Bien que professant une doctrine interprétative du christianisme , beaucoup plus pure et plus haute que celle des prêtres , les Rose-Croix, à Vexistence desquels le moyen-âge et la Renaissance crurent généralemenU étaient tenus par tout le monde comme magicienset sorciers d'une grande puissance .
Il faut bien constater que la science officielle toute entière professe , sur les doctrines des sociétés secrètes, des opinions aussi remarquables par Vignorance que par Vanimosité qu'elles décèlent.
L’Encyclopoedia Britannica accorde aux Rose-Croix, pour tout mérite, celui d'exprimer les idées les plus incompréhensibles dans lé style le plus obscur et le plus étrange (4).
Pour rester dans le vraisemblable, il faut reconnaître à ces illuminés plusieurs caractères : celui de gardiens de la tradition ésotérique ; celui d’interprètes de la lumière des Evangiles ; celui de médecins des corps, des âmes et des sociétés ; celui enfin d'éclaireurs , d'annonciateurs delà venue du Saint-Esprit.
« Vous imaginez-vous , dit Mejnour, dans Zanoni, qu'il n'y avait aucune association mystique et solennelle d'hommes cherchant un même but par les mêmes moyens, avant queles Arabes de Damas, en 4378, eussent enseigné à un voyageur germain les secrets qui servirent de fondements à l'institut des Rose-Croix*? J'admets cependant que les Rose-Croix formaient
(1) Hargrave Jennings, The Rosicrucians, etc.
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une secte dérivée de la première , de la grande école... Ils étaient plus sages que les alchimistes ; mais leurs maîtres sont plus sages qu'eux (1). »
« Un halo d'une poétique splendeur , dit Hecke - thorn (2), auréole Vordre des Rose-Croix ; la lumière fascinante du fantastique joue autour de leurs rêves gracieux, tandis que le mystère dans lequel ils s'enveloppent prête un nouvel attrait à leur histoire. Mais leur splendeur fut ctlle d'un météore. Elle fulgurct soudainement dans les royaumes de Vimagination et de la pensée , puis disparut pour toujours , non cependant sans laisser derrière elle des traces durables de son rapide éclat... La poésie et le roman doivent aux Rose-Croix plus d'un type original ; la littérature de tous les pays d'Europe contient des centaines de fictions basées sur leur système de philosophie , depuis qu'il n'occupe plus l'attention des savants. »
Quant au rôle particulier joué par le Saint-Esprit dans la fraternité rosi-crucienne, de Guaita seul l'a fait ressortir , parmi les écrivains spéciaux , à propos des théories peu orthodoxes qu'elle professa sur V Eglise de Rome.
« Le vocable des Rose-Croix ne porte pas bonheur aux ultra-montains ; par prudence, tout au moins , ils devraient s'abstenir d'y toucher... Des Jésuites ne sont-ils pas les auteurs du grade maçonnique de Rr. C.\ (/5 e de l'actuel Ecossisme) : G’est un fait connu
(2) Secret Societies of ail Ages and Countries ; cité par Waite.
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Par celte innovation et quelques autres , les Jésuites espéraient , en donnant le change sur leurs intentions, accaparer en mode indirect , les forces vives d’un ordre florissant . Ce sont d'habiles meneurs , çrwc les Jésuites. Mais /'abstrait du nom ainsi exploité fut plus fort que ces politiques sournois ; cet occulte agent s'empara de leur œuvre et lui fit faire volte-face , en sorte que le grade maç.\ de Rose-Croix fondé par les Jésuites au dernier siècle , étoile actuellement de sa quincaillerie symbolique la poitrine de leurs pires ennemis !
« Et comme cest uneloi de nature , que la réaction soit proportionnelle à l'action, l’agnosticisme ultramontain des fondateurs a fait place à Vagnosticisme matérialiste de leurs héritiers du jour.
« Sans le savoir> les Jésuites avaient évoqué le fantôme lointain d’Elie Artiste. Elie Artiste parut un instant , retourna leur institution comme on retourne un gant, puis disparut aussitôt, laissant l'œuvre de ces fanatiques en proie à l'envahissement du fanatisme çontraire. »
Iiargrave Jennings a écrit une page magnifique sur le caractère des Rose-Croix considérés en tant qu'adoptes de Vantique et vénérable magie .
« Leur existence , dit-il , quoique historiquement incertaine , est entourée d'un tel prestige , qu'elle emporte de force Vassentiment et conquiert Vadmira - tion. Ils parlent de l’humanité comme infiniment au-dessous d'eux , leur fierté est grande quoique leur extérieur soit modeste. Ils aiment la pauvreté et déclarent qu'elle est pour eux une obligation , quoi-
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qu’ils puissent disposer d'immenses richesses. Ils se refusent aux affections humaines ou ne s'y soumettent que comme à des obligations de convenance que nécessite leur séjour dans le monde. Ils se comportent très courtoisement dans la société des femmes, quoi qu'ils soient incapables de tendresse , et qu'ils les considèrent comme des êtres inférieurs. Ils sont simples et déférents à Vextérieur y mais leur confiance en eux-mêmes , qui gonfle leurs cœurs , ne cesse de rayonner quen face de Vinfini des deux. Ce sont les gens les plus sincères du monde, mais le granit ést tendre en comparaison de leur impénétrabilité. Auprès des adeptes y les monarques sont pauvres ; à côté des théosophes, les 'plus savants sont stupides ; ils ne font jamais un pas vers la réputation, parce quils la dédaignent; et s ils deviennent célèbres, cest comme malgré eux; ils ne recherchent pas les honneurs , parce qu'aucune gloire humaine nest convenable pour eux. Leur gra7id désir est de se promener incognito à travers le monde ; ainsi ils sont négatifs devant Vhumanité, et positifs envers toutes les autres choses ; auto-entraînés, auto-illuminés, eux mêmes en tout, mais prêts à bien faire autant qu'il est possible.
« Quelle mesure peut-être appliquée à cette immense exaltation ? Les concepts critiques s'évanouissent en face d'elle. L'état de ces philosophes occultistes est le sublime on l'absurde. Ne pouvan t comprendre ni leur âme, ni leur but, le monde déclare que l'un et Vautré sont futiles. Cependant, les traités de ces écrivains profonds abondent en discours subtils sur les sujets
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les plus arides , et contiennent des pages magnifiques sur tous les sujets : sur les métaux, sur la médecine , sur les propriétés des simples , sur la théologie et Vontologie ; dans toutes ces matières ils élargissent à Tinfini l'horizon intellectuel . »
Cette esquisse, dessinée de main de maître, ne montre cependant qu'un des aspects du type initiatique de la Rose-Croix. L'homme est ainsi fait, /e pZws sage même et le plus savant, qu J il emploie toujours, pour réaliser son idéal, les moyens diamétralement opposés à cet idéal . L'idéal du chrétien est la douceur et Vamour ; aussi nulle religion n'a versé le sang avec plus d'abondance, nulle n'est plus dure envers l'amour. L'idéal du bouddhiste est l immutabilité froide et adamantine du Nirvana; aussi est-il doux et humble comme un agneau. L'initiation antique, la magie faisait de ces hommes semblables au type décrit plus haut , ait maître Janus d’Axël ; son symbole est la fleur de beauté 9 la Rose. La véritable initiation évangélique, si peu connue après dix-neuf siècles, qu'à peine cent personnes la suivent en Europe, cette doctrine d immolation constante dont la fidèle marche comme ivre d'amour parmi les malades, les pauvres, les désespérés, a pour hiéroglyphe la croix froide et nue. La réunion des deux symboles est la rose crucifère.
Telles sont les idées que nous voudrions exposer à nouveau et développer. Sans être certain de réussir cette tâche, à cause de la faiblesse de nos capacités et dune discrétion que nous imposent, non pas des serments, mais des motifs de haute convenance, nous
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Vavons tout de même entreprise avec quelque témérité ; remercions ici ceux qui nous en ont fourni les matériaux : les patients érudits des siècles passés ; et les contemporains qui , avec un désintéressement fraternel nous ont fait part du fruit de leurs conquêtes : comme le docteur Marc Haven , à qui nous devons tout le côté archéologique et bibliographique de ce livre ; comme Vadepte qui se dissimule sous le pseudonyme de Jacob. Rendons enfin un hommage pieux à ces flambeaux par qui quelques lumières de VEsprit sont descendues jusqu'à nous , à nos maîtres morts , à notre Maître toujours vivant.
Janvier 1002.
INTRODUCTION
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES
On a beaucoup écrit sur ce sujet, et on s’est très peu demandé pourquoi il y a eu et il y a partout des sociétés secrètes. Sans prétendre répondre complètement à la question, nous essaierons d’étudier l’ontologie de ces formes sociales sous deux points de vue : celui du corps social et celui de l’individu.
Les membres d’une société sont toujours répartis en trois classes :
Le peuple,
La bourgeoisie,
Les classes dirigeantes.
Dans le peuple, se recrutent les éléments matériels de toute la société ; dans la bourgeoisie, se trouve le système sanguin social : le commerce par qui circule l’argent ; dans les classes dirigeantes, le système nerveux social.
De plus, le peuple est préservé des attaques inté-
Heures par l’armée, comme le foie fait dans le corps individuel ; il est préservé de ses poisons propres par la magistrature (rate).
Le commerce se développe par le mouvement qu’il donne, soit à la matière travaillée par le peuple (industrie) soit à la pensée religieuse ou scientifique, rendue sensible à la foule (l'art).
Le Gouvernement, enfin, dirige le tout, aidé soit par les découvertes de la pensée (science), soit par les lumières morales (religion).
D’où le tableau suivant (1) :
(Foie)
(Estomac)
(Rate)
A. mée
Peuple
Magistrature
(Potirfrôn droit;
(Côèur)
(Pôumon gaüche)
Industrie
Commerce
(Yeux)
(Cerveau)
(Oreilles)
Université
Gouvernement
Clergé
Le lecteur qui s'intéresse à ces rapprochements trouvera sans peine les organes de l’homme social que représentent la police, les paysans, les ouvriers, les capitalistes, l’armée de terre et celle de mer, les diverses classes d’artistes, les inventeurs, les explorateurs, les moines, etc., etc.
On remarquera de même que tout ce travail ma-
(t) Cf. Malfatti, La Malhèse.
tériel, cette richesse financière et cette pensée, — lymphe, sang et force nerveuse du corps social, — appartiennent exclusivement au plan physique, soit par l’utilisation de la matière, soit par l’observation des lois qui la régissent. Mais les relations de l’invisible avec lhomme, reconnues de tous quand il s’agit de l’individu, sont ignorées quand il s’agit du collectif.
Dans une société parfaite, la gérance de ces rapports du collectif invisible avec le collectif visible est confiée au clergé ; mais, malheureusement, aujourd’hui, les clergés quels qu’ils soient, ne possèdent plus guère que la notion de l’invisible, au lieu d’en avoir la connaissance. De sorte que, dans leur rôle de médiateurs, ils ne remplissent plus que la partie organique des fonctions du cervelet: à savoir latonalisation et la régularisation des mouvements de la vie végétative ; en un mot ils essaient que les cellules sociales ne s’entre-dévorent pas trop. Mais ils ne savent plus faire passer dans le collectif social confié à leurs soins les forces vitales vivantes qui s’offrent pour le nourrir. C’est pour suppléer à cette lacune que furent instituées et que se fondent encore journellement les sociétés secrètes. Les amis des clergés remarqueront ici que nous ne disons pas que ces associations occultes remplissent intégralement leur fonction; elles s’efforcent simplement à l’insu de leurs membres et même quelquefois de leurs chefs, à combler les lacunes de la vie religieuse (1).
(1) Jacob, le Tout Universel.
Etudions ensuite la genèse de la société secrète au point de vue de l’homme personnel.
Le travail a été fait par Hoené Wronski ; nous nous contenterons de présenter sous une forme moins mystérieuse les schémas que donne ce géant intellectuel, en les accompagnant de quelques modestes explications.
Le principe de l’homme, d’après lui, est la réalisation finale de la liberté créée ; en outre, lui sont donnés :
Un élément éleuthérique, la personnalité ;
Un élément physique, l’animalité.
Ces trois éléments réagissent les uns sur les autres.
La liberté agissant sur la personnalité donne l’âme.
La liberté agissant sur l’animalité donne le corps.
L’âme faisant fonction de corps développe la stase psychique.
Le corps faisant fonction dame, la stase somatique.
A la stase psychique appartiennent le songe, la fureur ou l’enthousiasme, le ravissement.
A la stase somatique appartiennent le pressentiment, la prévision, la divination.
La première se cultive par la thaumaturgie, la seconde par le somnambulisme magnétique.
HISTOIRE UES ROSE-CROIX
Ces principes posés, il faut voir comment se développent dans l’homme les pouvoirs d’extase, de thaumaturgie et de magie. Notons que le principe divin de liberté reste témoin impassible des mouvements coordonnés de la personne et de l’animal humain.
L’équilibre de l’organisme et du psychisme, c’est la veille.
Leur dispolarisation, c’est l’extase.
Leur dépolarisation, c’est la léthargie.
Si la veille agit sur l’extase, il y a exaltation.
Si elle agit sur la léthargie, il y a sommeil.
Quand l’homme par une suite d’entraînements, parvient à recomposer ces quatre pôles :
Extase
Léthargie,
Exaltation
Sommeil,
de manière à ce qu’ils coexistent dans la veille, il s’est libéré de la matière, il est capable de thaumaturgie.
Le facteur de ce dernier art est l’esprit ; l’homme n’est pas capable d’être à tout moment pénétré par l’esprit ; il y a donc une limitation de capacité spirituelle entre un -+- (prestation) et un — (privation). L’art d’utiliser ces ondes spirituelles dans toutes leurs variabilités constitue la magie. Sont compris sous ce terme : pythonisme, fascination, inspiration,prestige, enchantement, divination et magnétisme éleuthé- rique.
Mais l’esprit, grand facteur magique, n’est lui-
HISTOIRE DES ROSB-CRQIX
même que le pôle -+- de la vie, dont le pôle— est le néant :
Néant
Esprit.
Si l’homme appelle la vie dans l’esprit, il obtient l’évocation des ag.ithodémons ; s’il appelle la vie dans le néant, c’est l’évocation des caeodémons, La conjuration de ces deux sortes de puissances amène leur collaboration (ihéurgie ou goetie) : ces actes constituent la pratique du mysticisme ou de la tbéosophie.
Or, quelles sont les fins des associations mystiques, ou sociétés secrètes ; ce sont :
1° Participer à la marche de la création en limitant, matérialisant, ou incarnant si l’on ose dire, la réalité absolue par l’exercice des sentiments et des actes surnaturels ;
2° Participer en particulier sur la terre à cette marche de la création, en dirigeant les destinées de notre planète, tant religieuses et politiques qu’économiques et intellectuelles.
Voici ce qu’avance textuellement Wronski à ce
sujet :
« Le but principal de l’association mystique résulte immédiatement de la détermination théorique du mysticisme, telle que nous l’avons donnée plus haut, comme consistant dans la limitation mystique de la
réalité absolue, en observant que la limitation forme en général la neutralisation entre la privation et la prestation de la réalité et c’est en suivant ce but principal que les sociétés mystiques, pour prendre part à la création, cultivent les sciences et les arts surnaturels, tels que l’autopsie, la poésie télétique, la philosophie hermétique, les guérisons magnétiques, la palingénésie etc., et certains mystères de génération physique.
« Ne pouvant pratiquer ni discuter publiquement les efîoits surnaturels que fait l’association mystique pour prendre part à la création, parce que, pour le moins, le public en rirait, ne pouvant non plus diriger ouvertement les destinées terrestres, parce que les gouvernements s’y opposeraient, cette association mystérieuse ne peut agir autrement que par le moyen des sociétés secrètes. Ainsi, comme on le conçoit actuellement, c’est dans la scène du mysticisme que naissent toutes les sociétés secrètes qui ont existé et existent encore sur notre globe, et qui, toutes, mues par de tels ressorts mystérieux, ont dominé et continuent encore, malgré les gouvernements, à dominer le monde.
« Ces sociétés secrètes, créées à mesure qu’on en a besoin, sont détachées par bandes distinctes et opposées en apparences, professant respectivement, et tour à tour, les opinions du jour les plus contraire6, pour diriger séparément, et avec confiance, tous les partis politiques, religieux, économiques et littéraires, et elles sont rattachées, pour y recevoir une direction commune, à un centre inconnu où est caché le ressort
HISTOIRE DES ROSH-CROIX
puissant qui cherche ainsi à mouvoir invisiblement tous les sceptres de la terre.
« Par exemple les deux partis politiques, des libéraux, droit humain, et des royalistes, droit divin, qui partagent aujourd’hui le monde, ont respectivement leurs sociétés secrètes dont ils reçoivent l’impulsion et la direction ; et, sans qu’elles puissent s’en douter ces sociétés secrètes, les unes comme les autres, sont elles-mêmes, par l’habileté de quelques chefs, mues et dirigées suivant les vues d'un comité suprême et inconnu qui gouverne le monde.
« La condition de possibilité des œuvres mystiques, consiste dans un ordre de vie élevé, que nous avons déjà mentionné plus haut, en annonçant que nous le désignerions du nom de stasse vitale. Tout se réduit donc à savoir jusqu’à quel point la nature humaine, c’est-à-dire la nature de l’être raisonnable sur la terre, sur notre globe, est susceptible de rehausser sa stase vitale pour s’élever aux régions des œuvres mystiques. Et cette question décisive ne peut être résolue qu’a posteriori ou par le fait.
« Il en résulte, pour la philosophie, deux conséquences majeures. La première est que, par le pressentiment que l’homme a de cette vocation mystérieuse de sa nature, vocation qui vient enfin d’être légitimée par la raison, il ne peut refuser absolument toute foi aux œuvres mystiques ; et que, par suite de cette disposition humaine, d’innombrables fourbes et imposteurs abusant d’une si ineffaçable crédulité ont sans cesse tiompé les hommes par de prétendue: œuvres mystiques.
« La seconde conséquence philosophique est que nulle œuvre de mysticisme, fut-elle de la moindre valeur, par exemple un simple fait de magnétisme éleuthérique, ne doit être admise comme telle qu’avec la critique la plus sévère et que, pour obvier à de graves inconvénients, il est plus profitable à la raison humaine de méconnaître les véritables œuvres mystiques, s’il en existe sur notre globe, que de se livrer à une trop grande crédulité à leur égard ».
Enfin, pour ne rien oublier, rappelons que ce n’est pas seulement parmi les intelligences d’une capacité supérieure que les sociétés secrètes se recrutent ; au contraire, la grande masse de leurs adhérents vient d’en bas, des couches profondes. La foule de ceux qui peinent pour un salaire dérisoire, des serviteurs que la nécessité soumet à des humiliations constantes, de ceux dont l’exaltation sentimentale est brutalement rabaissée à chaque pas qu’ils font dans la vie, essaient d’échapper à leurs douleurs ou bien par l’abrutissement volontaire, ou par la résignation que leur procure les secours de la religion ou enfin par cette espérance de l’Impossible, par cette intuition de l’Au-delà, secret mobile de tous ceux qui s’adonnent à l’étude des sciences occultes :
Dans ce dernier cas, ils ont choisi une route encore plus dure ; ils oublieront leurs premières souffrances en se vouant à d’autres et plus cuisantes douleurs.Car le voile qui sépare l’Occulte du Patent se lève sur deux abîmes: celui de la lumière et celui des ténèbres. La plupart du temps, c’est dans ce dernier que les malheureux dont nous parlons seront précipités ; car
les premiers hiérophantes que Ton rencontre sur la route du Temple sont des êtres de volonté, dont l’exaltation personnelle fait toute la force; ils apprendront à leur disciple à gouverner quelques parties du moi physique ; ils les inclineront à prendre les forces de l’égoïsme, et quelquefois même celles de la passion, pour les rayonnements d'une pensée soidisant libre.
Souvenons-nous que l’action de la société secrète est liée au rattachement de ses membres à l’invisible et que dans l’invisible se déroule une bataille perpétuelle entre les soldats du Christ et ceux de l’adversaire ; les événements de l’histoire mystique sont le résultat matériel des incidents de cette lutte ; il suit de là qu’à la porte de tous les appartements du Temple il y a des corrupteurs à l'affût des arrivants, et qui font tous leurs efforts pour les jeter dans la voie de gauche, par la séduction ou par la violence. Or, comme les soldats du mal sont puissants dans le royaume de l’ombre, et que les rites des sociétés secrètes s'appuient forcément sur la lumière noire, ainsi que toute magie cérémonielle, l’esprit du Christ s'est retiré peu à peu des caractères, des invocations et des pentarles. Aujourd’hui les sociétés secrètes sont, quoiqu’en disent leurs chefs, dans la période de vieillesse, tout au moins dans nos pays ; les peuples sont lentement transformés dans leurs organismes collectifs, et deviennent peu à peu capables d’établir au grand jour dans leur conscience des communications avec l’invisible. Ces développements sont destinés à s’accroître sans cesse jusqu’à
l'aurore bénie où le nom du Père sera sanctifié sur la terre comme au ciel.
Il est bien entendu que tout ce que nous venons de dire s’applique aux véritables sociétés secrètes, celles dont le recrutement ne s’effectue pas par de la propagande ou des appâts matériels, mais dont, au contraire, les membres répondent en s’y enrôlant, à l’appel d’une puissance invisible.
L’Initiation, bonne ou mauvaise, en est toujours réelle et non pas symbolique ou simplement orale. Tels sont, dans notre Occident, les centres d’illuminisme, christiques ou antichristiques, et les fraternités orientales qui ne font pas exclusivement de la politique. La suite de cette étude montrera, dans les Rose-Croix les défenseurs dévoués du Christ et les chefs de son Eglise intérieure.
CHAPITRE PREMIER
LES PRÉDÉCESSEURS DES ROSE-CROIX
Avant toute chose, il faut se rendre compte d’un fait qui domine pour ainsi dire l’histoire de l’esprit humain : c’est la perpétuation de l’ésotérisme à toutes les époques et chez tous les peuples. Nous laisserons de côté ici la légende historique des Rose-Croix pour nous en occuper à la fin de notre étude.
Dans notre Occident, à partir de l’ère chrétienne on peut distinguer, avec Papus (1), trois courants traditionnels :
1° Celui du gnosticisme, continué par les Cathares, les Vaudois, les Albigeois et les Templiers, et dont le génial interprête est le Dante ;
2° Celui de l’Église catholique (les moines) ;
3° Celui des initiés hermétistes et alchimistes, parmi lesquels il faut compter beaucoup de juifs kabbalistes.
(1) Traité méthodique de science occulte, 1891, in-8°.
Le courant maçonnique, dans ses origines est dérivé de la fusion des gnostiques (sous leur forme templière) et des hermétistes.
Le courant rosi-crucien est la synthèse des trois traditions, synthèse donnée, imposée même, mais non cherchée expressément par des écoles antérieures.
LES GNOSTIQUES
Les théories gnostiques sont des débris de l’ancien polythéisme oriental) qui, lui-même, est une dégénérescence du monothéisme des Chaldéens (4) et des Kabbalistes, des Brahmes et des fils de Fo-IIi, revivifiées par l’Evangile. Pour les saisir dans leur développement, il ne faut pas comme l’ont fait les savants, les étudier à l’époque de leur chaos, pendant les premiers siècles de l’èrechrétienne; il faut attendre que le temps les ait mûries, que leur imaginations excessives se soient flétries, que leurs aberrations se soient réduites. Leur épanouissement le plus parfait est la Divine Comédie.
Bossuet dit que c’est à l’époque où l’Eglise s'établit à Rome, au temps du pape Sylvestre et de l’empereur Constantin, que les Vaudois prétendaient « s’être retirés de l’Eglise romaine ; prétention si ridi-
(t) Les Chaldéens, n’étaient pas un peuple, mais l’emsemble des corps Bavants de Babylone.
cille, ajoute-t-il, qu’elle ne mérite pas d’être réfutée (1) ».
Notons simplement, sans la qualifier, cette prétention comme la plus ancienne trace de l’attitude que les futurs Rose Croix auront contre l’Église de
« On a multiplié les commentaires et les études sur l’œuvre du Dante, et personne, que nous sachions, n’en a signalé le principal caractère.
« L’œuvre du grand Gibelin est une déclaration de guerre à la papauté par la révélation hardie des mystères. L’épopée de Dante est joannite et gnostique, c’est une application hardie des figures et des nombres de la kabbale, aux dogmes chrétiens et un négation secrète de tout ce qu’il y a d’absolu dans ces dogmes ; son voyage à travers les mondes surnaturels s’accomplit comme l’initiation aux mystères d’Eleusis et de Thèbes. C’est Virgile qui le conduit et le protège dans les cercles du nouveau Tartare. comme si Virgile, le tendre et mélancolique prophète des destinées du fils de Pollion, était aux yeux du poëte florentin le père illégitime, mais véritable de l’épopée chrétienne. Grâce au génie païen de Virgile, Dante échappe à ce gouffre sur la porte duquel il avait lu une sentence de désespoir, il y échappe en mettant sa tête à la place de ses pieds et ses pieds à la place de sa tête, c’est-à-dire en prenant le contre-pied du
(1) Histoire des variations, XI, p. 490.
(2) Voir les travaux de l’Eglise gnostique contemporaine, donc les chefs font, depuis déjà quinze ans, un louable effort de synthèse.
dogme, et alors il remonte à la lumière en se servant du démon lui-même comme d'une échelle monstrueuse ; il échappe à l’épouvante à force d’épouvante, à l’horrible à force d’horreur. L’enfer, semble t-il dire, n’est une impasse que pour ceux qui ne savent pas se retourner ; il prend le diable à rebroussepoil, s’il m’est permis d’employer ici cette expression familière, et s’émancipe par son audace. C’est déjà le protestantisme dépassé, et le poète des ennemis de Rome a déjà deviné Faust montant au ciel sur la tête de Méphistophélès vaincu. Remarquons aussi que l’enfer de Dante n’est qu’un purgatoire négatif. Expliquons-nous : son purgatoire semble s’être formé dans son enfer comme dans un moule, c’est le couvercle et comme le bouchon du gouffre, et l’on comprend que le titan florentin, en escaladant le paradis, voudrait jeter d’un coup de pied le purgatoire dans l’enfer.
« Son ciel se compose d’une série de cercles kabbalistiques divisés par une croix comme le pantacle d’Ezéchiel ; au centre de cette croix fleurit une rose, et nous voyons apparaître pour la première fois, exposé publiquement et presque catégoriquement expliqué le symbole des Rose-Croix. » (El. Levi, Histoire de la Magie).
Il résulte des consciencieux travaux de M. Aroux que le Dante a vécu en relations intimes avec des sectes gnostiques d’Albigeois ; c’est dans leur enseignement qu’il a puisé sa haine contre la papauté et l’Eglise de Rome, ainsi que les théories occultes que l’on retrouve à chaque ligne de son épopée. Le
même érudit nous laisse entrevoir les mouvements profonds que les restes de l’ordre du Temple provoquaient dans le peuple.
L’Enfer représente le monde profane, le Purgatoire comprend les épreuves initiatiques, et le Ciel est le séjour des Parfaits, chez qui se trouvent réunis et portés à leur zénith l’intelligence et l’amour.
Les Cathares avaient, dès le douzième siècle, des signes de reconnaissance, des mots de passe, une doctrine astrologique ; ils faisaient leurs initiations à l’équinoxe du printemps ; ils y employaient trois lumières ; leur système scientifique était fondé sur la doctrine des correspondances :
A la Lune à Mercure à Vénus à Mars à Jupiter à Saturne au Soleil
correspondait la Grammaire — Dialectique
— Rhétorique
— Musique
— Géométrie
— Astronomie
— la Raison illuminée
ou Arithmétique (1).
La ronde céleste que décrit le Dante (2) « commence aux plus hauts séraphins, alti sera fini, qui sont les princes célestes, principi celesti, et finit aux
(1) E. Aroux, la Comédie de Dante, traduite en vers selon la lettre et commentée selon l’esprit ; suivie de la clé du langage symbolique des Fidèles d’Amour. Paris, Renouard, 1856,
(2) Paradis, ch. VIII.
derniers rangs du ciel. « Or, il se trouve aussi que certains dignitaires inférieurs de la maçonnerie écossaise, qui prétend remonter aux Templiers, et dont Zerbin, le prince écossais, l’amant d’Isabelle de Galice, est la personnification dans le Roland furieux, s’intitulent aussi princes, princes de Mercy ; que leur assemblée ou chapitre a nom le troisième ciel; qu’ils ont pour symbole un palladium, ou statue de la vérité revêtue comme Béatrice des trois couleurs verte, blanche et rouge, que leur vénérable, portant une flèche en main et sur la poitrine un cœur dans un triangle, est une personnification de l’amour ; que le nombre mystérieux de neuf, dont « Béatrice est particulièrement aimée », Béatrice, « qu’il faut appeler Amour », dit Dante ( Vita nuova), est aussi affecté à ce vénérable, entouré de 9 colonnes, de 9 flambeaux à 9 branches et à 9 lumières, âgé enfin de 81 ans, multiple de 9 (1), quand Béatrice est censée mourir dans la quatre-vingt et-unième année du siècle. »
M. Aroux remarque entre les neuf cieux que parcourt Dante avec Béatrice et certains grades del’Ecossisme une parfaite analogie.
Selon Dante, le huitième ciel du paradis, le ciel étoilé, est le ciel des Rose-Croix ; les parfaits y sont vêtus de blanc; ils y exposent un symbolisme analogue à celui des chevaliers d’Heredum (2), ils y professent la « doctrine évangélique », celle même de
(1) Light on Mosonry,2b0 : et Villiaume : Manuel maç. 1830. chez Vétier. Cités par E. Aroux. La Comédie de Dante.
(2) Héritiers (des Templiers).
Luther, opposée à la doctrine catholique romaine ».
On verra plus loin que les Rose-Croix du commencement du XVI e siècle étaient franchement antipapistes.
dieux
Couleurs
Grades M.‘.
C
Tachetée
Les profanes
Chevalier du Soleil
Vert, blanc, rouge
Prince de Mercy
O
Grand Architecte ou Noachite
Rouge et croix blanche
G.*. Ecossais de Saint*André ou patriarche des croisades
blanc
Chevalier de l’Aigle noir et blanc, Kadosh
Échelle d’or
Dans les xxive et xxv e chant du Paradis , on retrouve le triple baiser du prince R.\ C.’., lepélican, les tuniques blanches, les mêmes que celles des vieillards de Y Apocalypse (1), les bâtons de cire à cacheter, symboles de discrétion, les trois vertus théologales des chap.\ mac.\ ; car « la fleur symbolique des Rose-Croix a été adoptée par l’Eglise de Rome comme la figure de la mère du Sauveur ; et par celle de Toulouse comme le type mystérieux de
(l) Ch. vil.
l’assemblée générale des Fidèles d’Amour. Ces métaphores étaient déjà employées par les Pauliciens, prédécesseurs des Cathares des xe, et xie siècles (1).
Ces deux grandes écoles d’initiation, l’orthodoxe et l’hérétique, qui luttaient d’ailleurs l’une contre l’autre, à grand renfort de meurtres et d’intrigues, ne laissaient pas que de se pénétrer mutuellemennt, à l’insu de leurs chefs, et d’échanger des théories et des lumières.
On ne sait généralement pas jusqu’à quel point le monde et l’Eglise profanes, ont été travaillés par des courants occultes, s’il faut en croire M. Aroux, qui accumule d’ailleurs une foule de preuves de ses opinions; le catharisme avait pénétré très avant dans le clergé du moyen-âge. Albert le Grand, son élève Saint-Thomas d’Aquin, Pierre le Lombard, Richard de Saint-Victor, saint François d’Assise, sainte Claire, le Tiers-Ordre tout entier professèrent des doctrines gnostiques. « A l’origine, tel que saint François l’organisa, tel que les empereurs d’Allemagne le combattirent, le Tiers-Ordre n'était pas seulement une confrérie pieuse, c’était une association gigantesque, qui embrassa toute l’Italie, puis bientôt toute la chrétienté, et dans laquelle les membres, en s’astreignant à quelques rares pratiques religieuses, s’imposaient avant tout l’obligation de travailler vigoureusement et en commun à l’œuvre politique. Et en effet, on peut dire à bien des égards, que c’est le Tiers-Ordre qui a vaincu la téo-
(1) Cf. Schmidt, op. cit.
dalité, que c’est du Tiers-Ordre qu’est sorti le Tiers-
Les tentatives de fusion entre les archives doctrinales de l’antique Orient et les intuitions spontanées, de la race blanche ou celtique remontent plus haut que ne semblent le dire ces magistes contemporains qui ont parlé delà Rose-Croix de 1610. Dès l’origine de la culture littéraire de l’Europe, on trouve les preuves les plus convaincantes de ce double courant; les historiens les plus sérieux, Michelet et Henri Martin entre autres, ont reconnu que les romans de chevalerie, sont une mine inexplorée de renseignements sur l’histoire mystérieuse de notre pays.
« Dans le Titurel, dit H. Martin, la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration, sous l’influence d’idées que Wolfram (2 X semblerait avoir puisées en France et particulièrement chez les Templiers du midi de France. Un héros appelé Titurel, fonde un temple pour y déposer le saint Vessel, et c’est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu’il a été par Joseph d’Arimathie en personne au plan du temple de Salomon. La chevalerie du Graal devient ici la Massenie, c’est-à-dire une franc-maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les Templistes,
(1) Frédéric Morin, saint François et les Franciscains p. 72. Cf. les livres de Sabathier et de Jorgendsen.
(2) Le templier souabe Wolfram d’Eschenbaob, auteur de Parceval, imitateur du bénédictin satirique Guyot de Provins.
et l’on peut saisir ici l’intention de relier à un centre commun, figuré par ce temple idéal, l’ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l’architecture au moyen- âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce qu’on pourrait nommer l’histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu’on ne le croit généralement.
« Ce qui est bien curieux et ce dont on ne peut guère douter, c’est que la Franc-Maçonnerie moderne remonte d’échelon en échelon jusqu’à la Massenie de saint Graal(i). »
L’Eglise, d’ailleurs, protégea et favorisa les premiers développements du Temple et de la Maçonnerie, sans se douter qu’elle allaitait ses plus cruels ennemis.
Le concile de Troyes ne semble pas s’être occupé d’autre chose que de faire rédiger par saint Bernard la règle des chevaliers du Temple sur le modèle de celle de l’ordre de saint Benoît.
Le Dante, prôné par Rome comme un presque saint, était, selon toute vraisemblance, un chef des Fidèles d’amour.
M. A roux nous apprend qu’au musée de Vienne se trouvent deux médailles représentant le peintre Pierre de Pise et le Dante ; elles portent au revers la même inscription F. S. K. I. P. F. T., c’est-à-dire Fraler itaci'ie Kadosh, Imperialis Principatus, Frater Templarius.
(1) Henri Martin, Histoire de France, l. III p. 39S.
Biihle, von Murr et quelques autres auteurs disent que l’ordre des Francs-Maçons eut pour berceau l’association des maîtres constructeurs qui édifia la cathédrale de Strasbourg au commencement du quatorzième siècle. Il y eut à Ratisbonne. le 25 avril 1459, une réunion des chefs des loges éparses en Allemagne et en Hongrie ; on y élabora les premiers statuts de l’Ordre; l’architecte de Strasbourg était le chef de toute la fraternité. Il y eut aussi des assemblées provinciales en 1464 et en 1469; le 4 octobre 1498, l’empereur Maximilien (1) prit la société sous sa protection et lui donna un privilège. Le 29 septembre 1563, les délégués de vingt-sept loges, réunis à Bâle rédigèrent de nouveaux statuts ; il y avait alors trois grands centres, à Vienne, à Cologne et à Zurich ; l’ordre comprenait des apprentis, des compagnons et des maîtres, avec des mots de passe, des signes de reconnaissance.
On n’a rien de précis sur l’histoire de la maçonnerie en Angleterre avant le quinzième siècle ; on sait que sous Henri VI il y avait une Cæmenlariorum sùcietas composée d’Italiens et favorisée d’une bulle papale et. que Ashmole, qui entra dans l’Ordre en 1646, le qualifie de très ancien.
MOINES
Le recueillement des cloîtres au moyen âge fut éminemment favorable au développement de la
(1) Etudier au point de vue symbolique, la suite des planches d’Albert Dürer : Le Triomphe de Maximilien .
pensée mystique et occultiste. Les religieux qui ont laissé un nom dans l'histoire de l’Esotérisme sont nombreux : saint Thomas d’Aquin, Arnaud de Villeneuve, Albert le Grand, les Lulle, saint Bonaventure, et beauconp d’autres sont encore étudiés de nos jours, comme des maîtres en la matière.
Le clergé séculier leur accordait d’ailleurs aide et protection ; les papes eux-mêmes s’occupaient de ces branches secrètes de la science.
En 1386 l'archevêque de Trêves, comte de Falkenstein, fait composer par JeanDumbeler, Anglais, une compilation de l’Orthulain. Est-ce un ancêtre de ce comte de Falkenstein dont Karl Kiesewetter raconte l’histoire (1)? Nous n’avons pas eu les moyens de vérifier cette généalogie.
On trouve dans la collection de Rymer un grand nombre de lettres royales assurant aux alchimistes anglais aide et protection (2). Le plus ancien de ces documents est daté de 1444, sous le règne du roi Henri VI, et l’un d’eux mentionne déjà le rite d’Heredum. Le lieu de réunion de ces alchimistes était, comme le confirme Riplée, l’église de Westminster.
Trithème écrit, le 10 mai 1503, une lettre à Johann de Westerburg pour le prier de le défendre contre des accusations de sorcellerie. Il déclare avoir lu et compris beaucoup de livres de magie et de conjurations, mais toutes ces études n'ont fait qu’affermir en lui la foi chrétienne.
(1) V. l'Initiation.
(2) Rymeri fædera, 3° éd. Hagæ Comitis, 1741 ; tome V. pari. I et II, p. 136. (D’ap. Semler, III.)
Le Colloquium spiritus mercurii cutn fratre Alberto Bayero sine Bauaro, monacho Carmelitano, imprimé à la suite de la Lucerna salis philosophorum en 1568 et en 1571, prouve encore que les moines s’occupaient avec zèle d’alchimie ainsi que de conjurations, à cause des exorcismes, comme l’auteur l’a vu, en Espagne et en Italie.
Lucerna a tous les caractères d’un ouvrage rosicrucien ; on y parle de vieux livres égyptiens qui pouvaient être simplement des manuscrits comme l’ouvrage de Zozime le Panopolitain dont M. Anatole France a rajeuni le nom dans la Botisserie de la Reine Pedauque.
Enfin l’organon mystique de l’enseignement chrétien résume ses plus merveilleux efforts dans le livre splendide de l’Imitation de Jésus-Christ que les Rose Croix de 1604 prendront comme leur bréviaire, et proposeront à leurs néophytes comme un guide infaillible. Ces adeptes affirment ainsi leur créance au Verbe fait chair, leur synthétisme permanent et la notion expérimentale qu’ils possédaient du rôle de Notre Sauveur comme chef et centre de tous les mondes.
HERMÉTISTES
Eliphas Lévi pense que le Roman de la Rose et le poëme du Dante sont deux formes opposées d’une même œuvre : l’initiation à l’indépendance intellectuelle, la satire des institutions contemporaines et la
H1STÔIB1 DES ROSE-CROIX
formule allégorique des grands secrets de la société rosicrucienne. « Ces importantes manifestations de roccultisme coïncident avec l'époque de la chute des Templiers, tandis que Jean de Meung et Clopinel, contemporains du Dante, florissaient à la cour brillante de Philippe le Bel (1) ; le Roman de la Rose est le poème épique de l’ancienne France; c’est une œuvre profonde sous des dehors triviaux ; c’est une exposition des mystères de l’occultisme aussi savante que celle d’Apulée. La rose de Flarael, celle de Jean de Meung et celle du Dante fleurirent sur le même arbre. »
On trouve, dans les œuvres de Raymond Lulle (2), le passage suivant : « Et procerlo, in præsentia et voluntale certorum sociorum argentum vivum vulgare congelavimus, per suum menstruale; et alias, uni de sociis nostris, in cuius eramus societate, expresse quasi ad duas Leucas prope Neapolim. In quo loco, in præsentia physiei Regis. et unius fratris de Sancto Iohannis de Rhode et Bernardi de la Bret, et aliorum, congelari fecimus argentum viuum per suam menstrualem naturam. Et quamuis hoc vidissent, et manifeste palpassent; tamenscirenon potuerunt quid esset ; nisi simpliciter solummodo, et ius-
(1) On trouve d’ailleurs dans ce poème des concordances remarquables avec la théosophie du Te et du Kang-lng de Lao-Tzeu : faut-il rappeler que Philippe le Bel fut en correspondance avec Argoun, vice-roi occidental du célèbre Koubilaï, premier empereur mongol de la Chine?
(2) lheoria , ch LXXXVIÎ, p. 139, vol. 4, du Theatrum chymicum, édité par les Rose-Croix à Strasbourg, 1613, in-8.
tico more, regia majestate salua. Et si realiter ac philosophice cognoscere potuissent, per speculationem intellectivæ virtutis dictum menstruale ac suas virtutes : artem atque scienliam absque dubio habiussent, prout dicti socii ; qui per nos multum bene intellexerunt manifeste, et habuerunt, etc. »
11 existait donc à cette époque en Italie, une société de physiciens, un rex physicorum devant quelques membres de laquelle Lulle teignit du mercure vulgaire. Néanmoins, on peut croire que ce passage a été interpolé, car on cite dans le même livre, au chapitre xxxviii, le Rosarium d Arnaud de Villeneuve. Nous remarquerons aussi qu’Arnaud de Villeneuve a été en relations suivies avec Robert, roi de Naples et comte de Provence, et que Raymond Lulle étant son principal disciple, il n'est pas invraisemblable de supposer quelques rapports entre cette société de physiciens et Arnaud. D’autre part, Lulle l’avait rencontré à Rome en 1288 ; le médecin provençal s’était abouché avec les fraternités pythagoriciennnes de Naples (1), et il avait effectué à Rome, en 1288, une transmutation célèbre II resta à Naples avec Lulle de 1309 à 1311. On pourrait donc trouver fort bien par là l’origine des méthodes pythagoriciennes et des tendances alchimiques de la Rose Croix.
D’autre part, on remarque dans le Lullius redivivus denudatus oder neu belebter und gründlich erklârter Lullius (2), plusieurs passages faisant
(t) Marc Haven, Arnaud de Villeneuve, 1896, in-4.
(2) T beat. chym. Francfort et Leipzig, 1772, in-8,4« partie,
HISTOIRE UES ROSE-CROIX
mention d’associés. Comme chacun sait, les couvents fournissent un grand nombre de philosophes hermétiques. Semler en cite quelques uns de peu connus : les moines de Saint Bertin, Basile Valentin, le prieur de Walkenried (1), don Gilbert, surnommé Abbas Aureus (1264), l’abbé Alelmus I, Albert le Grand. Le livre des aventures admirables du philosophe inconnu à la recherche de la pierre des Sages, parle d’un congrès de douze alchimistes, parmi lesquels deux bénédictins ; le Chymischen unterirdischen Sonnenglanz (2), raconte la même chose ; Denis Zachaire travailla, au seizième siècle, avec un abbé; Trithème est trop connu pour que nous en parlions ; Albertus Bayr donne le récit détaillé de ses travaux en collaboration avec son abbé, vers la fin du seizième siècle.
Cardiluccio (3), Jean Lasnier, vers 1448, Jean de Pavie (ou Ticinensis), à la même époque s’élèvent contre une société chimique qui publie des livres pour ses seuls élèves ; les mots y sont détournés de leur signification et la véritable voie n’y est point indiquée. Dans le même tome III du Theatrum chymicum latin (4) un traité anonyme (5) fait mention d’un parlement philosophique ou hermétique en France,
(1) Manuscrit de 1430 sur les propriétés de l’Elixir.
(2) Francfort et Leipzig, 1728, p. 265 et suiv.
(3) Magnalia mediochymica continuais: Nurnberg, 1680, p.
(4) Tract, secondus aureus de Lapide phil in Theatr.ck.
(5) Antiqui phüosophi Galii delphinatis f anonymi, liber secreti maximi totius mundanæ gloriœ.
dont l’auteur était membre, et qni fonctionnait vers le milieu du quinzième siècle.
En 1586, se réunit à Lunéville une milicia crucifera evangelica , qui ne semblait être qu’une secte protestante (1). On la connaît par l’œuvre d’un théosoohe inconnu : Naometria y seu nuda et primi Libri intus et foris scripti per clavum Davidis et calamum Virgæ similem apertio , etc., etc., (2). Il s’agit ici delà mesure du Temple mystique, du livre écrit à l’intérieur et à l’extérieur ; l’auteur parle de la Rose, de la Croix, du renouvellement de la terre, de la réforme générale.
Dans la Thesaurinella chymica aurea tripartita de Figulus (3), dédiée à l’empereur Rodolphe II, on trouve, après des éloges variés sur les maîtres de Talchimie, que Bernard le Trevisan, qui florissait vers 1453, a connu en Italie quatorze ou quinze philosophes, possesseurs de la pierre, formant une société.
Ce même Figulus, dans la troisième partie de cet ouvrage, a écrit une élégie dédiée à Jean-Baptiste de Seebach, alchimiste, dans laquelle il prophétise, après Paracelse, la venue d’ Elias Artiste (constituet régi - men Christus in orbe nouum).
Semler, à qui nous empruntons ces renseigne-
(1) Bühle, Uber den Ursprung der Rosenkreuzer, etc,,
parue dans le Wirtembergischen Repertorium, III, p. 523, et ce qu’en dit Hr. von Murr.
(3) Terminée à Haguenau le 3 octobre 1607.
ments, se lance ici dans une parenthèse naïve sur la signification de ces mots qui terminent le titre de 1 opuscule en question : Sub regimine vero gubernatoris olÿmpici, Angeli Hagith , anho centesimo XCV1I y etc. Uagiih n’est pas le nom symbolique d’une fraternité secrète, mais simplement le nom d’un génie planétaire* ainsi qu'on le peut voir dans la Magie d'Arbatel, que nous étudierons ultérieurement..
CHAPITRE II
ORIGINE DES ROSE-CROIX
Récapitulons les sources de la tradition occidentale vers le seizième siècle :
1° Les Gnosliques (Kabbale et Mazdéisme informés par l’Evangile) ;
2° Docteurs de l’Eglise catholique ;
3° Alchimistes (étudiant la Nature) ;
4° Kabbalistes espagnols ;
5° Traditions autochtones (légende du Graal), ou druidiques ;
6° Courant arabe.
La manifestation de la Rose-Croix latente va donner la magnifique synthèse de tous ces courants. Nous sommes personnellement certain que cette Fraternité existait tout au moins dès l’ère chrétienne ; nous allons donner les présomptions historiques que nous avons pu recueillir.
Voici ce que dit l’auteur anonyme d'une étude parue dans le Lotus bleu (27 septembre 1895) :
« Les Rose-Croix ont formé, et forment peut-être encore, la Fraternité la plus mystérieuse qui se soit jamais établie sur le sol occidental ; nul homme du monde n’a connu consciemment un vrai Rose-Croix, et la torture à laquelle l'Eglise a mis parfois quelquesuns de leurs membres n’a arraché de leurs lèvres que quelques trompeuses confessions.
« Les Druzes initiés forment encore une fraternité secondaire, à laquelle appartiennent certains Occidentaux ; mais leur champ d’action est limité à l’Asie Mineure, à l’Arabie et à l’Abyssinie. »
Mackenzie parle en ces termes de la Fraternité hermétique d’Egypte dans son Encyclopédie : « Il est une Fraternité qui s’est propagée jusqu’à nos jours et dont l’origine remonte à une époque très reculée; elle a ses officiers, ses secrets, ses mots de passe, sa méthode particulière dans l’enseignement de la science, de la philosophie et de la religion... Si l’on en croit ses membres actuels, la pierre philosophale, l’élixir de vie, l’art de se rendre invisible, le pouvoir de communiquer directement avec l’autre monde, seraient une partie de l’héritage de leur société. J’ai rencontré trois personnes seulement qui m’ontaffirmé l’existence actuelle de cette corporation religieuse de philosophes, et qui m’ont laissé deviner qu’ils en faisaient partie eux-mêmes. Je n’ai pas eu de raison de douter de leur bonne foi ; ils ne paraissaient pas se connaître, ils avaient une honnête aisance, une conduite exemplaire, des manières austères, des habi-
tudes presque ascétiques. Ils me parurent âgés de 40 à 45 ans, posséder une vaste érudition... avoir une connaissance parfaite des langues... Ils ne demeuraient jamais longtemps dans le même lieu et s’en allaient sans attirer l’attention ».
Paul Lucas (Voyage du sieur Paul Lucas, par ordre du Roi, dans la Grèce, l'Asie Mineure, la Macé- doine et l'Afrique, chap. XII) rencontra, à Bournous Bachy, un groupe de quatre derviches qui faisaient partie d’une Fraternité orientale et qui l’étonnèrent énormément. Ils habitaient la mosquée et attendaient, à ce rendez-vous, les trois autres compagnons qui complétaient ce groupe. Ils parlaient également bien toutes les langues des nations civilisées ; ils paraissaient âgés d’une trentaine d’années, mais leur érudition, leur science encyclopédique semblaient attester une vie de plusieurs siècles. La chimie, l’alchimie, la Kabbale, la médecine, la philosophie, les religions leur étaient prodigieusement familières ; l’un d’eux, avec qui Lucas s’était plus particulièrement lié, lui assure que la pierre philosophale permettait de vivre un millier (?) d’années. Il lui raconta l’histoire de Nicolas Flamel, qu’on croyait mort et qui, disait-il, vivait aux Indes avec sa femme. A travers ces quelques exagérations, on peut reconnaître que Paul Lucas s’était trouvé en contact avec des Initiés. « Dans le Theatrum chemicum (éd. de 1613, p. 1028), un évêque de Trêves, le comte de Falkenstein, est nommé, au seizième siècle : Illustrissimus et serenissimus princeps et pater philososophorum. Or, il était un officier supérieur des Rose-
HISTOIRE DES ROSE-CROÎX
Croix, ainsi qu’il résulte du titre d’un manuscrit actuellement en ma possession, et que voici : Compendium totius philosophiœ et Alchymice Fraternitatis Rosæ-Crucis, ex mandato Serenissimi Comitis de Falkenstein, Imperatoris nostri, anno Domini
« Ce manuscrit contient des théories alchimiques dans le sens de ce temps et une collection de procédés précieux pour la connaissance de l’Alchimie pratique. Il ne faudrait pas y chercher une philosophie ou théosophie dans le sens attribué de nos jours à ces termes; le mot Philosophiü n’y est pris que dans l’acception d 'Alchimia ou d ePhysica. Toutefois, ce manuscrit offre encore un intérêt historique particulier en ce que ce comte de Falkenstein y est pour la première fois désigné par ce titre d ’lmperalor, qui devait subsister à travers les siècles, et surtout parce que la dénomination de Fraternitas Rosœ- Crucis y apparaît pour la première fois aussi. Il est vraisemblable que la Fraternité secrète des Alchimistes et des Mages avait consacré sa dénomination parle symbole, si fréquent dans ce temps, de Rosaria comme l’écrivaient Arnaud, Lulle, Orlbolan, [loger Bacon et d’autres encore. C’est celui qui est figuré par la Rosace, ou la plénitude de la magnificence s’ajoute au symbole de la foi chrétienne : la
Biihle affirme que les Thérapeutes et les Esséniens furent les véritables ancêtres des Rose-Croix; lenéo-
(l) Karl Kiesewetter. Passim.
platonisme d’Alexandrie, conservé par les Arabes, aurait également eu une part prépondérante dans leur doclrine. La philosophie de l'Islam exerçait, il faut le reconnaître, vers la fin du seizième siècle, époque où fut constituée la légende de Rosencreutz, sur les amants du mystère la même attraction que fait aujourd’hui la philosophie de l’Inde. Cette remarque prend beaucoup de vraisemblance si l’on se rappelle qu’à cette époque des relations de voyages aux pays musulmans avaient pu donner l’éveil à des esprits curieux ; l'étude de la langue et de la philosophie arabes était même inscrite aux programmes de la science officielle. Un phénomène identique s’est reproduit, en particulier chez les Anglo-Saxons, depuis une vingtaine'd’années, à propos des mystérieux Mahatmas du Thibet.
11 faut noter ici, quant à l’origine de la Rose- Croix sous sa forme moderne, que les Noces chimiques disent qu’en 1459, Chr. Rosenkreutz obtint la Toison d'or; c’est le premier signe de la tendance qu'ont montrée les Rose Croix jusqu'au dixhuitième siècle.
11 est parlé de la Toison d'or dans les Noces chy - miques (p. 44 et 45) à côté d’un Lion volant. Au dixhuitième siècle les Rose-Croix ont encore essayé de se confondre avec l’ordre bourguignon, ainsi qu’en témoigne le livre intitulé Wasserstein der Weisen; Hermann Fictuld a lait imprimer VAureum Vellus, avec le traité Azoth et Jgnis , Leipzig, 174#, in-8, pour confondre l’Ordre de Chevalerie, fondé en 1430 avec le secret de Y or potable. Un peu plus tard,
HISTOIRE DES ROSH-CROIX
Semler aurait pu lire comment le bénédictin Pernety explique alchimiquement la conquête de Jason; cette explication se trouve déjà, d’ailleurs dans Paracelse.
Enfin Aloisius Marlianus a laissé un traité alchimique appelé Aureurn Vellus.
Nous continuons à analyser Semler. Dans le livre De Naturœ serre lis quibusdam ad Vulcaniam artis Alchymiœ ante omnia necessariis (1), on trouve à la dernière page la mention : Datum inter Toringam et Cemanam sylvam post Salvatoris nativitatem 1617 ; et à l’avant-dernière page, la requête aux Frères de rompre leur silence, de se montrer compatissants envers les gens de cœur, et en particulier de publier ce catalogue de « livres pseudo-chimiques » dont il est parlé dans la Fama, p. 49, que Christian Rosenkreutz, peut être le fondateur de l’ordre, avait promis, 188 ans auparavant, de donner.
Si l'on retranche de 1618, 188 ans, on trouve 1430, date de la fondation de l’ordre de la Toison d’or.
Le nom même de la Toison d’or, aureurn vellus en latin, goldenen Vlies en allemand, peut facilement devenir goldenen Feusses, or liquide ou potable.
Le signe qui se trouve à la page 89 des Noces est
(1) An die hocherleuchtete und Kunstreiche Herren de philosophischen Fraternitiit vom Rosenkreutz abgangen; von besondern Liebhabera gôtt und natürlicherGeheimniss und loblicher Kunste. Gedruckt, im Jahr, 1618, in-8.
interprété par Semler (1) comme indiquant la période de 1420 à 1520, où vécut Paracelse.
Le même auteur pense que la légende rosi-crucienne date du quinzième siècle et qu’elle a emprunté à un chevalier de l'ordre de la Toison d’or son nom de Piosenkreutz ; opinion que confirme la fameuse inscription du caveau :Post CXX annospotebo, car en déduisant 120 ans de 1613 on se trouve reporté au temps de Paracelse. De sorte, conclut-il, qu’une société rosi-crucienne existait en Italie vers 1410, une dans les Flandres, vers 1430 et une en Allemagne vers 1459 ; il y aurait eu un Caspar Rosencreutz érudit, auteur des Noces thymiques, et un Christian réalisateur. L ’Elucidarius major et VE. Chimicus, 1617, auraient été composés pour fondre ces deux légendes.
Il y eut des essais, des ébauches de Rose-Croix, premiers efforts vers l’idéal d'une société secréte, c’est-à-dire d’une assemblée où soient réunis les types les plus purs de la science et de la sainteté.
La proclamation de la Fama, répondait d’ailleurs à un vœu général : par exemple, les écrits de Denis Zachaire qui ont été souvent reproduits, dans le Petit Paysan et dans d’autres livres allemands, font une mention détaillée des protecteurs de l'alchimie en France : la reine de Navarre, le cardinal de Lorraine, le cardinal de Tournon ; — comme du grand nombre detromperies auxquelles ces recherches donnaient lieu.
Barnaud, avant de publier ses appels en faveur des Rose-Croix, avait voyagé pendant quarante ans, c’est-à-dire depuis 1560, en Espagne et dans presque tous les pays d’Europe, comme médecin, recherchant les amateurs de chimie, pour les entretenir de ses projets et les trouvant parfois jusque sur les trônes. Ainsi Semler (1) affirme que, dès 1575, l’électeur de Saxe, Auguste, connaissait le procédé de la transmutation. Barnaud cite, comme s’intéressant à ces études le chef du Saint-Empire, le duc de Bavière, Ernest, Frédéric, duc de Wurtemberg : Henri Jules, duc de Brunswick; Maurice, landgrave de Hesse; et d’autres seigneurs de l’ordre temporel comme de l’ordre spirituel. Reinhard cite en 1606 (2) parmi les protecteurs des alchimistes, Frédéric, duc de Wurtemberg; Maurice, landgrave de Hesse, et, en 1608, l’empereur, l’électeur de Cologne et le duc de Brunswick.
Egidius Gutman, qui vécut en Souabe, à Augs* bourg, de 1490 à 1584, avait écrit dès 1575 deux énormes in-quarto intitulés Ojjenbarung der gotllichen Majestàt. (Révélations de la Majesté divine), dédiés à Frédéric V, prince palatin du Rhin, au landgrave de Hesse, Maurice, aux princes d’Anhalt, Christian et Auguste, et à quelques autres seigneurs. Son livre circula quelques années manuscrit; il renferme une explication de la Genèse, conçue dans un
(2) Griindliche anslegung und Wahraftige Erklærung der Rhythmorum fratres Basilii Valentini Monachi, Von der Malma etc. Ehingen, août 1606.
esprit de foi candide, où brillent souvent de très hautes lueurs.
Arnold, d’après Breklingius (1) affirme que Gutman était Rose-Croix. D’autre part, J. Sperber affirme en 1615 que, dix-neut ans avant sa parution, la Fama circulait en manuscrit et qu’il en est fait mention dans plusieurs écrits privés. Kazauer en fait remonter l'origine entre 1570 et 1580; Michel Maier donne la date de 1413 (2).
On a dit que son fondateur fut B. Arndius, théolo ¬ gien et ami de Valentin Andréas, parce qu’il fut un esprit avancé et un alchimiste; mais cette opinion n’a pas de fondement. Beaucoup indiquent Paracelse, Tauler, Thomas a Kempis,Valentin Weigel (cf. Arnold) parce que les Rose Croix les recommandent beaucoup et que leurs doctrines présentent certains points de ressemblance.
D'après Cohausen (Hermippus redivivus, t. II), l’alchimiste Artephius, qui vécut plus de trois cents ans, est le patron des Rose-Croix; il eut pour maître Bolénus.
Lud. Conr. Montanus (von Bergen) (3) raconte qu’il a connu les premiers Rose-Croix, qu’il a souvent assisté à leurs réunions et qu’il a été renvoyé de chez eux en 1622, à Haag, pour un motif futile.
(3) Grundliche Anweisung zu der wahren hermetùchen Wissenschaft, etc. (tiré d’un très ancien manuscrit de Bamberg par Job. Ludolph ad Indagine). Francfort et Leipzig,
Ils l’avaient induit en erreur pendant trente ans ; leurs Voies chimiques ne sont qu’un tissu de mensonges. Si nous ne nous occupons que du point de vue historique, il résulte de ce passage que Montanus a commencé à travail 1er avec les Rose-Croix en 1592, qui est l’époque où Barnaud était dans les Pays-Bas. La Société d’isaac le Hollandais serait ainsi la mère de la Société germanique. Hermann Ficluld dit dans le même sens (1) qu’ « après la mort du duc Charles de Bourgogne, les possesseurs du grand secret se retirèrent avec leur haute science, et qu’alors un nouvel ordre fut fondé par les détenteurs de la science hermétique, sous le nom de Société ou Fraternité des Rose-Croix d’Or, nom qui a été conservé jusqu’à ce jour(2) ».
Yon Mürr a eu entre les mains une correspondance chimique entre Crollius, Zalzer, Scherer et Ileyden, chambellan de l’empereur Rodolphe II, s’étendant de 1594 à 1596; on n’y fait mention d’aucune société rosi-crucienne (3) ; mais cela prouve simplement soit que ces chimistes n’ont pas connu de société sembable, soit qu’en connaissant une, ils n’ont point voulu en parler.
A la même époque Agrippa écrit :
« Il existe aujourd’hui quelques hommes remplis de sagesse, d’une science unique, doués de grandes vertus et de grands pouvoirs ; leur vie et leurs mœurs
(1) Azoth et Ignù. Aureum Vellus, p. 147.
(3) Cf. Ueber den wahren Ursprung der li. C., p. 11, 58, 66.
sont intègres, leur prudence sans défaut ; par leur âge et leur force ils seraient à même de rendre de grands services dans les conseils pour la chose publique ; mais les gens de cour les méprisent, parce qu’ils sont trop différents d’eux, qui n’ont pour sagesse que l’intrigue et la malice, et dont tous les desseins procèdent de l’astuce, de la ruse qui est toute leur science, comme la perfidie leur prudence, et la superstition leur religion. » (Cité par Fludd.)
Dans l’édition de Leipzig, 1658, in-8, de YAperta Area arcani artificiosissimi (1), etc., on trouve deux réponses des Rose-Croix à leurs disciples ; le livre luimême est rosi-crucien ; la première partie du Petit Paysan est datée du 9 juillet 1598. De toutes ces conjonctures Semler tire la conclusion que dès l’an 1597 une société de savants pris dans toutes les classes de la société s’est constituée, que les membres s’en sont partagé la besogne pour écrire des livres de magie, de polémique, d’alchimie ou de théosophie.
D’autre part, si nous lisons le Prodromus Fr. R. C. (2) pages 3 et nous y trouvons une théorie de l’indication d’un nouveau commentaire sur la Genèse que les F.F. se proposent de publier, dans lequel on expliquera quelle est la matière des cieux et de l’uni-
(2) Kurzer Bericht von dem Fundament der hohen Kunsl Voarchadumiae, wider die falschen und unlreuen Alchymisten ; 2. De auro et luna potabili. 3. Tab. smaragd. clariss. flermetis Trismegisti explicatio, loh. Garlandi, angli , sonsten llortulanus gennnnt. — Magdebourg, chez Iohann Franken,
vers, de quelle façon l’eau s’est coagulée, etc. toutes choses qui sont expliquées dans le livre de Gutman.
Le chimiste Johann Schaubert, de Nordhausen, parle, dans la préface d’un livre publié 161)0 (1) de vagabonds trompeurs, d’alchimistes indignes, de blancs-becs, qui veulent se rassembler et qui prétendent lui avoir appris ce qu’il sait, tandis qu’il a des lettre d'eux à lui, datées de 1590; il termine en louant Paracelse etThurneisser. Semler (2) pense que ces a blancs-becs t> désignent les Rose-Croix.
D’autre part l’auteur de l'Echo der von Golt erleuchteten Fraternücit etc., imprimé en 1620 à Dantzig, date la première préface du 1 er novembre 1615, et la seconde de Juin 1597. 11 y parle de la fondation d’un collège,entreprise à laquelle il travaille. Le même a vu en Souabe, le manuscrit de l’œuvre de Gutman ; il prétend que le sommaire en est le même que celui des soixante-dix livres d’Esdras et qu’il constitue le résumé de la Magie divine ; il ne fait pas mention de l’histoire de Rosencreutz ; la fabrication de cette légende doit-être postérieure, c’est-à-dire n’avoir eu lieu que dans les premières années du dix-septième siècle.
Nous avons résumé assez de documents pour en déduire les mêmes conclusions historiques que Semler ; Avant 1600 ou 1603, comme le dit Y Apologie, il n’y a pas eu de fraternité rosi-crucienne : quoique des fraternités hermétiques ou des sociétés hertné-
(2) De ta Transmutation des métaux, liv. I, ch. II.
tiques aient déjà vécu dans plusieurs pays, il y avait eu aussi un R.ex physicorum, et en France un Parlamentum hermeticum ,'en Angleterre, plusieurs personnages s’étaient fait délivrer au quinzième siècle des privilèges royaux pour l’étude de 1 alchimie. Le Philalèthe(l) estime également trop subtiles et chimériques ces généalogies qui remontent au déluge, et, historiquement parlant, nous sommes de son avis. Les Thérapeutes devraient, à ce compte, avoir été Rose- Croix, puisque Ezéchiel en parle, ainsi que les Carmélites, puisque le prophète Elie leur donna leur règle.
« Quand vers la fin du règne d’Henri IV, le monde profane entendit parler pour la première fois d’une association très occulte de théosophes-thaumaturges, les Rose-Croix dataient de plus d’un siècle. Ils tiraient leur nom d’un emblème pantaculaire de tradition chez eux, le même que Valentin Andréa (ou plutôt Andréas), le grand maître d’alors, portait gravé sur le chaton de sa bague : une croix de Saint- Jean, dont l’austère nudité s’égayait au sourire des quatre roses épanouies à ses angles.
« L'on a beaucoup dit que l’ordre ne remontait pas au-delà de ce Valentin Andréas. Erreur manifeste. Si nous invoquions, pour la combattre, cet article des statuts qui ordonnait de dissimuler durant cent vingt ans l’existence de la mystique fraternité, l’on pourrait estimer la preuve insuffisante. Mieux valent d’autres arguments. Bien avant l’année 1613, où parut le manifeste des Rose-Croix, et même avant 1604
(1) Hanovrae, 1609, in-folio fig.
où le monde se prit à soupçonner leur existence, nous relevons çà et là, des vestiges non équivoques de leur association : ils abondent, pour qui sait lire, dans les écrits des adeptes du temps.
« Veut-on des exemples? — Tous les arcanes rosicruciens sont figurés en l’un des pantacles de l’Amphitheatnm sapienliœ œternœ (1), où Khunrath a dessiné un Christ, les bras en croix, dans une rose de lumière. Or le livre de Khunrath porte une approbation impériale en date de 1598. Mais c’est surtout à Paracelse, mort en 1541, qu’il faut demander les preuves décisives d'une Rose-Croix latente au seizième siècle. On peut lire en son traité De Mineralibus (tome II, p. 341-350) de l’édition de Genève (2), l’annonce formelle du miraculeux avènement qui devait confondre le prochain siècle : « Rien de caché « dit-il qui ne doive être découvert. C’est ainsi « qu’après moi paraîtra un être prodigieux qui révélera bien des choses ». (De Mineralibus).
« Quelques pages plus loin, Paracelse précise sa pensée, par l’annonce de certaine découverte « qui doit rester cachée jusqu’à l’avènement d’EuE Artiste. (De Mineralibus, 8.)
« Elias Ârtista! Génie recteur des Rose-Croix, personnification symbolique de l’Ordre, ambassadeur
(2) Il vient... dans le texte latin le mot venit pourrait se rapporter à tempus et à œtas. En refusant ce sujet au verbe venit nous nous guidons sur une tradition rosicrucienne relative à Elie-Artiste, dont les frères sous-entetident fréquemment le nom.
du saint Paraclet ! Paracelse le Grand prédit ta venue, ô souffle collectif des généreuses revendications, Esprit de liberté, de science et d’amour qui doit régénérer le monde !
« Ailleurs Paracelse est plus formel encore. Ouvrons sa stupéfiante Pronosticalion, recueil de prophéties dont l’unique édition porte la date de 1536. Qu’y voyons-nous, figure XXVI ? Une rose épanouie dans une couronne, et le mystique digamrnci (F) emblème de la double croix greffé sur celte rose. Or, voici la légende qu’on lit au bas : « La Sibylle a profit phétisé du digamma éolique. Aussi est-ce à bon « droit, ô croix double, que tu fus entée sur la rose : « lu es un produit du temps, venu à maturité pré- « coce. Tout ce qu’à prédit de toi la Sibylle s’accom- « plira infailliblement en toi, devant même que l’été k ait produit des roses. Triste époque, en vérité, que « la nôtre, où tout se fait sens dessus dessous. Ce « désordre est bien le plus évident symbole de l'hu- « manité inconstante. — Mais Toi! constamment « d’accord avec toi-même, toutes tes aflaires seront « stables ; car tu as bâti sur la bonne pierre ; telle la « montagne de Sion, rien ne pourra t’ébranler ja- « mais; toutes choses favorables t'arriveront comme « à souhait, si bien que les hommes confondus crie- « ront au miracle. Mais le temps et l’âge propice ap- « porteront ces choses avec eux ; quand sonnera « l’heure, il faudra bien qu’elles s’accomplissent, et « c’est pour cela qu’il vient (1) ». (Version textuelle).
(1) Das ist erô/Jneten und cfjenbarcnden Kasten der aller-
« Qui donc doit venir? Lui, l’Esprit radiant de l'enseignement intégral de Rose-Croix : Elie-Artiste !
« Nous n’aurions nul embarras à produire, si besoin était, d’autres textes non moins formels, à l’encontre de l’opinion assez répandue qu’Andréas fut l’inventeur des Rose Croix,
« Les légendes rosicruciennes ne nous arrêteront pas. Ce n’est point le lieu de disputer si l’histoire du fondateur Chrétien Rosenkreutz est purement légendaire ou si un gentilhomme de chair et d’os, né en Allemagne vers 1378, parvint après un long périple aux contrées d’Orient à se faire ouvrir le sanctuaire de la Kabbale par les sages de Damcar (probablement Damas) ; et si, de retour en Allemagne, ayant transmis à quelques fidèles le dépôt des arcanes, il devint l’ermite du mystère et coula une longue vieillesse au fond d’une caverne où la mort l’oublia jusqu’en
« Qu’enfin celte grotte, sépulcre de Rosenkreutz, n’ait été découverte qu’en 1604, cent vingt ans après le décès du mage, conformément à l’étrange prophétie qu’on a pu lire, gravée sur la paroi du roc:
« Après six vingt ans, ie seray descouvert » (1).
« Aucun érudit, écrit le docteur Franz Hartmann, la promoteur de la Société tbéosophique en Allemagne, n’a trouvé de preuves certaines que Paracelse
grôslen und Kümtlichsten Geheimnisse des grnssen und Kleinen Bauers ; heneben der rechien und ivalirhafftigen physica nalurali Rotunda durch eine visionem chymicam cabbalisticam gam umsiündlich beschritben.
(i) S. de Guaita, Passim.
appartint à la R. G. ou que cette fraternité existât à cette époque. Cependant, de ce fait que Paracelse devait être à Constantinople en 1521 (1), et qu il y reçut la pierre de Salomon Trismosinus ou Pfeiffer, un compatriote, qui possédait la panacée universelle, et qu'un voyageur français vit encore à la fin du dixseptième siècle (2), nous serions assez dispose à inférer que le célèbre spagyriste connut Tordre de la Rose- Croix, sans en faire partie, alors que cet ordre était encore dans le sommeil. »
« Pendant que les guerres de religion ensanglantaient le monde, les sociétés secrètes de l'illuminisme, qui n’étaient que des écoles de théurgie et de haute magie, prenaient de la consistance en Allemagne. La plus ancienne de ces sociétés paraît avoir été celle des Rose-Croix, dont les symboles remontent au temps des Guelfes et des Gibelins.
« La rose, qui a été de tout temps l'emblème de la beauté, de la vie, de l’amour et du plaisir, exprimait mystiquement la pensée secrète de toutes les protestations manifestées à la Renaissance. C était la chair révoltée contre l'oppression de l'esprit ; c’était la nature se déclarant fille de Dieu, comme la grâce, c’était l'amour qui ne voulait pas être étouffé par le célibat ; c’était la vie qui ne voulait plus être stérile ; c’était l’humanité aspirant à une religion naturelle, toute de raison et d’amour, fondée sur la révélation des harmonies de l'être, dont la rose
(1) Van Helmont, Tartari Historia.
(2) Fictuld, Aurnem Ve Uns , Rorsbach. 1598.
était pour les initiés le symbole vivant et fleuri.
« La rose, en effet, est un pantacle, elle est de forme circulaire, les feuilles de la corolle sont taillées en cœur, et s’appuient harmonieusement les unes sur les autres ; sa couleur présente les nuances les plus douces des couleurs primitives, son calice est de pourpre et d’or. Nous avons vu que Flamel, ou plutôt le livre du Juif Abraham en taisait le signe hiéroglyphique de l’accomplissement du grand œuvre. Telle est la clefdu roman de Clopinel et de Guillaume de Lorris. La conquête de la rose était le problème posé par l’initiation à la science pendant que la religion travaillait à préparer et à établir le triomphe universel, exclusif et définitif de la croix....
« Réunir la rose à la croix, tel était le problème posé par la haute initiation, et en effet la philosophie occulte étant la synthèse universelle, doit tenir compte de tous les phénomènes de l’Etre. La religion, considérée uniquement comme un fait physiologique, est la révélation et la satisfaction d’un besoin des âmes. Son existence est un fait scientifique: la nier, ce serait nier l’humanité elle-même. Personne ne l’a inventée, elle s’est formée comme les lois, comme les civilisations, par les nécessités de la vie morale ; et considérée seulement à ce point de vue philosophique et restreint, la religion doit être regardée comme fatale si l’on explique tout par la fatalité, et comme divine si l’on admet une intelligence suprême à la source des lois naturelles. Il suit de là que le caractère de toute religion proprement dite étant de relever directement de la divinité par une
révélation surnaturelle, nul autre mode de transmission ne donnant au dogme une sanction suffisante, il faut en conclure que la vraie religion, naturelle c’est la religion révélée, c’est-à-dire qu’il est naturel de n’adopter une religion qu’en la croyant révélée, toute vraie religion exigeant des sacrifices, et l’homme n’ayant jamais ni le pouvoir, ni le droit d’en imposer à ses semblables, en dehors et surtout au-dessus des conditions ordinaires de l’humanité.
« C’est en partant de ce principe rigoureusement rationnel que les Rose-Croix arrivaient au respect de la religion dominante, hiérarchique et révélée. Ils ne pouvaient par conséquent pas plus être les ennemis de la papauté que de la monarchie légitime, et s’ils conspiraient contre des papes et contre des rois, c’est qu’ils les considéraient personnellement comme des apostats du devoir et des fauteurs suprêmes de l’anarchie(1) ».
j,| Les considérations philosophiques qu’on vient de lire représentent les opinions générales que peut avoir sur le sujet un initié non chrétien. Les contemporains des Rose-Croix étaient plus incertains sur l’origine de ces mystérieux thaumaturges.
Libavius reproduit l’avis commun que la R -+- C est un fruit paracelsique ; la théorie du paradis sur terre, ajoute-t-il, est anabaptiste ; comme il est dit que l’Antéchrist doit apporter la magnificence sur notre planète, ii est problable que cette fraternité est
(t) Elipims Levi, Hist. de la Magie.
antéchristique (1). Il se peut aussi que ce que dit la Fama au sujet de la réforme du monde et de leur collège soit symbolique ; ils estiment la Bible, tout en désirant qu’on ne la vulgarise pas ; ils ne reconnaissent comme les anciens gnostiques que deux sacrements, le baptême et la cène ; comme avec cela, ils condamnaient le Pape avec Mahomet, la plupart des libelles publiés à leur sujet n'ont fait que discuter s’ils étaient pour ou contre la confession d’Atigsbourg; bien que la plupart d’entre les frères fussent nés dans le protestantisme, aucun d’eux cependant n’a daigné donner son avis là-dessus ; ils étudient dans l’homme les propriétés de Gabalis, l’homme sidérique de Crollius; ils affirment cependant que Paracelse n’éiait pas de leur société, mais qu’il a cependant dû lire le Liber Mundi.
L'un croit la R •+- C, société séditieuse ; l’autre la croit réformatrice religieuse ; un troisième, alchimique ; un quatrième, magique ; un cinquième, paracelsique; un sixième, une folie. En présence de ce chaos, Théophile Philarète s’abstient de la juger; c’est un parti que prennent bien peu de gens. La grande majorité l’attaque comme athée et anarchiste. Ainsi font Libavius, Gabriel NaudéetRircherqui.plus tard, dans son Mundus subterraneus (298, col. 2) s’exprime ainsi :
Impium genus hominum, et diabolico commercio
(1) Gf. Lud. Malvendus, Von der sonderharen Geheimnisen des Antichrist , trad.en allemand, par Ægidius Albertinus ; •
- ’ _àÈüIZ
lumidum cujus modi fuerent. C. Agrippa quem a dœmone tantum suffocatum , Sendivogius, Fludd, Macchio de Villena... quorum dogma licitum esse a diabolo discere nonnihil, omnipotentes in res naturales sed hoc pacto ut unum semper ex decem occiderent !
Michel Maïer, in Symbola aureæ mensœ, p. 290, raconte une autre histoire : Voyageant en Angleterre, il apprit qu’il s’était élevé entre Fez et Maroc un prophète nommé Mullée on Ahmet ben Abdallah. L’empereur MulleySidan ayant marché contre lui fut battu par la poignée de fidèles qui l’entouraient. Or certains prétendent que les R. C., originaires de Barbarie, entrés par l’Espagne,auraient pris naissance de ce prophète thaumaturge.
Enfin, Adam Haselmeyer, secrétaire de l’archiduc Maximilien, voit déjà des jésuites en eux.
Michel Potier, in De Philosophia pura, en parle : il promet le secret de la pierre contre récompense.
Combach leur dédie son livre sur la métaphysique , et Schweighardt le sien, intitulé Spéculum Sophisticum Rhodoslauroticum.
Goclenius a réfuté : Clypeus veritatis, Spéculum comtantiœ, Fortalitium scientice.
Les PP., Gaultier S. J., dans sa Chronologie, et Robert également jésuite estiment que ce sont des anabaptistes plutôt que des magiciens.
Le P. Garasse est à peu près de la même opinion.
Naudé croit qu’ils tiennent leur doctrine de Trithème et de Picatrix (1256).
Le P. Robert S. J. in Goclenius lleautontimorou-
menos, sect. 17, et Libavius in De philosophia harmonica magica fratrum de Rosea Cruce, ont remarqué une quantité d’erreurs et de contradictions dans leurs écrits.
Voici ce que dit en subtance la Fuma, publiée à Francfort-sur-le-Mein en 1617 :
« Vers le commencement du quatorzième siècle, naquit en Allemagne, d’une famille noble, Christian Rosencreutz, qui devint de bonne heure orphelin; il fut élevé dans un couvent, qu’il quitta dès l’dge de 16 ans pour aller voyager en Asie, en Arabie, en Egypte et au Maroc. Il apprit, dans ces voyages, dans les conseils des sages qu’il fréquenta, une science universelle harmonique dont se moquèrent les savants européens, auxquels il voulut la communiquer.il puisait cette science dans le LiberMundi (livre du monde) qu’a connu aussi un certain Théophraste. Il conçut un plan de réforme universelle : politique, religieuse, scientifique et artistique, pour l’exécution duquel il s’associa les frères G. V., L. A., et I. 0., auxquels il adjoignit le Fr. B. peintre, les fr. G. G. et P. D. Il leur communiqua sa langue magique, leur demanda le vœu de chasteté et leur donna leur nom de Rose- Croix. Ils se soumirent à six obligations que voici :
1. Pas d’autre profession que de guérir :
2. Pas d’uniforme ;
3. Se réunir chaque année au jour de l’an au Temple du Saint-Esprit ;
4. Se choisir un disciple ;
5. Garder le sceau R. C.
6. Demeurer cachés 100 ans.
Le père gardaun an les fr. B. et D. ; puis ce fut le tour de son cousin et du fr. I. 0. ; Fr. 1.0. mourut le premier en Angleterre; il était fort savant en cabale.
Leurs tombes sont inconnues.
Après cette mort, C. R. rassemble les Fr. et s’occupe de son tombeau. Fr. D. fut le dernier de la première souche; son successeur fut A. Parmi les livres de leur Bibliothèque philosophique Axiomata est le plus important, RotæMundi, le plus ingénieux, Protheus le plus utile. Après la mort de A. à Narbonne, le Fr. NN prêta le / idei et silentii Juramentum; A. lui avait confié la prochaine ouverture de la Société ; il était architecte. En ouvrant le tombeau du père, il trouva l’inscription :
Post CXX annos patebo.
Ce tombeau hypothétique a été décrit par Thomas, Vaughan en 1652. Il occupait le centre du Temple du Saint-Esprit. Le sépulcre est à sept côtés ; chaque côté est large de 5 pieds et haut de 8. En haut était suspendu un soleil artificiel qui avait emprunté au soleil physique le secret de l’éclairage. Au milieu un autel rond, avec les lettres.
Hoc universi compendium unius mihi sepulchrum feci.
En exergue : Jésus mihi omnia.
Au milieu, quatre figures inscrites dans des cercles, portant chacune l’une des devises suivantes :
Neqiuiquam vacuum.
Legi.s Jugum.
Libertas Evangelii.
Dei gloria intacta.
Le plafond est divisé en triangles, rempli? de figures secrètes ; chaque côté en dix carrés avec des sentences et des figures qui sont celles du livre Concenlratum. La momie tient dans ses mains le livre T., celui qui remplace tous les autres ; à ses côtés sont sa Bible, son Vocabulaire, son Itinéraire et sa Vie (1).
Une dernière inscription relate les travaux du Père et porte la signature de cinq frères du premier cercle et de trois du deuxième.
Fr. R. G. Junior, hœres S. Sjiiritus.
Fr. G. G. m. P. I., cabaliste.
Fr. F. B. M. P. A., peintre et architecte.
2e Fr. P. A., successeur de I. 0., mathématicien.
Fr. A., successeur de P. D.
Fr. R., successeur de Ch. R.
(1) Soit cinq livres : de même que les Chinois ont5 Kiogs, les Hindous, 4 Vedas et le Manava-Dharma-Shastra ; les Israélites, le Pentaleuque ; les Chrétiens, les Evangiles et l’Apocalypse.
Le tout est terminé par la triple devise :
Ex Deo nascimur.
In Jesu moriemur.
Per Spiritum Sanctum reviviscmus.
Libavius donne ainsi l’épitaphe de Rosencreutz ;
Vir sui seculi divinis revelationibus subtilissimis imaginibus in defessis laboribus ad cœlestia, atque Humana mysteria arcanave admissus.
On n'a aucune indication sur ce que devint le corps de Christian Rosencreutz. La tradition enseigne qu'il fut enlevé au Ciel, comme cela arrive pour une certaine classe d’adeptes, tels Hénoeh, Elie, Moïse ; certains ajoutent sans certitude h ces noms vénérables celui de Francis Sehlalter, le thaumaturge alsacien qui opéra aux Etats-Unis vers 1897.
CHAPITRE III
SYMBOLISME DE LA ROSE CROIX RÈGLES DE L’ORDRE
On a proposé une foule d'hypothèses pour expliquer le titre de Rose-Croix.
Selon la première, ce nom viendra du fondateur de la fraternité. Christian Rosencreutz; Mais les recherches des érudits ont prouvé, comme on a pu le voir, dans le cours de cette étude, que ce personnage était très probablement légendaire.
La seconde hypothèse fait venir le mot du latin Ros, rosée, et Crux, croix ; elle est due àMosheimius, ainsi que nous l’apprend Waite, et on la retrouve dans Y Encyclopédie de Ree et dans d’autres publications. <£ Parmi tous les corps de la Nature, la rosée était celui qui possédait le plus grand pouvoir dissolvant sur ’or ; la croix, en langage alchimique, représentait la lumière. Lux, parce que toutes les lettres de ce mot peuvent se retrouver dans la figured’une croix. Or la
lumière est appelée la semence ou le menstrue du dragon rouge, lumière grossière et matérielle qui digérée et transformée, produit l’or. Si l’on admet tout ceci, un philosophe rosicrucien sera celui qui cherche, par le moyen de la rosée, la lumière ou pierre philosophale (1). a Cette opinion est déduite de Gassendi (2) qui lui-même la puisa dans un article des Conférences publiques de Renaudot. L'auteur dudit article admet que la rosée n’est autre chose que de la lumière coagulée, soumise à une coction et à une digestion convenable, on en tire la vraie matière des philosophes ; pour se distinguer dans la suite des temps par la perpétuation de leur secret, les adeptes se désignèrent sous le nom de « Frères de la Rosée Cuite ». Cette opinion ne doit recueillir que peu de créance car la généralité des auteurs alchimiques n’entend par rosée qu’une vapeur métallique qui se produit sous les signes de ff et de la ^ du zodiaque chimique qui diffère du zodiaque astronomique (3).
La troisième hypothèse explique cette dénomination par la rose et la croix ; c’est celle qui a conquis le plus de partisans et qui fournit le plus grand contingent d’explications symboliques.
« La rose, dit Eliphas Levi, qui a été de tout temps l’emblème de la beauté, de la vie, de l’amour et du plaisir, exprimait mystiquement toutes les pro-
(1) Mosheim, liv. IV, sect. I.
(2) Examen Philosophiæ Fluddanæ, secl. 15, III, p. 261.
(3) Voir Pernetv. Dictionnaire mytho-hermétique.
testations manifestées à la Renaissance... Réunir la rose à la croix, tel était le problème posé par la haute Initiation ».
La rose blanche, plus particulièrement consacrée à la Vierge Marie, à Holda, à Freia, à Vénus-Uranie, était le symbole du silence et de la prière (1).
M. Arthur Edwad Wàite nous apprend que la rose était déjà employée dans le symbolisme des légendes brahmaniques. Dans l’un des paradis indous il y a une rose d’argent qui contient l’image de deux femmes brillantes comme des perles. Elles apparaissent unies ou séparées suivant qu’on les regardait du ciel ou de la terre. Au point de vue céleste, on l’appelle la déesse de la bouche ; au point de vue terrestre, la déesse ou l’esprit de la langue (2). Dieu réside au centre de cette rose. Indra et Buddha ont été crucifiés sur une rose qui est probablement la même que celle de Saron.
Selon Michel Maïer, l'explication des deux lettres R. G. se trouverait dans les symboles de la sixième page de la Table d’or. Le R représenterait Pégase,et le G, si l’on en néglige le son, représenterait le lis. « Que la connaissance de l’Arcane soit la clé ! s’écrie Maïer ; je te donne le secret d. wmml. zii. v. sgqqhka. x. ouvres si tu le peux... N’est-ce pas le sang du Lion rouge ou les gouttes de la fontaine d’Hippocrène (8)? » On sait que la rose rouge germa du sang d’Ado-
(1) Hildéric Friend, Flowers and Flowers Lore .
(2) On se souvient du texte de Psautier de l’Eglise latine : Sapienlia quœ ex ore Altissimi prodiit .
nis, que Pégase naquit du sang de Méduse, et que la fontaine d’Hippocrène jaillit d’un rocher frappé par le sabot de Pégase.
L’auteur du Summum Bonum que l’on suppose être Robert Fludd, dit que les lettres F. R. G. signifient Foi, Religion, Charité, et que le symbole de la Rose-Croix représente le bois du Calvaire vivifié par le sang du Christ (1).
Rappelons tout d’abord ce que disait il y a quinze ans, un des collaborateurs de l 'Initiation ;
« Après les emblèmes en triangle, le sceau du Brahalma et le triangle de la sainte syllabe, l'emblème maçonnique le plus ancien que nous ait légué le sacerdoce antique est celui de la Rose-Croix.
Ce dernier attribué à Hermès Thot, nous est venu des temples de l’Egypte en passant par la Chaldée, intermédiaire forcé, attendu que c’est parmi les mages, sur les confins du Tigre et de l’Euphrate, que Cambyse, après la conquête de l’Egypte, transporta tous les prêtres de ce pays, sans aucune exception et sans retour.
« La Rose-Croix personnifiait pour les initiés l’idée divine de la manifestation de la vie par les deux termes qui composent cet emblème. Le premier, la rose, avait paru le symbole le plus parfait de l’unité vivante ; d’abord parce que cette fleur multiple dans son unité, présente la forme sphérique, symbole de l’infini ; en second lieu, parce que le parfum qu’elle exhale est comme une révélation de la vie.
(1) YiEKMi’ùOi,Conférences publiques, p.509 et \\ aito p. 10.
« Cette Rose fut placée au centre d'une croix parce que cette dernière exprimait pour eux l’idée de la rectitude et de l’infini : de la rectitude par l’intersection de ses lignes à angle droit et de l’infini parce que ces lignes peuvent être prolongées à l’infini et que, par une rotation faite par la pensée autour de la ligne verticale, elles représentent le triple sens de hauteur, largeur et profondeur.
« Cet emblème eut pour matière l’or qui , en langage occulte, signifiait lumière et pureté; et entre les quatre branches de la croix, Hermès Thot avait inscrit les quatre lettres I. N. R. I. dont chacune exprimait un mystère (Initiation , 1889).
Les mêmes idées sont exprimées par le voyant que fut Villiers de l’Isle-Adam, en l’âme de qui ont fleuri, ce semble, toutes les lumières appelées par les travaux d’une longue ascendance d’ancêtres chrétiens :
« Ce talisman de la Croix stellaire est pénétré d’une énergie capable de maîtriser la violence des éléments. Dilué, par myriades, sur la terre, ce signe, en son poids spirituel, exprime et consacre la valeur des hommes, la science prophétique des nombres, la majesté des couronnes, la beauté des douleurs. Il est l’emblème de l’autorité dont l’Esprit revêt secrètement un être ou une chose. Il détermine, il rachète, il précipite à genoux, il éclaire !... Les profanateurs eux-mêmes fléchissent devant lui. Qui lui résiste est son esclave. Qui le méconnaît étourdiment souffre à jamais de ce dédain. Partout il se dresse, ignoré des enfants du siècle, mais inévitable.
« La Croix est la forme de l’Homme lorsqu’il étend
les bras vers son désir ou se résigne à son destin.
« Elle est le symbole même de l’Amour, sans qui tout acte demeure stérile. Car à l’exaltation du cœur, se vérifie toute nature prédestinée. Lorsque le front seul contient toute l’existence d’un homme, cet homme n’est éclairé qu’au-dessus de sa tête. Alors son ombre jalouse, renversée toute droite au dessous de lui, l’attire par les pieds pour l’entraîner dans l’invisible. En sorte que l’abaissement de ses passions n’est, strictement, que le revers de la hauteur glacée de ses esprits. C’est pourquoi le Seigneur dit : Je connais les pensées des sages et je sais jusqu’à quel point elles sont vaines (1). »
Quels rnagniliques pensers ! Ne contiennent-ils pas virtuellement, tout ce que l’on peut dire sur le symbole mystérieux ; et les documents qui suivent ne font plus alors que satisfaire notre curiosité.
La légende du chevalier Christian Rosenkreutz semble être une simple histoire mythologique d’invention allemande. Elle peut, au point de vue occultiste, donner lieu à plusieurs interprétations.
Selon Maïer, la date de l’origine des Rose-Croix
En effet :
Rosenkreutz est né en.1378
Il part à. 16 ans
Il voyage pendant. 6 »
Il travaille seul, au retour, pendant . . 13 »
Il ne recrute donc ses premiers disciples
(1) Villiers de l’Isle adam, Y Annonciateur .
Mais tout cela, ajoute notre auteur, ne sont que conjectures (Thémisaurea, ch. III).
Nous remarquerons que Rosenkreutz a été à Damas, comme saint Paul, pour y trouver le Christ vivant dans la Nature; c’est pour cela que ses disciples confessaient et confessent encore Jésus, et nous renverrons le lecteur à l’étude des Noces chymiques qui peut donner lieu à toutes les adaptations de cette légende.
La Rermanie, où est situé le quartier général des Rose-Croix n’est pas, selon Michel Maïer, le pays géographiquement connu sous ce nom, mais la terre symbolique qui contient les germes des roses et des lis, où ces fleurs poussent perpétuellement dans des jardins philosophiques dont aucun intrus ne possède l’entrée (1).
Chr.-Stéphane Kazauer rapporte une tradition d’après laquelle la Fraternité Rosi-Crucienne viendrait d’üsée selon ces paroles :
Israël ut Rosa (lorebit et radix ejus quasi Libanon
Il remarque aussi que les armes de Luther portent un cœur percé d’une croix entourée d’une rose, avec ses deux vers :
Der Christen Herz Rosen geht Wanns mitten unterm Grenze steht
Mais cela ne prouve pas que, comme l’assure Arnold, Luther en soit fondateur.
(1) Thémis aurea, ch. III.
niSTOIRE DES ROSE-CROIX
Tous les ordres de chevalerie, dit Maïer, qui combattent pour Dieu, ont, comme sceau, les deux lettres R. C. ; mais le véritable R. C. porte ce sceau en or; il désigne exotériquement le nom de leur fondateur ; exotériquement R signifie Pegasum et C. Jalium : « que la connaissance des arcanes te serve de clef ». En outre la valeur numérique de ces deux lettres constitue la clé véritable de leur signification ( Thémis aurea, ch. XVI). Si on met le soleil entre le G et R, on obtient le mot COR, organe premier de l’hommage et seul sacrifice digne du Seigneur (Id).
En Espagne, on les appelait les Alumbrados, les Invisibles, nom qui leur fut aussi donné en France.
Eusèbe Renaudot cité par Arnold (Cf. Conf. publ .) explique le mot crux par lux et rosa par rore, substance connue et employée par les alchimistes.
Mais, « le père Garasse, dit Naudé (1), a le plus heureusement de tout conjecturé sur les raisons qui ont meu son autheur de luy donner ce titre de Rose-
Est rosa flos Veneris, cuivis guo furta laterent Harpocrati matris doua disant auror
Inde rosam mensis hospcs suspendit amicis Cernuiræ ut, sub ea dicta tacenda, sécant. »
Fludd (2) dit que les Rose-Croix s’appellent Frères parce qu’ils sont tous fils de Dieu ; que la Rose est le sang du Christ, que sans la Croix interne et mys-
(1) Instruction à la France , préface.
(2) Summum bonum .
tique, il n’y a ni abnégation, ni illumination.
Georg. Rosti explique que la Rose est le symbole de leur multiplication et du paradis de fleurs en quoi ils veulent transformer la terre.
Kazauer adonné aussi l’explication des trois lettres F. R. C. comme suit: Fratres Religionis Calvinistice car ils ornent leurs ouvrages de textes chers aux Réformés (1) ; il conclut en les désignant comme des hâbleurs, des fanatiques qui, voulant parfaire les oeuvres superficielles des alchimistes d’alors, tombent par leurs utopies universelles dans l’excès contraire.
Un grand nombre d’écrivains ont cru trouver l’origine des emblèmes de la R. C. dans les Symbola divina et humana de Jacques Typot, historiographe de Rodolphe II, imprimés’à Prague en 1601, in-f ü , intitulée Symbola sanctae Crucis. Rien cependant ne peut autoriser cette opinion ; le pélican qui se Irouve figuré dans cette planche est un symbole admis par l’Eglise dès les Catacombes (Fludd).
Le livre M. (Mystères) rapporté par Rozenkreutz et traduit de l’arabe en latin par lui, devait, d’après Maïer, recevoir une adaptation publique ultérieure ; expliquant cela par une de ces énigmes qui lui sont familières, il ajoute qu’il y a un F. qui est semblable à cet M. plus que deux Menechmes entre eux, et qu’en toute probabilité, aucun autre M. n’est à attendre (Thémis aurea, ch. III).
Le docteur Marc Haven pense que cet F désigne Robert Fludd et ses œuvres.
(t) Voir l’opuscule d’Eusèbe Christian Cruciger.
Voici comment s’explique Michel Maïer au sujet du nom de Rose-Croix,
« Symbolum vero et charaoterismus eorum (fratrum) Mutuae agnitionis ipsio a primo authore praecriptus est in diu abfuit, cum primum haec Fraternilas per aliquod scriplum emapavit, quia mox interpres illarum se obtulerit, qui eas Rose cnn, Crucem significare conjecerit-licelipsi testenturi'ratresin posterioribus scriptis, se ita perperam vocari. Sed ego potius R pro substantiali et C pro adjecta parte habuero contra quam fit in Roseas Crucis voca-
Tchirneysser dit sur le même sujet : « de plus, le public n’est pas dans le vrai quand il nous appelle Rosenkreutzer, du nom du père de notre secte. La raison pour laquelle notre fondateur fut ainsi nommé, nous la tenons secrète et ne l’avons jamais publiée (2). »
RÈGLES ET PRÉCEPTES
Il faut nous faire maintenant une idée de ce qu’on entendait au xvii e siècle par la Rose-Croix ; nous nous bornerons pour cela à rapporter les dires des contemporains.
Voici d’abord les déclarations nettes de la Fania.
(2) Schnelle Bolhscimjt, p. 7.
Chacun des frères est tenu de suivre les règles suivantes :
1° Utiliser les travaux du Père ;
2° Poser un nouveau fondement sur l’édifice de la Vérité ;
3<> Chacun peut en être ;
4° Reposer dans l’unique vérité, allumer le 6 e candélabre ;
3° Ne pas se préoccuper de la pauvreté, de la faim, de la maladie, de la vieillesse ;
6° Vivre à toute heure comme si l’on était là depuis le commencement du monde ;
7° Se tenir dans un lieu ;
8° Lire le L. Mundi ;
9° Enchanter les peuples, les esprits et les princes ;
i0° Dieu augmentera en ce temps le nombre de nos membres.
Voici les motifs qu’ils donnent de se joindre à eux :
i° Fuyez les livres alchimiques, et leurs sentences, et les souffleurs qui cherchent votre argent ;
2° Les R. C. cherchent à partager leurs trésors : mais ceux qui veulent les dérober tombent sous la puissance du Lion (1) ;
3° Ils conduisent à la science de tous les secrets avec simplicité et sans phrases mystérieuses ;
4° Ils offrent plus que des palais royaux ;
5° Ils le font non par leur propre volonté, mais poussés par l’Esprit de Dieu ;
(1) Figure du Princeps hujus mundi.
7° Eveiller les dons qui sont en vous par l’expérience du Verbe de Dieu et par une considération appliquée de l’imperfection de tous les arts;
8° Se tenir en Christ, condamner le pape, vivre chrétiennement;
9° Appeler à notre société beaucoup d'autres à qui la lumière de Dieu est aussi apparue ;
10° Tous les trésors disséminés de la Nature seront partagés entre eux ;
H 0 Saisir tout ce qui est obscur à l’entendement humain.
Ils déclarent que leur panacée ne préserve pas de la mort fatale.
Et bien qu’ils puissent rendre chacun heureux et diminuer la misère du monde, ils ne le font pas, parce qu’on ne peut les trouver qu’après un grand travail et étant envoyé par Dieu.
Leurs pouvoirs : guérir et éviter la maladie, la science occulte, l’embaumement, les lampes perpétuelles, la prophétie, les chants artificiels, la transmutation, etc., constituent ce qu’ils appellent un parergon ; leur œuvre réelle n’est pas indiquée : nous imiterons leur silence en ne faisant que de laisser lire entre les lignes au dernier chapitre du troisième tome de cet ouvrage.
Michel Maïer a consacré un livre, qu’il appelle symboliquement Thémis aurea, à l’exposé des lois plébiscitaires adoptées par les R. f C. Comme le senaire est un nombre parfait, ni trop grand pour créer de la confusion, ni inférieur à l’harmonie, et que celui qui suit la Nature doit obéir à des lois
simples, les adeptes ont accepté six règlements, à savoir :
1° Que nul d’entre eux, s'il est en voyage, ne déclare d’autre profession que celle de soigner gratuitement les malades ;
2° Que nul ne doit être forcé, à cause de son affiliation de revêtir un costume spécial, mais qu’il s’acccommode des habitudes du pays où il se trouve;
3° Que chaque frère est tenu chaque année, au Jour de la Croix, de comparaître devant le Temple du Saint-Esprit, ou de déclarer par lettre les causes de son absence ;
4° Que chaque frère doit choisir avec soin une personne habile et apte à lui succéder après sa mort;
5° Que ce mot R. C. aie pour eux une force de symbole, de caractère et de sceau (1) ;
6° Que cette fraternité doit être cachée cent ans.
Les règles fondamentales de cette société, dit Michel Maïer (2) sont de révérer et de craindre Dieu par-dessus toute chose ; de faire tout le bien possible à son prochain ; de rester honnête et modéré ; de chasser le diable; de se contenter des moindres choses dans la nourriture et le vêtement, et d’avoir honte du vice... Il est puéril de leur reprocher de ne pas tenir à leurs promesses, car il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus ; les Maîtres de l’ordre montrent de loin la Rose, mais ils présentent la croix... Ils désirent plus la réforme des sciences etdu monde
(1) Voir, d’autre part, les différentes interprétations exoté- riques de ces lettres.
(2) Silentium post clamores , 1617.
qu’ils ne l’attendent ; leur étude principale, la thérapeutique, a trois objets : le corps, l’esprit et lame.
D’après Fludd, les frères étaient divisés en deux classes : la première intitulée Aurea crucis fratres, comprenait les théosophes. La seconde se composait de Rosaecrucis fratres , qui bornaient leurs recherches aux choses sublunaires. Fludd appartenait à la première catégorie.
Florentinus de Valenlia, répondant à une attaque de F. G. Menapius du 3 juin 1617, nous donne de très importants détails sur l’esprit qui anime les Frères; ils font, dit-il, le contraire des savants qui disputent sur la logique et non sur la chose.
« Menapius dit que les R. C. sont des sorciers, des magiciens noirs, des diables incarnés ; cela est faux car ils aident tous les jours sans interruption le monde, mais anonymement.
« Iis ont en mécanique, les miroirs d’Archimède:
« En architecture, les sept merveilles, les automates d’Archytas, de Bacon, d’Albert, les miroirs, le feu perpétuel, le mouvement perpétuel.
« En arithmétique, la rhylhmomachie, l’usage et la composition de la roue de Pylhagore, sa méthode pour donner un nombre à toute chose jusqu’à Dieu ;
(Fludd, Apol. c. Libavius.)
« En musique, celle de la Nature et de l’harmonie des choses.
« En géométrie, la quadrature du cercle. »
L’auteur laisse à leur place Agrippa, Tritheme et P. d'Apono, bien qu’ils aient caché beaucoup de choses sous leurs nécromancies, surtout Tritheme.
« Celui qui comprend les caractères et les signatures que Dieu a imprimés dans le Grand Livre de la Nature, que conduit le spiritum mundinniversalem, et qui contemple la genèse et l’enchaînement des créatures, en crainte de Dieu, trouvera des choses que Menapius jugera impossibles.
« Les R. C. cherchent le Royaume de Dieu, la régénération en J.-C. en lisant le seul livre de la Vie. »
Florentinus de Valentia prend ensuite la première personne comme faisant partie de cette vénérable fraternité, il dit :
« Nous écoutons la Parole en esprit dans un sabbat silencieux.
a Le livre qui contient tous les autres est en toi, et dans tous les hommes.
« C’est lui qui conduit à la sagesse, qui guide les sages, qui m’a donné la connaissance de tout, de la création, des temps, des étoiles, des animaux, des pensées, des hommes, des plantes.
« Le royaume de Dieu est en vous (Luc, 17),
« La Parole est la sagesse de Dieu, son image, son esprit, sa loi, le Christ en l’homme.
« De même que le p»*tit doigt mis devant l’œil empêche de voir toute une ville; de même un petit défaut empêche de voir le trésor de la Régénération...
« Adam n’a chu que par sa propre volonté...
cc Je veux ne rien être et ouïr tout, m’abandonner à Dieu comme un enfant accommoder ma volonté à
la sienne, le chercher avant tout, laisser agir son royaume en moi fl). »
Ainsi, pour résumer, les Rose-Croix voulaient donner à l’homme intérieur, le Christ; à l’homme intellectuel, la science totale par le Bota ; à l’homme social, le paradis sur terre; le tout symbolisé et signifié par le nombre sept des sages, des arts libéraux et des merveilles du monde (Cl. llisaïam-sub-Cruce).
(I) Ce pamphlet est daté deFrankfurl, automne de 1617.
CHAPITRE IY
LES ROSE-CROIX AU XVII* SIÈCLE .
Le caractère protestant de la manifestation rosicrucienne de 1604 n’a échappé à personne.
Les protagonistes du mouvement rosicrucien au xvn e siècle: Valentin Andréas, Maïer, Fludd étaient des protestants, adversaires déclarés du Pape et de Mahomet.
Sur la cotte d’armes de Luther, il y avait une croix et quatre roses.
Les aventures d’Andréas von Carolstadt, ennemi du clergé, sembleraient faire présumer que le mouvement de la Réforme n’a pas eu lieu sans des rapports secrets avec la mystérieuse fraternité.
Le Pronaos de Fr. Hartmann, cite comme ayant eu des relations avec elle : Zwingle, (Ecolampadius, Bueerus, Nicol. Patarius, M.Tubner, M. Cellurius et Th. .Munster; j ajoute Jacob Bœhme à cette liste
Et il semble acquis à l’histoire que le fondateur des
Rose-Croix fut un homme privé, non un magistrat revêtu d’une charge, il fut aidé par plusieurs collaborateurs. Par exemple, Joseph Stellatus 1 auteur du Pegatsus Firmamenti, serait d’après Arnold (1), Ghristoph Hirsch, prédicateur à Roha et à Ëisleben ;
Arndt dit que c’était un ami d'Andréas, à qui ce dernier avait découvert tous ses secrets, et par les soins duquel, trente théosophes anonymes s’étaient réunis dans le Wurtemberg, pour y écrire le Famam Fratemitalis, afin de rassembler tous les amis inconnus de la sagesse ; celui qui sait lire entre les lignes peut voir cela dans le Turris Babel et l’ Invitation d’Andréas (2).
Ireneus Agnostus était, vers 1580, le meilleur théologien catholique; c’est lui qui, en 16-12, discuta incognito à Franckfort avec Jean de Martorff, Jérome de Jungen, Jean-Adolphe Reliera, Christophe Louis Volcker, Corneille Schwindt, etc.
C’est à lui que Jean de Leublsing doit d’être revenu d’un périlleux voyage, qui ne lui laissa que trois hommes sains dans son navire, avec le vent contraire, en février 1600.
C’est lui qui sauva un ivrogne à Freidberg ; qui conféra en 1606 avec Henri IV de France, sur le moyen de terminer la guerre ; il a rempli des fonctions publiques à Lubeck, Hambourg, Lunéville, etc. 11 déclare dans son Apologie avoir fait l’intérim de
(1) Kirclien und Kelzer Historié, Il p. 903.
(2) Cp même Stellatus écrivit aussi une Âuroram astronomiae cœleslis in Germaniam magicam.
Michaelis Œphestius pendant son voyage à Tromapatan : « cette ville est grande mais pauvre ; elle est à 12 lieues de Canonor ; ses mœurs sont les mêmes qu’à Calcutta, les nôtres y ont prêché l'Evangile.
« Notre ordre ajoute t-il existait longtemps avant Christian Rosenkreutz ; il l’a réorganisé.
« Il a tout su dans la philosophie temporelle ; mais il lui manquait dans les choses de la foi.
« Ainsi il n’est pas plus l’instituteur de cette société que Salomon, car les doctrines existent avant leurs représentants humains. »
Cet Ireneus, « chancelier de Westphalie » (1) et dont on n’a pas encore pu percer l’anonymat, est considéré par beaucoup d’écrivains, Nicolaï en tête, comme un défenseur zélé et un membre important de l’association. Il aurait écrit aussi sous le pseudonyme de Rhodophile Staurophore ; son Fortulitium scientiae est signé de Hugo de Alverda, frison, François de Bry, français et Elman Zatta, arabe ; le premier au dire de Hisaiam-sub-Cruce vécut 576 ans, le second 495 et le troisième 463 ans. Thomas de Kempis, Matthia Kornax, Wigelius, Geber, Lulle, Arnaud de Villeneuve, Paracelse auraient appartenu à cette fraternité.
(1) Isaïas Sub Cruce Ath : VIII iliraculum Àrtis. Strasbourg, 1619, donne son thème genethlianue, dressé pour
Wilhelm ablndagineet Bühlepar contre nous présentent Ireneus Agnostus comme un ennemi des Rose- Croix, un satirique ironiste, un pince-sans-rire, dont le sérieux a trompé plusieurs érudits et Nicolaï lui-même. Yoici comment le juge Johann GeorgWalch avec l’approbation de Bühle. « Irenæus Agnostus, qui societatem hanc (R.C.) ita adgressus est, ut simularet, se istam laudare ac defendere, re ipsa autem alios ab eadem abalienare adniteretur, varia scripta edidit sub nomine notarii cujusdam societatis hujus, ut alios in persuasionem adduceret, ista ab ipsis fratribus essecomposita (1) ». Pour ces savants il va de pair avec Franciscus Gentdorp alias Gometz Menapius; ce dernier déclare, dans une lettre adjointe au Portus Tranquillitatis d’Irenaüs (2), que l’auteur de la Fama lui est très bien connu et qu’il sait mieux que personne à quoi s’en tenir sur la réalité de la K.G.
Bühle, après avoir longuement raconté la vie et les travaux multiples deJohann Valentin Andréas (3), ses études profondes dans tous les genres de science exotérique, exalte la bonté native de son caractère et son patriotisme qui, lui faisant ressentir plus qu’un autre, les injustices sociales, les lacunes de la morale générale et les incertains élans des gens cultivés vers le savoir, —le poussèrent à organiser dans l’ombre un ensemble d’efforts plus sûrs et plus puissants.
Noire opinion personnelle est qu’Andréas ne fut que le porte-parole des Rose-Croix. Les avis sont très partagés au sujet de la paternité des premiers manifestes rosi-cruciens : à la génération suivante, les érudits attribuaient la Farn« soit au mathématicien Iung de Hambourg (1), soit à Ægidius Gutman; mais presque tous sont unanimes à proclamer qu’Andréas n’a publié que les écrits postérieurs.
Il y eut, paraît-il, (2) en 1614, soixante-neuf écrits commandés à Leipzig. Le catalogue en est annexé à l ’Ausfülirlicher Traklat vom philosoph. Werke des Steins der Weisen, durcit ein Jungfer E.H. gênant, anno 1574 geschrieben, samteiner gründlichen Un - tersuchung und Entdcckung der Art und Eigenschaft des Goldes ; Worin nicht allein die walire materie desselben etc. dabei angeführt, ein Catalogus librorum Kabalisticorum (o).
Voici ce dernier :
1. Adami protoplasti Cabala.
2. Zepher Katulia in quo 7 tractatus et 7 libri.
S. Deodidactica ad omnem scientiam a deo adi-
piscendam.
4. Cabala diuina et super coelestis
5. — salomonis
(1) J. H. Heidegger, Historia vitæ lo. Lud. Fnbricii. (Acta.
(3) Hambourg, eliez Gottfried Liebezeit, 1702in-8. Anno, 1614. Lipsiae haec DISC prostabant venalia pro 16000 impé- rialibus. Catalogus hic missus a Stevelino Holsehovio.
6. Cabalaangelica
7. — almadelistica major.
9. Ara Kabalistica
10. Gabala Abrahae
11. — symbolica
12. — naturalis
18. — revelatoria
14. Magia Pylhagorica
15. — verbalis
16. — realis
17. Fragmentum cabaüsticum ex traditions Tubalcain.
18. Kabala adepta
20. — Sephirolh, Semoth, Nekudoth
21. Duo cabalistica spécula ad omnia vivenda
22. Cabala voarchadumica
23. Notariaca.
24. Mathematica adepta
25. Geometria cabalistica.
26. Àliareceplio (cabala) de Monade, Trigono, Tetragono.
27. Cabala anagogica
28. — Tardemah
29. — microcosmica
30. Magia olympica
31. Glottophoria
32. Catoptromancia
33. Spéculum sleganographicum.
34. Astralis cabalae perfecla traditio.
HISTOIRB DES ROSB-CROIX
35. Alia quaedam Magia aslralis
36. Astralis cabala probata
37. Commentarii cum observationibus secretis in cabalam.
38. Clauis mystica secretissima astralis cabala
39. Oraculum Apollinis
40. Magia necromantica.
41. — q uædem Tesiphonis et hydromantica naturalis.
42. Varii tractatus magico-cabalistici.
43. Tractatus occulti magorum.
44. Sécréta Salomonis Judaei
45. Commentarius cuiusdam Hieronymi et Sanct Almadei. 1450.
46. Commentarius Apollinis ad omnium artium cognitionem, ex anliquissimis Ebraeorum præceptis contractus.
47. Recapitulatio artis cabalisticae monachi Tho-
48. Theophrasti Magica quædam MSC. ex cabalisiica praclica.
49. Antidota quam plurima.
50. Magia Kyranidis
51. Pelagii Eremitanae, præceptoris Libanii cabalistica traditio.
52. Libanii galli, præceptoris Trithemii cabalistica et Magica.
53. Zoroastris antiquissima magica.
54. Magica lampadum, luminurn, speculorum, Jignorum, sympathiarum, harmoniarum, contactuum.
55. Magia mumiata
HISTOIRE DBS U0SB-CR01X
56. Maria Charactéristica
57. — Ilerculæ
58. — militaris
59. De combinationibus rotalionibus commutationibus cabalisticis et magicis.
60. De Synochia tcoàstkipk (peut-être itoXuerqpi;) cyclis quadrationibus, et figurationibus cabal. et magicis.
6t. Cabala Gammahaea (amuletorum).
62. Anatron etNotariacon.
63. Cabala Malachim (angelorum).
64. ïheogonia magica.
65. De metalliesi, diuisione et cogitatione cabalae realis.
66. Zoargia, Zometica et Zogonia magica.
67. Explicalionesacromalica (aeromatica ou acroamatica) scriptor. Cabalist, et magicorum.
68. 1. 2. 3. et 6 pars Arbatel. 4Magia Hesiodica et llomerica. 7. Apollon» magia. 8 Aegypliaca.Seu Hermetica magia. 9. Sapientia prophetica, clavis sapientiæ Salomonis.
69 Libri magici et chymici Io. Rudolf, Abb. de Campon (Silésie) ; autographum detinet Baro praeses judicii in Bauzein.
Selon Bühle, les Noces chymiques de Rosenkreulz auraient été écrites par Andréas, en 1602 en satire des alchimistes et des charlatans ; Andréas n’avait alors que seize ans.
Celte thèse nous semble bien invraisemblable. Cependant il paraît que, dès 1618, Andréas mécontent
delà direction qu’avait pris le mouvement rosicrucien, donna une autre organisation à ses projets de réforme : ce fut la Fraternité chrétienne ; cette union persista même après la mort de son fondateur ; parmi ses membres on a reconnu Christhophe Leibnitz, diacre à Nüremberg et son fils, Justin Jacob Leibnitz (1), on en trouve des traces dans les écrits
Wilhelm ab Indagine doute qu’Andréas ait été l’auteur de la Farna et Confessio, parce qu’aucun de ses contemporains, parmi lesquels il avait beaucoup d’ennemis, ne lui en a attribué la paternité (2) : cela est inexact, remarque Bühle (3), car Johann Sivert et le Gespracli von der ungeheuren Weltphantasey der B. C. le désignent comme Menippus.
Une des raisons qui ont le plus fait croire à l’intervention d’Andréas dans ce mouvement occulte, Ce sontles quatre roses crucifères que l’on remarque dans ses armoiries.
Valentin Andréas n’est pas le seul que l’on a supposé être l’auteur des manifestes rosi-cruciens.
Tauler, théologien obscur (qu’il ne faut pas confondre avec l’élève célèbre de Rulman Merswin). Luther, Valentin Weigel, furent soupçonnés d'avoir collaboré à la rédaction de ces énigmes.
On a dit aussi que Joachim Iungius, professeur de mathématiques à Hambourg (Cf. Acta eruditorum,
(1) G J. Büiile, p. 219 et la Vie d’4ndréas, cilée plus haut.
année 1608, mars-avril, p. 171), a été le fondateur de la R. G. La vérité est qu’à l’époque de l’apparition de la Fama, il n’avait que treize ans. Dans ses ouvrages, on ne trouve trace que du projet qu’il conçut en 1619 de fonder une société philosophique toute différente de tendances et de but. Il ne réalisa d’ailleurs jamais ce projet.
PierreMorin raconte l’histoire d’un certain Rose.déjà très âgé en 1620,qui habitaitlafrontiéreduDauphiné; il se disait membre delà Rose-Croix d’or, composé seulement de trois personnes ; il refusa à Morin, qui revenait alors d’Espagne, de l’accepter dans cet ordre ; après de longues instances il le prit seulement comme fqmulus ; Morin apporta ce qu’il apprit aux Etats-Généraux de la Haye, et comme ceux-ci refusèrent ses découvertes, il les consigna dans ses Arcana en 1630. Bühle considère tout cela comme un « humbug ».
De 1612 àl6l5 parurent les premiers écrits traitant delà Fraterniias crucis Rosatœ; on en publia dans cinq langues, et on les répandit dans toute l’Europe. Andréas Hoberwechsel de Hobernfeld parle d’elle dans une lettre datée de Prague, le 1 er septembre^^. Un médecin: J.B. P. de Bohême,demande l’admission aux frères le 12 janvier 1614; Adam Ilaselmayer, ex notar. publiais auprès l’archiduc Maximilien, habitant alors un petit village prè s de Hal (Tyrol) a déjà eu, en 1610, le manuscrit de la Fama. Son témoignage, qui se trouve dans l’édition hollandaise de ladite Fama (1), in-
dique cette société comme une école paracelsique.
Johann Heinrich Cochheim von Holbrieden loue les Rose-Croix à plusieurs reprises dans son livre Erranlium in reclam et planam reductio, etc (4), dédié au landgrave de Hesse.
Buhle cite plusieurs lettres adressées aux Rose-
1° Sendschreiben an die christliche Brader vom Rosencreutz, par I. B. P : il assure avoir lu leur écrit le 28 juin 1613 ; elle est datée du 2 janviet 4614, avant l’apparition de la Fama.
2° Sendschreiben an die Brüderschaft des Hochlôbl. ordens des Rosenkreuzes par M. V. S. daté de Lintz (Autriche).
3° An die allerseligste Fraternitet der gewünschien Bosencreuzes, par 6. A. D. novembre 1614.
4° Epistola und Scndbrieff an die Herren Fratres R. G. von M. H. und I. I. geschrieben und gegeben,
î>° Sendtschreiben mit kurtzerm philosophischen Diseurs an die gottiveise Fratemitàt des lôbl. ordens des R. C. Proben cabbalislischer Weiaheit.
6° Sendisehreiben oder Einfeltige Anhvordt an die Hochcrleuchle Brüderschaft des hochlôbl. ordens des R. C. i2 janvier 16i5.
7“ Einfeltige Anlwort und Biltschreiben eines Layen doch Liebhaber der Weiszheit, an die hocherleuchte Brüderschaft des R. C.
(1) Strasbourg, Eb.Zelzner, in-8,117pages, daté du 1 er décembre 1625.
Semler assure que les R. G. envoyaient des lettres à certaines personnes, pour leur dire de commencer des travaux chimiques et leur indiquer le processus. La lettre d'un pâtre (llirtenbriefs an die R. C. alten Systems ), en serait un exemple.
Un des résultats immédiats de l’apparition de la Fama fut de susciter une foule de charlatans qui se donnèrent comme membres delà Fraternité, promirent des cures merveilleuses et des secrets alchimiques, et ne surent jamais que ruiner la santé et la fortune des naïfs qui crurent leurs hâbleries. Trois de ces aventuriers, à Wetzlar, Nuremberg et Augsbourg, poussèrent même si loin l’audace que la justice séculière s’émut et J’un d’eux fut pendu (1).
Fludd flétrit certaines gens qui ont usurpé le titre de R. C., qui professent une magie superstitieuse, une astrologie fantastique, une chimie fausse et une kabbale mensongère.
De même, il y eut des livres fort peu estimables publiés sous leur nom, tel celui appelé Wasserstein der Weisen, réimprimé plusieurs fois sous ce titre et enfin en 1737 à Leipzig sous celui de Tocllii coelam alçhymiçum referalum. Sans préjuger ici delà valeur des recettes compilées dont il se compose, on y trouve partout cette emphase, ces grands mots et quelquefois les erreurs qui font vite reconnaître une science orgueilleuse et très incomplète.
Voltaire dans son article alchimie du Dictionnaire philosophique raconte les historiettes suivantes.
(t) Voir Tchirnessum.
niSTOlRE DES ROSE-CROIX
« Le nombre de ceux qui ont cru aux transformations est prodigieux ; celui des fripons fut proportionné à celui des crédules. Nous avons vu à Paris le seigneur Dammi, Marquis de Conventiglio qui tira quelques centaines de louis de plusieurs grands seigneurs pour leur faire la valeur de deux ou trois écus d'or.
« Le meilleur tour qu’on ait jamais fait en Alchimie fut celui d’un Rose-Croix qui alia trouver Henri I er duc de Bouillon de la maison de Turenne, prince souverain de Sedan vers l'an 1620: « Vous n’avez pas, lui, dit-il une souveraineté proportionnée à votre grand courage; je veux vous rendre plus riche que l’empereur. Je ne peux rester que deux jours dans vos Etats, il faut que j’aille tenir à Venise la grande assemblée des frères, gardez seulement le secret. Envoyez chercher de la litharge chez le premier apothicaire de votre ville : Jetez y un grain seul de la poudre rouge que je vous donne, mettez le tout dans un creuset et en moins d'un quart d’heure vous aurez de l’or.
<* Le prince fit l’opération et la répéta trois fois en présence du virtuose. Cet homme avait fait acheter auparavant toute la litharge qui était chez les apothicaires de Sedan et l’avait fait ensuite revendre chargée de quelques onces d’or. L’Adepte en partant fit présent de toute sa poudre transmutante au duc de Bouillon.
« Le Prince ne douta pas qu’ayant lait trois onces d’or avec trois grains, il n’en fit trois cent mille onces avec trois cent mille grains, et que par consé-
quent il ne fut bientôt possesseur de trente-sept mille cinq cents marcs sans compter ce qu’il ferait, par la suite. Il fallait trois mois au moins pour faire cette poudre. Le Philosophe était pressé de partir ; il ne lui restait plus rien, il avait tout donné au prince ; il lui fallait de la monnaie courante pour tenir à Venise les Etats de la philosophie hermétique. C’était un homme très modéré dans ses désirs et dans sa dépense ; il ne demanda que 20 000 écus pour son voyage. Le duc de Bouillon, honteux du peu, lui en donna 40 000. Quand il eut épuisé tout le litharge de Sedan, il ne fit plus d’or ; il ne revit plus son philosophe et en fut pour ces quarante mille écus. »
La même année (1617) où Fludd publiait à Leyde son Apologie en latin (1), Théophile Schweighard donnait le Spéculum sophicumRhodostaiiroticum( 2). Ces pages expriment au mieux le caractère véritable de cette entreprise. Les planches du frontispice sont des plus curieuses; on y trouve des mots kabbalistiques : le Tétragramme israelite, le mot Àzoth, tel que le reproduira Eliphas Levi, deux cent quarante ans après; puis des devises: « Vois ici représentés tout « l’art du monde, toute sa science et tout son savoir « faire ; cependant cherche d’abord le royaume de
« Ora et labora »
(1) Où il déclare que l'histoire de Rosenkreutz est une tradition importante et de grande valeur morale.
(2i In-4», 3 f , 1618 ; 2 cuivres. La préface e^t datée du
« Si tu ne comprends pas mes sincères leçons, tu « ne comprendras aucun livre.
La préface commence par ces mots : « Médiante « Haelohim, moi, Théophilus Schweighart, cen- « tralleamicus seculi Benedictipraeco, et philosophia « diuino-magicae,physico-chymicae. Tertriunius ca- « tholicaeD. G. Promotor indignus, desire... » etc.
Beaucoup de personnes, appartenant à toutes les classes de la société, s’enquiérent avec instance de cette Fraternité. Ii ne se passe pas de jours à Francfort, à Leipzig, dans d'autres lieux, mais surtout à Prague, où dix, douze, et même vingt personnes ne se réunissent pour s’entretenir de ces objets, sans compter les personnes autorisées qui travaillent ensemble avec persévérance. Elles ont été trahies cependant par de faux frères; c’est pourquoi Fauteur s’est décidé à mettre au grand jour l’esprit et les règlements de ce Collège. Il faut que le public sache que, bien que l’assemblée des frères ne se tienne encore nulle part, un homme de cœur, pieux et loyal, peut facilement et sans grande peine arrivera leur parler. Cette affirmation, que Semler juge être une hâblerie, est très explicable au point de vue occultiste. L’épître de Julianus de Campis racontant ses voyages dans les empires, les royaumes, les principautés et les provinces et ses recherches à l’aurore, à midi, le soir à minuit, explique assez ce qu’est le Collège. Le Serpentaire et le Cygne montrent depuis 13 ans (1) le chemin ad Spiritum Sanctum.
(1) Depuis 160-i. Il est beaucoup parlé de ces constella-
Vers 1616 se dessine une école de cette fraternité particulièrement hostile à l’Espagne et aux Jésuites, et toute germanique d’inspiration ; ce mouvement eut sa répercussion en France, Le Clypeum veritatis (1618) semble alors attribuer un rôle assez important dans l’ordre à un certain Everhard qui porte aussi les pseudonymes de Durum de Pascalo et de Varemundum ab Erenberg.
En 1622, Johann Cari von Frisau est nommé Impérator de la Fraternité ; dans la même année on trouva placardée, aux murs des principaux carrefours de Paris, une affiche ainsi libellée: «Nous, Députez de notre Collège principal des Frères de la Rose-Croix faisons séjour visible et invisible en cette ville par la grâce du Très Haut vers qui se tourne le cœur des iustes. Nous enseignons sans livres, ni marques, et parlons les langues du pais ou nous voulons être, pour tirer les hommes nos semblables d’erreur de mort. » Biihle, qui prend cette affiche pour une pasquinade, ne soupçonne pas combien elle dévoile la véritable nature et les pouvoirs de l’adepte. La présence invisible, l’enseignement intérieur, la faculté de faire percevoir la lumière aux intelligences droites sont les privilèges d’une haute initiation, et ceux qui l’ont acquise, ou qui l’ont reçue, sont, à ce qu’il nous semble, assez près de devenir des hommes libres.
tions dans Y Apologie de Fludd ; elles réunissent les influences des cinq planètes en apportant l'extrême élévation ou l'extrême cîiûte, et présagent comme en l’an [ de l’ère chrétienne, un événement spirituel de toute importance.
La polémique entre Robert Fludd, défenseur des Rose-Croix, d’une part et le père Mersenne et Gassendi, leurs contempteurs, d’autre part, ne contribua pas peu à rendre le nom de ces hermélistes impopulaire en France, et même à le faire oublier. Cette lutte, qui ne fut pas toujours courtoise prit fin
Le pamphlet ridicule intitulé Effroyables pactions etc., semble avoir été publié par les Jésuites ; on y trouve des histoires d’assassinats, d’évocations du diable, de serments infernaux qui rappellent fort bien les récentes calomnies des cléricaux contre les occultistes; ce factum raconte une soi-disant assemblée des trente-six Rose-Croix à Lyon, le 23 juin 1623 à 10 heures du soir, deux heures avant le grand Sabbat des sorciers ; Àstaroth y apparut, et exigea de ses soi-disants dévots les pires abjurations. — L’Inconnue et nouvelle cabale répété ces calomnies.
A cette époque G. Naudé nous apprend qu’ils possédaient trois collèges : un aux Indes, dans des îles flottantes, un dans le Canada et un dans les souterrains de Paris. Dans cette dernière ville, ils s’attaquaient surtout aux gens de robe ; ils y demeuraient au nombre de quatre à huit ; et de tout cela, le savant bibliothécaire conclut qu’ils étaient les précurseurs de l’Antichrist.
Ce sont eux qui, sans doute avec Barnaud, étaient derrière la société protestante qui offrit de l’or à Henri IV puis au prince d’Orange; c’est à leur envoyé que Henri IV prit les idées de République européenne qui avortèrent si malheureusement.
La guerre de Trente-Ans une fois déclarée, alors peut être les véritables et primitifs Rose-Croix émigrèrent-ils dans l’Inde, comme le dit Henri Neu«< haus, mais nous n avons rien de certain à ce sujet.
Parmi les adversaires de ces théosophes il faut aussi placer le célèbre Thomas Campanelia qui les exécute dans sa Monarchie espagnole (1623, in-4°) et dans son Prodromusphilosophiaeinstaurandæ (1) il estime leurs prétentions scientifiques ridicules et folles, qu’elles ont induit en erreur dans tous les pays des gens savants et pieux ; il découvre que la fameus e Ré formation der gantzen Welt n’est qu’une traduction mot à mot du Parnasse de Trajan Boccalini (2), dans laquelle on découvrit des arcanes chimiques. Un autre de leurs adversaires fut le non moins célèbre René Des Cartes qui, après les avoir cherchés en vain, à Franckfort-sur-le-Mein et à Neubourg-sur-le-Danube, en 1619, dut se défendre de les avoir connus, comme l’en accusaient Huet et le P. Daniel (3).
Voici l’ordre de la succession des imperatores depuis
(1) Édité en 1617 par Tobias Adam, et Bünau.
(2) De Raguagli di Parnasso Genturi I, Milan 1612 ; Cen-
(3) cf. Baillet, Vie de Mr . Des Cartes , I, p. 87.
Thomas, Eloge de René Des Cartes. Yverdon, 1765, in* 8,
G. de P A. (Huet), Mémoires p. servir d l’ist. du Cartésianisme, à Paris, 1692, in-12, p. 62. — Voyage du monde de Des
Brucker, /fo/. philos, crit., t. IV, p. II, p. 211.
Adam jusqu’au président actuel Hugo de Alverda (1610, in Clypeumvéritdis).
Seth
Moïse
Turpin, de Reims
Enoch
Phinéas
Moïse bar Kepha
Cale b
Al Mansor
Josué
Pierre Damiens
Abraham
Gêdéon
Hugues de St-Victor
Isaac
Samuel
Rabbi Moïse Maïmo-
Jacob
David
nides
Joseph
Nathan
Abraham-aben-Esra
Salomon
R. Moïse Kimhi
Hélie
Jacques de Vora-
Jojada
gine
Daniel
Alain de Lille
Esdras
R. Moïse
Josében
Aben Tafon
Jœser
R. Mardochée
Jésus fils de Syrach
Jérôme de Sainte-
Schiméon ben Scha-
tach
Philon le Juif
R. Jehuda ben The-
Samuel Jarchinas
Rat Asse Rabbena
Marc l’Ermite
Dadon, évêque de
Rouen
Bède le Vénérable
Walafrid, abbé d’Auge
L’auteur delà Wasserslein der Weisen (1608), natif de Nuremberg, était probablement Rose-Croix, ainsi que l’auteur de la Cassette du grand et du petit paysan : Chortalassaiis ou Grashoff.
D’après Ireneus Agnostus, Flor. de Yalentia et
Th. Schweighardt ne furent pas autorisés à écrire.
Les derniers venus dans la Rose-Croix sont : en 1614-, Thomas Langschrit, Tobias Schwalbenast, HugotÆdilis, Carolus Lobrol, Tobias Katzlein ou Hildebrandt, Tobias Riamesin parti pour Aden y Joannem Ilasenfusiein, Fred. Dollenhut qui a voyagé à Ormus, à Canonoret à Calcutta, et Leonhardus Quadscbalk.
Maïercite comme ayant appartenu à la Rose-Croix, ou tout au moins comme en ayant été inspirés : Julius CamiIlus,Roger Bacon, le médecin astrologue Barthol. Carrichter, Coelus de Budda, Francisco Georges.
Eugénius Philalethe fut l’organe des R.-C. ; dans presque tous ses livres, il les salue comme maîtres et reconnaît que leurs révélations sont les plus claires qu’on ait jamais lues.
Il occupe dans leur histoire le même rang que Julianus de Campis et Barnaud.
Eliphas Lévi parle des œuvres alchimiques de Michel Sendivogius le Cosmopolite, que l’on trouve au tome IV du Théatrum chymicum, et dont a été extrait à la fin du xvm e siècle le Catéchisme des philosophes inconnus qui se trouve, si je ne me trompe, dans Y Etoile flamboyante du baron de Tschoudy. On croit que le manuscrit en est conservé dans la bibliothèque du Vatican; en tous cas, elles furent publiées en 1613 à Strasbourg par les soins des Rose-Croix ; réimprimées souvent par la suite, en particulier, en 1751, dans la Cassette du petit paysan.
Sendivogius désigne Sincerus Renatus comme un des frères.
Philalèthe, par contre, dit qu’il n’a pas reçu le secret des Frères (1).
Enfin l’un des plus savants parmi les membres probables de la R-C c’est l’auteur du Siècle d'or, Henri Madathanus, qui travailla avec son famulius, Herman Datich, à unir l’œuvre de Boelime et celle des hermélistes. Il ne faut pas oublier non plus de classer avec les précédents les noms honorables dans l’histoire de l’alchimie de Chortalasseus ou Grashoff et de Siebmacher.
Le D r Georg. Molllier de Wetzlar raconte dans le Colloque Bhodostaurotique (1621), qu’il a voyagé, en 1615, avec un homme, de moyenne taille, l’air commun et vêtu simplement, qui parlait de toutes sortes de sciences, guérissait des maladies gratuitement, portait le costume du pays, se déclarait R-C., connaissait la vertu des plantes, savait ce que les autres disaient de lui, parlait les langues mortes et étrangères ; il mangea impunément de la bryone, fit des prédictions ; c’était un ancien moine âgé de 81 ans, le 3 e de la fraternité ; il parlait sans jamais se reprendre ; il disparut, ne restant pas plus de deux nuits de suite dans la même localité.
D’après le Fonte Gratiu, Elman Zatla doit venir le 26 novembre 1618, pour rassembler les disciples de la fraternité. La manifestation sera prolongée jusqu’au 25 décembre 1620, puis jusqu’au 24 janvier 1624.
(I) La préface de Joh. Michael Faustius, de Francfort s/le-Mein, au Philaleiha ülustruta (1706 in-8) ne donne que peu de documents historiques.
1IIST0IHE DES BOSE-CROIX
Margrave Jennings raconte, d'après les meilleures autorités, mais s;ms citation de source, l’histoire suivante. Un étranger arriva à Venise, un été de la fin du xvn e siècle; son train de vie magnifique, ses manières élégantes le firent bientôt admettre dans la meilleure compagnie, bien que personne ne sût ri n de ses antécédents. Sa figure était de proportions parfaites, la face ovale, le front large et proéminent ; les cheveux noirs, longs et flottants ; son sourire était enchanteur quoique mélancolique, et l’éclat profond de ses yeux semblait parfois refléter les époques disparues.
Sa conversation était extrêmement intéressante, quoiqu’il fut discret et peu causeur ; on le connaissait sous le nom de Gualdi. Il resta quelques mois à Venise ; le peuple l’appelait le « Sobre Signor » à cause de la simplicité de ses manières et de son costume. On remarqua qu’il avait une petite collection de magnifiques peintures dont il faisait les honneurs à tous ceux qui le désiraient ; qu’il était versé dans toutes les sciences et tous les arts, parlant de toutes choses comme s’il y avait été présent ; enfin il n'écrivit ni ne reçut jamais aucune lettre et n’eut de compte chez aucun banquier ; il payait toujours en espèces et disparut de Venise comme il y était venu. On cite de lui plusieurs manuscrits curieux, dont on peut voirlalistedanslaBibliographieduD'M. Haven. Il se lia avec un seigneur vénitien, veuf et père d’une jeune fille remarquablement belle et intelligente ; ce gentilhomme désira voir les peintures de Gualdi ; ce dernier fit au père et à la jeune fille les honneurs de
sa collection ; ils en admirèrent en détails toutes les parties, et ils allaient se retirer lorsque le gentilhomme, levant les yeux, aperçut un portrait de Guaidi qu’à de certaines particularités, il reconnut être du Titien. Or, le Titien était mort à cette époque depuis près de deux cents ans, et l’étranger semblait avoir tout juste atteint la quarantaine. Le Vénitien fit part de sa remarque à Guaidi qui répondit assez froidement que beaucoup de choses étaient difficiles à comprendre.
Cet incident lut raconté dans la ville, et lorsque quelques personnes voulurent voir cet étrange portrait, le signor Guaidi avait quitté Venise en emportant la clé de la galerie des tableaux (1).
En Angleterre pendant les règnes de Jacques I er , de Charles I er , pendant le Protectorat et sous Charles II, les doctrines rosi-cruciennes attirèrent l'attention publique et provoquèrent beaucoup de controverses.
La boucle de cheveux enlevée de Pape est basée sur une de leurs théories cabbalistiques. Le Spectator publia sur eux plusieurs notices ; une d’elles relate la découverte d’un tombeau de Rose-Croix ; voici comment ïlargrave Jennings rétablit à ce propos la vérité historique.
Le D r Plot, dans son His/ory of Staffordshire , publiée au temps de Charles II, raconte ITiistoire suivante : Un paysan, en creusant une tranchée dans
(t) Mem. hislor. pour Van 1687 y t. I, p. 365, et Hermippus Redivivus, Londres 1749, in-8.
un champ, heurta de la pioche à une petite profondeur une grande pierre rectangulaire qui, débarrassée des herbes et de la mousse, laissa voir un gros anneau de fer rivé à son centre. Croyant découvrir la cachette d’un trésor, il souleva cette pierre, après beaucoup d’efforts et découvrit une large excavation dans laquelle s’enfonçait un escalier de pierre. 11 en descendit les degrés, après quelques hésitations et se trouva bientôt plongé dans des ténèbres profondes, mais dont la noirceur semblait s’éclaircir d’une lointaine lueur. A la profondeur d’environ cent pieds, il se trouva dans une cellule carrée d’où partait un long corridor ; après l’avoir suivi, il descendit un autre escalier de 222 marches, essayant chaque degré avant de s’y risquer, au milieu de l'obscurité ; seule, une légère odeur aromatique arrivait par bouffées dans l'air froid du souteriain. En explorant la cellule où aboutissait le second escalier, il trouva sur sa droite une troisième escalier, au bas duquel brillait une pâle lumière immobile. Quoique un peu effrayé, il s’engagea dans celte troisième descente. La paroi devenait humide et les marches glissantes comme si aucun pied ne les avait foulées depuis des époques lointaines. Il entendait un sourd murmure comme celui d’un galop lointain; la lumière était maintenant visible à peu de distance ; la peur gagnait peu à peu notre héros et ce n’était plus qu’avec de grandes hésitations qu’il continuait sa descente. A un tournant de l’escalier il aperçut subitement une grande chambre carrée, de plafond assez bas : dans chaque coin, une rose en pierre noire était sculptée,
et une lumière dorée comme celle du soleil levant éclairait en plein la personne de l’explorateur stupéfait. Mais son étonnement se changea en terreur lorsqu’il aperçut un homme assis dans une chaire de pierre, Usant un grand livre, posé sur une sorte d’autel rectangulaire, éclairé par une grande lampe antique en fer ; un cri de surprise que ne put retenir notre paysan, lit se retourner vers lui l’homme assis ; il se leva, et avec une expression de colère fit le geste de lui interdire l'entrée de la chambre, mais comme le nouveau venu ne tenait pas compte de cette injonction, il brisa, d’un coup d’une verge de fer qu’il tenait à la main, la vieille lampe qui s’éparpilla en mille morceaux, laissant la place dans une obscurité profonde.
De sourds roulements semblaient passer dans de lointains corridors, le paysan remonta précipitamment les escaliers, et rentré dans son village, raconta son aventure souterraine ; et la colline où il avait mis au jour l’entrée du souterrain fut appelée dans tout le Staffordshire, le « tombeau de Rosicrucius ». Le Spectateur\ du 15 mai 1712, émet l’opinion que les Rose-Croix avaient retrouvé le secret des lampes perpétuelles (1).
Le D r EdmundDickenson,médecindeCharles II publi dans son livre de Quinta Essentiel Philosophorum une lettre sur les Rose-Croix à lui adressée par un adepte français. Il affirme positivement que les illuminés sont en possession de l’Elixir de vie, forme
(1) Article de Bürgell, non signé.
potable du menstrue primitif ; ils dédaignent ce que tout le monde recherche, parce que leurs désirs vont plus loin. Ils se cachent pour ne pas exciter la haine du peuple, obéissent aux lois et se montrent excel* lents citoyens. Voilà pourquoi ils passèrent inconnus dans Phistoire.
En 1633, lorsque Fludd publia sa Clavis Philoso - phiae et alchimicie , le nom de Rose-Croix était déjà presque oublié.
Nous allons voir comment il va reparaître dans les siècles suivants. Cependant il faut noter qu’en 1641, en Bohême, deux Rose-Croix furent torturés à mort pour leur arracher le secret de leurs richesses.
Kiesewetter les donne comme véritables adeptes, et M mc Blavatsky comme faux initiés.
Montanus nous apprend encore que les frères avaient convenu de signes de reconnaissance ; ils portaient un bijou formé d’une croix ou d’une rose, suspendu à un ruban bleu au côté gauche, sous Phabit ; ils avaient un parchemin signé du secrétaire secret et scellé par PImperator, avec de grandescéré- monies; ils avaient un petit étendart vert, et une certaine manière de se saluer ; ils tenaient toujours leurs séances dans de grandes villes, où se rencontrent beaucoup d’étrangers, et Ils ont des palais où ils se réunissent à Amsterdam,Nurenberg,Hambourg,Dantzig, Mantoue, Venise, Erfurt... Ils ont certainement et véritablement le secret ; mais ils se sont liés si intimement les uns aux autres, qu’ils ne le donnent jamais à un étranger sans se l’être attaché corps et âme ; sans cela ils n'acceptent personne ; et sur
cent mille, à peine un homme parvient-il â être admis. Les véritables manuscrits, dont ils usent entre eux ne sont aussi communiqués qu'à un petit nombre. »
Cette société avait été fondée en 1622 par Christian ou Friedrich Rose; elle avait son quartier général à La Haye ; c’est d’elle que se plaint longuement L. C. Orvius. Ces frères vivaient retirés; à toutes les fêtes ils se rendaient avant le lever du soleil, à la porte Est de la ville où ils habitaient, et là, le premier porteur de bijou disait au second : Ave Frater .
Le second répondait : Rosae et Aurae.
Ce premier reprenait : Crucis , et tous deux achevaient ensemble : Benedidus Deas Dominus qui nobis dédit signum.
Le Toeltii coelum alchymicum referatum contient une longue lettre de J. G. von Fnsau, Impérator, dans laquelle après quelques pages de prières, de louanges et de dithyrambes, il déclare qu’à peine une ou deux personnes sur cent sont capables de connaître la Magie divine, c’est-à-dire de devenir Rose- Croix ; cependant toute la fraternité ne doit pas comprendre plus de 77 membres. Il fait remonter la fraternité jusqu’au temps de Dioclétien ; - lie se serait ensuite propagée de France en Angleterre, puis en Hollande, en Saxe et en Thuringe. Christian Rosenkreutz devient Friedrich Rose, et la doctrine remonte à Abraham, Isaac et Jacob. Ce livre paru au milieu du xvij 6 siècle, aurait été composé selon Karl Kiesewefcter, d’après un manuscrit en sa possession datéde 1468.
Une autre société similaire fut fondée à Paris en 1660 par un apothicaire nommé Jacob Rose. Elle lut
dissoute par l’autorité au moment du procès de la Brinvilliers.
Vers la fin du xvii c siècle, le célèbre Leibnitz se joignit à Nürnberg à une société de chercheurs chimiques, et il apprit d’eux des choses assez intéressantes pour qu’il jugeât utile de s’enrôler parmi eux ; mais ce n’étaient pas des Rose-Croix ainsi qu’il appert d’une lettre adressée par l’élève de Van Helmont à son ami Johann Fréderich Feiler : « Il me paraît que tout ce que l’on a dit des Frères de la Croix de la Rose est une pure invention de quelque personne ingénieuse. J’ai vu un traité allemand, intitulé : Les Noces chimiques , qui commença à paroistre dans ce temps-là, dans lequel l’Auteur semble du premier abord avoir dit des choses merveilleuses ; mais qui dans le fond ne sont qu’un Roman, où l’on fronde les secrets des Chymistes. J’y ai moi-même déchiffré un enigme, qui est véritablement le problème de l’Algèbre, dont le mot n’était que celui-ci : Alchymia. Il est donc inutile d’y chercher les secrets de la pierre philosophale. Car en vérité ; les Adeptes ressemblent aux Saints des Catholiques qu’on vante avoir fait tant de miracles- » Dans une autre lettre du 26 mars 1696, Leibnitz s’exprime ainsi : « Frater Roseæ Crucis fictitios fuisse suspicior, quod est Helmontius mihi confirmavit. Nam scire, quæ remotis locis fiunt, invisibilem sese atque invulnerabilem reddere, liaud dubie nugacia vel potius irrisoria sunt (1). »
CHAPITRE V
LES ROSE-CROIX DU XVIII® SIÈCLE A NOS JOURS
A part les publications d’Ireneus Philalethe, la Rose-Croix se tint en sommeil pendant une cinquantaine d’années.
En 1714, le prêtre saxon, Sincerus Renatus (réellement Samuel Richler ) publia à l’occasion du jubilé, centenaire du réveil de l’ordre par la Fuma Fraternitatis d’Andrea, un ouvrage intitulé : Die wahrha(fte undvollkommene Bereitun des phitosophichen steins, der Brüderschaft aus Jem Orden des gülden und Rosenkreuzes, denen Filiis dodrinae, zum Besten publiciret (Véritable et complète préparation de la pierre philosophale de la Fraternité de l’Ordre de la Croix d’or et de rose, au prolit des Fils de cette doctrine). Dans cet ouvrage est annoncée pour la deuxième fois, la nouvelle étonnante, que depuis plusieurs années les maîtres de la Rose-Croix sont partis en Inde,
et qu’il n’y en a plus aucun en Europe. On y trouve, en plus d’une méthode de préparation de la pierre que nous reproduisons au volume intitulé : Pratiques des Roses-Croix, un règlement très complet, dans lequel, l’historien moderne de la maçonnerie, J. G. Findel découvre des traces flagrante* de Jésuitisme ; cet ordre se développa pleinement à partir de 1756. Le l) r Schleiss, conseiller palatin, sous le pseudonyme de Phôbron, et le D r Doppelmayer, de Hof, en étaient des membres prépondérants (1).
II.Fictuld, en 1747, affirme que l’ordre existe toujours, et lui-même se donne comme membre delà société de Lascaris. Avec YEcho il donne Sendivogius et Paracelse comme Rose-Croix.
Nos renseignements personnels nous permettent de dire que ce mouvement de 1714, était déjà vicié dans son chef, bien que ses membres subordonnés cherchassent la vérité avec un esprit de liberté et de sincérité très grand.
Voici le code de Sincerus Renatus sous le titre de Capitulatio, Gesetz oder Régal, welehe die Brïiderschaft des goldnen Creuzesobservirenmüssen, nachdem sie die Profession gethan haben , voie solches bey uns noeh heul zu Tage üblich (2). Voici le résumé des 52 articles.
1. — Le nombre des membres de la Fraternité,
(1) J. G. Findel, Geschichte der Freimaurerei, Leipzig,
(2) Capitulations, lois ou règles que la Fraternité de la Croix d’or doit observer, après profession, comme elles sont encore au usage aujourd'hui.
niSTOIRE DBS ROSE-CROIX
qui était d’abord de 23 (1), pourra être porté à 63, mais jamais au-dessus.
2. — L’un des 36 articles (2) de la Confessio interdit d accepter des papistes dans la société ; pour concilier tous les avis, il est interdit de s’infoimer de la croyance des frères, chacun d eux vivra suivant sa religion, sans que personne puisse lui en demander compte (3).
3. — Lorsqu’à la mort de notre Imperator actuel, on en élira un autre, celui-ci gardera sa dignité à vie ; l’ancien usage d’en changer tous les dix ans sera donc aboli (4).
4. — L’Imperator devra posséder le nom et la patrie de tous les membres, ainsi que l'indication du pays qu’ils habitent, pour qu’ils puissent s'entraider en cas de besoin. L’Imperator sera élu à rancienneté. Nous avons aménagé en vue de nos réunions futures nos deux maisons de Nurnberg et d’Ancone.
5 . — h est décrété que deux ou trois frères ne
(1) Semler lit 21.
(2) Voir les 37 raisons de publicité exposées dans la Fama .
(3) La Fama s'exprime ainsi : « Nous professons la reconnaissance de I. G. comme elle a été en Allemagne ces derniers temps; nous jouissons aussi de deux sacrements comme ils sont fixés dans labrièvemenl rénovée Eglise. En politique, nous reconnaissons le Royaume romain et les quatre monarchies comme têtes de nous et des chrétiens. * C’est là un langage de protestants; les œuvres des R. G., et celles de Gutman en partie sont antipapistes. 11 y a donc une grande différence entre l’ordre primitif et celui là.
(4) „[Jne tradition dit que cet Imperator existe toujours ; son action serait devenue politique.
peuvent en élire un nouveau sans l’approbation de PImperator.
6. — Chaque disciple doit obéir à son maître jusqu’à la mort (1).
7. — Les frères ne doivent point manger ensemble, sauf le dimanche. Cependant lorsqu’ils travaillent ensemble, ils peuvent vivre et manger ensemble.
8. — Si le père a son fils à élire, ou le frère son frère, qu’il ne le fasse qu’après avoir soigneusement examiné et éprouvé sa nature,... « afin que l’on ne puisse pas dire que l’art est héréditaire. »
9. — Les frères ne peuvent faire faire sa Profession à un disciple, sans lui avoir montré de la pratique et avoir fait beaucoup d’opérations.
10. — Il faut deux ans d’apprentissage ; les frères doivent instruire peu à peu le disciple de la grandeur de la Congrégation ; puis on informe PImperator de ses noms, qualité, profession, patrie et antécédents.
11. — Quand deux frères se rencontrent, le premier salue l’autre par ces mots; Ave Fratcr; le second répond ; rosae et aureae ; le premier reprend ; Crucis: ils diront alors tous les deux ensemble: Benediclus Dominrn* Deus nosler, qui dédit nobis signum ; ils se montent leur sceau. Si l’on reconnaissait un faux fi ère, il faudrait s’enfuir de la ville et ne plus revenir dans son logement.
(1) Semler interprète cet article et quelques autres dans un sens d’activité politique secrète en rappelant l’une des décisions du Couvent de Willemsbad.
12. — On commande expressément que quand un frère aura reçu le Magistère, qu’il s’engage envers Dieu de ne pas s’en servir ni pour soi, ni pour troubler un royaume ou servir un tyran ; mais qu’il fasse l’ignorant et qu'il dise que ce magistère n’est qu’une tromperie (1).
13. — 11 est défendu aux frères de faire imprimer des livres de notre secret, sans qu’ils aient été révisés d’employer nos énigmes et nos caractères, et aussi de rien publier contre l’Art.
14. — Quand les frères veulent parler entre eux de leur secret, qu’ils choisissent un endroit secret pour le faire (2).
15. — Un frère peut donner la pierre à un autre, afin qu’il ne soit pas dit que les dons de Dieu peuvent être achetés.
16 . _ H est défendu de faire aucune projection devant quelqu’un quel qu’il soit, s’il n’est pas accepté !
17. — Les frères doivent s’abstenir de longues conversations, ne pas chercher à prendre femme. Si le tempérament l’exige, qu’il se marie ; mais qu’il fréquente les plus vieux des frères (3).
(t) Ainsi s'exprime Philalethe. — Le même livre dit que les disoiples recevaient des secrets pour vivre à l’abri du besoin; et qu’on donnait à l’adepte assez de magistère pour vivre richement pendant soixante ans.
(2) Semler fait encore remarquer que Sincerus Renatus ne fait qu’en parler dans le présent livre : donc, ou n’ontils écrit que des amusettes, ou le secret était tout différent (polilique).
(3) Encore une mesure politique pour obtenir l’indépen-
HISTOIRE DBS R0SH-CR0IX
18. — On ordonne de ne pas provoquer l’extase, ni de s’occuper de l’âme des hommes et des plantes : choses toutes naturelles parmi nous; mais qui paraîtraient miraculeuses au vulgaire. Mais les frères peuvent causer des secrets de la Nature, quand ils seront seuls.
19. — Il est défendu de donner de la Pierre à une femme enceinte, sans quoi elle accoucherait avant le temps.
20. Il est egalement défendu de s’en servir à la chasse.
21. — Quand on porte delà Pierre sur soi, il est défendu de demander une grâce, à qui que ce soit.
22. — Il est défendu de faire des perles et des pierres précieuses plus grosses que celles qu’on voit.
23. — Il est défendu de révéler quelque manipulation, congélation ou solution de la Matière.
24. — Si un frère veut se faire connaître dans une ville, qu'il aille, le jour de Pâques au lever du soleil près la porte orientale, dans la campagne ; en montrant s il est frere de la Croix d’or, une croix rouge, s’il est Rose-Croix, une croix verte. S’il voit un autre frère venir à lui, ils peuvent se saluer et en faire part à l’Imperator.
25. — L’Imperator changera tous les dix ans, son nom, sa résidence et son pseudonyme : le tout en grand secret.
26. — Chaque frère, après avoir été reçu, chan-
dance sociale (Semler) ; l’érudit compilateur fait aussi remarquer le commandement d’obéissance, et le peu que les disciples savaient sur leurs supérieurs inconnus.
géra ses nom? et prénoms, il se rajeunira avec la Pierre; et fera tout cela chaque fois qu’il changera de pays.
27. — Ne pas rester plus de dix ans en dehors de sa patrie; informer 1 Impcrator des pays où l'on voyage et des pseudonymes choisis.
28. — On ne doit pas travailler avant au moins un an de séjour, dans un lieu quelconque, pour y être connu ; fuir \es professons ignorantes.
29. Qu aucun chef ne montre jamais sa richesse qu’il se garde des religieux ; qu’on acceple rien des moines, ni qu’on ne leur fasse l’aumône.
30. — Quand les frères travaillent, qu’ils emploient de vieilles gens ; mais qu’ils ne les laissent pas manipuler.
31. — Quand un frère voudra se renouveler, il lui faudia changer de pays; et il devra ne pas retourner dans l’ancien royaume avant d’être revenu à l’état où il était quand il en est parti.
32. — Quand les frères mangent ensemble, celui qui les a invités, doit chercher à les instruire le plus possible, suivant les prescriptions ci-dessus.
3o. Que les freres, autant que possible, se réunissent, à Pâques, dans une de nos maisons, pour se communiquer le nom et la résidence de l’empereur.
34. — Quand les frères voyagent, ils ne doivent pas s’occuper des femmes, mais s’en tenir à un ou deux amis, non initiés autant que possible.
35. — Quand un Irère quitte un endroit, qu’il ne dise pas où il va; qu’il vende ce qu'il ne peut emporter, ce qu'il donne à son hôte l’ordre d’en distri-
buer le produit aux pauvres, s’il n’est pas revenu dans six semaines.
36. — Le voyageur portera sur soi la pierre en poudre, non en huile, dans une boîte métallique.
37. — Il n’y aura aucune descri ption écrite de l’opération du Magistère ; sinon en chiffre secret.
38. — Le voyageur ne mangera rien sans l’avoir éprouvé ; à moins qu’il n’ait pris le matin avant de sortir un grain de la Médecine, à la 6° projection (1).
39. — Aucun frère ne donnera à un malade de la 6 e projection, sinon, à un autre frère.
40. — Si en travaillant avec les autres, un frère est interrogé sur son état, il répondra qu’il est un novice, et un ignorant (2).
41. — Quand un frère voudra travailler et qu’il pourra avoir un autre frère, qu’il ne laisse pas voir le travail à un étranger ; au moins, s’il se sert d’un disciple, qu’il ne lui montre pas tout.
42. — Un homme marié ne sera pas accepté; quand on veut choisir un successeur, qu’il ait aussi peu d’amis que possible; et il faudra qu’il jure de ne pas leur communiquer la moindre chose.
43. — Lorsqu’un frère veut faire un héritier, il peut le faire nommer profès, après 10 ans de discipulat; et ce n’est qu’après la confirmation de l’Imperator qu’il pourra le constituer son héritier.
44. — Si, par accident ou par imprudence, un frère était découvert par un potentat, il devrait pré-
(1) Pourquoi craignaient-ils le poison ?
(2) Toujours le système des supérieurs inconnus.
férer mourir à trahir son secret ; nous sommets prêts à engager notre vie pour délivrer l’un de nous ; s’il meurt nous le considérerons comme un martyr (1).
45. — La réception doit se faire dans un de nos temples, devant six frères; après que l’impétrant a été instruit pendant trois mois. Voici la formule :
« Moi, N. N., je promets au Dieu éternel et vivant, de ne révéler à aucun homme le secret que vous m’avez communiqué ; de passer ma vie avec le signe caché; de ne pas révéler la moindre chose des effets de ce secret, par moi connus, lus ou appris de vos bouches; ni de rien dire du lieu de notre fraternité, du nom de l’imperator, de ne montrer la Pierre à personne. Sur tout cela, je promets un éternel silence même au péril de ma vie ; en foi de quoi Dieu et son Verbe m’aident. »
Ensuite on coupe au récipendaire sept mèches de cheveux qu’on enveloppe dans un papier avec son nom. — Le jour suivant, un repas en commun est servi, en silence, et les convives se saluent en sortant par ces mots : « Frater Aureæ vel Rosæ (crucis) Deus sit tecum cum perpetuo silentio Deo promissio et nostræ sanetæ Congregatio. » Cette cérémonie se répète trois jours.
46. — Après ces trois jours, chacun fait une aumône aux pauvres.
47. — Ils peuvent ensuite demeurer ensemble dans une de nos maisons, mais pas plus de deux mois.
(t) Remarquons que la pratique do l'art alchimique n était pas défendue par les lois civiles ni religieuses d’alors.
HISTOIRE UES ROSE-CROIX
48. — Pendant ce temps, le nouveau frère sera instruit parles autres.
49. — On défend aux frères plus de trois extases tant qu’ils sont dans notre maison, car il s’y fait certaines opérations qui appartiennent à notre magistère.
50. — Les frères doivent s’appeler par les noms qui leur ont été donnés le jour de leur profession.
51. — Mais des étrangers, ils doivent se laisser nommer par leur nom propre.
5 'i. — On doit donner au nouveau frère le nom du dernier mort. « Et que ces règles... ce serment au nom de N. S. J.-G. soient strictement observés. »
Suit une prière, pour demander le secret, prièrequi se termine par l’antique formule templière : Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais c’est à Ton Nom, à Toi seul Très Haut, ôDieu, que nous donnons la gloire, d’éternité en éternité. Remarquons ici que tous les indices que trouve Semler pour faire supposer l’intrusion des Jésuites dans cet organisme semblent pouvoir s’appliquer à la façon d’agir d’une école de Templiers ; tout d’abord, ces statuts prouvent abondamment que l'alchimie n’était pour ces Rose-Croix (ou plutôt pour ces Frères de la Croix d’or) qu’une occupation de décor: ce n’était pas leur science chimique qui leur faisait craindre les femmes, les jeunes gens, les potentats et les poisons 5 ce n’étaient point non plus les opérations de leur art qui les obligeaient à voyager sans cesse, et à changer de nom, tout en étant comme l’affirme Philalèlhe, persécutés et tratraqués.
HISTOIRE BBS ROSK-ER0IX
Si l’on compare les Canons édités par Sincerus Renatus avec les exhortations des petits manifestes de 1614 à 1616, on trouvera entre ces productions des différences considérables.
Dans celles-ci, le pur esprit de l’Evangile ; l’offre de la lumière, l’exhortation à la charité, à l’humilité, à la prière, à la véritable imitation de Jésus ; dans ceux-là, le silence, l’incognito austère, l’éloignement de la beauté, le célibat, une charité froide et dédaigneuse) des années d’efforts vers un but inconnu l’abstention des devoirs du patriote: Toutes choses, qui rappellent les codes des Jésuites. —Quoi qu’il en soit, de plus en plus, ceux qui vont se servir du nom de Rose-Croix se cantonneront maintenant dans l’étude de l’alchimie et de la magie. C’est d’eux que viennent la poudre rouge du moine Augustin Wenzelseiler, qu’il utilise devant la cour en 1677 ; la transmutation de l’apothicaire de Halle; celles de l’adepte Sehfeld à Rodaun près Vienne ; celle de la comtesse d’Erbach au château de Tankerstein en
Vers 1730, une nouvelle floraison de Loges surgit sous l’égide de la Rose-Croix : la Wasserstein der Woison devient 1 ’Aureum vellus ; le cordon de l’Ordre retient le bélier, comme si ces adeptes étaient les héritiers delà chevalerie bourguignonne ; c’est la période où fleurit l’exagération : telle l’histoire du Grand Adolphe empereur des Rose-Croix au Cambodge racontée tout au long par Ilermogène (1).
(t) Hermogenes spagyrischer und pkilotophücher Brünlein.
L'Arca Aperta parle déjà de ce prince des philosophes, âgé à cette époque de 967 ans.
C’est à la même époque (1735) que Zinzendorf commence ses travaux d'illuminisme maçonnique.
Mais les véritables Rose-Croix n’avaient pas attendu ces usurpations de titres et semblaient lesavoir prévues en déléguant quelques-uns de leurs membres du second cercle pour utiliser les cadres déjà existants de la Maçonnerie afin d’v recruter des héritiers. Elie Ashmole (1635-4646) avait fondé à Londres la Maçonnerie moderne avec le concours de J. T. Desaguliers, de Jacques Andersen et de G. Payne, et son institution devait passer en France, quarante ans plus tard avec les Stuarts exilés.
Ce n’est pas ici le lieu de faire une histoire de la F.-. M.\, il nous suffira de dire que comme toujours les germes de lumière jetés sous cette forme par la Providence vivante sur la terre, furent en partie desséchés, en partie étouffés par l’ivraie, selon la parabole du Maître. Ceux qu’à tort ou à raison, on a appelé les Templiers furent les agents de cette déviation ; nous n’en suivrons pas les progrès à travers
Halle et Leipzig, 1741, in-8. — D’après Teder (Mirant, septembre 1907), l ’Encyclopédie anglaise de 1729, le Daily Journal de 1730, le Geutleman’s Magazine de 1737 parlent des R. C. comme protagonistes de la F.*. M.-. ; c’est en 1721 que le rite de Swedenborg se constitue. Les R. C. allemands de 1714 avaient 9 degrés : Zelator, Theoricus, Practicus, Pbilosopbus, Adeptus junior, Adeptus major, Adeptus exemplus, Magister, Magus. Leur dernier chef fut Brun, mort en 1750. D’eux procéderaient les Frères de la R. C. d’or, fondés par Schropfer en 1777.
le développement des innombrables rites maçonniques que vit éclore la fin du xvm e siècle.
Les Rose-Croix pallièrent le mal dans la mesure du possible : La société de 1614 dès qu’elle fut connue sous ce nom, rentra dans l’ombre, selon la règle qu’elle s’est imposée à elle-même; de sorte qu’on peut être certain que tout ce qui, depuis elle, s’est appelé Rose- Croix, ne représente pas la pure association primitive.
Il semble qu’en Angleterre tout l’effort des Fludd, des Pordage, des Thomas et Samuel Norton, dont les écrits furent lus avec avidité, se matérialisa dans les rites des FreeMasons et revêtit dans cette société, déjà ancienne, le sceau utilitaire et pratique qui distingue toutes les réalisations de la race anglo-saxonne.
C’est ainsi que le système maçonnique eut de 1756 à "1768 ses Rosicrucian Knights ou Knights of the Eagle and the Pélican.
D’après Yarker, les Hermétistes ou Rose-Croix se seraient servis pour leur recrutement de cadres maçonniques déjà existants ; le livre de Philalcthes Long livers parle de la Rose-Croix d’Harodim ou d’Heredom, mi-juive, mi-chrétienne, dans laquelle on retrouve des traces de gnosticisme.
M me Blavatsky (Isis unveiled ) prétend que tous les rites maçonniques rosi-cruciens sont jésuites ; Tels seraientles chevaliers de l'Aigle cités plus haut, les chevaliers de Saint-Adrew, l’Herdom, Rosœ-Crucis, Rosy- Cross , Triple Cross PerfectRrothers,PrinceMasons[\ ).
(1) ef. Yarker,. Notes on the myster. of Ant., v. 153, et Ragon, passim.
HISTOIRE DIS ROSE-CROIX
Sur le continent par contre les Rose-Croix occultés à nouveau, utilisèrent l’œuvre des mystiques isolés, tels que Jacob Boehme. En effet* le petit livre qui fait suite au Madathanus dans l’édition d’Altona, contient plusieurs des figures dessinées par Gichtel pour les œuvres de Bœhme, entre autres une sur la science universelle et celle de l’élection de la grâce.
Ils suscitèrent aussi des missionnés, armés de pouvoirs véritables, comme Martines de Parqually ou son disciple Louis Claude de Saint-Martin qui, à leur tour créèrent des associations de charité et de pardon. De plus, de temps en temps on retrouve leur trace, ou celle d’une de leurs formations dérivées. Par exemple, un journal daté de Leipzig, 26 mai 1761, donne les dernières nouvelles de Côln. — On y parle de deux prophètes emprisonnés, qui brisaient leurs chaînes et voyaient la nuit; ils disaient avoir été à Constantinople en 1453 ; y avoir connu Constantin Paleologue; ils avaient des lettres de lui, de sa sœur et de sa femme. En ce temps-là ils étaient âgés déjà de 300 ans ; ils parlaient le persan et le chinois ; ils vivaient d’eau et d’un peu de pain ; ils opéraient des cures merveilleuses; les animaux sauvages les respectaient; ils connaissaient les philosophes et professaient un grand respect pour Pylhagore. D’après eux la durée de leur vie normale est de 1000 ans.
Cari Kiesewetter nous donne les renseignements suivants :
« Environ jusqu’en 1762, on ne trouve aucune nouvelle authentique des Rose-Croix ; mon bisaïeul mentionne seulement dans ses écrits sous le titre de
F. G. R., un adepte qui, tenu à Dresde en une honorable captivité, sous la garde de plusieurs officiers, produisit en 1748, pour le prince électeur de Saxe de cette époque, environ quatre quintaux d ot 1 , et disparut d’une façon mystérieuse de sa prison en laissant gros comme une noisette d’Élixirde vie (Tinktur zur Gesundheil . Ge fut un aide de cet adepte* un certain Johann Goltlod Fried , depuis greffier à Taucha, près Leipzig* et Frère servant de la R G. qUi a raconté ces faits à mon bisaïeul ; il lui confessa même qu en grattant les creusets il y avait encore recueilli pour environ 21 thalers d’or qui y restaient, et qu’il avait aussi retenu secrètement quelque peu d'élixir. Mon ancêtre dit dans une coühe notice inscrite en marge d’une lettre du 8 juillet 1765 . « La réalité de notre « pierre (philosophale) ne fait plus de doute pour « moi, car j’ai essayé l’Elixir de Fried, je l’ai trouvé « et “Çf transformés en teinture, et quant à la pre- « mière, éprouvée, elle a été trouvée excellente. »
« Mon bisaïeul fut mis en rapport avec la société des Rose-Groix, et introduit parmi eux* par un certain Tobias Schulte d’Amsterdam* qui était alors Imperator. De quelle manière cela se fit-il* c’est cè que, malheureusement je ne puis précisé^ mais il résulte de ses manuscrits qu'à partir de l’année 1769 il signa comme Imperator. En ce temps-là, l’ordre des Rose-Croix faisait à nouveau grand bruit dâns le inonde, bien qu’on ne voie pas comment Cela arriva; Plusieurs chercheurs, tels* pâr exemple, que Nicolaï, ont voulu expliquer cette résurrection par l’hypothèse que les Jésuites, après l’abolition de leur congré-
gation en 1774 par le pape Clément XIV, s’étalent faufilés dans la fraternité de la Rose-Croix. Mais cette assertion n’a aucune consistance ; d’après les papiers de mon bisaïeul, il résulte, tout au contraire, que les Rose-Croix prirent une direction mysticoprotestante, dont la doctrine se fondait sur la Bible et qui suivait la mystique de Jacob Boehme. — La tendance de ces derniers Rose-Croix est de fondre la théorie cabbalistique de l’émanation avec les doctrines du Christianisme; tendance qui prépara la voie à l’union des Rose-Croix avec les Martinistes et les Illuminés. Il n’est pas plus aisé d’admettre leur liaison avec les Jésuites quand on songe que l’Ordre a compté parmi ses frères : Schrepfer, Saint-Germain et Cagliostro.
v Des papiers de mon grand-père, il résulte, au contraire, que les derniers véritables Rose-Croix se renfermèrent dans une paix contemplative, vivant dans une théosophie chrétienne enthousiaste. Il paraît que l’intrusion d’éléments illuminés et maçonniques avait disjoint la vieille structure de l’Ordre ; c’est pourquoi, à ce qu’apprend encore un mémorandum de mon bisaïeul, il fut décidé en 1792 de relever les frères du serment ( Juramenti et Silentii) et d’annuler la bibliothèque avec les archives. Où et quand cela se fit-il ? son journal ne le dit pas.
« J.-J. Kortüm, l’auteur connu de la Jobsiade, tenta en 1801 de faire revivre l’ordre des Rose-Croix et d’en faire une société hermétique. Mais cette tentative avorta complètement ; les orages politiques de ce temps avaient détruit tout le sentiment mystique
dans l’âme des jeunes générations, et les rares Fratres Rosœ et Aareœ Crucis d’autrefois étaient morts l’un après l’autre. Sans doute il n’est pas absolument impossible que quelques vrais Rose-Croix aient encore survécu jusqu’au milieu de notre siècle, mais je n’oserai pas affirmer qu’il subsiste aucune collection des écrits de l’ordre semblable à celle que mon ancêtre avait esquissée. La sienne n’olïre qu’un assez maigre appoint historique pour la connaissance exacte des statuts de l’Ordre, mais elle est bien plus riche en documents au point de vue de sa pratique. Et ils sont vraiment bien étonnants à lire ces comptes rendus des innombrables arts secrets des Rose-
Parmi les missionnés qui semblent appartenir à cet ordre, il faut citer le célèbre comte de Saint-Germain. Ses voyages, ses missions politiques en Russie, à Amsterdam, à Londres, à Paris, les secrets merveilleux dont il semblait le détenteur, tout cela a beaucoup surexcité l'imagination populaire. Mais les historiens se sont trop peu occupés de lui.
Mackey dit que les Frères initiés de l'Asie organisés en 1780, étaient un schisme rosicrucien; ils furent en 1785, signalés à la police ; en 1787 un de leurs membres, Rolling, trahit leurs secrets. — On donne aussi comme dissidents des Rose-Croix, l’évocateur J. G. Schropfer de Leipzig (1), Keller de Ratis-
(1) Les principaux membres de son ordre, tes Fr. de la R. C. d'or furent J. R. von Bischolswerder, Je prince de Courlande, J. C. Wolner, G. N. von Schroeder, et le prince Frédéric Guillaume, héritier du trône de Prusse (Teder).
V
bonne et Wollner de Berlin • ce dernier, fils d’nn mi* nislre protestant, avait épousé la fille de la générale Itzenplilz. il s’appelait en Loge Chrysophron. Il y avait aussi E. de Bischoffswerder, ministre d’état et favori de Frédéric Guillaume I er ; puis le pasteur Johann August Starck, affilié à la société de Jésus, et son disciple Mayr. Les adversaires de ces faux Rose-Croix étaient les Illuminait Germaniae de Weishaupb qui professaient une morale évangélique, et qui se sont conservés jusqu’à maintenant.
Le chef actuel de l’ordre des Illuminés est Léopold Engel, de Dresde.
A la fin du xvm e siècle, 1789, les théories rosicruciennes inspirèrent quelques rites maçonniques : l’un d’eux, appelait Frères Théorétiques le 2 e degré de la Rose-uroix : le mot de passe était Jésus écrit avec ^ comme clef. Les enseignements qu’on y donnait sur le symbolisme des signes, sur les mondes, les éléments, l’homme étaient absolument traditionnels.
À partir du 3 e grade on y donnait la théorie et la pratique de l’œuvre minéral.
M. Waite a trouvé dans la bibliothèque de feu Fré- dérick Ilockley unepièce curieuse concernant l’admis* sion d’un D r Sigismund Bacstrom dans la société de la Rose-Croix par le comte de Chazal. Ce dernier, qui accomplit le grand œuvre, habitait l'ile Maurice; il y assista, par la clairvoyance aux scènes tragiques de la Révolution française.
II est dit dans ce document que la société existe depuis plus de deux siècles et demi, c’est-à-dire au
HISTOIRE DBS ROSB-CROIX
moins depuis 1540; qu’elle se sépara de la F.-. M.\ avec laquelle elle était d'abord unie; et que son article de foi était la grande Rédemption effective par le Christ.
On trouve dans l’acte d’initiation de ce D r Bacs* trom fait à l’Ile Maurice (district de Pampelavuso) le 14 septembre 1794, que les membres devaient garder le secret sur eux-mêmes et sur ceux qu’ils pouvaient connaître comme frères, qu’ils avaient le devoir d’initier avent leur mort un ou au plus deux disciples, hommes ou femmes (t) ; qu’ils avaient aussi l’obligation de rester pauvres d’apparence et inconnus; d’employer leur richesses à la charité, mais de ne jamais les mettre au service d’aucun gouvernement, de ne les employer à aucune construction publique, au salaire d’aucun prêtre, de faire leurs aumônes secrètement, de ne donner du ferment à aucun profane.
Les auteurs anonymes de l 'Apocalypse hêrmétiqud qui étaient probablement des Philalelhes (1789) se réclament des anciens Rose-Croix et blâment les F.'. M.*. qui sont devenus surtout des « Chevaliers de l’Estomach ». Godfrey lliggins, dans son Anacalypsis, affirme qu’il existe en Angleterre une pseudo-Rose- Croix (avant 1836) ; ses membres professaient une religion universelle, une sorte de manichéisme buddhiste. Depuis 1860, il y a dans ce pays une « Rosicrucian Society » donc les membres se recrutent dans
(1) Leooia Constantin, abbe?se de Clermont,vd’après ce document, y aurait été initiée en t? 3Ô>
a Maçonnerie à partir du grade de Maître, mais sans avoir avec elle aucune autre relation.
Les membres de cette Société se rencontrent à Londres le second jeudi des mois de janvier, avril, juillet et octobre de chaque année; il y a en outre un banquet annuel. — Le Conseil représentatif de la société est formé par les trois Mages, un Maître général du premier et du second degré, un député-Maitre général, un Trésorier-général, un Secrétaire général et sept Anciens.
Les officiers assistants sont un Introducteur, un Conducteur de Novices, un Organiste, un Porteur de Torches, un Héraut, un gardien du Temple et un Médailliste.
Le Maître général et les Officiers sont élus au banquet annuel ; on ne peut être élu Maître Général ou Député Maître qu’après avoir servi un an dans les Anciens et avoir atteint le troisième degré; ni être élu Trésorier ou Secrétaire sans avoir atteint le second degré.
Il y a neuf grades répartis comme suit: (1)
1 er degré. Grade i Zélateur
» 2. Théoricien
» 3. Praticien
» 4. Philosophe
2 e degré. Grade 5. Adepte junior 15
» 6. Adepte majeur 12 » 7. Adepte exempt 9
3 e degré. Grade 8. Maître du Temple 6
Nombre des membres de l’ordre . .
(1) Cf. plus haut : R. G. de Sincerus Reaatus.
HIST01RB DBS ROSB-CROIX
Le plus âgé du 9 e grade est appelé « Suprême Magus. » Il peut y avoir des nombres d’honneur, avec un président, trois vice-présidents et un Grand Patron honoraires.
On trouve ces renseignements et quelques autres dans un petit périodique intitulé the Rosicrucian qui commença à paraître en 1868 et modifia sa forme en 1879. Depuis 1871, on compte 72 frères au Collège de Londres, et 36 à chacun de ceux de Bristol et de Manchester. En 1877 un autre collège fut institué dans le Yorkshire, et un quatrième à Edinbourg. — Le rénovateur de cet ordre fut Robert Wentworth Little qui mourut en 1878 à l’âge de trente-huit ans. Lord Bulwer-Lytton fut Grand Patron de l’Ordre ; parmi ses membres les plus remarquables on compte Fréderick Hockley, Kenneth Mackenzie et Ilargrave Jennings. M. Waite à qui nous empruntons ces détails semble n’avoir pour les connaissances occultes de ces adeptes qu’une très faible estime.
Voici l’histoire de cette R. C. anglaise.
1830. — Godfrey Higgins établit dans son Anacalypsis ce que sont à cette époque en Angleterre les Rose Croix et leur œuvre.
1867. — La Société est réorganisée par R. W. (Frère Wentworth Little) Suprême Mage pour l’Angleterre. Il meurt en 1878.
1868. — Le premier numéro de la Revue « le Rose-Croix » est publié en juillet, (1868-1879).
1876. — Le 19 septembre la Société Rosicrucienne est établie.
1878. — Le D r Robert Woodman devient Su-
HISTOIRB DES ROSB-GROIX
prême Mage pour l’Angleterre. Il meurt en 1892.
1879. — En décembre un collège est établi dans l’Etat de Pensylvanie.
1880. — En avril. Fondation d’un collège dans l’état de New-York.
1880. — Collèges = 9 mai, état de Massachusetts ; 10 mai Marlyand. Le21 septembre 1880, Création du Suprême Conseil de la société Rosicrucienne des Etats-Unis d’Amérique. — Charles E. Myer, Suprême mage des Etats-Unis.
1892. —D r . W. Wynn. Westcott, Suprême Mage pour l’Angleterre.
Shelley a écrit à l’âge de dix-sept ans un roman intitulé Saint Irvyne, or the Rosicrueian. — Lord Lytton, le père de l’ancien ambassadeur d’Angleterre à Paris, a écrit Zanoni; Paschal Beverley Randolph, mulâtre américain, nous a donné des théories audacieuses dans The Rosicrueian Slory ; il forma aussi une société rosicrucienne d'éditions avant de terminer par le suicide une vie mouvementée (1). Enfin Kenneth Mackenzie, F. 1\. C. ix e , a publié Leaves frorn the Diary of a Rosicrucien.
Dans le Lucifer Au 15 juin 1889, il est parlé d’une
(1) Il reconnaissait II. Jennings, comme chef de la R. G. d’Angleterre, il appartenait à un ordre d’illuminisme d'origine égyptienne, des doctrines duquel s’inspira M ùie Blavatsky, avant de découvrir les Mahatmas hindous; et auquel semblent se rattacher les doctrines d’un autre américain, M. Peter Davidson : c'est un occultisme naturaliste, qui inspira aussi l’auteur de Art Magic, de Light of Egypt, de Language of the Stars, de Ghosiland; nous respecterons son anonymat, bien qu’il ait été souvent trahi.
société de Rose-Croix anglais, ou ordre de « la Rosée et la Lumière » dont le quartier, général est à Keighley, et qui a des membres dans presque toutes les villes d’Angleterre. On y est admis sur l'examen de l'Horoscope.
On y enseigne l’Alchimie, la philosophie de la vie, l’art divin de l’astrologie, les Herbes et leur valeur thérapeutique, les influences astrales.
Une lettre adressée au Lucifer dit que les membres ne savent presque rien ; qu’ils font attendre pour enseigner, que l’on soit développé. « Un homme qui est plus instruit en Magie noire qu’en autre chose, peut se projeter en astral et ciéer des enfants astraux? »
Leurs guides sont des Elémentaires: Francisco le moine, M r Sheldon, et Abdalla-ben-Yusuf, ce dernier ancien adepte arabe; ils sacrifient des chevreaux ; ils ont voulu former un cercle pour obtenir des informations d’une manière défendue. Ils sont pour la plupart spirites, il y a aussi des astrologues et d’autres sectateurs aveugles d’IIiram Butler, d’Amérique.
Au commencement de 1888, ils publièrent un périodique mensuel : The Lamp of Thoth , prix 1 sh. pendant 6 mois. — Il ne contenait que de la copie de magie noire ou des non sens.
Nous prierons nos lecteurs de remarquer que tous ces renseignements sont fournis par un journal théo* sophiste dont les tendances, étaient nettement hindoues, et que peut être, ces appréciations ne sont pas exemples de quelque partialité ; quoique la lettre suivante abonde dans le même sens.
HISTOIRE DES KOSK-CROIX
T. L. Mac-Gregor-Matlhers, 8°, secrét. du collège métropolitain et membre du Haut-Concile d'Angleterre (Soc. Rosier.) écrit à l’éditeur du Lucifer
« Il y a dans le Nord de l’Angleterre une société de Ros-Crux. Fratres, ou ordre de la Rosée et de la Lumière, prétendant être les descendants de la R + C médiévale. Le scripteur les désavoue.
« Il y a 4 collèges de la Soc. Ros. in. Anglia: Londres, York, Lancastre, et Bristol, le Suprême Magus in the outer est le D r Win. R. Woodman ; pour l’Ecosse, le comte de Kintore et C. E. Meyer, de Philadelphie, par l’U. S. A.
« Cette société étudie la tradition occidentale.
« Le grade le plus inférieur, Zélateur, est donné dans des assemblées, où les frères lisent et discutent des sujets mystiques.
« Des connaissances de pratique sont le privilège de plus hauts initiés qui les tiennent secrètes ; tous les frères tiennent secret leur grade.
« La Soc. Théosophique est en relation d’amitié avec eux.
« Le secrétaire général est le D r Wynn Westcolt, Hon° IX, 196 Cambden Road. London.
« Les Etudiants hermétiques de la G. D. Rosicrucienne en seraient pour ainsi dire, les représentants à l’extérieur.
« Les Chefs du second ordre craignant que les procédés de certaines personnes du Nord de l’Angleterre, exhibant de prétendus pouvoirs et dignité R -+•, ne détournent les étudiants des hauts sentiers du mys-
HISTOIRE DBS ROSE-CROIÏ
ticisme vers les pratiques goetiennes, désirent que tous les frères et sœurs de la G. D. informent d’après cela, les étourdis et les non-initiés, qu’aucune personne ne tient mandat de nous, ni ne possède notre ancienne et secrète connaissance.
« Sapiens dominabitus Astris « Deo duce comité ferro « Non omnis moriar.
« Vincit omnia verilas.
« Publié par ordre du supérieur Sapere Aude: Cancellarius in Londinense. »
« Sept adeptes qui possèdent l’élixir de longue vie, vivent actuellement et se réunissent chaque année dans une ville différente. »
M r Davidson (1) qui vit actuellement dans la Géorgie, est un des représentants d’un ordre secret, l’X. X of X. dont la devise est justement 1 ’omnia vincit veritas de Sapere Aude et aux chefs duquel on doit la publication des œuvres de Randolph, de la Lumière d’Egypte, du Ghostland, de Y Art magic, etc. 11 est utile d’ajouter que cette confrérie fut opposée à la société Théosophique et dédaigne les sociétés rosicruciennes anglaises; voici ce qu’en dit un organe théosophique le Lotus bleu :
« On trouve à Boston une Societas Rosicruciana; en
(1) Peter Davidson publie une petite revue qui est recommandée par les chefs d’un mouvemennt d’occultisme antichristique, le Cosmisme.
outre, il existe, aujourd’hui encore aux Etats-Unis d'Amérique, une Fraternité mystique qui prétend se rattacher étroitement à Tune des fraternités les plus puissantes de l'Est ; on la nomme la fraternité de Luxor, et ses membres ont la garde des trésors scientifiques les plus précieux ; bien qu’elle existe depuis longtemps et qu’elle travaille activement, le secret de son existence a été rigoureusementgardé ; Mackenziela fait descendre des Rose-Croix, ce qui pour les personnes bien informées, est une erreur : elle est d’origine orientale. Elle a joué un rôle capital dans la naissance et la propagation du mouvement spirite, lequel, malgré ses erreurs et ses méfaits* à arrêté le flot envahissant du matérialisme, qui, il y à ürt demisiècle, menaçait de submerger entièrement l’Occident. y>
L ’Initiation a publié, il y a quinze ans, des détails sur cette société ; son caractère le plus saillant est de donner des instructions pratiques manuscrites, pour le cercle extérieur ; et quand ces instructions ont été parfaitement suivies, le néophyte est prêt à entrer dans le cercle intérieur.
Le thaumaturge alsacien Francis Schlatter dont les cures firent tant de bruit aux Etats-Unis, il y a quelques années, exerça, dit-on, une fonction de la Rose- Croix intérieure : on n’est pas certain d’avoir retrouvé son cadavre ; certains affirment qu’il mourut comme Moïse, dans l’extase, et qu’il était une réincarnation d’un des douze apôtres ; nous croyons pouvoir dire que ces trois affirmations sont erronées.
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LA ROSE-CROIX EN FRANCE
« L’ancienne fraternité occulte de la Rose-Croix est représentée par une société très intéressante. L’organisation nous montre à la tête un conseil de douze membres, dont six sont connus et dont six autres restent inconnus, prêts à relever l’ordre si une circonstance quelconque venait à le détruire. Le signe distinctif des membres de ce degré est le suivant n.
« Outre ce degré, exclusivement pratique, il en existe deux autres subsidaires et théoriques, où est donnée l’initiation. Chaque membre fait le serment d’obéissance aux ordres du conseil directeur, mais sa liberté est absolument sauvegardée, en ce qu’il peut quitter la société dès qu’il lui plait, sous la seule condition de garder secrets les ordres ou les enseignements reçus. La Kabbale dans toutes ses branches et l'Occultisme en général sont enseignés dans les deux premiers degrés.
« La portée pratique de cette association peut-être considérable, à cause de l’union fraternelle et étroite qui existe entre tous les membres. Cet ordre est assez répandu, surtout en France. » (. Initiation , janvier 1889).
C’est à cette société qu’appartenait notre regretté confrère, le marquis Stanislas de Guaita qui en était le président ad vitam. Après sa mort survenue le
19 décembre 1897, F. Ch. Barlet lui succéda, puis le D r Papus.
Au printemps de l’année 1890, le sar Joséphin Péladan membre du suprême Conseil de l’ordre Kabbalistique de la Rose-Croix s’en sépara après avoir fondé un ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal, ou de la Rose-Croix-Catholique, hiatus d’idées que .es occultistes regrettèrent étant données les si belles qualités d’esthète de M. Péladan. Il y eut en 1899, tentative de réunion entre la Rose-Croix de Péladan et la R. C. Kabbalistique ; celte tentative n’eut pas de suite, des circonstances personnelles, dont il informa le public, ayant détourné l’attention du Sar des travaux de réalisation.
Depuis quelques années, la fondation du regretté marquis de Guaila a risqué de voir son caractère original s’altérer : la plupart des érudits qui en étaient la gloire ont disparu peu à peu, et des étudiants sincères, sans doute, mais peut-être trop curieux de titres, de parchemins et de phénomènes ont voulu les remplacer : mais Elias-Artiste veille, espérons-le.
Enfin, pour ne rien oublier, mentionnons ici une manifestation d’un centre rosicrucien très élevé, la F. T. L., dont le mode de recrutement et le centre n’ont jamais été décrits ; nous savons que cette société a commencé à s’étendre vers 1898 ; et nous supposons que les néophytes sont mis en relation avec les membres de l’ordre d’une façon analogue à celle que décrit l’aftiche rosicrucienne placardée dans Paris en 1623.
HISTOIRE DES ROBB-CROIX
L'initiation en est très pure et essentiellement christique.
Nous terminerons ici cet exposé historique, de l'imperfection duquel nous nous rendons parfaitement compte. Nous répétons encore que nous n’avons voulu donner au public que ce que tout chercheur peut trouver avec de la patience ; les origines réelles de la Rose-Croix, —non pas ses parchemins, puisque, société de mystiques, elle ne s’appuie pas sur la terre, — mais ses rattachements invisibles, l’histoire exacte de ses envoyés, individuels ou collectifs, tout cela est et restera caché pour tout autre que pour les Frères. Sans prétendre, dans un volume prochain, combler ces lacunes, nous invitons avec instance, nous appelons avec une amitié anxieuse, nous supplions avec une ferveur ardente, tous ceux qui veulent savoir, à s’unir pour invoquer l’esprit d’Helias-Artiste, ou mieux encore, l’Esprit vivant du Maître universel : Notre Jésus, le Seigneur Christ.
Tout sera donné à l’homme.
CHANTRE VI
NOTICES BIOGRAPHIQUES
THOMAS A KEMPIS
Né vers 1379 à Kempen (diocèse de Cologne), son véritable nom était Hemmerken, en latin Malleolus (petit Marteau).
A l’âge de vingt ans il entra comme novice chez les chanoines réguliers de Mont?Saint-4gnès. Il prononça ses vœux en 1406 entre les mains de son frère qui était prieur du Couvent. Il fut ordonne prêtre six ans après. Il s’exila de son couvent en 1429 pour obéir à un ordre du pa; e et se retira au monastère de Lunekerke en Frise. C’est à eette période de sa vie que se rapporte sans doute le séjour qu’on prétend qu’il fit chez les Frères de la vie commue (Frater vitae communis). Il revint trois ans après, fut élu sous-prieur de Saint-Agnès et acheva ses jours dans ces fonctions en 1471.
Sa renommée a empli le Moyen Age.
Bien qu’on a pensé longtemps en France que l ’Imitation est l’œuvre de Jean Gerson, la critique moderne a fait justice de cette prétention.
TAULER
Tauler (Jean) célèbre mystique allemand né en 1290 à Strasbourg où il est mort le 16 juin 1361. De parents aisés, il entra à dix-huit ans dans l’ordre de Saint-Dominique, en même temps que son ami Jean de Daubach, avec lequel il alla peu à près à Paris pour étudier la théologie (1). 11 goûta peu à la scholastique qu’on y enseignait et s’adonna dès lors à la lecture des auteurs mystiques. Saint Bernard, saint Augustin, Proclus et surtout les écrits apocryphes de Denys l’Aréopagite. Cette tendance fut encore nourrie chez lui lorsque après son retour à Strasbourg il fréquenta Eckart, Nicolas et autres prédicateurs qui faisaient entendre à leurs auditeurs des paroles graves et empreintes d’un sentiment profond de l’amour de la divinité.
Il fit partie de la confrérie des Amis de Dieu (2) for-
(1) Il est peu probable que Tauler prit dans cette ville le grade de docteur ; son nom ne se trouve pas sur les registres de la faculté de Paris ni de celle de Cologne.
(2) On y comptait Henri Suso, Henri de Louvain, Ger-
mée dans les contrées rhénanes de prêtres, de moines et de laïques, qui voyaient dans les malheurs de l’époque une punition de la science générale et demandaient une sévère réforme des mœurs. Il commença à prêcher dans ce sens avec un succès qui répandit son nom dans toute l’Allemagne et même en Italie ; ses sermons d’une intelligence plus pratique que ceux qu’il prononça plus lard, attiraient autour de sa chaire une foule d’auditeurs. Il fit de fréquents voyages à Bâle, à Nuremberg à Cologne et dit-on en Hollande, où il alla visiter le célèbre Ruysbrock, qui cependant n’exerça pas beaucoup d’influence sur son esprit. En 1340, Nicolas, chef des Yaudois de Bâle, vint à Strasbourg pour entrer en relations avec Tauler; s’il ne le convertit pas à ses croyances il exerça une grande influence sur lui, et le persuada de faire une retraite absolue de deux années. Tauler persévéra jusqu’au bout de cette résolution; lorsqu’il reparut en chaire en 1342, l’attention publique excitée par son long silence dont les motifs étaient restés secrets, s’attacha plus que jamais à ses prédications où il censura vivement les mœurs relâchées du clergé! Aussi se vit-il en butte à beaucoup d’attaques; on essaya, mais en vain de le faire passer pour hérétique. Durant la peste qui désola l’Alsace (1348), il montra un courage et un dévouement admirables. Peu après il se vit exiler par l’évêque Berthold qui l’avait jusque-là protégé, mais qui à la demande du
hard de Sterngasse, l’abbesse Christine d'Ebner, etc. Voir les ouvrages de Cb. Schmidt et de Jundt.
pape le bannit ainsi que Thomas de Strasbourg et Ludolff de Saxe, en même temps qu'il fit brûler leurs écrits. Lors du passage de l’empereur Charles IV à Strasbourg, il fut cité devant lui et maintint fermement ses doctrines. Ensuite Tauler se rendit à Cologne où il résida plusieurs années, occupé toujours à prêcher une réforme générale des mœurs. Il combattit aussi la secte des béguards, mais sans pousser contre eux à des mesures violentes.
On n’a presque aucun détail sur ses dernières années; au commencement de 1301 nous le retrouvons à Strasbourg, pris d’une grave maladie à laquelle il succomba quelques mois plus tard.
Tauler s’attachait à conduire l’homme à la connaissance de Dieu, par la purification du cœur, par un renoncement absolu à tout désir, à toute volonté propre, ce qu’il appelle la pauvreté parfaite.
Ce côté pratique lui a valu les éloges de Bossuet.
Ses sermons répandus par un grand nombre de Copies furent imprimés pour la première fois à Leipzig en 1498, in-4° ; édition qui est restée une des plus correctes bien que le dialecte de Souabe, dont Tauler se servait, y eût été remplacé par celui de Saxe. La plupart des éditions successives ont été remaniées et augmentées de sermons apocryphes.
Elles parurent à Augsbourg, 1508, in-fol.
Bâle, 1521, in-fol; Halberstadt, 1523; Cologne 1543, in-fol ; Hambourg, 1021, in-fol; D’autres ne sont que des retraductions faites sur la traduction latine, souvent inexacte des Œuvres de Tauler donnée en 1548, in-fol, par Surius, et réimprimée à
Cologne, 1619-1690, in-4°. Les éditions en Allemand moderne de Francfort, 1825, 3 vol. in-8et de Berlin, 1841, in-8, sont très bonnes.
Parmi les écrits attribués à Tauler, il n’y a d’authentique que : Von der Nachfolgung des Armen Lebens Christi (De l’imitation de la vie de pauvreté du in 8, édition de Schlosser. qui y a joint un excellent Lexicon Taulerianum; ce résumé des idées de Tauler a été traduit en français par Lomenie de Brienne — Prophecien von vil Plagen und Ketzerien { Prophéties sur les nombreux fléaux et hérésies) ; — Drie Kurtie materim (trois petits traités) — une lettre à des religieuses.
Parmi les lettres spirituelles publiées sous le nom de Tauler, il n’y en a que quelques-unes qui émanent de lui ; quant aux divinæ instituliones, si souvent imprimées dans les diverses langues de l'Europe, ce n’est qu’une compilation mal faite de passages extraits de ses écrits et de ceux d’autres mystiques.
Enfin la meilleure édition critique des Œuvres de Taulera été donnée par Kœneder (Francfort, 1822-24,
(Extrait de la Biographie de Hœfer).
PARACELSE
Paracelse naquit en 1493 à Einsiedlen, dans le canton de Schwytz (1). Son père, Guillaume Bombast de Hohenheim qui avait successivement exercé la médecine à Einsiedlen et à Villach en Carinthie, fut son premier maître, ainsi qu’il nous l’apprend luimême (Testamentum Paracelsi, etc. ; Chronica des Landes Kârnthen, p. 248. D’après la Chronique (inédite) de Saint Gall, le père de Paracelse aurait porté le nom de Hœhener et aurait été originaire de Gais, canton d’Appenzell. Paracelse cite aussi comme ses maîtres l’abbé Tritheim de Spanheim, l’évêque Schegt de Stettgach, et Erlach de Lawental. Comme les étudiants d’alors, il mena une vie vagabonde, alla d’une école à l’autre et, quand il manquait d’argent, ce qui lui arrivait souvent, il se mettait à dire la bonne aventure, il se faisait chiromancien et nécromancien. Il parcourut ainsi dit-on le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, visita les mines de la Saxe, du Tvrol, de la Suède, et poussa ses pérégrinations comme il l’insinue lui-même jusqu’en Egypte et en Tartarie. On raconte même qu’il accompagna le fils du Khan des Tartares à Cons-
(1) On n’esl pas d’accord sur l’année de la naissance de Paracelse ; selon quelques auteurs il naquit en 1443. Voy. Melcb. Adam, Vita gertnanorum medicorum qui sascula superiori claruerunt ; Heidelb. 1620, in-8.
tantinople pour apprendre le secret de la teinture de Trismégiste d’un Grec qui habitait cette capitale. Cependant, à juger par les écrits qu’il nous a laissés, on serait tenté de croire qu’il n’a jamais quitté l’Allemagne, car il se montre très ignorant en géographie et il ne connaît ni les langues, ni les mœurs des pays qu’il prétend avoir vus.
Ce qu’il y a de certain c’est qu’il s’est livré pendant quelques temps dans les mines du Tyrol, de la Bohême et de la Carinthie à des travaux métallurgiques sous la direction d’un Fugger.
Paracelse se vante de n’avoir pas ouvert un seul livre dans l’espace de dix ans et que toute sa bibliothèque se composait de dix feuillets. Ses contemporains lui reprochent de ne pas savoir même le latin, alors la langue favorite des savants. Aussi soutenaient-ils que le titre de docteur, que s'attribuait Paracelse était usurpé ; car personne ne pouvait obtenir ce grade sans au moins savoir le latin. L’inventaire dressé après sa mort constate qu’il laissa, pour tout trésor littéraire et scientifique, la Bible, la concordance de la Bible, le nouveau testament, les commentaires de saint Jérôme sur les Evangiles, un volume de médecine et sept manuscrits.
Paracelse avait commencé sa réputation dès l’âge de trente ans, à l’occasion de quelques cures heureuses. Il était parvenu à guérir quelques cas de cancer, d’hydropisie, de podagre, etc., réputés incurables, et il assure lui-même avoir rétabli la santé « à dix-huit princes qui auraient péri entre les mains des médecins Galénistes ».
Le Sénat de Baie l’appela, en 1526, à remplir une chaire nouvellement créée de chirurgie et de physique et non pas de chimie comme on l’a dit. Paracelse faisait ses cours en Allemand au grand scandalede tous les autres professeurs qui les faisaient en latin. A la première leçon il fit apporter au milieu de la salle les œuvres d’Hippocrate, de Galien et d’Avicenne, en fit un bûcher et y mille feu, en disanlque son chapeau, sa barbe et ses souliers en savaient plus que tous les médecins de l’antiquité réunis.
Les démêlés qu’il eut avec quelques citoyens influents de la ville de Bâle le forcèrent de quitter la chaire au bout d’un au. On raconte celte occasion q : un chanoine, Kornel de Lichlenfels lui avait promis deux cenls florins de récompense s’il parvenait à le guérir de la goutte contre laquelle tous lesr rnèdes avaient échoué ! T rois pilules d’opium enlevèrent aussitôt la douleur du mal et Paracelse réclama la récompense. Lechanoine jugeant d’après la quantité plutôt que d après la qualité du remède, trouva que 200 florins étaient beaucoup trop d’argent pour trois petites pilules, et refusa de payer. Le docteur eut recours aux tribunaux qui réduisirent la somme à G florins ; ayant ainsi perdu -on procès il lança des invectives contre les magistrats. Sur l’avis de quelques amis il s’enfuit clandestinement de Bâle pour échapper au châtiment qu’il encourait.
A partir de ce moment Paracelse mena une vie très aventureuse. On le trouve en Alsace en 1528, à Nuremberg en 15 29, à Saint Gall. en 1531,ài'feffeibad
II parcourut ensuite la Moravie, l’Autriche, la Hongrie ; il dédia en 1537, à Villach sa chronique à l’archevêque de Carinlhie.
En 1540 on le trouve à Mendelheim et l'année suivante à Salzbourg. C’est là qu’il mourut le 24 septembre 1541 à l’âge de quarante-huit ans, dans l’hôpital de Saint-Etienne.
Ses œuvres complètes n’ont été publiées qu’après sa mort. Ce fut à l’instigation de l’archevêque de Cologne que Jean Huser se mit à recueillir à grands frais les manuscrits de Paracelse dispersés dans tous les pays de l’Europe et les fit imprimer aux frais du prince-électeur. C’est une réunion de traités dé médecine. et d alchimie dont le texte est souvent incomplet et tronqué. Beaucoup de ces traités sont supposés surtout ceux qui sont écrits en latin, car Paracelse a composé tous sés ouvrages en allemand, dialecte suisse dur et désagréable, mêlé d’idiotismes difficiles à comprendre. On doit aussi se tenir en garde contre les interpolations nombreuses dont ils portent la trace évidente.
Valentin de Retiis n’estime pas à moins de 36i le nombre des écrits de Paracelse, dont plusieurs 1 ont été traduits dans les principales langues de l’Europe. Michel Toxites et Gerhard Dorn se sont surtout attachés à populariser les écrits de leur maître. Le premier a publié un Onomasticum medicum Verborurn Paracelsi et le dernier un Biclionariûtn Theophrasti Paracelsi. On lui doit aussi une traduction latine de divers traités de Paracelse ( opéra
nonnulla ex germano in lat. translat. Bâle, in-
Ceux qui voudraient connaître les titres de tous les ouvrages de Paracelse n’auront qu’à consulter l’édition allemande de Huser, ou l’édition latine des Œuvres de Pisticus, à la table des matières. On trouve aussi dans Fr. Gmelin (Geschichte der Chemie, t, I, p. 240) le catalogue de ces traités avec la date de leur publication.
La première édition qui est la plus complète a pour titre : Bûcher und schriften der edlem, hochgelehrten und bewehrten pliilosophi médici, piiilippi
THEOPHRASTI BOMBAST VON HOHENHEIM PARACELSI geilCl-
nnit j/'tzt aufs neu aus den originalien und Theophrasti eigener Handschrift, soviel dieselben zubekommen geivezsen aufs trefflichst und fleisigst cm tag gegeben, durch Joannem huserum bridguium : (Ecrits du noble et savant philosophe médecin Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, dit Paracelse, publiés d’après les manuscrits originaux, etc., Cette édition est rare.
L’édition latine qui n’est qu’une traduction de l’édition originale allemande, est au contraire assez commune ; mais elle est beaucoup moins estimée; elle a pou; titre : Aurelii Philippi Theophr. Paracelsi Bombast ab Hohenheim, medici et philosophi celéberrimi, chemicorumque principis opéra omnia
(Extrait de VHist. delà Chimie d’Hœfer), tome 11.
WEIGEL
Valentin Weigel, né en 1533, mort en 1588, pasteur dans l’Erzgebirge de Saxe, ne s’était pas écarté au dehors de l’orthodoxie protestante, mais, après sa mort, ses écrits et les doctrines de ces partisans, le firent condamner comme hérétique.
Maître Eckart, la Théologie allemande , Tauler, Carlostadt, Manger Schwenkfeld, exercèrent sur lui une grande influence. Il empruntait ses vues spéculatives aux écrits du Pseudo-aéropagiste et à Paracelse; M. Weigel admettait ainsi que Paracelse la trichotomie ; il croyait à une lumière interne qui suffisait seule pour connaître la révélation extérieure de Dieu consignée dans la Bible, et donnait une conscience vraiment religieuse, tandis que toutes les autres choses ne servaient qu’à troubler l’esprit.
De même que nous devons tout apprendre, nous devons pouvoir tout devenir ; et comme notre devenir procède de l’être, nous devons être dès l’origine tout ce que nous pouvons être. L’esprit vient de Dieu ; la création de l’homme est un acte nécessaire de la sagesse divine. Dieu, dans tout ce qu’il fait, ne crée que soi ; il se connaît, il s’aime dans ses créatures. La chûte originelle a eu lieu dans le monde des esprits, et a produit cette vie cosmique. Tout dans Weigel rappelle les doctrines panthéistes et gnostiques. Il
HISTOIRE DBS ROSS-CROIX
conçoit Jésus-Christ comme descendu du ciel avec sa chair et son sang.
Les partisans de Weigel, le chantre Christophe Weickert (éditeur de ses œuvres). Ezéchiel Meth et Isaïe Stifel, qui allaient jusqu'à le faire passer pour Jésus Christ, eurent bien des persécutions à endurer. Les écrits de Weigel furent interdits dans la Saxe électorale (1624) ; mais les weigéliensse maintinrent en secret. Bœhm a réfuté d’ailleurs ces disciples.
OUVRAGES A CONSULTER
Otto Brunsfeldius, Verbum dei multo magnexpeditaudire quam missam (s. 1.) : Doellinger, II, p. 30. La Sorbonne condamna, en 1530 son Liber Pandeclarum , V. et N. T., et Cn tira 14 propositions ; ch Plessis d’ARG. II, 1. p. 85. et suiv. — Franci^ci Lamberti Aven, Comment in C an tic* Cant. ; s. 1., f. 44 ; Comment, de prophetia et linguis (condamnés à Paris en 1562-1543, I. IT, 1. p. 135) : Doellinger p, 189. — Rixnfr et Siber. Leben und Lehre berühmler Physiker , 1829, I ; Preusz, Die Lheol. des Paracelsus , Berlin, 1839; Denziger, Von der relxg. Erkenntniss, I, p. 390-395. Ouvrages de Val. Weigel, 4° Kirchen oder HnuspesLille ; 2° Principaliraclat von der Gelassentieit ; 3° Der güldene Griff. anleitung , aile dinge ohne lrrlhum %ur erkenntn , Neusz, 1607 ; 4o Dialogues de christianisme ; 1614 ; o° Stu - dium universale , ed. Lips. 1700 ; 6o Kurzer weg aile dinge mr erkennen ; 7° das Büchlein vom Leben Chrisii ; 8° Das Bürhlen vom gebete, etc. Théologie Weigelii , Neustadt 1668; Ritter gesch. der Philosophie , X. p. 77 et suiv. ; Standenmaier, Philos, des Christenth. I, p. 723 et suiv.; Denzinger, loe. cil p. 416 424; Hagenbach, Gesch. des Ref , Zeitalten , III, p. 337 ; L. Pertz, Ztschr fur hisl.
HISTOIRE DBS ROSB-CROIX
yer de Weigelianismo. Rnsae Crucianismo > t Paracelso, Lips. 1669; H. Schmid, Gesc/iicki des Pielismus. Noerdl, 1863; Opil. Val, ÏÏreigel, Leipzig. 1864 ; Schbeeck. IV. p. 674 el suiv. ; Walca, Et ni., IV, p. 1024 et suiv. ; GieScler, Lthrb. der M. iti-8 111, p. 433 et suiv. (d’ap. IIerqenrothe», Histoire de l’Eglise.)
GUTMAN
Le livre du célèbre Gutman, Révélation de la Majesté divine est, à première vue, verbeux et rempli de beaucoup de paroles inutiles ; cependant, il serait injuste de l’apprécier d’après nos habitudes d'esprit contemporaines ; la clarlé, la concision, les explications précises nous sont devenues des besoins intellectuels dont l’absence met l’étudiant de fort mauvaise humeur. Le livre en question nous paraît malgré cela d’un haut intérêt et rempli de renseignements curieux ; l’abondance de la phraséologie est le moyen qui sert à l’auteur pour ne divulguer aucun secret pratique, et si beaucoup de ses théories nous semblent puériles, souvent un mot perdu dans un alinéa filandreux ouvre à l’esprit averti des horizons tout à fait nouveaux.
Gutman, pour mener à bien son commentaire sur le premier livre de la Genèse, n’avait ni les connaissances traditionnelles de l’iniliation kabbalisque pure ni la science linguistique d'un Fabre dülivet, ni la révélation systématique d’un Jacob Bœhme. Il
ne fit donc ni calculs de nombres mystérieux, ni transposition de lettres, ni analyses radicales des hié- rogrammes : il lut le Sepher comme doit être lu l’Evangile, avec la simplicité d’esprit et la pureté de cœur d’un petit enfant : alors le Seigneur leva pour lui le voile épais qui cache l’esprit sous les mots de la langue vulgaire ; il aperçut l’essence du langage briller comme le soleil levant à l’entrée des cavernes ; il raconte avec une bonhomie minutieuse, avec une candeur fervente la structure des stalactites et des stalagmites et les mousses qui tapissent le rocher, et les pierres du sol, et les petites herbes, èt les lilets d’eau qui arrosent tout cela. C’est cette candeur qui charme et qui encourage pendant cette énorme lecture et grâce à laquelle on aperçoit les paillettes d’or qui scintillent çà et là parmi le sable de la plaine immense.
KHUNRATH
Henri Khunrath ou Kuenrath, né vers 1560 à Leipzig mort à Dresde le 9 novembre 1605. Il étudia la médecine à Bâle et exerça cet art ensuite à Hambourg et à Dresde. Il disait avoir le secret de la pierre philosophale. On suppose qu’il est mort très pauvre.
Ouvrages : Zebelis, regis et Sapientis Araburn vetusissimi, de interpretationequorunidam accidentium,
tum internorum quant externorum, sive eventuum incepinatorum secundum Lance motum perduodecim zodiaci cœlestis, signa observationes, accuratissimœ, Prague,'1592,in-4. Amphitheatrum Sapientiææternæ solius verœ Christiano Kabbalisticum divino-magicum nec non physicochymicum, cum figuris œneis ; Hanovre, 1609, in-fol., Prague, 1596, Leipzig,1608, Hambourg, 1611 — Questiones très perutües et necessarice tumad Curationem tumad precautionem Calculi, podagrœ,gonagrœ, Chiragræ, Leipzig-, 1607—in-8. — Confession vont Hylealischen, das ist pri-matérialischen Calholischen, oder allgemein naluerlich Chaos der Alchymie { Du chaos hylealique, c’est-à-dire du chaos catholique ou universellement naturel de l’Alchymie) Strasbourg, 1699, in-8. — Philosophische Erklaerung von dem Glut-und Flammen Feuer der uralten Weisen (Explication philosophique du feu ardent et du teu flamboyant des premiers sages. ) ; Strasbourg, 1608, in-8, traduct. lat. Leipzig, 1783,
— Symbolum chymicum physicum de ChaoPhysicorum, Chymicorum catholico , Naturali triuno , mirabili atque mirifico, secretissimo , lapidis philosophorum universalis et Magni subjedo genuino ac proprio matériave débita et unica i gnorantia et inuidia nclumniæ parentes (1609) — Magnesia calholica philos, Francf, 1599 (Biographie de Hœfer) (1).
(1) Trad. française ; 2 vol. in-8 de la Bibliothèque rosicruoienne. Paris, 1898. — Paris, 1905 : t. bonne éd. des planches avec notes inédites p. le Dr. M. Uaven.
(I) Cf. V. Môller, Cimbria litterata, t. II, p. 376.
« Henri Ivhunrath est un personnage peu connu de Ceux qui n’ont pas fait des sciences occultes une étude particulière, c’est pourtant un maître et un maître du premier ordre ; c’est un prince souverain de la Rose-croix digne sous tous ies rapports de ce titre scientifique et mystique...
« Les pantacles sont splendides comme la lumière du Sohar, savants comme TH thème, exacts comme Pylbagoré, révélateurs du grand œuvre comme le livre d’Abraharn et de Nicolas FlaiheL
« Henri Ktiüfirâth était chimiste et médecin, il était né eh 1562, et il avait quarante deux ans, lorsqu’il parvint à la haute initiation théosophique. Le plus remarquable de ses ouvrages, son Amphithéâtre dè la sagesse éternelle, était publié en 1598, car l’approbation de l’empereur Rodolphe qui s’ÿ trouve annexée est datée du 1 er juin de cette même année, L’auteur, bien qu’il fit profession d'un protestantisme radical, y revendique hautement le tiotn de catholique et d’orthodoxe ; il déclare avoir en sa possession-, mais garder secrète comme il convient, une Clef dé l'apocalypse, Cléf triple et unique comme la science universelle. Lâ division du livre ëst septénaire, et il y partage en sept degrés l’initiation à lâ haute philosophie ; le texte est un commentaire mystique des oracles dé Salomon ; l’ouvrage se termine par des tableaux synoptiques, qui sont la synthèse de la haute magie et de la Kabbale occulte, en tout ce qui peut être écrit et publié verbalement. Le reste, c’est- à-dire la partie ésotérique et indicible de la science, est exprimé par dé magnifiques pantâcleà dessinés
MlSïÔIftÉ DSS ROSÉ-CROIX
et gravés avec soin. Ces pantacles sont au nombre de neuf.
« Le premier contient le dogme d’Hermès.
« Le deuxième, la réalisation magique.
« Le troisième représente le chemin de la sagesse et les travaux préparatoires de l’œuvre.
a Le quatrième représente la porte du sanctuaire éclairée par sept rayons mystiques.
« Le cinquième est une rose de lumière, au centre de laquelle une forme humaine étend ses bras en forme de croix.
« Le sixième représente le laboratoire magique de Khunrath, avec son oratoire kabbalistique pour démontrer la nécessité d’unir la prière au travail.
« Le septième est la synthèse absolue de la science.
« Le huitième exprime l’équilibre universel.
« Le neuvième résume la doctrine particulière de Khunrath avec une énergique protestation contre tous ses détracteurs. C’est un pantacle hermétique encadré dans une caricature allemande pleine de verve et de naïve colère. » (El. Levi)
Cependant, il se pourrait fort bien que Khunrath ait été un adversaire inconnu des vrais R-.C.
ÜBAV1ÜS
André Libavius naqüit à Halle (Saxe) vers 1560. Il fut nommé professeur d’histoire et de poésie à Iéna en 1588, pratiqua la médecine à Rotembourg sur
Tauber do 1591 à 1605; puis il devint recteur du Collège Casimir à Cobourg (Franconie) où il mourut en 1616. C’est un adversaire déclaré des Rose-Croix ; il a fait des livres d’alchimie estimés.
HASELMKYER
Adam Haselmeyer, dont il est parlé dans la préface de l’édition de Cassel de la Fama, était à cette époque secrétaire public de l’Archiduc Maximilien; dans l’édition de 1616, il est indiqué à nouveau avec ce titre et celui de Juge impérial ordinaire, il habitait alors le village de la Croix, près Hall, dans le Tyrol ; les Jésuites l’avaient fait condamner aux galères. On voit dans sa Réponse à la Fama que des copies manuscrites en avaient circulé avant 1614.
SPERBER
Julius Sperber, l’auteur de Y Echo der von Gott erleuchteten Fraternitœt, étaient conseiller d’Anhalt- Dessau ; il mourut en 1616, l’année même de la publication de son livre, lequel d’après Nieolaï (1) aurait déjà eu une édition en 1615. Katzauer estime
(1) Cf. Ueber die Beschuldiyung der Tempelherrn , II, p. 175.
que Sperbêr et Julianusde Campis ne sont qu'une même personne (1) ; mais selon Bühle rien ne peut rendre cette opinion vraisemblable (2).
MICHEL MAI ER
Alchimiste allemand né à Rendsbourg (Holstein), en 1568. Reçu en 1597 docteur en médecine à Rostock, quelques années plus tard il devint médecin de Tempereur Rodolphe II qui lui donna le titre de comte palatin. Après la mort de Rodolphe il passa au service du landgrave de Hesse; en 1620 il alla s’établir à Strasbourg. Parmi ses nombreux ouvrages devenus rares aujourd’hui, Lenglet Dufresnoy cite : Arcana Arcanissima , hoc est hieroglyphica Ægyptio - grœca, Londres, 1614, in-4— Lusus serins , quo Hermes sen Mercurius rex Mondanorum omnium sub homine existentium , post longarn disceptcitionem in consilio octovirali hctbitum Judicatus Oppenheim, 1616- 1619,in-4.— De circulophysico quadrato , hocestauro ejusque virtute medicinali sub duro Cortice instar nudei latente an et qualis inde petenda sit, Francf. 1616, in-4 — Examen fucorum pseudo-chymicorum et in gratiam veritatis amantium succincte refutatorum; Francf., 1617, in-4. — Symbolaaureæ mensœ,
(1) Diss. de Rosæ crucianis , p. 58.
(2) Loc. cit., p. 194 et N eue Erlàuterung , die Gesch. der R.C . und Goldmacher bctr. y dans le Würtemb } Reperl. p. 544
HISTOIRE DES ROSR-GRQIX
XII mtienum, hoc est heroum XII selectomm totius chimicœ , usu sapentia et auctovitato , parium argumenta. Francf., 1617, in-4 — Viatorium, sivetractatus de montions planetarum VII seu metallorum ; Oppenheim, 1618, Rouen, 1651, in-4. — Emblemata noua chymica; Oppenheim, 1618, in-4. — Verum in -, ventum, hoc est germanw Munera ab ipso primitus reperta; Francf., 1619, in-8. — Septimana Plülosopliica quœ Ænigmata a Salomone regina Saba et Hyrami tibi invicem pro ponuntur et enodantur ; Francf1620, in 4. — Ulysses seu sapientia tam - quamcœlestis scintilla beatitudinis) Francfort, 1624, in-8. —Ençomium Mercurii, Encomium anseris et Oratio Bombycis, dans VAmphiteatrum de Darnau ; plusieurs écrits sur la Rose-Croix — Atalanta fiigiens , hoc est emblemata noua de secretis naturæ chimica ; Oppenheim, 1618, in-4 ; réimprimé sous le titre de Secretionis naturæ secretorum scrutirdum chymicum , Francf., 1687, in-4, traduit en allemand 1687-1688, Francf. ; le plus recherché dçs ouvrages de Maïer, — Thémis aurea , hoc est de legibus fra - ternitatis Rosœ Crucis, Francf., 1618, in-8. Sécréta Naturæ Chymica , nova subtili methodo indagata, Francf., 1687, in-4. — Muséum Chymicum , Francf.,
(Hoefer, Biographie.)
C’est à lui que l’on devrait, d’après Bühle, le passage des Rose-Croix en Angleterre. Il mourut à Magdebourg en 1622, après avoir fait de longs
HISTOIRE MS ROSE-CROIS
voyages spécialement en Angleterre, où il fît la connaissance deFhidii. Bühle lui prèielintenliond’avoir voulu fonder une. association pareille à celle des Rose-Croix ; mais nous n’avons rien découvert de semblable dans ses écrits. On peut croire cependant qu'il fut initié chez les brahmes, quant à la partie accessible de la science occulte, et qu’il reçut le reste des frères de la Rose-Croix.
In Scrutinium cfujmicum,Fr ancf., 1687, in-i, Emilie i mi XVII, p. 7f», et passim , il se réclame du Rosaire d Arnaud, comme aïeul de ses écrits rosi-- cruciens.
ROBERT FLÇDD (En latin ; Robebtus «le Flüctibus)
Né à Milgat, dans le Comté de Kent, en 1574, mort en 1637, Fludd fut un des savants les plus singuliers de son époque. Tout en se montrant partisan outré des doctrines de la Kabbale dont il avait sondé les mystères, il aimait les sciences exactes et faisait preuve d’un rare esprit d’observation. Nul n’avait des connaissances plus variées ; il était à la fois philosophe, médecin, anatomiste, physicien, chimiste, mathématicien et mécanicien. Il avait construit des machines qui faisaient l’admiration de ses contemporains. Il était renommé dans toute l’Europe comme astrologue, nécromancien et chiromancien, Gassendi était son adversaire en philosophie.
Ceux qui cherchent à allier les sciences occultes avce les sciences positives doivent prendre pour modèle Robert Fludd. Ses écrits qui ne sont pas très communs semblent avoir été conçus sur le plan de cette alliance.
Si Robert Fludd n'avait été qu’un philosophe mystique, planant dans les régions abstraites de la pensée, nous l’aurions passé sous silence, mais ce lut en même temps, un investigateur sagace qui, à l’aide de l’expérience, est arrivé à établir des principes propres à exercer une grande influence sur la marche des sciences physiques.
La méthode expérimentale employée par l’auteur nous rappelle, par sa rigueur mathématique, les principes de la philosophie naturelle de Newton. Celui qui découvrit les lois de la Gravitation et commenta l’Apocalypse, avait-il pris Fludd pour modèle?
Pour éclaircir cette question, nous allons citer un exemple de la façon de procéder de Fludd.
Le3 me livre (tr. Il, part. VII) de VHistoire métaphysique, physique et technique du macrocosme et du microcosme, commence ainsi :
PROPOSITION i
L’air étant un corps matériel ne cède à aucun autre corps l'espace qu'il occupe, si ce n'est à la condition d'être lui-même déplacé en partie ou en totalité.
Démonstration.
En renversant un verre rempli d’air sur une cuve
d’eau on remarque que l’eau ne monte dans le verre qu’autant qu’on en retire l’air qui s’y trouve.
PROPOSITION II
Si Vair emprisonné dans un vase vient à être évacué ou consumé, un autre corps en prendra nécessairement la place , afin qu'il ne passe pas de vide [ne ad - mettateur vacuum).
La démonstration dont se sert ici l’auteur esl l’expérience de Van-Helmont (une chandelle brûlant sous une cloche renversée sur l’eau).
L’auteur tire de cette expérience la conclusion très légitime que Vair nourrit le feu , qu'en lui donnant cet aliment il diminue de volume.
PROPOSITION III
La surface de l’eau est en contact immédiat avec l’air ; il n’y a aucun intervalle entre ces deux éléments.
Démonstration.
Quand on plonge le bout d'un tube dans l’eau et que l’on aspire par l’autre bout l’air qui s’y trouve, on voit aussitôt l’eau suivre l’air en s’élevant dans le tube.
PROPOSITION IV
L’eau raréfiée { réduite en vapeur) occupe un plus grand espace ; si cet espace ne lui est pas accordé Veau brise le vase qui la contient .
Démonstration.
Lorsqu’on emplit un vase à moitié d’eau et qu’on le met sur le feu, on remarque que l’eau en vapeur sort avec bruit par l’orifice étroit qu’on y a pratiqué, En bouchant cet orifice, le vase est brisé en éclat par la vapeur d’eau qui tend à occuper un espace plus grand.
Cette méthode est identique à celle qu’a suivie Newton dans ses Principia naturalis Philosophiæ.
Dans un autre passage (Utriusque Cosmi Historia, tract. I, lib. VII, c. 5) Robert Fludd explique les phénomènes météorologiques, tels que le vent, letonnerre, les éclairs par des expériences de laboratoire très curieuses.
Après avoir fait connaître l’opinion des anciens sur la cause des vents, il arrive à exposer la sienne de la manière suivante : « Guidé par l’observation directe des choses, nous attribuons aux vents une double origine : les uns proviennent de l’air emprisonné dans le sein de la terre et qui cherche violemment une issue ; les autres sont l’effet de l’eau réduite en vapeur par l’action du feu central (Vi ignis Centrons).
A cette occasion l’auteur rapporte une série d’expériences sur la force élastique de l’air ou de la vapeur d’eau chauffée dans des vases qui se brisent avec fracas quand ils sont hermétiquement clos ; lorsque ces vases présentent au contraire une petite
ouverture la vapeurou l’air en sort en sifflant comme un vent impétueux. Partant de ce fait R. Fludd imagina des espèces de machines accoustiques, dans lesquelles des instruments à vent ou des tuyaux d’orgue étaient mis enjeu par la force de la vapeur. Ce fut, si je ne me trompe la première fois que la vapeur reçut une application sérieuse.
Contrairement à l’esprit de la majorité des hommes de science R. Fludd essaya, par la méthode expérimentale, de rattacher les phénomènes du monde physique à ceux du monde surnaturel. Voici comment il raisonne.
« L’âme qui anime le corps tend à s’élever ainsi que la flamme vers ces hautes régions de l’air. C’est là son instinct et son bonheur. Or comment se fait-il que nous éprouvions une si grande fatigue, lorsque nous gravissons une montagne? Ne suivons-nous pas la route qui plait à l’âme ? — C’est que le corps matériel dont l’essence est de tendre tout au rebours de l'âme, vers le centre de la terre, l’emporte de beaucoup, par sa masse sur l’étincelle qui nous anime. Il faut que l’âme réunisse toutes ses forces pour élever avec elle et faire obéir la lourde masse du Corps qui l’enchaîne. » De supernalurali naturali, prœnalurali et contranaturali microcasmi Uistoria, Trad. 1, lib.
La chimie doit, selon R. Fludd, être fondée tout à la fois sur l’expérience et la Kabbale.
« Le vrai Alchimiste, dit l’auteur, imite la nature. « En commençant son œuvre, il réduit d’abord la « matière en parcelles, il la broie et la pulvérise —
« c’est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, « il l’introduit par un tuyau dans la Cornue, — ce « tuyau représente l’œsophage, la cornue l’estomac. « Enfin il mouille la matière avant de la soumettre « à l’action de la chaleur, — comme la salive et le « suc gastrique humectent les aliments ingérés dans « l’estomac. Enfin, il ferme exactement l’appareil et « l’entoure d’une chaleur humide égale et modérée, « en le plaçant dans un bainmarie et dans du fumier « de cheval, —c’est ainsi que l’estomac est naturelleci ment entouré par le foie, la rate, les intestins, qui « le maintiennent à une température égale. L’opérac< tion de l’Alchimiste est assimilée à la digestion ; les « parties élaborées (Chyle) sont mises à part et ser- « vent à alimenter le Grand-Œuvre, tandis que les « matières excrémentielles (/teces)sont rejetées comme « inutiles » De mystica sanguinis Anatomia, sect I,
(Extrait de Hœfer, Histoire de la Chimie , t. II).
Fludd défendit les Rose-Croix contre le manifeste de Gab. Naudé : Avis à la France sur les frères de la Rose-Croix (1623).
VALENTIN ANDREAS
Johann Valentin Andréas naquit à Herrenberg (Wurtemberg) le 17 août 1586; sa mère était Marie Moseria et son père le pasteur de sa ville natale ; son grand-pèreJacob fut un théologien célèbre. 11 étudia
sous Michael Beumler, puis à Tubingue. Ce fut l’un des hommes les plus savanls de son temps ;il acquit une rare culture dans les langues anciennes et modernes, les mathématiques, les sciences naturelles, l’histoire, la géographie, la généalogie et la théologie. 11 passa ses jours et ses nuits à l’étude jusqu’à affaiblir considérablement sa santé. Il visita la France, la Suisse, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Il se maria le 2 août 1614 avec Agnès Elisabeth Grüminger. Il devint chapelain de la cour à Stuttgart. La diminution de ses forces, la misanthropie, le chagrin que lui causaient les troubles profonds qui désolaient alors sa patrie, lui firent résigner ces fondions ; il mourut abbé d’Adelberg et aumônier luthérien du duc de Wurtemberg, en 1654, après une longue et douloureuse maladie (1).
THOMAS YAUGHAN
Eugenius Philalethes, dont le véritable nom était Thomas Yaughan, naquit en 1612 en Ecosse selon la majorité des auteurs ; mais son nom fait croire à M. Waite qu’il était d’origine galloise. En Amérique, il se fit appeler le docteur Zheil, en Hollande, Carnobius ; selon Herthodt, son véritable nom était Childe ; on le confond souvent avec son disciple américain
(1) Rrukeri Historié Crû. Philosophiae, II, p. 740.
HISTOIRB DES ROSE-CROIX
George Starkey dont le pseudonyme était Irenaeus Philalelhes. Bien qu'il s’en soitloujour délendu dans les termes les plus formels, on s’accorde à le reconnaître pour un Rose-Croix. Les principaux ouvrages sont : l'Introïtus apertus ad occlusum Regis Palatium ; Lumen de Lumine ; Antroposophia Theomagica (1650) Magia Adamica ; Anima Magica Abscondita. Un initié de Nüremberg dit qu’il vivait encore en 1747-1748 ; il l’a vu au convent annuel de tous les illuminés d’Europe qu’il présiderait encore actuellement ; une tradition prétend qu’il n’a encore pas quitté cette terre.
HEYDON
John Heydon fut aussi un apologiste célèbre des Rose-Croix et de leurs doctrines. Né le 10 septembre 1629 sa famille descendait des rois de Hongrie ; il se manifeste comme un ennemi de Cromwell ; il écrivait de 1650 à 1665 onze volumes qui traitent surtout d’astrologie, de géomancie, de magie et d’alchimie intérieure; il pilla un peu partout: Henry More, Philalethe, Agrippa, mais avec tant de bonne foi qu’il n’est pas possible de lui garder rancune de ses plagiats. Il proclame avoir été en relations suivies avec des Rose-Croix ;il en cite quelques-uns tels que M. Walfoord, T. Williams; il 'expose leurs doctrines avec force détails ; ce ne sont d’ailleurs que des éléments
de magie et depneumatologie. Il décrit leur demeure imaginaire en Angleterre, assez semblable au temple du Saint Esprit en Allemagne, mais surtout remarquable par la richesse de la décoration intérieure et l’abondance de la table.
ECKARTSHAUSEN
Charles d’Eckartshausen né au château de Haimbhausen en Bavière, le 28 juin 1752, était fils de Charles de Haimbhausen et de Marie-Anne Eckart fille de l’intendant du château. Sa mère mourut en lui donnant le jour. Il fit ses études au collège de Munich et à l’université d’Ingolstadt. Reçu en philosophie et en droit, son père lui procura la place de conseiller aulique ; en 1780, il fut nommé Censeurde la librairie. Ce poste lui créa beaucoup d’ennemis malgré la droiture de son caractère ; mais l’amitié de l’électeur Charles Théodore le soutint contre toutes les cabales. En 1784, il fut nommé Conservateur des archives de la maison électorale. L’illégitimité de sa naissance donna à son caractère une forte teinte de mélancolie ; il fut très homme d’intérieur ; il se maria trois fois et eut six enfants. Ses œuvres embrassent des sujets très variés; il écrivit soixante-dixneuf ouvrages dont les plus connus sont : Dieu est
l’amour lepluspuretla Nuée sur le sanctuaire(\). Très bon, sa vie ne fut qu’une suite ininterrompue d’actes de charité ; il se dépouilla pour alléger les souffrances des prisonniers français en 1795. Il mourut à Munich le 13 mai 1803, après une cruelle maladie.
(1) Cf. une nouvelle traduction dans le Spiritualisme moderne. 1908.
CHAPITRE Vil
DE L’INITIATION ROSICRUCIENNE
Quelle était la nature de l’admirable connaissance de Moyse et d’Elie? quelle était cette clef de la vraie sagesse? Fludd l’a dit dans Y Apologeticus (1). Selon le mode kabbalistique il a montré cette clef comme ayant été donnée ( traditam ) au Fils par le Père, et aussi qu’elle eut une efficacité d’autant plus profonde dans les cœurs de ceux à qui elle fut donnée, que ces cœurs étaient plus purs et plus accomplis.
Car ce sont les cœurs les plus accomplis que l’Esprit choisit pour tabernacle.
A cette heure il se demande si ce don de Dieu a été totalement oublié par les hommes, si cette clef, soit par la jalousie des Patriarches, des Prophètes et des Apôtres, soit plutôt à cause du silence profond gardé par les hommes de toutes les nations, n’a pas été cachée et ensevelie dans l’oubli des entrailles de l’homme
(1) Fludd, Tract, theol. philos., Liv. I, ch. xvi.
puisqu’il est dit qu’à l’origine Dieu remplit la terre d’esprit saint. Bien mieux il fit descendre la Sagesse ici-bas, pour que dès son éveil, l'homme travaillât sous sa direction à savoir ce qui serait agréable à Dieu. Et tellement fut grand l’amour de l’Esprit d’intelligence pour les hommes qu'il en fit ses enfants chéris.
« Et alors peut-on douter que cet Esprit soit resté jusqu’aujourd’hui avec quelques hommes choisis au cœur pur et fervent? et peut-on penser que ceux qui jouissent de cet esprit se puissent tromper. En effet l’Esprit par sa présence les conduit dans la voie de la vérité. Il n’est point d’exemple qu’il y ait eu un siècle, où parmi les ténèbres générales il ne se soit pas trouvé quelques élus qui aient vu la lumière et possédé la connaissance.
« Et dans tous les âges de l’Eglise il se trouvera des hommes à qui sera donné, pour vaincre, de ce bois, qui est dans le Paradis de Dieu, ou encore la manne cachée, ou l’étoile matinale, ou la domination sur les peuples, ou de blancs vêtements pour s’en habiller, ou ce don que leur nom ne soit pas rayé du livre de la vie, où seront les colonnes du Temple et porteront le nom nouveau de l’Agneau.
« La Vérité elle-même nous a promis, en outre, que tout ce qui est caché serait manifesté, que tout ce qui est occulte serait livré à la connaissance.
« Il résulte de tout cela que la vérité est gardée par une élite, que cette vérité sera révélée avant la révolution cyclique du monde {ante periodum mundij, par la permission et volonté de N. S. J. C. ainsi que
HISTOIRE DES ROSE-ÇROIX
l’ont annoncé les prophètes et les apôtres, 4insi que J. B. qui prépara et annonça la venue du Christ, ainsi l’élite en qui demeure l’esprit prépare l’avènement du Sion tout puissant et du Très éclatant Soleil de vérité; ils sont la première aube qui précède l'aurore. Mais, Dieu Bon, combien sont cachées les vertus de ces hommes, combien secrètes leurs retraites dans lesquelles, pour notre siècle, l’Esprit a fixé sa demeure terrestre. Us jouissent de divines richesses et sont pauvres et inconnus pour le monde ; car le monde ne connaît pas les fils de Dieu, parce que les Fils de Dieu n’auront pas voulu connaître le monde.
« Cependant la volonté de Dieu est que l’occulte soit manifesté. Par son prophète il a déclaré qu’avant la révolution (ou fin) du monde toute la chair serait pénétrée par son Esprit. Le Psalmiste royal dit que les fils des hommes de foi seront enivrés de voluptés sous les ailes protectrices de Dieu, qui est la Source de la vie, et que nous verrons la lumière dans sa lumière.
« Voyons donc, par quels hommes, inspirés par Dieu de la vertu de l’Esprit, l’annonce et la révélation de cette lumière peut s’accomplir.
« Est-ce parmi les Pères Docteurs en théologie, ou même auprès du Pape lui-même, qui paraît posséder et revendiquer sur la terre le siège de J. C.?
« Je prouverai que ce n’est pas parmi ces derniers que l’on peut trouver les hommes en question qui doivent possséder pleinement tous les dons de sa science, que ces derniers n’ont que peu ou point, car nous savons qu’ils manquent de la jouissance corn-
plète des dons du Saint-Esprit qui sont énumérés dans Tépître aux Corinthiens. Ce n’est pas qu’ils n’en aient quelques lueurs, l’un est plus éloquent, l’autre plus croyant, l’autre plus chaste, etc., mais ces dons sont en eux comme la représentation au rapport de l’image ou l’ombre au rapport du corps : Mais les dons efficaces et réels entraînent la prophétie, la faculté de miracle, la possession des langues, la guérison des maladies, et ce sont ces dons qu’il faut découvrir dans les annonciateurs de la vérité cachée. Il faut que ces élus de Dieu parlent la pleine vérité, prophétisent, aient de véritables visions, s’expriment en de nouvelles langues, interprètent exactement l’écriture, chassent les démons, guérissent les malades, observent les préceptes divins, ne s’opposent pas au verbe de Dieu. Tels sont les indices qui peuvent nous faire reconnaître les véritables disciples de l’Esprit. Et si quelqu’un de nos sages se donne au monde vulgaire comme possesseur de tous ou de la plupart de ces dons, il mentira, car la vérité ne sera pas en lui, il ne sera pas un serviteur de J.-G., mais un esclave du monde, dont le propre est de haïr les Justes.
« De ma recherche minutieuse j’ai conclu (ô frères très illuminés) que vous êtes réellement illuminés par l’Esprit, par l’impulsion et les avertissements divins auxquels, seront annoncées et dévoilées, les choses que les textes sacrés ont mystiquement prédites devoir advenir immédiatement avant la fin du monde. Vous, au dessus des hommes de cet âge, vous avez reçu du Créateur du Monde une félicité, une vertu spirituelle et une grâce divine supérieures. Vous voyez dans sa
lumière, vous êtes confortés par l’Esprit de Sagesse, vous menez une vie heureuse et il apparait que vous avez reçu tous les dons du Saint-Esprit.
« Et si vos actes sont conformes à vos paroles, ce dont j’avoue qu’il ne m’est plus permis de douter, je dis qu’il faudra qu’on ajoute foi à vos prophéties, et d’autant plus qu’on les trouve en rapport parfait avec la source sacrée de vérité.
« Qu’entendez-vous en effet par votre Lion triomphant, qui doit tôt venir et qui sort de la Tribu de Juda?
« Que voulez-vous dire par votre aurore surgissante?
« N’est-ce pas la clarté éternelle annoncée dans l’Ecriture?
« Qu’est-ce que le lever du soleil, sinon l’ancien des Jours, sinon l'apparition totale dans le monde du vrai principe du Verbe et de la Lumière, que le monde ne connaissait pas, que les ténèbres ne comprenaient pas, c’est-à-dire J.-C. dans la gloire de son avènement, c’est-à-dire l’étoile radieuse et matutinale?
« N’est-ce pas par la bouche des prophètes et des apôtres que vous avez parlé, lorsqu’en vous faisant connaître vous avez signifié à tous ce que infailliblement et certainement Dieu avait disposé d’offrir au monde au moment de sa fin qui suivra immédiatement une telle expansion de lumière, de vie, de vérité et de gloire, telle que la posséda et la perdit Adam.
« Alors, dites-vous, cesseront toute fausseté, tout
HISTOIRE DES ROSfl-CRÔlX
mensonge et toute ténèbre qui peu à peu, avec la révolution du grand monde, se sont glissés dans les actes des hommes et ont obscuté la plupart d’entre eux. Le Psal. 35-6, Joël 2, Daniel 7-‘2,Corinth., 2, et infinité d’autres nous confirment.
« Celte recherche très essentielle faite, je chercherai, Frères très sapients, avec Votre licence, si la grâce de l’Esprit est en vous si pleine, qu’elle vous donne l’entrée du Paradis ainsi qu’elle tut donnée à Moyse et Elie, vivant dans le monde.
« Je vois par la lecture attentive de vos écrits que vous n’agissez nullement par illusions ou prestiges diaboliques, comme s’avisèrent de le dire des ignorants, ou plutôt des envieux, dans leurs recherches sur votre société. Non ! vous agissez par la véritable assistance du Saint-Esprit.
« Et en effet le grand arcane du règne céleste ne peut être indiqué ni par les sages du monde, Mages, Arioles (1), ou AruspicëS, Dieu seul dans le ciel peut en être le révélateur.
« Mes yeux se sont ouverts et j’ai compris par votre courte réponse, ce que (sur l’avertissement du Saint- Esprit, ainsi que vous le dites) vous livrez à deux élus, dans votre cénacle : Vous avez la science du vrai mystère et la connaissance de la clef qui conduit à la joie du Paradis, tels que les Patriarches et les Prophètes dans les Saintes Ecritures. Puisque vous vous servez de la même voie ët des mêmes moyens qu’eux pour l’acquisition du mystère, l’entrée du Paradis
(1) AluoLüs, Qui Mas cblit vél divüïiis (du Cangè).
HISTOIRE 1)ÉS ROSE-CROIX
vous est ouverte, ainsi qu’elle le fut à Elife qui avait reçu les avertissements divins. Et voici votre doctrine à comparer avec l’admirable trésor antique :
« Vous avertissez deux hommes Choisis qu’il y a une montagne, située au milieu de la terre et gardée par la jalousie du Diable. De féroces et puissantes bêtes en rendent l’accès difficile. Vous leur ordonnez, après qu’ils se sont préparés par de dévotes prières à une telle tentative, de se rendre à la montagne, durant une nuit bien longue. Vous leur promettez un guide, qui viendra s’offrir lui-même et se joindre à eux et qu’ils ne connaissent pas.
« Celui-là, leur dites-vous, vous conduira à ia montagne. Ayez un cœur viril, une âme héroïque, ne craignez rien de ce qui peut vous arriver, et ne reculez pas. Vous n’avez que faire d'une épée, ou de quelque autre arme matérielles, vos armes sont vos prières dévotes et continues à Dieu. Le premier signal qui vous montrera que Vous approchez de la fnontag'nè est un vent d’une violence telle qu’il Fend le mont et brise les Cochers. Des Lions, des Dragons et autres animaux horribles et cruels s’offriront à votre vue. Ne craignez pas. Soyez ferme de cœur, car votre conducteur ne permettra qu’aucun mal ne vous soit fait. Mais le trésor n’est pas encore découvert, si tant est qu’il soit proche. Voici un tremblement de terre qui disperse et aplanit les amas que le vent avait faits. Gardez-vous de Vécu 1er. Mais le trésor ne vous est pas encore ouvert. Après le tremble-
ment de terre, voici un feu intense qui va dévorer toute la matière et faire apparaître à vos yeux le trésor. Mais vous, vous ne pourrez encore le voir : Puis vers le matin viendra un calme bienfaisant.Vous verrez l’étoile matutinale monter et s’annoncer l’Aurore. A ce moment le trésor s’offrira à vos yeux.
« Telle est la méthode et la formule pour acquérir la lumière divine, qui est le trésor des trésors.
« Mais dira-t-on : Les Frères agissent par prestige et diablerie, car oü serait cette montagne sinon en enfer. Qui sera le conducteur sinon le Diable? Quel est ce vent, ce tremblement de terre et ce feu intense? Tout cela n’est-il pas contre la loi de Dieu? Je répondrai brièvement que le témoignage de l’Ecriture même justifie ce mode de connaître le mystère divin. En effet,on voit au chapitre 19 du 3. des Rois que Elie craignant la colère de Jézabel se leva et s’en alla, etc.
« On voit que Elie dormait au désert, la nuit, sous un genévrier, quand un Ange lui parla et lui donna le pain et l’eau. Or, qu’est-ce que le pain des Anges, sinon la sagesse, la manne absconse qui est promise à l’Eglise victorieuse et qui est la véritable clef qui nous donne la contemplation du trésor? Et le conducteur des Frères, n’est-ce pas l’ange qui vient sur la route. Ensuite l’ange et Elie ne gravissent-ils pas le mont Horeb. De sa caverne Elie a vu comme premier signe un grand souffle agitant la montagne et fracassant les pierres, et Dieu n’était pas dans le souffle. Egalement Elie a ressenti une commotion
dans laquelle Dieu n’était pas, comme le tremblement de terre dans lequel le trésor n’apparaît pas. En dernier lieu, Elie a vu le feu et Dieu n’était pas dans le feu. Ensuite il entendit un doux vagissement dans l’air mollement agité, et c'est ensuite qu'Elie entend la voix de Dieu, comme les R. + C ne voient le trésor qu’au point du jour.
« Que pensez-vous alors, mondains, de ces Frères, qui nous apparaissent comme jouissant de la même source et des mêmes trésors qui appartinrent jadis à Elie. En quoi prestiges et illusions diaboliques. Ils ne connaissent ni la Psychique ni la Physique et tous les mystères de la nature leur sont ouverts.
« Ils disent qu’ils n’éprouvent aucune joie de ce qu’ils peuvent faire de l’or, ni, comme le disait le Christ, de ce qu’ils peuvent se faire obéir des démons, mais que leur joie éclatera quand ils verront lesCieux ouverts, les anges descendant et remontant vers Dieu et leur nom inscrit sur le livre de vie.
<i Et ailleurs ils paraissent reconnaître qu’en une seule fois ils ont récupéré tous les biens que la Nature a admirablement dispersés dans tous les lieux de la Terre, et que même ils les ont promis à leurs disciples, pour que par leur connaissance, ils se puissent débarrasser de tout ce qui obscure l’intelligence.
« Et ailleurs,dans leur Fama,que les hypocrites et les gens avides de richesses qui voudront venir à nous
malgré leur volonté, ne pourront nous suivre, mais se teront du mal à eux-mêmes, jusqu’à leur entière destruction. Quant à notre édifice, quand cent mille hommes voudraient le renverser, il n’en resterait pas moins debout, à l’abri du Malin, sous l’ombre de tes ailes, ô Jehova !
« Concluez donc, avec moi, ô Hommes de ce monde qu’aveugle un nuage d’ignorance, que la vertu et l’efficace du Saint-Esprit sont vraiment avec les frères de la R. -f- C. et croyez que leur retraite est située ou aux frontières de ce lieu même de volupté terrestre, où voisinent les nuages, ou aux sommets de certaines montagnes, très haut, suivant la volonté de Dieu et où les habitants respirent et dégustent un air très suave et très subtile ou souffle de la Psyché, ou les effluves de l’Esprit de la vraie sagesse (1). »
LEGES SOCIETATIS
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ POUR L’ÉTUDE DE LA SAGESSE DIVINE
HISTOIRE DBS R0S8*CR0iX
demande serait exaucée ; car II est alors au milieu d’elles.
1. — Chaque membre de la Société devra chérir ses frères. Rom. XII, 10. — 1 Thess. IV, 9. — Hebr.
2. — Les membres ne doivent pas médire les uns des autres ni se mépriser mutuellement. — Tac. IV,
3. — Ils doivent être fidèles les uns aux autres. —
4. — Ils doivent être également véridiques, ... —■
5. — Humbles et obligeants entr’eux. — Phi. II,
6. — Ils ne doivent point rire de ces hautes études.
— Syr. XXXVII, 23 ; Prov. XIX.
7. — Ils ont à tenir secret ce qu’ils y apprennent.
8. — Ils doivent se partager leur fortune les uns
Le Membre le plus considérable de cette Société est le Seigneur Jésus, fils de Dieu ; car elle est conduite en Son nom, et Sa propre parole donne la certitude de sa présence. Ainsi tous les membres seront dans l’obligation stricte d’observer à Son égard les règles de la Société (1).
RÈGLES DE CONDUITE D’üN DISCIPLE DE LA Magie
Céleste envers dieu, envers son précepteur
ET ENVERS SOI-MÊME ET ENVERS LES AUTRES, par
l’auteur de Y Echo, etc.
1. Le Disciple doit craindre Dieu ; car la crainte de Dieu est le commencement, la racine et la couronne de la Sagesse.— Prov. I, 7 ; cap. IX, 10. — Psalm.
2. — Il doit faire attention à la discipline. Prov-
3. — Il ne doit avoir que peu de relations avec le monde ; car selon le mot de l’apôtre Jacques (I, 4 et 5) l’amitié du monde est l’inimitié de Dieu. 2 Tint.
4. — Il doit être pieux, pur et ne pas pécher. —
(1) Ces statuts et les règles suivante sont traduits de Madathanus
5. — Il doit être prudent et pondéré. — Luc.
7. — II doit être humble. — Cwc.XVI, 15. — lac.
8. — Il doit mépriser l’argent. — Prov. IV, 7 ; Bebr. XVIII, 5. — Eccl. V, 9. — « Personne ne peut servir deux maîtres à la fois. »
9. — Il n’estime que peu la sagesse et la prévoyance des hommes. — 1 Cor. I, 20, 21 ; III, 19.
10. —Il doit nourrir pour la Sagesse divine un
11. — Il doit être obéissant, ... — Syr. VI, 21,
13. — Il ne doit pas, dès le commencement, rechercher les grands secrets. — Esc. XXVIII, 9. —
14. — Il doit vénérer ces hautes études. — Syr.
15. — Il doit être reconnaissant, doux et généreux envers son maître. — Gai. VI, 6. — Rom. XV, 27 ;
16. — Il doit faire volontiers l’aumône. — Psalni. Hebr. XIII, 16.
Le Bijou symbolique de la Rose-Croix, dit Madathanus, est une rose sur laquelle se détache une croix ornée de treize joyaux.
Au centre est le diamant signe de sagesse.
Sur la branche du haut : le jaspe vert signe de
lumière
l’hyacinte jaune, signe d’amour
le chrysolithe blanc, signe de pureté.
Sur la branche de droite : le saphir bleu, signe de
vérité
l’émeraude verte, pierre de vie
la topaze dorée, signe d’harmonie.
Sur la branche inférieure : l’améthyste violette, signe de justice le berylle, bigarré, signe d’humilité le sarde, rouge clair, signe de foi.
Sur la branche de gauche : lachrysoprase,vertclair,
force de la Loi. la sardoine, rayée, symbole de béatitude et la chalcédoine également rayée, signe de victoire.
« Adam avait, avant la chûte, la sagesse de Dieu en partage; il en conserva la plus grande partie dans sa mémoire après qu’il fut tombé, mais il oublia le chemin par lequel on y arrive. Noé connut la sagesse de la bouche d’Adam ; les Talmudistes disent qu’il fut le premier à en tenir école ; Abraham et Jacob s’instruisirent à cette école, et toujours d’après les mêmes auteurs, il ne serait pas impossible que, vers le temps de Jacob, Azonaces, précepteur de Zoroastre, d’après Pline, et père des Mages, n’en recueillit avec soin les leçons.
« Le mot Magie signifie sagesse divine ; il y en a trois sortes. La première est la Magie céleste proprement dite, appelée Mercabah chez les Hébreux, ou Cabale. La seconde, qui dérive de la première, est la Magie humaine, ou doctrine platonicienne ; elle comprend beaucoup de divisions, et Peucer en parle beaucoup en son livre de Generibus Divinationem. La troisième est la Magie superstitieuse ou diabolique, remplie d’idolâtries, de conjurations et de charmes. Elle comprend aussi la Nigromantie fort en usage chez les peuples du Nord ; les livres de Bodin et de Remigius donnent de nombreux détails là- dessus.
« Ce sont les nécromanciens qui ont discrédité la vraie Magie; car elle n’enseigne que le bien : connaître le Créateur et la Créature, glorifier le nom du Seigneur, recevoir l’Esprit de Dieu, la véritable Sagesse et les secrets divins, comprendre la parole sacrée, prévoir les choses futures, monter vers Dieu, s’en faire un ami, s’unir à Lui, converser avec les Anges, avoir des visions, recevoir des révélations, faire des miracles, jouir dans ce monde d’un avantgoût des joies éternelles et passer sa vie dans une joie paisible et constante.
« Le même auteur nous enseigne que cette Magie vient de Dieu lui-même, qu’elle a été transmise par le moyen des patriarches, jusqu’à Moïse et à son Conseil des Anciens ; ces soixante-dix constituaient une sorte de Collège ou d’Université qui dispensa la sagesse sur l’élite d’Israël jusqu’à la venue du Christ. Le Christ, la Sagesse même descendue du sein du
Père, fonda pour quelques-uns de ses disciples une nouvelle école de Magie, montra non seulement le chemin de la sagesse mais encore celui de la vie éternelle. Les disciples du Christ ont écrit ces choses selon l’engagement qu’ils en avaient pris, d’une façon obscure et voilée, surtout l’évangéliste Jean et l’apôtre Paul. Origène nous apprend que saint Paul eut des disciples choisis auxquels il dévoila les mystères, à l’exemple de son maître Jésus.
« En lisant attentivement les Pères de l’Eglise, on trouve des traces de cette antique Sagesse ; saint Bernard, dans ses Sermons sur le Cantique des Cantiques et sur divers autres sujets en donne la preuve; mais ces études ont été de plus en plus délaissées ; elles ont surtout servi à de mauvais usages, et on ne retrouve plus que des fragments de la Doctrine dans les écrits de quelques auteurs comme Henri Corneille Agrippa, Ægidius de Rome, Gerhard Zutphanlen, Jean Hagem ab Jndagines, Jean Reuchlin, Tauler, Pierre Galatinus et François Georges, moines mineurs, Marsile Ficin, Guillaume Postel, Henri Harphius, Marc Antoine Moceni, Stéphane Couvent et quelques autres.
« J’ai connu un médecin de Preslauw (1), nommé Pierre Wintzig, qui était allé très loin dans ces études ; il les avait poursuivies pendant de longues années, et longtemps avant sa mort il reçut de nombreuses et importantes révélations ; il écrivit de nombreux volumes, tous restés manuscrits ; il m'en lisait
quelquefois des passages dont la profondeur me remplissait d’admiration.
« L’œuvre d’Ægidius Gutmanest celle d’un homme hautement illuminé; chacun des vingt-quatre livres qui la composent est le commentaire d’un mot du 1 er chap. de la Genèse; je n’ai vu que la table des matières de cet ouvrage, et cependant j’eusse été heureux d’en acheter le manuscrit pour quelques milliers de couronnes, si je l’eusse pu.
« Mois aujourd’hui les hommes versés dans la vraie Magie se font de plus en plus rares ; peu de personnes s’occupent des enseignements du Christ; l’incrédulité fait des progrès rapides; ... la dévotion devient extérieure et se résume dans l’accroissement des biens ecclésiastiques temporels; ... (1). »
Omnia ab Uno.
Ces préliminaires posés, nous allons répartir en trois groupes les documents qui nous sont parvenus :
1° Les caractères spirituels ou essentiels du rosicrucianisme.
2° Le processus initiatique dans ce qu’il a d’acquis par le mérite (pythagorisme) et dans ce qu’il a de donné par la grâce (christianisme).
3° Les caractères particuliers du frère de la Rose-
(t) Echo oder exempt. Betveiss etc...
Les R.-G. habitent dans un château entouré de nuages, devant lequel se trouve, sur un rocher, une plate-forme d’albâtre, supportée par 4 colonnes, avec un sceptre d’or orné de pierres précieuses ; du rocher descendent onze marches de marbre blanc; tout autour une eau profonde, avec un grand vaisseau couvert d’un dais bleu, le maître et ses serviteurs sont habillés de manteaux rouges ; non loin de là une source d’eau vive avec un obélisque sur lequel sont gravés les usages de celte île en 27 langues. Pour parvenir au château du Prince il faut passer par une tour appelée l’incertaine, puis par une autre appelée la dangereuse, puis monter jusqu’au rocher, toucher le sceptre avec le doigt du milieu, vaincre le loup et le bouc ; ensuite apparaîtra une vierge qui couronnera le voyageur, le chevalier, et les nuages se dissiperont, on apercevra le château, on recevra le voyageur, dans une longue robe de soie jaune avec une haute barette brune, il sera installé, intronisé dans la magnificence Céleste et terrestre (lettre de F. G. Menapius, 45 juillet 1617).
Le Grundlicher Bericht von dem vorhaben Gelegenheit und Umhalt... (Franckf. 4617, in-12) dit :
« Il y a au centre du monde une montagne petite et grosse, dure ou friable, éloignée et proche, avec les plus grands trésors et la malice du diable, gardée par des bêtes et des animaux féroces; le chemin n’en peut être trouvé que par le travail personnel, priez, demandez le chemin, suivez le conducteur, qui ne sera pas un homme, qui est avec vous mais que vous ne connaissez pas ; il vous fera aboutir à minuit. Il
HISTOIRB DES ROSE-CROIX
vous faudra un courage héroïque ; votre épée sera la prière. Quand vous verrez la montagne, il y aura un grand vent qui en ébranlera Ips rochers ; les lions et les dragons vous attaqueront.
Ensuite un tremblement de terre, qui renversera ce que le vent aura laissé ; ensuite un feu violent qui consumera toutes les matières terrestres. Vers le matin tout se calmera. A l’aurore vous verrez le trésor qui est une teinture capable de changer, s’il plaisait à Dieu, le monde en or. Votre conducteur vous indiquera comment l’employer pour recouvrer la santé. Il faudra vous contenter de ce qu’il vous en donnera, et prendre garde à ce que dans le monde personne ne s’en aperçoive, parce que tout vous serait alors enlevé. Puis vous trouverez en vous en retournant, quelqu’un qui vous fera rattacher à la Fraternité, qui vous dirigera en tout. Ne faites rien sans l’avis de votre conducteur (1).
Pour peu qu’on soit au courant de la symbolique, on comprendra sans peine le sens transparent de ces allégories. Rhodophile Staurophore dans son Raptus philosophicus décrit une vision dans laquelle une jeune fille lui donne le livre Azoth, signé des deux lettres F. R. et qui traite : à la page 1 de Magie
18 — Nestromancie 3 — Astrologie
1 — in Alt. Pagella Artes signata 13 — Geomantiam
(1) Signé : E. D. F. O. G. R. Sen. ( Gründliche Berichl).
à la page 9 de Pyromantiam 5 — Ilydromantiam 13 — in AU. Chaomantiam 18 — in Alt. Medicinà Adeptam 9 — — Philosophia Adeplam 18 — in fine, Mathematica Adeptam.
« Ce livre, ajoute-t-il, est un miroir archétype ; je l’avais vu souvent mais pas reconnu. »
On trouve, dans le tome IV du Theatrum chymicum, une dissertation anonyme sur les sept chapitres d’IIermès de lapidis physici secreto, qui semble émaner d’un frère de la Rose-Croix (1) ; on y trouve de l’alchimie et de la théosophie, avec des fragments de Gutman traduits en latin. L’auteur enseigne que tous ceux qui se rallient à une église sont des sectaires ; le royaume de Dieu est en nous ; il ne se rencontre que très peu de ces véritables chrétiens, qui adorent Jésus en dehors de toute église ; il ne faut les chercher ni à Jérusalem, ni à Rome, ni à Genève, ni à Leipzig, ni à Cracovie, ni à Prague, ni à 01- mutz ; car ils sont dispersés dans les quatre parties du monde, jusque dans les Indes ou en Amérique. Le temps vient où se manifesteront les adorateurs du Père en esprit et en vérité. La même remarque est appliquée à la Chimie qui devient vraie ou fausse, selon qu’elle est universelle ou particulière.
« Celui qui s’en tient au Verbe de Dieu, qui l’étudie, le contemple de cœur, et qui cherche sans
(1) La dédicace, à Ladislas Wellen et h Jacob Alsteinius, est datée d’Aureliis apud Ligurium, le 23 octobre 1608.
cesse la Sagesse, qui la suit, cherche à se loger près de sa maison et se bâtit une hutte adossée à son palais. 11 fait venir ses enfants sous son toit, et les bosquets le préservent de la chaleur. Celui qui s’attache à la parole de Dieu fait cela, trouve la Sagesse, comme une mère et elle le reçoit comme un jeune fiancé. Elle le nourrit du pain de la compréhension et de l’eau de la sagesse; il devient fort et se tient attaché à elle ; elle l’élève au-dessus de ses proches, lui délie la langue, elle le couronne de joie et lui donne un nom éternel. »
« Nous sommes heureux de ce que Michel Maïer a écrit pour nous.
« D’autres sociétés ont fait fleurir en Orient et à Alexandrie les arts libres ; Aristote prit sa science en Egypte et sut donner à Alexandre une pierre pour vaincre ses ennemis.
« Ceux-là seuls sont aptes à nos leçons que Dieu a désignés dès le commencement » ( Clypeum veritatis).
Fludd va nous expliquer ceci :
« En effet l’Ecclésiaste dit qu’en tout âge on trouva des hommes à qui, pour prix de leur victoire, il fut promis
(a) Le bois de vie qui est dans le paradis de Dieu ;
(b) La manne occulte et la pierre blanche ;
(c) Létoile matulinale ;
(d) Des vêtements blancs pour se vêtir, et ce don que leurs noms ne soient pas effacés du livre de vie;
(e) Qu’’ils seront les colonnes du temple et auront le nouveau nom de l'Agneau.
« Les Evangélistes comprennent que c’est à de tels hommes que s’appliquent ces paroles, en les commentant ainsi.
« Il sera donné à tous ceux qui sauront recevoir la lumière qui illumine tout homme arrivant dans ce monde y de devenir les fils de Dieu . El ils pourront habiter la maison de la Sagesse, fortement bâtie sur la montagne au dire du Sauveur lui-même :
« Tout homme qui reçoit mes enseignements et les suit , ressemble au vrai sage qui édifie sa demeure sur la pierre . Les pluies tomberont, les fleuves inonderont, les vents furieusement souffleront contre elle , elle n'en sera point renversée y car elle est fondée sur la pierre .
« Mais direz-vous : Pourquoi les habitants de cette demeure métaphorique demeurent-ils aussi cachés que leur secrète demeure. S’ils ont tant de vertus et de pouvoirs pourquoi ne révèlent-ils pas leurs secrets pour le bien du pays qu’ils habitent (comme le veut Mersenne). A quoi je répondrai qu’ils sont riches, des richesses divines, mais que dans le monde, ils sont pauvres et inconnus. Et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils méprisent les richesses et les pompes du Monde, puisque l’Evangéliste a dit : N’aime pas le monde, ni rien de ce qui est dans le monde, car tout n’y est que concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et motif d’orgueil. »(Fludd ,Summum bonum ).
Schweigardt promet à celui qui, ayant lu et relu le si précieux livre de Thomas à Kempis, conforme exactement sa vie au premier chapitre, qu’un frère lui écrira et viendra à lui avec le Parergon .
HISTOIRB DBS ROSB-CROIX
L’Ergon, qui est la purification de l’Esprit, la glorification de Dieu sur la terre, est l’œuvre, non seulement des frères de la R. C., mais encore de tous les vrais chrétiens. L’àme humaine a deux yeux : Le droit est le moyen de voir dans l’Eternel, là est l’Ergon ; le gauche regarde dans le temps et les différences des créatures, ce qui est meilleur ou pire pour la vie du corps ; là est le Parergon; quand l’œil droit regarde l’Eternel, l’autre œil est comme mort et réciproquement. Telle est la sagesse Rhodostaurotique (Sclnveigardt).
« Nous savons les choses éloignées et étrangères, supernaturellement ; nous envoyons des messages pour nous amuser, sans en avoir besoin.
« Le livre M. nous apprend tout ; même ce qui se passe dans les conseils des Indes ; notre science s’est développée peu à peu ; mais rien ne s’est développé que nous n’en possédions le germe.
« Notre fondateur a rétabli la science qu’Adam avait au moment du Fiat. Adam n’a pas tout perdu avec la chute. Nous avons porté ce reste à sa perfection.
« Notre demeure n’est pas visible ; cependant nous l’avons fait souvent voir par compassion aux pauvres et aux malades » (Ireneus Agnostus).
Si on l’envisage au point de vue scientifique, l’Initiation des Rose-Croix se trouve indiquée dans la structure de la grande pyramide d’Egypte, dans la Table d’Emeraude, le Zodiaque et le Tarot vrai :
On comprendra que nous, qui ne sommes pas R.C. et qui ne serons probablement jamais digne de l’être.
nous nous bornions à indiquer ces sources, laissant à chacun le soin d’y remonter.
Gutman s’élève, chaque fois qu'il en a l’occasion, contre les livres de l’antiquité polythéiste, qu’il appelle païenne, et nommément contre Platon. Il prétend que leurs travaux énormes sont vides, ont fait plus de mal que de bien et ont singulièrement agrandi l’empire du Diable sur la terre; M. de Saint-Yves réédite les mêmes critiques à notre époque.
Mea Victoria in Cruce Rosœ
PROCESSUS INITIATIQUE
1° Ce qui peut être acquis. — La vocation est générale ; mais l’élévation est spéciale (Ir. Agnostus).
Nous n’avons pas la prétention d’écrire un traité d’initiation. Nous avons, suivant notre habitude, choisi quelques extraits suggestifs qui mettront le lecteur à même de se renseigner de visu, pour ainsi dire.
« Selon la doctrine ancienne, pour devenir tout puissant il faut vaincre, en soi toute passion, oublier toute convoitise, détruire toute trace humaine — assujettir par le détachement. — Homme, si tu cesses de limiter une chose en toi, c’est-à-dire de la désirer, si, par là, tu te retires d’elle, elle t’arrivera, fé-
minine, comme l’eau vient remplir la place qu’on lui offre dans le creux de la main. Car tu possèdes l’être réel de toutes choses en ta pure volonté, et tu es le dieu que tu peux devenir. — Oui, tel est le dogme et l’arcane premier du réel Savoir (1).
Cependant, « à peine en mille ans, naît-il un seul être qui puisse franchir les formidables portes qui conduisent aux mondes au delà (2) !
On apprend tout d’abord au disciple à tenir sa langue; les personnes les plus capables ne sont admises dans les grades secrets qu’après une surveillance continue d’au moins cinq ans. On accepte même des ignorants pourvu qu’ils soient honnêtes et discrets (3). Et le même auteur ajoute :
Pour que les Rose-Croix acceptent un élève, il faut que le désir de science et la bonne volonté aient reçu confirmation au moyen d’une manifestation illuminative (Thémis aurea, IX). — Notons ici que Michel Maïer représente surtout le côté pythagoricien de cette tradition.
« Il existe une société dont les statuts et les mystères sont, pour les érudits les plus curieux et les plus profonds, un impénétrable secret. En vertu de ces statuts, chaque membre est tenu de guider, d’aider, de conseiller les descendants les plus reculés de ceux qui, comme votre ancêtre, ont pris une part, si humble et si stérile qu’elle soit, aux travaux mys-
(3) Silenlium Post clamores.
térieux de l’Ordre. Nous sommes engagés à les diriger vers leur bonheur; plus encore, s’ils nous l’ordonnent, nous devons les accepter comme disciples » (1).
« Boire à longs traits la vie intérieure, c’est voir la vie supérieure : vivre en dépit du Temps, c’est vivre de la vie universelle. Celui qui découvre l’élixir découvre ce qui est dans l’espace, car l’esprit qui vivifie le corps fortifie les sens. 11 y a de l’attraction dans le principe élémentaire de la lumière. Dans les lampes du Rose-Croix le feu est le principe pur et élémentaire. Allume les lampes pendant que tu ouvres le vase qui contient l’élixir, et la lumière attire à toi ces êtres dont cette lumière est la vie. Méfie-toi de la Peur. La Peur est l’ennemie mortelle de la science » (2).
Au point de vue du développement symbolique des pouvoirs magiques, on pourra étudier avec fruit YAkedysseril de Villiers de l’ïsle Adam ; les pages suivantes de Zanoni montreront le reste ; et enfin VAzraèl du même Villiers nous dévoilera un peu les finalités dernières de l’âme dressée dans cette école.
« Pour soulever le voile, cette âme avec laquelle vous écoutez a besoin d’être retrempée dans l’enthousiasme et purifiée de tout désir terrestre. Ce n’est pas sans raison que ceux qu’on a appelés magiciens, en tout temps, en tout pays, ont prescrit la chasteté, la contemplation et le jeûne, comme les sources de
toute inspiration. Quand l’ame est ainsi préparée, la science peut venir l’aider, la vue peut être rendue plus pénétrante, les nerfs plus sensibles, l’esprit plus prompt et plus ouvert ; l’élément lui-même, l’air, l’espace, peut devenir, par certains procédés de haute science, plus palpable et plus distinct. Ce n'est pas là de la magie, comme le pense le vulgaire crédule. Je l’ai déjà dit, la magie (ou la science qui fait violence à la Nature) n’existe pas : ce n’est que la science qui maîtrise la Nature. Or, il y a dans l’espace des millions d’êtres, non pas précisément spirituels, car tous ont, comme les animalcules invisibles à l’œil nu, certaines formes de la matière, mais d’une matière si tenue, si subtile, si délicate, qu’elle n’est pour ainsi dire qu’une enveloppe impalpable de l’esprit, plus déliée et plus légère mille fois que ces fils aériens qui flottent et rayonnent au soleil d’été. De là, les créations charmantes des Rose-Croix, les sylphes et les gnomes. Et pourtant, il y a, entre ces races et ces tribus diverses, des différences plus marquées qu’entre le Grec et le Kalmouck : leurs attributs différant, leur puissance diffère. Voyez dans la goutte d’eau quelle variété d’animalcules ! combien sont de formidables colosses ! quelques-uns pourtant sont des atomes en comparaison des autres. Il en est de même des habitants de l’atmosphère : les uns ont une science suprême, les autres une malice horrible; les uns sont hostiles à l’homme, comme les démons, les autres doux et bienveillants comme des messagers et des médiateurs entre le ciel et la terre. Celui qui veut entrer en rapport avec ces espèces diverses, res-
semble au voyageur qui veut pénétrer dans des terres inconnues. 11 est exposé à d’étranges dangers, à des terreurs qu’il ne peut soupçonner. La communication une fois établie, je ne peux te protéger contre les chances auxquelles ton voyage est exposé. .le ne puis te diriger vers des sentiers libres des incursions des ennemis les plus acharnés. Seul et par toi-même, il te faudra tout braver, tout hasarder; mais si tu aimes à ce point la vie, que ton unique souci soit de continuer de vivre, n’importe dans quel but, en ranimant tes nerfs et ton sang par l’élixir vivifiant de l’alchimiste, alors pourquoi t’exposer aux dangers des espèces intermédiaires ? Parce que l’élixir qui infuse dans le corps une vie plus sublime, rend les sens tellement subtils, que les fantômes de l’air deviennent pour toi perceptibles à la vue et à l’ouïe ; si bien que, sans une préparation qui te rende graduellement capable de résister à ces fantômes et de défier leur malice, une vie douée de cette faculté serait la plus épouvantable calamité que l’homme pût s’attirer. Voilà pourquoi l’élixir, quoique composé des plantes les plus simples, ne peut sans danger être pris que par celui qui a passé par les épreuves les plus sévères. Plus encore, il en est qui, effrayés et épouvantés par les visions qui se sont révélées à eux dès la première goutte, ont trouvé que la potion avait moins de puissance pour les sauver que n’en avaient la lutte et les déchirements de la nature pour les détruire. Ainsi, pour qui n’est pas préparé, l’élixir est purement un poison mortel. Parmi les gardiens du seuil, il en est un aussi qui surpasse en malice hai-
neuse toute sa race, dont les yeux ont paralysé les plus intrépides et dont la puissance sur l’esprit augmente en proportion exacte de la peur. Ton courage est-il ébranlé (1)?
On sait que les âmes des hommes s’incarnent un grand nombre de fois, et que leurs morts ne sont que les points de transition entre deux vies successives ; on sait encore que ces multitudes d’existences ont une fin, qui est la réintégration dans l’Adam céleste ; la tradition enseigne aussi qu’au moment de chaque mort deux anges viennent prendre l’âme pour la conduire au tribunal du Jugement; mais à la fin de la dernière incarnation, lorsque l’âme va enfin goûter la vie absolue, c’est Azraël qui la vient chercher, en l’appelant par son nom véritable (2) ; et l’endroit de l’univers où elle doit alors mourir définitivement à la vie créée est le lieu même où elle est descendue pour la première ibis. Car les âmes ont un nom mystérieux qui indique leur lieu d’origine, leurs travaux, et la qualité de la lumière acquise pendant leur probation; comme une âme est le roi d’une portion de l’Univers, elle entraîne avec elle ses subordonnés par les actes qu’elle accomplit, et au lieu où elle subit sa dernière mort naturelle, se trouvent réunis tous les inférieurs qui lui avaient été donnés à gouverner lors de sa première descente. Ceux-ci sont alors réunis avec elle à toujours, et une portion des
(2) Cf. Ruysbroek J'Admirable et Villiers de nie Adam ï Annonciateur.
conséquences de la chute originelle se trouve en même temps effacée.
En résumé, tout ce que nous venons de citer se réfère au côté humain, volontaire et accessible de l’Initiation ; un pas de plus et on entre à l’école de la Magie d’Arhatel, code malheureusement incomplet qu’on trouve dans la Philosophie occulte d’Agrippa, et que le D 1 ' Marc Haven a traduit autrefois dans l’Initiation.
Arrivé à ce point, vient une épreuve douloureuse entre toutes ; si on succombe, on entre dans le sentier d’à-gauche ; si on est victorieux, on entre dans la voie dont nous allons essayer d’indiquer maintenant la direction.
INDEX SOMMAIRE DES POINTS PRINCIPAUX
de l’étude de la sagesse divixe
avec leurs références dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
par l’auteur de TEcho ou exemplarischer Beweiss.
De Dieu. — 1. — Que le Disciple reconnaisse Dieu pour plus haut et plus précieux que toutes les richesses de ce monde. — Jer. IX, 24; — Sap.
2. — Qu’il croie en Dieu fermement et de tout son
3. — Que, par crainte de Dieu, il tienne à Sa grâce et à sa faveur, plus qu’à toute l’amitié des hommes.
4. — Qu’il s'applique à aimer et à craindre Dieu de tout son cœur et à conserver une conscience pure envers Lui et envers les hommes. — Deut. VI, 5. —
5. — Qu’il soit convaincu que le Seigneur récompensera les bons et punira les méchants. — Rois,
De la parole divine. — 1. — Qu’il considère tout ce qui est donné dans l’Ecriture comme parole divine, de la plus haute et de la plus indubitable vérité. — Sap. XVI, 26; — Syr. II, 18. — Cap.
2. — Qu’il ajoute plus de créance à la parole divine qu’à la parole humaine ; qu’il n'abandonne jamais cette école divine pour les leçons d’un homme.
3. — Qu’il soit persuadé que la parole de Dieu lui fera concevoir, selon le sens intérieur et secret, beaucoup de grands mystères, qui passeront inaperçus de ceux qui s'en tiennent au sens extérieur de l’Ecriture.
XVII, 3.
De l’homme intérieur. — 1. — Qu’il croie, selon l’enseignement du Verbe que l’homme intérieur, ou l’âme, est beaucoup plus parfait que le corps ; et que par suite on doit tenir plus à son âme qu’au monde entier et à tous les biens terrestres. — Gen. II, 7. —
2. — Qu’il estime de la sorte non seulement le salut éternel et la béatitude de l’âme, mais encore sa culture et son illumination pendant cette vie terrestre. — 2 Cor. IV, 17. — Pet. I, 8. — 2 Pet. 1, 3
De la vie future et éternelle. — 1. — Que le disciple croie à une vie future, meilleure et sans
2. — Que, dans cette vie éternelle, il y a des différences entre les élus. — Dan. I, 3. — 1 Cor. XV,
De la sagesse divine. — Qu’il ait confiance en la promesse divine qui nous dit que, si l’on cherche en toute sincérité la sagesse, nous l’obtiendrons selon la volonté de Dieu. — Prov. II, 3 et sqq. — Dan. II, 21 ;
2. — Qu’il désire avec zèle cette Sagesse et tous ses avantages. — Prov. IV, 7. — Cap. III, 105. —
3. — Qu’il tienne, en face de la Sagesse divine, la sagesse humaine pour une folie. — Prov. XXX, 2 ;
4. — Qu’ainsi, il s’en tienne à la sagesse divine, et la préfère à la sagesse, à la philosophie et aux arts
5. — Que, dans ces études, il n’ait point en vue les honneurs temporels, mais seulement la culture de son àme et son illumination éternelle et temporelle. — Psalm. CXIX, 36. — Prov. IV, 7. — Cap.
6. — Qu’il préfère le trésor céleste à tous les trésors terrestres. — 1 Matth. VI, 20. — Cap. XIII, 44
7. — Qu’il s’efforce de détacher de plus en plus son cœur des affaires temporelles, pour le livrer tout entier à l’étude de la Sagesse divine et pour s’y soumettre absolument. — 4 Esd. II, 36,37,39. — Cap.
8. — Qu’il ne s’inquiète pas si, par l’obéissance à cette Sagesse, il s’attire la risée des sages de ce monde et qu’il passe à leurs yeux pour un fou. — 1 Cor. I,
HIST01RB DBS ROSB-CROIX
Une allégorie rosi-crucienne (1).
Il existe une montagne située au milieu de la terre et au centre du monde ; elle est à la fois grande et petite ; elle est douce au-delà de toute expression, elle est dure et résistante ; elle est très loin et cependant à portée de la main ; mais la Providence divine la rend invisible ; en elle sont cachés de grands trésors que le monde est incapable d’évaluer; cette montagne, par la malice du diable, est entourée de bêtes cruelles et d’oiseaux de proie qui en rendent la route difficile et dangereuse ; ceux-là seuls qui travaillent par eux-mêmes peuvent la trouver.
Vous irez à cette montagne par une certaine nuit très noire et très obscure ; vous vous préparerez à ce voyage par de longues prières ; mais ne demandez de conseil à aucun homme ; suivez seulement votre guide qui s’offrira à vous.
Ce guide vous conduira à minuit quand tout sera silencieux et sombre ; armez-vous alors d’un courage héroïque et résolu, et adressez-vous à Dieu du plus profond de votre cœur. Quand vous aurez aperçu la montagne, le premier miracle qui se produira sera un grand vent qui mettra les rocs en pièces ; les lions et les dragons feront mine de vous attaquer, mais demeurez ferme et ne retournez point en arrière. Après la tempête viendra un tremblement de terre,
(1) Cf. John heydon, Holy guide et A suggestive inquiry inlo the Rosicrucian myslery. Il y a trois sens à cette allégorie.
puis un grand feu qui mettra le Trésor à nu, mais vous ne pourrez point encore l’apercevoir. Ensuite, aux approches de l’aurore, un grand calme se fera, vous verrez se lever l’étoile du malin et la nuit disparaîtra peu à peu. Alors vous concevrez un grand Trésor, dont l’essence est une certaine teinture exaltée, avec laquelle le monde tout entier, s’il servait Dieu, pourrait être converti en or.
2° CE QUI PEUT ÊTRE DONNÉ.
Le moi est celte pierre rejetée par les constructeurs, et qui est devenue la clef de voûte. La mort du Christ sur la croix est la mort mystique de l’égo (Fr. Hartmann).
Il faut premièrement reconnaître le Christ et se fier à lui, deuxièmement appeler Marie.
Ni Aristote, ni Luther, ni Rome, ni les Moines, ne serviront à quelque chose en cette affaire (Ireneus Agnostus).
Voici ce que dit l’auteur du Frater Crucis Rosatæ.
« On arrive plus vite au Christ en imitant sa vie qu’en lisant beaucoup.
« Les R. C. enseignent la Bible et Tauler.
« Celui qui ne sait pas lire, dit Julianus de Campis, n’a qu’à écouter le prédicateur.
« Il faut non seulement aller vers le Christ, mais encore devenir un avec lui.
« Réaliser dans notre cœur la passion du Christ. « Il y a dans l’homme : corps, âme, esprit (Paul, trois hommes : l’homme sensuel l’homme animal raisonnable l’homme spirituel.
« Chacun doit porter sa croix, et pour cela crucifier les deux premiers, et passer pour le troisième par l’humilité, le désespoir, la mort.
« Plus l’homme monte, plus sa croix devient lourde. »
« Le collège du Saint-Esprit, dit Schweighardt, est suspendu dans l’air, où Dieu veut, car c’est Lui qui le dirige. Il est mobile et immobile, stable et instable; il se meut sur ses roues et par ses ailes ; et quoique les frères sèment la Vérité par de claironnantes trompettes, Jules de Campi se tient toujours de l’autre côté, armé de l’épée de l’examen. Si tu as une mauvaise conscience, aucun pont, aucune corde ne te sauvera ; tu tomberas dans le puits de l’erreur d’autant plus profondément que tu auras été plus haut, et tu y périras. Suis-moi ; imites les oiseaux de l’air pur en ma figure : ils volent, fais de même. Il n’y a pas de danger dans la lenteur, il y en a beaucoup dans la précipitation. Laisse voler les colombes hors de ton arche, pour voir si le pays refleurit; si elles te rapportent un rameau d’olivier c’est que Dieu t’est venu en aide. Tu dois à ton tour porter aide aux pauvres. Si elles restent dehors sans preuve de vérité, va dans ton jardin, contentes-toi de tes racines, plante la pa-
SEPTENTRlUS
tience, protège ton âme du désespoir. Quoique Julien dise : Qui n’est pas apte aujourd’hui le sera encore moins demain ; on ne lutte pas de force contre la sagesse ; l’heure viendra.
« Les frères ont le don d’ubiquité, ils sont plus près de toi que tu ne le penses.
a Ce temple doit être très petit, car aucun frère n’y est demeuré plus longtemps que quatre semaines. Cependant ils voient de là tes pensées mieux que tu ne pourrais les manifester. Lis donc en attendant les vieux ouvrages de théologie ; celui de Thomas A.- Kempis, par exemple ; suis-les ; tu as là-dedans tout l’enseignement aussi net et beau qu’il serait digne d’être gravé sur l’or et les pierres précieuses. Mets-le en pratique d’une façon continue ; tu seras alors plus qu’à moitié Rose-Croix ; tu trouveras bientôt les Magnalia du Grand et du Petit Monde ; bientôt un frère t’apparaîtra. Tel est le seul chemin. »
Et notre auteur répète plus loin :
« Espère en Dieu, prie-le sans cesse, écoute et lis son Verbe, sa Parole avec application, contemple avec le cœur,rentre en toi-même, mets de côté toutes choses temporelles, étudie les vieux opuscules théologiques : tu y trouveras l’art tout entier si précis et si beau qu’il pourrait être gravé sur l’or, l’argent et les pierres précieuses, et conservé comme un trésor inestimable. Si tu fais cela, si tu le comprends, tu seras déjà plus qu’à demi R.-G.. tu trouveras bientôt les Magnalia macro— et microcosmique; tu sentiras aussi indubitablement qu’un frère se mettra en toi. « Cela semble miraculeux et incroyable, mais je te
prie, si tu tiens à ton salut, suis ce précieux petit livre le plus que tu pourras et étudies avec application le Parergon : je t’assure que tu trouveras l’Art et le Collège ; Ceci est la seule voie sans laquelle aucune recherche n’aboutit. »
« Le Christ, dit Madathanus, est l’arbre de vie par lequel sont adoucies les eaux amères de Mara ; nous sommes ses branches et nous fructifierons par sa vertu. Nous ne formons avec lui qu’un seul être. Sa chair et son sang spirituels sont l’aliment ou la teinture dont se nourrit le véritable homme intérieur, car chaque principe se nourrit de son analogue : le corps mortel se nourrit de la terre, le corps sidérique se nourrit du firmament, et l’àme vit par l’Esprit du Seigneur.
« L’homme intérieur ou le corps dynamique pur forme avec sa céleste fiancée, par la foi, une essence spirituelle qui est la chair du Christ, la teinture de vie, un amour igné et pénétrant. C’est de l’humanité spirituelle que Jésus a donné à ses disciples, un corps et une vie célestes qu’il apporta du Ciel. La Loi est un feu qui réduit en cendres la Nature, Adam et la chair par la souffrance et la mort; l'Evangile est une eau qui spiritualise par la grâce du Christ et de l’Esprit et qui produit la paix, la joie, la bénédiction
L'Imitation de Jésus-Christ demeure le manuel de tout aspirant à la couronne invisible des Rose-Croix.
(1) Cf. les doctrines de Jacob Bœhme : Sedir, Les tempéraments et la culture psychique, 2 e éd. 1906.
Ce livre, modeste et familier, dont l’auteur s’est dérobé pendant des siècles à l’admiration des hommes, est, après le Nouveau Testament, le plus sublime que la Providence ait donné à la race blanche. Celui qui pratiquerait parfaitement tous les conseils qu’il donne, dit Schweighardt, serait déjà plus qu’à moitié Rose-Croix. La vertu secrète qui lui confère un charme divin est cette alliance unique d’idéal et de réel, cette descente continuelle du sublime dans les soins vulgaires de la vie quotidienne, cette élévation ininterrompue du cœur qui transfigure les actes les plus communs.
Thomas À Kempis, que les travaux de l’érudition moderne ont prouvé être l’auteur de ce livre admirable, appartenait à la société des Frères de la vie commune ; j’ai eu entre les mains un de ses portraits ; rien dans la figure maigre, ni dans les traits irréguliers, ni dans le maintien placide de cet initiateur, ne décèle l’effort surhumain de sa volonté, ni les soufirances continuellement renouvelées par leur acceptation consciente. La laideur physique semble être un caractère commun des êtres en qui surabonde la splendeur morale; comme si le Ciel voulait donner à ces âmes d’élite un principe terrestre si particulièrement pervers que leur lumière seule soit assez forte pour l’évoluer et l’harmoniser.
Donner une analyse de ce livre est impossible, car tout y est essentiel ; on peut seulement y retrouver les trois grandes divisions de la vie mystique : la purgative, l’illuminative et Punitive à chacune desquelles est consacrée l’une de ses trois premières parties. La
quatrième, qui traite du sacrement de l’Eucharistie, ne parait pas être autre chose qu’une addition écrite par quelque théologien désireux de faire rentrer dans le ritualisme ce guide de ceux qui adorent le Père en esprit et en vérité.
C’est, en effet, dans la nudité seule de cette chambre mystique où il est prescrit de nous réfugier pour la prière, que nôtre âme respire un air assez fort pour la faire se détourner du vœu le plus intime de la nature humaine : de la recherche du bonheur. L’antique serpent tapi au centre de nous-mêmes, enroulé autour du tronc de l’arbre de la Science, nous tente par les joies de la chair, par les joies de la raison, par les joies de l’orgueil. Bien rares sont les cœurs qui aperçoivent d’autres attraits, d’autres buts à leurs efforts ; plus rares encore sont ceux qui, les apercevant, ont le courage de marcher vers la maladie, vers l’ignorance humaine, vers l’humiliation. Ceux-là seuls peuvent comprendre VImitation et se réjouir aux sublimités de l 'Evangile.
Commenter l’œuvre de l’humble néerlandais serait faire un cours entier de mystique ésotérique ; et à côté des secrets que j’y pourrais découvrir, combien d’arcanes n’oublierais-je point, empêchant peut-être d’autres chercheurs de les apercevoir?
Schweighardt (1617) parle de la Vierge Sophia et de son jardin dans lequel, dit-il, il est entré, quoique indigne, et par lequel on passe pour arriver au but. Nous traduisons la prière qu’il donne à ce moment et qui nous a semblé fort belle :
« Seigneur, père de toute Sagesse, sois pitoyable
envers le pauvre pécheur que je suis, éclaire mon cœur pour qu’il contemple tes merveilles ; enlève de moi tout péché humain, que je puisse te connaître. Toi et tes Magnalia, par la force de la foi et la véracité de la confiance, que je comprenne tes bontés, que je devienne utile à mon prochain, pour l’amour de Jésus-Christ, ton fils unique, qui règne, vit et permane avec toi et l’Esprit-Saint, dans l’Eternité. Amen. Amen. Amen. »
Comme nous le confirme Gutman (1), l’homme repasse pendant la nuit ses paroles et ses actions du jour ; il les examine, son esprit juge le bien et le mal ; Dieu lui envoie ses instructions par le moyen de Ses anges et lui montre le vrai chemin. Car, il y a une telle vertu dans les ténèbres qu’un homme de raison saine peut obtenir la nuit tout ce qui est nécessaire à lui-même et au bien du prochain ; mais le devoir lui incombe d’agir, le jour suivant, selon les enseignements qui lui ont été donnés et de marcher dans la lumière qu’il a reçue : c’est ainsi que la lumière pourra sortir des ténèbres.
L’histoire suivante est une application de cette théorie :
Madathanus raconte ainsi comment il reçut la Lumière ; comme ce que l’on va lire est d’un symbolisme élevé, je laisserai au lecteur le soin d’en extraire une interprétation soit alchimique, soit magique, soit mystique.
Après une profonde méditation sur divers passages
(1) Livre VIII.
de l’Ecriture, sur l’histoire de Rachel, de Jacob et des Dudaïm, sur la dissolution du Veau d’or par Aaron, notre auteur s’endormit et vit en songe Salomon lui apparaître dans toute sa gloire. Les femmes, les courtisans et les capitaines du Prince-des-Mages, défilaient processionnellement autour du a Centrum in Trigono Centri » ; son nom était comme une huile répandue dont le parfum pénètre tout, et son esprit de feu était une clé pour ouvrir le Temple, pénétrer jusqu’au Saint des Saints et saisir la corne de l’Autel. Alors l’entendement du songeur fut ouvert; il connut que, derrière lui, se tenait une femme nue; elle était semblable à la bien aimée du Sir-ha-shirim; mais à sa poitrine une blessure ouverte laissait couler du sang et de l’eau ; ses habits étaient à ses pieds, déchirés et couverts de boue : telle est la Nature occulte dévoilée, la vierge pure dont Adam a été créé; elle habite dans le jardin, elle dort dans la double caverne d’Abraham aux champs d’Ephron et son palais est bâti dans les profondeurs de la mer Rouge.
Le songeur s’effraya fort de voir toutes ces choses et d’entendre ces paroles ; mais Salomon le réconforta ; avec la sueur de sang de la Vierge, il éclaira son entendement et lixa sa mémoire, afin qu’il puisse connaître la grandeur du Très-Haut, la hauteur, la profondeur, le fondement de toute la Nature. Le roi prit ensuite notre songeur par la main, et descendit avec lui dans un cellier d’où ils pénétrèrent dans une salle secrète et parée, aux fenêtres de cristal, d’où Ton voyait la chambre précédente, l’épouse du Roi et la Vierge nue : Salomon le pria de choisir celle des
deux femmes qui lui plairait, lui assurant qu’il les aimait également. Parmi les princesses de la cour qui assistaient à l’entretien, une très vieille dame d'atours vêtue de gris, coiffée d’une toque noire ornée de perles et de soie rouge, enveloppée dans un manteau brodé à la turque, s’avança vers notre héros et lui affirma être la mère de la Vierge nue, l’adjurant de l’élire pour son épouse. « Je vous donnerai, ajouta-t-elle, pour nettoyer ses vêtements un sel fusible, une huile incombuslible et un trésor inestimable. » Salomon lui donna donc cette Vierge, selon sa demande, il y eut alors un tumulte dans la suite du roi, et le songeur dormit jusqu’au matin. En se réveillant, il ne vit plus sur son lit que les vêtemenis souillés de sa fiancée : il les conserva soigneusement pendant cinq ans, malgré la mauvaise odeur qu’ils dégageaient ; au bout de ce temps il vit apparaître la vieille dame d’atours qui lui reprocha amèrement son incurie et le meurtre de sa fille; car le dégoût qu’il manifesta pour ses habits excita la colère de son grand-père Saturne qui la changea en ce qu’elle était à l’origine ; la vieille lui indiqua en détail le moyen de nettoyer ces parures et de leur rendre leur premier éclat. Ainsi le songeur trouva le trésor universel.
« Après 2 ans d’études Elman Zatta doit venir au disciple si Dieu le permet. Quand il est venu il est trop tard pour discuter; il faut seulement croire,
Histoire des Rose-Croix. Paris, 1910. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/sedir-histoire-des-rose-croix/. Public-domain text reproduced in full; markup only.
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