceux qui l'airoentjtoujours terrible pour ceux qui veulent le combattre ou le aicconnoître. Heureux l'honune; Vil n'eût jamais

7Î Tabieau

annoncé ce Dieu qu'en manifejlant Ces puîflâncei & non pas en les ufurpant !

Et ne foyons point étonnés de voir Thomme porter une telle empreinte. Les facultés de l'Etre néceffaire font infinies comme lui : & dès qu'il a mis fur nous Pexpreffion de fon nombre ^ i\ feut que nous ayions en nous les traces de fon uni-* rerfalité.

Quant à la crainte de ravaler ce Principe fupr^ me , en portant jufqu'à lui notre origine , nous* avons dans notre émanation même , de quoi nous en préferver ; puifque toutes les produdions font inférieures i leur Principe générateur ; puifque nous ne fommes que Pexpreffîon des Facultés di<» yines & du Nombre divin , & non pas la nature même de ces acuités , & de ce Nombre qui eft le caraâere propre & diftinâif de la Divinité.

Ceci doit tranquillifer fur la grandeur exclufîve du Principe fuprême & fur fa gloire. A quelque point que nous montions , il fera éternellemenc & infiniment au defliis de nous , comme au deffus de tous les Etres. ,, Ceft même llionorer que d'ennoblir aînfi notre propre eflènce ; parce que nous ne pouvons nous élever d'un degré ^ que nous ne relevions en même temps dans un rap«^ port quadruple ; puifque toute aâion , comme tout mouvement, toute progreflion eft quater-^ naire ^ & que nous Qf pouYpns ^ous mouyoirqp^.

. félon Pîmmutabiliré de fcs loix. Enfin , fi noiM5 defcendons de la Divinité , fi elle eft le principe immédiat de notre exîftence , plusnous nous en rapprochons , & plus nous TagrandifTons aux yeux de tous les Etres ; puîfqu'alors nous faifons f^^tir d'autant plus l'éclat de fes Puiflànces & de *^ fupériorité. *^

Nous croirions même avoir rendu un fervîce cflentiel aux hommes , fi nous pouvions leur faire porter la vue fur des vérités auffi fublimes. Ceff le vrai moyen de nous humilier à nos propres yeux que de contempler de tels objets ; parce qu'en comparant avec nous-mêmes , leur force & leur grandeur , nous fommes obligés de rcfter dans un profond abaîflement. C'eft ainfi qu'il eft bon de jeter continuellement les yeux fur la fcîence , pour ne pas fe perfuader qu'on fait quelque chofe ; fur la juftice , pour ne pas fe croire irréprochable ; fur toutefi les vertus y pour ne pas penfer qu'on les pofTede. Car en général, Phomme se vit dans la quiétude , & n'eft content de luimême, que quand il n'envifage pas les objets qui font au deffbs de lui j & fi nou^ voulons nous préferver de toutes les illufions , & fur-tout des amorces de l'orgueil par lefquelles l'hbmme eft fi fouvent fcduit , ne prenons jamais les hommes. , inai$ toujours Dieu pour notre terme de compa** raiibn.

E

N nous élevant jufqu'à ce Principe fuprême i fans lequel la Vérité même ne feroit pas , nous y verrons que toutes fes Facultés doivent être réelles y fixes , pofîtives , c'eft-à-dire conftitu&s par leur propre eflence : ce qui les fouftrait à jamais à toute deftruâion ; puifque c'eft en elles feules que r^fide toute leur loi , ainfi que la voio qui mené au fanâuaire de leur exiftence.

En effet , cet Etre ^tant la fource première do toutes les puifTances ) comment eoncevroit-on une puiflance qui ne feroit pas de lui? Par où, par qui , comment pourroit-il être vaincu ou altérrf , fi tous les Etres font fortis de fon fein médiatement ou imm(?dîatcment , & s'ils n'ont de facultés &d© pouvoirs rJcIs que ceux qu'il leur a donnas? Car îl faudroit fuppofer alors qu'il pourroit s'attaquer lui-même.

D'autres preuves nous démontrent que nulEtre-

re peut , ni ne pourra jamais rien contre Dieu ;

c'eft que s'il en cft qui fe déclarent fes ennemis ^

^ il n'a befoîn pour les vaincre , que de les laîC»

fer dans leurs propres téaebresî ceuxqui -le

veulent attaquer , deviennent aveugles par celt feu! qu'ils veulent Pattaquer. Ainfi , par le £rie même , tous leurs efforts font fans fuccès , & toutes leurs forces deviennent nulles & impuîffantes , puifqu'ils ne voient plus par où les diriger.

Mais pour que le premier des hommes pût ma-^ nîfefter cet Etre majeftueux & invîncibleiç pour qu'il pût fervir de figne de la Divinité fuprême , il falloit qu'il eût la liberté de voir & de contem-» pler les droits rëels^ fixes & pofîtife qui font eiî elle ; il falloit qu'il eût un titre qui lui donnât entrée dans fon Temple , afin de jouir du fpectacle de toute fa grandeur.

Sans cela ^ comment auroit-il pu en repréfenter le moindre trait avec exaâitude ; & s'il ne l'eût repréfenté qu'imparfaitement , comment ceux qui avoient perdu de vue l'Etre fuprême , auroient-îls été coupables de continuer à le méconnoître ?

Mais s'il eft poffible que l'homme , en qualité d'Etre libre , ait ceffé de fe préfenter au Temple avec l'humilité du Lévite ; qu'il ait voulu mettre la Viaime à la place du Sacrificateur , & le Prêtre à la place du Dieu qu'il fervoit , l'entrée du Temple a dû fe fermer pour lui ; puifqu'il y portoîc & qu'il venoit y chercher une autre lumière qud celle qui en rempUt feule toute l'immenfité. Il n'a

£iUu rien de plus pour lui £ûre perdre i la fbk ^ fi la connoîflànce & la vue des beautés du Temple ) puifqu'il ne pouvoit les voir que dans leur propre (é'four^ & que lui-même s'en ëtoit interdit Tentrée-

II fe flatta de trouver la lumière ailleurs que dans TEtre qui en eft le fanâuaire & le foyer , & qui pouvoit feul Py faire pénétrer : il crut pouvoir l'obtenir par une autre voie que par elle-même : il crut y en un mot , que des facultés réelles , fixe» ic pofidves , pouvoîent fe rencontrer dans deux Etres à la fois. Il ceflTa d'attacher la vue fur celui en qui elles vivoieut dans toute leur force & dans tout leur éclat , pour la porter fur un autre Etre, dont il ofa croire qu'il recevroit les mêmesfecours^

Cette erreur , ou plutôt ce crime infenfé, aa lieu d'affurer à l'homme le fcjour de la paix & de la lumière , le précipita dans l'abyme de la confuflon & des ténèbres : & cela fans qu'il fàt néceflaire que le Principe éternel de la vie fît le moindre ufage de fes puiflances , pour ajouter à ce défaftre. Etant la félicité par effence , & l'unique fource du bonheur de tous les Etres , il agiroît contre la propre loi y su les éloignoic d'en étac propre à les rendre heureux» Enfin ^ ne pouvant fan ce , s*il envayoit Itî-même les maux ^ fe défordre & les privations^ il produiroît des cho» les ^ue TEcre par&ic ne doit point coonoicre ;

he qui démontre qu^il n^eft & ne peut être l'au-^ teur de nos foufFrances.

Nous verrons , au contraire , dans la fuite de cet ouvrage , qu'il n'eft aucune des PuiJJances de cette main bienfaifante y qu'elle n'ait employée & qu'elle n'emploie pour nous fouUger. Nous apprendrons^ disje , à connoitre que fi les vertus de cet Agent fupréme combattent fans ceffe depuis l'origine des chofes ^ c'eft pour nous y & no0 pas contre nous.

Nous verrons quelle eft la différence de cet Etre à nous y puifque quand nous faifons le mat, ç'eft nous qui en fommes les auteurs , & que nous avons quelquefois l'injudice de le lui imputer ; au lieu que quand nous faifons le bien , c'efl lui qui le fait en nous & pour nous , & qu'après l'avoir fait en nous & pour nous , il nous en té-* compenfe encore , comme fi nous l'euflions fait nous-mêmes.

Nous verrons enfin que fi l'homme donnoit, à (àtisfaire fes vrais befoins , l'attention qu'il donne à (t^ befoins imaginaires ^ il obtiendroit bien plutôt l'objet de fes defîrs ; „ & s'il m'eft permis d'en dire la raifon , c'efl que le Bien & le Mal nous pourfuivent à la vérité ; mais le premier nous pourfuit avec quatre forces , & le fécond ne nous pourfuit qu'avec deux ; or l'homme devant WQv: auifi iuatrç forçf^ p oa voie quelle feroit U

td TabIbau

cfl^rit^ âc îa jcnôion , s'i! marchoît fans s^âf* rétcr vers celai qui a le même nombre.

Puifque TEtre divîn cft le feni Principe de là lumière & de la vérité ; puifqu'îl poffedc fenl lcsfccid:/s fixes & pofitîves, dans lefquelles refide excIulîvem^nL la vie réelle & par eflencc : des que Hiomnie a cherché ces facultés dans no autre Etre , iî a dû de toute néceffité les pendre de vue , & ne rencontrer que le fimulacre de toutes ces vertus

Airfi rhomme ayant cefle de lire dans la v^ rite , il n'a pu trouver autour de lui que l'incertitude & Terreur. Ayant abandonné le feul (cjour de ce qui cft fixe & réel , il a dû entrer dans une région nouvelle , qui , par fes illufions & fott néant , fût toute oppofée à celle qu'il venoit de? quitter. Il a fallu que cette région nouvelle y par la multiplicité de fes loix & de fes aélions ^ lui montrât en apparence une autre tnité que celle de l'Etre Cmple ^ & d'autres vérités que la fîenne. Enfin , il a fallu que le nouvel appui fur lequel il s'étoit repofé , lui préfentât un tableau fiâif de toutes les facultés, de toutes les proprié* tés de cet Etre fimple ^ & cependant qu'il n'en eût aucune.

9, Et ici fe trouve déjà une explication des nom-- bres quatre & ncufp qui ont pu embarrafler dan^'

rOuvrage

rOuvragc d^ja ciré. L'homme s'eft ^garé en allant de quatre à neuf, c'eft-à-dire ^ qu'il a quitté le centre des vérité fixes & pofitives , qui fe trouvent dans le nombre quatre , comm'étant la fource & la correfpondancc de tout ce qui exifte ; comme tétant encore , même dans notre dégradation y le nombre «niverfel de nos mefures , & de la marche des Aftres ; vérité divine dont les hommes des derniers fîecles ont fait l'application la plus heureufe , pour déterminer les loîx des mouvemens célefles , quoiqu'ils n'euffent été conduits à cette immortelle découverte ^ue par la feule force de leurs obfervations , & par le flambeau des fciences naturelles. C'eft-à-dire , enfin ^ que l'homme s'efl uni au nombre ntufàes chofes pafTageres & fenflbles y dont le néant & le vuide font écrits fur la forme même cîrcuhire ou neuvaire , qui leur eft afiignée , & qui tient l'homme comme dans le preftige- "

Voilà , en effet , quels font les droits qu'ont aujourd'hui fur l'homme toutes les chofes de cette région temporelle. Comme chacun des Etres qui la compofent > eft complet & entier dans fon cfpece y les yeux de ce malheureux homme de* meurent fixés fur des objets qui repréfentent en effet l'unité , mais qui ne la repréfentent que par des images très-faufles & très-défeâueufes ^ puif

F

8x Tableau

qu'ils font tous formas par des aflemblages ; puif« que y dés qu^ils peuvent être vus par nos yem de matière , ils font nt^ceflairement compofà , attendu que nos yeux matériels font conipof& eux-m rîmes > & qu'il n'y a de relation qu'entre les Etres de même nature.

L'homnxs eft donc réduit y en demeurant dam cette région temporelle , à n'appercevoir que des unités apparentes ; c'eft-à-dire , qu'il ne peut plus connoltre aujourd'hui que des poids y des mefures y & des nombres relatif , au lieu des poids , des mefures & des nombres fixes qu'il employoit dans fon lieu natal : & il en a la preuve dans les expériences les plus communes ; car il lui feroit de toute împoffibilitê de fixer une portion de matière qui fût égale en poids , en nombre & eo mefure à une autre portion ; attendu qu'il lui fimdr(Mt connoître le poids , le nombre & la mefbre fixe de la première y & qu'il a quitté le fi^our àm tout ce qui eft fixe.

Toutefois ces chofes fenfibles , qui ne (ont qu'apparentes & nulles pour refprit de l'homme ^ ont une réalité analogue i fon Etre fenfible te matériel La Sageife eft fi féconde , qu'elle éok^ bUt des proportions dans les vertus & dans les réalités , relativement a chaque daffe de fes durons»

VoîH pourquoi il y a une convenance & mêiiie <une loi infurmontable y attachée au cours des chofes fenfîbles y fans laquelle leur aâion , quoique pafTagere & temporelle , ne pourroic jamais avoir le moindre efFet, Ainfi , il eft très-vrai , fout les corps , que les corps exiftent , qu'ils fe nourrifïent j qu'ils fe choquent , qu'ils fc touchent , qu'ils fc communiquent , & qu'il y a un commerce indifpenfable entre toutes les fubftances dé la Nature matérielle.

Mais auflî cela n'eft vrai que pour les corps : car toutes les adions matérielles , n'opérant rien d'analogue à h véritable nature de l'homme , font en quelque forte ou peuvent être étrangères pour lui ^ quand il veut faire ufage de fes forces & fe rapprocher de fon/élément naturel. Enfin » la matière efts vraie pour la matière , & ne le fera jamais pour refprit. Diftinâion importante avec laquelle on autoit terminé depuis long-temps les difputes de ceux qui ont prétendu que cette matière n'étoit qu'apparente , & de ceux qui ont prétendu qu'elle étoit réelle.

„ Les chofes corporelles & fenfibles n'étant rien pour TEtre intelleâuel de l'homme , on voit comment doit s'apprécier ce que l'on appelle la mort ^ & quelle impreflîon elle peuc produire fur Phomme fenfé , qui ne s'eft point identifié avec les Ulufions de ces fubftances corruptibles. Car le

F z

€49ff^ de Vtumnne f qmmpc wai iJHf^ f A^a o^mm^etrx asscciie réaficl pour FinuM%ism^^ & k fcinc àwr-cflc ^appocevviir qtr^^ti^ ^'^ £^pare ; en cStt Ion ipi'ene le quittey ^It^ ak; qtittr<e qu^nne apparence ^ ou ponr mieux dw f crtle ne quitte rictu

Au contraire ^ tout nous annonce qu'elle âm gagner alors ^ au lieu de perdre ; car , avec III) peu d^arrencion ^ nous ne pouvons que nous pén^rrcr de refpcâ pour ceux que leur loi dé* livre de ces entraves corporelles , puifqu'alors il y a une illudon de moins entr^eux & le vrai. A défaut de cette utile réflexion y les hommes croient que c^eft la mort qui les efïraie , tandis que ce n'eft point d^elle ^ mais de la vie , qu^ik ont peur.

Si le preftige des chofes temporelles ne fuffifait point encore > pour nous démontrer la difô- i^nc^e de Féut aâuel de Thomme à fon état pti-^ micif 1^ il (àudrdt jeter les yeux fur Thomme Inî- m^met ; car Mtant il eft vrai que Tétode de f h^mm^ nom a iàic découvrir en nous d (^Mrt^ai^f^ WPi:«mietde tous les Principes ff^icfs; dVn^ eor^itne gloorieuJè „ autant eUt ^ t%ifi^ ai^fi^tc^xoir dSuxe kMrriUe dégradatimi»

par notre nature , reprëfenter les Facultés & les vertus ; il faut voir quel eft celui de nous qui pourra juftifier fes titres ; il faut voir fi nous fommes conformes à l'Etre dont nous fommes defcendus , & qui n'a exprimé dans nous Pimage de fa fagelTe & de fa fcience , qu'afin que nous le fiâîons honorer.

Nous cherchons , & il pofTede ; nous étudions , & il connoit ; nous efpérons , & il jouit ; nous doutons , îl eft lui-même l'évidence ; nous tremblons de crainte , & il n'a d'autre inquiétude que celle de l'amour , dont il eft encore plus cmbrafé pour l'homme , que l'homme ne l'eft pour fes propres penfées & pour fes propres émanations» L'un eft grand , en multipliant fes images dans tous les Etres & dans l'homme ; l'autre met fouvent fa gloire à les exterminer & à les détruire» Non feulement l'Auteur des chofes a fait exifter pour nous & pour nos befoins y tous ces élé- mens , & tous ces agens de la Nature > dont nous pervertiftbns l'ufage ; mais il a même produit en nous ces facultés qui dévoient être le figne de fa grandeur , & que nous employons à l'attaquer & à le combattre ; de façon que les hommes , qui dévoient être les Satellites de la vérité , en font plutôt les perfécuteurs ; & qu'^à juger l'homme rampant aujourd'hui dans la réprobation , dans le erime & dans l'erreur ^ celui qui n'avoit été émand

que pour montrer qu'il y a un Dîeu , pzroitrote plus propre à montrer qu'il n'y en a point.

Car, lorfqu'en r^p^titîon du premier crime ^ l'homme ufurpe fi fouvent les droits de laDîvî-* nit^ fur la Terre, ce n'eu que pour en profaner le Nom , & l'avilir par une nouvelle profUcucion. Sous ce Nom facré, il décide, il ^gare,il trompe jk îl tyrannife , il égorge , il mâfTacre. Eh ! envers qui ce Dieu fî étrange exerce-t-il des droits plus étranges encore ? C'efl envers Thomme , envers fon femblable , envers un Etre de fon efpece , & qui par conséquent a le même droit que lui au titre de Dieu.

Âinfi ', mettant en contradition fes aâions avec fon orgueil , l'homme efface en lui ce titre glorieux, en même temps qu'il veut s'en revêtir* Ainfi ^ il prend la voie la plus fûre ^ pour détruire autour de lui toute idée du vrai Dieu , en ne préfentant lui-même qu'un Etre de menfonge , de fureur , de deVaflation ; un Être qui n'agit que pour tout dénaturer , pour tout corrompre ; & qui ne démontre la fupériorité de fa puiffance y que par la fupériorité de fes folles înjuflices , de ces crimes & de fes atrocités.

On pourroit donc s'écrier avec raifon : Hoin* mes , c'étoit par vous que les Impies dévoient connoître la jufKce , & vous pouvez a peine répondre y quand on vous demande ce que

c'eft que la juftice ; c'^toit par vous qu'ils dé- voient être ramenas dans les fentiers de la lumière , & vous employez tous vos efforts à obC- çurcir cette lumière & à en corrompre les voies. CVtoit par vous que la v^rit^ devoit paroître y & vous n'ofFrez que le menfonge. Comment la juftice , la lumière & la venté feront-elles donc connues, fi l'Etre prëpofé pour les exprimer , nonfeulement n'en a pas confervë l'idée, mais s'efforce même de détruire les traces qui en étoient écrites dans lui & fur toute la Nature ? Comment faura-t-on que le Principe néceflaire eft Saint & Etemel , fi vous profeffez le culte & lît dodrine de la matière î Comment faura-t-on qu'il n'efl: occupé qu'à pardonner, & qu*il brûle d'amour pour les hommes , fi vous ne tefpirez que la haine & fi vous ne payez fes bienfaits que par des blafphêmes ? Enfin , comment croira-t-on à Yordre & à la vie , fi vous ne montrez en vous que lar confujîon & la mort ?

^ Quoique nous ne puiflions comparer nos titres avec l'ignominie qui nous couvre ^ fans nous incliner vers la. terre , & fans chercher à nous enfevelir dans fes abymes , cependant on a voultt nous perfuader que nous érions heureux ; comme: fi. l'on pouvoit anéantir cette vérité univerfelle^

^ Tabisait

rie corpordie , les uns errent comme des Cpee^ trci fur cette {arfàcc j pour y être fans ceflè Hvtés a des befôins j âdes infirmités ; les antres n*y font d^ja {dus : ils ont été comme le ièront leurs d^i^ cendans , entraînés dans le torrent des fiecles ; leurs fédimens amoncelés , formant aujourd'ui le fol de prefque toute la Terre y Von n'y peut £ûre un pas (ans fouler aux pieds les hnmiliaas vefUges de leur deftrudion. L'homme eft donc icibas femblable i ces criminels , que chez quelques Nations la Loi £dfoit attacher vivans à des cadavres.

Portonsnous les yeux fur Thomme invifible? Incertains fur les temps qui ont précédé notre Etre I fur ceux qui le doivent fuivre y & fur notre Etre lui-même , tant que nous n'en fentons pas les rapports y nous errons au milieu d'un fombre défert, dont l'entrée ficTifluefemblent également iiiir devant nous. Si des éclairs brillans & paflagers fiUonnent quelquefois dans nos ténèbres , ils ne font que nous les rendre plus afFreufes y ou nous avilir davantage y en nous laiffant appercevoir ce que noui avons perdu ; & encore y s'ils y pénètrent» ce n'eft qu'environnés de r^e£^;î n^^Jo* Itufes & incertaines y parce que nos fens n'en pourroient foutenir l'éclat, s'ils fe montroient à découvert. Enfin y l'homme eft , par rapport aux ifnpreifions de la vie fupérieure ^ comme le ver

^t ne peut foutenir Pair de notre atmofphere* Que dis-je , des animaux féroces nous environnent au milieu de ces ténèbres ; ils nous fatiguent de leurs cris irrégulitrs & lugubres; ils ieîancent fubitement fur nous , & nous dévorent avant que nous les a)rions apperçus. Des foufres enflammés tonnent fur nos têtes , & par leurs ^i:/jr^ impofans femblent prononcer mille fois fur nous y arrêt de mort. La Terre même eft toujours prête à firëmir fous nos pieds; & nous ne favons jamais fi dans Tinfiant qui fuivra celui où nous fommes y elle ne s'entra ouvrira pas pour nous engloutir dans fes ahymes.

Ce lieu fcroit-il donc en effet le véritable fét jour de l'homme , de cet Etre qui correfpond au centre de toutes les fciences & de toutes les félicités ? Celui qui par fes penfées , par les aâes fublimes qui émanent de lui , & par les proportions de fa forme corporelle , s'annonce comme le repréfentant du Dieu vivant , feroit - il à fa place dans un lieu qui n'eft couvert que de lé* preux & de cadavres ; dans un lieu que Tigno* rance & la nuit feules peuvent habiter; enfin , dans un lieu où ce malheureux homme ne trouve pas même où repoferfa tête ?

Non , dans l'état aâuel de l'homme , les plus vils infeâes font au deffus de lui. Ils tiennent au

fi Tableau

moins leur rang dans ^harmonie de la Nature ;t& s'y trouvent à leur place , & Thomme n'cft point àlafienne.

Tous les Etres de l'Univers font dans une continuelle aâidn. Ils jouifTent fans interruption de la portion de droits qui efl attribuée à chacun d'eux , félon le cours & les loix de leur exiftence : comme ils ne fubfiïlent que par le mouvement, tant qu'ils exiftent , le mouvement ne s'interrompt }amais pour eux. Aufli» les plantes, les animaux , toutes les vertus de la Nature font dans une a£ttvité qui ne ceffe point; car fi elle cefToit un inftant y toute la Nature feroit détruite.

Eh bien , parmi ces Etres y qui font toujours dans la jouifTance & dans la vie ^ un Etre incomparablement plus noble , l'homme , la penfée de l'homme, fon intelligence^ font affujettis à des intervalles, à des repos, àdesfufpenfions, c'eft- à-dire , à l'inaâion & au néant.

Ceffons donc de croire que l'homme foit à fa place ici -bas. „ Il eft attaché fur la terre, comme Promethée , pour y être comme lui déchiré par le Vautour. '^ Sa paix même n'eft pas une jouiflànce ; ce n'eft qu'un intervalle entre des tortures.

C

E feroit ici le lieu de jeter du jour fur le pre^ mier crime de rhomme : nous pourrions même remarquer à ce fujec j que Phomme n'apporte au monde que des regrets y & non pas des remords ; encore ces regrets font-ils ignora du plus grand nombre , parce qu^on ne peut avoir .de la douleur que pour les maux qu'on connôit j parce qu'on ne peut connoitre & fentir les maux premiers qu'avec beaucoup de travaux , & que la plupart des hommes n'en font aucun. Voilà ce qui rend la vérité de ce crime fi incertaine à leurs yeux , tandis que fes efifets font £ manifeftes.

Je pourrois ajouter que dans l'ordre focial ^ quand un homme a manqué à Phonneur , on le renvoie dans la claffe de ceux qui n'ont point d'honneur ; qu'ainfi , en obfervant ici-bas quel eft le principal attribut qui manque aux Etres avec lefquels nous fommes confondus y il doit être facile d'appercevoir quelle eft la nature du pre« mier crime.

Mais 9 fans difcuter les différentes opinions

lui onr régné nr crer «ibicr , mniE pauvunsczxmQe (lue le crime ie 'ooinnie âic dfaFoîr :dnife de la cnnncJtTance au'îi sroic de L'axxian:da ft

(ie l'Lrrivers s^ec I'U3ivex& Sfous ne piiiiy"W douter même , oue Ii;i pLivatUm. (Es censconaoC- fbiice ne Loir !a ^^raie peine de ânt cruns * pnS- ({tie nous tufiit&iiB Ofos cette srsvocz&ije pmti ti&Ti , psr Fflj^noGUce eu 111010 fijamm &ir les Sens qui amr§igir flocse Ctre wreffrflmrt 2 fii

JLj oireove mjwifr fte <^EBg cette

rre fi^)0ar fisc ta Terre^cV^çae ■i'âsnréHB ras» Hùnd/C y ^œ p0ccr wuoêc si pcmcHMi de b re eue ikkzs arotis vàBBt tctssiffct ^ a y fecouTier ptemeaieiic ccccc noaè^ ne {enan% phs§ en ptmtioo ^ & par ^(tieftC nom ne (enom (^ dans ce bas Monde.

En eifet f ]e% ohttmàons les plos <™flrr jRif la \umere Hémentsâre , nous montrcar à quel degré il faadrdc nous âever pour aneiiidre 1 la Itimiere intelleâiielle ; car les knz de ces deux iWcti de lumière font feinblables* Outre la néccfRté d'an Principe primordial & gé-^ nérutcvr ^ il fiiat i Tune & i fautre une bafe p tine réz&ion ^ 6c une clafTe d^Etres fufcepdbles d'en éfrc Ici témoins (k de participer à fes effets; ca qui annonce que la lomicre fenfible , & la

lumière întelleâuelle n'agiffent , ne procèdent , & ne fe manifeftent que par un quaternaire. Et ce n'eft pas fans raifon que la lumière élémentaire eft au rang des plus admirables phénomènes de la nattire matérielle , puifqu'elle ne peut être complétée dans fon aâion & dans fes efifèts ^ fans exercer , & mettre en jeu les quatre points cardinaux de la création uni- Terfelle.

En ne la confidérant que dans fes effets relatif aux trois règnes terreftres , nous remarquerons que les minéraux étant enfouis dans la terre. font totalement privé de cette lumière; que les végétaux n'en font point privés , mais qu'ils la reçoivent fans la voir & fans en jouir ; que les animaux la voient & en jouifTent , mais qu'ils ne peuvent ni la contempler , ni pénétrer dans la connoilTance de fes loix ; enfin que ce dernier privilège eft réfervé à l'homme feul , ou à tout Etre doué comme lui des facultés de l'intelligence.

Ccft là où nous apprendrons à recônnoître tout ce qui nous manque pour pofféder la lumière intelleâuelle J il y a des Erres intellîgens qui font totalement féparés de cette lumière , il y en a qui n'en font point féparés , maïs qui ne ^participent à fes effets qu'extérîeuxement ; il y en a qui en reçoivent intérieure^

ment les rayons, mais qui font dans une îgno«* rance abfolue des voies par lefquelles elle fe propage ; il n'y a donc que ceux qui font admis à fon confeil , ou à la fcience même de celui d'où tout defcend , qui puilTent recouvrer cette connoiffance primitive , parce que ce n'eft que là où ils peuvent à la fois recevoir la lumière , la voir , en jouir & la comprendre ; enfin c'eft là où fe déploient avec une efficacité fupérieure tous les pouvoirs du grand quater-- naire , parce que dans cette clalTe fupréme té* fident cous les types des quatre points cardinaux du monde élémentaire.

L'homme n'a point fu conferver cette fublime jouiffance qui fut jadis fon apanage j il a voulu tranfpofer l'ordre de ces quatre points fondamentaux de toute lumière , ôc de toute venté j or les tranfpofer , c'eft les confondre j & les confondre , c'eft les perdre y ôc s'en priver.

C'eft pour cela que l'homme eft aujourd'hui ravalé dans les clafles inférieures , où non feulement il ne connoît plus cette lumière intellectuelle qui malgré tous nos crimes conferve éternellement fa fplendeur ^ mais encore où il a peine à l'appercevoîr quelquefois , & où il devient fouvent pour elle ce que font les minéraux par rapport à la lumière élémentaire.

C'eft cependant au nûleu de cette privation

q^u9

îstAttrïtÉZ: ffi

%tiià fe$ liommes imprudens fe laîflent aller 4 concevoir des idées fi bazardées fur leur nature ^ â bâtir des fyftêmes aveugles fur les liens qui nous retiennent en efclavage ; à nous perfuadet même que par le fuicide nous pouvons parveniu i les brifer.

Si Dieu feul connoit les chaînes qui lient notre Être intelleâuel avec la région temporelle ^ lui f(feul fans doute â la puiflance d'en opérer la rup^ ture i mais ne craignons point de dire qu^il n'eil a pas la volonté j attendu qu'il agiroit alors con-» tre fa juftice^

L'homme , au contraire ^ peut bien avoir lâ volonté de fe délivrer de ces entraves étrangères^ à fa propre nature ^ mais il n'en a pas la puif-* fânce ; car les malheureux qui fe donnent I4 tnort i croient en vain échapper aux maux & auji pâtimcns : ils ne peuvent détruire ni éviter undf loi qui condamne l'homme injufle à foufFrin

Et en effet j les hommes impurs peuvent être réparés de leur corps , fans être pour cela féparé^ de leur ame fenfible ; puifque , félon les princi-* pes précédens , fi leur corps j quoique réel pour les autres corps ^ n'eft qu'apparent pour leur Etrô intelleâuel , ils doivent être , après qu'ils fe fonc -délivrés de ce corps , ce qu'ils étoient pendant qu'ils y étoient renfermés.

G

Si cVtoît donc la foiblefle à fupportet l^é 'Couleurs ; fi c'^toic le poifon des vices & les vapeurs du crrme , qui leur rendroient la vie corporelle infupportable , la mort du corps n'a rien change à leur ficuacion incelleâuelle ; ils font encore rongés par les mêmes poifons ; ils ont encore les mêmes vapeurs à refpirer , les jnémes langueurs à fubir; y^ en un mot, ils font comme ces fruits peu mûrs & déjà gâtés , donc la qualité mal faine ne change pas , quoiqu'on leur ôtc leur enveloppe , & qui recevant par-là plus immédiatement TacUon de Vair , ne font que fe corrompre davantage. ^

En outre y l'homme pouvant fe fouiller de flufîeurs crimes pendant fa vie , & s'identifier avec une multitude d'objets contraires à fon être j il doit , après la mort , éprouver fucceflî-* vement toutes les impreffions relatives à ces objets ; il doit fe nourrir encore des afFeâions & des goûts qui lui ont paru les plus innocens pendant fa vie , mais qui n'ayant point à lui offrir un but folide & vrai , laiffent fon Etre dans l'inaâion & le néant.

Ce font toutes cts fubftances étrangères qui font alors le tourment du Suicide , comme de tout autre coupable privé de la vie : ,, & peut-être trouverionsnous ici quelque explication dg fyftême de la Métempfycofe y d^ns lequel Ici

îiomtnes , après leur mort , font encore lîJs à dîfF^rens objets élémentaires , & même font tranfform^s en plantes & en vils animaux ; expreffions qui ne font que la peinture des goûts , des vices , des objets dont l'homme a fait fes idoles fur la Terre '' : car qui font ceux dont l'Etre , aprcîs la mort ^ fera afTailli par les tourmens & les îUufîons de leur ame fenfîble ? Enfin , qui feront ceux dont l'Etre vivra fenfiblement , quoique fcpar^ de leur corps ? ce feront ceux qui ici-bas auront vëcu fi^parés de leur Etre ?

D'après ce que nous venons de voir , l'imprudent qui par le fuicide fe précipite dans uno nouvelle région avant le temps marque^ , n'eûr-ii commis que ce feul crime , s'cxpofe fans doute X des pâtimens plus effrayans , que s'il y fût arriva avec les forces acquifes dans la région vifiblt) par fa conftance à cultiver les faciiltds avec lefquelles il devoir y combattre. Il eft femblable à un prifonnier , qui , pour fe remettre en liberté , démoliroit fa prifon par les fondemens ^ & la feroit s'ecroulcr fur lui. Ainfi tout aâe de notre part , qui n'a pas l'aveu de la nature & de l'ordre , augmente encore les maux & les fouffrances attachées à la condition du notre malheureufe pollérité.

D'après ces Principes y nous pouvons dcja reconnoître la fagcife & la bonté de l'Etre di-

vin , dont tons les décrets portent le càrâ5er# de Tamour., II ne commande aux hommes que C3 qui peut les rappocher de lui y il ne leur défend que ce qui les en éloigne : & fi toutes les loix de la Nature & de la raifon profcrivent le fuicide , c'eft qu^it trompe Phomme , au lieu de le rendre plus heureux.

Je pourrois foire voir que cette fagefle & cette bonté fe manifeftent également par la naiffance de Thomme à la vie terreftre ; puifque c'eft le mettre à portée de foulager , par fes combats & fes efforts , une partie des maux oue le premier crime a occafîonnés fur U terre ; puifque c'eft lui confier le fecret & Tœuvre de la Divinité même , que de l'admettre à pouvoir concourir , dans fa fphere particulière , à la réparation des défordres de Pefpece humaine. Enfin quelque rigoureux que foient les maux qui nous attendent ici bas , il fuffiroît de penfer qu il eft poffible à l'homme de n'en être point abattu ; que c'eft à fes erreurs & à fes foiblefTes qu'il en doit attribuer la plus grande partie ; que dés-lors il fe pourroit qu'ils fuffent nuls & apparens pour hii ; & qu'ainfi c'eft peut-être l'homme qui leur donne toute leur valeur. Mais , pour concevoir de femblables vérités^ il faudroit s'élever à une fublimlté très-étrangère à la plupart des hommes , qui ont peine à

fc former des idées vraies Ce confiantes ; fur lei

jréfultats même les plus fimples d'une ]unice matérielle ; ainfi je ne m'étendrai point fur cet objet.

L'homme , en s'uniffant par une fuite de la corruption de fa volonté aux chofes mixtes de la région apparente & relative y s'eft affujetti à Taâion des difFérens principes qui la conftituent, & à celle des difFérens agens prépofés pour les foutenir ^ & pour préfîder à la défenfe de leur loi : & ces chofes mixtes ne produifant par leur afTemblage que des phénomènes temporels >lents^ & fucceflifs y il en réfulte que le temps eft le principal inftrument des foufFrances de Thomme, & le puiflant obftacle qui Je tient éloigné de fon Principe ; ,> le temps eft le venin qui le ronge ^ tandis que c'étoit lui qui devoit purifier & diffoudre le temps : le temps enfin ^ ou la région qui fert de prifon à l'homme , eft femblable à Peau dont le pouvoir eft de tout diflbudre , d'altérer plus ou moins vite la forme de tous les corps , & dans laquelle on ne peut plonger l'or , fans /

qu'il n'y foit privé du di^ - neuvième de fon poids ; pTicnomene qui félon des calculs intègres repréfcnte au naturel notre véritable dé- gradation. "

En effet le temps n'eft que l'intervalle entre deux adions: ce n'eft qu'une contr'aâion , qu'une furpenfi^on dans l'aâicm des facultés . d'un Etre

XOi Tabieati

Auffi , chaque annfo , chaque mois , chaque Semaine , chaque jour , chaque heure , chaque moment , le Principe fupérieur ôte & rend les piiiflances aux Etres , & e'eft cette alternative qui forme le temps. Je puis ajouter, en paflant, que rétendue éprouve également cette alternative y qu'elle eft foumife aux mêmes progreflions que le temps : ce qui fait que le temps & l'et* pace font proportionnels.

Enfin y confîdérons le temps comme Tefpace contenu entre deux lignes formant un angle. Plus 3es Etres font éloignés du fommet de l'angle y plus ils font obligés de fubdiyifer leur aâion , pour la completter ou pour parcourir Tefpace d'une ligne à l'autre ; au contraire , plus ils font rapprochés de ce fommet , plus leur adîon fe £împlifie : jugeons par-là quelle doit être la fîmplicité d'aôion dans l'Etre Principe qui eft luimême le fommet de l'angle. Cet Etre n'ayant à parcourir que Punité de fa propre eflence , pour atteindre la plénitude de tous fes aâes & de toutes fes puiflances , le temps eft abfolument îiul pour lui.

Au contraire , tout le poids du temps fe fait

fentir à celui qui ^ étant né pour l'unité d'aâion^

eft placé à l'extrémité dés deux lignes. Voilà

, pourquoi de tous les Etres fenfibles , l'homme

eft celui qui s'ennuie le plus ; car ^ ^tant celui dont

fâfiïon naturelle eft aujourd'hui la plus diftante de celle de fan Principe ; étznt le feul Etre dont raâiorî foit étrangère à cette région terreftre y cette adion eft perpétuellement fufpendue & divifée en lui.

On ne peut douter que la véritable aâion de l'homme ^l'étoit pas faite pour être aflujettie à la région fenfifcle ; puifque la lumière fait des progrès pour fe communiquer à lui , à mefix^e que l'adion fenfible l'abandonne & qu'il s'en dé- pouille ; & puifque loin qu'il doive, attendre tout de fes (ens , il n'a rien que quand ils font calmes & dans une efpece de néant pour fon intelligence.

Car ce feroit une erreur de le juger fubordonné au fenfible , parce que fon efprit fuit communément la cioiflance & la dégradation du corps. Gela peut être vrai dans Penfance , où chaque homme devant fubir les premiers effets de fa dégradation , préfente l'exemple d'un afferviffement total à l'adion des Etres temporels.

Cela peut être vrai^ auflï dans un âge plus avancé , fi l'homme n'a pas employé fa volonté & fon jugement à évaluer les effets des aâions fenfibles» Mais , de ce que le fenfible peut nuire à l'intelleducl & en fufpendre ladivité, il ne faudroit pas en conclure que les facultés incelleâuelles de l'homme foient le fruit d»

fes fens , & la produftion des principes mat^ xie!s qui agîflent en lui : car ne pas tuer , cm donner la vie , font deux chofes très-différentes. jEt Ton ne dira jamais qu'un voile épais eft le principe de ma vue , parce que je ne puis rien diftinguer quand il couvre mes yeux.

D'ailleurs n'avons-nous pas reconnu qu'au lieu d'apprendre , nous ne faifons que nous rappeller, pour ainfî dire , ce que nous favions déjà , & qu'appercevoîr ce qui n'avoit jamais ceffé d^être devant nous ; qu'ainfi les objets fenfibles ne nous donnant rien , mais pouvant au contraire noua enlever tout ^ notre tâche , en féjournant parmi eux , eft bien moins d'acquérir que de ne rien perdre ?

En effet ^ fi les loîx des Etres font qu'ils ma* nifeftent toutes leurs facultés , fans fe confondre avec aucune fubftance hétérogène ; fi tous les Etres phyfiqucs fuivent exaâement ces loix j^ chacun félon leur claffe , quand ils ne font point gênés dans leurs aftes., pourquoi l'homme feroit* îl feul privé de ce pouvoir ?

En appçrcevant tant de beautés dans les produdions des Etres phyfiques^ dont la loi n'a point été dérangée , nous pouvons donc nous former une idée des merveilles que l'homme feroit éclore en lui , s'il fuiyoît la loi dç fa vraie

'maturç , & ^u'i l'image de k main qui Fa formé j^

tl tâchât , dans toutes les circonflances de fa vie ^ •d'être plus grand que ce qu'il fait.

Son Etre intelleduel arrîvcroit au dernier terniç de fa carrière temporelle , avec la même pureté qu'il avoît en en commença it le cours. On te verroit dans la vieillefle unir les frui(;s de Fexpë- rience avec Tinnocence de fon premier âge. Tous les pas de ùl vie auroient fait découvrir en lui la lumière , la fcience ^ la fimpUcité ^ la candeur ^ parce que toutes ces chofes font dans fon effence. Enfin , le germe qui l'anime , fe feroit étendu » fans s'altérer; &il rentreroit ^ avec le calme de la yertu ^ dans la main qui le forma ^ parce qu'en lui repréfentant , fans aucune altération , le même caraâere & le même fceau qu'il en avoit reçu , elle y reconnoîtroit encore fon empreinte ;^ & y verroit toujours fon image.

On peut dire que fi la plupart des hommes font tant éloignés d'un pareil calme au moment de cette importante féparation , c'eft qu'ils n'ont pas été pendant leur vie affez ingénieux ni afleîS fiers pour appercevoir leur grandeur & pour U conferver , en forte que s'étant confondus avec les chofes mixtes & temporelIes^ , ils croient qu'ils vont ceffer d'être quand celles-ci viennent à les abandonner.

Le nombre des temps que l'homme doit fu-

jûk pour accomplir foa oeuvre ^ çft propor-»

rionn^ an nombre des degrés y au deflbus deCcfxA il eft defcendu : car^ plas le point d*où une forcb tombe eft élevé y plus il lui &ut de temps & d'efibrts pour y remonter.

Mais pour que Thomme pût acquérir des ]i>- mieres fur cet objet y il (audroit qu'il nombrit les forces y les acuités & les droits qui lui manquent. CTeft fur ce nombre que pofe la mefure de fon échelle de régénération y ainfi que le poids ou le réfulcat qui en doit provenir. Or l'homme peut voir d'un coup d'œiî quel eft Pabyme où il eft defcendu y puifqu'il lui manque autant de vertus quTd y a d^ajires au defTus de fa tête.

En outre , l'aâion du temps fur l'homme eff proportionnée à la grandeur des yertus inhé* rentes aux degrés qu'ildoit parcourir, parce que plus elles font puiffantes & néceffaires i l'homme , plus la privation doit en être longue , pénible & douloureufe pour lui. C'eft là ce qui rend fon état fi cruel & fi affligeant ; car fi ces degrés font l'expreflion &c la force des vertus divines , s'ils font animés des rayons de la vie même ^ s'ils portent en eux un feu primitif & néccflaire à l'exiftence de tous les Etres , il fuît que Thomme en étant féparé , fa privation eft entière & abfolue.

Quand l'homme feroit affez heureux pour ie former^ pendant fon féjour fur la terre p un.

enfemble de lumières & de connoîflances , ^uî embrafsât une forte alunite y il ne pourroit encore fe flatter d'avoir le complément des véritables jouîffances , puifqu'elles font fupérieures i Tordre terreftre : il n^auroît que l'efquiflè ôc la repréfentation de ces vraies lumières , puifqu ici tout ^tant relatif , il n'y peut , pour ainfî dire , poffédcr rien de réel & de vraiment fixe.

„ Que l'homme intelligent médite ici fur les loix de TAftre lunaire y qui nous repréfentent, fous mille faces , notre privation ; qu'il examine pourquoi cet Aftre ne nous eft vifible que pendant fes jours de matière ; & pourquoi nous le perdons de vue le vingt-huitième jour de fon cours-, quoiqu'il fe levé également fur notre horifon. "

Tour fe réunit pour prouver à l'homme qu'après avoir parcouru laborieufement cette furface, îl faut qu'il atteigne à des degrés plus fixes & plus pofitifs , qui aient plus d'analogie avec les vérités lîmples & fondamentales dont le germe eft dans fa nature. Enfin , il faut à la mort, qu'il réalife h, connpiflance des objets , dont il n'a pu appercevoir ici que l'apparence,

,, Je peux convenir que ces connoiffances fupérieures confiftent dans l'intelligence & l'ufage de deux langues au deffiis des langues communes & vulgaires ^ puifqu'elles tiennent aux jouif-

bfoS Tableau

fances primitives de l'homme. La première à pour objet les chofes Divines & n'a que quatre Lettres pour tout alphabet ; la féconde en a vingtsdeux & s'applique aux produdions , foit întelle&uelles , foit temporelles du grand Principe r le même crime a privé l'homme de ces deux langues. SlI y avoit une nouvelle prévarication ^ îlfe formeroit pour lui une troifieme langue quî annnt juatre-^vingt-huit Lettres ^ & qui le reculeroît encore plus de fon terme. "

„ J'ajouterai qu'il y a des langues faufles & oppofées aux trois dont je viens de parler. Celle qui correfpond à la langue Divine^ a un alphabet de deuxlçttvcs \ celle qui correfpond à la féconde ^ en a cinq ; enfin , s'il y avoit une nouvelle préva- ,ricatîon> la langue fauffe quî l'accompagneroit ,, auroit cent dix lettres dans fon alphabet. "

„ La connoiflance des deux langues pures que rhomme acquiert à fa féparation d'avec les objets tcrreftres , doivent produire fur lui des effets plus fatis&ifans que tout ce que nous pouvons éprouver ici-bas : elles doivent étendre fes jouiffances , comme ayant une aâion plus vivante que les objets de la Nature vifible. Maïs aufli y s^il doit encore éprouver des fufpeniions dans fa marche , ces obftacles deviennent plus douloureux pour lui , parce qu'à mefure qu'une force approche de fon centre ^ fa tendance augmente ^

9c le choc des réfiHances devient plus molent.* Cependant il eft inévitable pour l'homme qa^ fubifle des fufpenfions , en parcourant les nouveaux degrés de fa léhabilitation ; puifqu'ils ne font que la continuation de cette barrière terribfe qui le répare de la grande lumière , & que la terre n'eft que le premier de tous les degr&. Or , s'il y aun efpace entre la prifon de l'homme Scion lieu natal, il efl îndifpenfable qu'il le parcoure, Qi qu'il en éprouve fucceflivement toutes les aâîoa& Si un voyageur agile & curieux arrivoit ad pied d'un groitppe de montagnes entalTées les unes fur les autres , & qu'il voulût porter fes pas jufqu'au fommet de la dernière , cachtJe àass les nues ; il âudroit , qu'après avoir gKT* fur la première de ces montagnes , il ceffàt de monter , &c allât Iiorizontalement gagner le [àed ■de la féconde, pour la franchir à fon toUr, & ainfi de fuite , jufqu'à ce qu'il fût arrivé au terme de fes defirs. Image fenfible de la régénération de l'homme , où l'on voit de plus la Sagefle bienfaifante accompagneries pas , pendant qu'il fubie les loix de la jufiice ; car , lors même que par les différentes fiafpenfioDs , elle paroît retarder nos jouiflances , elle ne fe propofe que de ménagée nos forces , & de nous donner le temps de les renouveller & de les accroître,

L'homme ne peut parcourir les régions fixes

éc réelles de purification , fans acquérir tiné exiftence plus aâive, plus étendue , plus libre ^ c'eft- à-dire , fans refpirer un air plus pur y & dé- couvrir un horifon plus vafte , à mefure qu'il approche du fommet defiré ; comme nous voyons que plus les principes des corps fe fimplifienc^ plus ils acquièrent de vertus ; & comme Tair groffier , qui dégagé des fubftances matérielles , remplit un efpace fi prodigieux relativement à celui qu il occupoit dans les corps y que l'imagina* tion en eft prefque effrayée.

Au refte, comme les vérités fixes & réelles que l'homme peut atteindre à la mort , tiennent à l'ordre intelleûuel , qui eft le feul vrai ; il n*eft pas étonnant que , tant que nous fommes enfevelis dans notre matière , qui eft relative & apparente, nous ne nous appercevions pas toujours de ces travaux des autres hommes y déjà féparés de leurs corps , quoique la feule lumière de l'intelligence nous en démontre évidemment la néceffité ; & le même exemple du voyageur peut encore nous fervir d'indice fur cet objet ; car ceux qui demeurent au pied de la montagne y le perdent de vue , lorfqu'il eft parvenu à une certaine hauteur^ & ne peuvent cependant former aucun doute fur fon élévation & fur fon exiftence , quoique leurs yeux corporels ne le puiflcnt plus fuivr0 dans fa marche

C^eftlâ ce qui rend nos jugemens fi încercdns fur le fort des hommes , après la féparation de leur Etre intelleduel d'avec leur corps ; puit* que nous ne pourrions juftifier de pareils jugemens , qu'en les appuyant fur une bafe fixe & déterminée, & que nous n'en poffédons que d'apparentes & de relatives ; „ car il en eft de cette clafTe intelleâuelle & invifîble comme du fimple phyfique élémentaire; toute la Nature eft vola-, tilc , & ne tend qu'à s'évaporer ; elle le feroît même en un infiant, fi le fixe qui la contient lui appartenoit ; mais ce fixe n'eft point à elle , il eft hors d'elle , quoîqu'agiflant violemment fur elle ^ & elle ne forme jamais d'alliance avec lui , qu'elle ne commence par une diflblution ; or ^ comme dans les deux clalTes , phyfique & intelleâuelle > il y a plufieurs degrés de diflblutions ^ il y a auffi plufieurs degrés d'alliances & d'amal-^ games. "

Tout ce que nous pouvons donc nous permettre , fur des objets de cette importance , c'eft de tirer quelques induâions , d'après de fidelles ob^ fervations fur la loi des corps.

Âinfi , femblables à ces globules d'air & de feu qui s'échappent des fubftances corporelles en diflblution , & qui s'élèvent avec plus ou moins de vîtefTe , félonie degré de leur pureté & l'étendue de leuf adion J nous ne pouvons dputer qu'à

leur mort, les hommes qui n^àuront poîiît lanfô amalgamer leur propre cflence avec leur habita-^ tîon terreftre ^ ne s'approchent rapidement àt leur région natale , pour y briller y comme \ti Aftres, d'une fplendeur éclatante ; que ceux qui auront fait quelque mélange d'eux-mêmes avec les îllufions de cette ténébreufe demeure , ne traverfentavec plus de lenteur Tefpace qui les fépâre de la région de !a vie ; & que ceux qui fe feronC identifiés avec les fouillures dont nous femmes environnés ^ n'y demeurent enfevelis dans les té- nèbres & dans Fobfcurîté ^ jufqu'à ce que les moindres de ces fubftances corrompues foîent dît foutes y & qu'elles faflent dîfparoître avec elles une corruption qui ne peut cefler qu'autant qu'elles finiront elles-mêmes.

Et pour donner plus de poids à ces vérités , je dirai qu'à la mort , les Criminels reftent fous leuf propre juftice , que les Sages font fous la juftide de Dieu , & que les Réconcilie's font fous fa miféricorde.

Mais ce qui ne nous permet pas de prononceif fur la mefure félon laquelle s'opèrent ces différend aâes y ou ces différons nombres de temps , c'cft que la juftice n'agit pas feule , & qu'il y a d'autres ytrtus , qui fe combinant avec elle . ne ceflent d'en diriger Taâion vers le plus grand bien des Etres ; qui eft leur retour , à la lumière.

^UTVM.ÊÉ^ tjj.

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Ans nouîs accuper davantage àe ce5 travaux iutUFs , ^ aAixquels l'homme a livr^ fa poRérité^ confidérons ceux auxquels il eft condamné fur la terre par une fuite de fon încorporifation matérîelle>

L'homme n*avoît reçu TÈtre que pour exercer Ion adion fur l'univerfalité des chofes temporelles , & il n'a voulu l'exercer que fur une partie ; îl devoît agir pour Pintelleduel contre le feniî- ble , & il a voulu agir pour le fenfible contre l'întelleduel ; enfin , il devoir rtgner fur l'Univers j mais p au lieu de veiller à la confervation de fon Empire, il Ta dégradé lui-même , & l'Univers s'eft écroulé fur l'Etre puiffant qui devoit l'adminiftrer & le foutenin

Par une fuite de cette chute ^ toutes les vertus fenfibles de rjjnîvers , qui dévoient agir d'une • manière fubordonnée à l'homme dans la circonférence temporelle , ont agi en confufion fur lui > & l'ont comprimé avec toute leur force & toute leur puiffance. Au contraire , toutes les vertus yitelleâuelles , avec lefquelles il devoit agir de

H

114 Tabieâtt-

concert , & qui dévoient lui pr^fenter une unité 4'adion , fe font trouvées partagées pour lui , féparées de lui , & fe font renfermées chacune dans leur fphere & dans leur région ; de façon que ce qui étoit fimple & un pour lui , eft devenu multiple & fubdivifé ; ce qui étoit fubdivifé & multiple , s'eft congloméré & Pa écrafé de fon poids ; c'eft-à-dire , que potir lui le fenfiblea pris la place de l'intelleduel , & rintelkâuel' celle du fenfible.

11 eft des rapports non équivoques , qui nous indiquent en effet que toutes les forces phyfiques de la Nature fervirent d'entraves à ce malheureux homme au moment de fa chute ; & de même que le corps que nous portons & qui nous afTervit, eft un extrait dé tous les fluides , feux , liqueurs & autres fubftances de l'individu corporel tjui Vz engendré , de même les chaînes du premier homme coupable furent compofées de Fextrait de toutes les parties du grand- Monde : ce qui Eût que fecondairement à lui, nous pouvons regarder notre corps comme étant auffi une image de cet Univers matériel.

En s'afferviffant au fenfible , non feulement l'homme a été féparé des vertus intelleduelles & fupérieures , avec lefquelles il concouroit par fa |)uî(rance , mais il a même laiflé' mélangtr & amalgamer fe^ propres vertus avectoutes les par»r

tîes ât fa prifon , & nous avons des indices de ce mélange ^ & de Porigitie matérielle du premier homme , dans la loi de génération particulière par laquelle Phomme aâuél parvient à la vie,

Le corps de Thomme , avant fa formation individuelle , eft répandu dans toute la forme du père ; il eft uni à toutes les puiflances qui font dans fon principe générateur. Quand le moment de la naiffance eft arrivé , le germe corporel répandu dans là forme unîverfelle du père , fe concentre , fe raflemble en un point. Alors il s'exile & s'enfevelit , dans le feîn ténébreux de la femme , oîi mélangé avec des fluides impurs & enveloppé de mille barrières , il n'a pas même la jouiflànce de l'air ; où fes organes les plus parfaits font fans fonâion , & où il reçoit la

I

vie & les fecours des élémens que par un point paffif y tandis que la defiination de l'hoihme étoitét correfpondre adivement avec toute la Nature

Telle eft l'image du premier état corporel de Phomme coupable ^ qui , banni de fa fphere unî-^ trerfelle , fut jeté ignominieufement dans la forme ou la prifon matérielle dès hommes/ qui n'éprpuvant-là qu'une oppofition univerfelle à fa véritiable aâion , y fut réduit à la privation fi piti^ entière ^ & n'offiric plus qu'un mélange

ii6 Tableau

honteux de (es propres vertus avec toutes les (ub& tances hétérogènes qui formoient fon obfcure demeure.

Dans cet état , quels ont dû être les premiers mouvemens de Thomme ? C'a été de fe dégager de ces maffes étrangères qui l'accabloîent ; v * ité de réparer péniblement fes propres vertus d'avec toutes ces matières impures avec lesquelles elles étoient confondues ; enfin , c'a été de réunir toutes fes forces pour fortir de deflbus les décombres de l'Univers.

Mais des loîx pofitives s'oppofant à ce qu'un Etre puîfle s'allier avec ce qui lui efl contraire , fans porter l'empreinte & les traces de fon amalgame , il fut impoflible au premier homme de fortir de fon cloaque avec la même pureté y la même agilité qu'il avoit avant de s'y précipiter ; & voilà pourquoi Fhomme particulier , après avoir féjourné dans le fein de la femme , après y avoir exercé l'adion dont il eft alors fufceptible pour démêler fon germe fenfible d'avec tous les liens & les entraves qui le refTerrent ^ paroit au jour renfermé dans une forme plus opaque que le fluide fubtil qui enveloppoit fon propre germe.

Après que l'homme primitif eut furmoftté cet obftacle , il lui refia un pas très-confidérable à faire ; ce fut de s^unir fucceflivemenc aux forcq^

ides divers ilémtns qui agîflôîent dans fon atmoi^ pbere ; telle eft auffi la tâche de l'homme particulier, qui, ap^rès avoir ^té admis à la lumière élémentaire , languit encor longtemps , avant d'accoutumer fes yeux à fon ^clat , fon corps aux impreffions de l'air , & fes organes aux différentes loix établies pour les formes corporelles-

Nous ne voyons jufqu'îci pour l'homme qu'un travail corporel & phyfique : toutes ces chofes fe paflant dans l'ordre élémentaire , & par des caufe» non libres , on n'y diftingue point les fignes vrais des travaux de l'homme inteîleâuel ; mais on y découvre au moins leur loi & leur néceffité ; & de même qu'en recevant la naiffance , l'homme eft cenfé avoir raffemblé en: lui fes vertus phydques & particulières , avec lefquelles il peut parvenir à participer z\vi forces^ janiverfelles de l'atmofphere y qu'il a quittées & qui font extérieures à lui ; die même Phomme* intelleâuel , délivré de fa première prifon , & admis avec (à forme matérielle fur la terre , doit travailler à recouvrer fucceffivement fes propres forces & fes propres vertus intelleâuelles , avec lefquelles il peut tendre à recouvrer celles dont ila été féparé par le crime.

Mais ce que Thomme phyfique fait d'une manière paflive & aveugle dans le corporel ^

l'homme incdleâuel doit L& âke psor les cfflutt confiant & libres de (a ^oknaé. Cefi-par^à qvS pear ie dânrrer de la maxt: à lapiHIfr. il s^éa dévoué en ié concetttnmt dans une aâiaa ricaiiere. Car les corps eax-'inemes (ê datmi&iK quand leur aâion ie porte en on fait pàatt. fc abandonne les autres ptmes de la fiirme. Or, iSb tnéme que les corps :^éâés ck maTarfie ne pes* vent échapper à la mort , cpie <çiaaaà Paâsao. çxi ^eû i(oléc en ea% redevienr gunkale ; de oKme r&omme inceileâuel , cpû ^eâ: rédok votoBCmrement i one claffè inférieure & hQéaé& ^ àaic g^ fieralîfer tour fon Ecre , ft: ea ctesdre ks vtwtas ya^(<^^za% exttémités^ de fou eaceiace partkH&re , s^f ^eut areeiodre pifqu^à cette enceinte raavcr-» feUe & facf ée donc il ^eft banni.

Enfin ^ b irolonte ^anr en quelque forte le y^/7^ de n^CMnme sntelleâuel & de toiK Etre libre ; éant Tagent par lequel feul ils peovmit effacer en evx &c autour d*eux les traces de Fer— reiir & au crime ^ la ri;vivificacion de la volonté efl ]â principale tâche de tous les Etres crimincU î & vraiment , c'eft un fi grand œuvre , <|tfe touten les ptiiffances y travaillent depoîs Torigine des chofes f fans avoir encore pu Vo^ pf:rcr gcMciii^cmcnt.

Il y aiiroit ici A pr^fentcr de nouveaux rapports ti'àji--cxaâji entre l'incorporifation matérielle

de Phomme particulier & pçHe de rhommc gé- tkéral • & l'on pourroit y en fiïivant les loîx de la g^n^ration dans tout fon cours, s'inftruîre d'un^ manière pofitive fur la punition du premier coupable , fur le temps qu'il a (éputné dans fa première prifott , fur le moment fixe où il en ett forti. „ On pourroit & découvrir l'origine de rUnivers même, & Paâion des agens de toutes les clafles , en y voyant opérer tous tes nombres •• on y apprendroît la différence de la divifion régulière du cercle d'avec fa divifîon irriégi^liere , pourquoi la grofTeur du placenta eft en raifbn inverfe de raccroiflement du fœtus ; pourquoi les mouvemens de ce fœtus ne font jamais feniîble» avant le terme de trois mois, ni plus tard que celui de fix ^ pourquoi il prend d'abord dans le fein de fa mère une forme fphérique ; pourquoi ^ à un terme plus avancé , il fe trouve avoir la tête en haut , la face en avant ; pourquoi, vers la fin du huitième mois, il fe profterne , & fe difpofe à venir ramper fur la terre ; enfin , pourquoi il a tant de penchant au fommeil après fa saifTance.

Mais , pour faire les rapprochemens de ces faits^ à leurs types, il feut être habitué à un genre d'obfervations peu connu de la plupart des Lec-^ teurs, & dont ils ne fentiroient pas les réfulta^tSy Ms qu ils n'en poflèdent pas les bafes.

Bomons-nons donc à remarquer <pie le pr9-^ xmer travail que Ilioinme inteUeâxiel ait i aire p après avoir féparé & d^ag^ pënibleroentfes propres vertus enievelies fous les mises de fon trônet c'eft de s'unir à celles de FEtrc le plus voifin de lui , où à celles de k Terre ; &l àc même qoe rhomme corporel en£uit efi obligé pendant sn temps de tirer fa fabfiftance do'lait de la femme ^ de mêïne?hommeintel]eâuelefi obligé de commencer par la Terre , à recouvrer les lumières qu'il a perdues & qui font aiajourdliui fubdiv»- fées pour hii dans toutes les régions ; car la Tent ^ h mère & la racine de l'Univers.

Toutes les loix phyfiques & intelleâoelles que nous venons de préfenter fur la marche néceflàire de rhomme dégradé y lui font fi naturelles y que dans l'ordre humain même , Thomme temporel les mec tous les jours en aâion ; & démontre (ans cefle cette adivité eflentiellc à notre Etre, quoiqu'il fe trompe fi fouvent fur ce qui deviok en être Tôt jet.

Quand Thomme ambitieux & avide cherche avec tant d'ardeur â fe diftinguer de fes femhlablés ; quand les hommes privés & les Souverains reculent les limites de leurs Domaines & de leur empire , & voudroient les porter }ufqu'aux extré- mités du Mande ^ ils ne font que fuivre ^ d'une manière fauffe^ la loi de leur nature ^ qui répugne

i des bornes & à des entraves ; c'eft- à-dire , qu'il» repr^fentent ce que l'homme vrai devroît faire , en reportant jufqu'aux confins de fon domaine ^ ces bornes phyfiques & matérielles qui anroient dû toujours confervcr relativement à lui leur diftance naturelle. C'eft même cette loi inçfFacable , qui opérant avec toute fon intégrité fur les enfans , leur donne cette adivité tumultueufe , cette impulfion deftruâive que les hommes peu réfléchis taxent de vice & de méchanceté , tandis qu'elle n'eft que l'effet de l'oppoiîrion nécefTaîre qu'un Etre vrai & univerfel doit éprouver de la part de tous les objets faux & ré- trécis avec lefquels il efl emprifonné.

Quand, d'un autre côté, l'homme curieux^ Phomme induftrieux cherche à raffembler autour de lui les produâions précieufes de la Nature ; qu'il ne craint point de fe tranfporter jufqu'aux lieux les plus éloignés , pour en rapporter des raretés de toute efpece , & les réunir fous fe$ yeux ; quand le favant Naturalifte fait voyager fa penfée dans tous les climats; qu'il pourfuit toutes les découvertes , & qu'il impofe parJà une forte de tribut univerfel fur la Nature terreftre ; quand enfin le Chymifte cherche par la deftruâion des enveloppes des corps , à pénétrer ^Pffques aux Principes auxquels ils doivent l'exif^ tence , tous ces travaux ne font que l'image

t^^ Tableau

de ce que Phomme doit faire ici-bas ; & lui eff* feignent qu'il eft dellinéà rapprodierdelui coutcf les parties de fon empire.

Il efl donc vrai qu'après avoir reçu dans un lieu ténébreux une enveloppe groffiere^ après avoir rallié en lui les forces intelleâuelles qm lui font propres, Thomme a encore à multi-^ plier ces mêmes forces , en les r^unifîant à celles qui font extérieures à lui ; il a , dis*je, à recueillir les vertus de tous les règnes terrejlres ; à difUnguer toutes les efpeces de chaque règne y & même les caractères particuliers de chaque individu ; il a enfin à (cruter jufqu'aux entrailles de la Terre , pour y apprendre à connoitre les défordres quf font l'horreur & la honte de notre trille demeure y lefqueis nous font indiqués foit par les métaux qui n'ont point d! huile , foit par la fureur à^z volcans ^ foit par le grand nombre â^infeSes & à!" animaux malfaifans & vénéneux , qui font bannis de deflus la terre , & fe cachent dans fes gouffres y comme fi le jour leur étoit interdit.

Et c'eft ici où les travaux de l'homme dans fon féjour terrcftre , fe peignent avec toute leur âpreté ; car , en rappellant l'exemple temporel de Thomme avide, ambitieux, curieux^ indufirieux & adonné aux fciences vulgaires , on voit les énormes obftacles , qu'il doit journellemeut rdlpcontrer avant de pouvoir fatisfaire fes ^^fy:^

Des mers à traverfer ^des précipices à franchir^ des Nations entières à réduire y des intempéries de tout genre à éprouver ^ des régions impures à parcourir y des privations & des lenteurs à fubît par les retards & les variétés des faifons ; voilà Vé* tat journalier de Thomme intelleâuel ^ dont l'homme temporel eft l'image.

Ce qui rend ces travaux fi impofans , c^eft que . fî Phomme laiffe écouler en vain le nombre de temps accordé pour les accomplir y il lui faut un fécond nombre de temps plus confidérable j plu^ pénible que le premier ; attendu qu'il a alors & la première & la féconde force à acquérir. Si pen*»- dant ce fécond nombre de temps , ce malheureux homme ne remplit pas mieux fa tâche qu'il ne l'a fait dans le premier, il en faut néceffairement un troifieme encore plus rigoureux que les deux autre;^ & ainfi de fuice^ fans qu'on puifls fixer d'autres termes à fes maux , que ceux qu'il leur fixera luî- snéme , en facrifiant toutes les vertus qui font en lui.

S'il dérobe une partie de Pholocaufte , cehii qui le reçoit , lui retient aufii une partie de la técompenfe , jufqu'à ce qu'il fe foumette à payer (ans réferve un tribut qu'il ne peut rendre efiî- cace & complet y qu'en y faifant contribuer tout fpn Etre.

Cependant ce tribut , ce facrifice , cette œuvre <iifin , rhomme n'a que le moment de fa vie cor-^

fordte (Knrr fe iér^tmncr ; car h ^ie eft b jmrrice &rtEomme&oir;ft:(ieaiésBeç]e le^ £cr» C4>rpr>reU apportent flc coofenneiic &r cette terre ^ htiofcmc f te feie Se les aittres ^acs qt/iti ont poffi» lîaas te fe» de teur mère ; de iH'^e fhommc portera da» une autre mrr , fe plan f\^ firuBurc ^ XznaaùttcéPèczc <ç£ll tè tect Unie UÀ^mémc pcnJbnt ùm ftfOfot icî4ias.

S11 en pZTCcmrt inxtà\emçnt Pinterrane , Iota de fe ftfhnfict^il ne fait quedefe rendre inhabSe i conni^re jamais la w ^ comme ces plantes magrès 5c vicias ^ qui non-feulement voient paflèr en vain for elles les rayons du foleil , maïs qui ne font que fe deiScher d'autant plus à (à chaleur , & perdre le peu de fuc qui leur reftoit pour s'am^liorer & devenir ferrites.

Tels font tes dangers qui nous menacent, depuis la corruption & la chute du premier confiablc ; tel efl t^tatde Thomme dans fon fêjour téné- breux , où non-feulement il ne connoit pas fon propre nom , mais encore ^ où prefTe du poids de toutes tes Jpheres & de toates les actions auxquelles il s'eft afTujetti 1 it peut en écre opprimé , 8*il nVmploie utilement tous les efforts de fa volonté , & le fecours favorable qui lui eft encore offert 9 pour foutenir leur violence & pour en» diriger les effets i fon avantage. Car Paâivité de CCS PuifTances fbrmidal>les oft d'autant ^u»

■àouloureufe pour lui , tant qu'il eft réduit i luimême , que ne jouifTant pas de leur lumière ^ il ne fait où fuir pour en éviter le choc & la pourfuite ; enfin ^ placé entre des abymes & des forces impofantes qui le compriment , il eft à chaque inftant expofé à être froiffé , déchiré , ou à tomber dans les précipices qui font toujours ouverts fous fes pas.

Dans cette affligeante dégradation , n'aj^percevant plus les propriétés fixes & fimplcs de Tunité ^ il efl réduit à errer autour du temple qui les renferme , & dont il s'eft lui-même interdît l'accès ; s'il peut feul , par fa perfévérance , parvenir quelquefois jufqu'au pied de cette augufte enceinte, & entendre de loin le Ion des cantiques, que des voix pures y prononcent avec des paroles de feu ; ces voix ne trouvant plus la même pureté dans lafienne^ne peuvent lui permettre de s'unir avec elles ^ ni de fe mêler à leurs concerts. Et voilà quelles font les fuîtes du premier crime de l'homme , par rapport à toute fa poftérîté.

Ces fuîtes funeftes ne fe bornent pas à Fhomme , elles s'étendent fur tous les Etres fenfibles & fur toutes les parties de l'Univers j puif- «gue rien de ce qui compofe le temps ^ ne peut fe fouftraire aux foufFrances , conformément à la dé- finition que nous avons donnée du temps

En effet ^ l'homme choifi par la SagefTe fu-

ti6 Tableau

préme pour être le figne de fa juffice & de fà puiflance , devoît reflerrer le mat dans fes lîmî- teS| & travailler fans relâche à rendre la paix â rUnîvers. Et fa fublime deftinatîon annonce aflez quelles doivent être fes vertus^ puifque lui feul devoit pofKder toutes les forces partagées entre tous les Etres rebelles.

Mais, s'il a laide corrompre fa virtuelle activité ; fi au lieu de fubjuguer le défordre , il a fait alliance avec lui , ce défordre a dû s'accroître & fe fortifier ^ au lieu de s'anéantir ; & '<:èttc «nceinte univerfelle , qui fervoit de borne au Mal , a dû être d'autant plus expofée à fes attaques & à foft action. Ce qui doit faire cohcevoir comnient tous les Etres de la région fenfible peuvent être aujourd'hui dans un plu^ grand pâtiment, ou un plus grand travail, qu'ils nô rétoicnt avant le crime de l'homme.

Il faut convenir néanmoins que les pâtimens naturels de ces Etres fenfibles ne peuvent fe comparer à ceux de Phomme ; parce que l'homme ayant un principe de plus qu'eux, eft fufcéptible de peines & de plaifirs qui ïéûr foiit tôut-à-ÊCÎC inconnus.

Il ferbît à préfumer aûffi qu'il exifte des dîf-î férences entre les pâtimens des Etres qui compbfent la claffe matérielle. Si k planté foûfirôît , ce ferok nioins que Panimal ; fi le minéral fouâTroit ,

ce feroit moins que la plante & l'animal , vu la diiFérence des principes qui conftîtuenc ces troît règnes. Mais , pour ne point ralentir notre marche , nous comprendrons fous la dénomination d'Etres fenlïbles & corporels , tout ce qui efl: en aâion dans la Nature , & tout ce qui eft corps de matière , laifTanc à l'intelligence du Ledeur à faire les diftinâions particulières que l'immenïité des détails peut exiger.

On fe demandera comment il (e peut que les Etres fenfibles & corporels de la Nature , qui ne font pas libres , foient foumis fans injuftice aux fuites du défordre ?

Les Etres fenfibles & corporels de la Nature ne font que des Etres d'aÊlion : comme tels j ils ne font pas fufceptibles de bien ni de mal par euxmêmes , & on ne peut leur appliquer aucune des loix de la moralité. Tout ce que les notions naturelles nous font comprendre , c'efl que le Principe fiipréme ne les aftreint pas à des adions plus fortes que celles qu'il leur a accordées, Ainfi , 4 quelque degr^ que foit portée cette aÛion , comme elle ne peut excéder leurs pouvoirs , la SagelTe eft à couvert de l'injullice. Car toutes les puiffances exiftantes venant d'elle , font foumifes à fes droits & à fon ufage , quand la loi de fon confeil lui demande de les employer.

D'ailleurs , cette Sagefle mefure & difpofe

toutes les forces & toutes les puîflânces , fut w règle de fa propre gloire : ainfi elle iroit dircc* tejnent contre fes intérêts , fi ellepouvoît permettre à ces puiffances de s'étendre au-delà de leurs bornes, puifque ce feroic les diflbudre & ks détruire.

Le pâtiment des Etres fenfibles ne nous parok donc plus choquer la juflice ; puifque ces Etres ne font que les inftrumens de la SageiTe > & les Hîoyens temporels qu'elle emploie pour arrêter les progrès du mal. Car leur loi particulière fit eiTejitielle , fondée fur la bafe inébranlable de coûtes les loix y répugne abfolument à Paâion rebelle & défordonnée , qui tend fans ceflè à déranger cet ordre en eux : aufli ne font-ils jamais altérés dans leur principe , quoiqu'ils le foient fouvent dans les réfultats & les effets de ce principe»

llans ce fens , lorfque les Etres fenfibles font en pâtiment , le décret temporel de la juftice eft dans la force de fon accompliffement : parce que leur loi combat plus vigoureufement contre la force oppofée , qui cherche à les détruire & à faire parvenir le défordre jufques dans le prin-. cipe de leur aâion«

. On voit par-là, commment les pâtimens des Etres matériels tournent à l'avantage & au main'- tien de la loi qui les conftitue ^ & comment ils rem«

pliflcnt

fKflent les Décrets de la Jufiice divine fut les pui& fances ennemies , qui n'éprouvent dans ces com-^ i)ats & dans leurs fuites, que contrariétés & tourmens inexprimables. Car quel plus grand fupplice peut-on concevoir que deperfévérer dans des efforts opiniâtres , mais impuiflàns ; qui plus ils font foutenus, plus ils tournent à la honte & â la rage de ceux qui s^y abandonnent^

Si des hommes imprudens , obfervant les pâti-^ mens des Etres fenfibles ^ ont ofé condamner le) voies de Dieu & le taxer d'injuftice , c'eft qu'ils n'ont jamais fait attention que l'homme étant defliné à repréfenter la Divinité dans fes ac^ tîoiis y il la repréfentoit auffi dans les moyens par lefquels ces avions fe manifeftent ; quoique toutes les claiTes étant defcendues y ces rapports ne fe découvrent presque plus aujourd'hui que tnarériellement y ce qui néanmoins eft fu^ifanc pour lever la difficulté.

En effet > qu'un père voie fon fils attaqué par des malÊiiteurS) ou menacé de quelque dangel; confidérable > ce père tendre volera fans doute â fon fecours , & ne craindra pas , pour le fau-? ver , de mettre en ufage toutes les forces^ & tous les organes de fa propre forme corporelle & fenfible^ Cependant les membres de ce tendre père ne font pour rien dans les défordres fontre lefquels il les emploie i ôc quoiqu'ils

T50 Tableau

puiffent être maltraités , blefles , nous n'y Voyons pour eux aucune injuftice j parce qu'ils ne font que des êtres fubordonnés y & que l'amour paternel qui les commande y jufUfie toutes les adtions qu'il en exige.

Pofons pour un moment , que les Etres (en» fibles univerfels font par rapport à la Divinité , ce que font les organes matériels dans Fexemple cité, & nous ne ferons plus étonnés qu'elle les emploie pour venir au fecours de l'homme; quoique ces êtres , ou ces organes fenfibles n'aient point coopéré aux crimes qui ont expofé Phomme à la mort.

Mais comme l'emploi des êtres fenfibles , dans !e grand œuvre de la Sageffe Divine , tient à des loix & à des connoiffances fupérieures i ce fujet eft trop au deffus de la portée du grand nombre , pour efpérer qu'en portant plus loin nos ré- flexions , elles fuflent entendues généralement.

D'ailleurs , indépendamment des foulFrances attachées par les loix de la Nature , à tous les étires fenfibles , ils en éprouvent de très-confidérables qui femblent naître d'une caufè étrangère à ces loix ; teHcs font les fouffîrances qui réfultent de l'empire de l'homme fur les animaux, & de l'emploi qu'il en fait , foitdans les facrifices religieux ^ foit pour fes befoins alimentaires > foit pour différents fervices &;

ufages 5^ (oit enfin pour fes amufements* Si, pour juftifier ce nouveau genre de pâtî- mens que les religions , les befoîns , la cruauté , & la dépravation des fociétés peuvent ajouter aux fouf&ances naturelles des animaux , je retraçois encore les droits de l'homme ; fi je rappellois rétendue de fon autorité , Pabus qu'il en faic envers les Etres fenfibles , n'en paroîtroit pas fans doute plus excufable y ni les animaux moins innocents.

Telle eft néanmoins l'immenfité de fes pou-' voirs , qu'il aflervit à fon aâion tout ce qui eft deftiné à en être l'objet , & de même qu'il ne tien-» droit qu'à lui de /e'g^/r//72^r jufqu'aux moindres ac-: tes de fa puiffance , de même il peut les rendre, nuls y criminels » & pernicieux.

Mais pour calmer toutes les difficultés fuc cette vérité profonde , nous ajouterons ici qu© les vertus fup&ieurcs qui n'o^t point par-^ ticipé au crime de l'homme , participent cependant aux fuîtes laborieufes que ce crime entraîne après lui : & fi l'homme à pu porter les influences pénibles de fes défordres jufques fur des Agents libres , fur les Miniftrei de la Sageffe Divine , il n'eft pas étonnant qu'il puilTe les étendre auffi fur de fimples objets paflifs , fur des objets de dépendance & dq fervitude»

Or cecpc nota, arons ât desdiSms de» Ecro corporels^ en raifim des £fi&eiis opes qtri les coftftimcnt , mus pooiiions le dm paiement des Ecres qin fcmt ao deflûs de Fofdre êiémentàîtc ^ &an deflîis de llioaime. Noos poortian$ montrer quelle efi kar foofiance , on pbtôt la yivzçfté de leur zele & de leur ardenr pour le r^bliiTement de Pordre , ptrifqa'ils conuDumqoent â tous les Principes & à toutes les Ptdffanr ces. Nous dirions que plus un Etre eft Toifin de la Vérité y plus il foufire de ceux qui la nient & qui la combattent

Et en effet j il la voit : première caufe de pâtî'- mcnt & d^afHiâion , quand il apperçoit que des Etres qui tiennent d'elle toute leur force & jufqtfà leur moindre mouvement , font affez înfenf<5$ pour prétendre en d&ruîre les pouvoirs & rcxîftcncc.

En fécond lieu , il la fent ; il en connoit y par une jouifTance continue , toute la douceur : nou*- vcllc caufc de pâtiment & d'afHiâion ; quand il voit des Etres divins par leur origine y s'éloigner do lafourcc de leur vie, & vouloir , pour ainfi dire , le forcer \ fe féparer d'elle & à s'en arracher avec eux.

On pourroît juger de W , quelles doivent être Jes douleurs que produifent Tintérêr & l'amont dam des Etres qui touchent à la Vérité même ; qui

font comme unis & confondus avec elle; &qui ^tant deftin^s à en contempler en paix ^ l'ordre & Fharmonie ^ font forces de détourner leurs regards de ce fpedacle raviflant y pour les porter &r le défordre & la confufîon

Quel crime peut donc égaler celui de l'homme , s'il n'eft rien dans la Nature matérielle & immatérielle qui ne s^en reflente , & fi toute la chaîne des Etres en eft ébranlée ?

L

AISSOKS tomber le voilé fur cet abymede défordres & de douleurs , & arrêtons nos yeux fur les fccours qui nous environnent , pour y dé- couvrir combien il nous refte encore d'efpérances- La loi univerfelle de réaâion ^ en nous fervant de guide dans cette fublime carrière y nous convainc cra de l'étendue des jouiifances de celui de qui BOUS tenons notre origine y & de fon amour ex-^ £réme pour fes pjroduâions.

Dans Tordre des générations , les-Agens d'ac-^ tton & de réadion ont befoin d'être diftinds par Kûrs vertus ^ mais il faut qu'ils foîent de la ménoA-

effence & de la même nature , pour que IcuL

ccuvre leur foît fenfible.

C'cft pour cela que la génération des plantes n'eft pas fenfible pour elles , parce qu'elle s'opère par la réadipn de Peau , ou par celle d'autres fucs terreflres très-inférieurs & très-difFérens d'elles.

Ceft pour cela que la réproduâion de la plupart des animaux fe fait avec une grande fenfibilité pour eux ^ parce qu^ijy ont pour agens de rëaâion des Etres de leur efpece.

C^efl: pour cela que les fruits de la penfée & les aâes de rintelligence font fi féduifans pour l'homme , parce que toutes ce^ chofes s'opèrent fur lui par des Agens de fa propre nature, & analogues â lui y quoiqu'il foit aduellement féparë d'eux.

Que l'on conçoive donc quelles doivent être l'aâivité & les délices de l'exiftence de ï)ieu , qui ne ceflTe de produire hors de lui l'immenfité des Etres ; & qui, pour les produire ,^ n'emploie que fes propres facultés & fa propre cflence , c'eft-à-dirc , des agens de réaâion non feulement qui lui font relatifs , mais encore qui lui font égaux , qui font confondus avec lui , qui font lui«-méme. De façon que produifant des couvres au defTus de tout ce que les fens & la penfée peuvent nous offrir , & réunifTant en lui fçgl tous les agens & toutes Jeurs jouiflances , il devient à nos yeux le fupréme foyer de toutes les

félîcît& , & k centre univerfel ou rêRéchk Par-» deur de toutes les afFeâîons de la vie.

Ce rapport înconteftable influe néceflairement fur les liens qui unilTent les produûîons temporelles à leur Principe générateur : liens qui fonc plus fenfibles , à mefiire que Tœuvre elle - même eft plus confidérable ; puîfque ces liens font nuls pour aînfi dire , entre l'arbre & le fruit y û nous confidérons ceux qui fe trouveront entre les animaux & leurs petits : & ils paroiffent bien moindres encore , lorfqu'on les compare à ceux qui ont lieu entre notre Etre întelleâuel & les produâions qui lui font propres.

Que doivent donc être ceux qui correfpondenc de Dieu à Phomme ? Quelle doit être l'ardeur de fon amour pour nous , puifque Thomme étant la plus fublime des produûions, & Dieu le plus fublime de tous les Principes produûeurs", tous les liens d'amour & d'union que nos plus Hautes penfées puîflent nous faire concevoir , exiftent entre ces deux Etres,

Il y auroit ici une infinité d^autres rapports à expofer fur les loîx de la conception des Etres ^ fur leur (implicite , à mefure qu'ils s^élevent & fe rapprochent de la première fource, & fur la fubdivifion à laquelle ils font fournis, à pro-- cordon qu'ils s'en éloignent & qu'ils defcendenCe-

On verroît la raîfon pour laquelle , hors d* temps , toutes les facult& font dans le même Etre ; au lîeu que , pour les Etres dans le temps ^ ces facultés demandent autant d'agens difîlnâs: on pourroit faire connokre la caufe finale de cette grande & magnifique loi par laquelle les animaux parfaite naiflent avec la fimîlîtudc de leur Principe génér^feur ; au lieu que les animaux impar* faits , tels que fès^ infeâcs, éprouvent plufîeur^ mutations fenfibles danr leur forme j avant de parvenir à cette reflemblance : on pourroit obferver que notre corps paflant par toutes les r^vo-« lutions de la matière , n'eft , pour ainfî dire j^ qu'un infeijle , par rapport à notre Etre intellectuel , qui y dès Tinflant de fou émanation y a reçu le complément de fon eattence : oo pourrait en-* fin remarquer que notre Etre intelleduel luî-« même , dani fon état préfent , eft unç efpeco d'infede ^relativement aux Erres à qui la corrup-< tion & le temps ne font pas connus.

Car , quoiqu'il ait reçu avec Témanation le com-* plément de fon exiftence , il eft aflujetti , depuis^ fa chute ^ à une tranfmutation continuelle de; difFérens états fucceffifs , avant d'arriver à fon ter-* me : tandis que le premier Auteur de tput ce qui? çxifte , fut & fera toujours ce qu'il eft & ce qu'il devoir être. Mais ces détails nous entraineroieni^ d^s de»^ fentiers fans nombre {c f^ins Umîtes.

Il flous fuffit de rappeller ici que Vhotamë ^orte en lui un germe invifiMe , incorruptible , dont il a droit d'attendre des fruits analogues à ft propre effence , comme lorfque nous fcmons dei germes végétatifs , nous en obtenons des fruits analogues aux principes dont ils font fortis. II fuffit de remarquer que fi nous voulons voir nos travaux couronnés ^ par le fuccès , il faut par exemple , qu'après avoir femé des fleurs , noxxt les cultivions avec Tscttention la plus afTidue; & quand le terme de leur croiffance eft rempli , ^^eft alors que nous dédommageant de nos foins,' elles nous rendent pour tribut , les douceurs de coûtes les propriétés qui font ert -elles ; elles flat-^ tent nos yeux par leurs couleurs, & notre odorat par leurs parfums ; elles peuvent même porter la joie & le bien-être dans tout notre individu, par les fucs & les baumes falutaîrës qu'elles y font couler.

Ces images doivent nous faire comprendre que le bon ou le mauvais état des Etres , dépendant prefque toujours de refpece de r^c-^ tîon qu'ils reçoivent , nous ne fo'mmes placés icibas que pour nous défendre des mauvaifes réactions , & nous en procurer d'àvantageufes : que fi ce n'étoit pas la main de la Sagefle* qui cultive fa propre femence , & qui réaâionne le germe facré' qu'elle a gl^é" flaris iious / c^r

V

vain prétendrions-nous produire des fruits analo^ gués à l'arbre qui nous a engendrés ; en vain pourrions-nous jamais efpérer de voir s'exhaler de nous ces vertus aâives dont tous les Etres font dëpofitaires , chacun félon leur clafle ; ces vertus y qui circulant fans ceffe du Principe fuprême à fes produâions , & des produâions à leur Principe , forment cette chaîne vivante & non interrompue y où tout eft aâion y tout e& force y tout eft jouiflànce.

Mais indépendamment du befoin que nous avons de la^ réaâion fupérieure , nous voyons rimpoffibilité que cette réaâion n'ait pas lieu pour nous y quoique nous en négligions fi fouvent les effets.

Et vraiment , fi la nature effentlelle & primitive de l'homme Tavoit appelle à être Timage & l'expreffion des vertus du grand Principe , & que la nature des Etres foit indeftruâible y quoique leurs fidts & leurs propriétés s'altèrent ou fe détruî- fent , Phomme n'a pu effacer la loi & la convention qui le conftituent : il doit donc toujours lui refter les moyens d'en opérer Taccompliflement j & quel que foit le ténébreux abyme où Thomme eft tomjbé , l'effence divine ne peut ceffer d(& faire couler jufqu'à lui des ruiffeaux de fa gloire. En effet > la Sageffe fupréme étant l'unique &urce de tout -ce qui exifte de vrai ; fî.xien nç

Jpeut être qui ne vienne d'elle & qui nei tienne à elle , dès qu'un Etre vrai cxifte , il eft nécefTaire* ment fon invage: or cette fource univerfelle ne fufpendant jamais l'aâiçn par laquelle eUe fe re*^ produk elle-même , ne ceffe par conféqucnt jamais de reproduire univerfelleipent fes propres images. Où Thomme pourroît-il donc aller qu'il ne les rencontrât & qu'il n'en fût environna ? En quel exil pourroit-il être banni , qui n'en portât pas quelque empreinte ?

Nous devons même en dire autant du Principe du mal , dont l'exiftence eft atteftée par la contr'adion pénible qu'il opère fur notre penfée% Les rayons aâiâ de la lumière pénètrent fans doute jufqu'â lui : car d nous voyons que les eaux douces ne fe bornent point à féconder la terre , en fe fubdivifant. en mille ruiffeaux fur fa furface , maïs qu'elles fe rendent jufqu'à la mer , pour contribuer, avec les autres caufes naturelles, à tempérer fon ^âcreté , & à l'empêcher de fe convertir en une maffe inutile de fel , n'eft-ce pas nous indiquer qupde mêttie les vertus fupé- rieures, après avoir. vivifié & rempli le. cœur de Phomme , qui eft leur réfervoir naturel , débordent y pour ainfi dire ^ & defcendent jufqu'au foyer de la corruption , afin d'en adoucir l'amertume y & d'empêcher que l'ardçur de ce feu im- {ur ne delft^clie tellement le genne.'du crime ,

fice y 6c examinons quelles font les voies que la SagefTe ne ceffe d'employer pour procurer ^ â Thomme cette r^aâion fup<$ricure , fans laquelle tous les fruits de fa nature feroient étou(F(^s dans leur germe.

Si l'homme s'^rant exclu du ftjour où r^fide la lumière , ne peut plus aujourd'hui contempler la penfée ^ la volonté & l'aâion fuprémc , dans leur enfemble ou dans leur unité , il peut les rcconnoitre encore dans une fubdivifion relative à lui feul y c'eft-à'dire , dans une multitude d'images de tous genres , qui Tenvironnent ^ qui font def* tinées à le réaâionner & à lui faire ouvrir les yeux i la vérité ; car ^ fans cette réaâion , Thomme ne > feroit point coupable de refter dans les funèbres , & de ne pas recouvrer Tidée des facultés de fon modèle.

En effet ^ (I parmi les Êtres matériels , il n'en eft aucun qui puilfe manifefier ce qui efl en lui fans une réaâion , il y a de même une réaction pour l'efprit de l'homme , puifqu'il a comme eux un Principe générateur.

Auflî l'homme ne peut* il porter fes regards autoyr de lui fans appercevoir les images les plus expreflives de toutes les vérités qui lui font nécelTaires.

Le Principe fupréme manifelle d'abord l'exif-

tence de fes facultés ciéacriccs par TexiAence de

matière 9 puifque tout individu matériel n'cft & ne peut écre qu'une produâion. Il niani-* fefte en outre la loi progreflive de l'avion de CCS facultés , par les aâions fuccelfîves & génératrices des élémens. Voici Tordre de ces dernières.

Il y a un feu principe invifîble ^ incoercible Jl d'où proviennent toutes les fubftances particuliè- res qui conftitucnt les corps. Ce feu principe eil indiqué par le Phlpgiftique qui s'exhale des ma^ tieres en difTolution. Il produit trois a£tes fen« fibles.

Par le premier il engertdre le feu matériel & vifible y qui dans les animaux fe repréfente pac le fang ; & ce feu groflîer cft triple , en ce qu'il contient en lui de l'eau & de la terre : mais cette triplicité eft fimple , parce qu'il n'y a point encore de réparation.

La féconde opération fépare de ce feu vifible 6c matériel un fluide aqueux beaucoup plus groffier 9 repréfente par le germe animal ^ qui eft extrait du fang , ou du principe univerfel re-* pandu dans la forme. Ce fluide aqueux , ce germe , cette eau eft double , en ce qu'elle eft unie avec de la terre , & en ce qu'elle eft produite par la féconde aâion.

La troificme aâion fépare de cette eau la

terre I le foljde ou la forme. Cette forme p&sok fimple ou une à nos yeux: maïs cette fimplicité eft triple par fes dimenfîons & par fon rang dVmanation ; & en cela elle ^ft l'oppofé du feu p dont la triplicîté eft fîmple.

VoiU la loi progre(five & numérique des aâet fenfîbles , génév2Lux & particuliers des ùiCtAtis créatrices univerfelles. On y voit comment lei chofes deviennent phyfîques &: groflieres ^ à m&* fure qu'elles defcendent : on y voit d'où viennent les difputes des Philofophes , qui ont prétendu f les uns j que tout venoit de Veau ; les autres ^ dà feu ; les autres , du mercure ou de la terre. Chacun d'eux a eu raifon , & tout dépend du degré de la progreflion y auquel ils fe font arrêtas.

11 y a aufli une loi afcendante y par laquelle les émanations de ces faculti^s remontent à leur Principes générateur , & cette loi eft Pinverfe de la première : mais agiffant circulairement Tune & l'autre , elles fe fuccedent fans fe nuire ^ & elles opèrent de concert , félon la raifon double qui confticue le temps.

Par cette loi afcendante la forme folîde & terreftre difparoît , en fe liquéfiant ou devenant eau ; Teau fe volatilife & difparoît , étant dé- vorée par le feu élémentaire ; le feu élémentaire difparoît , rentrant dans fon feu principe, dont l'afiion vorace , mais invifible 9 eft dé- montrée

NATirRÉL. t4Ç

montrée {)ar celle da feu élémentaire lui-même» qui confume fous nos yeux tous les objets qu'il a produits.

Les forces defcendantes & afcendantes des acuités créatrices univerfelles , étant perpétuelle^ ment en aâion devant nous^ nous pouvons donc toujours découvrir la fource d'où les choies proviennent ^ & où elles doivent rentrer : car chacun des degrés que nous venons d'obfcrver , efl* comme un fanal qui éclaire les points fupé*- rîeurs & inférieurs y au milieu defquels il eft placé dans la progrefEon circulaire.

Mais confidérûns ces objets élémentaires dans la clafTe terreftre : quoique nous n'y puiflions pas atteindre leur Principe générateur y nous pouvons au moins en appercevoir & en admirer les loix.

En efFet , fi l'on contemple les corps & les élémens y dans leurs faits & dans leurs aâes temporels terreftres , on y pourra recomioître une image de Paâivité continue de ces facultés créa-- trices univerfelles y par cet état perpétuel d'ef-« fiuves & de tranfpi rations > où font à la fois les Etres de toutes les clafTcs de notre région.

On verra que parmi les trois élémens y le feu. nonte^ la terre defcend , & Peau parcourt la l^gue horizontale ; pour nous apprendre que Pac«

K

tion des baikés fup^rieures , dont les él^mens font les organes ^ remplit & mefure toute l'étendue da la circonférence univerfelle.

Si nous confîd^rons les propriétés des trois reines, nous y trouverons l'indice des Pouvoirs cachés y dontlk font rembléme & rexpreflion.

Uor^ par fon étonnante duâili té , nous indique la prodigieufe extenfion des forces de la Nature , qui par des efforts infinis tranfmet fes vertus juf« qu'aux Etres les plus éloignés ^ & établit par - U une correlpondance univerfelle.

Les plantes abforbeht toutes les vapeurs impures de Tatmofphere ; & en les combinant avec leurs émanations , elles les difTolvent , & nous les renvoient avec des qualités moins mal£aifances ^ pour nous enfeigner de nouveau, & phyfiquement , que l'exiftence de tous les Etres de la Nature n'a pour but que de tempérer les maux & les défordres.

Si les plantes produifent des effets différents pendant la nuit , ou même pendant le jour ^ lorfqu^elles ne font pas expofées aux rayons da Soleil , c'eft que tenant parmi les trois règnes^ le même rang que l'eau parmi les trois élémens , elles font particulièrement, comme l'eau, un type double , & elles peuvent montrer alternativement les effets avantageux opérés par un Agent qui e& en afpeâ de fon Principe de réaâion^i

& les effets funefies auxquels eft r^diiic celui qui en eft fépar^.

Quant au règne animal , on y voit une repr^ - Tentation aftive de la cfl^rir^ avec laquelle la vie du grand Etre, fe communique à toute la chaîne de fes produâions par ce mouvement rapide & un y qui triinfmet à la fois Taâion du (^ng dans toutes les artères , & qui n*a befoin d'aucune progreffion , ni d'aucun intervalle pour paffer du centre aux extrémités les plus éloignées.

Enfin Pair y cet être à part des éléments » ce lymbole fenfîble de la vie inviiîble , dont la deftinarion eft de purifier la terre , puifque Ton aâion eft plus réglée & plus conftante , félon que les climats oîi il agit , font plus ou moins expofés à des exhalaifons corrompues ; cet air , dis je ^ opère , â l'image dé Taâion fupérieure , la réaâion générale des corps , en pcnétrant jufqu'au fein de tous les germes ; & il devient ainfi un mobile uni- Terfel , où tous Ks Etres trouvent ce qui c oit contribuer foit à leur exiftence , foit à leur falu-^ brittf* Car il y a un air pour la terre , un air pour

Il eft donc vrai que quelque obfcure que foie notre demeure aâuelle , nous n'y pouvons faire un pas , fans avoir autour de nous 1 :s fignes vifi« blés de ces mobiles créateurs & vivans qui nous ibnc encore inconnus^

La Nature c^Iefte nous pr^fenterâ la mètas v^rit^. Quoique nous foyons privés de la vue du Principe qui meut les aftres 1 quoique nous foyons même prodigieufement âoign^s d'eux, nous jouifTons de leur lumière , nous recevons les émanations de leur feu ; nous pouvons même former des conjeâures hardies & lumineufes fur l'ordre qu'ils ont reçu lors de leur origine , & (ut le véritable objet de leur exiftence ; jufques-là que les Sages penfent que toutes les loix des Etres fcnfibles font écrites fur ce vafte & magnifique Tableau , & que la main divine n'en a pour ainfî dire enveloppé la terre , qu'afin que ceux qui l'habitent puilTent y lire à tous les infians les lignes & les caraâeres de la vérité.

Ainfi y Penfemble de l'Univers matériel nous peint dans un pompeux éclat , la Majefté des Puiir lances fuprémes. Nous y voyons des aftres brillons diftribuer leur lumière au Monde ^ les Cieux corporels imprimer les loix & les modèles des Etres fur l'air de l'atmofphere , celui-ci apporter ces plans à la terre , & la terre les exécuter avec une ardeur & une aâivité qui ne fe repofent jamais

Il eft donc vrai que la Nature univerfelle eft pour l'homme comme un grand arbre , donc il peut aflèz contempler & s'avouer les fruits , pour fe corlbler de ne pouvoir encore en découvrir les germes & les racines.

• Non feulement la Nature prëfente à Thomme , par CCS tableaux , les traces de celui qp'U a pu contempler dans fon origine : ell& lui apprend encore à fixer fa vue fiiir ce Tableau primitif, & fiir les moyens qu'il doit prendre pour en rëacquërir la jouiflance* En effet , les loix des Etre* de la région fenfîble fourniffent à Thomme autant d'inftruâions parlantes de ce qu'il a journellement à faire pour recouvrer fa fplendeur Sr & gloire;

Tous les corps de la Nature tendent i fe dé- pouiller de leurs ^corces groffieres , pour rendre au Principe qui les anime , l'éclat qu'il porte en lui-même. Le feu particulier à chacun de ces^ corps y coopère fans ceffe à ce grand œuvre , ea purifiant continuellement les (ubflances dont ils* fe nourriflTent.

Notre fang même , eft deftiné à remplir fatis relâche cette importante fondion ; il doit ^la-^ borçr nos boiffons, nos alimens ; en fôparer le^ pur de l'impur, & employer fon aâion à éloigner tout ce qu'ils ont de malfaifant & de tropmatériel.

C'eil enfeigner fans doute à l'homme , quel doit être Pemploi des deux principaux agens qui^' font en lui , fon intelligence & fa volonté ; il doî& exercer \eviv feu furies fubftances intelleduellefr ^îlui font offertes, en féparer tout ce qui n'eft.

point analogue à (on Etre pehfant y afin dé i^ hifTer entrer que des fucs vivifians &purs cemme lui, & avec lefquels il puific former cette union f. cette harmonie ^ cette unité qui fait à la fois Tob» * jet & le terme de toutes les aâions &: de tous k& Etres de la Nature..

- Quant au feu en gif néral , il apprend aux hom« mes ce que feroieot leurs jouiflances & leurs lu^ mieresi s'ils exerçoient avec perfévérance les &cultés qui font en eux , & s'ils en portoient Tac* tion jufqu'au point oà leur ei&nce leur permet d'atteindre* Le feu a le pouvoir de vitrifier tQii& les corps ^ ceft-à-dixe , de tellement les purger de leurs fcories. &c de leurs écorces , que leur principe^ radical parvienne en quelque forte à fa pureté 6c à fa fimplicité naturelle.

Par-là ces corps que leur opacité rendoit im-* pénétrables à notre vue y & qui nous intercep« toient les autres objets; ces corps ^ disje, ac-«^ quierent une clarté vifible,une rranfparence donc* les effets ne la ffent plus de bornes à nos defirs 8c à nos conr:oiflances.

Il» donnent à Thomme le moyen de jouir de b* lumière des aftres, fans reffentir les rigueurs de l'acmofphere , & d'exifter au milieu des interne péries de cetffe région terreflre , fans en recevoir les atteintes ^ comme fi en efiec ell^ n'avoieni:

fas lieu pour lui ; image groffiere y mais inftruo tire d'une autre efpece de lumière & d'une autre efpece de fécurité^querhomme peut également fe procurer au milieu des r^/TT^^/^j qui grondent dans cette orageufe demeure.

Ces corps lui donnent le moyen de pénétrer ^ pour ainfi dire y dans les myfteres de la Nature ; d'appercevoir d'une part ^ des merveilles que la petitefTe des objets fembloit avoir exclues pouir jamais de fesconnoi{rances.;&: de l'autre ^ de diriger Tes yeux jufqu'à la région la plus élevée desaftres. Ils le mettent à portée d'en mefurer 1er dimenfions , d'en calculer tous les mouvemens ^ & de lire , comme à découvert y les loix de ce» grands mobiles , dont il efl féparé par une dii^ tance fi prodigieùfe ^ que plufieurs échappant â la vue fimple y il n'avoit pu même en feupçonner Pexiftence.

Tous ces faits font pour l'homme autant de- £gnes qui lut démontrent que s'il avoit la eourage d'amener fa volonté à fon vrai point d'épurement y il rendroit à fon Etre intelleâuel ^ une clarté , une tranfpannct analogue â fa clafTe \. il lui procureroit un degré de purification qur lui ferx>it non feulement découvrir la marche* des Etres immatériels qui l'environnent^ i. lis: même l'aideroit à s'élever jufqu'à Pôrdre intel^- feâuei le plus fupérieur. à lui , jufqu'à cet ordres

z$z Tabibait

vivant dans lequel il a puifë fon origine , maiâ dont il efl; aujourd'hui tellement éloigné , qui} le regarde comme inacceffible ' à fa vue; Cat dans le fenfîble & dans Tintelleâuel ^ il ell certain qu'il n'y a que le groffier , que la fouii«* liu-e qui forment pour l'homme ^ les ténèbres , les éloignemcns & les dillances y & que tout eft claie pour lui y tout eft. près de lui , quand tout eft pur en hii.

Malgré toutes les beautés écrites dans la création temporelle y convenons que nous n'y voyons que des loix de rigueur & de violence , que des laits non libres y & qui ne démontrene pas même une intelligence dans les agens qui les opèrent , quoiqu'il y en ait néceifairement une hors de ces agens ». qui les commande dans tous leurs aâes , puifque ces aâes s'exécutent avec ordre & régularité»

Ce leroit donc en vain que nous chercherions dans la matière y des images réelles & permanentes du Principe de la vie y duquel nous Ibmmes malheureultment féparés ; & fi Khomme nVAt pas eu d'autres fignes que les objets maté- riels pour recouvier la conno.{Ian:e de ce Princi]fp ) «d JulUcc divine auroit peu de chofes â loi rcccmander.

r^uu&avunsdcjarunarqué^que dans l'homme^

Ipielque corrompu qu'il puîfle être , *îl fe trouvoit toujours des traces de vertus & facultës Àrangeres à toute ta Nature matérielle ; nous avons vu que dans tous les fîecles , chez tous les Peuples , les id^es de la juftice & de la bienâi— fàtice ont été connues , quoiqu'ils les aient fi fouvent d^figor^es ; & qu'ils en aient même applique les noms refpeâables à des objets criminels.

Bien plus , en confiJ^rant fa forme corporelle, l'homme pourra fe prouver qu'il poffede des vertus plus aâives encore que ces vertus dont nous ve« Âons de parler.

On peut 'dire qu'il porte fur lui des figncs: vivans de tous les Mondes & de tous les Univers ; & fi l'on confidere intelleâuellement trois des principaux organes dont fa tête eft ornée y on verra pourquoi l'organe de l'ouie eft abfolu* ment paffif , recevant les impreflions & ne rendant rien ; pourquoi les yeux font aôifs & paflifs^ exprimant au dehors les afFeâions internes y & Communiquant à l'intérieur les imprefEons des objets extérieurs ; enfin ^ pourquoi la langue eft un organe abfolument aâif , & ayant le dou-^ ble pouvoir de peindre avec la même facilité les opérations de la penfée ou du raifonnement y & les mouvemens ou pallions de l'ame. : Nous pouvons même porter nos obfervat'ons jptdleâuelles juf^'au centre invidble qui anime

ces trois oèganes ; jufqu^à ce féjour cacb^ de tm penfôe ^ qui a fon fiege dans Tintërieur de la céceir comme la Divinité fupréme a mis le fien dans un fanâuaire impénétrable y quoique (es attributs en manîfeftent Texiftence & Taâîon i tous les EcreSi. Nous trouverons dans cet komme invii^ble ^ le nombre des trois £icult^s du Principe divin ^ qui forment le type de tous les Etres» Quoiqu^etles n'agifTent plus dans nous que par une fucceffioA lente & pénible y elles y font abfolument indi-^ vifibles comme dans la Divinité : elles de^ vroient avoir abfolument le même ob^t ; & fi Thomme n'avoit le droit funefte de s'^arer par le feul pouvoir de fa volonté , il en efi qui ncr reconnoîtroienc pas fa différence d'avec {ou modèle.

Indépendanunenc des objets de la^ Nature dont Thomme eft environné , & qui lui peignent fon Principe > il a donc le moyen plus avanta* geux & plus vrai de le reconnoître en lui-même & dans fes femblables. Il eft certain que Dieu; s'étant peint lui-même dans toutes les œuvres de U Nature , & plus particulièrement dans^ l'homme , il n'exifte rien dans nos ténèbres qui ne porte fon figne , & Timmenfité des Etrei^ n'eft autre chofe que Fimmenfité des imagesde Dieu» Vérité lumineufe qui doit fisivir dé^

guide af!uré pour découvrir toutes celle^ qui peuvent remplir les defîrs de rhomme.

Dans Tunion de Thomme â l'Univers , peut*' on fe difpenfer d'appercevcMr une efquiffe active de ^harmonie divine , dans laquelle le pçenniier £tre ferepr^fente à nous » comme dominant fur toutes les intelligences y & recevant d'elle le tribut & l'hommage qu'elles doivent à fa grandeur ? En effet quel efl le rang que Fhomme occupe fur la terre Tous les Etres de la Nature font en aâion autour de lui ^ tous travaillent pour lui ; l'air , le feu , les aftres ) les vents y les mers y les élémens , tout agit y tout contribue à fon bien-être , tout concourt au foutien de fon exiftence ; lui feul au * milieu de ce vaAe empire a le privilège de pouvoir être fupérieur à cette aâion temporelle ; il peut , s'il le veut & qu'il en ait le courage , n'avoir d'autre occupation que de s'approprier tous les dons & toutes tes Venus de l'Univers.

Le feul tribut que la SagefTe exige de l'homme en lui lailfant l'ufage de ces bienfaits y c'eft qu'il lui rende gloire y & qu'il la reconnoiffe comme étant le fouvejrain arbitre de tout ce qui exifle ; c'efi qu'il rétablifiGs dans fes ù^cxAtés y la même loi , le même ordre , la même régularité par laquelle il voit que tous les Etres de la Na-

turc font dirigés ; c*eft , en un mot , qu'au fiet» d'agir en fon propre nom , ainfi qu'il le fait fans ceffe j il agillè toujours y comme ces. Etres , au feul nom du Dieu vivant qui Ta créé.

C eft-là le grand œuvre y ou ce changement de volonté pour lequel nous avons dit que toutes les Puiffanccs de la Nature étoient employées depuis l'origine des chofes^ fans avoir encore pu l'opérer.

y y Mais cette fupériorité de l'homme fur la Na« ture fe démontre d'une manière plus aâive par les (impies manipulations qu'il peut faire fur la matière , & qui doivent nous donner encore une plus grande idée de l'étendue de fes droits".

yy 11 n'eft aucun corps matériel , tel dur , tel * cryftallifé qu'il foit , dont on ne puiflè extraire les principes qui fervent à engendrer tous les corps des trois règnes. Il fuffit pour cela de prendre une marche oppofée à celle que le corps dur a fuivie lui-même pour parvenir à fon état de folidité. Il faut donc commencer par travailler à fa diflblution".

y y Quoique l'homme fâche opérer fort peu: de CCS fortes de diffolutions , il n'en eft pas moins vrai qu'elles font poflibles , puifque la) Nature y par fes opérations fécondes y nous en. R>urnh tous les )ours la preuve & les moyens. Cac

& d^&uC de fcience y on peut au moins profiter des exemples de la Nature y qui eft toujours prête à fupplëer à notre foiblelTe & à notre ignorance. Mais il faut fe fouvenir que les produâions qui r^fulteront de nos procédés , feront toujours inférieures à celles que la Nature opère immédiatement y lesquelles méritent feules les Noms attachés à leur règne , comme en portant fur elles les grands caraâeres ".] •

^, Sans perdre de vue cette prudente obfervation y pulvérifons le fel le plus compaâ y le marbre y le granit le plus dur. Expofons cette poudre y que l'on ne peut rendre trop fine y fi Ton veut réuflir , expofons-la à Tair libre de l'atmofphere y fans eau , à couvert autant qu'il eft poflible y de la pluie , de la poufliere & des corps étrangers déjà déterminés ; peu-à-peu Tacide de Pair agira fur ce fel pulvérifé. Il en extraira les fubftances qui lui font analogues y & abandonnera les autres y qui à la longueur du temps fe convertiront entièrement en terre végétale ''.

yy Dès que l'on eft en poffeffion de cette terre végétale , toutes les découvertes font faites ; Thumidité de Pair fe joint à elle y & en fait naître de petites plantes".

,, Ces plantes arrivées à leur point de maturité» ûibiront une nouvelle opération y ou diffolution plus naturelle que celle de la groffiere > infufion ,

&c Ton en verra naître des infeâes , & m&ttb des efpeces de métaux , fi Ton fait procéder ^ & ce fera là une démonftration complette que le Principe unÎTerfel de vie efl répandu dans tons les corps **.

y. Qu'on ne croie pas que je contredife ici ce qui a été avancé précédemment fur la fixité des caraderes des Etres , qui ne peuvent jamais s'é^ lever à un autre rang que celui qui kor a été donné par la Nature. Dans les procédés dont nous parlons , les tranfmutadons n'ont fien» que parce que les différens germes innés dans chaque corps fe (garent les uns des autres pour agir librement félon leur loi ^ mais aucun d'eux ne fort de fon règne. Il £iut remarquer encore que les réfultats des tranfmutations vont toujours en dégénérant » & que plus on répète le proche fur les mêmes fubfiances » plus les produâions qui en proviennent font afibiblies , ce qui les rend de plus en plus inférieures aux produâions premières de la Nature".

„ Nous pouvons néanmoins admirer les droits de lliomme , puifque » par l'ufage qu'il lui eft li* bre de &ire des différentes fubftances matérielles^ il a le pouvoir de tranfmuer y pour ainfi dire , toaC ce qui fe trouve dans fon enceinte ^ de convertir les terres en minéraux » les plantes en infeâes ^ ceux--ct en une nouvelle terre d'oi^ léfulterpnc

^ nouvelles combinaifons ; puifqu'enfîn il peut transformer par un feul pjrocéd(£ les animaux & les plantes en minéraux & en fels, les rochers les plus durs en corps organif(& & vivans y & en quelque façon £dre chaoger de face à tout ce qui l'approche ".

yy N^éfitons pas d'appliquer ces obfervations aux objets immatériels. Ils font tous pour lui^ ou féparés ou comme engagés dans des fubfiances & dans des enveloppes qui femblenc gêner leur aâion. Mais comme il eft lui-même un diffblvant imivcrfel y il pourroit en quelque forte y s'il )oui£- Ibit des droits de fon intelligence y opérer tdans la clafTe des objets intelleâuels y ce qu'il ^t fur les corps par le moyen des agens fenfibles & corporels ".

jy Tout nous engage donc à croire que l'homme rétabli dans fes droits y pourroit agir tant fur les Etres immatériels corrompus y que fur les Etres :purs dont il efl: aâuellement féparé par de fortes barrières ; à l'image de l'Agent fupréme y il auroit le pouvoir de diffoudre , de ^iécompofer les enveloppes , de mettre à dé- couvert les principes qui y font contenus & concentrés , de leur fournir par-là les moyens de produire les fruits de tous les règnes qui leur font propres^ àe recompo/er ceux qui font /impies, 4bl tenir dans. L'in^âion ceux qui (ont mal foins ^

c*eft-à-dîrc , de foire fuccëder par-tout Tàboû-^ dance i la ft^rilité ^ la lumière aux ténèbres > k vie à la mort , & de transfigurer tellement tout ce qui Penvironne , que fon fêjour reffemblât à, celui de la V^rit^ même.

JN E nous abufons point ; le fpeâacle merveil» leux de Paâion non interrompue des Etres cor-- porels , " celui même de la fup^riorité que l'homme devroit avoir fur eux par l'ufage & l'application qu'il peut faire de leur loi" n'eft iàns doute qu'une repréfentation très - foible & très - inférieure de cette harmonie divine qui lie les trois facultés premières à tous les Etres intelligens.

Dans cette claffe divine , tout eft faînt ^ tout eft vrai , tout agit de concert , & tend à un feul but. Le Chef divin au centre de fes pures émz^ nations , répandant jufques dans leur fein ^ les douceurs de fon exiftence & de fes Vertus y les unit à lui par tous les droits de l'amour & de la félicité.

Là ^ les Sujets ne peuvent jamais s'élever aa

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Veitiiii de leur Souverain y & fi quelques -uns ^'entr'eux furent zfftz malheureux pour fe ré^ Tolcer contre fes loix , ils ne purent jamais porter leurs attaques jufqu'à lui , puifqu'à Tindant qu'ils <onçureiit cette horrible penfée y ils perdirent de vue fa préfence. D'ailleurs quels que foient les crimes , la clémence du Maître n'abandonne point les coupables : il tempère fa juflice , plutôt qu'il ne l'excite ; il cherche à gagner les criminels , plutôt qu'à les fubjuguer ; il enveloppe^pour ainfi dire ^ fa puiflance de fon amour , pour leur épargner la terreur de fon nom , & pour leur montrer qu'il eft plus jaloux de régner fur eux .par l'amour que par la puiflance.

Il n'en eft pas ainiidans là claffe temporelle : le Sujet & le Maître y font prefque toujours ^confondus. Tous ces Etres corpprek y tous ces agens de la Nature y deftinés au fervice de l'homme y lui font continuellement la guerre ; & ^uand il eft abandonne à lui-même , loin de le re^ garder comme le Roi de l'Univers , on le prendroit plutôt pour un profcrit,oupour le vil efclave île ceux qu'il devroit commander ; & même lorf- ^u'il ufe de fes droits , & que fon empire paroît le mieux réglé y il ne nous offre que des figuras ^e ce véritable empire dont nous venons de tracer mm foible tableau ; la puiffance & l'étendue do. €t% acuités ue font m confiantes > ni maltîrables :

tSz Ta BL S Air

& s'il annonce en efiéc une reprâêntatîon dem^ trois ficiilt^ divines , on pent dire qu^elle n'eiL eft qu'une efquiile prefque méconnoiflâbie

Non feulement (â penfee n'eft pas à lui ^ nom' (ênlement (a volonté n'eft pas conftammcnt purfig^ mais fon aâion même cSt incertaine , Sl n'a m ralTurance , ni rautorité du Maître Se du Souverain , en forte qu'on ne peut prefque y reconnoi-» tre aucun des traits vivans de la troifieme Vertu divine que cette aâion devrait reprë&nter«

Cependant y de& par notre reflêmblance avec cette troifieme faculté que nous.devons commen» cer à corriger les diffiœmtés <pi nous défîga?- rent ; car la loi par laquelle le premier Principe nous laiâê ici-4»5 ^çpercevoir £bn image ^ étane liée à un ordre temporel SLÎucccffif y nousdevom travailler i manifefter les droits Sl Ut vie di^ Faâion divine y avant de prendre i manifbfier les deux Ëumltés qui la pr&:edent ^ puifque dam toute progreffien afixndante , il &ut pafler pai: rin£^eur y zvBHit d'aller au fîipérieur.

Toutefius ^ ces mots de fupérieur & d'inférieur ne doivent être employés que pour fe prêter aux bornes qui reflêrrent aujourd'hui notre intellif> ^fj^Sice. Dans Dieu rien n'eâ: inpérieur y rien n'eft inférieur; tout eâ un dans Findivifible, cooteft iemblable ^ tout eft égal dans Tunité»

Jfiîa ks fiiitesdes &aru de rbomme n'oofl

jHis feulement fait fubdivifer les Vertus temporelles des Etres de la création ^ elles ont même engage la Divinité à ne plus montrer que fucceffivement les Vertus de fa propre elTence à cet Etre . coupable y & c'eft là une nouvelle preuve de l'amour qu'elle a pour lui , puifque l'homme n'ayant plus la force nécelTaire pour contempler l'unité divine fans péril, elle fe partage, fouc ainfi dire , en fa &veur , afin qu'il ait toujours quelques moyens de la reconnoltre y & quelle ne l'éblouiflè pas , comme il arriveroit ^ fi elle, fe préfentoit à lui dans tout fon éclat.

Or dans cette efpece de fubdivifion qui n'efl relative qu'à l'homme feul , la troifîeme ûculté divine , ou Yacfion , eft celle dont nous devons d'abord nous approcher , puifque fon ombre U place après les deux autres , & par conféquenc pins près de nous.

Si l'on trouve trop de difficultés i concevoir ces mots , aâion , volonté ^ penfte y que je pré-> fente comme diffinâes les unes des autres , tandis que ces trois £u:ukés font unes dans leur eiTence ^ il fnffira pour av(»r la parfaite intelligence de cet écxic j de s'en tenir 1 cette idée générale , que pac fon crime rhomme ayant perdu de vue Tunic^ des poiflànces ovines , ne peut plus les contem'^ pler que (éguéjQcat j qoe ces puiflànces ; en fc

comnmiuqtiaiit i hû y ne peuvent (e 111011U.W ^e (bus ane muldcude innombrable de £nci^ ée fignes y d'emblèmes ; foos une c<»npficttioa d^Agens & de moyens , qai bSe fendr i Hioinme ht privarion où il eft de cette unité & des dâkcs dont elle eft la fource & le foyer.

Si dans Pefpece humaine y confidérée rehti- Tcment 1 Fordre phyfique , nous voycms des hommes remarquables par la beauté & la pco-* |K>rtion de leur corps y par leur force , leur agihté f & les difi*érens avantages de la forme & des organes , nous devons penfer qu^ en eft de même dans l'ordre de leurs Êicultés intelleâuelles ^ & que fi le plus grand nombre eft en effet réduit aux notions les plus communes & les moins élevées , il i dû en exifter dans tous les temps qui ont été difHngués parmi leurs femblables y & qui fe font plus approchés qu'eux de la lumière ; différences qui s'obfervent encore tous les jours , par rapport à ce qu'cm appelle vulgairement Sciences.

Quoique tous les hommes de la terre foîenc deftinés à manifeftcr , même ici-bas y quelques rayons des facultés divines ^ on peut donc croire que quelques-uns d'entr'eux font appelles à cette ccuvre avec une détermination plus pofitive que les autres hommes, & qu'ils ont à opérer des faits plus vaftes & plus confidérablest

Les uns , chargés feulement de leur propre lé^ génération y n'ont , pour aînfi dire , qu'à contemw pler le tableau des fecours que la SagelTe fu->' préme leur préfente y & à tâcher de s'en appliquer les fruits. Les autres , deftinés à répandre ces fecours ^ doivent avpir des forces plus grandes & des dons plus étendusw

Four fixer notre penfée fur cet objet y nous regarderons tous les hommes de la terre comme des Elus y mais divifés en deux claffes > celle deip> Elus partieulUrs , & celle des Elus généraux.

Nous ajouterons que diiScilement les Elus gér néraux peuvent defcendre au rang des ]^u< particuliers ; mais qu^l eA donné à tous ceux-ci dr s'élever au rang des premiers y par leur courage & par les efforts foutenus de leur volonté : parc^ ^u'il eft plus difficile à un homme confommé dans la Science » d'oublier ce qu'il fait ^ qu'à uft Iiomme ignorant d'acquérir des conumiTances

Ceci nous force d'examiner un inflant le fy(^ téme de la prétendue Êitalité attachée à la def^ cinée de l'homme.

Les difficultés qui fe font élevées fur cette jnatiere y. viennent de ce qu'on attribue aux £lu|^ particuliers , ce qui n'a été dit que des EKik. généraux^

IL eft cbir que ceux - d j^ vu Pimmenfité. èo^

leurs avantages , peuvent fc regarder comme prédoftîn^s félon la notion vulgaire. Mais de ce qu'il y auroit dans refpece humaine , quelques Etres privilégias & deftinës à de plus grandes couvres > faudroit-il en conclure que tous les hommes doivent l'être, puifqu'il eft clair que la plupart demeurant d^pofitaires de leur libre arbitre , demeurent auflî d^pofitaires de leurs «âions y & par conféquent du réfultat qui doit les luivre. On auroit tort y en un mot ^ d'aflimiler tous les Elus y & de conclure du petit nombre ii runiverfalité des hommes.

On ne s'eti tiendra pas là fans doute , & Poti demandera pourquoi un tel homme a été ehoifi de préférence parmi tous les autres , & placé an rang des Elus privilégiés ou généraux.

Pour atteindre au nœud de cette difficulté^ il faudroit s'élever jufqu'aux loix fimples y mais unî- verfelles de la SagefTe divine y qui ayant marqué fon empreinte fur tous fes ouvrages, Va gravée fur Pefpece humaine comme fur fes autres pro- ^uâions. Ajoutons que la Nature humaine étant le tableau figuratif uni verfel de la Divinité ^ ainfi que de fes Vertus & Pmjfanccs , doit voir répéter ^ous ces types par les différons individus de fit jropre efpece.

Voilà pourquoi il doit y avoir des hommes chargés de manifeiler les chofes divines | dVu-

%res> les chofes intelleâuelles y d'autres , les HDhofes phyfiques & naturelles ; fans parler d'une 'autre forte de manifeftation y dont la nëceflité eft également abfolue parmi les hommes y mais 'qu'il ne feroit pas prudent de révâer à la muU titude.

La loi ijui dirige ces fortes d'éleâions y efl femblable à la loi qui conftitue la Divinité même r «Ih a pour bafe la propriété facrëe des facultés 'da premier prindpe y & l'ordre numérique agiffant fur tous les Etres qui doivent les repré* fenter; Propriété cpéternelle avec l'eflènce fu^ préme ^ & dont il ne peut y avoir d'autre raifon que celle de fon exiftence y puifque cette raifon -& fon exiftence font une même cl^ofe. Et c'ed par cette feule connoifTance que nous pourrions 'Comprendre ce que nous avons nommé liberté dans ce grand Etre.

Ainfl Ton ne pouri'oit favoir pourquoi certains liommes ont tels ou tels types à manifefler par préférence à d'autres hommes y fans connoitre auparavant loi numérique i laquelle la SagefTe fupréme a afluietti leur origine ; ou plutôt il fau- ÀtiÀt favoîr pourquoi les faculrés divines font 'elles-mêmes diverfes, quoiqu'intimément unies ^và )anAais inféparables ; pourquoi enfin la penfée ft'eft pas la volonté , la volonté n'eft pas Paclion I fc l'a^on a'eft lû la penfée y ni la volontét^

Maïs , fî i la rigueur ces queftions ne font f» au deifus de Tincelligence de rhomme ^ elles font au moins inutiles & fouvent très-dange* reufes pour lui , fur«-toiit quand il ne les pom:- fuic pas par le vëricablp fentier y qm eft YaSion* Car fî cette a3ion eft le germe eflbntîel de notrç réhabilitation , il faut d'abord que ce germe opère , pour nous procurer enfuite les connoiC» fances & les lumières qui font fes véritables fruiti. Demeurant donc fiJeles à cette aSion y nons reconnoîtrons que c'efl à elle feule i confirmer toutes les vérités expofées jufqu'id > & à difEper toutes nos obfcurités

Rentrons dans notre fujet ^ & découvrons les voies phyfiques & intelleâuelles par lefquelles les £lus géiiéraux ou privilégiés ont été admi^ à ce titre fublime.

S'ils n'avoient eu que les fecours naturels Se humains dont nous avons parcouru ci-devant le tableau ; fi même ils n'avoient jamais eu que les fecours des autres hommes privilégia comme eux» ils n'auroient vu là que des types féconds & in« férieurs^ par le quels ils n'auroient pas découvert pourquoi l'iiv^nime exille. Et ne coonoifiànt point en ore: les Vertus effi<:aces du grand Priacipe, il leur eue été impoîfible de remonter au rang fu^ bliine d'où ils ctoienc defceixdus ^ & Dieu ^oô(

^orté furPhomme un décret qui n'auroît jamais pu s'accomplir.

11 faut donc ^ félon Tordris de l'immutabilîtë divine y que la SagefTe fupréme ait préfenté à ces Elus privilégiés à^sjîgncs actifs , frappans & dirc3s de ces vertus & facultés par lefquelles Phomme doit commencer le cours de fa régé* jnération.

Enfin , il eft indifpenfable que les Vertus mêmes de la SagefTe divine fe foient rapprochées de ces hqmnies privilégiés ; qu'elles leur aient fait toucher y pour ainfi dire y fa propre fubftance y afin de leur fournir les moyens de manifefler leur adtion, ,& de commencer à rempli^la ^tâche pour laquelle ils avoîent reçu leur existence temporelle.

Nous n'aurons aucun doute fur ces vérités «

quaiid nous réfléchirons que les Vertus divines

•rayonnant dans tous les fens comme le feu fo-

laire y font dans une continuelle aâivité qui les

fait procéder à la fois dans toutes les progreflions

de l'Infini : qu'ainfi il faut néceffairement qu'el^

les rencontrent, l'homme dans leur cpurs y Se que

plus cet homme eft analogue à elles ^ plus elles

.tendent à s'unir à lui par les rapports effentiels

jàef leur nature. "

.. Et c'eft là cette réa^ion y qui indépendamment ^^ l!univerfj|ilit(^de Taâion divine ^ fe prouve en

€jo Tableau

particulier fur chacun de nous ; en ce qnv Vhomme n'ayant pas la penff^ à lui ^ il reçok cependant chaque )pur des penfées vÎTes & lunineufes. Car fi quelqu'homme fe plaint de n'en pas receyoirde femblables , cette difette n'eft pas un vice de fa nature , mas une (mte de ÙL négligence à n'avoir pas (âifi les rayons qû lui avoient été o&rts dans fon premier âge , & qui ne s'&oient ptéCmtés i lui que comme des guides f qui dévoient le conduire i la jouiflaiict habituelle d'une plus grande lumière.

Lodque nous difons que les PuiJJîinces et Dieu fe communiquent indifpenfablement aux hommes y nous parlons dPune ttéctSBté sfpfsjie fur les loîx fondamentales que Dieu imprime sus Etres y & fur Fimmutabifitë de (es décrets. Ainfi elle ne doit point affoiblîr 2 nos yeux ta gramieut de ion amour , &: encore moins nous &ire croire que nous foyions difpcnfôs de concourir iPceavre avec liH y comme s'il devoir f opérer fôîit S: fans "le concours de notre Kbre tûlonté.

En failânt une claffi! a part des Elus généhzar^ qui ^tanc toujours rms avec le grand Principe même y ne nous haSknt point de diftinâion à faire entre fon Aâion divine &r feur liBre Ai^ bitre > nous dirons qu'il est eOt de famoiir comme

^ h j[uâkQ i Tutt & fattre m Sur ipe <Ic$

appuis qui nous font préfent^s pour nous aider à fortir de l'abyme , mais qui nous laifTent ordi« nairement la plus entière liberté pour nous en Ikifir , ainfî que pour les fuir & les abandonner»

Quoique les fecours que la SagefTe fupréme accorde à Thomme foient une fuite nëceffaire de l'amour qui la conftîtue ^ il doit encore lui demander la force même d^en faire ufage ^ il doit employer toutes les Puijfances de fon Etre , pour que ces fecours ne lui foient pas donnés en vain» Car cette Sagefle exigeant toujours de l'homme un travail , met par-là une condition à fes grâces ^ c'eft à la volonté de Thomme enfuiue à en déterminer Pefficacîté ; enfin , femblables à ces traits de lumière colorée y qui fe prolongent quand ils trouvent des milieux trop divifées & trop foibles pour pouvoir s'y appuyer & fe réfléchir , les rayons fuprêmes frappent inutilement fur l'homme & le laifTent loin derrière eux y quand il n!a en lui aucune bafe pour les fixer.

Si les hommes pouvoîent agir , fuivant leur vé- ritable loi , fans ie fecours de Dieu y ou fi Dieu devoit agir en eux fans leur concours, les Théologiens & les Philofophes feroient fondés à faire tant de quefHons fur le libre arbitre , & fur les effets de la grâce divine y qui n'efl autre chofe que l'aiTiour. Mais comme le bon ufage du libre ar-

t>icre attire cette grâce ou cet amour; & commQ

réciproquement cet amour dirige le libre arbî-' tre & le purifie , il eft vifible qu'on ne doit ja^ mais les féparer ; il eft clair que l'amour & la liberté fe fécondent continuellement l'an & l'autre , & que ces deux aûions , quoique diftinâes^ font toujours liées par des rapports intimes & refpeâifs.

Cependant il ne faut pas croire que la Tolonté humaine puifTe rendre nuls , les décrets des manî» feftations de la Puiffance fupréme , qui devroient fe faire par l'organe de l'homme ; parce que fi l'homme ce remplit pas le but de fon émanation , c'eft cette Puiflance qui fe montre ellemême. Âinfî ceux qui doivent en être l'objet , ne peuvent jamais manquer de l'avoir préfente devant eux y foit pour leur avantage , foit pour leur molefiation. Suivons notre fu)et.

Il ne fuffifoit pas que les Puiflances divines en fe fubdivifant , apportaient jufqu'auprès i^ l'homme les Vertus qui les conftituent y il falloic encore que chacune d'elles le fit d'une manière proportionnée à la région tén^reufe qu'il habite ; il falloit qu'elles employaffent , pour ainfî dire , les moyens même qu'il avoir pris pour y defcendre ; qu'elles paflalfent par les mêmes voies ; qu'elles fe couvrilfent des mêmes couleurs que lui , & qu'elles fuiviffent les loix de \3^

même apparence qui l'environne , & cela par les rapports que je ferai appercevoir dans la fuite entre le corpg de l'homme , l'origine des langues & les caraâeres de récriture.

Sans cela , fa vue aSbiblie n'auroit pu fupporter l'éclat de ces Puijfances ; ou , n'appercevanc en elles aucune analogie avec lui-même , elles lui auroient parues étrangères , ou trop au deflus de lui , il en auroit pris de l'ombrage y & détournant les yeux ^ il auroit perdu les feuls & uniques moyens qu'il pût attendre pour fe rappeller fon premier état.

Ceft ainfl que le feu des aftres nous éblouî- roit ou nous confumeroit , s'il pouvoit parcourir l'efpace ^ui les fépare de nous j fans trayerfer les fluides de Tatmofphere y qui par leur nature humide & denfe , modèrent à la fois & fon aâivité & fa fplendeur.

C'eft ainfi que ces fluides eux-mêmes , trop fubtîls & trop raréfiés pour notre région y feroîent inutiles & même nuifibles à la terre , s'ils pouvoient defcendre fur (a furface , fans fe condenfer encore en rofée y en pluie , en neige , & fans fe raflêmbler en globules fenflbles & analogues aux •fubftances qu'ils viennent fertilifer.

Enfin , c'eft ainfi que la penfée de l'homme leroit nulle pour fes femblables ^ s'il n'employoic ^à'abord des formes ou des caraâeres fenfiblc^

pour la communiquer. Or ces moyens n&eflaîres à l'homme dans Ton état aâuel , ne foiit qu'une image de ce qui fe palfe en réalité pour lui ^ dans un ordre plus vafte & plus élevé ^ puifque tout doit être fenfible ici-bas ; vérité qui fera plus dé- veloppée dans la fuite.

En un mot y c'eft une loi confiante & invariable que y conformément aux clafTes dans lefquelles elles pénètrent y toutes les vertus j toutes les ûSions y toutts les facultés fe proportionnent & fe modifient aux canaux par lefquels elles pafTenty & aux objets qu'elles ont pour but d'identifier avec elles-mêmes ; & tel efl l'état violent des chofes temporelles , que tous les Principes qui y defcendent y ne le peuvent fans des canaux feniibles qui les préfervent y tandis qu'ils devroient par leur nature fe communiquer fans intermède : car étant obligés de fe produire eux-mêmes ces enveloppes préfervatives , l'aâion qu'ils emploient à cette œuvre ^ eft toujours aux dépens de leur véritable aâion.

Nous appercevons donc déjà la néceflîté qu'il ait paru parmi les hommes des fignes vifîbles ^ des Agents fubflantiels , & des Etres réels , revêtus comme nous déformes fenfibles; mais en même temps des Etres qui fuffent dépofitaires ^e ces Vertus premières ^ue l'homme avoit pec<^

Hues , qu'il cherchoit fans ceffe autour de lui , dont it ne pouvoit voir que des indices foibles & impuifTans dans tout ce qui i'envitonnoit, &: qui,' quoique fubdivif^es , dévoient être repréfentées i l'homme avec leur caraâere primitif.

11 fe poutroit même , que parmi ces fignes ,' parmi ces agens , il y en eût qui eutTent cxiA^ » & qui exiftaffent encore au milieu des hommes fans que ceux qui font ignorants ou corrompus s'en apperçufTenc. Leur aâîon , leur marche ne devant fe découvrir qu'à ceux qui font afiez purs pour les faiiîr, elles font prefque toujours nulles pour les autres ; comme tous mes aftes intellectuels font inconnus à la matière dont mon cofps eft formé , parce qu'il n'y a rien en eux qui ne lui foit e'tranger ; & c'eft-là ce qui jette tant d'obfcurité , de doutes & d'incertitudes fur l'exit tence de cei Jîgnes & de ces Agens,

-Expofons une troifieme loi également indîfpenfable ; c'eft que fi par la delHnatton CubUm? fur laquelle eft fondée l'origine de l'homme , non feulement il étoit nccslTaireque même après fon crime , les Venus de la Sageffe parvinflènt vifiblement jufqu'auprés de lui , & prillènt le foin de lui retracer fon modèle , il falloir encore que les dépoAcaires de ces dons l'inflruififTenc «les voies pat lefquelles il pouvolc fe cégén^rec

Glatis fon premier état* 11 £dloir que ces AgaÈÊ rrmpliflênt leur defUiiation par des aâes fenfiU blés y pmfqQ'ils halMtoient aaprès d'oïl Etre fea^ fiUe & obfcurd par fa matière ; il bSkit eofia qulk miftnt C€t homme i portée de pouioii exercer & tranfmettre à fon femblabte , les dons & les commflànces qii^ arcMt reçues d'enx ao* tant pour Fiafiniâioii & Tarantage àts aotrea Iiommes que pour la fienne propre ; ce qoi noos conduit i reconnoitre la néceffité d'an cuke fett* fible & phyfique fur la Terre , & novs àécaawtm en même temps Pobjet poor lequel il y a desEbs qui ont été privilégia

Dans ùt vraie définicbo ^ im culte n'eft qse li loi par laquelle un Etre ^ en cherchant i. sTapproprier les chofes dont il a befotn y fe nqp-- proche des Etres vers leiquels feo «laîogie le

rappelle à chaque inflant , & fixtt ceux <pzi fai font contraires. Âînfi b lot à^wi culte eft feadée lùr une vérité premiete fit évidence » c^eft-âr-ifircl^ fur la k» qui réfulte eâoKcieltement de fécat âe» Etres fie de leurs rapports re%eâ&

Dans fécat (fes cKbo^s ici-bas > 3 n^dl maam Etre qui fote fans be&tDS ; puifque tout y état fëparé & <Svt{ë > ik foot tou^r disns le cas db chercher i fe réunir >& i rdffibr Itur iZ^èont ^£^

titiàlôgîe mutuelle , qui les force à tenâre faiis teffe les uns vers les autres ; felon les loîx te le vœu de leur nature.

Dc-là , fi l'on ne peut accorder précîf^ment le nom de culte , aux loix des Etres matériels & non libres , au moins doir-oh rcconnoître que tous ces Etres , de quelque clafle qu'ils foient; que notre fang , que nos corps places parmi toutes les pro-»- tîuâions de cet Univers , ont des aâes à opérer , & un ordre à fuivre , foit pour fatisfeîre au but "de leur exiftencc , foît pour fe guérir ou fe pré- fcrver des différentes maladies auxquelles les in- èuences élémentaires les expofent continuellement.

Cependant fur quoi eft fondée cette loi ^ ïî ce Ti'eft fur l'analogie qui fe trouve , par exemple ^ ^ntre nos corps & les alimens ou les temedes , •dont Paâion & les Vertus viennent ranimer ^ renouveller nos forces & nous rendre la fanté ?

Or l'analogie entre notre Etre intelleâuel & les autres Vertus de la Divinité , étant xcconnue^ éprouvant en outre qu*il exifte hors de^ nous une foitrce de penfées faulTes & défordonnées qui nous obfedent , & font que l'efprit de Thomme eft , pour ainfi dite , expofé à autant 'de maladies que foh propre corps , il fuit que nos rapports naturels avec les Vertus divines , nous viettehc à leur égard dans la même dépendance

M

& le même befoin où font nos corps relattveS ment aux fubfiances alimentaires ; il iuit que pour ces Vertus divines ^ nous fommes également afTujettis à un culte ou à une loi , qui nous procure de leur part \es/icours que nous en attendons ; il fuit enfin qu'ayant â guérir ou i pré- ferver notre Etre des influences intelleâuelles qui nous font nuifîbles ^ comrme nos corps des influences corporelles mauvaifes , nous devons par une nëcef&cë évidente chercher les fecours analogues à ce befoin intelleâuel y & les employer activement quand nous les avons trouvés.

Ce ne peut être que le défaut de ces réflexions , qui ait conduit dans tous les temps les hommes des diverfes Religions , à Tindiffîrence fur ces objets ; & leur ait fait non feulement négliger les fubfiances y les temps & les formes qui doivent entrer dans leur culte , mais la prière même , fous prétexte que le premier Etre n'en a pas befoin , & qu'il fufEt aux hommes de ne pas faire ce qu'ils appellent du mal , tandis que la prière eft pour leur Etre intelleâuel ce que la refpiration efl pour leur corps.

Peut-être auioienc-ils rai on , fi leur pen£fe pouvoir lire dans la penfée fupréme y comme celle-ci lit dans la lei:^ ; parce qu'alors leurs jou'ffances étant complettes & affurées y ib n'auioient d autre occu^aâon que de les iavoip»

rer , & d^en célébrer la douceur y fans aucun c^om-' bât pour les obtenir ; mais dans l'état a£èael de l'homme , il y a entre la penfée fuprême & la fienne , une acfion qui les empêche de fe réunir , & il ne peut démolir & détruire cette Barrière que par un moyen analogue à elle , c'eft-à-dire , par une aBion. ^

Enfin , nous appercevons dans la Nature phyfique même y des preuves que tous les Etres doivent rendre un hommage au Principe de la vie y s'ils veulent en recevoir des fecours & des bienfaits. Pour que la terre produife , il faut que des vapeurs s'élèvent hors de fon fein ; qu'elles aillent s'unir aux Vertus céleftcs , & qu'ehfuite elles defcendent fur fa furface pour rhumeâer de cette rofée féconde y fans laquelle elle ne peut rien engendrer. Leçon, vivante qui apprend à l'homme qu'il a une loi à fuivre y s'il veut connoitre les droits & les douceurs de foa exiftençe.

Il n'y pourra jamais parvenir que quand fou ardeur pour le vrai fera fortir de lui de violens defirs ; quand des vœux & des mouvemens , pour ainfi dire , créateurs y s'élèveront de toutes les facultés de fon Etre y qu'ils monteront jufqu'à la fource de la lumière y & qu'après en avoir reçu l'onâion falutaire & facrée , ils lui rapporteront ces influences vivifiantes , qui doivent

faire germer en lui les tréfors de la Sagefle 8È:

de la Vérité.

Mais en faifant dériver le culte de lliomme , de fes befoins , & de la néceffité de combattre robftacle qui lui fcrt de barrière, je paroitrois admettre une multiplicité innombrable de difS- rens cultes ; puifqu'en général l'homme étant expofé à des befoins aufli difFérens , aufli variés dans fon Etre intelleâuel que dans fon Etre corporel , vouloir prefcrire une loi uniforme pour ces différentes efpeces de befoins , ce feroit marcher contre l'ordre & contre la raifon. Quelques mots fuffiront pour feire difparoître cette difficulté.

Si l'unité d'un culte eft une vérité încontel^ table , & fondée fur l'unité même de celui qui doit en être l'objet , cette unité n'exclut pas la inultîplicité des moyens auxquels la variété infime de nos befoins fLO'iski oblige de recourir ; alors ce culte pourroic recevoir des extenfîons (ans liombre dans les détails , & ne pas cefler pour cela d'être parfaitement fimple, & toujours un dans fon objet , qui eft de rapprocher de nous ce qui manque à riotre Etre , & ce qui eft né- ccfïaire à fon exiftence.

Aufli , quels font ks Dieux de Fhomme dan« fon enfance & dans fa jeunefle? Ce font les objets naturels & phyfiques \ ce font ceux qui loi

e» d^voSent la beauté ; ce font fes père & mère ; ce font ceux qui le guidant & le fou- • tenant dans tous fes pas, deviennent pour lui des agens vifîbles de la Divinité , parce que n'ayanC point encore l'intelligence ouverte aux grandes ^ ^ vérités , il ne peut en recevoir les notions que par des fignes & des agens corporels & fenfibles comme lui.

Dans rage mûr , l'homme fage prenant des idées plus juftes fur la Divinité , ne tarde pas à reconnoître que ceux qui ont été fes Dieux dani fajeuneflTe , font ainfî que lui , infirmes & impurs^ qu'ils font auffi dans la dépendance d'un Erre intelligent & invifibre , qui fe démontre à lui par la penfée y & qui lui fait comprendre qu'il n'a reçu la vie & l'intelligence que pour manî-r fefter à fon tour les titres dé fon véritable Auteur,

Il conçoit alors qu'étant lui-même chargé de fon œuvre , c'eft à fes propres efForts à la produire , à fa propre intelligence à la diriger ; que fEtre fuprême étant pur & fans tache , il doit avoir des Miniftres purs & incorruptibles , fur ïèfquels la confiance de Thomme puifle repofer fans rifque & fans inquiétude.

Maïs quoique y dans ces différents états , nous voyions le culte de l'homme fe dîverfifier , oul^utôt s'étendre & s'élever à proportion qu'iT

iS;i. TaBLBAV

découvre mieux retendue & la nature de (es vrais befoins ; ce culte , tant qu'il eft conforme à Tordre naturel , eft toujours un , puitqu^ii tend continuellement au même but ^ qui efl de pourvoir aux befoins de Phomme^ félon les divers ^cats où il pafle , & de le faire par les moyens les plus vrais & les plus naturels dont il foit fufceptible.

Car les voies de la SagefTe font fî fÀrondes qu'elle fe transforme à chaque inftant pour fe proportionner à toutes nos fituations ; & fi par la plénitude de fes facultés , elle embrafle tous les Etres , tous les temps , tous les efpaces , dans quelque pofition que nous nous trouvions ^ elle ne peut jamais laifTer ëpuifer la fource de fes dons , & quelque multiplias qu'ils foient , ils ont tous la même unit^ pour principe & pour fin.

D'après cela , quelque fup^rîorit^ qu'un culte prcfente , il feroit imprudent de profcrire ceux qui , ne l'ayant pas encore atteint , en exerccroient de moins parfaits , parce que non feulement les loix de la réhabilitation des hommes fe combinant avec les loix des chofes fenfîbles, font afl'ujetties à des temps & à un ordre fuccefGf^ mais encore parce que nous ignorons ^!il ne fe txouvç pas des lumières cachées &

de fecretes vertus fous des apparences peu impo« fantci.

Enfin 9 Thomme n'eft point le juge de la jirîere ; il n'en eft que le gc'n^rateur & Torgane: & de même que les (fmanations des corps terrestres I en s'ëlevant dans les airs , dirparoiffent pour nos yeux matériels, & nous laifTent dans Tincerti' tude, tant fur leur cours que fur la place qui les attend dans Hmmenfit^ des rëfervoirs de Ta Nature , de même les prières des hommes , ne f(f journant pas fur la terre , deviennent inaccef-« fîbles à notre vue , k nos jugemens , & nous ne pouvons prononcer ni fur leur valeur , ni fur le cours qu'elles fuivent ^ pour s'approcher de la lumière , ni fur le rang que le premier des Principes leur deftine autour de fon Trône.

Malgré Ta fupériorirë d'un culte fur tes autres cultes , peut-être la Terre entière participe-t-tlîe aux droits qui diftinguent le culte parfait ; peut- être , chez tous les Peuples ^ & dan« toutes les •înftitutions religîeufcs, y a-t-il des hommes qui trouvent accès auprès de la SagelT^ ; & , loin de vouloir diminuer le nombre des vrais Temples de l'Eternel , nous devons croire qu'après les dons univerfels qu'il a répandus fur notre demeure y il n'eft aucun homme fur la terre , qui ne pût y s'il le vouloit , fervlr de Te nple à ce l^rand Etre, Car en quelque lieu qi e l'iiummo

aille , quelque îfole qu'il foît , ils font toujours trois enfemble ; & ce nombre eft fuffifant pouy conftiruer un Temple

Ceflbns donc de juger fes voies de la Sageflè^ &de circonfcrîre des limites à fes Vertus. Croyons que les hommes lui font tous également chers j que fi elle en a comblé quelques-uns de fea faveurs les plus précieufes & les plus gratuites ,(. c'eft une raifon de plus pour eux d'imiter fen exemple , en employant envers leurs fembla«« blés , la même indulgence :. enfin , que cettCL indulgence , qui n'eft autre chofe que Pamour divin , eft douce , bienfkifante , & qu'elle ne profcrit point , lors même qu^elle laiffe les Etres dans la privation.

Eh ! comment cette Vertu pourroit-elle profi* crire ? Elle eft vivante par elle-même , & elle ne tend qu'à mulriplier à l'infini , Tordre & la vie qui font en elle. C'eft la feule , par laquelle l'homme puiffe acquérir une idée véritable & intime de fon Etre , tant dans fon écat aduel , que dans fon état à venir, C'cft la feule qui éiende à la fois toutes les facultés de l'homme. Enfin i c'eft la feule , peut-être , par laquelle le premier de tous les Principes puifle fe comprendre' lui-même, & s'aifurer de toute fa grandeur.

Du point où nous fômmes parvenus , \^ Lee-

tetir peut voir s'étendre le ti^bleau des rapports qui exiftent entre Diçu , l'homme & l'Univers*^ puifque le culte vrai , & les Agcns pr^pofes pour le répandre , n'ont eu pour but que de rétar* blir l'harmonie entre ces trois Etres , de mon-» trer à l'homme l'emploi de toutes les fubftances de la Nature & leurs propriétés ; de lui peindre vifiblement celles qui font en lui-même , & qui combinées avec toutes les autres vertus naturelles , dévoient être l'image & l'expreflîoti complette du grand Etre dont tout eft def* cendu

Nous ne pouvons méconnoître en effet cette chaîne immenfe , qui lie les Etres de toutes les clafles , & qui diftribue fur chacun d'eux les Vertus qui leur font néceffaires.

Dans Tordre phyfîque , nous voyons lesfaculr tés créatrices du grand Principe produire & vivifier les mobiles de la Nacure , & ceux-ci retracer l'adivité de leurs modelés jufques dans les dernières fubdivifions de l'Univers fenfible > célefte & terreftre.

Dans Tordre fupérieur au phyfîque , nous. voyons les verlus pcnfantcs de ce même Principe ui.ivcr^el , Te repofer fur des Agans intelleduels, d'où elles fc rraiifmettent à des hommes privilégias , & à tous les rejetons de la poflérité de l'homme»

Enfin , rhomme luî-mênae repr^fente en tia-s ture cette double aâivité ; il éft uft tableau vivant de ces deux lôix fécondes qui fervent à fubt tancier tous les Etres.

De rintérieur de fa tête , ^mane fans cède un fluide puiffant & fenfitif, qui, defcendant fucceC- iîvement dans les différences régions de fon éco^ nomie animale , communique fa force & (on aâion jufqu'à fes fibres les plus tenues & les plus éloignées de leur fourcè radicale.

De rintérieur de ce même organe > l'homme fage & pur fent naître des penfées lumineufes & profondes ; & les exprimant au dehors par fes difcours , il peut par leur moyen vivifier les hommes qui l'environnent , & faire parvenir fuccef^ fivement fes propres lumières à tous les points du cercle qu'il habite.

Il efl donc clair que Thomme préfente en tout^ l'empreinte de fon Principe , & qu^il en eft l'expreflion dans l'Univers phyfîque & dans l'Univers întelleâuel.

Nous appercevons auflî quel eft le but de la SagcfTe dans la diftribution de fes dons bienfaifans , & que^ eft Pobjet de fon adion confiante & continue. De même que les exhalaifons mal faines delà terre, font perpétuellement corrigées par les influences phyfîques fupérieures, de même les penfées faulTes & criminelles des hommes ; 6c

celles des Etres corrompus qui féjournent avec lui , font contenues & purifiées par les împreffions aôives de la vie y oa par ces Agens virtuels que nous devons regarder comme les organes premiers & néceflaires du culte & des moyens fenfibles accordés à l'homme pour Faider à accomplir encore les Décrets fuprêmes.

Il ne faut point cacher ici que ce culte & ces moyens fenfibles , tranfmis à Phomme par des Agens purs , demandent de fa part une attention très-vigilante , une fermeté invincible j &. un difcernement très-délié pour ne pas confondre les actions vraies qui doivent animer fon culte y avec les avions faufles qui tendent continuellement à le défigurer , & qui font toujours prêts à égarer l'homme , foit vîfiblcment , foit învifiblement. Car dans Tintelleâuel comme dans le phyfîque , plufieurs exhalaifons mal faines fe dérobant à \ action pure qui les combat , s'élè- vent fouvent au deffus de la région où elles devroient refter enfevelies ; & c'eft-là ce qui dans Tune & l'autre clalTe , engendre les orages & les tempêtes.

Si l'on demandoit y à quels indices on doit reconnoître la qualité bonne ou mauvaife des actions intelleSuelles , je renverrois à une étude particulière de ces différentes impreffions; foit d»

penfee , fok de fentimens , auxquelles nous foffiM mes journellement expaf(fs, & qui par leur variété nous occafionnent tant d'incertitudes.

On découvrirolt par ^ là que quand Phomnie ell borné aux inipre(Ik>ns feniibles matériel-' les y ou a l'impreflion intelleâuelle fiaufTe ^ îT ne peut être fur de rien ; parce que ces deu% clafTes étant foumifes à plufieurs aâions toutesrebtives , fans qu'il y en ait aucune de fixe , expofent les Etres qui en reçoivent lesattaques > ^ lie rien diftinguer de pofîtif , à ne porter que des îugemens confus , ou à relier dans le doute le^ plus ténébreux^

Mais quand Thomme reçoit Pimpreffion in-' telleâuelle bonne , il ne peut tomber dans le» mêmes erreurs > parce que Taâion de l'Etre întelleduel pur , étant fimple , porte avec elle^ même la preuve de fa fimplicité , de fon unité y par conféquent de fa réalité. On verroit donc que cette réalité , ne fe trouvant que dans l'Etre pur & vrai qui en eft dépafitaire ^ c'eft en lur leul & par lui feul que nous pouvons apprendre a le connoître.

On verroit auflî que quand de femblables im-* preflions s'opèrent , l'homme eft à l'abri de toute incertitude & de toute méprife ; car les yeux impurs font fujets à fe tromper y attendu qu'ils ne soient que des réfultats mixtes & comgoU&i,

mais \ei yeux purs >de Pintelligcnce ne fe trompent jamais , parce qu'ils voient les principes qui font fimples.

Enfin , Ton fauroît que par une de ces faveurs qui ont été accordées à l'homme dans fa pénible carrière pour lui fervîr de guide , les impreflîons intelleâuelles fauffes font aflujetries à des loix femblables â celles de Tordre phyfïque & maté- riel ; & qu'ainfi que les corps , après avoir montré uhe apparence gracieufe & régulière , finiffent par devenir hideux & difformes , de même dans la clafle intelleâuelle , les Tableaux impurs les plus féduifants , ne tardent pas à fe décompofer , & à déceler leur illégitimité. Ceft tout ce que je puis dire fur ce point.

Réfumons en peu de mots toutes les vérités qui Viennent d'être expofées.

Elles nous apprennent que par une fuite de JPamour que la Sageffe a pour l^homme , elle dut , lors même qu'il détourna pour la première fois les yeux de fa lumière , lui en conferver ^es rayons proportionnés à la foibleffe de fa vue , & qu'à quelque degré que fon crime l'eût fait defcendre , il ne pouvoir tomber que dans fes mains de fon Dieu.

Et même n'étant pas gêné , comme nous , par ^ idées ^ulTes & les voiles ténébreux ijue fà

Tel eft le Tableau des loîx & des yérités qtlt fious avorts e'tablies folidcmeat , en les appuyant fur les rapports & -a nature des Etres. CherchonjF à en confirmer l'évidence par runîverfaKtë des Cgncs & des traces vifibles qu'elles nous o£:enc parmi cous les Peuples de la T^rre. «

L

A fublime origine de Phomme , fa chute # rhorreur de fa privation aâuelle y la néceffit^ ândirpenfable que des Agens vifibles aient ap* porté des fecours fupcrieurs fur la Terre , 9ç qu'ils aient employé des moyens fenfibles pour en rendre les vertus efficaces , voilà autant de vérités tellement gravées dans Phomme , que tous les Peuples de TUnivers les ont célébras ^ & nous ont laifle des tradtrions qui les cc»^ firment.

Tous les récits hiftoriqucs , allégoriques fit finbuleux y renfermés dans ces traditions y parleiit du premier état de l'homme dans (a pureté , des crimes & de la punition de fliomme cotî» pable & dégradé ; ils expofônt avec une ^afe évidence les bien£ûc$ des Divinités enrets Kir»

pooc

fout adoucir ks maux & le dâivrer de fes ^nebrcs.

Ce n'eft point aflez qu'on y ait déifié les kommes vertueux qui ont donné à leurs fembla-» blés des exemples de juftice & de bienfaifance ^ & qui ont retracé par leur^ aâions quelques veftiges de notre première loi ; on n'a pas craint d'y faire defcendre fur la Terre les Divinités mêmes , pour apporter à l'homme les fecours fupériears , que des Héros mortels ne pouvoient lui faire connoître , & poiur l'engager à devenir femblabîes à elles , comme l'unique moyen de fe rendre heureux^

En même temps , ceux qui ont eu foin de nous tranfmettre de tels récits , ^'accordent à nous repréfenter ces Divinités bienfaifantes fous des formes fenfibles , & analogues à la région que nous habitons ; parce que fans cela leurs fecours auroient été en quelque forte perdus pour des Etres aufli groffiérement corporifés ^iie nous le (bmmes.

Enfin , chez toutes les Nations , les fecours de ces Divinités bienfaifantes ont ^té célébrés par ^es cultes. Qui oferoit aflurer même que toutes les loix , tous les ufages , toutes les conventions ibciales , civiles , politiques , militaires , religieufes que l'on voit établies fur la Terre, ne foient pas à^% traces.parlantes de cesinflituiionsprimitives;

N

qu'elles ne foient pas des émanations j altéra-^ tions ou dégradations de ces premiers prëfenc £airs à Thomme après fa chute , pour le ramener à Ton Principe ? Car îi ne faut pas oublier que les hommes peuvent tout altérer ^ qu^ik peuvent tout corrompre , mais qu'ils ne peuvent rien inventer.

Nous aurions donc fous les yeux un moyen de plus 9 pour lire & pour reconnoître dans toutes les œuvres de l'homme , la loi qui le concerne & à laquelle il devroit s'attacher ; attendu que malgré les diffîrences infinies que nous offre la forme de ces inflitutions humaines dans tous les lieux de la Terre , elles ont toutes le même but , le même objet , & que ce but perce par-tout fes enveloppes.

Il faut convenir néanmoins que les 'traditions allégoriques & fabuleufes , à force de vouloir afiîmiler les Dieux à l'homme , leur ont donné fouvent fes paffions & fes vices ; qu'elles les ont fait agir comme les Etres les plus corrompus ; & que les aviliffant ainfi à nos yeux ^ elles ont en quelque forte perdu tous leurs droits à notre croyance.

Mais ne doir-on pas fentir que fî la Mythologie s'annonce fous des apparences ridicules ^ telles que ces fureurs , cette jaloufie y cette ardeue

3cs fens qui parok y être prefque le feul mobild des Dieux & des Héros , c'eft qu'étant un tableau univerfel , elle doit t)fFrir les maux & les biens , Tordre & le défordre , les vices & les vertus qui circulent dans la fphere de l'homme.

D'ailleurs l'abus des mots , & Pignoi'ancé de Jeur véritable fîgniftcation , ont donne à ces récits emblématiques , une multitude de lêns louches & forcés qu'ils n'avoient pas dans rori*^ gine , où ils pei^noient des objets auffi réguliers y aufli élevés » ^uffi refpeâables que ces emblèmes paroiil^t aujourd'hui imparfaits y ridicules & dignes de mépris.

Ceft parlà qu?on peut expliquer en pattiè les contradiâions que préfente la Mythologie. L'ignorance du vrai fens des noms , a porté a at-* tribuer au n>ême Etre , à un Héros ^ à une Divi* tiité, des &its & des aâions qui apparténoient à des Etres difFérens : on ne doit donc pas être fur- ^rîs d*y voir le même perfonnage montrer dans ies aâiôns , tantôt Porg^aeil & l'ambition des Etres les plus coupables , tantôt l'excès de la débauche Xz plus honteufe , tantôt les vertus des Héros & des Dieux : il ne faut point s'étonner d'y voir Jupiter maître du Ciel , Chef des Dieux terreftres , fes frères , & Jupiter livré aux paffions les plus «vicieufes : d'y voir' Saturne être à la fois le Père ^es Dieux y & manger fes enfans ; enfin | d'y

N X

voir V^nus Uranie , & V(?nus D^effe de proffitution ; ainfî , quoiqu'on trouvé raffemblés dans la Mythologie , tous les feits & tous les types; quoiqu'elle préfente plufieurs tableaux oppofés fous les mêmes noms ^ l'intelligence doit en difcerner les couleurs & les véritables fujets.

Au refte , j'indiquerai tout à Pheure un point, de vue lumineux fur cet objet important , par lequel on découvrira des folutions plus {atisfaifantes , parce que l'on y verra fortir de l'homme même la vraie fource de toutes les Mythologîes: car il ne faut pas chercher ailleurs que dans lui y Torigine naturelle de tous les faits fournis à fes rpécularions.

Si l'on réfléchit fur l'univcrfalité des opinions des Peuples relativement aux manifeftâtions vifibles des Puiflances divines , fur les preuves que nous avons données de la néceflité de ces manifeftâtions pour l'accompliflement des Décrets fupremes , & fur les. traces qui nous en reftent dans toutes les inftitutions quelconques établies fur la Terre , nous ferons très-difpofés à croire que ces manifeftâtions ont eu lieu en effet parmi les homme&

L'on fe confirmera dans cette idée , fi Toa confidere que de pareilles traditions fe font trouvées chez les Peuples féparés de notre con^

tînent par des drftances confidérables & par des mers immenfes: chez des Nations qui entrefpiré le même air que nous 9 qui ont joui du même foleil pendant nombre de fiecles , fans nous connoître & fans nous être connus.

Les différens Peuples de l'Amérique avoîenÉ des idées uniformes fur la création de TUnivers , & fur le nombre qui en a dirigé l'origine ; ils admettoient , comme les anciens Peuples , une multitude de Dieux bienfaifans & malfaifans dont il étoit rempli , & auxquels ils offroient de nombreufes vidimes en facrifice ; ils éroienc d'accord avec tous les Peuples , fur la perfection d'un état antérieur pour l'homme , fuc fa dégradation y fur fa deftinée future des bons & des méchans : ils avoient des Temples , desi Prêtres , des Autels ; un feu facré entretenu par des Veftales y foumifes à des loix féveres , comme^ elles rétoîent chez les Romains.. Les Péruvienseurent des Chefs vifibles y lefquels , comme Orphée , fe dirent enfans du Soleil & obtinrent les hommages de leurs contrées : ils avoicnr une idole dont le nom , félon les Interprètes y jfignifîe trois en un : les Mexicains en avoient une qu'ils regardoient tous comme un Dieu, qui s'étok corporifié en faveur de leur Nation;. Enfin y il fufBroit peut-être de changer les noms,, poux trouver chez ces Peuples la même théogpnîe;

& les mêmes traditions qui font de toute ant^ quité dans Fancien Monde.

Si la pcrfuaGon des manifeftations vifîbles det Piiiflances divines & de leur n^ccffite , n'^toit pa& dans Thomme un fentiment efTentiel & analoguo i fa propre nature , ces opinions ne fe feroient communiquées que par tradition , de proche en proche. Elles n*auroient point exifté chea' f es Peuples > s^ils n'oiit jamais tenu à nous par aucun lien : ou elles fe feroient effacés de leuB fouvcnîr par la longueur des temps depuis notrô ftparation , fi primitivement nous les avions partagées avec eux.

Nous ne prétendons point ^ par cette alter-% native , fortifier les incertitudes & les foupçons qui ont pu régner fur la div^rfité d^ongine dict tous ces Peuples. On ne doute plus aujourd'hui que le Nord de FAfie ne communique de très-* près au Nord de ^Amérique ; que le détroit qui fépare ces contînens ne foit rempli d'Isles, qui «n rendent la communication plus facile ; enfin y. €^ue leurs hafcitans ne commercent enfemble ^ & que même dans le Nord de PAfie , il n'y aie des Peuplades Américaines.

Indépendamment de cette voie de communî— cacion entre les deux cogitinens y il faut croire que qans l'intervalle qui s'eft écoulé depuis tes pre-

Xilers fiecles , plufieurs Navigateurs , foit de POrient , foit de l'Occident , ont été jetés fur ces plages inconnues , où produifant en divers lieux différentes Peuplades , ils leur auront tranfmis les vices & les vertus , l'ignorance & les lumières qu'ils avoient apportées avec eux.

Car fi l'on confidere la diverfité des Nations qui habitoient l'Amérique , la variété extrême de leurs mœurs , de leurs ufagea ^ de leurs langues y & même de leurs facultés phyfiques ; fi Ton confidere que la plupart de ces Nations ou femilles étoient inconnues les unes aux autres y & ne montroient aucun indice qu'il y eût jamais eu de relation entr*elles , on fe démontrera (ans peine qu'elles doivent leur exiftencc à divers naufrages , ou à des émigrations de l'ancieit continent , & que leurs pères ont été jetés fur ces rivages à àts époques différentes & dans des fiecles éloignés.

Sans nous arrêter plus long-temps à cette queC» tion y & quelle que foit la manière dont cette population a eu lieu , on ne peut fe difpenfei: de reconnoltre une unité d'origine primitive , à des Peuples dont les diverfes efpeces engendrent avec nous y- &c dont les fruits provenant de ces alliances y. engendrent à leur tour ,• à desr- Peuples y chez qui Pon découvre les traces des» féwtés que npus avons annoncées fur la né»-r

ceflîré de !a manifeftation des ûtciûtés & pvSSi lances de FErre divin dans cet Univers & devant les hommes ; enfin , à des Peuples qui font abfolument femblabtes à nous par leur nature , par leurs idëes fondamentales y & par leurs traditions. ^

Dîfons plus : quand même leur origine primitive ne feroît pas commune avec la nûtre'^ dès qu'ils nous reffemblent , ils doivent participer aux mêmes avantages. Enfin y s'ils font hommes , s'ils font comme nous dans la privation & le befoin de I'Etre fupérieur & onî- ▼erfel qui les a formas , cet Etre tient à eux, comme à toutes fes autres productions. Ainfi » quand ils n'auroîent Jamais eu de commani* cation avec notre continent , cet Etre auroft toujours pu leur faire parvenir des preuves & des manifefiations de fon amour & de ia fàgeffe.

Quant à rantiquîté des temps , où les manî- feftations de ces Vertus fupérieures ont commencé à s'opérer parmi les hommes , les traditions de la plupart des anciens Peuples nous ofilent encore les indices les plus fûrs.

L'origine de ces Peuples eft pr«fque toujours enveloppé d'un voile merveilleux & facré. Ils fe diftnt prefi^ue tous protégés y & même dcf«

eendans de qudque Divinité, qui a préfidé à leur naiflance , qui a fondé leur établifTement , & qui les fourient par un pouvoir invifible,

N'eft-ce pas nous annoncer depuis quel temps l'œil de la Sageflè veille fur l'homme , malgré fon crime ? N'eft-ce pas nous dire que , dès l'inftant que l'homme eft devenu coupable & matheureux , la lumière s'eft emprertée de venir au devant de lui , en fe partageant, pour ainfî dire y afin de fe mettre à fa portée , & n*a ceffé depuis de répandre les mêmes bienfaits fur toute fa poftérité ?

Il ne feroit pas auflî facile de dérermînei? , d'après les traditions , le nombre des aâes folemnels de manifeftation que les PuifTances divines ont faites parmi les hommes , depuis cette première époque. -

Les dodrînes anciennes , ne s'accordant point à cet égard , font naître des doutes fur la plu-- part des Agens qu'elles nous prélbntent ; en forte qu'on eft réduit à penfcr qu'il peut y en avoir dont la tradition ne nous a pas tranfmis la mé- moire y & que plufieurs de ceux qu'elles nous annoncent comme de vrais Agens de ces facultés fuprêm-js , n'ont jamais exifté, ou n'étoient peut- être que des impofteurs.

Des obfervacions bien attentives , & fondées far la connoiflànce des véritables loix des £cre&^

pourroîent fans doute nous guider pour notnir^ ces manifeflations & pour en calculer les ëpCH ques : car j félon les notions les plus naturelles f elles doivent être égales & relatives au nomhrc des facultés & des vertus que l'homme âvoît abandonnées ; c'efi-à-dirc y analogues à la vérP table nature de Phomme , dont par leur nonthre elles doivent opérer le complément & k juftejji. Mais la génération préfefite n'en efi pas encore là ; les faufles id^es qu'elle â prifes de Tbonime & de fa deftination j lui fermenr encore les routes qui mènent au Sanâuaire de la Vérité- Far les mémeis raifons on ne doit point être furpris y fk le fens fublime que nous faifons entrevoir dans les traditions mythologiques des anciens Peuples , paroît imaginaire à la plupart des hommes. Ils ont tellement perdu de vue la fcience de leur Etre & celle de leur Principe y qu'ils ne connoiflcnt plus aucun des rapports qui le» lieront éternellement l'un à l'autre.

En effet y le vulgaire ne voit dans les récits my-^ thologiques que le )eu de l'imagination des Ecrî-* vains , ou la corruption des traditions hiftoriques , ou peut-être les effets de ^idolâtrie y de laf crainte , ou du penchant des Peuples pour les.^ iaits merveilleux. Ainfi y. en exceptant qpel^ei^

allégories ingénieufes , tout dans la Fable lui paroît bizarre j ridicule , extravagant.

Des hommes eftimables , & places dans \^ clafTe des Savans ^ ont employé la plus vafte éru-' dition ^ à établir à cet égard des fyfiémes plus^ fenfés que l^opinion commune : mais j comme ils n'ont point affez approfondi la nature des chofes y leur doârine j toute impofante qu'elle puifTe être , refte au deffous des traditions qu'ils ont eflayé d'interpréter.

En efFet , Ton ne peut porter un autre juge* ment de ceux qui ont borné exclufivement à un objet inférieur & ifolé, le fens des traditions mythologiques y qui fe font efforcés d'y faire voir par-tout le fyftême particulier qu'ils avoient embraffé y & qui n'ont point apperçu que ces traditions , n'ayant pas toutes le même caradere , ne pouvoient fupporter la même explication ; que les unes , tenant à la haute antiquité > reniermoient les emblèmes des vérités les plus profondes ; que d'autres , beaucoup plus modernes , ne dévoient leur exiilence qu'à la fuperftition & à l'ignorance des Peuples , qui n'ayant pu comprendre, les traditions primitives , les ont altérées & confondues avec les traditions poûérieures & particulières à chaque Nation ; que le mélange de ces traditions y les préjugés des Hiftoriens y & les fruits de l'imàginatioa des Poètes y avoienir

sngmeiité roMcnrité. En foite que lûtn flè vouloir concentrer la Mythologie dans un oB-* \tt paiticalier ^ on devrait pintâc conveiiir qn*eOe prâiente des £ûts qni n^ont aocnne aslogie.

Enfin , s^ eft permis i toiis les ObfeiTatnits d'y chercher des rapports avec la daflè des cho^ fes qm leur (ont connues , la rai(on définid d'étie aflèz aveugle pour n'y voir rien^o-dela , & ponr réduire à un ol^et inSrîeur & borné , des enH- Uêmes gui peuvent avoir un but plus vafie & plus élevé : elle s'oppofe , bien plus encore ^ i ce qu'on donne a ces traditions & à ces emblêases , en fens & des allufions qui n*ont jamais pu ksir convenir.

Ce font ces applications SiufTes & rétrédes que nous nous propofons de détruire , afin d^élever la penfée de I^mme a des interprétations plus juf^ tes , plus réelles & plus fécondes.

Cependant , pour ne point nous écarter de notre marche , a laquelle ces remarques ne (ont qu'acceflbires , nous nous bornerons à examiner les deux principaux fyftêmes mythologiques ; ce qui fuffira pour fixer Fopnion que Ton doit avcnr de tous les autres.

Le premier de ces fyfiémes préfeate dans tonle& les FaUes de FAntiquité j les embléoies des

Naturel: i©f

lîravaux champêtres , les indices des temps & des faifons propres à l'Agriculture, & toutes les loix^ que la Nature terreftrc & cëlefte eft forcée de ûiivre y pour Paccroiffement , l'entretien & la vie des produâions v^ëtatives.

Ce fyftême une fois conçu par les Obfervateurs , ils ont fait des efibrts étonnans pour le juftifier , & pour y trouver des rapports avec tous les détails de la Mythologie : mais pour en appercevoir le défaut , la plus légère attention fera fuffifante.

En aucun temps , chez aucun Peuple , on n'a m faire ufage de figures plus belles & plus nobles que les chofes figurées. Ne feroit-ce pas renverfer toutes les notions que nous avons de la marche de l'efprit de Ihomme , que de prétendre ^u'il a employé le fupérieur pour emblème de l'inférieur , & qu'il a imaginé des fymboles & des hiéroglyphes plus élevés & plus fpirituels que Tôbjct qu'il vouloir défigner.

N'eft-il pas certain , au contraire , que le vrai but de Vemblêmc efl de voiler aux yeux du vulgaire quelque venté , dont l'abus ou la profana-* lion ferment à craindre , fi elle étoit révélée ; de £ûre en forte qu^ foit difficile à celui qui n'eft pas digne de cette vérité , de la découvrir cm d'y remonter par Fembléme , candis que ceux qv ùmt henrenfigmcnr difpofi£s , appercevrons

d'un coup d*œil tôt» les rapports qu^il renferme»

N'eft-il pas certain auffi que \cs/ymboles & les hiéro^yphes font des tableaux ou des fignes def-^ tîn^s à rendre fenfîbles an plus grand nombre les vérité & les Sciences utiles ^ & à les faire com* prendre a ceux dont Fefprit borne ne pourroit les appcrcevoir , ni en conferver le fouvenir, fans le fecours de ces fîgnes groffiers?

Ces définitions fimples démontrent afTez que les emblèmes, les figures , les fymboles ne peuvent être ni fupérieurs , ni même égaux à leurs typés ; parce qu^alorsla copie s'éleveiroit au dellus de foti modèle , ou pourroit (e confondre avec lui : ce qui la ren droit inutile.

Il fufEt donc de comparer la plupart des emblèmes mythologiques avec les types que les Interprètes ont voulu leur donner , pour décider d'après l'infériorité de ces types , fi leur application peut préfenter quelque jufteffe.

Qu*on examine y en effet , ce qui paroîtra plus noble , plus ingénieux , ou dés détails groffiers & mécaniques du Labourage , ou de ces Peintures vives dans lefquelles on feît jouer tontes les paffions ^ & ou Ton perfonnifie tous les vices & toutes les vertus.

Qu'on examine en outre , fi Ton peut regarder comme le type de la Mythologie , les conflellations céleftes & Irars influences fur les corps ttt'^

reftres , relativement à la v^g^tation* Cette opinion préfentant la même infériorité du type â la figure , les mêmes motifs la rendent inadtnifCble.

Quant aux fignes aftronomiques vulgaires » fur lefquels on voudroit fixer exclufîvement notre penfée , difons que , par ignorance , Phomme les a prefque tous établis fur des divifiôns idéales ^ fur des ooms arbitraires d'animaux y de perfonnages & d'autres objets fenfibles y dont les rapports qu'on nous préfente , ëtant imaginaires & conventionnels eux-mêmes , n'offrent point l'idée d'un vrai type , & ne font que des figures vagues , étrangères aux v&itables Jignes aftronomiques , & aux vertus qui leur fervent de mobiles.

Ceci doit fufiîre pour ouvrir les yeux à ceux iqui n'appercevant qu'un objet ifolé dans les 4:raditions fabuleufès , croient que toute la Mythologie des Anciens ne doit fon origine qu'à l'Agriculture & à l'Àftronomie. L'erreur vient de ce que poftérieurement on a confondu quelques fymboles de ces deux Sciences avec les tradition» fymboliques primirives. Parlà les hommes fe font trouvas encore plus^loi- ^nés des vérités fimples &: importantes , qui ÊûfiMent l'objet de ces traditions^

2o8 Tableau

Aînfi , fans prétendre nier les fymboles en petit nombre , que l'Agriculture & PAftronomie ont fourni à la Mythologie , nous pouvons rendre fervice à nos femblables , en les avcrtiflant que ces traditions y telles que nous les avons reçues des Anciens y renferment une infinité d'autres emblèmes , pour lefquels il cft de toute impoffibilité d'admettre le même fens & les mêmes rapports ; parce que leur type ne fe trouve^ ni dans la terre y ni dans les aftres , ni dans aucun Etre corporel.

Ceux qui ont donné ces interprétations de la Mythologie , en ont fait defcendre également l'Art de l'Ecriture & de la Peinture 9 comme devant fervir à tranfmettre les fignes viiibles des loix & des faits , dont les Nations vouloîent perpétuer la mémoire & rintclligence» Ils ont expliqué par ce même principe tous les emblèmes de l'idolâtrie , prétendant que les figures hiérogliphyques qu'elle employoit , n'é- toient que la repréfentation fymbolique des objets matériels de fon culte.

Ils ont cru en trouver des preuves dans les traditions des Hébreux , où un Prophète parle des Peintures facrileges qu'il apperçut fur les murs du Temple de Jérufalem , & devant lesquelles les Anciens d'ifraël & le Grand-Prêtre même , tenant Pencenfoir à la main , fcmbloient

offrir

45!&îr des Gicrîfices criminels. Tout ce que nous nous permettrons de dire fur cette interprétation , c'eft qu'il feroit à fouhaiter qu'elle fût auili vraie qu'elle cft ingénieufe.

Des obfervateurs ont réfuté avant moi le fyftême que je viens de combattre relativement à l'Agriculture ; mais après l'avoir détruit , ils ne l'ont pas remplace. Car , di. e aux hommes que la Mythologie n'a voulu peindre que le feu vivant de la Nature , & que leur unique objet doit être d'en difpofer , pour la réparation de leurs forces ^ & pour la confervation de leur forme corporelle ; c'cft leur donner , il eft vrai , une grande idée , xnais ce n'eft pas leur donner le complément de la vérité ; puîfque les hommes ont encore une deftination plus élevée* Ainfi , c'eft tomber dans le cas des Philofbphes hermétiques , dont nous allons obferver les dogmes & la doârine.

La règle qui exige que les types foient fupé- rieurs aux figures , aux fymboles & aux hiéroglyphes , s'applique également à Popin^on de ceux ^uî ne voient dans les traditions anciennes , que les procédés de l'Art hermétique ; qui n'apper- «çoîvent dans Ics^ Di^înités de la Mythologie , iqueles emblèmes des matières ou des fubftances premières ^ fur lefquelles ils prétendent

O

'zio Tableau

Le but de TArt hermétique , le plus généralor ment connu , ne s^âeve jamais au deflus de la matière : il fe borne pour Pordinaire i deux objets ; Facquifition des richcffes , la pr^fervation & la guërifon de maladies : ce qui ^ au gré de fes Seâateurs y ne laifTe plus de bornes amc defirs & au pouvoir de lliomme , & lui permet d'efperer des jours heureux & d'une durëe infime»

£n vain quelques partifans de cette Science féduifante ^ prétendent-ils obtenir par elle y une Science plus noble encore , qui les âeverok autant au deflus des adeptes matériels ^ que ceux-ci le feroient au defTus du vulgaire. Ces hommes y très-louables dans leurs defîrs y ceC» fènt de Têtre y dès que l'on confidere par quelle voie ils cherchent à les remplir. Car une fabttance quelconque ne peut produire que des £hzi£i de fa nature : & très - certainement les &uits après lefquels ils (embtent fbopirer, font d^uae nature bien différente des fubilances qu'ils fixt* mettent à kurs manipulations.

Si FArt hermétique matériel n'atteint pas a»- delà des objets matériels y cet Art n'eâ pas dans une claffe plus élevée que FAgricuIture ; il efl donc évKlent que les emblèmes & les fymboltt de la Mythologie lui focc également étrangexs^ puifqu'ik préfetxteot le lan^ige de Fintelligteeccj^ & quils dajDuaeu une vtio & une aâxu à

^t &cult& qui font inconnues à la m^itîere.

Ceux qui ont cru voir tant de rapports entrô àes chofes auffi différentes , ne les ont confondues qu'en fe laiflant fdduîre par l'uniformité des loix qui leur font communes. Il &ut obferver des temps , des degrés , des mesures , des poids , des quantité y pour la direâion de§ procèdes hermétiques ; il faut de même un poids ^ un nombre , une mefure ., pour nous diriger conformément aux loix de notre Nature intelligente. Il feut une précifion , une juftcfle extrême dans toutes les opérspcîons hermétiques ; il faut y avec bien plus de néceffité encore , fuî- vre un ordre fixe & réguEer dans la marche in^- UllecHuelle^ ^

Ce font ces conformités qui ont ahufé les Obfervateurs. Ils ont attribué à des opérations abfolument matérielles, une foule de principes qui ïie pou voient convenir qu^à des objets fupérieurs par leur aâion & par toutes les propriétés qui leur font inhérentes. Par-là il eft certain qu'ils t>nt ravalé les anciens fymboles ^ au lieu de nous les expliquer,

La méprife des SeôateurS de la Science hertnéuque vient donc de ce qu'ils ont fans cefle confondu ^ & dans leur doârine & dans leur ceu^ we , deux Sciences parfaitement diftinâes

L'amour du Principe fuprême n'avoit pré-»

une autre loî que celle qui tut efl propre y & recevant ainfl qu^un ébranlement foible & paflà^ ger y ne rend de même qu'aune affîon foible & pa(!agere.

Voilà pourquoi ces réfultats ne parlent qn'i la vue ; pourquoi Ton ne peut les appercevoir qu'à la Êiveur de la lumière élémentaire na^ turelle , on artificielle : pourquoi ifs n'ont <^vm temps ; & pourquoi ce temps étant pailé » ils ne fe manîfeflent plus ; enfin , pourquoi ils n'ont aucune des conditions indrfpenfabTes pour être vrafs y pour fournir des preuves qu'ils ont éf^ extraits par la bonne voie , & pour montrer qu'ils ont efFeâivement en eux le germe de Xcarfeutc de leur vie.

Ceci y je le fais , ne fera compris que par les Philofophes hermétiques y & par des hommes inftruits dans des Sciences pîus profondes & plus eflentielles que la leur. Cependant ceux qui ignorent les procédés de l'Art hermétique , & qui ne connoiffent aucun des fruits qui peuvent en provenir , m^entendront affez pour apprendre à difcerner ces fruits y s'ils avoicnt un jour occafioa d'en appercevoir , & pour fe tenir en garde contre Tabus des expreffions employées par les PartîQins de cette Science : car parmi ceux-ci , il en efl qui fembleroient affez habiles y & affez perfiiadés , pour être dangereux ; mais leur eft-it

poflible d'être de bonne foi ^ en fuîvant le culte des fubfiances corruptibles ; & en fe diflimulant qu'ils ne recherchent avec tant d'ardeur un efprit qui foit matière , que pour pouvoir fe pafler de celui qui ne Peft pas f

. Cet abus d'expreffions ^ cette confiance ^ ou plutôt ces illufions fe montrent à découvert dans les prétentions de la plupart des Philofophes hermétiques , qui fe flattent de pouvoir opérer fur la matière première.

Tous les procédés fenfibles & matériels > loin der tomber fur la matière première^ ne peuvent jamais avoir lieu que fur la matière féconde & mixte ; attendu que la matière première ne peut être fenflble ni à nos mains ^ ni à nos yeux ^ ni à aucun, de nos organes , qui ne font eux-mêmes que matière feconde & compofée».

D'ailleurs y quelle difproportion n'y a-t-il pas entre le feu grodier & déjà déterminé qu'ils, emploient y & le feu fécond & libre , qui fert d'agenc à la Nature f Et que peuvent-ils attendre de leurs vains efforts y s'ils comparent l'omet de leurs defirs j avec ce qu'ils recevroient par la fouijjance & V emploi d'un /i^/ plus pur & moins dellruâeur ?

Nous ne rappellerons point ce qui a été dit dans POuvrage déjà cité , fur la différence de: K matière première & de la matière féconde^

ùu y û l'on veut , fur la difierence âcs corpi & âê leur Principe. Il fuffic de dire que cette matière première , ou ce Principe des corps » efi comQi* tué par une loi fmxple , & qn'i! partidpe à Tonité ^ ce qui le rend indeUmâibie : au lieu qoo' la matière féconde , ou les corps , font confiitB& par une loi compofée , qui ne fe montre januoi dans les mêmes proportions , & qui par-^là rend incertains & variabl» tous les procéda mitétiek de l'homme.

A défiiur d'avoir fait ces diflinâions impcnta»» tes , les Pfailofophes hermériqoes font i tout inf^ tant dupes de leur première méprife : & leur doâxine y ainfî que leur marche , conduit à Ter*' reur tous ceux qui fe laiflent féduire par le mer^ veilleux des Êûts qu'ils nous préfentent.

L'ufage ou ils font d'employer la prière pour le fuccès de leur œuvre , & leur peribafion de ne pouvoir jamais Tobtenir (ans cette voie , ne doit point en impofer. Car c'eft ici où leur erreur fe manifefle avec plus d'évidence ; puifque leur travail , fe bornant â des fubftances matérielles ^ ne s'élève point au deffus des caufes fécondes.

Or ces caufes fécondes étant par leur nature au defibus de Tbomme , ce n'eft pas le tromper que de lui dire qu'il eft £iit pour en avoir 1» âifpoiîtion. Si les Philofophes hermériques omr ^ez d'expérience & de ronnoiflanccs poor pré?

pàrèr convenablement les fubftances fondamen-* taies de leur œuvre , & que cet œuvre foit poC» fible ^ ils doivent donc y parvenir avec certitude # fans qu'il foit befoin pour cela d'interpofer d'autre PuiJJance que celle qui eft inhérente à toute la matière ^ & qui conftitue fa manière d'Etre. .

D'ailleurs , il eft un danger prefque inévitables auquel le Philofophe hermétique eft expofé : c^eft qu'en priant pour fon œuvre y il n'arrive que trop fouvent qu'il prie fa matière même* Plus les fruits qu'il obtient ^ paroiftent par&its & déga-* gés des fubftances groflieres y plus il eft tenté de croire qu'ils approchent de la Nature divine ; parce que fes fens voyant quelque chofe de fupé- rieur à ce qu'il apperçoit ordinairement y il eft féduit par ces apparences , & croit avoir des motifs très-légitimes pour fe Juftîfier de fon erreur. Par cette voie les Philofophes hermétiques , «'enfonçant dans de nouvelles ténèbres , perpétuent les triftes fuites de leur enthoufiafme & de leurs préventions.

Je m'arrête peu au motif qui les empêche de révéler leurs prétendus fecrets , à cette crainte qu'ils afFeâent , que fi leur fcience deve^ jioit univerfelle , elle n'anéantît les Sociétés civiles & les Empires , & ne détruisit l'harmonie qui parole être fur la Texre* Comment leur fcieiic#

pourroît-elle devenir univerfelle , fi comme % l'enfeignent , elle ne peut erre le partage que du petit nombre des Elus de IXeu ? Et d'ailleurs qu'eft-ce que les Sociétés civiles & les Empires auroient â regretter , fi en changeant de forme , ils ne renfermoient plus dans leur fein que des hommes vertueux y & alTez inftruits pour la* voir éloigner les maladies , de leur corps ; les vices y de leur cœur ; & l'ignorance , de leur efprit ?

RéunifTant à toutes ces obfervatîons j la grande loi de rinférioritë que doivent avoir les emblèmes envers leur type , on reconnoitra que U Philofophie hermétique n'a pu être le premier but y ni le type r^el des allégories de la Fable. Il feroic contre la vraifemblance , que la nature de l'homme ëcbiré l'eût porté à imaginer l'intervention des Divinités , pour voilex une Science qui fe contredit & qui les injurie; une Science qui nourrit cet homme de TeC- poir de l'immortalité y & qui le difpenfe de ta tenir de leur main ; qui lui promet y fans leur fecours y les droits les plus puiilàns fur la Nature ; qui y fl elle eft poiEble dans toute foa étendue y doit fe trouver dans les fimples loix des fubftances élémentaires , & dés-lors eft tnfS^ rieure à la Science vraiment propre à l'homnre;, f(iii^ fi ette a une ibucce plufr élevée y a-'eft plus à

jnotre difpofirîon ; qui enfin renferme en eile feule , plus d'illufions & de danger que toutes les autres Sciences matérielles enfemble , parce qu'étant fauffe comm'elles dans fa ba^e & dan^ (on objet , elle a néanmoins par fes procédés ^ par fa do£lrine & par fes réiukats ^ plus de reflemblance avec la vérité.

Si dans les différentes clafTes de Philofophes hermétiques , il en eft qui femblent prendre un vol plus élevé , & qui prérendent parvenir à Tœuvre , fans employer aucune fubfiance maté- rielle , nous ne pouvons nier que leur marche ne foit fort diflinguée : mais nous ne trouverons pas leur objet plus digne d'eux , ni leur but plus légitime.

Lus faî démontré avec évidence que TAgrrcultnre & la Science hermétique n'ont pas été Tobjet des emblèmes & des allégories , plus je fuis engagé à indiquer clairement quel en peut être le véritable but. Fhifieurs Obfervateurs ont déjà donné ï C9^

traditions une interprétation plus Tirante f fioÊ noble y plus analogue à nous-mêmes que celles que nous venons de parcourir. Je ne crains point de m^lbuTer , en adoptant hautement la doc« trine de ces judicieux Interprètes. Plus elle (èia fublime , moins il y anra d'erreur à fe rapprocher d'eux

Uhomme , (on origine ^ fa fin ^ la loi qui dok le conduire à fon terme , les cau&s qui Ten tien* nent éloigné , enfin y la Science de Thommt j m* féparablement liée à celle du Premier de tous let Principes , voilà les objets que les Auteurs des Traditions primitives ont voulu peindre ; v<nli ce qui peuc feul ennoblir & jufiifier leurs fymbcdes^ ▼oili le feul type digne de leurs emblèmes ; parce qu'ici le type efi fupérieur à l'allégorie ^ quoique l'allégorie convienne par£ûtement au type»

En effet , il n'eil point dliomme infimit de fa vraie nature , qui , s'il cherche à pénétrer le fcns des Traditions mythologiques , n'y apper-» çoive avec une efpece d^admiration y les fymboles des ùûxs les plus importans pour l'efpece humaine & les plus analogues à lui-même.

Alcyonée , Pandore , Deucalion , Silyphe , les Danaide^ y Hercule , la Robe de Nelîtis y le Caducée , Argus y les Parques y les Champs Elyfées ^ le fleuve Léché y le nombre des circuits du Styx ^ Scmélc confumée par la pn:fesce de Jupces

2ans fa gloire , Pygmalion , Cîrcë , lés Compagnons d'Ulyffe , Tirëfîas devenu aveugle à PinC- tant , pour avoir regarda Fallas pendant qu'elle s'habilloit , les Centaures ; en un mot , prcfque tous les détails de la Mythologie offrent à l'homme des înftruftîons profondes , qui le confirment dans la Science que fes efforts lui ont procurée.

Mais ces emblèmes n'ont-ils d'autres fondemens ique rimagination ou le génie de ceux qui nous lès ont tranfmis ? Les Mythologîlles fe font-ils propofés volontairement de femblables tableaux , ou en ont-ils reçu les plans tout tracés ? C'eft iine^ queftion qu'il eft important de réfoudre* De fimples rapports entre les différent traits de la Mythologie & FHiftoire de l'homme , ne nous montreroîent point une Science affez ample ni afféz certaine , fi nous n'élevions notrt penfée jufqu'à leur origine. Pour le faire avec fuccès , rappelions - nous que l'épigraphe Je cet écrit, nous impofe la loi d'expliquer les :chofes par l'homme , & non l'homme par les chofes.

Confidérant id cet hommts dans fa nature întellîgéttte , nous répéterons qu'il eft fujet aifjourd'hui i recievoir une multitude de penfées diverfes J qtï^S on reçoit de lumineufes & d'obfeûtes , de frâftès & de tbirriées> de jûftes &

212 Taîlkait

de feulTes y d'avantageufes & de malfalÊmtes { d'ailleurs par la loi des Décrets fuprêmes , 3 eft des hommes choifis qui , pailànt leurs jours dans les délices de la vérité , doivent être regardés comme vrais types des vertus , tandis que d'autres , par négligence ou par lâcheté y deviennent des types complets des vices.

Nous retraçant enfuite la néceffité de la ma* nifefiarion des fignes vi£bles des vertus fupérieores fur la Terre ; nous retraçant cette loi invariable par laquelle tous les Etres liés au temps , foit bons , foit mauvais y ne peuvent rien c<mnoitre que par le fenfible ^ nous verrons s'il n'eft pas naturel d'admettre qu'il doit y avoir une analogie & une proportion entre ces iignes vifiblés de tous les genres & les différentes penfées de Thomme , & que les uns & les autres doivent f: ivre la même marche & le même coorSL

La réflexion des rayons folaires n'eft - elle pas proportionnée & analogue à la nature des fubftances qui les reçoivent ; nulle fur des fur- £àc^s noires , foible fur des fluides (ans couleur , plus forte fur des fiuîdes colorés , vive fur des fblides colorés & compaâes , ûnmenfe fur les (bS« des purs &c unis comme le verre , comme te diamant ? N'eft - ce pas Ut une preuve parlante » que les rérultats intelleôuels tienneot à notre mecc d'être , & ^ulls cm réfiéçhiflcttC nécsdËàr

Sscnt Nclat ou l'obfcurité , la force ou la foibleflfe , enfin , les vices & les vertus ?

Il exille en nous-mêmes un nouvel indice de l'exiftence àc ces fignes fenlîbles. Nous ne pouvons communiquer aucune de nos penfees , qu'elle ne foie précédée en nous d'un tableau engendré par notre intelligence. Quand nos penfées font aflives , le tableau qui les repré- fente en nous , eft fouvent affez fenlîble pour nous offrir une forte de réalité ; & dans tous nos arts d'expreOion , nous fommes plus ou moins fatisfaics , félon que les traits fenfibles , fous lefquels on nous peint les ptnfées , font rapprochés d'elles , & qu'ils en marquent le caraâere.

Si Ton veut une preuve plus complette encore de la relation des iîgnes fenfîbles avec nos penfées , nous la tirerons de l'état aâuel de notre Etre 3 & de la loi violente qui rafrujettit, Car j s'il eft évident que nous ne puîflions rien recevoir dans rintelleduel que par le fenfibic , & que cependant nous ne doutions pas que i'intelleâuel de l'homme n'ait reçu , comme il reçoit tous les jours , des penfées, il réfulte que ces penfées ont pris une modification fenfible, avant d'arriver jufqu'à lui ; il réfulte , en un mot ,

B cette modificatioa ou ce figne fenfible exîfte

învifîblement autour de nous , près de notis^ ainfi que la fource des penfdes ; & que , fî au liea des penfées fecondaires que nous recevons des bommes , nous nous élevions jufqu^aux penfées yives & primitives , puîfi^es dans leur Jburce même , elles feroient néceilairemenc prëc^^ des Jîgnes analogues & vivons qui leur appartiennent , comme les fîgnes grofliers & con« ventionnels , tels que récriture & la parole ^ pré- cèdent pour nous les penfées que les hommes nous communiquent.

Enfin j fi l'éducation de l'homme n'étoic pas fi fauflê & 6 abufive y les fignes primitifs & naturels feroient les élémens de' fort inftruâion ; & il commenceroit le développement de (bti exiftence intelleâuelle , par la perception & la connoiflance phyfîque de ces fîgnes y dont le ièns ne lui feroit communiqué que dans un âge pks avancé.

Quoiqu'on nepuiffe appuyer ce principe que fur un très-petit nombre d'exemples , on «uroâ: tort d'en nier la certitude. Confidérons Penâme débile & concentré dans fcs organes : là ten* dreffe vigilante de ceux à qui la Nature Fk confié y emploie tous les moyens fenfiblés propres à le foulager ; 41 en reçoit lei eflPetà > & qu(Hqu)3 les perfonnes qui les Im- Irén^ tnettent > & le motif ixenMknc qdi les Itft

ft^f y lui fôiènt incotinus , cela ne d^chiît pbint leur exiftence; & il n'en eft pas moins certaiii que fans elles j jamais Tènfant he recevrait aucun fecours , aucune fenfatîôn favorable. Telle eft l'image de ce qui fe pàife dans l'ordre, des penfees y par rapport aux organes & aux fîgnes qui leur font nëteflaires pour parvenir dé leur fourcê jUfqu'à nousi

Sans m'ëtehdré dàvabtagé fur la nature dé ces fignes , qui doivent être très - reflethblans à (ceux que nous employons nous-mêmes pour la c^ommunicatioii de nos penfëes , pdifque nous né pouvons rieh inventer , nous dirons que . s'il y à une variété extrême entre les penfées de l'homme ^ de même il peut y avoir des différences co fidé- îrables parmi les fignes vifibles qui leur appartiens lient y puifqiie des fignes ne font que les organes & les modifications des penfees. Alors la proportion que nous avons établie entre les penfées & leyrs fignes analogues , devient encore plus né- teffaire & plus indifpenfable pour éviter la coh-^ fiifiori.

D'aptes ces principes j de même que l'éhfarif • qui commencé à croître , commence aufli à appercevoir j quoiqu'obfcurément , les objets qui l'environnent^ dé même celui qui par les pré-> miers progrès de fe facuUes intclkâuetles , fcroki

en ecat de commencer à recevoir dés penfitèi 1 pourroit appercevoir d^une manière incertaine , les fignes qui les repréfentent ; mais ces penfccs & ces fignes fe perfeâionnant proportionnelle^ m«ic avec l'âge , comme Tes faculté phyfiques ^ la croiffance naturelle de fon Etre intelleâud le conduiroit an point d'être favorifé de pcnféts vives j jades , étendues y & d'en recevoir auffi le figne analogue ; c'eft-i-dire , mi figne complet ig régularité , avec des tr^ts fi par&its & 6, achevés qu'il le prendroit pour un homme accompli , pour un Agent (bpérieur , pour un Mi-> niftre de la Divinité ; comme Thomrne au ibrtir de Tenfance reconnoit vifiblement pour des hoxDi* mes y les agens fenfibles qui ont foulage fès pre-» mirs befoins y & ceux dont il tient rexiftence & la vie.

Celui au contraire qui auroit des penféeî fautes y dépravées & mal^fantes , pourroit les diftinguer à des fignes difformes , & afîez irréguliers pour qu'ils lui paruflent provenir des Agens mêmes de Terreur.

En effet , l'homme étant la plus noble penfée de Dieu , il ne devroîc pas être étonnant que les penfée s divines qui viennent jufqu'i lui , eujQenC des analogies avec la plus belle à^s formes y qui eft celle de l'homme ; & c'eft ici que s'appEque avec )ufieâè le p^ge de Sanchonîaton cité pré-

è^démihént ^ darts lequel il reprefentfe lé Diéû Thot tirant le portrait dés Dieux y pour en ifaire les càtaûereS facre^ des lettres : car Te cprpi: de rhonime eft la plds belle lettre de tôui lei alphabets exiÛ^n^ ihr là Terre ^ & par conf'quént la copie la plus correâe du portrait invifible de la Divinité;

Ort pourrôît même étendre cette, ijidâiffioh Jufques fur la forme dés àftrés qui cônime I*hoihmé font des lettres Vivantes , du grand alphtibet; &' i'ils nous paroifTeiit fphériqaes j c^eft cjue telle: eft la forme que les objets ont pour Tbomme dan^ fon enfance ^ ou tout lui paroît ^gal & uniforme ; tar nous ne pouvons nier que nous né foyionS îci-bas dans l'enfance i par rapport à U vraie con^ fzoiffance dés aftres;

Enfin i il faut âpplîquét ati dévelo()pèmeiîé de nos facultés intélleâuelles , & à toutes' lest merveilles qui leur appartiennent , là même f)ro-= fercflion que celle qiii S'obferve dàn^ le deve- ' loppement dés facultés pihyfiqucs de l'enfant; Il y a une égale fuite de degrés , des ténèbre^ 2 lai lumière , même thêlange dMmpreffiohs dour tes & d'impreflîons fàcheufes / mêmes perccptionsf d'objets gracieux & d*objéts contraires ou mal-i fàifatis.

Si Ton ajouté à cela , lei mélanges q[ui fe foré éans notre Etre ^ où leé ^ces s'allient avec les '

^P 2) vertus jf

vertus , la lumière avec robfcurité , Pon trouvera pour leurs analogues y une nouvelle eipece de fignes , c*eftra-£re > des fignes mixtes tenant du vr^ & do £iux y avec des variëcés infinies , relatives amc diSH* rentes mefures de penjéc jufic ou faujfe donc les mélanges font formés.

' Mais il eft une vérité plus vafie & plus cott* vaincante ; c'eft que d'après les principes qm ont été ejq^fês fur la dégradation de rhomme & for les liens par lefquels il tient toujours ati Prii»-* cîpe dont il eft defcendu , il faut qtic ce Prîiicîpe ait communiqué aux hommes chargés (péciaf» lenrènt de concourir au grand œufre , toutes les penfées relatives à leur état ancien , aâuel & même futur , afin de leur montrer à la fois ce qu'ils avoient perdu , ce quHIs (buffiroient , & ce qu'ils dévoient efpérer.

II Ênst donc que ces hommes choîfis aient m fenfîUement le tableau unîverfel de Fhiftoire de l'homme y dans fequel on doit com-- prendre fes jouifiànces primitives ; tous les cont» hats qull avoît à Ibutenir , qui fe font renouvelles fit multtpHés à l'infini depuis la démolitioa de ion premier Tempte ; tes fcœurs perpécnds & puiffans que la main (upréme place &ns cefle auprès de nous ; l'harmonie & la marche de tous tes Principes de la Nature, ; la

ferme

forme & la ftruéhire de l'Univers ; les /o«r de la Terre ; les vertus de ces aftres bfillans qui nous . éclairent ; enfin , les Afires plus vivans encore , qui font de même nature que l'homme y & que, par cette raifon , il lui fera permis de contempler un jour.

En un mot y il falîoic .que chacune de ce» penfées , ou de fes connoiflances , fût accompagnée du figne fenfihle qui lui eft analogue , pour que les hommes choifis. à qui la Sagefle vouloit communiquer fes. lumières , reçuflent fe complément des inftcuâions qui leui: étoient né^ ceflàires.

Mais fi lliomme (è repréfente tous les jours la même vérité fous des images & des tableaux variés , il ne faudroit pas êtra étonné que les divers hommes choifis pour fervir de Colonnes à V Edifies , euflent reçu b. connoiflfance des grands faits & des grandes vérités ^ par des fignes diffé-* rens , & fous des rapports qui n'ofïriffcnt pas tous, les mêmes caraâeres , comme nous voyons que ks Langues, ne fe font multipliées & diverfifiées que parce que chaque Peuple a confidéré le même Etre fous une face & une acception parti-* culiere.

Il ne faudroit pas non plus être étonné que* la fucceflion des fiecles eût multiplié pour l'homme Igs tableau)^ de la vérité^ & les figues

ooi ?>£Esr fcÊt wAmA , de Cioob que les

f.iffbni' affyHBrJfaii â jpanr<dp de |nfer ià rcK wSBèsm

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Les hocmsaa £Rvanrt& de gmw8r% Imslouis,^ »£ les ar^iœos: r&asiK ope poniir r^aSSBiê & ffiiff^ tinâii jM de iCui&is BeoBawwia - aÉv de iiranjiiii cot ot^jf^ils mx^jone: pv â^ jfi^ffTBJlfar de les cbohui* flâ^!3Gr 200 jicrsit aoooBsbne de cdbx ^'ih p^jenctt ék^c&i ooDfTffMiMg H Mtf air j^ Ar cecoe caBammûa CBi&om 2 difl fe iiôie de ™"^ naniBorcs ^ inme fssr le di&OŒQs ik les jn!fhm3ftags , i^aioiBB |ac Fi£X£7mr &: Temjêsi des <iK3hr C!n&qgii& Sa^fs jpar ces 9^r72stf liinpérwiTOs diaiit ITi & ibs TappiifiTa avec naos <fiiiit édL

Les ^^a^;es ^ ea esaxcast^vs .a^kv ^ de GQEiK i ^ jk .svcoiei^t Âmaié !lenr les rBaAcnnnt tcémons de ouuis îl» i^fùhzm J îtZf; <gin posvcncnt <eii ;pr0«enir4 i: xxnnxxe Ses

reçus de ces vertus fup^rieures y contenoîent THiftoire complette de l'homme , foit dans (a gloire , foit dans fon ^tat d'avilifTement & de foufFrances , les réjultats que recevoient leurs Difciples , contenoient le même mélange de lumière & d'obfcurité , de mal & de bien , de perfeûion & de defordres , de pâtimens & d^ remèdes , de dangers , & de moyens de délivrance.

Ces mêmes Difciples, foit par ordre de leurs Maîtres , foit par zèle , auront communiqué chacun aux Nations parmi leTquelles. ils habî- toient , finon les faits , au moins les r&its d© CCS faits y & les difcours infirudifs auxquels ils avoient affiflë.

Voilà pourquoi , chei les anciens Peuples,' tes traditions parlent d'un âge d'or ; de Géans ;. de Titans J de l'ufurpation du feu célefte & dii trône de la Divinité ; de la colère du père des. Dieux contre les prévaricateurs ; des divers pâ-^ timens que ceux-ci éprouvenç fur la Terre & dana les différentes Régions de l'Univers; des vertus répandues fur les mortels pieux & fidèles , à qui les Divinités même accordent leurs faveurs ^ & de Telpoir qu'elles les admettront à des félt* cités plus grandes encore , s'ils obfervent la loÈ de leur Principe , & qu'ils fâchent refpefter \kvtxf

On ne doit point être étonné que ces & ces doârûies foîent univerfelks ^ (Kirce qoç dans rorigine elles fQrmerent le fonds des dé- pars hîftoriques de tous les Peuple;. Ce n'eSt qu'à la fuite des temps & des événemens poliô- ques , que l'Hifloire civile en a pris la place ; c^ qui &it que dans l'antiquité nous avons fi pea de monument de l'Hiftoîre politique des Nations , & beaucoup de traditions Thé<^oniques ; 2^ Sqi que dans les ten^ps modernes , nous voyons pca de traditions & 4e ùks relatife à lUiftoire natareUt & religieufe y quoique nous ayons beaucoup cnS^ toires civiles : ces deux clafTes ?yantt eu raremept çnct^elles ynç par&ice affinité,

Quoiique les Sages inftruits par les vtrtus fàpé-« fiçures , & les Difciples infbuits par les Sages» aient obtenu eflentiellcment les mêmes connoipfinces j & les mêmes réfultats, j ils n*ont cependant reçu chacun les grandes lumières , & les grandi traits de l'Hiftoi^ e univerfelie de Thomme , que fous les fignes & les tabkauz qui leur étoienf: particulièrement analogues ; parce quç sll eft vrai que tous les hommes aient le même Etre quant 4 Pef^ce , il efl auJGB certain qu'il y 9 parmi eux une variété univerfelie de dons ^ de lÈtuItés , de manière de faifîr les objets ; &* la ?^ge.^ ea envoyant phyfi^uament aux hopimcs

(es prcfens y le prête toujours à ces différences. Ces Sages & ces Difciples , en communiquant les mêmes cbofes , ne l'auront donc fait chacun que confor-- moment à l'idée que leurs dons particulurs leur permettoîent d'en prendre,

De-là réfulte la variété infinie qu'on apperçoît dans tous ces récits parmi les différens Peuples dç la Terre , quoique le fonds des vérités y foit géné- ralement uniforme.

Les Difciples qui étolent admis à ces cormoif^ fances , ic à ces wanifefiations , non feulement ont pu ne pas tous les faifir avec la même intelligence , mais quelques-uns ont pu y joindre des interprétations particulières & bazardées ; d'autres confondre les chofes emblématiques avec les types qu'elles dévoient exprimer , & donner enfuite l'allégorie pour le fait même : oubliant que la fîmilitude 4es /îgnes naturels & fupérieurs avec les objets fenfibles , n'avoit lieu que relativement à leur forme , & à raifon de notre affujettilTement au;^ loix inférieures & inatérielles ; mais que cettQ fîmilitude. ne peut jamais avoir lieu quant à leur effence

Quelques autres s'abandonnant à I9 dépravai* tion ) ont pu altérer à delTein les types & les emblèmes , ou ne s'attacher dans toutes les mer« veilles auxquelles ils . participoient , qu'aux objets irr^§uliçr^ dçfordQnnés : §ç chacun d'ei^x pro-

felTant

feflant enfuite ces fciences ainfi r^trecîes on cor^ rompues , ont donné lieu à ces cradicîons abflirdes , à cette multitude infinie de récits ridicules , impies & infènfés , dont ks différentes Mythologies font remplies ; & qui ne (e concis lient point avec les vérités fondamentales & primitives , parce que plufienrs de ces récits tiennent fi peu à la vraie fource , qu'ils ne peufvent avoir aucun rapport avec nous ; enfin , de fa dérivent principalement les différentes Seâes des Religions des hommes , & toutes les branches de Pldolâtrie* Car s'il eft confiant qu'il y a une idolâtrie oà Ton n'apperçoit que l'ignorance & le néant , S y en a une qui dent évidemment à la dépravation ; & qui conduit à de plus grands crimes encore que ceux que le fanarifme & la fuperfUrion ont pu engendrer fur la terre. Elles font Pune & Pautre une altération du culte vrai ; elles mettent également un Dieux faux à la place du Dieu réel. La différence d'origine de ces deux efpeces d'idolâ- tries , vient de ce que dans Pune , Phomme a abufé de fes connoîirances pour en furmer une fcience coupable , & que dans l'autre ^ il ^ été groffiérement inflruit.

Mais toutes ces erreurs annoncent également ridée & la connoiflance d'un Etre fbuverain ^ car fi ridée d'un Dieu n'étoit pas analogue à

notre Nature , iamais ni les objets, de nos afFe Hi3ns fenfibles , ni rinftrudion même des Agens fupérieurs ne l'auroient fait naître » ni dans refprit des indituteurs , ni dans celui des autres bommes. De même fi un homme n'avoit jamais connu fenfiblemcnt aucun objet fuperieur & digne de Tes hommages , il n*auroit pu enfanter ridoiàtrie Jouwrainemcnt criminelle , puifque ^ pour être vraiment Idolâtre , non feulement il faut commencer par reconnoître un Principe divin , mais encore il faut l'avoir connu de manière à ne pouvoir ignorer qu*il lui eft dû un culte pur & légitime

Ainfi , lorfcjue nous nous rempliflbns d*admî- ration pour les beautés naturelles , de vencration pour des héros , de tendrefTe pour un ami ^ nous (bmmes encore loin de l'idolâtrie , & nous n'attribuerions jamais à aucun Etre inférieur , nî les noms , ni les titres qui appartiennent à la Di*- vinicé , fi l'idée de la perfeâion fuprême n'avoir été antérieurement développée en nous , foit en nature , foit par l*exemple , & l'inftruâion môme altérée de nos éducateurs & de ceux qui nous environnent.

Et même > lorfque nous nous oublions jufqu'à dîvînifer des hommes ou des oljets purement terreftres , ce n'eft point eux que nous élevons

ji^eUemend à la qualité de Dieux y ils font

trop foîbles & trop infirmes pour nous îndnirs à une vëricable idolâtrie : mais c'eft la majeftë de notre Etre que nous âifons defcendre du point d'élévarion où l'exemple & Tinflruâion l'avoient portée y & que nous laiflbns repolèr fur des objets inférieurs ; c'eft cet Etre qui fâchant qu^l eft deftiné à rendre hommage & à contempler la Divinité fupréme , s'abaifTe vcts ' le» Etres qui font au defibus d'elle ^ & les prend pour le terme do fon adoration. . .

C'eft donc moins en divinifànt les objets lenfibles , qu'en fe matérialifant lui-même , que l'homme s'eft fait idolâtre. Ce n'eft point pat des afFedions fenfibles que l'homme s'eft élevé à ridée de la Divinité , & à celle de fes Agens : c'eft au contraire en ravalant cette idée lublime & naturelle , qu'il a perdu de vue les objets fupérieurs dont fon eflence le rapprocboit , pour s*attachèr à des Etres groffiers & périffables qui n'çn avoient ni la réalité ni les vertus. Car ^ je le répète , fi l'homme n'avoit eu primitivement la preuve de l'exiftencç de ces Etres fupérieurs , s'il ne l'eut tranfmife à fes femblables^ , ou par des faits , ou par des traditions , aucun d'eux n'eût jamais erré fur un principe dont ils n'auroient point eu de connoiflance ; & l'on peut regarder comme une vérité cônftante y que fi un homme

dès. l'çftfancç étoit entièrement féparé des. aurrea

hommes «

tK>m]i!eS) îi lui feroit plutôt podible de reeevoic & de pratiquer le culte fupréme ^ que de cooh mencer par fe créer une feule idole

Ceux<»mémes qui ont ador^ le Soleil , & ceu< qui voudroient en annoncer le culte comme lo plus naturel , parce que l'objet en eft plus rapproche de nous , ne détruifent point le principe que j'cxpofe. Les Peuples qui ont exercé le culte da Soleil , ne font parvenus à cette idolâtrie y que pac une altération d'un culte plus fublime ; & il fuffie pour s'en convaincre de confronter leur antiquité avec celles des Peuples qui ont adoré l'Etre invifible. Ces traditions Chinoifes annoncent un culte pur &: éclairé chez cette Nation , long-temps avant l'établiffement du xulte du Soleil chez aucune autre Nation de la terre.

Quant à ceux qui prétendent juftîfîer cettç idolâtrie matérielle , ils ferment les yeux fur la nature de l'homme , ils ne voient pas même qu'un femblable culte ne peut long-temps le fatisfaire ; parce que l'homme étant un Etre» aôif , a befoin de prier , de concourir à V œuvre qu'il defire opérer , & que le Soleil remplit régulièrement fes fonâions envers nous , (ans que nous agiflions , & fans qu'il foit néceffaire que nous lui adreffiôns des prières j parce que l'homme efl deftiné par fon origine à exercer

leur culte des Âftres, des Animanx , âts VUttiteép

des Reptiles ^ & autres fubftances de la Nature.

Et vraiment fi Pon refléchit à quel point dd

dégradation l'efprit de l'homme peut delcendre

par Tignorance , & le peu de foin qu'il a de

cultiver fon înteltfgence ; fi Ton confidere ces

degr& fi nombreux & fi variés auxquels il peut

s^arréter dans le dcTordre de fes idées ^ on aura

Porigine évidente de cette multitude d'Idoles

diftinguées entr^elles par des formes & deà

pouvoirs fi diiFérens ; Car dans toute l'étendue

du cercle de$ Etres « il n^en efl aucun . vrai oa

faux , fur lequel l'homme ne foit le maître de fe repofet , 6c veri lequel il ne puifle diriger fon culte.

Ainfi il n'eft pas étonnant de voir honorer matériellement fur la Terre , des Dieux de . l'Empî- rée , des Dieux céleftes , des Dieux terreftres ^ des Dieux aquatiques , ignés , végétatifs , reptiles , minéraux ; enfin , des Dieux infernaux même f Se des Dieux du crime & de l'abomination ; parce que Phomme a le droit de fe porter vers tel objet qu'il fe voudra choifir , & d'y attacher l'honneuf & le refpeft qu'il ne doit qu'à la Divinité fuptéme.

Mais s'il eft vrai que la forme de Thomme foit la plus expreflîve de toutes les formes y fut laquelle font fondJs tous les rapports , te

toutes

loûtés les relations ; plus les fîgnes & lés ihonum'ens de Tidolâcrie eh (feront éloignes , plusi ils feront inférieurs & altères. Ceft donc èd èomparant dvec là régularité de notre fbrriie ^ éôut ce qui nous èfl repi"érénté de feiifiblè , quô nous pourrons juger ; non feulement des difFefcns degrés de l'idolâtrie matérielle dei Peuplés ; hiais auflî de ce qui tient , foît à une Idolâtrie ^lus 'criminelle ,(foit au cultqpùr , àftif , & légitime ; parce que lés correfpondânceis de cette foriné fdnt nniveffélleà;

Convenons à préfent que la Mytfiologîé , dan^ ks récits les plus fenfés & les plus réguliers eii âppareilcé , doit étire comme inexplicable pour ceux qui h'orit pas pénébé dans là fciéricë dé Fhomnie & de la Kature. Ceux-mêmes qui y âurbîènt pénétré , dbivërit fertcorë trouver de grandes difficultés dans cette efpéce d'éhide ; pàrçë que pour s'aflurer de îa juftefle des rapports , if jfaudtoit ien quelque forte paflTér en reviie le^ jfigncS originels mêniè]^ fiir lefquels ils répbfent; Or les copies feules de pareils figneS né- fuffifent ^às pour dé telles vérifications ; & il fkilt aller chercher îeS originaux dans lés dépôts mêmes d'dtt les prerriiers Ecrivains les ont tirés, ; c'éft-à-diire i flans leurs réfervoirs naturels:

Ne foyons donc plqs étonnés qu'un fi grand

nombre d'Obfervateurs aient en vaîn confumé leut temps ,.& employé leurs travaux à expliquer Torigîne & le but des raditions mythologiques , pour nous perfuader de la vérité de leurs differens fyflémès , puifqu'ils n'ont pas eu pour bafe un Principe général , ni de véritables lumières. Comment auroient-ils pu éclaircir robfcurité de Torigine des fables & des Allégories , n'ayant pas une jufte idée de l'homme p & ne contjoiflànt point tes rapports primitif & fondamentaux. ~

Mais on demandera peut-être pourquoi les mêmes lumières , les mêmes fignes , les mêmes faits y étant toujours à la portée des hommes , le langage allégorique & les emblèmes ont prefque dilparu aujourd'hui de deflus la Terre ? J'ai déjà répondu en partie à cette queftîon , en expofant combien les traditions religieufes fonf plus anciennes que l'Hiftoire civile des Peuples , & en faifant voir pourquoi ces deux fortes de tradirions ont fiiivi un ordre inverfe. Il fuffira donc de dire ici que les hommes aduels jouiffent moins généralement de ces grands Jeçours que dans Torigine ; &l qu'ils font fans doute en cela plus coupables , puifque ces Jignes & ces emblèmes font toujours à leur portée & à leur difpofition ; d'ailleurs , lorfqu'ils en jouiifent aujourd'hui , ils font tellement rapprochés ^ç.% rçalitù y qu'ils ne penfent plus même zmïl figures.

V^UÔIQtJE iWîgine & le but dès récits Mytho^ logiques foîent prefque univerfellement inconnus ; quoiqu'ils aient été fi fouvent altères , ou. par l'ignorance des Traditeuirs & des Emules , ou par celle des Écrivains & des Poètes ^ nous en avons indiqué plufieurs qui montrent des rapports évidens avec les v^rit^s expofées dans cet Ouvrage. Préfentons-eh quelques exemples, & prenons - les dans les Fables Egyptidhnes 8c Grecques^

Qui ne reconnoitrà dans AlcyotiJe ^ dans ce Géant fameux qui lecourùt les Dieux contre Ju-^ jpîter ^ qui fut jeté par Minerve hors du Globe de la Luile où il s'étoît pofté j & qui âvoit là vertu de fe reflTufciter j qui n'y reconnoîtra ^. dis-je j l'ancien Prévaricateur ^ exclus de la pré- fcnce du Principe fupréme , réduit à l'horreur du défordre , & enchaîné dans une enceinte t Jné- breiife , où des forces fupérieilres ne ceflènt de le contraindre & de molefler fa volonté toujours renaiflante ? ^

On verra avec la même clarté l'hiftoîre dé

l'homme criminel dans Promethéej ic celle AcÈ differens crimes de fa poftJrit^ , dans tous les malheureux dont la Mythologie nous prékntc les noms & les fupplices.

Tel eft Epimethec ouvrant la boîte de Pandore* Nous remarquerons ici que Prometheé fignîfic Voyant avant ou premier voyant y & EpirncîtMe voyant après ou fécond voyant y expreflions dont nous rirerons dans la fuite d'autre^ rapports.

Tel eft Ixion qui projette un commerce în« ceftueux avec la femme de Jupiter fofi père ^ & qui , n'embraflant qu'une nuée , produifit les Centaures , ou les monftres moitié hommes & moirié chevaux ; par où notre nature mixte eft évidemment repréfentée. Son fupplice eft une image fidelle de celui de l'homme précipité aux extrémités de la circonférence , autour de laquelle il circule ^ & où il ne rencontre que des ennemis furieux & implacables.

Tel eft Syfiphfc révélant les fecrets du Roi ïbn maître , & condamné à remonter toujours un rocher énorme fur une montagne , d'où il redefcend toujours , c'eft-à-dire , à perfévérer i dans fes entreprifes audacieufes , pour être continuellement molefté en les voyant Continuellement jenverfées.

Telle eft enfin l'allégorie des Danaïdes qui tuent leurs maris , & qui , fans la vertueufe conduite

duîte d'Hypermneftre , auroient à jamais dégrada le nombre parfait centenaire dont cette famille ëtoic CQmpofée. Audi ccant réduites à puifer d« l'eau fans relâche dans des vaifleayx Cins fonds , elles nous font comprendre ce que peuvent les Etres qui ont éloigné d'eax leurs Guides & leui» foutien , lequel eft figuré par le çhçf ou le mari de cçs filles criminelles..

Les yeux exercés, entrevoient (ans doute .à tous ces emblçmcîj;^ des rapports plus direds &. plus fçnfibles ; tels que le tahleaa de la. marche de$ £cres coupables qui , étant chacun condamnés à un fèul aâe , Topèrent toujours de la même manière ; qui , par cette monotone uniformité , fç décèlent eux-n[iêmes ^ ^ rnettent l'homme bien intentionné* à couvert de leurs atfaques 5; comme nous Véçrouvons par les différentes pa[^ ^ns qui nous obfedent, lefquelles fe préfentent; toujours avec la même couleur , que chacune^ avoit er^ commençant à nous, ppurfuivre.. Mais ces. notions n'étant pas à la. portée du vulgairç , con-«^ tentons -nou§ de remarquer dans le tableau de; Tantale > Içs peines auxquelles nous, fomn^es, aflu-. îettis : de voii^ dans le Chien à trois tétQs , dan^ les trois Fleuves des Enfers, dans, les trois Par-n ques, dans le? trois Juges ,. Iqs txoîs différens, genrçs d^ combats , de pâtimens &, de, &(pen-^ fions que nous avons à fubir en raifbn des tnoii

ASions fupériturts dont nous fommes l^par& ^ &:

les trois d^;rés d'expîatîon que tout homose doit

monter avant de panrenk au terme de (k réhabî-

Ikatîon.

Les Tradîtîofis mytholo^qoes Grecques 9: Egyptiennes ne fe bornent point à nous prelênter tes effets de la Juftice des Dieux fiir Munnme ^ cUes nous peignent paiement les txaîts de leur amour , en nous offrant , quoique fous des voiles ^ les rayons de leur propre lumière.

Il eft vrai que par une (uite de notre malliea« reulè fîtuatîon , eette lumière ne peut défrioyec foute ik (^fendeur , parce que, répandant aufE fà clarté fur les dangers & fur les maux dont Fhomme eft entoure , il n'éprouveroit que Oior-« reur & FefFroi y s'il appercevoit à la fois tous les ennemis qui ^environnent & tous les obfiades qu'il doit combattre & fùrmonrer«

Auffi entre-t-il dans Pordre de la Sagefïè , quH ne foit expofé que peu-a-peu aux Advcrfcirts formîdajles qui le pourfuivent ; elle ne Im laifîe ouvrir les yeux qu'avec précaution & fucceffivement ; die veille fur lui comme fur Tenfant qui frémiroir de crainte & de terreur , fî dans fa fcîblefïe il pouvcMt connoître h rigueur & la violence des tlémens, ou des agens aâi6 qui fe difpucent fa chétive çnyeloppç»

Et fî Pott voit tant d'hommes être encore enfans fur ces grands objets , c'efl: qu'il en eft de ces faits comme de ceux de là clafle élémentaire y où deç milliers d'hommes recevant , pendant toute leur vie matérielle , les aâions & les contr'aâions des agens de la Nature , font néanmoins difpofes à ne leur point reconnoître de loîx ni de caufes ré- gulières, à défaut d'avoir obfervé leur marche; enfin , c'eft que , par la foiblefle de leur intelligence, ils laifTent pafler devant eux tous ces» phénomènes fans les comprendre & fans en retirer d'inftrudion.

Mais fi la dodrine qui a été établie ci-devant lur nos rapports avec notr« Principe , eft inconteftable , nous ne pouvons plus méconnoître les figncs de l'amour vigilant de la Sageffe pour l'homme , dans l'emblème de Minerve , fille de Jupiter , couvrant fes favoris d'une Egide impénétrable; dans cette efpérance qui fut lailTée à Epimethée , après qu'il eut ouvert la boite fetale ; dans les confeils que les Dieux donnèrent ï Pirrha fa fille & à fon époux Deucalion , pour repeupler la Terre , après que la race humaine eut été détruite.

C'eft par une fuite dé ce même amour , que^ la piété du Roi Athamas lui fit obtenir des Dieux la toifon d'or; que le courage fit la vertus de Théfée. lui méritèrent le fil: d'Ariadne j qu'Or--

n'avoient conûàéré ce retour que par rapport i &i hmriere ^^mentaire , ils n'auroient pas inflicué àcs fêtes pour le c^tbrer. ^

Aa rede cet ufage étoit d'autant plus uaturel ^ que dans une Langue primitive , dont nous ne tarderons pas à nous occuper y les mots planète & influence font fynonymcs.

Enfin le fameux Caducée , féparant deux ferpens qui fe battent , eft une image cxpreffive & naturelle de Tobiet de lexiftcnce de l'Univers; ce qui fe répète dans les moindres produâioni de la Nature , où Mercure maintient l'équilibre entre l'eau & le feu , pour le foutien des corps , & afin que les loix des Etres étant à découvert aux yeux des hommes , ils puiflent les lire fur tous les objets qui les environnenà; L'emblème du Caducée que la Mythologie nous a tranfmîs , eft donc un champ inépuifable de connoiffances & d'inftructîon ; ' parce que les vérités les plus phyfiques peignent à l'homme les loix de fbn Etre intelleâuel & le terme auquel il doit rendre pour recouvrer fon équilibre

Ceci nous mené aux fymboles & aux hiéroglyphes , qui par leurs rapports appartiennent y comme tous les autres emblèmes , aux fignes des penfées diverfes dont nous avons reconnu que Vhomme eft fufceptible j & qui, dans les faits,

fenfibles ^

fenfîbles , doivent montrer à l'homme le vrai ta-» bleau de l'état de fon Etre intelleâueL

Si l'homme a pu avoir ici -bas des preuves fenfîbles de l'exîftence des Puiflknces fuprémes; fi à plus forte raifon il a ptt en avoir de celle des PuifTances inférieures qui compofent toute la Nature , Se font comprifës dans (on Domaine ^ il y a donc , non feulement pour toutes les clafles intelleâuelles , mais encore pour tous les Etres phyfïques de la Nature générale & particulière ^ des fignes analogues & fixes , qui dirigent l'homme dans la carrière de fon infiruâion; autrement fa fcience feroit dénuée dç baie & d'appui.

Far conféquent les fignes & les hiéroglyphes relatifs à la Nature phyfique , n'ont pu dépendre de la convention arbitraire de l'homme , comme le prétendent les perfonnes qui ne marchent point par des /entiers foUdes , & qui fe rendent aveuglément aux premières opinions qu'on leur préfente.

Et la preuve que ces fignes (ont indépendans de nos conventions ; c'eft qu'avec des fignes arbitraires , l'homitie ne pourroit former que des A/Vro» gfyphes morts & fans vertu , & que dès-lors ils feroient nuls & impuiflans pour repréfenter la. Nature, où tout eft vivant.

1X &ut donc que les objets naturels eux*-»

mêmes foient accompagnés de fignes anaîoi gués , qui fervent d'ïndice à leur ^ençe comme ^ leurs propriétés ^ & ne doutons pas quç^ tes Sages n'aient été guides par ce principe , lorft qu'ils ont appliqué des fignes & des caraâeres difHnâi^ à toutes les fubftances y aux planètes ^ aux métaux ., au feu , à l'eau y à tous les élémens. Les hommes qui leur ont fuccédi , ont voulu fan^ doute irnitericur exemple , lorfqu'ils ont fait rap-« porter différens fignes & difFérei>s carafteres 4 pluficurs produâions naturelles , telle que celjes; dpnt la connoiflTance & Tétude font l'objet de 1^ Cbjjunie. .

Mais ir eft cpnftant , qu*en fùppofànt vrais le^ caraderes que ces honrraies imitateurs ont employés > ils ont maçché ^en aveuglés dans l.'application qu'ils çn on^t faite ; comme il eft évident , lorfqu'ils ont donné aux métaux , les nom^ vulgaires & les fignes compofites de Planètes.

P'après ceja on ne peut le dilpenfer de croire, que tout ce qu'on nous a tranCnis en ce genre ^ dans les Sciences , dans les Atts , dans les alphabets des Langues , pèche non feulement dans, l'appUcs^tion, , mais même. eft. altéré dans la figurç & dans U forme des caraâeres. Or de ces^ Çgnes & caçaâçres ainfi défigurés , doivent xé- fulter dans les fcîences naturelles , les mêmes çr-

jeurs q\û Oflf été faites, fur les fignes des Pi^iC-

iânces

fiiricés fuprémcs , & dont l'abus , engendre paf Tignorance ^ a donné naidance à ridolâtrie Jur* tnatérielle. Cette vérité nous fervira dans un moment de flambeau ^ pour nous faire coiinoîtré avec quelle défiance , on doit marcher dans lesl Iciences & dans Ici fyflémes de^ hommes ; mais il faut éclaircît, ici une queftion fur les hyéroglyphes & récriture } fa voir ^ fi les fignes hiéroglyphiques font antérieurs aux fignes de la parole £é du langage

Des hommeis célèbres ont approclxé du biitj en difant que toute écriture , tout figne étdit hié- roglyphique , c'efl*-à-dire , qu'il devoir porter avec lui*-même les indices de Tobjet que l'on fe pra= pofoic de préfenter à l'intelligence ; & en effet | la parole même n€ devient intelligible pour l'homme qu'en lui devenant hiéroglyphique ^ &c il iiG comprend les mots des Langues qu'après qud leur fèns lui eft devenu familier , par le fecours des chofes fenfibles auxquelles ces mots .corred pondent»

Cependant ctètte décifîoh , adoptée ti^op legé» rement > entraîneroit la néceflité de regardeî: tomme une feule chofe , les fignes hiéroglyphi-^ ques & les Langues» Or l'on ne peut douter que ces deux chofes ne foîent très-différentes , quoî- c|ii'incimemei)Lt liées }' & s'il eâ permis d'employeif

. une

jone coniparaifen ^ elles forment enfemble un Ènit dont Tune eô le fuc , & Pautre l'écorce.

Enfin y l'on ne peut douter que fi tous les figneà ûts langues (ont hiéroglyphiques , comme tenant aux propriétés elTentielles du principe qu'ils eK^ priaient ; de même tous les objets quelconques ^ in4épendamment de ce quMIs font hiéroglyphiques par eux-mêmes ^ doivent encore être dépo^ fitaires d'un nom qui puifTe pafTer dans le lan-» gage de l'homme , & fervîr de fujet & de guide à fen intelligence , quand Tobjet n'efl plus (bus fes yeux.

Cette vérité eft confirmée par Texpériencô générale des Peuples, qui. tous ont deux ma-* DÎeres de (e communiquer leurs penfées j (avoir ^ les objets mêmes , puis les mots qui y corref* pondent dans leurs Langues* Et fi Ton difbit que les objets intelleâuels n'étant pas préfens ^ les hommes ne devroient pas avoir de mots pouf les exprimer, je renverrois à ce que j'ai dit cideffus fur la néceflité de la préfence fenfitlô des Vertus fiiprémes parmi les hommes : & même l'objeâion tourneroit à l'avantage du Principe que je défends ; puifque , dans Tétat aâuel de • l'homme , les mots étant comme enveloppés dans les objets fenfibles , fi les hommes ont dans leurs Langues des mots pour exprimer les objets intelleâuels , c*ell une preuve évidente que les ob-^

jets

jets întelleâuels ont été fenfibles pour^eax, q^ pour ceux qui leur en ont tranûnis les îd^es.

On peut donc réibudre ici la queftion propofée^' en difant qae dans Tordre naturel & parfait ^ les fignes Uéroglyphîques précèdent univerfellemenç les Langues ; que fi Ton a reconnu avec raifoa que les hommes , dans leur état de dégradation ^ ont eu des Langues avant d'avoir une écriture J cela confirme d'autant notre principe : car il ne faut pas regarder les caraâercs de l'écriture actuelle & vulgaire , comme les hiéroglyphes prîmî-^ tifs , ni comme la fource de la parole de l'honime , mais comme des fignes hiéroglyphiques fecondaîres deftinés à réadionner l'intçllîgence & la parole dans ceux à qui les hiéroglyphes mêmes feroient communiqués ; & l'on ne fauroit doutée que ces fignes lûéroglyphiques inférieurs n'aienC cet emploi , fi. l'on obfervc que les muets fe font; comprendre par leurs fignes , & que plufieurs hommes écrivent des Langues qu'ils ne peuvent ni parler , ni entendre.

Enfin , fi l'on veut fe convaincre que les. fignes & hiéroglyphes primitifs font antérieurs aux langues , il fuffit de voir que toutes nos paroles font précédées intelleâuellement en nous , par le tableau fènfible de ce que nous voulons exprimer ; il fufEt , à bien plus forte raifon ^ d'obferver que l'homme pafle la première partie

âè ùl vie corporelle dans les entraves dé V&fi JËmce , & danà les liens d<eà organes matériels , avant de parv<snir a la jouiffance dé la parole.

Mais revenons aux fighes naturels des Piiiflahcés in^eurés qui agiffent dans cet Univers , & re- âmnoifrdns de nouveau Téxiftence néceflairé de tes figties pour toutes les clafTes d'Etres y pour tous les Regties , ^tir toutes lés Régions y parce que Èotit eft gouverne par cette loi îrre' vocable.

Comtne chaque Peuple ^ chaque hoimrie ^ èfi libre de s'appliquer à td ou tel objet > chacùiï àufli doit être pourvu plus abondamment dès lignés relatifs à Tobjét dont il s'occupe : c'eff ihêthé un indice âfluré pour recônnoîtxê quelles font les Sciences qu'uh Péupk cultivé , & il né eut pas confidérer long-temps les hiéroglyphes des Egyptiens , pour voir qu'ils étoieiït moins adonnés aux viraies Sciences qu'on ne le croît vulgairement. Cette multitude de reptiles y d'od- &aux , d'animaux aquatiques qui y dominent y annonce aflez qu'ils s'exerçoient particulière-^ ment fur les ob et^ élémentaires , & même fur des objets encore plus inférieurs ; parce que l'eaii d'où tous ces animaux fonjt fortis , eft par fbVL ilombtiB , lé vrai type d'une origine confufe & défordonnéë. Car fi Tori précendoit qu'ils n'euC* fent tité ces hyéroglyphes que des objets les plus Communs dans leur pays aquatique ^ il ilifnroic

dé fè rappeller ce que nous avons d^ja dit fur l'origine de l'Idolâtrie , qui n'eft qu'une alté- ration du culte vrai , & qui a été néceflairement précédée par les fignes primitifs & hiéroglyphiques.

De même , il y a des témoignages certains pour s'affîirer de l'ignorance d'une Nation ; c'eft lorlqu'elle n'a pas d'écriture naturelle hiérogiypliique , & que fes monumens font ornés de figurei 21'bitrairei , nulles , & auxquelles elle ne prête qu'un fens conventionnel & idéal ; on peut être fût alors que les Savans les plus célèbres de cetta Nation, n'ont pas même la première, idée du titre dont on les honore, & que s'ils riennent un rang distingué dans l'opinion vulgaire ^ ils en occupent un très-inférieur dans l'ordre vrai des couf* noiflànces.

Il eil i propos de préfenter ici quelques exetn» pies de ces fignes naturels , qui doivent avoir des rapports avec les objets temporels , & indiquer les propriétés des Etres.

Si toutes les Nations de la Terre ont employa le triangle dans leurs monumens hiéroglyphiques , peu en ont connu ou dévoilé les véritables relations & le vrai fens. Celles qui l'ont donni pour fymbole du Ternaire facré , auroient dA montrer un fymbole încermédiaire entre ce Type (R) fupréTOi

fuprême & It terowe corruptible ; parce que ÛM cela , de FEtre invifible & variable , 1 une figure morte y telle qu^un triangle , la diftance eft trop grande i poui: qu'on puifïe s'ëlever de Pune à Tautre : or le (ymbole intermédiaire eft l'homme, comme on le verra dans la fuite«

II faut donc confidérer amplement te triangle corruptible dans (es rapports temporels , & dès-^ lors il décent Pemblême parfait des Principes de la Nature élémentaire , qui font au nombre de trois ; il devient par confjquent l'emblème de tous les corps individuels , puifqu'ils font conftitués par le même nombr^ & les mêmes loix que la Nature univerielle : enfin y il eft Texprefiion fenfîble de la bafe fondamentale des chofes: & s'il eft la première figure & la plus fimple que l'homme puif!ê produire ou concevoir , car la circonférence eft moins une figure que l'enfemble & le tableau géné- ral de toutes les aâions & de toutes les figures , il eft fans doute l'image parlante de la loi particulière que la Sagefle a fuivie pour la produdion de fes ouvrages matériels.

Avec des rapports auflî vaftes , il n'eft pas éton* nant que cette figure tienne un rang fi diftingué parmi les hiéroglyphes des Nations.

Les Chymiftes qui , dans leurs recherches , s'attachent à des parties féparées plutqt qu'à l'enfem-

ble.

Me , ont employé ce figne dans leur Science :^ mais au lieu de le confidërer fous fon vrai rapport, ils ne l'ont établi que comme le figne du feu , ou du phlogiftîque j & quoique même , fous ce point de vue ifolé , il y eût eu encore une certaine jufteflfe dans l'application, fi les Chymiftes avoient fu nous dévoiler ce qui eft contenu dans le feu , il eft clair que ne le fâchant pâç , ce figne eft comme mort entre leurs mains , & que fa fignification devient arbitraire.

Quelques Chymiftes ont cru voir le feu exprimé par les faces triangulaires de la pyraipide , & le font fondés fur ce que la première fyUabe /Tyr en grec fignifie feu , & fur ce qu'il y avoit nombre de ces pyramides chez les Egyptiens , qui célébroîent le culte du Soleil ou du feu , & de qui les Grecs tenoient la plupart de leurs connoiffances. Mais fi la pyramide avoit des rapports avec le feu , ce ne fe-^ roit pas précifément par fes faces triangulaires y mais par fa direâion verticale , & par fa forms qui va toujours en diminuant Jufqu'à ce qu'elle arrive à un point itifenfible. Ce feroît-là où l'on trouveroit les loix du feu; parce qu'il monte toujours verticalement , quand des caufes étrangères ne gê- nent pas fon aâion naturelle ; parce qu'il diminue pour nous , à mefure qu'il s'élève , & qu'il finit , comme la pyramide ^ en devenant imperceptible à nos fens.

Ko Tableau

Les Chymiiles ont f^c les mêmes erreurs fur ht figure cruciale , qu'ils ont adoptée pour repréfcnter Tacide univerfel. Ce figne correfpondant au centre même de la circonférence , puifqu'il çft formé par deux diamètres ^ eft Tindice vifîble de Tunité.

On fait que le feu eft un par-tout , qu'il oc« cupe le centre de tousi les corps , 6c qu'il tend lani ceiTe à fe féparer des fubftançes groflieres avec lefquelles il efl combiné. La figure cruciale feroiE donc avec rai(bn le véritable emblème du feu ^ 8c non pas de l'acide : car quoique Tacide foit un feu , comme il n'eft jamais (ans eau y il n'eft pas un feu pur ; ainfi le figne de la fîmplicité & de la pu* reté ne peut lui convenir.

Aufli les Anciens étoient fi perfiiadés que cette figure cruciale étoit l'emblème du feu , que les Prêtres du Soleil chez les Egyptiens la portoienc fur leurs habits.

Enfin les Chymiftes , en uniffant le triangle & le figne crucial , ont pris cet aiTemblage pour l'em« blême du foufre ; parce qu'en effet le foufre étant Qpmpqfé d'acide vitriolique & de phlogifHque y ie&. fignes admis pour repréfenter féparément l'acide & le feu y peuvent être choifis pour repréiènter leur enfemble.

Mais fans dire autre chofe de ces conventions , finon qu'elles nous inftruiiènt peu ^ nous croyons

pouvou:

NAtvrx t. iSt

pouvoir découvrit dans ces deux fignes , des rapports plus ^evés & plus intéreilàns ; & ce fera tôu<* Jours Thomme qui en fera le type. ^

^ Le triangle , étant le fymbole unîverfel des loix particulières qui ont produit les corps , doit s'appliquer au corps de l'homme y quant à fes principes conftitutifs , comme à tous les autres corps. .

La figure cruciale étant l'emblème du feu , du centre , dH Principe , convient à l'Etre intelleâuel de l'homme , puifqu'il tient direôenient au centre du Principe fupérieur & univerfel de toutes les

Puiflances.

En réunifiant ces deux fignes dans l'ordre même où les Chymiftes les emploient, c'eft-à- 3ire , en plaçant le triangle au-deflus de la figure

cruciale / \ , on a d'une manière évidente &

fenfible, le tableau des deux fubftances oppofées qui nous compofent , & en même temps celui de l'imperfeâion de notre état aâuel , où l'Etre penfant fe trouve furmonté & comme enfévelî ïbus le poids de la forme corporelle j tandis qu'é- tant deftiné par (a nature à régner & à dominer fur elle , cette forme devroît lui être abfolument fiibordonnée : & voilà comment toutes les loix des Etres pourroient tourner à notre inftruâion.

x6x Tableau

On peut me me trouver là une nouvelle preuve de la néceflit^ des manifeftations ibpérieures , pour aider l'homme à fe r^^tablir dans (on ordre naturd , & afin que notre eflence intelleâuelle , étant remife dans Ton rang primitif & fupëriour à la matière , l'édifice qui avoir été renverfé fiiivant cette

figure / \ , fe trouvât relevé ainfi

On peut remarquer enfin que dans . la décompofition des corps , leur feu principe , leur phlogUU- que échappe à tous les moyens corporels employés pour le contenir. C'eft nous retracer vifiblement la diftance qui fe trouve entre la matière & fon Principe , & par analogie combien le Principe intelleâuel de l'homme eft étranger à fbn enveloppe.

Si des fignes naturels nous paffbns aux fignes fymboliques , nous y découvrirons les mêmes lumières.

Les Mythologiftes nous peignent l'Amour armé de flèches , & Minerve fortant du cerveau de Jupiter. Ceft nous rappeller d'un côté que toutes les afFeâions fènfibles qui nous viennent par les objets extérieurs , font deftruftives ; & de l'autre , que la fagefle , la prudence & toutes les vertus ayant leur fiege dans le germe inté- rieur

rieur âe l'homme , peuvent naître de lui , à Pirni** tation de l'Etre doi;it il éft l'image de qui produit tout : c'cft - à - dire , que fi Thomme intelléfltuel remplîflbît fa deftînation primitive , & qu'il ne laifsâc altérer aucune portion de {à fubflance immatérielle , il vivroit moins de ce qu'il feroit entrer dans lui-même , que de ce qu'il en laiflè- roit émaner par les efforts de Ton defir & de fa volonté. Principe jufle , vrai , fécond , înflruâif , dans lequel font renfermés tous les fecrets de la fcience fie du bonheur. Mais ce qui rend au* jourd'hui fi difEcile pour l'homme^ i'ufage de ce principe , c'eft que l'application qu'il en doit faire , eft devenue double fie divifée , en ce qu'elle doit fe rapporter non-feulement aux objets d'intelligence 8c de raifonnement ^ dont toutes les opérations fe paflent dans la tête , mais encore à toutes les afFeôions yertutufes de defir & d'amour pour la vérité , qui ont leur fiege dans le cceur dé l'homme. Ainfi étant lié à deux centres éloignés l'un de l'autre , fon aâion efl infiniment plus pénible fie plus incertaine que lorfqu'ils étoient réunis ; d'autant que vu la diflance immenfet -qu Jes fépare , leur communication peut fbuvent être interceptée : 6c cependant s'ils n'agiffent pas de concert , ils ne produifent que des ceuvres impar- Élites.

îu^ Mythologifies nous peignent un Sphint

à la porte des Temples des Egyptiens y afin de nous rappeller combien la lumière eft aujourd'hui enveloppa pour nous d'énigmes & d'obfcurités. Mais ils nous apprennent que cette lumière n'eft point inacceffible y en nous tranfmettant Tembléme qne le Sj^nx repréfenu , lorfqu'il fut envoya à Thebes par la jaloufie de Junon ; car on dit qu'CEdipe f en >expliquant T^nigme que h D^efle faifoit propoièr par fon Envoyé , le rédui- £t i la néceffité de fe donner la mort. Convenons toutefois que c'eft affez mal* à -propos que dam l'emblème le Sphinx en vient à cette extrémité , puifqu'Œdipe ne donnoit alors que l'explication de l'homme animal & fenfible , & qu'il y a en nous un Etre infiniment fupérieur , qui efl: le feul mot par lequel on puifie véritablement expliquer toutes les énigmes.

Ces mêmes Mythologiftes nous montrent à quel prix nous pouvons efpérer d'atteindre i cette lumière , lorfqu'ils nous parlent de cette pièce d'or que les Ombres donnoient à Caron pour pafièr le fleuve. L'homme ne pourra jamais trouver accès dans les demeures de paix^ qu'il n'ait acquis , pendant fon féjour ici«>bas , afièz de richejjès intelleftuelles pour gagner & (bumettre ceux qui défendent les enceintes de la lumière ; & même il ne peut pendant fon exiftence fènfîble & matérielle ^ faire un feul pas vers la

vérité

yrénté i qu'il ne paie d'avance par fes defirs &. fon dévouement f le Guide fidelle qui doit le diriger dans la carrière.

Enfin les Mythologiftes nous rappellent vi&- blement , & en nature y la préfence de ce Guide auprès de Thomme , en npus peignant ce Palla-- dium ou cette ftatue de Minerve qui defcendit du Ciel avec le fecours d'Abaris , lorfqu'on bâtii^ foit à Troyes le Temple de cette DéefTe. Us nous montrent en même temps quelle confiance nous devons avoir en ce don iuprême , puifqu'à l'exemple de Troyes , & d'après l'Oracle qui avoît annoncé d'où dépendoit la confervation de cette Ville y nous ferons à jamais en {ùrcté , tant que ©bus ne laifTerons pas les Ennemis pénétrer par des fouurrains dans le Temple , parvenir jufqu*à Y Autel j & nous enlever notre palladium.

Toutes les allégories qu'on vient de voir , fi<ffîfenc pour nous convaincre qu'à commencer à la première origine des choies temporelles y les Tradidons mythologiques préfentent à l'homme une foule d'images fidèles de tous les faits p^^fTes , préfens & futurs qui doivent l'intérefTer ; qu'il peut y voir l'hiftoire de l'Univers matériel & immatériel; la fienne propre, c*eft-4-dire, le tableau de fa fplendeur originelle y celui de fa dé- gradation , & celui des moyens qui ont été employés pour le réhabiliter dans fes droits.

Quant

TABLÉAtr

Quant à ceux qui veulent borner â des wts litftoriques , les traditions de la Mythologie y- & qui ne voient dans les anciennes Divinités , que des H^ros ou des perfonnages célèbres , nous croyons qu'ils peuvent avoir raifon fur quelques points ; • mais il faut qu'ils avouent aufli que la plupart de ces applications particulières j n'ont été faites que poftérieurement , & d'après des traditions mythologiques d^ja exifiantes ; en forte qu^on ne peut s'empêcher de reconnoitre que la Mythologie primitive fut hiéroglyphique & fymbolique ; c'e(l-à-dire , qu'elle a renfermé les v^ ntés les plus importantes pour l'homme ; &c tel^ lement nécefTaires , qu'elles n'en exifteroient pas moins > quand ni les Fables , ni aucune efpece de Tradition ne nous les auroit retracées.

Nous terminerons ici fur ces Traditions y pour ne point ralentir notre marche , & pour ne pa , hafarder des interprétations , qui trop profonde pour être entendues généralement , paroîtroient n'avoir pas toutes la même judefTe , en ce qu'elles n'aUroient pas toutes la même évidence ; & qui par-là pourroient répandre des doutes ic de la défiance fur celles qui feroient*les plus claires.

Mais les obfervations qu'on vient de voir, ne fe bornent point aux feules Traditions mythologiques Grecques & Egyptiennçs : la Théogonie ^

Ja Cofmogonie & les Doârines religieufes des anciens Peuples , ayant eu un Principe & un but commun à toute l'efpece humaine , doivent nous préfenter les même tableaux & les mêmes vé- rités. En effet , ouvrons le Shaftah des Gentous ^ le Zend-à-Ve(la des Parfis y l'Edda des Islandois , le Chou-King & ITf-King des Chinois ; en un mot y confultons les Traditions facrées de cous les Peuples de la Terre y nous ne craignons pas d'affurer qu'on y reconnoitra aifément l'homme ancien , pféfent & futur » ainfî que l'ex« preflîon naturelle de fes befoins & de fes idées : parce que l'homme étant un Etre de tous les temps & de tous les lieux, ne peut avoir partout que les mêmes beibins & les mêmes idées. Parmi ces Traditions , prenons celles des Chi« nois pour exemple ; car indépendamment de ce que leur antiquité prévient en leur faveur, elles préfentent les rapports les plus frappans avec les vérités fondamentales qui concernent l'ordre des choies vifibles & invifibles.

Elles parlent de la chute des premiers criminels , de la formation de l'Univers par les Vertus du grand Principe , par unt Vit qui ri a point reçu la Vie. On y voit l'origine du genre humain, l'état de Thomme dans l'innocence , îoniflànt des douceurs d'une habitation déli-

cieufê^ laquelle étoit arrofec far une fontaine

d'immortalité ,

d'immortalité ^ divifée en quatre fources mervtilleih fes y que Ton nommait le chemin du Ciel y & d^oùla yic eftjbrtie : tout ^toit pour lui dans une parfaite harmonie : toutes lesfaifons étoient renées : rien ne pouvait ttrefunefte y ni donner ta mort : éet étatfe nommait la grande unité.

Elles enfeignent que le defir immodéré de U JHence perdit le genre humain ; qié après la dégrada* tian de Phomme y les animaux y les oifeaux y Fesirt' feâes & lesferpens commencèrent à Venvi à lui faire la guerre ; & que toutes les créatures furent f es énne* mies. On ytrouve que V innocence ayant été perdue y la miféricorde parut.

On y recomioît même des images ferifibJes de!> voies de cette Sagefle , dans ce fameux Pou-hi ou Pho^hi y dont la naifTancê fabuleufe & flgu-* xée d*une manière eictraordinaire , 8c qui pafle pour avoir inftitué le culte dont il refte ëfïcorc des traces à la <?hine. II paffë àuffi pour avoi^ inventa les Koua y qui font les fignes hiéroglyphiques & les caraâeres de ta première éc^ture des Chinois , & qui pr^fèntent par leur {èns de» rapports avec la Langue des Hébreux où le moc Koua fignifie également y il a annoncé^ il a indim que y & ces rapports font d'autant plus (otidié% que la Langiiè hébraïque peut à plus d'un titre pafier pour être* le type des autres Langues.

Remarquons

Na tursl. x6f

Remarquons que ces Koua Chinois n'écoienc établis que fur les arrangemens & les divifions de trois lignes fondamentales , donc les différences difpofîcions indiquoient tout ce que le Maicre vouloic enfëigner à fes Difciples , c'efi-à-dire , fans exception , Couc ce quHl eft permis à l'homme de connolcre $ comme les crois éXémtns eonftitu« tifs de rUnivers fufErent au Créateur pour multiplier à l'infini les images de fès penfêes aux yew qui favent les lire«

pho-hi fit connoitre auffi à ce Peuple le Ki i mot que Ton rend fenfiblement par h Jbuffle du Tout-'P idJPant i mais dont on retrouve encore des traces plus exprefEves dans Thébreu , par ce Ki ou Kai y qui veut dire le Vivant » ou la force & Taôion virtuelle du Principe univerfel qui donne Texiflence à tous les Etres.

Diaprés les connoiffances quç PAo-Ai eft cenfé avoir tranfmifes aux Chinois , on ne doit point Stre furpris de lui voir tçnir dans leors Traditions un rang fi élevé» qu'elles ne craignent point de lui attribuer la création du jCiel & d&l^ Terre,

Si Ton demandoit pour quçUe /aiicn^ \t donne b Langue hébi;aïque comme le. type des autres Langues ; je répondrcm que c'eft parce que la Langue primitive dont elle dérive , n'eft plus parlée généralement dans ce bas Monde ; que l'on ne peut regarder ccouife oripûtive. une Langue fen-

- fiWe,

fible , fondée fiir la forme , les Ioii% les /orzj & les cSions de coqs les ol^ecs natoreis , ateodii que la "Lasimc de la penfee leur efi étrangère : je i^ pcmdrob que c'efl: parce que , dans quelque &- leâe que Ton confidere la Langue héfaraîqzie , (bit le Syriaque , (mt PArabe , foie le Samaritain ^ foie le Chûàéctï ^ elle ofire des traces de cooslcs principes que sous avons expofes ; parce que fis jadnes font prefque généralement compo(&s de trois lettres y pour nous rappeller les trois radncs nniverfolles de toutes cbofes ; parce que toutes &s racines font des Tetbes & ne paroiffent être des noms qu'à ceux qui n'ont pas obfervé l'ordre & h progreffion du langage fous fon jour le plus hniineux ; parce qu'elle exprime toutes les ladnes par la troifîeme perfonhe, pour nous fidre coonoitre d'abord ceOe des trois Êicultés foprémes qui eft le plus près de nous ; parce qu'elle n'emploie que les temps pafles & futurs , comme n'étant afiêâée qu'aux chofos temporelles & apparentes oo nulles y & non pas aux chofos préfontes & réelles : parce qu'enfin le langage n'a commencé à être conventionnel & à fe corrompre y que quand il a employé ce temps préfent , qm ne peut convenir aux chofos incertaines & paC* fàgeres, & qui n'appartient qu'à PEtre vrai & fixe 9 dont Padion eft toujours préfente , toujoins ce qu'dle a été , toujours ce qu'elle fora.

En rapprochant le nom de pho-hi de la Lan^ gue hébraïque y avec laquelle toutes les Langues de la Terre ont des. rapports primitifs , nous pourrions étendre nos idées relativement à ce célèbre Légiflateur , fur lequel les favans Chinois eux-mêmes font £1 partagés , qu'ils n'ont point encore décidé fi fon exiflence eft réelle , ou fi elle n'eft qu^allégorique.

Le mot pho n'eft pas éloigné du mot hébreu Plufy qui veut dire la bouche ; le mot hi eft encore plus près de l'affixe hébreu i y qui lii à fon nominatif 9 veut dire y de mou Le mot Pho-hi étant rapproché de THébreu , pourroic donc avoir quelques rapports avec cette expreC- £on la bouche de moi y ou ma bouche. Je dis lîim^ plement quelques rapports \ parce que ceux que nous faifons entrevoir y ne font pas direâs & en« tiers ; & parce que l'Hébreu lui-même ne rend pas ces mots y ma bouche , par phéî qui fembleroit devoir être Texpreflion naturelle , mais par Tabréviarion Phi

Soit donc que Pho^hi ait été l'un des Agens ^ ou Tune de ces Vertus fubdivifées qui ont dû né- ceflfairement fe montrer dans le féjour de Thomme , foit qu'il n'ait été qu'un homme ordinaire ; il eft certain d'après les Traditions qui lui attribuent la création du Ciel & de la Terre ; d'après les fuUîmes connoiffances dont (a Nation l'a recon

nu depofitaire ; d'après le fens même qtfune âymologie rapprochée nous fait d^uvrir dans fim nom y il eft certain , . dis-je y que la Chine a reçu les traits de lumière les plus éclatans.

On ne peut douter ^ quant aux fcîences natordies y que les Clûnois n'y aient été très-pro-* fonds y lorfqu'on voit les traces qui en font re& têts, fbit dans leurs monumens aftronomiques , foit dans leur fyftéme de mufique* Cette icience , la plus, (impie & la plus puiflante de toutes 1^ fciences temporelles , la feule qui embraflë dPunt manière a^ive & fenfible , toutes les loix des Etres , la feule parmi les çhofes composes qui fbit aflùjettie à une mefure égale & confiante; piiiique les Âfltes eux-mêmes , quoiqu^ayant des périodes régulières y ont cependant tous une marche dont les progredions varient fans ceflè par la loi commune qui les fait dépendre les uns des autres.

Non feulement les Chindls ont été profonds dans la fcience de la mufîque ', ils ont encore rendu hommage à fk fublimité , en l'appliquant fpécialement au culte religieux y & aux céréntonio^ par lefquelles ils honorent les mâftes de leurs ancêtres ; ils prétendoient même qu'il Ëdloit que leurs Muficiens eufTent des mœurs pures , & fuflent pénétrés de l'amour de la fagefTe , pour tirer dès fons réguliers deleurs infi rumens.

leurs antiques & fublimes connoifTances y les Chinois ne pofledent plus que les monumens qui les leur ont tranfmifes : auffi eft-il arrive parmi eux ce que nous avons pu voir chpz toutes les Nations ; c'eft que les uns fe font profternés devant ces motiumens ^ fans les comprendre y & que les autres les ont mëprifes > ou pour mieux dire, la Natioii Chinoifea dirigé toutes (es vues dii côté de la inoraie , (c pe«t-être d'une fage adminiftracion , jnais dont les fruits ne sVlevent pas au deffus du bonheur politique. Ses Lettrés mêmes , qui chez elle fémblent faire la fonâion des Dieux tiité- iairés , ont oublié leur inftitution primitive , & fé font comme enfevelis dans des recherches labopeufès fur la véracité de leur hiftoire connue y fur les Loix civiles , (ur le Gouvernement , & principalement fur la connoiffance littérale & typograr jphique de leurs Livres.

Ces fameux Koua , qui leur font annoncéiî feomme renfermant toutes les fciences , n'obtienhent plus d'eux qu'un refped ftérile ; & n'en conjhoifTant plus l'ufage , il les ont remplacés par tette multitude effrayante de caraâeres , qui tientient fans doute à l'expreflion fetifible des fîgnes & des faits intelleduels opérés fur la Terre ; mais qu'ils bornent aujourd'hui à repréfentcr les chofeà apparentes ^ ne fâchant plus les appliquer à \à Nature & aux loix des Etres ; & fous ce point de

vue , ce font autant de prifons qu'ib élèvent â leur efprit. Oe& ainfi que rhomme qui détourne un inftant les yeux de fon Principe , finie par tout corrompre ^ & en vient à regarder comme £t* buleux f ce dont il n'a plus l'intelligence & la force d'appercevoir la réalité.

^ Ceft pour cette raifon , que Pon ne peut confidérer avec trop de prudence & de dilcernement , les Traditions allégoriques , mythologiques oâ théogoniques y tant des Chinois , que des autres Peuples de la terre , attendu que par ignorance & par précipitation ^ ils ont tous confondu tc mélangé la plupart de leurs Traditions originelles y foit avec leur hiftoire civile & pol^ique , foit avec leurs loix & leurs ufages conventionnels , foit même avec les idées monftrueufès d'une imagination groillere & déréglée , ce qui a totalement défiguré plufîeurs de ces Tradi« tions.

Ceft donc par une profonde obfervation de foi-méme & de toutes les loix des Etres y que l'on pourra trouver dans le plus grand nombre de ces récits y une confirmation évidente de ce que nous avons dit ci-devant ; qu'il étoit néceflàire que les Vertus divineS" manifeftaflent , pour que l'homme dégradé pût fe régénérer à leur a(peâ , & qu'il raanifeftât à fon tour la grandeur du modèle

ijuî Pa thar gé d'être fon figne , & de porter lôa caraâcre dans TUnivers. Avec cette pricaudon aftîve & vigilante , on y reconnoîtra «fâiicnt que h Puiflànce fuprême n'a pu d'abord fe montrer aux hommes que fous une forte de fid>divifion ; que puifqu'ils ëtoient faits pour l'Unité ^ cette fubdivifion doit les tenir dans un pâtîment inévitable , & qu'elle doit leur faire fentir la li^ gueur des Décrets divins par la Tévérité de la loi qui raccompagne , laquelle eft défignée dans les traditions & les allégories de tous les Peuples ^ par des traits de violence , de fiireur , & de la )uftice la plus rigoureufe

Mais je peux préfenter au Leâeur , an fîl d^ plus pour fe conduire dansrce labyrinthe ; c^efi de le prévenir que la même allégorie renfermant des vérités de plufîeurs ordres , il faut fuivre ces vérités (êlon leur progreffien naturelle ;- qu'il faut d'abord chercher dans l'allégorie , le fens le plus voifîn de la lettre , comme étant le plus intelligible & le plus à notre portée ; & s'élever enfuite au fens qui lui fuccede immédiatement: par cette marche attentive & pnidente y on parviendra à la connoiffance du fens le plus fiiblime qu'une Tradition puiile renfermer. Si l'on n'ob-* ferve point cet ordre ; fi l'on omet quelque terme de la progreffion , & qu'on veuille trop tôt en expliquer les extrêmes y l'on n'y trouver^ que con-

fufion

->MW«M.*JMMH«b«

Nature l

des Rapports qui exiflent

entre Dieu ^ l'Homme & FUnîvers^

Expliquer les chofes ^ar l'homme ».

& non rhomme par les chofes. Des Erreurs & delà Vérité ^ par un Ph .. lNC.,.p»f«l-

Seconde Partie;

A EDiMBOURa

M

Des Rapports qui exijlent entre DIEU^ VHoMME & VUnivers^

Ouelqu'avantageuses que foîent les découvertes que Ton peut faire dans les Livres hébreux , ils ne doivent pas être employJs comme preuves d(^monftratives des yërît^s qui concernent la nature de l'homme , & fa correfpondance avec fbn Principe ; car ces vérités fubfiftant par elles-mê- mes , le témoignage des Livres ne doit jamais leur fervirque de confirmation.

D'ailleurs les Livres des Hébreux , vu leur profondeur & la fécondité de la Langue dans laquelle ils ont été écrits y fe prêtent à un fi grand nombre de fens , qu'ils font comme un champ de bataille ^ où chaque Parti , chaque Seâe trouve de quoi s'attaquer & de quoi fe défendre.

Voilà pourquoi ceux qui , fans autre fecours

que les lumières vulgaires , plaident pour ou

cantr* k îsânrszi ùt z'tr. Lj^rs , n* ijsnven: fe ûuimcic puiî*i 2. kir: :n^ini:»rj um z^'i narurcT» t ujI îsir j'jn lumniiini . ût far.:;- cat tomss

S: it: rriiicb*: aî£ mit sit CTipDÎîrs jnUiL'if • II*- rîrrrji'jiîrî: ::2S îiir ur anDui fjliie - c* isroir

pe:: iLi^ p'jx ! ir'an^szifinr as Ik fcience , aie

r:\îr: tw :.-jr: ici i-jures fiir -'ainher.rirt*; ôdi^ rlit. y~Lii TT L-.: t rziL:: c££ pnndneî fur 5e£ fanûs* xni:rj: ir^iiirLr.iLi^js:: . jt ns crjjs anrnriit à mg-L- g f.r:nt;r ii rsrrir-j ie : t i*rs Livres îfcbrecï parox^nt

e: - rr.r-Tixi: ^ r^nt rrirr-n^jes c-aHeçacieue: :itE H=Dre-.:i: . ri due r.trrenr ks méass vérî- tes 7--i ct'.ei ie: i-rre* ?£rp':;s. E'ies ariîionrerir

c'-*il ri»;: iLire ri^iir e££rer Ton i-TiDranre , &: le: fccicrrjt lirirc fiirrérr.t ki 2i"corue, far:* ir.iere.

les Puiflances fupifrieurcs. On y trouve la itiêmé fubdivifion de ces PuifTances relarivtment à l'homme. Tout y eft également , vengeance , rigueur 3 tout n'y préfence que la févcrité d'une Juftice , qui ne relâche rien de Tes droits;

Ainlî quoique ces Traditions n'ofFrcnt que des objets fenfîbles & corporels ; quoiqu'elles ne montrent , en quelque forte , que des vertus terreftres , & qu'elles ne femblent promettre à refpLTance , que des biens paflagers & des rccompenfes temporelles ; on doit croire qu'elles ont le même but , & qu'elles contiennent la même doârine ^ que les Tradî-Ji tions mythologiques;

On le pênfera avec d'autant plus de fondement ^'

(jue de nos jours on a découvert des rapports frap-

pans entre plufieurs perfonnages de la Mythologie

Égyptienne & ceux des Traditions hébraïques ,

dont celles-ci , par conféquent , fembleroicnt être

la première fource. Et fi nous avons apperçu l'hiC-

toîre de l'homme , dans les principales Traditions^

mythologiques , à plus forte raifon , devons-nous

la reconnoître dans des faits qui paroîfTcnt avoir

été le type & le germe des plus cclebres de ces

Traditions.

D'ailleurs , on y voit réunis les faits aux dogmes , & Yaâion à la dodrine ; tandis que dans toutes les autres Traditions, ces deux chofe^

i'jiA prt^':Mt toigoors Cjartca^ Les TraSdam MytL^/i'y^gutî; Eg}"ptittiii« t CfTî:axQss, xie contierfnt^it <:jut â» £ûn £l fbrr pso de doârine : ks liv/tr^ tLi^og«>niÇQ« des PstrCs , des Qmois , & de tuu'^ Ir^ Peupltrt qui , dans un feus oppo£ , iê ibnr ^g^ltmenr ^Ic^îgnts de leiir Ibocbe piimitire , renferment plus de doârine que de faits ; parce que tous* ce^ Peuples ont néglige la véritaUe facDce de rhomme , qui dcât s'égarer dans fes /2zi& ^ quand il ne les règle pas par la morale ^ & qin ne fe ix>rne â moralifer que loifqu'il ne (ait pas

M'ibomet , qui a ^crit & pris naiflânce parmi les defcendans des Hébreux , imite leurs Livres en cette partie. Dans le Coran , la doârine & les faits hiftoriques y paroifient alternarivement ; & quoique ce Livre y à quelques traits de lunûerc près , ne foit qu*un recueil informe , rempli de pr(:ceptes impuiflans ; quoiqu'il ne ramené point les hommes â leur vraie nature y & qu'il aviUfîè fcS moyens par lefquels la SagefTe fuprême prê- tre leur rcgtn(?ration , il lailTe afTez connoîtrc qu'il cft l'cnfànt naturel de l'enfant naturel du Judaïfme.

C'eft même par fon émanation du Judaïfme^ qu'il nous montre plus clairement (on illJgitimiré ; parce que les chofes réelles , & qui tendent à un but vnd ^ fe perfeâionnent par le temps y

au lieu de fe détériorer j & plus elles avancent en âge , plus elles doivent faire éclater leur beauté , leur grandeur , leur fimplicitë , ou pour mieux dire , leur rapport avec les loîx pures & vivantes de ce Type premier , que tous les Etres font charges de manifefter chacun dans leur clafle.

Loin que le Ma'hom^tifme fe pr^fente fous cet afpea , & qu'il foît plus parfait que PIfmaëlifme & que le Judaïfme , il eft infiniment au-deflbus de l'un & de l'autre. Il n'a ni iGsfcunces divines des Hébreux , ni les Jciences naturelles d'Ifmaël : & s'etant féparé de la force & de l'intelligence , il n'a pu mettre à la place que les droits du glaive &

Si les Livres des He'breux , malgré leurs expreflîons obfcures , malgré leur fingularité , ou même l'atrocité de la plupart de leurs récits , nous annoncent d'autres droits , d'autres pouvoirs ; s'ils rcuniflent les faits à des dogmes plus relatifs à notre Etre, & plus propres à nous rappeller les Vertus de notre Principe ; s'ils noiîs préfentent des tableaux plus expreflifs de ce que Thomme cherche , & de ce qu'il peut obtenir ; enfin , fi ces Livres n'offrent pas une feule idole matérielle parlante , ' & qu'ils ne mettent en action que de$ animaux vivans , des hommes , ou des Etres fupérieurs ^ on doit leur donner un

rang dîftingu^ parmi tous les Livres tradîtionnefe qui nous font connus.

II n*eft pas jufqu'au nom Ôl Hébreu ( Ghibri ) qui ne foit le véritable type de l'homme actuel ; il fignifie pajjant , ou pi2jjagcr , pour indiquer à lliomme ce qu'eft fon féjoqr fur la Terre.

On trouve en effet dans ces Livres , des rapports 4videns avec Içs vérités les plus profondes , foit intellectuelles , foit fenfibles.

Les produdions univerfelles y font reprëfen-? tées comme étant le fruit de ces facultés invifit l)les qui précèdent tout ade quelconque. Le mot Rojch fignifiant le Principe , la tête , ou le féjour (ie la penfée , peut fignifier la penfée même : hereshit y qui eft le premier mot dn texte hébreu^ peut donc fe rendre aufli - bien par ces mots ^ Dans la penfée y que par ceux-ci , Au commence^ ment , qui ne tombent que fur le temps. Âinfi , fans rejetter cette verfion : Au commencement Dieu créa j &c. on pourroit lire intelleduellement , Dans la penfée Dieu créa , ^c. on y trouveroit une vé- rité de plus.

Les produdions univerfelles y font repréfen-

tées comme étant le fruit de plufieurs agens , par

les expreflions fingulieres BaraElohimy les Dieux

créa : image parlante de la vérité des chofes pre-

iniçrcs ^ dans laauçllç oi^ yoit à la fois un feul fait ,

ic fîx agens concourant à le produire ; d'autant que le mot Elohim offre fix lettres dilHnâes dans fa prononciation , & qu'il les porte en caraûereç dans la verfîon grecque de Sanchoniaton , quoiqu'il n'en porte que cinq dans l'hébreq.

Çeft donc une id^e foiblc & fauflè que la crainte de mettre des bornes à la toute-puiflance du Principe univcrfel de la vie , en lui reconnoiC- faut des agens fecondaires qui opèrent pour lui les chofes p(?ri{rables , & qui les tiennent en action pendant la durée qu'il leur prefcrit ; car cetto puiffànce éclate d'autant plus , en ordonnant des réfultats qui font ponduellement exécutés, & \\ eft des œuvres que fa grandeur & fa fublima {implicite ne lui permettent pas d^exécuter elle-»

même.

Ceux qui ont voulu jetter du ridicule fur ces expreflions extraordinaires , Us Dieux créa , n'ont fait que montrer qu'ils avoient peu de connoiffance des» vérités naturelles.

Ils ont affeûé de traduire par il fit , le mot Bara , qui fignifie également il produifit , il créa^ Ne nous laiflbns pas tromper ; cette cxpreflîon ^ il fit y annonceroit une coéternîté de la matiero avec Dieu , qui n'auroît eu d'autre œuvre à feire que de la modifier , pendant que cette coéternit^ n'appartient qu'au Principe immatériel de I4 inatierç,.

8 Tabieaxt

Les produftîons immatérielles font reprëfent^es dans ces Livres , comme fervant de bafe & de fiege à l'Efprit de Dieu , qui , félon les Traductions vulgaires , étoit porté Jur les eaux , c'eft-à- dire , fur les germes primitifs & invifibles de l'U- nivers , comme nous voyons que dans l'ordre de l'Univers corporifé , l'eau eft le germe primitif des formes matérielles.

Au lieu de YE/prit de Dieu , les traduâions auroient dû dire ^ raSion fécondante de ces Agens y Elohim , prépofés à la produâion de ce grand œuvre ; car dans l'hébreu les noms propres font réels & effentiellement conftitutîfs. Or le mot Rouach y qu'on a traduit par Efprit , n*eft point de cette claflTe; il ne fignifie que le Jouffle , que l'expiration ; lors donc qu'on l'applique aux émanations & aûions fupérieures , ce ne peut ê'-re que par analogie au fouffle des vents , à l'expiration des animaux , laquelle dans fa claffe til une forte d^manation ; mais ni dans l'un , ni dans Tautre exemple , cette forte d'émanation ne doit porter le nom de l'Etre même qui en eft le Principe; & il ne faut point confondre laûion avec l'agent , fi l'on veut marcher avec juftefle.

Raflemblons donc ici les trois tableaux contenus dans ces trois mots , Befeshit , Elohim , Rouach 'y l'un nous préfente la penfée fupréme

concevant

naturel: f

concevant la produôion de Tunivers ; le fécond , le nombre des agens , ou le plan aâif de fon exécution ; le troifieme , le moyen par lequel cette exécution fe réalife ; & nous reconnoîtrons dans ces trois agens un rapport naturel avec les trois facultés intelleauellcs dont j'ai ci -devant démontré l'exiftence dans ITiomme.

Quant au développement fenfible de ces produflions univerfelles , on voit dans ces Livres qu'il s'eft opéré par un moyen femblable à celui que l'homme emploie pour l'exécution de fa volonté; puifque , s'il ne parle , de quelque manière que ce foit , à ceux qu'il veut faire agir , cette volonté demeurera nulle & fans effet.

Enfin , ces produâions univerfelles y font repréfentées comme féparant les eaux inférieures d'avec les eaux fupérieures , les ténèbres d'avec la lumière j par conféquent tel eft le but de leur exiftence , puifque telle eft leur loi 5 puiC- qu'aujourd'hui même , les moindres végétations corporelles n'acquièrent la vie & ne la confervent qu'en occupant une place intermédiaire entre le ténébreux féjour de leur formation & la région d'où defcend la lumière élémentaire. Tableau fenfîble d'une plus inportante féparation , qui a été opérée par l'origine de l'Univers , qui j'eft répétée fur l'homme prévaricateur •

reî.ir . !"î:r tonte ta potlerite , i ::ui pour dxfpa«

ro'i-i -/ittenrl rien moins jue !e concoiirs âc îe

con.n'-'::ierir de i'scrion ie :oiit ce ùxii a reçx IViiîlcice.

Ce ^rrmd raie iît même inciicui rar le moe rarît rr.oi^s le sérier ie jerre idJe , ous le moe A^i^.T a coni'er'-e ^a-s !à -^lucart de nos Lanrarine . Tir.r ::our '.a rcrrre :ue ::ouî: la icns- CM !a f;-r;;: i ie !ens pn rrîirif font iilJs a reccnpoife i 4' voi'i sourcuoi là terre eîî aorcllée le th;^'itre d'cvciârii.n.

Les loîx de la V^'^-':\rx.z font expolees dans cr,s Livres avec une entière juicefTe , & la divifion fJnairc , fous laq:iclîe TEcrivain préfente fymfioliqiicmcnt par cîts jours , rœiivre de la formation des chf>fes temporelles , eft conforme â la Nafiirc- C'eft cette loi manifeftée dans le rapport du rayon à la circonférence , par laquelle TRcrivain a voulu nous apprendre que c*eft un nombre de fix aâions réunies qui a concouru â

la eorporifarion mat($rielle de l'Univers ; que cq nombre de lîx aflions doit par conféquent diriger toutes les chofes fenfibles , comme il a dirigé leur origine ; qu'il doit fe f^re connoître non feulement dans la direâion des corps univerfels & particuliers , mais même dans les temps qui leur font accordés pour leur exiftence.

Indépendamment du rapport métaphyfique fénaire du rayon à la circonférence , ces vérités font repréfentées dans la partie célefte , où fix aftres planétaires agîflent & fe meuvent fous l'oeil d'un feptierae aftre qui eft leur chef & leur dominateur.

Elles le font matériellement dans les fix puif» fances fîmples de la méchanique , qui fervent de mobiles fondamentaux à tous les mouvemens de$ corps.

Elles le font temporellement & intelleiâucllement dans la mufique , qui ne peut avoir de mouvement régulier , fans que fa marche foit fénaire ; car , quoique nous n'appercuvions fenfiblement qu'une quinte entre la dominante & la tonique ^ il n'en eft pas moins vrai que cette quinte ren-* ferme deux tierces trcs-diftinÔes.

Enfin y elles le font corporellement dans les fix globules lymphatiques & blancs , qui , félon les Phyfiologiftes , conftituent chaque globule rouge d§ notrç fang.

Les peuples de TOrient , par lefquels toutes les Sciences fè font communîqu&s dans l'Univers ^ nous oârent des faits qui viennent à l'appui du principe que nous avançons : dans toutes leurs mefures de temps y dans toutes leurs périodes , ils procèdent par le nombre Jix , ou par fej^multî- ples ; & la fiimeufe période de fix cens sÊà , connue de toute antiquité par ces nations primitives, éft au deflus de toutes les périodes dont les Aftronomes ont fait enfuite la découverte & l'emploi en différens lieux de la Terre.

Enfin ^ les Peuples de l'Amérique avoienc la perfuafion que l'Univers avoit été formé par fix hommes , qui , avant qu'il y eût une terre , étoient portés dans l'air au gré des vents. D'où l'on peut inférer que des rapports aufli exaâs , connus de ces Nations fi éloignées & fi étrangères les unes aux autres , n'auroient pas lieu y fi en fuivant la divifion fénaire de la circonférence par le rayon , elles n*avoient fuivi la vraie mefure naturelle des chofes créées. D'où on peut également conclure que l'Ecrivain Hébreux ne nous a rien tranfmis d'imaginaire , en nous repréfentant la formation de l'Univers par les loix de ce même nombre.

Ce nombre de fix jours , qui ne peut être que lymbolique , puifque Dieu agijjant au fommet de VangU ^ ne connoît point de temps ^ puifque nos

jours

jours temporels ne fè forment que par les r^volurions du Soleil , & que félon rHîftorien même , le Soleil ne fut formé que le quatrième jour * ce nombre , dis - je , annonce par fa divifîon en deux ternaires , la loi d'aâion & de réaâion n&eflaire pour l'exiftence & la produâion des Etres corporels ; & ce nombre eft obfervé par FEcrivain Hébreu.

Car il repréfente la terre , & tout ce qui tient à elle , comme le premier ternaire ; puîfque c'eft au troifieme jour que toutes ces chofes fe trouve;>t formées ; & il repréfente les aftres y & tout ce qui ne tient pas effentiellement à la terre ,' comme le fécond ternaire dominant & réaâionnant fur le premier.

Ce n'eft que dans ce fécond ternaire , que tout Etre ayant vie prend naiflance , & il tfeft pas indifférent de remarquer que le Soleil & la Terre rempliflent alors des fondions femblables à celles que nous leur voyons faire aujourd'hui; puifque c'eft par la chaleur de ce Soleil agiflànt au quatrième jour fur la Terre formée le troifieme , que tous les animaux reçurent l'exiftence r loi qui fe répète dans la réproduâion de toutes les efpeces , par la jonâion du mâle & de la femelle.

Ici la Phyfique nous arrête. Nous préfentons la produûion de l'Univers comme s'étant faite

fan$

lans temps , & Le globe terreftre ofFre des tracâS apparentes d^une formation lente & fucceifive j fi'oos prcfentôns la naiflance de PUnivers comme tm feiil fait ^ & la furfaee de la terre eft convertê de nombre de fubftances qui femblent n'avoir pa naître , & Te confolider qu'à la fuite de plafîeurs fiecles ; enfin , la chronologie des Livres hébreux donne au monde une antiquité médiocre ^ comparée à celle que paroifTent lui attribuer les ob-^ fervations faites fur la Nature^ Il faut examiner c» difficultés.

Les Obfervateurs de la Nature enfeignènfi qu'une chaleur fi extrême a accompagné l'origine des choies , que l'Univers a été long-temps inhabitable après le moment dé fa naiflfance.

Mous leurs demanderons d'abord fi leur penféé ne répugne pas à cette progreffion tardive , i cette' fufpenfion dans l'exécution des œuvres d'une main puîflante , qui par fa nature ne peut éttt un inftant fans agir ; nous leur demanderorts en même temps quel but , quel objet remplira cet intervalle qu'ils veulent admettre entré l'origihe des chofes & leur formation ; quelle deftînarion ils fuppoferont à un Monde fans Habitans i car nous montrer des œuvres farts but , fans objet , c'eft nous peindre dans fon Auteur , un Etre dé- pourvu de fageflie ; & ce feroît abufer de la raifort eue de remployer à nous annonce^ un tel Etre.

îls ti*ont enfante ces fyftêmes , qu'en s'appuyanç fur les faits fecondaires qui fe trouvent fous leurs yeux , tels que la réproduâion aâuellé des Etres particuliers , qui ne s'opère que dans des efpaces de temps proportionnels à leur clafle , & tels que les fédimens & les di£f(^rentes couches de fubftances minérales , qui ne s'accumulent plus qu'à la lon^^ gueur des fiecles.

Ces comparaifons les ont trompés ; ils n'ont pas diftingué les faits féconds y des faits premiers ^ les productions inférieures & paflives , des prô-^ duâions primordiales mues par une vivante aâi-*' vite.

C'eft une loi confiante que plus les Etres font Rapprochés du Principe primitif, plus leur force gé- nératrice eft puiffante ; & cette puiflance fe montre non«l«ulement dans les qualités de la production y mais aufli dans la célérité avec laquelle elle eft engendrée ; parce que le Principe primitif étant indépendant du temps , les Etres ne . peuvent s'é- lever vers lui , fans jouir , félon . leur mefure & leur «ombre ^ de fes droits & de fes vertus. Et fi l'on Itn veut trouver la preuve dans l'homme même , it iuffit de comparer la lenteur de lès mouvemens fenfibles & corporels , avec la promptitude de Ton Etre intelleduel , qui ne connoît ni temps , ni efface , & qui fe tranfporte fur le champ en penfée dans les lieux les plus éloignés.

Mai^

16 Tabieau

Maïs fans fortîr de la clafle phyfique ," remarquons que plus la croiflànce des^ Etres efl lente , plus le germe qui les produit eft groffier. C'eft pour cela que les germes de tous les Etres particuliers de la Nature font corporels & viflbles , attendu que leurs produâions ne fe forment que par une fuite de temps. Mais la création générale étant le fruit d'un Principe & d'un germe , qui ne font point corporels y mais qui font invifibles y comme les mobiles intérieurs qui nous dirigent dans tous nos aâes y cette création générale doit être née (ans temps.

On ne niera donc pas que les Principes qui ont produit la Terre & l'Univers matériel , ne fbient fupérieurs aux principes terreftres qui ont engendré les animaux & le$ plantes. En outre y les animaux & les végétaux ont du avoir dans •l'origine une force , une vie fupérieures à celles dont ils jouiflent aujourd'hui , puifque la Nature s'altère , comme toutes les chofes corruptibles ; par confé- quent les animaux & les végétaux aduels pourroient être regardés comme des fruits fccondaires relativement aux anciens , & à ceux que la terre principe a engendré par la chaleur immenfe de fon feu central y de même que ces derniers fonc fecondaires par rapport aux fources invifibles & fupérieures qui ont confHtué la Nature univerfelle.

Dans

ÏJans Pordre phyfique aôuel , nolis pouvons difficilement trouver des preuves de cette vërit^ : tout y ^tant fécondaire y lés différences entre les réproduâions & leur Principe , quoiquo bien certaines , font trop peu fenfîbles pour trouver place dans des démonflrations rigoureufes ; & d'ailleurs , quand ces reproduâîons arrivent à leur dernier terme , elles reprennent le fens inverfe des produâions primitives , parce que le cercle doit le fermer. G'eft pour cela que lever ëtant tombe dans l'état de chryfalide , en, fort avec 1 éclat du papillon , d'où doivent fortir de nouveaux vers , & c'eft pour cela que tous les mortels , en s'engloutiffant dans les fombres horreurs de la terre y touchent de plus près aux rayons purs de la lumière , que lorlqu'ils erroîent fuc cette furface.

Mais fi nous n'avons pas des preuves aâuellesi & aâîves de la différence deà Principes premiers & féconds , nous en avons au moins d'analogie. Premièrement , dans plufieurs expériences remî- fes à la difpofîtion de ceux qui fâchant dé- gager plus ou moins le feu principe , opèrent des végétations matérielles en un temps plus coure que celui qu'emploie la Nature pour la réproduâion des fiennes. Secondement , dans la nubilité précoce des animaux qui habitent les clî- Inats voifins de l'Equateur j enfin dans l'altéra-

i8 Tableau

tîon que la Nature iSprouve i ine(ure qa*éffe s^éloîgne de Tépoque de fà formation , puiiqM par les os énormes te les végétaux pétrifiés qui nous reftent de ces temps anciens y il efl conftane que les premières produâions ont dû être beaucoup plus fortes ^ plus vigoureufes que celles de nos jours y & que même par l'ëpuifentenc de lar Nature y plufieurs elpeces , foit aquatiques , fcnr terreftres , le font perdues.

S'il eft évident que dans tous les genres s les Principes fecondaires font inférieurs aux Principes primitif y pourquoi donc les affimiler? pourquoi vouloir égaler des Agcns fi difprc^- portSonn& : te ceux qui prononcent d'après de femblables calculs , ne font-ils pas expofês à d» faux réfuttats.

La lenteur des r^produâions journalières de la Nature ne doit donc rien &ire contre Taâîvite des Agens qui ont dir^ë l'origine des chofes 6c toutes les produâions primordiales.

Quand îes Obforvateurs veulent confid^rer Porigine de ces fubflances calcaires qu'ils apper- çoivent for toute la forfàce de la terre , elles préfentent deux £flicutt& ; Tune relarive i leur énorme multitude , & l'autre aux temps qui ont ^t^ nécelTaires pour les coi^blider & les convertir en pierres.

Mais

if AT if RÉ il i§

Mais la même doârine de cette gtandë chà-^ leur centrale , ne fuffilbit*elle pas pour réibudré ces queftions , (khs recourir à des explications qui contrarient Tid^e naturelle que nous avons dé Vadivité du grand Etre , & qui ne peuvent être avouées de . la raîlbn , parce qu'elles ne lui pré- Tentent que des ouvrages fans bût & fans objet? Sans doute , la chaleur centrale a été plu^ grande qu'elle né l'efl aujourd'hui ; mais il no faut pas croire qu'elle l'ait été au point de rendrcl la terre inhabitable ; ce qui contrediroit la fageffô de la Nature 6c Tobjjet dé fon exiflence.* Il fbfEc qu'elle Fait été afièz pour donher fubitement tiaiflànce aux produâiohs primitives j qui à leur tour l'auront pu donner à de nombreufes produc^ tions fécondaires , dans im temps plus court qu'il tt'en faut aujourd'hui poUr les rhémès faits.

C'éfi cette chafeur qui a pu promptemént confolider les minéraux , vitrifier les granits , les grais , les jafpes , le porphyre f fe roc vif , les quartz ; en un mot , opcrér toutes tes vîtrificaton^ qui composent lé fommét des montagnes & là f)lupart des jfochers. C'éfl cette chaleur qui a pii calciner aufli rapidement cette multitude de coquîflages , d'où fonf réfultés les marbrés , les fpaths , les craies , les flalaâites , & toutes les produâions qui peuvent fè convertir en chaux. C'efl c-ette même chaleur qui auroit pu lier à dès

fubftances argilleufes y & à des terres csltsStt^ ^ ces énormes bancs de coquilles entières & par-^ faitement confervées , qui le rencontrent dan$ plufîeurs lieux de la Terre.

D'ailleurs on ne peut fe difpenfer de reconnoitre .également Paâion de Teau dans ces grands événemens : tout nous annonce qu'elle y a agi avec autant de puifTance que le feu ; car elle confolide encore tous les jours des bafaltes y des laves , & autant de fubftances vitrifiables , mé- talliques & calcaires qu'elle en difTout , comme le feu en divife autant qu'il en confolide & qu'il en vitrifie. Enfin , fi l'aâion du feu fe démontre encore fous nos yeux y en nous offrant des vol-» cans jufqu^au milieu «des mers y celle de Teau n'efl point fenfible , en ce qu'elle opère journellement des décompofîtions & des récompofî- tions terreflres. Car ce ne feroit pas avoir la première idée de la Nature > que de croire que le feu y puifTe ^gir fans l'eau , & Teau fans le feu , puit qu'ils font toujours contenus l'un dans l'autre , &; que fans leur combinaifon inconnue aux hommes , la nature même ne feroit point , & rien en elle n'auroit de forme.

Si nous fommes convaincus que le feu a agi dans les premiers temps de l'explofion de* chofe^ avec infiniment plus d'aâivité qu'il ne le fait aujourd'hui y & que cette diminution de chaleur fbit

la caufe âe la ft^rilic^ aâuelle des Pôles , & de la perte de plufieurs efpeces d'animaux terreftres , nous devons porter de Teau le même jugement : d'autant que nous la voyons feniîblement diminuer fur la terre , & que l'on a aufli des preuves que des efpeces d'animaux aquatiques fe font dé- truites.

Enfin , la terre elle-même eut fon aâion à remplir dans ces premiers temps ; & cette aâion eut audî plus d'intenfitê qu'elle n'en peut avoir aujourd'hui : car fi le feu eft le conunencement & la fin de VéXém^nt y fi l'eau eft le commencement & la fin de la corporation ^ la terre efl le commencement & la fin de I4 forme.

Les forces de ces Siemens fe balancent donc l'une par l'autre ; 6c c'efl quand ils cefTeront d'être en équilibre que l'univers cefTera d exifler.

Difbns y en paffant , que le feu étant le commencement & la fin de l'élément , tout annonce que le feu terminera l'exiflence de l'Univers j comme c'efl lui qui l'a commencée : & voici la marche de cet agent , à la fois créateur & deflructif. La terre s'afFaifTe depuis fon origine vers fon feu central pour s'y réunir ; le ciel des Planètes la fuit pour s'y réunir avec elle. Nous «nous en appercevons peu corporellement , parce que l'atmofphere eft emporté avec toute la machine;

(B3) mais

%% TilBIEAU

mais plus €es malles fc rapprocberonf du ftq frencral , phs l'cao fe diflîpeni ; à b fin U ne reftera que la maile de iêl. Alors les Principes ignés f tenSumés dans ceete malle de fel , fier-^ meotaflt (or eux - mêmes , Tembraferont , & I4 tra^erièront pour rejoindre leur feu principe.

Si la puiflânce de l'eau & celle de la terreont été autrefois plus grandes qu'elles ne le (ont an-^ jourd^ui , nous avons en elles un moyen de plus d'expliquer les anciens & prodigieux phénom^ fies terreftres y ainfi que les célèbres cataftrophes ^e la Nature: (ans compter un quatrième Agent plus aâif encore que le fëu , Feau & la terre y & 4pnt nous aurons occafîon de parler: dans un mo^ ment , lorfque nous jetterons un coup d'œil fur 1^ principale de ces cataftrophçs.

Enfin fi l'on veut réfléchir à ces c(»ifolidations fubites que des fubftanccs terreftres reçoi-^- vent tous les jours par la propriété des eaux de quelques fontaines , ou même par les manipula? fions des Artiftes qui favent diriger les forces de la Nature , on ne fera plus étonna que les ëlé- mens primitifs ^ent pu opérer les mêmes rêfiil-^ tats 9 & il fera inqtile de reculer y autant qu'on l'a fait y l'époque & l'origine du monde , pour ^clairdr les difficultés qu'il nous préfence.

NjlTURMt. 1}

deme Jour , ou du Sabbat , qui termina FOEuvre de la création. Ce mot Sabbat y que l'on a traduit par Repos , annonce feulement que le nombre de r Univers étoit complet ; & il indique fi peu une ceflation , un néant d'aâion dans la Divinité , qu'il eft écrit qu'elle fanSifia ce même jour; ce -qui figniâe qu'elle attacha à Texiftence de l'Univers y des vertus fupérieures â celles qui Tavoient formé y puifque celles-ci' n'étoient pas faintes.

Si ce n'étoit point abufer des priv^ileges de la fcience étymologique y on pourroic trouver au mot hébreu Shebet ou S abat h y un fem d'u.ie gran« de fublimité. Car ce mot fignifie auflî dans fa racine : // s^ejl ûj/is y il s*efi pofi. Alors ce fçroil dire que Dieu , au feptieme jjur , fe po/a ^ vint habiter , vint établir fon Jiege dans tousjis ouvrages. Rapports (acres y & dignes de Paâivicé univerfelle du grand Etre , mais qui ne peuvent, ecre prélenté^ d'une manière pofîtive , attendu qu'ils foufFriroient quelques conceftations d'après. la lettre du texte ^ quoiqu'ils fuient ^ufiifiés pac les plus pures lumières de l'intelligence.

Il n'en eft pas moins vrai qu'à ce feptieme jour ta Sagefte fupréme préfènta à l'homme dés objets plus relatif à fon Etre , que ne l'avoient été^ toutes les vertus fénaires j car il eft bon d'obferver que l'homme reçat la naiflance temporelle i après tous les Etres de la. Création y & qu'ainfi il étoie

î4 Tableau

plus rapprocha de ces Pirtus faintes Se fèpc^- naires , qui dévoient en confolider Texiftence.

Âuflî, on voit dans les Livres hébreux f la dignité de Phomme , qui a feul fur tou& les Etres le droit fublime d'être produit par la Divinité même , & félon le texte , en image de Dieu , c'eft-à-dire, comme en étant Pexpreflion & le figne : rapports vivans & aâifs , que les Traduôeurs ont fbî- blement rendus par ces mots , à V image Ù à la rejfemhlance de Dieu , mais que j'ai indiqués dans le commencement de cet Ecrit , & qui trouvent îei une heureufe confirmation.

On y voit cet homme placé dans un lieu de délices , près de la Vie même , d'où couloient quatre fleuves ; & n'ayant reçu d'autre défenfe que celle de s'approcher de la fcience du bien & du mal y qui fe trouvoit avec lui dans cette enceinte j comme aujourd'hui elle habite encore avec nous. On le voit établi par l'Auteur des chofes fur tous les ouvrages de fes mains , pré- pofé pour les commander & les foumettre à fon empire ; & l'on ne peut plus douter que l'homme dans fa dégradation même , ne manifefte cette loi glorieufe , portée exclufivement en fa faveur ; puifqu'il offre encore fur fon corps la bafe feniîble de toutes les mefures j puifque , malgré fon ignominie & fa foiblefle , il ne ceffe de travailler à s'affujettir toute la Nature.

Mais

Naturel. ly

Mais on y voit aufli l'homme dépouillé igno* mînieufèment de cet empire , & n'en confervant aujourd'hui que la figure la plus împarfeite , comme ayant fait alliance avec l'illufîon & Ter^ reur ; car le mot hébreu \i)X\^ Nacash , dont eft tiré celui de ferpent , fignifie prejîige , enchan" te ment.

Ci Ec même le ferpent, cet animal fi difproportionné , cet Etre fans aucune armure corporelle , fans écailles , fans plumes , fans poil , fans pieds y fans mains , fans nageoires ; ayant toute fa force dans fa gueule , force qui n'eft que venin , mort , corruption ; le ferpent , dis-je , porte avec lui des fignes phyfiques & analogues à la féduction dont la penfée de l'homme eft fufceptible ,* puifque cet animal a feul , parmi tous les autres , la propriété de former avec fon corps un cercle parfait y & de nous préfenter par-là , fous une apparence régulière , la forme & la bafe de tous les objets fenfibles & compofés , c'eft-à-dire , de fixer nos yeux fur la matière & l'illufion ; enfin , en formant un cercle vuide , où Ton ne voit point de centre , il a la propriété de nous fiiire perdre dé vue le Principe fimple de qui tout defcend , & lans lequel rien n'exifte. Il n'eft donc pas étonnant qu'on ait apperçu tant d'antipathie entre l'homme & le ferpent, puifque l'homme , au contcaire > tient au cçntre par la proportion de fa

forme

forme , au lieu que le (erpent n'ofire fur la iieime que la circonférence ou le néant* Qu'on ne prenne point ceci pour un jeu d'imagination ^ des vérités importantes font enveloppées fous ces rapports. Et c'eft '- là que l'on trouverait à slnftruire des relations métaphyfiques qui ont eù&é autrefois entre Thomme , la femme & le fer-^ pent > & qui (e manifeftent matériellement en<- tr'eux aujourd'hui , dans toute la régularité det nombres n.

On voit dans ces Livres , les doutooreufes pu« nîdons attachées à l'erreur criminelle de l'homme. En cherchant la lumière dans un autre Principe que dans celui féal qui la pof&de, il perdit de vue jufqu^au moindre de fes rayons , comme tous ceux qui depuis ont cherché leur inftruâion & leur fcience ailleurs que dans les principes immatériels de Itoutes les daflès ^ fe font rendus étrangers à l'intelligence y & c'eft - là cette nudité qui fit rougir l'homme après fon crime , & qui rerient de même toute là poftérité dans l'opprobre , jufqu'à ce qu'elle ait recouvré fes premiers riumtns»

<€ Car la nudité que les Livres hébreux liû at« tribuent avant fon crime » & dont il eft dit qu'il ne rougiffoit point , préfente une autre vérité. Le niot gharoum » nud , vient de la racine arabe ^kqram ^ qui fignifie , un os dépouillé de chair i

or Vos eft le fymbole fènfible du mot font , ycrtu y puifque Tos eft la force & le foucien du corps. D'un autre côté , ce mot os remonte par le mot;- ojpim des Latins y jufqu'à la racine hé-> braj(t}ue ghatiam , qui fignifîe une force ^ une^ rertu. Ainfi donc ^ nous prëfenter l'homme pre«* mier dans un état de nudité , c^efi nous dire qu'il étoic un Etre immatériel y une vertu ^ une force y une puijffince 4énu^ dç chair ^ ou lans corpç de madère n^

u Cela parolt d'autant plus vrai > que dans le pallage fmyant , l'homme eft annoncé coaune ne. rougÛIànt point de cette nudité ; & en efSst, puilque h confufion qu'inipire la pudeur ^ ne tient qu'aux lèns charnels , û l'homme ^ quoique pur & éclairé y n'éprouvoit abrs par ù, nudité , ni la hon** te y ni aucune des impreffions de la pudeur , c'^ une preuve évidente ^'il n'avoit pduit de fens charnels y>.

«•i^ii*nMMMWMl««HMHMMM««MMMiPMM«M«Mpi

tt Tabiea«^

^I les Livres hébreux cnlèîgnent l'horrible dé-* gradation de Phominç , confirmée par notre état aâuel y ils annoncent encore plus clairement les difFérens fecours qui lui font accordés pour fa ré- génération y & dont on a vu la néceflité , fondée fut le lien indifl^luble du chef divin avec Ion image , & fur Tamour dont il eft embrafé pour l'homme , qui eil l'extrait de fbn efTence & de fcs vertus.

C'eft pour cela qu'au milieu de tous les fléaux qui ont fuivi les différentes prévarications de la poftérité de l'homme , & que la Nature a pu ref»- ientir jufques dans fes Principes fondamentaux ^ les Livres hébreux qui en ont confervé les récits , préfentent des vertus ^uiflàntes , mifes en aâion iucceflivement pour réparer les défordres ; on y voit à différentes époques , des Etres virtuels , dont les uns agiffent fur Peau , les autres fur le feu y d'autres fur la terre , & qui répètent dans ces régénérations particulières , ce qui s'étoit paffé lors de la régénérarion primitive , où avant de réhabiliter l'homme ^ il £dloit rétablir fon domaine

U

Ï.C premier exemple que les Traditions hé-\ feraïques nous offrent de ces vérités , eft le ré« cit des prévarications anciennes y où les Nationsi entières des premiers temps font préféntées com<^ me livrées à l'empire des fens matériels , au point d'avoir corrompu toutes les voies de la Nature , & d'avoir mérité d'être punies par ^élément de l'eau* C'cft en même temps le tableau des moyens que la Sagefïe fuprême employa alors pour conferver fur la terre un afyle aux vertus de l'homme jufte , & à celles de tous les Etres de la création.

, Plus l'influence générale des crimes de ITiomme fur l'élément de l'eau paroit étonnante ^ plus on efi forcé de convenir qu'il n'y a que la grandeur de fon Etre qui puiffe réfbudre ce problème. Sa fublime origine eft un témoignage véridique de l'étendue de fes droits ; car fi l'on ne met point de terme i fes vertus , ni par conféquent aux fruits qui en font la récompenfe , on n^en doit pas mettre à fes pré- varications , ni aux fuites qui doivent naturellement les accompagner.

De même que Phomme peut exercer l'empire de fes droits légitimes , & obtenir de la Nature entière les hommages dus à un Souverain ^ de même il peut montrer les fignes d'un traître , d'un rébelle y 6c attirer fur lui la rigueur de toutes les Puiilànces ^u^il aujroit voulu ufurper.

Qu'on

Qu'on ne s'arrête donc point exclu fi vément afdf ctîmes chatiicls des premières Poftërités de l'homme y fi Ton ?eut découvrir la vraie cau& du dé- luge : il y a usie trop grande difproportion entrd l'infkience de ces fortes d'excès fur la dîlTblution des corps , & ce phénomène deftruâif que r& Crnjfain nous peint comme produit par le con^ cours de la Nature entière : le dépériflement corpofel de l'individu ^ui s'abandonne i ces ex^ ces y étant fa punition naturelle , la jufiice fu^^ périeure fe trouve fatisfaite , fans qu'elle ait be^ foin d'étendre Paâion des élémens primitifs uni* vcrfels.

B faut dont admettre que ces premières Pùff ern tés ont pu fe livrer 2 des égaremens plus conlîdérables , & i des aâes criminels afiez puiffans pour attirer fur elles des fléaux fans bornes & fan» Biefijre. Si le premier crime de l'homme l'alRijet*' fit aux élémens , & fe plongea dans Timmenfe ré- gion dc^ aâîons fenfîbles & confufès , quelle erreur y aoccut^l i croire ^e par de femblables crimes y il eût pu s'expofer de nouveau à la .fiireur de ces élémens?

La feuïe différence qu'il faut obferver , c'eH que l'homme primitif, n'étant pas encore maté- rialifé lors de fbn premier crime , reflfentit l'action du Principe même des élémens ; au lieu que dans les prévarications de fa poflérité , les été^

mens

fttcns n'ont pu opérer fur l'homme que par leut aâion groflîere , parce qu^il eft lui-même corporifé groffiérementé Or , d'après toutes les notions phyfiques qui ont été préfentëes dans cet ^crit ^ on doit favoir que la première apparence de la corporifation dés chofes grofGeres & fenflbles ^ ^'eft Teau.

Ce fléau extraordinaire doit ceffer de paroitre împoffible , dés qu'il n'eft pas împoffible à l'homme de s'y expofer ; & fi les hommes ont en eux le droit de pouvoir provoquer la pftice de différentes manières , elle doit être auffi toujours prête â laiflTer tomber fur eux Tefpece de punition dont refpece de leur crime les rend fufceptibles ; car la poflibilité du crime ne doit pas aller au-delà de la pof&bilité de la punition y fans quoi la vérité feroic en danger.

Remarquons , en prenant toujours le phyfîque fenfible pour guide , que dans les individus hu^ mains , la plus grande efFervefcence des fens fe fài-* fant fentîr vers le tiers dé la vie , elle a dû fuî- vre ta même époque pour l'homme général 5 & que les crimes intelleôuels qui ont pu accompagner ces écarts , & attirer les grandes cataftrophes , doivent avoir par analogie la même date ; d'où Ton pourroit , avec de l'attention y fe procurer quelques éclairciflemens fur l'âge du Monde ^ & fur l'é- poque du Déluge.

C'eft

Ocû en vain que les Obfervateurs ont attaqué la réalité de ce Déluge ^ par rimpoffibilité qu'il y sât (ur la terre , félon leur calcul , un volume d'eau (uffifant pour couvrir toute fa furâce y & pour s'é- lever jufqu'aux plus hautes montagnes. Ces objections n'ont pour bafe que le dé&ut d'intelligence des Traduâeurs , & les erreurs que les fyftémes philofbphiques ont répandu fur la nature de la Madère 9 en ne lui reconnoiflant pas d'autre Principe qu'elle-même.

En ef&t 9 le mot hébreu flDIK arubboth j quelque fignifiant cataraâês , félon la lettre , n'eft-il pas 9 fuivant les mêmes Interprétateurs , un dérivé du verbe 331 rahab , fiai ou ràba , qui veut dire , il a été multiplié ? Alors le texte préfènte l'idée naturelle d'une aâion plus étendue dans l'A- gent qui produit Peau , & nullement celle du fin> pie écoulement d'une eau auparavant exiftante ; parce qu'alors il y auroit feulement union y aggrégation , & l'on ne verroît point l'ade d'un Etre vivant qui crée ^ & qui multiplie.

On ne fkuroît contefter, fuivant ce principe ^ la pofEbilité des grandes révolutions de la Nature ^ l'excès d'un élément fur l'autre , & par confê. quent les fléaux unîverfels qui peuvent tomber lur des Régions , fur des Peuples , fur la Terre entière.

Car il faudroit commencer par nier l'exiHence

du Monde lui ^ même , puifqii'il n'eft que le ré- fiiltat apparent de Taôion vîvante & combinée des élemens , qui fe combattent & fe furmontent alternativement dans fon enceinte ; & manifeftent les uns envers les autres , la vie & les loix qu'ils ont reçues des Puiflances fuprêmes.

Les Obfervateurs ont également contefté Texiftence de cette Arche célèbre , bâtie par Tordre fupréme , pour conferver un rejeton de la race humaine. Quelle qu'ait été cette Arche , comme elle repréfentoit l'Univers , elle a dû , comme lui , renfermer , foit en nature , foit en Principes , tous les A gens & toutes les facultés qui le compofent 5 & fi ces chofcs paroiflent inexplicables à l'homme qui marche fans fa loi ^ elles ne le font plus pour celui qui la connoît , & qui a ridée qu'il doit avoir de fa grandeur & des droits de fon Etre.

Ajoutons que comme \e premier germe vivifiûnt des chofes , l'Arche étoit portée fi.r les eaux : que comme lui , elle furnageoit fur le chaos & fur Tabyme terreftre , pour lui rendre au temps prefcrit , la vie dont il étoit privé ; & que comme ce germe vivifiant , elle contenoit un Agent pur , une fource vivante de juflice & de fainteté , dans laquelle les hommes à naître dévoient trouver encore des traces de leur première fplenideur.

Je ne puis me difpenfer , au fujet de l'Arche,

d'engager les Obfervateurs à jetter les yeux fïir les Traditions chinoifès ; ils y verront que ,, le P, caraâere de barque^ vaijjtau , eft compofé ,, de la figure de vaijjtau , de celle de bouche y „ & du chiffre huit , ce qui peut faire allufion au „ nombre des perfonnes qui ëtoient dans l'Arche. „ On trouve encore les deux carafteres huit & ,, bouche avec celui Seau y pour exprimer navi- „ gation heureufe '^ Si c'eftau hazard^ il s'accorde bien avec le fait.

Portons un inftant nos regards fur ces veftiges fi confus , fi varies , de l'inondation générale & du bouleverfement univerfel , dont les fignes écrits fur cette furface terreftre , atteftent par-tout la certitude. Dans le point de Phyfique que j'aj déjà traité , relativement à l'origine de l'Univers y je n'ai eu en vue que les réfultats réguliers qui paroiflent avoir dû accompagner fa naiffance j ici je le confidere dans fes défordres.

Dans cette inondation générale que les Obfervateurs ne peuvent pas nier , ils ne veulent voir qu'un fait phyfique , ifolé , & indépendant des rapports qu'il doit avoir avec le grand œuvre

auquel tontes les puijjances des Etres font employées. Mais fi le plan immenfe qui a ét^

cxpofé dans cet Ecrit , peut étendre leurs idées

fur la nature de Thomme , & fur fa liaifon avec

toutes

toutes les chofes vifibles & invifiWcs ^ ils trouveront de nouveaux eclairciflemens dans ces mêmes traditions hébraïques , où les loîx des chofes font tracies avec fidclite , parce qu'elles mettent en jeu tous les reflbrts & tous les Etres. Ils y verront que pour terminer le DJluge , indépendamment de Taflion de tous les clemens en convullîon , une force Juperieure fit cefler l'aâion du principe de l'eau , & qu'en même temps elle envoya un ^irou un fbu^e acHf^ qui agitant en tous fens les eaux répandues fur la terre y dut occafionner ces énormes tranfpofitions de fubftances terreftres d'un climat à l'autre , & &ire dans un temps très-court, des révolu|ppns qui demanderoient des temps fans bornes , fi elles n'euflent été que le rJfultat des flmples aâions élémentaiies.

Ne foyons donc i:lus étonnés que d'une cortibî- naifon d avions fi oppofées & fi violentes , il ait réfulté des efFets phyfiques fi bizarres , & fi inexplicables , quand on fupprimç quelques - uns des Agens qui ont dû contribuer à les produire. Accoutumons nos yeux à faifir l'enfemble des principes , fi nous voulons faifir Tenfenible des faits.

A la fameufe époque du D 'luge , fuccede un nouvel égarement de la poftJrité de l'homme , où les criminels s'efforcent d'ufurper les Vtrtus àe& Cieux par des voies terreftres ^ matérielles

36 TabLeaiT

& impures , cachées fous Texpreffion de cet édifice audadeux ^ qui n'étant conftruit qu'avec de la brique , & n'ayant pour ciment que du bitume , annonçoît à la fois , la folle impiété de ceux qui rélevoient , & le peu de confiftance que devoit avoir leur ouvrage.

La fuite de ce crime fut cette célèbre confufion des Langues qui divifa le même Peuple en plulîeurs Nations. Emblème qui annonce bien plus encore l'obfcurité & la confufion de l'intelligence . de ces Peuples , que la variété de leur langage fenfible & habituel : quoiqu'il foit vrai néanmoins , qu'ayant dès-lors formé plufieurs Scâes éparfes & féparées , ils ont pu voir rafuite leur Langue commune & primitive s'altérer par le temps , & produire une mulritude innombrable d'autres langages , prefqu'abfolument étrangers les uns aux autres.

Cette divifion de langages , perpétuée fur toute la furface de la terre , répète d'une manière typique la fituation aftuelle de l'homme , pour lequel depuis fa chute , la Langue de tous lef Etres vrais qui l'environnent , eft inintelligible , & qui ne fait plus quel moyen employer lui-même , pour revivifier fa correfpondance avec eux , &: i-çpiendre fon ancien empire.

Par confJquenc , ces deux punitions étant fem» blables , annoncent qu'elles font le fruit du même

crime

crime , & que Phomme ne fe trouve aujourd'hui fi étranger au langage de la vente ^ que pour avoir ofé dans le principe , parier un autre langage que celui de cette vente j comme les poft^rites premières n'ont cefle do l'entendre , que lorfqu'elles ont ce(K d'avoir pour but l'exclufive domination du Premier de tous les Etres ^ & qu'elles ont formé le deflein de lui fubftituer un autre Principe.

J'expoferai ici une vérité qui jettera quelque jour fur l'origine primitive & fur la d:;gradatiort des Sciences. On prétend que les hommes ont été d'abord dans la plus profonde ignorance , & réduits aux feules refTources de l'inftind : on les a peints avec les couleurs que nous donnons aux Peuples fauvages , n'ayant à combattre qui5 la Nature , à fatisfaire que leurs befoins corporels , & à ne communiquer entr'cux que par leurs idées fenfibles ; & l'on veut faire croire que telles ont été les bafes fur leQjuelles fe font élevés fucceflîvement les différens étages de l'édifice des connoiflances humaines.

On s*eft trompé , en plaçant là l'origine accroiflTante des fciences de Thommc. Lorfqù'après fatdégradatîon , il fut admis fur la Terre > il y vint avec plus de lumières que n'en a pofledé peut-être toute fa poftérité ; quoique ces lumières

aient été inférieures à celles dont il jouifibie avant d'y defcendre. Il a été comme la tige de ces Elus géntJraux , employés par la bonté divine à la réparation de fon crime ; il a communiqué à fes Defcendans les lumières dont il avoît alon lajouifl'ance ; & c'eft-là le véritable héritage dont les premiers hommes étoient fi avides , & dont les hommes des fiecles fuîvans n'ont plus confervé que la figure dans leurs hérédités matérielles.

Mais ces poftérîtés primitives ont laifle alté- rer cet héritage , comme l'homme lui-même avoit perdu celui dont il jouifToit pendant fa gloire ; , & l'ii^norance allant de firont avec l'iniquité , n'a fait que croître jufqu'à ce que l'une & l'autre étant à fon comble , les fléaux de la jufticc ont réduit les hommes aux plus épaifles ténèbres & à une dijperfion abfolue.

C*eft à cette dernière époque que l'on devoit fe tranfporter pour trouver' l'homme languiflant dans rincextitude & la mifere , & réduit aux feules refToirces de fon in^flinft ; c'eft à cette époque que l'on doit chercher l'origine des Langues conventionr elles , parce que coûte connoiflance vraie écant perdue pour les hommes , il leur fallut employer les objets fenfibles pour fignes de ^eurs idées : enfin telle a été la fource de toute l'induflrie à laquelle ils furent obligés d'avoir recours , après avoir abandomié les mobiles

infaillibles

infaillibles qui pouvoieiK encore les diriger fiir la Terre.

Leurs efforts , excites par leurs befoins , les ramenèrent bientôt par divers moyens à des dé- couvertes y & à des notions , quoiqu'imparfaites ^ de ces mobiles univerfels qui leur étoient fî né- ceflaires ; fans qu'aucun Peuple , aucune Tribu , , aucun individu peut-être , n'ait marché dans cette carrière , ni du même pas , ni par les mêmes fèn tiers.

Ce fut alors que les Sciences allèrent en croîf^ fant parmi les hommes , & l*on en peut fuivr© la chaîne comme non interrompue depuis cette époque fecôndaire jufqu'à nos jours ; on doit même être affuré qu'elles ne feront que fe développer de plus en plus , fi l'on réfléchit aux moyens fans nombre qui ont été découverts pour les répandre.

Il en a été de l'efpece générale de l*homme , comme de fes individus. Rien de plus pur que les premiers rayons de lumière dont notre Etre eft éclairé , lorfqu'il commence à être (ufceptible de les recevoir : bientôt ces rayons précieux fè trouvent arrêtés ^ fouvent même obfcurcîs par des paflîons orageufes , qui font perdre à l'homme jufqu'au fouvenir de ces premières faveurs d'intelligence qu'il avoit goûtées au fortir de l'enfance : mais bientôt auflî on le voit fe

40 Tableait

délivrer de ces entraves j)our s'élever vers les ré' gions des fciences & de la raifon , & marcher dans des Jcntiers immenfes de lurtiiere &r de vé- ricJs , qui s'Jten.lant chaque jour devant fes yeux, vont Te perdre dans V Infini.

C'ell par une fuite de cet accroiflement progreflit , qu'au milieu des prévarications & de la ^di perfion des anciens Peuples y un Jufte eft • choi 1 parmi les Chaldéens pour ê:re le d/pofitaire de h conno (Tance des différentes loix naturelles \ notre Etre. Ce Jufte eft tiré de la ville de "11 Our , qui en hébreu fignifie Limiere , pour nous rappeller l'émanation du premier homme .& de toute fon efpcce qui a pris naiffance dans le .'ein de la Vérité même , & qui appartient & corrcrpond par fa nature , au centre univerfel de la Vte.

Cz Jufte paroît favorîfé fenfiblement de troFs fîgnes fupérieurs , ou de la préfence de trois Agens immatériels corporifés en forme humaine , recevant même de lui l'hofpitalité. Ces fîgnes faifant allufion aux trois vertus fuprêmes , annoncent le rang fublime auquel cet homme étoît appelle ; ic ce rang c'étoit d'être le pere d'une Pofiérité aufli nombreufe que les étoiles du Ciel , & que la pouffiere de la Terre ; c'étoît , en pénétrant le fens de' cette expreflîon figurée > de recouvrer toutes les vertus fupc'rieurcs dont

l'homme

riiomme avoît ete dJpouilîé , & de ramener les Erres inférieurs ou égares ; c'étoit enfin d'être le Chef & le Père d'un Peuple cholfi entre tous les Peuples de la Terre , deftiné à être l'objet des feveurs de la Divinité , & à fervîr de fanal à toutes les Nations. La penfée nous montre ce choix d'un Peuple , comme néceflaire , afin que l'homme eut devant les yeux , & dans la propre efpece , la reprc!entation vivante de ce qu'il avoit été luimême.

Pour remplir cette glorîeufe tâche , voîcî l'ordre qu'il reçut, avant de prendre pofleffion de la terre qui lui étoit promife. Il lui fut recommandé de la parcourir en latitude & en longitude ; nouvel indice de la fupériorité quaternaire de l'homme , & de ces deux diamètres dont nous avons déjà parlé.

Si l'on voit cet homme privilégié commettre un adultère non-feulement impuni , maïs comme autoriie , puifqu'il ne nuit point à fon élection ; & que cependant l'adultère ait paffé enfuite pour un (î grand crime chez les Hébreux ; c'eft que la loi n'avoit point encore été publiée ; c'eft que V œuvre ne faifoit, pour ainfi dire^ qu'arriver à fon aurore ; & que les hommes ne connoiflant encore leurs vertus que par les générations charnelles , n'étoient point à portée d'en régler l'ordre par une loi fiipérieure & lumineufe ; & tel eft le

pouvoir

pouvoir des loîx fènfibles auxquelles rhomme s'eft afTujetti , que plus il en eft rapproché , plus ùt nature vraie rentre dans le (îlence , pour ne laifTer r(?gner que ces loix fenfîbles.

Voilà pourquoi dans l'origine , il fut permis d'epoufer fa propre fœur , quoiqu'enfuîte , les hommes n'aient pu former d*alliance qu'au quatrième degré de parenté ^ parce que ce nombre étant celui de Tadion univérfelle , donne â un même fang le temps de fe renouveller , & dé- montre à l'homme que fon Etre intelleduel ou quaternaire doit être l'ordonnateur de toutes ces facultés.

Après les promefïes glorieufes qui furent faites au premier Chef du Peuple choifi , on peut aifé- ment reconnoître dans cet homme Jufte , dans fon fils Ifaac , & dans fbn petit-fils Jacob , l'exprelfion fucceflive & fubdivilte des trois facultés fuprémes dont il avoit reçu les fignes à la fois , & qui fervent de type à celles que manifefte l'ame humaine. 11 démontre lui - même vifiblement la penjee , par le rang de (on éleâion qui le rendît le premier dépofitaire des deflcins du grand Etre fur la poftérité des hommes : fon fils eft l'emblème de la volonté^ par le facrifice libre qu'il fait de (on individu : & le fils de fon fils annonce Vaclion , par le combat qu'il foutient contre TAnge y & par la nombreufe famille qui fort de

lui»

lui. Ici la liberté de l'intelligence ne pourroit-elle pas s'étendre ; voir dans Kebecca , Tirnage du monde fenfible ; & par ces deux enfans qui combattent dans fon fein , reconnoître l'image de l'homme ^ & de ce frère aine Jon ennemi avec lequ.l il eft emprifonné dans l'univers?

Dans la fuite, les defcendans de ce Jufte hé- breu devinrent efclaves de la Nation Egyptienne , dont ils avoient réclamé les fecours. Le fens du mot Egypte , exprimant la douleur & la tribulation , l'union de la poftérité Juive avec cette Nation , annonçoit celle que le premier coupable fie avec l'abomination même , & montroit que nul Etre ne peut fe précipiter dans un tel abyme ^ fans être condamné à foufFrir , & à y féjourner pendant un temps proportionné à fon iniquité.

Les Livres des Hébreux nous peignent en effet les fuites de cette criminelle alliance. Ce Peuple réduit à^ confumcr fes jours & fes travaux fur de la pouffiere , expofé aux injuftes exaSions de fes tyrans , répète l'humiliante fituation de l'homme ici - bas , où fon aâion étant horriblement refferrée , il a cependant à foutenir des combats plus grands & plus multipliés que dans (on premier état ; où , enfin , il a ^î vivre , quoiqu'il foit , pour ainfî dire ^ féparé de la vie.

Mais il voit paroltre un Agent célèbre , échap-

pé comme Enfant des Hébreux , à la cruauté da Roi (1 Egypte , ou à ces vertus impures qui s'oppofent aux premiers efforts de notre Etre penfant y & qui ne travaillent qu'à Tempécher de reprendre fa liberté. Cet Agent célèbre eft flottant comme l'homme fur les eaux de Vahywe , pr^- fervé de leurs gouffres par un berceau , comme Wiommc l'eft par les vertus de fon corps ; élevé , dirige par un Inftituteur fîdele , comme Phomme le feroit toujours , s'il étoit adif & docile ; enfin , chargé comme lui de veiller au rétablifTement de l'ordre & à k deflruâion de l'iniquité.

Par fes travaux , par fes vidoires fur les Egyptiens , ce Jufle nous peint donc les pouvoirs de l'homme fur les vertus de l'Univers , & fur le Principe du mal. Ceux qui ont prétendu que ce Légiflareur tenoit toutes fes fciences des Egyptiens , n'ont pas obferve qu'avant de combattre les Sages de cette Nation , ce Jufte avoit paffé plulieurs années chez fon beau - père Jéthro qui étoit Prêtre , & qu'il s'y afïic près d'un 113 Beour^ mot qu'on a traduit par un puits , mais qui par fon fignifîe rien moins que le féjour de la fcience & de la vJrité.

La fupérîorité c?e l'homme fur les chofes fenfibles , & fes pouvoirs fur la corruption , nous font tracés dans le tableau de la fortie d'Egypte , &

dans

dans celui du paffage de la mer rouge. Le premier nous peint les Egyptiens anéantis , pour aînfî dire , par toutes les plaies qu'ils avoient attirées fur eux , mais ne cédant qu'à la dixième. Il nous les peint dépouillés de leurs richeffes , dans lefquelles on doit fûrement comprendre les inftrumens criminels de leur culte j il nous les peint pourfuivant par des routes incertaines , le Peuple Hébreu , qui feul jouiflToit vifiblement de la lumière , tandis que les ténèbres étoient répandues fur fes ennemis & fur toute TEgypte. Le fécond nous repréfente les élémens obéiflant à la voix qui leur commande d'ouvrir un paflage libre à ceux qui étoient conduits par la Sagejffe , & de reprendre leurs cours naturel à l'approche des impies , qui n'ayant point les vertus néceffaires pour s'en défendre , dévoient en être les viâimes. ,

Ce fécond tableau nous apprend encore que les fubftances corruptibles du fang font les véritables entraves qui retiennent l'homme dans le pâtiment , & que c'eft par la rupture de ces liens , ou par la féparation de fon Etre intelleduel d'avec le fang , qu'il recouvre quelque liberté ; ce qui avoit déjà été indiqué par Tefprit - du pré- cepte de la circoncifion ,* ce qui le fut dans la fuite par la défenfe faite au Peuple de manger du fang , parce que la vie de la chair ttoit dans le fang , & que l'ame de la chair avoit été don-

n'j2 aux Hébreux , ou aux hommes pour l'expia* tion de leur ame. Expreflions aflez claires pour )a(lifier le Légiflateur des Hébreux du reproche que plufieurs lui ont fait de n'avoir pas diftîngué dans l'homme un Erre différent de l'Etre fcnfible. Enfin , par les difFérens campemens & les dit firens travaux qui fuivirent la fortie d*Egypte , ce Légiflateur nous peint les différentes liifpenlijns que l'homme doit fubir après fon paflage corporel , pour réalifer ce qu'il n'a pu connoître ici - bas qu'en apparence ; de façon que Moïfe fcul prcfente en lui un type entier du cours univcrfel de l'homme , depuis fon origine terreftre j ifqu'au terme où fa nature primitive ne cefïe de le rappeller.

Nous arrivons à cette époque où la voix divine fc fait entendre aux HJbreux ; où le Légiflateur écoute lui-même comme tout le Peuple , la parole facréc qui fe communiquoit aux hommes , pour leur apprendre à ne fe conduire que par elle, & à ne pas donner leur confiance à des Dieux étrangers , & à des Idoles qui n^ parlaient point. Dans les faits qui fe pafTerent alors ^ on voit figurées la première loi de l'homme dans fon état de fplendenr, & la fecon^ie loi de ce même homme dans un état de réprobation. En effet , fa loi première lui fut retirée , dès qu'il s'éloigna

du centre de la vérité y comme les premières Tables furent brifées , lors de l'idolâtrie du Peuple Hébreu

La feconde loi ^ quoique contenant les mêmes préceptes que la première , c'eft-à-dire , lobligation indifpenfable de manifefter les propriétés de notre Principe , & d'être en quelque façon l'organe vivant de fes vertus , cette feconde loi , disje , eft inférieure à la première , & infiniment plus rigoureufe. Outre l'expérience journalière que notre fituation aftuelle nous force d'en faire , nous en avons un indice dans ces mêmes Tables que les Tradirions hébraïques nous préfentcnt.

Les premières Tables de la Loi font annoncées comme ayant été non - feulement écrites , mais encore taillées de la main de Dieu. Tableau înftruâif , dont le vrai fens eft l'émanation de l'homme hors du fein de la lumière , fur qui la même main qui lui donnoit l'être , gravoit à la fois le nombre , ou la convention fur laquelle toute fa puiflTance & toute fa gloire dévoient être fondées.

Au contraire , les fécondes Tables nous font bien données par l'Ecrivain , comme ayant été écrites par la main de Dieu , ainfi que les premières ; mais la différence qui fe trpuvoit entr'elles , c'eft que les dernières avoient été taillées de la main de l'homme , & que c'eft fur cette

œuvre

ccuvre de Thomme que l'Etre néceflaîre , rempli d'amour pour fes produâions , daigna encore graver fon fceau & fa convention , comme il Tavôic fait fur la fubftance pure dont les premières Tables étoient l'image ; de façon que la loi de l'homme n'étant pas aujourd'hui gravée fur ù. matière naturelle, opère en lui cet état violent & douloureux que tous les hommes éprouvent ^ lorfqu'ils cherchent cette loi avec fîncérité , & qu'ils s'en approchent ; parce que ces pâtimens & cette irritation font inévitables entre des Etres hé- térogènes.

L'éclat majeflueux & terrible qui accompagna la promulgation de ces loix , nous rappelle le tableau de l'origine des chofes , où le défordre faifbit place à l'harmonie ; où chaque Etre recevoir fon ordre & fa loi j où la lumière mélangée & comme confondue avec les ténèbres , tendoit violemment à s'en féparer ; où les criminels qui dévoient habiter ces ténèbres étoient entraînés avec les débris de cette effrayante explofion ; & où ceux qui avoient été fidèles à leur Principe y fe rallioient à fa clarté divine , pour y lire les Dé- crets irrévocables de fon éternelle fageffe, & pour les exercer dans l'Univers.

C'eft toujours fur des lieux élevés que ces grands faits nous font prefentés ; fur des lieux où l'air étant plus pur , femble communiquer à

touc

tout notre Être , des influences plus (alutairës'^ éè bne exiftence plus conformé à notre nature & k notre première deftinatioh.

Car , lorfque dans la fuite cette même loi à Condamné le Peuple Hébreu ^ & ceux de fes Ghefsl qui facrifioient fur les hauts lieux ^ elle ne pré- tendoit pas précifémeiit parler des montagnes , mais de certains objets de la Nature auxquels les hôm-» mes ont trop fouvent donné une confiance aveugle y & qui ayaht commencé par feirvir d'inftru* mens au Sabeïfme , ont fini par engendrer les abus^ de TAftrologie judiciaire.

Des altérations auflî grandes fé font iritrd-s duites dans les Sciences des Hébreux. On eh trouve la preuve dans les eaux de jaloufie y paf iefquelles le Prêtre . s'affiiroit du crime ou dé l'innocence de la femme accufée d'adultère. Cc9 épreuves j dénuées de la Vertu fupérîeure dé Thomme y dont le Prêtre eft cenfé particulièrement revêtu , paroiflTent fûfpeâes ^ & ne préfentent à refprit que le preftige & l'impofture : mai^ iorfqu'on s'élevé jufqu'à la nature dé l'homme , & & qu'on réfléchît fur l'étendue de fes droits , rien iî'étonne dans de pareils récits , parce que leè eaufis fécondes lui font fubordonnées , & qu'il a le pouvoir d^en diriger les a^es à la gloire de ion intelligence, & au maintien de la loi dé

\f6 Tableatt

celui qu^il eft chargé de repréfenter fur la Terre;

Dans la fuite cette vertu fup^ricurc s'étant affoi* blie parmi les hommes » ils ont néanmoins confervl les formules ; de-là font venues ces épreuves de Teau y du feu , du fer rouge , des bras en croix y qui ont été pendant long-temps la feule julifprudence criminelle de plufieurs Peuples ; ces Peuples mêmes y contenus par. la fuperftition ^ ou aveuglés par Tignorance , ne jugeaient que d'après les faits y & n'examinoient pas fi ceux qui fem* bloient préfider à ces faits , avoient ou non les titres fufiifans pour mériter leur confiance y & ils ne doutoient pas de Tinnocence de Faccufé^ quand fon courage ou fon adrelTe Pavoient fait réfifler i l'épreuve.

Enfin les yeux fe font ouverts y & fur les t^en« fougères prétentions des Juge^ y & fur les abus de cette Juftice extravagante : mais les hommes , en s'épargnant par-là des crimes atroces, ne fe font pas avancés davantage vers leur Principe ; ils ont fupprimé les abus y fans rendre leurs pas plus affurés ; ils fe font garantis de l'erreur de leurs Ancêtres , & n'en font pas devenus plus fages : ils font même tombés dans un autre excès ; car n'ayant apprécié ces épreuves que dans un temps où elles étoient déjà privées de 1 eur bafe , ils ont cru qu'elles n'en avoient jamais eu»

H

Il en étoit ainfî de la leprç : cette maladie ^toit regarder par les Hébreux comme Htie punition des fautes contre la Loi : elle ne pouvoir donc être gucrîe que par le poflefleur ou le dépofitaire de la Loi; & vraiment , ce privilège ou ce don apparutenoit au PrjStre. Quand dans la fuite y l'Art de guérir n'a plus été l'apanage du Sacerdoce ; quand le Médecin a cru pouvoir cefler d'être Prêtre , les iburces de la lèpre font reftées ouvertes y comme elles le font toujours , & les fources du remède fe font fermées. Alors , dans les ténèbres où l'homme s'eft concentré , il a plutôt penfé que la lèpre étoit incurable , qu'il n'a vu ce qui lui manquoit pour la guérir ^ de façon que les maux de l'homme ont plus que doublé ; car il lui refte toujours les moyens de gagner la leprc y & il ne trouve plus ceux de n'en délivrer.

^t TaéxeaV

X-iE Sabbat , fi recommandé par la Loi des Ki^ èreux^ fe rapporte au Sabbat primitif, (bit dans Ion nombre , foit par fon objet ; & c'eft affiirément •dans Fefprit de ce ^Sabbat primitif, qu'il leur étck ordonne de ne point femer ^ ni labourer la terre p ni tailler la vigne pendant la feptieme année , ou année fabbatique ; de ne £dre même cette année-Iâ aucune clpece de moifibn , ni de récolte ; & de n'attendre leur fubfîflaiice que des produâions naturelles de la terre , pour en fatisfaire leurs be(bin& préfens ^ fans auolne inquiétude pour les befbins i venir.

N'eft-ce pas , en effet , nous retracer la diflK- rence des loix de la matière à celles de l'intelligence? N*eft-ce pas nous indiquer que la matière fi'exifte , ne produit , ne s'alimente que par des moyens violens , & par une culture laborieufe , tandis que la vie intelleâuelle , adive par elle-même , promet à Phomme qui peut y parvenir , des délices faciles & une nourriture aflurée ?

N'eft-ce pas nous montrer d'avance quelle fera la deftinée de l'homme ^ lorfque le grand Sabbat

étanc

Itant arrivé , il s'unîra aux Vertus divines mêmes , & poffédera cette Terre incréée , qui fans cefle produit par elle-même & fans culture ; lorfqu'é- tant comme adhérent aux fources de la vie , il pourra continuellement s'y défakéren , avec la confiance qu'elles feront toujours plus abondantes que fes befoins , âc que jamais elles ne pourront fe tarir pour lui.

Il ne faut point oublier que le vrai Sabbat temporal doit fe trouver le quatorzième de la lune de Mars \ que c'eft à cette époque que fe fit I2 délivrance du Peuple Hébreu ; & que c'eft-là l'époque naturelle où s'entr'ouvrent les premières fources de produftion , puifque c'eft vers ce temps , que les principes végétatifs reçoivent le» premières réaâions du printemps , lequel doit (e compter pour nous par le cours de la lune ^ fie non par celui du foleil , quand Tun & l'autre de ces aftres ne fe trouvent pas enfemble au même point équinoxiaU

J'ajouterai que les Hébreux ont dérangé Fheiire de leur Sabbat y en le commençant à la première étoile 9 au lieu de le commencer à minuit y qut eft Theure de la primitive inftitution ^ attendu que c'eft une heure centrale : mais ce H'eft pas là feule négligence qu'ils aient à fe reprocher y car dans fon inftiturîon leur Loi étoit pure y fie appuyéa £)i: des bafes invariables^

f4 Tabisaxj

On y voit que jufqu'aux Rëglemens relatifs aim alimens , tout eft fondé fur les principes de la plus (aine Phyfique. La dëfenfe de manger dei animaux réputé immondes par b Loi y tient à h nature de ces animaux , dont l'impuretë par rapport à nous , eft écrite fur leur propre forme* ** Ceux dont la tête & le corps font dégarnis do membres ofFenfifs & défenfifs ; ceux dont le cou eft fi gros , qu'il ne fait pour aînfi dire , qu'un avec le corps y ceux-là , dis-je y font les'Etres les moins purs y les moins réguliers , & en même temps les plus nuifibles à Thomme ; car ce font ceux dont le fang (e porte avec plus d'abondance dans la partie fupérieure; & pour conferver le, langage de la Loi hébraïque , leur fang eft matériellement fur leur tête : or lufage fréquent de pareilles viandes ne manqueroit pas d'opérer le même dérangement dans réquilibre de nos liqueurs : c*eft alors que les fouftes grofliers , dont notre Nature cherche à fe purger , refluent fur notre Etre , & en obftruent tous les organes. ,,

Nul Etre n'eft fans doute plus intéreffé que Fhomme à éviter ce terrible effet, parce que le fiege de fon Principe ctant dérangé, le Principe lui-même peut foufFrir de ce dérangement. ,,

" L'homme eft deftiné par fa nature à être fupérieur à tout ce qui efïfang & impur , puifq«c fà tête même ^ diftinâe de fon corps par un cou étroit ,

femble

U AT V RMZl 5f

iembk encore être verticalement placée ^ pour que le fang ne pouvant la furmonter , elle règne & domine fur tout ce qui tient au fang : & puifque nous avons fous les yeux l'exemple de l'abrutîflement des Nègres » qui le doivent en partie à ce que non feulement leur fang , mais leur graiffe même eft fur leur tête ; car ce fait eft vîfible par la couleur rougeâtre & (ombre de la fubftance moëlleufe de leur cerveau y & par la laine qui leur tient lieu de cheveux. „

^^ SiPon ne remarque pas les mêmes irrégularité dans les autres efpeces do Nations difformes , & que cependant on y remarque le même abrutilTement , ou des mœurs même plus honteufes , & des inclinations plus malfaifantes , ou enfin une nature plus lâche & plus débile , c'eft qu'au lieu du fang & de la graifle y ce font d'autres principes matérieh qui dominent fur leurs têtes. Car ces principes matériels étant ei>nemis de l'homme ^ ne peuvent le furmonter , fans que quelques-unes de fes facultés primitives ne foient dans la contrainte & dans l'abrutiffement , & qu'elles ne (oient remplacées par les facultés qui leur font contraires. ,,

* Ce que j'ai dit fur la difformité des animaux réputés immondes , doit s'appliquer aux poifibns , dont le corps ne formant qu'une ma(fe avec leur

'f6 Tableau

t4te y (bmble porter toutes les marques de I*iinpiH« tcté ; en forte qu'on pourroit demander pourquoi la Lot hébraïque ne défendoit que ceux qui n'a^ Toien( ni nageoires y ni écailles "i yy

En général , l'impureçé des poifTons immondes doit ^cre moindre que celle des animaux terre& (res y parce que le fang des premiers eft fi tem* péré par le fluide aqueux , qu'il n'efl ni dans unç gboqdance , ni dans une chaleur capable de proiduire de grands ravages, C'eft pour cela que U Loi toléroic ceux qui n'avoient pasi à la fois tou^ ' les fignes de l'impureté, , ,

^^ Cependant , comme Télément qu'ils habitent , poirte avec lui-même le caraâere de l'origine con^ fufe des çhofes matérielles ; comipe c'eft par Teaii que tous les Etres de matière prennent leur corpoh rifacion , la Loi regardqit les poiffons comme participant en quelque forte à la confufion de eur élément : ^ufli n'entroiçnt-ils poi|it dans Ie$ Sacrifices. ,,

On n*ignore pas que le fel , fî convenar ble à nos alimens y étoit efTentiellement recomiinandé dans les façrifices y & qu'il a été , presque par toute la Terre y le fymbole de la fageflè* C'eft que les fels en général font des fubflances tirès-inflrudives pour l'homme. Ils ne paroiflènt^ que par la réunion de leurs diâTérentes parties ré. p2n\4uç& 4w? Içç wmL qui ies d^inneat en difTo-

lotion^

lutîon ^ & en devenant -par Tadion du feu g^né» rai ou particulier , autant d'unités aâives , puit» Tantes & d^pofitaires de toutes les propriétés qui fe manifeftent dans les corps. En un mot , le fel eft un feu délivré des eaux , & les eaux ont un nombre fi impur que les Hébreux n'expriment

^ Ajoutons que fi la préférence étoit donnée au fel marin fur tous les autres , c'eft qu'il eft quarr4 fiir toutes les faces , & qu'il a fept centres ; c'eft qu'il reçoit plus diredement les influences fupé- rieures par l'aûion de la lune fur les mers , & que fon acide a moins d'affinité avec les métaux que les acides des autres fels. y^

Le pain azyme , fi recommandé dans les Fé- .tes , a fans doute de très-grandes fignifications ; car il repré%||É| à la fois l'affliâion de la privai tion ^ la pré|flEon à la purification y & la mé- moire de l'origine. .

Le mot manne dérivé d'un nom hébreu , qui fignifie nombrer ; & pour parvenir à Pintelligence de cette diftribution journalière , que les Livres hébreux nous difent avoir été faite au Peuple ^ voici ce qu'il eft néceffaire de connoître.

De même que le Soleil parcourt chaque jour tous les points de notre horizon pour revivifier

tpyte h c^conféi^ençe ^ dç même tous les hommes

reçoivent

reçoivent chaque jonr nn rayon dn gninJ SoUili €fà ^offiroit pour les ranimer inteDeândlenient, ifik ne le laiffbient pas intercepter par miOe ofa^ Cacles étrangers ; enfin ^ il y a chaque jour pour Tordre phyfique , un mouvement unîverfel par lequel toutes les fpheres agifTent les unes fur les autres , & fe pr jfcntent réciproquement des bafes , ibr lefouelles elles impriment en paflànt , des acfions & des nombres analogues aux traits qu'elles y rencontrent ,• & on ne peut nier qu'il n!en (bit de même dans Tordre intelleâuel y puifque celui" Cl efl: le modèle de Tautre.

Mais ni dans Tun , ni dans Fautre ordre ^ Fhomme ne peut pafTer les bornes & les mefures de Tes facultés , fans les détruire 5 ic malgré qu'il ait reçu ces fecultés par fa nature , il doit attendre que les vertus & les nombres fupérieurs viennent les compléter & les nourriri|M|[ même qu'il ne doit pas cefler de fe repofer^P ces fecours lîipérieurs , & de croire qu'ils peuvent fe renouveller comme fes befoîns. C'eft là ce que fîgnifioient les vafes des Hébreux , là manne dont ils les rempliflbicnt chaque jour , & la défenfe faite au Peuple d'en ramafler des portions doubles.

Si Ton doutoit que cette manne eût exifté en nature matérielle , il faudroit feulement fe rappeller ce que l'on vient de lire j & fi nous reconnoiffons que chaque jour de la vie , la mantre

iotelleâuellei

întelleâuelle nous eft accordée , nous aurons fait un pas aflez grand pour croire à la poflibilité de l'autre ; car cette dernière pourroit bien provenir d'une branche commune au même arbre, mais qui feroit defcendue plus bas , comme ayant le corps pour objet.

Quant aux loîx criminelles , tracées dans les Livres hébreux , quoiqu'elles foient fondées fur la plus exafte juftice , je ne me propofe pas de juftifîer leur origine , avec autant de foin que celle des loix de précepte & d'inftruâion dont nous avons traité jufqu à ce moment : elles préfentent trop de difficultés pour ofer affurer que la maitt de l'homme , en les rédigeant , n'ait jamais pris la place de la main fupréme ; & la principale ob-* jeâion eft que fi le Chef de la Loi étoit obligé de confulter la lumière fupérieure dans toutes les circonftances douteuiès ^ il lui étoit inutile d'avoir par écrit un Code criminel.

En effet , il connoiflbit par cette confultation , quelles étoient les peines décernées par la Loi contre tel ou tel crime , il le connoifïbît for la dépojîtion de deux témoins véridiques , dont je ne puis mieux donner l'idée qu'en les comparant à la fignacure d^une lettre & à fon contenu ; ** car on fait que les Anciens commençoient fagemerit leurs lettres par leur nom ^ & que cet ufage exifte

encore

encore parmi plufieurs Peuples & dans les Ordonnances des Souverains,^

Mais le Chef de la Loi ayant récueilli plu* £eurs de ces Sentences juridiques , il a pu fe faire qu'il les ait deflinëes à lui fervir de guides lorfqu'il fe prëfenteroit des cas femblables y & qu'il (s foit borné à confulter fur le crime ou fur l'in* nocence de l'accufé.

Dans la fuite , la forme de cette Turifprudenco a pu encore dégénérer , & les fucceffeurs des véritables Chefs , trouvant des loix écrites pour la punition des crimes , ont pris ces loix pour la ieule règle qu'ils euflent à confulter , & les té- moins humains pour ceux que le Légiflateur avoit eu en vue : par où l'on voit quels abus ont d& iréfulter de cette méprife.

Je découvre volontiers cette difficulté , pour que ma marche ne paroiffe pas fufpeâe , & pour avoir le droit de prendre la défenfe du tréfor d'inftruâions qui , malgré ce mélange , fe trouve renfermé dans les Livres des Hébreux.

Contemplons ici cette Arche d'alliance , dépôt de toutes les Ordonnances que le peuple devoit obferver , ppur fe maintenir en force contre fes ennemis. Comparons ce Tabernaclfe & les Céré- monies qu'il étoit ordonné d'y pratiquer , avec

les prcmicrcs occupations de l'homme , nous verrous;

toftS qu'ils n*ofFrent que la defcrîptîoii de céâ anciens fymboles que la Sfigefle devoit montréir de nouveau à l'homme , afin de ne pouvoûf jamais être accufée de manquer à la conventioii qu'elle avoit faite avec lui en le formant.

Aufli fiit-il recommandé à PAgènt choîfi pouf cette œuvre , de fe conformer au plan qui lui en avoit été montré fur la montagne , afin que la copie vifible étant femblable au modèle que l'homme ne voyoit plus , l'homme pût fe rapprochée de fa gloire ancienne & de fes connoiflances [prl^ mîtives.

Il faut donc étudier avec foin cette copie f fi nous voulons recouvrer quelques idées de fon modèle : il faut confidérer les différentes divifîon^ du Tabernacle , & les dififérens voiles qui led féparent les unes des autres y pour retracer lesr différentes progreflîons & fufpenfions de la Iu«* miere pour nous : V Oracle enveloppé & couvert des ailes des Chérubins ; la couronne y on le cercle d'or , qui la furmonte , & femble placée ainfi , comme Tanneau de Saturne y pour fervir d'organe aux vertus fupérîeures qui dévoient y defcendre ; les tables dreflfées dans les diffé^ rentes régions ; les douze pains de propofitiop rangés fix par fix , pour nous peindre les deux loix fénaires , fources de toutes les chofes în-« telleâuelles & temporelles ; enfin ^ le chandelier

â fept branches r^p&anc le nombre de la lundert fupériturt qm Àdatoîc & vivifioit invifiblement ce fànâiiaire myftérieux , le fiege de (a gloire.

Non fenlement le Tabernacle devoir avoir des rapports avec la deftinadon de l'univers y mais il devoir encore en avoir avec lliomixie , poifipie Fhomme en ëtoit le premier objet : ce qui fîit fuffiiamment annoncé par cet autel quatre^ qu'il fut ordonné d'y placer avec les vafes & infbumens relatifs au culte qui devoit s'y exet* cer. Cette forme quarrée eft un fymbole analogue au nombre de Fhomme intelleâuel , fymbole que Fon peut facilement démêler ^ & qui fera encore ]dns développé par la (îiite : ,, mais le propre corps de • Phonune paroit y avoir aufli des rapports > poifqu'il forme lui-même un quarré par fes dijneufîons. En outre y cet autel étoît foutenu & tranfporté par le moyen de quatre bâtons creux ^ qui ne s'en détachoient point ; & ce type fe trouve en nature phyfique fur la forme matérielle de thonmie

On ne peut confîdérer la fin corporelle du Lé- giflateur des Hébreux , dont la fépul taire eft reC fée ignorée , ainfi que Thiftoire de ces Elus qui font annoncés comme ayant été enlevés dans des chars de feu , fans prendre une idée vafte & inf^ truâive de notre véritable deftiaadon.

L'honunQ

H

L'homme eft un feu concentre dans une grof» Êeré enveloppe ; fa loi , comme celle de tous les feux y eft de la difToudre , & de s'unir à la fburce dont il ett fëparé.

Si , négligeant l'adivit^ propre à (on Etre ^ il fo laifle dominer par cette enveloppe fenfible & té- nëbreufe , elle prend un empire plus ou moins fort & durable , félon les droits qu'il lui a céd& par fa foiblefle , par fes penchans ou par fes jouiflances. Alors fon feu eft étouffé ou enfeveli j pour ainfi dire ^ fous ce voile obfcur y & l'homme â fà mort ie trouve comme confondu avec les ruines de fa forme corporelle ; ces débris mêmes devant refter entaffês fur lui , tant qu'il ne fentira renaî- tre au centre de fon exiftence , rien d'afTez vivait pour brifer & détruire les liens qui Tattachent â la région inférieure des corps.

Si , au contraire , fuivant la loi de la naturç ^ il a fu non feulement conferver la force & les droits de fon propre feu , mais les augmentée encore par l'aûion d'un feu fuperieur , il n'ell pas étonnant qu'à la mort , leur ardeur ne coih fume plus prompteoient la , forme impure qui jufques - là en avoit contraint les mouvemens ^ & que la difparition de cette forme ne foie plus rapide.

Que fera-ce donc fi l'homme entier eft embrafé de ce feu fupéâeur ? il anéantira juiqu'aux

moiodresi

t4 TABlfAtr

moiiîdifes veftiges de fa matière ; ôtl tlè ttàiï^èfâ rien de fon corps , parce qu'il n'aura rien laiflîJ d'impur. Semblable à ces Elus qui à la fin de leu^ carrière, ont paru s'ëlever dans les Régions c^- lefles fur des chars lumineux , lefquels ti'ëcoienf que l'eitplofîon d'une forme pure , plus naturelle à notre Etre que ne Peft notre enveloppe mat^ rielle , & que nous n*avons jamais ceffé d'avoir^ malgré notre jotiâion avec la matière.

Que doit-on donc penfet des traduâîons qui font dire à Job : Je verrai Dieu dans ma chain H faut penfer que le texte leur eft contraire. Et ^ ed effet , le mot lôrtj niquephou appartient ail verbe tfipa naquaph * qui fignîfie i 11 a brifé ^ il a coupé y il a Corrodé y & nullemenit ita été ên^ Ifironnéi Et Job , après avoir réconnu que Ibn Ré- dempteur eft vivant, & qu'il doit s'élever au de£- fiis de la pouffiere , ajoute naturellement : Lorfi ^u*ih (mes maux) auront corrode ou détruit mon eru yeloppe corporelle y je verrai Dieu y non pas dan^ tna chair , comme difent les Tradufteurs , itiaîs hor^ de ma chair. Car dans >ltt>30 mibbefari , commet dans mille autres cas , la particule 0 mem eft uif ablatif extcaôîf qui repréfente l'exiftence , hors dlmf lieu , hors d'une chofe , & non pas l'exiftence dan^ cette chofe ou dans ce lieu : ainfî le texte porte? ICI précîfément l'oppofé des traduâions.

Je laifle de côté cette multitude de faits & de?

tableaux

tibïeaux que contiennent les Livres hébreux depuis l'époque où Moïfe fut remplacé par uii digne fucceC- feur , jufqu'au temps où la forme du Gouvernement changea. Avec les principes que nous avons établis , on peut aifément découvrir ce que repréfenté Jofué , lorfqu'il introduit le Peuple dans la Terre promife à fes Pères ; lorfqu'il fait la rencontre du Prince de PAtmée du Seigneur , & qu'il prend fur les Ennemis de fon Peuple , les Villes dé Cariat-fepher & de Cariat^arbé , ou la Ville des Lettres & la Ville des Quatre ; on comprendra , dis-je y ce que nous rappelle le Peuple Hébreu lui-même , laiflant fubfîfter plufieurs des Nations criminelles qu'il avoit ordre d'exterrhifter 5 & s'oubliant jufqu'à faire des; alliances avec elles.

Pour lés âiitrës tableaux qui fé trouvent dans tes Livres j 011 pourra auflî facilement découvrir des interprétations naturelles & inftruâives 5 d'autant que dé nos jours on a démontré que la plupart des faits qui ont paru inconcevables , l'étoient beaucoup moins que les traduâiôns ne le laiflent penfer ; les renards de Samfon , par exemple , qu'on a fait voir n'êtreautre chofe que des faifceaux de matiè- res combuftibles , auxquelles toutefois il fe peut qu'il ait joint des feux plus a3ifs que les feux tulgaires.

Je laifïê de même tous les faits qui pourroient

66 TABLEA0

paroître révoltants , tels que ces exécutions ûu-» guinaîres , ces cruautés opérées ou commandées par les Cheft & les Dépofitaires de la Juftîce , me propoiànt d'en parler dans la fuite de cet Ecrit.

Au refte , ce feroit être peu verfé dans la connoiflànce de la SageflTe que d'entreprendre l'explication univerfelle de tout ce qui eft contenu dans les Livres hébreux ; piii que non feulement la vie d'un homme ne fuffiroit pas , mais qu'il faut peut-être la confommatîon de tous les fiecles pour en développer tous les points.

Obfcrvons donc , que quand il s'en trouvieroi^ encore plufîeurs d'inexplicables , par quelque caufe que ce foit ", cela ne devroit diminuer en rien , aux yeux des hommes (ênfés , le mérite des faits dont les rapports avec notre Etre , & avec la nature des chofes , font de la plus parfaite évidence.

De ce nombre eft le changement que fubic la forme du Gouvernement des Hébreux. Dans quel temps , furtout , ce changement s*eft il opéré ? C'eft lorfque la faînteté de leur 16î étoit profanée ; c'eft lorfque l'avarice de leurs Prêtres s'approprioît les Victimes des Sacrifices , & qu'ils n'excîç.ient leur profefTion facrée que conàme une reflburce à leur cupiditi : c'eft enfin lorfque ces Prêtres mêmes n'étant plus capables de défendre l'Arche incorruptible de l'alliance

ÏÎAfVRÉZ: 6y

iit Phomifie , Tavoient laifle tomber entre les mains de l'ennemi , & que le Peuple fè trouvoic ainfî Aétiwé de tout ce qui faifoit fa force & fon foutien. C'eft alors que malgré les fages avis du dernier de fes Juges , le Peuple Hébreu voulut être gouverné par un Roi comme les autres Nations.

Mais de même que le premier des hommes y en fe féparant du centre de la lumière , fe réduific i n'avoir pour guide qu'une foible étincelle de cette lumière ; de même le Peuple. Hébreu , ei* abandonnant fes guides naturels y & fe fbumet-* tant à un Roi , n'avoit plus pour reflburce que les feules vertus d'un homme , tantôt foible , tantôt méchant ; et l'hiftoire des Rois eft en ce genre le tableau le plus inftruâif que la Tradition hé- braïque pût nous tranfmettre. Car de tous les Rois d'ifraël , elle n'en montre pas un feul qui n'aie commis le crime ; & parmi les Rois de Juda , elle n'en offre qu'un très-petit nombre qui en aient été exempts , tels qu' Aza , Jofaphat & Jofias j encore fait-elle des reproches au premier de s'êcre allié avec les Rois étrangers % & d'avoir eu dans fà maladie moins de confiance en Dieu que dans les Médecins.

Hâtons-noûs d'arriver à l'époque célèbre de ce Temple qui fut élevé fous le troifitme Roi : monument que les Traditions hébraïques repré-

$% Taslêaiî

fentent comme la première merveille dû monde | & auquel les bâtards d'Ifmaèl rendent encore mié éfpece dTiommage.

La conSruâion de ce Temple , faite pen ds temps après que le Peuple Hébreu eut abandonné fes guides naturels , eft une répétition parfaite du fott que Iliomme éprouva , après s'être féparé de la (burce de fa gloire , lorfqu^il fut réduit â ne plus voir l'harmonie des vertus divines que dans ime fab-^ divifîon grofliere & compliquée.

Ces images ^ toutes matérielles qu'elles pni£^ fent être , préfentent encore à l'homme coupable , les traits de leur modèle : toujours Tau-» teur des Etres , jaloux de leur félidté y leur ofFre le tableau de là puiflànce 9 de ùt gloire & de fa fagefTe , pout fixer leur vue fur la grandeur & la beauté de fes perfeâiohs , & pour ramener leur intelligence à la lumière > après que cette lumière aura fixé leurs fens par fes propres emblèmes.

Auflî rédifice du Temple réuniflbît-îl tout ce qui avoît été annonc;? par les fîgnes* fenfibles des ttianifcftations prt-cJdentes.

Il avoit dans fes proportions , & dans fes mefures véritables , & non littérales , des rapports avec cette Arche dont la Tradition hébraïque fait mention, lorsduflî?au de la juftîce divine fur les prévaricateurs par l'élément de Teau : & ainfi , le

Temple

Temple fut ^ conime l'Arche y une ncmvelle repré- fentation de l'Univers.

Il of&oit les mêmes attributs que le Tabernacle dont le modèle fut donné au Peuple Juif lors de la promulgation de la LoL Car il y avoit dans ce Temple un lieu pour les facrifices , tels qu'ils s'opéroient dans le Tabernacle. Il y avoit dans l'un & dans l'autre , un lieu deftiné à la prière y lequel étoit comme l'organe des lumières & des dons , que la main bienfaifante de l'Eternel répandoit fur ce Peuple élu , & fur fes Chefs.

Mais tout dans ce Temple étoît plus nombreux , plus abondant , plus vafte , plus étendu que dans les Temples précédens , pour nous enfeigner que les vertus alloient toujours en croiffant , & qu'à mefure que les temps avançoient , l'homme voyoit multiplier en. fa. &veur les fecours & les appuis.

C'eft pour nous inftruire de ces vérités , que chacun de ces trois Temples efl marqué par une diftindion particulière. L'Arche du Déluge fut errante , Ôr flottoit (îir les eaux , pour nous peindre l'incertitude &; les ténèbres des premiers temps. Le Tabernacle étoit alternativement en mouvement & en repos , & de plus y c'étoic l'homme même qui. le tranfportoit & le fixoit dans des lieux choisis ; afin de nous retracer les. droits accordés à. l'homme dans fa féconde

époque ; droits fur lefquels il peut afpirer par intervalles à la pofleffion de la lumière ; enfin , le troifieme Temple étoit ftable & adhérent à la terre , pour nous apprendre fenfiblement qwe-s font les privilèges auxquels l'homme peut prétendre un jour ; privilèges qui s'étendent jufqu'à fixer à jamais fa demeure dans le féjour de la vé- rité, Ainfi y ce Temple de Jérufalem repréfeiitoit

non feulement ce qui s'étoit paffé aux époques antérieures y mais il étoit encore un des fîgnes fenfiblé les plus inftriiâifs que l'homme pût avoir devant les yeux , pour recouvrer l'inreUigence de tk première destination , & celfe des voies que la Sagefle avoit prifes pour l'y ramener.

Il y trouvoit dans les facrifices & refFufîon du fang des animaux , Timage de ce Sacrifice univerfe^ que les Etres purs ne ceflent d'offrir au fouverain Auteur de toute exîftence , en employant avec adî- viré leur propre vie ou leur aâion , pour le foutien de fa gloire & de fa juftîce.

Ajoutons d'avance que tout étant relatif à l'homme ici-bas , c'étoit par Yhomme même que ce facrifice devoir s'opérer ; les facrifices d'ani-» maux n'ayant que fecondairement la faculté de manifefîer la gloire du grand Etre. L'homme (èul dans la Nature a le droit de lui offrir des tributs qui foient dignes de lai : mais étant aujourd'hui

Naturel. ji

\ Textrémît^ de la chaîne des Etres , îl s*ëleve fucceflivemenr par leur moyen : en mettant à dé- couvert les vertus des Etres les plus inférieurs , il peut monrer aux vertus qui les dirigent , & parvenir par cette progreflîon jufqu'à une force vi-" vante qui le mette à portJe de remplir fa Loi , c'eft-à-dire , d'honorer dignement fon Principe ^ en lui préfentant des offrandes fur lefquelles foienc empreints les caraâeres de fa grandeur.

Si le Peuple Juif a eu le dépjt de femblables înftruôions J, s'il a pofTédi un Temple qui femble être le hyc'roglyphe univerfel ; fi ceux qui y rempliflbient les fonâîons , nous font annonces comme d^pofitaires des loix du culte , & opérant même tous les faits dont j'ai dJmontré que la fource étoit dans l'homme , il eft probable que le Peuple Juif eft en effet le Peuple choifi par la Sageffe fupréme pour fervir de figne à la poftjritê de l'homme.

D'après cela ne pourrions nous pas croire que ce Peuple fut mis , préfJrablement à fous les autres Peuples y en pofleffion de ces moyens de régé- nération dont nous avons parlé , ainfi que de ce culte apporté néceffairement fur la Terre, par les Agens^ qui ont été faits dépofitaires des vertus fubdivifies du grand Principe ; afin de rendre à l'homme la connoiflance de ce Frimipe.

(E4; Nous

fi Tableau

Npus le croyons d'aucanc plus , que . nous recon^ noierons dans le culte de ce Peuple , des rapparts avec la vraie nature de l'homme , & avec (es vé- ritables fonéHons , comme nous en avons déjà remarqué entre le Temple de Jérufalem& l'iiarnionie de l'Univers.

On verra que ces ablutions fréquentes , ces pré- parations foigneufes , ces holocauftes de toute e(pece , foit d'animaux ^ foit des produâions de la terre , ce feu facré toujours éclairant les facrifices & les offrandes , étoient des emblèmes très-inftruflkifi de toutes les fouâions des Etrçs envers le premier des Principes , & de la fupériorité de ce Principe furtous les Etres. L'ordre feul des temps fixés pources différent facrifices , la difpofition de tous les^ injirumcns qui y étoient employés , la qualipé des. Juhjlanccs qui y cntroîent , le riombrç & Tarr^-î gement des lampes , enfin , toutes les partie^ de ce culte y feroient fans doute autant d'indicjss de quelques - unes de cçs vertus fupérieures que la Sagellè avoir fubdivifees pour -l'homme depjiis fa corruption.

Cependant ces objets, qui ont été, pour ainfi dire , communs à tous les cultes ^ étant extériieurs & étrangers à l'homme , nç lui rendoient pas le fentiment de fon vrai caraâere. Il falloit donc que ces grands fîgnes fuflent exprimés par lui ; qu'ils fulfent repréfentés , ims en aâipn par des.

Etres,

NATUREL. yj

Etres de fa propre efpece , afin qu'il eût le tëmoî-. gnage pcribnnel &: intime que ip'etQit pppr uite teU« (Tuvre qu'il avoit été fornie.

Si y lors de Ton origine ^ il poiivoit avoir à la fois trois grands objets de contemplation ^ la Source de toqtes les puijfances , les vertus qui en defcen-» dent pour raccompliffement de fes Loix , & les Etres qui ne ceffent jamais de lui rendre hommage ; "il falloit qu'il lui reûât dans fon état de dégradation » les indices & les traces de ce fublime fpeâacle : il .&llûit que. tous ces grands objets âifTent préfens à fes yeux , & que cç fuilènt di^ bomm^ qui Les lui repré&ntaffent.

Audi dans l'exercjce & l'enfemble du culte des Hébreux , pouvons-nous remarquer ces trois cUflGbs avec la plus grande ^ufleffe ?

Le Peuplç rangé autour 4u Tiernplp y ou dans le parvis y rappelloit à l'homme cette multitude de produâions pures de l'Infini , qui reftent fideU lement attachées 4 ce Principe , autant par amour pour fa gloire , que par intérêt pour leur propre félicité.

Les Lévites occupés autour de l'Autel , lui repré«- fentoient par leur aâion , les fondions de cçs Agens privilégiés y & choifis pour &ire parvenir les dons & les vertus du grand Fjrincipe julqu'aux moindres de fe|»roduâions.

Enfin «

apprendre que loin de borner la Langue.^ lierait, que à un fens particulier & littéral y elle eft fi vafte , que pour la faifir dans fon véritable elprit , on ne doit s'occuper qu'à l'étendrç ; car dans Toràre vrai , c*efl au fujet & à l'intelligence à mener les Langues , & non aux Langues à mener rintelligenc& & le fujet.

Il eût été , enfin , plus utile de nous eafèigoer que tous les Etres corporels font chacun un fyni^ bole à'uno ^ faculté invifible qui leur eft analogue. Alors on pourroit prendre Tidée de la Jbrcc dans le taureau ^ celte de la douceur & de Vînno^ cence dans Tagneau , celle de la putréfaclion & de Viniqidté dans le bouc , & ainfi de routes les efpeces d'animaux ^ & même de toutes tes fub&' tances qui étoient oiFertes eo nature dans les ^'^ crifices.

Peut-être qu'avec cette attention on feroit déjà parvenu à percer le voile. Car il fe peut que PeC- pece d'animal fàcrifié fût le figne phyfique de la faculté çpî lui correfpond ; & que la quantité ou le nombre de viâimes fût Texpreffion allégorique de cette faculté même , que le Sacrificateur cherchait â combattre , fi elle étoit mauvaifi ; qu'il s'efforçoit , au contraire , d'obtenir du fouverain Etre , fi elle étoit purt ; ou enfin , dont il lui rendoit hommage ^ lorfqu'il l'avoit obtenue.

UAtUREt: J'^

rilA

X^ARMÎ Ie$ objets importants que les Traditîonâ nous préfentent , il n'en efl point qui doivent nous întërefler davantage que T^leâion de ces Juftes > fufcités par la Sagefïe divine ^ qui ne pouvant aban« donner les hommes , puifqu'ils doivent être Its Jignes de (a gloire ^ leur eii préfente de temps en temps de^ tnodeles.

Aucun de ces types n'a été plus refïemblant que le jufte Elie , dont le nom embraflè toutes les claffes d'Etres fupérieurs à la matière , & qui s'eft fait connoître par les aâes les plus extraordinaires. Mais c'eft parce qu'il participoit à la force du Principe de toutes chofes , que l'étonnemertt doit cefTer à la vue de femblables faits. S'it tenoit k VEtte qui a toat produit , à la fourcd d'oà découlent tous les fignes fenfibles matériels ou immatériels qui font en aâion dans l'univers ^ quelle difficulté y auroit-il que , fous le fignc d'un Corbeau , il eât reçu fa nourriture d'une main fupérieure ? Quelle difficulté qu'il ait dé-* toilé i'impofture des Prêtres de Baal ^ en mani^

feftaoc

jrt Tableau

feflanc les forces da vrai Dieu > Quelle diffi-* culte même qu^l M rendu la vie à un cadavre , puifqu'il agifToit par ce même Dieu qui' Tavoit donnée.

Ne foyons. donc plus furprîs des droits qui lui furent accordés pour multiplier les alimens de la veuve de Sarepta , pour contenir ou faire tomber à fon gré les pluies & les rofées , pour confumer par le feu du ciel les Capitaines d'O- chofîas : car fi nous ne perdons point de vue les defTeins de la Divinité fur nous , fi nous lifons le livre de Thomme ^ nous y trouverons les élë- mens de toutes ces merveilles.

On voit même ici quel avantage c'eft pour nou$ d*étre toujours fortement unis par la penfée , par le defir , & par l'aâion , aux vertus de ces Etres privilégiés , puifque le fidèle Difciple & fucceffeur d'Elie a répété prefque tous les prodiges de fon Maître.

Mais une des belles înftruâîons qu'Elic nous ait laiflee , c'eft lorfqu'étant fur la montagne , il reconnut que le Dieu *^e l'homme ne fe trouvoît ni dans un vent violent , ni dans le trembiement de Vûir , ni dans le feu grqffier & dévafiateur , mais dans un vent doux & léger qui annonce le calme & la paix dont la Sagejfe^ remplit tous les lieux qu'elle approche ; & en effet , c'eft un figne des plus fiirs pour démêler la vérité d'avec le menfongc.

tJATURSZ: 7j

Les clIfF(lrens Judes qui ont fuivi la fnémecai> nere , ^toient chargés d'annoncer aux Roik & aux Peuples ^ le fort quMs dévoient attendre s'ils venoient à s'écarter de leur Loi ; & comme U y a des voies fans nombre pour s'égarer , & que les maux qui répondent à ces écarts font également inncrobiables , ces Elus ayant à ofFiir le tableau des uns & des autres , s'en acquittoienC par les moyens & les fignes les plus^ analogues à ce qu'ils dévoient annoncer.

C'cft pour cela que la Juftice fupréme ayant deflein de faire fentir au Peuple Hébreu rhor*- reur de (es alliances idolâtres , lui préfenta pour £gne , l'union d'un de fes Envoyés avec une femme profiituée ; union qui répétoit aufli celle que l'homme premier avoir contraâée avec des fubftances impures , fî oppofées à fon Etre.

Ceft peur ctia que la Juftice voulant aiw noncer à ce Peuple , la difperCon dont il étoît menacé , & l'état honteux où fes ennemis alloient le réduire , ordonna à on autre de fes Agens de fe montrer , dépouillé de fes \ éremcns , forunt d'une brèche faite par lui-même à ùl propre maifbn , & pren2(ht fecretement la fuite.

Enfin , c'eft pour cela que voulant repr^fentct au Peuple Hébreu les traitemens indignes qu'il alloit fubir dans la fervitude ^ elle ne craint pas de lui £ûre-Toir un Juûe plongé dans la plus a&

ùeub

tô Tableau

frciifc doufeuf , & prenant pour nourriture les objëtiÉ tes ptijs dcgoûtâhs.

LTiomirié |)eiit fe reconnoître dans ces divers tableaux ) dés qo'H les comparera à fa déplorabkr fituatkm.

Telle fut la fource de cette multitude d^all^- gories Se de faits emblématiques que Thiftoire des Prophètes nous offre avec des traits fi extraor- <£nâires , qu^on né peut les concevoir , lorfqu'oh les fépare des ^v^nemens fecrets qui en ont été l'objet & Toccafion.

De-tà les erreurs multipli&s dé ceux qui ont bfé juget ces récits , fans en connôître le fens ni ïeû rappcfrts : ces Obfervateurs fe font cr^ës des ùntèttte^ pour les combattre avec plus d'avantage j àuffi n'ont -ib pu rertiporter que des viâoires imaginaires;

Lorfqu'att mépris des înftruâîons dé ces dîffl?- J-ens Efus ^ fe Peuple Se fes Maîtres Te furent abandonnas aux ci^imes de là putréfa3ion y les Livres des Hébreux nous donnent ITiîftoire d'une nouvelle fervitudê plus humiliante & plus duré encore que la première ; puifque j dans celle d'Egypte , les Hébreux étoient defcendus volontairement dans une terre étrangère j au lieu que dans cette féconde fetvitude , Tennemi vient les attaquer jufques dans l'enceinte de leur Villes,

répandre

V

t^panâre leur fang , les arracher de leurs foyers , ravir & profaner les objets les plus chers de leiir culte.

On peut même obferver qu'il eft dît que ces ennemis cruels firent arracher les yeux au Roî des Hébreux , & que ce Chef figurant la lumière du Peuple , c'Jtoit montrer que la manière dont la juftice févit contre les Prévaricateurs , eft d'éteindre pour eux le flambeau de l'intelligence.

Ce type fut répété pendant la fervitude , pat révafion de plufieurs Tribus , qui s'étant fouC- traites au joug de leurs Tyrans à Babylone y allè- rent au loin, & par des chemins cachJs, habiter un pays inconnu fur la terre ; là elles exercent encore dans fa pureté , le Culte de l'Eternel , félon la Loi des Hébreux ; là elles expient dans le deuil & dans la triftefTe y les prévarications de leurs Ancêtres , & repréfentent cet organe vivant & pur de nos penfées , qui s'éloigne qua;id nous fommes lâches , oc qui gémit loin de nous fur nos égaremens volontaires , afin que toutes ces lar-s mes puifTent être offertes comme un tribut à la Juftice de la Sageflb fuprême , qui oublie les crimes des coupables pour ne faire attention qu'aux douleurs de l'innocent.

Il en eft de même de l'Arche d'Alliance que les Macchabées nous apprennent avoir été dépo-

8i Tableatt

fée par Jérémie pendant la captivité , en un Iiasf inconnu , où elle doit refier jufqu^à la confommation des chofes.

Mais dans tous ces types , on voit fans ceffe la clémence accompagner la juftice , & laiffer toujours l'efpérance aux malheureux mortels condam* nés à la privation. C'eft pour cela qu'il eft annoncé qu'à la fin des temps , les Tribus qui fe font exilées viendront fe réunir à leur Peuple ; & que l'Arche fortîra du lieu caché qui la recelé , avec le même éclat & la même majefté ^ qui environnèrent la montagne célèbre où la Loi de l'alliance fut donnée à l'homme

Un Roi vainqueur de l'Aflyrîe , fage , & participant aux Sciences des Hébreux , connoît que le terme de leur efclavage eft arrivé ^ il charge un Jufte , indiqué par la SagefTe divine , de les ramener dans la Terre de leurs Pères , pour y rebâtir le Temple abandonné pendant toute la durée de cette afFreufe fervitude , mi ils avoient été privés de leur cuire & de leurs vrais facrifices ; où enfin , plongés dans la trifteffe i ils avoient (lifpendu leurs injlrumens de rnufiqut aux branches des faules , plutôt que de mêler leurs chants aux concerts impurs de leurs Maîtres, Ces tableaux font fi naturels & fi relTemblans , qu'il eft inutile que nous en expofions les rapports

II

Il en eft ainfi de la différence qui fe f rouva entre ce fécond Temple & le premier. Elle ëtoit fi frappante que ceux qui avoient connu l'ancien Temple , & qui virent bâtir le nouveau , ne purent s'empêcher de répandre des larmes ameres , tant ils fentoient le prix de celui qu'ils avoienc perdu. Cela nous rappelle que le temple corporel que l'iiomme habite aujourd'hui , n^eft qu'un cloaque , un cachoc ténébreux , comparé au Temple dans lequel il fit ia première demeure. ^

Le Prêtre chargWe la réédîfication de ce Tem^i^ pie y retrouva un des exemplaires de la Loi. Ceux qui ont cru pouvoir rejeter les Prophéties des Livres Hébreux , en fuppofant qu'Efdras avoit luimême fabriqué ces Livres , auroient pu faire valoir cette objeâion pour les Prophéties dont l'événement l'avoit précédé , mais non pour celles dont l'accompliflement ne dcvoit avoir lieu qu'après lui , & ils ne peuvent nier que celles-ci ne foient en plus grande nombre.

En rétabliflant le culte , Efdras rétablit les offirandes de froment , de vin , & d'huile , qui avoient été en ufage dans les beaux jours du Peuple Hébreu ; je ne cacherai point que ces trois fubftances combinées font les fondemens matériels fur lefquels repofe l'édifice intellectuel du Grand aiivre du rétabliflement des chofes ; parce que l'une eft le récipient , l'autre V agent actif & gén&

Naturel. Uç

Voit enluîte un ennemi puijfatu envîronner-

s , lui faire éprouver toutes les horreurs de

erre & de la difette ; & Ton reconnoît par ces

fans nombre, par ces fléaux terribles, l'ac-

I>li(renient des menaces , qui avoient été fou-

^ réitérées au Peuple Hébreu , dans le cas où il

garderoit pas la Loi de fon alliance ; jufques-

^ue des malheureux époux nourris dans la déli-

^"^efle , fe trouveroient tellement prefTés par la

m qu'ils s'arracheroient leur propre fruit , & qu'a-

ès l'avoir dévoré , ils fe difputeroient encore cette

^^^aflè informe & dégoutanfe à laquelle l'homme

^11 attaché danS le feîn de fa mère. Image horrible

^\iî apprend à la fois à l'homme corporel & fon

alominable origine , & la dure néccflîté où il eft de

djvorer journellement l'amertume & l'impureté

avec lefquelles le premier crime l'a confondu.

Bien-tôt le Sacrifice perpétuel s'interrompt faute de yiclimes , les monceaux de morts font accumulés autour de l* Autel y les Soldats armés & couverts du fang de leurs frères s'établijfent dans ce lieu redou" table , où le grand prêtre feul pouvoit entrer une feule fois Vannée. C'eft alors que fubjugué par le nombre & par la mifere , ce Peuple tombe dans une difperfion abfolue. Il devient errant ^ làns Temple , fans Sacrificateur , fans Autel , comme l'homme depuis fà chute rampe honteu-

fement dans la privation de fes premiers droits , & des fonâions fublimes qu'il dévoie remplir dans rUnîvers,

Les Faftes des Hébreux , confîdérés dans cet enfèmble , & fous ce point de vue , nous préfententun miroir fidèle , où nous pouvons contempler Thiftoirc de l'homme. On ne peut s'empêcher d*y reconnoître aufli des traces d'une lumière & d'une force fuptrieure , dont l'homme livré à luimême eft absolument incapable ; je parle de ces vertus qui ont dû apporter des fecours vifibles jafques dans fa ténébreufe demeure y oude ces Agens , dont plufieurs font annoncés dans les Ecritures , comme ayant été fans Généalogie & fans Ancêtres.

Enfin le nombre de ces Agens , les différentes époques cil ils fe font manifeftés , défignent cette fubdivifion des puiflances divines , qui fait ici-bas le tourment de l'homme , mais qu'il doit fubir avant de recouvrer fon domaine , & dont les tableaux ne peuvent fe peindre à lui fous des couleurs trop féveres, attendu que pour celui' dont le dernier lenciment a été le mépris de la vé-» rite , le premier doit être la terreur de cette mê- me vérité.

Nous avons maintenant à fixer nos idées fîir

les apparences de cruauté & d'injuftîce que nous ofFrent les Traditions des Hébreux , & fur le choix que la Sagefle a fait d'un Peuple qui a fi mal ré- pondu à ks bienfaits.

Arrêtons-nous d'abord à ces exécutions cruelles , à ces énormes efFufions de fang opérées par la main des Hébreux , malgré la Loi formelle qui leur défendoit de le répandre; parlons de ces fléaux lancés fur des Peuples innocens pour l'expiation des fautes de leurs Chefs ; parlons , dis-je , de toutes ces foufFrances dont plufieurs ont été les viâimes , non feulement pour les prévarications de leurs Ancêtres , mais encore pour celles d'autres coupables , avec qui ils ne fembloîent n'avoir pas les mêmes rapports.

La première de ces. difficultés fè réfoud par la contradiaion , même. Plus la défenfe faite au Perple Hébreu de répandre le fang étoit précife , plus la Sagefle faifoit connoître que le droit de Jufiice lui étoit réfervé à elle feule , & qu'ayant pu feule donner la vie aux hommes , il n'y avoir qu'elle qui eût le pouvoir légitime d'en difpofer.

Mais en fe réfervant le droit exclufif d'agir fur l'homme, cette SagefTe ne perd pas le droit d'agir par lui : ainfî de quelque manière qu'elle montre fon aâion , elle ne change rien aux Loîx qui la conftituenc ; puifque c'efltoujours elle qui

opère , & puifqu'en employant la main de' Thomme , elle ne fait qu'exercer d'une manière plus rapprochée de l'écat groflier des coupables , Tempire qu'elle exerce continuellement fur toute la poftcric^ de l'homme , comme fur tous les Etres.

L'homme n'ctant alors que Pagent ou Torganc de la Juftice , il n'y a pour lui ni prévarication jii crime , & tant qu'il ne r Jpand pas le fang par fa propre autorité , & pour fa propre caufe , il n'efl point comptable aux yeux de la Juftice. VJriré que les homines ont fouvent appliquée mal- à-piî^posà leur Juflice conventionnelle , & à tous les refîorts de l'orcre focîal , tandis qu'elle ne convient qu'à l'homme dans fa véritable Loi : v.'rifé néanmoins dont cette Juftice humaine conferve encore les traces & l'empreinte , puifqu'elle rcgarcie comme innccens , tous ceux qui jugent & qui luent au nom du Prince , & qu'elle ne févit que contre ceux qui jugent & qui tuent en leur pi.pre nom.

L'Ecrivain H 'breu nous montre en effet combieila main de l'homme étoit paflîve dans ces grar.Os <'v\.'nemens , & combien elle ctoit dirigée par une Ibree iupjrioure , puifqu'en un inftanr & par le moyen d'une quantité d'hommes infuffifante , il nous en piéfente fouvent des nombres prodigieux immolés à la Juftice.

Quant

Quant à ces exécutions fanguinaires & cruelles , pour des crimes auxquels le Peuple n'avoit point participé , fans rappeller ici ce qui a été dit fur le crime de l'homme , on doit diftinguer les crime^ particuliers d'avec ceux qui font communs à toute une Nation, Car la conftitution des corps eft telle , que le mal comme le bien font reverfibles fur tous les membres. Nous en voyons même des exemples dans l'ordre fimple des chofes humaines.

D'ailleurs ce qui devroit étoufFer tout murmure , c'eft cette incertitude où nous fommes fi la Sagefle fuprème ne paie pas les fervices qu'elle exige de nous ; fi , après qu'elle a exercé fes pouvoirs fur les objets de fa Juftice pour effrayer l'œil du coupable , elle ne les dédommage pas des travaux qu'ils ont fupportés j fi , enfin , plu^ noble & plus féconde que tous les Souverains de la Terre , elle ne peut pas verfer dans Pâme des hommes quelques rayons de fa gloire , qui mettent à leurs yeux les récompenfes au - deflîis de tout rapport avec les peines & les fervices. En confidérant fous ce point de vue la marche de cette SagefTe , qu'avons-nous à dire , lorfqu'elle nous emploie i L'injuflice n'efl pas de faire travailler l'ouvrier , mais de le faire travailler , & de lui retenir fon fJairc.

Si Ton veut cnfuîte raflembler dans la penfée

50 Tabieau

les maux qui fur toute la Terre affligent la pofterké de rhomme , & les comparer avec les âéaox de route elpece , dont , fuivant les Traditions Hé- braïques , le Peuple Juif a tant de fois éprouvé la rigueur , on y verra feulement que ces peines ont été plus rapprochées & plus multipliées fur le Peuple deftiné a mani&fler tous les effets des rcT'- ias divines.

Car, malgré la difficulté d'admettre des âéanx £ gcnéraux , & des maux fi nombreux , infligés i la fois fur une feule Contrée & (ur un feul Peuple , je Pai déjà dît , les prévarications gé- nérales ont dû attirer des moleflations géné- rales. Et diaprés ce que nous avons laifTé entrevoir fur les droits de la volonté de Thomme ^ foit pour , (bit contre lui-même , il n'y a plus de moyens ni de faits qui doivent le furprendre , ni lui paroître furnarjrels à fa véritable cffence.

Il eft vrai qu'en général les maux naturels qui affligent les Nations , s'opérant fans le concours de la main de l'homme , font hors de comparaifon avec les faits rapportés dans les Xivres des Hébreux , où la Juftice divine contre Jes coupables s'exerce prefque toujours par des hommes. Mais (î la SageflFe fuprême a pu faire choix d'un Peuple parmi tous les autres Peuples , pour VaccomplifTement de fes dcfTeins j fi elle a

vraiment

Naturel. çt

vraiment fkk ce choix pour retracer à l'homme le rang privilégie qu'elle lui avoit donne autrefois entre toutes les autres puiflances ; quel que foît ce Peuple choifi , il faut que nous voyions réunies en lui toutes les aâions diverfes qui conftitueroienc un ordre d'Etres , s'ils ^toicnt dans leur état de perfeâion.

Mais la poftérité de l'homme ^tant dans la degradation , ne peut reprëfenter cet ordre d'Etres qu'avec une très-grande irrégularité ; & cette irré- gularité confifte à montrer dans une même efpece toutes les adions des efpeces oppofées. Elle confiée à tellement rétrécir le tableau , que dans le même ordre d'Etres , on voit des vertus adives & des vertus paflives ; elle confifte en ce que dans une même Race , dans un même Peuple , il fe trouve à la fois le Juge , le Vengeur & le Coupable , pendant que ces noms devroient appartenir à des Etres difFérens.

« Quant à la défenfe de répandre le fang , cherchons pourquoi il eft dit dans les Livres hé- breux , que Dieu redemandera l'ame de l'homme à la main de l'homme , & même à celle des animaux ,^«

^ * Et au fujet du mot main , relevons d'abord une erreur des Traduâeurs. y iady main ^ vient àç îT]' iadah }^ il a lanci ; parce qu'en effet la

main

J>£ TableatT

maîn cfl: rînftrument qui lance. Maïs le mof y iad fignifie aufll force , puiffance. Or fi rintelligence avoît conduit les Traduâeurs , ils auroient dit dans les Proverbes que la mort & la vie ttoîent dans la force de la langue , ce qui eût été très-expreflif ; au lieu de nous dire , comme ils Tont fait , qu'elles étoîent dans la main de la lan^ guc y ce qui n'offre .qu'une idée inintelligible & extravagante ,,.

Transformons donc ici le mot main dans le mot puijfance , & rappelions - nous quels dangers menacent l'homme impur qui fort de fbn corps avant le temps „.

La Loi des Etres étant irrévocable , ils font forcés de la remplir ; or fi l'homme intelleduel doit féjoumer pendant un temps dans le fang , & qu'on le prive du fîen , il s'attache à un autre fang ; & communément à celui de fon meurtrier , foit homme , foîtbcte, parce qu'alors ce fang efl plus prochain & plus développé ,,.

' Dans ces deux cas, il ne peut réfulter que de très - grands défordres pour lui , puilqu'un Erre ne peut habiter que le corps qui lui efl propre & naturel. En s'attachant au fang d'un autre homme, il le gène fans trouver à s'y repofer, parce qu'un autre Etre fîege deffus ; en s'unilTant au fang de la béte , il fe lie à des entraves encore plus grofCeres & plus étrangères à •

lui-même j

lui-même 7 & tous ces maux font autant d*obfla« clés qui le retardent & le moleftent pendant (à marche j on peut donc voir pourquoi Dieu redemandera l'ame de l'homme à la main ou à la pui& fance de tout ce qui eft fang y puifque Thomme eft fa dime par les rapports originels de ion quaternaire avec dix ; on peut voir fur quoi eft £ ndée l'horreur que les hommes ont généralement des meurtriers ; enfin , pourquoi toutes les Nations de la Terre ont regardé comme couverts de la dernière marque de réprobation , ceux dont les cadavres font expofés à être la pâture des oi«- feaux & des autres animaux ,,.

Venons à la féconde qùeftîon , concernant l'ingratitude du Peuple choifi.

La plupart des Obfervateurs font choqués de ce que les Livres hébreux , préfentant un Peuple élii par la Sageffe fuprême, pour être comme le miroir de fes vertus & de fes loix , ce Peuple foit devenu le plus groffier , le plus barbare & le plus ignorant de la Terre ; de ce que loin de combattre pour la main qui l'avoît choifi , il s'arme à tout moment contr'elle ; de ce que n^obfervant que la lettre des Préceptes de cette Sagefle ^ il a été comme inutile à fes defleins.

Si les Obfervateurs avoîent ouvert les yeux fur la véritable dçftination de l'homme y fur l'amour

inextixiguibl©

pas moins , lors de fon élection , le flambeau vi-* vant qui devoir briller dans nos ténèbres » & nous retracer des tableaux temporels dont Phomme invifîble eft le modèle. Enfin , reconnoiflbns qu'il devoir être la preuve parlante du principe qui a été expofé fur la néceflité de la communication des vertus fubdivifées de; la SagcfTe fupréme parmi les hommes.

On ne peut nier même que dans la difperlîon abfolue à laquelle il eft livre , il ne préfente encore des indices de cette vérité. Ce Peuple choifi par la SagefTe pour être fon figne for la Terre , repréfentoit Tctat glorieux de l'homme dans la pureté ^ de fon origine , & les fublimes fonâions qui l'appelloient à manifefter cette Sagefle dans l'Univers ; ce Peuple repréfentoit même l'ordre & l'harmonie de cette Unité fuprême que tous les Etres devroient contempler fans cefle ^ afin de fe conformer à la régularité de leur modèle ; en un mot y il étoit comme le fanal des Na- . tions & le flambeau qui devoit fucceflivement les éclairer.

Lorfque le Peuple hébreu éft tombé dans de coupables divifions , lorfque fes crimes l'ont entraîné dans l'oubli de fes titres , dans un culte faux & impie , & dans la rigoureufe difperfion qui en devoit être la fuite , fa nature première n'a point

changé :

ctiâtig^ : quoique rexertice de fes droits & de fe^ facultés lui foit retira , fon unîtë d'éleâion n'a point éti anéantie : quoique les membres de ce corps fè foient entièrement difperfés & fubdivifés , ils con-*- fervent toujours leurs rapports fondamentaux.

Ainfi ce Peuple offre toujours Pempreinte pri-*- fnitivé qui le conftitue ; il a toujours fur lui lé fceaa du Miniftere auquel il fut appelle } & il porte par * tout fon eflence indélébile , comme l'homme a donfervé la fienne , malgré fon crime & j(a dégradation. Aiftfi , lorfqUe la Juftice fuprême laiffe ce Peuple errer parmi toutes les Nations^ elle leur montre toujours en lui des traita ^ quoi*»- qu'altérés ^ d^une origine îefpeâable , qui atteflent l'exiftence des yeftus & perfeôions divines 5 enfÎA elle leur rcpréfente encore les colonties du Temple ^ ijuoiqu'elle lie les offre que renvérfées^

Par-là elle donne dond encore aiïx Nations ^ dans des imagés défigufées > les indices fecrets de ces vertus que l'amour & la fageffe ont fait j>énétrcr datis les demeures des hontmes , pout.. leur montrer toujours dés tableaux vitans de l'Etre Vrai fur lequel fut itiodelée leur exiftence; & ce Peuple étant difperfé parmi toutes les Nations de la terre > elles ont à la fois devant les yeux , & les Agens qui devroient être les organes de 1^ vérité , & les fléaux qui les pourfuivent pour avoîf ^U la méprifen

Nous ne pouvons ) mieux terminer ce qui eofli^ cerne les Traditions des Hébreux , qu'en montrant fur quoi repofent les fublimes pri^eges dont ce Peuple eft dëpofitaire. C*eft qu'il eft celui qui a eu dans fa Langue le premier Nom pofidf & coUeé^if de toutes les facultés & de tous les attributs du grand Etre ; Nom qui renferme diftinâement \& principe ^ la vie ^ &c VaSion pri^ mordiale & radicale de tout ce qui peut exifter ;. Nom par lequel les aflres brillent y la terre fruâifie , les hommes penfent ; Nom par lequel j'ai pu , Lecteur, écrire pour vous ces vcritës , & par lequel vous pouvez les entendre. ;

Ce grand Nom 2l paffê y il eft vrai ^ dans toutes les autres Langues de la Terre ; mais il n'a porté dans aucune , l'image complette qu'il préfente d^ns la Langue des Hébreux. Les unes n'en ont fait qu'une dénomination indicative de l'exiftence d'un Etre fupérieur , fans rien exprimer de fes vertus. D'autres ont confervé quelquesuns de fes traits principaux ; mais ayant fait abftradion de tous les autres , elles n'ont pas peint à notre intelligence un jufte tableau de notre Dieu. D'autres enfin , telles que les Langues voifines de l'hébreu par leur anriquité , ont confervé en grande partie les lettres qui eompofent ce Nom du Dieu unîverfel ; mais en ayant altéré la forme & la prononciation* elles

ont bientôt celfé d'y attacher leS vaftes & profondes idM dont il eft le germe. L'Hébreu feul pôflede intaâ ce Nom fuprême , tîge fur la-» quelle font & feront entés tous les autres Nomi deftinés au foutien de la poftérité humaine. Ne Ibyons donc point étonnés que ce Peuple nous foit préfenté comme étant le fanal des Nations , & le foyer vifible fur qui , depuis la chute de l%omme , ont réfléchi les premiers rayons da grand Etre.

Nous croyons avoir préfenté jufqtfîcî un enfemble de principes affez liés , aflez conféquens , aflez vrais , pour renverfer toutes les doârines de l^errcur & du néant , & nous ne doutons pas de leur en avoir fubftitué une plus folide^ plus lumineufe & plus coniblante. Si Thomme a négligé jufqu'à préfent de chercher à manîfefter les propriétés de la fource dont il defcend , au moinsi ne peut-il plus l'accufer , ni fe plaindre qu'elle ne lui en ait pas fourni les moyens.

Car , quoique l'homme , par une fuite naturelle de fes écarts , ait été réduit à ne pouvoir contempler les images des facultés divines , que dans une fubdivifion douloureufe & pénible , elles fe font tellement multipliées pour lui , qu'elles ne laîflent plus de motifs à fes plaintes.

Non feulement toutes les fubftances & toutes les aâions de la Nature expriment chacune un

ÎOO TABLfiAt/

trait âts facultés créatrices qui les ontproduites t non feulement tous les faits de l'hoifflfe annon-^ cent qu'il eft émané d'une fourCe penfante , qu'il en a été féparé par un crime , & que par un , befbin ihdefituâible & par la loi qui le confHtue ^ la SageiTe & lui doivent fans ceife tendre â fù réunir ; mais encore toutes les Traditions de la Terre démontrent que cette fourco n'a ceffé de fe rapprocher de l'homme , malgré fa fouillure } qu'elle circule autour de lui par des Canaux innom^^ hrables dans toutes les parties de fon habitation corrompue , & qu'elle fe montre vifiblement fur tous fes pas.

. Ainfi , tout ce que l'homme peut appercevoir pSr les yeux corporels , tous les aâes qu'il peut exercer & produire félon les loix de la Région fenfible ^ tout ce qu'il peut recevoir par la penfée , tout ce qu'il peut même apprendre par les Traditions , par les différentes doârines de fes femblables , par le fpedacle d'un culte fublime donné à la Terre , par Téta*- honteux & méprifable de ceux qui l'ont perdu pour l'avoir profané ;j enfin , par le tableau paffé & préfent de tout l'Univers 5 ce Tont là autant de témoins irré- vocables qui lui parlent le langage de fon Principe

Si la Sagefïe forma l'homme fous la condition expreflè qu'il la manifefleroit dans l'Univers y ne

\ê. croyons donc plus in^ufte , ni impuiilàtfte y en contemplant Jcs voies qu'elle ne cefle d'employer pour rétablir Tunion qui auroit dû toujours n^- gner entr'elle & nous ; reconnoiflbns , en un mot , que tandis que nous manquons fans^ ceflfe à notre invention , la Sagefle ne s'occupe qu'à remplir la iienne.

C^Herghons maintenant à nous mettre en garde contre l'abus que les hommes ont fait de ces vérités , & confîdérons les différentes branches de la Science qui dans Içurs. mains ont ét4 il fouvent réparées de le\jr tige naturelle.

Je remplirai d'autant phis volontiers cette ta-» che que les temps femblent approcher ou il de^ vient en quelque forte nécçfïàire^ de rappelleir les hommes à ces objets importans. Les traces de la barbarie fe font; effacées ; on fe laflè de ces études vagues & oifèufes qui. leur ont fuccédé ; les fyftémes ^bfurdes qui s'étoiqnc élevés trop précipitamment fiir leurs ruines., s'enfeveliilènt 499^ les déncjbres^ & paroiflent tendre à leur fin^;

toi Tableau

& quoique ces plantes vénéneufes aient pouffê en divers lieux de profondes racines , comme elles ont jet^ à la fois toute leur femence , il ne leur en refte plus pour s'accroître , en forte qu'elles doivent s'anéantir par leur propire impuiflànce.

Parmi les d^ris informes de ces colofles de l'imagination & de la corruption , nous voyons paroître une clafle d'Obfervateurs prudçns & judicieux , qui , inftruits par les égaremens de ceux qui fes ont précédés , s'attachent à rendre leur marche plus aiTurée

Un fecret penchant fixe leur attention fur les veftiges des vérités éparfes dans l'Univers. Leur émulation dirigée en quelque forte par la Nature , leur fait découvrir journellement des trsdts de lumière, dont quelques momens plutôt^ ils n'au-* roîent pas foupçonné l'exiftence ; en un mot , les efpiîts fermentent , & fe purgent fenfiblement des fubftances étrangères a^j^ lefquelles ils fe font fi longtemps confondus.

II eft donc probable que les Oblervateurs «'étant occupés encore quelque temps , des Icrix des Etres , des phénomènes céleftes & terrestres , des rapports phyfiques de l'homme avec tout ce qui exifte y du rapprochement des Langues , du véritable fens des Traditions , appercevront enfin l'immenfe contrée des connoiffaitces de Thomme ^ & qu'ib jouiront alors d'un

fyftêmo

fyftême de Sciences ^ vrai , conféquent , uni* verfeh

Obfervons ici que^ la plus importante & I» principale de toutes ces découvertes , ce fèrok

;de reconnoitre la fcnfibilité de la Terre } car il eft facile de s^alTurer que notre planète jouit de cette faculté , puifque nous en jouiflons nousmêmes corporelleraent ^ & que notre corps vient de la terre.

De même que les plus petites parties de notre corps communiquent en effet leur fenlîbilité

jufqu'au principe corporel immatériel qui nous anime > de même tous les Etres terreftres communiquent invifiblement la leur jufqu'au prin-^ cipe fenjîble de la .Terre. Et Pon doit juger quel eft Textréme degré de fa fenfîbilité , puisqu'elle réunit , ic^ la nôtre , & celle de tous les autres Etres fenfibles de notre Région , fans compter qu'elle a des rapports d'un autre gente ^ avec d'autres clafles d'Etres qui fembleroient encore plus éloignés , ta ne pouvoir correfpondre avec elle que par leur nombre & par leurs aSionti ficondaires.

Mais , pour mieux comprendre l'importance de cette doârine fur la fenflbilité de notre Globe , fâchons qu'il eft la bafe de tous les phénomeaes fenfibles y comme l'homme eft la

î04 Tableau

hafe de tous les phénomènes întelleauek , & qu*ainfî la Terre & Phomme font les deux points fur lefquels r^fl^chiflènt toutes les aâions & toutes les vertus deftinëes à fé manifefter dans le temps. Voilà une des fources de ces fublimes connoiC- iances vers lefquelles les hommes paroiflent marcher làns le favoir , & qui doivent leur apprendre un jour quelle eft la véritable occupation &, la véri» table deftination de leur Etre.

Mais on ne peut réfl&hir fur l'homme , fans reconnoître que cette ëpoque peut-être auffi à craindre qu'à defîrer pour lui. ^

Car dans quel temps l'arbre de la Science n'at-il pas été accable fous le poids des rameaux étrangers qui s'y font entes ? Nous avons vu que l'Idolâtrie provient de ce que l'homme efl det cendu de l'idëe pure & du culte fîmple de fon Principe à des objets inférieurs.

Or fî le temps matériel n'a commencé pour l'homme qu'avec fon crime , on -voit combien il lui efl difEcile qu'étant dans le temps matériel il ne foit dans ridoiâtrie.

En effet , qu'efl devenu ce culte fimple auquel l'homme étoit appelle par fa nature , & dont il a apperçu fî peu de vefliges autour de lui depuis fa dégradation ? Ce culte que des Etres purs &

indépendans des entravQs qui nous refferrent ^

offi:ent

Naturel. loj

offrent à PEternel félon leurs vertus & leur nombre ? Ttop fijblîme pour la Terre , il fe dérobe à nos yeux , & ne nous permeç plas de le contempler.

L'oubli de ce culte ayant été le premier pas que fît l'homme en s'^loignant de fon Principe , (a feule reflburce fut dans ces Agens purs , jadis fes Minijlres , maintenant fes Maîtres ; ces Agens li& au temps comme lui , mais non pas renfermés comme lui dans les entraves d'un corps groflier & corruptible ; enfin , ces Agens fur lefquels Dieu écrit fans cefle aujourd'hui , comme il écrivait autrefois fur Thomme , & qui à leur tour écrivent fur toutes les parties de FUnivers y afin que l'homme foit par-tout à portée de s'inftruire.

Nous pourrions dire , en quelque forte y que

nous vivons habituellement dans les loix de cette

Jeconde clajje , puifque nous recevons des penfées journalières qui ne peuvent nous venir que de ceux qui la compofent & qui l'habitent. Cependant , comme nous fommes prefque toujours pajfifs dans ces communications y & qu'un culte quelconque annonce de VaSivité y on doit préfumer que cette féconde claffè préfente à nos études des oh]cts plus phyfiques , plus prejfans , plus pofitifs , & que dès-lors elle exige des foins plus vigilans & mieux dirigés que ceux qui occupent la plupart des Jiommes.

Cette

Cette clafle , ùaa être auffî psr&îte que la première , eft te plus haut terme où Fhommc pniiTe £^emesc porter (es vues pendant Fiaftast rapide qn^ pafTe fur la terre ; elle ne demande aucunes matières y aucuns îoftrumens , aucuns organes ârangers à ceux dont Fhomme eft poorfu par ù, nature ; Flioamie dès ùk naîflfânce en ^çporte avec lui tous les matériaux éc toutes ks ha/es ; (ans cela jamaiscet édifice ne fe pourok élever.

Cette clafle conm^t néanmmns des temps & des fufpcnfions dans les aâions qui loi (ont par* mifes , attends que telle eft la Im de Xjoqs ks Agens renfermés d^ms le temps , & s'il éft des Maitres qui enfdgnent le contraire y 3s (ont on ignorans on impoftenrs.

Mais plus cette claife eft fublime ^ plus il eft difBcile à l'homme de s'y maintenir ^ il faut pour l'atteindre , que tout ce qu'il y a de preftiges en lui , dilparoifTe ic s'anéantifle y pour ne laiflèr briller que fon eflence pure & réelle. Tout en conlervant cette intégrité indeftruâible de fon Etre , les illufions qui le rempliflent y doivent faire place à des fubftances folides & vraies -y comme ces tendres végétaux qui dans la terre perdent leur molleflè y & reçoivent dans leurs canaux une mariere durable , qui , fans changer leur forme , leur donnei ' une confiftance à toute épreuve \ enfin y l'homme

joignant

Joignant la vie d'un autre Etre à la (îenne pro- ^ pre , doit fe renouveller perpétuellement fans cefler d'être lui-même , & la vie de cet autre Etre eft celle de Tlnfinî.

Ne (oyons donc pas furpris fi cette claflc a paru fi Htvée. à ceux qui Tont connue , que depuis la chute de l'homme, plufieurs d'entr'eux ont boriié li4eurs adorations , & que c'ait été la première fource do

l'Idolâtrie temporelle,

Il y a une claj^ inférieure à celle-ci ; quoiqu'elle ne (bit qu'au troifieme rang , elle eft la plus conforme à l'état infirme & dégradé de l'hom^^m^ elle eft mixte comme lui , elle renferme comi^Wui deux hafes confîdérables.

La première de ces bafcs a pour objet les connoifiànces analogues à la véritable nature de l'homme ; la féconde n'embra(re que la nature (ènfible ; toutes deux font pures , refpedables , pleines de merveilles pour qui fait en fuivre les rapports , & n'y apporte qu'une intention fimple , tranquille , humble , & difpofée plutôt à contempler , à admirer ces beaux fpeâacles j qu'à régner fur eux , & à fe glorifier d'y avoir place.

Toutes deux font les dépôts de ces emblèmes hiéroglyphiques qui ont fervi de germe aux fym-r boles de la Fable \ toutes deux ont été connues

V

'io8 Tablïau

par plufieurs Sages anciens & modernes ; toutes deux font la fburce des diâerens Cultes qui s'exercent vifiblement fur la Terre , parce qu'il n'en eft aucun qui n'en ait au moins des veftiges ; & quand ces traces feroient encore plus altérées y les defirs purs & conftans de l'homme qui les parcourt dam la fîgiplicité de fon cœur , peuvent leur faire recou« vrer leur efficacité primitive.

Si la première de ces bafes doit (ervir dç modèle à la féconde , la féconde doit (butenir la première > pour (atisfaire à toutes les loix de notre Etre y & pour mettre un équilibre parfait; dans toutes les facult^^ui nous compofent ; car fi rhommç afpirant If^/ciencc intelUBuclU , néglige les ref* fources que la Nature lui préfente , il cou^ rifque de ne faire que paffer de l'ignorance à la folie.

En effet , fi la Nature élémentaire nous eff tiuifible , c'eft lorlque nous nous laiflbns aflervir par elle , & non lorfque nous en pénétrons les ^vertus. En un mot , ignorer la Nature , c'eft ram-pper devant elle , c'eft fe fubordonner à elle , & refter livré à Ion cours ténébreux ; la connoitre , c'eft la vaincre y & s'élever au defliis d'elle ; 6ç, ceux qui s'occupent des objets vrais , reconnoiCr feht fi bien fbn utilité / que quand ils font fatigués par une trop grande abondance des fruits de Uurs études ^ il leur fuffit quelquefois

de fixer un objet phyfique pour fe (bulager. D'ailleurs , fi nous nous trouvons places au Inilieu de ces objets phyfiques , c'eft une preuve que l'Etre fupréme veut que nous commencions i le connoître de cette manière ; s'il nous a mis ce livre devant les yeux , c'eft pour que nous le lifioils préalablement aux livres que nous ne voyons point encore. Enfin ,* c'eft un des plus grands fecrets que l'homme puifle connoître , que de ne pas aller â Dieu tout de fuite , mais de s'occuper longtemps du chemin qui y mené.

Gardons-nous néanmoins de Jamais féparer cette bafe inférieure, du mobile intellectuel qui doit la vivifier , & qui en eft le vrai but. C'eft* â-dire ,' tâchons de ne point contempler ceà objets phyfiques , fans prendre pour guide le flambeau de t intelligence i car elle eft le Dieu de la Nature. Sans cette lumière nous ne verrons en eux qu'une apparence confufe ^ & nous ne pénétrerons jamais dans la fagefte de l'ordre & de l'harmonie qui les conftituent , de môme que nous n'approcherons jamais du Dieu fupérieur à l'intelligence , fi nous ne commençons par divini^ fer notre cœur , attendu que rien ne s'opère que par analogie.

Gardons-nous de perdre de vue ce but fupé- jdeur ^ & de cous bornei: exclufivçment aux con-^

noiffances

fiïù Table Air

noilTances (ènfîbles Se élémentaires ; c'eft le dangâr âans lequel font tombas les hommes de prefque tous les temps; c'eft celui où tomba Ifmaèl ., & enfuite Efaii, qui perdit par-U Ton droit d'ainelTe. Et voilà pourquoi les Arabes qui viennent d^Ifmaël , & qui ont été des fources d fécondes des Sciences naturelles , qu'ils palTent en ce genre pour être les Infiituteurs de toutes les Nations , (ont demeurés néanmoins au delTous de la véritable defiination dis l'homme.

Ceft en s'éloîgnant encore plus de cette claflê , que les Mahométans ont réduit la Religion des Arabes à de fimpies obfervances corporelles (ans intelligence & fans lumière ; que chez eux , la liberté des (èns eft pour ainfi dire fans frein : & peut-être n'eft-ce pas fans des raifons relatives à cet objet , que Mahomet fe difoit infpiré par PAnge de la I^une.

Ainfi , pour obtenir un enlemble complet de connoiflances & de vertus , il eft clair que les (feux bafts intelleâuelle & élémentaire doivent fe prêter mutuellement des fecours.

De la divifion de ces deux bafes , opérée par les Arabes , au(Ii-bien que par les premiers hommes , eft réfulccc une fource immenfe d'abus & d'erreurs , qui forment une quatrième clafte. Les hommes de cette clalTe ^ entraînés vers les fub(^

tances

If A TUR S i: îît

tances naturelles , ont rétréci leur vue à force d« les fixer feules.

Ils n'ont eu pour but que l'Etre înf(Jrîeur d« l'homme ; & s'ils fe font occupés quelquefois de fon Etre fupérieur , c'eft pour ne lui préfenter que des objets qui ne font pas dignes de lui.

De-là font nées dans tous les temps , ces Sciences fondées fur des formules & fur des fecrets ; ces Sciences dont tout le fuccês , félon ceux qui les enfeignent , dépend exclufivement d'une matière morte , d'amulettes , de pentacles ^ de taliGnans ; ou de Tobfervation des objets fenfibles , du vol des oifeaux , de l'afpeâ de certains aftres y des linéamens & de la ftruâure du corps humain ; ce qui eft compris fous les noms de Géomancie , Chiromancie , Magie , Aftrologie , toutes Sciences dans lefquelles le Principe étant fubordonné aux caufis fécondes , laifle l'homme dans l'ignorance de la vraie Caufe. Or de l'ignorance à l'erreur & à l'iniquité , il n'y a qii'un pas ; comme un terrain inculte , couvert de ronces , devient bientôt un repaire de ferpens. C'eft par-là que des Maîtres aveugles & impoftcurs > abufant de la foi des Peuples dont ils flattent les partions & les vices , détournent journellement lès hommes de leur deftination originelle , & du véritable objet de leur coni^ance. Je ne parle poiojt de ceux ^ui jouiffant parmi

ïll " TABIBAt;

les hommes de la réputation la plus céiehfâ J font encore au deflbus de ceux que je viens d$ peindre ; non feulement ils ont éloigné comm^ eux y le mobile învifîble qui préfide à toutes le$ loix des Etres ; non feulement ils font devenus aveugles fur la deftination & le Principe des' chofes naturelles y mais ils ont même perdu la connoiffance des propriétés des moindres fubftances ; ils n'ont obfervé que les eifets extérieurs

' des corps , fans s'occuper des vrais rapports de ces Etres avec l'homme.

Cependant l'intelligence de l'homme ne poa« vant pas topjours fommeiller , ils ont cherché au moins les Ibix & les rapports que ces Etres pou-* voient avoir entr'eux ^ mais ayant féparé ces Etres de leur Principe ^ ils fe font vus forcés de les expliquer par eux-mêmes ; & de-tà font r^fultées ces doârines matérielles & incohérentes de la produâion des aftres , par des divîfion» d'une même mafle de matière en incandefcence ' oes comparaifons fi rabaiffées de la naiffance de ces grands & vivans mobiles , avec les fiifions^ padives & mortes de nos fubftances terreflres ^ fyftêmes qui coûtent à leurs Auteurs infiniment plus d'efforts qu'il ne leur en auroit fiillu pour

^ s'élever d'abord à un Principe aâif ordonnateur de tous les Etres , qui infufc en chacun d'eux une mefure de force > de vertus & de vie analogpe à

•fes deflêîrts ; parce cju'il n'y a que le faux & Terreur qui tiennent Thomme en travail , & qu'il eft dans une aâion paîiible & naturelle quand il efl dans la vérité. Maïs je Tâi die , je ne dois pas parlerde cet ordre de Savans ; ils font nuls relativement à la fcience & aux oljets dont nous traitons.'

Enfin , il exîfte une cinquiùme claffe de Scîen*' tes , & c'eft celle de rabomination même : elle a des moyens j des emblèmes intelUclwels & fenjîbles comme les clafTes prc'cédentes ; elle connoît le nombre Se les propriétés de h fumée ; elle a lin culte , il faut niême une certaine pureté pour Topërer ; enfin, il y a une Nation fur k Terre qui vend aux autres Peuples ujoe partie des ingrédiens néceffaires à ce culte ; maïs les réfultats en font horribles ; les Jignes en font Communément tracés fur ceux qui la profeflent & qui l'exercent , afin que lès hommes aient ' devant eux les exemples parlans de la Juftîcc. Car V objet de cette Science étant faux & corrompu > elle conduit lôs hommes par des fentiers înverfes de ceux de la virité. Mais aufli cette vérité étant par - tout , les monfîres dont nous parlons ne peuvent faire un pas fan*; la rencontrer , & ne fe prcfcntant point à elle par les fen-' tiers naturels y ils ne l'approchent que pour en

JL partie. (H) êtce

114 Tabieav

être repoufll^s ; ils ne la connoiflènC q^ë potif éprouver fes rigueurs,, & non pour jouir de b paix qui lui eft propre.

A ces différentes clades de Sciences y il £iut joindre les nuances intermédiaires : on ne doit pas oublier que chacune de ces dafles peut mener à des termes indéfinis , foit dans le nombre des branches qu'elle renferme , foit dans l'étendue de ces branches ; qu'elle peut s'allier aux autres claflès en tout ou en partie , avec les plus voifines comme avec les plus éloignées , & former des amalgames où la penfée de l'homme a de la peine à fe reconnoître.

Car depuis les fables de la mer jufqu'aux ré- gions les plus élevées des Etres , l'homme peut afTeoir par-tout des Jîgnis multipliés & variés de fes titres primordiaux ; il peut , comme il le prouve tous les jours par fes Arts y par fes goûts ^ par fes paflions , mettre fon ame dans fes yeux , dans fes oreilles , dans es mains , dans (es pieds , dans fon palais , dans fa tête , dans Ion cœur , dans fes organes impurs ; & toutes ces choies liées corporçllement avec lui-même , ne font que l'image des objets diflinâs de lui , avec lesquels il peut s'identifier.

D'après cela , il ne faut point être étonné du mélange qu'on apperçoit parmi les doârines de . la Terre y & d'y voir ces différentes combinaifons y,

3u divin , du fpirituel ^ du naturel ^ du matériel & de l'impur ; parce que toutes les claflfes font ^ ouvertes â l'homme y & que quand il ne règle pas fà marche par un guide infaillible y il*laifle entrer dans fon œuvre des traces de fa corruption & de fon ignorance ; enfin , il eft confiant que l'homme^ par fa nature y peut agir dans Dieu , avec Dieu ^ par Dieu , fans Dieu , & contre Dieu,

Il n'efl pas difficile de voir pour laquelle dô toutes ces Sciences y il feroit de notre intérêt de nous décider. Mais vu le mélange auquel elles font expofées en paflant par la main des hommes y il fe pourroit que fous des dehors fpé-< deux on nous conduifit à l'erreur ; défendons-^ nous donc des Maîtres qui n'appuyeront leuc Science que fur une bafe matérielle , fur des for^ mules , fur des recettes fcientifiques ^ toujouri concentrées dans les caufes fécondes \ car y je lo répète , de ces caufes fécondes aux caufes corrompues , il n'y a prefque aucun intervalle. Ec c'efl beaucoup , fi ceux qui s'attachent exclufivement à de femblables moyens & qui les enfeîgnent ^ ne méritent que notre compaflion.

Ceux qui annoncent une Science plus relevée , & des moyens fupérieurs , demandent encore plus notre vigilance & nos réflexions y parce

m6 TableAv

qpe leur marche étant moins connue, il Aatt leur être plus facile de nous tromper. Il y a donc deux manières de les juger ; par leur inftruôions & par leurs faits : je mets les faits au dernier rang pour ceux qui n'en font que les témoins , quoiqu'ils foient très - utiles pour ceux qui ont le bonheur d'en être les indrur mens : mais comme cette carrière eft auflî celle de rillufion y de Tafluce & de la mauvaife foi f le premier devoir de la prudence eft d'obferver avec foin tout ce qui s'annonce , & tout ce qui s'emploie , afin de ne pas prendre pour l'effet des caufes fiapérieures ce qui pourroîç n'être que celui des caufës naturelles te . fubordonnées« Il y a aufli une mefure â garder dans ces fortes d'obfervations c'eft de ne pas s*aveugler au point de vouloir expliquer tout par le feul méchanîfme des caufes fécondes ; ce qui eft arrivé à quelques Commentateurs des Livres hébreift[ , qui en parlant de la Loi donnée fîit le Mont Sinaï , ont repréfenté comme de fimples météores , l'éclat , les feux , les fons împofans qui acompagnerent cet événement

L'inftruâion eft donc la pierre de touche la plus fûre pour juger de la Science qu'un Maître annonce ; pour connoître le but qui l'anime , & la marche qu'il a donnée à (es facultés.

Cette inftruâion y nous ofons le dire , eft celle

U JtTU REL l\y

iquî a ^té préfentée dans cet Ouvrage ; înftruction fondée fur la nature de l'homme, fur fes rapports avec fon Principe, & avec les Etres qui l'environnent.

C'eft cette inftruaîon qui lui apprend combien il efl fupérieur à la nature élémentaire y ' puifque celle-ci n*étant qu'une unité compofie , ou une fraâion de la grande unité y fuit néceffairement la loi des fractions numériques qui eft de décroître dans leur exaltation , ou d'être toujours plus nombreufes dans leur racine que dans leurs puiflances ; qu'ainfi plus l'univers matériel avance en âge , plus il fe rapproche du néant y puifqu'il s'élève à fes puiflances.

C'eft cette inftrudîon qui préfente TEtr^ intelleâuel de l'homme comme un entier , puilqu'il tient à la racine intelleâuelle &c divine dont toutes les puiflances font des entiers , qui annonce , par conféquent, que félon la loi de» entiers , il doit s'aggraridir & s'étendre à mefur© qu'il s'élève à fes puiflances , puifque le privilège des entiers eft de manifefter de plus en plus leur grandeur & rindeftruâibilité de leur être.

C'eft cette inftrudion qui montrant le nombre , de l'homme comme étant plus vafte à mefure qu'il s'élève à fes puiflances y nous fait comprendre qu'il doit y avoir un terme où l'adion tempQrdle de ce nombre étant complette y il ne puifle

I

iiS Tabliait

plus agir que dans Tinfini , & par confdqueni hors des bornes matérielles y particulières Se gé- nérales. Et en effet ^ voici le tableau du cours progreffif de l'homme intelleâuel ; dans Tenr fance il ^ne penfe point , à caufe de fon corps y dans la jeunefTe il penfe par le corps ; dans Vâge mur il penfe avec le corps ; dans la vieilIefTe il penfe malgré le corps y après la mort il penfe fans le corps.

Ceft cette inftruâion qu'on ne peut pas taxer de vouloir dominer fur la croyance des hommes ; puifqu'elle les engage , au contraire , à ne pas faire un pas fans examen : c'efl cette doârine^ qui montrant dans l'homme les vef* tiges & les ruines d'un magnifique Temple , lui préfence toutes les avions de la Sageffe & de la Vérité , comme tendant fans celle à le relever fur fes fondemens ; qui lui apprend que les voies tracées par les hommes éclaires, ou les Elus généraux , lui font néceffaires dans le moyen âge de fa réhabilitation ; mais que les vraies lumières qui conviennent à chacun en particulier , arrivent par un canal plus naturel encore y & à couvert de toute illufion y quand Thomme a &it long-temps une abnégadon ab— folue de lui-même , qu'il ne s*eft point rempli de fa propre fufiifànce , qu'il n'a point été fàgc à fes propres yeux & que iX)mme la fille de

Jephté p

ÎJATVRXÎi. 11^

Jepht^ , il a pleuré fincérement la vif^nité.

C'eft cette inftruâion qui lui dc^montre que le crime de Thomme a fait fubdîvifer relativement à lui toutes les vertus ^ dont il pouvoic autrefois contempler d'un coup d'oeil le vafte emfemble ; mais que la nature des Etres étant indélébile ^ dès que l'homme eft l'expreflion caraâériftique du Principe fuprême , il faut éternellement que cette loi opère.

C'eft cette inftruôîon qui le porte à reconnoître que la multitude de faits ^ d'aâions, ^Agcns , de vertus répandues dans TUnivers , fuivant les Traditions de tous les Peuples , ne font que l'exécution même de cette; loi coéternelle & indeftruâible , qui ayant conflitué l'homme ^ l'accom* pagne y & l'accompagnera à jamais dans tous les inftans de fon exiftence.

Enfin , c'efl cette inftruâion qui lui fait confî* dérer tous les faits de la nature y comme l'expreC* fîon de fa véritable fcience ; & de la fublimit^ de fes fondions primitives , ainfî qu'en peut le voir dans l'arcen-ciel ; phénomène qui eft formé par la réflexion des rayons fblaires y comme les vertus întelleduelles font des refies de \ Action du Dieu fupréme , qui ne paroifTant que lorf^ qu'il y a des nuages , femble pofer la borne entre leur ténébreux cahos , & le féjour de la lumière , qui porte un nombre régulier dans fes

jt9 Tabieau

couleurs : qui fe prëfente fous la forme d^ufiQ. circonférence tellement fibordonnée à l'homme , que celui-ci en occupe toujours le centre , & s'en fait fuivre, à tous les pas : qui offre par-là à fes yeux un tableau immenle , où il peut voir quels etoiencfes premiers rapports avec l'unité , .avec les Agens fournis dont il di!pofoit à fon gré , & avec le lé)pur du défprdre .& de la confufion dont ces Miniftres fidèles le tenoient foigneufe-? ment féparé : qui , en un mot, préfente ,un tableau fi féconJ , que la SageifT^ ne poavoic pas choifir un plus bel emblème^, quand eUe Voulut ^ lors du Déluge , annoncer ces vertus fupérieures & unîverfelles dont elle a fait de touc temps les organes ^ les fignes d^ fon alliance avec Tbomme,

Ceux qui , avec une doârine aufli fublime ^ fe préfenteroient pour nous guider dans la car-t riere de la vérité , pourroient mériter notre con-*» fiance : car s'il arrivait que leur marche ne fût pas conforme à leurs principes , ces principes fculs nous auroient aflez ouvert l'intelligenee pour que nous femiflions le faux de leur marche , & que la pureté de nos defirs rendît leurs efforts împuiflans.

Ils njéiîteroient d'autant plus cette confiance , §% nous • 3j)f renoignt à difçerper la fcience.

4'4yeç

d'avec la {kgeflTe , qui eft le complément &' le but de toute fcience.

Il ne faut pas croire , en effet , que cette (a- , gefle foit à notre feule difpofition & dépende abfolument de nous , comme l'habitude des exer«- cices corporels auxquels nous pouvons nous former à force de répétitions , & être comme affurés de rt'uflir.

Nous avons en nous , il eft vrai , plufiewrs fecultcs intelleauelles & fpirituelles qui peuvent fe perfeâionner par notre travail ; telles font les ytrtus ftcondairts , & même la fcience , mais quant â la fâgefle , ce n'eft point à force ouverte que BOUS y parviendrons ; c'eft la Cour des Rois où il faut marcher avec humilité , fbumîflîon , pré- venance , attention confiante à captiver leur bien-- veillance; où , à quelqu'inftant qu'il nous prennent , il faut toujours qu'ils nous trouvent prêts à leur plaire & à nous facrifier ' pour eux. C'eft autant par la patience que par l'autorité & par Ja violence , qu'il faut écarter les rivaux qui nous traverfent. La douceur & l'amour , voilà les routes qui mènent à la félicité ; encore » malgré tous ces foins ^ , le V rince peut - être ne jugera-t-il pas à propos de nous honorer d'un regard.

Jugeons maintenant fi la fagefte eft une chofe précieufe , & s'il eft rien à quoi elle puifle fe 't^omparer. J^'homme 4evroit Ja demander fans

çefTe ^

par la pnnirîon des malfaiteurs & par VzffGwlfDs^

ment des rebelles. D'autres , enfin , en ont manf-

fefl^e !a bonté , la bienfaifance , par les Sciences

& les fecours qu*ils ont apportés aux malheureux y

& par les douceurs qu'ils ont &it goûter aux hom

mes de paix. Et même on peut dire de ces Âgens ,

fans excepter ceux dont il eft parlé dans les Tra

ditions des Hébreux , qu'ils ne montroient à rhom-

me que des vertus ifolées , temporelles flt paflàr

gères y & que par conféquent ils ne lui donnoient

point une idée parfaite de fon Etre , ni des droits

qui font attachés à fa nature.

Il lui manquoit encore le complément de cette

connoiffance pour concevoir le fens de tous ces

emblèmes grofliers qui avoient bien repréfcnté la

loi de l'homme ; mais qui ne l'avoient repréfen-

. tée que matériellement , au lieu qu'elle devoit l'être par la vertu de l'homme , par des faits qui émanaf-

fent dç lui-même.

Il falloit donc qu'une ACTION TUISSANTE

démontrât la réelle & féconde exiftence de

l'homme , en lui facilitant l'intelligence de fbn

Etre , & en l'élevant à un état de fupériorité , au-»

quel il ne ceffoit de tendre , depuis fa chute , par

une loi irréfiftible de fon effence ; il falloit ,

dis-je , une troifieme époque ; il falloit un type

Cotai , qui lui offrit une loi plus fimple & plus

un^ que tQutçs celles qui avoient précédé ) une

"a AT V RSiii iif

loi plus analogue à la vraie nature de Thomme^ dont nous ne céderons de défendre la grandeur & la fublimice.

Enfin , il falloit que la Sagefle fît ouvrir pour la poft^m^ humaine , une porte de plus que celles qui font contenues dans le quarré de la puijjancc de l'homme ; c'eft-à-dire , que cette Sagefle devoit faire ouvrir une cinquantième porte , pour abolir le nombre defervitude opéré par la double 'puiflance du mal , afin que l'homme , après s'en être délivré lui-même , pût encore en délivrer fon enceinte ; ** & tel étoit l'efprit de cette loi hébraïque , qui au bout de cinquante ans rendoit la liberté aux efclaves , & faifoit rentrer les biens aliénés dans les mains de leurs premiers Maîtres. ,,

Par cette vertu nouvelle , non feulement l'homme devoit voir dilparoîtrc en lui les loix de Pii^ftinâ & des affedions des brutes , mais encore y fubftî- tueries droits & les afFeâions de Tîntelligence. Non feulement il devoit reconnoître tous les pouvoirs de l'ordre & de la juflice , mais encore apprendre à s'élever au defliis de la juftice même ', eu (e conduifant par une loi bien différente de celle qui n'avoît été écrite que pour les efclaves .& les malfaiteurs : en un mot ^ il devoit apprendre à juger de la véritable deftinatîon de fon Etre , qui n'étoit pas fait pour être relferré dans des entraves

traves ^ maïs pour faire le' bien , comme Dieu pâf nature , par amour ^ &c fans être mu par Tappareîl des punitions & des récompenfes.

Pendant la première époque de fon expiation ; l'homme y comme l'enfant dans les liens ténébreux de la matière y éprouvoit fans doute les bien&its de la Sagefïe. Mais , recevant ces bienfaits , comme Penfent , fans les appercevoir ni reconnoître la main qui les repandoit fur lui ^ il n'étoit que paffif > & fon Etre réel & intelligent ne goûtoit pas encore fa vraie nourriture , qui confifle dans Paôivité & la vie.

Dans la féconde époque ^ fès facultés plus déve« loppées le mettoient à portée de profiter des dons qui lui font prodigués. C'étoit alors que des Agens vertueux &) éclairés , placés près de lui , Taffûjetifibient à des facrifices y pour lui faire comprendre l'état de violence & de fujétion où toute la Nature fe trouvoit par rapport à lui ; puîfque tout donnoic la vie pour lui.

Par-là ces Agens l'inftruifoîent fur la defti^ nation des différentes parties de l'Univers. Ils lui apprenoient qu'il n'y avoit pas un feul Etre dans Ja création univerfelle , qui ne fût l'image d'une des vertus divines 5 que la Sageffe avoit multiplia fes images autour de l'homme , afin que , quand il les lui préfenteroit , elle fit à leur afpea for-

lîr âyie-méme une nouvelle onâion ; qu*ainfi elle tranfmit jufqu^à l'homme tous les (ecours donc îl a belbin ; & que le modèle s'unifTant à la copie^ l'homme pût les pofféder Tun & Tautre.

CVtoit lui peihdre y en effet , fa deftin^e fous des couleurs vives , que de lui repr^fenter IXJniversi comme un grand Temple , dont les aflres font les flambeaux , dont la terre eft l'autel , dont tous les Etres corporels font les holocauftes , & dont l'homme eft le Sacrificateun Par*Ià il pou* voit recouvrer des id^es profondes fur la gran-> deur de fon premier ^tat ^ qui ne Pappelloit à rien moins qu à être le PkÉtrs de l'Etbrnel dans l'Univers.

Mais y malgré cette brillante lumière j que les Elus de la féconde époque vinrent communiquée â l'homme , en lui annonçant qu'il étoit le Prêtre ^e l'Eternel , il n'avoit point encore l'explicatioa de ce titre fublime.

Le tableau des rapports que ces Elus lui pré^ fentoient , quelque magnifique qu'il fût , ne lui offroit que des objets inférieurs à fa propre na^ ture ; il n'y yoyoit que des puiffances éparfes & divifées ; que des holocaufles corruptibles : il n'y voyoit ni les indices d'une offrande impériflable p ni l'unité des agens qui dévoient y concourir; afin que par eux il pût jouir de' la pl(^tude de fes droits,

H

iig Tableau

Il étolt donc réferv^ à une troifîemé epôqifé^ de lui &ire acquérir la connoilTance plus parËLÎti^ de la vérité , & de lui apprendre que , fi de fîm* pies images temporelles ont pu lui faire découvrir quelques-unes des vertus fup^rieures , il ne doit mettre aucune borne à fes efptrances , en pré* fentant à la y^nre'une image émanée d'elle-mê* me , qui par les fècours qu'elle envoie à Phora-* me y Ranime de la même unité ^ &t l'affure de la même immortalité.

C'eft donc là où Thomme découVfai^t la fcîenctf de fà propre grandeur , apprend qu'en s'appuyant fur une bafe univerfelle ^ fon Etre intelleftuel de* vient le véritable Temple ; que les flambeaux qui le doivent éclairer font les lumières de la penfée qui l'environnent & le fuivent par - tout ; que le Sacrificateur , c'eft fa confiance dans Pexif* tence néceflaire du Principe de l'ordre & de la vie ; c'eft cette perfuafion brûlante & féconde devant qui la mort & les ténèbres difparoiffent ; que les parfums & les offrandes , c'eft fa prière , c'eft fon droit & fon zele pour le règne de l'exclufivc unité ; que l'autel , c'eft cette convention éter* nelle fondée fur fa propre émanariot* ^ & à la^ quelle Dieu & l'homme viennent fe rendre , comme de concert , pour renouveller l'alliance de leur amour , & pour y trouver , l'un fa gloire ,

Naturel: m^

fc l'autre fon bonheur ; en un mot , que le feu deftin^ à la conibmmatîon des holocauftes , ce feu facré qui ne devoît jamais , s'éteindre , c'cft celui de cette étincelle divine qui anime l'homme "^ & qui , s'il eût été fidelle à fa loi primitive , Pauroit rendu à jamais comme une lampe brillante & secourable , placée dans le fentier du Trône de PEternel , afin d'éclairer les pas de ceux qui s'en étoient éloignés ; parce qu'enfin l'homme ne doit plus douter qu'il n'avoit reçu l'exiftence que pour être le témoignage vivant de la lumière & le figne de la Divinité.

X^ O U R mieux nous convaincre combien il étoîc

néceflàire qu'une Unité de vertus vînt achever

devant les hommes le tableau de leur Etre , qui

n'avoit été que légèrement tracé par les manifef^

rations particulières , je vais dire quelque chofe

des Nombres : mais auparavant je dois prévenir que cette carrière eft fi vafte , que jamais

l'homme , ni aucun Etre que Dieu lui-même , ne

pourra en connoître toute l'étendue. De plus ^

jjO TABLEAtf

elle eft fi refpeâable que je ne pms en parlée qu'avec ^^fervc , foît parce qu'il eft impoffible de le £akc clairement & i découvert en langage vulgaire , foît parce qu'elle renferme des chofes auxquelles on ne doit pas prétendre (ans pré* paration.

- Cependant je ferai mes efibrts pour que Fhomme de defir me comprenne autant qu'il lui fera né- cefTaire , & je ne négligerai rien pour concifier fbn infiruâion avec la prudence.

Mais , s'il arrivoît qu'il ne me comprit pas , je le prie pour fon propre intérêt , de ne pas confulcer fur ce que je lui confie y les Savans en titre & en crédit dans l'opinion humaine -. car ils ont defféché la Science & n'en font point fubf^ tante ; ils n'en ont que le fquelette décharné, & les fucs les plus nourrifTans fe font, évaporés devant eux , fans qu'ils aient eu la fageffe de les fkifir.

La Science eft libre ; ils ont prétendu lui fixer des loîx , & interdire au genre humain l'efpoit de la découvrir ailleurs que dans leurs décifions: mais elle a fiii devant eux ^ ils marchent dans uu vuide obfcur. Elle eft incomprcflfîble comme l'eau j 3s ont voulu la comprimer : elle a brifé les entraves qu'ils lui avoient données , & ils font reftés dans l'aridité.

Quç le Leâeur n'aille donc pas à eux pour

lever

lever (es doutes ; ils ne feroient que tes augmen-* ter , ou y fubftituer des menfunges. ii quelque chofe rembarrafle dans ce quHl va lire , qu'il fe replie fur lui-même ; qu'il eflaie par une aStviié intérieure de fe rendre Jîmple & naturel : qu*il ne s'irrite point (i le fuccès fe fait attendre ; les fujpenfions qu'il éprouvera font fouventles voie^ mêmes qui le préparent lècrJtement y & qui doivent Vy conduire.

Les nombres font les enveloppes invifîbles des Etres , comme les corps en font les enveU>f pes fenfîbles.

On ne peut douter qu'il n'y ait pour tous les Etres une enveloppe învifible , parce qu'ils ont tous un Principe & une forme , & que ce Principe & cette forme étant aux deux extrêmes^ font à une trop grande diftance l'un de l'autre pour pouvoir s'unir & fe correfpondre fans intermède ; or c'eft l'enveloppe invifible , ou le nombre qui en tient lieu. C'efl ainfî que dans les corps , la terre eft lenveloppe vifible du feu , que l'eau eft celle de la terre , & l'air celle de l'eau quoique cet ordre foit fort diifcrpnt dans les Siemens non corporifcs.

On n'ignore pas que les loix & les proprictés des Etres font écrites fur leurs enveloppes fenfî^ blés ^ puifque toutes les apparences par lefquel-

i3i Tabibait

les ils fe communiquent à nos fens y ne Cont au-^ tre chofeque l'expreflîon & l'aâion même de ces loix & de ces propriétés.

On en peut dire autant de leurs enveloppes invifibles ; elles doivent contenir & porter fur elles , les bix & les propriétés inviiibles des Etres » comme leurs enveloppes fenfibles indiquent leurs propriétés fenfibles. Si elles y font écrites , l'intelligence de Thomme doit donc pouvoir les y lire , comme par les fens il lit ou é- prouve les effets des propriétés fenfibles tracées fur les corps ; & agilTant par Tenveloppe fenfible des Etres : voilà ce que la connoiiTance des nombres peut promettre à celui qui ne les prenant pas pour de fimples expreflions arithmétiques y fait les contempler félon leur ordre naturel , & ne voir en eux que des principes coé- ternels à la v&it^.

Il faut favoir en outre que les Etres étant infinis y & que les propriétés de ces Etres étant de plyfieurs genres , il y a aufli une infinité de nombres.

Âinfi il y a des nombres pour la conftitution fondamentale des Etres j il y en a pour leur action y pour leurs cours y de même que pour leur commencement , & pour leur fin , quand ils font fujets à Tun & à l'autre ; il y en a même pour les différens degrés de la progreffion qui leur eft fixée.

£c ce font là comme autant de bornes où les rayons divins s'arrêtent ; où ils rëflcchiflent vers leur principe , non feulement pour lui prëfenter fes propres images ^ non feulement pour lui offrir les glorieux témoignages de fbn exclufîve fupérionxé & de fon infinité , mais encore pour y puî- fer la vit , la mtfurt , le poids > la fandion de leurs rapports avec lui ; toutes chofes que nous avons vues ne pourroit exifter que dans le pre. mier Principe des Etres.

Il y a aufli des nombres mixtes pour exprimer les différentes unions &: compofitions d'Etres , d'aâions , de ytrtus ; il y a des nombres centraux 9 des nombres médianes , des nombres circulaires , & des nombres de circonférence ; enfin , il y a des nombres impurs , faux & corrompus. Et répétons-le y toutes ces chofes ne fone qu'indiquer les difFérens afpeâs fous lefquels on peut confîdérer les Etres ^ & les différentes propriétés y loix & aéHons , fbit vifîbles , foit invifî- bles , dont nous ne pouvons douter qu'ils ne foîent fufceptibles : & peut-être la vraie caufc pour laquelle les nombres ont paru fî chimériques à la plupart des hommes , c'efl cet ufage où font les Calculateurs de fijire dériver du zéro tous les nombres ; c'efl-à-dire y de commencer dans leurs' divifîons géométriques , en comptant par zéro y avant que de nombrer la première unité. Ils

n*ont pas vu que cette unité vifible & conventioiinelle qui devient la première bafe de leurs me» fures , n'eft que la repréfentation de Tunicé invifjble , placée avant le premier degré de toutes ces mefures , puifqu'elle les engendre toutes , & que sHls étoient forcés de la repréfenter par un zéro y ce n'étoit que pour nous peindre (on inaccefllble valeur , & non pas pour la regarder comme un néant ^ lorfqu'elle eft la fburce de toutes les bafès fur lefquelles l'homme peut opérer.

On voit ici qu'autant les nombres font infinis ^ autant l'idée qu'on en doit prendre eft fimple & naturelle.

Elle fo fintplifiera bien encore quand on remarquera que cette immenfe multitude de nombres , qui fe fubdivifent & s'étendent à l'infini , remontent par une marche direâe jufqu'à dix nombres fimples y lefquels rentrent dans quatre autres nombres , & ceux-ci dans l'unité d'où tout eft forti.

Voilà pourquoi exiftant au milieu de tons les objets de la Nature , nous n'avons cependant que dix doigts , que quatre membres , & un :eul corps y pour palper ces objets , pour en approcher , pour en difpofor ; ** car les doigts de nos (àt:ds n'ont d'autre objet , que de nous donner la

foupleflè.

Natuael. t3j

fouplefle , r^lafticitë , & la ^tefle dans notre marche y ainfî que la folidîcé &: la force quand nous fommes debout & de pied ferme ; & fî à force d'habitude on a vu des hommes fe fervir avec fuccês des doigts de leurs pieds , l'exercice forc^ qu'ils ont fait pour en venir là , & les tentarives inuriles de tant d'autres , prouvent aflez que ces doigts ne nous ont pas été donnés par la Na« ture pour une femblable deftination ; car s'ils portent le nombre dix , comme les doigts de nos mains ^ c'eft que tout fe répète , mais avec des qualités & des propriétés inférieures , félon l'infériorité des

L'allégorie du Livre de dix fiuilUs dans l'Ouvrage déjà cité , offre clairement les diffé- rentes propriétés attachées aux dix nombres intelleâuels ; il fuffit d'ajouter que de leurs difFé- rens affemblages & de leurs différentes combinaifons réfulte Texpreflion de toutes les Loi;c te de toutes les aâions des Etres quelconques ^ comme de la combinaifon aâive des différens Elémens réfulte la variété infinie de toutes les produâions corporelles & des phénomènes élé- mentaires.

Parmi les exemples que Ton pourroit citer , je me bornerai à un feul; mais l'homme en fera l'objet y comme il «ft celui de cet Ouvrage ; Se

par - U on pourra apprendre à juger des exem->

pics qce je tairai , & des autres propriétés . des

nombres.

Les Pliilofophes anciens nous ont tranfmîs l'addition du nombre quatre , laquelle donnant dix pour réfultat , offre un moyen naturel de lire à découvert Timmenfe vertu du quaternaire ; les Phî- lofophes nouveaux fe font contentés de jetter du ridicule fur toutes ces idées numériques , fans les comprendre , ni les réfuter.

On a vu dans cet Ouvrage y quelle fut la deflination originelle de l'homme , qui dev<nt être le /igne & le Minifirt •e la Divinité , dans l'Univers ; on a vu auffi qu'il efl marqué du fceaii quaternaire.

Il efl bien fîngulîer que cette fublime deftinée fe trouve écrite dans les expreflions des anciens Philofophes. Car en portant le nombre quaternaire jufqu'au réfultat de toutes les puifïànces qui le conflituent , il rend deux nombres en deux branches , qui étant réunies , forment le nombre dix » en cette manière:

I G

Or le nombre quatre fe trouvant placé entre

l'unité & le nombre dix , ne paroît-îl pas avoir

la fonâion de ûire communiquer l'unité jufqu'à

Uaturbz. 137

la circonférence univerfelle , ou le léro ? ou pour mieux dire , ne paroît-il pas être le médiateur pla* ce entre la Sageffe fuprêmereprëfentée par TUnitë , & l'Univers repréfenté par le zéro ? En voici la figure naturelle ,

Je trace ici cette figure par des caraâeres numériques primitifs , qui font attribués aux Arabes y attendu qu'ils nous ont été tranfmis par eux y mais que les Savans de cette Nation reconnoifTenc appartenir à des peuples plus an« •ciens.

Ces caraâeres qui , pour des yeux exercés , portent l'empreinte exaâe des plus hauts fecrets .des fciences naturelles & phyfîques , ne peuvent avoir été tracés au commun des hommes par des Sièges y &c à ceux-ci par une main encore plus pure , que pour les aider à marcher d'un pas ferme dans la route des vérités.

On peut donc , par la loi des nombres ^ & par la figure que je viens de préfenter , fe convaincre de la première dignité de Fhomme , qui correfpondant du Principe de la lumière jufqu'aux Etres les plus éloignés d'elle y étoit defliné à leur en communiquer les vertus.

On trouvera également dans ces nombres la marche par laquelle Vhonfffxt à pu s'égarer.

13$ Tableatt

Si au lieu de fe tenir au centre de fon çotit ^minent , llionune ou le quaternaire s'eft éloigné de Tunité , & s'efl approché de la circonférence figurée par le zéro , jufqu'à s'y confondre & s'y cenfermer ; dés-lors il eft devenu matériel & téné- breux comme elle , & voici la nouvelle figure que {on crime a produite.

^^ Ne pourrions-nous pas même trouver des tra« ces de cette union du quaternaire au zéro , dans le nombre des jours néceflàires pour que le fœtus de lliomme ait la vie ? Car les Phyfiologiftes nous aflurent qu'il en faut environ 40; & alors il (eroit difficile de douter que telle eût été la iburce ^ & la fiiite du crime de l'homme , pui£:|ue ce nombre fe retrace fous nos yeux dans la reprodaâion de Pelpece humaine, j,

„ Obfervons néanmoins , pour foulager Pîntellîgence du Lefteur à qui ces vérités peuvent paroître tres-étrangeres , qu'il ne faut pas appliquer ce nombre de 40 jours au crime de l'homme* ^ comme nous le voyons régner aujourd'hui dans (à reproduâion corporelle. Le nombre aâuel de cette Loi n^efl qu'une conféquence & une expiation du nombre faux qui a agi antérieure^

pient.

Enfia

JNjiTURJBL. tj^

^nfîn nous trouvons encore dans cette figure fîmple y

une preuve évidente de tous les principes pofë^ précédemment fur la néceflité de la communication des vertus fupérieures jufques dans le malheureux féjour de l'homme.

Depuis un jufqo'à dix , il y a plufiéurs difF<£- rens nombres qui tiennent tous par quelque lien paiticulier au premier anneau de la chaîne y quoiqu'on ait le droit de les en fcparer pour les con« ûdéttr fous un afpeâ particulier. Si le quaternaire , ou Thomme , étoit defcendu juQju'à Textrémité inférieure de cette chaîne , ou julqu'au zéro , 6c que cependant le Principe fupréme l'eût choifî pour £bn figne repréfentatif , ne faudroit-il pas » pour qu'il pût recouvrer la connoifTance de ce qu'il a perdu , que tous ces nombres , ou toutes ces vertus fupérieures & intermédiaires entre un & dix ^ defcendiflent vers lui y jufques dans fa circonfé-- rence » puifqu'il n'a pas le pouvoir de franchir la borne qui lui eft prefcrite , pour remonter jufqued vers elles. Et ce font là toutes les puîfTances de iiibdivifion dont j'ai déjà expofé la correfpondance avec l'homme , appuyée fur toutes les traditions & allégories des Peuples.

Mais ceU ne fiiffic gwàt encore pour l'entière

régénération

tl^(> Tableau

régénération de l'homme : fi Y Unité n'avoit pé-^ fiétté ju(qnes dans la circonférence qu'il habite ^ il n'auroit po en recouvrer Tidée complette ^ & il ièroit refté au deflbus de fa loi. Il a fallu auffi que cette Unité fût précédée par tous les nombres intermédiaires , parce que l'ordre étant renverfe par l'homme , il ne peut connoître la première Unité qu'il a abandonnée , qu'après avoir connu toutes les vertus qui l'en féparent.

Ceci répand un grand jour fur la nature de cette manifejlation itniverfeltt dont nous avons reconnu !a néceffité pour l'accomplifTement des décrets fùprémes.

Car quel que foit l'Agent chargé de l'opérer, il eft certain qu'il n'a pu être inférieur aux Agens particuliers , qui n'ont manifefté les facultés &- périeures que dans leur fubdivifion ; & fi les Agens particuliers , quoique réduits à des vertus partielles y ont cependant repréfenté les puiflances de la Sageffe y fans quoi ils auroient été inutiles à fes defleîns , à bien plus forte raifon , V Agent univerfel devoit-il être dépofîtaire des mêmes pouvoirs.

Ainfî cette manifeflation univerfelle des puiflances Divines fuccédant aux loix rigoureufes de juftice qui réfultoient de la fubdivifion de ces

puiffances ^ a dû mettre le comble à tous les biens

ique l'homme pouvoit attendre , en lui rendant la vue de ces vérités pofîtives , parmi lefquelles il a pris fon origine.

Convenons en même temps qu'il ne falloit rien moins qu'un Agent revêtu d'un tel pouvoir , four relever l'homme de fa chute , & l'aider à rétablir fa reflemblance & fes rapports avec 1* Unitef^ première.

Si c'eft par le plus élevé des hommes , que tous les maux de fa malheureufe poftérité ont ^té engendrés , il étoit impoflible qu'ils fuflent réparés par aucun homme de cette poftérité : car îl faudroit fuppofer que des Etres dégradés , dé- nués de tous droits & à^ tontes yertus y feroient plus grands que celui qui étoit éclairé parla Iw* miere même : il faudroit que la foibleffe fut au deffus de la force. Or fi tous les hommes font dans cet état de' foibleffe , s'ils font tous liés par les. mêmes entraves , comment trouver parmi eux un Etre en état de rompre & de délier leurs chaînes } Et en quelque lieu que l'on choifîffe cet homme y ne fera-t-il pas forcé d'attendre que l'on vienne brifer les fiennes?

Il eft donc, vrai que tous les hommes étant refpeâivement dans la même impuiffance , & cependant étant tous appelles par leur nature , à un état de grandeur & de liberté , ils ne pourroiont être rétablis dans cet état par un Etre qui

leur

leur feroît égal : ce qui prouve que P AgCîit cfiat]^ de leur retracer l'unité^ Divine , doit être par luimême plus que PhoBime.

Mais fi nous portons notre vue ao deflfus des yertus de Phomme , nous ne pourrons trouver que les vertus de la Divinité j puifque cet homme cft émané d'elle direâement , & fans le concoon d^aucune Puiflknce intermédiaire. L'Agent dont nous parlons , ayant plus que les vertus de rborome , ne peut donc avoir rien moins que les vertus de Dieu , puifqu'il n'y a rien entre Dieu & Thomme.

Il faut donc convenir que , fi la Vertu alevine ne s'étoit pas donnée, ellemême y jamais l'homme n'en auroît pu recouvrer la connoiflance : ainfi il ne lui eût jamais été poflible de remonter au point de lumière & de grandeur o& les droits de fa nature Tavoîent appelle ; ainfi le fixaa du grand Principe eût été imprimé en vain fiir fon ame ; ainfi ce grand Principe lui-même eût failli dans la plus belle de fes puiflances , l'amour & la bonté , par lefquels il procure (ans ceflè à l'homme les moyens d'être heureux ; enfin ce grand Principe eût été déçu dans lès décrets , & dans la convention ineffaçable qui lie tous les Etres avec lui.

Quand j'annonce qu'il' n'y a rien entre l'homme

8c Dieu ; je le dis dans Tordre de notre virîtable nature , ou vraiment nulle autre puifTance que celle du grand Principe , ne devoit nous dominq^. Dans r^tat aâuel , il y a en effet quelque choie entre Dieu & nous : & c'eft cette feufle manière tfétre , c'eft cette tranfpoiition des puiflanccs, , gui imprimant en nous le dëfordre univerfel , faic notre fupplice & Thorreur de notre fîtuation pa& fagere dans le temps.

Nouvelle raifon pour que la Vertu divine fe Ibît rapprocha de nous , afin de rétablir ToÉrdre général , en remettant toutes les puifTances dans leur rang naturel ; en rétabliffant V Unité primitive j en divilknt la corruption qui s'étoit réume dans le centre ; en diftribuant les vertus du centre à tous les points de la circonférence , c'eft-à-dire , en détruilant les différences.

Car c'eft une vérité à la fois profonde & Hu-^i miliante pour nous y qu'ici-bas les différences font les feules fources de nos connoilfances ; pui(que fi c'eft de-là que dérivent les rapports Se les dîC- cinâions des Etres , ce font ces mêmes différences qui nous dérobent la connoiffanœ de V Unité ^ & nous empêchent de l'approcher.

Or l'on fent que fi la J^ertu Divine n'eût feît les premiers pas , l'homme n'auroit jamais pu ^érer de revenir à cette Unité. Car de denx y^rttts féparées , cômmenc la plus foible ^ celle

qui eft ablbluKient impuiffante , remonteroîtr^ elle feule & par elle-même ^ à fon terme de réunion ?

Enfin , fans cette Agent univerfel , Thomme au« xoit bien fu , par toutes les manifeflations précé- dentes ^ qu'il y avoit des puifTances & des vertus fpirituelles ; mais il n'auroit jamais fu par expérience , qu'il y avoit un Dieu , puifqu'il n'y avoit que V Unité de toutes fes vertus ^ qui pût le lui faire conQoitre.

Ainfi reconnoifTons avec confiance , que. l'A- gent dépofîtaire de l'unité de toutes les puiflànces y quelque nom qu'on lui donne , a 'dû po£- féder l'enfemble de toutes les vertus fuprémes^ lefquelles avant lui n'avoient jamais été maiiifeftées que dans leur fubdivifion ; que cet Agent a dû porter avec lui le caraftere & l'efTence divine , & qu'en pénétrant jufqu'à l'ame des hommes , il a pu leur faire fentir ce que c'eft que leur Dieu.

Et ici je rappellerai la figure précédente ,

qui repréfente l'état de privation où nous languiffons tous par la féparation où nous fommes de notre Prindpe ; on verra qu'en rapprochant

tes caraôeres , & faifant pénétrer Punît^ dans le <juaternaire de Thomme , en cett« forte ,

Tordre univerfel eft rétabli ; puifque ces txoîs caraâeres.

fê retrouvent dans leur progreffion & dans leur harmonie naturelle. Cet ordre exiftoît fans doute; lors même de la fubdivifion de ces types , puîf— qu'il eft à jamais indeftruftible ; mais là il n'exiC- toit qu'horizontalement , ou en latitude , au lieu que dans la figure qui les réunit ici fous le méoie point & fous le même centre , cet ordre exifte félon fon vrai nombre & fa vraie loi , qui éft la perpendiculaire.

Enfin , pour parler fans voile , ce n'eft qu'à cette époque que le Grand Nom donné aux Hé- breux pût avoir toute fon aSion. Sous la loi de juftice , il n'avoit agi qu'extérieurement : il falloît qu'il pénétrât jufqu'au centre , pour opérer dans Thomme l'explofion générale dont fon Etre întelleâuel eft fufceptible , & pour le dtlivrer de l'état de concentratipn y où fa chute l'avoit ré- duit.

D'après les idées profondes que nous préfentenc

ces dJmonftrations , ne nous étonnons point âe9 différentes opinions auxquelles les hommes fe fonc arrêtés fur Vjigcnt univtrfcL Quelqu'idée qu'ils s'en foient formés , il n'eft rien en fait de vertus , de dons , & de pouvoirs , qu'ils n'aient pu trouver en luL Les uns ont dit que c'étoit un Prophète ; d'autres , un homme profond dans la connoiflknce de la Nature & des Agens (pirituels ; d^autres , un Etre fupérieur ; d'autres enfin , une Divinité ; tous ont eu raifon , tous ont parlé conformément à la vérité; & toutes ces variétés ne viennent que des différentes manières dont les hommes fe font placés pour contempler le même objec Le tort qu'ont eu le premiers , c'eft de voulcnr rendre cxclufif & général le point de vue particulier qui fe préfentoit à eux ; les féconds , de ne pas fe proportionner à la foibleffe de leurs Difciples , & de vouloir leur faire admettre fans le concours de leur intelligence , les vérités les plus fécondes que rcfprit de Thomme puilTe embraffer.

Les différens degrés de Science & de volonté font donc les feules caufes de la diverfité des opinions qui régnent parmi les hommes fur ce grand objet ; car il en eft pour qui cet Azent iuiiverjel cft venu , d'aurrcs pour çui il vient , rfaurrcs pour c;ui non l-:iî!en:ent il n'eft pas venu , mais ménr.e pour ^ui il ne \-ient pas encore.

Les mêmes principes qui ont été expofés , nous aiderons à découvrir quelle a dû être Fepoque convenable à la manifeftarion de cet agent. Car sHl eft propofë par la Sagefle fupréme y pour la guë« ri (on des maux attachés à la fphere étrangère & ténébreufe que nous habitons ^ il ien a dû fuivre toutes les loix.

Selon Tordre phyfîqub , une maladie ne fe guérit qu'après que le remède a pénétré jufqu'aii fiege même de la vie , jufqu^aù centre de l'Etre ; ce qui fe voit avec évidence dans la plupart des dérangemens corporels ^ auxquels ou ne remédié parfaitement que par la purification du fang.

Mais le fang eft le centré des cotps animaux : t*eft leur principe corporel le plus intérieur ^ puifqu'étant environné des autres principes , il peut fe confîdérer comtne au centre de la circonférence animale , & que c'eft de là qu'il envoie les émana^ tions de fa propre vie aux lubdiviiions corporelles les plus extrêmes;

Il a donc 611u que ^ Agent univérfel y chargé du grand œuvre de la régénération de toutes les PuiffanceS y pénétrât les fubjlances les plus inrimes de tout Etre impur ; qu'il communiquât fes pouvoirs au centre même de toutes les chofes temporelles ; que poui^ cet effet , il parut aU niilieu du temps , comme au milieu de toutes les àâions deâ Etres émanes ; afin d^agîr plus effica-^

cernent & i la fois , fur le centre & fur la vîe âe toutes .les drconfcrences.

Si Ton defiroit de connoitre fu|: cette maniai fellation , une époque pofitive & dëtennîn^e , 3 feroit très - poflible de la découvrir en rafTem^ blant plufieurs notions ^parfes dans les Traditions des Hébreux. Il faudroit fe rappeller ce que leurs Ecritures nous apprennent de la loi temporelle f^naire qui a dirigé la produâion des chofes , & fur la Loi fainte & fepténaire qui en a fait le complément : il faudroit comprendre le fens de ce paffage qui annonce que mille ans fini comme un jour devant Dieu ; car ceux qui en ont fait ufàge dans leurs difcours , & ceux qui Font combattu , ne paroiflent pas l'avoir compris mieux les uns que les autres $ enfin il feudroit connoitre le rapport de toutes ces expreffions , foit avec le nombre ternaire & apparent des démens corporels , foit avec le nombre réel de l'unité de leur principe ; & l'on y verroit que les loix & les aâions fupérieures font aufE clairement défîgnées dans les nombres ou enveloppes intclleébelles des Etres , que les loix matérielles le font fur le corps

Mais comme il faudroit au Leâeur des notions très-détaillccs fur ces matières , il feroie inutile de lui en offrir des réfultats qui refleroient nuls pour fon inflniâion y jufqu'à ce qu'il s'en

fît qffuré luî-méme. Je me contenterai de le mener fur la voie, en lui parlant encore de ce nombre quaternaire dont nous avons montré cî- defTus les propriétés.

L'homme , a qui le nombre quaternaire convient particulièrement, étoit émané pour occuper le centre intermédiaire entre la Divinité & rUnivers. Par fa chute il a été précipité dans un© circonférence très-inférieure à celle qu'il occupoit précédemment ; mais fa nature n'ayant pas changé malgré fa dégradation , il a dû occuper le centre de cette nouvelle région , comme il avoit occupé celui de l'ancienne ^ & cela parce qu'à quelque degré d'infériorité que les Etres defcendent , leur caraâere fe conferve & (è manifefte.

Si l'homme dans fa chute a encore occupé un centre , il a donc toujours porté en lui fon nombre primitif quaternaire , quelqu'altération que ce nombre ait dû éprouver par l'oppofition d'une région qui lui eft fi contraire.

Si l'homme, confervant fon nombre quater-^ naire , occupe encore un centre dans le féjour même de la confufion qu'il habite , l'Agent unî- verfel , chargé de lui préfenter fon modèle , a dû le faire conformément à toutes ces loix ; c'eft-à- dire , qu'en paroiffant au centre des temps , il a dû imprimer le nombre quatern<dre jufques fur

içé Tableau

Fëpoquc de fa manifeftacion temporelle^ c*efî-J« dire , enfin , que le quaternaire des temps & le centre des temps ne font qu'une feule 6c même chofe.

• En çfFet , le quaternaire qui dirige néceflairement le grand œuvre , doit en diriger les (liites , comme U en a dirigé les différentes préparation^} car ce nombre qui tient à la fois à Texpiadon , & à la régénération ^ s'étend , ou fe reflerre en raifon de Tobjet que les Etres ont à remplir. Le premier homme marcha par quarante , pour obtenir la rémiffion de fa faute , & la réconciliation de ùl poftérité temporelle : Jacob marcha par quarante pour obtenir la réconciliation de fâ poflédt^ ^îritueile; le Libérateur des Hébremç marcha par quarante y pour obtenir la délivrance de fbn Peuple; le grand Régénérateur a préparé la réconciliation univerfelle par un quadruple cube iénaire , parce que le pivot , le centre , ôc le premier de tous les types , c'efl à lui feul que convenoit l'œuvre du milieu des temps , par laquelle il embrafToit les deux extrêmes , comme étant dépofitaire du complément de tous les nombres „.

Depuis fon avènement , ce nombre d'aâion quaternaire fe fimplifîe , & fe fimplifîera de plui en plus y en raifon des futures oppojîtions extrêmes pour lefquelles il faudra ^ue l'homme puiflè £e

régénérer

TigènireT en moins de temps que par le pa(K ; & cette progreflion ira en diminuant iufqu'à co que le quaternaire agiffc fi rapidement , fi inC- tantan^ment , qu'il fe confonde dans Punit(? d'oi il eft fortî : & c'eft alors que les chofes temporelles finiront , & que Tamour & la paix régneront dans le cœur des hommes de defir.

Si Ton réfléchit ,. au nombre Sabbatique oa Septénaire qui a complet^ Torigine des chofes ^ on reconnoîtra que ce même nombre doit ea compléter la durée, & que quatre étant lé centre des temps , eft aufli le centre de /ept ; mais, gardons^nous de nombres le cours temporel de la feptieme aâion^ comme celui des fix aâions qui la précèdent ;^ cette feptieme aâion ne tombant point exclufivement fur les corps , fe dérobe à nos calculs , & il feroit impoffible à l'homme d'en fixer te terme , parce qu'elle eft gouvernée par des nombres /upérieurs dont il ne fauro^t difpofer.

Il y a ici dé quoi exercer l'intelligence , maïs il y a audi de quoi la dédommager des efforts qui lui reftent à faire pour s'aflurer de Tâgo & de l'antiquité du monde ; & tout ce que je puis dire , c'eft que pour calculer ce point avec jufteffe ^ il faut prendre pour échelle Tannée ^Bfireftre,

lîx Tabieau

Pourquoi , me demandera-t-on , prendre pour échelle Tannée terreftre , plutôt que nos fours , nos femaines , nos mois , & même les révolutions d'une autre planète que la nôtre?/

C'eft que le temps étant l'expreffion des fix fir une aâions premières & conftitutives de la Nature , il falloit qu'il eût, dans Tes périodes & dans fes époques particulières , un rapport direâ avec elles ; il &lloit qu'il nous préfentàt des tableaux réduits^ mais complets & proportionnés avec le grand tableau de l'origine de l'Univers , de (à durée totale , & de fa deftruâion.

Or l'on (ait que l'année terreftre eft la pé- riode qui repréfènte avec le plus de jufteflè ces grands traits du pri|icipe des chofes , puifqu'elle nous montre dans ce court efpace , Timage de tout ce qui a été , de tout ce qui eft , & de tout ce qui fera: puifqu'elle eft la feule dont le cours renferme pouf nous la végétation , la produâioa & la deftruâion univerfelle ; ce qui eft la vraie répétition de toutes les chofes pafTées , préfentes & futures j enfin , puifqu'elle réunit tous les types , toutes les époques , foit matérielles^ foit imma* tcrielles ^ qui ont été accordées à l'intelligence de Thomme pour le faire renaître y & lui aider â for tir de fes abymes.

On fait , dis-je , que cette période eft la même que celle de toutes les révolutions terreftres ;

qu'elle

Naturez. iç3

qu'elle eft le vrai calcul de la terre , & que cette terre peint en aâion vivante dans fa période particulière tous les traits de la période générale. Il n'en faut pas davantage pour démontrer que Tannée terreftre eft le nombre fymbolique de la période iiniverfelle , & que comme telle , elle devient la bafe de tous nos calculs.

C*eft même là ce qui pouroît venger la terre du .mépris qu'ont afFedé pour elle des hommes îgnorans , qui ont voulu trouver dans foa peu d'étendue relativement à l'univers , des ■Dti& pour la dJdaigner. Si la terre ne tenoit pas de plus près qu'aucun autre Etre corporçl , aux loix & aux Principes premiers qui ont dirigé & produit toutes chofes , elle n'en porteroit pas aufli clairement qu'elle le ùxt y le nombre & tous les caraâeres.

y} UAKT à la révivification attachée à VaSc univerjely central & quaternaire , nous en avons des grâces indicatives dans les Traditions des H^- bret^fur l'origine de l*Univers ; elles nous enfeignent que le Soleil fut formé le quatrième jour y & qu'avant qu'il te fût , rien d'animé ani-< malement n^avoit la vie ; c'eft fon feu de réac* non qui concourut à faire fortir du fein de U terre & des eaux , tous les Etres corporels dont rUnivers matériel eft habité. N'étoit-ce pas nous annoncer par ce tableau , que fi l'homme devenoit criminel eft qu'il s'affujettît au temps , il ne pourroit recouvrer fa vraie lumière qu'à la quatrième, époque de la durée des chofes temporelles > N'étoitce pas fixer le nombre de cette lumière , & tracer la loi par laquelle elle s'eft dirigée y & fe dirigera éternellement.

C'eft pour cela que la Loi donnée au Peuple Hébreu ne portoit la punition des crimes que jufqu'à la quatrième génération ; or le Répara- ^ur univerfel en paroiffant au quatrième âge.

de l'Univers , fatisfaifoic pleinement à la Loi ; il pouvoir à cette époque confommer rexpiation univerfclle des prévarications de toute la fo&é" rit^ des hommes ; par confôquent op<$rer celle des fouillures & de Till^gitimité de fes propres ancêtres,, & celle de toutes les malédidions oh fon minidere pouvoir Texpofer de la part des hommes.

Toutefois , dois -je pr(?fenter la formation du Soleil au quatrième jour, comme un figne prophcftique d'un événement pr^vu alors , puifque félon plufieurs , le crime qui Pa occaflonné ne pouvoir fe prt^voir , fans que l'Auteur des chofes ne fit le pour & le contre , & ne participât à l'erreur de fa créature ? Ne dois-je pas plutôt préfenter cette forn;iation du foleil au quatrième jour y comme une (impie confirmation de l'aAion univerfclle du nombre quaternaire , qui devoit être complette avant que l'homme coupable & téné- breux pAt recouvrer la vie de fon Etre intellectuel , ainfi que les animaux demeurèrent dans l'inertie , & pour ainfi dire dans le néant jufqu'au moment oii le Soleil élémentaire vint.donner l'elfor à l'aâion qui leur étoit propre ?

Il eft confiant que fi Ton a fait tant d'erreurf fur la prefcience Divine , c'efl que ceux qui dif^ putent fur ces objets y confondent deux ordres de

chofes

chofes tr^dsffi^reaccs ; Pordre vifiUe des chotcs comrpciUes ou nous ▼nrons ; & Vixàrc des chofis incom^xible», qni àok celui de notre vraie iuh fore.

A dc£nt de £dre cette imporrante diftiiiâioo , 3s impotent i la Saeede (upréme un concoois sniv'eciei avec nos cravres , qu'elle a péat--toe poor quelques-uns de noos dans notre état aâod, où noos faniaies liés aox aâions variées des Etres non Kbres ^ mais qu'on ne fàuroit lui imputer dans Jiotre état primidf, (ans l'injurier & iàns dâiacorcr toutes (es Loix.

Ne nous arrêtons pas plus long-temps 1 cette qucflion ; elle eft au nombre de celles qui font inuoles te dangereufes à traiter par le rai(Qnnement fjparé de Va3ion. Nous devons agir pour obtenir des bafes de méditation , & tion pas mé- diter avant d'avoir obtenu ces ba(ès. Sans cela chacun erre dans le vuide , & dans l'efpace téné- breux ; chacun faifit un fens particulier que par ignorance & par Icgéreté il veut généralifer ; tout s'obfcurcit , parce que tout fc divife j tout s'anéanrit , parce que l'homme réduit a lui-même ^ épuife fes forces , & ne reçoit rien pour les renouveller ; & voilà d'où font provenus les Schif^ mes ^ les Seâes y c'eft-à-dire y le néant ; enfin , une des grandes fciences , eft de favoir s'arrêter i

propos

Bornons-

Bomons-ooiB donc i r.'ocK\no:tt« ^pe TAgcat oriï-eri! pinoi^nt au nù^ku des î«mps a eM tpr^nc <juarerîiaire , & donnant 1 Thomme U rra!e r.aâicn dcnr U avoir be!cm y Ta mis i portée de te«ntier dans fi>n andea domaine , At d'en parcourir toutes les patries : car ti k corps de Thomme lui prJlcnte deux diamètres y f\ par-U ^ ce corps eft un figne p^rirtabîe de U mefure unn rerfelie , Ion Etre intelleâuel tenant au Principe infini , eft à plus forte raifbn revêtu d^un ligne quaternaire parridf ant de finfîni , & avec lequel 3 peut me^rer 1 jamais tous les Etres.

Mais les deux diamètres corporels de Thomme (ont y pour ainfî dire , confondus , infenfibles y dé* figurés y & fans aâion dans le fein de la femme » jufqu'au moment oii parvenant à la lumière élé* mentaire , il lui eft permis de les déployer ; c'eft donc nous indiquer que la mefure quater-* naire de Thonime intelleâuel étoit refterréc , &: comme nulle depuis qu'il avoir commis le dé-* ibrdre ; & qu'elle ne pouvoir s'étendre & fe dé^ velopper qu'à l'époque de la grande lumière , à cette époque où les vertus de T Unité fe font elles^ mêmes fenjibiliféts , afin de couler dans les qua« tre canaux qui forment le caraâere hiéroglyphique de l'homme.

Cette époque rend donc i Phomme les moyens poficifs d'exercer à foa tour la même

réaâioa

r^aâioh fur tout ce qui e(l encore obfcur & caciil pour lui ; & il n^ a plus rien dans lesloix & dans la nature des Etres y qui doive pouvoir fe refiifer à ion empire^ puifque tous les Etres finit eux-mêmes des fubdivifions de la mefure univer-» feUe, & qu'ils tiennent tous partiellement au grand quaternaire^

Mais pour que ce développement univerfel

produisît de femblables effets , il a d s'opérer

au milieu du temp^ univerfel , & au milieu du

temps particulier qui en eft la répétition abrégée ^

ic qui divife par quatre le cours de la Lune ;

TAgent chargé ^ de cette œuvre a dû la complet

ter y non feulement entre la nouvelle &: la pleine

Lune y mais encore au milieu d'une période!

iepténaire de jours fous-multiple de la période

lunaire j enfin y c'efl à la fois au centre d'une fe-

maine , au centre du mois périodique de la Lune ^

& au èçntre du cours univerfel de la Nature , que

cet Agent a dû divulguer aux hommes la Loi (ecrete

voilée pour eux depuis leur exil dans ce féjour d'ex-

piarion , afin qu'en agiffant virtuellement dans ces

trois centres , il ouvrît pour ainfî dire le paffage

aux vertus des trois facultés fuprémes , qui feules

pouvoient revivifier les trois organes intelleâuels dé

l'homme , & rendre Vouie , & la parole à toute fà

poflérité.

C'cô

C'ed à cette triple époque qu'il a dû entrer dans ïe Saint des Saints , s'y revêtir de cet Ephod , do cette Robe de lin , de ce PeSoral, de cette Tiare dont les Grands- Prêtres des Hébreux faifoient ufage dans leurs fondions facerdotales ^ & qui n'étoiént pour eux que le fymbole des vrais vitemens dont le Régénérateur devoit couvrir un jour la nudité de la poftérité humaine.

Là , il a dû développer la Science aux yeux de ceux qu'il s'étoit choifîs ; il a dû rétablir devanc eux y les mots qui s'étoient effacés dans cet ancien Livre confié autrefois à l'homme , & que cet homme avoit défigurés ; il a dû même leur don-* ner un nouveau Livre plus étendu que le premier , afin que par-là ceux à qui il feroit tranfmis , puffênt connoître & diflîper les maux & les ténèbres dont la poftérité de l'homme étoit environnée 5 & qu'ils apprifTent encore à les prévenir , & à fe rendre invulnérables.

Là, il a dû préparer cet antique parfum dont il eft parlé dans l'Exode , compofé de quatre aromates d^égal poids , & que les Prêtres des Hébreux ne pouvoient employer qu'aux ufages du Temple , fous les dcfenfes les plus rigoureufes ; il a dû en remplir Vencenfoir facré , & après avoir parfumé toutes les régions du Temple , il a dii convaincre fes Elus , qu'ils ne pouvoient rien fans ce parfum.

Enfin

Enfin , (on œuvre eut été inutile pour eux ^ s^il

ne les eût pas initiés à fes connoiflances , en leur enfeignanç à cueillir eux-mêmes ces quatre pré"* deux aromates , i en compofir à leur coht ce même parfum incorruptible , & à en extraire ces exhalaijons pures qui par leur vivante (alubrité font defUnées depuis Torigine du détordre à contenir la corruption , & à aflàinir tout l'Univers,

Car l'Univers eft comme un grand feu allumé depuis le commencement des chofes pour la purification de tous tes Etres corrompus. Suivant la loi des feux terreflres , il a commencé par Ârre couvert de fumée ; enfuite la flamme s'efl développée , & doit continuer infenflblement à confumer toutes les fubftances matérielles & impures , afin de reprendre fa première blancheur y & de rendre à ces Etres leurs couleurs primitives.

C'eft pour cela que dans l'ordre élémentaire , lorfque la flamme a percé , lorfqu elle efl montée au deflus des matières cômbuflibles , elle en pourfuit la diflblution jufqu'à leur deflruâion totale ; c*eft pour cela qu'à mefiire qu'elle a attiré vers elle tous leurs Principes de vie , qu'elle les a dégagés & unis à fa propre eflence , elle s'^- leve avec eux dans les aîrs , & leur rend cette exiftence libre & aâive dont ils ne jouiflbient pas dans les corps.

Le Chef Univerfel de tous les Inftituteurs

fpirituels

(piricuels du culte pur & facrë , a dA coitnme eux retracer fur la terre ce qui fe paffe dans la claflfe fupérieure ; & cela conformément à cette grande vérité , que tout ce qiû eft fenfible n'eft que la repréfentatiôn de ce qui ne l'eft pas , & que toute aâion qui fe manifefle ^ eft Texpreflion des propriétés du Principe caché auquel elle appartient. L'Elu Univerfel doit môme avoir accompli cette Loi d'une manière plus éminente que ne Tavoienc fait tous les Âgens dont il venoit compléter Tœu-^ vre , puifque ceux-ci n'avoient montré fur la terre que le culte de juftice & de rigueur , & qu'il venoic lui-même y apporter le culte de gloire , de lumière 6c de miféricorde.

Ainfi dans tous Tes aâes , & dans le culte qu'il a exercé , il a dû démontrer tout ce qui s'opère dans l'ordre inviflble. Du haut de fon trône , la Sagefle Divine ne cefle de créer les moyens de notre réhabilitation : ici-bas le Régénérateur univerfel n'a pas dû ceffer de coopérer au foulagemenc corporel & fpirituel des hommes , en leur tranfmet^ tant les difFérens dons relatifs à leur propre préfer-^ vation , &:à celle de leurs (èmblables , en leur appre* nant à éloigner d'eux les pièges qui les environnent , & à fe remplir de la vérité.

Du haut de fon trône , la SagefTe Divine ne

ceiTe de tempérer le mal que nous commettons ,

& d'abforber nos iniquités dans l'immeofité de

fnâacQZ ; ifitm£k il leamiKMflê que Pôl^ct is ThcmKOC îcBK b cène doic être d^employer tons les ésmo Se toute Tiâion de ton EaCf i raréfier aotane ^aiH lepeor ^ ks milieux qui font cotre lui & le ymî SoUilf afin qoe Foppofition &ant comme nulle , le paflâge ibic libre , & que les rayons de la hmiere arment jofqa'i loi (ans r^aSion.

On doit TÂr qoe rboaune Itn-méme , quoique îhpxi de cette Sageflê dans laquelle 3 a puife la Tse y ne Teft que relativement i lui ^ & nullement pour la fupréme IntelUgeoce ^ qui embrafïànt l'uni* verlâfité des Etres , & leur donnant feule Texif* cence , démontre Fimpolfibilité qu'un Etre exifte , jSc lui foit inconnu.

Mais dôs que , malgré nos fouillures & notre dégradation y nous ne pouvons jamais nous fouf^ traire à la vue intime y entière & abfolue du grand Principe , peut-être , feroit-il moins éloigné de la nôtre que nous ne le penfons , fi pour nous appercevoir de fa préfence , nous fuivions des voies plus vraies & moins obfcures ; peut-être tous les obftacles feroient - ils nuls & in(èn(ibles , fi nous, employfons y pour rétablir nos rapports avec lui ^ tous les efforts que nous mettons â les détruire.

Si de tek rapports font le prirîl^e des Tmf^

fantc$purts ^ quHl plaît à la SagdTe de &ire corn

V muniquer

munîquer jufqu'à nous , c'eft que ces Puiffknces , ne les altérant point comme nous par une marche déréglée , lui relient unies par leur volonté , comme elles le (ont par leur eflènce ^ & confervent atnfi l'unité de toutes leurs facultés ^ & de toutes leurs correfpondances avec lui. '

Nous devons donc convenir que toutes les manifefiations fupérieures y dont nous Tentons la néceflité pour nous retracer les droits de notre première Nature , ne préfentent de réparation que relativement à nous qui fommes reflferrés dans des bornes étroites , & qui par la foibleffe de nos yeux , ne pouvons voir, qu'une partie du tableau y tandis que celui qui le tient dans fa main f le vivifie y le contemple & le voit toujours dans Ton entier.

, Ainfi tout eft lié pour Dieu , tout fe tient ^ tout exifte enfemble ; toutes les vertus , foît inhérentes ii lui , foit émanées de lui , font vues Se animées par lui ; tous les Etres qu'il a choii^s , tous les hommes qu'il a (ait naître , enfin tous les reflbrts qu'il a employés depuis l'origine des chofes , & qu'il emploiera jufqu'à leur (in , & dans * fa propre éternité 9 (ont toujours préfens devant lui : autrement fon oeuvre feroit périf^ fable ; il ne produiroit que des Etres mortels : & quelque chefe pourroit être foufirait à foft univerfalité.

(L3; Noua

i66 Tableau

NoQs devons répéter auffi , que la volonté fauflê de l'Etre libre eft la feule caufe qui puifle l'exclure de l'harmonie univerfelle de V Unité , puifqu'il dent toujours â cette Unité par fa Nature : d'où il réfuice que , fi tâchant d'imiter les Piùjfances pures , qui manifeftent devant lui lés vertus Divines , fa volonté s'uniflbit à la volonté du grand Principe y il aurcnt comme elles la jouiffance de tous fes rapports aveo ce Principe! .

Il lui reflembleroit par Findedruâibilité de Ion Etre , fondée fur la loi de (on émanation ; il (eroit compris dans Tharmonie de toutes les facultés divines ; & parmi toutes les vertus que la SagefTe lui &it manifefter y il n'y en auroit point qui ne loi fût connue & dont il ne pût jouir , autrement il ne con« noîtroit pas leur unité.

Car , l'amour du bonheur des Etres étant fpé- cialement de reffence de la Sageffe , quand elle fait . parvenir jufqu'à nous , des puiflances fubdivifées , & ]a fîenne même , (on objet n'efl que de nous ramener à cette unité harmonique , dans laquelle feule tous les Etres peuvent jouir de la plénitude de leur adion.

Elle n'a donc femé pour ainfi dire , toutes ces vertus autour de nous , qu'afin de nous porter à les recueillir , à les raflembler , & à en faire notre aliment journalier ; en un mot , à en corn-

ppfer nQus-mêmçs une unité , en rapprochant

les temps & les diftances qui les tiennent ^loign^es > & en écartant d'elles tous les obftacles & tous les Toiles qui les couvrent à nos yeux ^ & nous empêchent de les appercevoir^

Aînfî toutes ces vertus^ Divines , ordonnées par le- ^' grand Principe , pour coopérer à la réhabilitation des hommes y exiflent toujours autour de nous , près de nous , (& ne fbrtent jamais de Tenceinte où nous fbmmes renfermes ; comme les produâion^ de la Nature élémentaire environnent continuellement nos corps ^ & jfont toujours prêtes à nou^ communiquer leurs propriétés falutaires y à nous guérir de nos maladies y & mâme à nous en pré* ferver ^ fi nos vues faufles , & contraires à cette Nature y ne nous éloignoient pas fîr fouvent de 1% connoifTance de fes tréfors^ & des^its qu'elle pour-» roit nous procurer,

Ainfi y fans les obftacles que nous oppofons nous-» mêmes aux aâions bienfaifantes du grand Principe , il n'y auroitpas une de ces vertus , que nous ne puif* fions cueillir & nous approprier , fi l'on, peut ainfî s'exprimer ^ comme nous pourrions nous appropries toutes les.y^rr^j des liibftances falubres de là Natura éléqientaire

Ainfi , fans la dépravation ou. la foibleflè do notre volonté , nous ne ferions féparés qu'en apjg<^rence. | de tous c^ Etres y de tous ces Agensi

i6S Tablsait

falutûres , dont les bien&its (ont confacr^ dans les différentes Traditions ; & nous ferions prés d'eux en x&lité.

Toutes les œuvres de ce grand Principe nous feroient préfentes y & depuis le commencement des temps ju(qu'à nous , aucun Etre ^ aucun nom , aucune puiflfance y aucun &it y aucun Agent ne nous demeureroit inconnu : de &çon que ces Elus qui ont opéré fur la terre cette fuite de faits tranfmis |ufqu'â nous par les Traditiotfs des Peuples y que toutes leurs lumières y leurs connoiflances y leurs noms y leur intelligence , leurs aâions ne fo^mero4ent pour nous qu'un feuL tableau , qu'un feul point de vue y qu'un (èul enfemble y dont tous les détails feroient defiinés à notre inftruâion & fournis à notre ufage. Ce qui démontre combien les Livres feroient înuriles , fi nous étions sages ; car les Livres ne font que des recueils de penfées y & nous vivons au milieu des penfées.

En effet , fi tout eft eflentiellement Hé , inféparable , indivifible , comme provenant de Teflence Divine ; fi toutes les vertus qui émanent du grand Principe , font toujours unies & dans une parfaite & intime correfpondance y il eft évident que l'homme ne pouvant anéantir ni changer fa propre nature , qui le lie néceflaire» ment à l'unité univerfelle y efi fans ceffe au

miliea

milieu de toutes les vertus Divines envoyées dans le temps ; qu'il en eft environné ; qu'il ne peut faire un pas , un mouvement , fans communiquer avec elles ; qu*il ne peut agir , penfer , parler dans la folitade la plus profonde , fans les avoir pour témoins , fans en être vu , entendu , touché ; & que s'il n'y avoit entr'elles & lui , le fruit de fa volonté lâche & corrompue , il les connoîtroit auffi intimement qu'elles le connoiffent , il auroit fur elles , les mêmes droits qu'elles ont fur lui ; & ce n'eft point aller trop loin que d'aflurer qu'il pourroit étendre fes privilèges jufqu'à connoître vîfiblement Fohi , Moïfe , le Régénérateur univerfel luimême , puifque ce privilège embrafle généralement tous les Etres qui depuis le commencement des temps ont été appelles fur la terre.

Quelle raifon pourroît même nous empêcher de croire que fans notre volonté corrompue , nous aurions de pareils droits (lir les grands faits & fur les grandes aflîons à venir ? Si notre nature nous appelle à partager les propriétés de Yunitef , ne devons-nous pas y comme elle , embrafler tous les espaces , tous les temps , puifque nous fommes , comme elle , au defliis de tout ce qui eft paffager & temporel ?

Oui y s'il eft vrai que dans notre eflence nous Ibyions liés à Vanité d'une manière inféparable ,

tious

tjo Ta BLE Air

nous devons Tétre dans cous les* faits qui lui (bne propres y dans ceux qui ont exi&é avant les temps , dans ceux qui ont exiflé depuis le commencement des temps y dans ceux qui exifieront jufqu'â la fia des temps y dans ceuxmême qui auront lieu après la diflblution & la difparition des chofes apparentes & composes/ Car nous ne tiendrions plu^ â Vanité y fi nos droits n'étoient que partiels y £c que nous ne puffions pas^ contempler dans leuc enfemble tous les détails du fpeâacle de ^im•i^ menfité.

Nous voyons par-là combien fe fimpHfîe Vidét ^u^on a des Prophètes : leur gloire y leurs lumières devroient être celles de tous les hommes : cous les hommes font des Prophètes par leur nature ; c'eft leur foiblefle & leur dépravation qui les empêchent d*en manifefter les privilèges.

L'étymologie de ce nom en eft la preuve^ Les Hébreux l'exprimoient par le mot Koëh ^ participe du verbe Raah y il a vu. Aufli nom* moient*ils leurs Prophètes , des Voyans. Aufli ^eut-on faire defcendre de-là les droits & les vertus des Rois , à qui, félon la vraie fignification y devroit appartenir principalement la^ qualité de Voyant. Aufli le premier Roi d'Ifraël reçut-il fes titres & fbn autorité , du Voyant Samuel ; parce qu'alors les Che& temporels dest

Hébreti^

Hébreux ^toîent des Foyans , comme l'homme Vétoit dans Ton premier état ^ & comme toute fa poflérité auroit dû Têtre.

Enfin les deux mondes font remplis de tréfors n& ou à naître , qui fe manîfeflent au gré de Thomme quand il cft fage ; car il y a un Séminal univerfel dans Tun & dans Tautre ; ce Séminal eft fans borne , fans nombre y fans fin ; il n'attend pour produire & pour fe montrer qu'un choc ou une raifbn convenable , & cette raîfon eft la pureté des defirs de l'homme. Peut-il donc fe plaindre de fon ignorance 9 peut-il avoir des maux & des peines , puifqu'à tout inftant il a le pouvoir de s'inftruire , ou de prier efficacement fon Dieu.

Au furplus ceux qui ne voudroient pas croire à leur ame y parce qu'on ne leur montreroit pas dans la leur tout ce qu'on leur dit devoir y être ^ annonceroient par-là bien peu d'intelligence. En effet , la leur montrer , dans l'état de ténèbres où ils l'enfevelillènt , ce ne feroit pas la leur montrer. Mais avant d'aflurer que toutes les merveilles qne nous lui attribuons , ne s'y trouvent pas , il faudroit qu'ils euflent Êiit quelques efforts pour les y chercher : & peut-être ces efforts les y auroient-ils fait naître j peut - être reconnoitroienc - ils qu'il ne leur feroit pas fi difficile qu'ils le penfent de fe rendre heureux , & que s'ils vouloient l'être ^ ils n'auroienc qu'à parler.

XL (e préfènte ici une quefUon importante ; (avcrir , quels font les moyens fenfibles que l'Agent univerfd a dû employer pour préfenter vifiblement l'unité de fes vertus à l'Univers , au milieu des temps & ap centre de toutes les immenfîtés temporelles univerfelles & particulières.

Mais je dirai peu de chofe fur cet objet ; car on n'a pas oublie qu'aucune vertu fupérieare y qu'aucune penfée ne vient auprès de l'homme fans fe coih denfer y pour aînfi dire , & s'unir aux couleurs fenfibles de la région que . nous habitons ; obfervant toutefois qu'elles fuivent les Loix tcrreftres fans en être commandées , qu'elles les dirigent & les perfeâionnent , au lieu d'être liées & reflèrrées par leurs adions paffives.

On n'a point oublié non plus quelle eft la dignité de la forme de l'homme ; ainfi il fufBt de favoir que cet Agent unîverfel a dû fuivre la loi commune â tous les Agens qui fe font manifeftés ; ajoutons cependant que de même que par fà Nature Divine il a raffemblé en lui les vertui

iûtelleôuelles

JNatvrsz. 17I

întelleduelles de tous les Agens qui Pavoîent pr^ cédé y de même fa forme corporelle a dû renfermer toutes les vertus (ubdivifées & contenues dans tous les corps de l'Univers.

Ajoutons encore que s'il eft vrai , félon Touvrage déjà cité y que le premier homme tèrreftre n'ait point eu de mère , puis qu'avant ce premier homme tèrreftre , nul corps humab matériel n'avoit exifté j il falloir que celui qui pouvoit feu! rendre la Itir miere à fa poftérité y n'eût point de père j & cela ne furprendra pas y fi l'on pénètre dans la connoif* fance du Principe qui forma primitivement ces corps. '

Enfin le premier homme ayant placé le mal à Coté du bien y il fallait que l'Etre régénérateur plaçât le bien à côté du mal , afin de balancer le poids * & l'aâion du crime > & de compléter les termes de la proportion.

Or la matière à laquelle l'homme s'efl uni criminellement y n'eft - elle pas la fource de l'erreur & des pâtimens qu'il éprouve ? ne le tientelle pas comme enchaîné parmi des fubftances qui lui préfentent dans l'ordre fenfible , tous les fignes de la réalité , tandis qu'elles n'en ont aucune pour (on Etre penfant ? Le Régénérateur «niverfel , en s'unifTant volontairement & purement â une forme fenfible , doit donc avoir ùk le type oppofé ; c'eft-à-dire qu'il a du pré^

fcnter

fenter aux yeux de la matière ^ tous les indices ^6 ta àékOuofité y de la fiagilîté dont elle eft fufcepdble y fans qu'aucune des fources de cette corruption ait pu atteindre jufqu'à lui. En un mot , fî la matière avoit charmé l'homme , & avoit fubjugue les yeux de (bn efprit , il falloit que le Régénérateur univerfel charmât la matière , & qu'il en démontrât le néant , en fcdfant régner devant elle le vrai , le pur y Vimmuable.

Aînfi il ne s'eft moiitré fur la terre y" conformé^ ment à ces loix , que pour peindre à l'homme fa propre fituation y & pour lui tracer l'hiftoire entière de fon Etre; c'eft- à-dire, que fi le Régénérateur a dû présenter à l'homme le tableau de (bn état mixte & dégradé , il doit aufli lui avoir manifefté celui de fon état fimple & glorieux ; & pour cet effet il &ut que la mort ait opéré en lui y devant les hommes y une féparatioh vifible des deux fubftances qui nous compofent y afin que par cette jrifible analyfc y nous ne puflions douter que ce qui forme aujourd'hui cet impur amalgame y eft l'union d'un Principe fupérîeur & fublime , à un Principe terreftre & corruptible.

Ci En un mot , il falloit que Hiiéroglyphe s'efFa- çàt pour que la langue parût : car nous avons vtt que Thiéroglyphe a été antérieur aux langues ; & c'eft ce qm pourroit faire dire, que tous les

Elus

Ëlds pr^c^dens î\*étoicnt que de$ lu^roglyphes donc TElu univerfel étxnt la langue. Oefk pour cela qu'il avoir deux alphabets , puifqu'il feUoic qu'il (uc deux langues ; celle des Elus ,precédens; êc la fienne* Les nombres de ces deux alphabets font £iciles â connoitre , puifqu'ils font le double du nom^^ ire de l'homme : & le nombre de l'homme fe trouve à la fois pour fon ëleâion y pour fon tenne , & pour fon progris dans cent quarante-^cinq mille huit cent foixante-fepL w

Il falloit en même temps que cette fépara-^ don vifible s'opérât par un moyen violent , pour rappeller à l'homme que ce fut un moyen violent qui unit autrefois fon Etre intelleâuel avec le

Il falloit de plus que cette féparatîon fût volon»» taire , puifque la première union l'avoit été.

H ne falloit pas cependant que la Viâime volontaire s'immol&t elle - même ; puifqu'alors elle n*eûc plus été irréprochable , & le facrifîce eût été fani tfet

Il Moit au(fi que ceux qui immoloient cette Viedme , ne la connufTent point pour ce qu'elle étoit ^ parce qu'ils ne l'auroient pas immolée.

Recueillons-nous ici ^ contemplons l'univerfalité des vertus Divines oppofées i l'ijniverfalité Às$ défordres qui avoient fouillé toutes les daP

fibs des Etres ; confidérons l'unité 4es biens effaçaût Tunitë des maux y en liipportanc & annullant à k fois cous leurs efiôrcs : enfonçons-nous dans ce( abyme de fagefle & d'amour , où la FiSime gën^ reufe fc facrific elle-même {ans crime ^ & où les aveugles facrificateurs , en détruifant fbn enveloppe apparence , metcenc à découvert l'unique modèle de l'ordre & de la pureté , & extraient , fans le (avoir , un éU3re univerfeL

Car les bienfaits dont cet Agent èft Torgane & le dépofîtaire , n'ont dû fe borner ni au^ lieux où il a paru , ni aux hommes qu'il s'étoit choifîs , ni même à cous ceux qui exiftoient alors fur la cerre : en communiquant fes dons à fes Elus , il ne leur avoit donné que le germe de l'œuvre , il déviait enfuite le développer, & l'opérer en grand dans coûtes les régions que les fuites du crime avoient atreintes , c'eft-à-dire , dans toutes les claflès des Etres , puifqu'il n*y en avoit aucune qui n'en eût été ébranlée,

Ainii les corps & les Elémens y expofés par la foiblefle & par le crime de Phomme ^ à la con- Cr'aâion , qui cend fans cefTe à déranger leurs loix , onc dû recevoir par celui qui venoic couc régénérer , des préfervatïft propres à les conferver dans l'harmonie qui les cohflitue , & à éloigner |es aâions deftruâives. Enfin ils ont dû être pré- parés par '- là , à voir rendre encore fur eux les

droits

dfoics de rhoihitie & plus puiflfàns As plus ma*^ 4iifeftes. Et fi le ffer étMt fhainténu dans la direction propre à TaimahC , peut acquérir une partie des qualités magnétiques , devrions - nous être fur* pris que des tiorhmes qui auraient fuivi conflam-^ ment le fentier de vertus de l'Agent univerfel , fe fuflent remplis de céis tiiêmes Vertus , & que brûlant de zele & de Confiance y ils eùflent cal-* mé les vents & les flots , arrêté Teffet du venin des vipères , rendu l'aâion aux paralytiques ^ guéri les maladies y & même arraché des viâimed à la mort.

Cette influence unîverielle fur la terre & fur leâ élémens a dû nous étire riiarquée par quelques figne^ (ènGbles , de la part de celui qui venoit la régé'^ Itérer : comme lors de la fortie d'Egypte , parurent viflblement les indices d'un fecours & d'une Vertu ftipérienre i par ce fang appliqué fur les trois difFéretites parties dé^ portés dés Hébreut

Or les fignes de rœuvfe que le Régénérateur opéroit ihvifiblemeiit fur FUnivers , ont dû fd trouver dans les loix de la décompofirion de foA propre corps > puîlqûe fon corps renfermoît leâ Principes les plus purs èc les plus aâi& de la Nature. '

Il a dû mahifefter trois aâes fucceflifs de pu-

rif}carion , opérés par les trois fubftances pures

de fa forme matérielle en diflbiution fur les trois*»

IL Partie. ( M ) éjémeni

démens terreffres qui ont leryi de pnndpes i tom les corps ; élémem que le crime avoir infèâés , & par eux route la nature : éUmens qui avoienr été lbuiU& de nouveau par les prévaricarions des premières pofiéritcs de rhomme , & dont les Elus ^récédcos y qudques virtuels qu'ils fuflènc , n'avoient pu compléter la purification.

En effet , Tunité ternaire qui avoir tout produit , sic pouvoit tout rétablir que par le même nombre : mais avec cette , différence , qu'agifTant alors fur les chofes compofées , elle ne pouvoir procéder que par des adions diftinâes ; au Heu que dans l'origine , opérant fur les Principes mêmes , elle avoit tout produit dans un feul ùàt.

Après avoir régénéré les trois bafes fonda mern» taies de la Nature y il falloit réginérer les vertus qui lui fervent de mobile & de réaâion : il ù\^ loit rendre â tous ces mobiles invifîbles , l'aôivité qu'ils avoient perdue par la criminelle négligence de l'homme y qui , chargé de préfider à leur harmonie , en avoit laifle altérer la pureté & la juftelle ; ou plutôt il falloit détruire tous les obf- . tacles que le crime de l'homme avoit laifTé naître près de ces mobiles y dans toutes les parries de l'Univers. Ce font - là ces barrières terribles que toute fa poftérité doit franchir avant de rentrer daQs le féjour dç la lumière i ce font-là

tes dîfF&entes fufpenfions qui fe pr^fentctit à la penfée comme ihévitables pour l'homme , après qu'il fera fépar^ de fa forme fenfîble.

C'eft donc fur ces barrières învîfibles que le Réparateur à dû étendre fes vertus. Par le droîc dont il etoit d^pofitaire , il a pu en faciliter telle« ment l'accès , que tous ceux qui y ^toîent arrêtes depuis l'origine du d^fordre , & tous ceux qui n'en avoient point encore approcha , fe fortifiant de ces mêmes vertus , puiffent aujourd'hui furmonter ces obftacles fans p^ril , comme portant de nouveau fur eux le même caraclere , & le même nom qui devoit autrefois leur feire ouvrir toutes les enceintes , & leur procurer , au milieu des plus terribles malfaiteurs , le refpeâ & la f^curitë.

Les vertus de ces mobiles fup^rieurs (ont retracées & mifes fenfîblement en adion par les fept Affres Planétaires. Ce font elles dont il * cft quefUon y dans l'ouvrage déjà cité , fous l'allégorie des fept arbres , & de l'échelle géographique de l'homme. Elles font les organes du nombre quaternaire y dont la force & Texiftence (bnc démontrées par les quatre efpeces d'aftres qui compofent la région célefte ^ (avoir les Planètes , les Satellites , les Comètes , & les Etoiles fixes ,v

^^ Comme telles , elles font du plus grand prix pour l'homme. Ce font-là en efiec ces colonnes

t8o Table A ir

puif&ntes qm dévoient lui fervir de retDpatt ^ te qui ont été pour lui Tobilacle le plus redou* table y jnfqu'â ce qu'une main bienËdfante fok venue l'aider à le vaincre. Ce fonc-Ià les sepc portes de la fcience , qui ne peuvent être ouver* tes que par celui qui poflede la double clef quaternaire. Ce font-là les fepts dons qui depuis le crime ont été retirés aux liommes , & qui néanmoins circulant fans celfe autour dé nous, fans que nous en jouiflions > ont fait dire que le Julie même péchoit fept fois par )our , félon la vraie définition dq, mot Péché ; c'eft par ce nombre que les murs de Jéricho furent renverfés ; c'cfl par ce nombre que fut guérie la lepre de Naaman. Ce font enfin les fispt types de ces fept actions que les Traditions hébraïques nous repré- fentent comme ayant dirigé & complété l'origine des chofes ; & comme devant , pendant leur durée , fervir des colonnes au Temple que l'homme auroit dû occuper dans FUnivers.

^* Car , depuis le crime , ces fept Types demeuroient comme fans aâion , attendant celui qui devoit les ranimer. Dès qu'il a paru ^ ils ont repris la vie ; & fe reproduifant dans leurs propres vertus , comme Dieu même , ils ont dcs-lors manifefté leur aâe fenfible, La première puîflancc de cette manifeftation étant dcfîgnée par le

nombre

Naturel. i8i

i)ombre quarante-neuf » c'ëtoic fèpt fetnames ou quarante - neuf jours après la confommation de l'œuvre que ces dons vifibles dévoient fe répandre ; parce que c'^toît alors que de voit s'ouvrir cette cinquantième porte de laquelle tous les efclaves attendoient leur délivrance y & qui fe rouvrira de nouveau à ta fin des temps pour ceux qui , félon Daniel , auront le bonheur d'attendre , & de parvenir julqu'à treiie cent trente-cinq jours, y y

N'ëtoît - il pas également n&eflaire que celur qui devoir verïèr ces dons fur la terre , parcourût Tefpace qui îa fépare du premier Auteur des Etres ; qu'après avoir purifia les fept canaux ^ par lelquels toutes les vertus doivent couler dans le temps , il allât prendre fur V Autel d*or le pain de propofition qui eft fans <jcelïe plac^ devant PEternel , & qui le transportant dans toutes les ré- gions de l'Univers , il le diflrîbuât non feulement aux hommes qui depuis le commencement des fiecles avoient traverfi^ l'habitation terreftre que nous occupons y mais à ceuxmêmes qui exiftoient corporellement fur ce théâtre d'expiation , attendu qu'ils étoient tous encore dans là difette de leur véritable nourriture.

D'ailleurs ^ nous ne pouvons nous difpenfer de convenir que c'eft par une parole que ce grand. a^fte dévoie fe produire ^ puifque fi nous n'avons.

lîi 'Tableau

pas d'autre inftrument pour manifefter nos îd^ , il r^fulte que TEtre principe dont nous (bmmes le figne & la repréfentation , ne pouvoit également nous apprendre que par la parole y les deffeins (acres qu'il avoit eu fur nous dés Tinfiant de notre exiftence ^ & que Phonune avoic méprifes ; par confêquent s'il devoit nous manifeder au milieu des temps une unité de parole , il devoit donc nous manifefter de nouveau la profondeur de toutes fes penfées y & nous mettre à portée de recouvrer le fecret même de fa fagefTe de toutes fes vertus.

Or voici quelle eft la progreffion de la manifeftadon de fes puiflances, L'Univers matériel cft l'expreflîon de fa parole phyfique ; les Loix & les trcfors de la première Alliance de VEtre principe avec la ppftérité de l'homme font TexprefTion de fa parole, fpirituelle ; le grand œuvre opér^ par la féconde Alliance eft l'expreffion de fà parole divine.

Il paroîtroit en même temps néceflaire que ce grand œJvre fe couronnât fur la terre par la multiplication des langues.

Les premières poftérités de l'homme , en s'abandonnant à des excès criminels envers la vé- rité , avoient fubi pour leur punition cette terrible confufion des langues , qui avoit rendu

tous

tout les individus & tous les Peuples y (étrangers les uns aux autres.

Les remèdes de la Sagefle fupréme fe pro* portionnant toujours à nos maux , dévoient donc prendra la voie la plus &vorable pour nous , qui étoit de multiplier les dom des langues dans ceux qu'elle chargeroit d'annoncer ces vertus & de les manifefter fur la terre.

Car au moyen de cette multiplication des lan* gués j ils devroient (e trouver â portée de faire parvenir les remèdes par -tout où le mal auroit gagné y Se de rappeller à Tunion , à l'intelligence & à la vie , tous ceux que le crime auroit li« vrés à la difperfion y aux tt-nebres & à la mort i c'eft-à-dire ^ qu'ils pouvoient par cette multiplication des langues , raflèmbler & réunir tous ceux que la confufion d$5 langues avoir fiforés. Vérité profonde , inftruâive pour ceux qui ne font point étrangers aux rayons de la lumière y & qui font afièz heureux pour contemple^ quelquefois avec confufion y les vous & les fruits de la Sagefle !

Enfin , fi nous ne pouvons ici-bas conneltre les chofes que par leurs fîgnes ^ & non par leurs Principes ; fi dans une circonftance fi im^ portante y les defleins de cette SagefTe en âveur de l'homme y dévoient être exprimés d'une ma* osere qui fût â couvert de toute équivoque y il

(M4) Moic

falloit que pour fîgnes fenfîbles » elle prît des langues de feu.

Voilà comment les vertus Divines étant toujours invifîblement liées les unes» aux autres , au«

. iront pu dîfpofer de nouveau l'Univers pour Tbomnie y & rétablir en même temps l'homme dans fes droits fur l'Univers.

C'eft alors que Tœuvre univer&lle temporelle eft accomplie ; car le Réparateur ne pou voit ramener le calme dans l'Univers , il ne pouvoit ré- générer la vie dans l'ame de l'homme , (ans rendre la paix & la félicité aux Etres d'une autre jclaflè , à ces Etres fupérieurs aux temps par leurs fondions primitives , mais qui par zèle pour le règne de la vérité y fe trouvoient en afpeâ du

, défordre depuis fpn origine , tandis qu'ils n'écoient ' faits que pour contempler à jamais le J(peâacle vivifiant de la perfeâion & de Tordre.

Car fi la dégradation de Thomme leur a fait » pour ainfî dire y exercer des fonâions étrangères à leur véritable emploi , l'aûe qui a dû être opéré pour fa réhabilitation , leur rend l'efpoîr de leurs premiè- res jouiflances , qui font de voir régner par-tout la régularité , la juftefle & V unité.

Il eft temps de l'avouer J la principale vérité que cette époque univerfelle temporelle pût dé^

couvrir

Naturel. rSj

couvrir à Thomme, c'ëtoît de lui apprendrç le ^ritable ufage de cette bienfaifance que tous les Peuples ont pratiquée dès qu'ils ont été hors de r^cat de nature brute , mais qui étant encore féparée de la loi d'intelligence^ fe bornoit i des aâes d'humanité , au foulagement des befoins du corps y & aux devoirs dç l'bofpitalité.

Lorlque l'exercice de cette vertu commença i fe perfeâionner , elle enfeigna toujours à Phomme les mêmes devoirs , mais elle lui apprit aufli à rendre à fes fembtables d'autres firviees. Elle lui fit comprendre qu'il eft comptable, envers eux de toutes \ts vertus qui font en lui, puifqu'elles ne lui ont été données par la Sageflè fupréme , que comme une voie de réaction y pour faire fortir à leur tour les vertus qui font en eux ; qu'ainiî , pour une oeuvre aufH fublime , la tâche de l'homme lui préfente des devoirs très-rigoureux y puifqu'il ne peut refter au defTous de lui-même fans porter préjudice à fes femblables , puifqu'enfin une feule de fes foiblejfes doit coûter aux autres une vertu.

Mais en s'unifTant à l'Intelligence qui a du fb découvrir lors de la grande époque y cette bienfaiVance devient encore plus éminente^ en ce qu'elle tient à l'aâion immédiate du premier de tous les Principes avec laquelle notre nature nous appelle à concourir

X'ardçiif

L'ardeur de (on amour poar nous , fait qa^ d&ache de loi , pour ainfi dire , des Vertus fans nombre , & des Puiffances auffi pures , auffi actives de loi-méme. En les détachant , il les ex« p(^ ^ fi Ton peut fe fèrvir de ces expreffions , ï h nudité ^ 3a froid, à h faim , & à toutes les/buf" frances de la région temporelle ; & comme il ne les décache que pour nous y que pour les &iie parvenir jufques dans nous , nous ne pouvons famais mieux Phonorer , nous ne pouvons jamas exercer lliofpitalité plus à fon gré ^ ni plus avantageqfement pour nous , qu'en mettant à couvert ceux qu'il nous envoie , mais qui font dehors & qui ne demandent qu'à entrer i qu'en yitijfant ceux qui fe dépouillent pour nous ; qu'en donnant à mander & à boire à ceux qui fouffr^t la/^i/n , h/bif^ la pauvreté la plus entière , pour venir fe nourrir , fe dilkltércr , fe réchauffer , fe revétk de l'homme , fi l'on peut parler ainfi ; ou plutôt pour le revivifier liumême , & tranjyafer leur propre y^n^ jufques dans fes veines.

Seroît-ce une chofe inadmiffiWe , que le K^ parateur univerfel eut choifi une fubflance ma« térieile pour la faire fervir de bafe à ces vertus fpirituell&s Divines , & que la faifant entrer dans le culte qu'il auroit établi^ elle reçût de

" lui

lui une virtualité qu'elle n'auroît pas par fa nature? Cette idée eft d'autant plus vraifemblablc' que d'après la connoidance que nous avons de' Thomme , il peut tranfmettre lès foibles vertus , à telle fubftance qu'il juge à propos ; ce qui dan$ le phyfique^ comme dans le moral , a été mal-* heureufement la fburce d'un grand nombre d'illu-- fions fur la terre.

^ ^ La plus &vorable de toutes les fubftances de la nature corporelle que le Réparateur eût pu employer dans le Culte qu'il venoit établir , c'eft le froment. Outre fes qualités particulières qui le rendent propre à la nourriture de l'homme , il porte dans la langue Hébraïque le nom de bar qui exprime aufH la pureté , la purification , & fa racine barar ou barah lignifie un choix » une éleâion , d'où font dérivés berith y alliance > & barouch , bénédiSion. D'ailleurs ce n'çft pas envain q«e , fuivant les Traditions Juives , le p^n j le froment , la fleur de farine paroiffent fît fouvent employés » (bit dans les Sacrifices , foie dans les alliances des hommes avec les Etres (iipérieurs , foit dans la préparation que les Hé- breux fubiffoient pour fe dipofer à leurs Fêtes: & mille preuves tirées de l'ordre temporel peuvent juflifier tout ce que nous venons dire en fiiveur de cette fubftance. „

i^ Le via écoic auffi 4a nombre de celles que

la Loi rellgieufe de^ Hébreux leur preicrivoit d'employer dans leurs cérémonies fâintes. U n'offre pas cependant des propriétés aufE étendues 9 ni aufE falutaîres que le froment ; & la vigne démontre même par des fignes maté- riels que (on nombre eft opppofé à la pureté. Mais le Régénérateur univerfel a dû néceffairement employer le vin dans fon culte , parce qu'il eft le type du (àng dans lequel noos fommes renfermés ; qui comme Viniquité doit être confommé & difparoitre y afin de nous montrer quelles font les conditions que la juftice exige pour que les traces de notre privation foient effacées jy.

Si des hommes féduits par les lueurs fpëcieafes de leur jugement , étoien t choqués de voir que des fubflances matérielles tiennent en effet leur place dans le cuke établi par le Réparateur univerfel ; s'ils regardoient en conféquence ce culte , & le facrifice qui s'y doit opérer , comme abfolument figuratifs ^ & comme une iimple apparence y ils feroient vilîblement dans l'erreur ; parce que dès-lors ce facrifice feroit nul , & par cela même inutile aux Etres vrais pour lefquels il ^oit être offert.

. D'un autre côté , fi Pefprit de l'homme voulant contempler les droits de cet aâe efficace & réel . ne les chercboit que pacmi Us nambfH paf^

Pfs y tiy auroit-il pas à craindre quMi ne trouvât alors que Tapparence de la rëalitë , au Keu de U réalité même ? ne perdroit - il pas de vue les fruits eflentiets de ce culte qui doit rétablir toas les nombres dans leur ordre naturel > afin que noi^ voyions à la fois , dans le même aâe y (0 manifefler la fublimité des nombres vrais , difpa* toltre la nullité des nombres pajifs j k reâifier Tirrégularité des nombres faux i c'eft-i> à-dire que dans cet aâe , la plénitude des nombres doit (e déployer devant l'homme, pour effacer la difformité qui réfulte de leur féparation.

Enfin y auroit-il du danger à croire que dans cet aâe à la fois corporel ^ fpirituel & divin ^ dans cet aâe qui ne tend qu'à déKvrer Thomme de tout ce qui eft fang & matière , tout duc être ESPRIT ic jriE comme celui qui Pa inf^ titué j & qui le vivifie ^ & comme l'homme qui doit y participer ? Mais s'il eft certain que ce Culte doit exifter fur la terre , c^efl à ceux qui en font les dépofitaires à prononcer.

Bornons -nous à reconnoltre que toutes les autres parties d'un Culte qui n'eft c^esprit & jriE y doivent tendre à nous éclairer dans fios ténèbres. Il faut qu'elles foient comme une interprétation fenfible des plus grandes vérités qu6 l'homme puiffe connoitre, & qui lui font vrai^ ment analogues. Il faut que ce Culte coofidéré

dans

dans (es temps j dans ion nombre p dans (es c& Terfiss c^rëmonSes ^ fok comme un cercle éTaStom rivantes où l'homme intelligent & non pr^ena puifle trouver la repr^fentation caraâériftique des loix de tous les Etres , de tous les âges^ de tous les Êdts ; c'eft-à-dire , que l'homme , dok pouvoir y reconnoitre non feulement (a propre Inftmre depuis (a primitive origine y jufqu'à (a râmion future avec fon Principe ; non (eulement celle de la nature entière, & de tous les Agens phy(iques & intelleâuels qui la compo^ iènt & qui la dirigent, mais encore celle de la main féconde qui raflèmble Çins ceflfe (bus nos yeux les traits les plus faillans & les plus proprès i l'explication de la vraie nature de^ notre Etre.

Voilà quels doivent être les fîgnes fen(îbles des dons que le Réparateur univerfel a apporté ibr la terre; voilà le tableau abrégé de tout ce qu'il a dû opérer , afin que les hommes fiiflènt liés à lui par l'unité d'aâion , comme il eft dié par Funité d'eflence avec la Divinité.

C'eft aflez détailler les pouvoirs de l'Agent univerfel , c'eft a({ez montrer les droits qu'il doit avoir à la confiance de l'homme : il nous fuffit de pouvoir , par les feules lumières naturelles , reconnoitre combien il écoit néceflàire que

nous

liotts eufCons un pareil type devant les yeuXé

Ce feroît être imprudent , & ofFenfèr cet Agent

que de prétendre l'annoncer plus clairement y pviC^

que pour le faire avec une véritable efficacité ^ il

a ûllu qu'il parût lui-même.

D'ailleurs , fixer plus long^temps les yeux des

hommes fiir ces recherches profondes^ ce feroic

paroitre exclure les perfonnes fimples êc fans

étude , des privilèges qui ont été accordés à toute

la pofiérité humaine.

L'homme, dont le cœur brûlant confiime (ans ceflè les plantes fauvages & mal-faînes dont il

cft environné ; l'homme qui regarde V Agent dont

il reçoit la penfée , comme un Etre de jaloufie

qui s'afflige lorfqu'on aime quelque chofe qui

n'eft pas lui ; l'homme qui en s'immolant per^

pétuellement lui-même , eft toujours humble &

tremblant devant Dieu , parce que le fecret d€

Dieu ne fe révèle qu^à ceux qui le craignent}

l'homme fimple qui fuit avec fidélité & confiance

Jcs Préceptes que l'Agent univerfel doit avoir

enfeignés , & qui viennent d'une (ôurce trop

bienfaifante pour conduire à l'illufion & au néant.

Tel eft celui qui peut prétendre â entrer dans le

eonfeil de paix ; d'autant que la (cience la plus

âevée qui fe puifle acquérir , eft un édifice frêle &

chancelant , lorfqu'elle ne repofe pas fur toutes ces

bafes qui en feront toujours le plus ferme appui.

Car enfin fi flioiniiie dir^eoit fes vues vers VÊiec* ire nsmatH , Se qoil fe r^diaaffàt à Im chaleur d'un leol de fcs rajons > 2 feroit bten plus pur^ plus kmiiiieiix » ph» grand qo'U ne pourroît îamais te deveak par ks difcours & les raifbnnâmens de toos les S^és de la terre.

lyaiDeats y s'il eft des rétkés qu'on doive divul^ gner , il en eft beaucoup auffi qu'on doit taire ^ & Pexpérience s'unit à la railôn pour engager a la râènre , en montrant les maux inévitables MfA 9 dans tous les temps y font provenus de la publicité.

Parmi les InfHtutîons (àvantes & religieufes leâ ptds cdlebces qui aient exiftë , il n'en eft aucune qui n'ait couvert la Science du voile des myderes^ Prenohs-en pour exemple le Judaifiîie 6c le ChriC- tianiShe. Les Traditions Juives nous apprennent comitient fut puni le Roi Ezéchias , pour avoir mon-^ tré fia trêfbrs aux Ambafladeurs de Babylone ; Se nous voyons par les anciens Bits chrétiens , par la Lettre tfLuiocent I à TEvêque Decentius ^ & par les écrits de Bafîle de Céfarée , que le Chriftianirme pofféde des chofis de grande force & de grand poids , qui ne font point , & ne fauroient jamais tire écrites.

Tant que ces chofes qui ne fauroient jamais

secrirt

f^icrirt ne furent connues que de ceux quî dé- voient en être les dépofitaîres , le Chrifl-ianifme jouit de la paix; mais quand les Empereurs Rx)- mains , fatigués de perfécuter les Chrétiens , defirerent d'çtre inities à leurs royfteres ; quand les Maîtres des Peuples mirent le pied dans le Sanctuaire , & voulurent porter fur les objets les plus facrés du Culte , des yeux qui n'y étoient pas pré- parés ; larfqu'ils firent du Chriftianifme une Religion d'Etat , & qu'ils ne la confidérerent que comme un reflbrt politique ; lorlque leurs Sujets furent forcés de fe faire Chrétiens , & que l'on fe vit ainfî dans le cas d'admettre fans examen tous ceux qui fe , préfentoient \ alors naquirent les incertitudes , les dodrines oppofées , les héréfies. L'obfcurciflement devint prefque univerfel fur tous les objets de la Doârine & du Culte , parce que les plus fublimes vérités du Chriftianifme ne pouvoient être bien connues que d'un petit nombre de Fidèles , & que ceux qui ne faifoient que les entrevoir étoienC expofés à des interprétations faufies & contradictoires.

C'eft ce quî arriva fous 'Conftantîn , furnommé le Grand. Audi à peine eut-il adopté le Chriftianifme , que les Conciles généraux commencèrent , & ce temps peut être regardé comme la première (époque de la décadence des vertus & des lumières parmi les Chrétiens.

)94 Tabiéav

A IVxempIe de Confbntin , fes Succeileors ie^ firant d'étendre le Chriftianifme , employèrent Ici privilèges & les grâces , afin de lui procurer dec Proftiytes. Mais ceux qu'ils dévoient â de rds moyens , voyoient moins la Religion à laquelle oo les appelloit , que les &veurs du Prince , & les attraits de Tambition. ^

De leur côté , les Che& fpirituels eux-mêmes ^ jpom s'attirer de nouveaux appuis , fàvoriferent les defirs & les pafEons des Princes ; en s'alliant chaque jour au temporel , ils s'éloignèrent de plus en plus de leur pureté primitive : en forte que les uns chriftianifant le civil & le politique , les autres a* yilifant le Chriftianifme , il fe forma de ce mé- lange un monftre , dont chacun des membres étant fans aucun rapport , il n'en put réfulter que des effets difcordans.

Les Sophiftes des différentes Ecoles , qui fiirent admis au Chriftianifme , augmentèrent encore le défordre , en mêlant à cette Religion limple &L fublime , une foule de queftions vaines & arbitraires, qui au lieu de Tunion & des lumières , ne produifîrent que la divifîon & les té- nèbres. Les Temples du Dieu de paix furent convettis en Ecoles fcientifiques , où les différens Partis difputerent avec plus de violence que ne l'avoient fait les Philofophes fous les porriques d'A- thaïes fie de Rome. Leurs difputes étoient d'autant

plus

|>tus Sangereufes qu'elles nuifoient aux chofes à caufe des mots ; car le grand nombre ne favoic pas que la yraie fciencc a une langue, qui lui eft particulière , & qu'elle ne peut s'exprimer avec évidence qtte par fes propres caraBtrcs , & par des tmblêmes ineffables.

Dans cette confiifion , la clef de la fcience ne cefla pas d'être à la portée des Miniftres des Autels , comme dans un centre d*unité qu'elle ne doit jamais abandonner : mais la plupart d'entr'eux ne s'en fervoient point pour pénétrer dans le Sanctuaire ; ils empêchoient même l'homme de dcfir d'en approcher , de peur qu'il n'apperçut leur ignorance ; & ils défendoient de chercher à connoî- tre les myfteres du Royaume de Dieu, quoique félon les Traditions mêmes des Chrétiens , le Royaume de* Dieu /bit dans le cœur de r homme , & que dans tous les temps la Sageffe l'ait prelTé d'étudier fon cœur.

Ceux des Chefs Ipirituels qui fe préferverenC de la corruption , gémiffant fur les égaremens de ia mulritude , s'efForçoient par l'enfeignement Se l'exemple , de conferver chez les hommes le zèle ^ les vertus y & l'amour de la vérité. Mais ce foc cnvain qu'ils s'élevèrent contre les abus ; le mont tre qui avoit déjà re^u la naiffance , étoit trop favorable aux defirs ambitieux de fès Partions , pour qu'ils ne priflènt pas foin de le fortifier.

Jeune encore fous les premiers Empereurs Grec^^^ quoiqu'il annonçât àéjz fa fierté , il ne porta pen« ~ dant quelques fîecles que des coups foibles & pea éclatans ; telles furent les légères entreprifes de Symmaque contre l'Empereur Anaftafe. Mais ayant atteint l'âge où il pouvoit déployer fa férocité y les premiers Empereurs François lui en Ëicilicereat les moyens. Le père de Charlemagne avoic vu le Pape à fes pieds , pour le fupplier de le dé- fendre contre les Lombards , & d'avance , le Prince avoir reçu le Sacre de fa main , en reçoispenfe des fervices qu'il alloit lui rendre. Ce commerce bizarre ne tarda pas d'avoir les fuites. les plus étranges. Ceux qui d'abord n'avoient fait que joindre une cérémonie pieufe y aux droits politiques d'un Souverain , prétendirent bientôt lui avoir donné ces mêmes droits , bientôren être les dépolîtaires , bientôt enfin pouvoir , quand il leur plairoit , les retirer à ceu^ à qui ils fe perfuadoient de les avoir donnés.

Aufli le Fils de ce Charlemagne , dont le Père avoit vu le Pape à fes pieds , non-feulement fut aux pieds du Pape , mais fut même , au milieu d'une afTemblée de fes propres Sujets , dépofé par l'Evêque Ebbon. Seconde époque , dans laquelle les égaremens vinrent de la part des Chefs fpiricuels.

Dès que ce tqrr^t eut rompu fes digues , il

«l'eft

fi'eft point de défordres qu'on n'en vît naître : l'ambition & le defpotifme fe couvrant alors du voile de la Religion , firent couler plus de fang en dix iîecles que les hordes des Barbares n'en avoient ré- pandu depuis la naifTance du Chriilianifme ; & pour frémir d'horreur , il ne faut qu'ouvrir l'hiftoire des « Comnene à Conilantinople , des Philippe en France , des Frédéric en Allemagne , des Suinthila en Efpagne , des Henris & des Edouard en Angleterre. Cependant le moment arriva où les yeux dé- voient (Commencer à s'ouvrir.

Quand les Chefs du Chriftianifme fe fiirent confondus avec le Temple & le Tabernacle, tandis qu'ils n'en dévoient être que les colonnes ; quand ils voulurent fanâifier leur ignorance ; quand ils eurent porté l'extravagance jufqu'à lancer des dé- crets qui défendoient aux Souverains anathématifés dç remporter des vidoires , & jufqu'à interdire aux Anges par les mêmes décrets de recevoir les âmes de ceux qu'ils avoient profcrits; quand enfin il $'éleva plufieurs prétendans à la Thiare , qu'on les vit s'anathématifer réciproquement & fe livrer des batailles fanglafites jufques dans les Temples des Chrétiens ; les Peuples étonViés fe demandèrent fi ces tites pouvoîent encore être facrées , étant couvertes d'anathémes y & ils fe permirent de laifler repofer leur enthoufiafme pour y (ubftituer la ré-

ilçxioOi.

MaK àsLn> cù> temps mâlheirreuT ofc fc larrt £: îc proianr ;ftoietit conâmduc , où h àïfyms évoiz k lèiiJe icienet du Chriffianiftn? public , nù les Cenr rVroicnr ^og-és dignes de? fonÊtion^ àt T Autel , car»- pres avoir paflt par ief ôrvole? épjeuves i?'Tifg Ichoiafiîooc barbare , Ief riftcnorsF ces Prnpies pt«iTTc»ienr-«i4e5 éœ ûiiccpacAes de tafiglfc ^ àe mamrîre ?

Ce> honme? grcfîicrr^ , uivianL ie? xî^fotctss As cmy ctî: PfT>tefimenr ledosme-. îarré ■ . ise fe ca»- rmrercnr nade dor-rerde^ MLaître'. . lii uuit&rgnr VinrTînidenre laîjii'i icinecter" ies xlarnis' uséines. & *. force de Jcf cor-iitrer dan.' csr efrrir ^ -défiance • tfe crcreii: t vni: ds= àSicxàré' imbu»- Wes. Troïîîemf é?tont3£^ . dan: iaaceht ie' ésast^ îT-rft^ xnr.renz àz II jctt ûe* Tnemore^

n>-V ÎC" diîftTCtîîe- ^lecfe oivor i v> -naicrf. .

rïTaî- .pc afrccT'

Naturel. i^g

conferv^ le dép^tdans fâ pureté > n^aur^ient pa$ été entendus , s'ils avoient voulu diriger la pcnfcfs de Thomme vers la hauteur de ce Sacerdoce meffa^ blc ^ui l'approche de la Divinité ; & s'ils cuflcnt voulu l'engager à la recherche des fciences divi^ nés en repliant fon aâion fur luL^méme , & en fe dépouillant de tout ce qui eft étranger à Ion Etre :pour fe préfenter tout entier avec un defir pur au]C rayons de l'intelligence,

Audi les Controverfes paflionnées & fangUnr* tes des derniers fiecles n'ont - elles produit que des fyflémes abfurdes , & des opinions plus liar^p dies encore que celles qui avoient déjà égaré les hommes depuis la naiffance du Chriftîanifme. Car les Obfervateurs révoltés de la diverfité & de Toppofition des idées fiir les Dogmes les plus elTentiels .^ attaquèrent la bafe même de l'inftitution chré- tienne y Se ne tardèrent pas à la rcjetter , l'ayant Confondue avec l'édifice monftrueu]^ qu,e l'orgueil & l'ignorance avoient élevé dans fon fein.

Que devoit - on attendre d'eux , aprds qu'ils eurent porté ce coup à la feule Religion qui aic^ préfenté aux hommes le caraâcrc frappant de s'être répandue , fans avoir jamais plié dev^int les Peuples conquérans ; d'avoir vaincu non d;s Nations groflieres & barbares f comme on l'a vu de la Religion de Mahomet; mais des Nations fa-

loo Tableau

vantes & policées ; de les avoir vaincues , non paf les armes y mais par Ie5f feuls charmes de (a douce Philofophie.

Des Obfèrvateurs qui avoient ainfî méconnu la bafe du Chriftianiiine , ne pouvoient pas porter un }ugemenc plus fevorable des autres Religions ; en forte que n'appercevant plus aucun lien entre Phomme & fon Principe invifible , ils l'en crurent tellement féparé que nulle Inftitution religieufe ne pouvoir l'en rapprocher. Quatrième époque de dégradation, dans laquelle l'homme devenant Déilte , ne s'eft trouve qu'à un pas de la ruine.

Les progrès de l'erreur ne fe font point arrêta là ; il s'ett prëfenté de nouveaux Obfèrvateurs qui pour le tirer de la confufîon que le Déifme avoit répandu fur les fciences religieufes , ont cnfeigné des opinions encore plus deftruûives.

Non - feulement ils ont dit que les Inftituteurs du Chrifîianirme & de toutes les Religions étoient ignorans , trompeurs , ennemis même de la morale qu'ils profefloient ; que leurs Dogmes étoient nuls & contradiâoires , dès qu'ils étoient contredits ; enfin que la bafe fur laquelle ces Dogmes s'appuyoient , e'toit imaginaire , & qu\5 par confequent l'homme n'avoit aucun rapport avec des yçrtus fupérîeures j mais ils o|it é^é jufqu'à douter

de fa nature immatérielle. Ils ont accompli parlà cette menace faîte aux Hébreux , que s'ils négligeoient leur loi , ils finiroîent par tomber dans un tel degrë de mifere & d'abandon , qu^ils ne croiraient plus à leur propre vie.

Enfin ils ont été conduits par-là à nier TexiC- tence même du Principe de toutes les exiftences , puifque nier la nature immatérielle d'une produâion telle que l'homme , c'eft nier la nature immatérielle de fon Principe générateur. Cinquième & dernière époque de dégradation , où l'homme n'étant plus que ténèbres , eft au deflbus de rinfeâe même.

C'eft de ce fyftême funefte que font provenus tous les déraifonnemens philofophiques qui ont régné dans ces derniers temps. Les premières poftérités avoient péché par V action , en voulant égaler Dieu par leurs propres vertus ; les dernières pèchent par nullité y en croyant qu'il n'y a dans l'homme nî aSion , ni vertus.

C'eft de là qu'eft venu le délire d'un Athée moderne , qui écrivant contre la Divinité , a cru en démontrer le néant , en ce que , félon lui , fi elle eût exifté , elle auroit puni fon audace.

Ne pouvoit-on pas lui répondre que la Durinité peut exîfter , & ne pas punir des attaques impuiffantes ? que l'on doit plutôt croire que vraiment il ne l'a pas attaquée ? que de vains écrits

peuvent

peuvent ne point allumer les fbudrçs de ùt colère ? enfin qu'il n'étoît pas affèi avancé pour élever j a yoix jufqu'à elle , ni û^e[ infiruit pour proférer contre elle de véritabUe blafphimes f

Noos avons vu quelle a été depuis le com-> tnencement du ChriftianiTme , la progreffion du d^fordre dans lequel les difputes fcientsfîques ont entraîné les hommes y & celui qu'a produit la trop facile publicité de chofes qui ne peuvent être i^en conçues par la multitude y ni ceflèr d'être iêcretes fans qu'elles fbient expofées à être mal comprifes ou mal interprétées. Quelle elï donc la route que refprit de l'homme doit prendre pour fbrtir de cet état déiordonné & dévoué â l'incertitude ? C'cft celle qu'il découvriroit prefque (ans efFort , «'il ti umoît fes regards fur lui-même.

Une confidération attentive de notre Etre , nous inftruiroit fur la fublimité de notre origine , & fur notre dégradation ; elle nous faroit reconnoître autour de nous & dans nous-mêmes , Texiftence des vertus fuprêmes de notre Principe ; elle nous convaîncroit qu'il a été nécef^ faire que ces vertus fupérieures fe préfentaflent a l'homme vifîblement fur la terre y pour le Tappeller aux fublimes fondions qu'il avoit à remplir dans fon origine ; elle nous démontrcroît la néceffité d'un^culce ; afin que la préfence de

/Naturel. jioj

ces vertus ne fût point fans efEcaciré pour nous.

Nous fuîvrions les traces de ces vérités dans toutes les Inftiturions religîeufes ; & loin que la variJté de ces Inftitudons duc nous faire douter de la bafe fur laquelle elles repofent , nous redifierions par la connoiffance de cette bafe , tout ce qu'elles peuvent avoir de défedueux ; c*eft-àr dire y que nous rallierions dans notre penfee ces vérités ^parfes ; mais imp^riflables , qui percent au travers de toutes les Doârines & de toutes les Sedes de TUnivers.

Nous élevant ainfi de vérités en vérités, avec le fecours d'une réflexion fimple , jufte Sç naturelle , nous remonterions jufqu'à la hauteur d'un type unique & univerfel , d'où nous dominerions avec lui fur tous les Agens particuliers intellectuels & phyfiques qui lui furent fubordonnés y parce qu'étant le flambeau vivant de toutes les penfées & de toutes les adions des Etres régu* liers j il peut répandre à la fois la même lumière dans toutes les facultés de tous Içs hommes.

Et c'eft là cette brillante lumière que l'homme peut faire éclater en lui-même , parce qu'il eft le mot de toutes les énigmes , la clef de toutes les Religions , & l'explication de tous les myfte* res. Mais , oh homme ! lorfque tu feras arrivé à cet heureux terme , fi tu es fege , tu garderas ta fcience dans ton cœur«

JLiA Loi fenfîUe & la fabdivîfion uiûverfêDe aincqudles les faûmmes cnt été alTujettîs y les ayant fournis à nne forme de mariere, la tene e(l trop étroite pour qu'ils puifTenc Thabicer toos enfemble ; & il a fallu qu'ils vinfTenc fuccef&vemcnt y puifer les forces & les (ccours qui leur ibnc ni;ce(niires pour traverfêr Tenace par lequel ils font féparés de la (burce de toute lumière.

Si rhocnme doucoit encore de (a dégradation , il ne £audroit que cette feule preuve pour Ten convaincre , puîfqu'i! eft impoffible de concevoir rien de plus bonteux & de plus trifte pour des Etres penfans , que d'étie dans un lieu où ils ne peuvent exifter qu'avec un petit nombre de leurs Concitoyens ; pendant que par leur nature, quelque nombreux qu'ils foient y ils font &its pour habiter & agir tous enfemble.

Voilà pourquoi les hommes qui n'étoîent pas nés , lors de la manifeftatîon générale au milieu des temps , n'ont pu alors en recevoir les avantages effeâifs & direâs^ comme ceux quiavoient

déjà

^^ja parcouru cette furface , ou qui l'hatntoient à cette époque. On peut dire même que l* Agent uniyerfd s'(5tant fournis à la loi temporelle , & apportant l'intelligence vîfiblement fur la terre , n'a pu la manifefter à la fois par fes a£les dans tous les lieux de n otre habitation terreflre ; que s'il l'a fait en puiffance dans toutqs les parties de cette terre , il ne l'a fait en aâe que dans les lieux qu'il a habités y ou peut-être dans quel" ques autres contrées , mais d'une manière étrangère à la matière , & en faveur de quelques Elus deftinés à concourir à fon œuvre. Car la vertu & les pouvoirs de ces Jignes vijibles qui accompagnent par-tout icibas les penfées , dévoient réfider avec une entière fupériorité dans celui qui produit toutes les penfées.

Aujourd'hui même, tous les hommes n'étant point encore nés , la poftérité humaine ne voit point l'enfemble des faits de l'unité ; elle ne voit point en aâe fur toute fon efpece , l'œuvre uni* verfelle de la Sagefle ; ce grand œuvre , dont l'objet eft que tous les Etres aient à la fois devant les yeux les fîgnes réels de l'infini , & que les bornes du temps étant difparues , ils aient tous , comme avant le crime , la preuve intuitive que c'eft le même Dieu qui conduit tout.

Ajoutons que l'Univers entier étant la prifon de- Thomme , jam^ds l'efpece humaine ne pourra

à la fois , fans que FUnivers maternel iloît <!/« truît, être témoin du grand (peâacle de J'îmmenfîcé dont elle eft (brrie.

Le cours de la vie de l'homme particulier vient à Pappuî de cette vérité. A mcfure que Ion Etre intelleâuel s'élève vers la lumière , fon corps s'afïâifle & fe remplie fur lui-même , & Pon doit être convaincu que . quand il a raflemblé en lui toutes les vertus que comporte fa région terreftre , fa forme corruptible ne peut plus exifter avec lui ; comme certains fruits qui fe féparent naturellement de leur enveloppe , quand ils ont acquis leur maturité ; en forte que la vie de l'un eft la mort de l'autre.

Par la même Loi , quand le nombre des hommes qui doivent exifter matériellement fur la terre , fera complet , la forme univerfelle repliant ion aâion , difparoitra pour eux , & la plénitude de ce nombre temporel rendra inurile pour l'homme Texiftence de l'Univers.

Enfin fi les facultés de l'homme particulier ne peuvent jouir de l'univerfalité de leur propre aâion tant qu'il eft lié aux moindres veftiges de (k mariere : s'il ne peut être vraiment libre tant qu'il eft foumis aux influences des êtres contraires à fa nature ; s'il ne peut contempler Fenfemble de la Région fublime où il a pris naiflance , tant que la moindre parcelle corrupdble exifte entre lui

ces fublîmes tableaux , il en eft de même pouc l'efpece unîverfelle de Thomme.

Or la terre , & toutes les grandes colonnes do l'Univers , recèlent encore les rayons de ces/ubf* tances parts qui ont été entraînées avec lui ^dans fa chute. Il faut donc y & l'homme eft deftiné à fb rapprocher d'elles , que tous les décombres dilparoiflent , pour que d'un côté les fubftances fupé- rieures , & de l'autre les vertus de tous les hommes ^ formant comme deux feifceaux de lumière, puîC^ fent s'animer réciproquement & manifefier toiit leur éclat.

On fait que les témoignages univerfels des Peuples s'accordent fur ce point. Tous regardent l'état violent de la Nature & de] l'homme ^ comme la fuite du défordre y & comme une préparation â un état plus calme & plus heureux. Tous attendeuc un terme aux foufFrances générales de Tefpece ^ comme la mort en met chSque jour aux fbuffraiH ces corporelles des individus qui ont fu gaîranfi tir leur Etre de tout amalgame étranger. Enfin ^ il n'eft pas un Peuple , & l'on pouroit dire pas un homme ^ rendu à lui-même y pour qui l'Unie vers temporel ne foit une grande allégorie , ou une grande fable qui doit faire place à une grando moralité.

La diffolution générale fmvtp les mêmes

loix

Joix que la difToludon des corps particuliers. LoH^ que (Univers fera dans la fepcieme Puiflance de la racine fepténairc , tous les Principes de vie répandus dans la création , fe raffômbleront dans fbn centre > comme la chaleur des animaux mourans abandonne infenfiblement toute la forme pour fe jréunir au cœar. Car on ne peut fe difpenfer d'admettre dans la Nature un centre igné , adif & vivant , puifque les moindres corps particuliers ont chacun un principe ou un centre de vie quelconque qui les &it exifter.

Ce centre aâif & univerfel étant adhérent â la terre , il eft naturel de penfer que c'eft à elle que tous les autres centres fe réuniront ; & quand les Traditions des Chrétiens nous font Tétrange prédiaion qu'à la fin dès temps , les Etoiles tomberont fur la terre , elles ne parlent que de 1^ réunion de ces diiFérens centres avec le centre univerfel : ce qui ne âoit plus être difficile à comprendre, puifque les étoiles ne pourront tomber fur la terr« qu'en laiflant évanouir leur forme ; -comme les différentes parties de nos corps fe diC- folvent & difparoiflènt à mefure que leurs principes iecond^ûres fe réuniflent à leur Principe géné- rateur.

Une feule différence (e fait remarquer entre la mort des corps particuliers & la mort de l'Uiûvers : c'eft que les individu? corporels n'é- tant

bhi que des jf^^ féconds , fubifîent des loU ^ TecoïKjps après leur mort , qui font la putréfietîon , la diflToIutioti , & la réintégration. Au lieu que rUnivers étant un fait premier dans Tordr^ corporel , n'a befbin que d'une feule loi pour compléter le cours de fon exiftence. Sa naiffànce & fa formation ont été Teffet de la m£md opération , il en fera ainfi de fi mort & de fi difparition totale; Enfin , fi pour que l'Univers fut , il a fuffi que l'Eternel ait parU ; il fuffira que l'Eternel parle , pour que FUnivers ne foit plus^

Qu'on fe rappelle ici qu*à l'image du grand Etre f l'homme emploie les mêmes moyens & les inémes faculté pour donner l'exiftence à fej ouvrages matériels que pour les détruire.

Avant cette difparition finale ^ il y aura des inaladies dans la Nature univerfelle , comme lai diminution de la chaleur en occafionne dans les corps particuliers* avant qu'ils cèdent totalement leur aâion. Les vertus ternaires des élémens qui fervent de colonnes à l'Univers , fe fufpendront , Comme la force & Tadivité nous abandonnent ^ lorfque tious approchons naturellement de notre fin. Et tel efl le fens des Traditions des Chrc« tiens y lorfqu'elles nous préfentent tous les fléaux ternaires fe manifeftant à la yoix d^sfipt Agens fupérieurs ; c^eft-à-dire , quand ces fept Agens Remettront au grand Etre y les droits & les vertus IL PartiCé ( O ) den#

dont ii les avoit remplis pcfl|^ccompliflieinènC de fes delTeins dans PUniyers. ^

Tel eft y disje , le fèns de ces Traditions , lorC* tju'elles nous of&enc aux difFérens termes de cette époque fept^naire , l'altération y l'incendie , la deC* truâion de la eroifieme partie de la terre^ des arbres , de l'herbe verte } de la troifien:ie partie de la mer, des poifTons^ des vaifleanx , des ileuves & des fontaines , de la troifieme partie du Soleil y de la Lune & des Etoiles ; de la troifieme partie des hommes ; loriqu'elles nous parlent de la nailTance de nouveaux animaux , s'ëlevant du fein de la terre fur (a fur&ce pouif «1 tourmenter les Habitans , comme Hes vers & des infeôes d^goûtans fortent quelquefois de la chait de l'homme , & le dévorent avant fon tscme ^ lorsqu'elles nous parlent du changement de couleur dans )es aftres , de la cranfpofîtion des ifles fir des mon*' ^agnes; enfin, lorfqu'elles nous peignent lacombuf* tion nde tous les âémens , pour nous retracef à la fin des temps les défordrcs qui les ont îm commencer.

Mais Thomme avance en âge non feulement éprouve du dép^riflement dans fon corps ; il en éprouve encore dans fon intelligence , s'il n'a pas eu foin de mettre à profit les fecours qui lui ont été o&rts dans les différentes époques de fa

vie ,

Vié > 8c de coopérer au développement de (es fà^ cultes qui font deftinées à une croiflance conti-^ nuelle : fon eCprit fe trouve alors dans une doublé privation ^ ne jouifTant ni des trJfors de la Sageflfe , quHl n^a pas (ù acquérir , ni de l'aâivitd de fa jeunelTe, dont K-poque eft pafTtCpour lui. Tel eft aufli le fort de Thortime g(?n(?ral : les fecours envoyés aux hommes ont été en croif* Tant depuis Torigine des chofes jufqu'au milieu des temps , quoique rufagequMls en ont fait, n*aie pas été dans la même proportion.

Ces fecours Croiffent également depuis le milieu des temps , parce qu'ils ont ouvert alors le fentier de Tinfini ; mais comme ils fe fimpliiient de plus en plus ^ & deviennent plus intelleâuels , ils feroient imperceptibles & inutiles pour la poftérité humaine , fî elle ne fuivoit pas |a môme progrèflion , en forte qu'elle pourroit fcn venir à perdre de vue , mérrie les fruits infé- rieurs que ces fecours avoient commencé de lui procurer.

Peignonsnous donc les poltérités fiirures accablées par les défordres des caufes phyHques ^ & par ceux qu'elles auront laiffé dominer dans leur Etre intelleâuel- Peignons-nous les homme^ des temps à venir , perdant Tefpérance de fe voir renaître , & condamnés à la ftérilité dôs qu'ils coucheront au complément du nombre temporel

des hommes. Peignons-nous* les d'autant p\ûâ effrayes de cette fiérilité qui leur préfentera Timage importune du n^ant , qu'ils feront plus tourmentés par les aêlions corrofives , Jefquelles ^ verront alors s'accumuler fur eux , parce qu'il y aura moins d'individus fur qui elles puifTent b partager.

Peignons->nous ces hommes expofés aux e& firoyables cûnvulfîons de la Nature , & n'ayanr acquis dans leur intelligence , ni les lumières , ni les forces fuffifantes pour s'en défendre , ni la réfignation pour fe foumettre à celles qui feront inévitables

Voyonsles tellement éloignés ie leurs appuis^ qu'ils n'en pourront plus entendre la voix \ & néanmoins cherchant encore ces appuis par lo befoin irréGflible de leur nature. Ce (era-là cette faim ic cette foif qui , félon les Prophètes , doi* vent ttrt envoyées fur la terre , non la faim du pain , ni la foif de Peau ; mais la faim Ù la foif de la parole : defir d'autant plus douloureux , que félon les mêmes Prophètes , les hommes circuit'^ ront par*tout pour chenher cette parole , & ne la irouveront point

Repréfentons-nous enfin ces hommes maudif^ lànt peut-être le Dieu fupréme , tandis qu'il ne cefTerade leur tendre la main pour les aider a paflfer fans accident fur le puits de Cabyme, Car-

cect«

éette ihaîn bienfaifante qui n'a jamais retenu fes dons pour les enfans de rhomme y les retiendra bien moins encore dans un temps ou leurs befoin» feront extrêmes.

Pour comble d'affliâion , les hommes de ce9 temps futurs appercevront à découvert le tableau des (îecles j comme Phomme particotËS appro--^ chant de (a fin ^ voit ordinairement fe tracer devant lui ^ par des traits rapides & vi& tout 1» cercle de la vie padee. Ces ma'heureux hommes feront déchirés de douleur , en comparant dans ce tableau des flecles Pimmenfe & inépuifable abondance des biens dont la terre n'a ceffé d'être comblée, avec Thorrible proftitution que la poftérité de l'homme en a dite dans tous les temps : sis y verront raflemblés , d'un côté , les nombreux tréfors de vertus qui ont écé depuis l'origine des chofes envoyées au fecours de l'homme , & qui font toujours à fa, portée ; de l'autre , il aui a devant les yeux les fruits impurs de V iniquité , qui fè £bnc également accumulés dans le creufet du monde , & qui en ont retardé l'épurement pour un fi grand nombre de ceux qui l'ont habité.

Au milieu de ces défordtes , peignons-nous^ des hommes ignorans y impurs y impofieurs ^ cherchant à éteindre dans lieurs femblables , lesL derniers rayons de la lumière naturelle qui nou& éclaire. CQUS > &. cachant de fe fubftituer dans.

%i^ Tableau

}cur efprk , an ^ârîtaUe & imîqne appui dont |p9 hommes puiiTent attendre des iecoors. Peignons* nous enfin ces temps Ibturs , infisftésdes poiibns d*une doârine de mort qui éloignera les hominçs de leur bat , au Heu de les en rapprodier. Car ce qui rendra ces aveugles Maîtres fi dan-- gereax , c'eft que Yhomme criminel ëtant alors plus développé qu'il ne Feft encore , il attaquera les hommes avec des faits , au lieu que jnfqu'â prëfent , on ne les a prefque attaqués que par des difcours

Si la poft^rité ' humaine a fi peu profité des feconrs qui Font environnée , fi elle n'a Eût que fubftituer les ténèbres à la lumière , consment féfiftera-t^lle à de femblables Adver&ires ? On ne voit plus là qu'un affreux abyme dont l'obfcurité & I*horrcur ne peuvent aller qu'en augmentant , juP qu'à ce que n'y ayant plus aucun lien vîfible ni învifible entre l'Univers corrompu & le Créateur , la diffolution générale du Monde vienne terminer à la fois & les erreurs & les iniquités des hom^^ mes.

La Loi même donnée au milieu des temps n'a point anéanti le germe de ces défordrcs quei les hommes ftwt toujours maîtres de produire & de multiplier. VeIu uniytrfel n'a été chargé Çen^ant fa maniiei^aricn tcnijciele qued'ap-»

jortQjç

liATirRMZ. tlf

porter cette Loi aux hommes & de la leurex*- pliquer , mais non pas de l'exc^cuter fans le concours de leur volonté.

Il lui fufHfoit donc de leur donner une id^e pjfte de la fciencc Divine y & de leur apprendre que cette Icience n'eft autre chofe que celle des loix employées par la Sagelle fupréme , pou£ procurer aux Etres libres , les moyens de rentrée dans fa lumière & dans {on unit^. Cette connoiC- fance une fois donnée aux hommes , les temps leur ont été accordés , non pour l'oublier & la pro* faner , mais pour la méditer & là mettre â profit.

Quand ces temps* feront écoulés ; quand , félon. Pexpreflîon des prophètes , Us fiecles feront rcn-» très dans leur antique filenu & que les Aftres ayaot ralTemblé leur fept aâions en une feule ^. leur lumière fera devenue fipt fois plus éclatante : alors à> la faveur de leur clarté j l'intelligence de l'homme découvrira les produâions qu'elle aura laifTé germer en elle--méme ; alors elle fe nourrira des propres fruits qu'elle aurafemés.

Malheur à elle, iî ces &uits font fauvages ^ corrompus ou malfaifans : car n'ayant point alors, d'autre nourriture, elle fera forcée ^de s'en alimenter encore , & d'en éprouver la continuelle amertume : car les fubftances faufTes & impures y^ engendrées en elle par fes défordres , ne pou-^ ii^nt entrer dans la réintégration , il n'y aura-

%if Tabibatt

que la violente opëradon d'un feu aSij y qi4 ait aflez de force {>Qur les diflToudre.

Malheur à l'intelligence ^ fî elle a verfé le fang 4es Prophètes \ non pas feulement qu'elle ait contribue à la deftruâion corporelle de ceux qui oi\t porté ce noni fur la terre , mais bien plu$ encore , fi elle a tepoi^fTé ces notions intimes , ces Avions vivantes que la Sageffe lui communiquoit chaque inftant ; lefquelles n'ayant pour but que de préfenter la vérité à l'homme , afin qu'il puifTe la voir comme elles la voient elles-mê- mes , deviennent pour lui de véritables Prophe-r tes dont le /hng lui fera redemandé avec une rigueur inflexible , s'il a été afliez coqpable pour l'avoir répandu lui-même , allez négligent pour |e îaifler couler fans profit, aflez dépravé pour en arrêter l'influence fur fes femblables !

Malheur à l'intelligence , fi ne devant agir que de concert avec fon Principe , elle a cependant voulu agir fans lui ; parce qu'après la diffolution de fes liens corporels , elle fera réduite encore ^ agir fans ce Principe, ainfi qu'çlle aura fait dans le cours de fa vie terreftre !

Car telle fera la différence extrême entre notre état aâuel de vie corporelle, & celui qui tp doit fuivre , lequel n'efl encore fenfible qu'^ notre penfée. Nous ne connoifibns pour ainfi dire^ ç:i*b^ ^uç pçir nps defirç , l'^âign vivante &;

mllcaviellô

Naturel. I17

tntelleâuelle qui nous eft propre ; parce que pen*** danc notre féjour dans la matière , les moyens les plus efficaces de cette aâiôn nous font refufés : maii au fortir de cette matière ^ lorfque pendant no^ tre vie corporelle ne us avons confervé la pureté àt nos aSeâions , ces moyens efficaces nous environnent & nous font prodiguas fans mefure; & des jouiffances inconnues à l'homme terreftre le dédommagent amplement des privations qu'il a llipportëes.-

Or Thomme perd à la mort tous }m objets» tous les moyens , tous les organes qui fer* voient d'aliment & de canal au crime : & fi pendant fa vie corporelle , il a nourri dans lui des penchans faux & des habitudes d'erreur , il ne lui refte ^ lorfqu'il eft féparë de fon enveloppe , que le d^fordre de fes goûts & de fes defirs cor*^ rompus f avec l'horreur de ne pouvoir plus les ac^ complir.

Ainfi donc la fituation future de l'Impie (èra d'autant plus afFrcufe que l'enveloppe matérielle qui nous cache aujourd'hui la lumière citant diflbute , il verra le flambeau vivant àe la ^^rité fans pouvoir s'en approcher ; & d|p a été prédit dîavance dans l'Univers temporel , par les fatellites de Saturne j qui y circulant autour de Tanneau dont cet aftre occupe le centre ^ ne peuvent pénétrer dans (im enceintç.

Koos

Nous en avons encore un tableau (ênfibledafi^ plufieurs fubfiances élémentaires. Lorfqu'elles ont fubi les différentes opérations du feu , elles fe vitrifiant , & acquièrent une tranfparence qui nous laiflè appercevoir la lumière dont elles nous tenoient auparavant réparés. De même après les différentes aâions des Etres defUnés à accomplir les deflîèins du Créateur dans TUnivers , ils fe dégageront par les fcrtus d'un Feu fupérieur , de toutes les fubf-* tances de leur Loi temporelle , lefquelles ne font qu'impures relatirament au prc^nier état dans le-^ quel ils ne dévoient jamais ceffer d'être. Alors ils. prendront une clarté vive ; ils formeront autour de l'Impie , une barrière lumineufe au travers de laquelle fà vue intelleâuelle pourra pénétrer ^ mais, que lui-même ne pourra jamais franchir tant que; la volonté demeurera impure, & qu'il n'aura pas. vomi jufqu'â la dernière goutte , le breuvage d'iniquité dont il aura été forcé d'éprouver toute l'amertume & l'horreur pendant la durée des ile-^ clés.

C'eft - là que fe trouvera le complément à^un temps , des temos , b delà moitié d'hall temps. Car après l'çnÊmtement unjgpTel , il y aura un délivre comme dans les enfàntemens particuliers^ & e'efl le demi^tems de Daniel

Or d'après l'idée que nous avons donnée de la volonté j il eft impoilible de fixer d'autre terme à

cetcct^

cette privation , ou à ce demi^îemps , que celui que l'Impie fe fera fixé lui-même ; car comment nombrer alors la durée de fes aâes ? II faudrott qu'ils pufTent fe comparer avec le temps ^ & la mefure du tenps fera brifée.

Mais parce que l'Impie fera près de la lu-- miere , & qu'il ne pourra pas en jouir , fes pâti'^ mens feront inconcevables. Il connoitra ces pleurs & ces grincemens de dents auxquels il a été fait allufion dans l'ouvrage déjà cité , par le nombre cinquante - fix ; attendu que cette expreflion repréfente à la fois , & le Principe de Tidolâtrie , & la borne qui le féparera du féjour de la perfeâion.

Etant donc exclus de l'ordre & de la pureté y l'horreur & le défe^poir feront fa vie ; la fureur & la rage fes feules afFeâions , jufqu'à ce qu'étant ré- duit â déchirer ks flancs pour fe nourrir , & à ùan^ cher fa Jbif dans fon propre fang , il dévore luimême la corruption dont il s'efl infeâé , & qu'il en fafle paffer la fource toute entière par les ar^ deurs de fon propre feu.

Si au contraire l'homme n'a reçu & n'a cul-i tivé en lui que des germes falutaires & analogues, à fa vraie nature; s'il a été afTez heureux pour ^rrofer quelquefois de fes larmes cette plante fer*^ tilc que noQS renfermons tous en nous-mêmes ;

s'il

s'il a compris qu'il devoir porter comme tous ht Etres , les (ignés caraâériftiques dev fbn Princi-» pe , & que nul autre que le premier' de tous les Principes ne pouvoit lui avoir donné Texiftence ; s'il a defiri de reffembler à ce Principe , en fe conformant à Tes images envoyées dans le temps ; s'il a edàyé de le faire connoitre à Tes fembla*- bles 9 en les aimant comme il les aime , en to^ lérant leurs égaremens comme il les tolère y en fe tranfportart par la penfée jufques dans ces temps de calme & d'unité où les défordres ne l'afFec^ teront plus ; enfin , s'il a tâché de traverfer cette ténébreufe demeure , fans faire alliance avec les illufions qui la compofent ; n'ayant pris dans ce pafTage laborieux , que ce qui pouvoir étendre fa propre figure & 'non la défigurer ; alors il cueillera des fruits dont le goût ^ la couleur & le parfum flatteront les fcns intelleâuels de (oh Etre , en même temps qu'ils en vivifieront coatinuellement toutes les facultés. Rien ne le fé'- parera de ces Iphçres fupérieures dont les fpheres vifibles ne font que d'imparfaites images , & dont le mouvement dirigé félon les rapports inaltérables enfante la plus fublime harmonie ^ ta tranfmet les accords Divins à l'univerfalité des Etres.

« Là ^ comme les Anges dans le Ciel , il ne fera pas mvqyé du wiobre 4e réprobation exprima

aujourd'hui

dujourâ^hui pHr^| différence des (exes { parcd que le Princi^^nimul , celui dont Taôlon g^-* uératrice & conftitutîve porte (pécialement (ut ]a produâion des fexes , fera retourné vers fa fburce » & n'agira plus matériellement. Il y aura cependant des corps , mais comme ces corps feront animés par une aâion plus vivante que celle de la matière , ils n'auront de caraftérifées que les parties de notre forme qui fervent dô fiege à Tefprit , & qui le manifefïent , ou celles qui peuvent être employées à V exercice pur de fes fondions ».

Toutes les fcîences , toutes les vertus des A gens que la Sageffle Divine a prépofés pour le fbutieti & Tinflruâion de Tliomme , depuis l'origine du défordre , deviendront fon partage : il aura leur force , leur zèle pour le règne de la vérité , leur intelligence pour la comprendre , & leur pureté pour en jouir.

Ayant laifTé loin de lui les allégories & le6 emblèmes , il reconnoîtra intuitivement c^s mê^ mes vertus que la charité a détaché de leur Principe pour venir guider & contenir l'homme juf^ ques dans le lieu de fa laborieufe expiation. Elles jouiront en lui du fruit de leurs travaux : il jouira en elles de ce plaifir inexprimable de pouvoir toucher &: bénir des mains bienfaifantes. Comme ils feront dégagés les uns & les aut;:es , de

ces folHcîtudes & de ces aâes ^ulouréux y âfix' quels la Loi du temps les afli^Kit encore , îls porteront avec fêcurité leurs yeux pleins de joie & d'attendrifTement vers la fource dont ils auront l«çu toutes leurs jouiffances ; & fe revêtant de la {implicite de leur premier caraSere , ils auront droit de porter la main à Tencenlbir , & d'ofFrîr chacun félon leur mefure & leur nombre , des par' fain^ purs & volontaires à celui qui leur aura fait goûter la pdh/acree & les virtuelles délices de la vérité.

On fait que les témoignages univerfets des t^euples s'accordent fur cette Doârine confblante^ Si tous les Peuples, ont leur Minos , fi tous ont l'idée de fbn redoutable Tribunal ^ & celle da Tartare oii les hommes coupables pafleroht des jours d'horreur & de ténèbres , ils ont aufE celle de ces champs fortunés où les Etres vertueux & paifîbles , jouiront fans trouble & fans allarmes ^ du fruit des heureux dons qu'ils auront répandus fut la terre.

L'homme pur pourra donc alors recouvrer l'accès de ce Temple impérijfable dont il devoit publier les merveilles , & dont le crime l'a feit bannin II approchera de V Arche fainte , fans craindre d'en être renverfé , parce que plus puîfTante que celle dont les Traditions des Hé- breux nous ont parlé ^ elle ne laifTera entrer

dansf

tâans Ton enceinte que ceux qu'elle aura purifias. Là , aucun Etre ne fera expofil à la punition d'Oza , parce que cette Arche faintt eft !e dé- pôt de la clémence & de la vie ; & comme elle cft à la fois le centre , le germe , & la fourct de toutes les Puijfances , il fera à jamais de toute impofllbilité que l'homme fe voie admis à fon culte y fans qu'elle-même Im ouvre fon Sanc<* tuaire.

Le Grand - Prêtre de la Loi antérieure au. temps , le même qui a préfidé invifiblement aux Cultes de tous les Peuples de la terre , puifqu'il n'en eft aucun qui n's^nnonce des traces de la vérité ; le même qui a dû préfenter aux hom-* mes , au milieu des temps , le tableau de leur Etre , & la réunion de toutes les vertus Divines que le crime avoir fait fubdivifer pour nous , fera aufli celui qui préfidera à ce culte futur & pofté- rieur au temps , puifqu'étant le feul Agent univerfel de la Sageffe fuprême y il peut feul diftribuer Tuniverfalité des grâces qu'elle deftine à tou& fes enfans.

Il habitera donc au milieu des Lévites cboifis , qui comme lui ayant vaincu la corruption y feront jugés dignes de remplir dans le Temple les fonâions faintes. Là y il les verra apporter fans relâche autour de lui , les offrandes de leurs louanges & de leur amour y & verfant lui «• même

fur ces offrandes foh on3ion vivifiante , il en fë exhaler des parfums odorans & nombreux , qui ré-^ pandronc la fainteté dans toute l'étendue de cettd augufte enceinte.

Ces parfums (e fuccédant avec une abondance intariffable , s'élèveront jufqu'à la fource première de toute vie & de toute intelligence ; & cette iburce inépùifable , toujours pénétrée par leur ac» tivité , s'entr'ouvrira toujours , pour laiflèr ave<? la même abondance & la même continuité y dé-=> couler jufques dans l'ame des hommes , les douceurs de fa propre exiftence. Ainfi lliomme pourra fe nourrir à jamais de la Vie de (on modèle j ainfi le grand Etre pourra fe contempler éter-^ nellement dans Ton image y parce qu'en la régéné* rant fans cefTe lui-même , il lui donnera par-lâ ^ le droit fublime d'être le figne ineifFaçable de Ton Principe.

Enfin chacun des hommes jouira, non -feulement du don qui lui fera propre^ mais il pourra encore participer à ceux de tous les Elus qui compoferont YaffembUe des Sages ; comme icibas, les difFérens hommes en fe rapprochant , pourroient multiplier réciproquement leurs y^rtus , fe nourrir chacun de celles qui brillent dans leurs femblables , répandre dans tous le talent d^un fcul , faire germer dans un feul les talens i^e tous : & tel fera Tétat futur de cette communication

filcatîoti hiùtuelle , par laquelle tous les tioitimei UnilTant leurs jouifTandes à celles du grand Etrâ & de toutes fes produâions , fetont que tous les individus vivront dans le même Être , & le même Etre dans tous les individus^

Ce culte futur ne réflemblera donc point à Ces facrifices tigoureux & fanguinaîres , qui font rapportés dans les Livres Hébreux pour faire Gonnoîtfe fenfiblement à l'homme la févérité de la juftice , & pour lui rappeller la féparation pénible qu'iP eft continuellement obligé de faire ici-baS de toutes les fubjïances étrangères à fa vraie Na^ tufe y s'il ne veut pas refter dans Tillufion & la mort.

Ce culte fera même fupérieur au culte temporel , à cette Loi de grâce établie par le Régé- nérateur univerfel , où il doit y avoir encore des temps y des intervalles > des. objets mixtes & paf^ fagers : car alors il n'y aura plus de différentes faifons ; plus de levant , plus de couchant pour les Aftres qui nous éclaireront ; plus de paffages d« la lumière aux ténèbres ; plus de momens marqués pour la pr/Vre de l'homme y ni de momens auxquels fes befbins ou fes fouillures l'obligent de la fufpendre.

Ceux qui feront admis aux facriHces y no feronc pas même gênés par la diverfité de leur langage y l'ordre univerfel étant lié à l'uniformitJ

de toutes les langues , & le Principe (uptéota 4cant fî majeftueux qu^il ne faut rien moins que la réunion des voix de fsous les Etres pour le cél^rer.

Ainfi donc tous les Sages enfemblé , au même inftant y près du. même Autel , & (ans famais cefler y pourront lire (ans trouble & £ms défiance dans le lÀvre éternel toujours ouvert devant leurs yeux ^ LES NOMS SACRÉS

QUI FONT COULES. LA VIE DANS TOUS LES

Etres ! t

JlIommes de pàîx, hommes de dèfir^ telle èÔ la (plendeur du Temple dans lequel vous aurei droit un jour de prendre place. Un tel privilège doit d'autant moins vous étonner quMci-bas vous pouveî pofer les fondemens de ce Temple ^ qud Vous pouvez commencer à Yelever ^ que vous pouvez rtiéme Vorner à tous les inftans de Votre cxiftence;

La natuire entière vouis en offre Texemple : lorfqué les v^gëtaux font femés dans la terre , lorfque les animaux font dans le fein de leur mère , tous tra- Vaille/lt Se emploient continuellement leur aâion À changer leur état groflîer & informe , en unô manière d'être aâive , libre ^ /& rapprochée de la perfeâion qui leur eft propre.

Mais pour avoir droit a cette fublimé attente ^ fondez fouvent votre Etre j afin de vous aflurer qu'il lie rcfpire que pour le régné de la vérité & iion pour le vôtre : c'eft-là cette boulfole dU Sage , ce paâe qu'il doit fa\re fans ceffe avec lui-même* Confervez toujours une afiez noblô

Ii8 Ta BLE ATT

idJe du Principe qui vous anime , pour cfoirtf qo'aprds celui qui vous a donn^ l*exiftence y îl c'eft rien pour vous de fi refpeâable que vousméme. Ce fera un rempart qui vous défendra des approches ^ non feulemeat de tout ce qui eft oppofé a votre nature , mais encore de tout ce qui n'en efl pas digne , & qui n'a pas des rapports vrais avec vous.

Les hommes étant Texpredlon des facultés du grand Principe , chacun d'eux eft marque plus fpé- cialement par Tune de ces facultés ^ mais quoiqu'il doive plus naturellement manifefter les propriétés qui y font analogues ; quoique tous foient afiujettis à éprouver ici-bas des lenteurs , à parcourir difFé- rentes progreilions & différens degrés dans l'acquifitîon & le développement du don qui leur eft propre ; néanmoins, tenant par leur effence au Principe univcrfel des Etres , ils ont tous des rapports avec Tuniverfalité de fes vertus & de fa lumière , mais d'une maniera proportionnée à la fp^ere qu'ils babitcnt , & à rinfériorité de la produâion relativencnt à fon Principe générateur.

Dès-lors fi l'homme parvenu à l'âge mur eft encore étranger à quelque fcicnce , à quelque himiere , s'il eft inacccfliblc à quelque jouif-^ fance pure , honnéce , naturelle & vraie , ce n eft pas un homme complet ; car la connoijfance & le bonheur ne font autre chofe que l'applica-

tion j

tîon , de Pufûge actifs vivant des vertus fuprémes, aux diff(érens objets , aux diffi^rentes clalTes , aux difF(^rentes fituations où il peut fe trouver. Ainfî Vhomme malheureux cft comme mort , puifqu'il ne connoit pas la vie ; Vhomme ignorant eft un malade & un infirme qui n'éft devenu tel que pour n'avoir pas exercé fcs forces ; enfin Vhomme mijantrope Ù fans charité eft un lâche & un impie , puifqu'il ne fait pas ufage de ce fui eft en lui pour vivifier ce qui lui répugne , & qu'il n'a pas aflèz de confiance en fon Principe pour croire que ce Principe en ait la force quand il l'appellera à Ion fecours.

Oh ! hommes , j'effayeraî de vous préfenter ici quelques moyens préfervatifs , pour vous garantir de ces écarts & des malheurs qui en fonc la fuite.

Souvenez-vous que , félon l'enfeîgnement des Sages , les chofes qui font en haut font femblables k celles qui font en bas ; & concevez que vous pouvez concourir vous-même à cette reflemblance , en faifant en forte que les chofes qui font en bas foient comme celles qui font en haut. Là on eft fimple & pur comme le Principe qui a tout en lui. Là régnent l'ardeur & le zèle pour que les Loix du Temple foient intaâes & à jamais honorées de la vénération des Etres. Là enfin , des

vœux & des defirs brûlans ne cefTènt de sVxha^ 1er devant le Trône de TÉternel , (bit pour implorer fa clémence envers les malheureux pr^ varicateurs , fbic pour célébrer fes vertus & fes bienj&its. Apprenez donc dans ces aâes fubBmes , le jniniftert qui vous eft confié: les Agens qui les exer-^ cent ne font que vous tracer vos obligations , & vous n'auriez pas \2l faculté de lire en eux , fi vous n'aviez celle de les imiter.

Ci Ne négligez pas les fecours do la terre fur laquelle vous marchez y elle efl la vraie corne d'abondance pour votre état aduel ^ $: ce n'eft pas, fans raifon qu'ellç eft regardée par quelques obfervateurs , comme contenant un, aimant énorme dans fon fein ; car elle eft en eft*èt le point de ralliement de toutes les vertus créées. Elle eft même en quelque forte , te réfervoir de la vraie, fontaine de Jouvence ^ dont la Fable nous a tranfmis tant de merveilles ,• puifque c'eft en elle que fe prépare la fubftance qui fert de bafe & de premier dégrc à la régénération , ou à la renaiflance de tous les Etres. Enfin elle eft le çreufet des *mes autant que celui des corps ; heureux celui qui faura en découvrir les propriétés ! car ne pas connoître les chofes par elles-mêmes , c'eft ne rien lavoir ; & il ne fuffit pas de croire que tout fe tient , que tout eft adif , il faut chercher à s'en aflurer &; ilçfçntirv.,

tf VQuys,

Natvrsz. 131

^* Vous apprendrez alors ce que c*eft que d*aider la terre à Sabbathifcr , & pourquoi les Hëbreux méritèrent tant de reproches pour avoir négligé ce devoir pendant qu'ils habitèrent la terre pro^ mife. Car dans \cphyfique aSif il en eft de mê- me que dans le phyfîque pafGf y où nous voyons que fî l'homme ne prête Tes foins à la terre pat la culture ^ elle ne rend que des végétations groC- fieret & fauvages y y.

* Les propriétés de l'eau ne vous feront pas moins utiles à connoitre , parce qu'étant la mine de tous les fels y & contenant en elle tous les germes de corporifatioR , elle eft en principe & ea puifTance , ce que la terre n'eft qu'en aâe , comme étant une matière déjà déterminée. Vous y verrez 4||e la couleur verte eft particulièrement afFeâée au règne végétal qui n'eft que l'expreftion des principes de l'eau , & qui tient parmi les trois, règnes le rang intermédiaire quô l'eau tient parmi les trois élémens , & le verd parmi les fept cou« leurs de l'arc-en-cie! „.

^ Ne dédaignez pas d'obferver que fur toute \z furface du globe terreftre , l'eau eft toujours plus baflc que les terres qui l'environnent , quoique par fa nature fluide & volatile elle foit deftînée à être plus élevée : vous verrez dans cette image phyfique une réptéfentation natu>- l^ciUe & fenfiblc du rang inférieur que toutes les

vertus occupent aujourd'hui pour venir à votre (è- cours , tandis qu'elles font faites pour dominer fur toutes les régions ^y.

Vous pourrez aufli confidérer Peau fous un autre point de vue , favoir , par rapport aux dé^ fbrdres qu'elle a caufë fur la furface teneftre , parce que dans le fenfible tous les types font doubles , & que celui de Teau porte fpëciale* ment ce nombre. En comparan): donc les diffe* rens endroits qu'elle a fubmergés , avec ceux qu'elle laiffe à découvert { en confidérant , disje , la figure extérieure de notre globe , Ibr le* quel Teau & la terre font fi diverfement mé- langés y VOUS pourrez étendre vos lumières fur les effets progreffifs , généraux & particuliers du crime \ & fur le véritable état de la Géographie intelleâuelle , ancienne , préfente & fiiture. Mais fur cet article , ainfî que fur tous ceux de ce genre, ne vous tenez point au premier apperçu. Plus les découvertes font fufceptibles d'être étendues , plus il eft important de ne les adopter qu'avec beaucoup de précaution &: de prudence ,, .

" Enfin les propriétés du feu , fi vous avez le bonheur d'en acquérir la connoifiance , vous paroîtront préférables à toutes les autres forces élimentaires , parce qu'alors vous toucherez la racine mêcne du grand arbre temporel , auquel

tiennent

tiennent tous les phénomènes phyfiques ^ & par où coule la fève qui anime & nourrit tous les Agens fenfibles. Et pour vous retracer avec certitude le véritable rang de cet élément fur les deux autres , obfervez que le Soleil eft toujours lumineux par lui-même y & dans tous les fens , tandis que la Lune & la terre n'ont qu'une lumière d'emprunt y & que la moitié de leur fur-* face eft toujours ténébreufe ,,. ;

" Si vous voulez enfuite juger de l'état pénible & dégradé de l'homme ici - bas y tant par rapport aux connoiffances élémentaires que relativement aux connoiffances fupérieures qu'elles re- , préfentent , vous remarquerez que de ces trois Agens deftinés particulièrement à notre inftruction y le Soleil a toujours fon plein pour nous , quand il fe montre à nos yeux ; la Lune ne l'a qu'une fois par mois ; & la terre ne Ta jamais , puifque nous n'en pouvons découvrir qu'un horilbn très - borné.

^ Mais pour ranimer votre efpérance au milieu des privations que vous fubiflez , ùites attention qu'à Texemple de Taâion univerfelle de la vie y tous les fluides quelconques ^ aquatique , igné , magnétique y éleârique , tendent toujours à recouvrer leur équilibre , & à fe porter dans les lieux où ils manquent. Faites attention que l'aie le plus groffier ^ le plus concentré dans les corps

matériels ,

Z34 Tableau

matériels , efl toujours en correfpondance avec Ysir de l'athmofphere ; que cet air pafle contt* nu«llement dans nos corps , & pénètre jufqu'à nos plus petits vaifleaux : mais que lorfqu'il k Jin^ fibilijc , pour ainfi dire , & qu'il fe modifie félon toutes nos fituations , & félon tous les états de notre forme , il ne celle pas pour cela de garder fa commnication avec l'air le plus pur y le plusi

^' Si toutes ces connoiflances élémentaires vous paroifTent indifférentes y c'eft que vous n'auriea pas encore faifî l'enfemble & Tuniverfalité de Fempire de l'homme. Mais les^ Sages de tous les temps les ont recherchées foigneufement y & les ont regardées comme un bien qui bût partie de leur domaine , & comme une route favorable pour monter à des dégrés plus élevés. Ces mêmes Sages ont été trop prudehs pour vouloir marcher dans une pareille carrière fans avoir des loix & des règles confiantes ; parce qu'ils ont fenti qu'il ne de Voit riert y avoir d'arbitraire dans le culte que l'homme eft chargé d'exercer fur la terre ,,.

C'efl: ici oii les nombres fenfibles exercent merveilleufement leurs droits , en claflant dans un ordre exaft toutes lès propriétés de toutes les régions , de tous les règnes , de toutes les efpef es , & de tous les individus de rVnivers élémen-.

tak%

taire. C'eft ici où Ton peut commencer à acqué- rir une connoiflance certaine des Loix initiales , médianes , & "terminatives de toutes les chofes corporelles y parce que ces chofes étant mixtes font fufceptibles de décompofition , & d'analyfe , {c que le nombre de leurs Principes conftitutîfs eft analogue au nombre de toutes leurs aâions , foit primitives & d'origine , foit d'exiftcnce & de durée , foit de dépériflement & de deC- truâion y y

Enfin œ font ici que fe font les premières applications du vrai fens du mot initier qui dans fon étymologie latine veut dire rapprocher^ unir au principe ; le mot initium fignifiant auflî^ bien principe que commencement. Et dès-lors rien de plus conforme à toutes les vérités expofées pré- cédemment j, que l'ufage des initiations chez tous les Peuples , rien de plus analogue à la fituation & à l'eipoir de l'homme que la fource d'où defcendent ces initiations y & que l'objet qu'elles ont dû fe propofer par-tout , qui eft d'annuller la diflance qui fe trouve entre la lumière & l'homme , ou de le rapprocher de fon principe en le rétabliflànt dans le même état où il étoit au comrhencement yj.

Lorfque tous les Agens fenfibles dont je. viens de parler y auront confommé j^ar leur adin'né ]es fubftances impures qui fouillent vos or-

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ganes matériels ; lorCquIls vous auront ré^niré corportlUment par leur propre Vie , & qu'ils auront ainfi contribué à laifler reprendre à vos âcul* tés intelleâuelles , Péquilibre & fagilicé proportionnée à votre fituation infirme & douleureufe; portez vos regards fur ces vertus éparfès & fubdivifées de tous les Etres d'un autre ordre qui ont été les prédéceffeiirs de l'époque de Tintelligence .comme en étant les Agens & les Minières. Tâchez y en mettant conftamment à proffit les penfées qu'ils, vous envoient , de vous rendre alTez analogue à eux y pour £iciliter le rapprochement de leur eflence & de la vôtre. Par cette union y ils vous convaincront de nouveau & phyfîquement, , que vous êtes . deftinés à les contempler dans leur enfemble & dans leur unité , & ils vous confirmeront la certitude de toutes les connoiflances élémentaires dont vous aurez fait antérieurement la découverte & l'acquîfitîon , parce que le même Principe qui a produit les Etres & les Agens de toutes les clafles , les dirige & les gouverne tous par une feule & même

' Aufli dans la même région , dans le même fait , dans le même phénomène où vous aurez opperçu* une vérité naturelle élémentaire , foyez aflTurés , fi vous faites à propos ufage de vos facultés , que vous trouverez une vérité naturelle

întelleâuelle \

îf>telleâuellc ; foyez furs que vous " appcrcevrez dans cette nouvelle clafFe y le même plan que dans la clafle précédente , que même vous y rcconnoîtrez des propriétés analogues & tendant au même but , parce que tout fe tient ^

tout fe touche , tout cft un dans les moyens comme dans lobjet que TAuteur des cliofes s'eft propofé. C'efl ainfi que dans Thomme les organes corporels qui manifeftent les fondions animales les plus parfaites ^ telles que celles qui s'opèrent dans la tête & dans le cœur , font également le fiegc des plus beaux traits de fou Etre immatériel , favoir de l'amour & de Tintelligence „.

" Enfin , non feulement il n'eft aucun fait phyfique qui ne foit voifin d'une vérité intclleâuelle ; mais il n'en eft aucun dans les grands phénomènes , & dans le jeu des grands reflbrts de l'Univers qui ne foit le pronoftic de l'une de ces vérités , & qui ne l'annonce telle qu'elle doit arriver dans fon temps : de façon que cet Univers matériel , confidéré fous un tel î\fpeâ , eft pour l'homme intell gent une véritable prophétie ,,.

Ces Agens fupirieurs , fervent d'intermédiaires entre les objets phyfiques & les objets Divins , vous retraceront par leur aftion , la vraie deC- tination de Thomme ^ & la vxaie place qu'il

devroic

i^J Tableau

devroit occuper ; c*e{t-à-dîre , qu'il vous ëxpofé-» ront par eux - mêmes les véritables rapports qui exîftent entre Dieu , Phomme Se l'urtivers. D'uii côte ils vous repr^fenteront la multitude & la fub* divifion de tontes les chofes élémentaires & inftfriéures , qui par la raifbn de leur nombre & de leur multiplicité , n'offrent en elles que corfufion & dépériflement. De Tautre , par leur union mutuelle & générale , & par leur parfaite correfpondance , ils vous convaincront de Tunité du Principe fupréme. Ils vous montreront par leur hanmonîe univerfelle , que l'unité eft le feul nombre en qui repofènt tous les dons que nos befbins ne ceffent d'appeller fur nous , dons que tous les hommes de la terre fans exception pourfuivent par des mouvemens fecrets dont ils ne font pas maîtres.

Ils vous feront connoître que fî â leur exemple nous nous tenions conftamment en afpeâ de cette unité , c*e(l-à-dîre , fous notre ligne fupérieure & Divine , i} defcendroît fur nous une fubfiance purt & fixe de force & d'aSion , qui s*ama(Tànt autour de nous y formeroit une bafe plus ou moins grande , plus ou moins vafte , félon que nous ouvrii^ions plus ou moins nos canaux immatc-» ritls propres \ s'en abreuver.

L'homme étant plus fouvent ici-bas le type du mal que celui du bien , juflifie cette vérité

^2t des exemples funefles , au lieu de la juftifiec [>ar des exemples confblans : auflî , ce que nous éprouvons le plus fréquemment , c*eft que la baft dont je viens de parler diminue pour nous â mclurc que nous refferrons les canaux intelUc* tuels qui font comme les fens de notre efpHt; & lorfque nous interceptons tout â fait la communication , notre centre intelleSuel ne recevant plus cette fubftance qui devoit former fa bafe , chancelé fur lui - même , fe renverfe , & fe voit expofé à la révolution des circonférences inférieures & horifontalcs , qui Tentraînent & le font errer félon leurs loix défordonnées : ^* c'efl ce que les jufHces humaines ont repréfenté par Tufage où elles font de jettet aux vents les cendres des criminels ^,.

Au contraire ces Agens purs & intermédiaires , ne pouvant offrir que les types du bien , doivent nous faire connoltre que fî ne nous fermions aucun de nos canaux immatériels , nous verrions notre bafe s'étendre à une diftance immenfe , & acquérir peut - être affez d'étendue pour convertir l'Univers entier.

Nous ne pouvons même en douter , en réfîc-^ chîfTant à notre deftinatîon primitive , & en nous fouvenant que telle étoit la majefté de Thomme , qu'il ne lui falloit rien moins que toutes les vertus de l'Univers pour le contenir &

lui fervir de fiege ; de même que dans (oh état .aâuel , .la forme corporelle dans laquelle il eft emprifonné y ne pourroic embraflfèr & foutenir Ion Etre intelleâuel dans l'étendue de toutes fes facultés y fi elle n*ttoit la plus régulière de toutes les formes , & Tabregé le plus relTemblant du grand Univers.

Ce n'eft donc que d'une bûfe aufli étendue , & d'un appui aufli folide j ce n'eft ^ dis^-je , que de l'union générale , & du vafte affemblage de tous ces Agens purs & interrtiédiaires qui y planant au defTus du monde fenfîble , ten-* dent à vous féconder y à vous défendre , à vous environner , que vous pouvez vi us élever comme eux avec fécurité , &c avec une véritable lu-* miere , Jufqu'à cette Unité univerfelle qui les domine y & qui les vivifie tous.

Dès-lors , ces mêmes Etres purs & intermé- diaires , vous apprendront que l'Agent dépofî- taire de cette unité , portant en lui la vie & la clarté y peut produire en vous y comme il le fait en eux , la force & la paix qui lui font propres ; car la plus belle de fes vertus eft le défit de les partager toutes avec vous.

Ainfî cet Agent étant le mobile de tous les dons & de tous les fecours qui peuvent parvenir dans * votre région , deviendra celui de tous les mouvemens de votre Etre ^ lorfque toutes

Vos &culc& dirpofées par vos defits , tt par la terre , par Phuile y par le fel , & par le feu » auronc recouvert le degré de pureté qui leur eft nécefTaire pour vous faire ouvrir les premières portes du Temple y & pour vous y faire adopter par les Guides fide* les qui doivent vous tranfmettre i|îjk|s les vertus du Sanâuaire y jufqu'à ce que vouiipiz acquis le droit & le pouvoir de les aller puifer vous-même à leur fource.

ReconnoiflTez donc que depuis le degré le plus inférieur , julqu'au plus fupérîeur y vous pouvez elpé^ rer des fecours à tous les pas que vous avez i faire pour parcourir la carrière & vous réhabiliter dans les droits de votre origine.

Reconnoiflfez auffi qu'il eft aucun de ces fecours qui puifTe être étranger à cet Agent univerfel qui a du fixer Pépoque de rintelli-» gence y & apporter aux hommes le complément de toutes les yertus &c de toutçs les lumières. Comme ion efTence eft inhérente au centré même d'oîi proviennent toutes les eflences , tous les^ faits purs y tous les appuis y rien de ce qui s'opère en bien y ne peut s'opérer fans fon attache , & fans qu'il en foit le principe médiat , ou immédiat.

Ainfi lorlque vous vous occuperez à atrirer

fur vous les vertus diverfes de ces Etres imrna

tériels chargés de réaâionner votre penfée y ce

fieronc leis tècoars de cet Agent iapiéme qui yoiis recevrez , puifqae ces Etres n'ea (ont que les organes 8c les a^oûoiftnucuts. Lors même que Yous ne vous exercerez que fm des objets il^mentaires , fi vous (entez étendre vos con-» aoiflànces ^^(0S forces y foyez (ûr que c'eft en* core lui qu^Pbre p^r eux les fiiccès qoe vous obtenez , comme c'eS lui qui opère i tout moment leur exiftence y & tous leurs aâes r^ guliers.

Il n'eft donc point d'œuvre pure , de queU que genre qu'elle foit , où vous ne puiffiez re« çonnoicre fa puiflànce y & pour ainfi dire , convmuniquer avec lui. La feule différence qui dif* ôngue ces diverfe^ çpérations y ç'eft que dans les unes il agit par dç fimples émanations aâi-» ves , & que dans les autres il agît par des éma-* nations intelligentes ; que par les unes , il pré* ferve , il anime y il inftruit > & que par les autres iji renouvelle y il élevé > il fanâifîe. Mais da.ns cette diverfité d'aâions y & fous les noms de préfcrvaftur , à'inftruStur , de rénovateur , de /ûn3ificateiif , vous ne pouvez vous difpenfer de voir le même Etre y le même Agent fupréme & univerfel , par qui tout fe meut , par qui tout exîfte , & qui ne fe revêt de ces difFé- rens caraâeres que pour mieux fubvenir à tous syos befpins ^ à toutes nos fituatino^ y & pour

remplir

Ir^l^lîr (îans toute leur étendue les vaAes defTeinfi ^u'il a fur nous.

Car il ne faut pas oublier que fi les hommes étoîent attentifs & foigneuk de ie prêter . iux vues de la CigefTe ^ ils verroient , chacun en particulier , s'opérer en euit , & par rapport à eux y lè même ordre de faits , la même fuite de manifeftations que nous avons reconnu pr^cé^ demment s'être opérées en génial ^ fur toute notre efpece pour Taccoqipliirement du grand œuvre.

Si par ces Voies médiates & fëcondaires , voua pouvez en quelque forte recevoir toujours le^ (ecours du fupréme Agent , qui dans toutes les époques a été rartifan & le foutién de ce grand œuvre , & goûter fans cefle des confolations particulières , il vous eft facile de juger ce que feroient vos jouiflTanc^ & vos fiiccès , fi par votre confiance dans ces (ecours & ces confolatipns y vous vous ële« viez aflez pour être étzyé immédiatement de fa pro-* pre puifïance.

Lors donc que vos mzux deviendront trop pref^ fans , quand les eaux de votre obfciire demeure feront prêtes à vous inonder , & même quand' les ténèbres de l'ignorance vous paroîrront pénibles & înfupportables , demandez par lin à la SagjessS quelques rayons de (on feu pour les di(fiper. Pourroîtelle fans s'oublier elle-même , ne pas fe rendre aux

vœu^C

vctuz de fa prqMre fubftance^ & aux vertus de cetui iiir qui repofent à la fois ioti Nombre & (on Nom. Demandez , dis-je j par lui à la Sageflfe qu'elle fup- |Iée elle-même à votre impuiflance , qu'elle mette fk penfi^ à la place de votre penfëe y fa volonté à la pbce de votre volonté j fon aâîon à la place de votre tâion y (es paroles mêmes à la place de vos paroles ^ & quand eDe aura aînfî renouvelle tout votre Etre , ^and elle vous aura rendu invincible & incorruptible comme die y elle ne pourra refufer vos offrandes ^ puifque ce feront fes propres dons que vous lui pré'

Par-U elle ne Iai(fê plus de terme à vos efpérances , par-là elle alfure la force à votre Etre s'il eft hnguifiànt y l'abondance s'il eft dans la difette y h (dence s'il eft ignorant ; bien plus y elle lui aflurc la vie & la lumière y quand même il feroit mort & enfeveli au plus profond des abynies. Car fi ce Principe fupréme a pu par fes facultés aâives en&nter lliarmonie des Etres fenfîbles , & par fes acuités penfkntes produire votre Etre intelligent^ comment lui feroit-il plus difficile de régénérer vc^ iftrtus que de leur avoir donné Teâftence ?

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Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers. Édimbourg [Lyon], 1782. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/saint-martin-tableau-naturel/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

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