Le bienheureux Jacob Boehme, le cordonnier-philosophe

Sédir · 1901

Paris, 1901 · Public domain

Le bienheureux Jacob Boehme, le cordonnier-philosophe
Le bienheureux Jacob Boehme, le cordonnier-philosophe: relation véridique de sa vie et de ses écrits. Par Sédir. Paris: Chacornac, 1901.

Cest cette relation que nous allons reproduire, en la complétant par celles d'autres disciples du théodidacte ; le portrait que nous donnons est dessiné d'après un cuivre dont nous devons la communication à l'obligeance de M, L, Bodin, le libraire bien connu.

RELATION VÉRIDIQUE

DE LA VIE ET DE LA MORT, DES ŒUVRES ET DES DOCTRINES DU BIENHEUREUX

JACOB BŒHME

le cordonnier-philosophe

Le bienheureux Jacob Bœhme est né en iSyS après Jésus-Christ dans la bourgade d’Alt-Seidenberg, à environ deux lieues de Gôrlitz en Ober-Lausitz. Son père Jacob et sa mère Ursule étaient de pauvres paysans honnêtes et vertueux.

Dès sa jeunesse, il fut employé avec les autres enfants du village à garder les troupeaux. Pendant l’une de ces journées solitaires, où le calme de la Nature développait puissamment son esprit méditatif, il lui arriva une chose remarquable. S’étant trouvé un jour, vers l’heure de midi, un peu éloigné de ses camarades, il avait gravi les premières rampes d’une colline avoisinante, nommée «Landes-Crone », lorsqu’il aperçut, à un endroit qu’il me fit voir par la suite, une façon de porte formée de grandes pierres rouges ; il y entra et s’engagea dans un souterrain qui le mena devant une grande masse d’argent; arrivé là, il sentit un vent de terreur pénétrer son être ; il n’osa donc tou-

cher à rien, et redescendit précipitamment la colline. Bien qu’il retournât souvent, par la suite, à cet endroit, avec ses jeunes camarades, rentrée du souterrain resta invisible aux yeux de tous. Cette aventure fut, peut-être, la figure symbolique de l’initiation ultérieure de Bœhme aux secrets de la sagesse naturelle et divine. Frankenberg apprit, par la suite, de sa propre bouche, que le trésor avait été enlevé par un étranger, mais ce dernier était mort misérablement parce qu’une malédiction avait été portée contre lui.

Mais revenons à notre Bœhme. Ses parents, ayant remarqué dans leur fils une nature bonne, douce et spirituelle, l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire, à écrire et à faire ses prières jusqu’à ce qu’on lui fît apprendre le métier de cordonnier. Il termina son tour de compagnon, en 1594, et se maria dans la même année avec Catharina Kunschmanns, fille d un boucher de Gorlitz. Il vécut pendant trente ans avec elle, jusqu’à sa mort, dans une union constante ; la bénédiction de Dieu lui donna quatre fils; il fit, du premier, un orfèvre, du second, un cordonnier ; et des deux autres, des ouvriers.

On voit que, dès son enfance, Jacob Bœhme s’était tenu dans la plus pieuse humilité et dans la crainte de Dieu. L’un des textes sacrés sur lesquels il méditait le plus souvent était celui-ci : « Le Père qui est au ciel donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demanderont. » (Luc, XI, i3.) Le peu que Bœhme avait appris des disputes théologiques lui avait fait désirer avec ardeur la connaissance de la vérité, vers laquelle

41 aspirait sans cesse. Cette prière constante fut exaucée pendant son tour de compagnonnage: le Père le plaça par le moyen de son P'ils dans Très Saint Sabbat, lieu du repos des âmes, et il demeura, dans la lumière divine sept jours entiers, dans la plus haute exaltation et contemplation.

- Selon cette école apocalyptique de TEsprit de Dieu, que la perversité et l’aveuglement des hommes ont corrompue. Jacob étudia les écrits des saints patriarches, des prophètes, des apôtres et des hommes de Dieu ; et il persévérait sans cesse dans la science des mystères du royaume de Dieu.

On peut croire qu’un feu secret s’alluma dans son être par l’opération magico-astrale de cet esprit sidé- rique. Voici ce que lui-même nous dit lui être arrivé dans sa jeunesse. Il gardait un jour la boutique de son patron, pendant l’absence de celui-ci, lorsqu’un étranger, mal mis, quoique de belle et respectable apparence, vint marchander une paire de souliers. Jacob lui en proposa un prix un peu plus élevé que celui de leur valeur réelle ; l’inconnu paya sans observation, et s’en alla jusqu’au milieu de la rue; puis il appela à haute voix : Jacob ! viens ici ! Le jeune apprenti, bien qu’effrayé d’entendre qu’un inconnu connaissait son nom, s’approcha cependant : l’homme lui prit la main droite, et, le regardant avec des yeux étincelants, qui pénétraient jusqu’au fond de Tâme, lui dit d’un ton grave et doux : « Jacob, tu es humble, mais tu deviendras grand; tu deviendras un tout autre homme; de sorte que le monde s’émerveillera devant toi. Sois donc pieux, crains Dieu, et honore Sa parole;

lis toujours la Sainte Écriture; tu y trouveras réconfort et instruction, car il faut que tu souffres grandement du besoin, de la pauvreté et de la persécution. Mais console-toi et demeure constant, car tu es aimé de Dieu et II t'est favorable! » Sur quoi l'étranger lui jetant encore une fois un regard perçant, lui serra la main et s'en alla. Sa figure se grava profondément dans la mémoire de Jacob, ainsi que ses paroles ; le jeune apprenti s’appliqua dès lors avec une nouvelle ardeur à parfaire sa conduite, de sorte que ses pieux efforts furent bientôt récompensés par un second appel de l'Esprit et un second sabbat.

Lorsqu’il en sortit, il abandonna complètement les plaisirs de la folle jeunesse; il ne fréquenta plus que les églises, s’enfonçant dans l’étude de la Bible, et recueillant avec empressement la parole des prédicateurs et la vertu des sacrements. L'austérité de sa vie et la pureté de ses mœurs ne firent que lui susciter les persécutions de son entourage ; son maître alla même jusqu’à le renvoyer.

Tout en se livrant avec ardeur au travail, et en gagnant son pain à la sueur de son front, il fut, en 1600, à la vingt-cinquième année de sa vie, saisi encore une fois par la lumière divine et conduit, dans son propre esprit sidérique, au moyen de la vue soudained’un vase d’étain (luisance joviale), jusqu’au centre de la Nature secrète. Comme il restait dans le doute, combattant ce qu’il supposait être une fantaisie de ses facultés, il sortit de Gôrlitz par la porte de la Neiss (près de laquelle il demeurait) pour méditer dans les champs ; la même vision se reproduisit alors pour la seconde

fois, de sorte que la signature des êtres lui fut révélée et qu’il put désormais en déchiffrer la Nature intérieure (ainsi qu’il l’explique dans son livre De Signatura Rerum) ; il en conçut une grande joie, remerciant Dieu silencieusement du fond de son cœur, mais il n’en tira nullement vanité et tint cette grande lumière secrète.

Son effort obscur et actif vers Dieu fut encore béni ; dix ans après, le Saint-Esprit l’obombra pour la troisième fois et le remplit de lumières et de grâces. Mais, pour ne pas laisser perdre de tels trésors, il en consigna la substance pour lui seul et sans l’aide d’aucun autre livre que la Bible.

C’est en 1612 qu’il confia à un gentilhomme, qui l’en avait supplié, le manuscrit de sa première œuvre, l’Aurore naissante; ce gentilhomme en fit prendre copie fort diligemment, de sorte que plusieurs personnes en eurent connaissance, notamment le curé de Gôrlitz, Gregorius Richter ; lequel fulmma du haut de sa chaire contre l’innocent auteur, si violemment et si souvent que l’échevin finit par citer Bœhme devant son tribunal (le vendredi 26 juillet i6i3).

Le célèbre médecin et chimiste Cornélius Weissner, de Breslau, a raconté toutes ces procédures qui durèrent vingt-sept ans. Ce docteur avait fait la connaissance de Bœhme en 1618 par le frère de sa femme, tailleur desonétat etparunjeuneprédicateur, Salomon Schroter ; Weissner était à ce moment précepteur des enfants de Bal thazar Tilcken ; il remplit plusieurs pages in-quarto du récit des imprécations bibliques dont le curé de Gôrlitz voulut foudroyer Jacob Bœhme, et de la douceur angélique que celui-ci lui opposa, lui de-

mandant de faire pénitence s’il l’avait offensé; les échevins, fort émus de tous ces anathèmes, finirent par intimer au pauvre cordonnier Tordre de sortir sur Theure de la ville, sans lui laisser seulement le temps d’aller embrasser sa famille. Bœhme se soumit avec sérénité à cet arrêt inique; mais le lendemain matin, on vint le rechercher dans la campagne, et on le ramena en grande pompe dans sa maison.

Le bruit de cette aventure se répandit en Saxe, et, le ■9 mai 1624, Jacob dut se rendre à Dresde pour soutenir l’examen de ses opinions devant une assemblée d’illustres savants dont le D" Weissner nous a conservé quelques noms: c’étaient les D"*" Hoe, Meisner, Baldwin, Gerhard, Leisern, etc., théologiens, mathématiciens, astrologues même. La profondeur de ses explications, sa longanimité, les laissèrent sans réponse, et le kurfürst lui-même, qui assista aux controverses, lui donna dès lors sa protection.

Le manuscrit de Y Aurore naissante resta dans les cartons du Conseil jusqu’au 26 novembre 1641, jour où le bourgmestre de Gôrlitz, D** Paul Scipio, d’après l’avis du chambellan Georg von Pflüger, l’envoya à Amsterdam, à Abraham Villems von Beyerland.

Après avoir écrit cette première œuvre, le saint et patient serviteur de Dieu eut à subir une épreuve de sept années, pendant lesquelles la lumière se retirade lui ; on peut voir ses plaintes dans les Trois Prm- (i) et dans ses Lettres {2). Mais, lorsque ses

prières et ses pénitences eurent fait descendre à nouveau la grâce en lui, il reprit la plume pour ne plus la quitter. On verra plus loin quelques renseignements sur ses œuvres.

N’oublions pas une circonstance qui peut jeter un nouveau jour sur les théories de notre Bœhme. Dans Tannée 1620, il fît la connaissance d’un certain D^Balthazar Walter, de Gros-Glokau (Silésie), qui demeura plus de trois rriois avec lui, avec lequel il eut de longs et fort secrets entretiens. Ce docteur, qui mourut plus tard à Paris, avait voyagé pendant six ans en Arabie, en Syrie et en Égypte, où il s’était instruit de la sagesse cachée. Il fit connaître à Bœhme les œuvres de Reuchlin, de Riccius, de Pic de la Mirandole, d’ Angélus de Burgo-Nuovo; ils discutèrent ensemble la philosophie du Zoharetse quittèrent plein d’estime mutuelle.

Tous les contemporains du « théodidacte ne tarissent pas en éloges sur son admirable douceur et sa longanimité. C’est ainsi qu’un jour il vit arriver un inconnu qui voulut conjurer son esprit familier par les incantations d’une fausse magie ; Bœhme se borna à lui faire des remontrances sérieuses et le renvoya.

Une autre fois, unpieuxgentilhommedu voisinage, David von Schweinitz, le fit mander dans sa terre de Seifersdorf ; mais le médecin de ce baron, ennemi acharné de Bœhme, soudoya le jeune serviteur qui devait lui servir de guide, afin qu’il le précipitât dans un fossé i le jeune homme exécuta en effet Tordre reçu ; ^t notre pauvre philosophe se fendit la tête sur une

pierre ; le seigneur de Schweinitz put heureusement le faire soigner avec assez de diligence pour que Taccident n eût pas de suite ; c’est alors que, présenté aux enfants de Schweinitz et à son beau-frère, celuici le tourmenta pour obtenir une prophétie ; et Bœhme lui dévoila toutes les frivolités et les turpitudes de sa vie.

Notre théosophe était un homme de petite taille et d’aspect peu avantageux ; le front bas, le crâne élevé, le nez un peu recourbé, des yeux brillants d’un gris presque bleu ; peu de barbe, la voix faible, mais cordiale ; ses attitudes étaient dignes, ses paroles sobres, sa contenance modeste. Le sceau qu’il s’était choisi représentait une main dressant vers le ciel la verge aux trois lis. Sa devise était: Unser Heil Im Leben Jesu Christi In Uns ; c’est-à-dire « Notre salut en Jésus-Christ (qui est) en nous ».

Nous avons vu que, dans l’été de 1624, Bœhme fut appelé à Dresde devant un aréopage de savants; il en sortit malade de la fièvre et demeura assez souffrant, l’automne qui suivit, chez son ami Frankenberg. Le D"" Tobias Kober, qui adressa à Schweinitz une relation circonstanciée de la mort du théodidacte, nous apprend que, revenu à Gorlitz, il dut garder le lit à partir du jeudi 7 novembre 1624; douleurs lancinantes dans le côté gauche, l’enflure du ventre et des pieds, le halettement, la consomption de la poitrine et de la face, l’altération des urines, tout faisait prévoir une fin prochaine.

On fit donc venir le prêtre pour lui administrer les derniers sacrements ; il répondit à ses questions avec

précision et humilité ; ceci eut lieu le vendredi matin 1 5 novembre. Le lendemain il prédit le jour de sa mort. — Le dimanche, vers minuit, il parut se réveiller et demanda à son fils Tobie s’il entendait la belle musique? et, sur sa réponse négative, fit ouvrir la porte afin de mieux jouir de ce concert. Ensuite il demanda l’heure; on l’entendit s ecrier : « O très puissant Tzebaoth ! sauve-moi selon ta volonté I » puis : « O Seigneur Jésus-Christ crucifié ! aie pitié de nTioi et garde-moi dans ton royaume! » Il exprima quelques préoccupations sur l’avenir de sa veuve, et dit qu’elle ne lui survivrait pas longtemps (i).

Vers 6 heures, il bénit sa femme et ses enfants, puis disant: « Je vais maintenant au Paradis», il exhala doucement son dernier soupir.

Le clergé, qui l’avait poursuivi pendant sa vie, ne put pas le laisser en repos après sa mort; il fallut des pétitions, des suppliques, des démarches pour obtenir une oraison funèbre — si mauvaise que le prolixe D** Kober ne l’a pas jugée digne d’être transcrite — et le permis d’inhumer (2).

(1) Elle mourut en 1626, au temps de la moisson, en soignant les pestiférés dans l’hôpital du Kober.

(2) L'éditeur de 1715 a retrouvé le paragraphe suivant dans 18 nov. ist (sub. Consulatu Herm Friederich Schlettewichs eine Extraordinair-session gehalten und Herrn Mag. Elias Theodorus, ûber des Schusters Jacob Bôhmens Confession vernommen | auch hierauj beschlossenworden | ihn mit einer Leichen-Predigt \u begraben. Anbey ist auch erwehnten M. Theodoro aufgetragen Worden | gedachten Schusters Bekànntniss atifs eherte Schrtjtlich ein^ugeben | und die Leichen-Predigt über sich ^u nehmen 1 weil ihn ein E. Raht vertrelen wolte. »

Quam primum in Christo, qui vita est, frangere mortisv Ergo vale æternum, æterna fruitorque quiete :

Non te vexabit, sed nos fera turba malorum,

Omnibus his victis te læta mente sequemur.

Tandem vere novo cum judicis ante tribunal Quicquid terra vorax tristisque recondidit orcus ;

Sistetur, sacris et nos sociabimur una Cœtibus : ut laudes Jovæ sine sine canamus.

Mich. Curtz, Gorl.

L’ICONOGRAPHIE DE BŒHME

Les portraits du théodidacte sont devenus rarissimes aujourd’hui. Le premier dont il soit fait mention estia gravure au burin de Nicolas Haeublin, datée de 1676, et dont l’encadrement est formé de curieuses figures mystiques; on en a donné deux états in-octavo; les exemplaires du premier état portent l’inscription suivante :

Im Wasser lebt der Fisch, die Pflan\e inder Erdê,

Der Vofel îm der Luft; Die Son im Firmament;

Der Salamander mus im Feur erhalten werden ;

ünd Gottes iferz. ts/ J.acob Bœhmens Elément (i).

L’inscription du second état offre une légère va* riante.

Un des disciples du Maître fit frapper en 1707 une médaille d’après ce. portrait ; sur la face on voit sa

(i) Le Poisson vit dans l’Eàu, la Plante dans la Terre, POiseau dans l’Air, le Soleil au Firmament ; la Salamandre se conserve dans le Feu; et le cœur de Dieu est l’Elément de J. B.

figure avec Texergue Jacob Bœhme Teuionicus Philosophas ; sur l’autre face se lit Tinscription suivante :

Natus

Prope Gorlicium Hinc sutrinæ admotus Divina revelatione Sese admonitum

Eaque A. M. DC et M. DC. X repetita Divinarum naturaliumque Rerum notitia Se imbutum credens Varies libres Theesephices Et Chymices scripsit,

A Gerlicensibus frustra Ad desistendum ceactus Aliis charissimus Incensisterio Dresdensi A. M. DC. XXIV. Mense Jul. Auditus et in Pace dimissus.

Obiit eedem anne XVII Nev.

L’auteur de cette médaille était un alchimiste.

Nous croyons que le portrait qui se trouve en tête de l’édition d’Amsterdam 1682, in-8, est le même que celui mentionné plus haut. La petite lithographie que donne le traducteur anonyme du Traité de V Incarnation de Jésus-Christ est bien moins bonne.

Voici la liste de ses ouvrages selon l’ordre chronologique :

En 1618. — L’Aurore naissante.

En 1619. — trois Principes de TÉtre divin.

En 1620. — De la triple vie de l’homme.

Quarante questions sur Thomme ou Psychologia vera.

De l’incarnation de Jésus-Christ.

Six points théosophiques.

Du mystère céleste et terrestre.

Des derniers temps.

En 1621. — De Signatura Rerum.

Des quatre Complexions.

Apologie à Balthazar Tilken.

Mémoire pour Escias Stiefel.

En 1622.^ — De la vraie pénitence.

Du véritable abandon.

De la régénération.

De la pénitence.

En 1623. — De-l’élection de la Grâce.

Mysterium Magnum de la Genèse.

En 1624. — Table des Principes.

De la vie hyperphysique.

De la contemplation divine.

Des deux testaments du Christ.

Dialogue d’une âme illuminée avec une âme non illuminée.

Apologie pour Gregorius Richter.

De 177 questions théosophiques.

Extrait du Mysterium Magnum.

Petit manuel de prières.

Table des trois Mondes.

De l’erreur d’Ezechiel Meth.

Du jugement dernier.

Lettres à diverses personnes.

Saint-Martin a traduit en français V Aurore, la Triple Vie, les Trois Principes, les Quarante Questions, On a réuni sous le titre de Chemin pour aller à Christ, les Quatre Tempéraments, la Vraie Pénitence, le Véritable Abandon, la Régénération, la Viehyper^ physique, la Contemplation et le Dialogue ; c’est une

excellente traduction (Berlin, 1722). Le Signatura Rerum a été traduit en français à la fin du xvii® siècle, mais c’est un livre illisible ; nous en avons fait une traduction qui paraîtra prochainement ainsi que celle du Traité de YÉlection de la Grâce. On va réimprimer enfin la Vie hyperphysique. U Incarnation a été traduite aussi. Il y a une grande quantité d’éditions des œuvres complètes et des œuvres séparées. La meilleure est celle en 5 volumes in-8, Amsterdam, 1682 et lySo. Les nombreuses figures initiatiques en ont été dessinées par Gichtel.

Pour des renseignements bibliographiques plus détaillés, nous prierons le lecteur de se reporter à la première édition de la présente brochure, publiée dans le Voile d’Isis en 1897.

La compréhension de la doctrine de Bœhme n’est pas très difficile. Voici les points capitaux de son système. Dieu Tri-un existe de toute éternité ; son activité inépuisable en soi, c’est la Nature essence, qui contient Sophia, la Sagesse, la Teinture, etc. Cette activité se produit suivant sept modes, ou formes, dont enverra le détail dans le Vocabulaire., et cette hiérarchie se reproduit dans toute la création. La chute des anges etla chute d'Adam ont été causées par la volonté propre; par suite la régénération de l’homme s'accomplira en immolant le moi par la prière et la charité. Mais le Diable est perdu pour l’Éternité. Toutes les créatures renferment du bien et du mal, de la colère

et de Tamour : d'où découlent la doctrine des correspondances, celle des signatures, la possibilité des arts occultes et surtout de lalchimie physique, image de Talchimie psychique.

Nous indiquerons au lecteur consciencieux mais trop pressé pour étudier l’œuvre énorme de Bœhme, la plume à la main, le traité de V Élection de la Grâce j le plus clair et le plus synthétique de ses ouvrages, dont va paraître bientôt, je l’espère, la première traduction française par Debeo.

VOCABULAIRE

De la Terminologie

IDE JACOB BŒHME

Le petit travail qu’on va lire n’est pas un lexique complet des termes qu’emploie le célèbre théophilosophe teutonique. J’ai voulu simplement résumer en quelques lignes pour chaque mot le sens qu’il faut attribuer aux expressions rares, inconnues ou inusitées qui fourmillent dans l’œuvre touffue de ce grand illuminé. On ne trouvera donc point ici une exposition de son système, mais un simple instrument de travail pour ceux qui veulent se donner la peine de l’étudier; c’est une tentative faite pour remédier à cette luxuriance de mots et d’images qui, jointes à l’archaïsme du langage, découragent, en France, beaucoup d’esprits capables de comprendre cette majestueuse synthèse.

A

A. Dans la langue de la nature, cette lettre représente le désir de l’éternelle volonté tendant à sortir d’elle-

même pour manifester quelque chose; elle n^a pas de qualité et les renferme toutes.

Abîme. Demeure de Tunité divine, le Rien éternel, c’est-à-dire ce qui n’est aucune chose particulière.

Adonaï. Voici à quoi correspond ce nom hiéroglyphique :

Volonté

O

Désir

N

— Esprit —

Science

— VAH

A

— Puissance —

Parole

— Vie

I

— Couleurs —

Sagesse

— Vertu

C’est le mouvement propre

de l’éternelle et inson-

dable unité.

Æther. Chaque chose a son éther, c’est-à-dire son principe imaginatif, qui fut cette chose avant qu’elle n’ait reçu sa forme.

Alchimie. Bœhme n’en parle que selon son illumination. Voyez tout le Signatura rerurn.

Aquaster. C’est la matrice de l’élément eau, qui produit'le côté féminin dans les créatures ; l’aquaster céleste est l’essence de la terre céleste ou de l’élément saint.

Archée ou Séparateur. C’est le Mercure igné ou le Verbe extériorisé dans toute chose, l’agent par lequel les êtres sont formés; il détermine avant tout leur esprit; de lui viennent les quatre éléments.

Astral. Les vertus des corps sidérés s’entremêlent dans l’espace; celles d’entre elles qui peuvent se combiner se substantialisent par cette combinaison (voyez Formes de la Nature^ le son) et donnent deux produits : l’un, corps spirituel ou astral, et l’autre, corps matériel ou élémentaire ou physique. Ainsi l’as-

tral est partout; le soleil est son centre générateur ; il est lui-même Tâme du monde. Son point de perfection est l’élément un, fixe et céleste.

Amour. C’est le cœur de Dieu, son verbe, les noms Jésus et Jéhovah : dans l’homme, c’est la demeure de Dieu; dans la création, c’est la cinquième forme de la nature. C’est enfin le moyen, le but et le procédé de notre régénération et de celle du monde entier.

Ame. L’âme de l’homme est, d’après Bœhme, le feu central éternel de la volonté propre : elle est donc le premier principe; elle est le résumé des trois mondes, possède en spirituel les sept formes de la nature, elle est immortelle et plus haute que les anges. L’esprit de l’âme est la lumière centrale ou Temple de Dieu. L’âme a un corps dans le monde de la lumière, c’est l’élément pur ; elle a un corps astral selon le spiritus mundi, et un corps physique. Elle est localisée dans le cœur; le cerveau est son organe, la Teinture du corps est son corps; le sang est sa maison.

C

Cène. Le corps du Christ est partout; la cène évangélique est donc le symbole de la cène spirituelle qui se reproduit chaque fois qu’un homme régénéré se nourrit de la volonté de Dieu, c’est-à-dire de la chair et du sang du Christ. Ce corps sacré devient le corps nouveau du disciple qui revêt son âme lorsqu’elle résiste au feu de la Colère; c’est l’âme qui mange la chair et qui boit le sang du Christ et qui fabrique ainsi, avec la coopération de la Trinité, la Vierge

Sophia. La lumière spirituelle comme la lumière matérielle est un agent d’expansion ; en se donnant autour de soi elle donne en même temps ce dont elle se compose, c’est-à-dire sa vie et son essence; et comme elle se donne indifféremment à tout ce qui l’entoure (c’est-à-dire, selon le langage de Bœhme, à l’élément tempéré ou harmonie), elle récupère incessamment ce qu’elle dépense; prenant ceci dans le spirituel, et le réalisant dans le matériel, nous arriverons à comprendre le grand mystère de l’alimentation spirituelle. La foi du communiant saisit l’âme du Christ, sa bouche intérieure saisit son corps et son sang, sa bouche extérieure saisit le pain et le vin.

Convoitise (V. désir ^ formes). C’est l’attraction ; sa mère est la volonté, elle peut être double : ou dans la lumière ou dans les ténèbres, elle peut venir de Dieu ou d’une créature ; dans tous les cas, elle est un Fiat. Son action est saturnienne, son moyen est magnétique ; son objet est un enfantement dans quelque monde que cela soit.

Cérémonies extérieures. Sont, en quelque sorte, des moyens mnémotechniques ; lorsque le Saint-Esprit ne les vivifie pas, elles sont antichristiques.

Constellation. C’est l’aspect des étoiles ou mieux le schéma des influences invisibles ; il y en a une externe, dans le Spiritus Mundi^ et une interne, pour les âmes.

Corps du Christ : composé du même élément pur dont est fait le soleil.

Cagastrum. Le feu extérieur de la génération, le centre de la Nature.

Centres. Il y a un centre qui est Dieu en soi. Quand Dieu se propose de créer, il y a un premier centre qui est son Verbe, un second qui est le Verbe prononcé* ou Sagesse, un troisième, qui est le Verbe Fiat. — Les centres de la Nature sont ses sept formes distinguées en centres ignés et lumineux. Le centre de l’homme, c’est la vie ignée de l’ame. Tous les centres contiennent la pierre des Sages.

Chaos. C’est toujours un abîme, un mysierium magnum. En Dieu, c’est Dieu même comme essence des essences ; dans la création, c’est l’œil de l’éternité,, le désir vers la nature, le Verbe parlant; c’est enfia la racine de la Nature, ou la septième forme de la génération créaturelle.

Ciel. C’est le royaume de la joie ; il se trouve entre le paradis et l’enfer, il est partout jusqu’au jour du jugement. 11 comprend la Teinture, le Mercure igné, la Matrice éternelle. Il y a un ciel extérieur qui est le ciel étoilé, et un ciel intérieur qui est la septième forme, le corps de Dieu, l’élément saint ; il produit des plantes et des animaux ; enfin il se répercute dans l’âme de l’homme ; mais là comme partout il est le résultat de l’expansion de l’amour.

Colère. C’est celui des trois mondes ou des trois principes qui engendre les quatre premières, formes de la Nature; il correspond à Dieu le Père et se. trouve par conséquent au centre de toutes les créatures, dans lesquelles il combat l’amour . Dans l’homme c’est l’enfer, le Dragon ; il se nourrit du péché..

Corps. D’une façon générale, c’est la signature de 1 esprit. Le corps de Dieu est à la fois le Saint Ternaire.,. .

rélément pur et ce monde. Le corps de l’homme est le fils de toute la nature ; son corps extérieur est le mysteriumàu 3®principe ; son corps intérieur nouveau est le mysterium du 2® principe ; entre les deux est le corps sidérique. Les autres créatures de ce monde possèdent un corps physique et un corps astral.

E

Enfer. Cest une prison construite par le diable, c’est-à-dire par la chute de Lucifer, qui comprend les quatre premières formes de la nature; sa vie est la colère, c’est le centre du monde visible; son fondement est le dragon ou Satan. Il s’interpénétre dans ce monde (le 3®) avec le ciel, par conséquent se trouve partout et surtout dans l’âme de l’homme. 11 a des créatures, des habitants, des végétaux et des fruits.

Esprit. Toute volonté s’exaltant produit un esprit; on distingue le Saint-Esprit, l’esprit de ce monde et les esprits de toutes les créatures. Le Saint-Esprit est le souffle d’amour qui relie le Père au Fils; il n’est compris par l’homme qu’après la régénération; il descend en nous par la douceur et Thumilité, et construit son temple dans notre âme. Lt Spiritus Mu7iditsiVQsprit des étoiles, l’astral, lame du monde; c’est la ressemblance de l’Esprit-Saint dans le 3® principe dont il est la vie; il tend vers la Teinture et vers l’Élément saint. — Enfin il est des esprits élémentaires et astraux dans les créatures, qui ne sont ni saints ni éternels. Il ne faut pas les confondre avec les essences et avec les âmes.

Éden. Cétaiten quelque sorte le Paradis sur la terre; avant Ève, Adam habitait le Paradis dans le Ciel; après, il lui fut donné FÉden sur cette terre : cet Éden est d’ailleurs interpénétré par les forces célestes; c’est la chute de Lucifer qui avait déterminé l’Éden, sans quoi la terre entière aurait été un paradis.

Égoïsme, appelé aussi Propriété, Soi-isme : c’est une image du diaole ; il constitue le tourment des damnés et c’est le chemin le plus court du démon à notre âme.

Éléments. Ils ont une mère fixe cachée en eux et dans laquelle ils aspirent à rentrer ; ils sont produits par Faction des quatre premières formes de la Nature (V. Formes) ; ils sont habités par des esprits, et les diables agissent par eux; ils sont un lieu de combat et produisent par suite la maladie et la mort; ils sont le corps des choses, ils cachent le corps astral, lequel renferme la quintessence ; celle-ci contient la Teinture où les deux feux centraux sont conjoints. Au-dessus, il n’y a que Dieu.

Élément saint. Il remplit le Ciel ; il en est la corporéité, la terre ; c’est le corps de la Vierge, le Saint Ternaire, le Paradis, le principe du corps du Christ, FUniversel ou Teinture; il formait le corps d’Adam. C’est une essence spirituelle qui se coagule autour du Verbe créateur ; le mouvement de la création en divise les quatre qualités. — Voici comment il est produit. La vie divine produit la vie angélique, Fâme desanges ; cette âme ou ces âmes se construisent des corps, qui sont comme l’huile dont s’alimentent leurs feux; cette huile produit l’Élément saint, et cet Élément contient la terre céleste ou l’aliment du Paradis.

I Ens, C'est la vie de la septième forme, sensible, vé-

j gérante, le verbe prononcé, qui se prononce, se forme

1 et se coagule de nouveau dans la croissance. C’est le

! verdoiement.

I Essence. Voici quelle est la génération de l’Essence

dans le monde divin. (V. ce mot.)

La science éternelle attire en soi la volonté du Père, constitue un centre dans leTernairedivin et lexprime par un verbe. Cette verbalisation est une séparation,

' ' une individualisation, qui désire se concevoir elle-

même; c’est cette conception qui est l’essence. Ce proiS cès se répète dans tous les plans. Par suite le Fils est à

, lui-même sa propre essence ; en l’homme, la volonté

fl et le désir sont deux essences éternelles, qui produi*-

‘ sent la vie psychique; il y a des essences dans les

étoiles, les éléments et les enfers.

I Evestrum. Courant astral de réaction provoqué par

I une âme humaine ou autre.

F

Feu. Il y en a une grande quantité. Celui du premier principe est le feu interne, sombre, froid et colérique ou infernal : il est compris dans la quatrième forme de la nature ; il résulte de Tangoisse dans toute ^ matrice ; il est magique et éternel. Le feu du second

principe est la lumière et l’amour, la cinquième forme de la nature ; c’est le feu du sacrifice ; il transmue le feu colérique et régénère l’homme. Le feu élémentaire ou du troisième principe comprend tous les feux matériels. Dans tous ces feux habitent des créatures.

Fiat est le verbe créateur ; il sépare les formes et agit par le désir et par la lumière essentielle.

Formes de la nature, ou qualités ou propriétés ou noms sont au nombre de sept ; chacune d'elles est une appétence et engendre les six autres. La première est le désir attractif qui produit l’amertume : réagissant l’une sur l’autre et cherchant à échapper l’une à l’autre, elles engendrent l’angoisse rotatoire. Ce sont le Soufre, le mercure et le sel; leur mouvement produit l’éclair du feu (4®) qui, lorsqu’il trouve son aliment, produit la lumière (5®) ; celle-ci en se répandant produit le son (6®) ou la forme compréhensible; et toutes les six forment l’essence (7®). Elles correspondent respectivement ou expriment l’action de Saturne sur la Lune, de Mercure sur Jupiter, de Mars sur Vénus, du Soleil, de Vénus sur Mars, de Mercure sur Jupiter et de la Lune sur Saturne. Les trois dernières formes sont le 2® principe, le Fils. On peut dire aussi que le Père produit la première et la dernière forme; le Fils, la seconde et la sixième ; l’Esprit, la troisième et la cinquième. Le Feu est le séparateur ou résoluteur.

Fureur est la racine de toutes choses, l’aliment du Diable et le principe de tout mouvement. V. Colère,

G

Génération, que Saint-Martin traduit engendre^ ment^ est multiple. Il y a une génération intérieure de Dieu qui est incompréhensible’, et une génération extérieure qui est la septuple forme de la Nature.

Ce monde possède une triple génération : extérieure.

astrale et intérieure; son principe et sa fin est Téther. La génération de rhomme est analogue; l’homme apporte l’ame, et la femme l’esprit; dans le sein de la mère commencent déjà des combats, et le Christ descend déjà au secours de l’âme de l’enfant.

H

Huile désigne la force de la Teinture chez les êtres des trois mondes; elle est générée par la combustion de la Teinture qui se brûle elle-même sans se diminuer.

I

lehovah ou Tetragrammaton est le soutien de toute parole. le est le Père; Ho^ le fils ; Vafi, l’esprit; c’est Dieu omniprésent, et Jésus est sa force ; c’est le fondement de la magie et de la cabale.

Iliaster. C’est le commencement de la Nature, l’état à demi paradisiaque de l’essence divine hors de la Nature se compactant pour devenir une Nature. C’est le ténébreux; c’est la terre dans la génération du troisième principe, la forme sévère.

Imagination. A son principe dans la première forme, dans le désir; et elle se propage jusqu’à la quatrième, le feu, par qui elle devient spirituelle .Tà elle peut à son gré retourner dans sa mère ténébreuse ou mourir pour renaître dans la lumière; ainsi, là où l’homme met son imagination, là il se trouve ; elle est le médium de tout progrès ou de toute chute.

Impression. C’est le résultat de la Convoitise (V. ce mot).

Inqualifier. C’est le mouvement par lequel une force entre dans un organisme, le vivifie et en sort : telle est la fonction respiratoire; mais elle s’étend à tous les plans et à toutes les forces.

L

Limbus. Désigne la matrice de la forme ignée, comme l’Aquaster est la matrice de la forme aqueuse; dans le monde physique, c’est le principe des êtres mâles; c’est dans l’astral, celui des étoiles; dans l’élément pur, c’est le Paradis; et en Dieu, le limbus de la Teinture céleste est l’homme régénéré.

Langues. Il y a cinq alphabets principaux : celui de la nature, l’hébraïque, le grec, le latin et celui de l’esprit.

Limus. Est la terre rouge de la Genèse; il est céleste et terrestre. Le Limus céleste est l’Ensdu Verbe du Seigneur, par qui le nom de Jésus s’est incarné ; le terrestre est l’Ens du Serpent, sur lequel est l’épée de Cherub ; il doit ressusciter de la mort.

M

Magia. Sort du Père et est conçue par le désir ; elle est divine ou diabolique ; sa forme principe est la trinité divine révélée dans la 6® forme. Appliquée au 3' principe, elle peut en changer les formes; mais l’homme ne connaît pas la force magique qui réside

dans son âme et qu’il peut réaliser par des plantes et des animaux. La magie naturelle fut la magie des sages païens: ils ne purent arriver jusqu’à Dieu.

Matrice. Est triple : celle du feu, celle de la lumière et celle de ce monde. La première est, au Paradis, cachée en Dieu ; elle est la prison des diables ; elle sépare toutes choses lorsqu’elle arrive à l’engendrement; d’elle viennent les maux et toutes les créatures imparfaites de ce monde. La deuxième matrice appartient au 2» principe ; elle est l’amour d’où viennent les âmes, les anges et par qui passe l’Esprit Saint; elle a créé le ciel étoilé. Entre ces deux matrices passe un désir constant de réunion. — La matière de ce monde comprend les deux autres ; c’est le. ciel astral, car matrice et ciel sont la même chose.

Maqnet. C’est la convoitise essentielle de, la nature..

Mens réside dans l’Ens comme l’âme exprime par le corps le mot mental du mot entai. C’est l’eau spirituelle dont la force est la plus haute teinture.

Mercure. Le Mercure intérieur est le Verbe que le Père exprime dans l’ignition de sa lumière; il est le son, la musique des Anges; le Mercure extérieur est un feu froid et chaud, une eau sèche, un séparateur, une archée, l’artisan de la nature physique ; c’est donc en lui que réside l’arcane de l’alchimiste ; c’est alors un poison.et pluslepoison est violent,plusle baum.e qu’on en peut extraire est pur. Le feu est la bouche de l’Essence, la lumière en est le souffle, etleson ou Mercure en est la parole.

Mesch, dans la langue de la nature, est la terre rouge, le Limus de tous les êtres.

Minéraux. Sont des métaux non fixés.

Mondes. Il faut bien noter qu’ils s’interpénétrent. Lorsque le Verbe sort du Père, il produit quelque chose, du sensible, une division, qui comprend les quatre premières formes de la nature ; puis une expansion, un rayonnement qui est le monde de la lumière, comprenant les trois dernières formes ; ces deux mondes sont coéternels; leurs réactions produisent les êtres temporels qui constituent le troisième monde, le monde élémentaire ou physique, ou matériel. C’est pourquoi ce dernier est une image de l’éternité. Les minérauxsont une correspondance du premier monde, les végétaux du deuxième, les animaux le représentent lui-même, et l’homme est destiné à être son Dieu.

Mumie. C’est un corps balsamique, immuable et incorruptible. Tel était le corps du Sauveur.

Mystères. Le mystère de ce monde est notre corps actuel; le mystère du monde de l’Amour est le corps de gloire ; l’âme est le mystère de Dieu le Père ; le royaume de Dieu en nous est le mystère spirituel. II y en a encore d’autres, mais les deux éternels sont celui de l’Amour et celui de la Colère. Le principe de tous les mystères est le Mysterium magnum qui se trouve partout, dans la terre comme dans l’homme. Son Ens est le Spiritus Mundi; il est éternel et produitles deux opposés que nous venons de nommer.

N

Nature. Il y a une Nature éternelle qui est Topération des sept sources spirituelles en formes et qui est

la mère des trois principes. La Nature temporelle est notre monde physique qui est appelé d’ailleurs à se fondre dans la nature éternelle après le Jugement dernier.

Nécrolice, le monde ténébreux ou plutôt les trois premières formes.

Néoromantice, l’esprit du Feu.

Néant ou Rien est Dieu opposé aux créatures qui toutes sont quelque chose, en ce sens que Dieu n’est ni ceci ni cela, qu’il est inconcevable, avant le commencement de quoi que ce soit.

Nigromantia. Magie noire, thaumaturgie del’Enfer.

Noces de l’Agneau. Union de l’âme et du Verbe par le moyen de Sophia ; elles doivent être célébrées dans les trois principes.

P

Phantaisie. C’est la volonté de tout centre désirant la vie ignée. Elle appartient donc aux enfers; Lucifer est son prince.

Principes. V. Mondes. — Dans notre monde, ils s'appellent Sel, Soufre et Mercure; ils sont pervertis.

Q

Qualités. V. Formes,

Quintessence. C'est la racine des quatre éléments, ou élément pur; sa couleur est le blanc, elle est partout parce qu’elle est l’Ens du Verbe de la création ; elle réside dans l’huile de l’esprit du soufre, et contient la teinture. Enfin c’est l’Ens du feu et de la lumière.

R

Régime. Celui du ciel est triple; chacune de ses par^ ties est soumise à Tune des trois personnes divines; ses chefs sont Michel, Raphaël et Gabriel. Celui de la terre est corrompu ; Nimrod est son protagoniste. Enfin le régime spirituel de l’homme réside dans rhumilité.

Roues. C’est le mouvement des sept formes qui tournent les unes dans les autres.

S

Salitter ou Salniter est divin ou terrestre, selon qu'il est la force des sept sources-esprits en Dieu ou dans la nature; ce dernier est la demeure du diable; c’est sur cette terre le Saturne des sages.

Scienz. Est la volonté éternelle sortant de l’abîme. Dans l’amour, c’est la connaissance dans le feu, c’est la science diabolique.

Sel. C’est la premièredes sept formes, par conséquent la première matière de notre monde; c’est le principe, de toute corporéité, dans tous les mondes.

Soufre. Est la deuxième forme, il est universel comme le sel et le mercure; il est le feu central agissant dans les créatures à l’image de Dieu le Père.

Sophia. N’est pas la Vierge Marie, mais s’est incarnée en elle, elle est l’esprit de l’élément pur, le miroir de Dieu, la force de la teinture, l’amour essentiel, l’œil dont l’éclat défie toute description. Elle habite

partout, son époux est l’ame de Thomme, elle corporise toutes les productions célestes, elle est le grand sabbat, le voile translucide au travers duquel nous pouvons apercevoir Dieu.

T

Ténèbres. Sont la demeure du feu froid des diables,, leur feu est glacé jusqu’à ce qu’elles atteignent Tangoisse. Elles désirent la lumière sans pouvoir la posséder que dans le mystère de la régénération de l’homme.

Teinture. Son principe est le feu, et son corps est la lumière. Elle réside dans les trois principes de l’essence divine, ainsi que dans ce monde. Ici elle est double, masculine ou féminine, ignée ou lumineuse; il y en a une dans l’homme et une dans chacun des trois règnes; son mouvement est l’élément pur, elle est dans la nature septuple ce que l’esprit est dans la Sainte Trinité. Elle habite entre les trois mondes; son nom est indicible, elle est Je parfum, la splendeur, la suavité. Son emploi est indispensable dans les arts occultes, et plus elle est noble, plus elle est profondément cachée.

Turba ou Turba Magna. Est en quelque sorte une huitième forme qui réside dans la multiplicité des volontés. Elle est le régime de la fureur ou l’atelier du diable, et ne sera consumée que par le déluge de feu.

V

Vie. Toute vie est un feu,, ou une teinture sortant d’un feu. Ainsi le Fils est la vie du Père; l’huile du

sel, du soufre et du Mercure, en brûlant, constitue la vie de la lumière.

Chaque mystère possède une double vie: Tune spirituelle, Fautre essentielle ou naturelle.. En outre, dans les créatures, la vie est végétative, sensuelle et mercurielle ou compréhensive. La vie masculine a une teinture composée de Soleil et de Mars, et celle de la vie féminine comprend Vénus et Mercure.

Vierge Céleste. Est contemporaine de la Sainte Trinité qu’elle rend compréhensible à l’âme. (V. Sophia.)

Terminons ce petit travail par quelques considérants. — Jacob Bœhme ne mérite pas la double réputation qu’on lui a faite : de folie incompréhensible ou de sublimité absolue. Lorsqu’on se donne la peine d’apprendre sa langue, d’élaguer les redondances, les répétitions, les tournures de style embarrassées, il devient clair, profond, lumineux ; le comte de Divonne l’a bien montré lorsqu’il a écrit ces pages si substantielles que Guaïta a rerrdses au jour (i). Mais, pas plus qu’aucun homme il n’a la vérité unique, la science totale. Son oeuvre grandiose offre aux esprits érudits l’étonnant rappel de l’ancienne théosophie brahmanique : mais il se tient constamment, pour employer une expression de Kabbale, dans la sphère de Ma, Il a vu des choses effrayantes de profondeur, et, merveille encore plus rare, il a conservé l’humilité christique

(i) La Voie de la Science divine.

nous nous considérons, avec bien plus de motifs que Saint-Martin, comme indigne de dénouer le cordon de sa chaussure; mais nous voulons simplement rappeler que Taliment qu’il offre n’est pas bon pour tous et que son élixir n’est pas le seul qui puisse procurer à l’homme l’immortalité céleste.

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Le bienheureux Jacob Boehme, le cordonnier-philosophe. Paris, 1901. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/sedir-le-bienheureux-jacob-boehme/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

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