Les sept jardins mystiques

Sédir · 1922

Paris, 1922 · Public domain

Les sept jardins mystiques
Les sept jardins mystiques. Par Sédir. Paris: Bibliothèque des Amitiés Spirituelles, 1922.

fond de soi qui n y trouve la présence oLscure d une Réalité suprême : elle est, il sait qu elle est. Voici TAtsolu avec ses deux pôles métapliysiques : Etre et Savoir; avec ses deux modes : le Bien et le Vrai ; avec ses applications : les lois morales et les axiomes intellectuels ; avec sa réalisation syntkétique : le Beau, karmonie du Vrai et du Bien. Voici encore 1 Aksolu, en dekors de 1 komme, avec ses deux pôles ontologiques : toutes les consciences et toutes les a-consciences s individualisant par les spontanéités et par les nécessités, s exprimant au cours des involutions et des évolutions, s karmonisant et résolvant leurs antinomies par les mystères conjugués d une Providence et d un Sauveur, où nous retrouvons les Personnes divines, c est-à-dire les modes qu^adopte la Réalité suprême pour se faire accepter de nous.

La connaissance du Vrai et 1 art

du Bien se réunissent pratiquement dans la Reli gîon, forme sociale du troisième arckétype^ le Beau. Ces trois termes^ qui limitent 1 ensemkle des pké- nomènes naturels et des actes kumains et circonscrivent la Nature entière, rempkssent les sciences, les arts, la poktique et se concentrent sur l’k omme, okjet de tous ces efforts, agent de tous ces travaux, destiné à réunir en soi la triple vie de 1 aksolu, du monde et de la terre, par son lakeur général que guide la Providence.

Le problème rekgieux nous apparaît donc à 1 origine de tous les autres proklèmes ; les pages qui suivent sont un essai de diagnostic des solutions provisoires aux corollaires individuel et intérieur de ce proklème.

Au cours des siècles on voit le genre kumaîii;, d akord lyrique, inventer les légendes et les mytkes et recevoir de la Providence diverses révélations patriarcales antérieures à Fo-Hi, à Krisk na, à Noé, au premier ^oroastre, aux Pkaraons ; puis il devient pkilosopke, il systématise et coordonne les jMLystères ésotériques. En récompense de cet effort la même Providence lui dékvre la révélation nouvelle de 1 Evangile et lui ouvre ainsi la possikdité du 5alut définitif. Le Vert e rédempteur, la vie éternelle, le règne de Dieu : par ces trois onces de levain mystique entre en fermentation toute la masse kumaine, se mélangent le re latif et 1 aksolu, la Nature et Dieu, la matière et 1 esprit, tous les couples d oppositions dont les katailles forment les modes innomkrakles de 1 existence.

Il paraît donc évident que nous, êtres kumains, sommes des reflets de

ce5 feux;, que nous sutissons les prolongements de ces luttes, et qu à 1 image du Créateur, à 1 image de 1 univers, une triple vie palpite dans notre enveloppe corporelle. La première image, c est 1 âme, je veux dire la force éterneUe pure ; la seconde, c est le corps, entendez la substance sous toutes ses formes, pondératles ou radiantes et, au milieu, se tient notre insaisissable esprit, tour à tour conscience, amour, kaine, volonté, qui court de notre flamme éternelle à notre matière temporelle et remonte sans arrêt, ainsi que dans 1 infini procède 1 Esprit-Saint, entre le Père et le Fils.

L âme remplit à 1 égard de 1 esprit et du corps le même rôle que Dieu à 1 égard de 1 liumanité, puis de 1 univers : elle soutient 1 édifice, elle allume des pkares, elle préserve, elle attire vers le kaut ; le centre corporel avec les sensations, les instincts et les énergies

non conscientes venus des états suLtils de la matière ; le centre spirituel, avec les sentiments et les passions ; le centre intellectuel, avec les idées et les inspi-^ rations : voilà les trois organismes où notre volonté, qu^éclaire la conscience morale, reflet de 1 âme éternelle, doit étendre son empire. Remarquons de suite que 1 organisme médian, le centre aflectif mû par le désir se trouve en rapport immédiat avec le centre volitif, lequel n^est pas autre ckose que la réfraction sur le miroir du moi de la lumière litre et spontanée de 1 âme éternelle, elle-même Me Je rAtsolu. C est donc par le perfectionnement du centre aflectif que nous obtiendrons le meilleur perfectionnement de 1 être entier. On soigne un arbre en amé- borant sa sève, bien plutôt qu en lavant ses feuilles.

Or, parmi les méthodes de culture psychique, les unes soignent les feuilles.

les autres le tronc, d autres modifient 1 amtiance ; seule 1 école qui admet 1 ingérence pkysique du divin dans le naturel soigne la sève : c est la métkode du Ckrist.

Parmi les métkodes non ckré- tiennes, les unes, suivant une marcke expérimentale, procèdent de 1 externe vers 1 interne, du kas vers le kaut : elles veulent rendre parfaite la santé corporelle, 1 adresse, la vigueur, 1 acuité des sens ; puis la santé des différents corps fluidiques : électricités, étkérismes et magnétismes ; puis des corps sentimentaux et mentaux ; ayant oktenu le contrôle des idées, comme le contrôle des sensations oA des actes de la vie végétative, eUes ckerckent le contrôle du principe pensant lui-même, de cette akstraction qui, en nous, sait qu elle sait. Et, de là, elles introduisent le disciple dans les spkères de 1 inconscient, dont les innomkrakles expériences

5 efïectuent au moyen d extases diverses* Exemple : la Radja-Yoga.

D autres écoles, négligeant 1 komme corporel, consacrent tous leurs soins à 1 komme intellectuel. Exemple : Plotin. D autres cultivent 1 émotion sentimentale, tels les SouÉs et les Bkaktis. D autres enfin enseignent à s arrêter de sentir, d aimer et de penser : tels les Bouddkistes primitifs. jMLais toutes prétendent atteindre 1 Arckétype en montant du dekors vers 1 interne et leur instrument principal, c est 1 extase.

Il est mutile de donner ici une tkéorie nouvelle de 1 extase ; elle ne serait vérifiât le que pour un très petit nomkre de contemplatifs et, au surplus, ckacune des centaines d écoles auxquelles je viens de faire allusion possède sa tkéorie propre, mdukitakle et sûre.

.M^aîs faisons plutôt quelques remarques préalables.

L extase, c est la conscience d un univers inconnu qui s éveille pendant que s^endort la conscience de 1 univers baLituel ; c est un songe plus ricke ; c est une dépolarisation psyckique ; mais elle peut s obtenir de bien des manières, et à chaque procédé correspond une expérience spéciale. Certaines drogues, les manœuvres hypnotiques, magnétiques, spirites ou magiques, 1 auto-magnétisme de la concentration volontaire, 1 exaltation fanatique, la contemplation des entités abstraites : mais toutes ces méthodes, parce qu ’eUes ne mettent en œuvre que des forces relatives, mixtes ou locales, restent illégitimes dans leur principe, précaires dans leurs résultats et perverses dans les excès où elles aboutissent presque fatalement.

Leurs adeptes poursuivent trois

huts principaux : une exaltation de plus en plus statle qui rende 1 individu maître des énergies psyckiques les plus puissantes, c est-à-dire les plus cackées; une participation à la création par la pratique des sciences occultes ; une direction des destinées terrestres par 1 emploi des sociétés secrètes et des arts occultes.

Par contre, d autres kommes existent qui conçoivent Dieu comme indépendant et non dilué dans 1 océan du monde, qui voient sa Providence toujours active en la personne de son Fils, venu dans la ckair, reparti, mais toujours présent, et qui se préoccupent seulement d aider leurs frères à saisir ce salut. Voilà r originakté du ckristianisme et toute sa puissance. L expression la plus pure de sa métkode se trouve dans 1 Evangile, auquel d ailleurs il faut revenir constamment pour ne pas se perdre dans la multi-

plicité Jes commentaires auxquels^ depuis vingt siècles, il a donné lieu.

Essayons de fixer ces principes.

Les métkodes non ckrétiennes oukkent une notion de sens commun : c est qu en nous, le corps, les fluides, 1 intellect, 1 émotivité, 1 inconscient s ni-' terpénètrent ; en nous, aucune cloison étancke ; un caillou qui klesse le pied du pèlerin peut provoquer quelque drame dans les régions les plus suklimes de son esprit ; toute émotion altère la qualité ckimique de nos éckanges cor^ porels ; la pensée pure même influe sur le corps et la visitation d un génie reçue inconsciemment dans les ténèkres supérieures de 1 être peut nous tuer ou nous guérir.

Ainsi, dans un entraînement d initiation kumaine, le corps pkysique du

disciple ne récupérera pas la vigueur parfaite si les corps fluidiques q^ui Faniment ne sont pas d atord sains et purs ; par contre, si le maître fait commencer les exercices par 1 un des organismes internes, le succès en sera compromis par 1 état patkologique du corps de ckair. Que si 1 on soumet au contrôle volontaire les mouvements du tuke digestif, des poumons ou du cœur, ce rytkme artificiel n ouvrira-t-il pas dans Fesprit c][uelque porte à des forces mvisikles nocives ? Comment, en un mot, conquérir normalement des énergies internes par d autres énergies dont elles restent éloignées ? Supposons que la conscience du disciple s installe quand même dans les régions les plus okscures de 1 inconscient, qu elle en arrive à gouverner le moi jusque dans ce regard central par lequel il connaît la notion de sa propre existence, on n aura alors atteint que ce point géométrique, ce

germe métapkysîque où le savoir et 1 être coexistent ; on touckera le centre Je gravité Je la roue;, mais la main qui a construit cette roue et qui seule peut enlever à leur sort fatiJique les molécules matérielles Jont elle est faite : cette main .— Dieu —' le Jisciple Je 1 ésotérisme ne pourra pas la saisir.

Aucun Jes procéJés Je la sagesse kumaine ne nous likère en nous ouvrant le Royaume Je 1 Esprit ; pour que nouS;, êtres relatifs;, puissions revenir à TAksol U;, il faut que 1 Aksolu Jescen Je et nous prenne. Cette Jescente, c est 1 incarnation Ju Verte ; cette prise, c est Jésus-Ckrist, Fils unique Ju Père.

VoJl à 1 Evangile. Pour kien le comprenJre, continuons à JéÊnir ce

il n^e

est pas.

Dans le pullulement Jes écoles antérieures Je spiritualité, pantkéistes ou naturalistes, on retrouve quelques représentants épars J une traJition pa--

trîarcale antédiluvienne que j appellerai ortkodoxe, parce qu elle était monotkéiste de fait et non seulement de tkéorie^, parce qu elle enseignait le rôle du erke sauveur devant venir sur la terre, parce qu elle réprouvait 1 emploi des sciences et des arts occultes : c était Fécole d Adam, d Enock, d Osins, de Ram, de JMLelckissédeck ; 1 Evangile fut son akoutissement normal. Quant aux initiations divergentes, elles continuèrent d exister après le ckristianisme, un peu plus nomkreuses peut-être, portant un peu plus accusés les caractères de la volonté propre, avec un peu plus de pente à devenir, d antéckristiques, antickristiques. DéÊ nir 1 une après 1 autre ces centaines de doctrines demanderait des volumes ; connaître leurs caractères généraux nous suffira.

En ce qui concerne la vie intérieure de 1 individu, le kut des initiations non cknstiques est de le mettre en rap-

port conscient avec tel ou tel royaume învisîtle, au moyen Je pratiq^ues conJuî- sant à une Jes nombreuses formes Je 1 extase. TanJis que^, pour le ckrétien, Fobjectif unique est Je pouvoir se sacrifier Je plus en plus aux autres ; 1 extase^ c est-à-Jire 1 expérience Ju Ckrist et Jes réafités JivineS;, vient par surcroît, par grâce, toujours imméritée, toujours inJépenJante Jes Jésirs Ju fiJèle. Ckez 1 es non ckristiques la conscience Je 1 Invisible reste locale, extérieure, relative, puisqu elle provient Je la Jispolarisation Jes éléments psy^ ckiques. Ckez le ckrétien 1 extase est aussi totale que le lui permet sa réceptivité propre, aussi intérieure, aussi absolue, et procurant au Jévot toute la somme Je vrai. Je beau et Je bien que son moi peut contenir.

La vertu Je 1 EvangJe est unitaire

et unifiante, mais à condition que ses fidèles s'efforcent vers Tunité : unité volontaire des intellections, des senti-' ments et des actes ; unité organique des instincts purs, des passions vertueuses et des intuitions véridiques ; unité extérieure des memtres de la grande famille kumaine les uns avec les autres et de tous les ckrétiens avec leur M^aître.

Or la tendance analytique de la raison a terni la clarté de cette doctrine limpide. Si le Ckrist ne nous parle que de sentiments comme la foi ou la ckarité, déjà saint Paul mentionne le dualisme de 1 âme et du corps ; de cette remarque naîtront les rigoureux ascétismes des soktaires de la Tkék aide et des moines du JS^oyen-Age ; saint Tk ornas, dont toute la tecknique intellectuelle vient d Aristote, accuse cette opposition Psyckologique tout en 1 expkquant. De Siècle en siècle mille

nuances délicates différencieront les écoles de spiritualité clirétienne ; les décrire^ les classer, indiquer à quels individus convient ckaque métkode, demanderait une expérience, une finesse plus qu kumaines ; en outre, 1 atmospkère immatérielle où se meuvent les âmes mystiques ckange tous les jours ; le ckrétien du XX® siècle n est pas identique au ckrétien du XIX®, ni du

XVII®, ni du XIII®; le Ckrist W

même ne dévoile pas constamment le même visage.

En outre, les influences dissociantes émanées par 1 âme de la terre et le Prince de ce monde ont encore produit d autres troukles dans rii omogénéité ckrétienne ; il ne convient pas de reckercker en puLkc les causes profondes de ces dissensions; toutefois les kérésies sont intéressantes pour 1 okservateur curieux : symptômes de 1 immortelle inquiétude kumaine, elles

dévoilent des coins inexplorés, elles provoquent des crises salutaires, elles raffermissent notre fidélité au Ckrist et augmentent notre admiration pour 5on enseignement si simple, si propre à tous, lumineux dans le métapkysique comme dans le concret et juste pour 1 universel comme pour le particulier. Néanmoins, les kétérodoxes se vantent un peu trop de détenir seuls la vraie comprékension des textes et la vraie tradition du culte : il n^est pas exact que les Joannites, les Alkigeois, les Vaudois, les Tempfiers, les Gnostiques aient reçu un enseignement oral secret venu des Apôtres ; leurs doctrines ne sont que des prolongements de systèmes orientaux: pytkagorisme,alexandrinisme, manickéisme, mazdéisme, kakkale, kindouisme qui, au contraire, les dévient de l Evangile ; leur esprit de kkerté fut utile à 1 équikkre de la vie rekgieuse générale en réagissant contre les

excès temporaires Je la force centralisante siégeant à Rome ; 1 inJépen- Jance et 1 autorité sont nécessaires tour

à tour, et leurs vicissitudes permises par Dieu sont réglées par des mains immatérielles de qui les ckefs visitles, soit légitimes soit révolutionnaires, tiennent tout leur pouvoir.

Il y a Lien dans le Ckristianisme une Egkse secrète, connue officiellement sous le titre de Communion des Saints, et officieusement sous celui d Egkse intérieure ; elle ne s est jamais exprimée par aucune école mystique particulière ni par aucune secte kété- rodoxe. Elle est la silencieuse et la cackée ; même ses memkres ne se connaissent pas toujours entr eux, ils sont les ckiens des divers troupeaux du Bon Pasteur, et les krekis qu ils défendent et qu ils font paître les ignorent pour la plupart. V oilà tout ce que 1 on peut en dire, car ils ne laissent entre-

voir leur réelle identité qu à ceuxJà qui peuvent les comprendre et ces derniers n’ont plus tesoin d explications écrites. D’ ailleurs, le mystique est en droit de garder son secret et il n en dévoile quelque ckose que pour mettre un peu de Lumière dans quelque coin des Ténètres.

Les récits de ces ckrétiens exceptionnels, j ose le dire contre les commentateurs, restent mcomprékensikles. Les rationakstes qui interprètent dans un sens d kystérie les descriptions des extatiques se trompent comme les symkokstes qui les tiennent pour des allégories. Qu’une rekgieuse exténuée de veilles et de jeûnes nous parle quiétude, douceurs, klessures d amour, rapts, ravissements, fiançailles ou noces spirituelles, il ne s’agit pas plus d émotions sentimentales transposées au Ckrist que de délires psyckopatkiques. Certes, il y a ckez les contemplatifs des malades et

des exaltés volontaires ; mais on rencontre dans leurs rangs beaucoup de cerveaux très éc[uilibrés et de volontés très pratiques. Les véritables expériences de 1 extase sont indescriptibles ; on peut bien faire comprendre de la peinture en empruntant au musicien son langage ; on ne peut pas faire comprendre le inci à un animal ; une distance plus grande encore sépare la sensibilité humaine la plus exquise de la sensibilité du disciple en qui Dieu travaille directement. Ce n est pas une distance du moins au plus, c est une distance de qualité. J ajouterai que, même parmi les professionnels de la vie parfaite, très peu entrent réellement dans la sphère mystique vraie ; la plupart se tiennent sur les frontières et transposent en mode rehgieux les enthousiasmes de 1 artiste ou du poète.

L Evangile indique une perfection pour ckaque état où 1 on est appelé à vivre : une perfection pour le gouvernant, une pour le citoyen, une pour le ckef, une pour le serviteur, pour les époux, pour les parents, pour les enfants, pour Fouvrier, pour 1 artiste, pour le savant. Cette vie parfaite est la vie mystique. EUe comporte deux faces : Fune d effort, 1 autre de don ; la première se nomme la vie ascétique, c^est-à-dire de lutte, 1 autre, la vie contemplative. Celle-ci est toujours un don gratuit, parce que, malgré tout 1 kéroïsme des vertus volontairement pratiquées, les mérites qu elles nous acquièrent restent comme nuis en face de la moindre faveur envoyée par Dieu.

Dans les rekgions étrangères au ckristianisme, les mérites des Êdèles leur apportent des kienfaits matériels ou spirituels, parce que ces fidèles vivent dans la Nature, où toute action appelle

sa réaction, où règne la Justice, où agissent des lois psyckig^ues analogues aux lois pliysigues : c est le royaume du Karma liindou, du talion kékraïgue.

La plupart des ckrétiens comprennent mal le surnaturel ; ils se cantonnent dans le même royaume des lois gue les païens et sukissent les e fFets du takon. Allais le mystigue ne travaille plus par contrainte : il travaille par amour et sort ainsi de la Nature; la comprékension profonde gu il a du Ckrist le kkère du déterminisme fatidigue ; parce gu il aime, il ne regarde plus s il satisfait à la Loi ; son amour lui montre gu il n en fait jamais assez et, à cause de ce zèle dépassant les règles, le Ciel lui accorde des grâces gratuites : guérisons, propkéties, connaissance directe des âmes, des ckoses de la terre et des ckoses du Ciel.

Dans 1 Lgkse ckrétienne ces faits ont toujours été connus ; mais, pour

répondre aux tesoins propres de ckaque siècle. Dieu suscite des serviteurs q^u II délègue à donner 1 exemple pour un aspect ou pour 1 autre de cette doctrine essentielle. Ainsi les mortifications terrikles des ermites et des moines furent permises pour contrekalancer les excès ckarnels de Rome et des temps féodaux. Ainsi saint François d Assise, saint Bonaventure et tous les Alineurs préconisèrent 1 ascèse sentimentale : ne rien faire que par amour pour le Ckrist souffrant ; saint Dominique, saint Tkomas d Aquin reçurent une mission intellectuelle : ramener vers Dieu la pensée européenne. PI us tard, lorsque 1 indépendance kumaine, s élevant, par la voix du Protestantisme, contre certains excès du traditionaksme, lance la ckrétienté dans une course à 1 akîme de la raison ratiocinante. Dieu suscite une école mystique, celle de Loyola, qui ploie systématiquement notre volonté

aux courLes Je la volonté Jiviiie ; le succès rapi Je Je cette Jisciplîne con Juisit sans Joute 1 orJre Jes J ésuites kors Jes frontières Ju Jénuement intérieur;, mais ils y furent rappelés par 1 opposition Jes corps sociaux Jont 1 excellence Je leurs métkoJes Je réalisation Jétruisaît la suprématie, et surtout par la Provi- Jence elle-même, suscitant au sein Je leurs conseils Jes mystiques très purs, comme les PP. LallemanJ et iSurin, pour ne citer que Jes Français. Ces aJmirakles seizième et Jix-septième siècles olFrent au monJe ckrétien la totalité Jes aspects Je 1 Evangile : kumanisme tourné à la gloire Ju Ckrist, Jévotion arJente et pure Jes Carmélites réformées par sainte Tkérèse, conquêtes patientes et kakiles où la volonté Jes successeurs Je Loyola s enrickit Je toutes les ressources que leur procure la Jiscipline la plus sévère, Jévotion

liscipJine la plus severe saine répanJue par les capucins à la

tête desquels trillent des kommes remarquakles comme l Eminence grise et le P. Yves de Pans et par 1 évêque de Genève, ckarité matérielle avec le Pauvre Prêtre et saint Vincent de Paul, tkéologie profonde des Condren et des Bérulle : c est la plus ricke floraison du ca tkolicisme.

Avec le dix-kuitième siècle la Raison s’insurge et paraît prendre la place prépondérante jusqu aujourd kui. Beaucoup d’kommes sérieux s’imaginent encore, sur la foi des pkysiciens, que le miracle n’existe pas et, sur la foi des psyckiâtres, que tout mystique est un déséquikkré ; nos tkéologiens euxmêmes exercent une critique rigoureuse sur les états spéciaux de la vie contemplative ; et, à cause de cette défiance générale envers le sentiment, on peut espérer que, par le jeu providentiel des équikkres de plus en plus aflermis, le vingtième siècle verra refleurir une

conception de la vie religieuse beaucoup plus procke de la conception évangé-- lique primitive.

Examinons cette dernière avec toute la simplicité qu elle comporte.

Jésus 11 a jamais rien dit des pkénomènes intérieurs que procure la dévotion ardente ; il n a parlé que de 1 acte par excellence : 1 acte ckaritakle, que de 1 intention pure et du renoncement. C est que, vus de Dieu, la Nature et 1 Homme s aperçoivent sous la forme d unités ; c est en les regardant d en-kas, du Relatif, que 1 on découvre les divisions innomkrakles des psyckologies, des pkilosopkies ou des initiations polytkéistes. iSentir, penser, vouloir, agir : c est pour le Ckrist un seul geste, un seul fait. jMLatières, formes, espèces, essences, sukstances.

étkers, JieuX;, démiurges : c est pour le Ckrist une seule ckose : la Vie.

Notre conscience procède par actes successifs : elle perçoit, classe, syntkétise, imagine ; mais Jésus ne s adresse pas tant à 1 une ou à 1 autre de nos facultés qu à cette conscience centrale ; Il vient vers nous de 1 unité. Il nous montre 1 unité et 5 exprime dans le langage de 1 unité ; s’il fait parfois des distinctions, c est par égard pour notre myopie, mais Lui, Il voit un ; en même temps qu II parle. Il aime et Il réakse ; ASes actes sont des discours inelFakles et des œuvres d art en même temps que des systèmes de pensée ; Il est à la fois la toute-'puissance divine et 1 impuissance kumaine ; Il kakite à la fois 1 infini et le fini, le temps et

I éternité et, parce qu II sculpte du même geste tout le transitoire et tout le permanent, seul entre tous les êtres

II crée des réafités vivantes à jamais.

iSes disciples devraient donc s unifier ; quittant les notions de corpS;, d esprit et d âme, de progrès, de méditation, de contemplation, ils devraient toujours se tenir nus, simples, pauvres, étreignant le cep nourricier de la Vigne éternelle. Plutôt que de tendre, par un régime ascétique, vers les expériences tour à tour amères et délicieuses de 1 extase, ils devraient, toutes les minutes, se renoncer, secourir le prockain et souflrir avec joie pour 1 amour de leur Ai-aître.

Voilà le sens pratique de l’E vangile. Si on s en éloigne pour suivre 1 une ou 1 autre des adaptations qu il a suties dans le cours des âges, on risque de s attacker à une forme, utile certes et vraie pour les circonstances où eUe fut produite, mais on en arrive à faire comme ces enfants dont J ésus nous parle, qui pleurent ou dansent sur les places, par jeu d akord et à la fin très

sérieusement. Plus on Jésire Dieu, plus il faut savoir q^u II est seu llit re de Se donner ou de 5e refuser; tous les saints, catkoliques ou ortkodoxes, et même les grands mystiques protestants conseillent de ne pas vouloir les visitations célestes, et disent que d accepter avec reconnaissance la nuit et la séckeresse intérieures élève plus kaut, plus vite et plus droit. Un pur néant, dénué de mérite, indigne de toute faveur : voilà le vrai disciple. Et la maintenance de ce type d ame, avec la maintenance de la divinité du Ckrist sont les deux raisons d être mystiques de 1 Egkse.

Le décor qu on va lire des c< sept jardins mystiques » marque simplement les étapes de cette marcke descendante vers la pauvreté spirituelle parfaite.

LES SEPT JARDINS MYSTIQUES

V ous éprouvez le tesoiii;, mes AmiS;, Je vous ren Jre compte avec précision Ju Jegré spirituel où vous êtes parvenus. Je vais Jonc essayer Je vous construire un système Jans les compartiments Juquel vous vous placerez. Car votre Jésir est légitime et, si j ai JilFéré longtemps J y satisfaire, c est parce que j espérais vous maintenir Jans cet état J unité simple où la seule ar Jeur Je servir Jésus fonJ ensemble et sublimise toutes les actions, toutes les pensées, les repentirs, les élans et les fatigues.

A la minute surkumaine où vous fîtes au Aiaître le Jon Je vos personnes, vous connûtes cette unité. Il n^est pas

surprenant que vous n ayez pu vous y maintenir. JS/Lris ne perciez pas courage : nous nous kausserons ensemkle à nou~ veau. Amis très cliers, car si Dieu me le permet, je ne vous quitterai pas, soit que vous montiez, soit que vous descendiez.

Toutefois, gardez-vous d ériger en idoles les analyses, les classifications, les règlements ; ne prenez pas les moyens pour les kuts. Scolastiques, ésotérismes, expériences de psycko-pkysiologie, ce sont des instruments de travail et non le travail lui-même. Comme le répète volontiers 1 un d entre nous, ce n est pas en lisant des manuels de gymnastique qu on devient un atlilète, c est en faisant travailler ses muscles. La seule lecture de directoires d ascétisme ne vous élèvera pas à la sainteté.

Ce que je vais vous dire, ce n est que la konne tenue des outils sur Fétakk ; de vous seuls dépend que vous

deveniez dlabil es compagnons, drus à 1 ouvrage et durs à la fatigue.

Plusieurs ont autrefois médité avec Farkat dans la cellule klancke, devant la vieille image de kois doré ; d autres ont décki fFrél es antiques kiérogrammes, d^autres ont lu Cassjen, et Xerese d Avila, et Jean de la Croix et le suave évêque de Genève. V ous avez vu des flammes, des rockers, des ckâ- teaux * or, c est la Lumière d où sortent ces flammes qu il faut ckercker ; non pas la Lumière qui leur est commune, mais celle qui kri Uait antérieurement et qui, à la fin, envakira 1 univers ; c est la montagne où s étagent les rockers qu il faut gravir; c est la maison perdurakle, dont les ckâteaux ne sont que les copies, où je vous invite à entrer.

Le peuple de la Lumière comprend toutes les créatures ; toutes naquirent enfants de Dieu ; mais la plupart sont devenues des enfants pro-

GENEVIÈVE

digues. Cependant, même ceux-ci marclient malgré tout et sans le savoir vers la maison paternelle ; le monde est un laLyrmtke dont les sentiers les plus tortueux conduisent invinciklement au Centre. Et les voyageurs ne se distinguent que par la kâte ou 1 indolence, la rectitude ou les détours de leur course. Ils sont en tout cas responsakles du moindre retard.

Beaucoup des enfants du Père vagakondent dans iSes campagnes en quête de malfaisance ; c est 1 énorme troupeau dont vous êtes appelés à devenir les cluens vigilants, fidèles à la seule parole de 1 unique Pasteur. C est pour eux que sont vos exemples, vos fatigues, vos tendresses et vos larmes implorantes.

^Mais il y a aussi les enfants sages. C est la minorité que ckerckent à instruire les prêtres, les morakstes et les ascètes. Ils ont admiraklement analysé les pkénomènes de la vie intérieure.

les nuances Je la sensitilîté contemplative, et ils ont étatli leurs manuels sur ces Jiagnostics. J e crois le classement Jes états Je la volonté pour 1 action plus vrai, plus réel que celui Jes états psycliiques pour la contemplation.

Voici quelles images, ou plutôt quels faits spirituels je propose à votre étuJe.

Le Alaître est tien le seigneur J un ckâteau merveilleux ; le Ciel est tien 1 étlouissante lumière animant toute flamme, et la voie étroite escalaJe tien les rockers Je la montagne mystique.

le V erte 5e nomme J atorJ le Dieu Je la Vie ; Son action sur le monJe consiste à y multiplier la vie ; le travail essentiel Je 5es serviteurs, c^est une agriculture spirituelle. De la sorte, quiconque se soucie pratiquement Jes ctoses Jivines est un jarJinier.

Il VOUS sera facile^ mes Amis^ Je pousser les Jétails Je ce symtolisme ; nos laboureurs ne font que reproJuire sur la glèbe terrestre les soins que prennent les anges Jes cbamps Je leur Alaître;, car rien n existe ici qui ne soit J abor J là-baut.

Disons Jonc qu il y a sept jarJins Jans 1 enclos Ju Bon Pasteur ; ils se succèJent en occupant, bêlas, un nombre J ouvriers Je plus en plus petit, tanJis qu augmente en sens inverse la Jifiiculté J U travail et sa complexité. Ces enclos JépenJent les uns Jes autres, Ju premier au Jernier et la beauté Je chacun J eux se ressent Je 1 état Je tous les autres. Aussi, le plus infime Jes tâcherons Joit-il se souvenir sans cesse que la moinJre Je ses néghgences compromet 1 œuvre entière; telle faiblesse que je me permets ICI renJra peut-être un crime possible à 1 autre bout Ju monJe ou empêchera

peut-être au siècle prockain 1 éclosion d un ckef-d œuvre.

Dans la première enceinte se trouve la foule qui s attacke seulement aux formes extérieures de la rekgion.

Dans la seconde se tiennent ceux qui ne prient que lorsqu un kesoin urgent les aiguillonne.

Ckez 1 es liaLitants de la troisième enceinte le désir de la perfection est né.

Ceux de la quatrième ont pris des résolutions entkousiastes de servir Dieu.

jM^ais ceux de la cinquième savent être complètement attentifs à ne plus se permettre la moindre faute.

Les travailleurs du sixième jardin sont toujours prêts à tous les sacrifices.

Et enfin ceux du septième sont les pauvres véritakles;, dékarrassés de tout SOUCI d eux-mêmes.

ous le ssL-veZy mes Amis^ ce ne sont pas nos actes que pèse le juste Juge, mais nos motiles ; nous nous classons de nous^-mêmes dans 1 un ou 1 autre de ces jardins selon la qualité de 1 amour qui nous incite et, en second lieu, selon nos œuvres. L amour qu on peut ressentir pour Dieu ou pour le prockain demeure un fantôme si on ne lui donne vie par des actes. Et nos œuvres les plus ckaritakles sont mortes SI 1 Amour ne les anime.

Prenez donc garde à 1 écueil où se keurtent presque toutes les karques. L immense majorité des spirituakstes sont des imaginatifs et des utopistes ckez qui le sens du réel s émousse ou la volonté s anémie. Ils se promènent dans leurs rêves en exkalant des sou-' pirs ; et quand leurs négkgences leur amènent des éckecs, ils se couckent en gémissant : c< Que faire ? Je ne suis nen ; le Ciel le veut ainsi. » Ils souf-

friraient n importe q^uoî plutôt que de déranger leur paresse.

Nous sommes tous un peu répré-' kensitles sur ce point, mes Amis ; souvenons-nous en ; souvenons-nous du vers de La Fontaine :

Aide-toi, le Ciel t’aidera.

iSouvenons-nous du verset de 1 E-vangile :

Les violents s’emparent du royaume des Cieux.

La foule du peuple ckrétien ne 1 est que de nom ; ils vont à 1 égkse parce que c est la coutume et pour faire comme tout le monde ; mais ils ne pensent jamais à Dieu ni aux pauvres; leurs préoccupations ne se dirigent vers le temporel.

Il faut les sortir de cette inertie les contraindre ; Dieu ne prend

sans

que les cœurs qui se donnent. Il faut parler à ces gens, mais avec une bienveillance patiente ; il faut leur laisser comprendre qu on doit offrir à Dieu un peu plus que la demi-keure de messe dominicale trop souvent remplie de médisantes vanités ; il faut leur faire entrevoir que la privation volontaire d’un plaisir au bénéfice de quelque affligé plaît davantage à Dieu qu une assistance distraite à un office. Il faut surtout leur offrir le bon exemple, un exemple allègre et souriant. Il faut par dessus tout intercéder pour eux, présenter pour eux des sacrifices, jeûner spirituellement, et quelquefois corporellement.

C’est là notre travail principal, mes Amis.

Dès que vous les voyez se mettre un peu à l’ouvrage, apprenez-leur la précision dans 1 effort ; qu ils notent chaque soir leurs fautes de la journée

qu 1 I 5 comparent les jours, les semaines et les mois ; qu ils s astreignent dans le moral à toute la rigueur des entraînements de 1 atklète professionnel. L égoïsme se dérote avec tant de souplesse, il regimte au frein avec tant de violence que le néopkyte 11 emploiera jamais trop de fermeté minutieuse pour le réduire.

Les ouvriers du second jardin ressentent le désir de prier ; ils en prennent le goût ; mais leur prière n est souvent que de la pieuse rêverie et ils négtgent parfois d agir. Ils 11 accordent pas assez d importance aux petites fautes. Or, qui n est pas fidèle dans les petites ckoses ne le sera pas dans les grandes.

Le travail, dans ce jardin et dans le suivant, consiste à sculpter en soi-

même une image;, la plus ressemtlante possitle à la forme du Verte qu on y aperçoit. Au quatrième jardin seulement descend 1 éclair de la grâce et s anime la statue. Il faut donc suivre 1 exemple de la Nature qui tâtit les montagnes géantes avec des milliards de particules qu elle agrège le long des siècles par un lateur infini de constance et de régularité.

C est pourquoi les commençants préciseront leur discipline : discipline des keureS;, au moyen d un emploi du temps ; discipline morale, par des examens de conscience minutieux, par une lutte sévère contre le défaut principal, par des aumônes, par la suppression de diverses superfluités dans la nourriture, le vêtement, le confort ; discipline du mental par 1 usage quotidien de la méditation.

En outre des prières du matin et du soir, il faudra entretenir avec Dieu

un commerce J intimité. La ferveur est tîè Je à cette péno Je et Tattention superficielle. Amener le mental à une fixité satisfaisante en concentrant ses forces, prenJre une conscience plus nette Jes tesoins intimes, préparer Jes actes plus substantiels, tel est le but Je la méJitation.

L ésotérisme a résolu le problème par Jes entraînements scientifiques progressifs ; obtenir une santé corporelle parfaite, puis un équifibre harmonieux Je 1 organisme magnétique, puis une maîtrise Jes perceptions intellectuelles, puis un contrôle en soi Ju principe pensant, teUe est la marché qui permet aux Orientaux J attein Jre au monoiJéïsme précurseur Je 1 extase. J ai expbqué ailleurs en quoi cette métboJe est illusoire et Jangereuse.

La métbo Je Je 1 Lvangile est inverse ; elle ne s occupe que J exalter le centre Je 1 être, la racine Je la

volonté. VOU5 la connaissez ; je vous la rappellerai <1 ailleurs en terminant ces pages.

E-ntre ces deux métiiodes extrêmes la tkéologie catkolique en a instauré une mixte, qui ckercke non plus à régiminer les forces pkysiques et kyper-' pkysiques, mais à émouvoir le cœur par le moyen de 1 intelligence. Vous reconnaîtrez là 1 influence de la pkilo-' sopkie d Aristote, fille du rationalisme kindou et inspiratrice de la scolastique.

Remarquez ceci ; 1 intellectualisme exclusif enferme 1 komme dans un paysage clos, kien que peuplé de formes kelles et pures ; pour atteindre Dieu, le mystique doit sortir de la logique ; les énigmes essentielles : l’At^ol u et le Relatif, 1 a divinité de J ésus, la conquête du Royaume, se résolvent seulement par une perception supraintellectuelle ; dès lors, on voit que les discipknes cérékrales restent dans 1 as-

cétisme un moyen et ne doivent jamais être prises pour un tut.

jMLais ce moyen est puissant ; il faut r employer avec calme, métiiode et persévérance ; il faut y consacrer tout le temps utile, quitte à retrancker sur d autres occupations moins fructueuses.

Les directeurs de conscience les plus graves conseillent, si 1 teure presse le matin, de poursuivre la méditation au cours des travaux du jour, durant les minutes de délassement qui les séparent. Ceci est affaire de zèle et d initiative personnelle. Celui qui truie du désir de Dieu ne craindra pas de prendre sur son sommeil. JMais je ne conseille pas de penser à Dieu ou de Le prier en même temps qu on travaille ; 1 une et 1 autre ctose seraient mal faites ; 1 avenir est encore loin où il nous deviendra possitle de mener deux tesognes simultanément.

Ckaque orJre religieux suit une métkode particukère pour la méditation ; celle que je vous indique ici s adapte plus spécialement aux conditions incommodes de la vie que vous menez, parmi les exigences multiples de vos devoirs famikaux, sociaux et professionnels.

ngeniez-vous a reserver une demi-keure le matin pour cet exercice; mais SI votre santé ou vos ckarges vous en empêckeht, sackez kien que votre progrès dépend d akord de la profondeur et du nomkre des sacrifices offerts à Dieu pour le prockain. En tout cas, ne consacrez jamais plus d une keure à ce colloque silencieux.

MÉTHODE DE MÉDITATION

Se mettre en la présence de Dieu. Il est partout ; spécialement Son Fils uniq[ue, le Verte Jésus, est là, me voit, m attend, et dirige sur mon cœur le souffle inefFatle de 1 Esprit. Je les adore tous trois, j implore leur aide, leur pardon.

2 ^ Je fixe ma pensée sur un ♦ mystère, sur une vertu qui me manque, un défaut à guérir —- ou mieux encore sur une des scènes de 1 Evangile. Je porte mes réflexions sur cette vérité, cette vertu ou ce défaut ; je reckercke leur nature, leur mode, leur influence, leurs conséquences. Ou tien je me représente Jésus, dans la scène ckoisie. D ailleurs cette scène existe toujours dans la Lumière ; mon esprit peut 1 y

retrouver, 51 je sais m émouvoir par une ferveur croissante de la compassion à 1 admiration, puis à 1 adoration.

3^ Quand mon cœur attendri s élancera vers 1 oLjet qu il désire, je ferai un retour sur moi-même, considérant mon infériorité, ma misère, les vacillements de ma volonté ; dénomtrant tout ce qui me manque pour atteindre 1 idéal entrevu dans 1 instant.

Et puis je me tournerai vers Jésus, mon Ami, mon unique véritable Ami ; je Lui rappellerai qu II a promis d exaucer qui L implore ; je L adjurerai par iSes souffrances : c< Xoi qui as eu faim, aide-moi contre ma gourmandise ; ...toi, Seigneur universel, qui as obéi aux plus ignobles valets, sauve-moi de ma vanité; ...» je Lui demanderai qu II me rende meilleur, uniquement afin que je Le serve mieux. Et je redemanderai la même ckose à Sa jMère, la Vierge intercédante.

5^ Enfin j examinerai si mes élans sont purs, s il ne s y mêle point quel-

qu amour-propre.

Puis je prendrai une résolution ferme et calme de faire telle ckose, ou d éviter telle autre, qui aient du rapport avec le sujet sur lequel j ai médité. Et je me dirai tien que, SI même je manque vingt fois le jour à ma résolution, je la reprendrai une vingt-et-unième fois avec le même ca Ime et la même énergie.

7 ® De plus, le jour où cet exercice m ennuiera, je le prolongerai de cinq minutes, afin de kien réduire la paresse.

5i vous avez à vous occuper de quelqu'un de ces gens du deuxième jardin, donnez-leur 1 kakitude de penser souvent à Dieu ; par exemple, ckaque

fois que 1 keure sonne, de Lui adresser un court et fervent souvenir.

En outre, traîtezJes avec une affectueuse sympatkîe; compatissez avec douceur à leurs doléances ; selon la maxime de 1 apôtre Paul, soyez ce tout à tous ; en même temps, fermes dans la direction, que vos conseils restent pratiques et portent sur des points précis ; ne craignez pas d entrer dans le détail.

Dans le troisième jardin travaillent ceux qui ont pris une résolution définitive de servir Dieu.

Ils suivent une discipline plus rigoureuse ; la suppression des paroles et des soins inutiles, comme les visites mondaines, les spectacles de simple amusement, un ckoix plus sévère de lectures, le krisement systématique de

leurs préférences ou de leurs commo-' dîtés dans les plus petits détails : tel sera leur ascétisme.

Ils auront avantage à concentrer Texamen de conscience pendant ckaque mois sur un point spécial : la pauvreté, 11 umilité, la kienfaisance, 1 amourpropre, le recueillement intérieur, la manière de prier, Totéissance, le travail, Tattention, Tallégresse intime, la

douceur, Tindulgence, par exemple -

ou telles autres vertus qu ils jugeront à propos de ckoisir.

Au keu de n adorer le Père que lorsque Horloge sonne, ils Lui redonneront leur cœur et leur être tout entier, ckaque fois que leur travail leur laissera quelques secondes de répit.

Leur état d âme peut être suave ou aride.

Quand vous vous trouverez dans ce dernier cas, mes Amis, soyez généreux; ne vous marckandez pas à Jésus ;

s II paraît vous quitter dans les régions conscientes de votre esprit;, c est qu II Se tient au plus près du taLernacle même où Lrille Sa Lumière perpétuelle. Laissez-Le user de vous comme Il r entend ; Il n a jamais en vue que votre plus grand tien. La patience, ÊUe de 1 atandon, est plus forte que la révolte. Un seul artre porte tous les fruits spirituels, c est 1 artre de la Croix. Attactez-vous, accrockez-vous à Jésus, étreignez-Le dans Sa Passion où II a enduré tout ce que vous n endurerez jamais ; que votre moi meure avec Lui, et il ressuscitera avec Lui, par le taptême de l’E sprit, à la fontaine du dernier jardin.

La méditation vous deviendra difîicil e ; le cœur aimant davantage, le cerveau raisonnera moins aisément ; mutile de 1 y contraindre. Contentezvous de parler à Dieu avec tendresse; dites-vous qu II est là ; racontez-vous

à Lui, avec vos inquiétudes et vos espoirs, vos joies et vos lassitudes, vos tesoins et surtout les besoins de ceux qui viennent à vous. Repassez tout ce que Jésus a fait pour vous. Ses immenses travaux et les délica-- tesses infinies de Son amour ; et aîmez-Le de toutes vos forces pour tout cela.

Ici à peu près se termine ce que les auteurs catboliques nomment la vie purgative ; la vie contemplative commence.

Le quatrième jardin est lé plus important ; sa mise en valeur demande de nombreux ouvriers ; la plupart y restent toute leur vie. Ce sont cependant de bons travailleurs, fatigue et qui n épargnent p

durs à la lus leurs

peines. Le désir de plaire à D

leu a

surmonté dans leur cœur le souci de leur sa lut personnel. JMLais leur zèle est plus ardent que pur. Ce sont souvent des individus remarquables : orateurs^ écrivains, administrateurs, fondateurs d œuvres, ils attirent les regards du public et deviennent parfois célèbres.

Ils restent attachés à ce jardin parce qu ils s attachent eux-mêmes à leurs propres talents. Quiconque veut le Ciel n y monte sans arrêt qu à la condition de prendre toujours le contrepied de ses tendances, de ses instincts, de ses facultés. Ceci paraît à la sagesse humaine une fohe, je le sais ; cependant c est la maxime formelle de

1 Evangile.

Dieu aime iSes bons ouvriers ; cherchant par tous les moyens à les éclairer sur leur valeur réeUe, Il 1 es soumet aux dures épreuves de la nuit des sens et de la nuit mentale.

Dans la première, le goût J es ckoses divines s alFaJit ; les suavités célestes ne parviennent plus au centre affectif ; dans la seconde, c est la mémoire qui ouklie Dieu, le jugement à g[ui les kautes pensées deviennent étrangères. On ne se sent plus rattacké à Dieu* que par une foi nue ; on sait que Dieu est là, mais sans émotion, comme on sait un axiome de géométrie. On veut demeurer avec lui, mais sans ardeur, comme on veut un devoir ingrat.

De plus, des tentations se surajoutent à ce doukle dévêtement ; des convoitises oukkées, disparues, émergent plus puissantes qu autrefois ; ou kien le savoir perd son attrait ; les puissances intellectuelles s endorment ou se keurtent à des proklèmes insolukles ; ou kien encore on devient indifférent à tout, morne, incapakle de déplaisir ou de joie, de crainte ou d espérance.

Et le patient est martelé, forgé.

cuit et recuit, pendant des

années

quelquefois. Il ne peut qu attendre, immoLile et silencieux ; ckaque geste

resserre la gêne ; ckaque cri

ne fait

qu approfondir la soktude ;

rien ne

suksiste plus en lui que le

vouloir

accrocké en Dieu par un

contact

presque imperceptikle ; et ]

a seule

parole qu il puisse murmurer.

c est :

Jésus, Jésus ]

Je connais des disciples qui su-- Lissent depuis dix et quinze ans cet affinage; mais ils Lrilleront comme des astres au Ciel mystique de 1 kumanité, parce que leurs souffrances sont pro-' fondes, inconnues et silencieuses.

On peut aussi, par intervalles,, recevoir des visions, des révélations, exercer tels pouvoirs miraculeux. J e ne mentionne ces incidents que pour vous en rappeler 1 importance très secondaire.

Le cinquième jardin représente à peu près ce que les docteurs nomment la vie unitive.

La renonciation s est étendue des plaisirs jusqu'aux peines ; les travailleurs ne s affectent plus de leurs éckecs possibles ; pourvu qu ils apportent un soulagement à la souffrance du prockain;, ils se tiennent pour satisfaits. Aussi leur énergie prend-elle un caractère de sérénité plus qu kumaine. Ils savent conserver la véritable soktude, la soktude intérieure au mikeu du tracas des affaires ; leur kumikté ressemble à celle des anges parce qu ils expérimentent constamment 1 action divine en eux comme autour d eux.

Leurs désirs^ leur raison^ leur vouloir ne se contredisent plus ; aussi obtiennent-ils;, même dans le temporel, les plus grands résidtats par les moyens

les plus simples. Dieu les aide d autant plus qu ils se tiennent toujours prêts à 1 atandon de leurs mérites en faveur des retardataires. Et, par la pureté de 1 intention qui toujours vise le Royaume, les œuvres de ces liommes portent des fruits aussi tien dans le présent que dans 1 avenir. Car, si aujourd kui tel artiste enfante un ckefd œuvre, tel penseur élakore un monument auguste de science ou de pkilosopkie, tel prince crée un état social kienfaisant à la multitude, ce sont, plus qu on ne 1 imagine, les souffrances inconnues de quelque pauvre de Dieu qui ont évoqué antérieurement, par une conjuration irrésistikle, 1 ange de cette keauté nouvelle, le génie de cette idée, le dieu de cette organisation nationale.

Pour travailler au cinquième jardin, il faut accompkr à la perfection tous ses devoirs, s installer dans une

prière continue, tout sutir avec une patience maltératle, demander à Jésus un travail nouveau dès que le précédent est terminé et avoir reçu de Lui la paix surnaturelle.

Cette paix représente le premier sou file de 1 Esprit ; peu à peu II entrera en vous, amis de FAmi; Il assainira les ckamLres du temple. Il formera, en amont de votre entendement, une image des Cieux que vous contemplerez dans une pénombre translucide et qui vous procurera les certitudes évidentes.

V ous entrerez dans la voyance surintellectuelle ; que vous receviez les sérapkiques ra vissements ; que ce soit la seule pointe de votre volonté qui se repose en Dieu, tandis que tout le reste de votre être se débat dans le souci des affaires ; que 1 ivresse des extases enlève votre corps malgré vous; que votre esprit se concentre sur un mystère dont il expérimente la réabté

sans en percevoir aucune image ni en former aucune démonstration logique : il 11 importe. Ce n est plus à vous de ckoisir les termes de vos entretiens avec Dieu. Votre initiateur, c est 1 Esprit.

C est Lui qui vous donnera la Venté, soit par une impression indé- finissakle quoiqu invmcikle ; soit par une adkésion volontaire et kkre dont Il vous procure le moyen ; soit par une perception ni sensikle, ni mentale, mais directe et immédiate ; soit par cette extraordinaire intuition face à face (I Corinthiens XIIIy 12 ) où le Consolateur présente au jardinier une peinture de 1 Aksolu faite spécialement pour lui.

Vous priez le Père, alors, par une adkérence de votre cœur, qui se portera en kaut ou en dedans de toutes les notions conscientes, par delà le toujours, le jamais, le nulle part et 1 ailleurs et 1 ici.

Conservant à travers toutes les

occupations la toucke de la divine présence, vous n aurez plus à méditer; vos prières seront simples et lîkres puisque c est 1 Esprit qui priera en vous; vos distractions plus rares, comme les ndes du vent d été sur la surface des eaux, s éteindront d elles-mêmes dans la profondeur radieuse de 1 Amour.

Les desseins du Père, les douleurs d autrui, les ténèkres à éclairer : voilà désormais vos seides inquiétudes. Vous pourrez donner 1 or matériel et vos forces kumaines, mais aussi votre or spirituel et vos collakorateurs angéliques. V ous apprendrez à ne plus vouloir que ce que Dieu veut, même dans les entreprises qui paraissent tonnes au premier examen. Vous ne demanderez plus rien à personne qu à Dieu ; vous ne refuserez plus jamais rien à Dieu ni à iSes créatures.

Un tel état vous paraît inaccessikle ? — Que non pas ; un

assez

grand nombre y parviennent et ce n est d^ailleurs que le dernier rang de la kîérarclue des serviteurs fidèles.

Pour entrer au sixième jardin, outre la maîtrise des travaux du cinquième, il faut encore subir une troisième descente aux enfers, une troisième mort intérieure, une troisième nuit, celle du centre volitif.

La volonté se localise en plusieurs lieux de la personne kumaine : dans le corps fluidique, dans le double, dans le centre passionnel, dans la pensée ; mais dans le spirituel se tient sa racine, la racine de 1 individualité, la notion du ce Je » central et du c< jMLoi » centrifuge. Cette racine doit être purifiée du ferment de 1 égoïsme tout en gardant sa propriété individualisante. Or elle n^est rien autre qu une réflexion de

rétine elle du V erte sur le miroir de la conscience.

La nuit du sixième jardin, c est donc un voile opaque jeté sur la splendeur de cette étincelle. Le patient se trouve semtlatle à un spectateur qui n apercevrait plus, dans 1 univers, que la Lataille des intérêts, des convoitises, des forces ; rien autre que des ckiflres et des épures, que de froides comkiliaisons matkématiques ; plus de ckarme, ni de grâce, ni de keauté superflue ; rien qu une immense mackine impitoyakle ; rien que 1 impassikle Justice. 5es fautes, son impuissance" son incapacité générale, son mcomprékension terrifient le pauvre de Dieu ; nul ne peut imaginer sans les avoir sukies les tortures consumantes de ces terrikles dénudements. Terese d Avila y est demeurée dix-kuit ans, le P. iSunn, onze ans. César de Bus, vingt-cinq ans. Le plus incomprékensikle, c est

la fidélité perpétuelle de ces serviteurs.

iSuspendus aux parois de J. aLîme;, ils gardent leur foi, leurs vertus éminentes, leur extérieur de calme et d entrain. La solitude intime, approfondie par 1 impossibilité de se confier à qui que ce soit, développe la possession de soi-même et la faculté de conduire simultanément deux occupations difïérentes. La pkysiologie se transforme ; tel qui était lympkatique s équikkre en nerveux ; les formes du corps, du visage, la démarcke, le geste, 1 écriture, le parler ckangent, tellement est profonde la lutte contre les instincts et les passions. Le Ckrist vient, et comme le j/flcignificat raconte qu II a, dans le social et dans le cosmique, exalté les faikles et renversé les puissants, Il bouleverse tout 1 être de ces serviteurs et y opère une réorganisation équivalente à une naissance nouvelle. Plus donc cette nuit se prolonge, plus

magnifique éclate 1 aurore et plus ricLes en sont les promesses.

Les Anges visitent souvent ces éprouvés ; ils ouvrent leurs yeux aux extases et accomplissent leurs prières en miracles admirables ; car Ikumilité sVpprofondit dans cette ténèbre en même temps que 1 Amour s y épure. jMais ceci n est pas une règle ; il se peut qu aucun don ne console les pénitents, que rien d extraordinaire n arrive ; aussi, pour ce jardin comme pour tous les autres, les seules marques du degré acquis sont la pureté du vouloir et l ardeur d agir.

C est pourquoi il existe un septième jardin. Dans le sixième, un désir personnel subsiste encore, un seid : celui d atteindre le sommet de la montagne ; les travailleurs ont conscience

de leur état ; ils savent où ils en sont et c est cela qui leur tarre la nudité parfaite du Pauvre en esprit.

Aussi leur faut -il sutir un dernier affinage. Vous pouvez vous le représenter ainsi.

Les anges allumeront dans votre cœur un amour tellement ardent que SI ce transport durait plus de quelques minutes, vous mourriez. Ce sont les premiers symptômes de 1 union transformante, de cette transsubstantiation psyckique de la personne liumaine en la personne divine. Là s applique 1 anagogie du Cantique ded Cantiqucd ; ce sont les noces spirituelles, avec leurs divers modes ; les trois personnes divines descendront successivement et opéreront en vous une triple transmutation, qui est la renaissance véritable dont Jésus parle à Nicodème. Dieu ouvre ses trésors au Jardinier, dont II exauce à 1 avance toutes les demandes.

L komme a si kîen okéî et si longtemps que désormais, à son tour. Dieu prendra plaisir à lui tout accorder. Par une faveur singulière, il se tient en équilikre sur la frontière du Relatif et de 1 Aksolu ; lui seul a le droit de dire de lui-même : « Je suis le dernier, je ne suis rien, je ne puis rien », car il peut sortir dans le temps ou rentrer dans 1 éternel selon qu il le juge kon. C est un komme likre. Indifférent à son propre sort, il n a plus souci que de répandre le Bien, dût-il sukir pour ces ensemencements des siècles de souffrances. La terre porte toujours au moins un de ces êtres pour enrayer sa corruption. JS/tais personne n est capakle de les apercevoir, sauf ceux qui suivent la même route ; c est pourquoi toute parole est vaine à leur sujet et je ne prétends ici à rien de plus qu à rendre témoignage de ces mystères.

ai voulu résumer pour vous, mes Amis, en quelques pages, les centaines Je volumes Je la tkéologîe mystique, Jont beaucoup sont 1 œuvre J intelligences magistrales et Je saints. J ai voulu en même temps approfonJir et agranJir leurs Jescriptions.

J invite ceux J entre vous qui en possèJent les moyens à refaire mes enquêtes ; mais qu ils poussent leur analyse à fonJ; 1 Ignorance vaut mieux qu une Jemi-science. Et comme, en JéÊnitive, toute pensée n est jamais qu un commentaire à la parole Je J ésus, pour conclure, revenons ensem tle à TEvangile.

Au lieu Je suivre ce Jétail infini J états J âme. Je variétés J oraisons, J examens Je conscience. Je pratiques Jévotes, qui, avec les commentaires J un Jirecteur sage, constituent 1 école

la plus savante Je la vie spirituelle — je veux dire la mystic[ue catkolique,

.—' venez, mes Amis, ckacun, tels que vous êtes, et placez-vous tout droit en face de Jésus.

Rassemklez vos forces, prenez votre souffle, considérez les okstacles, les aides qui vous attendent, 1 importance, la grandeur, 1 essentiakté du résultat. Considérez que vous êtes sortis de la foule piétinante ; 1 inquiétude des ckoses divines kat des ailes en vous. Rappelez à votre cœur le mot que Pascal attrikue à Jésus : c< Xu ne me ckerckerais pas si tu ne m avais trouvé >). Puis relisez 1 Evangile.

V ous y découvrirez d akord que les visions, les extases, les miracles sont des grâces gratuites qui ne sauraient en rien signifier nos progrès ou nous en oktenir.

Puis, vous y verrez que tous les

coinmandements, tous les conseils;, toutes les maximes se résument dans la seule ordonnance d aimer le prockain pour 1 amour de Dieu ; que telle est la syntkèse de toutes les volontés providentielles, le moyen de tous les perfectionnements, la clé de tous les mystères.

ous y verrez enfin que J ésus nomme Son ami celui-là seul qui fait Sa volonté, celui dont 1 amour va jusqu à donner sa vie pour les autres.

Pourquoi ckerckeriez-vous autre ckose»? Voilà le ckemin ; c est la voie étroite, certes, mais si klancke, si claire, et la plus courte. Pst-il donc tellement impossikle de se dire une konne fois, une fois pour toutes : ce A partir ce de la présente minute, je me donne ce à Jésus ; je me donne tout entier ;

ce je SUIS tout a JLui ; je ne m occupe ce plus que de Son service ; tout ce ce que je faisais jusqu à présent, tous

c< ces devoirs, tous ces travaux q^ui ce continueront d être mes devoirs et c< mes travaux, je ne les accomplirai c< plus ni pour leurs ténéfices, ni pour c< 1 amour de personne que de Jésus, ce Je n accepterai 1 amour de personne ce que comme un don du Père ; je ce n aimerai personne qu en Dieu, ce comme une'œuvre de Dieu. Je sais ce que le Père est avec moi ; je ne ce m inquiéterai plus de mon sort, ni ce dans le terrestre, ni dans ri nvisitle, ce ni dans 1 Eternité. J atandonnerai ce aux autres tout ce que je gagne ce dans le matériel et dans le spirituel, ce Est -ce que le Père ne tirera pas ce sans cesse de nouvelles ckoses de ce son trésor ? Que me fait 1 enfer ? ce Et le Paradis, n est-ce pas de trace vailler pour Dieu ? Et puis-je être ce keureux si je sens qu une seule créace ture souffre encore au loin ? Et le ce Ciel n a-t-Il pas promis, si je fais

« iSa volonté;, 1 exaucement de toutes ce mes demandes ? »

Ces vues ne vous semLlent-elles pas toutes simples, mes Amis ? Les plus Ignorants peuvent les apprékender ; eUes épuisent la science des plus savants, 1 idéal des plus artistes, 1 amkitîon des plus volontaires ; elles comklent les désirs des plus aimants.

Faites-les donc vôtres ; prononcez-les ; engagez-vous au service du grand iSemeur ; enrôlez-vous dans la compagnie du grand iSoldat. Et non 1 année prockame, ni demain : à 1 instant même. Qui n avance pas recule ; entrez dans ces guérets ; toutes les rickesses de votre nature y trouveront leur épanouissement. Il vous faud ra tour à tour la tendresse du petit frère d Assise, la sérénité de Alarc Aurèle, une volonté napoléonienne, 1 ardente candeur du Curé d Ars, la pensée profonde d un Pascal, la parole ckar-

mante de Verlaïue, 1 active compassion d un Vincent de Paul, la beauté d un Giotto.

Enlevez-vous d un coup d ailes au-dessus de ce monde et de tous les mondes ; posez-vous sur les parvis éternels, et de là, contemplez le vide des mobiles kumains. Quels spectacles, mes Amis, quand on regarde 1 univers des terrasses de la Sagesse divine ; quelles immenses activités, quels miracles, quels éblouissements, quelles joies I

jMLais vous seuls devez vous décider ; vous seuls pouvez voir vos routes, choisir la béatitude immédiate de la présence divine, ou bien les désillusions perpétuellement renaissantes de la vie commune. Plutôt non, ce motif serait un raffinement d égoïsme. Considérez plutôt que le Père vous offre le pouvoir d amoindrir la souffrance universelle. Interrogez-vous. Aurez-vous le courage de refuser, par

crainte, ce privilège divin ? 5upporterez-vous que, quelque part dans le vaste monde, une seule créature soufFre, parce que vous n aurez pas voulu lui apporter le taume ?

Saisissez donc la cliarrue, mes Amis, jusqu à la fin du lafiour. Quelles que soient vos peines ensuite, je vous proteste que jamais vous ne regretterez votre entliousiasme originel.

TABLE DE5 MATIÈRES

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Les sept jardins mystiques. Paris, 1922. Hermetic Cloud, https://hermeticcloud.com/library/sedir-les-sept-jardins-mystiques/. Public-domain text reproduced in full; markup only.

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